RELIGION ET MYSTIQUE

              LA RELIGION

LA MYSTIQUE


LA RELIGION

Introduction



Si les guerres ne furent pas moins nombreuses au cours du XVIIème siècle qu’elles ne le furent au siècle précédent, la religion n’en fut plus, du moins ouvertement, une cause première. Sous-jacents aux enjeux politiques et territoriaux, les motifs confessionnels des catholiques des Habsbourg d’Espagne et du St Empire, des Bourbon de France et des papes des États pontificaux, et ceux des réformés d’États allemands, des Provinces-Unies et à un moindre degré d’Angleterre continuèrent d’être déterminants dans le choix des alliances.

L’Église catholique commença à mettre en œuvre, bien que tardivement, le programme de Contre-Réforme qu’elle avait concocté durant le Concile de Trente (1545-1563). Les réformés dans leur ensemble, luthériens et calvinistes affermirent leurs pouvoirs politiques et religieux donnant une assise définitive à leurs Églises respectives qui, en définitives, empruntèrent au catholicisme  son  modèle hiérarchique pour la constitution de leur clergé.

Quant aux dissidents, les Évangélistes ( Quakers, Amish, Méthodistes…) les Puritains, les Anabaptistes et Baptistes, Ranters (Râleur), ils continuèrent de subir une répression au mêmes titre que les protestants en France ( Sièges de La Rochelles, Révocation de l’Édit de Nantes) et   les juifs en Espagne (Limpieza de sangre’, ‘la pureté du sang"), obligeant nombre d’entre eux soit à l’exil, soir à l’exode,  soit à une conversion plus ou moins ouverte.

Les affrontements doctrinaux au sein des obédiences et entre elles prouvèrent la vitalité d’une foi qui, indéracinables, restait le fondement de toute société ; la nouvelle philosophie, la philosophie de la nature ne faisant qu’y prendre sa place.


France

Introduction- Catholiques - Jansénistes - Réformés - Non-Conformistes


Introduction

« Au XVIIe siècle, la spiritualité en France connaît d'abord une période d'essor de 1598 à 1629… Elle va jusqu'à la mort de Bérulle en 1629 sous Louis XIII et Richelieu. Par la suite, le renouveau catholique s'épanouit et s'implante sur une large échelle de 1629 à 1660 : nouvelles fondations, institution des séminaires par saint Vincent de Paul en 1642, Monsieur Olier en 1642 et saint Jean Eudes en 1643 etc. Cette période couvre la fin du règne de Louis XIII et la régence d' Anne d'Autriche. Après 1660 l'élan créateur ralentit de plus en plus et commence une période de querelles qui se solde par une décadence de la spiritualité et un repli de la mystique justement désigné par le Père Cognet " le crépuscules des mystiques…Hypothéquée par le jansénisme et la querelle Fénélon-Bossuet, la spiritualité s'enferme dans la répétition et l'esprit de chapelle. Du côté de l'École française.[1] »

Le XVIIème a été un des grands sinon le grand siècle de la spiritualité française. Face à l’ardeur des calvinistes et à l’avancée de leurs acquis, un nouvel élan de la foi, une nouvelle motivation  de la pratique, un prosélytisme à mettre en œuvre s’avéraient indispensable au sein de l’Église. Ce renouveau spirituel sera animé par les écoles de spiritualité telle celle de Pierre Bérulle, par la fondation de compagnies, celle notamment de Jean-Claude Olier fondateur des Saint Sulpiciens en 1645, de congrégations notamment celle de Saint Vincent de Paul, d’ordres comme L'Ordre de la Visitation de Sainte-Marie de  Saint  François de Sales. Les doctrinaires tels le Grand Arnauld, les mystiques telles Madame Acarie et  Madame Guyon jouèrent aussi un grand rôle dans la vie spirituelle française. Les dévots qui constitueront ce que l’on a appelé un parti, les professeurs de théologie, les prêtres dévoués vont être de ces  animateurs zélés de la foi. Sans oublier  les moines aux prêches incantatoires comme le capucin Benoît de Canfield (†1610), inspiré par les Maitres Rhénans des XIIIème et XIVème siècle, proche de Madame Acarie,  le chartreux Dom Beaucousin, premier traducteur en France en 1609 de L’Ornement des Noces spirituelles  de Ruysbroeck l’Admirable (†1381) (voir BMA/Philosophie et Spiritualité/ La Mystique du Nord).

La diffusion des ouvrages du frère mineur brabançon Harphius (Henri de Herp 1400-1477) qui œuvra à la fusion de la théologie rhénane et de la mystique franciscaine, fut une des sources


certaines qui irrigua cette ardeur spirituelle pour ne pas dire ferveur. Cette foi ardente ne pouvait que se manifester dans de nouveaux courants comme le jansénisme et le quiétisme
[2], non sans créer de remous créer au sein d’une Église qui se pensait inébranlable derrière les contreforts d’une Contre-Réforme qui se pensait forte de ces écoles et de ces congrégations qui s’avérèrent en fait plus tournées vers la vie intérieure que motivées par un prosélytisme  fécond, si ce n’est chez les jésuites.

Il est difficile même superfétatoire de vouloir distinguer dans ses courants ceux qui relèveraient d’une pensée théologique de ceux qui relèveraient de la mystique. Les grands chrétiens français du siècle ont pour la plupart occupé des charges importantes au sein de l’Église, de leur ordre ou de leur courant doctrinaire, et souvent ont été autant portés par la quête intérieure que  part la spéculation intellectuelle.


Réforme et Renouveau

Le renforcement de la foi, un envol de la piété, est un des buts que s’était fixée la Contre-Réforme. Ses décrets seront mis en œuvre en Italie et en Espagne dès la fin du au Concile de Trente en 1563. Mais à cause du bouleversement des Guerres de Relions (1562-1588) et de l’assassinat du Henri IV en 1610, l’Église de France ne commencera à les mettre en pratique que sous le règne de Louis XIII, et encore, dans un contexte tumultueux puisque les huguenots n’auront cesse de se rebeller par trois fois durant ce que l’on a appelé les Guerres de Monsieur de Rohan, rébellions huguenotes qui, en trois phases commence en 1620 pour s’achever en 1629 : 1620-22 , 1625-26, 1628-29 (voir Introduction/Événement Majeurs/France)

Une véritable propagation de la foi commence en France par ce que l’on pourrait appeler une mise à résidence des évêques qui souvent ne demeuraient pas au siège épiscopal, puis à l’échelon inférieur, par la sensibilisation de prêtres dans leur pastorale et la création de séminaires auxquels donnent un véritable dynamisme Saint Vincent de Paul, Jean-Jacques Olier (voir Mystique) et particulièrement le tertiaire franciscain St Jean Eudes (1601-1680), créateur d’un institut pour la formation des prêtres, grande figure de l’École de Spiritualité Française et de la dévotion au Sacré-Cœur.

Cette nouvelle prédication s’accompagne d’un nouveau souci des pauvres et de leurs déplorables conditions de vie (50% de mortalité en bas-âge). Saint Vincent de Paul sera la figure emblématique de cette démarche caritative avec la fondation de La Compagnie des Filles de la Charité et des Lazaristes (du quartier St Lazare à Paris), qui se consacreront à l’évangélisation des pauvres dans les campagnes.

Cette refonte de la mission ecclésiale s’étend à la réforme des ordres bénédictin et trappiste (cistercien). Ce mouvement de réforme, voulu par l’institution ecclésiastique, s’accompagne de la création de nombre nouveaux ordres et congrégations à l’initiative desquels se trouvent des professeurs de la Sorbonne, des théologiens, mais aussi des prêtres à la   forte personnalité, profondément charismatiques, animés d’une spiritualité qui fait directement appel à une vie intérieure au servie de Dieu. La Société de l’Oratoire ou Congrégation des Prêtres sans vœux fondée en 1611 par P. Bérulle, fille de La Congrégation de l’Oratoire fondé par Philippe de Néri à Rome en 1575, l’Ordre de la Visitation en 1608 par St François de Sale et Jeanne de Chantal ou encore les Prêtres de la Congrégation de Jésus et de Marie (les Eudistes) fondée par Jean Eudes  en 1643 sont de ces missions qui s’inscrivent dans le mouvement que l’historien  H. Bremond (†1933) a appelé l’Humanisme Dévot, et qu’il étend de 1580 à 1660, appelé aussi Le Milieu dévot en un sens péjoratif. L’Humanisme Dévot, apparu au début du siècle, est une alliance de l’héritage humaniste de la Renaissance en sa foi en l’homme et les principes de la Contre-Réforme. Il professe que la sainteté n’est pas seulement accessible par la vie monacale,  elle peut l’être à tous en menant une existence ordinaire. Humaniste, il oppose au pessimisme janséniste et luthériens un optimisme nourri de confiance en Dieu et en l’homme[3].

 

Les courants

La pensée religieuse sera traversée au cours du XVIIème siècle de divers courants auxquels pour chacun sont restés attachés des noms parmi les plus brillants de leur époque, le catholicisme avec Bossuet, le quiétisme français avec Fénelon, le jansénisme avec le Grand Arnauld, l’École Française avec Pierre Bérulle, le mouvement salésien avec St François de Sales, le fidéisme avec Pierre-Daniel Huet.

Outre l’influence du néerlandais Cornelius Jansen (1585-1638) à l’origine du Jansénisme en France, la spiritualité française puisera ses sources essentiellement dans deux courants géographiquement opposé, l’École Rhénane et le Carmel Déchaussé (réformé) de Ste Thérèse d’Avila (Renaissance/Humanisme et religion/La Mystique en Espagne).


Fondations des Congrégations

En 1614, l’esprit belliqueux des Guerres des Religions étant momentanément apaisé, les reformes du Concile de Trente commencent à être appliquées dans le royaume : résidence permanente des évêques dans leur diocèse, formation de prêtres, visites ; en fait contrôle, des paroisses La même année, les Exercices Spirituels (1548) d’Ignace de Loyola, sont publiés en français avec un immédiat succès.

C’est l’époque de la fondation de nombreuses congrégations dont les Oratoriens (1611) de Pierre Bérulle, la Compagnie du Saint-Sacrement (1630) de Henri de Lévis, de la Congrégation de la Mission (les Lazaristes,1625) et Les Filles de la Charité (1633) de Saint Vincent de Paul, les Eudistes (1643) de Jean Eudes. Mais c’est aussi, avec l’aval de Louis XIII, celle d’une répression accrue des contestataires de la vraie foi. Condamnation des blasphémateurs et de leurs écrits.

« En février 1619, l’italien Giulio-Cesare Vanini eut ainsi la langue tranchée avant d’être décapité puis brûlé à Toulouse pour avoir rédigé « Les Admirables arcanes », dont le contenu avait été jugé matérialiste. En 1621, le juriste Jean Fontanier fut brûlé vif à Paris après s’être converti au judaïsme. Deux ans plus tard, le poète Théophile de Viau fut arrêté et condamné à mort pour ses écrits libertins avant d’être finalement libéré grâce aux pressions de puissants amis[4] »


Les couvents de Paris

« Les couvents de femmes sont particulièrement nombreux : en 1790, à la veille de leur suppression, ils sont une centaine, deux fois plus que les couvents d'hommes, en très grande majorité (4/5) fondés au XVIIe : Carmélites (1602), Ursulines (1603), Capucines (1604), Augustines des Madelonnettes (1618), Filles du Calvaire (1620), Bénédictines du Val-de-Grâce (1621), Annonciades célestes (1622), Visitandines (1623), Feuillantines (1623), Récollettes (1627), Filles de la Charité (1633), Filles de la Croix (1641) ;

Ces nouveaux couvents s’implantent en majorité sur la rive gauche, en périphérie urbaine, dans les faubourgs Saint-Jacques, Saint-Victor et Saint-Germain mais aussi, rive droite, au faubourg Saint-Antoine et à Popincourt et dans les quartiers qui s’ouvrent à l’urbanisation. Généralement entourés de vastes jardins, ces couvents marquent fortement jusqu’à la Révolution le paysage parisien.

Le plus important de ces couvents, et l'un des rares conservés, est l'abbaye du Val-de-Grâce, fondée par Anne d'Autriche en 1621 pour des Bénédictines…La quasi-totalité de ces couvents seront vendus à la Révolution comme biens nationaux et disparaitront. Certains bâtiments se maintiennent, transformés souvent en hôpitaux (Val-de-Grâce, Port-Royal, Institution de l’Oratoire–Hôpital Saint.-Vincent-de-Paul-, Séminaire des Oratoriens - Institut des Sourds-Muets), en casernes ou en prisons.  » (Les Fondations Religieuses au XVIIe Siècle https://paris-atlas-historique.fr/24.html)


Petite chronologique

 Une période de calme après la tempête des Guerres de Religions (1568-1598) à laquelle a mis provisoirement fin la promulgation de l’Édit de Nantes par le roi (re)converti, Henri-IV, va être favorable à un développement de la créativité spirituelle et pastorale. Mais cet édit ne fut pas sans troublante conséquence. Après avoir obtenu la liberté de culte, et des places fortes, les huguenots allèrent jusqu’à vouloir faire de ces dernières des états dans l’état, voir fonder une république indépendance sur le modèle des Provinces-Unies néerlandaises. Ce qui poussa Richelieu à établir le fameux Siège de La Rochelle en 1627 jusqu’à la capitulation de la ville un an plus tard.


Puis, la fin du règne de Louis XIII († 1643) et la régence de Anne d’Autriche seront marqués par la fondation d’ordres et d’institutions nouvelles. Dans le deuxième quart du siècle se prolonge l’élan spirituel du premier, mais  le troisième quart verra un fléchissement pour lequel le Père Cognet a parlé de « crépuscules des mystiques ». La querelle Bossuet-Fénelon ne sera pas sans incidence sur ce déclin donnant l’image d’une profonde dissension au sein de l’Église. Néanmoins, l’influence qu’exercera Mme de Maintenon sur un Louis XIV en pleine maturité sera suffisamment et durablement forte pour que le règne s’avance vers une religiosité des plus marquée.

« Du côté de l'École française les disciples codifient de plus en plus les inspirations de base les rétrécissant par le fait même. C'est cette image un peu guindée que bien des contemporains gardent des maîtres du XVIIe siècle français » (Hermann Giguère, professeur à l’université de théologie Laval (Canada), cours sur Le Contexte De La Spiritualité Française Au XVIIe Siècle, 2014)


Les Catholiques

Saint François de Sales

François de Sales (1567-1622), né dans un bourg de Haute Savoie et mort à Lyon,   est issu de par son père et sa mère de la vieillesse noblesse savoyarde. La Savoie, duché depuis 1416, n’aura cessé d’être envahie par la France aux XVI et XVIIème siècles. Elle va y perdre une partie de ses territoires ou apanages comme la Bresse et le Canton de Vaud. En 1563, sa capitale de Chambéry se déplace à Turin. Le Duché va résister à la réforme calviniste qui a fini par gagner tous les cantons suisses. François sera un le symbole de cette résistance par son soutien à la Contre-réforme.

Il commence ses étude au collège local puis les poursuit au collège d’Annecy. Il apprend là le français. En 1578, à onze ans, il veut se destiner à l’ordination mais son père voit pour lui une carrière juridique et l’envoie à Paris où au collège des jésuites de Clermont (futur Lycée Henri-IV), il fait ses humanités. Il est aussi formé à la théologie et à la rhétorique, aux mathématiques et à l’histoire.


En 1588, licence et maitrise en poche, il se rend à Padoue où sous la direction du théologien jésuite Antoine Poissevin, il pratique à l‘université les Exercices Spirituels (1548) d’Ignace de Loyola (voir Renaissance/ Contre-Réforme). A vingt ans, dans les années 80, il a été profondément préoccupé par la question de la prédestination au point d’avoir cru être prédestiné aux enfers avant que pour se libéré  de cette angoisse, il ne fasse vœu de chasteté. Son étude de Saint Augustin qui défendait contre le moine breton du 3ème siècle, Pélage un certain libre-arbitre de l’homme et non sa  totale soumission à Dieu, le mettra en porte à faux avec l’évêque d’Hippone.


En 1592, très affaibli par l’austérité de sa vie, il revient en Savoie où son père lui donne la seigneurie de Villaroger. Il souhaiterait recevoir l’ordination - on lui offre d’être chapelain à Rome- mais il cède aux instances de son père et exerce comme avocat à Chambéry. Il a par contre refusé de se fiancer. Un an plus tard, il est ordonné prêtre. Il est nommé prévôt de Genève dont l’évêché s’est reporté sur Chambéry sous la pression calviniste. La Savoie n’a pas été ‘épargnée’ par la Réforme, qui a conquis la région du Chablais. François s’y porte volontaire comme missionnaire. Sa méthode : convaincre par la charité non par  la poudre. Ses sermons imprimés sur des feuilles volantes feront de lui le saint patron des journalistes et des écrivains. En 1597, il obtient que la messe puisse être rendue en public à Thonon, principale ville du Chablais et fief calviniste. Il rencontre à Genève un Théodore de Bèze vieillissant, successeur de Calvin (voir Renaissance/ Réforme suisse).


En 1598, le pape le nomme coadjuteur de l’évêque de Genève, Claude Granier qui, quatre en plus tard, l’enverra  en mission à Paris auprès d’Henri IV pour que soient restitués les biens du clergé saisis pendant la guerre contre la France (1600-1601). En la même année, 1602, il est nommé à l’épiscopat de Genève dont le siège est toujours à Chambéry.

En 1604, il entame ses sermons à Dijon et rencontre Jeanne Baronne de Chantal (tante de Mme de Sévigné) dont il va devenir le directeur spirituel. Sa correspondance, notamment avec sa cousine Madame de Charmoisy, nourrit sa prochaine Introduction à la Vie Dévote qui, écrite en  cinq parties en 1608, portera dans un style simple se voulant accessible à un vaste public, conseils de piété, de charité, de perfection, de vertu, de ferveur,. En1609, avec le juriste et écrivain, Antoine Favre, il fonde l’Académie Florimontane qui regroupe les intellectuels savoyards. En 1609, alors qu’il rétablit l’ordre de St Benoit à l’abbaye de Talloires (lac d’Annecy), il se lie d’amitié avec Jean-Claude Camus (voir Fénelon/ Le Pur Amour) qui nommé par lui évêque de Belley, écrira sa première biographie, Esprit du Bienheureux François de Sales (1639-41).


En 1610, il fonde à Annecy l’Ordre de La Visitation dont la directrice est Jeanne de Chantal avec qui il est toujours resté en correspondance. En 1615, il écrit le Traité de l’Amour de Dieu "pour les âmes avancées en dévotion". En 1619, il est dans la suite du Duc de Savoie, Charles-Emmanuel qui marie son fils, Victor-Amédée Ier de Savoie, avec Christine de France, deuxièmes des quatre filles du roi Henri IV. Ses sermons, ses conférence lui donnent une renommée et il devient un temps directrice d’Angélique Arnauld, figue majeure du jansénisme qu’il a rencontré à l’abbaye de Maubuisson (Val d’Oise). Abbesse de Port-Royal des Champs (Vallée de Chevreuse) depuis 1602, elle serait rentrée dans l’Ordre de La Visitation s’il ne l’en avait dissuadé.

« François fréquenta à Paris le cercle Acarie [Madame Acarie future Marie de L’incarnation], qui rassembla de hautes figures spirituelles comme Bérulle et Vincent de Paul, qui devint son ami et nous livra cette confidence : "J’étais porté à voir en lui l’homme qui a le mieux reproduit le Fils de Dieu sur terre". François confia à Vincent la direction spirituelle de la Visitation qu’il venait de fonder à Paris tandis que, de leur côté, les "Filles de la Charité" de saint Vincent de Paul et de Louise de Marillac devaient étudier l’Introduction à la vie dévote » ( Père Alain Viret, Saint François de Sales, Maître spirituel, Revue "France Catholique", N°2859 2002.).


De retour à Annecy en 1620, sa santé devient fragile. Il visite la sœur du duc à Turin, se rend à la forteresse de Pignerol où quelque quarante ans plus tard sera enfermé à vie Nicolas Fouquet. Accompagnant le Duc à Paris,   Il s’arrête à Lyon où il voit pour la dernière fois Jeanne de Chantal au couvent de la Visitation de Bellecour où il meurt quelques jours plus tard. Son cœur y est déposé dans un reliquaire ; son corps est amené à Annecy. Il sera canonisé en 1665.

 Dans un langage simple, accessible à tous, nourri d’images de la vie courante, d’expériences communes ou tirées de la nature, du lien maternelle, le prêche de de Sales communique une parole d’amour qui ne cherche qu’à nous communiquer l’Amour, la Grâce. D’un Dieu cordial et charitable qui ne demande aucune de mortification ni d’expériences mystiques pour le servir.

« Il insiste sur la convenance qui existe entre Dieu et le cœur de l’homme, convenance qui trouve son origine dans la ressemblance que Dieu y a inscrite en le créant. Toute son œuvre comme pasteur et guide spirituel est une éducation à la sainteté, une sainteté qu’on pourrait qualifier de cordiale et ordinaire… » (P.A. Viret op. cit.).

« Et nous, demeurant près du Sauveur par la méditation et observant ses paroles, ses actions et ses affections, nous apprendrons, moyennant sa grâce, à parler, faire et vouloir comme lui » ( Traité de l’Amour de Dieu).

Par ces paroles, de Sales ouvre la voie au Pur Amour.


Le Mouvement Salésien

En 1859, Saint Jean Bosco crée à Turin le Mouvement Salésiens des Jeunes  sur les pas de celui qu’on a appelé « l’apôtre de la douceur ». Ce mouvement qui regroupe salésiens et salésiennes, à vocation sociale, se voue à l’enseignement des jeunes, ouvre des écoles essentiellement professionnelles, des maisons à but éducatif, des paroisses. Une branche est constituée par les Filles de Marie Auxiliatrice qui allient à la vocation d’enseignante, celle d’auxiliaires hospitalières et qui se spécialisent dans le droit pontifical.

Vincent de Paul (1581-1660), troisième de six enfants, né près de Dax dans les Landes et mort à Paris,  est le fils d’un agriculteur aisé possédant une maison de maître. Dans sa prime enfance, il fait le berger avant de rentrer au collège dominicain de Dax. Il y reste trois ans et laisse l’image d’un ‘bosseur’. Un notable lui demande d’être précepteur de son fils. En 1596, à 20 ans, il reçoit la tonsure et les ordres mineurs qui font de lui soit un portier (gardien d’église), soit un lecteur, soit un acolyte (servant de messe), soit un exorciste.

L’année suivante, il entre à l’université de Toulouse où il étudie la théologie. Il y obtient son baccalauréat en 1604. Il a entre temps était ordonné prêtre en 1600. En 1605, de retour de Marseille où il a reçu un petit héritage, il est capturé par les Barbaresques et vendu plusieurs fois, notamment à un alchimiste auquel il porte intérêt. A Tunis, il aurait converti le dernier de ses maîtres, et amené ce dernier avec ses femmes à Rome pour que lui soit pardonné ses fautes.


En 1609, Pierre Bérulle devient son directeur spirituel. En 1610, le pape le recommande comme aumônier auprès de la Reine Margot, fille d’Henri III, épouse d’Henri IV. A 31 ans, il entame sa vie paroissiale à l’église de Clichy . En 1613, il est précepteur de la maison de Philippe-Emmanuel de Gondi, fils du Cardinal de Retz. Il suit la famille en ses domaines et découvre la misère du peuple. Il commence là des confessions publiques. Il demande à être curé de campagne. Il est nommé dans la petite ville de Châtillon-sur-Chalaronne au nord de Lyon. En 1617, il fonde les Dames de la Charité (Confrérie des Servantes et des Gardes des pauvres ou Charité de Châtillon) pour venir en aide aux pauvres.

En 1619, il prend en pitié les galériens qu’il visite dans les prisons avec son maître. Il est nommé Aumônier Général des galères.


En 1625, avec l’aide des Gondi, il fonde la Congrégation de la Mission  dont les membres, appelés les Lazaristes (siège au quartier St Lazare à Paris), constituent une société de vie apostolique, société de laïcs. En 1633, il fonde la Compagnie des Filles de la Charité appelées les Sœurs de Saint Vincent de Paul qui se consacrent au soins corporels des malades. 

En 1638, il fonde l’institution religieuse de L'hôpital des Enfants-Trouvés. En 1652, il fonde la Congrégation de l'Union-Chrétienne de Saint-Chaumond consacrée à l’éducation des enfants et des jeunes filles. Toutes les fondation de Vincent de Paul ont le statut d’institut de droit pontifical, c’est-à-dire qu’elles reçoivent l’approbation du Saint Siège. Il aura consacré sa vie au services des pauvres et des déshérités entouré de dames de la noblesse et de la bourgeoisie.


En1643, Louis XIII recevra de lui l’extrême-onction. La même année, la régente Anne d’Autriche le fait entrer au Conseil de Conscience qui, créé par Richelieu, nomme évêques et abbés; en 1516, le Concordat de Bologne avait accordé ce droit au roi de France. En 1657, il fonde L'hôpital de la Pitié-Salpêtrière , hospice pour personnes âgées. Il meurt en 1660 et est inhumé à l’église St Lazare (Faubourg St Denis). Il sera canonisé en 1737.

Le Dieu de Vincent de Paul est le Dieu de François de Sales, un Dieu d’amour et de charité.


Bérulle et l’École française

Pierre de Bérulle (1575-1629), né près au château de Cérilly près de Sens et mort à Paris, est issu d’une famille de la noblesse de robe. Il a sept ans quand son père, conseiller au Parlement, meurt. Ses oncles maternels, Les Séguier, prennent en charge son éducation. Très ancienne famille de chevalerie, mentionnée pour la première fois en 1035, Les Séguier ont compté au XVIème et XVIIème siècles un ambassadeur à Venise, et deux Présidents à Mortier  (président d’une des chambres) du Parlement de Paris dont Pierre Séguier (1588-1672) qui sera le premier titulaire du premier fauteuil de l’Académie Française, et, la même année 1635, chancelier de France après avoir été nommé deux ans plus tôt Garde des Sceaux. Un des plus grands mécènes et collectionneur de son temps ; son protégé Charles Le Brun (1619-1690), maître d’œuvre de Versailles, achèvera  en 1661 un portrait équestre de lui resté célèbre.

Bérulle suit ses études successivement aux collèges de Boncourt, de Bourgogne et de Clermont futur collège Louis-Le-Grand) où les jésuites lui enseignent la philosophie. En 1594, à moins de 20 ans, il entreprend des études de théologie contre l’avis de ses oncles qui le destinaient à une carrière de magistrat. A la Sorbonne, puis au Collège Royal (futur Collège de France), il étudie les scolastiques, les Pères de l’Église, les philosophes de l’Antiquité. Son maitre spirituel, Dom Beaucousin l’initie à la Mystique Rhénane (Maitre Eckart, Tauler, T. de Freiberg …) et à la mystique flamande (Ruysbroeck) et le guide sur une voie ascétique. Sa pensée sera marquée par les œuvres du Flamand Harphius (Henri de Herp 1400-1477), moine franciscain qui ayant appartenu aux Frères de la Vie Commune suivant La Devotia Moderna (voir Bas Moyen-Âge/Derniers Feux de La Pensée Médiévales/Mystique du Nord), opéra une synthèse entre la mystique de l’École Rhénane des XIIIème et XIVème siècles et la spiritualité franciscaine, particulièrement celles des Frères Mineurs de l’Observance (observance plus stricte de la règle ou des coutumes ; les Cordeliers en France) dont il fut Vicaire Général. Ce sont ses écrits qui réunis après sa mort en 1538 sous le titre Theologia Mystica introduisirent la terminologie de la mystique du Nord[5].

La même année 1594, Madame Acarie (1666-1618 voir Mystique/France), apparentée à la famille et qui rentrera aux Carmel, s’installe dans l’hôtel familial de Bérulle dans le Marais où vit Pierre. L’influence de cette profonde mystique qui a empreint de sa foi toute la spiritualité du début du siècle aura eu une influence considérable sur l’orientation de l’auteur de Un néant capable de Dieu.


En 1597, paraît son premier écrit, Bref Discours de l’Abnégation Intérieure, qui doit beaucoup au rayonnement de Charles de Borromée ( Voir Renaissance/Contre-Réforme/Italie). Il reçoit les ordres majeurs en 1599, année où il publie Traité des Énergumènes suivi  d’un Discours sur La Possession de Marthe Brossier contre les Calomnies d’un Médecin de Paris.

En 1602 lors d’une retraite, il prend conscience de sa vocation : 

« J’ai résolu de me dépouiller de tout usage de moi-même autant des facultés spirituelles de l’âme que des sens, et de parvenir à ce degré où l’âme ne ressent plus, là où elle n’a ni ne vaut plus rien de soi-même… »[6]

En 1598, Mme Acarie le charge de ramener d’Espagne des carmélites déchaussées, disciples de Ste Thérèse d’Avila. Parmi les sept sœurs qui viendront fonder l’ordre à Paris se trouve Anne de Jésus (Ana de Lobera Torres † 1621)  amie et disciple de St Jean de La Croix (†1591), dédicataire du Cantique Spirituel (voir Renaissance/La Mystique en Espagne/ St Jean de La Croix). Bérulle est le supérieur de l’ordre sis rue St Jacques.

En 1607, après une expérience spirituelle qui le marquera à vie, il décline l’offre de devenir précepteur du Dauphin. Il veut créer une congrégation de prêtres sur le modèle des Oratoriens de Philippe de Neri et des Oblats (reclus qui mènent une vie monacale) de Charles de Borromée.


En 1609, paraît Discours de Controverses et en 1611, il fonde La Fondation de l'Oratoire, « point culminant de la Contre-Réforme en France… Il ne s'agissait pas de réformer, mais de sanctifier le clergé. Une congrégation qui, « par un état perpétuel », honorera « le souverain sacerdoce de Jésus-Christ…L'Oratoire rend « un hommage particulier » au Verbe incarné. — Il a pour mission de vivre et de répandre la doctrine spirituelle de Bérulle» (Henri Bremond Histoire Littéraire Du Sentiment Religieux En France, Bloud et Gay 1916-33).

Durant quatre ans, Bérulle va y donner des conférences spirituelles qui livrent le sens et l’orientation de l’oratoire dont il est le Supérieur Général ainsi que du Carmel Thérésien qui va connaître un rapide développement dans toute la France. En 1614, le pape le nomme Visiteur Perpétuel des Carmélites de France.

En 1619, il va jouer un rôle important dans la réconciliation entre Louis XIII et sa mère Marie de Médicis. Le Traité d’Angoulême marque la réconciliation de la mère avec le fils qui, à fin de prendre les rênes du pouvoir et donc le pouvoir à la reine, avait fait assassiner son favori, l’influent maréchal de France, Concino Concini (†1617) et sa femme Léonora Dori dite la Galigaï, amie de la reine-mère. Marie de Médicis, de son côté, s’était échappée du château de Blois où elle avait été enfermée et avait levé une armée à Angoulême avec l’aide du Duc d’Épernon. Dans un même ordre politique, il va négocier le mariage de Charles 1er Stuart avec Henriette de France, fils de Marie et de Henri IV. Bossuet écrira un de ses plus beaux sermons à la mort de celle-ci en 1669 avec le célèbre « Madame se meurt, Madame est morte ».


Bérulle soutiendra Richelieu dans sa décision du Siège de La Rochelle en 1627-28 et sera à ses côtés dans les fortifications de la ville. Mais sa position de membre influent de la Compagnie du Saint Sacrement (Parti Dévot) fondée en 1630 par  Henri de Léris, et que l’on soupçonnée d’être favorable au roi d’Espagne Philippe IV d’Habsbourg, beau-frère de Louis XIII, lui vaudra la disgrâce de Richelieu. Il est nommé cardinal en 1627 et devient chef du Conseil de la Reine-mère

A cause de l’essor de l’Oratoire et du Carmel, il va se heurter à des jalousies notamment chez les jésuites. Il aura pour appui son fidèle ami, le Père Corton et le jeune Saint-Cyran. Fait polémique le vœu de servitude à Jésus des carmélites. Il clarifie sa position en 1623 par un de ses plus beaux texte Discours de l’État et des Grandeurs de Jésus.

En 1624, ne négligeant pas sa mission spirituelle, il écrit sa Lettre aux Pères et Confrère de l’Oratoire et l’année suivante le Mémorial pour la Direction des Supérieurs. En 1629, il commence sa Vie de Jésus qui restera inachevée.

En 1628, il se retire au monastère carmélite de la rue St Jacques pour raisons de santé. Sa vie spirituelle est intense. Il meurt à 54 ans en célébrant la messe. Il fut un proche ami proche de R. Descartes


L’École Française

L’ensemble des propagateurs d’un essor du mouvement spirituel en France au XVIIème siècle est regroupé sous le terme d’École Française de Spiritualité. Sa mission est d’abord l'éducation de la foi. Chacun de ses maîtres aura sa méthode, son charisme, sa parole. Les principaux en sont Le Père Corton (1564-1626), Pierre Bérulle (1575-1629), Saint Cyran (1581-1643), Jean Eudes (1601-1680), Louis Bourdaloue (1632-1704), Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), nommé par Clément XI missionnaire apostolique, fondateur de plusieurs ordres et dont l’œuvre et sa célèbre prière Totus tuus (‘tout à vous’, utilisé parfois comme signature ecclésiastique) est vouée à Marie. Cette option pour la formation chrétienne va se traduire différemment chez les uns et chez les autres, mais elle accompagne les initiatives de plusieurs maîtres de l'École française.

L’école comme les autres missions françaises, La Congrégation de Jésus et Marie, ou Eudistes fondés en 1643 par saint Jean Eudes, La Congrégation de la Mission (Lazaristes) fondée la même année par st Vincent de Paule « diffèrent de celles des autres pays latins en ce qu'elles n'ont pas d'abord un objectif pénitentiel. Elles veulent présenter les rudiments de la foi dans les campagnes et lutter contre un des principaux maux de l'Église de France : l'ignorance de la population. Elles ont eu pour effet de susciter la créativité pour exprimer dans des dévotions et des images comme celle du Cœur de Jésus et de Marie les thèmes de l'École française » (Hermann Giguère, Le Contexte De La Spiritualité Française Au Xviie Siècle Québec 2014. http://carrefourkairos.net/msp/ france.htm)


« Dans son traité portant sur l’oraison, le jésuite espagnol Alphonse Rodriguez, bien connu dans la France du XVIIe siècle, distinguait l’oraison « commune & aisee » d’une autre « tres-particuliere, extraordinaire & privilegiee » en principe réservée aux « parfaits »… La première oraison correspond à cette méditation sur divers mystères (ou oraison dite « discursive ») réglée par Ignace de Loyola et développée notamment par Luis de la Puente et toute une tradition française. La seconde méthode, généralement critiquée, voire réprouvée (de l’élimination des alumbrados espagnols à la condamnation du quiétisme[7]) , absente des traités d’Ignace de Loyola, est cependant bien représentée dans la France du XVIIe siècle par de nombreuses personnalités entre autres, le capucin Benoît de Canfield, les oratoriens Bérulle, Condren ou Séguenot, les carmes Jean de Saint-Samson ou Laurent de la Résurrection, les jésuites Lallemant, Rigoleuc ou Surin, l’ursuline Marie de l’Incarnation, François Malaval » (Frédéric Cousinié , Images et contemplation dans le discours mystique du XVIIe siècle français  Revues Dix-septième siècle Numéro 2006/1 (n° 230)


Jean-Jacques Olier et Les Sulpiciens

Jean-Jacques Olier de Verneuil (1608-1657), né et mort à paris, issu de la noblesse, est l’oncle maternel de la Marquise de Brinvilliers qui fut impliquée dans l’Affaire des Poisons. Il fait ses humanités chez les jésuites à Lyon où son père a été nommé administrateur de justice. Il rencontre St François de Sales au cours de ses études. En 1625, son père étant nomméConseiller d'État, il poursuit des études de philosophie et de théologie au célèbre collège d’Harcourt de l’université de Paris. Il est envoyé à Rome où il apprend entre-autres l’hébreu. Revenu à Paris, il reçoit  la commende (bénéfice sans contrepartie de charge à assumer) de l’abbaye (romane) de Pébrac (Haute-Loire). Il crée une première communauté de pauvres qu’il accueille dans sa maison et soutient Saint Vincent de Paul dans ses missions d’assistance.

