
ARCHITECTURE
Outre-Rhin
Outre-Manche
Les Deux Pays-Bas
Index des Architextes
OUTRE-RHIN
Introduction- Les Italiens - Les Autochtones
La Bavière - Le Nord - L'Autriche -La Bohême-Moravie
Introduction
La Guerre de Trente Ans (1618-1648 voir Introduction Générale/ Événements Majeurs/ Les Guerres), opposant l’Europe catholique à l’Europe protestante, ravagea les États Outre-Rhin et morcela encore un peu plus le territoire germanique. L’ensemble de la création artistique locale en pâtit. L’Allemagne serait restée pendant toute la première partie du siècle isolée si, et au-delà des innovations baroques du reste de l’Europe, les empereurs, les princes, les Grands Électeurs et l’Église n’avaient fait venir des artistes italiens. En fait, la première phase du baroque allemand en architecture ne sera vraiment manisfeste qu’à la fin du siècle. Au siècle suivant, c’est du sud de l’Allemagne que n’aitra le Baroque Tardif encore appelé Style Rococo.
« De l'influence italienne naît, dans la partie méridionale de l'aire germanique, une des plus belles architectures religieuses du Baroque. Les abbayes et les églises s'ornent d'un décor clair et foisonnant où triomphent le stuc, les guirlandes de fleurs, les oiseaux et les anges ; le sanctuaire, le grand escalier, la bibliothèque font l'objet d'une décoration particulièrement soignée. » (https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/Allemagne _art_et_architecture_allemands/187092)
Les musiciens italiens, compositeurs et instrumentistes, arrivent en nombre, appelés qu’ils étaient, dans les cours des États Allemands. On peut citer en rapport avec l’architecture, à Dresde, capitale de la Saxe, Giovanni Andrea Angelini Bontempi (1624-1705) et Giuseppe Peranda (1626-1675) qui créèrent leur opéra, le Opernhaus am Taschenberg (Opéra du Taschenberg), appelé aussi Klengel Opera du nom de son architecte, le Dresdois Wolf Caspar von Klengel (†1691) . Construit de 1664 à 1667, cet opéra était le premier opéra (Komödiehaus) d’Allemagne et l'un des plus grands d'Europe ; il pouvait accueillir jusqu'à 2000 personnes. A Hambourg, c’est le Vénitien Girolamo Sartorio (†1707) qui construit sur le modèle du Teatro San Cassiano de sa ville natale, l’ Oper am Gänsemarkt (l’Opéra au Marché d’Oies). Le compositeur de musique de scène, le Bavarois Johann Wolgang Franck (1655-1710 ?) y présentera ses opéras.
Dans l’Autriche des Habsbourg, on peut citer Antonio Bertali (1605-1669), né à Vérone et mort à Vienne, qui fut en 1622 maitre de Chapelle de l’empereur Ferdinand II et le resta pendant plus de 40 ans, ou encore son professeur Stefano Bernardi (1577-1637), maitre de chapelle de 1624 à 1634 du prince-évêque Paris von Lodron (Paride de Lodron) à la cathédrale de Salzbourg où il introduisit le Stile Moderno (la Seconde pratique de C. Monteverdi).
De même, les architectes de la péninsule pénétrèrent en terre germanique, à la faveur entre autres de la Contre-Réforme, la Compagnie de Jésus aidant, aussi bien active qu’elle était dans le domaine de la construction que de l’enseignement. Ces architectes formèrent peu à peu une génération nouvelle d’architectes allemands comme ont pu le faire ces maitres-maçons, peintres, sculpteurs, souvent originaires du Tessin (jonction en Suisse italienne entre l’Italie du Nord et l’Autriche) comme les Carlone œuvrant dans le Duché de Styrie (Sud Autriche) ou Santino Solari à Salzbourg.
Quant à l’influence française - Château de Versailles mais aussi Château de Marly – elle ne se portera pas seulement sur l’architecture, la décoration et les parcs et jardin mais aussi sur le mode de vie.
Pour fixer les idées, on peut convenir de dates délimitant quatre périodes du baroque allemand, bien qu’elles ne puissent convenir de façon stricte à toutes les régions :
Frühbarock de 1600 à 1640 ; Hochbarock de 1640 à1700 ; Spätbarock de 1700 à 1730 ; Rokoko de 1730 à 1760/70.
Le Hochbarock, le Haut Baroque, ‘haut’ entendu comme ancien comme on l’entend pour Haut Moyen-Âge, occupe la seconde partie du siècle, le siècle suivant verra apparaître le Style Rococo dans le Sud.
A quelques exceptions près, les réalisations architecturales de cette période Frühbarock ne sont pas particulièrement notables. Soit maniéristes soit jésuitiques, elles révèlent néanmoins déjà des bâtisseurs locaux. Les églises baroques outre-rhin, pour bon nombre jésuites, manifestent de manière générale un souci de théâtralité ; le langage complexe de leur façade comme les décors intérieurs surabondants répond à un besoin démonstratif. Il faut en imposer et ce que l’on veut imposer c’est le triomphe d’un Église catholique qui a non seulement survécu à la Réforme mais a préservé de sa puissance, de sa majesté et de sa richesse. Tout cela est porté par le courant ultramontain (au-delà des monts alpins) qui, apparu dès le Concile de Trente 1543-1565), ira s’affirmant tout au long du XVIIème siècle aussi bien dans les arts que dans la pensée religieuse. Le pape est chef religieux et chef temporel donc juridique.
· L’Église St Michel de Munich, à Munich, est construite de 1585 à 1597, en même temps que le collège jésuite, montre les premiers signes du passage de l’art Renaissant à l’art Baroque par des aspects maniéristes. Son architecte, Frédéric Sustris (1540-1599), né à Padoue, mort à Munich, qui travailla essentiellement en Allemagne, l’a modelée à bien des égards sur Il Gesu. (F. Sustris voir Renaissance/Renaissance Outre-Rhin/ Architecture)
Bien que voulant respecter le Classicisme Renaissance, on sent par la prise de certaines libertés la volonté de l’architecte de s’en détacher :
La façade est à trois niveaux : le niveau inférieur présente deux arches d’entrée encadrées de pilastres et surmontées d’un arc brisé par un fronton carré à verrière circulaire, les deuxième et troisième niveaux sont longés de 6 niches par niveau logeant les seigneurs de la Maison de Wittelsbach des ducs de Bavière ; les passages entre les niveaux sont marqué par de faible corniches contenant des inscriptions en lettres d’or ; le fronton, quasiment isocèle avec deux petites volutes aux angles inférieurs, rappelle celles plus importantes du Gésu.
A l’intérieur, la nef dont la largeur peut rivaliser avec celle de St Pierre de Rome, est plein cintre dit en tunnel ; de même pour les chapelles entièrement cloisonnées qui occupent les bas-côtés et pour les profondes arches à larges ouvertures qui les surmontent ; plus basses que la voûte centrale, ces ouvertures laissent le plafond central dans une certaine obscurité, ce qui fait contraste avec le flot de lumière par lequel elles éclairent la nef. Le chœur, au chevet, en prolongement direct de la nef, sans carré de transept, particulièrement profond et légèrement plus étroit, accentue l’effet axial de la perspective. Il est occupé en son fond, sur toute sa hauteur, par un retable à deux niveaux, richement dorés, bordés par un double jeu de colonnes accouplées corinthiennes, et statues. Comme pour la façade, l’ordre est corinthien à pilastres. La Crypte a servi de nécropole à la famille régnante de Bavière, la Maison Wittelsbach, jusqu’à la mort du dernier roi de Bavière en 1916, Othon Guillaume Léopold Adalbert Valdemar de Wittelsbach.
- La Cathédrale St Ruppert à Salzbourg construite dès 1644 à 1631par Santino Solari († 1646) qui modifia sensiblement les plans originaux de Vincenzo Scamozzi († 1616).
- La nouvelle de l’Église de l’Assomption 1617 à Dillingen (Bavière-Souabe) dont la façade, on ne peut plus sobre, est rythmée par des pilastres gris colossaux en contraste avec les murs nus clairs. Le fronton, sur lequel les volutes caractéristiques mais horizontales sont en faible saillie, occupe tout le pignon de la toiture en bâtière dont chaque versant est occupé par trois haut chiens-assis à toiture également à deux versants et frontons au pignons. Le décor intérieur Stuc et de fresques ornent l’intérieur. Les fresques du plafond sont de Kaspar Waldmann. (1657–1720).
- L’Église des Jésuites à Innsbruck, capitale d’État Autrichien du Tyrol, construite de 1627 à 1676 par Anton Georg Gumpp et Christhopher Gump Le Jeune (1600-1672), bâtisseurs originaires de la ville avec Karl Fontaner. « L'intérieur de l'église richement orné contraste avec la façade plus austère. Piliers de faux marbre, colonnes torsadées ou corinthiennes à chapiteaux dorés, angelots dorés, fresques exubérantes, volutes et une grande coupole en trompe-l'œil forment un vocabulaire architectural à la gloire de l'Église triomphante d'après la Contre-Réforme. » (Wikipédia/ Église_des_Jésuites_ de_Vienne)
- L’Église Abbatiale des Chanoines Prémontrés de Wilten à Innsbruck, à nef unique, est construite par les mêmes Gumpp et achevée en 1665. La façade, plus maniériste que baroque, présente un porche cintré qui occupe toute la hauteur de la façade. L’ocre jaune des quatre pilastres colossaux en encadrement du porche et aux extrémités tranche avec le rose des murs nus. Le toit est plat à balustre est orné de statues avec un groupe au sommet du fronton qui coiffe le porche. La tour-clocher s’élève sur trois niveaux et s’achève par une coupole à bulbe surmontée d’un lanterneau. Le riche décor intérieur est de marbre noir au chœur et aux retables des chapelles avec statues et chapiteaux corinthiens aux colonnes dorés. Sa scolla cantorum serait la plus ancienne d’Europe.
Parmi les constructions notables dans la première moitié du XVIIIème siècles, on peut retenir :
Appelé par le Prince Joseph-Clément, Archevêque-Électeur de Cologne, en 1715, Robert de Cotte (1656-1735) réaménage le Château des Princes-Électeurs et aménage la cour sud. Détruit en 1667 par ses propres troupes, le Prince le fera reconstruite par Enrico Zucalli, architecte de la Cour de Bavière, à partir de 1697. Il sera achevé par Robert de Cotte en 1715. (https://fr.wikipedia.org/wiki/Enrico_Zuccalli). Toujours à la demande de Joseph-Clément (et non de Clément-Auguste né en 1700), en cette même année 1715, de Cotte dessine et envoie les plans d’une maison de plaisance, le Château de Popellsdorf, à l’époque village situé hors de Bonn et maintenant dans la périphérie de Bonn et appartenant à l’université de la ville (https://en.wikipedia.org /wiki/Poppelsdorf_Palace).
Par contre en 1725, à Brühl, Clemens August de Bavière (1700-1761), Prince électeur et Archevêque de Cologne, commande à Johann Conrad Schlaun « le château d’Augustusburg, somptueuse résidence des princes-archevêques de Cologne, et le pavillon de chasse de Falkenlust, petite folie champêtre [qui] sont parmi les premières et plus belles manifestations du style rococo dans l’Allemagne du XVIIIe siècle. ». (Patrimoine universel https://whc.unesco.org/fr/list/288/Il). Ils seront achevés par François de Cuvilliés. Certaines sources mentionnent Robert de Cotte comme ayant participé à sa construction. D’une richesse sans précédent, ces édifices sont directement rattachés à la grande architecture et à l’art européens.
Pour le prince-évêque Johann Phillipp de Schönborn Balthasar Neumann construira de 1720 à 1744 sa résidence de Wurtzbourg (Bavière). Balthasar Neumann séjournant à Paris en cette période demander conseils à Robert de Cotte et à Germain Boffrand.
A Vienne, von Erlach (1656-1723) construit de 1696 à1699 Le Château de Schönbrunn qui à l’origine ne devait être qu’un pavillon de chasse. Interrompue, la construction reprendra en 1728 pour devenir la résidence d’été impériale dans le Style Rococo. Ce château comme les agrandissements du Château de Postdam (Le Sans-Souci 1747) sous Frédéric II de Prusse au milieu du XVIIIème siècle exécutés par Georg Wenzeslaus von Knobeldorff (1699-1753) sont représentatifs de l’influence versaillaise.
On sait que si l’Art Roman a largement utilisé le décor peint, à l’intérieur de ses édifices religieux, parfois dans de grands ensembles comme à Cluny III, seule la sculpture a orné ses façades. L’Art Gothique, lui, au contraire, a usé et abusé de la coloration polychrome pour ‘enluminer’ les façades de ses églises et cathédrales. L’Art Renaissant ne fit quasiment pas usage de la peinture en décor extérieur. On peut néanmoins se rappeler les fresques de la façade donnant sur le Grand Canal de la Fondago dei Tedeschi (le Comptoir des Allemands) exécutées par Giorgione (†1510) et son jeune élève Le Titien (1576) entre 1505 et 1508. De manière générale, le baroque fit de même à une exception près, celle du Baroque Germanique. La décoration intérieure de ses églises était foisonnante mais la couleur ne leur était pas réservée. Le jaune vif, l’ocre jaune et rouge, le ton brique, le bleu pastel furent des teintes couramment employées pour l’ornementation de ses structures extérieures, pilastres, tableaux, corniches et autres moulurations…
« Fréquemment, le baroque du sud de l’Allemagne se distingue du baroque du nord de l’Allemagne, qui est plus précisément la distinction entre le baroque catholique et le baroque protestant. Dans le Sud catholique, l’église des Jésuites de Saint-Michel à Munich [par Frédéric Sustris (1540-1599) de 1585 à 15697 fut la première à introduire le style italien à travers les Alpes. Cependant, son influence sur le développement ultérieur de l’architecture de l’église était plutôt limitée…L’église des Jésuites de Dillingen [église de l’Assomption en Souabe] offrait un modèle d’architecture religieuse beaucoup plus pratique et plus adaptable: l’église à pilastres, une nef voûtée en tonneau accompagnée de grandes chapelles ouvertes séparées par des piliers muraux. ….L’église du mur-pilier a été développée plus loin par l’école de Vorarlberg, aussi bien que les maîtres-maçons de la Bavière. …L’église à piliers a continué à être utilisée tout au long du XVIIIe siècle…Le Sud catholique a également reçu des influences d’autres sources, telles que le soi-disant baroque radical de Bohême. Le baroque radical de Christoph Dientzenhofer [1655-1722]) et de son fils Kilian Ignaz Dientzenhofer [1689-1781], tous deux résidant à Prague, s’inspire d’exemples du nord de l’Italie, notamment des œuvres de Guarino Guarini [1623-1684, théoricien voir Italie/Turin]). Il est caractérisé par la courbure des murs et l’intersection des espaces ovales. Tandis que Johann Michael Fischer 1692-1756 Bavière] (les balcons incurvés de certaines [de ses anciennes églises murales) ont une certaine influence bohémienne. 0n considère généralement les œuvres de Balthasar Neumann [1687-1753, Bavière] en particulier la basilique du Vierzehnheiligen [1743-1772 Haute Franconie/Bavière] être la synthèse finale des traditions bohémiennes et allemandes. ( https://www.hisour.com/ fr /baroque-architecture-in-low-country-27782/)
La Bavière - Le Nord- L'Autriche - La Bohême-Moravie
La Bavière
Tout au long de la période de la Réforme, la Bavière a été fidèle au Pape. Maximilien 1er da la Maison de Wittelsbach, (1573-1651), duc en 1597, a été en soutien à l’empereur Ferdinand II de Habsbourg, le fondateur de la Sainte Ligue qui s’opposa aux duchés et margravats protestants (Palatobat, Wurtenberg, Neubourg…). Cet affrontement entre protestants et catholiques fut une des causes de la Guerre de Trente (1618-1648) qui fut une catastrophe économique, démographique et culturelle pour tous les états germaniques. Maximilien, qui a été vainqueur à la célèbre bataille de la Montagne Blanche (1620) en Bohème et qui a envahi le Palatinat, ravit le titre de Comte Palatin à son cousin Frédéric V de Wittelsbach déchu, et de fait devient Grand-Électeur de 1623 à sa mort.
Cette première moitié du siècle ne fut pas en Bavière comme dans le reste des états Outre-Rhin, la plus propice à la production artistique. Il faut attendre la seconde partie du siècle et les règnes de Ferdinand Marie (1636-1651-1779) et Maximilien-Emmanuel (1662-1679-1726) pour que la Bavière devienne un des foyers importants du Hochbarok. Maximilien-Emmanuel ajouta à ses titres celui de Gouverneurs des Pays-Bas Espagnols de 1692 à 1701sous le règne du roi d’Espagne Charles II dit l’Ensorcelé.
Alors que Vienne, Salbourg et Prague étaient devenus les importants centres du baroque architectural germanique, la Bavière et la Souabe ne furent pas en reste. Il existe des itinéraires dit des ‘Routes Baroques du Haute-Souabe’ (ouest Bavière) qui, de Ulm au nord au lac de Constance au sud, traversent de très nombreuses communes dans lesquelles on peut voir tout un échantillonnage du style baroque du Sud, un Baroque Tardif
- A commencer par l’église St Pierre et St Paul de l'Abbaye de Marchtal des Prémontrés à Obermarchtal (Bade-Wurtenberg), abbaye impériale (qui ne dépend que de l’empereur)reconstruite entre 1682 et 1686 par Michel Thumb. Bel exemple du Hochbaroch., elle se caractérise par ses larges contreforts intérieurs les piliers-murs (Wandpfeiler) que les maîtres-maçons du Voralberg (ouest Autriche) ont importés en Souabe. Entre eux, s’intercalent des chapelles à tribune. Sa décoration intérieure est particulièrement profuse. Sont remarquables les retables en bois sculpté, noir et or, qui se détachent sur le blanc des stucs muraux. En perpendiculaire de la nef, on les fera par la suite pivoter de 45°. En extérieur, deux tours-clochers en place des bras du transept. Les coupoles à lanterneau que l’on va retrouver dans les églises baroques allemandes soit au transept soit en façades (abbatiale de Ottenbeuren), sont déjà présentes. Les pilastres en façade et non plus les colonnes, vont être aussi une des caractéristiques du baroque germanique. Murs, architrave, et corniches sont dépourvus de toute ornementation. La toiture en double bâtière présente aux versants de petites ouvertures en chien-assis et un fronton à volutes inversées en bordure au-dessus d’une saillie au centre du bas-côté.
- L’Abbaye Saint-Martin, abbaye bénédictine de Weingarten à Weingarten (Souabe du Bade-Wurtenberg), fondée en l’An Mil est célèbre pour ses manuscrits et miniatures de la période médiévale. Son église sera reconstruite dans le style baroque dans les années 1720. La basilique a été richement décorée par les frères Asam, Cosmas Damian et Egid Quirin, sculpteurs et peintres qui ont essentiellement travaillé en Bavière. Ils construiront à Munich de 1733 à 46 l’église Saint-Jean-Népomucène (la Asamkirche), un des chefs-d’œuvre du Baroque Tardif du Sud.
- L’église abbatiale Saint-Alexandre-et-Saint-Théodore de l'abbaye bénédictine d'Ottobeuren, orientée vers le sud, a été construite de 1737 à 1753 successivement par les architectes Simpert Kramer qui s’est inspiré de Saint-Martin de Weingarten, puis par Johann Michael Fischer (1692-1766) -et non par le sculpteur qui porte le même nom ( 1617-1701). Haut lieu du Baroque Tardif, en extérieur, sa façade ovale, orientée au Nord - après le Concile de Trente, l’orientation Ouest-Est n’était plus imposée aux églises- offre par son double stylobate (pierres rustiques et taillées) une perspective surélevée qui déplace vers le haut la base de l’édifice par rapport au point d’appui de l’observateur, le sol, créant ainsi un effet de décalage instable entre l’observateur et ce qu’il observe à l’instar de la façade de Église Saint-Marcel al Corso (1682-1683) à Rome de Carlo Fontana, mais surtout à l’instar de la façade de l'église franciscaine Saint-François-de-la-Vigne (1562) à Venise de Palladio en une phase maniériste. Cette façade est ornée de quatre colonnes encadrant trois hautes verrières. En retrait, les deux tours-clochers coiffées d’une coupole dite ‘tête d’oignon’[1], type de coupole qui se répandit en Bavière, Autriche, Hongrie et en Russie.
