
LES ARTS BAROQUE ET CLASSIQUE
LA SCULPTURE
Introduction
De la Polychromie
La statuaire de marbre nous est toujours présentée sans aucune polychromie, qu’il s’agisse des authentiques statues de l’antiquité ou de leurs copies. Depuis la Renaissance et au cours des XVII et XVIIIème siècles, les sculpteurs ont toujours laissé le marbre de leurs statues dans sa couleur naturelle et les ont polies pour mettre encore plus en évidence sa blancheur naturelle.
Cette conception qu’une statue en marbre est d’autant plus belle que le marbre n’est recouvert d’aucun pigment remonte au moment des premières fouilles archéologiques et des découvertes des statues antiques au cours de la Première Renaissance. Ces statues avaient certainement conservé des parties peintes plus ou moins visibles car dans la Grèce antique toutes les sculptures en bas-relief, en haut-relief et en ronde-bosse étaient recouvertes de peinture de couleur comme l’étaient les éléments d’architecture, architraves triglyphes, colonnes etc….
Les archéologues du XIX ont bien noté dans leurs carnets que les statues qu’ils découvraient avaient conservé localement des parties peintes ou des traces de pigmentation. Mais soit que ces traces étaient trop fragiles, soit qu’elles aient été nettoyées avec la terre qui s’étaient incrustée sur ces statues, le résultat a été que les vestiges archéologiques en marbre ont été maintenues dans la blancheur immaculée d’origine du marbre. Et ce d’autant plus volontairement que pour un des fondateurs de l’archéologie moderne et de l’Histoire de l’Art , précurseur du Style Néoclassique, Johann Joachim Winckelmann (1717-1768), « le corps [d’une statue] est d’autant plus beau qu’il est blanc. ». Winckelmann est le fondateur de ce mythe de la Grèce Blanche. Or, la technologie moderne nous révèle que les statues antiques en marbre exposées dans les musées du monde étaient à l’origine recouverte de peintures polychromes aux teintes vives. Il y a eu un réel rejet de la polychromie
La Statuaire Baroque
La sculpture de la période baroque conserve les apports de la sculpture de la Renaissance dans ses thèmes : la mythologie, le nu, les scènes et personnages religieux ; dans ses techniques la ronde-bosse, les hauts et bas-reliefs ; ainsi que ses matériaux : particulièrement le marbre, mais aussi la pierre calcaire, le bois, le bronze.
Elle ne déroge pas des principes qui animent ses sœurs, l’architecture et la peinture : l’expressivité, le dynamisme, la tension l’idéal de beauté.
Mais le sculpteur baroque peut avoir un avantage sur l’architecte. En tant que plasticien, comme le peintre, il modèle les formes avec plus de facilitées techniques que l’architecte et l’architecture baroque ne sera souvent qualifiée de telle que par son ornementation. Aussi, l’exubérance et l’expressivité baroques se manifestent-t-elles plus aisément dans la sculpture par un foisonnement des éléments décoratifs, la tension des corps, l’expression des visages.
Toujours dans le sens de la théâtralité, autre caractéristique du style baroque, le sculpteur apporte un élément nouveau. L’exemple le plus connu est donné par L’Extase de Ssainte Thérèse dans la chapelle Cornaro où le Bernin aménagea une ouverture invisible au-dessus de la sainte afin de faire entrer une lumière naturelle qui rend encore plus lumineux les rayons de bronze descendants sur elle.
La statuaire va avoir un rôle privilégié dans l’ornementation extérieure des édifices, notamment religieux. Les toits, plats, fréquents dans la période baroque, vont souvent être parcourus par des alignements de statues dressées sur les socles des balustrades ou parfois aussi aux frontons.
De même que sous toutes ses formes la Renaissance est née en Italie et en premier lieu à Florence, de même le Baroque est
également né en Italie et en lieu à Rome ; sauf sans doute pour ce qui est de la littérature. Deux auteurs espagnols Alonso de Ledesma (1562-1633) et Luis de Góngora ((1561-1627) dont la complexité, la sophistication de leur langage a donné naissance à deux styles, le Conceptismo et le Gongorisme, mais aussi Lope de Vega (1562-1635), qui traduisit en ses drames l’exubérance de sa propre vie mouvementée, et encore Cervantès (1547-1616) pour ne pas remonter plus avant, avaient déjà dégagé les lettres de sa tranquille assurance que lui conférait sa clarté, sa limpidité. Et que dire du Théâtre Élisabéthain … ?
Mais au contraire de l’architecture, il est difficile pour la sculpture de cerner des périodes au cours desquelles on pourrait suivre son évolution, sa maturation.
Il est à remarquer qu’au XVIIème siècle nombres de sculpteurs exécuteront leurs œuvres à partir des dessins d’architectes ou de peintres ; « les sculpteurs étaient encore considérés comme des artisans et n’étaient donc pas formés au dessin, conformément aux règles de la corporation. Ils dépendaient donc souvent des esquisses ou des modèles fournis par les peintres et les architectes… Ce n’était pas le cas à Anvers, où les sculpteurs ont été autorisés à rejoindre la guilde de Saint-Luc en 1606 » (Lara Yeager-Crasselt, Sculpter L’ivoire, La Pierre et Le Bois :Les Débuts De François Duquesnoy À Bruxelles Annales d’histoire de l’art & d’archéologie Université Libre De Bruxelles XLV 2023).
Italie
Courant Classicisant - Courant Baroque
Introduction
Paul V (†1621), élu pape en 1605, a été le premier pape à favoriser l'élan de l’art baroque. Urbain VIII, pape de 1623 à 1644, surnommé le pape bâtisseur donna à Rome l’aspect que nous lui connaissons aujourd’hui. Il fut le plus important commanditaire du Bernin (Palais Barberini, Basilique St Pierre), et fit, à la suite de ce dernier, de Borromini son premier architecte. Il fut aussi le protecteur de Pierre Cortone, fit travailler Nicolas Poussin et Claude Le Lorrain. Son successeur, Innocent X, fit lui construire… neuf prisons.
La première génération de sculpteurs baroques put s’exprimer entre 1608 et 1615[1] à la Chapelle Pauline ( la Cappella Paolina in Santa Maria Maggiore), commanditée par Paul V pour son lieu de sépulture Silla da Viggiù, Pietro Bernini, Cristoforo Stati, Stefano Maderno, Camillo Mariani et Nicolas Cordier.
« C’est la pratique constante de la restauration (souvent arbitraire) des sculptures antiques qui maintient vivace le rapport avec le monde classique. Pietro Bernini [1562-1629, père du Bernin] et Nicolas Cordier [1567 Lorraine-1612 Rome] sont essentiellement des ‘’restaurateurs’’, tout comme le seront Le Bernin et l’Algarde. A la Villa Borghèse et à la villas Doria Pamphili, les sculpteurs du baroque triomphant (Le Bernin, L’Algarde) élaboreront des édifices pour ainsi dire archéologiques agrémentés de statues fraîchement exhumées des fouilles. L’hellénisme a la prédilection du Bernin, le classicisme austère à celle de L’Algarde, tandis que François Duquesnoy privilégie la langueur de Praxitèle. » (M. Fagiolo dell’Arco Op. ct.)
Le Courant Classicisant
Silla da Viggiù
Silla da Viggiù (Silla Giacomo Longhi 1550-1622), né à Viggiù (nord Milan, Lombardie) et mort à Rome, arrive à Rome en 1572 après avoir travaillé à Bologne (pinacles de la façade de la Basilique San Petronio de Bologne). Son œuvre à Rome est relativement importante :
« En 1581, il exécute un Triton de la Fontana del Moro Piazza Navona selon des dessins de l’architecte Gicomo della Porta… Sa main froide de sculpteur a également sculpté le relief du Couronnement du Pape Pie V (Rome, Basilique Sainte-Marie-Majeure, Chapelle Sixtine), achevé en 1586 [la part belle dans ce projet puisqu’on lui doit les deux statues papales]… La figure agenouillée du pape Paul V (1608) et la statue statique du pape Clément VIII (toutes deux dans la chapelle paulinienne de la basilique Santa Maria Maggiore)… la figure courbée par le cardinal Alessandrino pour son tombeau dessiné par Giacomo della Porta (vers 1611 ; basilique de Santa Maria sopra Minerva), dans laquelle la riche draperie des robes et la caractérisation claire et réaliste du visage donnent une démonstration claire de la plus grande sensibilité atteinte par l'artiste par rapport à ses œuvres précédentes…. » (https://it.wikipedia.org/wiki/Silla_Longhi)
« Représentant du maniérisme romain tardif, avec une tendance classiciste, caractérisé avant tout par le travail d’artistes de Lombardie et du Tessin. » (Dizionaro Biografico)
Pietro Bernini
Pietro Bernini (1652-1629), né en Toscane, s’installe à Naples où est né son fils Le Bernin (1598-1680), puis, appelé par le pape Paul V, s’installe à Rome en 1605. Il a notamment travaillé à la décoration de la Chapelle Paoline (Borghese) dans la Basilique de Santa Maria Maggiore, une des quatre basiliques majeures forcément à Rome puisqu’il n’y a de basiliques majeures qu’à Rome. Son œuvre la plus connue, à laquelle participa son fils est la Fontaine Barcaccia (Fontaine de la Barque) sur la Place d’Espagne. Achevée l’année de sa mort, elle a la forme d’un vaisseau échoué en référence au débordement du Tibre en 1598.
« Son bas-relief de l’Assomption à Sanra Maria Maggiore est la vivante interprétation des nombreuses tendances du classicisme en quête de nouvelles structures formelles. » (M. Fagiolo dell’Arco op.cit.)
En fait, Bernini s’inscrit dans le Maniérisme Tardif.
Cristoforo Stati
Cristoforo Stati (1556-1619), né à Bracciano (Grand Rome) et mort à Rome, a été l’élève à Florence du célèbre Jean de Boulogne (Giambolognia 1529-1608) qui exécuta entre autres le monumental Colosse des Apennin (1579-1573) pour le parc de la Villa Pratolino à Florence. Pour compléter la première statue de Samson qu’avait réalisé Giambologna, le Duc de Lerma, ambassadeur d’Espagne à Rome, demanda à son disciple de réaliser Samson au Lion (1604>07, Art Institute of Chicago), dans des formes plus torsadées que celle de son maître maniériste.
Il a également réalisé Palazzo Corsi à Florence un Orphée (1601, Metropolitan Museum de New York), une Cléopâtre, un Adonis et Vénus…
Stefano Maderno
Stefano Maderno (1567-1636/37), né à Bissone dans le Tessin et mort à Rome, fait partie de ces lignées de maitres-maçons et tailleurs de pierre devenus pour certains architectes et/ou sculpteurs, originaires de la région de Lugano ou de Côme, descendant des maîtres-maçons Lombard, les Comicini de l’époque médiévale. Si ces familles à l’époque médiévale ont fourni les sculpteurs de la Catalogne Romane, ont donné à l’Autriche de ses meilleurs architectes baroque, Rome lui doit pour bonne part le visage que nous lui connaissons aujourd’hui.
Les architectes Francesco Caratti (1615/1620-1677), Francesco Borromini (1599-1667), le sculpteur-architecte Giovanni Pietro Tencalla (1629-1702) qui eut pour beau-père le sculpteur Pietro Maino Maderno (Peter Matterny, Matern, 1592-1653 voir Sculpture Outre-Rhin), le peintre et sculpteur Carpoforo Tencalla (1685-1743), les Bissoni, père, fils et petit-fils, Francesco Gaggnini, Domenico (1574–1637), et Giovanni Battista, installés à Gênes, sculpteurs sur bois et ivoire, sont tous nés aussi à Bissone.
A l’actif de Stefano Maderno, outre sa sculpture du chœur de la Chapelle Pauline, il faut compter un bas-relief en marbre pour le tombeau de Paul V dans la même chapelle auquel s’ajoute son œuvre-maitresse qui lui attira de nombreuses commandes :
« La figure en marbre blanc de Sainte Cécile [1600] qui reproduit fidèlement la position du corps retrouvé [intact] de la martyre pendant les fouilles [de la crypte de] restauration de l'église de Santa Cecilia en Trastevere [rioni de Rome] en 1599, où il est conservé encore aujourd'hui. Cette réalisation lui valut son élection à Accademia di San Luca en 1607 et accrut sa réputation. » (Article Wikipédia).
La sainte est couchée sur le côté droit, le visage de profil tourné vers le sol et reposant sur la retombée de sa coiffe de drap, les bras allongés le long du buste, les mains relâchées. L’ensemble donne une représentation d’un réalisme respectueux du corps de la sainte. Le poli du marbre blanc met en valeur la finesse du drapé. L’œuvre fut le « morceau de présentation » par lequel il fut admis à la Guilde St Luc[2].
On lui doit également l’ange du tombeau de la Chapelle Aldobrandini à l’église Santa Maria sopra Minerva, le Saint Charles Borromée dans la basilique San Lorenzo in Damasó, les statues de La Paix et de La Justice pour l'autel de Santa Maria della Pace (1614). Il réalisa de petits bronzes dont un bas-relief représentant Le Pape Libère traçant sur la neige le plan de l'église. On lui attribue le Saint Pierre de la porte du Quirinal (la plus haute des sept collines de Rome, célèbre pour son palais, ancienne résidence d’été des papes, puis royale, actuellement résidence du Président de la République) ; St Pierre est en position assise-allongée sur l’arc du fronton brisé qui repose sur les deux colonnes qui encadrent le portail d’entrée : il fait pendant à la statue de St Paul sur l’arc opposé, œuvre de Guglielmo Bèrthelot (1580-1648)
Maniériste tardif au style délicat, malgré sa réputation, Maderno ne put faire face à l’engouement que susciter son rival Le Bernin et dut se résoudre faute de commandes à abandonner son activité de sculpteur et devenir douanier.
Camillo Mariani
Camillo Mariani (1567-1611), né à Vicence et mort à Rome, élève d’Alessandro Vittoria -lui-même disciple du célèbre sculpteur et architecte Jacopo Sansovino (†1570), arrive à Rome en 1597. Il exécute entre 1600 et 1603, en collaboration avec son élève Mocchi, huit statues dans les niches de la coupole à caissons de l’église cistercienne de San Bernardo Alle Terne qui rappelle par sa forme circulaire et son dôme le Panthéon. Ses sculptures, « lumineuses, constituent par la générosité des plis et l’emphase du modelé, le véritable envol de la sculpture baroque. » (M. Flagiolo dell’Arco La Sculpture, Taschen 2002)
« Toute la chapelle est décorée, jusqu'à la zone de la coupole, de marbres précieux et colorés, dont le raffinement augmente à mesure que l'on s'approche du tabernacle-reliquaire pour la Salus Populi Romani. Ce dernier, conçu par Girolamo Rainaldi et réalisé par Pompeo Targone, est composé de quatre colonnes de jaspe de Barga. » (https://www.basilicasantamariamaggiore.va/fr/basilica/storia-e-arte/cappelle/paolina.html)
« La Chapelle aux deux grands tombeaux manifeste de Clément VII er de Paul V est le point de rencontre des caractéristiques lombardes et des innovations romaines d’un Mochi et d’un Bernini. » (Maurizio Flagiolo dell’Arco)
Nicolas Cordier
Nicolas Cordier (Nicolò Cordieri, Nicola Cordigheri, Il Franciosino, Il Loreno, 1567-1612), né à Saint Mihiel en Lorraine et mort à Rome, a pu être formé par le sculpteur Gérard Richier (1564-1600), originaire de la même ville lorraine et fils du sculpteur Ligier Richier (†1567) qui travailla pour la Maison de Lorraine. Cordier travaille pour le duc de Lorraine Charles III qui le prend sous sa protection et grâce à lui, il peut s’installer en 1592 à Rome où il ouvre un atelier. Il se marie avec Cleria Quarta qui a pour parrain Dominico Fontana (†1607 voir Architecture/Italie).
Il reçoit des commandes des Papes Clément VII et Paul V, et des grandes familles romaines, Aldobrandini, Borghese… Membre de l'Académie des Peintres et Sculpteurs de Saint-Luc en 1604, Cordier reste plus connu comme brillant restaurateur que comme sculpteur de génie. Il a restauré le groupe antique des Trois Grâces actuellement au Musée du Louvre, et a reconstitué des sculptures à partir de fragments datant de l’antiquité. On lui doit néanmoins le David et le Aaron de la Basilique Sainte Marie Majeure et à Rimini un Paul V Bénissant, sur trône,
Alessandro Algardi
Alessandro Algardi dit l’Algarde (1595-654), né à Bologne et mort à Rome, est formé à l’académie du célèbre peintre bolognais Ludovico Carracci (Carrache †1619). Après un séjour à Mantoue vers 1622 et à Venise, il s'installe en 1625 à Rome sous la protection du Cardinal Ludovico Ludovisi (né et mort à Bologne † 1632).
Il est d’abord modestement chargé de la restauration des statues antiques de la collection Borghèse, la plus prestigieuse des collections d’art baroques, essentiellement animée par le cardinal Scipione Caffarelli-Borghese, neveu du pape Paul V, mécène et grand colliectionneur. Il traça les plans de sa propre villa, la Villa Borghèse, qui célèbre aussi pour ses jardins, contient la collection et réunit plusieurs musés.
L’Algarde commence à se faire un nom avec « le buste du cardinal Laudivio Zacchia (env. 1630, Staatliche Museen, Berlin) [qui] témoigne de son mérite dans ce genre : extrême habileté dans le rendu des étoffes, la texture comme le drapé, observation scrupuleuse des traits du visage ; en dépit d'une certaine froideur, un tel portrait est d'une admirable vérité. » (Encyclopédie Univeralis)
En 1640, il est élu à l'Académie de San Luca. Sous le pontificat d'Innocent X (Giovanni Battista Pamphili †165, les Pamphili sont originaires de Bologne), il supplante Le Bernin dans les faveurs du nouveau pape. Il répond également à des commandes d’architecture.
Architecte, lui-même, on lui doit notamment la façade de l'église de Saint-Ignace, et, surtout sur le modèle de la villa palladienne, la Nouvelle Villa Pamphilj, en collaboration avec l'architecte Giovanni Francesco Grimaldi . En 1630, avait été construite la villa Vecchia (la vieille villa) Doria Pamphilj. Elle sont toutes deux entourées par un immense parc de 180 hectares qui, propriété nationale, est ouvert au public. Algardi et ses assistants réalisent une série de sculptures pour l’ornementation intérieure, et pour la façade, et des fontaines, statues pour le parc qu’ils conçoivent. Le Casino del Bel Respiro, construit de 1645 à 1647 dans le parc de la villa est plus l’œuvre de l’architecte Carlo Rainaldi que de l’Algrade qui lui demanda son assistance.
Sculpteur, vers 1630, il exécute deux des quatre statues en stuc, celle de S. Giovanni Evangelista et la Madeleine, dans la Chapelle Bandini de S. Silvestro al Quirinale. Saint Joseph et Sainte Marie sont de Francesco Mochi (.1580-1654 voir Courant Baroque). De 1640 date le groupe en marbre de S. Philippe avec l'Ange et le buste en bronze de Grégoire XV à la sacristie de S. Maria in Vallicella..
Entre 1645 -50, il réalise la statue en bronze monumentale du pape Innocent X, pendant de l'Urbain VIII Barberini du Bernin (1635-1640). A comparer les deux, celle du Bernin est plus dynamique, plus dramatique : regardant de face, Urbain a le bras droit levé et le gauche écarté du corps, les deux mains paumes ouvertes ; tandis qu’Innocent regarde de côté et si son bras droit est aussi levé paume ouverte, sa main gauche est repliée sur le bras du trône. Celle du Bernin est en marbre, celle de L’algarde en bronze.
Dans la même période, il exécute Le Tombeau de Léon XI en marbre blanc. Entre 1645 et 1653, commandé par Innocent X pour la Basilique St Pierre, il donne son œuvre-maitresse, la Rencontre de Léon le Grand et d'Attila, grand relief qui servira de modèle aux retables en marbre aux XVII et XVIIIèmes siècles : « composition puissante, qui allie sans peine l'équilibre et le mouvement, perfection dans le détail, avec un passage étonnant de science entre les fonds traités en relief à l'antique et les figures du premier plan, presque détachées en ronde bosse. » (Encyclopédie Universalis)
La troisième œuvre majeure de l’Algrade avec le Tombeau de Léon XI et La Rencontre est le groupe de La Décapitation de St Paul pour l’église San Paolo à Bologne exécutée de 1641 à 47). Il a également réalisé de petites sculptures en bronze ou en argent.
Fondamentalement Algrade reste un classique mais d’un classicisme réaliste d’une sensibilité certaine. Un classicisme que d’aucun qualifie de « classicisme haut baroque… un style à mi-chemin entre le naturalisme dramatique de Bernini et le classicisme retenu de l’artiste flamand François Duquesnoy (1594-1643). » (Neil Cоllins, https://fr.gallerix.ru/pedia/sculpture--alessandro-algardi/
Le plus sérieux rival du Bernin en matière de sculpture, L’Algarde eut l’honneur de réaliser une tombe papale du vivant de du pape, Innocent X. L’Algarde est considéré comme un maitre du portrait sculpté qui fera école en Italie mais aussi en France et en Flandre.
Il fut le fidèle ami du peintre Francesco Albani, dit l’Albane (1578-1660 voir Peinture/ Italie)
François Duquesnoy
François Duquesnoy (Du Quesnoy van Kenoy, Francesco Fiammingo, Fattore di putti,1597-1643), né à Bruxelles et mort à Livourne, aussi appelé François le Flamand (en France), Frans Van Kenoy, Francesco Fiammingo, Fattore di Putti, Il Fiammingo est le en Toscane, fils du sculpteur Jérôme Duquesnoy l'Ancien (1570 -1650). Celui-ci, « sans doute le sculpteur le plus important de Bruxelles dans la première moitié du XVIIe siècle » (Lara Yeager-Crasselt selon Géraldine Patigny[3]), réalisa la deuxième et célèbre fontaine en bronze (62x55cm) du Petit-Homme-Qui-Pisse, le Manneken-pis à Bruxelles en 1619 et « le monumental Tabernacle de l’Eucharistie de l’église Saint-Martin d’Alost, achevé en 1604 » (Lara Yeager-Crasselt). François est le frère ainé de Jérôme Duquesnoy le Jeune (1602-1654) (voir Sculpture/ Les deux Pays-Bas/ Les Duquesnoy)
Formé préalablement par son père, François Duquesnoy travaille à ses côtés à partir de 1615 jusqu’ en 1618. On reconnaît déjà son talent dans les deux anges de la façade de l’église des Jésuites de Bruxelles (Jacques Francart 1606-21), à la grande porte du nouveau bâtiment de la chancellerie, et à deux statues la Justice, et les figures allégoriques, Vérité et Justice, pour l’Hôtel de ville de Hal (Brabant flamand)
A 21 ans, il est envoyé pour se perfectionner à Rome par l’archiduc Albert d’Autriche (†1621), fils de l’empereur Maximilien II, gouverneur des Pays-Bas Méridionaux qui aurait été séduit par une statue en ivoire aujourd’hui disparue et dont la figure varie selon les biographes (Saint Sébastien ?, Saint Jean, ? une Passion ?). L’archiduc lui allègue pour pension la somme considérable de six-cents livres qui sera versée en deux ans A Rome où il demeurera jusqu’à son départ pour la France en 1643, il se lance dans une étude assidue des antiques, restaure des statues, en fait des copies en marbre et en bronze, et « sculpte l’ivoire et le bois, notamment pour réaliser des têtes de saints pour des reliquaires, dont certaines se trouvent encore dans l’atelier des héritiers de Maître Claude de Lorrain. » (Lara Yeager-Crasselt).
Albert d’Autriche décède trois ans plus tard et les temps pour lui dans la cité papale deviennent difficiles. En 1616, il partage un logement avec les peintres français Pierre Mellin et Nicolas Poussin, qui de trois ans son aîné, n’est arrivé à Rome que ‘seulement’ en 1624. Il mourra dans la même ville en 1665. Au début des années 1620, Dusquesnoy vit et travaille avec le sculpteur sur bois français Claude Pernet qui le met en rapport avec celui qui va devenir son protecteur, le connétable Filippo Colonna qui lui commande un crucifix en ivoire pour en faire cadeau au pape Urbain VIII (Francesco Baberini) ; et il lui commande aussi une Sainte Cécile et une Sainte Agnès pour la Chapelle Colonna l’archibasilique Saint-Jean de Latran (cathédrale de l’évêque de Rome, le pape). Il sculptera plusieurs statues en ivoire pour le pape Urbain VIII.
« Le naturalisme doux dans le rendu du corps, ainsi que la sûreté et la délicatesse de sa sculpture fournissent un cadre visuel pour comprendre les qualités sculpturales qui ont propulsé la carrière de Duquesnoy, reliant ses œuvres bruxelloises aux sculptures romaines). » (Lara Yeager-Crasselt).
Il reçoit des commandes en marbre et réalisa la deuxième et célèbre fontaine en bronze de l’aristocratie romaine, en autres un Apollon, un Mercure, et un Amour commandés par les magistrats d’Anvers pour être offert au Prince Guillaume d’Orange(62x55cm) du Petit-Homme-Qui-Pisse, le Manneken-pis à Bruxelles en 1619.
En 1625, Le Bernin l’emploie au Baldaquin (1624-35) de la Basilique St Pierre comme il emploie Borromini. Ce ciborium (baldaquin chapeautant le maitre-autel) est la première commande que Le Bernin reçoit du pape Urbain VIII. Duquesnoy est chargé de modèles en cire et de la réparation d’œuvres en bronze, probablement en rapport avec les putti qui ornent les colonnes (Lara Yeager-Crasselt /Boudon-Machuel). On lui doit également le groupe de putti des colonnes du maître autel de la Basilique St Pierre réalisé par Le Bernin sous son célèbre Baldaquin et au-dessus du Tombeau de St Pierre dans la crypte
« Les quatre anges sont entièrement l’œuvre de Duquesnoy, et cette œuvre lui a valu de futures commandes. Ce bas-relief en pierre de touche est traité comme s’il s’agissait d’une œuvre picturale, non seulement du fait de l’utilisation du bichrome (les figures sombres sur fond bleu) mais aussi du fait que la scène est entourée d’un cadre doré. » (https://fr.borghese.gallery/ collection/sculptures/bacchanale-de-putti.html)
Duquesnoy se lie d’amitié avec le peintre Nicolas Poussin (1594-1665). Il fera son portrait (buste en 1630). Il travaille aussi aux côtés de peintres aussi fameux que Robert van Dyck et Francesco Albani ( L’Albane †1660) dont les enfants lui servirent de modèles pour ces groupes d’enfants dont il tira une partie de sa renommée (Cf. le Bénézit).
Sa première ouvre marquante, commandée en 1628 par les boulangers romains pour leur église Santa Marie-di-Loreto, est une Sainte Suzanne de 2 m de haut en marbre de Carrare qu’il réalise entre 1629 et 33. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Dans cette sculpture, « véritable chef-d’œuvre, parfaite synthèse entre la citation antique et l’observation de la nature. » (Wikipedia), il joint à l’idéal classique une étude sensible de la nature (Enyclopedia Britannica).
Avec la Sainte Agnès de Pompeo Ferrucci (1565-1637), Sainte Flavia Domitilla de Domenico Rossi (1659–1730) et la Ste Cécile du méticuleux Giuliano Finelli (1601–1653), sa Ste Suzanne est l'une des quatre vierges martyres romaines commandées par la Guilde des Boulangers pour décorer l'église de Santa Maria di Loreto à Rome. Elle est la plus célèbre[4]. L’historiographe Giovanni Pietro Bellori († 1696) évoquant Polyclète (5ème S. Av.J.C.) estimait qu’il était à l’égal des sculpteurs antiques. Bellori qui était l’ami de Dusquesnoy fut un de ses cinq biographes qui relatèrent sa vie de son vivant.
La statue suivante n’est pas de moindre qualité puisqu’il s’agit de la statue de Saint André, haute de 4,70 mètres, exécutée entre 1633 et 40 et qui trouve sa place dans l’une des niches des quatre piliers de la croisée du transept de la Basilique Saint-Pierre. C’est-dire de quelle reconnaissance Duquesnoy est l’objet. Ces énormes piliers commencés par le maître du classicisme de la Première Renaissance, Bramante (†1514), et achevés par Michel-Ange, creusés à la demande du Bernin contiennent alors dans chacune de leur niche outre le St André, Ste Véronique de Franchesco Mochi (†1654), Ste Hélène d’Andréa Bolgi (†1656) qui, disciple du Bernin, exécuta aussi dans la basilique des sculptures de moindre importance, et Saint Longinus du Bernin lui-même.
« On ne peut qu’être frappé par son caractère dramatique, théâtral plus que pathétique : ce visage suppliant levé vers le ciel, ce torse fortement bombé, l’ensemble de l’attitude qui constitue une véritable « pose », tout trahit la recherche de l’effet, sans que Dusquenoy ne tombe évidemment dans les excès de quelques disciples du Bernin. » (Paul Bergmans Bulletins de l'Académie Royale de Belgique Année 1921 3 pp. 58-64 Persée)
P.P. Rubens lui écrira :
« Les louanges de votre statue de saint André, placée depuis peu dans l'église de Saint-Pierre, ont retenti jusqu'ici ; toute la Flandre et moi, en particulier, se réjouissent de vos succès et participent à votre réputation. Si je n'eusse été retenu par la goutte et par l'âge, qui me réduisent à l'inutilité, j'irais dans les lieux où vous êtes pour voir ce chef-d'œuvre moderne et admirer la perfection d'un si bel ouvrage. »
Au début des années 40, il réalise Le Tombeau de Ferdinand van den Eynde (église Santa Maria dell'Anima), riche marchand flamand et mécène. Ce tombeau est déjà remarquable pour ses deux putti qui sont comme un aboutissement de l’évolution de cette figure ornementale très prisée à la Renaissance de Venise à la Sicile en passant par Florence. Le Manneken Pis (le petit homme qui pisse) de son père à Bruxelles en est une forme de représentation.
Vers 1620, il avait exécuté une Bacchanale de Puttis qui représente un groupe de putti tirant une chèvre par les cornes. L'un d'eux le fouette avec un bâton, tandis que le putto à côté de lui tend sa main gauche vers le bâton en vol stationnaire. Un putto est suspendu à deux mains au-dessus du dos de la chèvre, tandis qu'un autre putto brise un autre bâton d'un arbre à gauche. Selon Giovanni Bellori (†1696) in Vite di pittori, scultori, ed architetti moderni (1672), le cardinal Francesco Barberini aurait fait don du relief à Philippe IV d'Espagne. Cette Bacchanale est le pendant de la même en peinture de N. Poussin. Ces deux œuvres révèlent l’intérêt commun que les deux artistes avaient porté aux sarcophages antiques. Duquesnoy reprendra en 1642 ce thème des putti dans son Concert des Anges sur l’autel Filomarini de l’église des SS. Apôtres à Naples. Avant de le porter à son « apothéose » sur le tombeau de van den Eynde. Le succès de ce que l’on a appelé les « enfants François », tellement sa renommée était liée à la représentation de groupes d’enfants, fut tel que la quantité de copies, d’imitations ‘à la manière de’ qui leur firent suite qu’elle en vient à «’polluer’ les œuvres originales. Et les enfants joufflus ne furent pas les seules pièces a subir le même sort. Artus I Quellin L’Ancien (1609-1658 voir Les Deux-Pays-Bas), ‘Le’ représentant de la sculpture baroque dans les Pays-Bas Méridionaux , qui connut Duquesnoy dans les années 1630 à Rome, fut nettement influencé tout au long de sa carrière par l’œuvre de Duquesnoy.
Ici, le thème des enfants est inspiré de L'Offrande à Vénus tableau du Titien (†1574) de 1519. Sur les 266 tableaux répertoriés du peintre vénitien, le thème de l’enfant ou des enfants, hormis celui du Christ-enfant, ne semble pas avoir fait l’objet d’un tableau en particulier Ce thème sera représenté par la suite par de nombreux peintres et dessinateurs.
Le Cénotaphe du jeune aristocrate flamand, mort en duel, Adrian Vryburch est de la même époque. Comme pour le tombeau de van den Eynde, il présente une épitaphe inscrite sur un drapé soutenu par deux putti. Les putti à moiti cachés par le drapé sont plus discrets.
Considérés comme une de ses pièces maitresses, loués par de nombreux artistes comme P.P Rubens, de nombreuses copies des putti de van den Eyden seront faites.
En 1642, l’évêque de Gand, Antoon Triest le contacte pour réaliser son monument funéraire. Dusqquesnoy déclina la commande car devant se rendre en France l’année suivante en 1643[5]. Il avait déjà néanmoins exécuté des modèles de putti en terre cuite. La commande échut à Jérôme que celui-ci commencera en 1651[6].
Fort peu riche malgré ces commandes et sa réputation qui tient plus à des œuvres de format réduit en bronze, ivoire ou terre cuite (bas-reliefs, statuettes, figurines…), François avait en effet accepté l’offre de Louis XIII de venir à Paris avec une rente annuelle de 3000 écus[7].
Il meurt à l‘âge relativement jeune de 46 ans, à Livourne, sur le chemin qui le menait à la cour de Louis XIII. Sa mémoire sera entachée par l’historiographe Bellori († 1696) qui répandra l’idée qu’il aurait empoisonné par son frère Jérôme par jalousie. A moins qu’il ne soit mort en faisant une chute alors qu’il réparait sa Sainte Suzanne (cf. Bénézit).
Sa vraie réputation, Duquesnoy ne la tient pas tant à ses grandes œuvres qu’à ses petites sculptures en haut et bas-relief, en bronze, terre-cuite, ivoire, matière sur laquelle il fit d’ailleurs son apprentissage au point qu’on lui en a attribué de nombreuses.
La sculpture de Duquesnoy pourrait se caractériser par une élégance qui ne cache pas son réalisme, mais son œuvre est dans l’ensemble cataloguée comme baroque de par sans doute un effet de l’époque( baroque) au cours de laquelle il vécut.
« Du Quesnoy est en effet, avec les peintres Nicolas Poussin et Andrea Sacchi, l'un des principaux représentants du mouvement classicisant qui apparaît à Rome vers 1630, se distinguant du courant qui se développe autour de Bernin, de Pierre de Cortone et de Borromini et qui sera qualifié plus tard de « baroque » par les historiens. »
« Ils ont créé [avec N. Poussin] un canon de figures expressives parfaites, à l’encontre du baroque théâtral du Bernin… Son style de sculpture baroque était moins émotionnel que celui du Bernin et plus conforme au style dramatiquement calme d’Algardi » ( Borghese Gallery).
« Le relief de L'Amour sacré terrassant l'Amour profane (galerie Doria Pamphili, Rome), est une composition claire présentant un modelé subtil de la surface du marbre : il témoigne du classicisme qui imprègne progressivement l'œuvre de Du Quesnoy et que l'on retrouve dans les cénotaphes sculptés pour l'église Santa Maria dell'Anima, en particulier celui de Ferdinand Van den Eynde (1635-1640 ou 1642). » (Encyclopédie Universalis)
Il eut un fort impact sur la sculpture européenne, au point que le nombre d’œuvres qu’on lui a attribuées tend à laisser dans l'incertitude celles réellement de sa main.
Le Courant Baroque
Francesco Fanelli
Francesco Fanelli (c.1580–1653)[8], né à Florence et mort à Paris (?), est le fils d’un sculpteur qui le forme au marbre et au bronze dans le style maniériste florentin que représentaient au mieux Giambologna(1529-1608) et ses principaux collaborateurs et étudiants,le français Pierre Francqueville et le florentin Pietro Tacca (1577-1640). Ami de Giamboligna , il ne collabore pas pour autant avec le maître dont l’atelier est accaparé par les commandes des Médicis dont Fanelli est écarté. Sans doute est-ce une des raisons qui l’amena à quitter sa ville natale.
Il va rapidement partir travailler à Gênes puisque la première mention qui est faite de lui est l’acte de baptême de son fils en 1605 dans l’église St Agnese de cette ville. Entre 1612 et 23, cinq autres de ses enfants y seront également baptisés. Cette installation à Gênes a pu se faire à l’invitation du peintre Giovanni Battista Paggi (1554-1627) qui retourna à Gênes, sa ville natale en 1599 après avoir travaillé à Florence et avoir entretenu des relations étroites avec Giambologna. Si la clientèle génoise apprécie le maniérisme florentin, elle ne dédaigne pas d’y mêler des références antiques.
Paggi apporta sa caution sur la qualité du travail de Fanelli et couvrira certaines sculptures de Fanelli comme son Crucifix en bronze de 1609 ou les chapiteaux et le les anges en bronze de l’église S. Maria delle Vigne en 1620. Fanelli va répondre à des commandes dont presque rien n’a été préservé comme les deux Crucifix en bronze commandés par Domenico Spinola, perdu ou détruits, dont un, haut de 1,98 m de 1609 ; perdues également les statuettes en argent de 1619 comme ornement d’un "scrinium ebuli", (généralement coffret en bois précieux contenant papiers ou lettres) , pour Giacomo Filippo Durazzo, avec la collaboration, pour la fusion, du "argenti faber" Francesco Carrega ; ou encore les six anges en marbre des deux portails mineurs du sanctuaire de N.S. de la Miséricorde de Savone ; entre 1620 et 162, disparue la décoration de la chapelle de la Vierge dans l'église de N.S. delle Vigne et du presbytère et de la chapelle Raggio de l'église du Gesù. Le travail se faisait sous le contrôle de la qualité par le peintre génois Giovanni Battista Carlone (Gênes, 16 février 1603 - Parodi Ligure, 1684).
« Dans ces bronzes décoratifs, F. s'exprime dans un langage courtois et classique d'un grand raffinement formel : les très riches chapiteaux corinthiens, les festons de fleurs et de fruits en plein relief, au dessin clair et ferme, encore du XVIe siècle dans la référence évidente. à une culture humaniste étayée par des références à l'ancien… Les trois grandes statues en marbre de Jésus se démarquent nettement des autres sculptures réalisées pour l'église par les ateliers lombards [qui avaient le monopole des carrières de marbres] ; la finesse exécutive, l'idéalisation classique des figures, le module compositionnel harmonieux et composé, nous ramènent à des modèles célèbres : les trois statues créées par Giambologna pour l'autel de la Liberté de la cathédrale de Lucques.» (Franca Franchini Guelfi, Fanelli, Francesco, Dizionario Biografico degli Italiani - Volume 44, 1994).
1630 est la dernière date à laquelle Fanelli est mentionné à Gênes. En 1635, est fait mention pour la première fois dans les archives du roi Charles Ier d'Angleterre du versement d'une pension royale de 60 livres et un versement de 30 livres.
Les bronzes étaient très apprécié à la cour, à telle enseigne que le Grand-Duc de Toscane, Cosme II avait offert en 1612 au Prince de Galles (futur Charles II) sept bronzes de la main de Pietro Tacca sur des modèles de Giambologna. Fanelli qui n’avait aucun lien contractuel avec l’atelier Giambologna mais qui travaillait dans le même maniériste a répondu à une invitation royale.