En 1633, il a la vision de la moniale dominicain, connue pour ses œuvres de charité mais qu’il ne connaît pas,   Agnès de Jésus (1602-1604) qui sera béatifiée en 1994. En 1635, il rencontre le Père Charles de Condren (†1641), deuxième supérieur général de l'Oratoire de Jésus après P. Bérulle, qui devient son directeur spirituel.

En 1641, il fonde un premier séminaire qui accueille de jeunes prêtres et de nombreux jeunes. Séminaire qui sera transféré à la paroisse de Saint Sulpice un an plus tard. En 1645, il fonde la Compagnie des Prêtres de Saint Sulpice (les Saints Sulpiciens) à vocation de formation des prêtres évangélistes. Les Sulpiciens s’installeront entre-autres au Canada.

Jean-Jacques Olier aura activement participé au renouveau de l’Église dans le courant réformateur de la Contre-Réforme au sein de l’École Française de Spiritualité.


Bossuet

Vie et Œuvre Voir Littérature/France/Sermons

Jacques-Bénigne Bossuet (1627-1704) est issu du côté paternel et maternel de familles de magistrats; son père était un homme de loi dijonnais, exerçant au Parlement de Bourgogne puis au Parlement de Metz. Après ses humanités dans sa ville natale de Dijon, il entre à 15 ans au très ancien et renommé Collège de Navarre sis sur la Montagne Ste Geneviève. Son maître, Nicola Cornet laissera mémoire pour avoir été un farouche adversaire des jansénistes. Sa position permet à Bossuet fréquenter l’Hôtel de Rambouillet (voir Introduction Générale/ Les Salons) et de mener,     bien que se sachant destiné à la prêtrise, une vie mondaine.

Il entre d’ailleurs au service de Dieu à Langres en 1648 comme sous-diacre dont le principal engagement du sous-diacre est le célibat. Il écrit en cette période ses deux premiers ouvrages Méditation sur la Brièveté de la Vie et Méditation sur la Félicité des Saints qui annoncent déjà ce que sera sa ligne conduite en matière religieuse. Quatre ans plus tard, après avoir obtenu son doctorat es théologie, il est ordonné prêtre et envoyé à Sarrebourg (Moselle) comme archidiacre, c’est-à-dire vicaire épiscopal qui remplit les fonctions ministérielles (gouvernance) de l’évêque dans une partie de l’évêché. Il assumera cette fonction pendant seize ans.


En 1670, il est nommé évêque de Condom (Gers) mais n’y restera qu’un an. Louis XIV l’a choisi comme précepteur du Grand Dauphin († 1711) dont le fils également nommé Louis de France aura pour précepteur Fénelon et pour fils Louis XV. Bossuet reçoit en mense les bénéfices du prieuré du Plessis-Grimoult (Calvados). Il occupera cette charge pendant dix ans sans avoir laissé un très bon souvenir à son élève pour qui il aura écrit Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même dans lequel il se révèle cartésien, et des ouvrages scolaires. En 1671, il entre à l’Académie Française fondée en 1635.

En 1681, son préceptorat arrivé à son terme, il est nommé évêque de Meaux. Il sera désormais appelé ‘l’Aigle de Meaux’. (Sur le Cénacle de Meaux, voir Renaissance/Humanisme France/Lefèvre d’Étaples). Durant son épiscopat dont il assume consciencieusement le ministère, il écrira le Catéchisme de Meaux en 1687, et pour des religieuses de son diocèse les Méditations sur l'Évangile et les Élévations sur les Mystères.


Cette même année 1681 paraît son Discours sur Histoire Universelle dans lequel il trace l’histoire de la création du monde jusqu’au catholicisme nouveau, en tentant de monter que ce dernier est le fruit de la volonté divine, l’aboutissement de la Providence divine. Voltaire dans le Siècle de Louis XIV écrira :

« On fut étonné de cette force majestueuse avec laquelle il a décrit les mœurs, le gouvernement, l'accroissement et la chute des grands empires, et de ces traits rapides d'une vérité énergique, dont il peint et juge les nations ».

L’Histoire des variations des Églises protestantes paraît en 1688. Au protestant Pierre Jurieu (1637-1713), éminent professeur à l’académie protestante de Sedan, polémiste, il répond entre 1688 et 1691 par Avertissements aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu contre l'Histoire des variations. Dans le cinquième de ces Avertissements (1690), on peut lire cette édifiante affirmation :

« De condamner cet état [= l'esclavage], ce serait non seulement condamner le droit des gens, où la servitude est admise, comme il paraît par toutes les lois ; mais ce serait condamner le Saint-Esprit, qui ordonne aux esclaves, par la bouche de saint Paul  de demeurer en leur état, et n'oblige point leurs maîtres à les affranchir».

Après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685, il se montre intraitable envers les huguenots, demandant au roi à ce que plusieurs familles soient condamnées et enfermées, sans oublier les mauvais catholiques.


Il sera un vif défendeur de gallicanisme en parfait accord avec son roi. Il participe pleinement à la rédaction de Les Libertés de l’Église en France en 1682 ; et rédige la même année La Déclaration des Quatre Articles qui posent les limites du pouvoir papal sur l’Église de France :

·           Le souverain pontife n'a qu'une autorité spirituelle ; le pape ne peut juger les rois ni les déposer ; Les sujets du roi ne peuvent désobéir à leur roi.

·           L’autorité pontificale est fondée les canons de l'Église mais les coutumes de l'Église gallicane qui doivent être respectée .

·           Le concile œcuménique détient une autorité supérieure (conciliarisme) mais les conciles généraux restent sous l'autorité du pape.

·           L’infaillibilité papale est sous le contrôle de l'Église universelle.

Cette déclaration sera adoptée par bien d’autres états en Europe, et inspirera un siècle plus tard La Constitution Civile Du Clergé votée par l’Assemblée Nationale en 1790, instituant l’Église Constitutionnelle constituée d’évêques. Elle sera dissoute après le Concordat de 1801 selon lequel entres autres, les prélats sont nommés par le gouvernement mais reçoivent leur mission canonique par le pape, c’est évidemment là la reprise du compromis trouvé par Yves de Chartres (1040-116), disciple du premier scholastique Anselme de Canterburry, au cour de la Querelle des Investitures : Le pouvoir temporel (l’empereur, le roi) investit de leur fonction le évêques et archevêques, le pape les consacre dans leur mission. (voir Bas-Moyen-Âge. An Mil/ quelle des Investitures).


A travers son gallicanisme, Bossuet défendait aussi la théorie du Droit Divin et, en fait, une conception absolutiste de la monarchie. Le roi est l’incarnation de Dieu. Il détient directement son pouvoir de Lui. Ce qu’il exprime dans sa Politique tirée des Propres Paroles de l’Écriture Sainte.

De même qu’il s’opposa aux juifs, les accusant de déicide et estimant leur dispersion comme le signe de la justice divine, il s’opposa tout autant aux protestants, et aussi en bon gallican à une autorité unilatérale du souverain pontife. Il s’opposa également à toute forme de mysticisme qu’il considérait comme une voie sans issue, et farouchement au quiétisme. Son différend avec Fénelon et par-delà avec Madame Guyon, est resté comme un moment fort de l’histoire de l’Église en France. Il sera arrivé à ce que son ami Fénelon subisse la disgrâce royale et soit renvoyé dans son évêché de Cambrai, et arrivé aussi que la pape par complaisance envers Louis XIV fasse mettre les Maximes du Cygne de Cambrai à l’Index. Quant à Madame Guyon, elle sera embastillée pour plusieurs années. La voie de la dévotion que prêche à travers ces deux quiétistes selon laquelle le croyant doit s’adresser directement à Dieu a le grand tort aux yeux de l’Institution religieuse de se passer d’elle dans l’appel du divin et la quête du salut.

Farouche tridentin, rigoriste, fidèle aux traditions, Bossuet défendit l’ordre établi. On dirait de nos jours qu’il fut un conservateur. Il était en fait contre toutes les nouveautés ; il n’appréciait pas l’art baroque, Rembrandt, Rubens, et pas plus Pascal que Descartes et les nouveaux philosophes de la nature. Il se targuait de n’avoir aucune originalité de pensée, la sienne n’étant que celle des Écritures Saintes, des Pères de l’Église.

Il meurt à Paris, à l’âge avancé de 74 ans de la maladie de la pierre (lithiase urinaires)


Sermons, Oraisons et Éloquence

Ses oraisons, restent un modèle de la langue française classiques. On retient notamment celui de Henriette de France (†1669), dernière fille d’Henri IV, mariée à Charles 1er Stuart ; celui de leur fille Henriette d’Angleterre (1644-1670), mariée à Monsieur et donc cousine et belle-sœur du roi , au cours duquel il prononça son célèbre « Madame se meurt, Madame est morte; celui de Marie Thérèse d’Autriche (†1683), première épouse de Louis XIV.

Le premier prédicateur a avoir réformé l’éloquence, à la débarrasser de ses références païennes comme il pouvait advenir encore à St François de Sales de le faire, sera Pierre Bérulle avec ses Prêtres de l’Oratoire qui se cantonneront à un prêche d’inspiration patristique et particulièrement à l’un d’entre eux, St Augustin. Le jésuite Claude de Lingendes délivrera un prêche aux accents sévères, mordant, tout empreints de logique.


Fénelon

François de Salignac de La Mothe-Fénelon (1651-1715), né Sainte-Mondane en Dordogne au château de Fénelon et mort à Cambrai dans le Nord, est le fils de Pons de Salignac, Marquis de Fénelon mais pour autant relativement pauvre, qui a déjà eu neuf enfants de sa première femme quand sa seconde épouse Louise de La Cropte de Chantérac de très ancienne noblesse met au monde celui que l’on appellera couramment Fénelon. Sa place dans la fratrie le destine d’office à la vie religieuse.

 Il fait ses humanités au château natal sous la direction d’un précepteur, puis les continuent à 16 ans à l’université de Cahors où il suit des cours de rhétorique et de philosophie. Il les achèvera à Paris au Collège de Plessis sous la protection de son oncle, le marquis Antoine Fénelon, ami de St Vincent de Paul (1581-1660) et de Jean-Jacques Olier (1608-1657) qui participa activement au renouveau de l’Église dans le courant réformateur de la Contre-Réforme au sein de l’École Française de Spiritualité en fondant en 1645 la Compagnie des Prêtres de Saint Sulpice (les Saints Sulpiciens) à vocation de formation des prêtes évangélistes. Les Sulpiciens s’installeront entre autres au Canada.


A vingt-quatre ans, Fénelon part en missionnaire au Levant (Proche Orient) et en Grèce. En 1678, à vingt-sept ans, nommé supérieur de la Congrégation des Nouvelles Catholiques, qui regroupent des jeunes filles huguenotes nouvellement converties au catholicisme, il se fait leur directeur de conscience.

Entre 1685 et 86, Bossuet, qui l’a remarqué, lui confie une mission d’éducation des protestants de Saintonge, soumis au catholicisme de par la Révocation de l’Édit de Nantes (1685). Il assumera sa mission avec sa douceur naturelle.

Ses qualités l’ont amené en grâce à la cour. Il devient le directeur de conscience des filles de Richelieu, les duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers pour lesquelles il rédige L’Éducation des Filles (1687), et de Mme de Maintenon. En 1689, le Duc de Beauvilliers est nommé gouverneur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, dont Fénelon devient le précepteur. 1689 en 1690, il sera gouverneur de son frère cadet le Duc d’Anjou (futur Philippe V d'Espagne), et en 1693) de leur benjamin le Duc de Berry.


Pour son élève, enfant intelligent, sensible mais difficile, excessif, Fénelon va écrire des Fables, des Dialogues des Morts inspirés de ceux du rhéteur satirique grec Lucien de Samosate (120-180), imprimé en 1712 (les Nouveaux Dialogues des Morts de Fontenelle sont parus en 1683), et surtout Les Aventures de Télémaque écrit en 1699.

En 1688, Fénelon rencontre Madame Guyon qui fréquentait l’entourage de Mme de Maintenon. Elle développait un quiétisme[8] atténué en ce sens qu’il ne rendait pas le corps irresponsable des fautes qu’il pouvait commettre quand l’âme, détachée de lui, était en union à Dieu. Le quiétisme avait été condamné en 1687 comme hérétique, car il dispensait l’âme dans sa recherche mystique de tout réflexion sur Dieu, ses attributs, sa personne divine, autrement dit de toutes spéculations intellectuelles, l’éloignait de la crainte de l’enfer et même de la recherche de son salut, le plongeant dans « l’état d’oraison ».


 Fénelon est séduit par cette approche du divin par une totale désincarnation, par une totale adoration évacuant tout désir de récompense et de bienfaits. Il introduit Mme Guyon dans le cercle religieux qui entoure les filles de Richelieu. Madame de Maintenon lui ouvre St Cyr qui se convertit littéralement au quiétisme. La correspondance entre Fénelon et Madame Guyon, traduit la rencontre de deux âmes à des hauteurs spirituelles. Inquiet de cette avancé du quiétisme dans l’ ‘’Allée du Roi’’, l’évêque de Chartes parvient à faire éloigner Madame Guyon. Madame de Maintenon en vient alors à se détacher de Fénelon et lui conseilla de présenter ses écrit à Bossuet qui vit dans cette doctrine la négligence du dogme et de la pratique, et qui faisait peu de cas du clergé, en fait un danger pour l’Église.

Fénelon eut beau invoquer les grand mystiques de son temps comme Thérèse d’Avila et François de Salles, ce fut en vain. La Conférence d’Issy qui se tient entre 1694 et 96 condamna 34 des propositions du Quiétisme, tout en reconnaissant « grâce » à Fénelon la perfection à laquelle pouvait atteindre, seulement et de manière tout à fait exceptionnelle, quelques grands mystiques. 


De son côté, Bossuet soumit à Fénelon son Instruction sur les États d’Oraison dans lequel il attaquait Mme Guyon. Non seulement, Fénelon désapprouva l’ouvrage mais restera fidèle à l’auteur des Torrents Spirituels malgré les persécutions qu’elle subira par la suite avec une arrestation en 1695. Fénelon, est nommé la même année 95 évêque de Cambrai en guise d’éloignement de la cour. Louis XIV décidera de la disgrâce de l’évêque de Cambrai lui enjoignant de rester dans son évêché et lui retirant son préceptorat et son appartement à la Cour. En 1697, Fénelon publie en justification de la mystique, ses Explications des Maximes des Saints sur la Vie Intérieure, auxquelles répond Bossuet par sa Relation sur le Quiétisme en 1698. fait sa Réponse à M. de Meaux, celui-ci réplique par Remarques sur la Relation de M. de Cambrai. Fénelon écrit, la Réponse aux Remarques qui est suivie d’Un Dernier Éclaircissement de Bossuet qui meurt en 1704. En 1699. à Rome, où l’aimable abbé de Chanterac, disgracié, n’a pas pu avoir le dessus sur le dynamique et ambitieux abbé de Bossuet, neveu de son oncle. le pape condamne les Maximes des Saints. Fénelon se soumet avec une ostensible sinon ostentatoire humilité, sans renier en son for intérieur ses convictions. Cette même année 99, Il fait publié son Télémaque qui est aussitôt condamné pour satire de la vie à la Versailles. Docile, il ‘reconnaitra’ ses erreurs doctrinales. Il est néanmoins à noter que, même après la condamnation de Fénelon en 1699, bien qu’ayant fait par leur quatrième vœu, profession d’une obéissance inconditionnelle au pape, « une grande partie des jésuites français étaient, à la fin du XVIIe siècle, du côté de Fénelon. A l'école de Louis Lallemant, des auteurs comme Jean Rigoleuc et Jean-Pierre Surin avaient prôné l'oraison de repos en Dieu. ». (Gilmont Jean-François. Michel Olphe-Galliard, La théologie mystique en France au XVIIIe siècle : Le Père de Caussade. 1984.In: Revue théologique de Louvain, 17ᵉ année, fasc. 1, 1986. pp. 101-102;https://www.persee.fr/ doc/thlou_0080-2654_1986_num_17_1_2166_t1_0101_0000_)ceux, des jésuite.


Retiré dans son évêché, il se consacre à sa mission épiscopale, controverse avec les jansénistes, et fait montre d’une grande charité sur ses biens personnels au points qu’il mourra pauvrement. Sa réputation de sainteté finit par gagner Versailles. Resté en relation avec le (petit) Dauphin, le Duc de Bourgogne, il peut espérer rentrer en grâce. Il écrit l’Examen de Conscience d’un Roi, pendant de sa Lettre à Louis XIV écrite en 1694 dans laquelle il exposait les nécessités de réformes que l’on qualifierait de nos jours de ‘sociales’. Le Grand Dauphin meurt en 1711, et le Duc de Bourgogne, son fils, devient le Dauphin en titre. Fénelon rédige avec le Duc de Chevreuse et le Duc de Beauvilliers, les Tables de Chaulnes (où ils se sont rencontrés), programme de réformes pour redresser le royaume. S’il se montre libérale en économie, il ne s’oppose pas moins à la montée de la bourgeoisie, la classe du commerce et des affaires, et soutient une monarchie éclairée qui s’appuie pour gouverner sur la noblesse et sur les institution locales dans un dessein de décentralisation. Au plan religieux, Fénelon souhaite la fin du gallicanisme. En fait, les Tables reprennent les idées socio-politiques de son Télémaque. Mais le Dauphin meurt peu après en 1712. Son dernier écrit de 1714 et publié en 1716, est sa Lettre à l’Académie. Il meurt l’année suivante.


Télémaque

Rédigé en 1695 en quatorze livres et publié quatre ans plus

tard, ce roman pédagogique, conte l’odyssée[9] de Télémaque (Têlémakhos, celui qui se bat au loin)  parti à la recherche de son père, Ulysse. Excellent helléniste, Fénelon fait plus qu’imiter les anciens, il fait preuve d’inspiration dans une prose poétique fleurie. Télémaque, accompagné de Mentor ( nom propre dans la mythologie grecque qui sera substantivé), qui n’est autre que Minerve, va rencontrer Calypso, inconsolable depuis le départ d’Ulysse. Il va échapper à la mort en Sicile. Il va étudier la sagesse en Égypte. A Tyr, il échappe au tyran Pygmalion. A Chypre, l’île de Vénus, il résiste à toutes sortes de voluptés, Ayant vu plusieurs fois son père dans ses rêves, persuadé de sa mort, il part dans les Enfers où un ancêtre lui apprend que son père et toujours vivant. A Salente, cité idéale (l’Utopia de Fénelon) il succombe aux charmes d’Antiope, fille d’Idoménée, roi de Crète. Il retourne néanmoins à Ithaque sur les conseils de Mentor. Sur le retour, il fait escale dans une île où il rencontre son père sans le reconnaître et qu’il retrouvera enfin à Ithaque.

« Rien n’est plus beau que l’ordonnance du Télémaque ; et l’on ne trouve pas moins de grandeur dans l’idée générale que de goût dans la réunion et le contraste des épisodes… La plus grande de ces beautés inconnues à l’antiquité, c’est l’invention de douleurs et de joies purement spirituelles, substituées à la peinture faible ou bizarre de maux et de félicités physiques. C’est là que Fénelon est sublime…Et, pour rendre ces inexprimables douleurs, son style acquiert un degré d’énergie qu’on n’attendrait pas de lui, et qu’on ne trouve en aucun autre (D’après Daniel Bonnefon. Les écrivains célèbres de la France, ou Histoire de la littérature française depuis l'origine de la langue jusqu'au XIXe siècle (7e éd.), 1895, Paris, Librairie : Fischbacher. :http://salonlitteraire. linternaute.com/fr/fenelon /content/ 1835169-aventures-de-telemaque-de-fenelon-resume.)


La Querelle du Pur amour

La Querelle du Pur amour aura traversé tout le siècle et trouvé son acmé en 1697 à la parution des Explication des maximes des saints sur la vie intérieure par le Cygne de Cambrai qui entraina son conflit avec Bossuet.

« La question que pose Fénelon est la suivante : l'homme – précisons qu'il s'agit ici de l'homme mû par la grâce, non de la nature (déchue) laissée à elle-même – est-il capable d'un amour de Dieu qui soit entièrement désintéressé et qui réciproque la parfaite gratuité de l'amour divin pour l'homme ? [10]»

La querelle oppose les catholiques comme Fénelon qui répondent par l’affirmative aux Jansénistes comme La Rochefoucauld selon qui « nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous » (Maxime 81, édition de 1678) ».


Son exposé doctrinal se veut d’autant moins une spéculation philosophique personnelle qu’il s’appuie sur les Pères de l’Église, St Bernard, St Thomas et sur Miguel de Molinos (12628-1696), à l’origine du Quiétisme. Il reprend des auteurs antérieurs qui comme « saint François de Sales et son Traité de l’amour de Dieu (1616), avaient exposé semblable définition, à laquelle il fut initié par Mme Guyon » ; mais aussi sur Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, ami et disciple de François de Sales et par qui on peut faire commencer en début du siècle cette querelle. Fénelon écrira de lui à Bossuet :

« M. Le Camus, évêque de Belley, fut accusé depuis l'an 1639 jusqu'en 1642, d'enseigner l'illusion sous le nom du pur amour. On assurait qu'il voulait faire oublier le paradis et l'enfer, étouffer l'espérance et la crainte, enfin saper les fondements de la religion » (Gabriel Joppin, Une Querelle Autour De L'Amour Pur, Jean-Pierre Camus, Évêque De Belley, Beauchêne Éditeur, 1938)

Ce désintéressement s’accompagne d’un « anéantissement du moi en Dieu ». Ce « moi haïssable » pascalien doit s’abandonner à une passive indifférence à soi, se dépossédé de cette « volonté qui nous veut être et être heureux ».


« La volonté ne peut accéder au terme, contre nature, du pur amour, où tout entière elle s’anéantit et s’abandonne à Dieu…qu’au prix d’un sacrifice de l’espérance dans le salut et d’un acquiescement résolu au désespoir terrible et affreux que provoque en elle le sentiment certain d’une damnation éternelle. Telle est ce qu’on appelait à l’époque la « supposition impossible », et qui donne à la doctrine de l’amour pur de Dieu, chez Fénelon, sa formulation définitive : « On dit : “Mon Dieu, si par impossible vous me vouliez condamner aux peines éternelles de l’enfer, sans perdre votre amour, je ne vous en aimerais pas moins” » (Explication des maximes des saints, article X) ».


Bossuet, Malebranche et autres s’opposeront vivement à cette doctrine, très proche du Quiétisme (voir Renaissance. Mystique/Espagne/Autour du Quiétisme) qui ébranle les fondamentaux de la foi chrétienne. Bossuet s’y oppose en prônant qu’une volonté, œuvre de Dieu, est vouée au bonheur. C’est cette volonté du bonheur qui nous pousse à chercher le Salut. Elle agit « à la manière d’un instinct qui agit ‘’en nous sans nous’ », selon la formule de Bossuet . En second lieu, Bossuet reproche à cette doctrine du Pur amour de dissocier en Dieu son essence et sa bonté.

« Essence et libéralité communicative sont aussi inséparables en Dieu que le sont, en l’homme, volonté et désir du bonheur. La fin que Dieu poursuit dans la distribution de sa grâce n’est autre que notre bonheur : ‘’Dieu, écrit Bossuet, est la nature la plus parfaite, et dès là aussi la plus libérale et la plus communicative’’ ».

Si la Querelle du Pur Amour trouve son origine chez les mystiques espagnols du siècle précédent, elle prend fin en 1699 par la condamnation papale de l’ouvrage de Fénelon dès sa parution.

Les Torrents Spirituels de Madame Guyon seront une des achevées des expressions les plus achevé du Pur Amour (Voir La Mystique).


La Duchesse de La Vallière

Françoise-Louise de La Baume Le Blanc, Duchesse de La Vallière et de Vaujours (1644-1710), née à Tours et morte à Paris, est la fille du gouverneur du château d’Amboise. Veuve, sa mère se remarie avec le Premier Maître d’Hôtel de Marguerite de Lorraine, Duchesse d’Orléans, seconde épouse d Grand Monsieur, Gaston d’Orléans, frère de Louis XIII, qui vivait à Blois. Louise a onze ans et devient la compagne de jeu des deux filles aînées que Le Grand Monsieur a eu en secondes noces avec la duchesse et qui sont à peu près du même âge. Leur demi-sœur, Grande Mademoiselle, approche, elle de la trentaine, et leur plus jeune sœur, Anne-Marie, naitra en 1669. A la mort du Grand Monsieur (†1660), la duchesse s’installe au Palais du Luxembourg, acheté et entièrement rénové dans le style classique par Maire de Médicis entre 1612 et 1615.


 En 1661, Françoise-Louise devient dame de compagnie d’Henriette d’Angleterre, sœur de Charles II Stuart qui vient de se marier avec Monsieur, Philippe d’Orléans. Selon les rumeurs de la cour, Philippe aurait tenu la chandelle durant la brève amitié amoureuse du jeune Louis XIV avec Henriette ; ce qui ne perturba pas Monsieur plus attiré par les hommes que par les femmes. Au grand dam de la duchesse, Louis, de six ans son aîné, va tomber follement amoureux de Louise qui va être sa maitresse pendant six ans de 1661 à 1667 . C’est la période des grandes fêtes de Versailles dont la fameuse dite Les Plaisirs de l'île enchantée, qui, donnée en 1664 en l’honneur de la reine mère et de l’infante Marie Thérèse dont le mariage avec le roi a eu lieu  quatre ans plus tôt, n’avait d’autre raison que d’introduire sa maitresse à la Cour ; le roi ne rendra publique leur liaison qu’après la mort de sa mère en 1666.

Des cinq enfants qu’ils eurent survécu Louis, Comte de Vermandois mais qui décéda à seize ans et Marie-Anne, Mademoiselle de Blois, réputée de grande beauté, qui fut veuve du Prince de Conti (†1685) à vingt ans et mourra en 1739 à l’âge de soixante-douze ans.


En 1667, la Marquise de Montespan devient la dame de compagnie de la reine et se lie d’une amitié équivoque avec Louise. Ce qui s’était passé avec Henriette se passa avec Louise. Le roi lui accorda le titre de Duchesse de Lavallière, lui fit cadeau du château de Vaujours. La disgrâce était ainsi consommée.

En 1670, suite à une grave maladie, elle se tourne vers la religion et écrit Réflexions sur la Miséricorde de Dieu. Après cinq ans pendant lesquels elle continuera de vivre à la cour sans arriver à ne plus éprouver de sentiment pour son royal amant, en 1675, elle prononce ses vœux sous le nom de Louise de la Miséricorde et malgré la désapprobation du roi qui ira jusqu’à légitimer Marie et Louis pour l’en dissuader, de Madame de Montespan et de la future Madame de Maintenon, elle entre au Carmel déchaussé du Faubourg St Jacques. La reine, les dames de la cour, Bossuet étaient de ses visiteurs. Elle meurt à 65 ans. Nature réservée, ce fut sans doute de toutes les amantes du roi, celle qui l’aima le plus sincèrement et le plus profondément.


« La Vallière a laissé deux ouvrages principaux à la postérité: le traité Réflexions sur la Miséricorde de Dieu et sa correspondance spirituelle avec le maréchal de Bellefonds…L'ouvrage étudie comment la foi, l'espérance, la charité et d'autres vertus théologales fonctionnent dans la vie de ceux qui sont conduits à une authentique réforme morale par l'action de la grâce. Inversement, il dissèque les fausses variantes de la foi, de l'espoir et de la charité produites par la culture de cour de l'ambition et de l'avarice. L'influence de la théologie de Bossuet, son directeur spirituel pendant la crise de conversion, est apparente dans le texte, bien que le style de prose simple et limpide diffère nettement du style plus rhétorique et périodique de Bossuet lui-même…Elle rejette les prétentions de l'antiquité païenne d'avoir possédé des vertus morales authentiques, exalte les vertus théologales et critique les valeurs morales de la cour comme une distorsion des vertus théologales, modifiées pour convenir à un intérêt personnel ambitieux. La grâce, plutôt que le mérite humain, apparaît comme la cause de la vertu authentique » (Internet Encyclopedia of Phylosophy https://iep.utm.edu/lavallie/#H2).


Les Jésuites

Voir aussi Renaissance/Contre-Réforme/Espagne/Ignace de Loyola.

 Au XVIIème siècle, les jésuites continuèrent de faire de l’enseignement le fer de lance de la Contre-Réforme. Les bases en sont : L’élève n’est jamais seul, toujours en activité, en émulation permanente, encadré par une discipline rigoureuse ; il a des devoirs et des examens (Maurice Tardif et Alain Bihan Le XVIIe siècle: Naissance de la pédagogie scolaire et de l’instruction du peuple XVIIème siècle Naissance de la pédagogie scolaire). Leur livre de référence est Les Exercices Spirituels du fondateur de l’ordre.

Admis en France à partir du Colloque de Poissy qui, en 1560 réunissait catholiques et calvinistes (Voir Renaissance Réforme/France), les jésuites furent chassés du royaume après la tentative d’assassinat Henri IV en 1594 par Jean Chatel qui, ancien élève du collège jésuites de Clermont, fit soupçonner ses professeurs d’avoir houri l’attentat. En 1757, la tentative d’assassinat de Damiens contre Louis XV aura les même conséquences. Procès leur est fait en 1761. « La Société de Jésus y est désormais proscrite, conformément aux avis de la majorité des Parlements, mais les anciens jésuites peuvent y rester ou y revenir, à condition d’y vivre en simples «particuliers », de s’y comporter « en bons et fidèles sujets » et d’être soumis à l’autorité spirituelle des évêques ». L’arrêt définitif de février 1762, déclare la nullité des vœux prononcés par les jésuites et ordonne le séquestre de leurs biens.

Ultramontains, soutenant Rome tout en soutenant la monarchie par un culte à St Louis, ils s’opposèrent aux gallicans comme aux jansénistes opposés à l’absolutisme royal. Les plus illustres représentant du siècle sont :

  • Père Richeome (1544-1625), surnommé le « Cicéron français ». Ses nombreux écrits porteront des coup durs aux Ligueurs, de la Ligue Catholique, adversaire des jésuites et qui, en   1591, tinrent Paris contre les attaques des troupes d’Henri IV avec l’épique Journée des Farines au cours de laquelle une escouade de soldat du roi, déguisés en paysans essayèrent de pénétrer dans la capitale en menant des charrettes de farines à la porte St Honoré. Mais la veille, le mouvement de la troupe avait amené les ligueurs à fortifier la porte.
  •  Jacques Davy du Perron (1558-1618), à l’origine calviniste, converti au catholicisme en 1577, sera nommée évêque d’Évreux par Henri IV et recevra sa confession. Évêque de Sens en 1606.
      Sa dispute avec le huguenot Duplessis-Mornay (†1623) lui vaudra le bonnet de cardinal. Controversiste brillant, il s’est surtout distingué dans la querelle du richerisme opposant l’ultramontain André Duval, biographe de Mme Acarie et le théologien gallican Edmond Richer (1559-1631) (voir Saint Cyran).
  • Pierre Coton (1564-1626), confesseur du roi Henri IV à partir de 1604 auprès duquel il tentera d’obtenir le retour des jésuites dans le Royaume et confesseur de Louis XIII jusqu’en 1617.
  • Père Pierre Bourdaloue (1632-1704), de nature austère, connut le succès à la cour avec des sermons bien plus sobres que ceux de son ami Bossuet. Adversaire du quiétisme, il n’en considérait pas moins le rôle important du Saint-Esprit dans la vie du fidèle. (voir Littérature/Le Sermon)


Les Jansénistes

Abbé de Saint Cyran

Jean-Ambroise Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran (1581-1643)[11], né à Bayonne, ville rattachée au domaine royal quand 1451 après avoir longtemps été anglaise, et mort à Paris, est issu d’une lignée de bouchers qui surent s’enrichir, devenir des notables et fréquenter la noblesse locale. Son père a été premier échevin (magistrat chargé de la justice, élu par la bourgeoisie) de la ville.

Après d’excellentes études au collège jésuite d’Agen, il entre à la Sorbonne où il suit des cours de scolastiques et obtient sa maitrise ès ars (libéraux) en 1600. En 1604, il se rend à Louvain où il suit les cours de théologie au collège jésuite (et non à l’université), et réussit son doctorat en théologie avec les félicitations personnelles du grand humaniste flamand, Justus Lipsius (1545-1606). 


Selon les sources Duvergier et Cornelius Jansen (voir Jansénisme)se seraient rencontrés soit à Louvain soit à Paris. Selon https://www.catholicity.com/encyclopedia/d/duvergier_de_hauranne.html., la première rencontre aurait probablement eu lieu à Louvain, se retrouvant en suite à Paris en 1605. Selon Denis Richet ( De la Réforme à la Révolution, Aubier 1991, p. 101(repris par Wikipédia) « contrairement à ce que l'on peut penser, ce n'est pas à Louvain qu'il fit la connaissance du futur théologien janséniste, Cornelius Jansen un jeune disciple du sectateur du baïanisme[12] ». Denis Richet date leur première rencontre en 1609-1610 à Paris.

Les sources convergent sur le fait qu’ils assistaient tous les deux aux cours magistraux donnés à la faculté de théologie de Paris par le théologien gallican Edmond Richer (1559-1631), adversaire des jésuites et concialiaristes[13]. Elles divergent pourtant sur la date, soit à partir de 1605 soit à partir de 1609. Entre 1605 et 1611, E. Richer consacre la plupart de ses conférences à l’histoire de l’Église chrétienne primitive. St Cyran et Jansen portent leur intérêt sur les débuts du Christianisme, sur les Pères de l’Église et notamment sur St Augustin. En 1611, les ultramontains arrivent à faire condamner le livre de Richer paru l’année même, De ecclesiastica et politica potestate (De la puissance ecclésiastique et politique). En 1612, Richer est condamné par un synode provincial réuni à Sens. Arrêté et emprisonné, il finira par rétracter certaines de ses formulations les plus audacieuses.

 

Saint Cyran et Jansen quittent alors Paris et s’installent jusqu’en 1616 dans la maison familiale des Duvergier à  Camp-de-Prats, près de Bayonne et se consacrent à leur études. Ils se penchent particulièrement sur les docteurs de l’Église, le droit canon, les textes des conciles et les philosophes grecs et latins de l’antiquité.

Sous la protection de l’évêque de Bayonne, Bertrand d’Eschaux (1556-1641), du Vergier est nommé chanoine de la cathédrale de Bayonne et Jansen premier recteur du collège que l’évêque vient de fonder à Bayonne. En 1617, Eschaux est nommé archevêque de Tours. Jansen rentre à Louvain. Il écrira quatre ans plus tard son retentissant Augustinus qui ne paraitra à Louvain qu’en 1640 et l’année suivante à Paris. du Verger s’installe à Poitiers, se fait prêtre. Assistant personnel de l’évêque Chasteignier de La Rocheposay, il est nommé chanoine et reçoit la mense du prieuré de Bonneville. En 1620, reconnaissant de ses services l’évêque lui concède l’abbaye de Saint-Cyran-en-Brenne, dont le bénéfice annuel est de 18 000 livres. Désormais, du Verger ne sera plus appelé que l’abbé de Saint Cyran voir Saint Cyran.


En 1621, Saint Cyran s’installe à Paris. Il fréquente les représentants de l’École Française dont le chef de file et Pierre Bérulle qui le prend comme secrétaire personnel et le fait nommer aumônier honoraire auprès de la reine Marie de Médicis sur laquelle le fondateur de la Société de l’Oratoire a une grande influence. Saint Cyran circule dans les allées du pouvoir.

Depuis 1623, Saint Cyran entretient des relations étroites avec l’abbesse de Port-Royal des Champs, Angélique Arnauld qu’il a rencontré à Paris. En 1635, il va devenir le confesseur des sœurs et des ‘Solitaires’, qui sont venus s’installer à partir de 1637 à proximité de l’abbaye. Les dévots n’avaient pas apprécié que Richelieu s’allie aux protestants durant la Guerre d’Espagne. Celui-ci en retour les soupçonnait d’être par trop favorable à l’Espagne catholique. La mort de son protecteur Pierre Bérulle qui s’était déjà opposé à Richelieu sur ce terrain mit Saint Cyran en position de faiblesse bien qu’il ne manquât pas d’appuis, les Oratoriens, des professeurs de la Sorbonne, des membres du Parlement, des évêques comme celui de Paris, Monseigneur de Gondi.