- A l’intérieur, les trois nefs sont précédées d’un narthex. Le dôme central est encadré par les demi-dômes des nef ; le chœur est remarquable par son ‘transparente’ (grand décor peint au plafond). Comme dans toutes les églises du Baroque Tardif de l’Allemagne du Sud la décoration est surabondante. (Voir Siècle des Lumières/ Peintures/ Allemagne)
Le Nord
Wolf Caspar Klengel
Wolf Caspar Klengel (1630-1691), né et mort à Dresde, capitale de la Saxe, issu de la haute bourgeoise, est fils de Conseiller Électoral (de l’Électeur). Il reçoit une éducation approfondie et fait ses humanités. Dès l’âge de 17 ans, il entreprend un voyage de formation en Europe ; d’abord, via Hambourg, dans les Pays-Bas (Amsterdam, Leyde et La Haye). Puis via la Belgique, il arrive à Paris un an plus tard en 1648. Il suit un stage à l’Académie Militaire du Duc de Beaufort, François de Bourbon-Vendôme qui s’illustra pendant la Guerre de Trente Ans et mourut au combat en 1669 au Siège de Candie alors que les troupes françaises aidaient Venise à défendre la Crète que les Ottomans arrivèrent quand même à conquérir. Le Duc de Beaufort dont le corps disparut lors de la bataille fut un temps supposé être l’homme au Masque de Fer.
Klengel se forme également au journalisme politique qui vient de naitre avec les ‘gazettes’. Le premier Mercure de France des frères Richer est publié en 1611 ; Théophraste Renaudot fonde ‘Le Bureau d'Adresse’ en 1629 et deux ans plus tard La Gazette; journal hebdomadaire, c’est la première gazette parue en France (voir Littérature/France/Gazettes).
De retour à Dresde en 1650, Klengel repart aussitôt pour l’Italie, Venise, Florence, Rome où, lui qui a fait des études de mathématiques, se lie d’amitié avec le célèbre savant Athanasius Kircher (1602-1680) qui étudia la lumière, l’optique, l’acoustique et la médecine et, orientaliste, ayant étudier les hiéroglyphes, publia en 1636 un traité, Prodromus Coptus sive Aegyptiacus, sur la langue copte (voir Philosophie de La Nature/ Athanasius Kircher).
Klengel aurait participé aux campagnes de Malte contre les Berbères. En 1654, capitaine dans l’armé vénitien, il renforce les défenses dalmates dans les Balkans.
De retour à Dresde en 1656, « il est maître-d’œuvre et en 1672, inspecteur en chef des bâtiments civils et militaires sous les électeurs saxons Johann Georg II (1613-1680) et Johann Georg III. Il fut également directeur de la Chambre d'art électorale, pour laquelle il acheta de nombreuses œuvres, dont un tableau de Peter Paul Rubens. » (socle de la biographie https://en.wikipedia.org/wiki/Wolf_ Caspar_von_Klengel)
En 1664, avec ses frères, il est anobli. En 1689, il est nommé connétable général de la Saxe électorale.
Son premier grand chantier aura été de redécorer les salles d'apparat du Residenzschloss (Château de la Résidence) des Prince-Électeurs de Saxe. Son œuvre majeure est l'Opéra du Taschenberg pouvant contenir 2000 places.
On lui doit également et entre autres, en 1672 la chapelle du château de Moritzburg, à la résidence de Dresde, entre 1674 et 1676, la Hausmannsturm (Tour Hausmann) avec undôme; En 1677, il remodèle la Georgskapelle de la cathédrale de Meissen ; après l’incendie qui ravagea en 1685 la banlieue Innerstrasse, la partie de Dresde au nord de l'Elbe (aujourd'hui Neustadt). Il dessinera les plans de la nouvelle banlieue, de même que les plans du manoir de Hohenprießnitz. Il participa aussi à bien d‘autres chantiers comme celui de l'église du village d'Eutzsch près de Wittenberg.
Klengel aura travaillé sous trois Princes-Électeurs. Il collectionna des textes et s’intéressa très tôt au dessin de bâtiment, d’objets d’art et de diverses constructions techniques. Il laisse une grande quantité de croquis qu’il a exécuté durant ses voyages. Il a ramené de ses voyages des formes très variées d’architecture. Son apport à l’architecture baroque allemande est notable.
Matthäus Daniel Pöppelmann
Matthäus Daniel Pöppelmann (1662-1736), né en Rhénanie du Nord (Westphalie) et mort à Dresde, est issu d’une famille de marchands plus ou moins ruinés. Il fait l’essentiel de sa carrière à Dresde au service du Duc de Saxe, Auguste II. Son œuvre maitresse est le Zwinger, la seule partie construite d’un vaste projet qui, selon le souhait de l’Électeur, devait rivaliser avec Versailles. Les travaux commencent en 1709 et s’achèvent en 1722. Le Zwinger comprend une Orangerie et une enceinte de fêtes (tournois et jeux de cour) constituée d’une succession de pavillons, une Grande Galerie ; sa porte est surmontée d’une couronne. Les bâtiments destinés à abriter les collections princières furent définitivement achevés en 1728.
Matthäus Daniel Pöppelmann, comme certains artistes du XVIIIème siècle fut séduit par les ‘chinoiserie’. A Pillnitz, près de Dresde, il construisit à partir de 1720, un château dont les toits ont la forme retournée des toits des pagodes. Et il aménagea un ‘palais japonais’ dans les nouveaux quartiers de la capitale. (voir Siècle des Lumières/Architecture.Outre-Rhin)
L’Autriche
Introduction
Au XVIIème siècle, les souverains Archiducs d’Autriche ont été les empereurs et roi de Bohême et de Hongrie de la dynastie des Habsbourg : Ferdinand II (1578-1637) en 1619, petit-neveu de Charles-Quint, archiduc en 1590 en succession à son père Charles II François, empereur de 1619 à sa mort en 1637. à sa mort ; Ferdinand III (1608-1657), archiduc et empereur en 1637 et Léopold 1er (1640-1705), archiduc en 1657, empereur e, 1658. L’Autriche était alors constituée des duchés de Styrie, de Catinthie et de Carniole, et du Comté de Goritz. Le Comté du Tyrol (Nord Tyrol, Haut-Adige et Trentin) bien que sous la tutelle des Habsbourg gardera une autonomie de fait.
A la sortie de la Guerre de Trente Ans (Traité de Westphalie 1648), Ferdinand III commence les redressements de ses possessions ; une entreprise que poursuivra son fils Léopold. Les Caméralistes de Kamara (chambre-forte), l’équivalent des mercantilistes colbertiens, jouèrent un rôle déterminant dans l’essor économiques de l’empire, essor qui ne put être que favorable pour les commandes aux architectes et artistes.
La Grande Guerre Turque
Jean III Sobieski (1629-1696), roi de Pologne brisa en 1683 le siège que les Ottomans tenaient devant Vienne.
La Grande Guerre Turque, cinquième de guerres austro-turques, commença en 1683 et dura 16 années. Elle opposait, les Ottomans au puissances européennes, le Saint Empire des Habsbourg, soutenu par ses États, Saxe, Bavière, Franconie auxquels se joignirent les États Pontificaux, les Républiques de Venise et de Gênes, puis le Royaume de Savoie et l’Espagne de Charles II l’Ensorcelé (†1700), le dernier des rois Habsbourg. La coalition prit le nom de La Sainte Ligue. Les Habsbourg d’Autriche purent reprendre la bohême. Les prétentions des Ottomans sur l’Europe Centrale furent définitivement anéanties.
Vienne allait renaître. De vielle bourgade gothique, la nouvelle Vienne allait devenir un des centres majeurs du Baroque Tardif (Rococo) à vocation internationale.
Les Italiens
Les Italiens dessinent les plans de palais. A Vienne, Giovanni Pietro Tencalla (1629-1703), architecte de l’empereur Léopold Ier, a construit de 1685 à 1687, le Palais Lobkowitz qu’achèvera Fischer von Erlach (1656- 1723). Il a également construit à Olomouc (Moravie-Tchéquie), la principale ville du margraviat de Moravie (duché de Méranie), le Château de Kroměříž, résidence épiscopale dont les jardins, qu’il dessina, offrent dans une parfaite symétrie une abondance de statues et de fontaines à jets d’eau. Il reconstruisit le Monastère de Hradisko ; aujourd’hui hôpital militaire, il datait de l’an Mil et fut détruit pendant les révoltes de Hussistes (réformateurs) qui éclatèrent en Moravie et Bohème au XVème siècle (voir Renaissance/ Réforme).
Deux autres italiens, Domenico Egidio Rossi (1659-1715) puis Domenico Martinelli ont construit de 1687 à 1700 le Palais Lichtenstein (Erlach fut refusé sur concours). Rossi a construisit aussi de 1700 à 1707 dans le Bade-Wurtnberg, le Château de Rastatt pour le margrave Louis Guillaume de Bade. Il existe à Prague deux Palais Lichtenstein, celui situé sur la place Malostranské, construit en 1591 et reconstruit dans le style classique au XVIIIème siècle, actuellement conservatoire de musique, et celui situé sur l’Île Kampa sur la Moldau, Ils appartenaient tous les deux à la Famille Princière de Liechtenstein.
Fischer von Erlach et Lukas von Hildebrandt (1668-1745) vont être dès le début du siècle, les maitres architectes de la ville. (voir aussi Siècle des Lumières/Architecture.Outre-Rhin).
Les Carlone
Famille de maîtres-maçons lombard, les Carlone, père et fils, natifs du village de Scaria, près du lac de Come, travaillèrent au service de l’empereur d’Autriche, Léopold Ier de Habsbourg (†1705) et en Bavière pour le compte de l’Électeur de Bavière Ferdinand Marie de Wittelsbach (†1679).
Pietro Francesco Carlone
Pietro Francesco (1607-1682) refait en 1662 dans le style baroque la façade de l’église gothique ‘Am Hof ‘dans le centre de Vienne à la demande d’Éléonore von Gonzaga, veuve de l'empereur Ferdinand III. Une façade à deux niveaux plus attique est monumentale. Au niveau inférieur, s’échelonnent les portes d’entrées, grandes et petites, espacées par des tableaux aveugles. La partie centrale abrite un narthex à toit plat avec balustre garnie de vases à motifs floraux formant une terrasse fermée sur les côtés par les bas-côtés en avancée; au second niveau, une haute verrière surmontée d’un oculus est coiffée d’un fronton en cintre surbaissé sur lequel deux putti assis soutiennent un écusson avec inscription; au-dessus un blason avec armoiries, agrémenté de guirlandes de fruits rompt l’architrave pour venir s’inscrire dans un grand fronton à arc brisé ; l’ensemble est encadré de deux pilastres colossaux à triglyphes qui supportent l’arc brisé. Le troisième niveau est occupé d’un attique avec niche centrale habité d’un saint à l’épée ; encadré de deux hauts pilastres que renforcent deux volutes, il coiffé par un fronton brisé doublé d’un arc surbaissé en son centre. Volutes et fronton portent des statues. Les côtés, en avancée, présentent au second niveau encadrant la terrasse une façade ouverte de paires de fenêtres sur trois étages qu’encadrent sur toute leur hauteur des pilastres coiffés d’arc brisé portant statues et pot à fruits.
Certaines sources mentionnent son fils Carlo Antonio comme en étant probablement l’auteur ; ce qui paraît peu vraisemblable au vu de son âge même s’il a commencé à travailler tôt avec son père et y participer. La sobriété fonctionnelle du niveau inférieur confère au second niveau avec ses pilastres colossaux toute son élévation accentuée par le troisième niveau central. La hauteur des corniches et des architraves, l’ampleur des frontons, l’étroitesse relative des ouvertures vitrées et faces aveugles de pierre blanche rythmées de larges pilastres donnent à cette façade ornée de niches habitées une impression de grandeur et de richesse.
L’église aux neuf chœurs, anciennement aux Carmes et confiée aux jésuites en 1554 par Ferdinand 1er avait déjà été restaurée dans le style jésuite baroque après l’incendie de 1607.
Entre 1669 et 1674/78, P. F. Carlone édifie l’église St Igniatius à Linz qui deviendra cathédrale en 1785. (Haute-Autriche). L’Ancienne Cathédrale de Linz (Linzer Alter Dom), attenant au collège jésuite, est ‘clairement baroque-jésuite avec ses deux volutes au fronton central. Aux bas-côtés s’élèvent les tours-clochers coiffées de coupoles à tête-d’oignon (à bulbe). La nef unique est couverte d’un toit en bâtière fortement pentu. Là encore, son fils Carlo-Antonio a pu assister son père.
Entre 1668-93, Pietro Francesco Carlone reconstruit, sauf le chevet resté gothique, la cathédrale Saint-Étienne de Passau en Bavière détruite par un incendie en 1662. Selon certaines sources, Carlo Lurago (1615-1684), mort à Passau, en aurait dessiné les plans …
A nef unique sous haut toit en bâtière, elle présente sur sa façade les caractéristiques baroques régionales, entre autres, de larges pilastres colossaux sur base au premier niveau, une alternance de frontons cintrés et brisés, de hautes architraves, des statues au fronton supérieur, des balustrades entourant les deux tours-clochers et trois hautes coupoles en tête-d’oignon aux tours et au chœur. Selon certaines sources, Carlo Lurago (1615-1684), mort à Passau, en aurait dessiné les plans …
Carlantonio Carlone
Carlantonio Carlone (1635- 1708), né à Scaria comme son père Pietro Francesco et mort à Passau, est le plus connu des Carlone maîtres-maçons-architectes.
Formé par son père, il travailla longtemps avec lui. En 1680-83, il l’assistait encore à la construction de l’église de l’abbaye cistercienne de Schlierbach en Haute-Autriche, près de Linz (à ne pas confondre avec la ville du même nom dans le Bade-Wurtemberg, ni celle d’Alsace). À partir de 1672, un bâtiment entièrement nouveau, ne présentant aucun intérêt architectural, fut construit sous sous l’abbatiat de Nivard I. Geyregger, et fut achevé sous l'abbé Nivard II Dierer (1696-1715). L’abbé Benedikt Rieger, fera bâtir la nouvelle église abbatiale par les architectes italiens qui donnèrent à l’édifice deux tours-clochers coiffées de coupoles à tête-d’oignon surmontées de lanterneaux.
Carlantonio va se spécialiser dans la construction ou la rénovation d’abbayes et d’églises en Haute-Autriche. On peut citer l’ église du pèlerinage de Maria Tarfel à Marhbac-en- Donau (Basse-Autriche), église du pèlerinage de Christkindl (Styrie, Haute-Autriche) commencée en 1702 et achevée après 1708 par Jakob Prandtauer (1660-1726), associé à la plupart de ses travaux. Il y a aussi, selon les sources, la reconstruction de l'église et de la bibliothèque de l’Abbaye de Kremsmünster (Haute-Autriche) à partir de 1680 et/ou le portique et les fontaines de l’abbaye. Et surtout la grande église du couvent de St Florian, près de Linz. Cette abbaye, une des plus anciennes du monde chrétien, encore en activité, occupée par des chanoines augustiniens, a été rénovée de 1686 à sa mort par Carlantonio puis par Prandtauter ( l’escalier monumenta) et Johann Gotthard Hayberger (1695-1764) à propos duquel https://de.wikipedia.org/wiki/Johann_Gotthard_Hayberger mentionne que c’est lui qui commença la rénovation dans le style baroque en 1735 (?)
Les Frères Carlone et autres Branches
- Giovanni Battista Carlone frère de Carlantonio est surtout connu comme stucateur.
- Carlo Martino Carlone (1616-1697), né à Sciara comme ses autres aînés et mort à Vienne, avait le titre de Baumeister der Kaiserin-Witwe (architecte de l'impératrice douairière) d’Éléonore, épouse de Ferdinand III. Il a construit entre 1663 et 1672 le Château Esterhazy à Eisenstadt près de Vienne où vécut J.Haydn (1732-1809) pendant plus de trente ans. Les plans auraient été dressés par Giovanni Pietro Tencalla.
Autre branche de la famille Carlone , branche génoise:
- Taddeo Carlone (1553-1613), né à Rovio près de Lugano dans le Tessin, tandis que les précédents Carlone sont originaires de Scaria près de Côme en Lombardie. Sculpteur donné aussi pour architecte, il suivit son père à Gênes où il se maria et eut deux fils :
- Giovanni Battista Carlone (1603-1684), né et mort à Gênes, appartenait à l’École de Peinture de Gênes. Il a eu une production importante à laquelle ses nombreux fils ont dû participer. La Basilique de la Santissima Annunziata del Vastato contient à elle seule près de 20 toiles et fresques dans un « style imprécis qui oscille entre maniérisme et baroque ». Il a eu un fils, Giovanni Andrea Carlone dit le Gênois (il Genovese 1636-1697) né à Gênes et mort à Milan, peintre également.
- Giovanni Bernardo Carlone (1584-1631), formé à Rome à la différence des père, oncle et cousins, mais comme son frère a été peintre. Mort jeune à 40 ans, il était « doué d’une singulière facilité pour la composition des plafonds, Carlone entendait bien les raccourcis et avait une manière de dessiner assez correcte ; ses têtes étaient gracieuses, quoiqu'un peu maniérées, il entendait bien le clair-obscur et son coloris était frais et vigoureux. » (Wikipédia)
Les Tencalla
Les Tencalla, originaires de Bissone dans le Tessin fait partie de ces familles des deux régions limitrophes de Lugano (Tessin) et du Lac de Côme (Lombardie) dont les membre maîtres-maçons ou tailleurs de pierre à l’origine devinrent au fil du temps avec l’acquis d’un savoir-faire traditionnel architectes, sculpteurs et parfois peintres.
Comme leurs compatriotes, les Tencalla allèrent travailler là où il y avait de la demande, en Autriche, Bohême ou Pologne et jusqu’en Lituanie.
- · Costante (1590-1646/47), né et mort à Bissone, tailleur de pierre à l’origine, fut formé à l’architecture par Carlo Marderno à Rome ; en Pologne en 1630, il devint architecte du roi Ladislas IV et travailla au palais Royal et à d’autres palais. De 1634 à 36, à Vilnius, il travailla à la chapelle Saint-Casimir, et église Sainte-Thérèse.
- · Son frère Giovanni Giacomo (1593-1653) et son fils Giovanni Pietro (1629-1702) ont été architectes ;
- · Carpoforo I (1623-1685), formé par un de ses parents à Milan a été peintre. (voir Outre-Rhin/Peinture) ;
- · Carpoforo II (1685-1743) a été stucateur.
Giovanni Pietro Tencalla
Giovanni Pietro (1629-1702), issu de cette famille de Tencalla. Son père, Costante, était architecte en Pologne et son oncle, Giovanni Giacomo, architecte de la cour du prince Maximilien du Liechtenstein.
Pietro a pu vivre jusqu’à 18 ans à Varsovie où son père travaillait. Il a peut-être suivi ensuite son oncle Giovanni Giacomo à Vienne.
« L'architecte de la cour impériale Filiberto Lucchese l'engagea bientôt comme assistant. Ils travaillèrent ensemble pendant dix ans, de 1656 à 1666, puis Tencalla succéda à Lucchese et travailla à son tour comme architecte de la cour impériale jusqu'en 1701. Dans les années 1685-1687, il élabora des plans pour l'intendant en chef impérial Philip Zikmund de Ditrichštejn pour la construction de l'actuel palais Lobkovice à Vienne [à ne pas confondre avec celui de Prague de C. Lugaro appelé aussi Palais de Kvasejovic ], après sa destruction en 1683, le bâtiment Theresiana (1687-1693) fut restauré selon les plans de Tencall.» (socle de la biographie https://tessinerkuenstler-ineuropa.ch/deu/tencalla-gp-deu.html)
On doit à Pietro les plans du Palais Esterházy à Vienne construit par Carlo Martino Carlone (1616-1697) ; ses plans ont été profondément modifiés au XVIIIe et XIXe siècles.
Il a construit château de Kremsier et le monastère de Hradisko et la résidence d’été des évêques à Olomouc en Moravie. Une résidence aux dimensions plutôt modestes comparée à l’autre résidence des évêques, le Château de Kroměříž, également en Moravie, transformé en palais au XVIème siècle. Très endommagé pendant le Guerre de Trente par les troupes suédoises, sa rénovation est entreprise en 1643 sur un projet de F. Lucchese et G. P. Tencalla. Il subira un incendie au siècle suivant.
Les Autochtones
Johann Bernhard Fischer von Erlach
Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723), né à Graz (capitale de la Styrie) et mort à Vienne est le fils d’un sculpteur Johann-Baptiste Fischer qui œuvra essentiellement comme sculpteur pour une clientèle privée en Styrie. Il participa aux chantiers à l’Église Saint-Charles- Borromée et à la Bibliothèque Impériale (1723) son fils y travaillera.