Son travail sur l’ivoire est remarqué par Charles 1er, notamment un Pygmalion mais, il se signale surtout par sa maitrise de la fonte du bronze et son style qui même au maniérisme de Giambologna les réminiscences de la statuaire antique. Pour le roi, il réalise au palais de Hampton Court, « une fontaine de sirènes à califourchon sur des dauphins, en alternance avec des coquilles Saint-Jacques, des putti serrant des poissons et d'autres personnages »; fontaine que l’on peut mettre en parallèle avec la fontaine Diana à Bushy Park (1630) de H. Le Sueur.
Fanelli exécutera notamment dix bronzes laqués de peinture noire selon la méthode typiquement maniériste, deux S. George, cinq chevaux, un Cupidon à cheval, un Turc à cheval, un Nessus et Deianira. pour William Cavendish, duc de Newcastle.
Il va également très apprécié pour ses portraits. Il a réalisé un grand nombre de statuettes en bronze, notamment le buste de Charles, prince de Galles 1640, des chevaux pour le Duc de Cavendish chargé de l’éducation du futur roi. On lui attribue le monument funéraire de Sir John Bridgeman et de son épouse dans l'église Si Lawrence de Ludlow (Shropshire, West Middlands). Les bustes en bronze sur la tombe de Lord Richard Weston († 1635) à la cathédrale de Winchester et ceux sur la tombe de Sir Robert Ayton († 1637) dans l'abbaye de Westminster attribués généralement à H. Le Sueur sont certainement de Fanelli (Dizionario-Biografico).
Il quitte Londres au début des Guerres Civiles sans doute à la suite de la reine et du duc de Newcastle entre 1642 et 1644 qui se rendirent à Paris ; mais il n’y a aucune trace du passage de Fanelli à Paris « même s'il a pu réaliser les petits bronzes décrits dans l'inventaire des biens d'André Le Nôtre († 1700)». Son rival Hubert Le Sueur, arrivé à Londres en 1624/24 y fit une bonne partie de sa carrière avant de revenir en France en 1643.
Entre 1646 et 1652, il exécuta les décorations en bronze du cabinet en bois et pierre semi-précieuse acheté à Florence en 1644 par l’écrivain John Evelyn (Victoria and Albert Museum). « Les neuf plaques, recouvertes d'une laque transparente qui accentue les valeurs lumineuses du relief très raffiné, atteignent la virtuosité dans la représentation des fonds de paysage, gravés plutôt que sculptés. »
En 1661, sont publiées à titre posthume à Paris les Architectures Diverses de Francesco Fanelli, sculpteur florentin du roi de Grande-Bretagne, vingt et un tableaux gravés par W. Faithorne avec des fontaines d'un goût délicieusement maniériste, dont certaines ressemblent beaucoup aux œuvres de Giambologna ». Sans doute par cet ouvrage, Fanelli souhaitait reprendre contact avec la monarchie de la Restauration.
« L'essentiel de l'activité de Fanelli se caractérise par sa spécialisation d'artiste de cour : fournisseur de bronzes précieux de collection et de petites sculptures d'ébénisterie, portraitiste, décorateur de jardins avec fontaines et nymphées. »
Le Dizionario Biografico le donne encore vivant en 1662 : La dernière mention de Fanelli est de 1662 par le peintre baroque flamand Adriaen de Bie qui lui dresse une louange poétique. D’autres sources le donnent mort en 1653, en 1557 ou en 1663.
Francesco Mochi
Francesco Mochi (1580-1654), né à Montevarchi en Toscane et mort à Rome, est formé à la peinture par le peintre maniériste florentin Santi di Tito (†1603) et à la sculpture par le sculpteur vénitien Camillo Mariani (†1611) arrivé à Rome en 1597. Il a travaillé à Florence, Orvieto, Plaisance.
Son œuvre maitresse, une commande de la famille Farnèse avec qui il entretient des relations proches, réalisée entre 1603 et 1605, est L’Annonciation à la cathédrale d’Orvieto (Ombrie), groupe de deux statues de marbre en ronde-bosse de la Vierge (210 cm) et de l’Ange Annonciateur (185 cm) avec cette particularité que les statues sont non seulement séparées mais aussi éloignées l’une de l’autre créant un espace vivant et donnant plus de force à l’annonciation. La Vierge, enveloppée dans un drapé, appuyée sur le dossier d’une chaise (à noter la banalité voulue du meuble) d’où elle vient de se lever dans un mouvement dont la suggestion renforce le réalisme, le bras replié sur sa poitrine comme en défense, tourne la tête, surprise, vers l’ange Gabriel en vol (le socle est indéfinissable), les bras en diagonale, le gauche pointant vers le ciel signifiant qui l’envoi, le droit tenant à l’origine un lys. Ailes déployées, il est enveloppé d’un linge qui s’entoure en spirale autour de son corps. Tous les ‘ingrédients’ de la sculpture baroque dont bien sûr le mouvement, la spatialité, la mise en perspective (l’ange moins haut est posé sur un piédestal plus élevé), la théâtralité sont présents qui font considérer cette œuvre comme fondatrice de la sculpture baroque.
Il réalisa aussi, notamment, deux statues équestres en bronze, grandeur nature de Ranuccio Farnèse et de son père Alexandre Farnèse sur lesquelles il travailla pendant 17 ans à Plaisance. Il revint à Rome en 1620, date à laquelle il exécuta sur recommandation du Bernin, le grand maître de Rome, sa Santa Veronica de 1629 à la Basilique St Pierre, toute en mouvement : corps légèrement basculé vers l’avant, la tête vers la droite, les bras envoyés sur la gauche tendant un linge, jambe gauche avancée, tout indique l’élan avec lequel la sainte essuya le visage du Christ à la 6ème station.
Le style de Mochi est parfois qualifié de pathétique. L’on note sur ses visages une pénétration psychologique faite d’émotion, de sensibilité, de violence… De 18 ans plus jeune que Le Bernin, s‘il n’a pas sa flamboyance qui pousse le baroque à l’exubérance si elle n’est maitrisée, il ne lui en montra pas moins l’exemple à suivre dans une dramatisation plus retenue. A partir de 1630, comme pour Stefano Maderno son ‘goût’ ne fut plus à la mode, celui plus étincelant, plus resplendissant du créateur du ciborium (Baldaquin 1624>33) ayant les faveurs du Pape Urbain VIII. Même Alessandro Algardi lui fit perdre des commandes.
« Il rejette encore plus catégoriquement le goût dominant du baroque et ses figures deviennent plus linéaires, ascétiques et spiritualisées…I l est mort avec la réputation d'être difficile et amer. » (Guetty Musueum Collection https://www.getty.edu/art/ collection/person/103K5P)
Le Bernin
Gian Lorenzo Bernini (dit le Bernin ou Le Cavalier Bernin 1598-1680), né à Naples et mort à Rome, arrive dans la cité papale à l’âge de 7 ans. Son Père Pietro Bernini (1562-1629), originaire de Florence mais s’étant installé à Naples, est appelé par le pape Paul V pour à l’ornementation de la Basilique Sainte-Marie-Majeure qui s’est vue agrandie à la fin du XVIème siècle par la Chapelle Sixtine, dite aussi du Saint-Sacrement par Domenico Fontana en 1585), et par la Chapelle Paoline de Flaminio Ponzo (1605-1613).
Celui que l’on qualifie souvent de "second Michel-Ange", acquiert rapidement une renommée comme sculpteur à telle enseigne qu’à 24 ans il est élu président de Accademia di San Luca, confrérie de peintres, sculpteurs et architectes créée en 1577 à Rome.
Les commandes des prélats et des grandes familles affluent et Le Bernin va mettre en œuvre ses innovations qui vont marquer une rupture définitive avec le maniérisme tardif du début du siècle. Le grand sculpteur flamand François Dusquenoy va travailler avec lui ; et son principal rival sera Alessandro Algardi (l'Algarde 1595-1654).
Sa maitrise technique et sa sensibilité étaient déjà apparues dans ses premières sculptures Jupiter allaité par la chèvre Amalthée de 1615) et Enée et Anchise de1619, celle-ci exécutée avec son père. Sa créativité va pleinement se libérer avec Pluton Enlevant Proserpine (de 1622), David de 1623 et surtout avec Apollon et Daphné de 1625, groupe commandé par le cardinal Scipion Borghèse, neveu du pape Paul V, qui conçut lui-même les plan de la Villa qui porte son nom et dont Flaminio Ponzio transformera à partir de 1605, le vignoble en un luxuriant jardin, le plus grand de Rome. La villa abritait la grande et prestigieuse collections d’œuvres d’art baroque du cardinal. Plus tardivement, achevée en 1652, entièrement conçue et réalisée par Le Bernin, la chapelle Cornaro de Santa Maria della Vittoria à Rome contenant l’Extase de Ste Thérèse, toute d’ambiguïté sensuelle, représentera un des sommets de l’art baroque. En 1674, à l’occasion de la cérémonie de béatification de la religieuse, alors âgé de 70 ans, il exécutera l'Extase de la bienheureuse Ludovica Albertoni à l’ église San Francesco a Ripa
En 1624, en collaboration avec Borromini et F. Duquesnoy , il commence la réalisation du fameux ciborium ( baldaquin coiffant le maitre-autel) de la Basilique St Pierre, sa première intervention à la basilique et la première commande papale du nouveau pape Urbain VIII dont il deviendra le principal maître d’œuvre et par la suite des autres papes, exception faite du pape Innocent X qui, entre 1644 et 1654, portera ses faveurs sur son émule Borromini qui comme lui aura consacré toute son activité pour l’Église Romaine et les grandes familles qui, toutes rivales, eurent toutes un pape en leur sein, les Barberini, les Pamphili (ou Pamphilij), les Borghèse, les Chigi…
Le Sculpteur
Plutôt que de rechercher une évolution de son art, de la jeunesse à la maturité, comme cela se fait pour la plupart des artistes, de périodes en fonction des thèmes, il est sans doute préférable d’aborder l’œuvre du Bernin par une classification de ses réalisations : la statuaire, le monumental.
Statues et Groupe de Sculpture
De toutes les sculptures du plus célèbre sculpteur baroque italien il faut notamment compter Sainte Bibiane (Rome, église du même nom, 1624), la Vierge à l'Enfant (Paris, église des Carmes, 1652) et la Sainte Barbara (Rieti, cathédrale, 1657), Saint Longin (Rome, basilique Saint-Pierre, 1630-1638), les prophètes Daniel et Habacuc (Rome, église Santa Maria del Popolo, 1655-1657), la Madeleine et le Saint Jérôme (Sienne, cathédrale, 1662), décoratives du pont Saint-Ange à Rome. Sans oublier Jupiter allaité par la chèvre Amalthée (1615) et Enée et Anchise (1619). Bien d’autres figurent à son catalogue placées dans des niches, des piliers, des chapelles… Incontestablement la plus connue et sans doute son œuvre maitresse dans ce type de sculptures reste son Apollon et Daphné exécuté entre 1622 et 24 qui illustre au mieux à la fois la maîtrise technique de son auteur que l’esthétique baroque.
Apollon et Daphné est une représentation du passage des Métamorphoses d’Ovide relatant par Apollon, dieu de la lumière, du chant et de la poésie, la poursuite de la nymphe Daphné dont il est amoureux. Daphné a fait vœux de rester chaste et pour échapper à Apollon demande l’aide de son père, Zeus ; au moment où Apollon la rattrape et la touche, la nymphe se transforme en laurier. En souvenir d’elle, le dieu se tresse une couronne de laurier qui devient l’un de ses attributs.
« Le Bernin s'inspire d'une des plus célèbres statues antiques, l'Apollon du Belvédère image 3, dont il reprend la coiffure image b et l'attitude, mais en l'animant d'un mouvement plus rapide : le dieu est saisi en pleine course, en équilibre sur sa jambe droite, sa draperie flottant au vent. Incrédule, il met la main gauche sur le corps de Daphné, un geste qui rappelle le texte d'Ovide : « Phébus [Apollon] cependant l'aime toujours sa main posée sur le tronc, il sent encore le cœur palpiter sous l'écorce nouvelle.» (Panoramadelart.com/analyse/apollon-et-daphne)
Apollon dans sa course, son bras droit en retrait du corps et sa jambe gauche en arrière formant une parfaite diagonale, enlace de son bras gauche, par derrière, la taille de Daphné dont le bras droit levé est dans le prolongement du bras droit d’Apollon. A cette diagonale en élévation vient s’ajouter pour l’accentuer le corps en torsion de la nymphe ; sa tête fléchie en arrière descend vers celle du Dieu. Le couple est ainsi représenté dans une course aérienne. Les corps sont lisses en contraste avec la rugosité de petites branches et feuilles qui poussent aux doigts et aux cheveux de Daphné dont les jambes semblent se mêler au feuillage du tronc d’arbre qui fait socle et dont elle deviendra le tronc en sa métamorphose. Ce contraste entre la peau lisse des personnages et les aspérités de la végétation leur confère encore plus de légèreté et de délicatesse.
Le Bernin représente-là dans cette course en suspension un instant d’amour tragique qui mène le dieu à la déception et au sentiment de la perte et la nymphe à l’immobilité éternelle.
Apollon est tombé dans le piège de Cupidon dont il s’est moqué. Le Dieu de l’Amour lui a décoché une flèche d’or qui l’a rendu éperdument amoureux mais d’un amour impossible puisqu’il a décoché en même temps une flèche en plomb sur la nymphe qui lui fait éprouver de l’aversion envers Apollon.
Les vers du cardinal Maffeo Barberini sont gravés sur le socle. « Tel qui court après les plaisirs fugaces s'emplit les mains de feuilles mortes ou cueille des fruits amers. » Cette inscription donne sens à la sculpture en transformant une allégorie païenne en une morale chrétienne sur la vanité.
Le Monumental profane et sacré
Le Bernin aura également marqué de son emprunte la statuaire funéraire.
« Avec les tombeaux d'Urbain VIII (Rome, Saint-Pierre, exécuté en deux campagnes, 1628-1631 et 1639-1647) et d'Alexandre VII (Saint-Pierre, 1671-1678), l'artiste met en effet au point les formules qui seront adoptées par la suite dans la plupart des tombes pontificales et nombre de monuments de grands personnages : la statue du défunt, exalté sur un haut socle, domine les allégories des vertus, dont les attitudes s'équilibrent en une savante dissymétrie. » (Encyclopédie Larousse)
A la statuaire funéraire plutôt statique de la Renaissance, Le Bernin apportera du dynamisme par le mouvement imprimé au corps et une animation dans l’utilisation de différents matériaux dans leurs couleurs et leurs textures: marbres blancs et de couleur, bronze et dorures.
Associant son parfait sens du décor à celui du monumental, Le Bernin va créer de grandes réalisations monumentales et décoratives.
Entre 1647 à 1652, selon le souhait du pape Innocent X, il travaille à la décoration de l’église du couvent des Carmélites déchaussés. Dans le fond de la chapelle Cornaro, Le Bernin, sur commande faite par le Cardinal Federico Baldissera Bartolomeo Corner, va réaliser un réel exploit artistique par sa puissance théâtrale. Le thème en est l’extase de Ste Thérèse Davilà. Assise sur rocher, le corps rejeté en arrière, le visage vers le ciel, la Sainte est représentée dans un état de ravissement. La pose et l’expression de son visage portent à voir plus de sensualité que de spiritualité comme si le plaisir de la chair se fondait en le plaisir divin, comme si la jouissance du corps et la jouissance mystique, la fruition, ne faisaient qu’une. Le séraphin debout à ses côtés brandit la flèche qui va en cet acte que l’on appelle la transverbération, lui transpercer le cœur et l’enflammer d’amour spirituel.
En vrai créateur baroque, Le Bernin va jouer de la lumière, lumière naturelle et lumière artificielle. Les personnages sont placés en hauteur dans une immense niche semi-circulaire, au sommet de laquelle, mais invisible, se trouve une fenêtre qui laisse entrer la lumière dont l’éclat s’ajoute à la brillance des rayons de bronze dorés qui en un vaste faisceau descendent jusqu’aux figures.
La volonté de mise en représentation, le souci de théâtralité, Le Bernin le renforce en sculptant sur les côtés de la chapelle dans de véritable loge les membres de la famille Bartolomeo Corner.
« En un sens, cette œuvre est un symbole du baroque lui-même : la sculpture, la lumière, l’architecture et la peinture se fondent dans un tableau unique d’émerveillement et d’émerveillement ; la réalité tangible et l’illusion de l’espace sont indiscernables et l’art et l’imagination ne font qu’un. » (http://www.rusrim.com/ fr/english-rome-private-tours/snta-maria-della-vittoria/)
De 1624 à 1632, Le Bernin va se consacrer au célèbre Baldaquin élevé en collaboration au transept de la basilique St Pierre, sous la coupole de Michel-Ange et coiffant le maître-autel érigé par Clément VIII en 1549. Ce ciborium (baldaquin coiffant un maître-autel) en bronze, est soutenu par quatre des colonnes dites salomoniques[9], colonnes au fut torsadé, hélicoïdal.
Le Baldaquin est couronné de statues d'anges et de putti. Il coiffe l‘autel papal et repose sur un large exèdre (construction semi-circulaire) qui donne accès par une double volée d’escaliers semi-circulaire à l’immense crypte appelée Grottes Papales, dédale de galeries, nécropole papale qui contient les Confessio de saints (chapelles contenant leur relique) et la Tombe de St Pierre, chapelle construite et décorée en 1617 par Carlo Maderna et Francesco Ferroscobo contenant l’autel de St Pierre du VIIème siècle. Cet exèdre fut construite de 1538 à 1546 par Sangallo Le Jeune qui pour cela dut relever le sol de la nef de plusieurs mètres. Les Grottes Papales, d’origine médiévale, ont reçu pendant la reconstruction de la Basilique au XV Iet XVIIème siècles de nombreux aménagement (voir Basilique St Pierre),
Le Baldaquin, commencé en 1624 et achevé en 1633, est la première intervention du Bernin à la basilique.
S’il en tira tout le bénéfice de sa renommée future, pour autant, il n’en fut pas le seul auteur. L’architecte Borrimini et le sculpteur Duquesnoy contribuèrent largement à son élévation et Borromini qui toujours eu quelque récriminations envers Le Bernin crut devoir, soucieux de sa postérité, y inscrire son chiffre : un séraphin sur un blason.
« Le Baldaquin de Saint Pierre a une hauteur de vingt-huit mètres et demi, plus qu’un palais de dix étages ! Il a une base carrée et reprend la forme du baldaquin papal qui était soutenu au-dessus du Saint Père lors des processions. Quatre hautes colonnes en bronze partent des quatre coins de la base en marbre, obtenues, depuis du bronze arrivé de Venise, de la fusion des poutres du pronaos du Panthéon d’Agrippa, qui se dressent en spirale et semblent s’envelopper sur elles-mêmes, comme celle du Temple de Salomon, jusqu’aux somptueux chapiteaux. Les colonnes, d’une hauteur de 11 mètres, sont entièrement recouvertes de branches de laurier pour rendre hommage à la passion d’Urbain VIII pour la poésie, entre lesquels volent les abeilles, symbole de la famille Barberini qui avait commandé le monument, et courent des lézards, qui avec leur capacité à changer de peau symbolisent la renaissance, la Résurrection… À la grandeur de l’œuvre s’unit la légèreté, le dynamisme des formes, obtenues par l’artiste grâce à son impayable capacité à traiter les matériaux durs comme s’ils étaient souples et légers. Même la frange en faux tissu [d’où le nom de baldaquin] qui décore la couverture, tout en étant réalisée en bronze, semble ondoyer effleurée par la braise !» (Holyart Histoire du Baldaquin de St Pierre »
Sa participation et non des moindres, au réaménage de Rome sera La Fontaine des Quatre Fleuves (Fontana dei Quattro Fiumi). Commandée par le Pape Innocent X, élevée en 1648 Place Navone devant l'église de Sant'Agnese in Agone de Borromini, elle ne fut pas vraiment appréciée des Romains vu qu’elle avait été financée par des taxes sur la viande, le sel et le pain.
Les quatre fleuves Danube, Nil, Gange et Rio de la Plata, des quatre continents connus à cette époque sont représentés par quatre statues qui ont été exécutés par des collaborateurs du Bernin. Le maître s’est contenté de sculpter des figures comme le lion, le palmier et les créatures marines.
En son centre, trône un obélisque de 16 mètres de haut, surmonté d’une colombe, symbole de la famille des Pamphili (ou Pamphilij). L’obélisque est soutenu par les rochers sur lesquels sont assis les fleuves
La Piazza Navona sous l’impulsion du Pape Innocent X devient une parfaite illustration de la Rome baroque du XVIIème siècle. En son centre, outre la Fontaine des quatre Fleuves, deux autres fontaines occupent la Place Navone, l’une au nord, l’autre au sud. Toutes deux sont des œuvres de Giacomo della Porta (1532-1602) : La Fontaine de Neptune réalisée en 1574 ; les statues ont été rajoutées au XIXe siècle, œuvres des sculpteurs Antonio Della Bitta et Gregorio Zappal ; et. La Fontaine des Maures, au Sud de la place. Le maure a été ajouté au XVIIe siècle) au dauphin et aux tritons d’origine. Les statues originales sont exposées à le Galerie Borghese. Sur les côtés de la place, le Palais Pamphili réalisé par G. Rainaldo en 1644 et l'église Santa Agnese in Agone que celui-ci commencera avec son fils Carlo en 1652 et qu’achèvera, façade comprise, commencée par Carlo, Borromini de 1653 à 57.
L’Architecte
En tant qu’architecte, Le Bernin aura laissé en extérieur deux œuvres impérissables de la Rome baroque en sa période la plus faste : la Colonnade de la Place St Pierre qui a pu être discutée, mais qui reste, associée à la basilique, l’image emblématique de la cité papale et la Fontaine aux Quatre Fleuves sur la Piazza Navona que n’aurait renié Michel-Ange ; En tant que sculpteur ; en intérieur , le baldaquin au centre de la basilique avec ses colonnes torses et la chapelle de St Thérèse en Extase donnent une juste définition de l’art Baroque.
Son campanile de Saint-Pierre de Rome (1637-1642) sera une des raisons pour lesquelles Innocent X l’écartera du chantier de la basilique. Il dut être détruit à cause de sa fragilité. On lui doit avec le Palais Odescalchi ‘le modèle des palais du XVème siècle. » (Bodo Cichy arts et Secrets des Bâtisseurs Hachette 1961) : Au premier niveau volontairement ‘anodin’, succède un second niveau à double étage unifié par des pilastres colossaux. Une imposante corniche en saillie est surmontée d’une balustrade à forts piédestaux.
En 1664-65, Le Bernin est invité par Colbert à Paris[10]. Un bref séjour qui restera improductif si ce n’est un buste du roi tout en ondulations du drapé à la chevelure, le visage de trois-quart droite, le menton légèrement relevé, le regard lointain voire songeur avec ses pupilles bien dessinées. Sculpture on ne peut plus baroque puisque le sculpteur donna pour indications au roi non pas de rester immobile mais d’être en mouvement ! « L’homme n’est jamais plus semblable à lui-même que lorsqu’il est en mouvement. » (de Le Bernin rapporté par J.A.Maravall in Culture of the Baroque U of Minnesota Press, 1986).Tandis que le buste de 1692 de Girardon dont le drapé ‘’n’est que ‘’plissé, nous offre un roi au regard vers le bas, les lèvres moins sensuelles, presque sévère. Cette commande de Louis XIV est comme une compensation au refus de ses trois projets. (Architecture/France/Louvre). Le roi ne pouvait que ménager la susceptibilité d’un Bernin, vieillissant, dont la renommée était incontestable dans toute l’Europe. Susceptibilité d’autant plus ménagée, qu’il retint du troisième des trois projets que le maître romain lui présenta, il en retint l’idée de la colonnade et un ‘’quelque chose’ dans les fondations.
Dans son discours à l’Académie, il fit l’éloge de la beauté antique et dit combien il était indispensable aux jeunes artistes de s’exercer sur les copies des œuvres de l’Antiquité qui leur donneront le sens du beau plutôt que de se fier à ce que leur offrait le regard de la nature en laquelle ils pourront ensuite en découvrir la beauté mais aussi en …corriger les défauts.
Sa dernière œuvre sculptée aura été, alors qu’il est âgé de 80 ans, le Salvator Mundi (1679), laissée en cadeau à son amie la reine Christina de Suède.
Les Élèves du Bernin
Ercole Ferrata
Ercole Ferrata (1610-1686), né à Côme et mort à Rome, travaille à Aquilla, capital des Abruzzes et à Naples avant de travailler pour Le Bernin qu’en 1647, à la Basilique St Pierre, alors qu’il est arrivé dans la cité papale quelques années plus tôt. En 1653, Le Bernin, qui en a exécuté le dessin, le met à l’œuvre au Tombeau Pimentel à Ste Marie-Majeure. A ses côtés, un autre élève du maître Antonio Raggi.
Ferrata ouvrira un atelier qui réunira la dernière génération des sculpteurs romains du siècle. On lui doit notamment à l’église Santa Agnese in Agone, les retables en marbre de Sainte Agnès parmi les flammes, du Martyre de Santa .Emerenziana (Sainte Émerentienne, une version en terre cuite date de 1660), de S. Eustachio parmi les bêtes et la statue de S. Anastasia.
Son œuvre ne présente pas une qualité exceptionnelle, mais en bon professionnel, il est estimé pour son sérieux. A la fin du siècle, Ferrata sera celui qui aura tenté de réconcilier classicisme et baroque ; ce qui lui apporte une singularité qui ouvre au siècle suivant.
Antonio Raggi
Antonio Raggi dit le Lombard (1624-1686), né à Vico Morcote dans le Tessin et mort à Rome, s’est formé très tôt auprès d’Algardi avant de devenir un assistant du Bernin.
On lui doit la statue du Danube à la Fontaine des Quatre Fleuve (Fontane dei Fiumi) place Navone, réalisée par son maître de 1648 à 51 ; La Charité sur le Tombeau Pimentel à Ste Marie-Majeure, le Noli Tangere à Ss Domenico e Sisto (1649). Dans des œuvres plus personnelles qui ne sont pas dépourvues de grâce, on peut citer le relief de La Mort de St Paul et la statue de Cecilia à Santa Agnese in Agone (1660-67), et à S. Giovanni dei Fiorintini, le Baptême du Christ (1665). Stucateur, il exécuta les stucs de la collégiale San Tommaso à Castel Gandolfo (1650-51) réalisé par Le Bernin, et ceux de San Andrea Al Quirinal (1662-63) et surtout ceux du Gesù.
Lazzaro Morelli
Lazzaro Morelli (1619 Dizionario Biografico et non en 1608), né à Ascoli Piceno dans les Marches et mort en 1690 à Rome, est le fils du sculpteur florentin Fulgenzio Morelli. A la mort de son père dans les années 20, c’est leur oncle qui va former lui et son frère au métier en les faisant travailler à ses côtés.
En 1641, il est à Rome où il assiste François Dusquesnoy qui le recommanda auprès du Bernin. Comme assistant du Bernin, il travailla à l'Ange avec le fouet au pont Sant Angelo ; et en 1646, au Tombeau monumental d’Urbain VIII à St Pierre ; en 1647, il travaille aux reliefs des piliers de la nef. En 1649, à la Fontaine des Quatre Fleuves, il exécute la Colombe avec Rameau d’Olivier en bronze. En 1651, il sculpte les bustes de la famille Coronaro à la Chapelle Cornaro de l’église Sant Maria della Vittoria construite au début du siècle par Carlo Maderno (†1629) et où Le Bernin plaça sa Ste Thérèse en Extase. Morelli a également été stucateur.
Giuseppe Mazzuoli
Guiseppe Mazzuoli (1644-1725), né à Voltera en Toscane et mort à Rome, est le fils du sculpteur Dioniso di Francesco Mazzuoli, installé à Sienne en 1640, puis à Voltera sera appelé à Sienne en 1550 comme ‘directeur de l’usine et de l’agrandissement du palais royal et y mourra en 1669.
Son fils, Guiseppe, travailla ‘abord à Sienne avant de venir à Rome où il sera en un premier temps élève de E. Ferrata et travaillera à ses côtés aux œuvres du Bernin, entre autres au tombeau du pape Alexandre VII à St Pierre (1671-1678). Sculpteur apprécié, il obtint de sculpter un des douze apôtres, St Philippe, à St Jean de Latran. Il sculpte entre autres La Charité au tombeau du pape Alexandre VII entre 1672 et 78 ; les bustes des papes Innocent XII (1700) et Clément XI (1703). Son œuvre maitresse est La Mort d’Adonis (1700-1710) actuellement au Musée de l’Ermitage. Adonis est mordu à la fesse par un sanglier, le corps envoyé en arrière et la tête renversée, il tente de repousser l’animal. Le drapé au travail recherché descendant de son épaule gauche jusqu’au sol mettant en évidence deux diagonales, celle de la jambe gauche avancée, du devant du buste courbé et de la tête renversée, et celle de la jambe
droite en arrière, de la courbe des reins et du bras droit levé, paume ouverte. Le bras gauche plié repoussant la tête de l’animal dressé jusqu’au bas du dos forment un arc qui ajoute de la tension au mouvement.
On lui doit également les figures allégoriques du tombeau du grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, dans la cathédrale Saint-Jean de La Valette à Malte, et les douze apôtres sculptés pour la nef de la cathédrale de Sienne qui sont aujourd’hui conservés dans l’Oratory de Londres.
Un de ses frères fut le peintre Annibale Mazuolli ; un Giovanni Antonio Mazzuoli, né à Sienne, sculpteur. Travaila régulièrement à la rénovation des sculptures de l’Opera del Duomo de Sienne avec Guiseppe.
Cesare Penna
Giulo Cesare Penna (1607-1653), né et mort à Lecce, contribua en tant que sculpteur à la réalisation de nombreux édifices. A Lecce, il réalise les autels de San Carlo Borromeo et Sant'Andrea Apostolo dans la cathédrale et deux autres autels dans la Basilique de Santa Croce dont l’autel des reliques avec les statues des évangélistes Luc et Matthieu en 1639. A Otranto, il est l’auteur 1635 de l'autel de San Pietro.
Il reste surtout célèbre pour sa grande rosace de cette basilique Santa Croce. Il y sculpta également les statues des Saints Benedetto et Pier Celestino, les allégories de l'Humilité et de la Sagesse qui sont placées sur les volutes extérieures, et la frise d’anges qui à l’architrave supérieure soutiennent les lettres qui formes le don du commanditaires Don Matteo Napolitano. On lui doit également les chapiteaux du cloître du Palais des Célestins (1651) ; le portail de l'église des Thérésiens serait de lui (?)
C’est. Giulio Cesare Penna Le Jeune ( et non l’Ancien) qui, en collaboration avec Leonardo Protopapa, achèvera en 1728 l’église St Jean du Rosaire Giuseppe Zimbaldo que commença en 1691 et poursuivit jusqu’à sa mort en 1710
Notes
[1] Giovanni Antonio Paracca (1545-1599) n’a pas œuvré à la Chapelle pauline mais à la Chapelle Sixtine, toujours à Santa Maria Maggiore. Il y a laissé une sculpture célèbre « Sixte V à genoux avec le regard débonnaire vers la Chapelle et sur la Crèche de la Crypte » (archives du Vatican)
[2] Certaines sources attribuent à Maderno la Ste Cécile de l’ensemble des quatre vierges martyres de l’église Notre-Dame-de-Lorette la confondant avec celle-ci. La Ste Cécile de Notre-Dame-de-Lorette est de Giuliano Finelli (1601–1653). Pour cette église, Maderno a exécuté quatre anges.
[3] Sur la vie de Jérôme Duquesnoy voir Géraldine Patigny : Une vie archivée. Jérôme du Quesnoy le Vieux, sculpteur bruxellois sous les archiducs Albert et Isabelle, dans : Annales d’histoire de l’art et d’archéologie, 37, 2015, pp. 167-175.
Sur la vie de François Duquesnoy : Lara Yeager-Crasselt : Sculpter L’ivoire, La Pierre et Le Bois :Les Débuts De François Duquesnoy À Bruxelles Annales d’histoire de l’art & d’archéologie Université Libre De Bruxelles XLV 2023.
Et Marion Boudon-Machuel, François du Quesnoy 1597-1643, Arthena, Association pour la diffusion de l'histoire de l'art. Paris 2005,
[4]Pompeo Ferrucci voir : Dizionario-Biografico https://www.treccani.it/ enciclopedia/pompeo-ferrucci. Certaines sources comme Wikipedia à l’article sur Santa_Maria_di_Loreto indique que Ste Flavia est de Domenico de’ Rossi, or celui-ci, en suivant le lien était un imprimeur né en 1659 et mort en 1730.
Certaines sources indiquent le fameux sculpteur Stefano Maderno (1616-1636) comme auteur d’une des quatre vierges. Il sculpta pour Notre-Dame-de-Lorette quatre anges. Par ailleurs, il sculpta bien une Ste Cécile mais allongée dans la position où elle fut retrouvée lors des fouilles de l'église de Santa Cecilia en Trastevere (quartier de Rome) en 1599 où la sculpture demeure toujours. C’est une de ses pièces maitresses ; elle fut son « morceau de présentation » qui le fit admettre à la Guilde St Luc.
[5] « Jérôme accompagnait François lors de son départ pour Paris où il se rendait à l’invitation du roi. » (Denis Coekelberghs https://www. latribunedelart.com/a-propos-de-jerome-du-quesnoy-le-jeune-2054). Jérôme est-il retourné à Rome liquider l’atelier de son frère ou a-t-il directement regagner Bruxelles ? En tout cas, il aurait été aux côtés de son frère au moment où celui-ci décéda. Selon la même source qui se réfère à Bellori, François avait exigé une équipe de 12 sculpteurs pour l‘assister à Paris à laquelle son frère aurait plus que probablement appartenu.
[6] Sur le monument funéraire et le buste de l’évêque et les rapports entre les deux frères voir Philippe Malgouyre Le Buste d’Antoine Trieste par les frères Duquesnoy entre au Louvre Revue du Musée du Louvre n° 4-2000 https://www.researchgate.net/profile/Philippe-Malgouyres/publication/ 298844982_ The_bust_of_Antoine_Triest_1576 1657_bishop_of_Gent_A_ sculpture_by_the_Duquesnoy_brothers/links/609566b592851c490fc35150/The-bust-of-Antoine-Triest-1576-1657-bishop-of-Gent-A-sculpture-by-the-Duquesnoy-brothers.pdf?_sg[O]=started_ experiment_milestone& origin =journalDetail
[7] Certaines sources indiquent que cette invitation avait pour but de le nommer directeur de L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, mais celle-ci n’a été fondé que 5 ans plus tard en 1648 et son premier recteur a été le peintre Charles Le Brun (1619-1690). L’académie sera dissoute en 1793 sous le régime du Comité de Salut Public dirigé par Maximilien de Robespierre.
[8] Les dates sur Fanelli varient selon les sources, certaines donnent 1577-1657, d’autres 1608-1665…
[9] Le termes de salomonique pour désigner les colonnes torses n’apparaît qu’au XVIIème siècle Mais Jacques Ier Androuet du Cerceau (1515 - 1585), surtout connu comme graveur d’architecture, dans son deuxième Livre d’Architectures (1559) mentionne que l’adjectif de salomonique est donné « parfois aux colonnes torses, parce que les colonnes torses conservées dans la basilique vaticane passaient pour provenir du Temple de Salomon. »
Dans son Dictionnaire Illustré d'Art et d'Archéologie, l’historien de l’art contemporain décrit la colonne salomonique comme « Colonne dont le fût est contourné en hélice.
Dans son ouvrage Architecture : Méthode et Vocabulaire (2011), Jean-Marie Pérouse de Montclos, historien contemporain de l’architecture, écrit qu’il ne faut pas confondre la colonne torse avec la colonne à cannelures torses.
Dans son ouvrage Aux Marges de la Règle. Essai sur les ordres d’architecture à la Renaissance (2008) , l’historien de l’art Yves Pauwel fournit comme exemple d’emploi de colonnes salomoniques celui du Palais du Te (1525) construit pour le Duc de Mantoue par le premier architecte maniériste de la Renaissance, élève de Raphaël, Jules Romain : «Le premier modèle est celui des douze petites colonnes torses, qui ornaient le chœur de la vieille basilique de Constantin, censées provenir du Temple, et avoir été offertes à Constantin lui-même… Elles ont servi de modèle pour les grandes colonnes de bronze du baldaquin édifié par le même Bernin. Mais le Cinquecento les avait repérées : elles apparaissent régulièrement dans les représentations du Temple chez les peintres maniéristes et baroques. Les architectes de la Renaissance les ont aussi utilisées, rarement il est vrai dans l’architecture réelle (Giulio Romano à Mantoue, Nicolas Bachelier à l’hôtel d’Assezat à Toulouse), plus volontiers dans des dessins et des gravures. On les voit par exemple au « portal de Pierrencise », lors de l’entrée de Henri II à Lyon en 1548. Androuet de Cerceau représente deux arcs « selon l’ordre salomonique » dans ses XXV exempla arcuum, l’un avec des fûts et des chapiteaux reproduisant fidèlement ceux de Saint-Pierre, l’autre les imitant plus librement. »
Pour trouver le premier exemple de colonnes torses en Europe, il faut remonter au XIIIème siècle. Les arcades du Cloître de la basilique St Jean- Hors-Les Murs construit par Nicola et Pietro Vassaletto , sont soutenues par des colonnes torses dite cosmatesques du nom des bâtisseurs lombards, les Maestri Comacini (voir Bas Moyen Âge / Art Roman/ Roman Lombard) qui utilisaient pour le décor des fragments marbres antiques colorés pour colonnes et pavements. Un autre exemple, plus de colonnes cosmatesques près de Rome est le pupitre de l’église San Pietro à Alba (Abruzzes).
On peut également les voir sur la tapisserie de Raphaël (†1510), La Guérison du Paralytique. Elles seront très utilisées dans le baroque espagnol.
[10] Sur le séjour du Bernin à Paris voir Cecil Gould Bernin in France, Princeton University Press, 1982)
Espagne
Introduction
En cette période post-tridentine, la religion est plus que jamais en Espagne au service du pouvoir et inversement. La sculpture espagnole du XVIIème siècle est principalement religieuse. Elle se portera moins sur les réalisations funéraires (tombeaux, monuments funéraires) que sur les retables et les statues en bois de processions (los passos) au décor polychrome. A la suite du concile de Trente achevé en 1563, de nombreuses confréries de pénitents vont voir le jour. Un besoin d'‘images’ de grandeur nature se fait sentir pour frapper les esprits au long des processions qui sillonnent la ville.