 

En 1638, Jansen meurt de la peste à Ypres. Aussitôt Richelieu ordonne l’arrestation de celui qu’il surnommé « le Basque aux entrailles chaudes » et qui à ses yeux avait pris trop d’importance dans les milieux influents qu’il était devenu selon toujours le Cardinal, « plus dangereux en vérité que six armées ».

« Appréhendé manu militari, l’abbé ne fut pas exilé, comme c’était alors la coutume lorsqu’il s’agissait d’écarter un clerc retors, mais conduit sous bonne escorte au donjon du château de Vincennes. Celui que la moitié de Paris considérait déjà comme un saint et l’autre moitié comme un dangereux agitateur, se retrouva ainsi placé au secret durant près de six mois, au pain sec et à l’eau, dans l’un des cachots les plus humides du château. » (https://devirisillustribusblog. wordpress.com...)

Malgré l’acharnement du magistrat chargé de la procédure, celui-là même qui condamnera quelques plus tard années Cinq-Mars (voir France/Événements Majeurs), aucune preuve de quelconque hérésie ne fur trouver dans les écrits et dossiers de l’abbé qui restera quand même cinq ans de prison. Il n’en sortira que quelques mois avant sa mort en 1643, année de la mort également de Richelieu.


Le Directeur de Conscience

Saint Cyran participait à ce besoin de réforme morale du clergé en cette époque qu’il jugeait lui aussi marquée par un relâchement des mœurs. Aussi, commençait-il toujours par conseiller un examen de conscience, un retour à une profonde humilité et la pratique des pénitences.

 Au-delà, et de manière plus générale, il professait une réforme et une réorganisation plus profonde de l’institution religieuse en s’inspirant de cette Église primitive qu’avec son ami Jansen, ils avaient tant étudiée. Cette réforme, si c’est Jansen qui l’exprimera dans son Augustinus, c’est bien ensemble au long d’une correspondance soutenue qu’ils l’avaient ensemble élaborée.

La question centrale était bien celle qui occupaient les ‘dévots’ et les jésuites en les opposant, celle de la grâce, autrement dit, celle du libre-arbitre et de la prédestination ; un retour au débat qui avait eu lieu quelque mille ans auparavant entre St Augustin et Pélage. Les luthériens l’avaient ‘remise sur le tapis’ (de prière). Rome avait toujours défendu le libre-arbitre de l’homme sans pour autant que du concile tridentin, il en ressorte une proclamation ‘claire et distincte’. Cette question se doublait de façon sous-jacente d’une autre question, celle du rôle de l’Église, c’est-à-dire du clergé. Les jésuites, parangon de la Contre-Réforme, qui avaient fondé toute leur mission sur l’adhésion aux enseignements de l'Église l’extériorisation du culte, la réception des sacrements, défendait le bénéfice des œuvres (prière, charité, pèlerinage, contrition, attrition), comme indispensables au salut. L’intervention de l’Église et le soutien qu’il recevait du clergé par la liturgie et les sacrements, nécessaires à son salut, s’opposaient un l’homme sans eux réduit à l’impuissance et ramené à l’inefficacité de sa volonté par la prédestination. L’opposition était double. Pour les luthériens, l’homme est foncièrement mauvais, incapable de s’écarter du péché. Pour les catholiques, l’homme en sa nature profonde et naturellement bon et l’exercice de sa seule volonté et de sa liberté le mène naturellement sur le chemin de Dieu.


Le théologien, Michel de Bay, dit Baius (1513-1589), professeur à l’université de Louvain qui se réclamait de Saint Augustin, s’était déjà opposé à cet ‘angélisme’ catholique. Non qu’il épousât une conception aussi négative des luthériens mais qu’il soutenait que nul n’échappe au péché pas même le Vierge Marie (déni de l’immaculée conception) et s’en remettait à la grâce de Dieu qui seul pouvait être maitre de nos actes. Étudiant dans la même université au début du siècle suivant, Jansen se trouva plongé dans cette dispute entre cet annonciateur du jansénisme et les jésuites.

L’Église qui n’eut de cesse dans le premier quart du siècle de condamner une telle doctrine ne put que condamner l’Augustinus paru en 1621 ; une somme de 1300 pages en doubles colonnes très serrées. L’année suivante, l’ouvrage était mis à l’Index (l’index décrété en 1553 au Concile de Trente veut que le livre soit inscrit dans une liste qui répertorie les livres interdits à la lecture par l’֤Église à ses fidèles). Et Richelieu s’en prend au Parti des Dévots[14]. Les partisans de Saint-Cyran sont pour la première fois qualifiés péjorativement de jansénistes.


 Il ressort de cette dispute que certes l’homme est essentiellement libre mais il s’est tellement enfoncé dans le péché depuis la Chute que la grâce ne doit pas être seulement ‘suffisante’ contrairement à ce que pensait le jésuite Molina (1536-1600), elle doit être ‘efficace’ ; et elle n’est pas accordée à tous. La liberté de l’homme devait lui permettre seulement d’accepter ce don en s’y prédisposant par la piété et la communion, fi des œuvres pieuses et des absolutions.

Si l’apparition de l’Augustinus marque un tournant dans la pensée religieuse du siècle, la date de 1635 n’en est pas moins importante, car cette année-là, Saint-Cyran devient le confesseur de Port-Royal des Champs et commence à mettre en pratique ses idées. Notamment en 1637, quand il fait venir l’abbé Antoine Singlin pour qu’il installe ses ‘Petites Écoles’ avec des cours en français et non plus en latin, vraie petite révolution. Cet enseignement nouveau voulait mettre un terme au monopole sur l’enseignement que détenait les jésuites. 


Jansénisme et Molinosisme

Cornelius Jansen (dit Jansénius 1585-1638), né Acquoy (Province de Gueldre) et mort à Ypres  (Flandre espagnole), issu d’une famille aisée, fait ses études à l’université de Louvain où il adhère au ‘Baïanisme’ du professeur Michel de Bay[15]. En 1605/09 (voir St Cyran,), il vient à Paris pour étudier le grec et  fait la connaissance de Jean du Vergier de Hauranne de quatre ans son aîné.. Leur intérêt pour St augustin et le désir d’un retour aux sources du christianisme les rapprochent. Ils vont s’installer à Bayonne d’où du Vergier est natif. De 1612 à 1617, Jansénius exercera son sacerdoce à Bayonne avant d’être nommé directeur du Collège de Hollande à Louvain[16].

En 1628, Jansen prononce le  Discours de la Réformation de l'Homme Intérieur qui sera traduit par Robert Arnauld d'Andilly, l’aîné des frères Arnaud et publié en 1642. C’est par ce texte que découvriront Blaise et Jacqueline Pacal le Jansénisme (voir Pascal/Les Provinciales) en 1646.


« Prononcé à l’origine vers 1628 par Cornelius Jansénius, évêque d’Ypres et ami de l’abbé de Saint-Cyran, ce discours avait pour vocation d’établir la réforme d’un monastère de Bénédictins. Son dessein est d’une ambition rare : expliquer la corruption et le renouvellement de l’esprit humain en se fondant exclusivement sur la doctrine du docteur de la grâce, saint Augustin. Jansénius s’y engage à dévoiler la voie la plus courte pour recouvrer la pureté et la perfection des origines. La thèse centrale du Discours repose sur le principe de la chute : l’homme, originellement uni à Dieu, s’en est détourné par un mouvement de suffisance, le ramenant vers le néant d’où il fut tiré. Ce mouvement autodestructeur se cristallise autour des trois concupiscences qui engagent toute la postérité d’Adam. Suivant l’épître de saint Jean, Jansénius les décline en une triade redoutable : la concupiscence de la chair (la volupté), la concupiscence des yeux (la curiosité), et l’orgueil de la vie (la vaine gloire). » (https://manucius.com/discours-reformation-homme-interieur-cornelius-jansenius-1642/ Maison d’Édition)

En 1636, il est nommé évêque d’Ypres où il meurt deux ans plus tard victime de la peste.


L’œuvre de sa vie, Augustinus, Doctrine de Saint Augustin sur la Santé, la Maladie et la Médecine de l’Âme ne sera publié qu’en1640. Jansen y  prône le respect de la conception augustinienne de la grâce qui prive le croyant de toute libre-arbitre[17]. La grâce est un pur don divin, indépendant de toute volonté humaine. Retour en fait à la doctrine luthérienne du Sola Gratia (la grâce seule) et plus en amont à l’opposition entre l’aristotélicien Thomas d’Aquin et l’augustinien Duns Scot (†1308) sur la détermination ou non de la volonté ( voir Bas Moyen-Âge/Ordre Franciscain/ Duns Scot/ Volonté et Liberté). La dispute entre l’évêque d’Hippone et Pélage (4ème siècle) est restée dans les annales de l’histoire du christianisme. Ce dernier minimisait indirectement le rôle de la grâce divine en proclamant la liberté du chrétien de vivre ou non dans le péché, de choisir le bien plutôt que le mal. Non seulement une telle doctrine s’oppose au catholicisme de la Contre-Réforme mais aussi au Molinosistes.


Le théologien espagnol Luis de Molina (†1600), diplômé de l’université de Coimbra (Portugal), entré dans la récente Compagnie de Jésus (1540) et qui deviendra un membre éminent de l’École de Salamanque, établit dans de Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis (1588) un moyen terme, une « science moyenne » entre prédestination et libre-arbitre, qu’il emprunte à Pedro da Fonseca (†1599), qui l’enseignait à Coimbra et qu’il a lui-même définit comme « une connaissance, antérieure au décret divin de prédestination que Dieu aurait de l'usage que chacun fera des dons de grâce à lui accordés (Encyclopédie Universalis/Molinosisme). Dieu, omnipotent, créateur de la vie, reste maître de ses créatures, de leur destinée. Il accorde à tous une « grâce suffisante». Pour autant, l’homme reste libre de participer ou non à la ‘Justification’ par l’attrition (regretter pour soi d’avoir péché, crainte personnelle des conséquences) et la contrition (repentir d’avoir offenser Dieu). Il garde la liberté du bon usage de l’acte surnaturel.

« Le jansénisme est un augustinisme. Personne ne se déclare janséniste, pas même Jansénius. Le terme est une injure inventée par les adversaires de Jansénius. Il s’agit de transformer en sectaires ceux qui se présentent comme les vrais catholiques disciples de saint Augustin… Le jansénisme se situe d’emblée dans l’opposition dévote à la politique née de la raison d’État et défendue par Richelieu[18] ».


Le jansénisme se sera toujours opposé à la monarchie absolue, à Richelieu, et aura été favorable à un gallicanisme parlementaire. Cet opposition n’est pas sans attirer une catégorie de la population que le rigorisme inflexible dans la piété, les principes, et leur application janséniste, ne rebute pas « dans un climat aussi religieux que celui de ‘’ l’humanisme dévot’’ …

« La bourgeoisie des ‘’officiers’’, mécontente qu’on remette périodiquement en question la transmission des charges qu’elle a conscience d’avoir payées, et le peuple misérable, en constante rébellion contre ses exploiteurs, s’emparent immédiatement de toute divergence idéologique et la transforment, d’une manière confuse ou délibérée, en plate-forme d’opposition… Le jansénisme prend souvent sinon toujours, une signification oppositionnelle. Tel est du reste le sens- un des sens– de la lutte inexpiable que la Contre-Réforme plus ou moins associée au pouvoir central, et plus particulièrement les jésuites, mèneront contre les Solitaires de Port-Royal » (Marc Soriano Burlesque et langage populaire de 1647 à 1653 : sur deux poèmes de jeunesse des frères Perrault, Annales, 1969 24-4, https://www.persee.fr/doc/ahess_03952649_ 1969_num _24_4_422155.  


Les grandes figures du jansénisme dont le cœur battait à l’abbaye de Port-Royal des Champs (Yvelines), fondée au XIIIème siècle dans la vallée de Chevreuse sont l’abbé de Saint de Cyran (†1643), la Famille Arnaud dont le Grand Arnauld (†1694), l’abbesse Angélique Arnaud (†1661) et son neveu Antoine de Maistre (†1658), premier des Solitaires de Port-Royal ; et bien sûr Blaise Pascal (1623-1662) et Jean Racine qui s’en défendit (cf. Jules Lemaître Jean Racine 1908) malgré la relation très étroite qui l’unissait à  sa tante qui, orphelin, l’avait recueilli et qu’il visitait à Port-Royal, Agnès Racine, abbesse de 1690 à 99.  Le peintre Philippe de Champaigne (†1674), sans être janséniste fut proche de Port-Royal. Il a peint entre autres les portraits de St Cyran et de Mère Angélique Arnauld. L’abbaye de Port-Royal de Paris fondée en 1566 est la fille de l’abbaye-mère (cistercienne 1204) . Une église janséniste fondée en 1794 à Utrecht est toujours ouverte.


Le Congruisme

Sur cette question de la grâce et du libre-arbitre qui divise jansénistes et jésuites, le jésuite de l’École de Salamanque Francisco Suárez (1538-1617 voir Renaissance/ Réforme Catholique/Les Jésuites) a comme Molina adopté une position intermédiaire, mais non entre les positions des jésuites et celles des molinosistes mais, en avance sur son temps entre la doctrine francesca-molinosiste et celle à des jansénistes de Port-Royal : Si pour Molina, Dieu accorde à l’homme une ‘grâce suffisante’ dont ce dernier garde la libre disposition, et si pour les jansénistes, ce sera une ‘grâce efficace ‘ que Dieu devra accorder à l’homme qui doit néanmoins s’y prédisposer par la piété et la communion, Suárez apporte une nuance à la ‘grâce suffisante’ de Molina : l’homme obtient de Dieu une ‘grâce congrue’, une grâce adaptée aux besoins de qui la reçoit ; « une grâce proportionnée à l'effet qu'elle doit produire et à la disposition de celui qui la reçoit. » Comme pour les molinosistes, Dieu accorde sa grâce à certains, mais celle-ci sera congrue ou pas, conviendra ou pas à celui qui la reçoit en fonction de la volonté de celui-ci, volonté qui, elle-même, ne dépend pas de lui mais de Dieu. La grâce ne sera efficace que si c’est « une proposition où il y a accord complet » (Bossuet Hist. des variations des Églises protestantes).

Certaines sources assimilent ‘grâce congrue’ à ‘grâce suffisante’ :

« Congruisme : une théorie avancée par les molinosistes selon laquelle la grâce divine est efficace parce qu'elle est donnée par Dieu dans des circonstances qu'il sait d'avance être congrues [bien appropriées] et favorables à son opération » (merriam-webster.com/ dictionary/congruism).


Le Congruisme de la Sorbonne

« Quand l’Augustinus de Jansénius est publié, le système théologique dominant en Sorbonne est un congruisme suarézien représenté par la triade tutélaire que forment Philippe de Gamaches, André Duval et Nicolas Ysambert. Avec le développement de l’antijansénisme apparaît un congruisme de Sorbonne original dont la première formulation se trouve chez Isaac Habert et Alphonse Le Moyne avant sa diffusion dans les manuels au temps de la Paix de l’Église. Congruisme qui rejette le système thomiste et qui soutient qu’à chacun, même au pécheur le plus endurci, a été conféré un secours suffisant ad orandum [à tout moment]qui permet de réclamer la grâce d’action indispensable pour accomplir l’acte salutaire » (Sylvio Hermann dc Francheshi, Qu’est-ce que le congruisme de Sorbonne ? Genèse d’une tentative française de voie moyenne dans la querelle catholique de la grâce au XVIIe siècle P.UF. 2022 Revue N°294)


Port-Royal

Port-Royal

A l’origine, l’abbaye de Port-Royal des Champs est une abbaye cistercienne fondée dans la vallée de Chevreuse en 1204. Au fil des siècles l’abbaye prendra de l’importance et n’aura de cesse d’accroître ses terres jusqu’à border le parc de Versailles, ce qui cause une dissension avec le roi pour le contrôle des sources. En 1602, alors qu’elle n’a que 16 ans, Jacqueline-Angélique Arnauld (1591- 1661) en devient l’abbesse et en 1608 entreprend une réforme stricte de la vie des sœurs à qui elle impose la clôture. Une réforme qui ne va pas sans rappeler celle de Ste Thérèse en 1562 au Couvent St Joseph d’Avila qui fonda alors en un retour strict à la règle du Carmel l’ordre Carmélites Déchaussées (en signe d’humilité). Les années 1620-30 sont les plus belles années de Port-Royal des Champs. En 1625, est acheté dans le Faubourg Saint-Jacques, par Angélique et sa mère Catherine Marion qui entrera dans les ordres avec le nom de Catherine de Sainte Félicité, le château de Clagny, construit par et pour l’architecte du Louvre de La Renaissance Pierre Lescot et légué à son neveu, aujourd’hui partie intégrante de l’Hôpital Cochin (maternité). Il s’agissait à ce moment-là d’évacuer les religieuses de Port-Royal des Champs qui subissaient une épidémie de paludisme causé par les marécages alentours et qui avait déjà fait de nombreuses victimes. Ce sera le couvent de Port-Royal de Paris qui sera fermé en 1790.

Si Richelieu a fait condamné pour cinq ans l’Abbé Saint Cyran de 1638 jusqu’à quasiment à sa mort en 1643, et si Mazarin combattit le jansénisme dans les années 1656-64,  Louis XIV le toléra jusqu’en 1708, date à laquelle Port-Royal des Champs sera détruit. En cette année 1708, deux bulles papales vont priver en un premier temps les religieuses de l’usage de leurs terres, et en un second temps, ordonne la suppression du couvent. Le texte est enregistré par le Parlement avec l’aval du roi. L’année suivante, les religieuses ‘des Champs’ n’ayant pas reconnu l’abbesse de Port-Royal de Paris comme leur supérieure, le Conseil d’État ordonne leur expulsion. En 1713, le pape Clément XIV par la bulle Unigenitus condamnait le jansénisme[19].


Angélique Arnauld

Jacqueline-Marie-Angélique Arnauld d’Andilly 1591-1661) est issue d’une famille de la haute bourgeoisie anoblie, originaire d’auvergne. Elle est la sœur aînée du Grand Arnauld de vingt ans son cadet. Leur père qui eut de nombreux  enfants[20] était avocat général au parlement et conseiller d’État. Son grand-père maternel Simon Mario, également juriste, chez qui elle trouve sa seule affection, décide au vu d’une descendance de six filles (quand même quatorze garçons !), qu’elle n’en aura pas et la fait entrer au couvent de port Royal- des Champs comme coadjutrice, autrement dit sans avoir à prononcer ses vœux. Elle fait néanmoins à 8 ans, en 1599, son noviciat à l’abbaye de Maubuisson dont l’abbesse est Angélique d’Estrée, sœur de la belle Gabrielle d’Estrée († 1599), maitresse d’Henri IV. Un noviciat très libre, à la limite du libertinage ; « on lit des romans profanes, on sort de l’enceinte quand on veut, on se déguise pour le carnaval ». Elle prend le nom d’Angélique. Deux ans plus tard, elle est nommée abbesse de Port-Royal. Elle n’a que 11 ans mais son père a triché sur les dates.

En 1608, elle qui n’avait jamais eu la vocation, entre véritablement en religion après avoir entendu le sermon d’un capucin (frère franciscain à la capuche, voué à la pauvreté et l’oraison). Elle s’engage dans une réforme de la vie de l’abbaye avec un retour à l’application de la règle cistercienne et à la clôture. Réforme similaire à celle du Carmel déchaussé entreprise par Ste Thérèse à Avila quelque 40 ans plus tôt. Un épisode, appelé ‘la journée du guichet ‘a mis en évidence son intransigeance: Elle interdit l’entrée dans l’abbaye à ses parents qui était comme à l’accoutumée venus la visiter. Elle va étendre sa réforme à l’abbaye cistercienne de Maubuisson, non loin, dans le Val d’Oise. Elle y fait la connaissance de Saint François de Sale (†1622) qui devient son maître spirituel tout en lui conseillant de ne pas entrer comme elle lui en avait manifesté l’intention dans l'Ordre de la Visitation de Sainte-Marie qu’il a fondé en 1610 avec Jeanne de Chantal (tante de Mme de Sévigné). Mis à part l’épidémie de paludisme de 1625 (voir Port-Royal), ce sont les belles années de l’abbaye qui prospère et dont le rayonnement atteint son acmé. Les « belles amies » de la haute noblesse féminine la fréquente ; ce sont la salonnière Mme de Sablé, la Marquise de Sévigné ou encore  la Duchesse de Longeville, la Grande Mademoiselle, sœur du Grand Condé et future grande frondeuse.


A Paris, Angélique rencontre en 1623, le futur Abbé de Saint Cyran. Ils habitent le même quartier du Faubourg St Jacques. En 1630, elle est en désaccord avec Sébastien Zamet, évêque de Langres, sur le projet de fondation d’un monastère près du Louvre sur le modèle de l’abbaye bénédictine de Tard que l’évêque a réformée. Angélique, toujours aussi entière, veut imposer ses vues. Agnès de Saint Paul, la benjamine des sœurs (1593-1672) , quitte Port-Royal et devient abbesse de cette abbaye de Tard située en Bourgogne. Elle a écrit un petit traité mystique, Le Chapelet Secret, tout empreint du mysticisme du Pur Amour, conception de l’Amour divin que soutint Fénelon et  à laquelle n’est pas étranger l’évêque. Ce qui déplait fortement à sa sœur ainée très méfiante envers toute forme de mysticité. Le Chapelet sera condamné en 1633 par la Sorbonne et la même année interdit par le pape (mise à l’Index). L’Abbé de Saint Cyran, que Angélique a rencontré quelques années auparavant, prend sa défense par un libelle anonyme.

Angélique va se rapprocher de l’abbé qu’elle admire. Elle voit selon ses mots en ce serviteur de Dieu, un être « aussi spirituel et sain que savant  [à] la forte, sainte, droite et éclairée conduite».


En 1636, elle quitte Paris et reviens aux ‘Champs’. Sa sœur Agnès, qui avait quitté St Cyr pour Port-Royal de Paris, une fois encore, la rejoint toute aussi attirée par la spiritualité de l’abbé. Elle a écrit les Constitutions, règle de la vie commune et spirituelle des sœurs.

Saint Cyran (1581-1643) est janséniste. En 1635, il devient le confesseur des sœurs. L’abbaye va être l’affaire de la famille

L’abbaye va devenir suspecte. Ce Dieu d’amour des jansénistes qui se moque comme d’une guigne du salut par les œuvres et par là de la hiérarchie ecclésiastique et fait fi du libre-arbitre de l’homme, inquiète les autorités spirituelles et temporelles. Angélique défende l’auteur de La Fréquente Communion ( De la fréquente communion où Les sentiments des pères, des papes et des Conciles, touchant l'usage des sacrements de pénitence et d'Eucharistie, sont fidèlement exposés) écrite par son frère Antoine Arnaud en 1643.  Entre 1656 et 57, Blaise Pascal (†1662), janséniste de fraiche date soutiendra le Grand Arnauld menacé de condamnation par la Sorbonne en publiant ses dix-huit lettres, Les Provinciales.

En 1648, Philippe de Champaigne met ses deux filles en pension à Port-Royal et peint le portrait de l’abbesse, peut-être pour la remercier de les accueillir, ainsi qu’un portrait de Saint Cyran, de l’écrivain Conseiller d’État, Robert Arnauld d’Andilly, frère aîné d’Angélique (Louvre), « de sa fille, sœur Catherine de Sainte-Suzanne, religieuse de Port-Royal, atteinte de paralysie en 1661, retrouvant l’usage de ses jambes suite à la neuvaine ordonnée par la mère Agnès Arnauld, en prières à ses côtés » (Château de Chantilly, https://www.musee-conde.fr/fr/notice/pe-310-la-mere-angelique-arnauld-9630f9a9-d998-49c7-aa85-1db040921a41)


En 1653, le pape Innocent X a demandé que soit signé par les ecclésiastiques de France le Formulaire des Cinq Propositions, condamnant cinq propositions de Cornélius Jansen (voir Pays-Bas), ami de Saint Cyran et précurseur avec lui de ce qui deviendra le Jansénisme. En 1661, ce sera au tour de Louis XIV de demander à « tous les clercs, enseignants et membres des ordres religieux [qu’ils] signent une déclaration dans laquelle ils consentent à la condamnation par la papauté de cinq thèses hérétiques prétendument trouvées dans l'Augustinus de Jansen » (Internet Encyclopedia of Philosophy) .

Angélique meurt à Port-Royal de Paris, épuisée par ces luttes en 1661. Elle est enterrée dans l’avant-chœur de l’église et son cœur amené à Port-Royal des Champs. Sa correspondance publiée à Utrecht en 1742-44 a été recueillie sous le titre Mémoires pour servir à l'histoire de Port-Royal. On a également gardée ses conférences données à l’abbaye. Agnès meurt cinq ans plus tard et laisse outre le Chapelet Secret, Image de la Religieuse Parfaite et d’une Imparfaite avec les Occupations Intérieures pour toute la Journée, écrit en 1665.

« Abbesse réformatrice du couvent de Port-Royal, Mère Angélique Arnauld a développé une philosophie augustinienne profondément influencée par le mouvement janséniste. Sa philosophie de Dieu suit la via negativa (apophatisme, ni ceci ni cela] dans son accent sur l'incompréhensibilité de Dieu. Sa théorie de la vertu morale est résolument théocentrique ; même des vertus naturelles comme la patience sont présentées comme des émanations de la grâce. Les vertus monastiques de pauvreté et d'humilité reçoivent une place de choix dans ce récit. Reflétant sa lutte avec les autorités politiques et ecclésiastiques, la philosophie d'Arnauld met l'accent sur les droits des femmes à l'éducation, à la culture théologique, à l'autonomie gouvernementale et à la fidélité à la conscience personnelle. Bien qu'elle affirme l'existence du libre arbitre, l'accent mis par Arnauld sur la profondeur de la dépravation humaine et la dépendance de l'agent moral à la grâce divine pour l'exécution de l'action vertueuse porte les traces du déterminisme théologique. Longtemps considérée comme une voix mineure dans le courant janséniste de la philosophie augustinienne développée par Antoine Arnauld et Blaise Pascal, les variations originales d'Angélique Arnauld sur l'augustinisme ont récemment été soulignées par des commentateurs féministes. Le récit sexué de la vertu de l'abbesse est tiré de l'expérience de religieuses engagées dans une vie contemplative stricte[21] ».


Le Grand Arnauld

Antoine Arnauld (dit le Grand Arnauld, 1612-1694), né à Paris et mort à Bruxelles, porte le même prénom que son père, Antoine (1560-1619), procureur général au parlement de Paris.

Contrairement à ses ancêtres, il ne sera pas juriste mais théologien après avoir fait ses études à la Sorbonne. Comme ses deux sœurs, Angélique et Agnès et leur mère Catherine, il adhère aux idées de Saint-Cyran co-fondateur du Jansénisme en France. Il en sera le chef de file. Son livre, De la fréquente communion[22] qui paraît 1643, l’année de la mort de son maître, sera le livre de référence du mouvement. Il combattra tout autant les jésuites que les calvinistes.

En 1660, il écrit en collaboration avec Claude Lancelot une Grammaire Générale et Raisonnée, et en 1662 avec Pierre Nicole (1625-1685) La Logique ou l'Art de penser ; ouvrage dans lequel

« Arnauld et Nicole réalisent une synthèse d'une richesse inégalée entre l'héritage aristotélicien et scolastique, la pensée augustinienne, l'humanisme et la pensée moderne, de Descartes à Gassendi et Pascal, pour forger un art de penser à l'usage de l'honnête homme. À travers les questions de méthode et d'épistémologie, de rhétorique et de morale, la Logique fait écho aux conflits dans lesquels Port-Royal a été embarqué : procès en Sorbonne, crise du formulaire, polémiques avec les protestants, et, de façon moins visible, controverses sur la casuistique et la probabilité ». (Présentation de l’ouvrage Éditions Honoré Champion 2014)


Ses deux ouvrages n’en relativisent pas moins la portée du cartésianisme. Dans une réponse que Marin Mersenne (voir Philosophie de la Nature) lui a demandée en tant que théologien de la Sorbonne de faire sur les  Méditations Métaphysiques (1643) de Descartes, il contestera le dualisme âme-corps de l’auteur du Discours, tout en étant le premier à faire le rapprochement entre le Cogito et la ‘conscience de soi’ augustinienne. Selon l’évêque d’Hippone, le retour à soi n’est pas une retour réflexif, mais éloigne le sujet de tout historicité factuelle et le mène à une illumination intérieure. Malebranche (1638-1715) sera le premier à définir en 1676 la conscience en son sens moderne « connaissance immédiate de sa propre activité psychique ». A partir d’Hegel, la conscience sera plutôt entendue comme le sens global donnée à notre histoire, son unité. Arnaud émettra des doutes sur…le doute cartésien systématique susceptible d’entamer la foi. Pour autant, il ne remet pas en cause la faculté de la raison capable de nous amener à la compréhension des vérités de la philosophie naturelle sans recours à une révélation (illumination divine).


Il débattra également avec Malebranche en contestant dans son ouvrage Des Vraies et des Fausses Idées (1683), il a alors 71 ans, celles émises dans Recherche de la Vérité (1675) par Malebranche veut éliminer tous les types d’erreur (des sens, de l’imagination, de l’entendement, des passions) qui font obstacle à la vérité, et veut rétablir, pierre d’achoppement entre les deux philosophes, l’idée en son sens médiéval selon laquelle « loin d’être des modes de la pensée humaine, elles étaient comme telles restituées à Dieu, considérant donc que l’homme dût penser les idées en Dieu et non en lui-même comme des modes de sa pensée » .


Tandis qu’  « Arnauld veut sauver l’approche cartésienne des idées et en faire des modes de l’esprit par lesquels celui-ci comme substance stable connaît des modification qui sont siennes. Il y a donc derrière tout cela tout le rapport au cartésianisme qui s’enclenche. Mais de manière peut-être plus essentielle se joue également la question de la nature des idées: sont-elles réelles, ontologiquement consistantes – ce qui exclut qu’elles fussent des modes –, auquel cas l’esprit n’accèderait pas tant à la chose qu’à l’idée ? Cela signifierait que l’esprit ne se rapporterait finalement jamais au sensible, et que son seul rapport au sensible serait en fait celui qu’il entretient avec des idées divines [23]»

Question débattues au Moyen-âge entre les ‘réalistes’ (augustinien) pour qui les idées étaient réelles en Dieu, et les ‘nominalistes’ (socratiques) pour qui les noms et par là la pensée n’avaient pas de réalité propre.


Sa dissertation sur Les Miracles de L'Ancienne Loi (1685) et ses Réflexions Sur Le Nouveau Système De La Nature Et De La Grâce (1685-86), seront l’occasion d’un nouvel affrontement avec Malebranche. Arnauld va contester les positions de Malebranche, cette fois-ci, sur « l' Occasionnalisme selon lequel toute cause n’est jamais ‘occasionnelle’ et n’est jamais la réelle cause, Dieu seul est la vraie cause. Aucun corps ne peut en mettre un autre en mouvement, Dieu les place là où ils sont, et « il n’y a pas d’interaction réelle entre âme et corps, mais Dieu intervient, à l’occasion d’une modification d’une des deux substances, pour produire une modification correspondante en l’autre[24] » (voir Philosophie de La Nature/Les courants/Occasionnalisme).

La publication du Traité de la Nature et de la Grâce par Malebranche en 1680 auquel viendra se joindre ses Méditations chrétiennes de 1683, va faire l’objet d’une controverse qui s’étendra sur onze ans, jusqu’à la mort de Malebranche (voir ci-après Controverse).

En 1656, suite à la parution de ses deux Lettres à un Duc et Pair, parues l’année précédente et  dans lesquelles il dénonce les méthodes de confession des jésuites, il est interdit de la faculté de théologie de Paris de même que le théologien et janséniste, Nicolas Perrault (1624-1662), frère du conteur Charles Perrault (1628-1703) et de l’Architecte Claude Perrault (1613-1688). Pour leur défense, B. Pascal (1623-1662) écrit entre alors 1656 et 57 Les Provinciales, préface introductive à un ouvrage philosophico-scientifique qu’il n’eut pas le temps de concrétiser et qu’Arnauld finalise en 1667 en rédigeant ses Nouveaux Éléments de Géométrie.


En 1642, la bulle In eminenti  du pape Urbain VIII mettait à l’Index l’Augustinus de Jansen paru en 1640. En 1653, la bulle Cum Occasione du pape Innocent X condamnait 5 propositions de l’ouvrage  qui faisaient prévaloir la grâce au libre-arbitre. En 1656, le pape Alexandre VII réitérait les condamnations de ses prédécesseurs par la Bulle Ad Sanctam Beati Petri Sedem affirmant que les propositions condamnées étaient bien dans l’Augustinus contrairement à ce qu’affirmaient les jansénistes. En 1661, Louis XIV avait demandé à « tous les clercs, enseignants et membres des ordres religieux [qu’ils] signent une déclaration dans laquelle ils consentent à la condamnation par la papauté de cinq thèses hérétiques prétendument trouvées dans l'Augustinus de Jansen » (Internet Encyclopedia of Philosophy). Ce qui ne fut pas du goût de quatre  évêques parmi lesquels l’évêque d’Angers le cadet des frère Arnaud, Henri. Le Pape leur intenta un procès.


La dissension larvée entre le Vatican et l’épiscopat français mais aussi avec Louis XIV, qui, dans un réflexe gallican,  n’avait pas apprécié la façon dont le pape avait organiser son tribunal, amena le nouveau pape, Clément IX, avec le soutien de Louis XIV à vouloir conclure un accord avec les jansénistes qui de leur côtés avaient trouvaient plusieurs soutien auprès des ministres du roi. En 1669 fut signée La Paix Clémentine ou  Paix de L’Église réconciliant pape et évêques et sur ordre du roi entrainant la libération des jansénistes embastillés.   e Grand Arnauld peut sortir de sa retraite forcée.

Avec Pierre Nicole, il s’était lancé en 1664 dans la rédaction en 6 volumes d’un ouvrage ambitieux La perpétuité de la foi de l'église catholique touchant l'Eucharistie, défendue contre le livre du sieur Claude, ministre de Charenton. L’ouvrage peut paraitre en cette année 1669. La victoire d’Arnaud fut d’autant plus éclatante, qu’elle lui attira les faveurs non royales mais populaires. Le Jansénisme avait en quelque sorte gagné les cœurs. Mais victoire à la Pyrrhus. Louis XIV ne vit pas d’un bon œil populaire. Arnaud crut bon de d’exiler à Bruxelles où il passa les seize années qui lui restaient à vivre toujours pourfendant jésuites et calvinistes.

Arnauld laisse aussi une importance correspondance entamée en 1686 à l’initiative de l’auteur du Discours sur la Métaphysique dont il lui envoya les têtes de chapitres de son projet.


Controverse Arnauld-Malebranche

Arnauld rejette un des points forts du dualisme cartésien à savoir que l'union de l'esprit et du corps permet une action causale de l'un sur l'autre. Il écrit :

« Il n'est pas nié qu'il puisse y avoir quelque chose d'inconnu pour nous dans l'union que Dieu a réalisée entre notre âme et notre corps (Examen, OA, 38:141). ce que nous savons, cependant, suffit à montrer que l'esprit n'est pas lié au corps comme un pilote à son navire, mais plutôt que les deux sont unis dans "une union plus grande et plus intime" » (cité par https://plato.stanford.edu/entries/arnauld/ First published Sat Jan 27, 2007; substantive revision Fri Nov 5, 2021)

Mais ce que critique le plus Arnauld à Malebranche (Voir Malebranche/ Théologien), c’est le « trop grand crédit accordé à la connaissance rationnelle et naturelle concernant le mystère de la grâce, celle-ci étant vue par Malebranche comme un événement surnaturel ordinaire régi par des lois analogues à celles de la nature, et donc connaissable de la même manière une remise en cause du rôle beaucoup trop grand accordé cette fois à la théologie dans la connaissance naturelle, puisque Malebranche prive l'homme d'un pouvoir qui serait le sien, celui de penser avec ses propres idées » (selon Frédéric Buzon La Recherche de la vérité. 2e et 3e parties, De l'imagination, Gallimard 2006)


La controverse portera aussi sur la notion divergente qu’ils se font de l’idée : Pour Arnauld, comme pour Descartes, l’idée est un mode de connaissance (de perception) non sensitif mais intellectuel et chaque idée est une modification de l’âme individuelle. Malebranche déplace la question du plan psychologique au plan épistémologique au sens large. L’idée est archétypale dans le sens platonicien. Elle appartient à l’entendement divin et est l’effectuation de la Raison divine. Les idées ne sauraient varier en fonction des modifications de l’âme.