Lorsqu’il a 15 ans, l’envoie tenter sa chance à Rome. Dans la cité papale, Erlach ne trouve ‘qu’à’ se faire embaucher par un architecte apprécié d’architectures éphémères de celles que l’on construit pour les fêtes et les cérémonies, Johann Paul Schor (Giovanni Paolo Tedesco 1615-1674) qui, lui-même autrichien, fut un des principaux dessinateur de décors à Rome. Il assista Le Bernin notamment pour les décors de Capella della Madonna del Voto des Chigi à la cathédrale de Sienne et pour la la couverture dorée de la Chaire à la Basilique Saint Pierre comme il assista Pierre Cortone au décor du Palais du Quirinal, alors résidence d’été du pape Alexandre VII Chigi. On lui aussi des quadratures (peintures en trompes l’œil d’architectures) au Palais des Colonna. Il accompagnera Schor à Naples
Aux côtés de Schor, il put ainsi rencontrer les meilleurs artistes œuvrant à Rome et découvrir aussi les réalisations des grands architectes qu’ont été Borromini et Camillo-Guarino Guarini (voir Italie/Turin).
En 1686, il est de retour à Graz. Il décore « d’exubérantes œuvres en stuc et les fresques » à intérieur du Mausolée de l’empereur Ferdinand II, natif de Graz où il est inhumé avec son épouse. Le mausolée avait été construit en 1614 par l’architecte italien Giovanni Pietro de Pomis.
En 1683, Vienne avait été libérée par les troupes polonaises de l’emprise ottomane. von Erlach s’installe 1687 dans une capitale autrichienne qui ne demande qu’à célébrer son indépendance retrouvée et s’épanouir. von Erlach, en connaisseur, répond aux commandes d’architectures éphémères pour les festivités et pour ce qui est des œuvres pérennes, il participe à la Colonne de la Peste (Pestsäule) dressée dans le centre-ville en mémoire de la Grande Peste de 1679. D’un baroque des plus extravagant, caractéristique du Baroque Tardif, elle est censée représenter tout à la fois la bataille libératrice de 1683 et la peste. Dans une symbolique ternaire, s’élèvent au-dessus de quatre doubles socles dont von Erlach a réalisé les sculptures, anges, muses et autres grâces autour d’un nuage en torsade qui se termine tout en dorure par une croix étoilée. L’œuvre est de collaboration : Mathias Rauchmiller qui l’a conçu dès 1683 et dont il reste les anges et aussi le sculpteur d’origine italienne (voir Sculpture/Flandres) Paul Strudel († 1708) qui suivit les indications du Vénitien Ludovico Ottavio Burnacini († 1707 Vienne) qui, architecte en chef et scénographe de la cour de Léopold 1er et de Joseph 1er , construisit le théâtre impérial en 1668 détruit lors de la bataille de 1683, et réalisa les architectures éphémères des fêtes et célébrations dont il reste les gravures.
Il se mieux reconnaitre par un projet d’agrandissement du Château de Schönbrunn ; projet qui n’aboutira pas mais qui lui commença à lui valoir d’importantes commandes comme en 1687-88 l’agrandissement des écuries monumentales du château du prince de Liechtenstein. Mais c’est en Bohême qu’il entame sa grande carrière avec la construction du Château de Frain qu’il achève en 1700, et le Château de jaroměřice nad rokytnou de conception simple : un corps de bâtiment central bordé par deux ailes côté jardin et deux ailes côté cour (rue) un premier niveau à enduit à refend en sailli ; un second niveau rythmé de pilastres colossaux, double rang de fenêtres, à l’étage noble surmontées de chapeaux de gendarmes, murs blancs, moulurations jaune vif. Dans le prolongement du bâtiment central, la l’unique et courte nef, sans transept, ouvre sur une haute retonde qui coiffée d’un imposant dôme domine toutes les toitures ; de chaque côtés deux hautes tours-clochers coiffée de coupoles à quatre pans.
En 1693, il est nommé architecte de la cour du Prince-archevêque de Salzbourg Johann Ernst von Thun und Hohenstein surnommé Le Fondateur. Il demandera à von Erlach de construire pas moins de cinq églises et un palais d’été. Pour la noblesse, il construit des palais : Schönborn-Batthyány (1699), Trautson (1710), et des villas en bordure des villes. Mais sa commande la plus prestigieuse vient en 1696 du Prince François Eugène de Savoie, commandant en chef des armées impériales pour son palais d’Hiver à Vienne.
De 1696-1699, sur les ruines du château de plaisance de l'impératrice douairière Éléonore de Gonzague, détruit en 1683, il construit à Vienne pour l’empereur Joseph 1er selon certaines sources un pavillon de chasse, selon un château qui se voulait le Versailles autrichien. L’empereur meurt en 1711. Les travaux sont stoppés. La construction est reprise en 1728 sous le règne de Charles VI. Le projet n’aura de cesse d’être modifié entrainant constructions et démolitions successives. En 1743, l'impératrice Marie-Thérèse confit le chantier à l’architecte autrichien Nicolò Pacassi (1716-1790) pour devenir la résidence d’été impériale dans le Style Rococo connue aujourd’hui comme le Château de Schönbrunn.
A Salzbourg, il construit ensuite, trois églises : de La Trinité (1699-1702), Ursulinenkirsche (1705) et Kollegienkirsche (1707)
A Vienne, outre la construction de bâtiments publics dont le Ministère de l’Intérieur actuel, et de résidences privées, on lui doit le Palais Batthany-Schönborn (1700) à ne pas confondre avec le Palais Schönborn construit par Johann Lukas von Hildebrandt à partir de 1711, le premier étant la résidence estivale, hors de la ville du Prince-évêque Frédéric-Charles de Schönborn-Buchheim, vice-chancelier impérial et le second sa résidence en ville. On lui doit aussi à Prague, le Palais de Clam-Gallas (1713 voir Bohême-Moravie), le Palais de Swarzenberg (1705-1716) et le Palais Trautson (1716) actuel Ministère de la Justice.
A Prague, le Palais Clam-Gallas (1713-1719), musée de la ville. Considéré comme la première œuvre baroque introduite à Prague, il est fort sage dans sa conception à trois niveaux : un pavillon central en saillie et fronton, ses pavillons latéraux avec balustrade et statues en toiture. A noter que le piano nobile (étage noble) à hautes fenêtres pour une question de luminosité est au second étage du second niveau et non comme traditionnellement au premier. Plus remarquable, deux paires de puissants atlantes surmontés d’une architrave à forte corniche et d’une métope ornée et des vases Médicis ornés encadrent le porche cintré, seule ‘fantaisie’ baroque d’une architecture plutôt austère avec ses moulurations grise et murs clairs.
Fischer a été anobli un an plus tôt en 1695 et la particule von Erlach s’est attachée à son nom. Joseph 1er, empereur en 1705, le fait Surintendant des bâtiments de cour et de loisirs de sa Majesté Impériale. Il peut construit l’'église Saint-Charles-Borromée, pour avoir été lauréat du concours qui avait été lancé pour son édification. Cette église, Katlplatz à Vienne, bel exemple de Baroque Tardif est une commande de l’empereur Charles VI qui s’était engagé à faire bâtir une église au sortir de l’épidémie de la peste qui sévissait. Avec la grande salle de la bibliothèque impériale (Hofbibliothek) de Vienne, c’est sans doute l’œuvre majeure de Fischer à laquelle il travailla de 1716 à sa mort et qui fut chevée par son fils. En avant de plusieurs décennies sur son temps, elle annonce le Néo-classicisme de la seconde moitié du XVIIIème siècle. Le corps central s’incurve jusqu’au pavillon central présente une colonnade surmontée d’un fronton orné derrière lequel s’alignent des statues. Au-dessus du toit plat à balustre s’élève un très haut tambour rythmé par une alternance de colonnes et de pilastres couplés, son dôme de même hauteur est surmonté d’un lanterneau qui culmine à 72m. Dans les partis concaves de la façade viennent se loger deux colonnes de 47m de haut, inspirées de la colonne de Trajan, rappel de l’antique Rome en évocation de la puissance impériale autrichienne. Elles se terminent par un large abaque orné d’animaux fantasmagoriques qui entourent un clocher à bulbe. Aux extrémités de la façade deux pavillons reproduisent les deux niveaux de la façade ; leur fronton à volutes intérieurs supportent deux pots-à-feu. Au-dessus coupole à coussin. À l'intérieur de l'église, le marbre aux tons rouges et l’or dominent ; le maître-autel est aussi l'œuvre de Fischer. Représentant l’ascension de St Charles, il a été décoré de reliefs en stuc ultérieurement par Albert Camesina (1806-1881). Les peintures des autels sont de plusieurs peintres, entre autres nombreux artistes tels que Jakob van Schuppen, Sebastiano Ricci, Martino Altomonte et Daniel Gran. Les fresques sont de Johann Michael Rottmayr ; le Bolonais Gaetano Fanti (1687-1759), au service de l’empereur à partir de 1715, a participé à celle de la coupole.
Fischer a aussi réalisé la surélévation de l’abbaye de Klosterneuburg (Basse-Autriche), les nouvelles façades et les coupoles monumentales ornées des couronnes de la maison des Habsbourg.
Au tournant du siècle, il visite la Prusse, la Hollande et l'Angleterre. En 1707, il est à Venise où il s’intéresse particulièrement à Palladio, architecte qui aura une grande influence sur les architectes anglais du Néo-Classicisme (Palladisme).
« Il en résulta le développement d'un nouveau type de façade de palais « palladienne », classique dans ses proportions mais animée d'une riche décoration sculptée. Elle se compose d'une saillie centrale accentuée par un ordre géant et surmontée d'un fronton triangulaire, et de sections latérales relativement sobres. Ses modèles étaient les interprétations baroques anglaises et nord-allemandes de l'architecture palladienne, ainsi que les œuvres de Palladio lui-même et de ses disciples italiens. Les principales réalisations de Fischer dans ce domaine sont les façades de la Chancellerie de Bohême (1708-1714) et du Palais Trautson (1710-1716), tous deux à Vienne, et du Palais Clam-Gallas (commencé en 1713 voir Bohême-Moravie), à Prague. » (Encyclopedia Brittanica)
Son traité Entwurff einer historischen Architektur (Conception d'une architecture historique, édition bilingue 1721), d’autant plus historique que l’on trouve chez von Erlach une large et profonde connaissance des architectures les plus anciennes, même chinoise, perses, égyptienne, aux plus récentes. Cet Ouvrage a eu une grande influence sur les générations d’architectes autrichiens qui l’ont suivi.
Son architecture est riche de toutes ses connaissances desquelles il a su faire preuve d’innovation dans un baroque ‘sophistiqué sans ignorer le langage du classicisme des italiens et même des français., allant même jusqu’à considérer que son œuvre était un prolongement logique de l’architecture romaine antique.
« Salué de son vivant même comme l'artiste en qui s'incarnait la renaissance de l'art allemand, Fischer von Erlach reste le grand architecte de la triomphante, au tournant des xviie et xviiie siècles. » (Encyclopédie Universalis)
A la fin de sa vie, il sera secondé par son fils Joseph Emanuel Fischer von Erlach (1693-1742) qui poursuivit l’œuvre de son père, notamment à St Charles de Borromée achevée en 1737/30, et à la Bibliothèque Impériale, que son père avait commencée en 1722. Il construisit à Vienne la Reichskanzlei (Chancellerie).
Johann Michael Fischer (1692-1766), d’origine bavaroise sera un important architecte du XVIIIème siècles qui se spécialisa dans la construction d’églises. Du même nom, Johann Michael Fischer (1717-1801) originaire de la principauté de Wurtzbourg a été lui sculpteur.
Jakob Prandtauer
Jakob Prandtauer (1660-1726), né à Landek dans le Tyrol et mort à Sankt-Pölten en Basse-Autriche est présenté comme « le plus illustre représentant du Rococo autrichien » (B.Oudin Dictionnaire des Architectes, Seghers 1982).
Formé par les frères Assam, il fut longtemps le collaborateur de Carlantonio Carlone (0134 1697) dont il poursuivit les chantiers après sa mort en 1708, notamment les deux coupoles à tête d’oignon (ou dômes à bulbe) de l’église Maria Tarfel à Marhbac-en- Donau achevées en 1710, et l’escalier monumental de l’abbaye de St Florian achevée en 1714. Sa carrière personnelle se déroula essentiellement en Basse-Autriche : Pèlerinage de Sonntagsberg (1706-1717, Couvent de Herzogenburg, Couvent des Carmélites de Sankt-Pölten (1706-1712), l’archevêché de Linz (1720-1726). Mais on lui doit surtout la rénovation dans le style baroque de l’abbaye de Dürnstein (entre Melk et Vienne) au bord du Danube à partir de 1710.
Son neveu Josef Munggenast (1680-1741) et Matthias Steinl (1644-1727) prirent sa suite à sa mort. Le portail monumental, surnommé le ‘doigt de Dieu’, s’élève sur trois niveaux. La composition en est très sophistiquée avec des moulurations évoquant des pilastres, des architraves et tableaux ornées de bas-relief, des statues et angelos, des corniches fortement en saillies, de faux-chapiteaux aux volutes démesurées … Les faces sont gris-bleuté clair, les bas-reliefs blancs, les moulurations sont d’un bleu pastel. L’architecte a développé là une large et originale panoplie du baroque à laquelle il a cru devoir y rajouter sur les côtés du plus haut niveau deux étroites pyramides.
La façade des bâtiments de l’abbaye tranche avec sa relative sobriété. Ses murs sont gris ; les pilastres colossaux et les encadrements des ouvertures de couleur jaune. A remarquer, au-dessus des ouvertures, au-delà du simple bandeau de l’architrave, des frontons en toit de pagode. A l’intérieur, les arches de la nef ne laisse aucune place à la ligne de courbe simple, tout est courbe, contre-courbe et feston ; les intrados sont ornés de festons. ; ce qui contraste avec la nudité rectiligne des piliers qui les soutiennent et dont les chapiteaux corinthiens sont dorés. Les arches de la nef centrale et les voûtes sont décorées de guirlandes. Les garde-fous des tribunes au-dessus des bas-côtés sont décorés. Deux chaires au transept de chaque côté du cœur sont richement ornées de bas et de hauts-reliefs.
En 1192, retour de croisade, le roi Richard Cœur de Lion (1157-1199) est fait prisonnier par le prince Léopold V de Babenberg, duc d’Autriche et enfermé dans le château médiéval de la ville. Il sera libéré deux plus tard après un procès qui le condamna à une très forte amende pour avoir insulté le prince pendant la croisade.
Abbaye de Melk
L’église abbatiale de Melk en Basse-Autriche est incontestablement l’œuvre maitresse de Prandtauer. Comme les abbayes de St Florian et Dörnstein, elle est située en bordure du Danube. Sur un éperon rocheux avec ses deux hautes tours en façade qui accentue son élévation, elle domine la ville et le fleuve dans cette partie de la vallée appelée la Wachau, Elle fait partie d’un très vaste ensemble de bâtiments (320 m de long) reconstruits aussi par Prandtauer à partir de 1702.
En plan de croix latin, le carré du transept, aux bras courts, est coiffé d’une large coupole (65m) surmontée d’un lanterneau. Au premier niveau, la façade est encadrée de deux ailes de bâtiments qui s’avançant jusqu’à l’extrémité de l’éperon forme une cour. L’ordre est colossal à pilastres ioniques. La porte et la verrière qui la surmontent sont encadrées par des colonnes jumelées dont l’architrave supporte deux statues qui elles-mêmes encadrent une verrière plus grande. Sur les côtés, une petite porte surmontée d’une haute verrière qui arrive à hauteur de l’architrave centrale, puis d’une seconde verrière de la hauteur des statues, sont encadrées par deux pilastres. Ce premier niveau se termine par une large corniche brisée dans sa partie centrale. Au second niveau, les murs sont incurvés. Sur les côtés deux hauts tableaux en creux sont encadrés de pilastres ioniques. Au centre, une verrière ovoïde encadrée de deux pilastres. En jonction de cette partie centrale et des côtés, les murs à pans coupés abritent deux statues. Ce second niveau s’achève par une architrave avec œil de bœuf en son centre, et une double corniche en arc sur baissée au centre. Ce deuxième niveau est prolongé sur les côtés par deux tours au murs incurvés avec verrière. Au-dessus deux horloges coiffées de coupoles à tête d’oignon (ou dôme à bulbe) en parties dorées.
Les bâtiments présentent le même décor, murs clair et pilastres et encadrement ocre jaune. Au rez-de-chaussée, sur les murs blancs, s’échelonnent des bandeaux ocre horizontaux en légère saillie. Au niveau supérieur, l’ordre colossal de pilastres encadre les hautes fenêtres coiffées d’arc en chapeau de gendarmes et les oculus coiffés d’arc cintré. Les statues faisant partie de l’ornementation traditionnelle du baroque, l’architecte a voulu jouer avec toutes les possibilités géométriques de la mouluration qui en devientl’élément décoratif principal,; Aux architraves, aux corniches aux encadrements, aux chapiteaux et faux-chapiteaux, la mouluration est doublée, triples, courbe, brisée, cintrée, renversée, profil en demi-ronde ou rectiligne jouant sur l’avancée de la saillie.
« Architecture gracieuse, mais volontairement dramatisée par le site : jamais l’aspect théâtral de l’art baroque ne fut plu évident » (B. Oudin opus cité)
« L’intérieur est empreint de théâtralité de l'église Saint-Pierre de Vienne.» (https://www.techno-science.net/glossaire-definition/Architecture-baroque-page-2.html)
A l’intérieur, la décoration est particulièrement magnificente. Entre peintures et motifs dorés sculptés, aucune place n’est laissée au vide. Johann Michael Rottmayr (1654-1730) a peint les fresques des voûtes cintrées de la nef et des bas-côtés et de la haute coupole. Le maître-autel est du Bolonais Antonio Beduzzi (1675-1735). Au-dessus, au centre, en retrait, les statues dorées de Saint Pierre et Saint Paul avec à leur côté, entre de hautes colonnes de stuc rose, celles de trois prophètes de l'Ancien Testament.
L'escalier des empereurs qui conduit à l'aile d'apparat de l'abbaye et aux appartements impériaux est en colimaçon. Sa bibliothèque renferme quelque 100 000 volumes dont certains manuscrits sont parmi les plus précieux de la période médiévale.
Lukas von Hildebrandt
Lukas von Hildebrandt (1668-1745), né à Gênes et mort à Vienne, est le fils d’un officier de l’armée génoise. En 1690, il se rend à Rome où il est formé par Carlo Fontana (1638-1714), réalisateur de palais et de fontaines. Il est aussi formé par le mathématicien et architecte Guarino Guarini (1623-1684, voir Italie/Turin) connu pour ses traités sur l’architecture et plus libéré de la tradition classique que Fontana, dont Hildebrandt en tirera la leçon.
Pendant la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (1688-1697) opposant le St Empire, les Provinces-Unies, La Suède, l’Angleterre, le Duché de Savoie à la France de Louis XIV, Hildebrandt, ingénieur militaire, sera au service du prince Eugène de Savoie, Général en Chef de l’armée impériale en 1692. Le prince Eugène restera son protecteur et l’introduira auprès de la clientèle fortunée de Vienne où il s’installe à la toute fin du siècle.
« Une génération sépare Hildebrandt et Fischer von Erlach, moins par l'effet de l'âge (Hildebrandt n'est le cadet de Fischer que d'une dizaine d'années) qu'en vertu d'une différence très profonde d'orientation stylistique. » (Encyclopédie universalis)
Son style moins monumental, que celui de son aîné et rival, von Erlach plus ‘classique’, joue moins sur les reliefs que sur les formes plus ondulatoires. On lui doit le Palais Schwarzenberg qu’il commence en 1697 et qu’achèvera Fischer von Erlach en 1704. (https://structurae.net/fr/ouvrages/palais-schwarzenberg-1704-vienne).
La façade, rythmée par de pilastres colossaux corinthiens, est constituée de deux corps de bâtiment qui s’élèvent sur quatre niveaux. Ils sont séparés par un porche central en avancée à trois arches hautes et profondes, encadrées de colonnes, auquel on accède par un escalier en fer-à-cheval ; l’entrée qui se fait par ce pavillon se trouve donc à hauteur du deuxième niveau de la façade... La toiture de chacun des corps de bâtiment est entourée d’un garde-corps. Au centre, au-dessus du porche, au niveau des garde-corps, s’élève sur trois niveaux ce qui serait une tour conique tronquée, ouverte par trois larges oculus en son milieu. Propriété de la famille princière des Schwarzenberg, une partie a été aménagée en hôtel de luxe.