« La Contre-Réforme entraîna, entre autres, une augmentation significative du nombre de confréries et d'associations pieuses, nécessitant la fourniture d'images et d'autres objets nécessaires au culte et aux processions.) (https://historia-hispanica.rah.es/biografias/39387-pablo-de-rojas)
« L'Espagne, fervente catholique, fût la première nation à adopter les décrets de la Contre-réforme et les commandes de sculptures affluèrent en même temps que se créaient des
Écoles pour répondre à ces commandes massives ». (Jean François http://www.ecrandenuit.fr/les-tailleurs-dymages-montaes-1568-1649.html)
Damiàn Forment (1480-1540), né à Valence, introduisit en tant que sculpteur le style Renaissance dans son pays. Mais cette influence, c’était plus faite sentir dans les œuvres d’Alonso Berrugete, considéré comme le grand maître de la sculpture renaissante espagnole bien que Bartolomé Ordóñez (1490-1520) aurait pu l’être s’il n’était mort prématurément à l’âge de 30 ans. (voir Renaissance/Arts Europe/Espagne/Sculpture).
En Castille, Gregorio Hernandez (1576-1636) va faire prévaloir une sculpture toute de théâtralité. En Andalousie, Séville est comme au siècle précédent le grand port espagnol[1] où arrivent les galions chargés d’or et d’où partent les sculptures qui vont orner les églises du Nouveau Monde. Juan Martínez Montañés (1568-1647) va y supplanter ses rivaux en poussant le réalisme à son paroxysme. Ses disciples seront Gaspar Núñez Delgado (1551-1617), actif à Séville dès 1581, qui sculpta principalement des Christ en croix en ivoire, et surtout Juan de de Mesa (1582-1627). Tandis Alonso de Cano (1601-1667), peintre et également architecte, au style classique, sera la figure dominante à Cordoue. Il a eu pour élève Pedro de Mena (1628-1693). Pablo de Rojas (1549-1611), autre sculpteur important de Grenade, né à Alcalá la Real, eut pour élève Juan Martínez Montañés
Leur style est encore sous l’influence du classicisme renaissant. A la fin du siècle, Pedro Roldan (1624-1700) marquera la sculpture d’une empreinte baroque sous l’influence, toujours italianisante, du Bernin. Mais l’authentique baroque espagnol se sera la famille Churriguera qui va en être l’inventeur en surmutipliant les éléments décoratifs. Ses réalisations vont susciter un mouvement, le Churriguerisme et un style dit Chigueresque. José Benito Churriguera (1665-1725) en sera la figure porteuse (voir Siècle des Lumières/ Art/Espagne).
« La [famille] churriguera, avec son style varié et monumental, représente un contrepoint à la sobriété du classicisme herrerien et a ouvert les portes au baroque décoratif, au point qu’ils ont génériquement désigné une phase du style, le Churrigueresque, un terme inventé par les universitaires au XVIIIe siècle avec des connotations péjoratives claires. » (https://www.liseour.com/fr/spanish-baroque-architecture-27769/)
Sculpture vs Architecture
La nomination du sculpteur Sebastiano Herrera Barnuevo comme Architecte du Roi en 1662 souleva une polémique qui opposa les architectes aux sculpteurs, les premiers mettant en avant leurs techniques et leur pratiques issues du corps des tailleurs de pierre. Le duc de Pastrana critiqua dans une lettre qu’il adressa à la reine-mère Marie d’Autriche cette nomination au motif que « l’occupation essentiel d’un architecte est la connaissance pratique de l’ art de bâtir nécessaire pour la sécurité des constructions et leurs bonnes proportions qui doivent reposer avant tout sur la fortification ». Les architectes et parmi eux des théoriciens dénonçaient un abus de l’ornementation au mépris de la solidité. Les architectes-artistes venant de la sculpture, de la peinture et de l’assemblage défendaient un droit à la fantaisie. La polémique se prolongea jusqu’au siècle suivant où les décorateurs finirent par triompher. (voir Yves Bottineau, L'art de cour dans l'Espagne de Philippe V 1700-1746 mise au point 1962-1982 Mélanges de la Casa de Velázquez Année 1982 18-1 pp. 477-493 https://www.persee.fr/doc/casa_0076-230x_1982_num_18_1_2379)
Le Retable Polychrome
Le retable sculpté polychromé existait bien avant le XVème siècle, mais au cours de ce siècle non seulement sa production mais aussi sa surface, sa complexité, son montage vont prendre une ampleur assez considérable. Constitué de la caisse centrale, la huche et de deux volets latéraux qui se rabattent sur elle pour la fermer, il est sculpté le plus souvent dans du bois de tilleul, et souvent peint. Plusieurs corps de métiers participent à sa construction, le menuisier pour la huche, le ou les sculpteurs pour les scènes, le peintre pour la polychromie, le doreur pour la dorure.
Pour compenser ce qu’il ne peut pas gagner en profondeur de champ visuel, le retable le compense par le nombre de ses personnages qui augmente, de même que ses éléments d’architectures (colonnettes, gâbles, pinacles, fenêtres) et par avec un agrandissement de sa surface qui n’est plus rectangulaire mais en croix, et parfois surélevé en son centre, et dans ce cas deux autres petits volets viennent fermer la partie supérieure.
Les personnages sont dans des positions de plus en plus expressives, leurs costumes sont de plus en plus détaillés et l’ensemble des scènes, bibliques ou vies des saints, regorgent de détails. Une nouveauté est aussi le montage du retable. Les personnages sont sculptés à part et placés en suite sur le retable (comme une sorte de crèche) dont la base (le sol) est généralement en pente pour pouvoir les disposer en meilleure vue en haut relief voire ronde bosse.
L’Espagne où nombre des architectes, sculpteurs et artistes vont au XVème siècle venir de divers horizons va voir se développer sous l’influence du Nord une production importante de retables aux dimensions monumentales qui, sans volets, s’élèvent au fond du chœur comme des murs derrière l’autel. Le Retable Majeur de la Cathédrale de Séville, le Christ en Croix (1496-99 Chartreuse de Miraflores) et le Retable de L’immaculée Conception (Cathédrale de Burgos) ; ces deux derniers du sculpteur d’origine flamande Gil de Siloé, sont parmi les meilleurs exemples.
Le bois polychromé n’est pas une spécificité espagnole. La Flandre, la Champagne, la Souabe, par exemple donnent à voir des bois polychrome de grande qualité du XVème siècle. Parmi leurs auteurs, on peut citer Veit Voss (1448-1533) de Souabe, Michael Erhart, actif à Ulm de 1469 à1522, et Niklaus Wechkman (1481-1526), actif également à Ulm.
Pablo de Roja
Pablo de Rojas (de Raxis 1549-1611),né à Alcalá la Real (Province de Jaen) et mort à Grenade, est le fils Pedro Raxis l'Ancien, qui, originaire de la Sardaigne, vice-royauté de l’Espagne (1324>1713), est lui-même issu d’une famille de sculpteurs. Il séjourne un temps à Grenade, puis en 1527 il s’installe à Alcalá la Real où il ouvre un atelier dans lequel travaillent tous ses fils. Alcalá la Real est alors une ville d’importance, à la vie culturelle et artistique animée et dont la juridiction de son abbaye s’étend à Jaén et Cordoue. L’atelier est prospère et fournit des retables et des statues religieuses peints. Son atelier était proche de l’atelier de broderie de Juan Martínez Montañés père qui s’installera avec sa famille à Grenade en 1579. En 1568, Miguel, un des frères de Pablo, ramena de Rome une volumineuse bibliothèque d’estampes et de dessins dans laquelle puisèrent les deux ateliers. Tout en étant formé par son père, Pablo, se nourrit de cette précieuse source d’inspiration.
Des douze enfants, Pablo est le dixième ; ses huit frères poursuivront leur activité de sculpteur- peintre créant une véritable dynastie des Raxis – Roja. Reconnus, ils recevront des commandes de Grenade et Séville et exporteront dans le nouveau-Monde. .C’est en arrivant à Grenade, on ne sait à quelle date que Pablo décida de ‘castillianiser’ son non en Roja. Il poursuivit sa formation auprès du sculpteur Rodrigo Moreno et se marie en 1578 avec Ana de Aguilar. Le couple n’aura pas d’enfants. Il ouvre son atelier près de la rue historique Elvira où il travaillera jusqu’à la fin de ses jours. Juan Martínez Montañés fils, y fit son apprentissage avant de partir pour Séville.
Pablo fréquente les sculpteurs et peintres de la ville comme Diego de Pesquera, Melchor Turín, Juan Bautista Vázquez le Jeune († Séville 1610) à la réalisation du grand retable du monastère de San Jerónimo ( 1504 par Diego de Siloé), retable que Roja agrandira au début du nouveau siècle. Son atelier va connaitre un essor rapide, les commandes de retable et sculptures non polychromées affluant de toutes parts. C’est neveu, Pedro Raxis, fils de son frère Melchor qui en était chargé. Parmi ses commandes, on peut particulièrement retenir les ‘images’ de l'ancien retable (XVème s.) de la Vierge de La Antigua de la cathédrale de Grenade, de Jésus Nazaréon dans l'Iglesia de las Angustias; El Crucificado dans la chapelle de los Beneficiados de la cathédrale; l'Inmaculada, l'église de San Juan de los Reyes et le retable de l'église Albolote.
« L'une de ses dernières œuvres documentées est sa participation au retable principal d'Albolote, conçu par Ambrosio de Vico, auquel ont collaboré, entre 1605 et 1609, le menuisier Miguel Cano, Martín de Aranda, Bernabé de Gaviria et Pedro Raxis. » (socle de la biographie https://historia-hispanica.rah.es/biografias/39387-pablo-de-rojas)
On peut penser qu’il est mort probablement en 1611 au vu des 50 ducats qu’il laissa par testament à chacun de ses neveux et nièces.
Toute l’œuvre de Roja est religieuse et va respecter cette prescription de la réforme tritendine de rapprocher l’Église du fidèle en humanisant ses images (les sculpteurs du Moyen-Âge étaient dit des imagiers).
Il créa des « exemples d'exemples iconographiques qui eurent un impact profond et une large diffusion. De manière générale, ses figures, tout en conservant une posture relativement droite (bien que contrebalancée par l'extension d'une jambe et du bras opposé), sont fortes et trapues, avec des visages larges encadrés de belles boucles qui laissent leurs oreilles découvertes. Ces modèles, stylistiquement ancrés dans ce fondement classique, évoluent vers un réalisme naissant, nuancé par la sensibilité particulière de Rojas à la beauté et son sens de l'équilibre, si caractéristiques de lui et de ses disciples. » (Ibidem).
« Sa pertinence historique et stylistique réside dans sa virtuosité technique et dans l'intensité spirituelle qu'elle véhicule. » (Vente à Drout)
Juan Martínez Montañés
Juan Martínez Montañés (1568-1649), né à Alcalá la Real, province de Jaén et mort à Séville, est le deuxième enfant des six qu’à eu Juan Martínez Montañés L’Ancien dont l’atelier de broderie était voisin de celui du sculpteur Pedro Raxis l'Ancien, père de Pablo de Roja. La famille s’installe à Grenade en 1579 et Juan fils entre pour formation dans l’atelier de Pablo de Rojas, né aussi à Alcalá la Real et installé à Grenade en 1572. Pablo, dont l’influence sur son élève sera persistante notamment dans l’exécution des crucifix, lui restera lié par une amitié sincère. Aux côtés de Roja, il fréquente aussi les sculpteurs et peintres qui travaillent au grand retable du monastère royal de San Jerónimo.
Montañés arrive à Séville en 1582 et entre dans la Confrérie du Dulce Nombre de Jesús au couvent sévillan de San Pablo. Il entre dans l’atelier de Jerónimo Hernández (1540-1586). En 1587, à 19 ans, il se marie avec Ana de Villegas, fille de l'assembleur de retables (assamblador) tolédan Juan Izquierdo. Il obtient sa maîtrise en 1588 après avoir présenté en sculpture des figures nues et habillées et en architecture construit et monté un tabernacle.
Séville a toujours été une ville de première importance de par son port, le plus actif du royaume où son débarquer les galions d’or, et de par sa vie culturelle animée par une florissante école de poésie qui compte Fernando de Herrera, Francisco de Rioja, Juan de Aguiijo, Balthasar de Alcára, et artistique dont les grandes figures sont Juan Sánchez de Castro, Francisco Pacheco, Francisco de Zurbarán, Diego Velázquez et Bartolomé Esteban Murillo.
Il répond aux commandes de nobles comme sa Vierge de Bethléem de 1589 pour le Duc d’Arcos, et à celles de couvent dont des vierges pour des couvents du Nouveau-Monde. Sa réputation s’agrandit. Aux vierges, au crucifix, aux saints, en ronde-bosse ou en relief, s’ajoutent des tabernacles. En 1598, il réalise dans la cathédrale des sculptures pour le monument funéraire de Philippe II mort cette année-là.
« Il est aussi l’auteur de divers pasos et statues habillées. Le Paso, production spéciale de la sculpture espagnole, consiste en une suite de statues représentant les principaux personnages de la Passion, réunis en groupe et figurant, dans toute la péninsule, aux processions de la Semaine sainte. Il n'est pas de chapelle, pas d'église paroissiale et à plus forte raison pas de cathédrale qui n'ait le sien. » (Paul Lafond La Sculpture Espagnole Édit A. Picard 1908)
On trouve encore dans les œuvres de relative jeunesse l’influence du Maniérisme de Renaissance. Mais dans Le Christ de la Clémence (1603-1605) à la cathédrale de Séville, on décèle déjà à la fois son grand souci de perfection formelle et une sensibilité certaine que traduit le visage du Christ supplicié. « Ce Christ crucifié est considéré comme le Christ le plus représentatif du naturalisme baroque espagnol. » (Jean François http://www.ecrandenuit.fr/ les-tailleurs -dymages-montaes-1568-1649.html). L’expression pathétique de ses visages confèrera par la suite un caractère baroque à ses œuvres. Son Christ-Enfant conservé à la Cathédrale de Séville est datée de 1607.
La période qui suit, celle de la maturité, ne fera que confirmer ces deux aspects de son travail. Le retable du maître-autel de San Isidoro del Campo, réalisé de 1609 à 1620 dans l'ancien couvent hiéronymite de Santiponce, près de Séville, est la plus importante de cette période avec un Saint-Jérôme, grandeur nature, considéré comme un de ses chefs d'œuvre. On peut y adjoindre les reliefs latéraux de L'Adoration des Bergers et de L'Adoration des Mages.
Ce n’est qu’à partir de 1630, que Montañés emprunte au style baroque au même moment que Gregorio Fernández à Valladolid. Il va se consacrer avant tout à l’exécution de statues isolées dont l’Immaculée Conception de la cathédrale de Séville est une des meilleures illustrations avec le Saint Bruno (1634-38) de la Chartreuse de Santa Maria de Las cuevas qui, par le rendu d’une profonde vie intérieure, peut être rapproché du St François du maitre sévillan de la peinture, Zurbarán (†1664).
Celui que ses contemporains avaient surnommé le « dios de la madera » (le dieu du bois) était un maître autoritaire qui dirigea un important atelier où il confiait à ses assistants l’exécution des nombreuses commandes se réservant les parties les plus délicates et/ou prestigieuses. La polychromie de ses statues a été souvent peinte par Francisco Pacheco (1564-1644 voir Renaissance) dont, entre autres, la tête et les mains de l’Ignace de Loyola de 1610.
Montañés a eu de nombre élèves dont Alonso Martinez qui exécuta de nombreux bas-reliefs et statues et de nombreux retables pour les sanctuaires de Séville, et José de Arce (Flandre1600- Séville 1660) qui en 1657 sculpta, à la cathédrale de Séville, huit statues colossales d'évangélistes et de docteurs, et un peu plus tard, travaille à la chartreuse de Jérès.
Le jeune Velázquez (†1660) qui l’a invité à la cour de Madrid, a peint son portrait vers 1635 alors qu’il avait 67 ans et le peintre 36. Velázquez était le gendre de Francisco Pacheco.
« Une synthèse à la fois vivace et intériorisée de l'élégance maniériste, de la noblesse classique et du réalisme, » (Encyclopédie Larousse)
Juan de Mesa
Juan de Mesa y Velasco (1583-1627), né à Cordoue et mort à Séville, est entré dans l’atelier de Juan Martínez Montañés à 23 ans. Il collaborera avec lui pendant une longue période de sa carrière.
Il appartenait à la Hermandad del Silencio, une des confréries qui organisaient la procession de Pâques.
Son œuvre est marquée par un profond réalisme. Ses Christ en Croix, ses statues processionnelles par leur fidélité anatomique dénotent une grande observation des cadavres. Cette ‘spécialisation’ l’a fait surnommé L'Imaginero del dolor (le Sculpteur de la Douleur).
Il est mort à 44 ans sans doute de la tuberculose. Son style est baroque. Son œuvre maîtresse est El Cristo del Amor (Christ d'Amour 1618) également dans l'église du Sauveur à Séville comme le Christ de la Passion (1619) de Montañes. El Cristo de la Buena Muerte et Jesus del Gran Poder (Jésus du Grand Pouvoir) sont aussi l’objet d’une grande dévotion de foule lors des processions de la Semaine Sainte à Séville. A côtés de ses figures isolées de Mesa exécuta aussi un grand nombre de groupes illustrant des scènes de la passion. Il compte parmi les grands ‘imagiers’ de la sculpture baroque espagnole.
Gregorio Hernández
Gregorio Hernández (ou Fernández 1570-1636), né à Sarria en Galicie et mort à Valladolid, se situe dans lignée des sculpteurs de la Renaissance, Alonso Berruguete, Juan de Juni, Pompeyo Leoni et Juan de Arfe. Il arrive jeune à Valladolid où siège la cour royale de Charles II dit l’Ensorcelé (†1700), dernier des rois Habsbourg. Il travaille dans différents ateliers avant d’ouvrir le sien qui recevra de nombreuses commandes. Il eut beaucoup d’élèves mais aucun n’atteindra à la notoriété.
Une grande maîtrise technique et une grande connaissance du corps humain caractérisent son travail. Il sait rendre la dureté de l’os ou la souplesse de la chair. Les corps sont très expressifs tandis que les vêtements aux plis nettement marqués sont volontairement rigides pour créer une effet d’ombre et de lumières des plissures.
La polychromie de ses statues est due à différents peintres. Pour accentuer leur réalisme : « les yeux sont en verre, les ongles et les dents en ivoire, les caillots de sang en liège, les gouttes de sueur et les larmes en résine. » (https://en.wikipedia.org/wiki/Gregorio_ Fernández)
Son œuvre ne se limite pas aux pasos procesionales. Il réalisa également des retables. On lui doit entre autres, un Christ Mort (Cristo Yacente 1614), un Christ à la Colonne (1619), une Piéta (1617), une Extase Ste Thérèse, un Archange Raphël (1611), les retables des maîtres-autels de la cathédrale de Palencia, et de l’église du monastère de Huelgas Reales …
« Le dernier des grands sculpteurs de l'école de Valladolid incarne l'âme religieuse de l'Espagne de la Contre-Réforme. On est mal informé sur son origine et sa formation, mais il est évident qu'il subit profondément dans sa jeunesse l'influence des maîtres de l'art naturaliste que furent le Bourguignon Juan de Juni et l'Italien Pompeo Leoni. » (Encyclopédie Universalis)
« Gregorio Hernández ou Fernández (1570-1636) est le dernier grand représentant de l’École de Valladolid (province de Castille et Léon). Sa première œuvre connu date de 1605. Avant d’atteindre à la maturité (vers 1610), il retient les leçons du naturalisme caractéristique de la sculpture bourguignonne qui a fait école en Europe. Puis se pliant aux canons artistiques de la Contre-réforme, il donne « pour complaire à un public populaire, des visages tourmentés par un expressionnisme aisément mélodramatique » :Véronique (1614). Dans sa troisième et dernière période, après 1620, il sera plus ouvertement baroque dans ses sculptures polychromes. Son Assomption du retable du maître-autel de la cathédrale de Plasencia (1624-1634) en est le meilleur exemple. A la fin de sa vie avec son Saint Bruno (1634, musée de Valladolid), il donne une dernière figure de la profonde dévotion qui guida sa main tout au long de sa carrière. Reconnu comme grand maître de la sculpture il assuma une grande partie des commandes des églises du Nord de l’Espagne. Son Sed tengo (char de procession) et son Christ Gisant, visibles au musée de Valladolid, son représentatif de sa manière. » (http://www.encyclopedie.bseditions.fr/article.php?pArticleId=111&p ChapitreId=36836)
Pedro della Torre
Pedro della Torre (1596 ?-1677) est fort probablement issu d’une famille de sculpteurs puisque son frère, son fils et ses neveux travaillèrent avec lui. Mais si l’on sait que ses parents sont originaires de Cuenca, on ignore son lieu et sa date de naissance. L’exécution d’un retable (disparu) pour l’église du couvent de Las Maravillas le mentionne à Madrid en 1624. En 1637, il réalise le retable du maitre-autel église de Centenera (Guadalajara), et en 1637, le retable de l'église de Buen Suceso à Madrid. De cette même année 1631 date le retable de l'église Santo Domingo in Pinto, où il employa pour la première fois les consoles jumelées qui deviendront plus tard caractéristiques de l'architecture baroque madrilène. » (https://es.wikipedia.org/wiki/Pedro_de_la_Torre)
Sa renommée le mène en 1639 en Pays Basque espagnol à Tolosa (Guipúzcoa) où notamment il dessine le plan du retable principal de l'église Santa María, dont la réalisation fut confiée à Bernabé Cordero, et réalise le retable de la basilique de Begoña, (disparu), placé dans la niche illuminée de la Vierge. En 1645, il fera surmonter le retable de la Vierge de Fuencisla à Ségovie d’un dôme à lanterneau construit par l’architecte Francisco Bautista.
En 1654, il trace les plans accompagnés d’une maquette en bois du trône de Notre-Dame du Tabernacle de la cathédrale de Tolède, réalisé en argent par l'Italien Virgilio Fanelli. « Ces plans servirent également, semble-t-il, pour le baldaquin de la Vierge aux Grands Yeux de Lugo, achevé deux ans plus tard ».
« En 1654, il fournit les plans et une maquette en bois du trône de Notre-Dame du Tabernacle de la cathédrale de Tolède, réalisé en argent par l'Italien Virgilio Fanelli. Ces plans servirent également, semble-t-il, pour le baldaquin de la Vierge aux Grands Yeux de Lugo, achevé deux ans plus tard. » (ibidem)
En 1665, il exécute monument funéraire avec retable à baldaquin de Philippe IV dans l'église de l'Incarnation, d'après les dessins de Sebastián Herrera Barnuevo, qui, en parallèle de Francisco Bautista, développa ce nouveau style de retable à baldaquin.
En tant qu’architecte, on lui doit la continuation de l'Ochavo (chapelle à reliques) de la cathédrale de Tolède. En 1642, il présenta un projet pour la chapelle Santo Domingo in Soriano au couvent Santo Tomás de Madrid qui plaçait la chapelle en perpendiculaire de l’abside, agrandissant ainsi celle-ci. Il fut préféré, en bonne partie pour une riche décoration intérieur à venir, à celui déposé en 1629 par l’architecte de renom Juan Gómez de Mora (voir Architecture) . Le chantier commencé en 1643 et auquel contribuèrent d’autres architectes comme Sebastián Herrera Barnuevo qui réalisa le baldaquin, dura avec des interruptions plusieurs dizaines d’année.
Le retable du Buen Suceso ( Bon Événement, disparu) dans l’église du même nom à Séville présenta une nouveau qui servit de modèle : il était d’une seule section avec un haut attique, ce qui donnait une plus value à l’architecture par rapport aux éléments décoratifs avec ses colonnes salomoniques, telles celles du Baldaquin (1624>33) du Bernin et une niche éclairée par un panneau transparent qui donnait au retable une profondeur inaccoutumée. une profondeur remarquable – un modèle que Bernini développera lui-même dans d'autres œuvres ultérieures, comme le retable de la Vierge de Fuencisla à Ségovie.
Sculpteur, menuisier (assemblador) et architecte espagnol, spécialisé dans la conception de retables, nommé Architecte du Roi en 1650, Sculpteur, della Torre fut de ces sculpteurs qui développèrent des formes abouties du baroque décoratif, dont certaines servirent de modèles à des architectes. Alos que sa mort survint à la suite d’une longue maladi, il souhaita être enterré dans l’habit de St François. Sa fille Maria, née d’un premier mariage dont il eut deux autre fils, , fut désignée comme sa seule héritière.
Alonso Cano
Voir aussi Peinture/Espagne/École de Grenade
Alonso Cano (1601-1667), né et mort à Grenade, est le fils de Miguel Cano, un assembleur de retable (assamblador[2]) qui travaillait à Séville. Alonso va l’assister. En 1616, il entre dans l'atelier du peintre Francesco Pacheco (1564-1644 à Séville)) qui réalisa la polychromie de nombreux retables dont ceux de Juan Martínez Montañés. Alonso y rencontre Velázquez qui deviendra le gendre de Pacheco (voir Renaissance Europe/Peinture/Espagne). Et Montañés, formé par Pablo de Rojas (1549-1611) dans son atelier à Grenade puis venu à Séville en 1582, lui enseigne la sculpture.
Artiste complet, sculpteur et peintre (voir Peinture/Espagne), il sculpte et peint entre 1629 et 31, le Retable de Lebrija et le Retable de Saint Jean l'Évangéliste au couvent de Santa Paula de Séville.
En 1638, il est appelé à Madrid par le Duc d’Olivares, favori et premier conseiller de Philippe IV, qui le prend sous sa protection et le nomme maître des œuvres royales et peintre de la chambre, avant que le roi lui-même le nomme architecte royal et peintre du roi. Alonso découvre les œuvres du Titien et de Véronèse. Il se consacre alors à la peinture.
Ses œuvres de cette période « marquent bien le passage de la technique encore ténébriste, aux modelés sombres, de la période sévillane (Saint François Borgia, 1624), à une manière plus légère, aux couleurs claires et aux touches plus déliées (Christ en croix, 1643). » (Encyclopédie Larousse). On rapproche sa peinture du Caravage ou de Zurbaran.
En 1644, sa femme est assassinée. Personnage au caractère coléreux et d’un tempérament emporté, Cano est un temps soupçonné et doit subir un procès. Disculpé, il se replie un temps à Valence avant de revenir à la cour. Les Rois Goths et le retable de l'église de Getafe, près de Madrid datent de 1645.
« Le Miracle du puits de saint Isidore (peinture de 1645) est d'un style élégiaque qui annonce certaines toiles de Velázquez. Une œuvre très significative de sa maturité est la Descente du Christ aux limbes (Museum of Fine Arts, Los Angeles). » (Encyclopédie Univeralis)
« Durant ces années, son style s'allège et s'oriente vers une recherche de beauté idéale et un coloris clair et raffiné d'origine vénitienne, mais qui demeure sensible à celui de Velázquez (Miracle du puits de saint Isidore, Prado ; l'Immaculée, musée de Vitoria.) » (Encyclopédie Larousse)
En 1652, il revient à Grenade pour selon son souhait, être chanoine à la cathédrale. Il commence alors les sept toiles du cycle de la Vie de la Vierge pour le chœur de la cathédrale. Son style tend à une certaine emphase.
En 1656, le chapitre lui reprochant de ne pas avoir rempli tous ses engagements, il revient à Madrid. Il ordonné prêtre l’année suivante. On retient de cette période, notamment, le Christ à la Colonne pour les Carmélites d'Ávila.
En 1658, après un procès gagné avec le chapitre, il revient à Grenade et reprend son poste de chanoine. Nommé maestro mayor de la cathédrale, il conçoit pour la façade un projet qui ne sera réalisé qu'après sa mort.
Il finit ses jours retiré dans un couvent de sa ville natale. Il a eu pour élève Pedro de Mena. Certains le considèrent comme « le Michel-Ange espagnol ».
Parmi ses dernières œuvres, la Vierge du Rosaire pour cathédrale de Málaga, qui annoncerait Murillo, est une de ses toiles les plus marquantes.
Ces œuvres maitresses sont pour la sculpture L’Immaculée Conception (1655, Cathédrale de Grenade), la Madone et l'Enfant de l'Église de Santa María de la Oliva, les colosses et le retable du maître-autel de l’église San Pedro et San Pablo dont il fut de 1629 à 1631, l’architecte, le sculpteur et le peintre. Pour la peinture la Descente dans les Limbes (1640 Los Angeles) et Le Miracle du Puits (1646-1648, Museo del Prado, Madrid).
Dessinateur, peintre, sculpteur et architecte de retable, Cano a été l’artiste le plus complet du XVIIème siècle espagnol.
« Dessinateur prolifique et complet, Alonso Cano marqua l'histoire du dessin espagnol par la variété des techniques utilisées et par son inventivité constante. En quelques traits sûrs et rapides – notamment dans les études à la plume, sa technique de prédilection – est suggéré l'essentiel d'une attitude ou d'une composition. » (Prieto Benito Navarrete Dossier de l'art n° 87 (éditions Faton 2002)
« Mêlant avec talent un style personnel issu du milieu sévillan et diverses influences étrangères, Alonso Cano témoigne dans ses toiles d'une grande curiosité pour la littérature comme pour l'art de ses contemporains et des maîtres anciens. Cette curiosité intellectuelle se manifeste notamment dans son intérêt pour la mythologie et le nu, à une époque où portraits et compositions religieuses constituent l'essentiel des réalisations. » (Alfonso E. Pérez Sanchez)
« Suivant l'exemple de son père, constructeur de retables, Alonso Cano s'est naturellement tourné vers la sculpture et l'architecture, devenant ainsi l'un des artistes les plus accomplis du Siècle d'or. Proches des œuvres de ses contemporains, ses sculptures sont souvent difficiles à identifier. Leur connaissance reste donc partielle, laissant espérer de nouvelles et probables découvertes. » (Jesus Urrea)
Pedro Roldán
Pedro Roldán (1624-1700), né à Antequera (province de Malaga) et mort à Séville, est d’abord formé à l’âge de 14 ans par Alonso de Mena († 1646), sculpteur actif à Grenade qui formera aussi son propre fils Pedro de Mena. Il se marie à 18 ans avec la nièce de son maître.
A la mort de Alonso de Mena en 1646, un autre sculpteur, Bernardo de Mora, prend la direction de l’atelier. A 22 ans Roldán s’installe alors avec femme et enfant à Séville. Le maitre incontesté de la sculpture sévillane, Juan Martínez Montañés (1568-1649) dont la virtuosité sur bois a fait sa renommée, est à la fin de sa vie.
Roldán ouvre un grand atelier familial qui va essentiellement produire des retables pour Séville mais aussi pour d’autres villes d’Andalousie comme Jaén, Cordoue, Frontera… Son retable le plus connu est le Retable de La Mise au Tombeau (1670-1673) pour l’hôpital de La Caridad à Séville, dessiné par Simón de Pineda et polychromé en 1674-75 par Juan Valdés Leal (1622-1690), peintre sévillan qui fut également sculpteur et architecte. Retable qui manifeste le souci que Roldán a toujours eu d’associer étroitement la peinture et la sculpture dans une unité théâtrale.
Mais on lui doit aussi des rondes-bosses comme la figure de Saint Antoine de Padoue de 1650, celle de la Mater Doloras de 1670-75 ou son Jean-Baptiste de 1660, les quatre Évangélistes, et les quatre Docteurs de l'Église au second niveau de la façade de la cathédrale gothique de Jaén (1675-1677) qui fut édifiée pour abriter le voile avec lequel Sainte Véronique, selon la tradition, aurait essuyer le visage du Christ.
En 1652, il a une seconde fille Luisa Roldán (1652-1706) qui sera aussi sculptrice et la première femme à être nommé Sculptrice du Roi par Charles II d’Espagne dit ‘L’ Ensorcelé’.
De 1664 à 1672, il dirige et enseigne à l'Académie des Beaux-arts fondée par Bartolomé Esteban Murillo (1617-1682) en 1660.
Son travail n’a pas été sans recevoir l’influence outre celle de son maitre de sculpteurs comme Alonso Cano. Le mouvement qu’il donne à ses personnages et l’expression qu’il donne à ses visages l’inscrivent pleinement dans le Style Baroque.
Pedro de Mena
Pedro de Mena y Medrano (1628-1688), né à Grenade mort à Málaga, est le fils du sculpteur Alonso de Mena (Grenade 1587- 1648), un « Sculpteur modeste, mais probe, qui prépara l'épanouissement de la sculpture à Grenade au xviie siècle. Son œuvre maîtresse est le Cristo del Desamparo de l'église San José de Madrid (1635 env.), l'une des images religieuses les plus vénérées de la capitale espagnole, représentation sévère du Christ expirant, taillée dans le cèdre et dépourvue de polychromie. » (Encyclopédie Universalis ».
Apprenant le métier dans l’atelier son père qui forme également Pedro Roldán de quatre ans plus jeune, il en héritera alors qu’il n’a que 20 ans.
En 1652, il entre dans l’atelier de Alonso Cano revenu de Madrid dans sa ville natale où il sera chanoine de la cathédrale et réalisera quelques-unes de ses meilleures œuvres peintes. L’influence de ce célèbre peintre et sculpteur est marquante chez de Mena. Ils exécutent ensemble quatre statues restées célèbres pour l'église del Ángel (aujourd’hui au musée des Beaux-Arts de Grenade).
« En 1658, Pedro de Mena est appelé à Málaga pour terminer les stalles du chœur de la cathédrale. Il ne quittera plus cette ville, si ce n'est pour de brefs voyages à Madrid et à Tolède (1663-1664) et à Grenade (1675). Son atelier très actif inonde la Péninsule d'une abondante statuaire religieuse. Il s'agit généralement d'une production en série, mais chaque type iconographique est illustré par quelques belles pièces sorties de la main même du maître. Tel est notamment le cas de l'Ecce Homo et de la Dolorosa des Descalzas Reales de Madrid (1673). Cet art représente des attitudes mystiques, comme les aime l'Espagne dévote, à travers un style baroque relativement sobre, avare d'effets dramatiques et suivant de près la nature.» (Encyclopédie Universalis)
La pièce qui l’a rendu le plus célèbre est son Saint François d'Assise (1663, cathédrale de Tolède).
L’œuvre de Mena est portée par un idéal d'ascèse mystique dont la Vierge de l’église de San Domingo à Málaga, et la Madeleine pénitente (musée de Valladolid) sont avec son Saint François des plus expressives. On peut retenir aussi sa statue équestre plus grande que nature de Santiago (St Jacques) dans la chapelle consacrée à ce saint dans la cathédrale de Tolède.
« Il fut le meilleur élève d’Alonso Can, celui dont le talent approcha le plus le sien… après la mort d'Alonso Cano, Pedro de Mena, reconnu à juste titre comme un des premiers sculpteurs de son temps, fut appelé à Madrid par don Juan d'Autriche qui lui commanda pour la reine-mère une Vierge avec saint Jacques à ses pieds. Cet ouvrage mit le comble à sa réputation, et le prince Doria, alors à Madrid, se hâta de lui demander un Christ en croix qui, apporté en Italie, y fut hautement apprécié. » (Paul Lafond La Sculpture Espagnole Édit Picard, Paris 1908)
Antonio de Herrera Barneuvo
Antonio de Herrera Barneuvo (fin XVIème-1646), né Alcala de Hénarès (proche de Madrid) et mort à Madrid, s'établit à Madrid comme sculpteur au début du XVIIème siècle.
En 1607, il épouse la sœur d’un de ses assistants. En 1622, déclarant au roi qu’il travaille pour lui depuis dix ans et pour qui il réalisa notamment une Immaculée Conception, il est nommé l’année suivante sculpteur du roi. Son Immaculée lui a valu la demande d’une réplique de la part de la cathédrale de Segovia.
En 1627 il est nommé ‘Géomètre Menuisier des Travaux Royaux’. La rivalité de son beau-frère Alonso Carbonel (1590-1660), sculpteur-architecte, second Aparejador (Arpenteur) des œuvres royales en 1627, Aparejador Mayor en 1630 et Maestro Mayor en 1643, est forte d’autant plus forte que Carbonel (voir Espagne/Architecture) est le sculpteur préféré du Premier Conseiller de Philippe IV, le Duc d'Olivares. Malgré cela, l’atelier de Herrera reste très actif et continue de recevoir de nombreuses commandes.
En 1635, il exécute les statues en pierre des Rois Mages, d’Adonis et Vénus pour l’ermitage des Hiéronymites dans les jardins du Palais du Buen Retiro dont Carbonel fut l’architecte (1630->40), et en 1637 les sculptures pour l'ermitage de San Bruno également dans le parc. On lui attribue les figures décoratives de certaines fontaines construites sous Philippe IV, sur les dessins du peintre et architecte Giovanni Battista (Rome 1577-Madrid 1635)
Son atelier fournit les églises madrilènes et des environs : retables des églises Santo Domingo el Real, de l'Asunción à El Casar de Talamanca (Guadalajara), du maitre-autel de l'église de Magdalena à Getafe (1616-18) en collaboration avec son maître Antón de Morales, dessiné par Alonso Carbonel et assemblé par Luis Navarro, l’ostensoir pour le maître-autel de l'église de San Jerónimo à Madrid…), tandis que lui se consacre plus à la conception et à l’activité de maître-d’œuvre.
Ses deux fils, Antonio et Sebastián, plus connu, ont poursuivi le travail de leur père.
Plusieurs artistes ou écrivains portèrent le nom courant de Herrera. Ne pas le confondre avec l’architecte Juan Herrera (1530-1597) qui travailla entre autres à l’Alcazar de Tolède ; ni avec l’historien Antonio de Herrera y Tordesillas (1549-1626, auteur de la célèbre Historia general de los hechos de los Castellanos en las islas y tierra firme del Mar Oceano (Histoire générale des événements des Castellanos sur les îles et le continent de la Mer Océane, Madrid 1601-1615) ; ni encore avec le Peintre Francisco Herrera l'Ancien qui eut pour élève Vélasquez, ni avec son fils peintre et architecte Francisco Herrera le Jeune (1612-1685), né à Séville et mort à Madrid (voir Peinture/Espagne/Le second Baroque)
Sebastián Herrera Barnuevo
Sebastián de Herrera Barnuevo (1619-1671), né et mort à Madrid, a d’abord reçu les leçons de son père, Antonio de Herrera Barneuvo (†1646), avant d’entrer dans l’atelier de Alonso Cano.
« Admis parmi le personnel des dessinateurs employés aux bâtiments royaux, il eut l'occasion de se produire, comme décorateur, à l'occasion de l'entrée solennelle à Madrid de la reine Marianne d'Autriche. Philippe IV fut particulièrement charmé de son invention du Parnasse, construit sur le Prado, où, mêlés aux muses, apparaissaient, sur le mont sacré, les bustes des grands poètes espagnols. » (https://www. cosmovisions.com/Herrera.htm)
Sebastián est nommé maestro mayor (principal, premier maitre) pour l’Alcazar.
En 1660, son architecture des jardins avec fontaines du palais royal d'Aranjuez lui vaut d’être nommé Ayuda de Furriera, assistant au « Bureau de la maison royale, chargé des clés, du mobilier et des effets personnels du palais et du nettoyage de ceux-ci et des chambres. » (Diccionario de la lengua española)
Herrera sera nommé architecte du Roi en 1662, ce qui soulèvera une polémique entre architectes et sculpteurs qui se prolonge au jusqu’au siècle suivant (voir Espagne/ Introduction).