Les points de vue du Grand Arnaud et de Malebranche ne sont pas pourtant totalement divergents. Dans le Traité de la nature et de la grâce, Malebranche expose un augustinisme qui tempère son rationalisme. La raison n’est plus la simple raison humaine, puisque tout est en Dieu, la raison, universelle est chose divine et que l’homme partage. Identifiant la raison au Verbe divin, Dieu fait tout en nous et nous voyons tout en Dieu. Les idées comme toutes choses de ce monde son en Dieu, l’homme et ses idées, et le salut de l’homme ne peut dépendre que de Dieu. Mais par contre, l’âme ne peut être connue, saisie en elle-même. Nous ne pouvons avoir une connaissance directe d’un moi intérieur. Nous en avons la connaissance que par l’expérience de ce que nous vivions.


Robert Arnaud

Robert Arnaud, l’aîné de la fratrie est le père de Simon Arnauld, Marquis de Pomponne (1618-1619) qui fut conseiller financier auprès de Marie de Médicis et Ministre des Affaires Étrangères pendant le règne de Louis XIV est le père de la moniale Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly et de Simon Arnauld d'Andilly, Secrétaire d’État.

 En 1643, pressenti par Marie de Médicis pour être précepteur du Dauphin, il écrit Mémoire pour un souverain. Pour la même raison, mais pressenti par le Cardinal, le libertiniste François de La Mothe Le Vayer avait écrit en 1640 De l’instruction de Monseigneur le Dauphin. La Mothe Le Vayer sera précepteur de son jeune frère Phillipe d’Orléans. C’est l’évêque Préfixe, farouche adversaire des jansénistes qui sera en définitive choisi pour éduquer le futur roi. 1643 est l’année de la mort de son ami Saint Cyran et Arnaud, bien en cour, honoré et considéré n’en éprouve pas le besoin de faire une première retraite. Il se retire alors à Port-Royal-des-Champs que les sœurs ont abandonné depuis 1625 en raison de l’infection du Paludisme. Il sera le premier des ‘Solitaires’ et commencera à faire assécher les marais à ses frais.


Tout en menant une vie retirée, il n’en reçoit pas moins ces dames de la cour, Mlle de Scudéry, la Duchesse de Chevreuse, La Grande Mademoiselle. Homme à la plume élégante mais aussi savante, il reste une traducteur consulté pour sa traduction des Confessions de St Augustin, des œuvres de Ste Thérèse d’Avila et de St Jean de La Croix, et  l’Histoire des Juifs de Flavius Joseph. On lui doit aussi entre autres une Vie des Pères du Désert.

Durant Les Frondes, prenant parti comme tout bon janséniste, il sera de ces auteurs de pamphlets appelés les Mazarinades qui vilipendaient le Cardinal. Il n’entretiendra pas moins jusqu’en 1659, une correspondance secrète quasi-quotidienne avec Mazarin., allant jusqu’à prendre à sa charge d’être l’auteur des deux premières lettres de son frère Antoine, Lettre à une personne de condition  et Seconde lettre à un duc et pair de Franc, cette dernière sera la cause de la dégradation d’Antoine par l’université en 1656 et lui-même se retirera sur ses terres de Pomponne (Seine -et-Marne).


En 1669, la Paix de l’Église (accord entre le pape et le roi d’un côté et les jansénistes de l’autres) ayant apaisé les tensions, il revient brièvement à la cours en 1671 avec la satisfaction de voir son fils Simon Arnauld d'Andilly, marquis de Pomponne passer d’ambassadeur à Secrétaire d’État aux Affaires   Étrangères. Il revient à Port-Royal-des-Champs en 1673 et y meurt l’année suivante.

La fille de Simon, Félicité Arnauld de Pomponne, a épousé Colbert qui fut Marquis de Torcy.


Arnaud Henri Arnauld

Le plus jeune des trois frères Arnaud Henri Arnauld (1597-1692), a été diplomate et évêque d’Angers. Il a été de ces quatre évêques qui se sont s’est opposé au pape Alexandre VII dans sa volonté de condamner définitivement le jansénisme en 1657.

Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly

Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly (1624-1684), nièce de des frères et sœurs Arnaud, est arrivée à Port-Royal6des6Champs en 1641 à 17 ans. Opposé au formulaire de Louis XIV, elle sera retenue au couvent de L’Annonciation à Paris (rue du Faubourg St Honoré) de 1664 à 1669, année où est signé la Paix de L’Église. Elle est mère abbesse en 1678.


Jacqueline Pascal

(Voir Pascal/ Les Provinciales)

Jacqueline Pascal (1625-1661) , sœur de Blaise Pascal, sans être de la famille Arnaud, tient une place importante parmi les sœurs de Port-Royal-des-Champs où elle rentre en 1652 après la mort de son père qui s’opposait à ce qu’elle soit religieuse. Elle prend le nom de sœur Sainte-Euphémie. Avant cela, elle écrivait des poèmes et a joué une pièce ( ou donné un compliment) devant le roi pour le retour en grâce de son père qui avait contesté une décision de Président Séguier. En 1648, elle et son frère découvrent le Jansénisme par la lecture   du « Discours de la réformation de l’homme intérieur » de Jansen traduit en français par Antoine Arnaud en 1642


 Bien qu’elle ait cessé d’écrire après avoir pris le voile, elle écrit néanmoins une pièce sur le miracle de la Sainte-Épine dans laquelle sa nièce Marguerite Périer tint le rôle principal. Dans sa lettre adressée en 1661, année de sa mort à 36 ans au Grand Arnauld pour signifier comme les autres sœurs son refus de signer le Formulaire d’Alexandre (condamnation par le pape Alexandre VII de cinq propositions jansénistes) « Puisque les évêques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d’évêques. »  Certaines sources indiquent que  contrainte, comme nombre d’autres sœurs, elle aurait signer le formulaire. Elle ne fut pas sans influence sur la spiritualité de son frère.

Elle a écrit la chanson Sombres déserts, retraites de la nuit qui sera mis en musique par le compositeur et maitre de chant Michel Lambert (1610-1696), qui marié à la cantatrice Gabrielle Dupuis aura une fille, Madelaine, qui deviendra l’épouse de Jean-Baptiste Lully.


Les Solitaires

Arnauld. Angélique avait déjà attirée à Port-Royal mère, sœur et nièce Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly, mère abbesses en 1678. D’autres Arnauld vont s’installer près de l’abbaye pour mener une vie retirée, toute de piété. Certaines sources indiquent que les ‘Solitaires’ seraient venus aux ‘Champs’ qu’après que les moniales ont abandonné la Vallée de Chevreuse pour le couvent parisien (actuellement maternité de l’hôpital Cochin Faubourg St Jacques) en 1625. Or, bien que l’Hôtel de Clagny à Paris ait servi d’annexe en 1625 pour les éloigner du paludisme des marais de la vallée, Angélique retournera à l’abbaye-mère en 1636 et y mourra en 1661. Sur ce point les sources divergent, certaines indiquant que lorsque son frère Robert si retira en 1643, la grange et le pavillon où il logea étaient toujours désertés par les sœurs.  En 1651, sur les recommandations de l’abbé de St Cyran, le brillant avocat Antoine Le Maistre qui vient de perdre son épouse, Catherine Arnauld (1590-1651), sœur aînée d’Angélique, viendra s’installer aux abords de l’abbaye; d’autres le rejoindront et formeront le groupe des Solitaires comme Pierre Nicole, Claude Lancelot, et Antoine Singlin qui meurt en 1664. Robert Arnauld d’Andilly (1588-1674), aîné de la fratrie Arnauld qui avait déjà fait une retraite au ‘Champs’ en 1643 avait commencé à faire assainir les marais.

Ceux que l’on va appeler  ‘Les Solitaires de Port Royal’ ou ‘Les Messieurs de Port-Royal’. seront une douzaine. Physiquement, ils vont poursuivre l’assainissement des marais et intellectuellement mettre au point un nouveau système d’éducation avec la fondation des ‘Petites Écoles’ par Antoine Singlin (1607-1664), directeur spirituel de B. Pascal (1623-1662). Si Mazarin a fait disperser les Messieurs en 1656, en 1664, à la mort de Singlin,  l’abbaye était encore occupée par les moniales.

Parmi les Solitaires se trouvait , Claude Lancelot, qui de 1640 à 1660 rédigea en collaboration avec le Grand Arnauld une série de grammaires (latine, grecque, italienne, espagnole). Sa nouveauté est qu’il enseignait les règles de grammaire non dans la langue à apprendre mais dans la langue de l’élève. Pour la première fois, la  langue d'enseignement différait de la langue à apprendre.


Blaise Pascal

Voir aussi Philosophie de La Nature

Blaise Pascal (1623-1662), né à Clermont-Ferrand dans une famille bourgeoise aisée et mort à Paris, est éduqué par son père, conseiller du Roi pour l’Auvergne et particulièrement intéressé dans les questions scientifiques et mathématiques.

Dès sa plus tendre enfance, Pascal a été « un sujet de médecin ». Il montrera «  une disposition maladive des centres nerveux, de ces organes qui dispensent la vie à tout le reste de l’économie, donne l’explication du mauvais état de santé habituel… langueur s’accompagnait de phobies particulières : le jeune Blaise ne pouvait souffrir de voir de l’eau, sans entrer « dans des transports d’emportements » ; mais, chose plus surprenante, « il ne pouvait souffrir de voir son père et sa mère proches l’un de l’autre ; il souffrait des caresses de l’un et de l’autre en particulier, avec plaisir ; mais aussitôt qu’ils s’approchaient, il criait, se débattait avec une violence excessive. » (Docteur Cabanès Grands névropathes Albin Michel, 1930).

Il va souffrir  d’hallucinations visuelles et son état nerveux le mettra dans une telle faiblesse qu’il lui arriva de ne pouvoir  marcher sans bâton comme il l’écrivit à Fermat. Mme Marguerite Périer[25], sa nièce, rapporte dans la biographie qu’elle lui a consacrée que « depuis l’âge de dix-huit ans, qu’ il n’avait pas passé un jour sans douleur. »

Sa famille s’installe à Paris alors qu’il a 8 ans.  Par son père, il côtoie Descartes, Mersenne et Gassendi.


Enfant très précoce, à 11 ans il écrit un Traité des Sons et à 16 ans un Essai sur les Coniques dont il ne reste que le Théorème de Pascal sans sa démonstration que Leibniz a pu lire sans en apporter d’objection : « Si un hexagone est inscrit dans une conique, les intersection des côtés opposés sont alignés». (Explication : http://www.mathwebs.com/Theoremes/theoreme_Pascal.html). Un deuxième théorème de Pascal s’applique au cercle. Le Théorème de Pascal est une extension du théorème du mathématicien d’Alexandrie du 4ème siècle, Papus, qui concerne les intersections de droites qui se croisent en reliant trois points alignés sur une droite à trois autres points alignés sur une autre droite.

En 1638/40, son père nommé commissaire aux impôts, la famille s’installe à Rouen. Trois plus tard, alors qu’il a 18 ans, il travaille à sa Pascaline (Roue Pascaline), une machine à additionner et soustraire.


En 1647, à 24 ans, survient sa première maladie sérieuse. Sa nièce écrira :

 «  Il tomba, dit sa nièce, dans un état fort extraordinaire, qui était causé par la grande application qu’il avait donnée aux sciences, car les esprits étant montés trop fortement au cerveau, il se trouva dans une espèce de paralysie, depuis la ceinture en bas, en sorte qu’il fut réduit à ne marcher qu’avec des patins. »

En 1648/47, la famille et de retour à Paris. Pascal entre en contact avec le jansénisme (voir Les Provinciales) auquel il porte un vif intérêt. Mais pour autant en 1651, quand son père meurt, il est nanti du gros héritage de son père et de sa sœur Jacqueline et mène à 28 ans une vie loin d’être austère. Il fréquente les beaux-esprits. Il poursuit néanmoins ses expériences sur le vide et cette même année paraît son Traité de l'équilibre des liqueurs dans lequel il énonce le fameux Théorème de Pascal ou Paradoxe Hydrostatique : « Dans un liquide en équilibre de masse volumique uniforme, la pression est la même en tout point du liquide et cela aussi longtemps que ces points sont à la même profondeur ».

De 1646 à 1654, ses expérimentations sur le vide lui permettent de confirmer la réalité du vide et de la pression atmosphérique[26] et d'établir la théorie générale de l'équilibre des liqueurs qu’il expose dans son Récit de la grande expérience de l'équilibre des liqueurs (1648). Il est avec Pierre Fermat le fondateur du calcul des probabilités. En 1654 parait son Traité du triangle arithmétique. Il sera une aide précieuse pour le développement par Leibniz (1646-1716) du calcul intégral (voir Philosophie de la Nature /Leibnitz et Fermat ) après Archimède et Fermat et avant Newton.


La même année, il vit une expérience mystique ressentant en lui la présence de Dieu et croyant même lui avoir parlé.

« Le 23 novembre 1654, entre dix heures et demie et minuit et demi, Pascal a une intense vision religieuse qu’il écrit immédiatement pour lui-même en une note brève, appelé le « Mémorial » commençant par : « Feu. Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob, non des philosophes et des savants… » et qu’il conclut par une citation du Psaume 119,16 : « Je n’oublierai pas tes enseignements. Amen. » Il coud soigneusement ce document dans son manteau et le transfère toujours quand il change de vêtement ; un serviteur le découvrira par hasard après sa mort » (Wikipédia) Sa santé s’améliorera il gardera des séquelles psychologues. Son système nerveux est profondément perturbé. Il est devenu irritable et hypocondriaque.


En 1655, sur les conseils de son directeur de conscience, Antoine  Singlin, il fait une retraite à Port-Royal des Champs où tout en menant la vie communautaire austère, il lit entre autres Épictète, St Augustin, Montaigne, L’Augustinus de Jansen… et rédige le Mystère de Jésus, Abrégé de la vie de Jésus, ainsi qu’une Comparaison des chrétiens des premiers temps avec ceux d’aujourd’hui. Ce premier séjour sera suivi d’autres.

En 1656 commencent à être diffusées séparément Les Provinciales, dix-huit lettres pour la défense d’Antoine Arnaud accusé par la Sorbonne et qui sera dégradé en 1660. L’année suivante, elles sont publiées sous le pseudonyme de Louis de Montalte.


En 1658, il écrit pour les ‘Petites Écoles’ de Port-Royal son œuvre scientifique majeure, De l'Esprit géométrique et de l'Art de persuader, qui se voulait la préface d’un ouvrage plus ambitieux que, finalement, le Grand Arnaud rédigera sous le titre de Nouveaux Éléments de Géométrie (1667) qui avec la Grammaire Générale et raisonnée de Claude lancelot et la Logique de Pierre Nicole sont les trois ouvrages essentiels de l’enseignement des ‘Petites Écoles’.

En 1659 paraît son Traité de la Roulette, l'un des derniers grands ouvrages sur les indivisibles (lignes), une méthode de calcul d’aires et de volumes mise au point par Bonaventura Cavalieri. Il est de plus en plus malade, souffrant de maux de tête de rage de dents. En 1661, arrive à mettre néanmoins une dernière main à Prière pour demander à Dieu le bon usage des maladies. La traduction latine des Provinciales, bien qu’expurgée, est condamnée par la faculté. C’est l’année où Louis XIV veut en finit avec le jansénisme demande à « tous les clercs, enseignants et membres des ordres religieux [qu’ils] signent une déclaration [formulaire]dans laquelle ils consentent à la condamnation par la papauté de cinq thèses hérétiques prétendument trouvées dans l'Augustinus de Jansen » (Internet Encyclopedia of Philosophy). Pascal trouve l’énergie pour écrire Écrit sur le Formulaire qui s’oppose aux clercs remplissent le formulaire. . Sa sœur Jacqueline  en octobre de cette année 1661.


Pascal décède dans la douleur 10 mois plus tard en août 1662 à l’âge de 39 ans, « probablement à cause d'une tumeur à l'estomac ayant migrée jusqu'au cerveau ».  En 1670 paraît une recueil de réflexions qu’il avait couchées sur des feuilles libres quelque peu expurgées par ses amis jansénistes. Ces Pensées, ainsi que Les Provinciales sont une des œuvres maitresses de bibliographie religieuse du XVIIème siècle.

On lui attribue l’invention de la Vinaigrette, type de chaise à porteur à deux roues, dite aussi de ce fait Brouette, inspirée des charrettes des vinaigriers. A son initiative, les premiers transports en commun apparaissent à Paris. Sept carrosses publics sont mis en service entre la Porte Saint-Antoine et le Luxembourg. La course coûte 5 sols.


Les Provinciales

Jacqueline, la plus jeune des deux sœurs de Pascal, était une moniale de Port-Royal. Par ailleurs poétesse, après avoir joué une pièce de théâtre en la présence de Richelieu ( ou lui avoir adressé un compliment), elle obtint auprès du Cardinal le retour en grâce de son père, exilé à Clermont (-Ferrand) d’où est originaire la famille, pour avoir manifesté contre une décision du Chancelier Séguier.  C’est en 1648, au retour de la famille à Paris que le frère et la sœur vont fréquenter deux docteurs jansénistes qui viennent régulièrement soigné leur père d’une luxation à la cuisse. Forts attirés par la doctrine, ils lisent notamment Discours de la Réformation de l'Homme Intérieur prononcé par Jansen († 1638) et traduit en français par l’aîné des frères Arnaud,   Robert Arnauld d’Andilly . De là, nait la vocation religieuse (un ‘progrès’ selon ses mots) de la jeune et mondaine Jacqueline.


Jacqueline et Blaise se mettent sous la direction spirituelle de Antoine Singlin (†1664) le fondateur à l’instigation de Saint Cyran des ‘Petites Écoles’ de Port-Royal. Jacqueline  devient moniale en 1652 sous le nom de Sainte-Euphémie. Dans sa lettre adressée en 1661, année de sa mort à 36 ans au Grand Arnauld pour signifier comme les autres sœurs son refus de signer le Formulaire d’Alexandre (condamnation par le pape Alexandre VII de cinq propositions jansénistes) « Puisque les évêques ont des courages de filles, les filles doivent avoir des courages d’évêques. »

Les Provinciales sont constituées de Lettres écrites par Louis de Montalte à un provincial de ses amis et aux RR. PP. Jésuites sur le sujet de la morale et de la politique de ces Pères ; au total dix-huit lettres qui ont circulé séparément, une à une, anonymement et clandestinement en 1655 et qui seront publiées  de janvier 1656 à mai 1657. Écrites pour défense d’Antoine Arnauld menacé d’être condamné par la Sorbonne, les quatre  premières traitent  de la grâce et de la morale, sujet qui cause essentielle de l’opposition des jansénistes et des jésuites, à savoir qu’elle est le rôle de l’homme dans l’obtention de son salut : a-t-il quelque mérite à son salut ou la grâce que lui accorde Dieu le prive de tout libre-arbitre ? Pascal veut montrer de manière simple, accessible aux non-théologiens les erreurs de logique et la mauvaise foi des jésuites. Au plan moral, l’homme ne doit pas pour autant se détourner du bien et se tourner vers le mal. La troisième lettre dénonce la condamnation injustifiée d’Arnaud. De la cinquième à la dixième, pascal s’en prend à la casuistique des jésuites, estimant qu’elle les conduit à autoriser toutes sortes de délits, mensonges, meurtres, vols… De la onzième à la seizième, il répond aux critiques violentes que lui ont adressées en retour les jésuites. Les deux dernières reviennent à traiter de la théologie de la grâce.


La casuistique concerne le cas de conscience qui se pose à l’homme dont la décision qu’il doit prendre lui pose un problème moral, quand il est dans l’incertitude de la décision qui serait la plus morale. Le casuiste est celui qui énumère des cas problématique et en apporte les réponses en se référence aux Saintes Écritures et aux Pères de l’Église. La casuistique est née au XIIIème siècle pour faciliter la tâche des confesseur dans les réponses à apporter aux fidèles. Au XVIème et XVIIème siècles, elle  va devenir un point central de la doctrine jésuitique en y intégrant le probabilisme du dominicain Bartolomé de Medina (15727-1581) de l’École de Salamanque (voir Philosophie/Penser Politique et Droit Naturel et Renaissance/ Humanisme/ Espagne) ; doctrine selon laquelle ce qui est probable est moralement admissible au contraire de la doctrine du probabiliorisme selon laquelle il fallait s’en tenir à la proposition morale la plus stricte. « Le probabiliorisme professe qu’on peut opter pour la liberté à condition que l’opinion qui la favorise soit plus probable pour celle qui se prononce pour la loi [ici morale]» (Ed. Jansens Notes sur la conscience douteuse Revue Philosophique de Louvain Année 1920 87 pp. 287-309 ).

Premier de ses ouvrages philosophiques -les précédents étaient scientifiques- Les Provinciales seront rapidement suivies d’autres éditions et traductions en latin, en italien, en anglais. Le ton est varié allant de l'ironie à l'invective en passant par un certain humour. Le style sobre est resté un modèle de classicisme et l’œuvre tient sa renommée de nos jours  plus par lui que par le sujet abordé. un art d'écrire classique, dont la sobriété fait l'efficacité.


Les Pensées

Pascal s’était engagé dans le projet d’un ouvrage sur une Apologie de la Religion Chrétienne. Son décès subit l’empêcha de l’achever. Après sa mort, ses notes furent recueillies mais ce n’est que huit ans plus tard, en 1670, qu’elles parurent sous le titre Pensées de M. Pascal sur la religion et sur quelques autres sujets non sans avoir été remaniées par les jansénistes en y retirant tout ce qui pouvait relever d’un scepticisme que le Pari Pascalien mettait en évidence : Que Dieu existe ou n’existe pas, on a  tout intérêt à faire le pari qu’il existe, autrement dit faire comme s’il existait.

Dans son but de convaincre de la vérité de la foi catholique et de la foi janséniste particulièrement athées, libertins et même jésuites, outre l’argument de son pari, Pascal va mettre en avant «  le cœur qui sent Dieu et non la raison. Voilà ce que c'est que la foi, Dieu sensible au cœur non à la raison ».

« Pour Pascal, la vérité est accessible par deux moyens : le cœur et l'esprit. Ce que Pascal  appelle le cœur, c'est la faculté qui nous fait connaître les choses par une intuition immédiate et qui, étroitement reliée au corps, comporte tout ce que nous entendons par instinct, sensibilité, sentiment. La raison ne fait que déduire et conclure à partir des premiers principes qui, eux, nous sont directement communiqués par le cœur. Le cœur est donc premier, antérieur, supérieur à l'esprit » (https://la-philosophie.com/pascal-le-coeur-a-ses-raisons-que-la-raison-ne-connait-point).


 Par le cœur, il nous faudrait savoir rester en nous-mêmes dans le recueillement et attendre la grâce mais « tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre ». Nous sommes sans cesse pousser au divertissement, à nous détourner (divertir) de tout ce qui peut être déplaisant, des actions sérieuses et préférer les actions frivoles. De là, sa difficulté à vivre et être en paix avec lui-même  car   cela signifierait pour lui être devant un néant.

« Rien n’est si insupportable à l’homme que d’être dans un plein repos, sans passion, sans affaire, sans divertissement, sans application. Il sent alors son néant, son abandon, son insuffisance, sa dépendance, son impuissance, son vide. » (Pensées diverses II – Fragment n° 25 / 37)

Infini, néant, vanité, raison, foi sont les maîtres mots d’une réflexion qui nous montre que le doute est au cœur de la pensée pascalienne face à ce « monstre incompréhensible » qu’est l’homme, et qu’il aboutit à conclure que sans l’humilité et la grâce providentielle pour l’homme point de salut.

« Le moi est haïssable… Je le hais parce qu’il est injuste qu’il se fasse centre de tout, je le haïrai toujours….En un mot le moi a deux qualités. Il est injuste en soi en ce qu’il se fait centre de tout ; il est incommode aux autres en ce qu’il les veut asservir, car chaque moi est l’ennemi et voudrait être le tyran de tous les autres. » ( Pensées diverses II – Fragment n° 5 / 37)

L’édition intégrale ne paraitra qu’au XIXème siècle grâce au philosophe Victor Cousin. Le style comme pour Les Provinciales, retient particulièrement l’attention pour sa pureté.


Esprit de Géométrie et Esprit de Finesse

A la fin des années 1650, Pascal a écrit De l’Esprit géométrique et de l’art de persuader en préface pour un ouvrage plus important destiné aux Petites écoles de Port-Royal et qu’Antoine Arnaud rédigera. Pascal y rassemble en condensé quelques argument qui lui sont chers et que l’on retrouve aussi dans Les Provinciales que dans les Pensées. Avoir l’esprit de géométrie, c’est avoir la capacité de ce qui nous a été donné de manière naturelle et dont nous n’avons à fournir d’explication pour les appréhender. Les éléments de mathématiques comme le nombre et du mouvement son corollaire de l’espace et de son corollaire le temps (principe de la double infinité) en sont des exemples types, comme des principes premiers. Chercher à les définir n'est jamais que surimposer une signification convenue. Quant à l’art de persuader, Pascal nous dit que vis-à-vis de l’homme il faut savoir jouer sur deux tableaux : son entendement et sa volonté, ce qu’il admet pour vrai par démonstration et ce qu’il veut bien croire ‘pour se faire plaisir’. Par gratification, par volupté.


Pour l’esprit de finesse, c’est dans ses Pensées que Pascal l’ expose (manuscrit Géométrie-Finesse II – Fragment n° 1 / 2)

« il n’est question que d’avoir bonne vue. Mais il faut l’avoir bonne, car les principes sont si déliés et en si grand nombre, qu’il est presque impossible qu’il n’en échappe. Or l’omission d’un principe mène à l’erreur. Ainsi il faut avoir la vue bien nette pour voir tous les principes, et ensuite l’esprit juste pour ne pas raisonner faussement sur des principes connus.

Tous les géomètres seraient donc fins s’ils avaient la vue bonne, car ils ne raisonnent pas faux sur les principes qu’ils connaissent. Et les esprits fins seraient géomètres s’ils pouvaient plier leur vue vers les principes inaccoutumés de géométrie. »


Le Fidéisme

Le Fidéisme est un mouvement à l’origine duquel se trouve le théologien, académicien, Pierre-Daniel Huet (1630-1721). Evêque de Soissons puis d’Avranches, éminent apologiste des Écritures, grand érudit, critique littéraire qui pris parti pour les Anciens contre les Modernes, amateur d’art, Huet fréquenta le Salon de Mlle de Scudéry. Opposé au cartésianisme, il professait que les vérités naturelles et surnaturelles ne sont accessibles que par la révélation, dans une confiance (fides) totale en Dieu. Conception qui le rapprochait de Pascal pour qui « Dieu est sensible au cœur et non à la raison ». Cette doctrine sera reprise au XIXème siècle  par les traditionalistes, l’abbé Félicité de Lamennais († 1854), entre autres, député de la Constituante et traducteur de L’Imitation selon Jésus-Christ (1er quart du 14ème siècle, voir BMA/ Mystique du Moyen-Âge Tardif/Mystique du Nord), et le contre-révolutionnaire, philosophe et homme politique, Joseph de Maistre (†1821) pour qui la Providence jouait un rôle permanent dans les affaires humaines..

« La raison se borne à observer et à classer les apparences ; seule la foi, illuminant l'intelligence (elle-même intuitive, donc distincte de la raison, qui est analytique), nous fait connaître le fond des choses, c'est-à-dire les réalités spirituelles » (Encyclopédie Universalis/ Fidéisme).


Les Jésuites

Autant les jésuites se sont opposés aux protestants, au plan théologique et doctrinal, autant plan de la spiritualité, de la voie intérieure, ils ont eu un regard plutôt favorable envers les jansénistes en ce qu’ils retrouvaient chez eux le quiétisme des molinosistes et discrètement ont soutenu Fénelon face à Bossuet et à la doxa catholique eu égard à la place qu’accordait le Cygne de Cambrai u Pur Amour dont Mme Guyon fut à sa manière une fervente propagatrice. Le prêtre juif Louis Lellament aura été le premier par l’ensemble de ses cours à effectuer une synthèse de la spiritualité ignacienne. Et le prêtre jésuite Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) sera au siècle suivant un fervent propagateur de l'oraison de quiétude, fidèle en cela à la spiritualité ignacienne.


Louis Lallemant

Louis Lallemant (1588-1635), né à Châlons /Marne et mort à Bourges, fils de bailli, fait ses études chez le jésuites à Bourges et entre à la Compagnie de Jésus à 17 ans en 1605. Il fait son noviciat à Nancy, ses études de théologie et de philosophie à Pont-à-Mousson (Duché de Bar-Lorraine). Il est ordonné prêtre en en 1614.

Il va enseigner la théologie, la philosophie, la morale dans différents collèges jésuites entre autres au Collège de la Flèche (futur Lycée Henri IV) à Paris avant d’enseigner la scolastique.au célèbre collège de Clermont (futur lycée Louis-Le-Grand). Après avoir été à partir de 1627 recteur du premier et du second noviciat (fin d’études dite du Troisième An), il est nommé préfet des hautes études, recteur du collège Sainte-Marie de Bourges, où il terminera sa vie à l'âge de quarante-sept ans.

Lallemant n’a pas écrit d’ouvrage proprement dit mais ses cours donnés entre 1620 et 1630 ont été réunis par son élève P. Jean Rigoleuc (1595-1638). En 1694, Le Père Champion de La Mahère rassemblera les notes de conférences du Père Rigoleuc, les classera en sept doctrines et les publiera une première fois sous le titre de Doctrine Spirituelle. Maintes publications suivront dont les plus récentes réintègrent des parties originelles que Rigoleuc avait mises de côté. Cet ouvrage reste une référence pour les  historiens de la spiritualité jésuite. Lallemant y expose la spiritualité, le ‘mysticisme’ ignacien dans toute sa complétude. A la différence de Bonaventure, de Jean de la Croix ou de Thérèse d’Avila, Loyola n’avait pas décrit d’itinéraire spirituel type, ses Exercices Spirituelles (1548) étant des manuels de conduites.

L’une de ces doctrines porte sur l'oraison « de silence » et a pour titre « La Garde du Cœur’ ;  évocation directe à la prière du cœur chère à Miguel de Molinos autant qu’aux Quiétistes français et au-delà à l’hésychasme orthodoxe.

« La spiritualité ignatienne, telle que la comprenait Lallemant, apparaît désormais comme une mystique de la « docilité au Saint-Esprit » par le « discernement des esprits ». Le discernement n’est plus compris comme une pratique « en temps différé », ainsi qu’il en va dans la revue de journée, mais une pratique « en temps réel » : développement d’un « sentir » spirituel au sein même de la vie et de l’action. La spiritualité ignatienne devient une mystique de la décision, et de la décision libre, non seulement dans le cadre des Exercices (l’ « élection »), mais aussi au fil de la vie quotidienne. » (https://www.jesuites.com/doctrine-spirituelle-du-p-lallemant/ nouvelle édition DDB 1011).


Malebranche 

Voir aussi Philosophie de La Nature/ Occasionnalisme

Nicolas Malebranche (1638-1715), qui a les mêmes années de naissance et de mort que Louis XIV, né et mort à Paris, est le fils d’un trésorier général des cinq Grosses Fermes de France[27] qui devint conseiller du roi au Conseil d’État Privé (Conseil Ordinaire), et d’une mère, Catherine de Lauzon ou Lauzun, de la famille du Duc, qui eut un frère intendant de Provence et de Guyenne, gouverneur du Canada, puis conseiller d'État. A cause de problèmes de dos, il fait ses premières études chez lui. A seize ans, il entre au Collège de la Marche, rue Ste Geneviève, puis après avoir en 1656 obtenu sa maitrise es arts, il étudie la théologie à la Sorbonne pendant trois ans.


En  1658 il est nommé Conseiller du Roi. Deux plus tard encore, il entre à l’Oratoire de la rue St Honoré où de santé fragile, ne sortant que peu souvent de sa cellule, il va y passer sa vie sans assumer les fonctions dont il a la charge. Il ne s’éloignera de Paris que pour deux missions, en 1685 en Norman die et en 1688 en Périgord. Il lui arrivera parfois de se retirer un peu plus de la vie sociale dans une maison de campagne de l’Oratoire. Par contre, ses écrits qui font l’objet d’un intérêt considérable, sont diffusés dans toute l’Europe et emportés par les jésuites en Chine.

Il est ordonné prêtre en 1664 et découvre sa vocation philosophique à la lecture du Traité de l’Homme de Descartes (†1650) qui, écrit en 1630, est publié cette année-là en français. Ce traité resté inachevé se proposait de décrire le corps humain, l’âme et leur relation.


En 1669, Malebranche entre en tant que mathématicien et physicien à L’Académie Royale des Sciences fondée trois ans plus tôt.

Sa vie quasi recluse d’homme solitaire, méditatif, à « l’air grand et magnifique » selon les mots du Grand Arnauld dont il combattit les positions, ne l’empêchera pas de mener de vives disputes avec les jésuites, les jansénistes aussi bien qu’avec Leibniz et le philosophe anglais, père du solipsisme moderne, Georges Berkley (1685-1753).

En 1674, il écrit le premier volume de Recherche de la Vérité, un traité de psychologie et de logique dont les études doivent précéder celle de la métaphysique ; Suivent en 1676, les Conversations Chrétiennes ; en 1680, le Traité de la Nature et de la Grâce mis à l’Index 1690 (ce dont il se soucia peu) ; en 1696 les Entretiens sur la Métaphysique ; en 1696 les Entretiens sur la Mort, en 1707,  Entretien d’un Philosophe Chrétien et d’un Philosophe Chinois sur l’Existence et la Nature de Dieu

« Le cardinal de Bérulle fonda l’ordre de l’Oratoire sur une spiritualité propre, marquée par l’abîme séparant le néant de la condition humaine et l’infinité divine. Le père Nicolas Malebranche (1638-1715) en devint le mentor et, pour reprendre son mot, le « moniteur » intellectuel toujours plus rayonnant »(http://dictionnaire-montesquieu.ens-lyon.fr/ en/article/ 1377597845/fr/).


Le Théologien

Malebranche aura marqué son temps par sa vision des idées en Dieu et son occasionnalisme (voir Philosophie de La Nature/ Les Courants). Il démontre par eux le rôle permanent de Dieu dans chaque aspect du monde et ainsi la total dépendance de l'âme vis-à-vis de Dieu.

« Sa philosophie de la religion, ses discussions sur des points de théologie sont loin d’atteindre à l’intérêt universel de sa théorie du verbe et du fondement de la connaissance qui est une des plus pénétrante qui soit… sa doctrine se situe entre la théorie cartésienne dont le centre est le libre arbitre (humanisme) et la théorie spinoziste dont le centre est la participation à Dieu (panthéisme) » (Dictionnaire de la Philosophie Édit. Larousse 1964)


Comme Descartes, il rejette tout ce qui est étranger à la pensée comme le témoignage des sens, les opinions confuses et celles imposées par l’autorité.

Son rationalisme et son augustinisme vont trouver leur équilibre dans le Traité de la nature et de la grâce. La raison n’est plus la simple raison humaine, puisque tout est en Dieu, la raison, universelle est chose divine et que l’homme partage. Dieu n’est pas le « Dieu caché », inaccessible des jansénistes, il se révèle accessible par cette raison universelle qu’incarne la parole divine, incarnée en Jésus-Christ.

Selon lui, identifiant la raison au Verbe divin, Dieu fait tout en nous et nous voyons tout en Dieu. Comme Berkley, il énonce que nous ne pouvons percevoir les corps puisqu’il ne peuvent agit sur l’âme mais nous avons connaissance des idées des corps qui sont en Dieu. Il partage la thèse des Occasionalistes selon qui de par l’inefficience des corps sur l’âme, elle ne peut être la cause de leur mouvement dont la cause réelle est Dieu.


Le Psychologue

Pour Malebranche, l’âme ne peut être connue, saisie en elle-même. Nous ne pouvons avoir une connaissance directe d’un moi intérieur. Nous en avons la connaissance que par l’expérience de ce que nous vivions. Ce qui lui laisse supposer qu’ « il y a peut-être en nous une infinité de facultés ou de capacités qui nous sont entièrement inconnues ; car nous n'avons pas de sentiment intérieur de ce que nous sommes, mais seulement de ce qui se passe actuellement en nous » et « qu’il se peut faire que ce que nous en connaissons ne soit presque rien de ce qu'elle est en elle-même [...] La conscience que nous avons de nous-mêmes ne nous montre peut-être que la moindre partie de notre être » (Recherche de la Vérité, 1675). Cette part inconnue à nous-même sera la base de la démarche freudienne.