A ne pas confondre avec le palais du même nom à Prague, actuelle Galerie Nationale construit entre 1545 et 1567, de style encore Renaissance avec ses façades en diamant mais dont les triples surélévations de frontons aux volutes latérales surmontées de pignons ne vont pas sans évoquer les toits de pagodes. A ne pas confondre non plus avec un autre château du même nom appelé aussi Château de Scheinfeld en Franconie, reconstruit de 1608 à 1618 dans le Style Renaissance après un incendie qui le ravagea en 1607.
Hildebrandt donne au Palais Daun Kinsky qu’il réalise de 1713 à 1716 une ornementation des plus rococos.
« Deux colonnes de l’encadrement du portail sont devenues des atlantes…les pilastres [colossaux au second niveau] jouent le même rôle et s’élargissent vers le haut. L’élan qu’ils contiennent est repris par des consoles ornées de mascarons [de masque, souvent grotesque] sous les corniches et transmis aux statues qui sur la balustrade du l’achèvent en formes humaines. » (Bodo Cichy Art et Secrets des Bâtisseurs , hachette 1961)
Mais son nom restera lié aux deux Palais du Belvédère : le Belvédère inférieur (1714-15) et le Belvédère supérieur (1721-22). Il prendra la suite de Johann Balthasar Neumann à la Résidence de Wurtzbourg (1720-1775)
« Dans la construction des églises, Hildebrandt se plaît à jouer sur les arcs à la courbe complexe engendrés par la pénétration de volumes sphériques ou elliptiques ; tel est le cas de l’église Saint-Laurent à Gabel (aujourd'hui Jablonné v Podještědí) de 1699. Ce goût des surfaces ondulantes et des enchevêtrements d'espaces est tout à l'opposé des claires définitions de volumes que recherche Fischer von Erlach. La savante élégance des édifices construits par Hildebrandt semble préluder aux réalisations de Neumann et constitue l'une des réussites les plus parfaites de l'esprit autrichien. » (Georges Brunel https://www.universalis.fr/encyclopedie/johann-lukas-von-hildebrandt/) voir Siècle des Lumières/Architecture.Outre-Rhin
Bohême-Moravie
Introduction
Prague, sur les bords de la Moldau, a été la capitale du Royaume de Bohême avant d’être celle actuelle de la Tchéquie. Comme les rois de France, les empereurs qui étaient aussi rois des romains, rois de Bohême et de Hongrie, faisaient de leurs lieux de résidences, Vienne, Prague, la capitale du moment. L’empereur, Charles IV (1316-1346-1378) en avait fait de Prague sa capitale à son couronnement en 1346 et la dota de la première université d’Europe Centrale. Après la montée au bûcher, en 1415, en plein Concile de Constance, du réformateur Jan Huss, la Bohême et surtout Prague vont connaître une longue période de révoltes menées par les Hussites contre le pouvoir impérial de Charles IV. Les révoltés hussites se scinderont en diverses églises dont les Frères Morave exilés en Saxe et les Huttérites qui constitueront aux États-Unis la plus ancienne et la plus stricte des églises évangélistes.
Prague redevient capitale de l’empire sous le règne de Rodolphe II (1552-1576-1612), amateur d’art, versé dans l’ésotérisme. Sous son règne et celui de son grand-père Ferdinand 1er, frère de Charles-Quint (†1564), Prague sera alors un foyer culturel important avec la venue de peintres comme l’Italien Giuseppe Arcimboldo (1527-1593) à Prague en 1562, l’anversois Bartholomeus Spranger mort à Prague en 1611, le Hollandais Hans Vredeman de Vries, le sculpteur hollandais mort en 1625 à Prague Adriaen de Vries, le compositeur nurembergeois Hans Leo von Hassler (1526-1612) ; et le poète Sir Philip Sidney (1554-1586) y sera ambassadeur d’Angleterre (voir Renaissance Artistique/Europe) ; l’astronomes Tycho Brahe (1546-1601) est à Prague en 1588 et y mourra. Le mathématicien Johannes Kepler, réfugié à Prague en 1600 sera son assistant.
En 1612, l’empereur Matthias (1557-1612-1619) succède à son frère Rodolphe. Il transporte la capitale à Vienne et révoque la promulgation de 1609 de son frère qui autorisait la liberté de culte aux Hussites. En1618, au début de la Guerre de Trente Ans, dont elle fut une des causes, se produit la ‘Seconde Défenestration de Prague’, la première ayant eu lieu en 1419. C’est la noblesse de Bohême qui cette fois-ci se révolte contre l’empereur. Deux des représentants impériaux sont passés par la fenêtre du château, le plus grand château ancien au monde. Le roi de Bohême est alors l’Archiduc de Styrie, Frédéric V de Wittelsbach. Il met en œuvre une politique forcée de catholicisation de la Bohême. Les troupes tchèques sont défaites en 1620 à la Bataille de la Montagne-Blanche. Juste avant le traité de Westphalie en 1648, la ville est saccagée par les troupes suédoises protestantes.
La Maison de Habsbourg va tenir le pouvoir. La paix va s’instaurer pour un siècle. Léopold 1er (1640-1658-1705), empereur et roi, va favoriser les arts et la culture. La ville va connaître un développement économique et culturel.
Des chefs-d’œuvre du Hochbarok Oriental vont être édifiés comme l'église Saint-Nicolas de Malá Strana, le Palais Kinský construit de 1755 et 1765 dans le Style Rococo par Jan Arnošt Golz, le Palais Sternberg, et le château de Prague va être achevé.
Châteaux et Palais
« À la fin du XVIIe siècle, sur la base du travail du trio d'architectes célèbres Lurago, Carattiho [Caratti], Orsihos [Orsini], les bâtisseurs régionaux ont développé un type de château caractérisé surtout par la solution de la façade, car le plan au sol était souvent adapté aux bâtiments plus anciens : De haut pilastres reliant plusieurs étages de la façade complétaient l'alternance de frontons segmentaires et triangulaires au-dessus des fenêtres et des champs de stuc en contrebas. Ces décorations, provenant du palais Černín de Prague, ont été utilisées sous une forme plus spacieuse sur les châteaux. "Le château d'Esterházy à Eisenstadt, construit après 1663 par Carl Carloni, pourrait également avoir joué un rôle comme modèle d'un nouveau bâtiment….Outre la disposition à quatre ailes de la cour à arcades, il existe également des bâtiments avec un plan au sol plus intéressant, par exemple un château à Žehušice, copiant la forme de la lettre H. Les constructeurs Abraham Leuthner, Andreade Quadri et Giulio Broggio méritent d'être mentionnés. Les châteaux d'Antonio della Porta occupent une place particulière, car en examinant de plus près son œuvre, il semble qu'il se soit concentré exclusivement sur eux. Un élément essentiel de chaque château était également la salle principale, qui s'étendait sur plusieurs étages pour une apparence représentative. La transformation des bastions d'angle en terrasses panoramiques à Roudnice [Raudnitz-sur-l'Elbe] prouve par exemple que Porta savait comment réorganiser un ensemble de plans [ici ceux de F. Carotti] qui n’étaient plus d’actualité. » (Eliška Kovářová Architecture En Bohème Entre Les Années 1670 – 1690. Thèse de maitrise Faculté d’Histoire de l’Art d’Olomuc 2017 https://theses.cz/id/fvg5wd/E ._Kovov_Architektura_1670-1690.pdf )
L'Église Saint-Nicolas de Malá Strana
L'Église Saint-Nicolas de Malá Strana, située à l’emplacement d’une ancienne paroisse dans le vieux quartier de Malá Strana au sud de Prague, est construite en même temps que la nouvelle Prague. Église jésuite, elle est à la fois le symbole du catholicisme triomphant des Habsbourg sur le protestantisme Hussites de Bohême, et la pleine affirmation du style Hochbarok sur le Style Renaissance.
Les travaux vont s’étaler de 1672 à 1753. Ils sont très rapidement confiés à Giovanni Domenico Orsi (1634-1679), né à Vienne et mort à Prague. De 1702 à 1711, l’architecte Christopher Dientzenhofer (1655-1722), né en Bavière et mort à Prague, poursuit les travaux à partir de ses nouveaux plans. Son fils, Kilián Ignace Dientzenhofer (1589-1751) prendra plus tard sa suite. L’édifice sera achevé par un des membres de la famille de bâtisseurs de Lombardie, Francesco Lurago (?-1691), et Anselmo Lurago (1701-1765) construira le beffroi en 1755. Dientzenhoger-fils construira entre 1732 et 36 l'église Sainte-Marie-Madeleine à Karlovy Vary (ouest Tchéquie voir Siècles des Lumières/Architectures/Outre-Rhin)
S’il fallait comparer le style de cette église à une phase du Gothique, on pourrait le qualifier (déjà) de flamboyant en ce qu’ici sont utilisées en extérieur toutes les ressources ornementales du Baroque architectural : ondulation de la façade ouest surélevée par un triple escalier, avec colonnes couplées, très fortes corniches avec balcon central à balustrade au premier niveau et supportée par des corbeaux au niveau supérieur, frontons brisés, arcs en chapeaux de gendarme, statues ‘à tous les étages’ (St Nicolas au plus haut), balustrade en toiture ; lesvolutes typiques du style jésuite sont très discrètes, pour ainsi dire dessinées. La façade sud, la plus visible (au nord la maison de professe), rectiligne reprend le même développement ; à son extrémité, la haute coupole de 80m de haut qui coiffe le chœur-chevet a été décorée par le sculpteur Ignaz Franz Platzer (1717-1787) qui ornera de ses sculptures plusieurs églises de la ville (voir Sculpture Outre-Rhin). A son côté, le beffroi à quatre niveaux fait alterner colonnes et pilastres.
L’impression d’ensemble répond au souci de théâtralité du baroque alliant la majesté à la dramatisation.
Monastère de Břevnov
Christopher Dientzenhofer a également construit de 1708 jusqu’à sa mort l’actuel Monastère de Břevnov (Breanu) dans le quartier de Prague du même nom. Son fils assurera la suite du chantier qui s’échera en 1745. Le couvent en lui-même a été bâti entre 1709 et 1720.L’église (1708-1735) a été consacrée basilique-mineure (les quatre basiliques majeures sont toutes à Rome). Le maître-autel fut exécuté en 1718 selon le projet de Christopher Dientzenhofer par le sculpteur sur bois, Josef Dobner, les sculptures sont de Matouš Václav Jäckel. Le décor peint des autels latéraux est de Peter Johannes Brandl (1668-1735), peintre connu pour son « clair-obscur très accentué avec des empâtements chargés et des compositions dramatiques », et les fresques de voûte de la nef sont du peintre d’origine flamande, Jan Jakub Stevens (ou Peter Stephan 1651-1730) connu comme fresquiste à partir de 1688.
Le Palais Clam-Gallas (1713-1719), situé dans la partie la plus ancienne de la ville est considéré comme la première œuvre baroque introduite à Prague. (voir Fischer von Erlach)
Le Château de Prague est situé dans le quartier Hradčany qui domine la ville, l’un des trois plus anciens quartiers de la ville avec Malá Strana et après Staré Město (Vieille Ville). A l’origine, un château- fort, résidence des souverains de la dynastie des Premysl, sa première pierre a été posée en l’An Mil et l’’histoire de ses reconstructions, agrandissements, aménagements et embellissements remonte à nous jours.
En 1560, après un incendie qui a ravagé tout le vieux quartier, l’architecte allemand Bonifác Wohlmut (1510-1579) qui travailla également à Vienne, entreprit sa reconstruction avec en autres l’élévation d’une coupole sur la tour sud ; frappée par la foudre en 1770, l’architecte autrichien Nicolò Pacassi la redressera.
En 1612, le château cesse d’être résidence royale, le successeur de Rodolphe II, son frère Matthias II transporte la capitale à Vienne.
En 1680, les écuries sont construites par l’architecte français Jean-Baptiste Mathey (1630-1680 voir ci-après et Peinture/France) qui fit l’essentiel de sa carrière à Prague.
Palais Sternberg de Prague
Commandé par le comte Václav Vojtěch de Sternberg, il est érigé par l'architecte Domenico Martinelli (1650-1718) en 1697. Participeront à sa construction Christophe Dientzenhofer, puis Giovanni Battista Alliprandi. Actuellement, il abrite la galerie nationale de peinture.
Battista Alliprandi (1665-1720), né dans la province de Côme (Lombardie) et mort en Bohême, élève de Fischer von Erlach à Vienne, fut bâtisseur en chef des forteresses de Prague en 1706. Il réalisa plusieurs palais à Prague dont le Palais Lobkowicz. ( à ne pas confondre avec celui de Vienne de Pietro Giovanni Tencalla) Son architecture se caractérise par une composition très complexe de ses façades
Son œuvre maitresse est l'église de la Sainte Trinitéà Kuks dont l’entrée donne directement sur la crypte, l’entrée de l’église se faisant par deux escaliers donnant accès aux portes latérales.
Palais Kinský de Prague
Le palais est construit de 1755 à 1765 dans le Style Rococo selon le projet d’Anselmus ou de K. I. Dientzenhofer selon les sources. A ne pas confondre avec celui de Vienne construit par L. von Hildebrandt de 1713 à 1716.
Carlo Lurago
Carlo Lurago (1615-1684), né à Pellio Intelvi dans la province de Côme (et non dans le Tessin) et mort à Passau en Bavière, est issu d’une de ces familles italiennes de maîtres-maçons, originaires du Tessin et de la région du Lac de Côme, qui sont venues travailler en Allemagne au XVIIème siècle en important le Style Baroque ; parmi elles, les architectes Santino Solari, Carlo Fontana, Giovanni Battista Alliprandi ou encore Francesco Caratti sont les plus connus.
Lurago œuvra essentiellement à Prague. Il a travaillé à la restauration de l’Église du Saint-Sauveur entre 1638-1648, au chœur de l’église Notre-Dame-sous-la-Chaine et surtout à Église Saint-Ignace de 1665 à 1670.
Cette église est située sur la place Charles. Son ornementation en bas-relief sur fond d’ocre rouge tranche avec la pierre claire des façades ; aux pilastres et au métope de la façade principale les motifs sont végétaux, et les tables entre les fenêtres du second niveau, sont historiées. Un porche en pierre sombre à trois arches centrales et arches latérales précède l’entrée. Son toit plat est bordé par une balustrade sur laquelle reposent des statues de saints. Son style a pu être qualifié de ‘baroque précoce’, mais la décoration profuse du décor intérieur est caractéristique d’un baroque plus tardif.
Entre 1668-93, Pietro Francesco Carlone reconstruit, sauf le chevet resté gothique, la cathédrale Saint-Étienne de Passau en Bavière détruite par un incendie en 1662. Selon certaines sources, Carlo Lurago (1615-1684), mort à Passau, en aurait dessiné les plans …
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carlo_Lugaro mentionne dans les réalisations de Lurago le Palais Lobkowicz (ca 1677). https://fr.wikipedia.org/wiki/Palais_Lobkowicz indique Giovanni Battista Alliprandi (1665-1720) comme son architecte en 1702 pour le comte Přehořovský de Kvasejovic. Selon https://prague-secrete.fr/le-palais-lobkowicz-a-prague-decouvrez-musee-cafe-terrasse-et-concerts/: « il est redessiné dans le style baroque italianisant par Carlo Lurago.»
Propriété privée jusqu’au XXème siècle de la maison des Lobkowicz, ancienne famille de la noblesse de Bohême, il est situé à l’extrémité du Château de Prague et a été le siège de différentes ambassades, actuellement celle de l’Allemagne.
Pour la famille Černíns, Lurago a construit un pavillon de chasse à Sobotka de 1667 à 1681. Sur un mamelon, il domine la ville avec une tour circulaire parcourue par une courtine sur machicoulis que surmonte une tour plus étroite à deux niveaux, coiffée d’une coupole conique.
On lui attribue parfois la reconstruction de la Cathédrale Saint-Étienne à Passau, reconstruite en fait, sauf le chevet resté gothique, par Pietro Francesco Carlone (1607-1682)
Des membres de la famille Lurago qui travaillèrent à Prague, il faut citer Francesco ( ?-1691) qui acheva l’Église de Saint Nicolas de Malá Strana ; Anselmo (1701-1765) qui collabora avec Kilian Ignace Dientzenhofer (l689-1751, le fils de Christopher) notamment au Palais Sylva-Taroucca (Palais Savarin 1743-1752), et qui poursuivit ses travaux à sa mort. Il construira entre autres le beffroi de l’Église St Nicolas de Malá Strana en 1755, et travaillera au Château de Prague de 1753 à 1755, etau Palais Kinský de 1755 à sa mort…
Francesco Caratti
Francesco Caratti (1615/1620-1677), né dans le Tessin à Bissone comme Borromini et Giovanni Pietro Tencalla, et mort à Prague, s’est d’abord formé à Venise avant de commencer à travailler en Moravie du sud. Il est à Prague en 1652, où il collabore avec Carlo Lurago (1615-1684), G.P. Tencalla (1629-1702) et de Giovanni Domenico Orsi (1634-1679).
Parmi ses réalisations personnelles les plus marquantes, on peut retenir l'église Sainte-Marie-Madeleine dans le quartier pragois de Malá Strana, commencée en 1656, et le Palais Černín à Prague. En dehors de Prague, il construit le Palais de Raudnitz à Raudnitz-sur-l'Elbe (Tchéquie) pour la famille Lobkowitz qui fit construire son palais à l’extrémité du Château de Prague par Carlo Lurago.
Le Palais Černín a été commandé à Caratti par le Comte Jan Humprecht Černín of Chudenice, ambassadeur à Venise et à Rome. Il est construit entre 1666/69 et 1688/92. Situé non loin du Château, il est le plus grand palais baroque de la ville, hormis, si on considère aussi pour ses différents palais, le Château qui est le plus vaste ensemble Palais/Château au monde. Il fut très endommagé à plusieurs reprises, notamment pendant la Guerre de Succession d’Autriche au XVIIIème siècle (contestation par les puissances européenne, du legs de l’empereur fait à sa fille des possessions des Habsbourg). Ce qui explique qu’il a été maintes fois restauré.
L’entrée se fait par une porte cintrée surmontée d’une niche habitée par une statue ; de chaque côté deux ouvertures serliennes. Une balustrade accolée à la façade du niveau supérieur fait fonction d’architrave. Ce niveau supérieur présente sur sa longueur des demi-colonnes colossales d’ordre corinthien. Elles supportent une arcature et encadrent sur deux étages de grandes fenêtres au-dessus desquelles s’alternent frontons triangulaires et cintrés, et de petites fenêtres. Sur les côtés s’alignent deux ailes. Leur niveau inférieur qui atteint la hauteur des serliennes, est en partie basse en appareillage régulier à refend ouvert par deux rangées de petites fenêtres et en partie haute en appareillage diamanté ouvert par une seule rangée de petites fenêtres. Au second niveau, s’élèvent quatre pilastres colossaux avec chapiteau à grotesques qui encadrent deux rangées de trois fenêtres surmontées chacune de fronton circulaires et triangulaires alternés entre les fenêtres et entre les niveaux. Un troisième niveau de très faible hauteur mais qui dépasse la toiture centrale est occupé les abaques des chapiteaux et de leur métope, qui encadrent trois fenêtres basse . Leur toiture, à forte pente, en petites tuiles, est en croupe (4 versants), tandis que celle de la partie centrale, à faible pente est à double bâtière transversale.
Le Palais Raudnitz, à Roudnice nad Labem (bord de l’Elbe, nord de Prague, à ne pas confondre avec le palais au Château de Prague), construit entre 1653 et 1665, qui appartient à la Maison Lobkowicz, est l'un des quatre plus grands châteaux en République tchèque (200 pièces). Il est constitué d’un quadrilatère. Les deux corps de bâtiment en perpendiculaire de la façade principale ont la particularité d’être surélevés par un niveau inférieur en pierres rustiques, longé de fenêtres ; deux rangs de bandeaux horizontaux en saillie entrecoupés de fenêtres courent le long du second niveau. Au troisième niveau, la façade est un alignement de larges pilastres colossaux sans chapiteaux mais avec des abaques élevés jusqu’à la toiture. Entre les pilastres, deux rangs de fenêtres identiques, superposées, séparées par des tableaux ; celles inférieures son à fronton cintré et celles supérieures sont à fronton rectangulaire. Leur toiture est en croupe. L’avant-toit en surplomb est supporté par des corbeaux rapprochés. Ces bâtiments sont reliés par deux bâtiments séparés par une tour carrée à deux niveaux, à parement régulier, surmontée d’un tambour octogonal également à eux niveaux que coiffe un dôme à haut lanterneau ; moins élevés, ils sont rythmés par des pilastres colossaux qui encadrent un rang de fenêtres surmonté d’un rang d’oculus sous arcs. L’ensemble est rose pâle, blanc et rouge. Le rose pâle est laissé aux parties proprement murales, le blanc est réservé aux encadrements et intérieur des frontons et aux joints du parement de la tour, les triglyphes sont d’un rouge foncé.