En 1665, il réalise le tumulus funéraire pour la mort de Philippe IV, mort cette année-là. Le Portrait équestre de Charles II enfant, date de cette même année. En 1668, il reçoit la commande de la construction de l'église Notre-Dame de Montserrat consacrée à la Moreneta, la Vierge de Montserrat, une vierge noire, patronne de la Catalogne ; église fondée par Philippe IV pour accueillir les moines de l’abbaye de Montserrat (Catalogne) fuyant la révolte catalane. « La façade est clairement quelque peu influencée par la célèbre église du Gesù de Vignola à Rome et est considérée comme l'un des bâtiments les plus complexes et les plus élaborés du baroque madrilène. »(https://en.wikipedia.org/wiki/Our_Lady_of_Montserrat_Church,_Madrid#Art_works)
En 1670, il peint la chambre du roi (Charles II l’Ensorcelé) et un an plus tard, il est nommé conservateur de l'Escurial. Peu avant sa mort, il est nommé directeur de projet pour la construction du nouveau pont de Tolède.
Artiste multidisciplinaire, architecte, sculpteur et peintre, Sebastián de Herrera ne fut pas dépourvu de talents mais n’eût pas la créativité et l’originalité qui pourraient le faire comparer aux grands artistes de son temps.
Nombres de ses réalisations ont été détruites ou ont disparu. On retient parmi ses réalisations le retable de l'église de San Isidro dans la chapelle de Jésus-Marie-Joseph et les fresques de la voûte et de la coupole de la chapelle Bueno Retiro, les statues du retable de la Vierge de Douleurs à l'église Saint-Thomas. L'église de Carmen Calzado à Madrid conserve plusieurs des retables conçus par lui.
Francisco Hurtado
https://www2.ual.es/ideimand/francisco-hurtado-izquierdo-arquitecto-1669/
Francisco Hurtado Izquierdo y Fernández (1669-1725), né à Córdoba-Lucena et mort à Priego de Córdoba, deux villes de la province de Cordoue), aurait pu recevoir la formation de maître-maçon, profession qu’exerçait son père, mais dès son plus jeune âge, il fut en contact avec son concitoyen, l’architecte de retables sculpteur , peintre et poète, Antonio de Castro (1656-1725) qui réalisait entre autres à cette période le décor des chapelles de San Félix de Cantalicio et San Luis Obispo, dans l'église des Capucins, achevé vers 1690. de Castro eut une influence certaine sur la genèse de l’œuvre de Francisco.
Hurtado est mentionné pour la première fois[3] en tant qu'artiste en 1692, lorsqu'il construisit, avec Alberto de Guzmán, un retable pour l'ermitage de Nuestra Señora de Araceli de Lucena. Jusqu'à l'âge de vingt-six ans. En 1695, il vient à Cordoue car lui est confié, en collaboration avec Juan Navajas et Toribio de Bada, la réalisation du retable majeur de San Pedro de Alcántara à Cordoue, retable en marbre. En 1696, avec Juan del Río, il construise le troisième corps du retable principal de la paroisse de San Lorenzo.
En 1697, à 28 ans vingt-huit ans, le Cardinal Salazae lui confie la construction de la chapelle de Santa Teresa dans la cathédrale de Cordoue. C’est sa première commande vraiment importante dans laquelle il fait preuve d’inventivité :
« Il abandonne le type rectangulaire traditionnel typique des sacristies espagnoles et utilise une structure octogonale, donnant la prééminence à la chapelle funéraire… L'ensemble repose sur huit contreforts octogonaux qui soutiennent une grande voûte hémisphérique sur tambour.»
En 1699, il se marie avec Mariana de Gámiz y Escobar, fille d’un conseiller de la ville de Priego (proche de Cordoue).
Architecte préféré du prélat, il est nommé maître principal de la cathédrale de Cordoue et supervise les chantiers que le cardinal fait entreprendre :
- · La bibliothèque du couvent des Mercédaires à Málaga (1698).
- · L’oratoire de San Felipe Neri (1695), escalier menant au camarín du sanctuaire de Nuestra Señora de la Fuensanta (1699).
- · Le corps supérieur des cloches de la tour de la paroisse de Belálcazar.
- · Les voûtes des nefs latérales de l'église d'El Carpio en 1703.
- · L’hôpital Jesús Nazareno de Montoro, « dont l'église rappelle beaucoup celle de San Juan de Dios de Priego de Córdoba ».
- · L’ermitage de Nuestra Señora de la Alegría (1700),
- · Le retable majeur de la paroisse de San Esteban (1701) ;
- · Le portail de l'église des Trinitaires chaussés (1703) ;
- · L’Hôpital Aigu connu sous le nom Hospital del Cardenal Salazar (1701).
En 1702, il conçoit le retable majeur du couvent de Jésus Crucifié, exécuté par Jerónimo Sánchez de Rueda et Jerónimo Caballero.
En 1703, le retable de l’autel du Cristo del Punto de la cathédrale, exécuté par Teodosio Sánchez de Rueda ; le grand retable de l'église de l'ancien couvent de San Pablo de Córdoba et le grand retable du couvent des dominicains de Baena.
En 1704, tout en demeurant Maitre Principal de la cathédrale de Cordoue jusqu’en 1711, recommandé par le Cardinal Salazar, il est à Grenade, et devient l’année suivante le Maitre Principal de la cathédrale. Il a en charge la construction de l’église (chapelle) du tabernacle attenante à la cathédrale en remplacement de l'ancienne mosquée Aljama[4]. En 1665, Alonso Cano avait obtenu que soit modifié dans une esthétique baroque le projet de la cathédrale dont la construction avait été commencé en 1518 par Diégo de Siloé (Grenade †1563) qui introduisait pour la première fois le style Renaissance en Andalousie. Hurtado opte pour
« un édifice en plan de croix grecque inscrite dans un carré et coiffé de voûtes et de coupoles de hauteur croissante, culminant dans la coupole du centre, soutenue par quatre grands contreforts autoportants. À l'intérieur, il dut s'adapter au style de Diego de Siloé dans la cathédrale, en utilisant l'ordre corinthien surmonté d'un pilier carré pour obtenir de la hauteur, mais il introduisit des colonnes jumelées comme nouveauté. »
En 1709, il dessine le retable de la chapelle Villaviciosa de la cathédrale de Cordoue, sculpté par Teodosio Sánchez de Rueda… Enfin, en 1709, il dessine le retable de la chapelle Villaviciosa de la cathédrale de Cordoue, sculpté par Teodosio Sánchez de Rueda.
Les colonnes jumelées étaient des colonnes salomoniques (torsadées, voir Sculpture/ Italie/ Le Bernin/ Note bas de page) qui seront réutilisées à l’entrée et au-dessus de l’entrée au palais de Bibataubín, -forteresse construite par les Maures au XIIIème siècle- et remplacées par des colonnes corinthiennes.
En 1713, il obtient l'Administration des Alcabalas (collecteur d’impôts) de Priego de Córdoba (proche de Cordoue). En 1699, il avait déjà épousé Mariana de Gámiz y Escobar, fille de l'un des deux conseillers de la ville de Priego. Il sera ensuite ingénieur principal pour la côte méditerranéenne ; ce qui lui permit de séjourner dans les villes côtières espagnoles et italiennes (Naples et Sicile vice-royautés espagnoles).
Tout en satisfaisant aux commandes qu’il continue de recevoir de Grenade, il vit à Priego où il est à l’origine d’une importante école d’architectes et de sculpteurs. Il fit également école au Mexique où son influence est certaine dans la décoration des églises.
En 1718/19, les Chartreux, amplement satisfaits du camarin (chapelle développée en arrière d'une abside)) du tabernacle (du Saint Sacrement) de la Chartreuse de Grenade, lui commandent le camarin du Saint Sacrement au monastère d’'El Paular près de Ségovie. Ce sera sa dernière œuvre.
Ce caramin comprend une chapelle de plan octogonal abritant le tabernacle (1724) appelé transparente, et une seconde salle à plan cruciforme avec de petites chapelles hexagonales placées entre les bras de la croix.
« … Au centre s'élève le tabernacle de marbre, où est exposé le Saint-Sacrement. Il s'agit sans aucun doute de l'œuvre de maturité du maître, dans laquelle il exprime toute la plénitude de son génie. Le mouvement des plantes se mêle à une richesse polychromie exubérante, dans laquelle les marbres [de différentes couleurs] rivalisent avec le bois, créant un véritable concept spatial. »
Dans cette période, il réalise la façade du collège des Jésuites de Grenade et celle du couvent des Augustins de Lucena, dans lesquelles il utilise des colonnes salomoniques. A sa mort en 1725, c’est son premier assistant, Teodosio Sánchez de Rueda (1676-1730), né et mort à Grenade, qui acheva leur construction. Sánchez réalisa en 1718 le retable de Nuestra Señora de la Victoria à Málaga auquel il a associé un mausolée et probablement à la même époque le retable de saint Damien, situé sur l'un des côtés de la chapelle du Tabernacle dans l'église de la Compagnie de Jésus.
« Tous ces monuments richement ornés témoignent d'un goût très précoce pour le rococo. On comprend dès lors qu'on ait parfois eu tendance à attribuer à Hurtado la séduisante sacristie de la chartreuse de Grenade. Cependant son décor de plâtre, d'une exceptionnelle qualité, ne saurait être antérieur à la seconde moitié du xviiie siècle. » (Marcel Durliar Encyclopédie Universalis)
Notes
[1] À partir du milieu du XVIe siècle, Séville deviendra l'un des principaux foyers de l'humanisme espagnol. La Casa de Contratación (la Chambre de Commerce) de Style Renaissance, fondée en 1503 dans l’Alcazar royal comme Chambre des Audiences des Indes était gérée par les pilotes majeurs. Elle contrôlait le commerce avec le Nouveau Monde
[2] Le retable est avant tout une œuvre d'architecture en ce qui concerne sa partie encadrement qui ‘contient ‘ les parties peintes et/ou sculptées. « Il reçoit plutôt une couche de peinture et de dorure, opération réalisée par des peintres et doreurs spécialisés ». L’assamblador, maître d’œuvre et chef d’atelier dessine et parfois trace les grandes lignes de son contenu. Il soustraite ensuite avec peintres et/ou sculpteurs pour la partie intérieure. Il a en charge les matériaux souvent bois et l’assemblage des pièces, profilés et moulures, qui constitue avec les étages, le banc, les filets et socles, colonnes et mezzanines, le retable propre
ment dit (retablo propiamente).Lorsque le retable proprement dit est orné, l’assamblador fait appel à un ou des sculpteurs s’il n’est pas imagier lui-même, ce qu’il n’est pas le plus souvent. La ou les sculptures du contenu peuvent être en La sculpture du retable peut être soit en demi-relief, soit en plein-relief, soit autonome et ronde.
Plus tardivement, ce sont les peintres et les sculpteurs eux-mêmes. (d’après
http://www.artehistoria.com/v2/contextos/7792.htm)
[3] María de los Ángeles Raya Raya, Real Academia de La Historia :Socle de la biographie https://dbe.rah.es/biografias/16849/francisco-hurtado-izquierdo
[4] Certaines sources divergent sur son attribution. Selon María de los Ángeles Raya Raya : « Au début de 1705, il prend en charge, comme maître principal, le nouveau tabernacle ; Pour son exécution, il s'est inspiré du projet de Michel-Ange pour l'église de San Pedro à Rome. »
Selon María Del Amor Rodríguez Miranda : « À partir de 1705, il ajouta les commandes qui lui venaient de Grenade. Après la conception de la chapelle du Tabernacle de la Cathédrale. » (El Legado Inequívoco De Una Época “Especial Homenaje A Francisco Hurtado Izquier Éditions Asociacion Hurtado Izqquierdo, pdf)
Marcel Durliat : Tous ces monuments richement ornés témoignent d'un goût très précoce pour le rococo. On comprend dès lors qu'on ait parfois eu tendance à attribuer à Hurtado la séduisante sacristie de la chartreuse de Grenade. »
France
Introduction
Comme dans le domaine des lettres et de la musique, dans le domaine des arts, le XVIIème siècle français peut se diviser en deux grandes parties qui correspondent aux règnes de ses deux rois. Le classicisme qui singularise la France par rapport aux autres puissances européennes dominées par le Style Baroque ne se manifesta vraiment qu’à partir du moment où le jeune roi Soleil décida après la mort de Mazarin (†1661) de gouverner en monarque absolu instaurant un art officiel que préfigura la création de
L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture en 1648. Les Chevaux de Marly de
A . Coysevox (1640-1720) à Marly, les 24 statues en bronze du Parterre d’Eau du Parc à Versailles et le groupe d’Apollon (Louis XIV) par F.Girardon (1628-1715) dans la Grotte de Théthyis conçue par Le Vau (1612-1671) en 1666 seront des exemples des plus représentatifs de ce Classicisme Français.
Avant Jacques cette période, dans la première moitié du siècle, étaient à l’œuvre des sculpteurs tles Jacques Sarrazin, Simon Guillain, Antoine Coysevox, Pierre Puget œuvrant à Marseille comme Michel Bourdin (1585-1645), Thomas Boudin (1570-1637) père de Barthélemy Boudin dit Barthélémy Tremblay (1568-1629), François Anguier (1604-1669) qui prolongeaient la tradition héritée de Jean Goujon (1510-1567) et de Germain Pilon (1528-1590) et au travers de Pierre de Francqueville (1548-1615) du maniérisme italien de Giambologna (Voir aussi Arts Renaissance/ France/Sculpture/Seconde École de Fontainebleau).
« Après le choc des guerres de Religion, de la Ligue et de la reconquête du royaume par Henri IV, le renouveau artistique à Paris se mit difficilement en place. Le roi lui-même y contribua pour une large part en donnant un nouvel essor à ses résidences, le Louvre et les Tuileries, et plus loin Fontainebleau et Saint-Germain ; les églises reprirent assez timidement l’embellissement de leur sanctuaire ; et ce fut surtout la demande privée d’épitaphes et de tombeaux qui constitua le gros de la clientèle. À ce moment, les sculpteurs déjà anciens, formés sous les Valois, achevaient assez brillamment leur carrière, Matthieu Jacquet, Pierre Ier Biard, Barthélemy Prieur, alors que des générations de spécialistes de tombes (épitaphes, effigies funéraires), les Normain, les Bourdin, peuplaient les églises de statues priantes assez conventionnelles et d’épitaphes stéréotypées. Mais le roi avait appelé à la Cour des sculpteurs florentins, Pierre Francqueville et Francesco Bordoni, dont la présence bouscula quelque peu l’ordre traditionnel. » (Geneviève Bresc-Bautier Les réseaux des sculpteurs parisiens sous Henri IV et Louis XIII in Éditions du Comité des travaux historiques et scientifiques 2017)
La sculpture souffrira de l’ombre que lui aura faite une peinture dont le rayonnement de ses artistes éclipsera la renommée que les sculpteurs connurent pourtant de leur vivant ; la postérité ne mettant au niveau de celle des peintres que les deux sculpteurs les plus emblématiques de cet art politique et cérémonial que l’on désigne sous le nom de Classicisme Français, Girardon et Coysevox ; Puget, élève du Bernin se maintenant à leur niveau mais quelque peu en retrait du mouvement.
Les Guillain
Nicolas Guillain
Nicolas Guillain, (dit Cambrai ou Nicolas de Cambrai 1550-1639), renommé de son vivant, spécialisé dans la statuaire funéraire, collabora avec Mathieu Jacquet (1545-1611), un des principaux sculpteurs du règne de Henri IV (Voir Renaissance/Seconde École de Fontainebleau/Sculpture). Il eut pour élève Jacques Sarrazin.
Simon Nicolas Guillain
Simon Nicolas Guillain (1581-1658), baptisé en 1589, né et mort à Paris, est formé par son père, Nicolas Guillain. Il se rend à Rome pour se perfectionner, peut-être auprès du sculpteur classicisant, au demeurant fort renommé, l’Algarde (Alessandro Algardi 1595-1654), né à Bologne, mort à Rome, maître du portrait sculpté, rival du Flamand François Dusquenoy et du Bernin. Mais au vu des dates de naissance, il semblerait que ce soit un peu tôt pour que l’Algarde enseigne déjà, d’autant que ce dernier n’arrive à Rome qu’en 1622 et Guillain aurait déjà alors une quarantaine d’années et d’autant plus encore que celui-ci revient en France en 1612 et collabore avec son père. Simon se fera une spécialité du monument funéraire, un domaine de la sculpture des plus importants en France au XVIIème siècle.
En 1627, il est nommé maitre sculpteur ordinaire du roi. Il assiste son père dans l’exécution de plusieurs monuments funéraires et orne différentes églises de la capitale avant de recevoir à 57 ans sa première commande importante en 1638 : le stuc du grand escalier monté par François Mansart au château de Blois.
En 1648, il est des douze premiers membres fondateurs de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture à vocation d’enseignement, fondée à l’initiative de plusieurs peintres et sculpteurs à la tête desquels se trouve Charles Lebrun
L’académie est fondée par mandat royal sous la régence d’Anne d’Autriche (le roi a alors 5 ans) à l’initiative d’un groupe de peintres, de sculpteurs et d’artisans d‘art (doreurs, verriers…) dont le chef de file est le peintre Charles Le Brun qui deviendra l’intransigeant maitre d’œuvre de Versailles. Le but des fondateurs de l’académie était de se détacher de la tutelle des maitres-artisans qui, entrepreneurs, faisaient appels à eux comme sous-traitants. Ils se faisaient un devoir de former le plus grand nombre apprentis à leur éminent savoir-faire et accroitre l’importance de l’académie. Parmi ses plus illustres membres on peut compter les peintres Philippe de Champaigne (1602-1674), Eustache Le Sueur (1616-1655), Pierre Mignard (1612-1695), Laurent de La Hyre (1606-1656)… Trésorier, en 1660 en succession de son condisciple Jacques Sarrazin, Guillain, deviendra le recteur de l’académie.
On lui doit entre autres et parmi ses premières œuvres en indépendant l'effigie funéraire en prière d'Henri de Montpensier (1624-26) en marbre dans la Sainte-Chapelle de Champigny-sur-Veude (Indre-et-Loire) ; en 1627, le monument funéraire d'Antoine Ruzé, marquis de Longjumeau, de Cinq-Mars ; en 1628, celui du Conseiller du Roi Charles Bailly du Séjour et de sa veuve Chrestienne Leclerc du Vivier ; en 1629-1630, celui de Charlotte-Catherine de La Trémoille, épouse du deuxième prince de Condé.
Sculpteur sur bronze, il réalise entre 1645 et 47, les effigies de la famille royale pour le Pont au Change: Louis XIII, Louis XIV Enfant et Anne d’Autriche (musée du Louvre). Cette œuvre a été financée par « la corporation des forges d'orfèvrerie qui occupaient les abords du Pont au Change en remerciement de la subvention royale obtenue pour la reconstruction du pont détruit par l'incendie de 1621 », démembré en 1787. Également en bronze, le buste du Grand Condé (1621-1686) et les statues des quatre évangélistes au portail de l’église Saint-Gervais ainsi que le maître-autel de l’église Saint-Eustache.
Rival de Jacques Sarazin, Guillain meurt à 69 ans. Dans les Mémoires inédits sur la vie et les ouvrages des membres de l'Académie royale de peinture et de sculpture : publiés d'après les manuscrits conservés à l'Ecole impériale des beaux-arts, publié en 1854, on peut lire à son sujet que « quand il marchoit dans les rues, il cachoit sous son habit un fléau [massue à chaine et boules dentées]. Il s'en servoit avec une dextérité et une vigueur sans pareilles »
Simon Guillain II
Simon Guillain II (1618-1658), son fils, qui porte le même nom, qu’il a eu de sa première épouse Hélène Delatte, a été graveur. Il a eu pour élève le sculpteur Michel Anguier (1612-1686), frère cadet de François Anguier. Il assista également Alessandro Algardi. Son rival fut Jacques Sarrazin.
« Élevé dans les traditions artisanales et réalistes de la sculpture française de la fin du XVIe siècle, il a absorbé les influences du baroque italien et, à travers ses élèves François Anguier et Michel Anguier, a contribué à former le style classique français en sculpture. »
On lui doit entre autres la série gravée des Cris de Bologne et la Vie de San Diego tous deux d'après Annibale Carracci, en 1646. (British Museum)
Jacques Sarrazin
Jacques Sarrazin (ou Sarazin 1592-1660), né à Noyon et mort à Paris est d’abord formé par Nicolas Guillain, (dit Cambrai ou Nicolas de Cambrai) qui forme aussi son propre fils. Puis, en 1610, il part pour Rome pour poursuivre sa formation de sculpteur sur bois aux côtés de Jean Languille. Il prendra en 1619 sa succession pour l’achèvement des sculptures des figures en bois à la Villa Aldobrandini à Frascati que Languille avait commencées un an plus tôt. Entre 1620 et 1621, il travaille sous la direction de C. Maderno († 1629) à la décoration des fontaines de la villa; les statues d'Atlas et de Polyphème sont de lui. L’influence de Miguel-Ange y est nette.
Sarrazin va rester dix-sept ans à Rome jusqu’en 1627/28. Aux côtés de Domenico Zampieri, dit le Dominiquin, il apprendra l’art du stuc et de la peinture. Sa formation de sculpteur se poursuit avec le sculpteur originaire des Flandres espagnoles, François Duquesnoy, arrivé en 1618 à Rome où il fera l’essentiel de sa carrière. Sarazzin fréquente les sculpteur baroques comme Francesco Mochi, Pietro Bernini (†1629, le père du Cavalier Bernin), et les peintres français Simon Vouet qui séjourna à Rome de 1613 à 1627 et Nicolas Poussin qui, arrivé à Rome en 1623, y meurt en 1665.
Revenu en 1627 en France avec Simon Vouet (ou en 1629 selon les sources), il épouse la nièce en 1631. Il débute sa carrière parisienne sur les recommandations de son oncle par alliance. On lui demande de réaliser en 1629 pour l’église Saint-Nicolas des Champs pour son maître-autel une Assomption de la Vierge ; ce un grand retable est composé de deux tableaux superposés, les deux anges agenouillés au fronton ; anges en stuc qui ont « un accent baroque » (Encyclopédie universalis). La collaboration avec S. Vouet se poursuivra pendant une dizaine d’années.
Maitre incontesté de la sculpture sous le règne de Louis XIII et sous la Régence, il eut pour seul rival son condisciple Simon Nicolas Guillain- tous deux formés par le père de ce dernier- Sarrazin reçoit la commande par le président de Bullion pour son château de Wideville (1630-1632).le célèbre Nymphée (bassin recevant l’eau d’une source, souvent entouré d’un mur orné, souventsemi-circulaire).
En 1641, l’architecte Jacques Le Mercier qu'il a connu à Rome lui demande de sculpter, assisté de Gilles Guérin, les Caryatides du Pavillon de l'Horloge dans la Cour Carrée du Louvre ; quatre couples des « robustes » cariatides qui lui confèreront une renommée certaine qui amènera la reine mère, Anne d’Autriche, à lui demander de réaliser le monument du cœur de Louis XIII (reliefs conservés au Louvre) qui reste classique.
Assisté de Buyster, il décore le château de Maisons- (Laffitte) président de Longueil, érigé par Mansart. « Ses putti musiciens du grand escalier ont un charme nouveau dans la sculpture française. » (Encyclopédie Universalis)
Mais Sarrazin sait aussi se montrer un sculpteur de l’enfance tels ces petits génies souriants, qu’il introduit dans ses grands décors ; pour exemple la Bacchanale Rieuse, Des Enfants à la chèvre (Louvre), thème traité aussi par F.Duquesnoy qui en fit en quelque sorte sa spécialité ayant fait sa renommée ; ou encore les Enfants au Sphinx, sa dernière œuvre, que l’on peut encore admirer au parterre du parc de Versailles. Œuvres qui « forment les messages les plus virtuoses d’un art fécondé par l’exemple romain, mais nourri par une grâce incomparable, qui découle de son style personnel, naturel et vivant. » (Geneviève Bresc-Bautier).
Entre 1645 et 50, il réalise plus d‘une douzaine de statues pour une bonne partie des saints, en terre cuite pour le château qu’à fait construire Louis XIII à Versailles à partir de 1631 par Philibert Leroy, un agrandissement du pavillon de chasse qu’il avait fait bâtir en 1623/, pavillon désigné par la suite comme le « chétif château », ou « le chestif chasteau ».
En 1648, il est un des fondateurs de l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, qu'il dirige de 1654 à 1660. Son condisciple Simon Nicolas Guillain prendra sa suite.
« Longtemps considéré comme un sculpteur majeur du XVIIe siècle, il est retombé dans le relatif oubli, comme une large majorité des sculpteurs, éclipsés par l’aura des peintres. Pourtant Sarazin, qui fut sculpteur et peintre aussi, connut une renommée inégalée en son temps. Chef de file d’un art nouveau, fécondé par l’exemple italien, il avait introduit à Paris l’ampleur des volumes, la dynamique et la joie de vivre de l’art romain » (GenevièveBresc-Bautier Conservatrice Générale, Directrice du département des Sculptures du Musée du Louvre https://francearchives.gouv.fr /fr/pages_histoire/39276 )
Sa production dans la sculpture funéraire est assez importante dont le deux monuments funéraires du Cardinal de Bérulle (†1629) au Louvre et au Collège de Juilly ; et
« l'immense mausolée en bronze du cœur du prince de Condé [d'Henri 1er de Bourbon, père du Grand Condé ] alliant à des reliefs très développés les Vertus théologales, figures emblématiques du classicisme naissant. Ainsi Sarrazin est-il le sculpteur le plus marquant des années 1630-1660 en France. » (https://anosgrandshommes.musee-orsay.fr/index.php/Detail/entities/
Œuvre qui « témoigne du talent subtil d'un artiste qui a su modeler le bronze comme le marbre et dont le grand mérite est d'avoir tiré de sa torpeur la sculpture française en préparant l'avènement de la grande statuaire de Louis XIV » (Encyclopédie Universalis).
On trouve chez Sarrazin « un certain goût de l’équilibre et de l’harmonie, une sagesse de tempérament fortifiées par les leçons de l’Antiquité dont il a regardé les productions au moins autant que celles des Italiens contemporains, l’ont préservé des exagérations berninesques et l’ont amené, lui et ses élèves, en particulier Gilles Guérin, à la nuance propre du classicisme français. » (Paul Vitry, présentation de Jacques Sarrazin, sculpteur de A. Girodie Bulletin Monumental Année 1934 93-2 pp. 261-264)
Sarrazin a formé toute une génération de sculpteurs, les frères Anguier, Louis Lerambert, François Girardon et ceux qui ont constitué l’équipe des sculpteurs de Louis XIV, à Versailles en participant à La ‘Grande Commande’ qui définissait le vaste programme ornemental pour le Parc de Versailles dont Le Brun en esquissa les épreuves en s’inspirant du célèbre livre d’emblèmes L’Iconologia (1593), de l’érudit Cesare Ripa († 1622), une encyclopédie des allégories des Vices et de la Vertu. Prévu initialement pour le Parterre d’Eau sur le thème de l’Apollon solaire, qui unissait les éléments, les planètes, les parties du monde, les saisons, les jours etc., le chantier s’étala sur une dizaine d’années et les statues furent dispersées dans l’ensemble du parc et non groupées comme prévu à l’origine.
Parmi les principaux sculpteurs formés par J. Sazazzin, on peut compter :
- Les frères Marsy, Gaspard (†1681) et Balthazar (†1674),originaires de Cambrai comme Nicolas Guillain, père de Simon. Leur père Jaspar Marsy (†1674) était sculpteur de la ville de Cambrai. On leur doit notamment le Cénotaphe de Jean II Casimir, roi de Pologne en l’église St Germain des Près ; et pour le parc de Versailles le Géant Encelade (1672-1676) et Bacchus Ivre (1673-1675), le Bassin du Dragon (dragon Python transpercé des flèches d’Apollon 1668), Le Point du Jour (ronde-bosse en marbre par Balthazar en 1680).
- Étienne Le Hongre (1628-1690), né et mort à Paris, gendre de J. Sarazzin, réalise pour le parc de Versailles entre 1680 et 84 l’Air (marbre), Nymphe au Fleurs, Nymphe à la Perle (bronzes), La Marne, La Seine (Bronze) ; entre 1689, Pomone et Vertumne (marbres), La Paix (bronze).
- Thibaut Poissant (1605-1668), né dans la Somme et mort à Paris, fait la connaissance de F. Anguier chez Martin Carron, sculpture sur bois, à Abbeville. Après avoir travaillé à Vaux-Le-Vicomte (La Renommée au fronton du château), aux Tuileries et au Louvre, il réalise à Versailles huit des douze Termes : Jupiter, Neptune, Pluton, Junon, Vénus, Apollon, Mercure et Pan, placés au ‘’Fer à cheval’’ (Parterre de Latone)
- Les douze Termes représentant les douze signes astrologiques avec leurs symboles ont été sculptés par Louis Lerambert pour le Parterre à Fleurs. Treize autres en pierre ont été sculptés par Jacques Houzeau pour la clôture du Parterre à fleurs (dit Jardin du Roi).
- Gilles Guérin (1611-1678), né et mort à Paris, élève de Simon Guillain, travaille pour Sarrazin en 1639 au Pavillon de L’Horloge (Cour Carrée du Louvre, Sarazzin a réalisé les cariatides) ; Il a réalisé le Gisant de Henri Bourbon Condé, les Têtes d’Hermès (1941) et le décor de l'Horloge du Donjon au Château de Fontainebleau, le décor sculpté de la Chambre du Roi au Louvre sous la direction de Louis Le Vau, et Les Tritons de la Grotte de Téthys Parc de Versailles, 1665).
- Thomas Regnaudin (1622-1706), né à Moulins et mort à Paris, fils de tailleur de pierre, à qui on doit un Bacchus , le fleuve La Loire), et l’Allier (Le Loiret), (bronze 1685-89 fondues par Jean-Balthasar Keller (1638-1702)), L’Amérique (1678 placée sur la balustrade de la cour royale (cour de marbre). Il a participé aux côtés de Girardon au groupe Apollon Servi par Les Nymphes au Bassin d’Apollon en sculptant les trois nymphes en retrait . Reçu à l’académie en 1657, il a aussi œuvré au Château de Fontainebleau.
- Pierre Legros l’Aîné (1629-1714), né à Chartres et mort à Paris, beau-frère des frères Marsy, a exécuté à partir des dessins de C. Lebrun pour le Parc de Versailles plusieurs statues en bronze (en collaboration avec le fondeur zurichois Jean-Balthazar Keller), et en marbre, Vénus sortant de l'onde dite Vénus Richelieu (1685-1689), Pandore (1685-1686), L’Antinoüs du Belvédère, 1686) copie du copie romaine d’un original grec) dite Le Lantin et Le Bain des Nymphes (fontaine relié au Basin du Dragon par L’Allée de L’Eau)…
Autres sculpteurs du parc mais non été formés par Sarazzin, on peut citer :
- Giambattista Tubi (dit Jean-Baptiste Tuby, Rome 1635- Paris 1700). Très apprécié de Louis XIV, il travailla sous la direction de C . Le Brun aux grottes du château de St Germain-en-Laye et de A. Coysevox pour entre autres le Tombeau de Mazarin. On lui doit à Versailles Le Char du Soleil (groupe central du d’Apollon, plomb doré1678-81 ), Le Groupe d'Acis et Galatée (1674, marbre),, Poème Lyrique (marbre), L'Amour fileur (plomb au Labyrinthe, Le Bassin de Flore ou Le Printemps ( bronze), Le Rhône, La Saône (bronzes au Parterre d’Eau)…
- Philippe de Buyster (1595-1688), né à Anvers et mort à Paris, arrivé dans la capitale avec en 1622, reçu maître par l’Académie l’année suivante. Il travaille alors à l’ornementation de plusieurs églises de la capitale. Nommé peintre et sculpteur ordinaire du roi avec pension, il travaille aux Tuileries. Sous la direction de J Sarrazin, il orne entre 1640-42 différentes façades du Louvre. Entre 1644-46, il travaille au château du Raincy construit par Le Vau. En 1645-49, il travaille à nouveau aux côtés de Sarrazin, au Château de Maisons (Lafitte). Dans les années 50, il exécute plusieurs monuments funéraires, et après avoir réintégré l’Académie qu’il avait quittée pour conserver la maîtrise, il peut travailler à nouveau pour les Bâtiments du Roi et exécuter ente 1664 et 66 au parc de Versailles quatre statues pour le parterre du Grand Rondeau (bassin circulaire, futur bassin du Dragon,) : Joueuse de Tambourin avec Petit Satyre, Nymphe Tenant Une Couronne de Chêne, Satyre Tenant Une Grappe de Raisin et flûte, Satyre Accompagné d’un petit Satyre ; et le Poème Satyrique (marbre 1675-81 » figure d’un homme nud, couronné de lierre garni de ses graines, appuyé contre un tronc d’arbre » ). Il meurt à l’âge avancé de 93 ans après avoir travaillé en dernier lieu au décor de la chapelle Notre-Dame-de-Lorette qui, détruite sous la révolution, sera remplacée par l’église actuelle dans le premier quart du XIXème siècle (9ème arr.)
- Louis II Lerambert (1620-1670) voir ci-après
- Pierre Puget (1620-1694), né et mort à Marseille, reçoit des commandes pour le parc de Versailles dont le bas-relief Alexandre et Diogène bas-relief), la groupe de Persée délivrant Andromède et surtout, son chef-d’œuvre Milon de Crotone. Voir Pierre Puget ci-après.
- François Girardon (1628-1715) : Apollon servi par les Nymphes, l’Enlèvement de Proserpine par Pluton. L'Hiver et le bas-relief Le Bain des Nymphes commandé en 1674 par le roi dans le cadre de sa ‘Grande Commande’ et achevée en 1696. Voir ci-après.
- ·Antoine Coysevox (1640-1720 : au Parterre d’Eau l’Allégorie de la Garonne (1686 groupe en bronze) et l’ Allégorie de la Dordogne (groupe en bronze, fondeur J.B. Keller), au Parterre de Latone Castor et Pollux, au Parterre Nord, Vénus Accroupie (1688-1701,bronze)
- Simon Mazière (1648-1722?), né à Pontoise, réalisa entre 1684 et 1693 en marbre : Flore (Le Printemps), un groupe d’enfants, Acheloüs, Silène et le Jeune Bacchus, Junon, Styrinx, Pan.
- Hubert Le Sueur (1580-1658)
- Hubert Le Sueur (anciennement Le Soeur ca. 1585- après 1658), né à Paris et mort probablement à Paris, a fait le plus important de sa carrière à Londres où il est arrivé en 1624 pour en repartir en 1643 au début des Guerres Civiles. Voir Outre-Manche.
Les Frères Anguier
François Anguier
François Anguier (1604-1669), né à Eu (Seine-Maritime) et mort à Paris, fils de meunier, reçoit une première formation du sculpteur sur bois d'Abbeville, Martin Caron. Quelques années plus tard, il est à Paris où il entre dans l'atelier de Simon Guillain et l’assiste notamment pour la décoration du couvent des Carmes Déchaussés, près du Jardin du Luxembourg.
Il part en Angleterre où les commandes qu’il reçoit lui permettent de financer un séjour de deux ans en Italie de 1641 à 1643. Ils travaillent dans les ateliers de L’Algarde et de F. Duquesnoy. Son frère Michel, parti avec lui, restera à Rome jusqu’en 1651 en assistant ces deux mêmes sculpteurs.
De retour à Paris, François travaille au Louvre où il est logé au premier étage de la galerie du Bord de L’Eau, véritable pépinière d’artistes qui travaillaient dans les ateliers de maitre comme le peintre S. Vouet (1649). Les deux inséparables amis C. Le Brun et A. Le Nôtre y étaient également logés. Certaines sources (http://wikiphidias.fr/index.php?id=156& option= com_content) indiquent qu’il partage son logement avec son frère Michel. Mais cela n’a pu se faire qu’à partir de 1651, si c’est bien la date que donnent plusieurs sources du retour de Michel en France. François reçoit rapidement nombre de commandes qui le spécialisent dans la sculpture funéraire avec une tendance au baroque qu’il a ramené d’Italie.
Assistés des sculpteurs Thibaut Poissant et Thomas Regnaudin (originaire de Moulins), et en 1651de son frère qu’il a rappelé de Rome, il dresse le Monument Funéraire d’Henri II, Duc de Montmorency (Chapelle du lycée Banville, Moulins, Allier) :
« Sur le sarcophage, se détachent les effigies du duc et de la duchesse de Montmorency. Henri II est vêtu d'une précieuse armure ciselée. La duchesse est vêtue d'une toge, elle est dans une attitude de prière, elle figure la douleur. De chaque côté, des allégories de vertus ou qualités associées au duc ou à la duchesse sont représentées. Hercule, avec sa masse et la peau du lion de Némée, représente la force d'Henri II, Mars, le dieu de la guerre rappelle son courage militaire. De l'autre côté les allégories de la Charité et de la Foi sont associées à Marie-Félicie des Ursins. Sous le fronton triangulaire orné d'une coquille, se trouve au sommet, le blason des Montmorency entouré des colliers de l'ordre de Saint Michel et de l'ordre du Saint Esprit, le tout est surmonté d'un casque empanaché. »
Le mausolée exécuté à Paris à partir de 1648 est mis en place dans la chapelle du lycée en 1653.
En 1571, Barthélémy Prieur et Martin Lefort avaient réalisé le Monument Du Cœur d'Anne de Montmorency (†1767), seigneur puis premier duc de Montmorency et connétable de France.
François exécute ensuite Le Tombeau du Président à Mortier (président d’une chambre) Jacues-Auguste de Thou (†1617, musée du Louvre) qui fut Grand Maître de la Bibliothèque du roi Henri IV et auteur d’une monumentale Histoire des Guerres de Religions en latin. Sur deux niveaux, le monument intègre sa première femme priant, Marie de Barbançon-Cani (†1601), statue exécutée de manière plutôt rigide, entre 1600 et 1610 par Barthélemy Prieur et sa seconde épouse, Gasparde de La Châtre (†1617). Au flan du sarcophage, la Renommée, représentée en femme ailée, grave les titres des œuvres du président. Anguier allie le monumental à l’antique des atlantes nus assis, en dessous, sur le sarcophage, à la grâce maniériste de la statue de la seconde épouse, Gasparde dont le drapé est souple et généreux ; une innovation par rapport à la statuaire funéraire plus austère de la tradition française. Achevé en 1647 et placé dans l'église Saint-André-des-Arts à Paris (actuellement au Musée du Louvre).
Le Monument des Ducs de Longueville (musée du Louvre) date du début des années 1660. Une œuvre de collaboration de 4, 35m.