« L'âme, étant inétendue, est une substance simple. Mais, de même que la matière a deux propriétés différentes, celle de recevoir des figures et celle d'être mue, de même l'âme est susceptible à la fois de recevoir des idées - c'est l’entendement- et de recevoir des inclinations - c'est la volonté. L'entendement ou « faculté de l'âme par laquelle elle reçoit toutes les modifications dont elle est capable » a lui-même trois modes : faculté d'apercevoir ( sensations et aperceptions), imagination et entendement pur ou faculté de concevoir les choses indépendamment de toute image matérielle. Ces trois modes sont entièrement passifs sensations, images et idées ne sont que des modifications de l'âme. La volonté, au contraire, sous son double mode, inclination et passion, est active. A vrai dire, elle n'est pas indéterminée dans son essence : tous ses mouvements ou inclinations ont leur source en Dieu. La volonté n'est que « le mouvement naturel qui nous porte vers le bien indéterminé et en général » (Cosmosvions.com/ Malebranche).


Controverses

Sur sa controverse avec le Grand Arnauld voir le Grand Arnauld/ Controverse.

La longue et riche correspondance avec Leibniz qui s’étalera sur quatre ans, outre le fait qu’elle permet de comprendre ce qui les opposait et les unissait, est d’importance car elle aborde tous les centres d’intérêt qui préoccupaient les philosophes-scientifiques de l’époque, de la théologie à la philosophie naturelle. Si tout deux cartésiens s’accordent sur l’impossibilité de la mise en mouvement d’un corps par un autre, pour l’occasionaliste Malebranche la cause de l’interaction des substances (esprit et matière) en est une permanente intervention divine tandis que pour Leibniz, cette interaction n’est qu’apparente, chaque substance (monade) agissant sur elle-même selon une harmonie préétablie qui donne l’illusion d’une interaction alors qu’il s’agit d’une harmonisation universelle et non d’une intervention divine permanente. Selon Leibniz, le monde créé étant « le meilleur des mondes possibles » de par l’omniscience et l’omnipotence divines mais aussi par l’infini bonté de Dieu. A cette doctrine de l’Harmonie Préétablie, Malebranche rétorquera que Dieu ne peut créer une infinité de substances absolues (monades) au sein d’une harmonie préétablie et déclarera que « Dieu ne crée pas des dieux ».


LesRéformés

Les Calvinistes

La première moitié du siècle a été jalonnée par les rébellions protestantes que les sièges de La Rochelle et les traités qui s’en suivaient ponctuaient (voir France Événement Majeurs). Après la proclamation de l’Édit de Nantes en 1588, fort des droits qu’il leur accordait, les protestants s’organisèrent en assemblées politiques régionales et générales, et en assemblées religieuses distinctes des politiques. Parsemées dans le pays, elles permirent un maillage du territoire, la levée de fonds, la constitution de corps armés et cela jusqu’à la Paix d’Alès de 1629.


Au plan ecclésiastique, l’Église réformée française, n’est pas congrégationniste. Elles sont organisées selon la hiérarchie verticale de colloques regroupés en synodes provinciaux qui collectent les fonds destinés à l’entretien des collèges de leur province. Ils envoient les représentants issus des consistoires aux réunions annuelles de leur synode provincial qui nomme les pasteurs. Le synode provincial peut aussi juger des différends qui peuvent naître entre les consistoires et leurs pasteurs et le cas échéant, prononcer des censures. Au sommet, se trouve le synode national qui accueille dans sa session annuelle, deux à quatre délégués composés à égalité de ministres et d’anciens des régions. Le  synode national règlent les affaires laissées en suspens par les synodes provinciaux, traite des questions d’ordre général concernant l’ensemble des églises affaires financières et les affaires doctrinales principalement. Le synode élit son modérateur qui préside aux délibérations.

 

Le premier synode général auquel avait assisté Martin Bucer successeur de Calvin à Genève, avait eu lieu en 1559 ; le dernier se tiendra en janvier 1660. En 1637, le synode national donnait le nombre de 574 églises (inclus les églises de ‘fief’, seigneuriales, privées). Le prêche est célébré tous les dimanches dans les églises importantes et le fidèle communie quatre fois l’an. Moyse Amyraut, dans son Traité des Religions (1648) donne une description des célébrations du culte.

Quand  intervient la Révocation de l’Édit de Nantes de 1598 par la promulgation de l’Édit de Fontainebleau en 1685, de nombreuses restrictions lui avaient déjà été apportées : en 1659, contrôle des titres (la légalité) des églises ; en 1665, 27 d’entre elles  furent fermées et démolies ; en 1678,  suppression des chambres mi-parties du Parlement : les conseillers de ‘Chambres de l’Édit’ sont intégrés aux autres chambres ; « la déclaration royale de 1679 restreignait la compétence des synodes provinciaux aux seules questions touchant la discipline ; une autre publiée en 1681 autorisait la conversion d’enfants à partir de l’âge de sept ans ; d’autres en 1683 imposèrent aux sage-femmes et aux médecins un certificat de catholicité ».


 En 1681, la première des dragonnades est instaurée dans le Poitou. Elles iront se multipliant et se généralisant (voir Introduction Générale/Événements Majeurs/ France/ Révocation de l’Édit de Nantes). La révocation imposa aux pasteurs la conversion ou le bannissement du royaume dans les quinze jours. Le dernier article de l’Édit garantissait aux réformés qu’ils ne seraient pas inquiétés pour leur croyance à condition « de ne pas s’assembler sous prétexte de prières ou de culte». Il s’en suivit une très forte émigrations des huguenots ; ceux du Nord s’exilèrent en Hollande et Angleterre, ceux du Sud en Suisse ; ce qui coûta fort cher à l’économie du royaume. Néanmoins, les gros négociants de La Rochelle et de Bordeaux et les financiers parisiens étaient trop importants pour qu’on ose les persécuter et ils restèrent à demeure, mais les capitaux partirent dans les banques d’Amsterdam et dans la jeune banque d’Angleterre. Marins et soldats s’engagèrent dans les troupes de Guillaume III d’Orange, stathouder des Pays-Bas en 1672, roi d’Angleterre en 1689[28]. En 168(5 sont dissoutes les deux importants centre d’enseignements protestants,  L’Académie de Saumur  et l’Académie de Sedan.


L’Académie de Saumur et la Théologieet Réformée

Saumur était une de ces places fortes protestantes concédées par l’Édit de Nantes, jusqu’à ce qu’en 1621, les troupes royales en prennent possession. La principale ville de la région était alors la plus grande place forte, celle de La Rochelle. Pendant près d’un siècle, elle fut une ville laboratoire occupée qu’elle était par deux institutions sensées être en oppositions mais dont le voisinage devait permettre une meilleure compréhension et acceptations des parties. Si l’Académie calviniste ouvre effectivement ses portes en 1599/1600 et devra les fermer en 1681 sur ordre du roi, « l’Oratoire est présent dans trois lieux : le pèlerinage de Notre-Dame des Ardilliers qui lui est confié en 1619, le collège en 1624, et l’école de théologie en 1630 ». Ces deux institutions, l’Académie et de l’école de théologie ont une ambition commune : former les futurs responsables des deux Églises. « A la suite de Bérulle, les Oratoriens partagent la doctrine augustinienne de la grâce et de la liberté. Ils sont ainsi taxés de jansénistes, et cette pensée facilite leurs bonnes relations avec l’académie. [29]»


L’Académie  est fondée en 1599 par celui qu’on surnommait ‘le pape des huguenots’ le théologien Philippe Duplessis-Mornay (†1623), ami et conseiller d’Henri IV et gouverneur de la ville en 1589. Héritière de la Réforme et de l’Humanisme, son enseignement comprenait la théologie, la philosophie et les langues anciennes (grec, latin, hébreu). Elle sera reconnue dans toute l’Europe comme un haut lieu de la culture protestante. Les professeurs viennent de Suisse ou d’Écosse : William Craig, qui succède au pasteur suisse Michel Béraud en 1608, Josué de La Place (1596-1566), né et mort à Saumur, qui soutenait que « Dieu impute à chacun son péché, et dégage la responsabilité directe de l’homme dans le péché d’Adam »,  Louis Cappel et son fils Jacques qui  furent d’éminents hébraïsants et Franciscus Gomarus qui enseigna de 1615 à 1618. Deux professeurs vont particulièrement marquer l’orientation théologique de l’académie. D’abord  un autre Écossais, John Cameron (1579-1625), puis  Moïse Amyraut, natif du Val de Loir. Robert Boyd, 7e Lord Boyd(1595-1628), y fera ses études


Contrairement aux Luthériens qui avaient ‘réglé’ la question de la prédestination par le Formulaire de Concorde qui, en 1580, avait mis fin à la Réforme en tant que mouvement contestataire pour devenir un mouvement institutionnel, les calvinistes n’avaient pas réglé ce point délicat de la doctrine protestante qui, avec celui de La Cène, avait animé le cœur des débats entre les différentes mouvances tout au long du XVIème siècle. Aussi, le Synode de Dordrecht en 1618-19 fut convoqué pour régler définitivement cette question. Deux thèses s’affrontèrent, celle des arminiens défenseurs de la thèse de Jacob Arminius (†1609), défenseurs d’un ‘certain’ libre-arbitre, considérant que la grâce est offerte à tout le genre humain, et celle des gomariens, fidèles du théologien et prédicateur réformé Gomarus (1563-1641) qui s’en tenaient à la stricte prédestination. Le synode donna finalement raison aux gomariens contre les remonstrants. Cameron et Amyraut proches des arminiennes firent de cette question le centre de leur enseignement à l’académie.

John Cameron (1579-1625), né à Glasgow , enseigna dans différentes ville comme Bergerac et Sedan avant d’enseigner à Saumur puis à Montauban. En 1618, paraît ses Theses de gratia et libero arbitrio. Il est avec cet ouvrage à l’origine de la Doctrine de Saumur ; Moïse Amyraut (1596-1664), Louis Cappel et Josué de La Place l’élaborèrent et la firent connaître. L’élaboration de la doctrine va provoquer une scission et deux courants vont apparaître[30].


D’un côté, le modéré Moïse Amyraut qui introduisit la « grâce universelle » dans le calvinisme (notion qu’avait déjà en fait développé Arminus dans une grâce offerte à tous) : Dieu voulant le salut de tous les hommes, ceux-ci conservant la liberté de le refuser (« science moyenne » développée par Miguel de Molinos voir France/Jansénisme Molinosisme) . Il publia en 1634 Un bref traité de la prédestination  dans lequel, ainsi que dans d’autres traités, il élaborait ce que François Laplanche nomme « la théologie politique de Saumur », marquée par un refus de la violence, de la distinction entre puissance séculière et puissance ecclésiastique » (B. Maës).

De l’autre côté , le radical Paul Testard, pasteur de Blois qui sera suivi par son gendre  Claude Pajon (1626-1685), initiateur du Pajonisme, « une doctrine théologique selon laquelle le Saint-Esprit n'agit pas directement sur un individu mais seulement indirectement (comme en influençant les jugements intellectuels). Doctrine qui l’opposa à Pierre Jurieu (1637-1713) qui, formé à Saumur deviendra une éminent professeur à l’Académie de Sedan ouverte en 1602. Doctrine  qui ébranla en 1660 la communauté huguenote. Pajon ira enseigner à Orléans. Il sera suivi par son neveu Isaac Papin et Isaac d’Huisseau.

En 1685, juste après le Révocation de l’Édit de Nantes par l’Édit de Fontainebleau, l’académie qui a connu son plus fort rayonnement entre 1635 et 1670, est fermée.


Les Académies Protestantes au XVIème Siècle

1561 : le consistoire décide qu’une école de théologie – inspirée de l’académie de Genève- serait adjointe au collège des Arts

1664 : interdiction de l’académie (en même temps que la prise en charge du collège par les jésuites).Pierre Viret en fut un des professeurs de 1561 à 1562.

1566 : Jeanne d’Albret fonde celle d’Orthez ; fermée en 1620 quand le Béarn est annexé à la France.

1573 : le comte Ludovic de Nassau adjoint un collège à l’Université de sa principauté d’Orange (université qui existait depuis 1365) et lui donne le titre d’académie. La ville sera occupée par les dragons (Dragonnades : Ils sont nourris logés chez l’habitant et ne se privent pas d’exactions) d 1886 à 1697.

1579 : ouverture d’un collège de Sedan à l’initiative de Françoise de Bourbon, fermée en 1681.

1596 : Le Consistoire de Montpellier ouvre un collège de théologie. 1609, ouverture d’une chaire de théologie, une d’hébreu et une de grec, une de philosophie. En 1617, le collège est annexé à celui de Nîmes.

1579 : ouverture d’un collège Montauban. 1598-1600 : naissance de l’académie, installée dans les bâtiments du collège, avec une bibliothèque. 1600 : deux professeurs de théologie, un d’hébreu, un de grec, deux professeurs de philosophie. 1659 : à la suite d’une émeute mettant aux prises écoliers catholiques et réformés, l’académie est transférée à Puylaurens par arrêt du Conseil du roi. 1685 : suppression de l’académie de Puylaurens. John Cameron y a enseigné en 1624 et 25.

1599-1600 : Ouverture de l’Académie de Saumur, grâce au soutien de Du Plessis-Mornay, avec deux chaires de théologie, une d’hébreu, une de grec et deux de philosophie[31].

1602 : Ouverture de l’Académie de Sedan sous l’impulsion de Henri de La Tour d'Auvergne (1555-1623), Prince de Sedan, éminent chef militaire, nommé par Henri IV maréchale de France


Hugo Grotius et les Luthériens

Des communautés luthériennes font s’établir en Angleterre et en France où en 1635, Hugo Grotius (1583-1645 voir Philosophie/Droit Naturel), légat permanent de Suède, s’ établit à Paris et fait du salon de l’ambassade une chapelle avec pour pasteur l’orientaliste suédois Jonas Hambraeus[32]. Chaque dimanche, tous les luthériens de Paris peuvent s’y rendre (Musée Protestant/ les Luthériens à Paris).


Les Amish en Alsace

Au début du XVIIème siècle, les calvinistes de Berne et Zurich ordonnèrent aux anabaptistes de quitter le pays ou de se convertir au calvinisme. Nombreux furent ceux qui s’exilèrent en Alsace et au Palatinat. Tandis que d’autres choisirent de seulement s’éloigner dans des régions tout à fait isolées comme dans l’Oberland (Alpes bernoises) ou la Vallée de l’Emme (renommée pour son fromage).

Dans la seconde moitié du XVIIème siècle, la répression

s’abattit à nouveau sur les anabaptistes et la plus part immigrèrent en

Alsace, qui depuis le Traité de Westphalie mettant fin à la Guerre de Trente Ans (1618-1648) était devenue française. En 1660, réunis à Ohnenheim (Bas-Rhin), ces réfugiés signent les Canons de Dordrecht (voir (Renaissance/Réforme au Pays- Bas), un des textes fondateurs de la doctrine des Églises Réformées.

Un majorité s’installe à Ste Maries-aux-Minesoù l’on y trouve en 1696 le pasteur Jacob Ammann (ou   Amman, 1644- avant1730) qui faisait partie des nouveaux migrants.

En 1693, Ammann qui vivait alors encore en Suisse, dans une communauté de la vallée retirée de l’Emme, déjà très entouré, provoquait un schisme au sein de la communauté. Il s’était formalisé sur la pratique du lavement des pieds deux fois l’an. Ce qui entraina la scission avec le reste de la communauté mennonite qui ne le pratiquait qu’une fois ; Amman prit  une position radicale.


« Amman a excommunié tous les anciens et les ministres suisses qui n’étaient pas d'accord avec lui pour pratiquer la Meidung (Gemeinschaftsentzug, l’excommunication). Il a visité les communautés suisses, en appelant à plusieurs réunions les anciens aînés et les ministres, en agissant de manière illégale et sévère, comme il l'a reconnu plus tard. Ammann doit avoir visité la communauté de Markirch (Alsace) à peu près à la même époque, où il a excommunié certains membres et a immédiatement entamé une controverse avec les ministres du Palatinat qui ont tenté une conciliation. Il a trouvé un soutien quasi unanime chez les ministres d'Alsace, mais a procédé à l'excommunication de la plupart des ministres palatins. En quelques années, Ammann et ses amis ont reconnu avoir été trop radicaux et ont tenté une réconciliation, mais tout en avouant qu’une  erreur de méthode et d'esprit tout en refusant de revenir sur l’excommunication (Meidung). Ainsi, la division a été rendue permanente en raison de l'intransigeance d'Ammann. [33]»


 En 1696, Amman et ses compagnons, alors à  Ste Maries-aux-Mines, signent une pétition contre le service militaire obligatoire. On fait de cette date, la date originaire de la communauté Amish et plus précisément du schisme qui pourtant avait eu lieu trois ans auparavant, en Suisse. Scission avec la communauté anabaptiste mais non avec les autorités civiles vis-à-vis de laquelle on ne saurait parler de schisme. Il renouvellera ce geste pour d’autres amish en 1704 et 1708.

Amann, que ses amis appellent familièrement Amish, devient et reste connu sous le nom du ‘Patriarche’. Le film Witness (Témoin, U.S.A.1985) a fait connaître le mode de vie des amish, et ceux-ci sont devenus emblématiques des autres communautés évangéliques qui partagent le même mode de vie rural, refusant le progrès technique, endogames et non-violents. Pour les autres communautés évangéliques voir Renaissance/ Religion et Spiritualités/Réforme Radicale.


Expulsés à leur tour d’Alsace en 1712, les Amish, se disperseront. Une partie s’exilera aux États-Unis et une autre au Canada. 

« La mouvance anabaptiste-mennonite est un regroupement limité de familles fortement endogames dont on peut suivre les pérégrinations depuis la Suisse de la Renaissance jusqu’à la Lorraine d’aujourd’hui et même aux États-Unis. Les Amishs américains et canadiens sont en effet les descendants de ceux de Sainte-Marie-aux-Mines qui choisirent en 1696 de suivre l’ancien Joseph Ammann (1644, vers 1730) dans son schisme rigoriste. La plupart des communautés Alsaciennes et Lorraines et une bonne partie de celles de Franche-Comté prirent en effet parti pour lui et elles restèrent Amish au moins jusqu’au milieu du XIXe siècle avant de se fondre dans la société locale. » (http://eglisedelavoge.com/historique/vue-par-un-historien/71-histoire-anabaptiste.html)


Les Non-Conformistes

Jean de Labadie et les Labadistes

Jean Labadie (1610-1673), né à Bourg en Guyenne et mort à Altona (proche de Hambourg) est fils d’un père protestant qui s’illustra à la Bataille de Coutras en 1587 où les troupes d’Henri de Navarre battirent celles de la Ligue menée par le Duc de Joyeuse. Il fut récompensé par une particule attachée désormais à son nom, tout en devant se convertir au catholicisme. Il reçut le titre de Sieur de Lasserre en Chalosse. Il fut nommé Gentilhomme Ordinaire de la Chambre du roi Henri IV et reçu la fonction de lieutenant du gouverneur de Bour-en Guyenne où naquit Jean, septième de ses enfants.


A sept ans, Jean entre au collège jésuite de La Madeleine à Bordeaux où vivaient Père Coton, ancien provincial de France, ancien confesseur du Roi, et le P. Jean Arnoux, provincial de Toulouse et confesseur du Roi. En 1622, Jean est tonsuré (engagement de renonciation au monde) et en 1625, il entre comme novice au noviciat bordelais de la Compagnie de Jésus.

Il acquiert la réputation de « prêcher devant tout le monde l’ancienne doctrine des Apôtres [34]».

Protégé par Richelieu, mais non par Mazarin, Jean de Labadie organisa la formation de cercles de lecture de la Bible et de méditation. En 1639, il quitte la Compagnie de Jésus et pendant dix ans va prêcher de diocèse en diocèse avant d’être reçu à Port-Royal et devenir l’ami du Grand Arnauld.


Retiré dans un couvent des carmes, il découvre en 1649 le calvinisme. Il devient pasteur et professeur à la faculté de théologie protestante de Montauban de 1652 à 1657. En 1659, à Genève, il rencontre des compagnons qui forment le premier noyau des Labadistes, Pierre Yvon († 1707), Pierre Dulignon (†1679) et François Menuret (†1676).

Sa prédication ne va pas sans semer quelque peu le trouble de par ses sermons de plus en plus enflammés ; ce qui l’oblige à se déplacer à Orange puis à Genève où il restera sept ans.

S’attirant toujours des récriminations au sein des synodes, il se réfugie en 1666 aux Pays-Bas dans la communauté wallonne de Middleburg (voir Pays-Bas/ Nadere Reformatie/ Wilhelmus à Brakel).  La place importante qu’il accorde dans son prêche à la mortification et à la contemplation séduit des piétistes réformés..

Il rencontre Anna Maria van Schurman (1607-1678) née à Cologne. Poétesse érudite, elle est une des premières à suivre Labadie dans ses prêche à travers la Zélande. La communauté qu’il fonde à Amsterdam est basée sur l'obéissance, sur une discipline très stricte et sur le partage des biens. Mais, Labadie est révoqué de son poste, condamné par le synode de Dordrecht en 1669, rejeté même par les piétistes. Mal venu à Amsterdam, la communauté s’installe à Herfors en Westphalie puis dans la ville danoise d’Altona alors ville du Schleswig-Holstein alors danois. Labadie y meurt à l’âge de 64 ans en 1674. La communauté va se déplacer encore en Frise puis finira par s’exiler dans le Maryland où elle va survivre jusqu’à la mort de son dernier cher de file Peter Sluytern en 1725.


Les détracteurs et dénonciateurs de Labadie ont répertoriés dans ses sermons pas moins de trente-sept ‘erreurs’ en trois listes : La première liste comprend quatorze erreurs relevées pour François Le Febvre de Caumartin, évêque d’Amiens, en 1644. La deuxième douze opinions relevées dans son sermon du 20 novembre 1644 à la paroisse de Saint-Girons (Ariège, Pyrénées). La troisième de vingt-et-une ‘erreurs' est répertoriée et dénoncée par un capucin anonyme au début de 1647.

Parmi une œuvre abondante, on retient , Le Grand Chemin du Jansénisme au Calvinisme de 1650, La déclaration à ses Amis de la Communion Romaine de la même année, La Réformation de l'Église par le Pastorat  de 1667 et un journal saisi en 1662 et édité sous le titre Recueil de l’histoire véritable de la vie de Jean de Labadie.

« L’Histoire Véritable fonde sans réserve la vocation prophétique et réformatrice de Labadie sur une expérience surnaturelle fondatrice : « À la Pentecôte, il sentit le Sainct-Esprit comme souffle, comme feu et comme voix […] Les grâces de cognoissance et de discernement et de lumière sur presque toutes sortes de mistères et de voies divines lui furent communiquées »

« Qui étudierait intégralement et parviendrait à comprendre cette biographie, saisirait du même coup presque toute l’histoire religieuse du xvii siècle » (L. Kołakowski Chrétiens sans Église : la conscience religieuse et le lien confessionnel au XVIIe siècle, Paris, Gallimard, 1969)


La spiritualité de Labadie aux accents millénaristes est proche du Dieu inaccessible et incommunicable que l’on trouve dans le Chapelet Secret de Mère Angélique Arnauld (11ème attribut et 14ème attribut). Labadie exprime ce qu’il y a de janséniste dans le calvinisme et ce qu’il y a de calviniste dans le jansénisme. Des quarante articles de la Confession de foi de La Rochelle (Confessio Gallicana 1ère confession de foi des Églises calvinistes de France voir Renaissance/ Réforme/France), les jansénistes en reconnaissent trente.

« Labadie parcourut une trajectoire ori­ginale, étonnante, assez éblouissante dans ses écrits et par son influence. L’historiographie janséniste a essayé de minimiser l’importance du personnage et de ses relations avec l’Abbaye de Port-Royal. La Com­pagnie de Jésus, de son côté, avait des raisons convergentes pour le faire passer pour un « illuminé ». Son passage au protestantisme embarrassa les deux partis et fit de Labadie un allié incommode pour l’un et l’autre des camps catholiques. Son hétérodoxie, par ailleurs, ne lui permit guère d’être récupéré ou défendu par les protestants, et Labadie est ainsi resté, en dehors de quelques disciples, une figure marginale, sulfureuse ou ridicule » (J.R. Armoghate)


Jacques Gaffarel et La Kabbale Chrétienne

Les humanistes florentins du XVIème siècles, fondateurs de l’humanise, particulièrement Pic de la Mirandole (1463-1494), introduisirent la cabale comme sources de réflexion, d’inspiration, dans la connaissance des vérités divines. Les humanistes chrétiens de la seconde génération portèrent le même intérêt aux textes hébraïques après avoir acquis de manière approfondie l’hébreu. L’Espagnol Léon Hébrero (1460-1521), l’Allemand Johannes Reuchelin (1455-1522), le Français Guillaume Postel (1510-1581) pour ne citer qu’eux constituèrent un mouvement hébraïsant au sein de l’humanisme (voir Renaissance/Humanisme)

Au XVIIème siècle, le Provençal Jacques Gaffarel (1601-1681) a été un éminent représentant de cette veine cabaliste en suivant les traces de l’auteur des Conclusions Philosophiques Cabalistiques et Théologiques (1486) du Comte de Mirandola. Né à Mane (Alpes de Haute Provence), avant 25 ans, il obtient un premier doctorat en théologie de l'Université de Valence et un second doctorat en droit canonique de l'Université de Paris en 1626. Il reçoit la prêtrise. Son maître en hébreu est le juif converti Philippe d'Aquin qui supervisa l'édition du texte hébreu de la Bible polyglotte de Paris (1628-1645).


En 1630, Gaffarel est  nommé non loin de sa ville natale prieur de l’Abbaye de Ganagobie (célèbre pour ses mosaïque médiévales) où avec son frère Jacques, de 1638 à 1660, il tenait aussi la fonction de bibliothécaire de Richelieu avant d’être confesseur de Louis XIII.

Outre l’hébreu, Gaffarel était un fin connaisseur du persan et de l'arabe. Il a passé une bonne partie de sa vie entre la France, l'Italie et l'Orient, collectionnant des livres rares pour Richelieu à une époque où  « Les livres rares et les manuscrits sont devenus de plus en plus cruciaux pour les controverses religieuses, politiques et scientifiques, et de vastes collections ont commencé à apparaître dans toute l'Europe. Le commerce des livres rares et des manuscrits est devenu une préoccupation politique et les rois ont envoyé leurs hommes de confiance dans toute l'Europe pour rechercher les écrits les plus précieux » (Jean Sanchez, Doctoral candidate in History and Philosophy of Sciences, Lab. République des Savoirs, École Normale Supérieure, University of Paris Sciences-Lettres, and Linda Hall Library Fellow).


Dans ses Curiosités inouyes sur la sculpture talismanique des Persans, horoscope des patriarches et lecture des estoilles, son ouvrage le plus connu, publié en 1629, il présente « les idées des anciens Hébreux concernant l'astrologie et les talismans, consacrant de longs extraits à la lecture kabbalistique des cieux et de la magie naturelle » (J. Sanchez). Il n’y aura rien de curieux à ce que la Sorbonne condamne l’ouvrage. Son auteur sera obligé de se rétracter.

En 1625 , il publie Abdita divinae Cabalae Mysteria (Mystères Cachés de la Cabale Divine) par lequel il ne veut pas exposer tous les arcanes de la Cabbale mais veut « attirer vers ces recherches les esprits encore ignorants de toute exégèse cabalistique en leur démontrant, d’une façon indiscutable, qu’il y a des mystères dans la Thorah, qu’il existe une science de ces arcanes, que les voies de la Kabbale mènent aux portes du Ciel » (Dr Marc Haven https://www.kabbale.eu/profonds-mysteres-de-la-cabale-divine-1/). Il n’en présente pas moins « les thèmes symboliques fondamentaux de l'ésotérisme hébraïque, ainsi que leurs prolongements ou transformations dans le cadre chrétien » (Dr Marc Haven).

En 1629, il donne une traduction du traité cabalistique de Rabbi Elcha ben David De Fine Mundi, (La Fin du Monde).


En 1635, il publie Nihil, fere Nihil, minus Nihilo (Rien, presque rien, rien de moins) traitant de l’être et du non être. Mini-traité qui avec les traités de l’Italien Marini Dell'Angelo, Le glorie del Niente (Les gloires du Néant 1634) et du Français, Raymond Vidal, Il Niente annientato (Le Néant anéanti) servira à L'Accademia degli Incogniti de Venise [35] de réponse au discours Il Niente (Le Néant) du théologien Bolonais Luigi Manzini (1604-1657) tenu l’année précédente; discours qui souleva une vive polémique de par la place qu’il accordait au « « pur Néant [qui) inclut en soi tout ce qui est possible et tout ce qui est impossible » et comme plus nécessaire encore que l’Éternel. Transgresseur, Manzini se trouvait dans la lignée d’un Maître Eckart pour qui au-delà de Dieu se trouve l’insondable déité, l’‘Abgrund’ : « Si vous voulez être parfaits, vous devez être nu de néant. »  (Sermons I à XXX - L'étincelle de l'âme).

En 1637, « il donne la première édition de l'Historia de gli riti hebraici du rabbin vénitien Léon de Modène, le premier ouvrage complet sur les coutumes juives adressé aux lecteurs non juifs depuis Flavius ​​​​Josèphe [37-100] et Philon (20-45)» (J. Sanchez)

En 1645 paraît la Question pacifique, si les désaccords survenus en religion pouvaient être réconciliés et réconciliés par les principes de la raison humaine et des philosophes. Cet écrit est une défense qui lui avait été faite d’être trop favorable aux huguenots. Gaffarel était soucieux de trouver une conciliation entre les différentes obédiences. La mission que lui aurait confiée Richelieu de réconcilier les Églises françaises n’est pas absolument certaine

 Son Index Codicum Pici Mirandulae, répertoire du Zohar paraît en 1661.

A une époque où les penseurs se tournaient vers la philosophie naturelle et disputaient sur la prédestination et le libre-arbitre, sur les rôles de la révélation et de la raison, où l’antiquité greco-romaine restait omniprésente dans les esprit, Gaffarel qui s’intéressait aussi aux sciences occultes (hermétisme) comme Pic de La Mirandole et aux talismans, fait figure d’extra-terrestre. Nombre de ses écrits auront disparu après sa mort.

Il fut l’ami du libertin Gabriel Naudé (1600-1653) théoricien de la Raison d’État et « considéré comme le premier théoricien important de l'organisation des bibliothèques modernes », du philosophe aixois Pierre Gassendi (1592)1655, voir Philosophie) qui fréquentait aussi les libertins, et du politologue Tommaso Campanella (1568-1639). Il meurt retiré à l’Abbaye de Ganagobie où il est inhumé dans le chœur de l’église abbatiale.


Notes

[1] Citation et pour en savoir plus : Cours du Professeur Hermann Giguère Le contexte de la spiritualité française au XVIIème siècle Québec 2014 https://carrefourkairos.net/msp/france.htm

[2] Sur le Quiétisme voir Renaissance/La Mystique/Espagne

[3] Sur L’humanisme chrétien voir le bibliographie donnée par https://cathorico.blogspot.com/2025/12/lhumanisme-devot-spiritualite-et.html.

[4] Citation et pour en savoir plus sur Saint Cyran et son époque, socle de la biographie : https://devirisillustribusblog.wordpress.com/2016/05/06/labbe-de-saint-cyran/

[5] Voir Mariel Mazzocco, « Suressentiel » Aux sources d’un langage mystique », Revue de l’histoire des religions: http://journals.openedition.org

/rhr/8180 ; DOI : 10.4000/rhr.8180

[6] Cité par Charles du Bos dont la biographie de Bérulle sert de socle à celle-ci. In Un Néant Capable de Dieu, Arfuyen 1987.

[7] Sur le Quiétisme Voir Religion/ Mystique/Espagne

[8] Sur le Quiétisme voir Renaissance /la Mystique en Espagne/Autour du Quiétisme. Et Mystique/ Espagne/Miguel Molinos

[9] En fait, le mot grec avait plusieurs formes. Odusseús est celle que l’on connaît encore, mais il y en avait d’autres, dont Oulíxēs. Le titre du poème d’Homère était Odusseía, qui a donné Odyssea en latin, mot qui a lui-même évolué en Odyssée en français. Quant au nom du personnage principal, c’est la forme Oulíxēs qui a été empruntée par le latin pour devenir Ulixes, puis en français Ulysse. L’étymologie du prénom grec Odusseús n’est pas certaine. Il est communément admis que ce nom viendrait de odussomai qui signifie en grec « se fâcher, être courroucé ». Il est parfois avancé qu’il viendrait du mot grec odos signifiant « voyage ». Mais il est également possible que Odusseús ait une origine antérieure au grec ancien. (https://dictionnaire. orthodidacte.com/article/etymologie-ulysse)

[10] Citations et pour en savoir plus : Michel Terestchenko La Querelle du Pur Amour, résumé de Le bonheur et l'utile in Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique. La Découverte, Paris, 2001, p. 388-400.

[11] Pour en savoir plus sur Saint Cyran et son époque, socle de la biographie : https://devirisillustribusblog.wordpress.com/2016/05/06/labbe-de-saint-cyran/

[12] Le baïanisme est une doctrine théologique enseignée à l’université de Louvain par Michaël Baius (de Bay † 1589) qui se caractérise par une rapprochement vers la pensée protestante en ce qui concerne notamment le rôle de la prédestination (au paradis), et l’inefficacité du libre-arbitre (défendu par les jésuites) sans la grâce. Le péché est héréditaire. Rejet du dogme de l’Immaculée Conception (apparu au Moyen-Âge).

[13] Pour les conciliaristes, l’autorité du concile des évêques prévaut sur celle du pape. Ils s’opposaient en cela aux ultramontains qui professaient l’autorité supérieure et l’infaillibilité du Saint Père.. Quant aux gallicans, « ils n'accordaient au pape qu'un pouvoir limité sur l'Église universelle et réclamaient, pour le clergé de France, certaines libertés connues sous le nom de libertés gallicanes (du latin Gallia, Gaule) ». Le conciliarisme se manifesta particulièrement au Concile de Bâle (1431-1449), au Concile de Constance (1514-1517) et fut une des causes du retard pris par Paul III sur l’ouverture du Concile de Trente (Contre-Réforme) en 1543. La Sorbonne fut à l’époque le théâtre de l’affrontement entre les richeristes, partisans de Richer et les duvalistes, partisans de l’ultramontain André Duval, biographe de Mme Acarie.

[14] La Compagnie du Saint-Sacrement, appelée aussi Parti des dévots est une société secrète qui s’inscrit dans le cadre de la Contre-Réforme dont les buts ne sont mis en œuvre en France que dans le premier quart du XVIIème siècle. Fondée en 1630 par Henri de Lèvis, elle sera dissoute en 1666 sur ordre du roi. Sous des apparences très louables de missions de charité, en fait, elle traque les protestants, et tous les dissidents à l’orthodoxie. Il est à noter que Saint Cyran partagea d’emblée les idées de Jansénius mais adhéra au Parti des dévots lorsqu’il devint secrétaire de Pierre Bérulle, un des membres des plus influents du parti. Né en 1581, Saint Cyran était l’aîné des grands inspirateurs de la pensée de Port-Royal ; Le Grand Arnaud est né en 1612 et Pierre Nicole en 1625.

[15] Le baïanisme est une doctrine théologique enseignée à l’université de Louvain par Michaël Baius (de Bay † 1589) qui se caractérise par une rapprochement vers la pensée protestante en ce qui concerne notamment le rôle de la prédestination (au paradis), et l’inefficacité du libre-arbitre (défendu par les jésuites) sans la grâce. Le péché est héréditaire. Rejet du dogme de l’Immaculée Conception (apparu au Moyen-Âge).

[16] Le Collège de Hollande s’ouvre en 1616 au sein de l’université de Louvain qui comptait déjà parmi ses collèges le Collège des Trois Langues (hébreu, latin et grec) créé en 1517 par des humanistes de l’entourage d’Érasme et qui inspira à Guillaume Budé et à son entourage humaniste  la création en 1530 du Collège des Lecteurs Royaux( futur Collège de France) qui se voulait concurrencer la traditionaliste Université de Paris.