En 1656, Caratti s’est marié à Bissone avec la fille de Pietro Maino Maderno (Peter Matterny 1592-1652, voir Outre-Rhin/Sculpture)), né aussi à Bissone et mort à Moosbrunn, sculpteur de la cour impériale de la Renaissance, fils de l'architecte Andrea Maderno. Anobli en 1649 par Ferdinand III pour l’ensemble de son œuvre. Sa famille apparentée à celle de l’architecte Carlo Maderno (Façade de La Basilique St Pierre) faisait partie de ses familles du Tessin qui opnt données des lignées de tailleurs de pierre, de maîtres-maçons et d’architectes telles les Borromini, les Carlones et les Tencalla. Caratti a eu pour élève et assistant son beau-frère Giovanni Battista Maderna (1652-1628), qui l’a notamment secondé au Palais Černín. Il était reconnu comme « ingénieur et architecte du comte de Zhern ». A ne pas confonde avec Giovanni Battista Maderna (1758-1803), né à Vérone fils d’un Pietro Maderni (?)
Antonio Porta
Antonio Porta (della 1631/32-1702), né à Manno près de Lugano et mort à Bayreuth, a commencé par être formé en Italie du Nord, probablement à Venise.
La première réalisation d’Anbtonio Porta en Bohême est le Château de Kaplíř de Milešov situé sur la montagne Milešovka,, la plus haute du centre de la Bohême. Il participa probablement également à la construction de l'église Saint-Pétersbourg.
De 1662 à 1666, il travaille pour le Comte Ferdinand von Verdenberg à Grafenegg près de Wagram en Basse-Autriche. En 1668, il s'installe à Roudnice où pendant 30 ans il répond aux commandes de la noblesse (https://litomerice-leitmeritz.net/autori/ karta/jmeno/49-antonio-della-porta). Pour le prince Wenzel Eusebius von Lobkowicz et son fils Ferdinand August il revoit les plans de la construction du Palais Lobkowicz à Roudnice nad Labem (nord Bohême) auquel Francesco Caratti (†1677), qui était le parrain de ses deux fils jumeaux avait travaillé de 1652 à1665. Il y travaille jusqu'en 1697. Certaines sources mentionnent Porta comme ayant introduit le Baroque en Bohême du Nord mais Caratti y travailla avant lui.
della Porta entre alors au service du margrave Christian Ernest de Brandebourg-Bayreuth. Vers 1700, avec Jacques Bourdin de la Fond, il trace les plans du château du margrave Friedrich à Erlangen à Bayreuth où il mourra deux ans plus tard.
Il construisit sa propre maison à Manno entre1688 et 1690. Par testament, il lègue ses biens à des œuvres pieuses et finance les études artistiques à Rome de jeunes gens de sa région.
Ne pas confondre avec Antonio della Porta dit Tamagnino (1471-1520) sculpteur italien de la Renaissance.
Jean-Baptiste Mathey
Jean-Baptiste Mathey (1630-1695), né à Dijon et mort à Paris, peintre et architecte, œuvra pendant 25 ans à Prague sous le nom de Matheus Burgundus. Les Burgondes vivaient en Europe Centrale et ils donnèrent leur nom à la Bourgogne dont Mathey est originaire de sa capitale.
A Prague, on lui doit notamment d’être intervenu aux Palais des Archevêques. Un palais Renaissance qui subit plusieurs rénovations dont celle de Mathey et qui en connaitra une autre par Wirch (?) au siècle suivant.
« La façade et son portail en marbre de Slivenec ainsi que la gloriette du toit furent dessinés par l'architecte français Jean Baptiste Mathey, et sont caractéristiques de son style. Mathey a signé son œuvre d'un sigle triangulaire visible encore aujourd'hui au-dessus du portique, et portant la date de 1676. » (http://www.digital-guide.cz/fr/poi/hradcany-8/le-palais-de-larcheveque/)
Il édifie l’église Saint-François-Séraphin qui appartient au monastère des Croisiers de l’Étoile Rouge[2]. Construite entre 1679 et 1685, à plan centré avec appareil régulier, elle est surmontée d’un immense dôme à lanterneau, rythmé par des colonnes couplées qui encadrent de hautes fenêtres. La toiture entre le carré du plan et le dôme est une verrière. La façade d’entrée, sombre, en saillie par rapport aux bâtiments latéraux annexes, en appareillage régulier, échelonne des statues dans des niches.
Les peintures du décor intérieur sont de Wenzel Lozenz Reiner dont le Jugement Dernier à la coupole ovoïde.
« Dans la partie inférieure de cette église baroque sont exposés les restes de l’ancienne église gothique. La partie supérieure foisonne d’extraordinaires éléments peints ou sculptés, que dominent les fresques de Vaclav Vavrinec Reiner et Jan Krystof Liska, qui ont également réalisé une partie de l’autel. »
Sur son orgue très ancien jouèrent Wolfgang Amadeus Mozart et Anton Dvorak.
Hors de Prague, outre plusieurs églises : celle de Litvínov (1685-1694), de Horní Jiřetín (1694-1700), de Martínkovice (1692-1698), la chapelle royale (1685-1686) et chapelle Saint-Venceslas du cimetière (finie en 1690) de l'abbaye de Plasy (Bohême occidentale)
On lui doit surtout la Résidence d’été de la famille Sternberg à Troja , le Château Troja construit entre 1679 et 1691. Mathey s’est largement inspiré des villas italiennes de la Renaissance. Un large pavillon central à trois niveaux auxquelles s’alignent ses étroites ailes à deux niveaux qui se terminent par deux corps avancé, surélevés d’un attique à deux niveaux. La façade claire est rythmée par des pilastres colossaux corinthiens en ton argile-orangé vif. Soutenu par une succession d’arcades, l’escalier monumental en fer-à-cheval à balustrade surmonté de statues et de bustes mène au balcon d’entrée où deux hautes statues bordent sa balustrade. La porte d’entrée flaquée de deux colonnes est coiffée à l’architrave par une haute statue assise. Les fresques du décor intérieur, en collaboration avec son frère Izaac sont de l’Anversois Abraham Godyn (1655 -1724), qui a séjourné à Prague de 1690 à 1711.
Il ne faut pas confondre le château, résidence d’été construite dans le quartier de Troja (Troie) alors aux limites de la ville avec le Palais Sternberg, actuelle musée d’art. B. Oudin mentionne dans son Dictionnaire des Architectes que c’est sur ses plans et ceux de Domenico Martinelli (1650-1718) que Giovanni Allibrandi « acheva à Prague en 1700 le Palais Sternberg » Y-a-t-il confusion avec le palais de Vienne plus connu sous ce nom que celui de Troja ? Le Palais Sternberg est situé place Hradčany, à Prague, a été construit dans le style hochbarok par Giovanni Allibrandi de 1698 à 1707.
Bien que français et de formation classique, Mathey apporta en Bohême « le baroque romain, celle du plan des châteaux à deux corps de bâtiment articulés autour d'une salle centrale surélevée et en avancée. L'architecture religieuse lui doit le modèle de l'église à croix grecque surmontée d'une coupole centrale ovale. » (Wikipédia).
Notes
[1] Courante dans l’architecture orthodoxe, la tête d'oignon (« makovitsa ») est la partie couronnée du dôme. Elle repose sur le tambour dont le diamètre lui est inférieur. Elle symbolise la flamme d’une bougie. Elle peut être cylindre, torsadée… Le kremlin en est un exemple célèbre.
https://fr.rbth.com/tech/85837-forme-oignon-bulbe-coupoles-eglises-russes: « Les historiens ne s'accordent pas sur la date d'apparition des dômes en oignon et, surtout, sur ce qui a servi de modèle. De tels dômes sont visibles sur de nombreuses miniatures et icônes de la fin du XIIIe siècle. Certains chercheurs pensent que les images de l’édicule de Jérusalem (la chapelle au-dessus du Saint-Sépulcre), sur laquelle se trouvait au XIe siècle une hypothétique « coupole » en forme de bulbe, auraient servi de modèle. »
[2] Ordre des chanoines réguliers hospitaliers de Prague dont l’hôpital est fondé en 1233 par Agnès de Bohême, clarisse, fille du roi de Bohême.
OUTRE-MANCHE
Trois rois Stuart vont régner en Angleterre au cours du XVIIème siècle. Jacques 1er (†1625), en prenant la succession de Élisabeth 1ère en 1603, ouvre la dynastie des Stuart. Son fils Charles 1er est exécuté en 1649 pendant les Guerres Civiles du milieu du siècle qui mèneront au pouvoir la république (Commonwealth) d’Oliver Crowell. La Restauration de 1661 ramène les Stuarts sur le trône avec Charles II. En 1685, son frère Jacques II lui succède mais en 1688, la Glorieuse Révolution le chasse du trône et sa fille Marie
II († 1694) qui va gouverner avec son .époux, Guillaume III d’Orange-Nassau († 1702), qui est maintenu Stathouder des Provinces-Unies .
La période jacobéenne, premier quart du siècle, sera une période de continuité tant au plan littéraire qu’artistique et notamment au théâtre dans la continuité du théâtre élisabéthain. Le deuxième quart du siècle est marqué par les affrontements constants entre Charles II et le Parlement. Durant la période troublée de 1648 à 166, période des deux Guerres Civiles et du Protectorat (gouvernement du Lord Chancelor Cromwell), une chape de plomb va s’abattre sur la création artistique, musicale et théâtrale Concerts et représentations dramatiques sont interdits. La Restauration au contraire va donner lieu une libération de la création autant que des mœurs. Une période riche d’artistes et d’écrivains
Dans le domaine de l’architecture, le grand architecte de la première moitié du siècle est Inigo Jones (1573-1652) dont le style classique est fortement inspiré de Palladio (†1580). Le grand architecte de la seconde moitié du siècle est Christopher Wren (1632-1723) qui introduit le baroque en Grande-Bretagne.
L’évolution du classicisme architectural sur tout le XVII siècle en Angleterre se manifeste en trois phases. D’abord les constructions royales d’Inigo Jones à Greenwich de 1616 à 1630 dont la Queen’s House; ensuite, les réalisations de John Webb (1611-1672), un élève de I. Jones qui préfigure C. Wren, avec notamment le Grand Palais Carré de 1664; et enfin, Sir Wren avec entre autres l’Hôpital de Westminster achevé par son élève Hawksmoor de 1695 à 1708 et bien évidemment la Cathédrale ST Paul (1666).
Inigo Jones
L’architecte Inigo Jones (1573-1652), né dans le quartier ouest londonien de Smithfield et mort à Londres pendant le Commonwealth, est le fils d’un tailleur gallois dont le catholicisme lui fera donner à son fils le prénom catholique d’Inigo (Ignace) en référence au maitre de la Compagnie de Jésus, Íñigo de Loyola (†1556).
Après des études secondaires, à 25 ans il séjourne en France et en Italie de 1598 à 1694. On sait qu’il s’est rendu deux fois en Vénétie, terre natale de Palladio, en 1606 et 1613 où cette fois-là il y séjourne cette fois-ci un an.
De retour en Angleterre, il met en en pratique ce qu’il a appris de ses maitres italiens. Ces deux premières réalisations la Queen’s House (1614/16-1635) et le Banqueting Hall à Whitehall (1619-1622), t resteront étonnammenles plus représentatives de son style et aussi les plus célèbres. D’inspiration palladienne, elles feront de lui l’introducteur de cette architecture de la Vénétie que l’on désignera en Grande-Bretagne, mais aussi sur le continent du vocable de Néo-Palladianisme.
Bien que l’antériorité dusse prévaloir, certains historiens comme Howard Colvin considèrent eux que ce sont les deux architectes écossais, plus tardifs, James Smith (c.1645-1731) et son jeune confrère Colen Campbell (1676-1729) qui sont les vrais initiateurs du style de l’architecte vénitien.
Quoiqu’il en soit, John Webb (1624-1672), gendre de I. Jones contribuera avec lui et après lui à imposer le Palladisme. L’importantes série d’ouvrage qui constitue le Vitruvius Britannicus (1715-25) de Colen Campbell (1676-1729) contribura à implanter plus fortement ce style Outre-Manche au 18ème siècle.
Des réalisations de Jones, suivent notamment, Le College of God’s Gift à Dulwich en 1619, la résidence princière de Newmarket dans Suffolk (1622) démolie par la suite, la Chapelle de la Reine au St James Palace (1625), la reconstruction Chapelle du Lincoln’s Inn (1620-23), la place de Covent Garden (1631) en partie démolie. Il ne put réaliser son projet du palais de Whitehall conçu en 1638.
Parmi les résidences qu’il réalisa en dehors de la capitale, certaines pourraient ne pas être de lui. On peut néanmoins citer Stroke Park (1630) dans le Northamptonshire, Castel Asbhy en 1635 à Northhampton, Wilton House à Salsbury en 1650.
Jones se sera d’autant plus facilement désigné comme le premier architecte anglais qu’il s’en attribue le mérite, un ‘titre’ qui avait désigné en leur temps en leur pays l’architecte français du Louvre de la Renaissance Philibert Delorme (1514 -1570) et son quasi contemporain le Padouan Andrea Palladio (1508-1580) qui anima la Vénétie de ses fameuses villas. Jones se fera le disciple de Palladio plus que d’un autre architecte classique de la Renaissance au point d’être à l’origine de ce mouvement qu’on appelle le ‘Palladianisme’. Mais deux autres architectes et théoricien ne furent pas sans avoir une forte influence sur son style. Tout d’abord, le théoricien Sebastiano Serlio (1475-1554) dont le traité en sept livres (Sette libri dell’architettura 1537-51) influença les générations d’architectes à venir et dont Palladio (1508-1580) appliqua ses formules architecturales comme l’ouverture dite ‘serlienne’ (une arche encadrée de deux architraves, l’ensemble reposant sur quatre colonnes). Ensuite, Le Vignole (1507-1573) dont le Traité des Cinq Ordres (1562) n’eut pas moins d’influence. Son l’église jésuite du Gesù (1568) peut être considérée comme le premier édifice baroque de la Contre-Réforme, quoique son œuvre soit d’un incontestable classicisme.
Outre le fait d’être architecte, Jones fut aussi scénographe. Surveyor of the King Works, il occupa la fonction de maitre de cérémonies à la cour de Jacques 1er. Il dessina nombre de décors et de costumes, pour les représentations dramatiques dont les 41 Masks, de l’ ‘élisabéthain’ Ben Jonson (1572/73-1627). Leur collaboration qui commença en 1605 s’acheva en 1634 par une brouille qui suscita chez le dramaturge un fort ressentiment puisqu’il se moqua dans ses pièces de l’architecte sous les traits de personnages ridicules comme le Général Vitruvius en référence à l’architecte romain connu en Europe sous le nom de Vitruve (-80 - +15) et dont les dix volumes de De architectura servirent de référence absolue aux architectes de la Renaissance, en premier lieu florentins.
La Guerre Civile du milieu du siècle mit fin à ses réalisations comme ce fut le cas pour de nombreux artiste.
Isaac de Caux
Inigo Jones eut pour élève Isaac de Caux (ou Caus 1590-1648), né à Dieppe et mort à Paris, qui poursuivit son œuvre.
« Concepteur et architecte de jardins. Fils ou neveu du bien plus connu Salomon de Caus (1576-1626), qui travailla pour le prince Henri en Angleterre en 1611, pour Frédéric du Palatinat à Heidelberg en 1612 et enfin pour Louis XIII France en 1620. Isaac suivit les traces de Salomon en tant que concepteur de jardins, ingénieur hydraulique et architecte. La date de sa naissance est inconnue et on suppose généralement qu'il doit être venu en Angleterre avec Salomon en 1611. Si tel est le cas, il y est resté…En 1634 il est naturalisé. Son propre travail d'architecte remonte à 1623 et il fut souvent l'assistant d'Inigo Jones. Son projet majeur à partir de 1636, en association avec Jones, était à Wilton. De Caus a publié un livre, Nouvelle invention de lever l'eau plus hault que sa source, Londres 1644, » (https://www.britishmuseum.org/ collection/term/BIOG22266)
Salomon de Caus (1576-1626) voir France/Jardin à La Française
Nicolas Stone
Nicolas Stone (1586/87-1642) voir Sculpture/ Outre-Manche
S’il reste surtout connu comme sculpteur, le volume de son œuvre architecturale n’est pas moins importante. En 1626, il succéda à William Cure comme Master Mason of the Crown (maître maçon de la Couronne) comme le fut Inigo Jones.
En 1632, il travailla au réaménagement de la chapelle du Château de Windsor. Entre 1635 et 38, dans la City, il a en charge le nouveau siège de la guilde des orfèvres, le Goldsmiths' Hall, l’ancien datant de 1407 détruit sur les conseils d’I. Jones. Ce nouvel édifice sera restauré après le grand incendie de Londres de 1666.
Stone a conçu et construit plusieurs portes comme celle de Youk House ou comme celles de l’entrée des jardins de l’université d’Oxford d’inspiration palladienne, ainsi que le portail de l’église catholique de Sainte-Marie la Vierge de l’université d’Oxford, nettement baroque.
John Webb
John Webb (1611-1672, né et mort dans le Somerset (s.o Angleterre), neveu de Inigo Jones, fut son assistant jusqu’à la mort de ce dernier en 1652. Il poursuivit ensuite ses chantiers comme Cobham Hall dans le Kent, Wilton House dans le Wiltshire.
De son œuvre personnelle, on retient notamment :
· Le portique du manoir The Vyne dans le Hampshire en 1654, le premier portique de style classique sur un manoir anglais ;
· Le pavillon central du Château de Lamport Hall dans le Northhampshire achevé en 1655,
· Le Château de Torpe Hall et le King’Charles Block au Royal Naval College de Greenwirch entre 1662 et 69.
Webb s’est éloigné du classicisme strict de son maître et a aannoncé C. Wren. (B. Oudin, Dictionnaire des Architectes, Seghers 1982)
« Architecte britannique, proche collaborateur d'Inigo Jones, il dessine pour les projets de ce dernier (Whitehall ; décors de Wilton House). Après Inigo Jones, il poursuit la leçon palladienne (Lamport Hall, 1654 ; Gunnersbury). Candidat malheureux à la charge de Surveyor, il dessine des projets d'églises et imagine pour Charles II un vaste palais à Greenwich dont seule une aile (King Charles' Building) le Palais de Greenwitch connu sous le nom de Palace of Placentia construit sous Henri VIII sera démolie en 1660] est réalisée. Il fait paraître — sans le signer — un ouvrage sur les mégalithes de Stonehenge : The Most Notable Antiquity of Great Britain (1655). Son Classicisme forme une transition entre l'art palladien d'Inigo Jones et le style personnel de Christopher Wren. » (Encyclopédie Univeralis)
Hugh May
Hugh May (1622-1684) en supervisant la reconstruction de la capitale ravagée par l’incendie de 1666 prendra sa place dans l’architecture de la capitale. Il fut chargé de faire devant les autorités de la ville une présentation du « Palladianisme hollandais bien-façonné », mais il ne reste rien de bien notable de lui que d’avoir conçue et réalisé un classicisme architectural intégré à une architecture urbaine et domestique.
Christopher Wren
Christopher Wren (1632-1723), né à East Knoyle dans le Wiltshire (s.o. Angleterre) et mort à Hampton Court (s.o.du Grand Londres), est le fils d’un clergyman prénommé également Christoher. En 1634, celui-ci prit la place de son frère comme doyen de la ville de Windsor (Berkshire). Christopher fils fait ses études au collège public du Royal College of St. Peter de Westminster.
Pendant la Première Guerre Civile (1642-46), la famille catholique et royaliste doit quitter Windsor et se réfugier à Bristol (s.o.) qui a le privilège depuis 1542 de relever d'une ‘autorité locale unique’, en quelque sorte autonome dans ses décisions majeures. Son oncle, évêque d’Ely, est enfermé à la Tour de Londres.