« Monument composé d'un obélisque de marbre noir portant sur ses quatre faces des panneaux de marbre blanc sculptés ; il repose sur un piédestal où sont encastrés sur deux faces opposées deux bas-reliefs en bronze doré ; aux angles du piédestal quatre statues en ronde-bosse représentant les vertus cardinales. Piédestal posé sur un socle en pierre à quatre pans portant quatre petits bas-reliefs en marbre. A l'origine, un cœur de bronze doré surmontait l'obélisque. » (https://agorha.inha.fr /ark:/54721/a4319ae1-d97e-4d69-a235-beb43c1bf107)
« D’une conception élégante où le thème médiéval des vertus cardinales est associé à un obélisque antique supportant des emblèmes héroïques. L'ensemble est animé par la polychromie des marbres noirs, blancs, et des bas-reliefs dorés, bien caractéristique de cette période de transition. » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/anguier-francois-etmichel/)
On lui doit également le Monument Funéraire du Duc de Rohan (l’église des Célestins), et le Monument Funéraire de Jacques de Souvré (†1670), grand militaire, conseiller du roi, ambassadeur et grand prieur de l’ordre de Malte, en charge de l’abbaye du Mont-Saint-Michel. Réalisé avant 1667, cette œuvre donna lieu à une maquette préparatoire en terre cuite au sujet de laquelle l’expert Alexandre Lacroix affirme : «Je n’ai jamais eu entre les mains de modèle en terre cuite du XVI e siècle de cette importance modelé par un sculpteur français». Il précise : «Jusqu’au XVIIIème siècle, les Français préfèrent la cire ou le bois pour présenter des modèles à leurs commanditaires, et il faut attendre les années 1730 pour voir apparaître des sculptures en terre cuite au Salon de l’Académie. » L’œuvre finale est un groupe en marbre blanc représentant le commandeur torse nu couvert au bas d’un large drapé, à demi-couché, mourant, près d'un enfant ailé en pleurs, ; une armure sur le côté rappelle sa valeur militaire.
F.Anguier aura travaillé au Louvre, à Vaux-le-Vicomte, à Versailles (statue de La Maladie, petit Trianon) ou encore au Val-de-Grâce et formé de nombreux sculpteurs comme professeur à l’Académie Royale de Peinture et Sculpture.
Michel Anguier
Michel Anguier (1612-1686), né à Eu et mort à Paris, suivra son frère François, de 8 ans son aîné, dans sa formation dans l’atelier du sculpteur sur bois d'Abbeville, Martin Caron. Il le suivra ensuite à Rome en 1641. Il y restera jusqu’en en 1651 tandis que son frère n’y restera que deux ans. Michel assistera pendant ses dix années le sculpteur de renom, rival du Bernin, L’Algarde († 1654). Il sera l’ami du peintre N. Poussin et du sculpteur d’origine flamande F. Duquesnoy.
De retour à Paris en 1651, il collabore avec son frère à la réalisation du Monument Funéraire d’Henri II, Duc de Montmorency (Chapelle du lycée Banville, Moulins, Allier) mise en place en 1653. En 1655, en collaboration avec le peintre Giovanni Francesco Romanelli (1610-1662) il décore au Louvre les appartements d'été de la reine-mère Anne d’Autriche qui, situés au rez-de-chaussée de la Petite Galerie de peinture, sont aménagés par Louis Le Vau en 1655-58. Un incendie va ravagée la petite galerie en 1661. Le Vau la reconstruira et C. Le Brun la décorera sous la symbolique d’Apollon (dieu solaire) à laquelle elle devra son nom de Galerie d’Apollon.
Michel travaille ensuite à Vaux-le Vicomte au début des années 1660 : « C’est entre 1659 et 1661 que Michel Anguier sculptait pour Nicolas Fouquet trois grandes statues en pierre de Saint-Leu, Jupiter, Junon et Minerve, destinées à son château de Vaux mais non livrées » (Françoise de la Moureyre , historienne d’art).
En 1662, il entame la décoration du Val-de-Grâce, dont sa Nativité du maître-autel, qui considérée comme son œuvre maitresse (aujourd’hui à l’église St Roch) est une de ses dernières manifestations baroques avant de tendre vers plus de classicisme : Marie agenouillée, bras croisés sur la poitrine, tête inclinée sur la côté, Joseph, le corps en ‘z’ en passe de s’agenouiller, encadre l’Enfant qu’il lève une main. Une animation circonscrite en un arc de cercle.
Ses rondes d'enfants, en stuc - matériau qui a la faveur des sculpteurs pour sa malléabilité, sa légèreté et son coût modéré –plaisent ; mais la jeune génération montante de ses sculpteurs qui vont décorer Versailles, les Marsy, Regnaudin, Guérin, Legros, Girardon et autres Coysevox va éclipser les Anguier, les Sarrazin, les Lerambert …
En 1674, c’est Girardon qui lui laisse une importante commande, la décoration en haut-relief de la porte Saint-Denis à Paris. Une de ses dernières réalisations est l’Amphitrite pour le bosquet des Dômes à Versailles
Leur plus jeune frère, Guillaume Anguier (1628-1708) a été peintre ordinaire du roi et a travaillé à la manufacture des Gobelins qui était alors dirigée par C. Le Brun.
Louis II Lerambert
Louis II Lerambert (1620-1670), né et mort à Paris, est issu d’une famille de peintre, décorateurs, maitre-maçons et sculpteurs. Son père et son grand-père, Simon et Louis I étaient Gardes des Antiquités et Marbres du Roi et de ce fait logeaient au Louvre où naquit Louis II qui se verra retiré en 1663 de cette charge bien qu’héritée en 1637 ; 1663 année où il sera reçu à l'Académie royale de peinture et de sculpture avec pour pièce de réception un buste du Cardinal Mazarin (Bibliothèque Mazarine), qu’il fera suivre de deux autres bustes du cardinal.
Formé un premier temps dans l’atelier du peintre Simon Vouet (†1649) revenu en France en 1627 après un séjour d’une quinzaine d’années en Italie. Il entre ensuite dans l’atelier du sculpteur Jacques Sarrazin (†1660), lui aussi revenu d’Italie en 1629 et qui épousa la nièce de Simon Vouet en 1631.
Il travaille en suite au Palais des Tuileries (La Sincérité, l'attique du fronton du pavillon central), au Pavillon Mansart au Château de Blois pour le Grand Monsieur (frère de Louis XIII, Monsieur étant le frère de Louis XIV), et à la cathédrale Saint-Louis de Blois où il exécute le Tombeau de Jean Courtin, président au présidial[1] de Blois, dont il ne restera après la révolution que La Mémoire et La Méditation
Mais Lerambert reste surtout connu pour ses sculptures de Versailles. Il fait partie de la première génération des imagiers du château avec entre autres l’Anversois Philippe de Buyster (1595-1688) qui collabora longtemps avec J. Sarrasin, Étienne Le Hongre (1628-1690), qui élève et gendre de J. Sarazin, travailla à plusieurs châteaux et, à Versailles en fin de carrière, le Lorrain Jacques Houzeau (1624-1691) qui travailla aussi sous la direction de Le Vau à Vaux-Le-Vicomte (voir Architecture/France/Châteaux). Pour ces sculpteurs de Versailles voir J. Sarrazzin.
De 1664 à 1666, on peut retenir pour Versailles quatre statues de pierres représentant un Faune, un Satyre, une Joueuse de tambour et une Hamadryade dansant, dont il ne reste que les gravures ; les douze termes représentant les douze signes astrologiques avec leurs symboles pour le Parterre des Fleurs (dit Jardin du Roi). Treize autres termes aussi, non pour pour le Parterre mais pour sa clôture, ont été sculptés par Jacques Houzeau (1624-1691). Thibaut Poissant (1605-1668) exécute, lui, pour le ‘’Fer à Cheval’’ (Parterre de Latone) huit des douze Termes: Jupiter, Neptune, Pluton, Junon, Vénus, Apollon, Mercure et Pan ; au Parterre du Midi, on peut voir L’Amour porté par un sphinx suivant un dessin de J. Sarrazin de Lerambert et Houzeau, marbre et bronze.
Entre 1668-70, pour des fontaines, six groupes en plomb représentant chacun trois enfants adossés : Trois musiciens, Trois danseurs et Trois enfants en gaine, répétés deux fois. Dans cette période du Versailles festif, Lerambert sera appelé à travailler aux ornementations des salles de festin et de danses.
Il eut pour principal élève Antoine Coysevox (1640-1720) qui épousa sa nièce. Entre les deux se situent le marseillais Pierre Puget et le lyonnais Antoine Coysevox.
Pierre Puget
Pierre Puget (1620-1694), né et mort à Marseille, est le seul survivant à l’âge adulte avec deux de ses frères ainés d’une fratrie de neuf frères et sœurs. Ils étaient les petit-enfants d’un riche agriculteur et d’un maître maçon qui, installé à Marseille, mourra quand Pierre aura à peine deux ans. Il est mis en apprentissage à douze ans chez un ébéniste spécialisé dans le mobilier d’église.
En 1638, à 18 ans, il part pour l’Italie. Il séjourne à Livourne, puis à Florence, et enfin à Rome où il travaille chez un sculpteur sur bois qui l’intègre dans l’équipe du célèbre fresquiste Pietro da Cortona (Pierre de Cortone 1596-1669) pour la décoration du Palais Barberini (voir Architecture/Italie/ Carlo Maderno). En 1640, il suit à Florence le peintre qui, à la demande du Grand-Duc de Toscane, Ferdinand II de Médicis, achève la décoration des plafonds de la Sala della Stufa (Salle du Poêle) et décore les cinq Salles des Planètes au Palais Pitti, palais de la Première Renaissance de Luca Fancelli (†1494), élève de Brunelleschi.
Fin 1643, Puget revient à Marseille au chevet de sa mère malade. En 1645, il est à Toulon aux côtes de son frère Gaspar, architecte et sculpteur. Il décore le navire Le Magnifique. En 1647, après un bref séjour à Rome, il épouse à Toulon Paule Boudet avec qui il aura un fils François (1651-1707) qui sera peintre et suivra son père dans ses déplacements (Gênes, Paris).
Dans la période des Frondes, l’activité de l’atelier de sculpture de l’arsenal est en baisse de production. Pour quatre fontaines de la ville il exécute en 1649-1650) des bas-reliefs sur bois (Adoration des bergers et Adoration des mages 1653), ou en terre cuite (Lapidation de saint Étienne, signé, vers 1654). Mais il s’adonne principalement à la peinture, un art qu’il va rapidement maitriser et pouvoir ainsi répondre à des commandes d’églises et de couvents régionaux (Apparition de la Vierge au bienheureux Félix de Cantalice à la cathédral). Il dessine à plusieurs reprises la rade et trace plusieurs plans de la ville. En 1655, pour le portail de l’hôtel de ville, il exécute une de ses œuvres maitresses les Deux Atlantes (en pierre de Calissanne[2]) ‘à la Michel-Ange’, « agressifs et angoissés » (M. Fagiolo dell’Arco po. Cit.) Le succès est tel que sa renommée arrive à la capitale. Il reçoit des commandes du Gouverneur-général de la Nouvelle-France, Philippe de Montréal, Marquis Rigaud de Vaudreuil, pour son château de Vaudreuil à Montréal (Canada) ,et de Nicolas Fouquet. Le Surintendant des Finances l’ayant envoyé à Gênes pour choisir les meilleurs marbres, Puget décide d’y rester, l’arrestation de Fouquet par d’Artagnan étant survenue entre temps en août 1661. Son Hercule Gaulois, destiné à Vaux-Le-Vicomte sera ‘récupéré’ par Colbert qui remplace Fouquet à la charge de Surintendant des Finances et qui sera Surintendant des Bâtiments du Roi de 1664 à sa mort en 1683.
« Trois éléments témoignent ici du style de Pierre Puget : l'importance du point de vue, toujours privilégié par Puget. L'importance donnée à la composition dans la grande diagonale formée par la massue et la jambe. Cette diagonale instaure une dynamique évoquant la puissance contenue de l'Hercule au repos. Il s'agit d'un élément que l'on retrouve dans toutes les œuvres de l'artiste. Enfin, le travail de la matière est très réputé chez Puget. On a là tout un panel de ce que l'on peut rendre avec le marbre. » (Wikipédia/Hecule Gaulois)
Durant ce second séjour italien de 1661 à 68, Puget va travailler le marbre, un matériau avec lequel il se découvre une affinité particulière. Il répond aux commandes de l’aristocratie locale et de l’Église dont le Saint Sébastien pour la basilique Santa Maria de Assunta, « qui est au sens berninien du terme, un chef-d’œuvre d’illusionnisme pictural ». Puget ne laisse pas pour autant son activité de peintre. Il peint notamment vers 1663 une la Sainte famille. Dans la même période, à la demande de sa ville natale, il dessine deux projets pour ce qui sera L’Hospice de La Charité (actuel lieu culturel de la Vieille Charité) ; aucun des deux n’est retenu.
En 1668, reviennent à Toulon Puget, sa famille et son élève Christophe Veyrier (1637-1689) qui épousera la nièce de Me Puget. Il dirige l’atelier de sculpture de l’arsenal de Toulon. Il reçoit des commandes pour le parc de Versailles dont le bas-relief Alexandre et Diogène, le groupe de Persée délivrant Andromède et surtout, son chef-d’œuvre statue Milon de Crotone. « Taillée dans un bloc de marbre blanc, la sculpture du Milon de Crotone est un modèle de l’art baroque par la force, l’énergie et l’expressivité qui s’en dégage. » (Château de Versailles/Milon de Crotone).
Son emplacement en 1683 à l’entrée de l’allée Royale, selon le souhait de Louis XIV conseillé par Charles Le Brun montre la considération que lui portait le roi. Puget reçut 3000 livres pour la statue et 2000 pour le piédestal., soit environ 60000 euros, des sommes considérables en comparaison du niveau de vie de l’époque.
On ne peut que rapprocher le Milon (1671-85) de Puget de La Mort d’Adonis de Guiseppe Mazzuoli (1644-1725) de 1710, les deux figures étant attaquées toutes deux par derrière au bas du dos par un animal, un lion et un sanglier. Pour autant Milon se trouve inscrit dans un ovale formé par le corps concave de l’athlète grec et par sa tunique qui, passant entre ses jambes cachant le sexe, est retenue au gras gauche pour une lanière et redescend le long de son bras gauche dont la main est prisonnière d’un tronc d’arbre orné de feuilles de chêne sur lequel vient s’enrouler la tunique. Tandis qu’Adonis, tout en mouvement, s’articule en une courbe ascendante, corps distordu, bras droit levé vers l’avant, main gauche repoussant l’animal derrière lui.
En 1679, à cause de son esprit d’indépendance et de ses projets coûteux qui exaspèrent Colbert (Wikipédia), celui-ci l’a démis de sa charge de la direction de l’atelier de l’arsenal.
En 1680, il quitte la base navale et s’installe définitivement à Marseille où il se fait construire une maison dans le centre-ville à l’angle de la rue de Rome et rue de La Palud (1er arr.).
« Il a créé une sculpture originale par sa puissance, son dynamisme et le rendu de l’expression, de la douleur ou de la grâce. Se proclamant lui-même architecte, peintre et sculpteur, Puget a laissé un œuvre complexe, dominé par des sculptures imposantes, dont le dramatique Milon de Crotone, conservé au Louvre, les Atlantes de l’hôtel de ville de Toulon, ou encore les marbres des églises de Gênes. Peintre et dessinateur fécond, il a notamment diffusé de somptueuses marines sur vélin alors qu’il dirigeait le décor des vaisseaux du roi. Architecte, il a conçu l’hospice de la Vieille Charité de Marseille, le phare de son activité de constructeur qu’illustrent aussi des dessins de projets ambitieux, pour Toulon ou Marseille. » (Geneviève Bresc, conservateur général du département des sculptures du musée du Louvre).
Girardon qui a vu les œuvres de Puget à Gênes rapporte à Colbert en 1669 : « J’ai vu à Gênes certaines œuvres de Puget. Il y a beaucoup d’art dans ce qu’il fait et le marbre est bien travaillé. Mais si l’on y cherche la beauté naturelle et les beaux drapés, on ne les trouve guère. Cela ne manque toute fois pas d’effets ».
« Sensuel et tourmenté », que d’aucuns considèrent comme « un élève spirituel du Bernin » et que d’autres désignent comme le « Michel-Ange de la France», Puget fut selon les périodes rejeté par les tenants du Classicisme Français pour son ‘italianisme’ ou rejeté par les tenants d’un retour au baroque pour son classicisme. Sculpteur, peintre et architecte, il est néanmoins un des premiers artistes de la grande période du classicisme français.
Puget a été tout autant admiré pour des sculpteurs par Rude et Rodin que par des peintres comme Delacroix et Cézanne. Théophile Gautier le considérait comme « le plus grand statuaire de son époque ».
Puget et Marseille
En architecture, sa principale réalisation est le plan de l’Hospice de la Charité. Au début des années 1660, Marseille est en pleine rénovation. La ville s’agrandit par la dépose d’anciennes fortifications du centre-ville. La municipalité propose à Puget de concevoir deux nouvelles avenues aux abords de la Canebière. C’est son fils Gaspard et Mathieu Pourtal, les deux maîtres d’œuvre de la ville de Toulon, qui en seront les exécutants comme ils ont été pour ceux du nouvel hôtel de ville de Toulon. Les deux projets présentés par son père avaient été refusés. Il ne reste quasiment plus rien de cette nouvelle configuration.
En 1671, la municipalité donne son accord pour le plan proposait par Puget pour la fondation d’un hôpital pour les pauvres. En fait, dans un plan général d’interdiction de la mendicité, il s’agissait d’enfermer les mendiants. Après la Révolution, l’hospice eut vocation d’hospice et recueillit les démunis.
Trois corps de bâtiments en U qui présentent en façade sur trois niveaux galerie et loggias en arcades plein cintre, forment une cour au centre de laquelle se dresse une chapelle sur un plan ovoïde. Un portique à large fronton sur colonnes devance le portail qui ouvre sur un narthex. L’église est coiffée d’un dôme lui-même ovoïde, aveugle et que surélève un tambour renforcé de contreforts entre lesquels de hautes fenêtres laissent entrer la lumière. Le qstyle peut être dit baroque.
En 1672, la municipalité marseillaise fait à nouveau appel à Puget pour la construction d’une nouvelle halle (près de la Porte d’Aix) pour abriter les marchés de viande et poison. Cette Halle Puget a longtemps été attribuée à son maître-maçon parfait homonyme de Pierre Puget, mais le plan est bien du grand sculpteur[3].
François Girardon
François Girardon (1628-1715), né à Troyes et mort à Paris, était le fils d’un fondeur. Il reçut une première formation dans l’atelier de François Anguier (1604-1669) avant de partir se perfectionner en 1648 à Rome sous la bienveillance et au frais du ministre de la justice, le Chancelier Pierre Séguier (1588-1672), un descendant de Jacques Cœur qui servit Louis XIII et Louis XIV. Le Brun (1619-1690) qui fut également son protégé, en a laissé un célèbre portait à cheval (1654-57). Il est de retour en France en 1650/52. Certaines sources place sa formation chez Anguier à son retour de Rome (Lydia Harambourg, « historienne de l'art, critique d'art, écrivain et commissaire d'exposition française »).
En 1657, année où il est reçu à l’Académie Royale de Peinture et de Sculpture, il épouse Catherine Duchemin (1630-1698) qui sera en 1663 la première artiste (peintre) femme à être admise à l'Académie. Elle sera également l'unique femme représentée dans la collection de portraits d'académiciens. Le Brun l’intègre dans son équipe de Vaux-Le-Vicomte (voir Architecture/France/Châteaux).
Suivront ses travaux au Louvre (Galerie d’Apollon) et au Parc Versailles dont Apollon servi par les Nymphes, l’Enlèvement de Proserpine par Pluton. L'Hiver et le bas-relief Le Bain des Nymphes commandé en 1674 par le roi dans le cadre de sa ‘Grande Commande’ et achevée en 1696.
Mort le même jour que Louis XIV, Girardon fut de tous les grands chantiers royaux, de la Galerie d’Apollon du Louvre au Dôme des Invalides en passant par Versailles.
Ses trois grandes réalisations sont :
- Le groupe d’Apollon servi par les nymphes (sept figures grandeur nature 1666-1675) « où se perçoit des souvenirs de Poussin et de l’Apollon du Belvédère ». Ce groupe de sept isolées et de grandeur nature, exécuté avec l’aide de Marsy, de Guérin et de Regnaudin, était placé à l’origine dans la Grotte de Thétis de Le Vau qui a été détruite. Il se trouve actuellement dans la grotte de rocaille dessinée par Hubert Robert (1733-1808) est située dans le ‘Bosquet’ (Louis XV) ‘Bosquet’, à l’intérieur du jardin à l’anglaise qu’il conçut pour Louis XVI. « Le style de François Girardon est du baroque bien tempéré : c’est la règle qui corrige l’émotion. » (M.F. dell’Arco La Sculpture , Taschen 2002 pg. 744). Apollon au centre est entouré en mouvement tournant de trois nymphes, deux agenouillées au premier plan, une debout au second plan qui s’affèrent à sa toilette ; trois autres nymphes en retrait ([de Regnaudin], celle à droite qui verse du parfum( ?) sur la main du dieu, celle au centre en arrière-plan tenant une grande jarre finement sculpté de personnages combattant ( ?!) , et plus fondue dans le fond noir celle à gauche qui porte un plat rond en rappel de celui de la « parfumeuse » et du bassin aux pieds d’Apollon, sont de la main de Thomas Regnaudin. Les drapés sont d’une extrême délicatesse.
- L’Enlèvement de Proserpine par Pluton (1677-87), enlèvement de Perséphone (ou Corée) par son oncle Hadès chez les Grecs ; groupe spiralé ascendant de trois figures entrelacées : « Pluton, en pied, enlevant Proserpine, et Cyannée [naïade de Sicile opposée à Hadès pour ce rapt], couchée par terre, appuyée sur le bras gauche, tirant de la main droite Proserpine par un morceau de draperie pour la retenir. ». « Prévu à l’origine pour le parterre de l’Orangerie, il est finalement placé sur un piédestal (1696-1699) réalisé par l’artiste avec la collaboration du sculpteur baroque Robert Le Lorrain (1666-1743), au centre de la Colonnade en 1699 [copie, original au musée] emplacement qui marque la consécration de Girardon. Baroque dans sa composition mais classique dans ses figures, le groupe se voulait, avec ses trois figures entremêlées, un défi lancé au groupe similaire du Bernin (1598-1680), qui n’en avait que deux. » (https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grands-personnages/francois-girardon).
Si le relief du Bassin des Nymphes évoque les naïades du sculpteur J. Goujon (†1567) à sa Fontaine des Innocents (1549, Les Halles Paris), son Enlèvement évoque autant l’Enlèvement de la Sabine (1582 Piazza della
Signoria, Florence), considéré comme le chef-d’œuvre du sculpteur maniériste Giambologna (†1608) que Le Rapt de Proserpine (1622 Villa Borghèse, Rome) du Bernin.
- ·La statue équestre en bronze de Louis XIV (1692 > 1699 place Vendôme) en bronze. Lors de ses six mois de séjour à la Cour, Le Bernin avait soumis un projet au roi qui l’avait rejeté. En 1688, il passa la commande à Giradon qui le rendit sous les aspect de Marcus Curtius, jeune héros légendaire de la mythologie romaine qui incarne la virtus romana, vaillance et courage. Elle sera détruite à le Révolution en 1792.
Mais son chef-d’œuvre est certainement le Tombeau de Richelieu, marbre de 1694 à la chapelle de la Sorbonne.
« Le Cardinal de Richelieu se tient se tient plein de dignité sur son sarcophage, appuyé sur une figure de Pietà, tandis qu’à ses pieds la Doctrine chrétienne, aux vêtements de deuil froncés et drapés, referme
ce triangle idéal de la douleur » (M. Fagiolo dell’Arco op. cit) sur le côté),
Ce tombeau fait pendant au Tombeau du Cardinal Mazarin de Coysevox, de 1693, placé dans la chapelle du collège des Quatre-Nations (Institut de France), lequel avait également exécuté en 1687 le Tombeau
de Colbert à l’église St Eustache dessiné par Le Brun : (figures de Colbert et de la Fidélité sur le côté), avec Jean-Baptiste Tuby (figures de l'Abondance sur le côté, et de l'Ange tenant un livre ouvert devant
le défunt agenouillé disparu à la Révolution).
Au Parc de Versailles, Girardon a aussi entre autres laissé : Trois Hivers, l’Hiver du Bassin de Sature (1672-1677), groupe en plomb doré placé au Trianon, l'Hiver en marbre (1675-1686), placé au parterre du nord, et l'Hiver (1674), statuette en terre cuite ; Le bas-relief principal du Bain des Nymphes de Diane, (1669-1671) en plomb doré qui « représente les divinités féminines de la nature jouant dans une rivière au milieu des roseaux » dont A. Renoir a longtemps admiré « les molles voluptés de chair » ; La Victoire de la France sur l'Espagne (1680-1682), groupe en pierre ; La Fontaine de la Pyramide (1668-1670), marbre et plomb, Hercule (1679), statue en pierre ; La statue équestre de Louis XIV sous les traits de Marcus Curtius ((1671-1674 marbre) avec Le Bernin …
Girardon fut également un maître-d’œuvre important qui savait organiser et suivre les équipes chargées d’exécuter les grands programmes qu’il avait conçus.
Girardon et Coysevox furent les deux principaux sculpteurs du roi et leurs styles bien que classique divergent quelque peu ; si Girardon tend à suivre celui que Le Brun qui l’impose à l’Académie, celui de Coysevox s’en détache par sa veine berninienne. Le Brun, qui dirigea dès la fin des années 1650-début des années1661 le grand chantier de Veaux-Le –Vicomte, amena avec lui son équipe, Le Vau, Le Nôtre et Girardon entre autres, sur celui de Versailles dont il fut le chef des projets et le véritable maître d’œuvre, ses compétences artistiques allant bien au-delà du domaine pictural. Si le roi contrôlait tout dans les moindres détails et si bien sûr rien ne se faisait sans son accord, faisant souvent faire et refaire, aucun artiste plus que Le Brun n’eut autant son oreille…à part peut-être Le Nôtre.
Il meurt le 1er septembre 1715, le même jour que Louis XIV. Aucun de ses élèves dont René Frémin dont on retient la décoration d’une partie de Palais Royal de la Granja de San Ildefonso (province de Ségovie), commande du petit-fils de Louis XIV, Philippe V d’Espagne, et René Charpentier qui travailla aux Palais des Tuileries et du Luxembourg et à la chapelle royale de Versailles, qui furent sans doute les plus talentueux, ne connurent la moindre renommée.
Catherine Duchemin
Catherine Duchemin (1630-1698), née et morte à Paris, est la fille d’un peintre décorateur et/ou sculpteur auprès de qui elle reçoit une première formation. Elle épouse le sculpteur François Girardon en 1657. Le couple aura six enfants. Elle fréquente le milieu artistique. En 1663, elle est la première artiste femme à être admise à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture et ce parce qu’elle répond à l’indispensable condition d’être « soit sœur, fille ou épouse d’académiciens ». Sa pièce d’entrée est un panier de fleurs posé sur une table.
Elle se spécialisera dans la peinture de fleurs qui est le sujet de peinture classé dans la catégorie la plus basse de la hiérarchie, celle de genre (natures mortes, fleurs) genre, la peinture historique (thèmes bibliques, mythologiques) étant la plus élevée ; la peinture de paysage est marine qui pourtant mettra du temps à être reconnue comme un genre à part entière -elle n’était alors que décor pour le staffage (personnages) viendra en deuxième place.
Le couple eut six enfants et aurait cessé « toute activité artistique pour se consacrer entièrement à la charge de sa famille » (https://gallica.bnf.fr/blog/10072020/catherine-duchemin-et-les-soeurs-boulogne-etre-ou-ne-pas-etre-artiste?mode=desktop) et s’il faut en croire Le Musée des familles : lectures du soir édité par. Delagrave (Paris1845-10-01), une revue qui s’adressant aux famillexù$
M !$^$^++mp ;pkopkl se devait de n’être qu’ édifiante. Mais entrée six ans après son mariage à l’académie auquel elle présenta une composition florale, on peut supposer que Madame Girardon était déjà mère…
Elle sera également l'unique femme représentée dans la collection de portraits d'académiciens. On la connaît par le portrait anonyme qui la représente devant son chevalet. La composition florale sur la gauche de la toile serait de sa main. On conserve d’elle deux de ses tableaux au musée de Troyes, qui furent d’abord attribués à deux autres peintres malgré la signature C. G. (pour Catherine Girardon) et sans doute aussi une nature morte au musée de Chambéry.
Il faudra attendre 1783 pour qu’une autre peintre célèbre entre à l’Académie, Élisabeth Louise Vigée Le Brun (1755-1842).
Antoine Coysevox
Antoine Coysevox (1640-1720), né à Lyon et mort à Paris, est issu d’une famille originaire de Franche-Comté qui porta comme patronyme des variantes de ‘Coiseveau’ qui est le nom d’une commune de Haute-Saône en Franche-Comté. Son père s’installe cinq ans avant sa naissance à Lyon comme maitre-menuisier (artisan indépendant).
En 1657, à 17 ans, il vient à Paris travailler dans l’Atelier de Louis II Lerambert (1620-1670) dont il épousera en 1666 la nièce Marguerite, nièce du côté de sa sœur Charlotte mariée au peintre ordinaire du roi, Noël Quillerier (†1669), qui demeurait « dans l'enclos du château du Louvre, paroisse Saint-Germain-de-l'Auxerrois ; peintre qui fut reçu en 1663 à l’Académie et qui exécuta entre autres des décors dans les appartements royaux des Tuileries. Son Saint Paul en méditation qu’il présenta pour son entrée à l’Académie est exposé au musée du Louvre. Marguerite mourra un an après leur mariage (en couches ?). Coysevox se remariera en 1690 à une lyonnaise dont il aura plusieurs enfants.
En 1671, il commence à travailler à l‘ornementation du Parc de Versailles. Il sculpte entre autres au Parterre d’Eau l’Allégorie de la Garonne (1686 groupe en bronze) et l Allégorie de la Dordogne (groupe en bronze, fondeur J.B. Keller), au Parterre de Latone Castor et Pollux, au Parterre Nord, Vénus Accroupie (1688-1701, bronze), au Salon de la Guerre Clio écrivant l'histoire du Roi, Louis XIV en empereur romain, Buste du roi dans la Chambre Royale. La Vénus de Médicis, copie d’antique en marbre est mentionnée par certaines sources comme étant de Michel Monier (†1686) et Nicolas Frémery († après 1700) (https://sculptures-jardins.chateauversailles.fr/ notice/notice.php? id=419)
Il est admis à l’Académie comme professeur adjoint en 1676 avec présentation du buste de C. Le Brun et ultérieurement celui de Colbert. Il en sera recteur de l'Académie en 1694, chancelier en 1716
et directeur de 1703 à 1705.
« Il commence à travailler pour Versailles en 1678 pour la décoration de l’escalier des Ambassadeurs. Majestueux escalier d’honneur du Grand Appartement du Roi, détruit sous Louis XV en 1752… puis pour la galerie des Glaces et la cour de Marbre. Il réalise pour le salon de la Guerre le relief de Louis XIV triomphant. Chef-d’œuvre du baroque français, ce relief témoigne de la liberté d’invention et de la virtuosité du sculpteur. » (https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/ grands-personnages/antoine-coysevox)
Sa production est particulièrement importante pour les églises (Notre-Dame, St Eustache, Abbaye de Royaumont, St Nizier à Lyon) et châteaux (Versailles, Tuileries, Sceaux, Chantilly). Outre de nombreux bustes, Coysevox sculpta également des portraits en pieds et équestres, et des monuments funéraires (Tombeau de Colbert à St Eustache).
En 1705, dans le cadre des commandes reçu pour le Château de Marly, il réalise l’une de ses pièces maitresses, les Chevaux de Marly, Mercure à Cheval sur Pégase et La Renommée à Cheval sur Pégase, qui seront déplacés aux Jardin des Tuilerie en 1719. Ne pas confondre avec le second groupe des Chevaux de Marly exécuté entre 1743-45 par le Lyonnais Guillaume Coustou (1677-1746), et représentant deux fois un palefrenier maintenant par la bride un cheval qui se cabre. Guillaume Coustou était le neveu de Coysevox par sa sœur Claudine, qui eut également un fil aîné Nicolas (1658-1733). Les deux frères, Guillaume et Nicolas et le fils de Guillaume ; Guillaume II, furent tout trois sculpteurs renommés au XVIIIème siècle.
Du parc Marly, on lui doit également à partir de 1707, Quatre Fontaines, le groupe de Flore, Hamadryade, et Le Berger flûteur. Déplacées du parc à celui des Tuileries moins de 10 ans plus tard, ces pièces sont exposées actuellement au Louvre. Les statues de Coysevox et Coustou présentent au parc de Marly sont des copies.
Comme il le devait, Coysevox donna dans le style funéraire. Il exécuta trois tombeaux, celui de Colbert, celui de Mazarin et à l’Abbaye de Royaumont, commencé en 1704, sur les plans de l’architecte Robert de Cotte, celui du prince Henri de Lorraine d'Harcourt (†1666) un des chefs de guerre des plus prestigieux du siècle[4].
Le Tombeau de Colbert (†1683) à l’église St Eustache, dessiné par Charles Le Brun, daté de 1687, montre sur le sarcophage monté sur socles et piédestaux, Colbert agenouillé portant le lourd manteau de l’ordre du St Esprit, mains jointes a été exécuté par Coysevox, lui-même. Aux pieds, de part et d’autres, la Fidélité par le même, et l'Abondance par Jean-Baptiste de Tuby. Un ange tenant un livre ouvert devant le défunt a disparu à la révolution. « La Fidélité est tournée vers le cardinal avec une expression chargée de regrets tandis que l’Abondance porte son regard au sol en signe de renoncement. »
Le cénotaphe (mémorial qui ne contient pas le corps) du Cardinal Mazarin (†1661), exécuté en 1689-93, élevé dans la chapelle du collège des Quatre-Nations, est en deux parties. A la partie inférieure, trois statues en bronze de 160 cm personnifient, au centre La Paix (attribuée à Jean-Baptiste Tuby), à gauche et à droite la Prudence et la Fidélité (attribuées à Étienne Le Hongre). Elles encadrent le sarcophage en marbre noir situé au-dessus et sur lequel en marbre blanc le cardinal « surpris dans l’attitude d’un homme vivant , dans une position d’humilité est accompagné d’un putto soutenant l’emblème de la famille (un faisceau de licteur, symbole de l’imperium, pouvoir de contraindre et de punir), et au-delà duquel se prolonge la cape du cardinal sur les plis de laquelle est posé le chapeau cardinalice.
« Son style plus mouvementé que celui de Girardon, son goût des matériaux riches et de la virtuosité technique ont fait de lui le meilleur collaborateur de Le Brun » (Architecture-Sculpture XVIIème Siècle F. Nathan 171)
« Si Girardon emboîte le pas à Charles Le Brun avec lequel il collabore, et semble suivre l’académicien ; l’orientation de Coysevox semble pour sa part toute berninienne. » (M. Fagiolo d’ell’Arco Sculpture, Le Baroque, Taschen 2002)
« Sculpteur favori d’Hardouin-Mansart, Coysevox exécute pour Versailles des œuvres d’esprit baroque et antique. Étrange mélange pour un artiste qui ne se rendit jamais en Italie ! …. Portraitiste officiel du roi, Coysevox montre là une qualité indéniable par rapport Girardon. Il réalise de nombreux bustes pour le roi et la Cour, genre qui connaît grâce à lui un remarquable succès au XVIIIe siècle. Tous attestent de son sens profond de la psychologie et de la ressemblance.» (https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grands-personnages/antoine-coysevox)
Les frères Guillaume, Nicolas Coustou, François Coudray, et Jean-Louis Lemoyne l’Ancien (1665-1755) furent de ses élèves. Jean-Louis est le frère de Jean-Baptiste Lemoyne I (dit l’Ancien 1670-1731) ; leur père, Jean Lemoyne de Paris (1638-1713 dit de Paris) était peintre-ornementiste. de Jean-Baptiste Lemoyne II (1704-1778) est le fils Jean-Baptiste I ; tout trois étaient sculpteurs.
Marc-Arcis
Marc-Arcis (1652/59-1739)[5], né à Mouzens dans le Tarn et mort à Toulouse, est issu d’une famille de maçons. Il est tailleur de pierre avant de devenir sculpteur et travaille sur les chantiers de son frère aîné.
A Toulouse, il a pu être formé par l’architecte et peintre reconnu, Jean-Pierre Rivalz (†1706) qui a fait le voyage à Rome, et par le sculpteur Gervais Drouet (†1673) qui a travaillé sous la direction du Bernin à la Basilique St Pierre.
En 1670, « souhaitant profiter du renouvellement des arts initié par la politique royale, Toulouse [les capitouls] envoya à Paris un jeune talent des plus prometteur. » (F. Sartre Op Cit.). En 1674, il réalise un buste du roi en terre cuite.
A 20 ans, les capitouls (le conseil de la ville) va alors lui commander 30 bustes d'hommes illustres de la cité.
« Contrairement aux autres bustes badigeonnés de chaux blanche de la galerie, celui de Louis XIV fut un temps doré puis peint en vert pour imiter le bronze. Le visage de trois quarts et la virtuosité du traitement des boucles du roi constituent un véritable tour de force qui ouvrit au jeune sculpteur les commandes des Capitouls. » (https://musees-occitanie.fr/oeuvre/louis-xiv/)
Il mène à bien ce chantier pendant trois ans. Malgré la reconnaissance de son talent, il part pour la capitale en 1677 où il reçoit des commandes de plus en plus nombreuses.
En 1684, il est admis à l'Académie Royale de Peinture et de Sculpture et devient officiellement sculpteur du roi. Il reçoit rémunération pour « les ouvrages de sculpture qu’il a faits pour dégrossir et ébaucher », réalise plusieurs modèles en plâtre dont celui de Flore (ou Le Printemps) achevé par Simon Mazière (1648-1722? Voir J. Sarrazin) qui, lui-même, réalisa plusieurs statues pour le parc (Junon de Smyrne, Achéloüs, Silène portant Bacchus, dit Grand Faune Borghèse…).
Il quitte Paris en 1696 pour Pau où il réalise une statue en bronze du roi. Il revient ensuite à Toulouse où il se fixe définitivement. Il va travailler pour la ville, les particuliers et les ordres religieux. Il va entre autres décorer la chapelle de la confrérie des Pénitents Blancs, aménager le chœur de la basilique Saint-Sernin, sculpter des bas-reliefs, dans la cathédrale Saint-Étienne et à la chapelle de la confrérie des Pénitents Bleus.
Il aura aussi bien travaillé le marbre, le stuc, l’étain que la terre cuite. Il a été à l’origine d’une école puis d’une académie fondée en 1725 sur le modèle de l’académie de Paris. Veuf à 60 ans, il mourra à 1739 à 87 ans.