[17] Sur « Le système augustinien de la grâce : versions jansénienne et janséniste » voir Yuka Mochizuki Spiritualité de Port-Royal : grâce et pénitence in Dix-Septième Siècle 2010/3 n° 248 pages 479 à 489 https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2010-3-page-479.htm

[18] Citation et pour en savoir plus sur le jansénisme :Monique Cottret, professeur d’histoire moderne à l’université Paris X-Nanterre, thèse sur le jansénisme, https://philitt.fr/2016/06/21/monique-cottret-les-jansenistes-ont-ete-accuses-detre-des-protestants/)

[19] Les Mémoires historiques et chronologiques sur l’abbaye de Port-Royal-des Champs, depuis la paix de l’Église en 1668 jusqu’à la mort des dernières religieuses (1756) du Cistercien Pierre Guibert sont une source des plus importantes.

[20] Plusieurs sources lui octroient pas moins de vingt enfants. Selon https://gw.geneanet.org/pierfit?lang=fr&p=antoine&n=arnauld, il a eu de Catherine Marion, qui sera monial de Port-Royal, onze enfants dont l’ainé Robert, un des ‘Solitaires’, Jacqueline, sœur angélique, et Antoine dit le Grand Arnauld, onzième et dernier de la fratrie.

[21] Citation et pour en savoir plus : Internet Encyclopedia of Philosophy : https://iep.utm.edu/arna-ang/

[22]Voir http://www.amisdeportroyal.org/bibliotheque/IMG/pdf/90-_La_frequente_communion_d_Antoine_Arnauld__Genese_d_une_oeuvre_par_Jean_Lesaulnier.pdf

[23] Citations et pour en savoir plus sur cette dispute : Thibaut Gress, Antoine Arnauld, des Vraies et des Fausses Idées, Actu Philosphia https://www.actu-philosophia.com/Antoine-Arnauld-Des-vraies-et-des-fausses-idees/ Voir aussi https://plato.stanford.edu/entries/arnauld

[24] Moreau, Denis (2019), «Arnauld (A)», dans Maxime Kristanek (dir.), l'Encyclopédie philosophique, consulté le ..., https://encyclo-philo.fr/antoine-arnauld-a). Et voir Philosophie/Occasionalisme.

[25] Marguerite Périer (1646- ), nièce de Pascal se trouvait en 1656 à 10 ans à Port-Royal-des -Champs. Une légende veut que l’a jeune enfant souffrant d’une fistule à l’angle de l’œil fut guérir par une épine de la sainte Couronne. Miracle qui serait à l’origine de Pacal d’écrire une Apologie de la religion chrétienne dont les notes seront publiées après sa mort en 1670 sous le titre Les Pensées de Pascal.

[26] Le bourgmestre de Magdebourg,   Otto von Guericke (†1686) est l’inventeur de la pompe à air. Il fit sa fameuse expérience des Ballons de Magdebourg à la diète de Ratisbonne en 1654 : deux attelages de 15 chevaux n’ont pu séparer deux demi-hémisphères de 50cm de rayon dans lequel il avait fait le vide, mettant ainsi en évidence la (force de la ) pression atmosphérique (qui empêche la séparation).

[27] Les Provinces intérieures du royaume comprenaient les Généralités de Paris, Tours et Orléans, la Picardie, la Champagne, la Normandie, la Bourgogne, le Bourbonnais, le Berry, le Poitou, l’Aunis, l’Anjou, le Maine. Leurs droits de douane étaient régis autrefois par cinq fermes particulières : 1) celle dite du Haut passage, domaine forain et imposition foraine,2) celle de la ferme de la Traite domaniale, 3) celle des droits d’entrée sur les drogueries et épiceries, 4) celle des droits d’importation, 5) celle des droits établis à Calais ;

Réunis en une seule Ferme en 1598, ces droits furent insérés dans un tarif simplifié du temps de Colbert en 1664. Dès lors, les provinces soumises au tarif de 1664 dites « provinces des Cinq grosses fermes », mais aussi, par raccourci, « provinces de l’étendue de la Ferme » ou «provinces de l’Etendue», se distinguèrent des « provinces réputées étrangères » qui ne voulurent pas entrer dans cet ensemble. En 1667, Colbert modifia le tarif de 1664. Ce nouveau tarif ne comprenait à l’origine qu’un petit nombre d’articles : 60 à l’importation et 4 à l’exportation, mais il augmenta considérablement les droits sur les produits textiles. [Colbert poursuivait là son propre Colbertisme] cf.

Marie-Laure Legay, « Provinces des Cinq grosses fermes » (2023) in Marie-Laure Legay, Thomas Boullu (dir.), Dictionnaire Numérique de la Ferme générale, https://fermege.meshs.fr.Date de consultation : 01/01/2026 DOI :

[28] Pour cette section cf. J. P. Pittion Ancien Professeur au Centre d'études supérieures de la Renaissance, Université François Rabelais, Tours (en 2010), Les protestants français au XVIIe siècle, archives de la Ville de Saumur.

[29] Citations: Bruno Maës Oratoriens et professeurs de l’académie de Saumur : une « République des Lettres » au xviie siècle ? Prêtres et pasteurs. P.U.F. de Rennes p. 263-274 https://books.openedition.org/ pur/47299

[30] Voir : https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle- 2021-4- page- 271.htm? contenu=resume 

[31] Résumé à partir de https://museeprotestant.org/notice/les-academies-reformees/

[32] Jonas Hambræus, né en Suède en 1588 et mort à Paris en 1671/72 fut un éminent orientaliste qui enseigna l’hébreu, le syriaque, l’arabe, mais aussi le latin, le grec, l’allemand et le français. Il a été nommé au Collège Royal (futur de France) professeur extraordinaire du roi es langues hébraïque, syriaque par lettres patentes de Louis XIII.

[33]Bender, Harold S. and Sam Steiner. "Ammann, Jakob (17th/18th century)." Global Anabaptist Mennonite Encyclopedia Online. January 2005.http://gameo.org/index.php?title=Ammann,_Jakob_(17th/18th_century)&oldid=143822. Cette principale source comme celle de l’Abbé Grandier : http://dictionnaire.sensagent.leparisien.fr/Jakob Amman/fr-fr/, ne disent pas en quelle année, les Amman sont arrivés en Alsace et si le schisme qui est dit être « consommé » en 1696 relève tout aussi bien du rejet du service militaire que de la seule raison, interne aux anabaptistes, du lavement des pieds deux fois plutôt qu’une fois l’an, ce qui ne semble pas en soi doctrinalement fondamental.

[34] Nicéron Mémoires. t. 20 Paris 1732 cité par Michel de Certeau La Fable mystique p. 380 que cite Jean-Robert Armogathe in Labadie et Arnauld, amisdeportroyal.org/bibliotheque/IMG/pdf/220, base de la biographie.

[35] L’Académie des Inconnus était une académie comme il en existait de nombreuses, artistiques ou littéraires, dans l’Europe du XVIIème siècle. Réunissant de nobles libertins, celle-ci s’est essentiellement vouée à la défense du nouveau genre musical qu’était l’opéra. Son chef de file était le philosophe aristotélicien, professeur à l’université de Padoue, Cesare Cremonini (1550-1631, voir Renaissance/Humanisme/Introduction/ Survivance de la Scolastique).


Outre-Manche

L' Église d'Angleterre - William Laud - Les Trois Églises - John Smyth - Roger Williams -

Robert Browne - Les Puritains  - Georges Fox


L’Église d’Angleterre

L’Église d’Angleterre a été instituée en 1534, sous Henry VIII, par l’Acte de Suprématie. Après la parenthèse du règne de sa demi-sœur aînée Mary 1ère (1553-1558), Élisabeth 1ère le remettra en vigueur en 1559 et par l’Acte d’Uniformité de 1565 le rendra plus favorable aux catholiques et défavorables aux sectes dissidentes de l’anglicanisme.   
L’Église a pour confession l’anglicanisme et pour chef suprême le roi ou la reine régnant. Elle se détache de l’Église Romaine tout en gardant certains points doctrinaux mais comme les Réformés, elle ne reconnaît pas l’autorité de Rome. Elle conserve la hiérarchie ecclésiastique de la prêtrise et de l’épiscopat, admet le culte des saints, reconnaît les Pères de l’Église contrairement à la Réforme. Par contre,  à The Book of Commun Prayer (Le Livre de La Prière Commune) rédigé en 1549 par l’archevêque de Canterbury, Thomas Cranmer et auquel a participé le réformé alsacien en exil Martin Bucer, est intégré The Thirty-Nine Articles of Religion ( Les Trente Neuf Articles) de 1563 ; articles  qui régularisent le culte anglican et qui sont un composé du catholicisme et du protestantisme ; est  retenue ainsi la notion centrale de la ‘Justification par la foi’, principe protestant  du salut par la ‘foi seule’ (Sola Fide) et non par les œuvres.


The Popish Recusants Act

A son arrivé sur le trône, en 1603, Jacques 1er Stuart avait semblé montrer un esprit de tolérance vis-à-vis de ceux qui ne pratiquaient pas la « vraie religion ». La même année, The Millenary Petition adressée au roi par des puritains, demandait la suppression dans la liturgie anglicane de ce qu’il pouvait encore y rester de semblable à la catholique (signe de croix lors du baptême, génuflexion devant l'autel, port du surplis). Un an plus tard, le discours du roi à l’occasion de l’ouverture de la session du Parlement laisse perplexes les catholiques qui n’y voient aucun encouragement ou au moins une tolérance à pratiquer leur culte, même un projet d’interdiction de leur culte est présenté au Parlement. En 1605, des catholiques provinciaux fomentent un complot qui sera appelé Gunpowder Plot ( Conspiration des Poudres), visant à éliminer le roi et les parlementaires en faisant exploser la chambre lors du discours du roi. Mais une lettre anonyme adressée à un sympathisant des réfractaires lui conseillant de ne pas être présent lors du discours va faire avorter le complot. La lettre finira par être transmise au roi. Le discours sera retardé. Une fouille des caves fera découvrir que pas moins de trente-six barils de poudre avait été stockés dans les caves du Parlement par Robert Catesby, principal instigateur dont le père avait été persécuté. Un des principaux organisateurs, Guy Fakwes, y est arrêté avec de quoi mettre …le feu aux poudres. Catesby sera tué en résistant à son arrestation. Huit survivants subiront le châtiment séculaire réservé en Angleterre aux condamnés pour haute trahison, hanged, drawn and quartered (pendus, trainés et écartelés)[1].

Aussitôt après, le Parlement vote The Popish Recusants Act (La Loi sur les Récusants Papistes) exigeant de la part des catholiques un serment d’allégeance au roi et la reconnaissance que son autorité prévaut sur celle du pape. Qui enfreindrait ce serment serait passible d’être condamné pour autre trahison. De plus, ils sont exclus des professions de magistrats et de médecins.


La Confession de Westminster

Au XVIIème siècle, l’Église anglicane va se ramifier en trois branches, la High Church, la Low Church et la Broad Church.

Pendant la période des Guerres Civiles anglaises (1652-1651, voir Introduction générale/Angleterre/Événements Majeurs), va se tenir sur mandat du Parlement, de 1643 à 1649 (déclaration de la République) une assemblée consultative réunissant 121pasteurs et théologiens (surtout anglais), trente membres du Parlement et six théologiens écossais en observateurs,

Cette assemblée va étudier la doctrine, la liturgie, et l’organisation  qui devaient être ceux de l’Église d’Angleterre. Le but était doble, unifier les Église d’Angleterre et d’Écosse et au moins entamer un rapprochement avec les Églises Réformées du continent.

Il en ressorti en 1646,  la Confession de Foi de Westminster d’inspiration largement calviniste. De cette profession de foi d’écoula le Grand Catéchisme de Westminster et le Petit Catéchisme de Westminster et un manuel de liturgie.

Les Églises Congrégationalistes, celles qui accordent une totale autonomie à chaque paroisse, adoptèrent cette confession. Elle fut également adoptée par l’Église Presbytérienne d’Écosse et par la suite par les Églises presbytériennes d’Amérique du Nord avec des modifications touchant à l’autorité du pouvoir civil sur l’Église et les synodes. Par contre en 1660, à la Restauration de la monarchie et l’arrivée sur le trône de Charles II, la confession fut révoquée. (Voir Paulin Bédard, Pasteur, Introduction à la Confession de Foi de Westminster, Ressources Chrétiennes)


William Laud et L’Arminianisme

William Laud (1573-1640) dont l’oncle maternel fut maire de Londres, fit ses études au réputé St John’s College d’Oxford où il obtient son doctorat. Il est ordonné prêtre à vingt-huit ans. En 1616, il est doyen (président des chanoines) de la cathédrale de Gloucester. Évêque de St David (Irlande), nomination plus honorifique que factuelle, il devient le confident de Georges Villiers 1er Duc de Buckingham. En 1626, il est doyen de la Chapelle Royales (chef des chanoines et aumôniers du royaume). En 1628, sous Charles 1er, il est évêque de Londres. Loyaliste opposé au parlementarisme, il est un conseiller précieux pour le roi toujours en conflit avec le parlement. En 1633, il est nommé archevêque de Cantorbéry.

En 1640, il est accusé de haute trahison par le Long Parlement[2]. Un an plus tard, il est emprisonné à la demande de La Grande Remontrance. En 1644, faute de preuve apporté à son procès, on lui applique la Bill of Attainder[3] qui permet de condamner une personne sans avoir à apporter la preuve de sa culpabilité. Il est décapité en 1645.


Épousant la doctrine d’Arminius sur le libre-arbitre de l’homme en matière de salut, Laud s’opposa fermement aux puritains et aux presbytériens essentiellement sur la question de la prédestination mettant en avant le libre-arbitre défendus par les arminiasnistes.  Plus largement sur la question du culte, il  soutint leur uniformité de l’anglicanisme en vertu des propres règles qu’il édicta (qui ont pris le nom de Laudanisme), en s’appuyant sur l’Acte d’Uniformité d’Élisabeth 1ère de 1559 que Charles II en 1662 remis à l’ordre du jour ; acte qui faisait de l’anglicanisme « une Église protestante en doctrine, catholique en apparence [4]».


Les Trois Églises

The High Church

Nombreux furent les ecclésiastiques non purement anglicans qui furent évincés. L'ensemble de réformes insistant sur la hiérarchie ecclésiastique et la liturgie et dont on a pu dire qu’il penchait vers le catholicisme, fut un des point de référence de l’Anglo-Catholique High Church

Appelée également l’Église Anglo-Catholique, elle reste fidèle aux principes de l’anglicanisme (ecclésiologie, liturgie et théologie) mais en lui donnant une orientation plus populaire et en se rapprochant de la spiritualité de l’orthodoxie orientale.

« Ses caractéristiques sont la musique relativement élaborée, les retables, les vêtements du clergé et l'accent mis sur les sacrements. Elle est intrinsèquement conservatrice ». (en.wikipedia.org/wiki/High_church)


The Low Church

Appelée également Église Évangélique de par sa proximité avec les différentes églises évangéliques. On parle d'anglicanisme évangélique ou d'épiscopalisme évangélique. Contrairement à la haute Église, elle est  fidèle en cela aux évangélistes en générale en mettant l’accent sur la vie intérieure plus que sur le culte.

« "Low Church" est un terme neutre qui décrit simplement un type de culte qui ne suit pas un ordre de service prescrit, qui ne suit pas certains modèles liturgiques et n'utilise pas de rituels, de cérémonies ou d'accessoires de culte développés comme des vêtements. En revanche: "High Church (1687) tend en particulier dans le culte anglican à souligner les éléments sacerdotaux, liturgiques, cérémoniels, traditionnels et catholiques du culte» (Extrait du dictionnaire Webster : "Low Church, 1710).

« Le terme fut employé dans la première partie du XVIIIe siècle comme équivalent de « latitudinaire », c'est-à-dire une personne qui est prête à concéder une certaine latitude en matière de discipline et de foi, en opposition aux « high churchmen », les ecclésiastiques de la Haute Église, expression désignant ceux qui soutiennent avec force l'autorité de l'Église établie, de l'épiscopat et du système sacramentel. Les positions de la Basse Église coïncidaient avec celles des puritains, des non-conformistes et des indépendants de l'Église d'Angleterre. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Basse-Eglise)

La High Church est plus pointilleuse sur la théologie, plus formaliste sur le culte et l'organisation ecclésiastique et l’autorité de l’épiscopat, tandis que la Low Church (qui avait à l’origine une connotation péjorative) est plus libérale, plus réformatrice, plus souple dans son organisation.


The Broad Church

« Après les termes de Haute Église et de Basse Église caractérisant d'une part la tendance vers le ritualisme et l’anglo-catholicisme et d'autre part la tendance vers le calvinisme et l’évangélisme, le terme de « broad » (« large ») fut introduit pour désigner les anglicans souhaitant tolérer et inclure dans l'anglicanisme une importante diversité de vues théologiques et ecclésiales [s’opposant en cela à ‘l’uniformisme’ de W. Laud]. L'expression « broad church », semble-t-il due à A.H. Clough était largement répandue à la fin du 19e siècle pour désigner les Anglicans opposés à des dogmes précis en théologie et cherchant à interpréter les formulations anglicanes dans un sens large et libéral » (selon the-oxford-dictionary-of-the-christian-church-ed-by-f-l-cross-1957)

« Le latitudinarisme [esprit de tolérance opposé au radicalisme] est la norme dominante dans l'anglicanisme aujourd'hui (dans l'approche théologique, la pratique liturgique et la doctrine ecclésiastique). Dans un cadre historique plus large, même l'évangélisme moderne est assez distinct de ce qu'on appelait autrefois l'évangélisme anglican, qui avait beaucoup plus en commun avec les vieux frères calvinistes austères. L'évangélisme (américain) moderne n'a pu détourner l'"église basse" anglicane que parce que le latitudinarisme était et continue d'être la philosophie opératoire dominante » (https://www.reddit.com /r/Anglicanism/comments/).     


John Smyth et le Baptisme

John Smyth (ou Smith 1565-ca.1612), né à Sturton le Steeple (Nottinghamshire) et mort à Amsterdam . On ne sait rien de sa jeunesse . A partir de 1586, il étudie la théologie au King’s College de Cambridge de 1594 à 1598. Il est d’abord ministre du culte anglican en 1594. Prédicateur à Lincoln de 1600 à 1602, il renonça à l'anglicanisme en 1606 et devint pasteur à Gainsborough, dans le Lincolnshire, très marquée par les idées du « père du congrégationalisme », Robert Browne (1550-1633/36 ci-après).

Pendant deux ans, avec John Robinson, pasteur des Pèlerins en Angleterre puis en Hollande, Smyth contribua à organiser les séparatistes dans le Nottinghamshire. En octobre 1607, avec nombre de dissidents, il émigre à Amsterdam et avec Thomas Helwys (Gainsborough 1550- Londres1616) fonde une deuxième communauté browniste, les Frères Séparés de la Deuxième Église Anglaise. Mais il est gagné aux convictions baptistes de Mennonites fidèles à Menno Simons (1496-1561) selon qui, et tous les anabaptistes avec lui, les enfants ne pouvaient recevoir le baptême, les seuls adultes qui le demandaient le pouvaient. et non les enfants.

En 1608, il publie The Differences of the Churches avec sermons et profession de foi. Revenant aux principes du protestantisme d’origine, il prêche selon les principes de Sola Gratia, Sola Fide, Sola Scriptura. Il se prononce  pour une spontanéité de la foi du cœur. De même qu’il revient à la gouvernance de la communauté par l’Ancien, premier des pasteurs et à l’autonomie financière de celle-ci.


En 1609, de manière plutôt particulière, il se baptisa lui-même à nouveau (de là lui est venue l'appellation de se-baptist ou self-baptiser, le rebaptisé) et conféra le second baptême à Helwys. Et ainsi créée la première Église Baptiste à Amsterdam. On considère cette date comme la date de formation du Baptisme.

Regrettant son acte, il évolua, avec une partie de la communauté, et contre l'avis de Helwys, dans le sens d'un rapprochement avec les mennonites. Il est exclu de son Église. Il meurt à Amsterdam en 1612.


« Excommunié, il chercha en vain un accueil favorable auprès des mennonites néerlandais. Il finit par rejeter la doctrine du péché originel et affirma le droit de chaque chrétien à professer ses propres convictions religieuses. » (Encyclopædia Britannica)

En 1611, Thomas Helwys publie la confession de foi baptiste Une déclaration de foi du peuple anglais (A Declaration of Faith of English People) et en 1612, ayant pris la succession de Smyth, il revient en Angletterre avec les baptistes qui sont resté avec lui et  fonde près de Londres la première Église Batiste Générale. Le Baptisme Général considère que le Christ est mort pour tous et que son « expiation illimitée » sauve tous les pêcheurs. Doctrine émise par le théologien écossais John Cameron (1579-1625) et adoptée par les arminianistes.

Jusqu'en 1643, les baptistes pratiquèrent l’effusion(versement). Puis ils optèrent pour l'immersion, qu'aujourd'hui ils considèrent comme la seule forme admissible.

Stricto sensu, les anabaptistes, apparus en Suisse pendant la Réforme,  sont les premiers baptistes. Ainsi les pentecôtistes, les adventistes et les mennonites sont baptistes, mais l’on réserve généralement la dénomination de baptiste à la communauté anabaptiste d’Angleterre. (Voir Renaissance/Réforme/ Réforme Radicale/ Anabaptisme).


Roger Williams

Roger Williams (1603-1684), né à Londres et mort à Providence (Rhodes Island), fait des études de théologie à Cambridge. Pasteur anglican, il ne tarde pas à se tourner vers les puritains. En 1629, il devient aumônier de la famille de Sir William Masham. Un an plus tard, il s’embarque avec sa jeune épouse pour la colonie du Massachussetts. A Boston, son prédicat trouve des réticences dans la communauté ; la séparation des pouvoirs spirituel et temporel qu’il prêche ne plait pas. Considérant que les indiens sont chez eux, il leur achète une terre qu’il appellera avec la ville qui va être construite, Providence, base de la future colonie de Rhodes Island. En 1638, il fonde la première Église Baptiste de la Nouvelle-Angleterre.

Ouvert à la culture indienne et favorable à une bonne entente entre colons et indigènes, il écrit en 1643, le premier dictionnaire anglo-narragansett intitulé A Key Into the Language of America.


Williams va réaffirmer sa volonté d’une séparation de l’Église et de l’État, qui seule assure une vraie liberté de culte de toutes les confessions, chrétiennes et non chrétiennes. Ses vœux seront exhaussés lors de la rédaction en 1787 de la Constitution des États-Unis d’Amérique. Il aura été en totale opposition aux Pilgrins du Mayflower qui prônaient une théocratie.


Robert Browne

Robert Browne (1550-1633/36) fit des études de théologie au Corpus Christi College de l’université de Cambridge. Il fut très influencé par le calviniste Thomas Cartwright opposé à la hiérarchie épiscopalienne et à la suprématie du pouvoir royal sur l’Église et défenseur du système de gouvernance synodal (synode des anciens et Consistoire). En 1580, Browne fonde à Norwich, en scission avec l’Église d’Angleterre, la première Église congrégationniste : chaque paroisse était autonome et se dirigeait elle-même. La conception selon laquelle chaque paroisse représentant le corps visible de l’Église Invisible du Christ trouve son origine chez le pré-réformateur John Wycliffe et les Lollards (voir Bas Moyen-âge/ Derniers Feux de la Pensée Médiévale).


Les Puritains

Historique

Le divorce d’Henry VIII (†1547) d’avec la reine Catherine d’Aragon en 1631, malgré la vive réprobation du pape Clément VII et l’opposition à la séparation de la part des conseillers royaux catholiques – les Premiers Conseillers Thomas Wolsey et Thomas Mo y laissèrent leur vie-  peut être considéré comme un des actes fondateurs de l’Église Anglicane dont Henry devint le chef religieux. Après la parenthèse catholique de Marie 1ère, dite The Bloody Queen ou Bloody Mary (†1558), la reine Élisabeth 1ère, arrivée au pouvoir en 1558, rétablit tout de suite par l’Acte de Suprématie de 1559, l’autorité de l’Église d’Angleterre sur celle de Rome et en fut nommée par le Parlement Gouverneur Suprême. Nombre d’anglais, les calvinistes (mais aussi les procatholiques), s’opposent alors à cet absolutisme autant religieux que politique, et prônent un retour à plus de simplicité, plus d’intériorité de la foi. Le calvinisme avait pénétré en Angleterre par l’Écosse au milieu du XVIème siècle. L’Écosse de John Knox (1505-1572) qui avait vécu en Angleterre et avait dû  se réfugier en Suisse. De retour sur sa terre natale en 1559, il amena dans ses bagages  le calvinisme et fonda l’Église Presbytérienne à une époque où la France de François 1er pour des raisons politiques mais non religieuses soutenait le pays en butte constante contre l’Angleterre d’Henry VIII (Voir Renaissance/Réforme/Écosse).


En surenchère de L’Acte de Suprématie de 1534, la reine Élisabeth 1ère promulgua en 1565 l’Acte d’Uniformité, plus favorable à l’Église Romaine. La Chambre étoilée fit interdire les livres des réformés pour qui l'autorité souveraine de la Bible et l’indépendance de conscience prévalaient sur l’autorité ecclésiastique. En 1572, les presbytériens, terme générique pour désigner les calvinistes de langue anglophone, constituèrent leur premier un presbytère.

Persécutés par la Haute Commission ecclésiastique créée en 1583, ceux que l’on va appeler les  puritains commencèrent à émigrer vers  la Hollande. En 1603, la montée sur le trône du premier des rois Stuart d’Angleterre et premier roi écossais à être roi aussi d’Angleterre, réalisant ainsi « L’Union des Couronnes » (l’unification se fera en 1707) laissa quel qu’espoir aux presbytériens ;  ce nouveau roi d’Angleterre  n’était que leur propre roi  Jacques VI,  même confession qu’eux. Espoir de courte durée, le roi se montrant rapidement aussi intolérant envers les presbytériens que la Reine Vierge.


En 1619, les puritains obtiennent un brevet foncier pour établir une colonie en Nouvelle-Angleterre près de l'embouchure de la rivière Hudson. En 1620, des marchands hollandais procurent des vivres et fournissent deux bateaux  à des presbytériens qui s’étaient réfugiés aux Provinces-Unies. Sous la conduite du Pasteur John Robinson, ceux qu’on allait appeler les Pères Pèlerin (Pilgrim Fathers) embarquèrent ainsi sur  le Mayflower (27,5 mètres de long pour un tonnage (volume) de 180 tonneaux soit 180x2,3 m3) et le Speedwell. Puritains.

Là où ils accostèrent, ils fondèrent leur première colonie, la colonie de Plymouth (sur l’implantation des colonies anglaises en Nouvelle-Angleterre voir Introduction/Au-delà des Mers/ Colonies Anglaises). Au second voyage de 1629 sera fondée  la colonie du Massachusetts, base du futur état l'État formé en 1691. Ces premières colonies auront été le premier modèle de l’organisation politique et religieuse des États-Unis.


Les Puritains restés en Angleterre vont progressivement arriver quand même à gagner en influence en profitant de la constante confrontation qui opposera tout au long de son règne Charles 1er au Parlement en se positionnant du côté de ce dernier  puis du côté de Cromwell. Mais à la Restauration en 1660 et la montée sur le trône du fils de Charles 1er, Charles II, rétablit l’anglicanisme et les presbytériens appelés alors les Dissidents sont à nouveau persécutés. Et en 1665 est établi le Code Clarendon contenant les lois pénales visant l’exclusion des dissidents. C’est 2000 non-conformistes (presbytériens, congrégationalistes, baptistes, quakers) qui seront exclus de l’Église d’Angleterre. En 1688, anglicans restés majoritaires, dissidents, quakers et baptistes  prirent parti au cours de La Glorieuse Révolution et obtinrent du nouveau roi Guillaume III d’Orange calviniste de pratiquer leur culte.


Le Mouvement

Le puritanisme est un courant religieux chrétien qui dont les adeptes voulurent aller au-delà de la réforme anglicane et expurger celle-ci de ce qu’il pouvait en rester des catholiques. A cela, ils aspiraient à une vie piété qui devait tenir autant d’importance que les œuvres. Il se rapprochèrent du calvinisme dès le milieu du XVIème siècle.

William Perkins (1558-1602), théologien, a été l’initiateur du puritanisme . « Un des thèmes majeurs de sa théologie est l'idée d'une double alliance passée entre Dieu et les hommes, une alliance de la loi, doublée d'une alliance de la foi, par lesquelles les hommes promettent à Dieu leur foi et leur obéissance. En échange de quoi Dieu promet aux hommes de leur donner la grâce, d'en faire son peuple et de les sauver. » (Wikipédia)


Le terme de puritanisme a pris au fil du temps le sens d’un  « Rigorisme excessif en morale; fermeté extrême dans le respect de principes généralement liée à une manière de vivre austère et prude » (Lexicographe CNTRL).

« Le puritanisme, en voyant dans l'enrichissement le signe de l'élection, a contribué à la formation de la bourgeoisie capitaliste en Angleterre et à l'essor des régimes parlementaires. Développant par ailleurs la part faite au rôle de l'individu dans la vie religieuse, il est à l'origine du piétisme allemand et du méthodisme anglais » (Larousse/Puritanisme).


Puritanisme et Seconde Réforme Hollandaise

Voir Pays-Bas/Nadere Reformatie

« Les puritains et les covenantaires [écossais] allaient interagir de manière très étroite avec la vie religieuse aux Pays-Bas. Ce lien permet d'identifier le moment où le calvinisme britannique et néerlandais ont connu leurs contacts les plus étroits. Ces deux grands mouvements spirituels étaient préoccupés par les questions de la Seconde Réforme, et cette préoccupation allait façonner le cours du XVIIe siècle en Angleterre et en Écosse. Les événements qui s'y sont déroulés allaient, à leur tour, avoir un impact profond sur les Pays-Bas, influençant leur théologie, approfondissant leur spiritualité et les liant étroitement aux expériences traumatiques de l'Église britannique » (Joel R. Beeke Dutch Second Reformation, Christian Study Library)


George Fox et Les Quakers

George Fox (1624-1691), Leicester (Midlands) et mort à Londres est le fils d’un père anglican tisserand dont  reçoit une éducation morale stricte, plus puritaine qu’anglicane Et sa nature contemplative va le porter naturellement vers la religion. A vingt ans, il est apprenti cordonnier, puis berger, activité qui répond à son souci d’une vie humble, modeste. 

A 19 ans, il entend une voix qui lui dit :

« Tu vois comment les jeunes vont ensemble dans la vanité et les vieillards dans la terre ; et tu dois tout abandonner, jeunes et vieux, et te tenir à l'écart de tout, et être comme un étranger pour tous ».


Il quitte son village natal, déçu par son entourage mène une vie qui n’est pas conforme aux vertus qu’ils prétendent défendre. Solitaire, méditatif, il va errer quelque temps avant de se loger dans un faubourg de Londres, Barnet. Là encore, il fréquente quelques théologiens et ecclésiastiques avec la même déception.

En 1644,à 20 ans, après un près retour au village, face à l’incompréhension de sa famille qui lui parle de service militaire et de mariage, il repart pérégriner dans le pays et traverse une phase de profonde réflexion qu’il nommera la « phase d’ouverture », au cours de laquelle il aura muri dans la foi et aura eu la conviction que la vie intérieure prime sur toute autre démarche religieuse. Il redécouvre le « Sola gratia » des luthériens et l’essentiel de sa pratique consistera en un recueillement qu’il appellera « l’attente silencieuse ». Il fait du sacrement de la communion des catholiques, un don que le Saint Esprit peut accorder à toute personne non ecclésiastique même aux femmes auxquelles il reconnaît avoir une âme, ce que même les Dissidents n’admettaient pas.


A partir de 1648, il commence à prêcher dans les lieux publics, dans les villes, les villages. Il est très écouté et un premier groupe d’ « Amis » dissidents anglicans que l’on appelle les The Valiant Sixty (Les Soixante Vaillants),  commence à se former autour de lui. Groupe qui ira à s’accroissant et formera La Société des Amis.

Il poursuit son prêche à travers le pays avec toujours de nouvelles âmes qui se joignent à lui. L’injustice sociale le préoccupe. Il n’hésite pas à s’opposer à des décisions de justice qu’il estime inique. En 1650, il est arrêté au motif de blasphème et le juge se moque de son « exhortation à trembler pour le Seigneur» et qualifiera ceux qui l’entourent de Quakers, de Trembleurs. Il faut se replacer dans le contexte spirituel de l’époque qui voit apparaître nombre de sectes dissidentes ou en marge de l’anglicanisme et de catholicisme, outre les Puritains et les partisans de Fox qu’on va appeler les Quakers (les Trembleurs), il y la Broad Church, la High Church, la Low Church…La répression a été sévère sous Charles 1er. Si le Commonwealth (1649-1660) de Cromwell permet aux dissidents de jouer un rôle important aux côtés des parlementaristes, cette période révolutionnaire ne jette qu’encore plus le trouble dans le pays. Face à cette violence généralisée, à l’appel à prendre les armes pour le camps royaliste ou républicains (voir Introduction Général/ Angleterre. Événements Majeurs), Fox, non sans rappeler la position de l’amish Jacob Amman sur le service militaire, Fox prêche la non-violence, le refus de prendre les armes. Emprisonné par deux fois en 1654 et 56, sera amené devant Cromwell (1599-1658) et libéré après leur entretien. Ils se rencontrèrent à nouveau en 1658 peu de temps avant que le Lord Protector ne meure de la malaria.


A la Restauration, en 1660, 63-66 et 74. Charles II ne faisant pas de distinguo entre Quakers, Dissenters, Baptistes et Latitudinariens, les Amis (Quakers) connurent aussi en nombre l’emprisonnement, au point qu’en 1675, ils créèrent The Meeting for Sufferings (La Réunion pour les Souffrances) pour venir en aide aux Quakers emprisonnés et faire pression sur le Parlement pour ne pas avoir à prêter serment et verser la dîme.. La Réunion du Matin était en l’organisme londonien. Toujours en activité sous le nom de La Réunion Annuelle (Yearly Meeting), chapeaute les autres organismes qu’elle a absorbés. Comme il avait su faire fléchir Cromwell, Fox, se présentant sans ambition militaire, sut convaincre Charles II de chercher la paix. Les quakers emprisonnés durant la révolution furent libérés, mais lui-même regagna la geôle de 1663 à 66 pour refus de prêter serment. Libéré, il se consacra à la structuration de la Société des Amis pour tout le pays. En 1669, il se marie avec la veuve d’un juge de haut en rang, Margaret Fell, qui emprisonnée avec lui en 1663, était une des toutes premières fidèles parmi les Soixante Vaillants et une des fondatrices de la société. Elle sera surnommée « la mère du quakerisme ».


En 1671, il part visiter les colonies anglaises du Nouveau Continent, notamment au Maryland et en Rhodes Island où se trouvait une colonie quaker. Les colonies quakers vont  commencer à s’implanter aux États-Unis comme dans le New Jersey en 1677, en Pennsylvanie où en 1682 William Penn (1644-1718) va fonder la ville de Philadelphie.

De retour à Londres en 1673, il est à nouveau remis en prison. Son épouse obtient sa libération auprès du roi. Fox a atteint la cinquantaine et ses forces déclinent. Il  se consacre à ses écrits, essais et correspondance publique et personnelle. En 1677 et 84, il se rend aux Pays-Bas. Retour en Angleterre, il intensifie sa correspondance avec les amis d’Europe. Il est de plus en plus faible. Il voit ses efforts couronnés quand en 1689, L’Acte de Tolérance (Act of Toleration), édicté par le Parlement et promulgué par le  nouveau roi d’Angleterre, le hollandais Guillaume III d’Orange,  accorde la liberté de culte à toutes les sectes non conformistes.


Il meurt en 1691. Trois ans plus tard, son journal est publié. Sur le ton de la confession, il a le double intérêt non seulement de faire connaître le personnage et sa vie personnelle mais aussi de faire connaître la vie de l’Angleterre. Ses lettres avec des titres tels que Amis, recherchez la paix de tous les hommes ou Aux Amis, pour se reconnaître dans la lumière, expose sa pensée simple et directe, lointain de toute théorisation théologique.