Mais en 1643, alors que Wren est âgé de 11 ans, sa sœur Susanna se marie avec William Holder (1616-1698) et la famille s’installe dans sa demeure à Bletchingham dans l'Oxfordshire (au n.o. de Londres). Holder, clergyman, est nommé chanoine de la cathédrale Saint-Paul de Londres en 1672 ; musicologue , auteur en 1694 de A Treatise on the Natural Grounds and Principles of Harmony, membre de la Royal Society en 1663, il aurait initié Wren à l’astronomie…
A la fin de ses études, en 1644, Wrenest un temps assistant du médecin Charles Scarborough spécialisé dans l’étude de l’anatomie. Scarborough est un ami de William Harvey, généralement reconnu comme le découvreur de la circulation sanguine. On peut supposer que Wren, particulièrement intelligent, tira le meilleur profit de cet entourage scientifique.
De 1649 à 53, il suit au Wadham College de l’université d’Oxford les cours de John Wilkins connu pour ses travaux sur le système solaire et ses planètes. Il se lance lui-même dans des recherches sur Saturne et ses anneaux avant que le célèbre astronome et mathématicien néerlandais Christian Huygens ne fasse paraître en 1659 ses propres recherches sur le même sujet dans De corpore saturni. Mais la théorie Huygens convaincra Wren.
Il termine ses études nanti d’une maitrise mais se consacre autant à l’anatomie qu’à l’astronomie. En 1657, il enseigne l’astronomie au Gresham College, collège renommé d’enseignement supérieur qui sera intégré à la Royal Society en 1660. En 1661, Wren obtient la chaire d’astronomie à l’université d’Oxford.
Wren est une personnalité influente dans le milieu scientifique et son rôle est loin d’être négligeable dans la fondation en 1660 de la Royal Society of London for the Improvement of Natural Knowledge ( Société royale de Londres pour l'amélioration des connaissances naturelles », plus connue brièvement sous le nom de la Royal Society. Il en sera d’ailleurs président de 1680 à 82. Newton dira de lui qu’il est parmi les plus brillants astronomes de son temps avec C. Huygens et J. Wallis, astronome et mathématicien.
Une des raisons probables pour lesquelles Wren s’intéressa à l’architecture est selon l’Encyclopedia Britannica, « the almost complete absence of serious endeavour architactural in Englanda at the time. » ( l'absence quasi totale d'efforts architecturaux sérieux en Angleterre à cette époque). En 1662, le président de l'Université d'Oxford , Gilbert Seldon, lui propose de dessiner les plans de ce qui sera The Sheldonian Theater à Oxford auquel Wren va lui donner la forme extérieure d’un demi-ovale (tronqué sur l’arrière) correspondant à la forme intérieur d’un théâtre à l’italienne. Il es surmonté d’un lanterneau central. Financée pour bonne part par le président, ce théâtre servira de réunion, de salle de divertissements et de salle de concerts et ne fera office de théâtre quand…2015.
En 1663, il séjourne à Rome où il porte un intérêt particulier aux ruines du Théâtre de Marcellus. A son retour, son oncle, redevenu évêque d’Ely, lui confie la construction de l’église de Pembroke College à Cambridge (1664 -68).
En 1666, le Grand Incendie ravage le centre de la capitale ; catastrophe à laquelle vient s’ajouter une épidémie de peste. Sa vie va en être transformée. Il veut être de ceux qui vont reconstruire le cœur de Londres dont les bâtiments administratifs ont été en grande partie détruits comme de nombreuses églises et la Cathédrale St Paul. De son plan d’ensemble ne sera retenu que l’édification de la nouvelle cathédrale et quand même aussi cinquante-trois églises londoniennes. En 1669, nommé Surveyor General, il commence ses chantiers et les achève en 1690, sauf pour celui de la cathédrale qui, commencé en 1675, durera jusqu’en 1709. Parmi ses églises, on peut citer St Mary-The-Bow, St Clement Danes, St Vedast et St James à Picadilly…
Ces nombreux chantiers n’empêchent pas Wren d’accepter des commandes privées. D’une longue liste, on peut citer Belton House à Grantham (Lincilnshire) en 1685, Malborough House à Londres, … Dans le domaine public, dont le nombre des réalisations n’est pas moindre, on peut citer à partir de 1685, la Bibliothèque du Trinity College à Cambridge , en 1692, l’Hôpital Royal de Chelsea, l’Hôpial de Greenwich, aujourd’hui le Royal Navy College dont I. Jones avait déjà bâti la Queen’s House. En 1689, Guillaume III d’Orange et son épouse Marie Stuart le chargent de reconstruire les appartements royaux au Palais de White Hall datant d’Henri VIII, et de construire un nouveau palais. Il intervient au Palais d’Hampton Court, construit le Pavillon de L’Orangerie au Palais Kensington en 1704…
Travailleur d’une grande énergie, pouvant superviser vingt chantiers simultanément, il est de son temps l’architecte qui construisit le plus d’édifices.
Wren est considéré comme l’introducteur de l’architecture baroque en Angleterre faisant pendant à I. Jones qui y introduisit le classicisme vénitien. Mais son œuvre considérable dans les domaines privés, religieux, royaux ne peut que refléter non une diversité de styles qu’il aurait appliqué l’un après l’autre selon le moment mais traduire la manière dont il a su se les approprier, les associer librement pour en donner une expression personnelle. Ainsi emprunte-t-il à la Renaissance, au Baroque et au Classicismes anglais et français qu’il découvre lors de son séjour à Paris en 1665, notamment celui de F.Mansart. En cette même année 1665, invité par Colbert, Le Cavalier Bernin, déjà bien âgé, arriva à Paris et présenta trois projets pour la Colonnade du Louvre. Très renommé dans toute l’Europe, le sculpteur italien autorisa Wren à lire attentivement ses plans (Encyclopedia Britannica). Quant à son emprunt à la Renaissance, il fut l’objet d’un calembour qui en fera parler comme de la « Wrenaissance anglaise». Du classicisme anglais, il est loin de l’ignorer.
La Cathédrale londonienne reflète bien ce mélange de genres qui fait la singularité de Wren : sur un faux plan central s’élève un édifice dont les bras irréguliers dans leurs longueurs pourrait faire penser à une église à plan en croix dont le chœur et le chevet seraient d’une particulière longueur, avec un dôme central qui se trouverait à la croisée de transept. Le dôme, si cher aux architectes baroques qu’ils le déclineront en maintes formes, est ici supporté par un immense tambour qui loin de celui ‘modeste’, contemporain, de l’église St Louis des Invalides (1670-79, Jules Hardouin-Mansart) , dresse majestueusement sa colonnade colossale qui fait galerie préfigurant celui néo-classique du Panthéon (1764) à Paris. Le corps de bâtiment à deux niveaux est baroque en son ornementation, frontons triangulaires, pilastres, forte corniche soutenant la balustrade circulaire du toit plat au centre duquel s’élève le second niveau du tambour portant dôme et lanterneau. Au portail principal, le portique à colonnes jumelées rappelle la façade exceptionnellement longue (144m) de St Pierre de Rome (1607-1614) de Carlo Madero. Wren compense en hauteur ce qu’elle ne peut avoir en longueur en doublant la colonnade sur un second niveau. Le portail est flanqué de deux tours où se retrouvent aux sommets des jeux de colonnades. Les entrées latérales présentent un porche en semi-rotonde au niveau inférieur. Les socles de la balustrade en toiture révèlent en ornement baroque les seules statues extérieures.
« Le Style de Wren, avec ses arcs, ses frontons et ses colonnes corinthiennes, apparaît à la fois tourné vers le passé et vers l’avenir, mal dégagé de la Renaissance mais déjà néo-classique[1] avant même d’être classique » (B. Oudin opus cité)
Anoblie en 1673, Grand-Maître de la loge franc-maçonne des Maîtres-Maçons en 1683, déchu du titre et de la charge d’Architecte de la Couronne en 1688, à l’arrivée sur le trône de Guillaume III protestant, membre du Parlement de 1685 à 1688 et de 1702 à 1705, il meurt à 91ans d’un refroidissement. Si une plaque à l'aile sud du chœur, indique son lieu d’inhumation, la Cathédrale St Paul est son tombeau.
Nicholas Hawksmoor
Hawksmoor (1661-1736), né à East Drayton dans le Nottinghamshire (Midlands) et mort à Londres, est issu d’une famille de paysans. On ne sait quasiment rien de sa jeunesse et de ses études. Il est mentionné à l’âge de 18 ans comme élève C. Wren en 1679. Il deviendra par la suite son assistant-dessinateur. Il œuvre à ses côtés pour la construction de l’Hôpital de Greenwich, à la Cathédrale Saint Paul et à Westminster (achèvement). A partir de 1702, il assiste ensuite John Vanbrugh (1664-1726) au Château de Blenheim à Woodstock et au Castle Howard. Mais, van Brugh n’avait aucune formation d’architecte. On peut être amené à penser que le travail proprement architectural, la conception des structures, l’architectonique reviennent à Hawksmoor. D’ailleurs, à part des remaniements de demeures préexistantes, Van Brug, homme politique et dramaturge, ne réalisa vraiment, que ces deux châteaux. (Voir Siècles des Lumières/Architecture/Outre-Manche/Vanbrugh)
L’œuvre personnelle d’Hawksmoor fera l’alliance du style plutôt classique de Wren et plutôt baroque de Vanbrugh avec pour trait d’union entre les deux architectes leur goût commun pour le néo-gothique. C’est dans ce style que Hawksmoor agrandit the All Soul’s College dépendant de l’université Oxford.
En 1771, il est l’un des deux Surveyor (arpenteur, géomètre), de fait superviseurs, nommés pour la construction de 50 églises londoniennes et environnantes ; on retient surtout St. Alfege, Greenwich (1712-14), St Ann, Limehouse (1714-30), St. George in the East, Stepney (1714-29), Christ Church Spitalfields (1714-29), St. Mary Woolnoth (1716-24), St. George’s Bloomsbury (1716-31).
Entres autres aussi, le Château d’Easton Neston, l’ajout de bâtiments (cuisine, bibliothèque…) au King’s College d’Oxford en 1713, La Clarendon Library d’Oxford en 1714. Au Palais de Blenheim (Oxfordshire) de Vanbrugj, il dessine en 1723 la Porte de Woodstock sur le modèle de l’arc de triomphe romain. Dans un style déjà néo-classique, il construit le Mausoleum dans le parc de Castel Howard (Yorkshire) ; fabrique circulaire monumentale à colonnes, elle est dessinée entre 1728 et 29, construite à partir de 1731, et ne sera achevée qu’après sa mort. Son plan central circulaire est inspiré du mausolée de Cécilia Métella (†-81), épouse du général romain Sylla, sur la voie Appia (Rome>Les Pouilles).
Entre 1717-1720, il construisit également les arsenaux, forts et casernes commandés pourr l'Arsenal de Woolwich. Il a dessiné les plans d’hospices pour les pauvres.
Easton House est d’un classicisme sévère : deux niveaux surélevés, rythmés par des pilastres colossaux corinthiens, en contreforts sur la partie centrale en avancée. Bais vitrées à baie d’imposte dans des tableaux rectilignes d’encadrement. Toiture plate à balustrade.
« Créateur de bâtiments déconcertants où ses contemporains ne virent souvent qu'« un fouillis d'éléments incompatibles ». Héritier de la virtuosité technique de Wren, il emprunta aux cultures les plus disparates : du gothique anglais à l'Antiquité romaine, du classicisme français au baroque italien. Mais chez Hawksmoor, nulle trace d'éclectisme, plutôt un syncrétisme formel qui s'incarne dans une architecture expressive, étonnamment plastique, où l'ombre et la lumière jouent un rôle important. » (Encyclopédie Universalis)
« L'architecte a laissé libre cours à son goût pour les volumes massifs et sculpturaux, et pour les contrastes violents d'ombre et de lumière. S'il était essentiellement classique dans les détails, il le transcendait par l'originalité de ses skylines et de ses clochers d'églises. » (Howard Colvin, A Biographical Dictionary of British Architects 1600-1840, 3e éd., New Haven and London,1995).
[1] Le néo-classicisme en architecture se manifeste à partir du milieu du XVIII siècle après la ‘vague’ rococo ? c’est un retour au classicisme mais non pas celui que les architectes italiens avait mis au goût du jour à la lecture des textes anciens comme les livres de Vitruve, mais celui redécouvert par les fouilles archéologiques notamment de Pompéi en 1763 et celles préalables mais plus ardues d’Herculanum. Charles de Bourdon à son arrivée en 1738 sur le trône du royaume de Naples et Sicile, frea poursuivre les fouilles d’un site qui se révèlera être celui d’Herculanum. Il fondera en 1755 l’Académie d’Herculanum alors que quelques années auparavant, en 1748, l’abbé Martorelli avait commencé officiellement les fouilles du site de Pompéï.
LES DEUX PAYS-BAS
Les Provinces-Unies
De 1566 à 1568 se déroula la Révolte des Gueux qui opposa, menées par l’ancien Stadhouder Guillaume d’Orange-Nassau (assassiné en 1584), les populations de sept des dix-sept Provinces Espagnoles du Nord (actuels Belgique, Luxembourg, Pays-Bas). Ce fut le début de la Guerre de Quatre-Vingt Ans. Par l’Acte de La Haye de 1581, le roi d’Espagne Philippe II est destitué en tant que souverain des sept provinces du Nord qui s’étaient réunies en 1574 à l’Union d’Utrecht
Ces provinces acquirent non sans combattre une autonomie de fait qui fut reconnue officiellement par l’Espagne au Traité de Westphalie (Paix de Münster) en 1648. Ces provinces constituèrent les Provinces-Unies et furent gouvernées sous un régime républicain, le premier en Europe, par des États-Généraux formés par les représentants des provinces, les stathouders et qui a pour secrétaire, autrement dit pour président le Grand-Pensionnaire. Deux des principaux Grands-Pensionnaire au XVIIèmes siècle seront Johan van Oldenbarnevelt (1547-1586-1619), mort exécuté, et Johan de Witt (1625-1653-1672), lynché sur la place publique avec son frère.
Le chef suprême des armées était aussi un stathouder, un prince de la Maison Orange-Nassau. La rivalité parfois sanglante entre les républicains et les loyalistes à la Maison d’Orange fut constante. Après le bref épisode de la République Batave (1795-1806), ‘république sœur’ de la République Française, les Pays-Bas allaient devenir allait devenir le Royaume des Pays-Bas.
Les autres provinces, constituant les Pays-Bas du Sud ou Pays-Bas Méridionaux, plus à l’est, passeront en 1715 de la tutelle espagnole à la tutelle autrichienne mais toujours celle des Habsbourg. Un temps sous domination française (Louis XIV, Révolution), puis néerlandaise ; les Pays- Bas Méridionaux acquirent leur indépendance par la révolution de 1830.
Dès le début du XVIIème siècle, commença pour cette jeune république dont la plus riche et la plus importante était la Hollande, une extraordinaire période d’essor économique grâce notamment au commerce et aux compagnies maritimes et à la mise en place des premiers effets du capitalisme (valorisation du capital par investissements, valeurs en bourse) ; cet essor économique favorisa le développement de la puissance militaire surtout navale. Les bienfaits se firent sentir par une excroissance de la production artistique.
Pendant toute la première moitié du 17ème siècle, l’architecture des Pays-Bas connaît une phase de transition. Les bâtisseurs utilisent toujours le langage gothique sans ignorer le style le maniérisme.
« Au XVIIe siècle, le siècle d'or hollandais, la peinture tend à prendre le pas sur tous les autres arts. Néanmoins, c'est durant ce siècle que va se développer en architecture le classicisme hollandais, incarné par Jacob van Campen, qui prédominera aux Pays-Bas durant presque trois siècles. Le classicisme hollandais ne couvre théoriquement que le XVIIe siècle, et prend fin avec la phase tardive (1665-1700) désignée sous le nom de style Strakke [selon le contexte : austère, serré, épuré, élégant]. Cependant, l'architecture du XVIIIe siècle et d'une grande partie du XIXe siècle constituent un prolongement de cette architecture très adaptée au caractère tempéré des néerlandais.(https://fr.wikipedia.org/wiki/Architecture_aux_Pays-BasXVIIe_siècle)
« Deux architectes de premier plan, Jacob van Campen et Pieter Post, utilisaient des éléments éclectiques tels que des pilastres géants, des toits à pignon, des frontons centraux et des clochers vigoureux dans une combinaison cohérente qui anticipait le classicisme de Wren [Christopher 1632-1723 Londres]. Les constructions les plus ambitieuses de l’époque comprenaient les Hôtels de Ville à Amsterdam (1646) et à Maastricht (1658), conçus respectivement par Campen et Post. D’autre part, les résidences de la Maison d’Orange sont plus proches d’un manoir bourgeois typique que d’un palais royal…Les architectes hollandais ont été employés sur d’importants projets en Allemagne du Nord, en Scandinavie et en Russie, diffusant leurs idées dans ces pays. peut encore être vue à Willemstad, Curaçao. » ( https://www.hisour.com/fr/ baroque-architecture - in- low-country-27782/)
Le classicisme hollandais, occupe la moitié du XVIIème siècle. Il est nommé parfois ‘baroque classique’ en ce qu’il peut conserver du classicisme qu’il n’emprunte à la nouveauté baroque. Il marque toute fois une rupture d’avec le maniériste de la Renaissant que représentaient encore dans le premier quart du siècle des architectes comme Hendrick von Keyser et Lieven de Key (1560-1627) qui construisit en 1595 la façade de l’Hôtel de Ville de La Haye et la Halle aux Viandes à Harlem en 1600, l’aile nord de Hôtel de Ville de Harlem (1620).
Hans Vredeman de Vries (ou Friedman de Frise 1527?-1604/06), peintre et architecte dut sa renommée internationale à son application stricte de la perspective linéaire. Dans son traité Variæ Architecturæ Formaræ (Formes Variées d’Architecture) publié en 1562, il donnait accès aux architectes néerlandais aux caractéristiques du classicisme tel que Vitruve (Rome 1ers. Av. J.C.) et Sebastiono Serlio (1475 Bologne-1554 Fontainebleau). qu’il avait Serlio à la suite de Vitruve définissaient ces caractéristique classiques : succession des ordres dans l’élévation des édifices, respect des proportions (quoique chaque architecte de la Renaissant ne respecta jamais que les siennes, voir Le Vignole, Palladio...). D’autres italiens influencèrent les néerlandais. On pense aux Vénitiens, bien sûr à Palladio mais aussi à Vincenzo Scamozzi (1548-1616) aux nombreuses réalisations et auteur de L'idea della architettura vniversale de 1615. (pour ces architectes Vénitiens voir Renaissant en Italie/Architecture/Venise[1])
A partir de 1633, le Classicisme va s’imposer avec Jacob van Campen (1595-1656). Il applique sagement l’enseignement des ordres classiques qu’il a reçu à Venise, et avec Pieter Post (1608-1669). Le Mauritshuis à La Haye qu’ils construisent de concert en 1633 en sera un des premiers exemples. On retrouve néanmoins dans la Maison de Maurice (de Jean de Nassau)*, aujourd’hui Cabinet Royal des Peintures (musée de la Haye, période Rembrandt, Vermeer…), l’emploi des matériaux traditionnels de la brique et de la pierre mais en en faisant jouer les différences de couleurs de façon harmonieuse avec une façade ocre rouge et des pilastres colossaux blancs. Les guirlandes blanches qui ornent la façade apportent une touche de légèreté à la structure qui sans cela, aurait pu être austère.
Hendrik von Keyser (1565-1621), né à Utrecht et mort à Amsterdam, était le fils du maître ébéniste d'Utrecht Cornelis Dirxzoon de Keyser. Il étudia fort probablement auprès de l’ingénieur militaire et sculpteur résidant dans la même ville, Cornelis Bloemaert I, père de Abraham et grand-père de Cornélis II, tous deux peintres (voir Peinture), qu’il suivit à Amsterdam en 1591. Il installe ensuite un atelier de tailleur de pierre et d’ornementiste de façades et d’intérieur pour une clientèle civile et religieuse, tout en utilisant parfois aussi le bronze.