« En 1666, la fondation de l'Académie de France à Rome par Louis XIV [Colbert, Surintendant des Bâtiments de France[6]] , marque une date importante dans la perception des modèles antiques. La maîtrise des références classiques qui était exigée des élèves de l'école s'accompagna d'une émancipation vis-à-vis des anciens diffusée dans l'ensemble du royaume. À Toulouse, le goût des curieux ou l'attachement des édiles pour l'histoire romaine de la cité apparaissent dans plusieurs projets confiés au sculpteur du roi Marc Arcis. Celui-ci mit à profit sa connaissance des sources antiques, adaptées à de nouveaux messages. La conception du bas-relief illustrant Le martyre de saint Sernin, pour la basilique toulousaine, est ainsi inspirée des discussions théoriques présentées à l'Académie royale dans les années 1670, celles de Michel Anguier et de Thomas Regnaudin particulièrement. »
Notes
[1] « Tribunal d'appel des bailliages ordinaires, érigés en 1552 dans les bailliages les plus importants, et jugeant des affaires de modeste importance. » Bailli : « Représentant du roi ou d'un seigneur, dans une circonscription où il exerce par délégation un pouvoir administratif et militaire, et surtout des attributions judiciaires, soit en première instance, soit comme juge d'appel des prévôts ou des hauts-justiciers ».
[2] La pierre des carrières de Calissane, près de l’étang de Berre approche de la beauté du marbre. « Bien que le marbre de Carrare soit le matériau le plus adapté à la statuaire, le calcaire compact urgonien de Calissane fut utilisé au même titre que le marbre italien car, d’un grain fin et homogène, il devenait soyeux après polissage, sans toutefois atteindre un brillant aussi éclatant. » Les Chevaux de Marly sont en pierre de Calissane.
[3] Cf Marie-Christine Gloton, Klaus Herding, Jean-Jacques Gloton, Geneviève Bresc-Bautier, Luc Georget, Pierre Puget, peintre, sculpteur, architecte, Réunion des Musées Nationaux – musée des Beaux-Arts, Marseille, 1994.
[4] Sur l’histoire et la description de ce tombeau voir : Gaston Brière Une œuvre de Coysevox. Le tombeau de Henry de Lorraine, comte d'Harcourt Revue d’Histoire Moderne & Contemporaine Année 1899 1-2 pp. 169-177
[5] Sur Marc Arcis : voir thèse de doctorat de Fabienne Sartre Un Toulousain au Service du Roi , Histoire de l’Art 1999Toulouse 2
[6] « Nous devons faire en sorte d’avoir en France tout ce qu’il y a de beau en Italie » (Colbert correspondance de 1669 avec A. de Montaiglon directeur de l’Académie Française de Rome fondée trois ans plus tôt). Mais cette « entière confiance en l’Antique » évolua en France vers mois de rigueur, « vers une adaptation moins stricte : le modèles antiques furent désormais au don et au talent de l’artiste moderne » (voir F. Sartre Les Modèles Antiques dans l’Œuvre du Sculpteur Toulousain Marc Arcis Presses Universitaires du Midi N°57 2001)
les deux pays-bas
Les Provinces -Unies - Les Pays_Bas Méridionaux
Introduction
Jusqu’aux Traités de Westphalie de 1648, officiellement le terme de Pays-Bas désigne encore le territoire des Pays-Bas Espagnols qui couvre dix-sept provinces. Sept de ces provinces, les orientales, néerlandophones, les futurs et actuels Pays-Bas, entament la conquête de leur autonomie face à la domination des Habsbourg d’Espagne avec la Guerre de Quatre-Vingt ans commencée en 1566 par la Révolte des Gueux (1566-68) menée par Guillaume d’Orange-Nassau (1533-1584). Un autre événement important, tout aussi déterminant quant à la détermination des néerlandais de s’opposer à Philippe II en cette année 66 et l’épisode connu sous le nom de La Grande Furie : Dans ses Lettres de Ségovie adressées à sa sœur Marguerite de Parme, gouvernante et régente des Pays-Bas, il réaffirme son rejet des doléances de sa sœur d’adoucir ses ordonnances condamnant l’ hérésie (le calvinisme). Guillaume d’orange, alors Stathouder au service de l’Espagne s’insurge contre cette décision et le Parlement de Bruxelles suspend ces ordonnances. Les Calvinistes lancent une mobilisation de destruction de représentations statuaires religieuses catholiques, qui prendra le nom de Beeldenstorm (iconoclasme), le mouvement va jusqu’à la prise de certaines villes.
En 1579, par l’Union d’Utrecht, ces sept provinces sous la houlette de ce dernier, Prince d’Orange, ancien stadhouder (gouverneur) au service du roi d’Espagne Philippe II, fédèrent et constituent de fait les Provinces-Unies. En 1581, leurs États-Généraux par l’Acte de La Haye promulgue destituent Philippe II de sa souveraineté et proclament la république.
Le Duché de Brabant néerlandophone va se scinder en deux. Le Nord avec des villes comme Breda et Bois-Le-Duc, ville natale de Jérôme Bosch (†1450), vont se rallier aux provinces en révolte, tandis que la partie sud, bon gré malgré restera dans le giron espagnol dont les villes comme Anvers, ville néerlandophone qui sera reprise par les troupes espagnoles, Bruxelles, francophone, capitale des futurs Pays-Bas Méridionaux, Louvain, néerlandophone,
principale ville du Brabant flamand, où est mort le peintre Dirk Bouts (1415-1475) et où est sans doute né le peintre Quentin Metsys (1466-1530).
Durant la Guerre de Quatre-Vingt Ans, ces sept provinces montant en puissances économique, notamment maritime, et militaire, le pouvoir espagnol ne pourra que se résoudre sinon à leur indépendance du moins à leur autonomie de fait. Les trois Traité de Westphalie qui mettent entre autres fin à la Guerre de Trente Ans (1618-1648), entérine la souveraineté des Provinces-Unies. Les dix autres provinces, de langue flamande et wallonne, à l’ouest, fidèles, bon gré malgré, à la monarchie, constituent alors les Pays-Bas Méridionaux, ou Belgica Regia, à savoir les actuels Belgique (Flandres, Brabant, Hainaut, Artois), et Luxembourg. Ils vont rester possession espagnole jusqu’à ce qu’en 1713 par le Traité d’Utrecht, ils passent sous contrôle de l’Autriche de l’empereur Charles VI de Habsbourg et deviennent les Pays-Bas Autrichiens. Louis XVI par la Paix d'Aix-la-Chapelle en 1668 avait obtenu le sud du Comté de Flandre (Tournai, Douai, Armentières, Lille, Bergues …) et par la Paix de Nimègue avait gagné en 1678 le Comté d’Artois (Pas-de-Calais) et le sud du Hainaut (Valenciennes, Maubeuge…).
L’opposition entre les deux Pays Bas ne fut pas depuis la fin du XVIème siècle qu’une question politique, république versus monarchie, bourgeoisie marchande (début du capitalisme) d’un côté, aristocratie de l’autre, mais aussi et sans doute surtout religieuse, les Provinces-Unies ayant adopté la Réforme, les Pays-Bas Méridionaux restant farouchement catholiques. Mais au plan artistique, elles se rapprochent sur un point, l’architecture et la sculpture restent au second plan, le primat étant donné à la peinture, ce qui donnera donnant lieu à la constitution d’importantes collections privées. Deux peintres géants vont dominer la scène artistique, le Hollandais réformé Rembrandt et le Belge catholique Rubens (1577-1640). Tout les oppose, le « pessimisme biblique » du premier étant tout à fait étranger à « l’emphase épique » du second. Ce qui réunit aussi ces deux Pays-Bas, c’est qu’ils vont connaitre chacun une génération de peintre d’une extraordinaire richesse. Chacun atteignant à son Siècle d’Or.
Les
Provinces-Unies
Willem van Tetrode
Willem van Tetrode (Guglielmo Fiammingo env. 1525 - après 1588), né et mort à Delft, est documenté à la cour de François 1er à l’adolescence dans la période du ‘Second Fontainebleau’ au moment où les peintres maniéristes et stucateurs maniéristes Le Primatice, Le Rosso, Nicolò dell'Abbate et le sculpteur-orfèvre Benvenuto Cellini y séjournaient. En 1548, Willem retrouve Cellini à Florence revenu de France l’année précédente, et auprès de lui poursuivra sa formation. Il travaille également dans kla restauration d’authentiques antiques aux côtés du sculpteur maniériste Guglielmo della Porta (c. 1500–1577) d’une certaine renommé et qui assista Michel-Ange ; à ne pas confondre avec l’architecte Giacomo della Porta (1533-1602, façade de l’église du Gesù) ni avec l’écrivain napolitain Giambattista della Porta (1535-1615).
Willem comme della Porta se spécialise dans le bronze. Son talent reconnu, il reçoit d’importante commandes dont celle de du comte de Pitigliano qu’il souhaitait offrir à Philippe II d’Espagne « Son travail se caractérise par des compositions très tridimensionnelles, des poses athlétiques et des muscles énormes et bombés. » (https://www.codart.nl/guide/agenda/gespierd-brons-beelden-van-willem-van-tetrode-ca-1525-1580-muscular-bronze-sculptures-by-willem-van-tetrode/)
De retour à Delft en 1567, il y apporte le goût des antiques en petite taille auprès de collectionneurs. En 1573, lors d’ une seconde phase d’iconoclasme nombres de ses statuettes sont détruite . Ce qui va inciter Van Tetrode à tenter sa chance à Cologne catholique. Il y réalise plusieurs sculptures pour l’ameublement du kunstkammer dans la résidence du bourgmestre.
En 1575, Van Tetrode entre au service de Salentin van Isenburg, électeur et archevêque à Cologne. Le 14 novembre 1580, Van Tetrode meurt en Allemagne de la peste. Après 1600, son nom fut progressivement oublié. Cette présentation au Rjksmuseum lui restitue l’endroit qu’il mérite, en tant que premier sculpteur moderne aux Pays-Bas. ( idem)
On lui doit entre autres un Mercure de 1575, Hercule et Cacus (avant 1588), un buste de l’empereur Vespasien… Vasari dans sa vie des Meilleurs Peintres rapporte la lettre que Willem adressa au Grand-Duc de Toscane Cosme de Médicis : « une très
belle et riche ornementation de petites figures de bronze, imitées de l’antique, pour un cabinet que le comte Pitigliano a donné au duc Cosme, - et ces figurines sont: le cheval du Capitole, ceux de Montecavallo, l’Hercule Farnèse, l’Antinoüs et l’Apollon du Belvédère, les têtes de douze empereurs et d’autres, le tout bien fait».
« Vers 1560, Van Tetrode a produit le «scrittoio signorile», le premier exemple connu d’une armoire de collection entièrement décorée de figures en bronze. Les bronzes qui se dressaient sur l'armoire, qui a été perdu au XVIIIe siècle, sont de petites répliques des sculptures les plus célèbres de l'antiquité. » ( (https://www.codart.nl/guide/agenda/gespierd-brons-beelden-van-willem-van-tetrode-ca-1525-1580-muscular-bronze-sculptures-by-willem-van-tetrode/).
Adrien de Vries
Adrien de Vries (ou Adriaen de Vries 1546-1626), né à La Haye (La Hague) et mort à Prague, était fils de pharmacien. Il reçoit une première formation du sculpteur Willem van Tetrode (env. 1525 - après 1588). Il est à Florence en 1580, élève de Giambologna (Giovanni da Bologna † 1608). Après avoir travaillé un temps à Rome puis à Turin, au service du Duc de Savoie, il entre au service de l’empereur Rodolphe II en 1593 pour lequel il commence par exécuter Mercure et Psyché et Psyché enlevée par des putti. Spécialisé dans le bronze. Il poursuivra avec des sculptures comme Caïn tuant Abel, Apollon, Bacchus introduisant à la cour le Maniériste italien.
Entre 1599 et 1602, il réalise à Augsbourg ses deux œuvres maitresses, également en bronze, la Fontaine de Mercure et la Fontaine d'Hercule. En 1601, il est nommé sculpteur de la cour impériale où il poursuit sa production. A la mort de Rodolphe II, en 1612, il travaille pour son successeur Mathias 1er qui mourra en 1616. Il orne de sculptures le jardin du palais baroque du chef de guerre Albert de Wallenstein, construit entre 1623 et 1630. Il meurt à Prague. Il est le dernier représentant du Maniérisme du Nord en sculpture.
Rombout Verhulst
Rombout Verhulst (1624-1698), né à Malines (province d’Anvers) et mort à La Haye, est d’abord formé par deux sculpteurs locaux Rombout Verstappen (†1636) et Frans van Loo (1581-1658) qui comme bien d’autres sculpteurs furent influencés par le peinture de Rubens. A 22 ans, après un passage à la rayonnante et prospère Amsterdam, il se rend en Italie où il restera durant 8 ans.
En 1654, il rentre à Amsterdam et travaille aux côtés d’Artus Quellinus L’Ancien, lui-même assisté de son neveu Artus Le Jeune, à la décoration de la façade de l’Hôtel de Ville (Stadhuis), commencé d’être construit par Jakob van Kampen (†1657) en 1648 et achevé par Daniël Stalpaert, de 1654 à 1665. A la façade austère mais aux proportions fermes de ce qui est aujourd’hui la résidence royale, s’oppose un intérieur à la riche ornementation. Les salles solennelles sont ornées de caryatides, de grands bas-reliefs, de frises d’animaux et de végétation. Les cariatides aux formes généreuses s’opposent de par leur manière baroque au classicisme italien des Jugements d’Isaac et de Salomon…). A Verhulst, on doit notamment la figure de Vénus et les reliefs allégoriques de la Fidélité et du Silence, et des études en terre cuite pour le banc du greffier et les portes en bronze.
En 1658, il se rend à Leyde où il orne de reliefs sur la vie hollandaise et le commerce (Le vendeur de beurre, marbre) la balance publique dressée par Pieter Post (Haarlem 1608- La Haye 1669).
En 1663, il est à La Haye où il est admis à la Guilde St Luc, confrérie des peintres, graveurs , sculpteurs et imprimeurs qui, fondée au XIVème siècle à Florence, sera très active dans les deux Pays-Bas durant le XVIIème siècle. Verhulst demeurera jusqu’à sa mort dans cette ville où furent lynchés et assassinés par la population le Grand-Pensionnaire Johan De Witt et son frère Cornélis en 1672, année appelée ‘l’année désastreuse’ (rampjaar) qui vit l’invasion des Provinces-Unies par les troupes coalisées de la France, de l’Angleterre, la Bavière et de la Suède qui durant la Guerre de Hollande (1672-1678) les opposèrent à la coalition du Saint-Empire, de l’Espagne, du Brandebourg et des Provinces-Unies ; guerre à laquelle Verhulst a certainement participé.
Il a d’ailleurs réalisé les monuments funéraires d’Adriaan Clant, l’un des négociateurs néerlandais de la paix de Münster, des amiraux Maarten Tromp à Delft en 1654 sur des dessins de van Kampen, et de Michiel de Ruyter (1607-1676) à Amsterdam, le plus grand amiral hollandais et l’un des plus grands d’Europe.
« Son traitement sensible de la physionomie et son traitement gracieux des draperies apparaissent également dans ses tombes murales en marbre pour les héros de la marine néerlandaise. » (citation et pour sa biographie :Cynthia Lawrence. "Verhulst, Rombout." In Grove Art Online. Oxford Art).
C’est son monument funéraire pour Maria van Reygersbergh de 1663 qui a fait sa réputation dans ce domaine. Il exécuta ensuite le monument funéraire de Carl Hieronymus Baron van In-en Kniphuizen et de Anna van Ewsum son épouse à la demande de la veuve dans l'église de Midwolde. De la même année, le gisant du savant Johan Polyander Kerkhoven à Leyde ; les monuments funéraires du baron de Gendt à Utrecht, du commodore Johan van Galen sur un dessin d’Artus Quellinus. Willem de Keyser étant à plusieurs reprises chargé du relief naval.
En 1665, Artus Quellinus retourne à Anvers et Verhulst peut-être alors considéré comme le sculpteur le plus important travaillant aux Pays-Bas.
Il a également réalisé des sculptures pour des parcs (Prudence et Destin, grès, vers 1660-1665 ) et de petites pièces en ivoire (qui était une spécialité de la ville de Malines), ainsi que quelques bustes dont les plus connus sont celui en marbre de Jacob van Reygersbergh de 1671, conservé au Getty Museum de Los Angeles et celui d'Antonio Lopes Suasso, un riche marchand et banquier juif d'Amsterdam attribué un temps à Artus Quellinus L’Ancien; mais il est vrai que la demande était limité pour ce genre d’œuvres à l’époque au Pays-Bas.
En 1676, il est admis à l'Académie de Peinture en 1676.
« Bien que Verhulst ait une dette stylistique envers Quellinus, il ne partageait pas pleinement les tendances classicisantes de Quellinus ; ses œuvres sont conçues avec plus de chaleur et exécutées avec plus de délicatesse, présentant des similitudes avec celles des sculpteurs anversois du cercle de Rubens, dont Hans van Mildert et Lucas Faydherbe… Ses portraits capturent avec éloquence la personnalité de ses modèles : particulièrement remarquables sont la paire de bustes naturalistes de Willem, du baron van Liere et de Maria van Reygersberg (terre cuite, vers 1663-1670).
Les œuvres de Verhulst en bois, en pierre, en ivoire et surtout en marbre sont admirables pour leur modelé sensible et leur rendu subtil des textures, ainsi que pour leur savante disposition des dispositifs de composition baroques. Il est largement considéré comme le plus grand sculpteur de marbre flamand du XVIIe siècle. » (Cynthia Lawrence. "Verhulst, Rombout." In Grove Art Online. Oxford Art)
Les Pays-Bas Méridionaux
Introduction
Le figure du peintre Pierre-Paul Rubens (1577-1640) va dominer toute la création artistique des Flandres, mais pour autant, celui-ci ayant su reconnaître leur talent, sa grande renommée européenne ne portera pas ombrage, au contraire, aux artistes compatriotes qui n’auront pas eu son génie, purent ainsi accéder à une notoriété dont ils étaient dignes comme ce fut le cas avec son élève Lucas Faidherbe.
École Bruxelloise
Dans le domaine de la sculpture, au XVIIème siècle, on peut parler d’école bruxelloise dans la mesure où elle réunit des artistes qui, bien que non bruxellois pour certains, après le terrible incendie qui a ravagé la ville en 1695 à la suite du bombardement des troupes françaises, ont participé à donner à la Grand-Place sa physionomie actuelle, mondialement connue pour la richesse ornementale de ses maisons dont le nombre dépasse la trentaine et qui sur trois à quatre niveaux, coiffées d’un pignon, s’étalent sur trois à quatre travées, exceptionnellement sur sept (Maison du Roi d’Espagne). Parmi les architectes et sculpteurs, on peut citer :
Jean Cosyn (1646-1708), né et mort à Bruxelles, architecte de La Maison du Roi d'Espagne de la confrérie des boulangers ; maison qui a la particularité de ne pas présenter de pignon au sommet de sa façade remplacé par une balustrade, et à côté La Maison de la Brouette de la corporation des graissiers (vendeurs de graisse) dont la façade bien que d’une décoration baroque abondante respecte sur ses quatre niveaux l’étagement traditionnelles des quatre ordres classiques, dorique, ionique, corinthiens et composite ((association des trois précédents).
Anthoen Pastoran (1640-1702) qui construit en 1697 La Maison du Sac ornée par Pierre Van Dievoet (1661-1729) qui, né et mort à Bruxelles, orna aussi la façade de La Maison du Cornet ou Maison de La Frégate du même architecte ; maison qui a la singularité de présenter au rez-de-chaussée des pilastres en bossage, au premier niveau une fenêtres en saillie (oreil) et un fronton en forme de proue de navire.
Pierre Herbosch, peintre, qui conçut en 1690-96 La Louve ou Maison du Serment des Archers ornée par Marc de Vos (1645-1717), qui, né et mort à Bruxelles orna également les façades de La Maison du Renard et de La Maison de L’Arbre d’Or de la confrérie des brasseurs, construite par l’architecte Guilliam De Bruyn1 (1649-1719).
Jacques Walckiers, bruxellois qui construisit en 1709 La Maison du Marchand d'Or ou La Chambrette de l'Amman ou Aux Armes du Brabant.
Corneille van Nerven (1660-1715) qui, né et mort à Bruxelles, construisit en 1696 La Maison du Cygne.
D’autres maisons ont été construites après 1700, Adolphe Samyn (1842-1903) fut un des principaux architectes qui restaura nombre de maisons dans un style néo-classique : Maison de l'Étoile, Maison de l'Ange, Maison du Cerf, Maison du Roi d'Espagne et édifia la Maison de Joseph et Anne entre Maison de l'Ange, Maison du Cerf.
Les Duquesnoy
Jérôme Duquesnoy l'Ancien
Jérôme Duquesnoy l'Ancien (1570?-1641 ?), né et mort à Bruxelles, outre d’avoir été sculpteur de mobilier d’églises, est surtout connu pour être l’auteur de la seconde et célèbre fontaine en bronze (62x55cm) du Petit-Homme-Qui-Pisse, le Manneken-pis à Bruxelles en 1619 placée au centre de la ville, et « le monumental Tabernacle de l’Eucharistie de l’église Saint-Martin d’Alost, achevé en 1604 » (Lara Yeager-Crasselt). « Sans doute le sculpteur le plus important de Bruxelles dans la première moitié du XVIIe siècle » (Lara Yeager-Crasselt selon Géraldine Patigny[1]) estle père du plus fameux sculpteur des provinces du Nord et l’un des plus fameux de la période baroque, François Duquesnoy et de son jeune frère Jérôme.
François Duquesnoy
François Duquesnoy (Du Quesnoy van Kenoy, Francesco Fiammingo, Fattore di putti,1597-1643), né à Bruxelles et mort à Livourne, aussi appelé François le Flamand (en France), Frans Van Kenoy, Francesco Fiammingo, Fattore di Putti, Il Fiammingo est le en Toscane, fils du sculpteur Jérôme Duquesnoy l'Ancien (1570 -1650). François est le frère ainé de Jérôme Duquesnoy le Jeune (1602-1654).
Formé préalablement par son père, il travaille à ses côtés à partir de 1615 jusqu’ en 1618. On reconnaît déjà son talent dans les deux anges de la façade de l’église des jésuites pour la grande porte du nouveau bâtiment de la chancellerie, une statue de la Justice, et deux figures allégoriques, Vérité et Justice, pour l’hôtel de ville de Hal.
A l’âge de 21 ans, il est envoyé pour se perfectionner à Rome par l’archiduc Albert d’Autriche (†1621), fils de l’empereur Maximilien II, gouverneur des Pays-Bas Méridionaux qui aurait été séduit par une statue en ivoire aujourd’hui disparue et dont la figure varie selon les biographes (Saint Sébastien ?, Saint Jean, ? une Passion ?). L’archiduc lui allègue pour pension la somme considérable de six-cents livres qui sera versée en deux ans. Il demeurera dans la cité papale jusqu’à son départ pour La France en 1643 à l’invitation de Mazarin. Il se lance dans une étude assidue des antiques, en fait des copies, restaure des statues authentiques en marbre et en bronze, et « sculpte l’ivoire et le bois, notamment pour réaliser « des têtes de saints pour des reliquaires, dont certaines se trouvent encore dans l’atelier des héritiers de Maître Claude de Lorrain. » (Lara Yeager-Crasselt).
Albert d’Autriche décède trois ans plus tard et les temps pour lui deviennent difficiles. En 1616, il partage un logement avec les peintres français Pierre Mellin et Nicolas Poussin qui, de trois ans son aîné, n’est arrivé à Rome que ‘seulement’ en 1624. Il ymourra en 1665. Au début des années 1620, Dusquesnoy vit et travaille avec le sculpteur sur bois français Claude Pernet qui le met en rapport avec celui qui va devenir son protecteur, le connétable Filippo Colonna qui lui commande un crucifix en ivoire pour en faire cadeau au pape Urbain VIII (Francesco Baberini), et une Sainte Cécile et une Sainte Agnès pour la chapelle Colonna de l’église Saint-Jean du Latran. Il sculptera plusieurs statues en ivoire pour le pape Urbain VIII.
« Le naturalisme doux dans le rendu du corps, ainsi que la sûreté et la délicatesse de sa sculpture fournissent un cadre visuel pour comprendre les qualités sculpturales qui ont propulsé la carrière de Duquesnoy, reliant ses œuvres bruxelloises aux sculptures romaines). » (Lara Yeager-Crasselt).
Il reçoit des commandes en marbre et réalisa la deuxième et célèbre fontaine en bronze de l’aristocratie romaine, en autres un Apollon, un Mercure, et un Amour commandé par les magistrats d’Anvers pour être offert au Prince d’Orange(62x55cm) du Petit-Homme-Qui-Pisse, le Manneken-pis à Bruxelles en 1619 Maurice de Nassau († 1625, et non Guillaume mort assassiné en 1584).
En 1625, Le Bernin l’emploie au Baldaquin de la Basilique St Pierre comme il a d’ailleurs employé son frère Jérôme et Borromini. C’est la première commande que Le Bernin reçoit du pape Urbain VIII. Duquesnoy est chargé de modèles en cire et de la réparation d’œuvres en bronze, probablement en rapport avec les putti qui ornent les colonnes (Lara Yeager-Crasselt /Boudon-Machuel). On lui doit également le groupe de putti des colonnes du maître-autel de la Basilique St Pierre réalisé par Le Bernin sous son célèbre Baldaquin et au-dessus du tombeau de St Pierre.
« Les quatre anges sont entièrement l’œuvre de Duquesnoy, et cette œuvre lui a valu de futures commandes. Ce bas-relief en pierre de touche est traité comme s’il s’agissait d’une œuvre picturale, non seulement du fait de l’utilisation du bichrome (les figures sombres sur fond bleu) mais aussi du fait que la scène est entourée d’un cadre doré. » (https://fr.borghese.gallery /collection/sculptures/bacchanale-de-putti.html)
Duquesnoy se lie d’amitié avec le peintre Nicolas Poussin (1594-1665). Il fera son portrait (buste de 1630). Il travaille aussi aux côtés de peintres aussi fameux que Robert van Dyck et Francesco Albani (l’Albane †1660) dont les enfants lui servirent de modèles pour ces groupes d’enfants dont il tira une partie de sa renommée (Cf. le Bénézit).
Sa première œuvre marquante, commandée en 1628 par les boulangers romains pour leur église Santa Marie-di-Loreto, est une Sainte Suzanne de 2 m de haut en marbre de Carrare qu’il réalise entre 1629 et 33. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Dans cette sculpture, aux drapés serres età la position en contrapposto, « véritable chef-d’œuvre, parfaite synthèse entre la citation antique et l’observation de la nature. » (Wikipedia), il joint à l’idéal classique une étude sensible de la nature (Enyclopedia Britannica).
Avec la Sainte Agnès de Pompeo Ferrucci (1565-1637), la Sainte Flavia Domitilla de Domenico Rossi (1659–1730) et la Ste Cécile du méticuleux Giuliano Finelli (1601–1653), sa Ste Suzanne est l'une des quatre vierges martyres romaines commandées par la Guilde des Boulangers pour décorer l'église de Santa Maria di Loreto à Rome. Elle est la plus célèbre[2]. L’historiographe et peintre Bellori (†1696), évoquant Polyclète (5ème S. av.J.C.) estimait qu’il était à l’égal des sculpteurs antiques . Bellori qui était l’ami de Dusquesnoy fut un de ses cinq biographes qui relatèrent sa vie de son vivant.
La commande suivante n’est pas de moindre qualité ; c’est la statue de Saint André, haute de 4,70 mètres, exécutée entre 1633 et 40 et qui trouve sa place dans l’une des niches des quatre piliers de la croisée du transept de Saint-Pierre. C’est-dire de quelle reconnaissance il est l’objet. Ces énormes piliers commencés par Bramante et achevés par Michel-Ange, creusés à la demande du Bernin contiennent alors dans chacune de leur niche outre le St André, Ste Véronique de Franchesco Mochi (†1654), Ste Hélène d’Andréa Bolgi (†1656) qui, disciple du Bernin, exécuta aussi dans la basilique des sculptures de moindre importance, et Saint Longinus du Bernin lui-même.
« On ne peut qu’être frappé par son caractère dramatique, théâtral plus que pathétique : ce visage suppliant levé vers le ciel, ce torse fortement bombé, l’ensemble de l’attitude qui constitue une véritable « pose », tout trahit la recherche de l’effet, sans que Dusquenoy ne tombe évidemment dans les excès de quelques disciples du bernin. » (Paul Bergmans Bulletins de l'Académie Royale de Belgique Année 1921 3 pp. 58-64 Persée)
P.P. Rubens lui écrira :
« Les louanges de votre statue de saint André, placée depuis peu dans l'église de Saint-Pierre, ont retenti jusqu'ici ; toute la Flandre et moi, en particulier, se réjouissent de vos succès et participent à votre réputation. Si je n'eusse été retenu par la goutte et par l'âge, qui me réduisent à l'inutilité, j'irais dans les lieux où vous êtes pour voir ce chef-d'œuvre moderne et admirer la perfection d'un si bel ouvrage. »
Au début des années 30, il réalise Le Tombeau de Ferdinand van den Eynde (église Santa Maria dell'Anima), riche marchand flamand et mécène. Ce tombeau est déjà remarquable pour ses deux putti qui sont comme un aboutissement de l’évolution de cette figure ornementale très prisée à la Renaissance de Venise à la Sicile en passant par Florence. Le Manneken Pis (le petit homme qui pisse) de son père à Bruxelles en est une forme de représentation.
Vers 1620, il avait exécuté une Bacchanale de Puttis représentant un groupe de putti tirant une chèvre par les cornes. L'un d'eux la fouette avec un bâton, tandis que le putto à côté de lui tend sa main gauche vers le bâton en vol stationnaire. Un putto est suspendu à deux mains au-dessus du dos de la chèvre, tandis qu'un autre putto brise un autre bâton d'un arbre à gauche. Selon Bellori in Vite di pittori, scultori, ed architetti moderni (1672), le cardinal Francesco Barberini en aurait fait don du relief à Philippe IV d'Espagne. Cette Bacchanale est le pendant de la même en peinture de N. Poussin. Ces deux œuvres révèlent l’intérêt commun que les deux artistes avaient porté aux sarcophages antiques. Duquesnoy reprendra en 1642 ce thème des putti dans son Concert des Anges sur l’autel Filomarini de l’église des SS. Apôtres à Naples. Le succès de ce que l’on a appelé les « enfants François », tant sa renommée était liée à la représentation de groupes d’enfants, fut tel que la quantité de copies, d’imitations ‘à la manière de’ qui leur firent suite qu’elle en vient à «’polluer’ les œuvres originales. Et les enfants joufflus ne furent pas les seules pièces a subir le même sort. Artus I Quellin a qui connut Duquesnoy dans les années 1630 à Rome fut nettement influencer tout au long de sa carrière par l’œuvre de Duquesnoy
Ici, le thème des enfants est inspiré de L'Offrande à Vénus tableau du Titien (†1574) de 1519. Sur les 266 tableaux répertoriés du peintre vénitien, le thème de l’enfant ou des enfants, hormis celui du Christ-enfant, ne semble pas avoir fait l’objet d’un tableau précis (?). Cette épitaphe sera représentée par la suite par de nombreux peintres et dessinateurs.
Le Cénotaphe (tombe sans le corps du défunt) du jeune aristocrate flamand, mort en duel, Adrian Vryburch est de la même époque. Comme pour le Tombeau de van den Eynde, il présente une épitaphe inscrite sur un drapé soutenu par deux putti. Les putti à moitié cachés par le drapé sont plus discrets.
Considérés comme une de ses pièces maitresses, loués par de nombreux artistes comme P.P Rubens, de nombreuses copies des putti de van den Eyden seront faites.
En 1642, l’évêque de Gand, Antoon Triest le contacte pour réaliser son monument funéraire. François déclina la commande devant se rendre en France l’année suivante en 1643[3]. Il avait déjà néanmoins exécuté des modèles de putti en terre cuite. La commande échut à Jérôme quei suivit son frère à Paris et ne commenca le travail qu’en 1651[4].
Fort peu riche malgré ces commandes et sa réputation qui tient plus à des œuvres de format réduit en bronze, ivoire ou terre cuite (bas-reliefs, statuettes, figurines…), François avait en effet accepté l’offre de Louis XIII de venir à Paris avec une rente annuelle de 3000 écus[5].
Il meurt à l‘âge relativement jeune de 46 ans, à Livourne, sur le chemin qui le menait à la cour de Louis XIII. Sa mémoire sera entachée par Bellori qui répandra l’idée qu’il aurait été empoisonné par son frère Jérôme par jalousie.
« Mais cet homme [Jérôme], de retour à Rome, chez lui [François], poussé en partie par la haine, en partie par l'ambition inique de lui succéder dans la gloire de la sculpture, comme il s'en persuadait vainement, aurait conspiré contre la vie de François pour l'empoisonner. » (Bellori)
A moins qu’il ne soit mort en faisant une chute alors qu’il réparait sa Sainte Suzanne (cf. Bénézit).
La vraie réputation de Duquesnoy tient non pas tant à ses grandes œuvres qu’à ses petites sculptures en haut et bas-relief, en bronze, terre-cuite, ivoire, matière sur laquelle il fit d’ailleurs son apprentissage au point qu’on lui en a attribué de nombreuses
La sculpture du Duquesnoy pourrait se caractériser par une élégance qui ne cache pas le réalisme, mais son œuvre est dans l’ensemble cataloguée comme baroque de par sans doute un effet de l’époque baroque au cours de laquelle il vécut.
« Du Quesnoy est en effet, avec les peintres Nicolas Poussin et Andrea Sacchi, l'un des principaux représentants du mouvement classicisant qui apparaît à Rome vers 1630, se distinguant du courant qui se développe autour de Bernin, de Pierre de Cortone et de Borromini et qui sera qualifié plus tard de « baroque » par les historiens. »
« Ils ont créé [avec N. Poussin] un canon de figures expressives parfaites, à l’encontre du baroque théâtral du Bernin… Son style de sculpture baroque était moins émotionnel que celui du Bernin et plus conforme au style dramatiquement calme d’Algardi » ( Borghese Gallery).
« Le relief de L'Amour sacré terrassant l'Amour profane (galerie Doria Pamphili, Rome), est une composition claire présentant un modelé subtil de la surface du marbre : il témoigne du classicisme qui imprègne progressivement l'œuvre de Du Quesnoy et que l'on retrouve dans les cénotaphes sculptés pour l'église Santa Maria dell'Anima, en particulier celui de Ferdinand Van den Eynde (1635-1640 ou 1642). » (Encyclopédie Universalis)
Il eut un fort impact sur la sculpture européenne, au point que le nombre d’œuvres qu’on lui a attribuées tend à laisser dans l'incertitude celles réellement de sa main.
Jérôme Duquesnoy le Jeune
Jérôme Duquesnoy le Jeune (1602-1654), né à Bruxelles et mort à Gand, suivra à 16 ans son frère aîné à Rome en 1618. Ils participeront de concert, entre autres, au ciborium ( Baldaquin ) de Saint-Pierre entre janvier 1626 et en décembre 1627.
Puis, sans doute suite à une brouille, Jérôme serait parti en 1640/41 pour Madrid où il aurait travaillé pour Philippe IV et serait revenu vivre à Gand avec son ami Rombout Pauwels (Cf. Bénézit). Il aurait ensuite séjourné à Lisbonne avant de revenir en Italie, à Florence où il logera pour neuf mois entre 1641 et 1642 « chez un orfèvre d’origine bruxelloise nommé Ghysels qui déclare en 1655, dans une déposition officielle, être ami très proche de François et l’avoir connu à Rome… L’épisode florentin de Jérôme pourrait contribuer à asseoir l’hypothèse qu’il avait effectivement une activité de fondeur, de ciseleur ou de polisseur. » ( Sur Jérôme Duduesnoy Denis Coeckelberghs https://www.latribunedelart.com/a-propos-de-jerome-du-quesnoy-le-jeune-2054).»
Il est de nouveau à Rome où il réintègre l’atelier de son frère François pour deux ans, de 1642 à 43. En juillet 1643, son frère ayant répondu favorablement à l’invitation de Louis XIII mort juste deux mois plus tôt, il l’accompagne ; mais le voyage s’arrêtera à Livourne où François meurt … empoisonné par son frère selon Bellori, d’une chute d’un échafaudage… ?
On ne connaît aucune œuvre ni trace quelconque d’œuvres de Jérôme avant 1643-1644 ; A la mort de son frère, il s’installe définitivement dans sa ville natale où le succès l’attend. Il sort de l’anonymat. Sa carrière personnelle débute en 1644, par la commande du Conseil de la ville lui commande d’une statue de l’apôtre St Thomas. C’est la première œuvre personnelle connue de lui. Elle qui sera suivie des statues des trois apôtres Paul, Bartolomé et Matthieu qui seront placées dans la nef de la collégiale Sainte-Gudule cathédrale de la ville.
En 1642, l’évêque de Gand, Antoon Triest avait contacté son frère François, alors à Rome, pour un monument funéraire (un buste). Celui-ci déclina la commande devant se rendre en France sur le chemin de laquelle il meurt à Livourne l’année suivante en 1643[6]. Jérôme avait déjà exécuté des modèles de putti en terre cuite. La commande échut à Jérôme qui ne commencera qu’en 1651 la réalisation du Buste de Monseigneur Antoine Triest, évêque de Gand. son travail 1651.
L’attribution du monument funéraire [7] à Jérôme est remise en cause par certains historiens : « L'exceptionnelle qualité du buste pose également la question du rapport entre les deux frères. La conception ample et la sensibilité de la facture sont proches des portraits sculptés par François, tel Maurice de Savoie en 1635 (Turin, galerie Sabauda). » (Musée du Louvre.
« Malgré cette signature qui désigne Jérôme comme l'exécutant du buste, les historiens de l'Art veulent voir la main de son frère François. Ainsi sont libellés les commentaires que l'on peut lire sur le site du musée du Louvre : L'exceptionnelle qualité du buste pose également la question du rapport entre les deux frères. La conception ample et la sensibilité de la facture sont proches des portraits sculptés par François, tel Maurice de Savoie en 1635 (Turin, galerie Sabauda). On ne retrouve pas ces qualités dans les portraits de Jérôme, comme celui de l'Archiduc Léopold-Guillaume en 1650 (Vienne, Kunsthistorische museum), plus soucieux de décorum et d'une manière plus sèche. D'où l'hypothèse que le modèle aurait été conçu par François à Rome, lorsqu'il reçut la commande d'Antoine Triest en 1642. Après sa mort, Jérôme, réputé excellent praticien, aurait exécuté et signé le marbre.» (http://www.ecrandenuit.fr/les-tailleurs-dymages-duquesnoy-jrme-1602-1654.html)
« L'artiste conçoit un décor architectural de marbre blanc et noir. Il introduit l'exemple italien dans le sud des Pays-Bas, où l'image du défunt est le point central d'un décor allégorique. » (Matthias Depoorter Jérôme Duquesnoy https://barokinvlaanderen. vlaamsekunst collectie.be/en/artist/jerome- duquesnoy-ii)
Le bustede l'évêque Antoon Triest sera placé dans la crypte de la cathédrale Saint-Bavon à Gand. Dans cette cathédrale, on peut admirer L'agneau Mystique peint en 1432 par Hubert et Jan Van Eyck, composé de 12 panneaux de chêne avec 8 volets polychromés recto-verso considéré comme le premier exemple de la Renaissance flamande.