« Il a placé la lumière intérieure donnée par Dieu (l'inspiration) au-dessus des croyances et des Écritures et a considéré l'expérience personnelle comme la véritable source d'autorité. Dans son Journal, il écrit : «’’ Ces choses, je ne les ai pas vues par l'aide de l'homme, ni par la lettre, bien qu'elles soient écrites dans la lettre, mais je les ai vues à la lumière du Seigneur Jésus-Christ, et par son Esprit immédiat et ses pouvoirs, comme l'ont fait le saint hommes de Dieu, par qui les Saintes Écritures ont été écrites’’. » (britannica.com/biography/George-Fox)


« Le message de Fox se concentrait sur la lumière intérieure du Christ vivant et sur l'écoute de la voix de Dieu, qui pouvait dire la vérité directement à l'âme humaine individuelle. Fox croyait que tout le monde avait la «lumière intérieure» pour la révélation spirituelle, bien que pour certains, elle soit extrêmement faible. Fox a enseigné que le vrai culte consistait à se consacrer en silence directement au Christ pour recevoir sa grâce et connaître sa volonté » (learnreligions.com/biography-of-george-fox-founder-of-the-quakers.


Notes

[1]Le supplicié est traîné, nu, sur une claie (un treillage de bois) dans les rues jusque sur les lieux de l'exécution, puis pendu par le cou, sans que mort s'ensuive (il s'agit d'un étranglement pour étourdir le supplicié), puis, il est éventré, éviscéré et émasculé. Les intestins, les viscères et les organes génitaux sont ensuite brûlés devant les yeux de la victime. Le cœur n'est retiré qu'en dernier. Il est enfin décapité et équarri, le corps étant divisé en quatre morceaux, cinq en comptant la tête. Les morceaux équarris étaient traditionnellement exhibés sur des gibets dans différents endroits de la ville pour dissuader d'éventuels traîtres. L'exposition sur gibet fut abolie en Grande-Bretagne en 1843 (Wikipédia Hanged, drawn and quartered).

[2] Le Long Parlement est le nom donné à la session du parlement qui siégea sans discontinuer de 1640 à 1653. En 1640, Charles 1er le convoque pour régler la Guerre des Évêques, un conflit armé qui oppose les épiscopaliens partisans du roi et défenseurs de l’autorité des évêques et les Convenantaires (presbytériens écossais) qui défendent l’autorité des consistoires (assemblées des anciens et des pasteurs). En 1641, l’accord signé est favorable au parlement de Glasgow. Cette période couvre La Première révolution anglaise. La Grande Remontrance est une déclaration du parlement considéré comme un des actes fondateurs de la constitution anglaise. Voir Introduction Générale/ Angleterre/Événements Majeurs)

[3] « Extinction des droits civils et des capacités d'une personne en cas de condamnation à mort ou de mise hors la loi, généralement après une condamnation pour trahison » (Collins Dictionary)

[4]« L'une des différences les plus visibles par rapport aux églises catholiques traditionnelles était le remplacement de l'autel par une table de communion. Symbole des compromis généraux en cours, les prêtres pouvaient placer un crucifix et des bougies sur la table. D'autres traditions catholiques furent maintenues, comme le signe de croix lors d'un baptême et le port de vêtements traditionnels par les prêtres » (Mark Cartwright Règlement Religieux Élisabéthain World History Encyclopædia)



Pays-Bas

Le Contexte Historique - L'Arminianisme -  Nadere Reformatie

Willem Tellinck - Gijsbert Voet  - Cornelius Jansen - Wilhelmus à Brakel


Le Contexte historique

Le contexte historique dans lequel se développe la question religieuse  aux Pays-Bas dans la première moitié du XVIIème siècle revêt une double importance, à la fois  pour ce pays et à la fois pour l’Europe. Il s’agit d’une part de la naissance d’une nouvelle nation européenne et d’autre part de la première manifestation des effets de la Réforme au plan économique. Pour le protestantisme, en quelque sorte, c’est rendre grâce à Dieu et glorifier la Création que de faire fortune. Luther l’affirmait déjà. Les Pays-Bas vont mettre en place des règles économiques basées sur une totale liberté d’entreprendre et des échanges hors toutes contraintes sociales et politiques entrainant et la fin du féodalisme) et l’ accumulation d’un capital financier qui se répartira entre épargne-enrichissement personnel et investissement.

 Les villes maritimes des Pays-Bas, notamment, vont augmenter notablement les flottes maritime et militaire qui vont devenir les plus puissantes d’Europe allant jusqu’à vaincre la flotte anglaise qui avec ses navires marchands et militaire avait vaincu la Grande Armada en 1588. Comme place financière, Amsterdam va supplanter Anvers qui, au siècle précédent, avait supplanté Bruges. 


De l’Union d’Utrecht de 1579 qui fonde la République des Sept Provinces-Unies (reconnue officiellement par l’Espagne seulement  au Traité de Westphalie en 1648) - à ’l’année terrible’  de 1672 (la Rampjaar, année du bélier), date à laquelle commence la désastreuse Guerre-Franco-hollandaise et la Troisième Guerre Anglo-Hollandaise qui amorcent le déclin des Pays-Bas, non seulement  les Provinces-Unies vont développer une l’économie particulièrement florissante, mais elles vont connaître un rayonnement culturel que l’on désigne sous le nom de l’Âge d’Or du Siècle Hollandais, âge d’or des arts avec les grands maîtres de la  peintres de (Rembrandt, Vermeer, Ruysdael, Franz Hals, Peter de Hooch… voir Arts/ Pays-Bas) mais aussi âge d’or de la pensée avec des philosophes comme Hugo de Groot) et Baruch Spinoza (voir Pays-Bas/Philosophie) et des scientifiques comme Jan Baptista van Helmont (1576-1644) Christian Huygens (1629-1695) …

Les Provinces-Unies sont aussi le pays  de la tolérance. Depuis le siècle précédent, la liberté d’expression a favorisé le développement de grandes imprimeries auxquels s’adressent les auteurs étrangers en délicatesse avec leur gouvernants Un philosophe comme René Descartes y passera une grande partie de sa vie et y mourra.


L’Arminianisme

Sur l’Arminianisme et les Remonstrants voir aussi Renaissance/ Réforme./Convergences et Divergences.

Les Grands Électeurs du Palatinat, Frédéric II Le Sage († 1556), Othon-Henri († 1559) avaient  favorisé le luthéranisme et Frédéric III Le Pieu († 1576) s’était converti au calvinisme en 1546 et, succédant à la tête du Nouveau Duché du Palatinat en 1559, fit du calvinisme, la religion officiel son duché. C’est sous son égide que fut publié en 1563 le Catéchisme de Heidelberg, un des trois textes fondamentaux du calvinisme avec La Confessio Belgica  (1561) de Nicolas de Brès, profession de foi des Pays-Bas réformés, et les Canons de Dordrecht (Décision du Synode de Dordrecht 1619). Ces textes constituent Les Trois Formes d’Unité reconnue  par le synode tenu dans la ville de Dordrecht en 1619 et qui réaffirme la doctrine calviniste.

En 1610, la Fraternité des Remonstrants, partisans des thèses de Jacob Arminius (Jakob Hermanszoon (1560-1609) avait remis aux États de Hollande et de Frise une Remonstrance qui contestait en cinq articles la doctrine calviniste et affirmait notamment la notion de libre-arbitre en contestant la persévérance des saints, la corruption totale ou dépravation totale ou incapacité totale. Cette réaffirmation porte essentiellement sur cinq points de la doctrine calviniste :

Ces cinq point sont :

  • ·          la corruption totale ou dépravation totale ou incapacité totale : la créature est à a naissance vouée au péché.
  • ·          l'élection inconditionnelle ou double prédestination : Dieu décide qui est sauvé et qui est perdu indépendamment de toute volonté humaine. (antiarianiste)
  • ·          l'expiation limitée ou rédemption particulière : Le Chris mort sur la Croix n’a sauvé que les prédestinés au Salut.
  • ·          la grâce irrésistible ou grâce efficace : Dieu décide qui il sauve et quelle que soit la résistance du pêcheur.
  • ·          la persévérance des saints ou préservation des saints ou sécurité éternelle : tout personne élue et sauvée ne peut retomber dans le péché
                   et cela sans le secours de Dieu.   (Antiarianiste)

Leurs principaux adversaires des arminianistes furent les Gomaristes qui avaient pour chef de file le théologien calviniste Franciscus Gomarus (1563-1641) qui entre autres enseignant à l’académie protestante de Saumur de 1615 à1618.

Formées de Sept provinces indépendantes (actuellement douze), elles sont gouvernées par un stathouder. Ceux qui se succèderont de Frédéric-Henri de Nassau de 1625 à 1647 à Guillaume III d’Orange de 1672 à 1702 (roi d’Angleterre en 1689) seront tous calvinistes.


Nadere Reformatie

« La Réforme néerlandaise proprement dite peut être divisée en quatre périodes : la période luthérienne (1517-1526), ​​la phase sacramentaire (1526-1531), le mouvement anabaptiste (1531-1545)¹ et la plus influente : l’infiltration calviniste². Dès le début de la pénétration calviniste aux Pays-Bas (Pays-Bas méridionaux, vers 1545 ; Pays-Bas septentrionaux, vers 1560), le mouvement a montré une force plus grande que son infériorité numérique ne pourrait le suggérer. Néanmoins, le calvinisme néerlandais ne s'est véritablement épanoui qu'au XVIIe siècle, sous l'impulsion du synode de Dordrecht (1618-1619) et intensifié par la Seconde Réforme néerlandaise (Nadere Reformatie) » (Joel R. Beeke The Second Reformation Banner of Truth magazine 1991 cité par  Christian Library )

 De 1600 à 1750, le mouvement Nadere Reformatie (Plus de Réformes ou Réforme Ultérieure ou Seconde Réforme) apparu en 1600 en Hollande s’est prolongée qu’au milieu du XVIIIème siècle. Des réformés souhaitaient mettre en application leurs convictions religieuses dans la vie courante. Ce mouvement se rapproche du Puritanisme anglais.

« Les représentants de l'époque se sont efforcés d'élaborer les principes de la Réforme protestante dans la vie familiale, l'église et la société en équilibrant et en valorisant à la fois l'orthodoxie et la piété. En tant que tel, le Nadere Reformatie ressemble à d'autres expressions de l'ère réformée post-réforme, notamment le puritanisme anglais et le piétisme allemand»

D’ailleurs, un de ses chefs de file, l’initiateur du mouvement, Willem Teellinck (1579-1629) a vécu en Angleterre. Les deux autres représentants les plus significatifs de la Seconde Réforme sont Gijsbert Voet (1589-1676) et Wilhelmus à Brakel (1635-1711). Malgré le lien étroit qui relie la Nadere Reformatie au Puritanisme


« qualifier la Nadere Reformatie de « puritanisme néerlandais» revient à nier le caractère endémique du mouvement néerlandais. Bien que le puritanisme anglais ait exercé une influence primordiale sur la Nadere Reformatie, comme l'a pertinemment souligné Willem Jan op 't Hof (notamment en insistant sur la nécessité d'une vie personnelle, familiale et communautaire empreinte d'une piété expérimentale et pratique)¹, cette influence n'était pas exclusive, car le mouvement néerlandais était associé à d'autres facteurs non anglais¹⁷. En réalité, à certains égards, le mouvement néerlandais était plus puritain-réformé que le puritanisme anglais lui-même. » (Joel R. Beecke The Dutch Second Reformation Christian Studys Library).


Willem Tellinck

Willem Tellinck (1579-1629), né à Zierikzee (province de Zélande) et mort à MilldelBourg (chef-lieu de la Zélande), fils du maire de la ville qui meurt alors qu’il a 15 ans   fait des études à la célèbre université de St Andrew  en Écosse en 1600, et obtient  un doctorat de droit à l’université de Poitier en 1603.

« L'année suivante, il passa neuf mois auprès de la communauté puritaine en Angleterre. Son séjour chez une famille pieuse à Banbury et son contact avec la piété puritaine — vécue à travers un culte familial intense, la prière personnelle, les discussions sur les sermons, l'observance du sabbat, les jours de jeûne, la communion spirituelle, l'examen de conscience, une piété sincère et les bonnes œuvres — l'ont profondément marqué. À cette époque, on entendait partout à Banbury des chants de psaumes, surtout le jour du sabbat. » (JR Beecke Willem Tellinck Christian Studys Library )


 Il se marie avec une jeune puritaine, Martha Greendon, qui comme lui souhaite de vivre « la praxis pietatis puritaine (pratique de la piété) dans sa vie familiale ainsi que dans son travail paroissial ». Le couple eut trois fils. Qui furent pasteur, et deux filles. Il décide de devenir pasteur en abandonnant le droit. Il va ensuite étudier la théologie à l’université de Leyde (entre Amsterdam et La Haye) où enseignait Jacob Arminius (1560-1609) et Franciscus Gomarus  (1563-1641) (voir Arianisme) vers la position antiarianiste duquel il inclinait.

En 1606, il est fait pasteur et reçoit la paroisse de Duiveland (île en Zélande). En 1612, il participe au Synode qui doit régler la controverse en Gomariens et Arminianistes. En 1613, il reçoit le pastorat de Middleburg où il vivra jusqu’à sa mort en 1629 à l’âge de 50 ans. Il laisse le souvenir d’un homme très pieux, mettant en pratique sa piété et n’hésitant pas à aborder dans ses sermons, ce qu’ l’on appelle de nos jours les événements d’actualité. Il a écrit une vingtaine d’ouvrages, certains publiés avant sa mort, d’autres après. En 1608, son premier livre L'Amour de la Patrie demandait au gouvernement d’établir des lois morales. Le plus volumineux de ses écrit, The Key of Devotion comme la plupart sont des exposés sur la piété et des commentaires de la Bible.  The True Path of Godliness a été traduit en Anglais en 2003

« Ses nombreuses œuvres visaient à édifier les fidèles dans la foi en amenant l'Église réformée au-delà de la réforme doctrinale et organisationnelle, vers une réforme de la vie et des pratiques. Plus encore que William Perkins[1], Teellinck insistait sur la vie pieuse, les fruits de l'amour, les marques de la grâce et la primauté de la volonté. » (idem)


Gijsbert Voet

Gijsbert Voet (Gisbertus Voetius 1589-1676), né à Heusden (Brabant Septentrional) est mort à Utrecht, est issu d’une famille noble. A quinze ans, il entre à l’université de Leyden pour étudier la théologie. Il devient pasteur en 1610 d’abord à Vlijmen (1611-17) puis à Heusden jusqu’en 1634. Il se marie en 1612.  Il sera père de 10 enfants. Il participe au synode d’Utrecht (1618-1619) où il commence à s’intéresser au rôles des missions il traita de la question de savoir si le baptême pouvait être administré aux enfants issus de milieux non chrétiens vivant avec des familles néerlandaises dans les Indes orientales.


En 1634, s’ouvre l’École Illustre (Athenaeum Illustre), école d’enseignement supérieur qui ne peut néanmoins délivrer de diplômes universitaires et où il va enseigner la théologie, et les langues orientales (hébreu, arabe et syriaque). Deux ans plus tard, l’école reçoit le statut d’université. Toute jeune université, elle ne compte que douze étudiants pour sept professeurs de philosophie, théologie, droit et médecine. L’université de Leyde a été fondé en 1575, celle de Franeker où Descartes a étudié de 1628 à 1630, en 1585, celle de de Groningen en 1614. L’École Illustre d’Amsterdam en 1632 et n’aura le statut d’université qu’en 1877.


De 1648 à 1669, il publie Selectae Disputationes Theologicae en cinq volumes et Politica Ecclesiastica paraît de 1663 à1676).

Il fut un des plus farouches adversaires du cartésianisme. En 1646 éclata la Querelle d’Utrecht. Voest accusa un disciple de Descartes, Henricus Regius, d’athéisme. Descartes accusé par fut obligé de se défendre et d’écrire Voetius l'Epistola Renati Descartes ad celeberrimum virum Gisbertum Voetium (L'épître de René Descartes au célèbre Gisbert Voetius). En vain, l’auteur du Discours fut obligé de faire intervenir l’université de Groningue et l’ambassadeur de France.


La vocation de Voet a été essentiellement missionnaire. Il a défendu l’autorité des synodes sur le pouvoir temporel pour l’envoi de mission d’évangélisation et l’établissement des églises.

« Voetius est le premier à développer une missiologie protestante complète, contextuelle et comparative. Sa théologie de la mission est formellement scolastique et redevable à Thomas d'Aquin, mais le guide de son approche théologique systématique est le dogme de la prédestination de Calvin et l'accent mis par ce dernier sur soli Deo gloria, pour la gloire de Dieu seul » (School of Theology https://www.bu.edu/missiology/missionary-biography/t-u-v/voetius-gisbertus-gijsbert-voet-1589-1676/).


Wilhelmus à Brakel

Wilhelmus à Brakel[2] (1635-1711), né à Leeuwarden (capitale de la Frise) et mort  à Rotterdam, est fils de pasteur qui, avec  sa mère très pieuse, l’élève de manière très stricte dans la crainte de Dieu. Il étudie la théologie à l’université de  Franeker. En 1659, il entre à l’université d’Utrecht où les cours de Gisbertus Vœtius l'ont  fortement marqué. En 1662, il devient pasteur.

Il exerce son ministère à Exmorra en Frise où il se marie. Il est ensuite pasteur à Stavoren. En 1670, il devient pasteur à Harlingen où son ministère est très apprécié. En 1673, il accepte d’être l'un des six ministres de la congrégation de Leeuwarden, sa ville natale. Dans sa volonté d’organiser de petites assemblées appelées ‘’ conventicules, il se heurte au consistoire et doit céder et continuer son catéchisme public.


De 1683 jusqu’à sa mort en 1711, il va exercer son ministère à Rotterdam. Ministère qui va être marqué par trois événements importants dans sa vie : son opposition aux labadistes, les disciples du jésuite français converti, Jean de Labadie († 1674 voir France/Les Dissidents),  sa défense de l'indépendance de l'Église, et la parution de son œuvre majeure, De Redelijke Godsdienst (Le Service raisonnable du chrétien). Cet ouvrage expose


« une théologie systématique écrite pour les membres de la congrégation. Le travail est imprégné d'application pratique et expérientielle des doctrines exposées, établissant ainsi la relation vitale entre la vérité objective et l'expérience subjective de cette vérité » (Bartel Elshout)

Le rigorisme, le souci d’une église pure qui ne devait accepter que les vrais croyants que soutenait le Français, Jean de Labadie, venu de Genève, exerça une forte influence sur la communauté religieuse. Et pendant un temps à Stavoren, Brakel y fut sensible. Mais à Rotterdam son point de vue changea radicalement considérant que son enseignement était non biblique. Aussi engagea-t-il la polémique en écrivant Leer en Leydinge der Labadisten (Doctrine et Gouvernement des labadistes).


Il s’opposa également aux défenseurs de Église. Selon le théologien suisse Thomas Erastus (1524-1583), l’Église fait partie de l’État, et doit être gouvernée par les rois et les princes. Cette forme de gouvernance qu’a soutenu Hugo de Groot (1583-1645 voir Philosophie/ Pays-Bas) a été adopté par les luthériens et les anglicans. Le Conseil de la ville l’interdit un temps de prêche, mais l’intervention de Guillaume III (futur roi d’Angleterre) lui en redonna l’autorisation.

La publication de De Redelijke Godsdienst marque la troisième période de son ministère à Rotterdam.

Il s’éteint paisiblement à l’âge de 76 ans après avoir dit sa dernière heure venue :

«Très bien ; je repose en mon Jésus; je suis uni à Lui; Je ne fais qu'attendre qu'il vienne; cependant, je me soumets en toute tranquillité ».


Cornelius Jansen

Voir France/Jansénisme

Cornelius Jansen (1585-1653), né dans une famille de la bourgeoisie aisée de Acquoy non loin d’Utrecht, commence ses études à la Pédagogie[3] du Faucon à Louvain. L’humaniste théologien Michel de Bay (1513-1589) enseignait à partir de 1540 au Pope’s College (Paus Adrianus VI-college, collège pour nécessiteux, et en 1570 fut nommé recteur de l’université de Louvain. Il est à l’origine d’un courant le Baïanisme qui eut une grande influence sur le jeune Jansen qui le découvrit par son professeur Jacog Janson. de Bay est de ce fait considéré comme le précurseur du Jansénisme.

Selon les sources, Jansen Duvergier et Jean du Vergier de Hauranne (1581-1643), futur abbé de Saint-Cyran, se seraient rencontrés soit à Louvain soit à Paris. Selon https://www.catholicity. com/encyclopedia/d/duvergier_de_hauranne.html.et la première rencontre aurait probablement eu lieu à Louvain et se retrouvent à Paris en 1605. Selon Denis Richet in De la Réforme à la Révolution, Aubier 1991, p. 101(repris par Wikipédia) et encyclopædia.com/ humanities/C.Jansen, « contrairement à ce que l'on peut penser, ce n'est pas à Louvain qu'il fit la connaissance du futur théologien janséniste, Cornelius Jansen un jeune disciple du sectateur du baïanisme. Ce point est avéré par Denis Richet qui date la première rencontre entre les deux hommes en 1609-1610 à Paris2 ainsi que par d'autres auteurs tel que Louis Cognet ».


Les sources indiquent que du Vergier s’est rendu à Louvain pour poursuivre ses études « non à l’université mais au collège jésuite ». Aucune de celles consultées qui reprennent souvent entre elles n’indiquent de quel collège il s’agit. https://en.wikipedia.org/wiki/List_of_colleges_of_Leuven_University qui liste toutes les pédagogies et tous les collèges de Louvain fondés entre 1431 et 1686 ne fait mention d’aucun collège jésuite. Les premiers jésuites sont arrivés à Louvain en 1542 et le premier établissement d’enseignement fut la maison du jésuite Cornelius Wischaven (†1559) qui sera le premier maître des novices jésuites. En 1598, ce ‘collège théologique’ sera déplacé derrière ce qui sera l’actuelle église Saint Michel commencée en 1650. Il est donc fort probable que Jansen et du Vergier non pas été condisciples et que s’ils se sont la première fois à Louvain se serait dans la mouvance du baïanisme.

Les sources convergent sur le fait qu’ils assistaient tous les deux aux cours magistraux donnés à la faculté de théologie de Paris par le théologien gallican Edmond Richer (1559-1631), adversaire des jésuites et concialiariste[4], mais soit à partir de 1605 soit à partir de 1609.


L’amitié d’une vie va les lier. Ce qui les rapproche, c’est leur intérêt sur les débuts du Christianisme, sur les Pères de l’Église et notamment sur St Augustin. du Vergier amène Jansen dans la maison familiale de Camp-de-Prats, près de Bayonne où jusqu’en 1516, ils se consacrent à leur études ; particulièrement aussi sur les docteurs de l’Église, le droit canon, les textes des conciles et philosophes grecs et latins de l’antiquité.

En 1616, il retourna à Louvain et un an plus tard, il prend en charge Holland College (Collegium Divae Pulcheriaeune) fondé par le Vicaire Apostolique (évêque à vocation missionnaire) Philippus Rovenius (1573-1651) qui réforma l’église catholique hollandaise dans le sens de la Contre-Réforme mais n’en fut pas moins l’ami de Jansen. Dans la rivalité qui oppose le collège jésuite qui s’était déjà opposées à de Bay, il prend parti pour l’université.


En 1624 et 1626, il est envoyé par deux fois à Madrid pour dénoncer l’enseignement des jésuites qui selon lui et Rovenius n’était pas conforme aux prescriptions de la Contre-Réforme. Il défendit tout autant face aux réformés les catholiques en soutenant que leur lecture de la Bible était tout aussi mystique et piétiste que la leur.

En 1630, il est nommé professeur d’exégèse scripturaire à l'Université de Louvain et continue à travailler à son Augustinus.

Il débat plusieurs fois avec le calviniste-presbytérien hollandais Gisbertus Voetius avec qui Descartes eut aille à partir. Mais ses vues ne sont pas que théologiques, elles sont aussi politiques. Louvain, néerlandophone, situé dans le Brabant flamand fait toujours partie des Pays-Bas Méridionaux espagnols. Son souhait que les provinces sous domination des Espagnols prennent exemple sur leur voisins des Pays-Bas n’est ignoré de personne. Déjà que lors de son séjour à Madrid, il avait était inquiété par l’Inquisition, devant l’ire espagnole qui ne s’apaise pas, il écrit en 1635 un Mars Gallicus dans lequel il s’en prend à l’indifférence de la France au sort des catholiques à l’étranger, ce qui eut pour effet de remiser l’animosité de Madrid envers lui.

En 1636, il est nommé évêque d’Ypres. Il meurt deux ans plus tard de la peste. Son œuvre maîtresse, Augustinus seu doctrina Sancti Augustini de humanæ naturæ sanitate, ægritudine, medicinâ adversùs Pelagianos et Massilienses (Augustin, ou la doctrine de saint Augustin sur la santé, la maladie et la médecine de la nature humaine, contre les pélagiens et les massiliens) est publié en 1640 et un an plus tard en France. Édition post mortem qui se comprendre quand on sait que l’ouvrage sur lequel Jansen travaillait en secret contrevenait au décret papal qui  interdisait de discuter des concepts de libre arbitre, de prédestination et d'élection.


Baïanisme et Jansénisme

Le baïanisme est une doctrine théologique enseignée à l’université de Louvain par Michaël Baius (de Bay † 1589) qui se caractérise par une rapprochement vers la pensée protestante en ce qui concerne notamment le rôle de la prédestination (au paradis), et l’inefficacité du libre-arbitre (défendu par les jésuites) sans la grâce. Le péché est héréditaire. Rejet du dogme de l’Immaculée Conception (apparu au Moyen-Âge).

Selon tradition chrétienne depuis St Augustin (345-430), le fidèle ne pouvait obtenir le salut sans l’intervention divine qui lui octroyait la grâce. Concevant le salut comme le fait du libre-arbitre de l’homme, Pélage s’était opposé à l’évêque d’Hippone. Une dispute s’ouvrit qui, en passant au Moyen-Âge par Dunn Scot et St Thomas sur le rôle de la liberté et de la volonté, perdurait encore au XVIIème siècle. Le catholicisme ne remit jamais en cause la  doctrine de son évêque,  mais sous-l’effet de la Contre-Réforme dont les propagateurs furent les jésuites, la théorie du libre-arbitre avait pris le pas sur l’élection divine. Cela s’expliquait car les protestants avaient non seulement considérablement réduit le rôle intercesseur de l’Église, non seulement réduit le rôle des œuvres dans l’obtention du salut, mais avaient après Luther absolument privé de toute possibilité à l’homme d’intervenir dans son salut, justifié’ qu’il est dès sa naissance ; doublement prédestiné pour les calvinistes ou à l’Enfer) car soit ‘remis de ses péché voué au Paradis, soit irrévocablement condamné à l’enfer (les anabaptistes ne croient pas à l’enfer). 


 Si les réformés mettaient l’accent sur la seule grâce (sola gratia) et les jésuites sur le volontarisme, des théologiens établirent des doctrine à moyen-terme. Le Jésuite Luis de Molina (1536-1600) après Pedro de Fonseca, développa une ‘science moyenne’ selon laquelle l’homme reste libre de participer ou non par l’attrition (regretter pour soi d’avoir péché, crainte personnelle des conséquences) et la contrition (repentir d’avoir offenser Dieu) à la ‘Justification’ que lui accorde Dieu. Il garde la liberté du bon usage de l’acte surnaturel. de Bay et à sa suite Jansen et à leur suite les jansénistes français en revinrent à la tradition augustinienne des ‘’heureux élus’’. Pour autant, l’idée de de Bay que l’homme est incapable de ne pas pécher et qu’il tend au mal, de façon naturelle, revêt des accents fortement luthériens. Le mal est œuvre humaine et non divine. Il est le fruit de sa liberté. L’homme s’est tellement enfoncé dans le péché depuis la Chute que la Grâce ne doit pas être seulement ‘suffisante’ contrairement à ce que pensait Molina, elle doit être ‘efficace’ ; et elle n’est pas accordée à tous. La liberté de l’homme seulement lui permet d’accepter ce don en s’y prédisposant par la piété et la communion, fi des œuvres pieuses et des absolutions.


Notes

[1] William Perkins (1558-1602), théologien qui initia le puritanisme . « Un des thèmes majeurs de sa théologie est l'idée d'une double alliance passée entre Dieu et les hommes, une alliance de la loi, doublée d'une alliance de la foi, par lesquelles les hommes promettent à Dieu leur foi et leur obéissance. En échange de quoi Dieu promet aux hommes de leur donner la grâce, d'en faire son peuple et de les sauver. » (Wikipédia)

[2] Base de la documentation Révérend Bartel Elshout, pasteur de la Heritage Reformed Congregation of Hull, Iowa (2016) , Le Pasteur et la Théologie Pratique de Wilhelmus

[3] La Pédagogie (centre d’enseignement) était l’une des quatre pédagogie constituant l’Université de Louvain. Les collèges désignaient eux les bâtiments où logeaient les étudiants.

[4] Pour les conciliaristes, l’autorité du concile des évêques sur celle du pape. Ils s’opposaient en cela aux ultramontains qui professaient l’autorité supérieure et l’infaillibilité du Saint Père. Quant aux gallicans, « ils n'accordaient au pape qu'un pouvoir limité sur l'Église universelle et réclamaient, pour le clergé de France, certaines libertés connues sous le nom de libertés gallicanes (du latin Gallia, Gaule) ». Le conciliarisme se manifesta particulièrement au Concile de Bâle (1431-1449). La Sorbonne fut à l’époque le théâtre de l’affrontement entre les richeristes, partisan de Richer et les duvalistes, partisans de l’ultramontain André Duval, biographe de Mme Acarie.


Outre-Rhin

Introduction - Les Luthériens - Georg Gutke - Philipp Jacob Spener - Maximilian van der Sandt



Introduction

A la Renaissance se sont affrontées les troupes des Princes luthériens de la Ligue de Smalkalde dont les chefs de file furent le Prince Philippe de Hesse et l’Électeur Jean-Frédéric de Saxe (branche ernestine) et les troupes impériales de Charles-Quint menées par le Duc d’Albe et le Duc Maurice de Saxe (branche Albertine) , guerre qui se solda par la cuisante défaite des protestante à la bataille de Mülhberg (1547). Jean-Frédéric est déchu de sa dignité d’Électeur qui revient à son cousin Maurice.

Les Grands Électeurs du Palatinat, les premiers Grands Électeurs en titre, avaient eux aussi pris fait et cause manu militari au XVIème siècle pour le luthéranisme. Frédéric III dit le Pieu se convertit au protestantisme en 1546 et, succédant à la tête du Nouveau Duché du Palatinat en 1550, fit du calvinisme, la religion officiel son duché. C’est sous son égide que fut publié en 1563 le Catéchisme de Heidelberg’, un des trois textes fondamentaux du calvinisme qui forment avec La Confessio Belgica (1561) de Nicolas de Brès, et les Canons de Dordrecht, la profession de foi des Pays-Bas Réformés. Ces textes constituent ‘Les Trois Formes d’Unité’. qui conclut  en 1619 le synode tenu dans la ville et qui condamne les Remonstrants.

Les empereurs germaniques de la Maison de Wittelsbach ou de la Maison de Habsbourg sont restés, eux, catholiques.


Si à l’entrée du XVIIème siècle, les guerres de religion ayant brisé son unité, l’Empire Germanique se retrouve territorialement morcelé et ses États économiquement très affaiblis, une division va de plus  se produire dans le camp luthérien. Certains luthériens jugèrent que le luthéranisme d’origine, qui faisait du salut une affaire personnelle, avait divergé vers une religion par trop intellectuelle, doctrinale et dogmatique tels qu’il avait pu se révéler avec les Gnésio-luthériens, dits ‘Authentiques-Luthériens’ (Voir Renaissance/ Réfome/Convergence et Divergences/ Sacrements). Des dissidents prônèrent  une retour à une vie religieuse plus intériorisée. Va alors naitre un mouvement fondé sur la subjectivité de la foi, la tolérance. Le fondateur en sera P.J. Spencer. Ce courant aura une forte influence sur le luthéranisme et jouera un rôle important dans l’Allemagne des Lumières au siècle suivant.


Les Luthériens

« Cornelius Martini, professeur de philosophie à partir de 1592 à Helmsted, haut lieu du luthérianisme, est considéré comme le fondateur en Allemagne d’une métaphysique autonome … Son cours de métaphysiques fut imprimé en 1603 sous le titre de Methaphysica Commentatio ». (Heinrich Schepers, Histoire de La Philosophie Gallimard 1973)

C. Martini (1586-1621), d’origine anversoise, fils d’un maître de digue, est un des plus importants représentants de la pensée luthérienne de son temps. Après des études à Rostock puis à Helmsted où il obtient sa maîtrise, il enseigna toute sa vie à l’université de cette ville. Aristotélicien, il va s’opposer à ces luthériens conservateurs   qui dénoncent l’influence de la philosophie dans la théologie, ainsi qu’au courant ramiste[1] qui défend la thèse de ‘la double vérité’, celle de la théologie et celle de la philosophie. A la question que se posent les luthériens de savoir quelle place tient la Théologie Naturelle (connaissance de Dieu par l’expérience du monde), Martini va établir une stricte séparation entre métaphysique et théologie et considérer que « les choses sont la mesure de notre esprit et non de nos sens,  rejetant ainsi toute science qui veut s’affranchir de la vérité de la création que nous avons sous les yeux ». Quoique cette vision idéaliste ne l’empêcha pas d’ouvrir la voie à l'enseignement des sciences naturelles dans les cursus universitaires.

Le luthéranisme s’est imposé dans le Nord et l’Est de l’Allemagne, en Prusse, État de Hanovre, Saxe, mais aussi dans le Sud-Ouest, le Danemark et la Suèdes. Des communautés luthériennes font s’établir en Angleterre et en France où en 1635, Hugo Grotius (voir Philosophie/Droit Naturel), légat permanent de Suède, s’ établit à Paris et fait du salon de l’ambassade une chapelle avec pour pasteur l’orientaliste suédois Jonas Hambraeus[2]. Chaque dimanche et tous les luthériens de Paris peuvent s’y rendre (Musée Protestant/ les Luthériens à Paris).

Jakob Martini (1570-1609), professeur de logique et de métaphysique à l’université de Wittenberg, a été un des principaux représentant du luthéranisme s’efforçant d’adapter la métaphysique postmédiévale au luthéranisme puis évolua vers une plus grande considération pour la théologie. Georg Gutke fut un luthérien innovateur.


Georg Gutke

 Georg Gutke (1589-1634) qui aristotélicien développa Dans son ouvrage Habitus primorum principiorum seu intelligentia (Aspect des premiers principes ou intelligence Habitude des premiers principes ou intelligence 1625), introduisit la notion de ‘ noologie’ pour désigner une discipline philosophique nouvelle, la noologie. La noologie est la science qui traite de la connaissance complexe des principes suprêmes. Ces principes sont principalement des principes de connaissance de la réalité, c'est-à-dire des principes sub ratione formale sous la raison formelle) ... in habitu intelligentiae (selon le mode habituel de l’intelligence). D'une certaine manière, la noologie est équivalente à la métaphysique, puisque « tous les axiomes véritablement métaphysiques sont des axiomes de noologie (cf. Dictionario Mora Ferrater https://www.diccionario defilosofia.es/ es/diccionario/l/2829-noologia.html).


Philipp Jakob Spener et Le Piétisme

Philipp Jacob Spener (1635-1705), né à Ribeauvillé en Alsace dans une famille bourgeoise luthérienne et mort à Berlin, est le fils d’un juriste. Il commence des études de théologie à Strasbourg en 1651 qu’il va interrompre trois ans plus tard.

De 1654 à 1656, il est le précepteur des enfants du comte palatin Christian de Deux-Ponts-Birkenfeld. Il voyage en Suisse où à Genève, il  rencontre  Jean de Labadie (voir France/Dissidents). Puis, il  se rend à Stuttgart et à Tübingen. Il reprend ses études à son retour à Strasbourg et obtient son doctorat de théologie en 1664. Il se marie avec Susanna Erhardt, fille d'un membre du Conseil de la ville.

A 31 ans, il est nommé surintendant (premier pasteur) de l'église luthérienne de Francfort-sur-le-Main où à partir de 1670, il réunit chez lui pour lire la Bible et encourager à une spiritualité personnelle, un petit cercle, qui dont les réunions vont  être appelées les Collèges de Piété (collegia pietatis). De là viendra le nom donné au mouvement, le Piétisme. Les participants à ces collèges ne cesseront d’augmenter.