« En 1594 ou 1595, il fut nommé tailleur de pierre et architecte officiel d'Amsterdam. A ce poste avec le maçon Cornelis Danckaertszoon et le menuisier Hendrik Staets, il fut chargé de la sculpture de tous les bâtiments publics de la ville. »(https://www.sculptureinternationalrotterdam.nl/en/artist/hendrick-de-keyser-2/)
A Partir de 1600, il est reconnu comme architecte et en 1612, il est nommé architecte de la ville. Plus en tant que sculpteur qu’architecte, il se rend à Londres en 1606 et travaille aux côtés du mettre du classicisme anglais très influencé par Palladio, Inigo Jones (1573-1652) qui a reçu une formation en Italie. Il ramène avec lui à Amsterdam un élève d’Inigo Jones, Nicholas Stone (1586-1647) qui deviendra son gendre et son plus proche collaborateur. Il retournera à Londres en 1616 et 1619, où il sera nommé maître-maçon de Jacques Ier et en 1626 de Charles Ier (voir Scupture/Outre-Manche)
On doit à Keyser en architecture religieuse notamment les églises du Sud, du Nord et de l’Ouest de la ville : églises de Zuiderkerk (1603-1611 ou 1608-1614) avec sa tour (1614), de Nooderkerk (1620-1623) et de Westerkerk ( 1620-1638, achevée par son fils Thomas plus connu comme peintre à Amsterdam), L’Oosterkerk, l’église de l’est, sera construite entre 1669 et 1678 en partie par Adriaan Dortsman, et en partie par Daniël Stalpaert (1615-1676),
On lui doit également en architecture civile, notamment, à Amsterdam, la bourse des valeurs d’Amsterdam ; plusieurs maisons dont De Gecroonde Raep (Le Navet Couronné), De Dolphijn (Le Dauphin), la maison de la Compagnie des Indes orientales (1620), et l’Hôtel de Ville de Delft (1611>18).
Sculpteur, il n’a pas été sans avoir reçu l’influence de Willem Danielsz. van Tetrode (1530-1587) connu en Italie sous le nom de Guglielmo Fiammingo, élève de Benvenuto Cellini, formateur également du sculpteur sur bronze maniériste Adriaen de Vries (1556-1626 voir Scuplture). Keyser a employé divers matériaux, réalisant de petites figures en bronze aussi bien que d'imposants bustes en terre cuite. Le monument à Didier Erasme à Rotterdam est son œuvre de sculpture autoportante la plus connue. Elle sera achevé par son fils Pieter.
Dans ce domaine, son œuvre majeure est de 1614 à 1621, le Mausolée de Guillaume d’Orange Le Taciturne (assassiné en 1584) dans le chœur de la NieuweKerk à Delft. Après ce mausolée, tous les Stadhouders et régnants des Pays-Bas seront enterrés à Delft. Mausolée en marbre noir et blanc’ avec « figures allégoriques, double représentation du mort selon la formule des monuments funéraires français du xvie siècle, décoration abondante. » Il sera achevé par son fils Pieter.
Architecte, sculpteur et médailleur maniériste, également urbaniste, Keyser aura réalisé l’essentiel de son œuvre à Amsterdam. Il peut être encore considéré comme un maniériste de la Renaissance mais non sans avoir accepté les nouveautés baroques.
« Il a été l'un des principaux architectes qui ont contribué à donner à Amsterdam son caractère si remarquable, à savoir ces alignements, au bord des canaux de maisons de brique sombre, étroites et hautes, sommées de pignons décorés, d'une simplicité qui n'est pas sévérité, quoi qu'on en ait dit, et qui constituent un décor urbain d'une originalité rare, parfaite expression d'une mentalité. » (Encyclopédie Universalis)
François d'Aguilon (Aguillòn 1567-1617), né à Bruxelles et mort à Tournai, est le fils de Pedro d’Aguillòn qui d’une famille aristocratique de Salamanque, servait de secrétaire à Philippe II lorsque celui-ci séjournait en Flandres ; sa mère, Anna Pels était bruxelloise. François commence ses études secondaires au collège jésuite d’Anchin à Douai puis à Paris au collège de Clermont (futur lycée Louis-Le-Grand). De retour à Douai, ville alors espagnole, il étudie philosophie et mathématique à l'université et entre dans la Compagnie de Jésus à 19 ans.
Il enseigne un temps les lettres puis en 1592 se rend à Salamanque et reçoit en 1596 son diplôme de théologie, matière qu’il enseigne alors à Anvers (toujours espagnole mais en rébellion permanente) après avoir été ordonné prêtre à Ypres (Flandre occidentale). Puis, il va enseigner les mathématiques et l’optique qui sont ses domaines de prédilection pour lesquels il est essentiellement connu.
En 1613, il publie l’ouvrage qui fit sa célébrité plus parce qu’il était illustré de gravures de P.P.P Rubens que pour son contenu. Opticorum libri sex (Six livres d’Optique).
« Comme architecte il collabore aux projets des églises jésuites de Tournai et Mons. Il est le maître d'œuvre de la plus belle église jésuite de style baroque aux Pays-Bas , l'église de la maison professe des jésuites (maintenant église Saint-Charles-Borromée [Anvers]) dont l'achèvement, après sa mort, est confié à Pierre Huyssens, un frère jésuite et architecte de profession, et la décoration intérieure à Pierre-Paul Rubens. »
Jacob van Campen (ou Kampen 1596-1657), né à Haarlem et mort à Amersfoort (province d’Utrech)t, issu d’une famille aisée, s’adonne très tôt à la peinture avec pour professeur le peintre local Frans Pietersz de Grebber (1573-1646) dont van Mander (1548-1606)[2] disait qu’il était un bon peintre de paysage et de portrait.
Campen séjourne en Italie de 1614 à 1617, où il découvre le classicisme au travers de Vitruve et des architectes vénitiens Vincenzo Scamozzi (†1616) et Palladio (†1580). Il applique leurs leçons à la construction traditionnelle du Nord, la brique et la pierre. Ce qui donne naissance à ce classicisme particulier hollandais. Il n’est pas être allé à Rome où apparaissaient les premières manifestations baroques…
En 1633, il dresse les plans de la maison de son ami l’homme d’État Constantijn Huygens, père du scientifique Christiaan Huygens. Il va ensuite construire de nombreuses maisons le long des canaux donnant à la ville son aspect de ‘Venise du Nord’
« En 1636, la Sebastian Doelen, il confirme La Haye comme un centre du classicisme du nord dont s’inspireront les architectes anglais, enter autres Hugh May (1622-1684) dans ses travaux de reconstruction de Londres après l’incendie en 1666 et au Château de Windsor »
Entre 1637 et 1639, s’inspirant du Teatro Olympico à Vivence dessiné par Palladio l’année de sa mort en 1580, achevé par son fils et décoré par son disciple V. Scamozzi (célèbre décor en bois), Campem édifie le Premier théâtre d’Amsterdam qui prend la place de la Chambre de Réthorique[3] Eerste Nederduytsche Academie (Première Académie néerlandaise), l’académie de Samuel Coster (voir Littérature/Poésie/Pays-Bas) . Pour des raisons d’exiguïté, il fut presque entièrement démoli en 1664 et reconstruit deux fois plus grand.
Le bâtiment s’élève sur trois niveaux. Le niveau inférieur présente une entrée sous arche flanquée de deux couples de hautes fenêtres. Les deuxième et troisième niveaux offrent un premier rang de cinq hautes fenêtres sous arc et un second de cinq autres fenêtres. Elles sont espacées par des colonnes colossales qui supportent un large fronton triangulaire et aux extrémités par deux pilastres colossaux.
De 1648 à 1655, est construit sur 13659 piles de bois l’Hôtel de Ville d’Amsterdam (Paleis op de Dam, Palais du Dam) sur la principale place de la ville. Campen en a dressé les plans et Daniël Stalpaert (1615-1676) en a assuré la construction employant la même grammaire du classicisme, ordonnance des ordres, frontons, mais avec un souci décoratif plus marqué que dans ses édifications précédentes, les frontons sont sculptés et les pilastres sont de deux ordres. La façade présente en faible saillie un pavillon central alignant de petites entrées sous arche et deux pavillons latéraux alignant de petites fenêtres. Les deux niveaux supérieurs sont occupés chacun d’une double rangée de fenêtres grandes et petites comme traditionnellement. Elles sont encadrées de pilastres colossaux. Derrière le fronton central historié s’élève une tour-lanterne à coupole et lanterneau donnant vue à toute la ville et le port. Le grès jaune de sa façade clair à l’origine n’a cessé de s’assombrir au fil du temps renforçant son aspect austère qui ne laisse pas envisager l’abondant décor intérieur dont le grès a été recouvert de marbre. Palais Royal depuis 1808.
A partir de 1644, il travaille de concert avec Pieter Post à la construction à La Haye, au bord de l’eau, de la Mauritshuis (Maison de Maurice) pour Johan Maurits van Nassau-Siegen, gouverneur Général des colonies du Brésil, dit ‘Le Brésilien’ pour ne pas le confondre avec Maurice Nassau (†1625), son cousin, fils de Guillaume le Taciturne, et Stathouder. Un des premiers exemples du classicisme hollandais, on y retrouve néanmoins l’emploi des matériaux traditionnels de la brique et de la pierre mais en en faisant jouer les différences de couleurs de façon harmonieuse avec une façade ocre rouge et des pilastres colossaux blancs. Les guirlandes blanches qui ornent la façade apportent une touche de légèreté à la structure qui sans cela, aurait pu être austère.
La collection du Stathouder Guillaume V d'Orange-Nassau (†1795) servira de départ à la collection du Cabinet Royal de Peinture consacrée au Siècle d’Or Hollandais.
Avec P. Post, il réalisa en 1647 à La Haye la Huis ten Bosch (Maison du Bois) pour la princesse Amélie de Solms. La décoration peinte a été exécutée sous la direction du célèbre peintre Jacob Jordaens (1593-1678). Actuelle résidence royale.
La carrière de Campen comme peintre se limitera à une peinture décorative (orgues…) et quelques portraits dont celui de Constantin Huygens et de sa femme.
Sa sculpture des intérieurs révèle une expressivité que sa froide architecture extérieure ne laissait par paraître. Son décor sculpté de la salle du tribunal de l’hôtel de ville est « plein de force et de grandeur.
« On discerne deux courants : italien et classique dans les bas-reliefs représentant des jugements célèbres [Salomon er Isaac] , flamand, naturaliste et baroque dans les caryatides aux formes opulantes, » (Architecture, Sculptures, XVIIème, Siècle, Provinces-Unies , F. Nathan 1971)
Campen mena une vie aisée et agrandit largement la propriété qu’il vait héritée de sa mère. Franz Hals a peint la ‘Famille van Campen’, mais il s’agit de la famille de Gijsbert Claesz Van Campen (1585–1645), un riche marchand de draps de laine de Haarlem.
« Van Campen était un artiste sélectif, choisissant soigneusement ses projets. Son développement artistique l'a mené vers un style distinctif combinant la précision architecturale avec la dynamique baroque. Il a été notablement influencé par Paulus Bor, l’un des fondateurs des Bentvueghels [‘ La Volée d’Oiseaux’, voir Peinture/Pays-Bas]– un groupe de peintres néerlandais connus pour leur travail non conventionnel et souvent satirique. Cette influence est visible dans certaines similitudes entre les tableaux et les décorations murales de Van Campen, comme celles du Palais Huis ten Bosch. » (https://wahooart.com/fr/ artists/jacob-van-campen_fr/)
Daniël Stalpaert (1615-1676), né et mort à Amsterdam, a commencé à exercer la profession de peintre avant d’être architecte. Il a d’abord assisté van Campen et a édifier selon les plans de son maître, le Paleis op de Dam (actuel Palais Royal).
En 1648, il est le premier à occuper le poste d’architecte de la ville et à ce titre, il a donné à la capital l’aspect qu’on lui connaît aujourd’hui avec ses maisons le long des canaux qui l’on faite surnommer la Venise du Nord. Il a joué un rôle déterminant dans l’expansion de la ville à partir de 1663.
« Il a conçu les portes de la ville de Leidsepoort, Weesperpoort et Utrechtsepoort dans un style néoclassique austère. » (https://prabook.com/web/daniel.stalpaert/2530538)
En 1656, il construit le musée de la marine, le Scheepvaartmuseum, le plus grand musée au monde consacré à la marine. En bord de l’eau, sa façade, nue, sans aucun ordre ni sans aucune ornementation si ce n’est au fronton central des emblèmes de marine, étage sur trois niveaux des alignements de fenêtres rectangulaires et de plus grande sous arche.
Von Keyser a construit les églises du Nord, du sud et de l’Ouest, l’Oosterkerk, l’église de l’est, sera construite entre 1669 et 1671 en partie par Adriaan Dortsman en partie par Stalpaert.
« Architecte, peintre, charpentier de ville, graveur et dessinateur néerlandais. Il fut le premier architecte de la ville d'Amsterdam, poste qui ne sera de nouveau pourvu que 70 ans après sa mort. » (https://dbpedia.org/page/Daniël_Stalpaert)
L’Encyclopedia Britannica donne P. Post comme architecte du Stathouer en 1645.
Adriaan Dortsman (1635-1682) a construit à Amsterdam l'orphelinat wallon (francophone Maison Descartes puis Institut culturel Français depuis 1966), et plusieurs maisons pour de riches marchands ou grands fabricants, notamment la Maisons Van Raey. Il a également édifié des fortifications de la ville à la demande de Guillaume III.
Pieter Post (1608-1669), né à Haarlem et mort à La Haye, est le fils ainé d’un peintre de vitraux et le frère du peintre Franz Post. Il a été formé par J. van Campen de 16 ans son aîné.
En 1645 il est nommé architecte du stadhouder Frederick Henry. https://dbpedia.org/page/Daniël_Stalpaert donne Daniël Stalpaert comme premier architecte de la ville.
On lui doit plusieurs maisons à Halfweg, à Dordrecht, à La Haye, en 1642, la Maison Dedel par laquelle il accède à la notoriété et la maison du Grand Pensionnaire de Hollande Johan de Witt (1625-1653-1672) en 1655 ; également le Château de Heeze (1662-65, Brabant), les Hospices de Nieuwkoop à La Haye (1658) et la pesée à Leyde (1658), la Poudrière à Delft, (1659-1662), l’église Hervormde (Bennebroek, 1662-1680) et l’église de Stompetoren (1663) …
En 1645, il construit le Gemenelandshuis Swanenburg (le château de Swanenburg, qui était la salle de réunion utilisée pour la gestion de l'eau de l'IJ (rivière) et du lac de Haarlem. Élevé en briques sur quatre niveaux. Le niveau inférieur (1) présente un alignement de cinq arches à panier qui, reposant sur des chapiteaux géométriques, abritent la porte centrale et deux paires de fenêtres latérales que séparent de larges pilastres. Les niveaux supérieurs sont occupés par un double rang de cinq fenêtres et baies à imposte (superposées sans espace intermédiaire qu’un imposte, 2 et 3), sous frontons triangulaires, au-dessus desquels sont disposées cinq autres fenêtres carrées sous corniches (4). Les fenêtres sont encadrées de pilastres colossaux avec des chapiteaux de pierres blanches comme leur architrave, les frontons et corniches et le fronton supérieur à denticules, occupé de guirlandes et d’un écusson sur fond de briques. L’effet de sobriété domine de par le ton sombre de la brique. La pierre blanche des frontons et corniches apporte quelque clarté et équilibre la haute verticalité des trois niveaux des pilastres.
A partir de 1644, à La Haye, il travaille de concert avec J.van Campen, à la construction au bord de l’eau, de la Mauritshuis (Maison de Maurice) pour Johan Maurits van Nassau-Siegen, gouverneur Général des colonies du Brésil (voir J. Campen)
Toujours avec Campen, il réalisa en 1647 à La Haye la Huis ten Bosch (La Maison du Bois de La Haye), résidence de la princesse Amélie de Solms. La décoration peinte a été exécutée sous la direction du célèbre Jacob Jordaens (1593-1678). Actuelle résidence royale.
Si J. Campen réalise l’Hôtel de Ville d’Amsterdam en 1646, Post réalise, lui, celui de Maastricht, le Stadhuis van Maastricht, sans doute son œuvre maitresse, considéré comme « l’un des bâtiments les plus remarquables du XVIIe siècle aux Pays-Bas ». C’est un des plus représentatifs du Classicisme Hollandais que d’aucun qualifie de baroque sobre.
Achevé en 1684 par l’élévation de sa tour par Adam Wynandts qui a suivi le plan de Post, l’édifice qui repose sur un plan des plus carrés, 100x100 pieds, est construit en pierre de Namur. Il s’élève sur trois niveaux plus un. Le pavillon central offre une entrée sous arche cintrée qu’encadrent deux grands œils de bœufs qui sont masqués par une balustrade montante qui donne d’autant l’effet de border un escalier qu’elle est prolongée par une balustrade horizontale qui serait le garde-corps d’un premier palier. Au-dessus, occupant la largeur du pavillon, précédées de trois balustrades en façade, trois hautes et profondes arcades bordées de pilastres doriques abritent trois hautes fenêtres. Au troisième niveau, une porte centrale sous fronton triangulaire ouvre sur un étroit balcon dont la balustrade en garde-corps porte quatre vases Médicis. Les pilastres d’encadrement son ioniques. Un niveau supérieur supplémentaire occupe le devant d’un des deux versants du toit perpendiculaire. Il est ouvert par trois fenêtres encadrées de pilastres corinthiens. Deux consoles latérales avec personnages allégoriques viennent s’y adosser. Il est surmonté par un fronton triangulaire orné de festons, volutes et d’un pentagramme sur le socle d’un petit buste central. La tour de forme hexagonale s’élève sur quatre niveaux. Au premier niveau arches abritant verrières cintrées, au deuxième, plus étroit, devancés par une forte corniche des oculus, au troisième, les socles de la balustrade s’élèvent en étroits piliers coiffées par XXXX ; les arc-boutant pleins maintiennent un lanterneau-clocher coiffé d’une coupole à pans que surmonte la traditionnelle sphère de l’univers et la croix.
L’ensemble est une association de sobriété et d’élégance que la pierre de Namur aux nuances bleutées met en valeur. L’intérieur, sobre à l’origine, a été enrichi de stucs et parements muraux élaborés à partir du début du siècle suivant.
Architecte mais aussi peintre, Post a également exécuté des tableaux, notamment des paysages. Ses toiles sont estimées actuellement entre 40000 et 90000 euros. Il aura été également graveur et imprimeur.
Il a eu deux fils, Maurits architecte et Johan Post peintre, et une fille dont la fille Rachel Ruysch sera un peintre de fleurs célèbre.
« Comme van Campen, Post se distingue par son anticipation de certains raffinements architecturaux de la France du XVIIIe siècle et par l'influence qu'il a exercée sur l'architecture anglaise. » (Encyclopedia Britannica)
Philip Vingboons (1607-1678), né et mort à Amsterdam, est le dixième fils du peintre malinois David Vingboons. Sa famille dont plusieurs membres sont peintres, dessinateurs ou cartographes, a dû quitter Anvers pour se réfugier à Amsterdam[4]. Formé initialement par son père, il s’oriente vers l’architecture et devient l’élève de van Kampen.
Dans cette période, Amsterdam va connaître comme fruit de son opulence plusieurs programmes d’extensions de la ville qui se traduira par la démolition d’anciennes fortifications et le creusement de nouveaux canaux. Catholique, Vingboons ne put accéder à des fonctions électives ni à des postes élevés dans l’administration de la ville, mais à partir de 1638, il commença à construire pour une riche clientèle privée une série de maison au bord du Herengracht. . Le Herengracht est le deuxième des quatre canaux d'Amsterdam appartenant à la ceinture des canaux qui ont valu à Amsterdam son surnom de Venise du Nord. Le Golden Bend (le virage doré) est la section la plus chic où les commerçants enrichis par le négoce du Brésil[5] ou par la Compagnie des Indes Orientales, font construites les plus belles maisons. Vingboons et Adriaan Dortsman seront les principaux architectes de ce nouveau paysage urbain.
En 1638, à l’Herengracht, maison située au n°168, au bord du Herengracht, Vingboons apporte pour la première fois un élément architectural qui sera repris maintes et maintes fois par la suite et qui va constituer une des cartes postales de la ville, le pignon. C’est le plus ancien pignon d'Amsterdam. Pour cela, Vingboons est parfois appelé l'inventeur du pignon d'Amsterdam.
« La façade dite des Vingboons a été largement imitée pendant la période du classicisme hollandais (1640-1665). Sur les maisons plus simples apparaît un pignon en pilastre, simplement réalisé en brique avec quelques ornements sobres. Ce type est parfois appelé imitation Vingboons. »
Suivent en 1660 la Herengracht (n°364-370), en 1663, la Herengracht (386), en 1664/67 la Herengracht (412),en 1663 la Herengracht (450) où « le style utilisé ici anticipe le style dit strict d'Adriaan Dortsman », en 1669, la Herengracht (466).