En 1651, il sculpte la statue de Sainte Ursule pour l'église Notre-Dame du Sablon. Premier assistant de l'architecte Jacques Francart (Jacob Frankaert 1582/83-1651), il remplace celui-ci à sa mort comme architecte et sculpteur de la Cour. Certaines sources situenbt cette nomination en 1645 (?).
En 1653, il exécute l'Éducation de la Vierge par Sainte Anne pour la collégiale Sainte-Gudule. Architecte, il dessine en 1646 les plans de la chapelle Notre-Dame à Sainte-Gudule (1651-1656).
En 1654, Jérôme qui s’est établit à Gand pour achever le monument funéraire est accusé de sodomie sur deux jeunes garçons et condamné à mort, attaché à un poteau et étranglé sur la Place aux Grains de Gand.
Formé par son père, son protecteur, il peut avoir aussi travaillé dans l’atelier de P.P. Rubens. Arrivé à Bruxelles en 1609, Rubens est nommé peintre officiel de l’archiduc Albert d’Autriche. Albert, fils de l’empereur Maximilien II, gendre de Philippe II d’Espagne, gouverneur de 1595 à sa mort en 1621des Pays-Bas Espagnols, protecteur du jeune François, lui permet de partir pour l’Italie pour se perfectionner.
En 1618, Duquesnoy arrive à Rome et y restera quasiment toute sa vie. Trois plus tard, l’archiduc meurt et il perd sa pension. Il se lie d’amitié avec le peintre Nicolas Poussin (1594-1665). Il fera son portrait (buste en 1630).
Parmi ses premières réalisations, on compte déjà en 1626 des putti en bas-relief pour la Villa Doria Pamphili. En 1625, Le Bernin le fait travailler au Baldaquin comme il y fait travailler aussi Borromini. Sa première ouvre marquante, commandée en 1628 par les boulangers romains pour leur église Santa Marie-di-Loreto, est une Sainte Suzanne de 2 m de haut en marbre de Carrare qu’il réalise entre 1629 et 33. Pour un coup d’essai, c’est un coup de maître. Dans cette sculpture joint à l’idéal classique une étude sensible de la nature (Enyclopedia Britannica).
La suivante n’est pas de moindre qualité ; c’est la statue de Saint André, haute de 4,70 mètres, exécutée entre 1633 et 40 et qui trouve sa place dans l’une des niches des quatre piliers de la croisée du transept de Saint-Pierre.
« On ne peut qu’être frappé par son caractère dramatique, théâtral plus que pathétique : ce visage suppliant levé vers le ciel, ce torse fortement bombé, l’ensemble de l’attitude qui constitue une véritable « pose », tout trahit la recherche de l’effet, sans que Dusquenoy ne tombe évidemment dans les excès de quelques disciples du bernin. » (Paul Bergmans Bulletins de l'Académie Royale de Belgique Année 1921 3 pp. 58-64 Persée)
P.P. Rubens lui écrira :
« Les louanges de votre statue de saint André, placée depuis peu dans l'église de Saint-Pierre, ont retenti jusqu'ici; toute la Flandre et moi, en particulier, se réjouissent de vos succès et participent à votre réputation. Si je n'eusse été retenu par la goutte et par l'âge, qui me réduisent à l'inutilité, j'irais dans les lieux où vous êtes pour voir ce chef-d'œuvre moderne et admirer la perfection d'un si bel ouvrage. »
Il réalise plusieurs tombeaux dont le Tombeau de Ferdinand van den Eynde, riche marchand flamand, amateur d’art (Anvers † Rome 1630) à l’église Santa Maria dell'Anima. Vers 1620, il exécute une Bacchanale de Puttis : Elle représente un groupe de putti tirant une chèvre par les cornes. L'un d'eux le fouette avec un bâton, tandis que le putto à côté de lui tend sa main gauche vers le bâton en vol stationnaire. Un putto est suspendu à deux mains au-dessus du dos de la chèvre, tandis qu'un autre putto brise un autre bâton d'un arbre à gauche. Selon le peintre Bellori ( †1696) in Vite di pittori, scultori, ed architetti moderni (1672), le cardinal Francesco Barberini en aurait fait don du relief à Philippe IV d'Espagne. Cette Bacchanale est le pendant de la même en peinture de N. Poussin. Ces deux œuvres révèlent l’intérêt commun que les deux artistes avaient porté aux sarcophages antiques. Duquesnoy reprendra en 1642 ce thème des putti dans son Concert des Anges sur l’autel Filomarini de l’église des SS. Apôtres à Naples. Avant de le porter à son « apothéose » sur le tombeau de van den Eynde. Le succès de ce que l’on a appelé les « enfants François », tellement sa renommée était liée à la représentation de groupes d’enfants, fut tel que la quantité de copies, d’imitations ‘à la manière de’ qui leur firent suite qu’elle en vient à «’polluer’ les œuvres originales. Et les enfants joufflus ne furent pas les seules pièces a subir le même sort. Artus I Quellin a qui connut Duquesnoy dans les années 1630 à Rome fut nettement influencer tout au long de sa carrière par l’œuvre de Duquesnoy
Ici, le thème des enfants est inspiré L'Offrande à Vénus tableau du Titien (†1574) de 1519. Sur les 266 tableaux répertoriés du peintre vénitien, le thème de l’enfant ou des enfants, hormis celui du Christ-enfant, ne semble pas avoir fait l’objet d’un tableau précis (?). Cette épitaphe sera représentée par la suite par de nombreux peintres et dessinateurs.
On lui doit également le groupe de putti des colonnes du maître autel de la Basilique St Pierre réalisé par Le Bernin sous son célèbre Baldaquin et au-dessus du tombeau de St Pierre.
« Les quatre anges sont entièrement l’œuvre de Duquesnoy, et cette œuvre lui a valu de futures commandes. Ce bas-relief en pierre de touche est traité comme s’il s’agissait d’une œuvre picturale, non seulement du fait de l’utilisation du bichrome (les figures sombres sur fond bleu) mais aussi du fait que la scène est entourée d’un cadre doré. » (https://fr.borghese.gallery/collection/sculptures/bacchanale-de-putti.html)
Mais la vraie réputation de Duquesnoy ne la doit pas non à ses grandes œuvres mais à ses petites sculpture en haut et bas relief, en bronze, terre-cuite, ivoire, matière sur laquelle il fit d’ailleurs son apprentissage au point qu’on lui a attribué de nombreuses
La sculpture du Duquesnoy pourrait se caractériser par une élégance qui ne cache pas le réalisme mas son œuvre est dans l’ensemble cataloguée comme baroque de par sans doute un effet de l’époque baroque au cours de laquelle il vécut.
« Du Quesnoy est en effet, avec les peintres Nicolas Poussin et Andrea Sacchi, l'un des principaux représentants du mouvement classicisant qui apparaît à Rome vers 1630, se distinguant du courant qui se développe autour de Bernin, de Pierre de Cortone et de Borromini et qui sera qualifié plus tard de « baroque » par les historiens. »
« Ils ont créé [ avec N. Poussin] un canon de figures expressives parfaites, à l’encontre du baroque théâtral du Bernin… Son style de sculpture baroque était moins émotionnel que celui du Bernin et plus conforme au style dramatiquement calme d’Algardi » ( Borghese Gallery).
« Le relief de L'Amour sacré terrassant l'Amour profane (galerie Doria Pamphili, Rome), est une composition claire présentant un modelé subtil de la surface du marbre : il témoigne du classicisme qui imprègne progressivement l'œuvre de Du Quesnoy et que l'on retrouve dans les cénotaphes sculptés pour l'église Santa Maria dell'Anima, en particulier celui de Ferdinand Van den Eynde (1635-1640 ou 1642). » (Encyclopédie Universalis)
François Duquesnoy dont les noms et surnoms se comptent difficilement , François Cannoy ou Canoi ou Carino, François Chenné ou Connoe, François Dequenova ou Ducan ou Ducanoe ou Duchenel … eut un fort impact sur la sculpture européenne, au point que le nombre s’œuvres qu’on lui a attribuées tant à laisser dans dans l'incertitude celles réellement de sa main.
Il meurt sur le chemin qui le menait à la cour de Louis XIII, à Livourne, à l‘âge relativement jeune de 46 ans. Sa mémoire sera entaché par Bellori qui répandra l’idée qu’il aurait empoisonné son frère Jérôme par jalousie (vois Flandres/Les Dusquesnoy).
Artus Quellinus L’Ancien
Artus Quellinus L’Ancien (Arnoldus Quellijn 1609-1688), né et mort à Anvers, est le fils du sculpteur Érasme Quellin l'Ancien (1584-1640), reconnu comme une artiste de talent dans sa ville d’Anvers et dont l’atelier produisait non seulement des sculptures mais aussi des peintures et des gravures .Son frère Érasme II Quellin (Le Jeune 1607-1678), né et mort à Anvers, peintre-graveur, a été l’élève et proche collaborateur de P.P. Rubens ( voir Peinture/ Flandre).
Après une première formation auprès de son père, Artus part se perfectionner à Rome pendant quatre années, de 1635 à 1639, aux côtés de François Duquesnoy (1597-1642) arrivé dans la cité papale en 1618. Tout au long de sa carrière, Artus restera influencé par l’œuvre du Flamand.
Après un bref séjour à Lyon, en 1639, il revient dans sa ville natale. L’année suivante, cette même année 1440 où meurt Rubens, il est admis à la Guilde St Luc, la confrérie qui, fondée en Italie au Moyen-Âge, avait un siège dans les grandes villes d’Europe du Nord, et représentait non seulement les peintres, sculpteurs, mais aussi, surtout au XVIIe siècle, les marchands et les collectionneurs (autrement dit des commanditaires).
Il reprend l'atelier de son père né dans le Limbourg néerlandophone et installé à Anvers dans ses vingt ans.
En 1647-48, il se rend dans la prospère capitale des Provinces-Unies, Amsterdam, une des plus riches villes d’Europe sinon la plus riche. Le commerce maritime dans le monde des Provinces-Unies est en pleine expansion avec la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales, créée en 1602 et la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales créée en 1621 dont les sièges sont à Amsterdam. C’est la période du grand Âge d’Or de la peinture néerlandaise avec des peintres comme Antoine van Dyck (1599-1641), Jacob Jordaens (1693-1678), Franz Hals (1583-1666), Jan van der Meer (1632-1675), Jan van Goyen (1596-1656), Abraham Bloemaert (1564-1651), Rembrandt van Rijn (1606-1669), Jacob van Ruisdael (1628-1682)…
Il épouse Marguerite Verdussen (†1668). Il reçoit tout de suite des commandes pour des décorations en extérieurs aussi bien qu’en intérieur de la riche bourgeoisie et du clergé. On lui doit la plus part des sculptures de l’hôtel de ville (aujourd’hui palais royal) dû aux plans de l’architecte et peintre Jacob van Campen (1596-1657) et construit de 1648 à 1665.
Il lui faudra pas moins de 15 ans, de 1650 à 1664, pour achever durant sa construction l’ornementation en marbre du bâtiment, travail auquyel il associe entre autres son cousin Artus Quellinus II (Le Jeune, 1625-1700), Rombout Verhulst (1624 Malines–1698 La Haye) qui, exceptionnellement, avait l’autorisation de son maitre de signer ses œuvres, marque de considération de la part de ce dernier. On suppose que le sculpteur anglo-néerlandais Grinling Gibbons (1648-1721), qui travaillera au Palais de Windsor à Hampton Court Hall, et à la Cathédrale Saint-Paul, a fait partie de l’équipe de ses collaborateurs. Cette réalisation servira de modèle à d’autres édifices de la ville.
Artus exécute également des portraits en buste comme celui de son mécène Andries de Graeff, maire de la ville, de Johan de Witt (†1678), Grand Pensionnaire de Hollande qui sera lynché à mortainsi que son frère par la population de la Haye qui leurreprochait de ne pas avoir su empêcher l’invasion du territoire par les troupes de Louis XIV au début de la Guerre de Hollande (1672-1678).
Son Monument Funéraire d’Otto Christoph von Sparr, Maréchal de Brandebourg-Prusse (†1668), dans l'église Sainte-Marie à Berlin aura une influence majeure sur la sculpture funéraire de l’Allemagne du Nord.
En 1658, il retourne à Anvers où il séjournera jusqu’à sa mort.
Il eut de nombreux élèves dont parmi les plus connus : son cousin Artus Quellinus II, Pieter Verbrugghen Elder L’Ancien (1615-1686), né et mort à Anvers qui épousa sa sœur Cornelia (†1662) ; Gabriel de Grupello (1640-1730) qui travailla essentiellement à Bruxelles et rapporta de son séjour à Paris de 1668-70 une certain élégance du style qui ne sera pas sans influence sur le Baroque flamand.
Lucas Faidherbe
Lucas Faidherbe (1616?-1697), né et mort à Malines (Flandres néerlandophone) est d’abord formé par son père Hendrick († 1629), enlumineur, sculpteur sur bois et poète appartenant à la Chambre de Rhétorique de la ville. Il entre ensuite dans l’atelier à Anvers de P.P. Rubens qui lui délivre un certificat d’apprentissage en 1640.
«Je soussigné déclare et atteste par ce présent écrit , qu’il est vrai que M Lucas Faidherbe a demeuré chez moi pendant plus de trois années comme mon élève, et que, vu les rapports qui existent entre la peinture et la sculpture, il a pu, à l’aide de mes conseils, par sa diligence et ses belles dispositions , faire les plus grands progrès dans son art ; qu’il a exécuté pour moi différents ouvrages en ivoire, d’un travail achevé et digne de
louange, comme ces ouvrages le prouvent… » (cité par Edmond Marchal Mémoire sur la sculpture aux Pays-Bas, pendant les XVIIe et XVIIIe siècles)
En 1640, il revient dans sa ville natale et exerce son art en tant que maitre reconnu. Ses deux fils seront l’un peintre, l’autre sculpteur et architecte.
On a dit de son style qu’il était du « Rubens à trois dimensions ». Il laisse notamment un Chronos ravissant Hébé et un buste d’Hercule (1685).
En 1669, il achève le gisant de Gillion-Othon Ier , marquis de Trazegnies dans l’église Saint-Martin à Trazegnies. Il réalise également la Tombe de Jean de Marchin, Comte de Granville, homme de guerre et de son épouse Jeanne de la Vaulx.
Également architecte, on lui doit entre autres la Basilique de Notre-Dame de Hanswijk 1663-1681) et L'église Notre-Dame du Val-de-Lys, toute deux à Malines ; et l'église Saint-Jean-Baptiste-au-Béguinage à Bruxelles (1657) d’un Baroque affirmé avec surmontant la façade à un niveau, trois attiques à volutes, arcs brisés et torchères.
Notes
[1] Sur la vie de Jérôme Duquesnoy voir Géraldine Patigny : Une vie archivée. Jérôme du Quesnoy le Vieux, sculpteur bruxellois sous les archiducs Albert et Isabelle, dans : Annales d’histoire de l’art et d’archéologie, 37, 2015, pp. 167-175.
Sur la vie de François Duquesnoy : Lara Yeager-Crasselt : Sculpter L’ivoire, La Pierre et Le Bois :Les Débuts De François Duquesnoy À Bruxelles Annales d’histoire de l’art & d’archéologie Université Libre De Bruxelles XLV 2023.
Et Marion Boudon-Machuel, François du Quesnoy 1597-1643, Arthena, Association pour la diffusion de l'histoire de l'art. Paris 2005,
[2] Sur Pompeo Ferrucci voir : Dizionario-Biografico https://www.treccani.it/enciclopedia/pompeo-ferrucci. Certaines sources comme Wikipedia à l’article sur Santa_Maria_di_Loreto indique que Ste Flavia est de Domenico de’ Rossi, or celui-ci, en suivant le lien était un imprimeur né en 1659 et mort en 1730.
Certaines sources indiquent le fameux sculpteur Stefano Maderno (1616-1636) comme auteur d’une des quatre vierges. Il sculpta pour Notre-Dame-de-Lorette quatre anges. Par ailleurs, il sculpta bien une Ste Cécile mais allongée dans la position où elle fut retrouvée lors des fouilles de l'église de Santa Cecilia en Trastevere (quartier de Rome) en 1599 où la sculpture demeure toujours. Une de ses pièces maitresses, elle fut son « morceau de présentation » qui le fit admettre à la Guilde St Luc.
[3] « Jérôme accompagnait François lors de son départ pour Paris où il se rendait à l’invitation du roi. » (Denis Coekelberghs https://www.latribunedelart.com/a-propos-de-jerome-du-quesnoy-le-jeune-2054). Jérôme est-il retourné à Rome liquider l’atelier de son frère ou a-t-il directement regagner Bruxelles ? En tout cas, il aurait été aux côtés de son frère au moment où celui-ci décéda. Selon la même source qui se réfère à Bellori, François avait exigé une équipe de 12 sculpteurs pour ‘assister à Paris à laquelle son frère aurait plus que probablement appartenu.
[4] Sur le monument funéraire et le buste de l’évêque et les rapports entre les deux frères voir Philippe Malgouyre Le Buste d’Antoine Trieste par les frères Duquesnoy entre au Louvre Revue du Musée du Louvre n° 4-2000 https://www.researchgate.net/profile/Philippe-Malgouyres/publication/ 298844982_ The_bust_of_Antoine_Triest_1576 1657_bishop_of_Gent_A_ sculpture_by_the_Duquesnoy_brothers/links/609566b592851c490fc35150/The-bust-of-Antoine-Triest-1576-1657-bishop-of-Gent-A-sculpture-by-the-Duquesnoy-brothers.pdf?_sg[O]=started_ experiment_milestone& origin =journalDetail
[5] Certaines sources indiquent que cette invitation avait pour but de le nommer directeur de L'Académie Royale de Peinture et de Sculpture, mais celle-ci n’a été fondé que 5 ans plus tard en 1648 et son premier recteur a été le peintre Charles Le Brun (1619-1690). L’académie sera dissoute en 1793 sous le régime du Comité de Salut Public dirigé par Maximilien de Robespierre.
[6] « Jérôme accompagnait François lors de son départ pour Paris où il se rendait à l’invitation du roi. » (Denis Coekelberghs https://www.latribunede lart.com/a-propos-de-jerome-du-quesnoy-le-jeune-2054). Jérôme est-il retourné à Rome liquider l’atelier de son frère ou a-t-il directement regagner Bruxelles ? En tout cas, il aurait été aux côtés de son frère au moment où celui-ci décéda. Selon la même source qui se réfère à Bellori, François avait exigé une équipe de 12 sculpteurs pour l‘assister à Paris à laquelle son frère aurait plus que probablement appartenu.
[7] Sur le monument funéraire et le buste de l’évêque et les rapports entre les deux frères voir Philippe Malgouyre Le Buste d’Antoine Trieste par les frères Duquesnoy entre au Louvre Revue du Musée du Louvre n° 4-2000 https://www.researchgate.net/profile/Philippe-Malgouyres/publication/ 298844982_ The_bust_of_Antoine_Triest_1576 1657_bishop_of_Gent_A_ sculpture_by_the_Duquesnoy_brothers/links/609566b592851c490fc35150/The-bust-of-Antoine-Triest-1576-1657-bishop-of-Gent-A-sculpture-by-the-Duquesnoy-brothers.pdf?_sg[O]=started_ experiment_milestone& origin =journalDetail
OUTRE-RHIN
Introduction
Après avoir connu au siècle précédent un désastre économique et démographique, conséquence des luttes entre états protestants (essentiellement du Nord) et états restés fidèles à Rome (essentiellement du Sud), la Guerre de Trente ans (1618-1648), qui à l’origine est une relance du conflit religieux démarré par la révolte des hussites en Bohême contre les Habsbourg d’Autriche-Espagne, va à nouveau infliger à l’Empire Germanique une nouvelle période d’un même effondrement économique et démographique. Au sortir de ce conflit qui a engagé toutes les puissances européennes, l’Empire Germanique se retrouve composé de pas moins de 35 états, la plupart autonomes et dont les princes sont sortis plus puissants du conflit. L’Autriche et la Bavière du côté catholique, La Saxe et le Brandebourg du côté protestant, vont donner à l’art une mission à la fois politique et religieuse. Mais à la fin du siècle, lorsque le roi de Pologne Jean Sobieski III (1629-1674-1696) arrête les Turcs au portes de Vienne, il semblerait qu’une certaine unité, un certain consensus s’établisse qui va se refléter dans les arts par une communauté d’esprit.
En 1612, le nouvel empereur, Matthias 1er de Habsbourg (†1619), qui succède à son frère Rodolphe II, transfère la capitale de Prague à Vienne.
Même s’il faudra attendre le siècle suivant pour que des sculpteurs comme Matthias Bernard Braun ou Ignaz Franz Platzer, tous deux originaires de Bohême, atteignent une renommée européenne que les sculpteurs locaux n’ont pas atteinte, ces derniers n’en n’auront pas moins connu une notoriété locale certaine et. l’activité de la sculpture n’en reste pas moins productive ; nombreuses sont les demandes des cours et des églises. Les influences du Bernin et de Rubens se feront sentir chez certains d’entre eux comme on peut le voir dans des œuvres de Georg Patel, dans l’Apollon et Daphnée et l’Enlèvement des Sabines de Rauchmiller ou encore chez Balthasar Pemoser qui travailla à la Chapelle Corsini à Florence et donna son meilleur au Palais Zwinger de Dresde.
On peut retenir :
Leonhard Kern (1588-1662), né et mort dans le Bade-Wuttenberg, était réputé de son temps pour ses figurines en ivoire.
Heinrich Ringerink (1583-1629) orna de nombreuses églises dans le duché de Schleswig (ancien Jutland Sud) : chaires, maitres-autels…
Melchior Barthel (1625-1612), né et mort à Dresde, séjourna 17 ans à Venise où il sculpta entre autres les quatre Télamon ( roi de Salamine, père d’Ajax) du Monument Funéraire de Giovanni Pesaro († 1659, doge de Venise) à la basilique Santa Maria Gloriosa dei Frari. De retour à Dresde en 1689/91, il est nommé sculpteur de la cour de Saxe.
Andreas Faistenberger (1646-1735), originaire du Tyrol,œuvra essentiellement à la cour de Bavière aux côtés des frères Assam.
Mais plus connus furent :
La Famille Zurn
« La famille Zurn était l’une des familles les plus productives des sculpteurs baroques travaillant dans le sud de l’Allemagne et en Haute-Autriche, à la fin du XVIe siècle et dans la première moitié du XVIIe siècle. Spécialisé en art religieux – principalement des sculptures sur bois – pour les églises catholiques de la région, la famille a bénéficié de la campagne de Art de la contre-réforme catholique, à l’initiative du concile de Trente (1545-1563), qui impliqua la construction ou la rénovation de nombreuses églises, églises et cathédrales à travers l’Autriche et la Bavière, dont beaucoup nécessitaient des retables sculptés, statues, stalles de chœur, confessionnaux et autres boiseries. Même les meubles les plus fonctionnels étaient généralement décorés avec sculpture en relief et d’autres types de gravures, principalement exécutés dans le style baroque flamboyant. » (https://fr.gallerix.ru/pedia/sculpture --jorg-zurn/)
Le père, Hans (1555-1632), est connu pour son crucifix de la chapelle Isnyer Tor à Wangen (1624, Alsace) et pour le buste de St Jacob (Germanisches Nationalmuseum Nuremberg). De ses six fils Jorg (1583-1638) est le plus réputé. Il est l’ainé de Hans le Jeune (c.1585-1625)dont on retient la Vierge sculptée dans tilleul pour le maitre-autel de l’église St Marin à Wangen, et de Martin (c.1587-1666), qui sculpta entre 1638 et 1639, la chaire de l’église de Wasserburg (Bavière, bord du lac de Constance). C’est deux derniers s’établirent avec les trois autres frères Michael (c.1590-1660), Hans Jakob (c.1592-1655) et David (c.1598- 1666) dans le milieu du siècle à Braunau am Inn[1], en Haute-Autriche et ornèrent plusieurs églises dans la région dont notamment d’un magnifique crucifix l’église d’Eggelsberg.
En 1613, il fut demandé à la famille d’élever le maitre-autel de l’église St. Nikolaus à Munster , « le plus grand bâtiment de style gothique tardif de la région de Bodensee et un monument majeur d’Uberlingen », ville natale de Jorg. Ce fut essentiellement Jorg Zurn qui se consacra à cet impressionnant autel haut de10m de la Vierge Marie qu’il acheva en 1616.
« Le chef-d’œuvre de la sculpture religieuse allemande est l’impressionnant autel à la Vierge Marie (1613-16) de 10 mètres de haut sculpté par Jörg Zurn (1583-1638) dans l’église Saint-Nicolas d’Uberlingen. Sculpté en épicéa et en tilleul, le maître-autel de Saint-Nicolas a été réalisé dans la même veine que les grands retables d’église du nord de l’Europe, bien que l’œuvre se démarque de ses prédécesseurs grâce à une décoration inspirée du Maniérisme. » (https://fr.gallerix.ru/pedia/ history -of-art--german-baroque-art/ /)
Il s’agit là d’une des premières manifestations du Baroque (Frühbarock) qui pénètre en Allemagne-Autriche.
Matthias Rauchmiller
Mathias Rauchmiller (ou Rauchmüller 1645-1686), né à Radolfzell am Bodensee, près du lac de Constance (Bade-Wurtenberg), et mort à Vienne, fils d’un boucher, est d’abord formé à Constance dans l’atelier des frères Johann Caspar (1620-1674) et Christoph Daniel Schenck (1633-1691) qui étaient reconnus pour leurs sculptures d’art sacré sur bois, notamment des crucifix. Il voyage en suite au Pays-Bas où il découvre l’œuvre Pierre-Paul Rubens (1577-1640).
De 1669 et 1671, il vit à Mayence, où il sculpte un crucifix pour la cathédrale. En 1675, on lui commande d’exécuter le tombeau en marbre de l’archevêque-électeur de Mayence Karl Heinrich von Metternich-Winneburg. « C'est l'une des premières tombes avec une figure allongée au nord des Alpes après la guerre de Trente Ans. » (Laura Walew Matthias Rauchmillers Grabmal des Bischofs Karl von Metternich in der Liebfrauenkirche zu Trier Kindle Edition 2011). Les figures étaient jusqu’alors agenouillées.
En 1675/76, il s’installe à Vienne. Et en 1679, la ville lui commande un monument commémorant la fin de l’épidémie de peste bubonique. Rauchmiller ne se contente pas d’élever là une ‘’colonne de la peste ‘’ (Pestsäule) traditionnelle en forme de pilier, mais conçoit une pyramide à trois côtés, portant trois anges lisant et jouant d’un instrument. Le monument ne sera achevé qu’en 1694 après sa mort tout en préservant son projet. Cf. Architecture/Autriche/Fischer von Erlach
Une autre ‘’colonne de la peste’, appelée Colonne de la Trinité (en raison de sa dédicace), dressée sur la célèbre rue viennoise, le Graben, porte trois de ses sculptures (des anges grandeur nature).
En 1681, il réalise le prototype en argile (aujourd’hui à Galerie nationale de Prague) de la statue de Saint-Jean Népomucène. La statue sera exécutée en bois puis coulé en bronze avant d’être installée en pierre en 1683 sur le pont Charles à Prague ; la première des nombreuses statues qui ornent le pont.
Rauchmiller sculptait aussi l’ivoire. Son œuvre-maitresse est d’ailleurs une chope :
« Son œuvre la plus remarquable est une sculpture en ivoire représentant une chope avec des scènes bachiques [ou de l’Enlèvement des sabines ?]. » (Liechtenstein Museum/ Mathias Rauchmiller)
Pietro Maino Maderno
Pietro Maino Maderno (Peter Matterny, Matern, 1592-1653), est né à Bisonne dans la région de Lugano comme les architectes Francesco Caratti (1615/1620-1677), Francesco Borromini (1599-1667), les sculpteurs Antonius (1560-1628), Giovanni Pietro (1629-1702) et Carpoforo Tencalla (1685-1743), les Bissoni, père, fils et petit-fils, Francesco Gaggnini, Domenico (1574–1637) et Giovanni Battista. Pietro meurt à Moosbrunn en Basse-Autriche.
Issu d’une longue lignée de travailleurs de la pierre, il est le fils de l’architecte de renom Carlo Maderno (1556-1629, voir Architecture/Italie/) et neveu du sculpteur Stefano Maderno (voir Sculpture/Italie/ Stefano Maderno )[2]. Pietro apprend d’abord le métier de tailleur de pierre dans la carrière impériale de Leithaberg, le centre des architectes suisses-italiens près de Vienne. De 1605 à 1610, il devient apprenti du maître sculpteur impérial Antonius Tencalla[3].
En 1610, il est à Rome sans doute appelé par son père qui réalise la façade de la Basilique St Pierre qu’il achèvera en 1614. En 1616, Pietro est à Vienne où il travaille avec le sculpteur viennois Antonius Crivelli,qui, arrivé à Vienne en 1604, a été naturalisé en 1612.
Grâce aux maîtres tailleurs de pierre Antonio Bregno et Andrea Ruffini, tous deux originaires du lac de Lugano, Maderno s'installe à Vienne pour travailler à l’ornementation de l'Amalienburg, une aile du grand palais impérial de la Hofburg.
En 1617, Pietro épouse à Kaisersteinbruch Victoria Bregnin, veuve de Stefano Bregno, maître maçon. Il a 25 ans, elle en a 29.
À partir de 1621, Maderno travaille aux côtés l'architecte Giovanni Giacomo Tencalla à la construction de la chapelle de Lorette pour l'église Sainte-Anne de Nikolsburg. En 1626, il est fait compagnon. Il peut engager des apprentis.
En 1632, le prince Charles Eusèbe de Liechtenstein -en fait son oncle, le Prince Maximilian (†1645) son tuteur- le charge sous la direction du peintre Giovanni Giacomo (vers 1593-1653) de réaliser six fontaines à quatre niveaux en pierre pour son parc du château de Eisgrub dans la ville de Lednice située au sud de la Moravie (Tchéquie), une seule survivra. Les travaux entrepris à cette date pour mettre au goût baroque l’ancienne forteresse gothique déjà remodelée en palais Renaissance au siècle précédent furent interrompus à cause de la Guerre de Trente Ans et repris par Johann Bernhard Fischer von Erlach (1656-1723 voir Architecture/ Allemagne) à partir de 1687. Trois ans plus tard, lui sont commandés les socles des statues du parc.
Sur le même principe en 1635 le prince Maximilian du Liechtenstein lui demande une fontaine monumentale de Bacchus dans la cour à arcades de son château de Bučovice (sud Moravie). Dessiné par Giovanni Giacomo Tencalla, Maderno la sculpta en pierre. On peut voir au centre du bassin, au milieu de la cour entourée de façades en trois niveaux, une galerie et deux loggias sous arcades, des sirènes ailées assises sur des dauphins qui supportent sur coussin des têtes de monstres à gueule ouverte, qui soutiennent eux-mêmes une colonne ouvragée à volutes à têtes de lions ( ?) soutenant une vasque en forme de coquille d’où émerge un Bacchus en pied tenant serrée une corne d’abondance contre sa poitrine.
En 1637, les chanoines augustins de l'abbaye de Klosterneuburg (Basse-Autriche) décident pour agrandir leur abbaye et lui donner plus de majesté de faire bâtir une nouvelle tour, la tour nord, qui doit reprendre le style gothique de la tour sud. Ils font pour cela appel à trois architectes, Andrea Retti et Giovanni Giacomo Spazzi, tous deux originaires du Val d'Intelvi sur des plans de Battista Carlone (Giovanni Battista Carloni 1603-1684), fils du sculpteur Taddeo Carlone (†1613) et frère de Giovanni Bernardo Carlone (†1631) famille du Tessin (Suisse italienne), mais installés à Gênes. A partir de cette date et jusqu’en 1645, Maderno sera responsable de l’ornementation de la nouvelle tour. Pour ce chantier, il aura été entouré « de deux sculpteurs qualifiés, vingt-trois ouvriers experts qualifiés, trois apprentis, dix tailleurs de pierre qualifiés et douze ouvriers journaliers ». L'intérieur de l'abbaye sera ensuite transformé en église-halle avec des autels latéraux et ce seront à deux plâtriers, Andrea Bertoletti de Verna et Carlo Passerini de Ramponio, également originaires du Val d'Intelvi, à qui sera confiée la décoration de l'intrados de la voûte et du balcon de l'orgue. L’architecte de la cour, Johann Fischer von Erlach (1656-1723) a réalisé la surélévation du monastère, de nouvelles façades et des coupoles monumentales ornées des couronnes de la maison des Habsbourg. Une grande partie des bâtiments actuels ont été bâtis entre 1730 et 1834.
En 1641, Maderno achève sa commande commencée en 1636 des fontaines de la résidence d’été que le comte palatin Paul Pálffy fait construire, toujours sur les plans de Giovanni Battista Carlone, sur la colline du château de Pressbourg (Bratislava), capitale de la Slovaquie. Ces fontaines sont « le point culminant d’ un jardin conçu par des architectes et des jardiniers comme un système de terrasses avec de longs treillis et des escaliers extérieurs », réalisation unique dans l’Europe Centrale.
En 1642, son fils cadet, accusé de meurtre, est définitivement banni de Kaisersteinbruch. En 1644, devenu riche, Maderno acquiert une maison dans la banlieue viennoise tout en continuant à travailler à l’extérieur.
« En avril 1644, l'archiduc Léopold Guillaume, évêque de Passau, frère cadet de Ferdinand III, amateur d'art, demanda à son sculpteur de la cour impériale Pietro Maino Maderno de construire une chapelle de grâce dans le monastère des Capucins d'Und près de Krems .»
En 1647, il est chargé par le Primat de Hongrie, et archevêque, le Comte György Lippay de Zombor, d'ériger de nombreuses fontaines, grottes et pavillons dans le vaste jardin de 92 000 m2 qui entourait sa résidence d'été à Presbourg.
En 1649, il est anobli pour ses œuvres artistiques en Autriche et en Hongrie. Nommé juge à Kaisersteinbrucher en 1648/49, conservera ce poste jusqu’en 1652, date à laquelle il sera démis de ses fonctions suite à un démêlé : au moment de la consécration de l’église de la ville, Maderno ayant fait peindre un aigle impérial sur une de ses tours.
En 1651, il épouse sa troisième femme Christina Spätzin, veuve du maître maçon de la cour Pietro Spazzio de la famille italienne « Spazzio ». La seconde épouse était également veuve. Épouser une veuve permettait de conserver la copropriété dans la carrière. Il meurt deux ans plus tard à l’âge de 61 ans chez son fils Andrea, curé de Moosbrunn, près de Vienne. Il aura eu 8 fils et une fille qui épousa en 1642 à Bissone l’architecte Francesco Caratti (1615/1620-1677 voir Architecture/Outre-Rhin/Bohême-Moravie). Les propriétés du Kaisersteinbruch, la carrière et la ferme, furent héritées par son neveu Ambrosius Ferretti. Andrea, en tant qu'exécuteur testamentaire, vendit la maison de Vienne à l'architecte Domenico Carloni.
Pietro Maino Maderno a joué un rôle important au sein de de la confrérie de Kaisersteinbruch servant d’intermédiaires entre les commanditaires et la cour impériale. Ce groupement d'artistes, équivalent d’une confrérie, était situé près de Vienne, à l’ouest de la Hon,grie, dans une carrière où les maitres tailleurs de pierres (sculpteurs) achetaient des parties de la carrière pour leur propre approvisionnement. Là vivaient de nombreuses familles du Tessin, et de la Val d'Intelvi dans la province de Côme. Le Tessin italien, particulièrement la région de Lugano, et la région du lac de Côme ont effectivement fourni depuis le Moyen-Âge, depuis les maîtres comicini du Lac de Côme, des générations de tailleurs de pierre, de bâtisseurs, d’architectes et de sculpteurs à l’Allemagne, la Catalogne en passant par la Lombardie.
Maderno aura essentiellement travaillé pour la cour impériale de Vienne, pour les princes Liechtenstein et Dietrichstein de Bohême et Moravie et pour les comtes Esterházy, Pállfy et Lippay en Hongrie dont la capitale était Pressburg qui porte aujourd’hui le nom de Bratislava. Il n’y a environ que 50km entre Vienne et Bratislava.
Thomas Schwanthaler
Thomas Schwanthaler (ou Schwabenthaler 1634-1707), né et mort à Ried im Innkreis (en Bavière à l’époque, aujourd’hui en Haute-Autriche[4]). A 22 ans, à la mort de son père, le sculpteur Hans Schwabenthaler (1600-1666), il reprend alors qu’il était destiné à la prêtrise l’atelier paternel. Ce dernier avait fondé en 1632 cet atelier à son arrivée à Ried im Innkreis en apportant avec lui « le style des sculpteurs de la cour de Munich, principalement celui d’Hans Degler et Hans Krumper .
Il se marie en 1660 et un an plus tard à la naissance de son fils, il est mentionné comme portant le non de Schwanthaler ; patronyme qui sera officialisé en 1679 sur ses lettres d’armoiries remises par le comte palatin Ferdinand Wilhelm Metzger von Meggenburg. Avoir des lettres d’armoiries ne signifie pas que l’on est anobli.
Reconnu comme un des plus importants sculpteurs d’art sacré de la seconde moitié du XVIIème siècle du sud de l’Allemagne-Haute-Autriche, on lui doit entre autres parmi une œuvre abondante, essentiellement des bois polychromés, les maîtres-autels de l'église de Ried im Innkreis, (1661-1664), de l'église de Zell am Pettenfirst (1667-1668), le double autel de l'Église de Saint-Wolfgang im Salzkammergut (1675-1676), trois autels pour l'église de pèlerinage de Maria Plain près de Salzbourg (1674-1676), l’autel des Trois Rois dans l'église de Gmunden (Haute-Autriche, 1678), la Décapitation de Sainte Barbe, église Saint-Jacques de Schalchen, (1672), les statues de Saint Michel et Marie de la Victoire à l’ abbaye des chanoines augustins de Reichersberg, les statues des Apôtres Pierre et Paul à l’église de Mattighofen (1670-1675), et celle du Bon Berger à l’église d'Ungenach en Haute-Autriche ainsi que la Fontaine Saint-Michel (1694) à l’Abbaye de Reichersberg,
Remarié, il aura eu 15 enfants et pendant deux siècles, les Schwanthaler vont se succéder de pères en fils en prolongeant l’activité de l’atelier. Franz Jakob Schwanthaler (†1820) ira s’installer à Munich où son fils, Ludwig Michael von Schwanthaler (1802-1848), qui y naitra et y mourra, est considéré comme un des meilleurs représentants du classicisme dans l’Allemagne du Sud. Son nom a été donné à un des quartiers de Munich.