En 1642, sur le canal secondaire Kloveniersburgwal, il construit entre autres la Het Poppenhuis (n°95) pour Jan Poppen, une maison parfaitement dans le style classique hollandais au bel ordre corinthien ‘à la Vignole’. En 1650, le Kloveniersburgwal n°7, où le premier avocat juif des Pays-Bas, Jonas Daniël Meijer, y vivra au XVIIIe siècle.
Entre 1648 et 1674, paraissent ses dessins qui montrent de quelle importance fut cet architecte dans la conception du nouvel urbanisme de la capital d’un pays qui était alors l’une des plus grandes puissances européennes, certainement la plus riche.
Les Pays-Bas MÉridionaux
Par l’Acte de La Haye de 1581, le roi d’Espagne Philippe II est destitué en tant que souverain des sept provinces du Nord qui s’étaient réunies en 1574 à l’Union d’Utrecht. Les dix autres provinces, constituant alors les Pays-Bas Méridionaux, vont rester, elles, sous la gouvernance espagnole. En 1598, Isabelle d’Autriche en est la gouvernante avec son mari l’archiduc Albert d’Autriche, également de la Maison des Habsbourg. A la mort de ce dernier en 1621, la gouvernance revient au roi Philippe IV qui sera souverain des Pays-Bas du Sud jusqu’à sa mort en 1655. Son fils Charles II dit L’Ensorcelé lui succèdera jusqu’à sa mort en 1700.
« L’architecture baroque dans le sud, la Flandre et la Belgique, s’est développée plutôt différemment du protestantisme. Après la trêve des Douze Ans [1609>21 durant le Guerre de 80 ans], les Pays-Bas méridionaux restèrent entre les mains des catholiques, gouvernés par les rois des Habsbourg espagnols. D’importants projets architecturaux ont été mis en place dans l’esprit de la Contre-Réforme. Dans ceux-ci, les détails décoratifs fleuris étaient plus étroitement imbriqués dans la structure, excluant ainsi les préoccupations de superfluité. Une remarquable convergence de l’esthétique baroque espagnole, française et hollandaise peut être vue dans l’abbaye d’Averbode (1667). Un autre exemple caractéristique est l’église Saint-Michel de Louvain, avec sa façade exubérante à deux étages, ses groupes de demi-colonnes et l’agencement complexe des détails sculpturaux d’inspiration française. » (https://www.hisour.com/fr/baroque-architecture-in-low-country-27782/)
Jacques Francart Le Jeune (Jacob Franckaert 1582/33-1651), né à Anvers et mort à Bruxelles, est le fils du peintre Jacques Francart l’Ancien. Avec sa famille, il séjourne pendant sept années en Italie, à Rome et à Naples, puis comme élève dans l’atelier de Pierre-Paul Rubens à Anvers
En 1613, il est officiellement peintre de cour au service de l’archiduc Albert d’Autriche (†1621) et de son épouse Isabelle. Il sera architecte, peintre, dessinateur et graveur.
Architecte, on lui doit à Bruxelles, l’église du Monastère des Augustins. Commencée en 1615 sous l’influence de l’église jésuite du Gesù à Rome, elle présente une porte d’entrée centrale sous cintre et fronton brisé flanquée de deux portes latérales sous frontons brisés ; au-dessus trois oculus aveugles. L’architrave qui,à simples triglyphes est supportée par quatre colonnes sur socle, espaçent les portes ; elle soutient un fronton brisé. A la partie supérieure, au-devant de la toiture, un tableau central surmonté d’un fronton brisé est bordé de deux colonnes. Les caractéristiques volutes jésuites s’y adossent. L’ensemble est austère, le souci d’exposer un répertoire classique est évident. Arès avoir été un temple protestant au XIXème siècle, l’église est détruite en 1895 pour le percement de la place Brourkere, et sa façade est posait à l’église Ste Trinité.
À la demande des archiducs Albert et Isabelle, les jésuites, installés dans la ville depuis 1586, font construire un collège qui sera inauguré en 1604. Francart en édifie l’église entre 1616 et 1621.
En 1629, le frère jésuite Pierre Huyssens (1577-1637), né et mort à Bruges, commence le béguinage de Malines. Françart a en charge la construction de l’église, considérée comme première manifestation baroque dans les Flandres.
A la partie centrale de la façade, deux puissantes colonnes reposant sur de puissants socles soutiennent un monumental fronton brisé et encadrent un portail sous arc cintré au-dessus duquel une niche profonde, surmontée d’un fronton brisé, contient la statue de Dieu Le Père exécutée en 1646-47 par le sculpteur-architecte Luc Fayd'herbe (1617-1697 voir Sculpture), élève de Rubens. Les faces latérales ont la particularité d’être totalement aveugles et sans ornement. Quatre piliers-contreforts encadrent des tableaux sans mouluration. Leurs socles comme ceux des colonnes arrivent jusqu’à hauteur de l’arche du portail. A la partie supérieure, deux colonnes encadrent une verrière sous arche. Aux pilastres latéraux sont adossées deux volutes du style du Gesù que l’on retrouve dans toutes les façades d’églises de Francart.
A l’intérieur, « Francart a également appliqué de nouvelles idées, la traditionnelle rangée d'arcs de la nef a été remplacée par des piliers carrés massifs, renforcés par des demi-colonnes rondes. soutenant l’entablement (https://www.wga.hu.html /f/ francart/begijn1.html)
En 1642, à Malines, il agrandit de trois chapelles. le chœur de l’église gothique de Notre-Dame-au-delà-la-Dyle.
Comme peintre il travaille à la décoration du palais Ducal aux côtés de peintre comme Rubens, du Quesnoy ou encore Wenceslas Cobergher (voir Peinture).
Il est l’auteur du Premier livre d’architecture contenant diverses inventions de portes qui, publié en 1617, aura une influence certaine sur les architectes des provinces espagnoles : Premier livre d'architecture de Jacques Francart. Contenant diverses inventions de portes serviables à tous doeux qui desirent bastir & pour sculpteurs, tailleurs de pieres, escriniers, massons et autres, en trois langues, dédié à l'archiduc Albert d'Autriche qui accorda un privilège (droit de publication) de 6 ans. Première et unique publication sur les quatre prévues.
« Francart base son œuvre principalement sur les guérites monumentales qu'il a vues lors de son séjour à Rome. Certaines constructions sont également clairement inspirées de Serlio, Vignola et Michel-Ange. Michel Lasne a illustré le livre de gravures sur cuivre. (https://archiefpunt.be/archief/BB5D-E02C-409A-1960-23CA14378AE9)
Le Pays Mosan s’étend sur les rives de la Meuse du sud, des Pays-Bas jusqu’à Namur en Belgique. Depuis l’époque médiévale, cette région a développé des particularismes dans le domaine architectural, adaptant à son gout arts roman et gothique. Au XVIème siècle, l’architecte Lambert Lombard (1505-1566) va importer d’Italie les premiers éléments du classicisme Renaissant.
Lambert Lombard (1505-1566), né et mort à Liège, a eu pour maître Jan Mabuse. Et, deuxième des romanistes (séjour à Rome), il a été un homme de la Renaissance en ce qu’il a développé son intérêt dans différents domaines comme l’histoire, la numismatique, l’archéologie. En 1537, dans la suite de l’évêque de Liège, il est à Rome où chargé de réunir une collection d’œuvres d’art, il découvre celle de l’antiquité et de la Renaissance Italienne. Participant en tant qu’architecte au réaménagement de la ville wallonne, il introduit des éléments de l’architecture classique. (voir Renaissance en Europe/ Peinture/Belgique). De ses réalisations, on peut citer l'église Saint-Jacques de 1558 ou l'Hôtel Torrentius de 1565 où l’emprunt au classicisme est modeste mais présent: Les fenêtres à meneaux (gothiques) aux encadrements de pierres se voient surmontées chacune d’une forte corniche supportant un arc plein cintre; la corniche supérieure sous toiture est supportés par de faux chapiteaux-corbeaux géométriques. La modénature de la façade de briques rouges consiste en un bossage en diamant, en étagement aux chaines d’angles, en alignement entre le niveau inférieur et le niveau supérieur.
Mais, c’est au XVIIème siècle que le Style Mosan va se doter de sa propre personnalité. La Halle à la Chair de 1588 à Namur en est un des tout premiers exemples. Construite par les architectes Bastien Sion et Conrad de Nuremberg pour la corporation des bouchers, la façade (restaurée), donnant sur la Sambre, couverte d’un enduit ocre rouge vif, présente une série d’arches plein cintre au niveau de la berge et aux niveaux supérieurs, d’abord au premier un alignement de fenêtres, ensuite, au second, un alignement de plus hautes fenêtres à meneaux ; les encadrements sont en pierre claire. Les trois autres façades, également fortement harpées, laisse apparaitre les harpes d’angle ( croisement des blocs) de briques. les encadrements et chaines d’angles sont en pierre.
Le Château de Modave (château des Comtes de Marchin) dans la province de Liège, construit en 1667, est un des meilleurs exemples du Style Mosan. Au-delà du mur d’enceinte d’apparence
médiévale, solidement fortifié, la façade du château découvre trois corps de bâtiments, les latéraux légèrement en saillie de la partie centrale. La façade en parement de briques s’élève sur deux niveaux. Chaînages d’angles (harpages) et pilastres (en pierres de Namur ?) traversent une corniche centrale et s’achèvent par un chapiteau dorique. La porte centrale est encadrée de deux colonnes qui supportent à l’étage un balcon à balustrade auquel on a accès par une porte fenêtre encadrée des mêmes pilastres supportant un fronton triangulaire nu.
Construit à Liège entre 1600 et 1610 pour (et non par) Jean de Corte Juan Curcio 1551-1628), industriel et homme d’affaire, le Palais Curtius est une belle illustration du Style Mosan. Sur plan rectangulaire, il s’élève sur trois niveaux occupés chacun par trois rangs superposés de fenêtres. Murs couverts d’enduit ocre rouge et encadrements et chaînes d’angles en pierres blanches. Les trois chainages horizontaux séparant les niveaux sont ornées de cartouches de mascarons (figures humaines difformes) à fonction apotropaïque (qui conjure le sort), d’animaux, armoiries.... Occupant en son centre le versant ouest de la toiture en croupe et dépassant le faîte, s’élève une tour à quatre niveaux, au toit en terrasse bordée d’une balustrade. Sur la toiture en ardoise s’étagent en alignements successifs de 4, 3, 2 et 1 de petites lucarnes étroits en chien assis surmontées d’un épi accentuant la triangularité du versant. L’avant-toit en coyau (charpente de pente inférieure à celle du versant) repose sur des corbeaux en formes de bras de hampes. C’est actuellement un musée.
[1] Sur Scamozzi voir aussi https://architectura.univ-tours.fr/livres-notice/scamozzi1615/
[2] Carel van Mander ou Karel van Mander I (1548- 1606), bien que peintre, est surtout important pour son étude biographique des peintres néerlandais et allemands de son siècle et du siècle précédent parue en 1604: Het Schilder-Boeck (Le Livre de Peinture ou Livre des Peintres). . Si Spranger est l'instigateur de l’École de Haarlem et Goltzius le graveur, Van Mander en est le théoricien
[3] Au XIVème siècles les Chambres de Rhétoriques avaient pour vocation de préparer les représentations des Mystères et des Miracles (voir TI/Théâtre), mais au XVIème elles évoluèrent plus vers l’organisation des festivités municipales et des cérémonies. La plus connue est sans doute celle d’Anvers la Violieren (La Giroflée)..Ces chambres de rhétorique réunissaient sous la forme de patronages religieux les membres d’une corporation ou les habitants d’un même quartier. Elles finirent par devenir de véritables sociétés littéraires avec anciens et nouveaux, initiation et savoir-faire.
Au début du XVIIème siècle, dans le contexte d’une forte migration vers les Pays-Bas, flamands et brabants firent leur entrée dans les rederijkerskamers ou formèrent leur propre société littéraire en gardant leur nom d’origine souvent le nom de plantes ou de fleurs: L’Églantier (la plus ancienne), La Lavande et Le Figuier à Amsterdam, le Lys orangé Leyde, l'Œillet blanc à Harlem. voir Renaissance/ Littérature/Poésie Néerlandaise. Chambres de rérhoriques)
[4] « En 1585, l’armée espagnole conquiert la ville portuaire d’Anvers, un des centres économiques les plus importants de l’Europe. C’est la scission des Pays-Bas du nord et du sud. Au nord, une république indépendante, tolérante, prospère surgit. Au sud, c’est la catastrophe, tant économique que spirituelle. La contre-réforme étouffe toute forme de liberté de conscience. Entre cent mille et cent cinquante mille protestants flamands, brabançons
et wallons quittent leur terre natale et s’installent à Amsterdam, Haarlem,
Leyde, Utrecht etc. » (Geert Van Istendael1 C’est Flamands de Hollande Cairn.info https://www.cairn.info/revue-outre-terre2-2014-3-page-83.htm)
[5] Entre 1630 et 1660, La Compagnie des Indes Occidentales arriva à prendre au Portugais certaines villes dont Recife, alors Mauritsstaad, devint la capitale. Pendant cette période les Pays-Bas s’assurèrent la production sucrière.
INDEX DES ARCHITECTES
Rome
Giacomo della Porta (1533-1602)
Domenico Fontana (1543-1606)
Giovanni Fontana (1540-1614)
Girolamo Rainaldi (1570-1655)
Carlo Rainaldi(1611-1691
Carlo . Maderno (1566-1629)
Gian Battista Soria (1581-1651)
Borromini 1599-1667
Pierre Cortone 1596-1669 également peintre
Le Bernin 1598-1680
Baldassare Longhena (1598-1682)
Carlo Fontana (1634/38-1714)
Martino Ferrabosco
Turin
Ascanio Vittozzi
(1539-1615)
Camillo Guarino Guarini (1624-1683)
Venise
Vincenzo Scamozzi (1548-1616)
Baldassare Longhena, (1592-1682)
Giuseppe Sardi (†1699),
Giovanni Scalfarotto (†1764)
Domenico Rossi (†1737)
Lecce
Gabriele Riccardi actif 1574
Francesco Zimbalo (1567-1631)
Giulo Cesare Penna (1607-1653)
Guiseppe Zimbalo (1620-1710)
Guiseppe Cino (1645-1722
Giuseppe Riccardi
Espagne :
Juan Gómez de Mora (1586-1648)
Alonso Carbonel (ou Carbonell 1590-1660)
Lorenzo de San Nicolás (1593-1679)
Bartomomé Hurtado (1628-1698)
Le Baroque Jésuite
Pedro Sánchez (1569-1633)
Frère Francisco Bautista (1594-1679)
Andalouisie
Alonso Carbonel (ou Carbonell 1590-1660)
Francisco Herrera le Jeune
(Francisco Herrera El Mozzo ou
Francisco Herrera Hinestros 1612-1685)
Galicie
de Vega y Verdugo (1623-1696)
Baroque Tardif
José Benito
Churriguera (1665-1725)
Joaquín (José Joaquin Churriguera 1674-1724)
Alberto Chirrugera (1676-1759)
France :
Architectes-Paysagers
Salomon de Caus 1579-1626
Les Francine : François Francine (1617-1688),
Pierre-François (1654-1720), fils
François-Henri (1684-1781), petit-fils
Thomas François Honoré (1724-1780), arrière-petit-fils
et suivants
André Le Nôtre (1613-1700 )
Claude Desgots (1655-1732
Jean-Baptiste La Quintinie (1626-1688),
Architecte sous Louis XIII
Jacques Ier Androuet du Cerceau (1515-1585/86)
Jacques II Androuet (1550-1614)
Baptiste Androuet (1544-1602)
Jean (1585-1649 ) petit-fils de Jacque 1er
et cousin germain de Salomon de Brosse (1571-1626)
Clément II Métezeau (1581-1662)
Jacques Lemercier (Le Mercier 1585-1654)
Jean-François Mansart (1598-1666)
Frémin de Cotte, maitre-maçon grand-père de Robert de Cotte
Claude Briau (1665-1736)
Architecte sous Louis XIV
Louis Le Vau (1612-1670),
Autour de Louis LeVau : François Le Vau (†1676)
François d'Orbay, (1634 -1697)
Daniel Gittard (1625-1690)
Pierre Le Muet (1591-1669)
Michel Villedo (1598-1667) maitre-maçon
Claude Perrault (1613-1688)
Libéral Bruant (ou Bruand 1636-1697)
Sébastien Leprestre, Marquis de Vauban (1633-1707)
Jules Hardouin-Mansart (1646-1708)
Robert de Cotte (1656-1635)
Jules-Robert de Cotte (1683-1767)
Jules Hardouin-Mansart (1646-1708)
Les Gabriel : François Gabriel (v. 1550, apr. 1610),
Jacques Gabriel (1575 - 1628)
Jacques II Gabriel (1605-1662)
Jacques IV Gabriel (1630-1686)
Jacques V Gabriel (1666/67-1742)
Jacques-Ange Gabriel ( 1698-1782)
Maitres-maçons : Maurice I Gabriel (1602-1649)
Maurice II (1632-1693)
Ange-Jacques III (1637-1697)
Outre-Rhin :
Les Italiens
Giovanni Andrea Angelini Bontempi (1624-1705)
Giuseppe Peranda (1626-1675)
Agostino Barelli (1627-1697),
Antonio Petrini (1621-1701),
Gaetano Chiaveri (1689-1770)
Santino Solari, (1576-1646),
Frühbarock
Frédéric Sustris (1540-1599)
Anton Georg Gumpp et Christhopher Gump Le Jeune (1600-1672)
Baroque Tardif Spätbarock
Bavière :
Michel Thumb.
Simpert Kramer
Enrico Zucalli (1697 et 1705) Cour de Bavière Baroque tardif
Saxe
Wolf Caspar Klengel (1630-1691) Saxe
Matthäus Daniel Pöppelmann (1662-1736),
Italiens
Domenico Egidio Rossi (1659-1715)Vienne, Prague, Baden-Baden
Domenico Martinelli
(1650- 1718) Lucques, Autriche, Bohême
Les Carlone : Taddeo Carlone (1553-1613)
Giovanni Battista Carlone (1603-1684)
Pietro Francesco (1607-1682)
Carlantonio Carlone (1635- 1708),
Carlo Martino Carlone (1616-1697)
Les Tencalla : Costante (1590-1646/47), Pologne,Vilnius
Giovanni Pietro (1629-1702)
Giovanni Giacomo (1593-1653)
Carpoforo I (1623-1685)
Carpoforo II (1685-1743) stucateur.
Les Autochtones :
Johann Paul Schor (Giovanni Paolo Tedesco 1615-1674)
J. B. Fischer von Erlach (1656-1723), Salbourg, Vienne, Prague
Lukas von Hildebrant (Gènes1668-1745 Vienne).
Jakob Prandtauer (1660-1726)
Josef Munggenast (1680-1741)
Matthias Steinl (1644-1727)
Nicolò Pacassi (1716-1790)
Bohême-Moravie
Francesco Caratti (1615/1620-1677)
Antonio Porta (della 1631/32-1702)
Christophe Dientzenhofer (1655- 1722)
Kilian Ignace Dientzenhofer (1689-1751)
Les Lurago : Carlo Lurago (1615-1684)
Francesco Lurago (?-1691),
Anselmo Lurago (1701-1765)
Jean-Baptiste Mathey
(Matheus Burgundus 1630-1695)
Battista Alliprandi (1665-1720),
Provinces-Unies :
Hans Vredeman de Vries (ou Friedman de Frise 1527?-1604/06)
Hendrik von Keyser (1565-1621)
Jacob van Campen (1595-1656)
Philip Vingboons (1607-1678)
Pieter Post (1608-1669)
Daniël Stalpaert (1615-1676)
Adriaan Dortsman (1635-1682)
Pays-Bas Méridionaux :
François d'Aguilon (Aguillòn 1567-1617)
Frère jésuite Pierre Huyssens (1577-1637)
Bruxelles
Jacques Francart L’Ancien (1583-1651),
Jacques Francart Le Jeune (Jacob Franckaert 1583-1651)
David Tenier le Jeune Bruxelles (1610-1690)
Pierre Herbosch (Maison de La Louve 1696-1696)
Jacques Walckiers
(
Maison du Marchand d'Or 1709)
Corneille van Nerven (1660-1715Maison du Cygne 1698)
Style Mossan
Lambert Lombard (1505-1566
Outre-Manche :
Inigo Jones (1573-1652)
Nicolas Stone (1586/87-1642)
Isaac de Caux (ou Caus Dieppe 1590- paris1648)
John Webb (1611-1672)
Hugh May (1622-1684)
Christopher Wren 1632-1723 Cathédrale Saint Paul
Hawksmoor (1661-1736),
John Vanbrugh (1664-1726)