Balthasar Permoser
Balthasar Permoser (1651-1732), né en Bavière et mort à Dresde (Saxe), formé à Salzbourg et à Vienne, séjourne 14 ans à Venise. Il est à Dresde en 1691. Aux côtés de l’architecte Matthäus Daniel Pöppelmann (†1737 voir Architecture/Outre-Rhin/Le Nord), il donne au Palais Zwinger (1711-1722) une décoration « grandiose », d’une « profusion spectaculaire ». Le Groupe de l'Apothéose du Prince Eugène de 1718 à 1721 « d’une étonnante virtuosité » est donné comme son œuvre maitresse.
« S'il y avait, parmi les artistes du baroque germanique, quelqu'un que l'on dût citer comme le continuateur de Bernin, ce serait à coup sûr Permoser. Son long séjour en Italie lui permit d'assimiler, non seulement la technique, mais l'esprit du maître romain, et on en trouve l'écho dans toutes ses œuvres… Permoser donne le meilleur de son génie dans les œuvres religieuses. Le Saint Augustin et le Saint Ambroise, datés de 1720 environ (musée municipal de Bautzen), montrent la grandeur et l'intensité de sentiment dont il est capable dans ce genre : la vivacité que donnent à ces statues le mouvement de la tête et le geste des mains se combine avec l'ampleur majestueuse des drapés, traités en grands plis cassés. » (Encyclopédie Universalis)
« Permoser a également réalisé des reliquaires associant sculpture et architecture, plusieurs butes de portraits et de nombreuses petites œuvres en collaboration avec l’orfèvre Johann Melchior Dinglinger, joaillier à la cour d’Auguste le Fort. » (Neil Collins https://fr.gallerix.ru/pedia/sculpture--balthasar-permoser/)
Matouš Václav Jäckel.
Matouš Václav Jäckel (1655-1738), né à Wittichenau et mort à Prague « a introduit à Prague le style du Bernin [le Baroque], un baroque dynamique et expressif. Son œuvre était caractérisée par des sculptures aux entailles profondes. » (Vladimír Netolička Histoire de l’Art Université Polytechnique de Jihlava)
On lui doit notamment à Prague, sur le Pont Charles, les statues de la Madonna et Saint Bernard (1709), conservée dans la salle Gorlice, et de la Vierge à l’Enfant avec Sainte Anne et le groupe de La Vierge Saint Dominique et Saint Thomas, et les statues de la façade de l’église Saint Jean Le Sauveur du Monastère de l’ordre Pauline (1688-96).
Notes
[1] Ville natale d’Adolf Hitler.
[2] CF : Dictionnaire Historique et Biographique de la Suisse https://www.digibern.ch/katalog/historisch-biographisches-lexikon-der-schweiz en Français Tome 4 avec Généalogie complète des Maderno.
Supsi Stuccatori della Svizzera italiana Tra XVI e XVIII secolo (https://www2.supsi.ch/cms/artisti-ticinesi-in-europa/maderno-pietro-maino/) le donne ‘seulement’ apparenté à Carlo maderno : « La famille Maderno de Bissone représente une branche de la famille Capolago, située sur la rive sud du lac de Lugano et documentée depuis le 14ème siècle. Grâce à cette parenté, le jeune Pietro Maderno fut envoyé à Rome par l'architecte Carlo Maderno. » En fait, le rejoignit.
[3] Socle biographie : https://de.wikipedia.org/ wiki/Pietro_ Maino_Maderno https://www2.supsi.ch/cms/artisti-ticinesi-in-europa/maderno-pietro-maino/
[4] La région d 'Innviertel où se situe Ried im Innkreiss, appartenant originellement bau Duché de Bavière, a été cédé par la Bavière à l’Autriche en 1780.
Outre-Manche
Introduction
Alors que l’Angleterre d’Élisabeth 1ère était restée imperméable aux influences artistiques du continent, celle des Stuarts ne va cesser de s’ouvrir aux courants Renaissant et Baroque. Avant le Roi Soleil, Jacques 1er, qui en 1603 entame la dynastie des Stuarts, mettra les arts au service du pouvoir royal. Son fils, Charles 1er, formé aux arts par sa mère, Anna de Danemark, grande collectionneuse, poursuivra dans cette voie et fera appel à des artistes comme le peintre Orazio Lomi Gentileschi (Pise1563-Londres 1639) ou le peintre anversois Van Dyck (Anvers1599- Londres1651) qui brossa plusieurs portraits du couple royal et de sa famille. L’architecte Salomon de Caus (1576-1626) se mettra au service du fils de Jacques 1er, le Prince de Galles. L’architecte Libéral Bruant (1636-1697) dessinera les plans du Château de Richmond pour le futur Jacques II, cousin de Louis XIV. Le sculpteur Hubert Le Sueur (1585-1658) réalisera une douzaine de figures pour Charles II qui fera aussi appel aux services de l’architecte paysagiste André Le Nôtre. Le sculpteur amstellodamois, Hendrik de Keyser (1567-1621), travailla en 1606 à Londres aux côtés de l’architecte anglais le plus renommé de la période jacobéenne, Inigo Jones (1573-1652) et orna le portique de l’église Zuiderkerk entre 1603 et 1614.
« La mise en œuvre de cet intérêt fut essentiellement le fait de son épouse, Anna de Danemark (1574-1619), et de leurs enfants. La reine était issue d’une cour danoise très dynamique au point de vue culturel et artistique, très ouverte sur les arts de la Renaissance. » (Jean Pierre Poussou Les Monarques
britanniques et les arts du début du XVIIeau début du XIXe siècle Histoire, économie & société 2019/2 (38e année)2019/2 (38e année), pages 109 à 130 Éditions Armand Colin).
Charles 1er et son épouse, Henriette-Marie de France, fille du couple royal Henri IV-Marie de Médicis (1609-1649) partageaient la même passion pour les arts et chacun avait ses rabatteurs sur le continent pour constituer leur collection.
« C’était « une dynastie cosmopolite qui accueillait les influences de l’Italie et de la France, alors que l’Angleterre Tudor tournait le dos au reste de l’Europe » (Jean-Pierre Poussou /Jerry Brotton, The Sale of the Late King’s Goods : Charles I and His Art Collection [2006], London, Pan, 2017,p. 10).
Les dépenses qu’entraina la constitution de si riches collections, jugées par trop dispendieuses, furent une des causes parmi bien d’autres qui opposa le Parlement au pouvoir royal. A partir de 1642, au début des Guerres Civiles (Première Guerre (1642– 1646, Deuxième Guerre 1648 – 1649, Troisième Guerre 1649 – 1651), une chape de plomb s’abattit sur la production artistique. Les collections royales et les collections des grands aristocrates furent mises sous séquestre par le Parlement. Par la suite, une grande partie fut vendue et dispersée. Les représentations théâtrales furent interdites. Le Commonwealth, un conseil de gouvernement de type républicain, nouvelle forme de gouvernance se substitua au pouvoir royal de 1649 à 1653. Le ‘Lord Protector’ en qui fut Oliver Cromwell (†1658) et qui se succéda à lui-même, en instaurant le Protectorat qui renforçait son pouvoir personnel, n’eut aucune politique artistique.
Il est à noter que dans la veine de la littérature élisabéthaine et particulièrement de son théâtre, la période jacobéenne connut des écrivains et dramaturges de grand talent.
La Restauration rétablit en 1661 le pouvoir royal et les arts retrouvèrent leur rôle de donner à la monarchie tout son éclat. Charles II partageait le même intérêt pour la chose artistique que ses parents et son exil en France et aux Pays-Bas durant les Guerres Civiles lui permit de découvrir et d’apprécier l’art du continent et d’en rassembler une collection et tout autant de porter son goût sur le théâtre et la musique. La Restauration fut une riche période de création littéraire et de libération des mœurs.
« Il ne perdit jamais de vue l’idée que les arts n’ont pas simplement pour but d’agrémenter la vie curiale, mais doivent également servir le pouvoir royal, le mettre en scène et en relief et servir à attacher les sujets à leur souverain. D’où l’importance, dès le début de son règne, de l’éclat de son entrée solennelle à Londres le 29 mai 1660, jour de son anniversaire, marquée par une riche décoration qui rappelait l’entrée de son grand-père en mars 1604, et plus tard des cérémonies du couronnement le 23 avril 1661, auxquelles il faut lier la solennelle remise en vigueur des cérémonies de l’ordre de la Jarretière.» (Jean-Pierre Poussou ref.cit.)
Il surveilla de près la reconstruction de la City après le gigantesque incendie de 1666 qui ravagea le cœur de Londres. Il fit reconstruire le château de Windsor et terminer le palais de Winchester. Les autres palais comme Whitehall furent rénovés et redécorés (mobilier de France, tapisserie, peintures…). « Le nouveau style de la cour fut dominé par des modes françaises » ;
L’important chantier de la cathédrale dut confier à Sir Christopher Wren
Son successeur et frère, Jacques II, qui ne régna que trois ans de 1685 à 1688, n’eut pas le temps de marquer son règne d’une quelconque empreinte. Ses successeurs, sa fille Marie II (†1694) et son gendre et neveu Guillaume III d'Orange (1650-1689-1702), calvinistes, furent loin de partager le goût des Stuarts pour les arts et de leur attribuer un quelconque rôle de prestige. Ils se contentèrent de rénover quelques palais et de reconstruite Whitehall détruit par un incendie en 1698.
A la Renaissance, l’Écosse s’était ouverte aux nouveautés venues du continent plus que ne l’avait fait l’Angleterre. Les relations avec la France avaient été étroites. Jacques V (1512-1542) se maria par deux fois avec une française. D’abord avec Madeleine de Valois (1521-1537), fille de François Ier (†1547), puis avec Marie de Guise (1515-1560). Il ne laissa pas d’héritier mâle. C’est la fille qu’il eut avec sa seconde épouse, Marie, élevée en France, reine d'Écosse de 1542 à 1567 (†1587) sous le nom de Marie 1ère, qui monta sur le trône et devint également reine de France de 1559 à 1560 en épousant François II. Son fils Jacques VI succèdera à Élisabeth 1ère sur le trône d’Angleterre sous le nom de Jacques 1er qui établira la cour des deux royaumes à Londres, ce qui porta un coup certain à la production artistique écossaise. Néanmoins, deux peintres écossais laissèrent leur nom dans l’histoire de l’art Outre-Manche, George Jameson (1587-1644) et John Michael Wright (1617-1694) voir Peinture/Outre-Manche.
Dans le domaine de la sculpture, on peut retenir dans la première moitié du siècle, un médailleur, Thomas Simon (c. 1623 – 1665) qui réalisa plusieurs effigies de Cromwell, qui travailla ensuite sous Charles II (1630-1660-1685) dont il réalisa en 1663, la célèbre Couronne de Pétition, une pièce de monnaie qui deviendra le modèle de la monnaie britannique. Pétition entendue comme demande exprimée directement auprès du roi ; Nicolas Stone († 1642)principal sculpteur anglais de monuments funéraires.
Nicolas Stone
Nicolas Stone (1586/87-1642), né à Woodbury dans le Devonshire (s.o . Angleterre), fils d’un carrier (tailleur de blocs de pierre) reçoit une première formation auprès de Isaac James, un maçon londonien d'origine néerlandaise travaillant à Londres dans le quartier de Southwark où se trouve le fameux Shakespeare’s Globe Theatre.
En 1606, il est présenté au sculpteur amstellodamois, Hendrik de Keyser (1567-1621), qui séjourne à Londres. Ce dernier l’amène avec lui à Amsterdam pour travailler avec lui.. Il épousera sa fille. On lui attribue le portique de la Zuiderkerk, église réformée construite par Hendrik de Keyser entre 1603 et 1614 particulièrement remarquable par la hauteur de son clocher à plusieurs niveaux s’achevant par une coupole à bulle octogonale surmontée de la traditionnelle sphère céleste portant la croix.
En 1613, il revient à Londres en compagnie du principal collaborateur de Keyser, Bernard Janssens. Il loge sa famille dans Long Acre Street dans la paroisse de St Martin in The Fields dans la city où il restera toute sa vie et y mourra. Il ouvre, toujours dans la City, un atelier qui va rapidement prospérer et faire de Stone le principal sculpteur anglais de monuments funéraires, succès auquel le maitre-arpenteur (architecte) en vogue dans la première moitié du siècle Inigo Jones (1573-1652) ne fut pas étranger qui le fit contribuer à ses chantiers comme la construction de The Banqueting House (La Maison des Banquets) qui, commencée en 1619 sur des plans d’inspiration palladienne de I. Jones, fut achevée en 1622 avec l’aide de l’assistant de Jones, John Webb (1611-1672), et fit reconnaître les talents d’architecte de Stone.
En 1616, il est en Écosse pour superviser l’installation de son décor pour la chapelle du palais de Holyrood (paravent en bois, des stalles et un buffet d'orgue). La même année, il achève les gisants de Sir Moyle Finch et de son épouse (Victoria and Albert Museum).
En 1631, il exécute le tombeau du poète métaphysicien John Donne (1572-1631) placé à la cathédrale St Paul. « Il représente le poète, debout sur une urne, vêtu d'un drap enroulé, se levant pour le moment du jugement. Cette représentation, idée propre de Donne, a été sculptée à partir d'un tableau pour lequel le poète a posé. » (E. E. Halliday, Cultural History of England Thames & Hudson 1967).
Un de ses principaux commanditaires sera Sir William Paston, grand collectionneur issu de la grande famille de la noblesse du Norfolk, qui lui commanda les monuments funéraires de sa mère en 1626 et de
son père en 1633.
Stone réalisa de très nombreux tombeaux placés dans différentes églises de différents comtés. Ceux de Sir Francis Vere, Comte de Middlesex; d’Henry Howard, 1er comte de Northampton, de Sir Dudley Digges Sir Robert Drury, d’un des plus fameux compositeurs du siècle Orlando Gibbons (1583-1625).
On connait parfaitement l’entièreté de ses réalisations par les deux carnets dans lesquels il en dressait les deux listes, comptable et nominative. Si les monuments funéraires ont été l’essentiel des commandes qui lui ont été passées, la statuaire de jardin et le mobilier d’appartement (encadrements de porte et de cheminées) est loin d’être négligeable.
Parmi ses autres réalisations, on peut citer ses portes
- La Porte d’Eau de York House, donnant accès à la Tamise par les jardins. Elle est largement inspirée de l’ouverture serlienne dans son style rustique (colonnes annelées en gros bossage rustique). Stone emprunte au Livre extraordinaire ou Livre extraordinaire de l’ architecture paru en 1584, du théoricien de la Renaissance Italienne Sébastiano Serlio (1475-1554) dont Palladio s’est lui-même inspiré notamment en systématisant l’emploi cette ouverture appelée simplement La Serlienne ou appelée aussi fenêtre palladienne ou trifore vénitienne (une haute baie centrale couverte d’un arc plein cintre encadrée de deux baies latérale surmontées d’une architrave). Cet ouvrage dont l’attribution à Serlio est remise en cause donne en exemple cinquante modèles de portes, avec leur commentaire.
- La porte Danby de 1633, l’une des trois entrées du jardin botanique de l'Université d'Oxford est dans la même veine. L’arche d’entrée est surmontée d’un fronton en partie caché par les frontons plus petits des deux travées latérales soutenus par deux colonnes annelées, les anneaux sont en appareillage rustique bosselé encadrant chacun une niche contenant les statues de Charles 1er et Charles II.
Auteur d’autre porche, Stone se singularisa particulièrement avec le porche d'entrée pour l'église universitaire St Mary the Virgin d'Oxford de 1637. Là, Stone abandonne tout esprit classique est livre un porche proprement baroque :
« Un immense fronton à volutes est soutenu par une paire de colonnes salomoniques[1] massives, un élément architectural ancien ressuscité, en Italie, comme un élément du baroque, et utilisé notamment, comme Stone le savait, pour le baldaquin de la basilique Saint-Pierre. à Rome, achevée par le Bernin quatre ans plus tôt. » (idem)
C’est quand même par la sculpture funéraire qu’il laisse son nom pour avoir apporté en Angleterre avec Inigo Jones l’esprit classicisant comme on peut le voir à l'abbaye de Westminster avec « le mémorial de Sir John Holles et de son frère Francis, tous deux habillés à la romaine ; armure reflétant l'influence classique, quelque chose de nouveau en Angleterre. » (citation et socle de la biographie https://en.wikipedia.org/wiki/Nicholas_Stone)
Il est à retenir que Thomas Howard, 14ème comte d’Arundel, éminent collectionneur avec constitué une importante collection de sculptures antiques romaines et grecques, The Arundel Marbles, la première du genre en Angleterre. Et Stone la connaissait.
Mais, il n’a pas oublié pour autant ses années aux côtés de l’architecte hollandais Hendrik Keyser/
« Un goût pour le réalisme, en partie dû à sa formation aux Pays-Bas, transparaît dans la tombe au sol de Sir William Curle dans l'église de Hatfield, dans le Hertfordshire ; Sir William est sculpté allongé dans son manteau funéraire, les genoux relevés dans ses dernières agonies : « dans son réalisme triste et poignant », observe Colin Platt[2], « ce fut autant un choc culturel que la Whitehall Banqueting House… Le monument de Stone de 1631 au Dr John Donne, à la cathédrale Saint-Paul, est considéré comme l'un de ses plus remarquables. Il représente le poète, debout sur une urne, vêtu d'un drap enroulé, se levant pour le moment du jugement.». (idem)
S’il reste surtout connu comme sculpteur, le volume de son œuvre architecturale n’est pas moins importante. En 1626, il était maître maçon et travailla au réaménagement de la chapelle du Château de Windsor. En 1632, il succéda à William Cure comme maître maçon de la Couronne.
Stone conçoit et construit entre 1635 et 38 dans la City le nouveau siège de la guilde des orfèvres, le Goldsmiths' Hall, l’ancien datant de 1407 détruit sur les conseils d’I. Jones. Ce nouvel édifice sera restauré après le grand incendie de Londres de 1666.
De son mariage avec la fille de H. Keyser, Stone eut trois fils : John (1620-1667), sculpteur ; Henry Stone (1616-1653), surtout connu pour ses copies de Van Dyck et Nicholas (1618-1647), un sculpteur qui a travaillé sous la direction du Bernin à Rome.
Considéré avec Inigo Jones comme un architecte au service du roi (Master Mason to the Crown), sa carrière prit fin avec l’avènement de la guerre civile en 1642. Il aurait été « « séquestré, pillé et emprisonné » en raison de sa loyauté envers la couronne. »
« Stone a toujours été considéré comme un artisan et s'est vu accorder ce statut. Ce sera son rival contemporain et moins accompli, le sculpteur français Hubert Le Sueur, travaillant le bronze, qui fera élever le statut de sculpteur à celui d'artiste. »
« Stone a partiellement absorbé le nouveau classicisme d'Inigo Jones, mais sans en accepter toute la discipline et sans rejeter certaines des caractéristiques maniéristes ou baroques qu'il avait apprises à Londres et à Amsterdam. » (Howard Colvin A Biographical Dictionary of British Architects, 1600-1840 3rd ed., Yale University Press, 1995, s.v. "Stone, Nicholas)
« Les figures de Stone sont généralement en marbre blanc et non peintes, bien qu'il existe des exceptions. Même ses bustes et ses personnages agenouillés, pour l'essentiel, semblent être de véritables portraits, avec leurs propres traits et expressions personnels, plutôt que les visages fades et impersonnels que l'on trouve sur tant de monuments Tudor et Stuart…Il privilégie beaucoup de détails, avec des sculptures en bas-relief de damas et de fourrure et des plis et des surfaces subtilement capturés dans ses draperies. Ses environnements architecturaux sont soigneusement proportionnés aux figures, et nous n'avons jamais la sensation d'un poids trop important, ni d'une discordance de composition ou de ligne. Outre les figures en marbre blanc, Stone utilise souvent une gamme de marbres et d'albâtres colorés, surtout le noir et le rouge-brun très appréciés du début du XVIIe siècle. » (http://www.speel.me.uk/sculpt/stone.htm)
Hubert Le Sueur
Hubert Le Sueur (anciennement Le Soeur ca. 1585- après 1658), né à Paris et mort probablement à Paris, était le fils d’un maitre armurier de confession huguenote.
A en croire Henry Peacham junior (1578 - c. 1644), auteur de The Compleat Gentleman (Le Parfait Gentleman 1634) dans lequel il mentionne les auteurs et artistes son temps, Le Sueur aurait était l’assistant de Pietro Tasca, élève de Jean de Bologne (Giambologna †1608) pour achever la statue équestre d’Henri IV sur le Pont-Neuf commandée au maitre boulonnais-florentin.
Bronzier à l’origine, sculpteur du roi, il ne reste rien de sa production parisienne. Les statuettes de monarques équestres français auraient été conçues à Paris, bien que coulées ultérieurement en Angleterre.
A la quarantaine, à la suite de la mariée de Charles Ier Henriette Marie, la fille d'Henri IV de France, en compagnie de sa seconde épouse, il arrive à Londres en 1624/25, peut-être sur les conseils d’Inigo Jones qui séjourna à plusieurs reprise à Paris entre 1598 et 1614 dans la suite du Comte d’Arundel ( voir N. Stone)
« Sa première commande consiste en la réalisation de douze figures pour le catafalque des funérailles de Jacques Ier en 1626 sous la direction d'Inigo Jones. En 1631, il est envoyé à Rome pour réaliser des moulages d'antiques». Certaines sont encore visibles Château de Windsor.
Il réalise deux grandes fontaines royales à la Somerset House, dont certaines des figures en bronze se retrouvent la Fontaine Diana à Bushy Park entre Hampton Park et Hampton Court Palace. Vieux de 4000 ans, ce parc royal est classé aujourd’hui ‘site biologique’.
Si le Sueur s’était fait une réputation en tant que bronzier, ce qu’il est dès l’origine, et reconnu pour la maitrise de son art, un autre bronzier, Francesco Fanelli va progressivement lui faire ombrage et ses commandes vont diminuées à partir de 1636. C’est une des raisons pour lesquelles il quitte Londres en 1643, bien que Fanelli dût quitter Londres. L’autre étant qu’il a aussi été chassé quelques mois après le début des Guerres Civiles. De retour en France, il travaille d’ailleurs plus comme bronzier que comme sculpteur à part entière. Il réalise néanmoins plusieurs bustes de Richelieu († 1642) pour la nièce de celui-ci, Mme Marie-Madeleine de Vignerot, Duchesse d’Aiguillon (†1675).
Le métier de bronzier regroupe plusieurs savoirs-faire : fondre, couler, profiler (au tour) et ciseler (ciselets, poinçons), repousser (le métal dans un gabarit creux déjà foré), monter (assembler, souder), finir (polir, patiner).
La dernière mention qui est faite de lui date de 1658. On peut le supposer mort dans sa ville natale ; aucune mention n’étant faite de lui concernant une œuvre en cours en dehors de la capitale après cette date, il est probable que déjà âgé de 73 ans quand il est revenu en France, il n’ait pas quitté Paris.
De ses bustes en bronze, on retient notamment les bustes de Charles I (plusieurs), de Lady Cottington, du Dr Richardson, et de ses statues, celle du duc de Richmond et de Lennox, celle du duc de Buckingham, George Villiers, toutes deux placées en 1628 à l’Abbaye de Westminster ; celles de Jacques Ier et de Charles Ier à la cathédrale de Winchester. Du tombeau de Sir Richard Leveson, il ne subsiste que sa statue et deux chérubins à St Peter Wolverhampton, au nord de Birmingham.
Sa pièce maitresse reste sa statue équestre de Charles I à Trafalgar Square, une commande de Charles II passée en 1675. Au musée du Louvre, provenant de la collection Richelieu de Versailles, on peut voir de lui une Vénus de Médicis,
Francesco Fanelli
Francesco Fanelli (dit Le Borgne c. 1590–1653), né à Florence et mort à Paris (?), est formé au marbre et au bronze par son père de sculpteur dans le style maniériste florentin que représentaient le mieux Giambologna et ses principaux ses élèves-collaborateurs, Pierre Francqueville et Pietro Tacca. Amis, il ne collabore pas pour autant avec le maître dont l’atelier est accaparé par les commandes des Médicis dont Fanelli est écarté. Sans doute est-ce une des raisons qui l’amena à quitter sa ville natale.
Il va rapidement aller travailler à Gênes puisque la première mention qui est faite de lui est l’acte de baptême de son fils en 1605 dans l’église St Agnese de cette ville. Entre 1612 et 23, cinq autres de ses enfants y seront également baptisées. Cette installation à Gênes a pu se faire à l’invitation du peintre Giovanni Battista Paggi (1554-1627) qui retourna à Gênes, sa ville natale en 1599 après avoir travaillé à Florence et avoir entretenu des relations étroites avec Giambologna. Si la clientèle génoise apprécie le maniérisme florentin, elle ne dédaigne pas d’y mêler des références antiques.
La Collection arts Graphiques du Louvre mentionne : « Actif à Gênes, 1605-1630 ».
Paggi apporta sa caution sur la qualité du travail de Fanelli et couvrira certaines sculptures de Fanelli comme son Crucifix en bronze de 1609 commandés par Giamboliogna et pour les chapiteaux et les anges en bronze de S. Maria delle Vigne (1620). La plupart des sculptures de cette période sont perdues ou ont été détruites. Il va répondre à des commandes dont presque rien n’a été préservé à part les œuvres susmentionnées et les statuettes en argent de 1619 comme ornement d’un "scrinium ebuli", peut-être un grand coffret en bois précieux, pour Giacomo Filippo Durazzo, avec la collaboration, pour la fusion, du "argenti faber" Francesco Carrega, ou encore les six anges en marbre des deux portails mineurs du sanctuaire de N.S. de la Miséricorde de Savone, entre 1620 et 1629, la décoration de la chapelle de la Vierge dans l'église de N.S. delle Vigne et du presbytère et de la chapelle Raggio de l'église du Gesù. Le travail se faisait sous le contrôle de la qualité par le peintre-architecte gênois Giovanni Battista Carlone (1603-1684 voir Architecture/ Outre-Rhin/les Carlone).
« Dans ces bronzes décoratifs, F. s'exprime dans un langage courtois et classique d'un grand raffinement formel : les très riches chapiteaux corinthiens, les festons de fleurs et de fruits en plein relief, au dessin clair et ferme, encore du XVIe siècle dans la référence évidente. à une culture humaniste étayée par des références à l'ancien… Les trois grandes statues en marbre de Jésus se démarquent nettement des autres sculptures réalisées pour l'église par les ateliers lombards [qui avaient le monopole des carrières de marbres] ; la finesse exécutive, l'idéalisation classique des figures, le module compositionnel harmonieux et composé, nous ramènent à des modèles célèbres : les trois statues créées par Giambologna pour l'autel de la Liberté de la cathédrale de Lucques.» (Franca Franchini Guelfi, Fanelli, Francesco, Dizionario Biografico degli Italiani - Volume 44, 1994).
1630 est la dernière date à laquelle Fanelli est mentionné à Gênes. En 1635, est fait mention pour la première fois dans les archives du roi Charles Ier d'Angleterre du versement d'une pension royale de 60 livres et un versement de 30 livres.
Les bronzes étaient très appréciés à la cour, à telle enseigne que le Grand-Duc de Toscane, Cosme II de Médicis, avait offert en 1612 au Prince de Galles (futur Charles II) sept bronzes de la main de Pietro Tacca sur des modèles de Giambologna. Fanelli qui n’avait aucun lien contractuel avec l’atelier Giambologna mais qui travaillait dans le même gente maniériste a répondu à l’invitation royale.
Son travail sur l’ivoire est remarqué par Charles 1er, notamment un Pygmalion ; mais il se signale surtout par sa maitrise de la fonte du bronze et son style qui même s’il se réfère au maniérisme de Giambologna n’est pas sans les réminiscences de la statuaire antique. Pour le roi, il réalise au palais de Hampton Court, « une fontaine de sirènes à califourchon sur des dauphins, en alternance avec des coquilles Saint-Jacques, des putti serrant des poissons et d'autres personnages », fontaine que l’on peut mettre en parallèle avec la Fontaine Diana à Bushy Park (1630) du sculpteur-bronzier français H. Le Sueu,r son rival à Londres.
Fanelli exécutera notamment dix bronzes laqués de peinture noire selon la méthode typiquement maniériste, deux S. George, cinq chevaux, un Cupidon à cheval, un Turc à cheval, un Nessus et Deianira pour William Cavendish, duc de Newcastle.
Il va également être très apprécié pour ses portraits. Il a réalisé un grand nombre de statuettes en bronze, notamment le buste du prince de Galles ( futur Charles II) de1640, des chevaux pour le Duc de Cavendish chargé de l’éducation du futur roi. On lui attribue le monument funéraire de Sir John Bridgeman et de son épouse dans l'église Si Lawrence de Ludlow (Shropshire, West Midlands). Les bustes en bronze sur la tombe de Lord Richard Weston († 1635) à la cathédrale de Winchester ; ceux sur la tombe de Sir Robert Ayton († 1637) dans l'abbaye de Westminster attribués généralement à H. Le Sueur sont certainement de Fanelli (Dizionario-Biografico).
Il quitte Londres au début des Guerres Civiles sans doute à la suite de la reine et du duc de Newcastle entre 1642 et 1644 qui se rendirent à Paris fuyant les débuts de la Guerre Civile. Mais il n’y a aucune trace du passage de Fanelli à Paris « même s'il a pu réaliser les petits bronzes décrits dans l'inventaire des biens d'André Le Nôtre († 1700) » et si entre 1646 et 1652, il exécuta les décorations en bronze du cabinet en bois et pierres semi-précieuses qui se trouvait à Paris et qu’avait acheté à Florence en 1644 l’écrivain John Evelyn (Victoria and Albert Museum). « Les neuf plaques, recouvertes d'une laque transparente qui accentue les valeurs lumineuses du relief très raffiné, atteignent la virtuosité dans la représentation des fonds de paysage, gravés plutôt que sculptés. »
En 1661, sont publiées à titre posthume à Paris les Architectures Diverses de Francesco Fanelli, sculpteur florentin du roi de Grande-Bretagne, vingt et un tableaux gravés par W. Faithorne avec des fontaines d'un goût délicieusement maniériste, dont certaines ressemblent beaucoup aux œuvres de Giambologna ». Sans doute par cet ouvrage, Fanelli souhaitait reprendre contact avec la monarchie de la Restauration.
« L'essentiel de l'activité de Fanelli se caractérise par sa spécialisation d'artiste de cour : fournisseur de bronzes précieux de collection et de petites sculptures d'ébénisterie, portraitiste, décorateur de jardins avec fontaines et nymphées. »
Le Dizionario Biografico le donne encore vivant en 1662 : La dernière mention de Fanelli est de 1662 par le peintre baroque flamand Adriaen de Bie qui lui dresse une louange poétique. D’autres sources le donnent mort en 1653, en 1557 ou en 1663.
Notes
[1] Le terme de salomonique pour désigner les colonnes torses n’apparaît qu’au XVIIème siècle Mais Jacques Ier Androuet du Cerceau (1515 - 1585), surtout connu comme graveur d’architecture, dans son deuxième Livre d’Architectures (1559) que l’adjectif de salomonique est donné « parfois aux colonnes torses, parce que les colonnes torses conservées dans la basilique vaticane passaient pour provenir du Temple de Salomon. »
Dans son Dictionnaire Illustré d'Art et d'Archéologie, l’historien de l’art contemporain décrit la colonne salomoniques comme « Colonne dont le fût est contourné en hélice.
Dans son ouvrage Architecture : Méthode et Vocabulaire (2011), Jean-Marie Pérouse de Montclos, historien contemporain de l’architecture, écrit qu’il ne faut pas confondre la colonne torse avec la colonne à cannelures torses.
Dans son ouvrage Aux Marges de la Règle. Essai sur les ordres d’architecture à la Renaissance (2008) , l’historien de l’art Yves Pauwel fournit comme exemple d’emploi de colonnes salomoniques celui du Palais du Te (1525) construit pour le Duc de Mantoue par le premier architecte maniériste de la Renaissance, élève de Raphaël, Jules Romain : «Le premier modèle est celui des douze petites colonnes torses, qui ornaient le chœur de la vieille basilique de Constantin, censées provenir du Temple, et avoir été offertes à Constantin lui-même… Elles ont servi de modèle pour les grandes colonnes de bronze du baldaquin édifié par le même Bernin. Mais le Cinquecento les avait repérées : elles apparaissent régulièrement dans les représentations du Temple chez les peintres maniéristes et baroques. Les architectes de la Renaissance les ont aussi utilisées, rarement il est vrai dans l’architecture réelle (Giulio Romano à Mantoue, Nicolas Bachelier à l’hôtel d’Assezat à Toulouse), plus volontiers dans des dessins et des gravures. On les voit par exemple au « portal de Pierrencise », lors de l’entrée de Henri II à Lyon en 1548. Androuet de Cerceau représente deux arcs « selon l’ordre salomonique » dans ses XXV exempla arcuum, l’un avec des fûts et des chapiteaux reproduisant fidèlement ceux de Saint-Pierre, l’autre les imitant plus librement. »
Pour trouver le premier exemple de colonnes torses en Europe, il faut remonter au XIIIème siècle. Les arcades du Cloître de la basilique St Jean- Hors-Les Murs construit par Nicola et Pietro Vassaletto , sont soutenues par des colonnes torses dite cosmatesques du nom des bâtisseurs lombards, les Maestri Comacini (voir Bas Moyen Âge / Art Roman/ Roman Lombard) qui utilisaient pour le décor des fragments marbres antiques colorés pour colonnes et pavements. Un autre exemple, plus de colonnes cosmatesques près de Rome est le pupitre de l’église San Pietro à Alba (Abruzzes).
On peut également les voir sur la tapisserie de Raphaël (†1510), La Guérison du Paralytique. Elles seront très utilises dans le baroque espagnol.
[2] Colin Platt, The Great Rebuildings of Tudor and Stuart England (London:Routledge) 1994
INDEX DES SCULPTEURS
Italie :
Classicisme
Silla da Viggiù (Silla Giacomo Longhi 1550-1622)
Cristoforo Stati (1556-1619°
Stefano Maderno (1567-1636/37)
Camillo Mariani (Lorraine 1567-Rome 1611)
Alessandro Algardi dit l’Algarde (1595-654)
François Duquesnoy ( Frans Van Kenoy,
dit Francesco Fiammingo Bruxelles 1597- Livourne1643
Pietro Bernini (1652-1629)
Baroque
Rome
Pierre de Francqueville, (Piet. Francavilla Cambrai 1548- Paris 1615)
Pietro Tacca (1577-1640)
Gian Lorenzo Bernini (Le Bernin 1598-1680)
Autour du Bernin : Ercole Ferrata (1610-1686)
Antonio Raggi dit le Lombard (1624-1686)
Lazzaro Morelli (1619-1690
Guiseppe Mazzuoli (1644-1725)
Franchesco Mochi (1580-1654)
Francesco Fanelli (dit Le Borgne Florence v. 1590-Londres1653)
Lecce
Giulio Cesare Penna (1607-1680)
Espagne :
Madrid
Gregorio Hernández ou Fernández 1570-1636
Pedro della Torre (1596?-1677) Valladolid St Jacques Compostelle
Antonio de Herrera Barneuvo (fin XVIème-1646)
Sebastián de Herrera Barnuevo (1619-1671)
Alonso Carbonel (1590-1660)
Pedro Raxis l'Ancien
Pablo de Rojas (de Raxis 1549-1611)
Séville
Juan Martínez Montañés fils,
Juan Martínez Montañés (1568-1649) fils
Diego de Pesquera (actif Grenade 1563-Séville 1571 après 1582=
Juan Bautista Vázquez le Jeune († 1610)
José de Arce (Flandre1600- Séville 1660)
Juan de Mesa y Velasco (1583-1627)
Pedro Roldán (1624-1700)
Luisa Roldán (1652-1706)
Grenade
Pablo de Rojas (de Raxis 1549-1611)
Alonso Cano (1601-1667)
Alonso de Mena (1587- 1648)
Pedro de Mena y Medrano (1628-1688)
Teodosio Sánchez de Rueda (1676-1730)
Cordoue
Francisco Hurtado Izquierdo y Fernández (1669-1725
France :
Pierre de Francqueville (Pietro Francavilla 1548-1615)
Nicolas Guillain, (dit Cambrai ou Nicolas de Cambrai 1550-1639)
Simon Guillain II (1618-1658)
Guillaume Berthelot (1570/80/83-1648)
Jacques Sarrazin (ou Sarazin 1592-1660),
autour de Sarazin : Marsy, Gaspard (†1681) et Balthazar (†1674)
Étienne Le Hongre (1628-1690)
Thibaut Poissant (1605-1668),
Gilles Guérin (1611-1678),
Thomas Regnaudin (1622-1706)
Pierre Legros l’Aîné (1629-1714)
Philippe de Buyster (1595-1688)
Simon Mazière (1648-1722?)
Hubert Le Sueur (anciennement Le Soeur ca. 1585- après 1658)
François Anguier (1604-1669
Thibaut Poissant (1605-1668)
Michel Anguier (1612-1686)
Louis II Lerambert (1620-1670)
Pierre Puget (1620-1694)
Jacques Houzeau (1624-1691)
Catherine Duchemin (1630-1698)
Antoine Coysevox (1640-1720)
Marc-Arcis (1652/59-1739)
Provinces-Unies :
Willem van Tetrode (Guglielmo Fiammingo env. 1525 - après 1588),
Adrien de Vries (ou Adriaen de Vries 1546-1626)
Rombout Verhulst (1624-1698)
Jean del Cour (1627-1707) wallon >Lièges
Gabriel de Grupello (1644-1730)
Pays-Bas Méridionaux :
Jérôme Duquesnoy l'Ancien (1570 -1650)
François Duquesnoy ( Frans Van Kenoy,
dit Francesco Fiammingo Bruxelles 1597- Livourne1643
Artus Quellinus L’Ancien (Arnoldus Quellijn 1609-1688)
Anvers, Amsterdam
Hendrick Faudherne † 1629
Lucas Faidherbe (1616?-1697)
École Bruxelloise :
Jean Cosyn (1646-1708)
Anthoen Pastoran (1640-1702)
Marc de Vos (1645-1717)
Outre-Rhin :
Leonhard Kern (1588-1662)
Heinrich Ringerink (1583-1629
Melchior Barthel (1625-1612)
Andreas Faistenberger (1646-1735)
Les Zurn : Hans Zurn (1555-1632)
Jorg (1583-1638)
Hans le Jeune (c.1585-1625)
Pietro Maino Maderno (Peter Matterny, Matern, 1592-1653)
Thomas Schwanthaler (ou Schwabenthaler 1634-1707),
Mathias Rauchmiller (ou Rauchmüller 1645-1686)
Balthasar Permoser (1651-1732)
Matouš Václav Jäckel.(1655-1738) Prague
Mathieu Mérian (1593-1650) Bâle (sur bois)
Outre-Manche :
Nicolas Stone (1586/87-1642)
Hubert Le Sueur (anciennement Le Sœur Paris ca. 1585- après 1658),
Francesco Fanelli (dit Le Borgne Florence v. 1590-Londres1653)