En 1675, Spener publie Les Pia desideria ( Pious Desires,  Vœux pour Introduire davantage de Piété ) qui aura un retentissement dans toute l’Allemagne. En 1677, paraît Das geistliche Priestertum (Le sacerdoce spirituel) et en 1680 Die Allgemeine Gottesgelehrtheit (Théologie Générale).

En 1686, il est nommé premier aumônier à la cour de Dresde, capitale de la Saxe, le poste le plus apprécié de l'Église luthérienne. Mais ses opinions provoquent la réaction des luthériens orthodoxes de l'université de Leipzig et de la cour saxonne, dont l'électeur John George III avait été admonesté par Spener pour ivresse.

En 1691, il devient prévôt de l'église Saint-Nicolas à Berlin où il terminera ses jours. Il y obtient l'appui pour mener de nombreuses réformes du Grand Électeur de Brandebourg, Frédéric III de Brandebourg (1657-1713 futur 1er roi de Prusse en 1701 sous le nom de  Frédéric Ier de Prusse)qui deviendra son ami. À la nouvelle université de Halle, fondée en 1694 à l’initiative de Frédéric III sur une base piétiste par le  Prince-Électeur en 1694, il fait nommé ses disciples Christian Thomasius et August H. Francke.


Les Collèges de Piété

Ils s’agissait de conventicules dont l’initiateur avait été le réformateur alsacien Martin Bucer, au cours desquels Spener se proposait en réagissant au formalisme luthérien, tout en se référant à la Bible et à des textes fondateurs du luthéranisme comme la Confession d’Augsbourg (1530), de mettre l’accent sur la pratiques plus que sur les textes avec des exercices de dévotion, une intériorisation de la foi dans une démarche personnelle ; un ensemble qu’il a exposé dans Pia Desideria.


Piétisme et les Pia desideria

Spener a très tôt été  marqué par les conceptions du pasteur J. Ardnt (1555 -1621)qui, lui-même imprégné de  la mystique de Bernard de Clairvaux (1090-1153) et de la spiritualité de l’École Rhénane du XIIIème siècle, a diffusé les conceptions mystiques du spirituel Valentin Wiegel (1533-1588) (voir Renaissance/ Réforme/ La Mystique/ Allemagne).

Pia Desideria est un ouvrage divisé en trois parties (https://www.promesses.org/le-pietisme/):

La première partie est un état des lieux plutôt sinistre de l’Église Luthérienne de son temps à laquelle il reproche de ne plus se référer qu’aux textes fondateurs (Confession d’Augsbourg, Articles de Smalkalde, Catéchisme d’Heidelberg, traités, Formule de Concorde) en s’éloignant des textes fondateur du christianisme et d’une approche subjective de la foi.

La deuxième partie engage un retour aux Évangiles et à l’exemplarité du Christ. Ce qui ne va pas sans rappeler l’exemplarisme christique, qui renvoie à la mystique médiévale à laquelle se sont référés des spiritualistes comme Caspar Schwenckfeld (1489-1561), Valentin Wiegel (1533-1588) ou encore e spirituel allemand Johannes Denck (1495/1500-1527) qui  :« Personne ne peut vraiment connaître le Christ excepté celui qui le suit dans la vie. »

La troisième partie est un programme pragmatique de l’exercice de la foi :

  • ·          Répandre la parole de Dieu ;
  • ·          Remettre en usage l’ancienne forme apostolique de assemblées ;
  • ·          Pratiquer le vrai christianisme : « notre cher Sauveur nous a bien recommandé l’amour comme vrai signe distinctif des  disciples » ;
  • ·          Se défier des controverses religieuses ;
  • ·          Changer la formation des pasteurs : « des diplômes attestant  non seulement leur savoir, mais une vie de piété. »
  • ·          Veiller au contenu des prédications : « La chaire n’est pas l’endroit où l’on doit étaler son art avec magnificence.
               On doit prêcher la Parole du Seigneur avec simplicité, mais avec force. »


L’Héritage

Deux mouvements vont s’inspirer de l’œuvre de Spencer. Les Frères Moraves et les Méthodisme de John Wesley.

« Le comte L. Zinzendorf naît dans une famille noble. Son père, ministre et conseiller à la cour de l’Électeur de Saxe, à Dresde, rencontre Spener. Il entre dans le mouvement piétiste et envoie son fils, Ludwig, étudier à l’université de Halle, fondée par les piétistes. Ainsi, tout jeune, Zinzendorf a baigné dans le piétisme. Il héberge sur ses terres la communauté des Frères moraves de Hernnhut, qui s’organise assez rapidement en église indépendante de l’Église luthérienne. Tournée vers l’évangélisation, elle envoie des missionnaires dans 24 pays et crée un réseau d’églises un peu partout dans le monde». (https://www.promesses.org/le-pietisme/)

Certains Frères Tchèques, branche dissidentes du mouvement hussite du XVème siècle, se sont réfugiés au XVIIIème siècle, en 1722, en Saxe, et se sont  mis sous la protection du Comte Zizendorf. Ce sont eux qui, désignés par leur lieu d’origine, sont le plus couramment appelés Frères Moraves. En 1733, à l’occasion d’une célébration de la Cène, ils fondent une nouvelle Église dont le comte devient l’évêque. Leur première communauté s’installe au village d’Herrhut proche de Dresde (Saxe) d’où des missionnaires partirent au Groenland et aux Antilles. En 1738, la Société Morave, implantée en Angleterre, influença John Wesley (1703-1791), le fondateur du Méthodisme dont nombre d’adeptes immigrèrent aux États-Unis. ( voir Renaissance/Réforme Radicale. Huttérites et Hussites en Moravie).


La Controverse Piétiste

De 1690 à 1720, une controverse qui va engager 500 théologiens va opposer piétistes et luthériens orthodoxes au travers de sermons et d’écrits (jusqu’à 2000 titres imprimés). L’axe du débat sont les conventicules établis par les piétistes au cours desquels on lisait la Bible et favoriser la foi intérieure, privilégiant ainsi la piété au culte. Au-delà, la controverse remis en cause la validité de la connaissance de la vérité vraie ou fausse qu’avait installer la doctrine de  l’Église Évangélique depuis Luther.

« La Querelle Piétiste à laquelle participa une grande partie du clergé luthérien est devenue en grande partie une dispute portant sur la protection théologique de la vérité[3] ».


Maximilian van der Sandt

Maximilian van der Sandt (Maximilianus Sandæus 1578- 1656), né à Amsterdam et mort à Cologne, entre au noviciat de la Compagnie de Jésus en 1597. Il va ensuite enseigner la philosophie à Würzburg et l'Écriture Sainte à Mayence. Il devint supérieur du séminaire épiscopal de Würzburg. Son œuvre importante comprend trois volets, celui d’une théologie spéculative, d’une théologie symbolique et d’une théologie mystique qui compte, elle, de nombreux traités sur l’ascèse mystique et la mystique mariale :

« La théologie symbolique n'étudie plus la nature pour elle-même mais comme vestige de Dieu; la théologie spéculative cherche en l'âme humaine l'image de Dieu; enfin, la théologie mystique remplace les règles de la vie vertueuse par les ravissements procurés par l'union avec l'Absolu… la théologie propre ou spéculative s'attache, entre autres, à l' étude des personnes divines, des articles de la foi, des hiérarchies célestes et ecclésiastiques. La théologie mystique mène à une connaissance qui procède non plus selon la voie affirmative, mais par abnégation et excessus mentales [es transports], débouchant sur une contemplation de la sagesse divine qui reste obscure ou mystique, au sens étymologique de cachée… Ces trois modes induisent trois types de regard: celui de la sensibilité qui se porte sur les corps extérieurs, celui de l'intelligence composant des images mentales des réalités invisibles, et celui de l’esprit’ (spiritus) tendu vers la contemplation directe de la Vérité transcendante» (Selon Saint Bonaventure Cf. Ralph Dekoninck).


De son œuvre, on peut retenir entre autres Castigatio conscientiae Jesuiticae cauteriata… a Jacobo Laurentio (Le châtiment de la conscience des jésuites est cautérisé par Jacob Lorenzo) paru en 1617 en défense aux attaques du calviniste Lawrence sur l’enseignement jésuite et son Clavis Mystica, premier dictionnaire de la mystique daté de 1640. On a dit de lui qu'il a laissé un livre pour chacune des soixante-dix-huit années de sa vie. Il meurt à Cologne à l’âge de 78 ans. (https://www.catholic.com/encyclopedia/ maximilian-van-der-sandt)

« L’œuvre  monumentale du jésuite Maximilianus Sandæus (1578- 1656), actif dans l’Allemagne de la Contre-Réforme, constitue assurément l’une des plus fascinantes et des plus fécondes de l’époque moderne sur la question du langage et de la pensée figurés. Cette œuvre à la croisée de l’histoire de la spiritualité chrétienne et de l’héritage de la symbolique humaniste s’efforce de justifier théologiquement le modus loquendi [manière de parler] mystique tout en établissant une «théologie emblématique [lien intime entre expression figurée et expérience mystique]». (https://www.honorechampion.com/ fr/champion /11138-book- 08535198-9782745351982.html).


La théologie de van der Sandt s’articule dans ses écrits selon celle qui servait toujours de modèle quant à sa structuration, telle qu’exposé dans l’Itinéraire de l’Esprit vers Dieu (1259) du franciscain Saint Bonaventure , quoique Le Pseudo-Denys l'Aréopagite (VIème siècle) reste une de ses premières références.

« comme son devancier franciscain, il situe sa réflexion au croisement, d'une part, d'une théologie spéculative d'inspiration  scolastique, soucieuse de bien marquer les étapes menant à la connaissance de la vérité, et, d'autre part, d'une théologie mystique d'orientation dionysienne, insistant sur l'aspect ascensionnel du cheminement vers le Premier Principe [4].».


Notes

[1] Courant issu de la pensée de Pierre de La Ramée (Petrus Ramus 1515-1572), calviniste, farouche antiaristotélicien, assassiné dans les jours suivant la Saint Barthélémy, auteur en 1536 de Ce que tout ce qu’avait dit Aristote est un tissu d’erreurs ; son enseignement connut un grand retentissement dans toute l’Europe. Il posa au centre du débat la notion d’objectivité, ce qui n’alla pas sans suite sur les théories cartésiennes.

[2] Jonas Hambræus, né en Suède en 1588 et mort à Paris en 1671/72 fut un éminent orientaliste qui enseigna l’hébreu, le syriaque, l’arabe, mais aussi le latin, le grec, l’allemand et le français. Il a été nommé professeur extraordinaire du roi es langues hébraïque, syriaque et au Collège de France par lettres patentes de Louis XIII.

[3] Citation et pour en savoir voir plus voir l’étude complète de Martin Gierl in De la croyance religieuse à la croyance scientifique Actes de la Recherche en Sciences Sociales Année 1998  123 pp. 86-94  Fait partie d'un numéro thématique : Genèse de la croyance littéraire https://doi.org/10.3406/ arss.1998.3256

[4] Citations et suite de la présentation sur la base de Ralph Dekoninck Sandæus Théoricien de l’image symbolique et mystique Emblematic images et religious texts Studies in honor of G. Richard Dimler S.J., Philadelphie, ST Joseph’s University Press 2010 P. 171-181.


Espagne

L'Inquisition - Miguel de Molinos


L’Inquisition

L’histoire de la religion en Espagne au XVIème siècle a été marquée par l’Inquisition que le pape Grégoire IX avait autorisé en 1478, à leur demande, aux Rois Catholiques, Ferdinand II d’Aragon (1452-1516) et son épouse Isabelle 1ère de Castille (1451-1504). Le dominicain Tomás de Torquemada (1420-1498) est resté la figure emblématique de cette répression. Le nombre des brûlés sous son autorité s’élève à plusieurs milliers. Après l’achèvement de la Reconquista de la péninsule en 1492 (appropriation du protectorat de Grenade), le pouvoir royal évacua de son territoire ce qu’il pouvait rester de non et/ou de faux chrétiens et pourchassa les mauvais chrétiens.

Les marranes, juifs convertis (conversos) soupçonnés de toujours pratiquer en secret leur religion puis sur les maures (morisques) sont expulsés de l’Andalousie et pourchassés jusqu’en Afrique. Par une volonté d’épuration, la monarchie  écarta de toutes responsabilités les nouveaux convertis juifs (conversos) et musulmans au nom de la ‘Limpieza de sangre’, ‘la pureté du sang".


En 1525, l’Inquisition ouvrait une seconde phase de répression, cette fois-ci contre les chrétiens réformateurs et les alumbrados (les ‘illuminés) dont la spiritualité était par trop teintée de soufisme, qui déclaraient que « l'amour de Dieu dans l'homme est Dieu », et dont l’influence allait grandissante dans la noblesse (voir Renaissance/ Réforme/Espagne). Quant aux mystiques, Ste Térèse Davila (1515-1582) sera astreinte à résidence pour soupçon de pratiques religieuses non conforme à l’orthodoxie et pour sa volonté d’un retour à la règle originelle du Carmel (1247) de concert avec St Jean de la Croix (1542-1591) qui, lui, connut la prison à Tolède pour soupçon d’illuminisme. L’inquisition espagnole restera en place jusqu’en 1834.


Miguel de Molinos

Miguel de Molinos (1628-1696), né à Muniesa près de Saragosse et mort à Rome, entre à 18 ans au Colegio de San Pablos de los jesuitas de Valence. Six ans plus tard, il est ordonné prêtre. Il se fait remarquer par ses prêches et les exercices spirituels qu’il prodigue.

En 1653 est fondée à Madrid La Santa Escuela de Cristo (La Sainte École du Christ), une institution catholique de prêtres séculiers proche par certains aspects de la Congrégation de l'Oratoire de San Felipe Neri, fondée à Rome en 1575. La vocation de l’école est   apostolique ; elle n’est pas de former une église mais d’améliorer l’aptitude de clercs et de laïques au christianisme, leur épanouissement dans la vie chrétienne. Les mots d’ordres que l’on inculque aux novices en sont l’ascétisme, la charité, la discrétion dans l’action, l’absence de toute action ostentatoire, en opposition avec tout le déploiement religieux baroque. Chaque école compte le même nombre que celui  des apôtres que le Christ envoya évangéliser, 72 profes (frères) dont 24 sont prêtres. Les écoles se répandront en Espagne et en Amérique Latine. Certaines en Italie.


En 1662, Molinos enseigne dans celle de Valence. Il est ensuite envoyé à celle de Rome pour soutenir la béatification d’un prêtre local. Là, il délivre comme exercice la Prière du cœur, la prononciation ad libitum du nom de Jésus, l’équivalent d’un mantra hindou qui a pour but de fixer l’activité mentale et la faire se résorber. Chez les orthodoxes, elle est associée à l’hésychasme, prière plus accomplie, qui s’accompagne d’une position corporelle précise de la tête penchée sur le cœur et d’un contrôle de la respiration. Le but étant le même, celui  de toute évacuation de pensée, un apaisement complet des activités corporelles et mentales et une résorption dans la paix silencieuse. Cette pratique trouve son origine dans la « garde du cœur » et la « prière ininterrompue » des Pères d’Égypte, abbas (pères) retirés dans le désert pour mener une vie ascétique au IIIème et IVème siècle. La Philocalie des Pères neptiques recueille sur plus de dix siècles les textes des maîtres de cette recherche du silence par l’immobilité (selon l’étymologie grecque du terme). « La Nepsis est un terme grec désignant un état de vigilance ou de sobriété acquis après une longue période d'ascèse et de purification. »


Son exercice trouve un fort écho dans le milieu de la curie et il est très suivi. En 1675 est publié Guia Espiritual, Defensa de la Contemplacion (Guide Spirituel, Défense de la Contemplation). Molinos y enseigne comment trouver la quiétude pour entrer en union avec Dieu. Cet ouvrage qui sera réédité plusieurs fois en quelques décennies est à l’origine du Quiétisme, courant qui fait de la quiétude, de la paix intérieure, le point d’entrer dans la vie divine. En France, Mme Guyon, que soutiendra l’évêque Fénelon, en sera la première représentante avec sa doctrine du Pur Amour. Quiétisme et Hésychasme ont la même origine grecque.

Cette démarche spirituelle met l’accent sur la dévotion, le « pur amour de Dieu ». Molinos puisa la notion de quiétude dans le traité Subida del Monte Sion (Ascension du Mont Sion) de Bernardino de Laredo (1482-1540)  et chez le franciscain déchaussé Juan de los Angeles (c.1540-1609) (voir pour les deux Renaissance/ Espagne/Autour du Quiétisme). Il préconise la recherche du repos , de la quiétude de l’âme pour atteindre à l’union divine.


Cette démarche spirituelle s’écarte de tout intercession de l’Église, de l’exemplarité de saints, du salut par les œuvres puisqu’elle prône l’inactivité, ce que les jésuites furent les premiers à ne pas admettre. En 1685, toujours à Rome, il est arrêté et emprisonné. C’est l’Inquisition espagnole qui met à l’Index l’ouvrage qui avait quelque dix ans plus tôt susciter un réel intérêt chez nombre des membres du Vatican. La Sacrée Congrégation du Saint-Office, autrement dit l’Inquisition Romaine, condamne plusieurs des propositions de l’ouvrage. Déclaré hérétique, Molinos se voit contraint d’abjurer. Il passe ses onze dernières années de sa vie dans un couvent.

L'évêque d'Oviedo sera emmené à Rome et emprisonné au château de Saint-Ange, le prêtre Juan de Causadas et le frère laïc carmélite Juan de Longas, qui ont ‘corrompu’ un couvent de religieuses, ont tous été punis comme adeptes du Molinosisme.

Ne pas confondre le jésuite Miguel de Molinos avec le théologien Luis Molina (1536-1600), auteurs de plusieurs ouvrages dans lesquels il a tenté une réconciliation entre les doctrines de la prédestination et du libre-arbitre. A l’origine du Molinisme, il  fut suivi par de nombreux disciples.


L’Italie

Introduction - Cesare Cremoni


Introduction

Les prescriptions du Concile de Trente furent rapidement mises en œuvre en Italie sans pour autant que le résultat fusse toujours à la hauteur de ce que l’Église en attendait. C’est au siècle précédent que nombre d’ordres nouveaux et congrégations avaient été créés dont la Congrégation de la Compagnie de Jésus par Ignace de Loyola, , l’Ordre des Capucins, branche de l’Ordre des Frères Mineurs par Mathieu Serafini de Baschi et la Congrégation de L’Oratoire par Philippe de Néri. Ces derniers voués essentiellement à l’enseignement dans le but de ramener les âmes à la seule vérité de la foi catholique, avaient également une mission évangéliste.

L’inquisition sévit toujours. Giordano Bruno (1548-1600) qui développa après Copernic (1473-1543) la théorie de l’héliocentrisme est condamné en 1600 par l’Inquisition qui le remet à la justice séculier pour qu’il soit brûlé vif. En 1633, Galilée, qui jusque-là avait eu fortement maille à partir avec l’inquisition, doit prononcer son abjuration devant cardinaux inquisiteurs généraux et devra « tenir encore pour vrai, et avec l'aide de Dieu pour vrai dans le futur, tout ce que la Sainte Église catholique et apostolique affirme, présente et enseigne ».

Après le Concile de Trente (1542-1563) ouvert par le pape Paul III et clos par le pape Pie IV, celui qui promulgua la Contre-Réforme, le 1çème de l’histoire du Vatican plus aucun concile ne se tint avant celui Vatican I de 1869-1870. Si des papes comme Urbain VIII et Innocent X ont laissé leur empreinte dans l’histoire de l’Europe, c’est au plan artistique comme mécènes et grands bâtisseurs. Aucun grand courant religieux nouveau n’émergera dans la péninsule ni aucun grand théologien au cours du siècle si ce n’est Cesare Cremonini, professeur à l’université de Padoue qui est restée une place forte de l’aristotélisme. Par contre, le courant mystique sera nourri de la spiritualité intense de figures féminines.


Cesare Cremoni

Cesare Cremonini (1550-1631), né à Cento (Duché de Ferrare) et mort à Padoue, issu d’une famille de peintres, enseigna pendant trente ans à l’université vénitienne de Padoue un pur aristotélisme dans la tradition de cette université qui, jusqu’au milieu du XVIème siècle et les premiers humanistes (Ficin, La Mirandola) ne firent de Florence, le nouveau foyer culturel de la péninsule.

Il faisait partie de tenant d’une révélation divine indispensable à la connaissance de Dieu et à la preuve de l’immortalité de l’Âme. Sa pensée se réclamait de l’averroïsme, et donnait tout sa place à l’intellect agent actif dans la noétique (voir Bas Moye-Âge/ 1200/ Théologie versus Scolastique/ L’Intellect agent). Pour autant,

« Rationaliste, il professe que la philosophie ne peut commencer par la théologie, qui n'est pas du ressort de la raison. On l'a accusé d'athéisme et, pour avoir dans ses discours pris parti pour les maîtres laïques, il eut maille à partir avec les Jésuites, qui avaient réussi à s'implanter à Venise ».

De très grande renommée, il correspondait avec les grands de son époque. Il laisse une œuvre importante. Sa mésentente avec Galilée (1564-1642) n’est que légende, bien que ce dernier ait pu avoir quelque ressentiment que Cremonini reçoive un salaire double du sien.

Ses principales œuvres sont Explication du prologue des livres d'Aristote : Sur l'audit physique (Explanatio proœmii librorum Aristotelis De physico auditu) de 1596, Sur les formes des quatre corps simples, appelés éléments, une discussion (De formis quatuor corporum simplicium, quæ vocantur elementa, disputatio) de1605 et Sur l’Âme (De anima, reprise du titre d’une des œuvres majeures d’Aristote) de 1611.




MYSTIQUE

France


Introduction - La Voie Thérésienne - La Voie Molinosiste

                                                              Madame Acarie               Madame Guyon  -  Jeanne Chézard



Introduction

« Dans son traité portant sur l’oraison, le jésuite espagnol Alphonse Rodriguez, bien connu dans la France du XVIIe siècle, distinguait l’oraison « commune & aisee » d’une autre « tres-particuliere, extraordinaire & privilegiee » en principe réservée aux « parfaits », mais qu’une Mme Guyon, à la fin du siècle, prétendra rendre accessible à tous. La première oraison correspond à cette méditation sur divers mystères (ou oraison dite « discursive ») réglée par Ignace de Loyola et développée notamment par Luis de la Puente et toute une tradition française. La seconde méthode, généralement critiquée, voire réprouvée (de l’élimination des alumbrados espagnols à la condamnation du quiétisme), est cependant bien représentée dans la France du XVIIe siècle par de nombreuses personnalités désormais bien connues comme, entre autres, le capucin Benoît de Canfield, les oratoriens Bérulle… Tous ces auteurs s’appuient sur une tradition mystique flamande, italienne (sainte Catherine de Gênes) et plus encore espagnole : sainte Thérèse, dont on connaît l’importance pour Bérulle et les fondations carmélites en France » (Frédéric Cousinié Images et contemplation dans le discours mystique du XVIIe siècle français Cairn Dix-septième siècle n° 230 2006)

La mystique française catholique au XVIIème siècle se source à différents courants, ceux venus d’Espagne au travers des Carmélites déchaussées, veine thérésienne que suivra Madame Acarie, au travers de la Prière du Cœur, veine molinosiste que suivront Saint Cyran et les jansénistes, celui venu du Nord au travers de la Mystique Rhénane et des œuvres du Flamand franciscain Harphius (1400-1477) que suivra Pierre Bérulle. Mais ces veines se croisent. La synthèse opérée par Harpius entre la spiritualité franciscaine et la Théologie Rhénane aura une influence sur Bernardo de Laredo (1482-1540), précurseur du Quiétisme.


 En 1598, Mme Acarie chargea son cousin le jeune Pierre Bérulle (1575-1629) de ramener d’Espagne des carmélites déchaussée, disciples de Ste Thérèse d’Avila ; parmi les sept sœurs qui viendront fonder l’ordre à Paris se trouvaient Anne de Jésus (†1621 Bruxelles) qui rassembla les écrits de Ste Thérèse , contribua à leur publication et qui sera la première abbesse parisienne, Anne de Saint Barthélémy  (Ana García Manzanas† Anvers 1626) qui fut la secrétaire et amie proche de Ste Thérèse qui, mourut dans ses bras, , Anna de La Cruz, amie, disciple de St Jean de La Croix et dédicataire du Cantique Spirituel, Isabelle des Anges, qui ne connut pas Ste Thérèse mais qui discrète que fut son œuvre, elle n’en fut pas moins importante pour la diffusion de la spiritualité thérésiennes.


La Veine Thérésienne

Madame Acarie

Barbe Avrillot (1566-1618) nait à Paris. Son père était seigneur de Champlatreux (près de Luzarches), Maître des comptes de la Chambre de Paris, chevalier de la Reine de Navarre. Barbe reçoit d’une mère sévère une éducation chrétienne stricte. Elle entre à l’Abbaye des Clarisses de Notre-Dame de Lonchamp (près d’Auteuil) où la sœur de sa mère lui fournit une éducation conforme à son milieu. De nature réservée, obéissante, elle y apprend « à lire, à chanter, à bien dire son chapelet ». Mais la sévérité de sa mère et l’obligation qui lui est faite d’être vertueuse forgera une caractère fort. « Lorsqu’elle avait commis quelque petite faute, elle-même s’en allait accuser apportant le fouet pour qu’on la châtie[1] ».

En 1580, elle veut choisir les ordres mais sa mère veut la marier. Elle sera mariée. Revenue chez ses parents, elle épouse deux ans plus tard, à 16 ans, un lointain petit-cousin, Pierre Acarie âgé de 22 ans. « Il est vicomte de Villemor, seigneur de Montbrost et de Roncenay. Comme son beau-père Nicolas Avrillot, il est membre de la Cour des Comptes de Paris, très riche, très catholique et futur ligueur ». Le couple s’installe dans le Marais, mène une vie heureuse et mondaine. Trois enfant naissent. Elle qui,  retour de Longchamp, avait refusé à sa mère de porter bijoux et parures, s’en couvrent et se sent flatter d’être appelée « la belle Acarie ». Elle lit des romans frivoles et son mari qui s’en aperçoit lui donne à lire de saines lectures pieuses. Elle va ainsi lire une phrase de Saint Augustin qui va transformer sa vie : « Est trop avare celui à qui Dieu ne suffit ». Elle écrira par la suite « Quand l’on donne son temps à Dieu, l’on en trouve pour tout le reste ».


A la fin du XVIème siècle et début du XVIIème, son salon va devenir le rendez-vous des universitaires de l’époque et des grands hommes d’Église comme Saint Vincent de Paul et son cousin, le futur cardinal Pierre Bérulle,  qui soutiendront par la suite son projet de faire entrer le Carmel Déchaussé en France. Certains historiens la donnent d’ailleurs pour l’initiatrice des Salons.

Elle va consacrer son temps aux malades, notamment aux blessés des guerres de religions (bataille de Senlis en 1589, siège de Paris en 1590), et  porter également son attention sur les prostituées. Elle commence à être sujette aux extases. La première se produit à 24 ans  lors d’une messe matinal dans le second semestre de 1590. Ces extases qui iront se multipliant la laissant « sans mouvement, presque sans respiration, hors de sens ». Elle va d’abord s’en méfier. Mais elle quitte pourtant la vie mondaine et se voue à Dieu et à sa famille. A partir de 1593, elle éprouve les symptômes des stigmates le vendredi, le samedi et les jours de Carême sans qu’ils soient apparents comme pour la mystique italienne Marie-Madeleine Pazzi (1566-1607)[2]. Entre 1589 et 92, elle a encore trois enfants.


Toute d’obéissance et de charité, elle pratique oraison et mortification. En 1594, son mari, un des meneurs de La Ligue Catholique, est obligé de quitter Paris. Ses biens sont confisqués et à cause des dettes qu’il a engagées pour financer la Ligue, sa demeure Rue des Juifs dans le Maris est saisie par les créanciers. Mme Acarie doit  se séparer de ses enfants et totalement démunie, va vivre dans une chambre de bonne Rue de Paradis (actuel 1àème arr.). Elle doit de plus emprunter pour payer la rançon de son mari. Allant visiter son mari, une chute de cheval lui cause maintes fractures du fémur. Plus tard,  une chute dans les escaliers qui en sera la conséquence, elle se cassera  à nouveau cassée une jambe au niveau de la cuisse.  Elle finira définitivement infirme en 1598 suite à une autre une chute dans les escaliers d’une église. Cette même année 1594, , son mari recouvre son immeuble de la Rue des Juifs près avoir vendu sa charge de Maitre des Comptes.


Elle y reçoit les spirituels de son temps, Jean de Brétigny (Juan de Quintanadueñas devenu Jean de Quintanadoine), prêtre de Rouen et seigneur de Brétigny dans l'Eure †1634), Pierre Bérulle (1629), André  Duval, ultramontain qui s’opposa dans une controverse fameuse au gallican Edmond Richer, et R.P. chartreux Richard Beaucousin (1610) qui eut une grande influence sur le Carmel, Jacques Gallemant (†1630), docteur en théologie, curé d’Aumale, fondateur du Collège d’Aumale à Rouen, « d’une austérité qui explique ses relations avec les premières carmélites[3] ». Elle est très écoutée et intervient dans la réforme de différents monastères. En 1601, elle découvre les œuvres de Ste Thérèse d’Avila qui lui apparaît pendant une oraison lui enjoignant « de faire bénéficier la France de son Ordre ». Projet qui occupait déjà depuis plusieurs années le Jean de Brétigny, castillan d’origine. Des jeunes filles et des jeunes veuves éprises de spiritualité se réunissent autour d’elle. Avec sa fidèle servante Andrée Levoix qui a toujours été à ses côtés depuis la période de Longchamp, elles vont fonder la Congrégation Sainte Geneviève.


Une nouvelle vision où « Dieu [Lui] fit voir qu’Il voulait que [elle] fusse religieuse en cet Ordre et sœur laie ( religieuse non admise aux vœux solennels et qui assurait des services matériels dans les couvents) », regrettant qu’elle ne soit pas sœur du chœur pour chanter avec les autres sœurs. La première pierre du premier Carmel, le Carmel de l’Incarnation, est posée dans le prieuré Notre-Dame des Champs, faubourg Saint-Jacques. Mme Acarie procurant les financements nécessaires en empruntant des sommes considérables. En 1604, après un an de démarches Pierre Bérulle et  Jean de Brétigny reviennent d’Espagne accompagnée de six carmélites d’Avila dont cinq ont vécu avec Ste Thérèse. Le premier carmel est fondé, Le Carmel de l’Incarnation de Paris dont l’abbesse est Anne de Jésus. Moins d’un an plus tard, un nouveau carmel, le Carmel St Joseph, doit être ouvert à Pontoise par Anne de Jésus (voir Mystique/Espagne) qui la même année  en ouvre un autre à Dijon. Puis ce seront d’autres à Amiens, Rouen etc.. 74 carmels féminins ( pour les carmélites) et 67 couvents de Carmes (pour les carmes) réformés sont présents à la fin du XVIIe siècle, contre seulement 6 couvents de carmélites non réformée. Louise de Lavallière qui a été la maitresse du roi Soleil pendant 6 ans et Louise de France, la plus jeune des filles de Louis XV, se feront carmélites.


Au cours des années qui vont suivre trois des filles de Mme Acarie vont entrer au Carmel. Son mari décède en 1613, et en 1614, elle entre elle-même au Carmel d’Amiens comme sœur laie et prend le nom de sœur Marie de l’Incarnation. Elle va souffrir de différents maux lui provoquant de fortes douleurs, des crises de froid. En 1616, elle est élue prieure du Carmel, mais s’y refusera de par sa vison lui ainsi dit d’être simplement sœur laie. En 1617, suite à des dissensions avec la prieure qui dirige son couvent de manière ferme, elle entre au couvent de Pontoise qui a pour abbesse Anne de Saint Barthélémy. Un différend va l’opposer à son cousin P. Bérulle, un des supérieurs du Carmel avec Duval,  sur le règlement de servitude que ce dernier veut imposer aux carmélites. En 1618, elle est atteinte « d’hémiplégies par ramollissement rouge pneumonique ». Elle est une dernière fois en extase au jour de Pâques. Elle meurt quelques jour plus tard dans de grandes souffrances. Elle est béatifiée en 1791.

Au sein de la Ligue dont son mari fut un des plus ardents acteurs, elle noua de profondes relations politiques et spirituelles, et eut elle-même une forte influence sur l’École Française. Que ce soit pour la gestion des affaires de son mari qui lui donna procuration avant son départ forcé de Paris pour un monastère chartreux ou que ce soit pour la venue des carmélites espagnoles ou encore pour les fondations des Carmels et leur organisation, Madame Acarie se révéla comme une gestionnaire d’une extrême compétence.


La Veine Molinosiste

Madame Guyon

Jeanne-Marie Bouvier de La Motte ( ou de la Mothe 1648-1717), née à Montargis et morte à Blois,  appelée Madame Guyon, est née prématurée et donnée pour morte, ce qui sera la cause chez elle de graves problèmes de santé toute sa vie. Elle est issue d’une famille noble, aisée et pieuse de Montargis dans la région Val-de-Loire. Son père, Claude Bouvier, seigneur de La Motte et de Vergonville, est maître des requêtes (haut magistrat sous les ordres du Chancelier, Ministre de la Justice). A quatre ans, elle est confiée à des religieuses. Et très jeune, elle montrera des dispositions spirituelles attirée qu’elle est  par Jeanne de Chantal, disciple de saint François de Sales. Ce qui ne l’empêchera pas de gouter les plaisirs de la lecture de romans précieux.

Elle n’a pas seize ans lorsque sa famille décide de la marier à un homme plus âgé de 22 ans ; ce qui est courant à cette époque et dans son milieu. Son mari, bien qu’amoureux, se révèlera être  un homme coléreux et  sa belle-mère une femme revêche et mesquine qui ne la ménagera pas.


Elle a un enfant et un second trois ans plus tard. Elle aura en tout cinq enfants et en perdra deux. A cette époque, elle se rapproche d’un religieuse pour lui confier ses difficultés à faire oraison (« Prière mentale sous forme de méditation, dans laquelle le cœur a plus de part que l'esprit. Dict. Larousse». Et la religieuse de lui répondre : « C’est Madame, que vous cherchez au-dehors ce que vous avez au-dedans. Accoutumez-vous à chercher Dieu dans votre cœur et vous l’y trouverez ». Elle va pratiquer l’oraison de façon assidue.

Après douze ans de mariage, en 1676, elle est veuve à 28 ans et à la tête d’une vraie fortune dont elle se défait pour éviter toute pression et toute convoitise entre autres de sa famille. Elle a écrit «Je donnai dès Paris … tout l'argent que j'avais … Je n'avais ni cassette fermant à clef, ni bourse », elle s’est en fait déchargée de la tutelle de ses enfants à qui donc reviennent ses biens.


Elle se retrouva néanmoins enceinte d’un cinquième enfant d’un jeune prêtre dont elle s’éprit. Elle vivait dans « une inclination excessive pour les religieux... ses sens ‘aux abois’[4]. Entre exaltation et crises de purification. L’éminent Abbé Bertot qui fut longtemps son maître spirituel se refusa de continuer à être son directeur de conscience.[5] Il meurt en 1681 et Le Père La Combe (1640-1715) prendra sa place.

Le Père La Combe, était un barnabite[6] comme le frère de Madame Guyon, le Père Dominique de La Motte ; ce qui donna l’occasion d’une première rencontre en 1671 entre celle-ci et celui qui sera son directeur de conscience dix ans plus tard à la mort de l’abbé Bertot.

« Cette rencontre précède de peu la rencontre mystique décisive de Madame Guyon et de Monsieur Bertot qui va la diriger jusqu’à sa mort [celle de Bertot]. Cette rencontre décisive est décrite au chapitre suivant 1.19 de la Vie par elle-même[7] ».


Cette rencontre ne fut pas seulement suivie d’une correspondance en 1680 mais « Le temps que le Père La Combe devait demeurer à Montargis étant près d’expirer, elle prit la résolution de le suivre où il serait envoyé par ses supérieurs. Elle se défit pour ce sujet de l’administration de ses biens, en laissa la jouissance à deux de ses enfants; elle résolut de mener avec elle une seule fille qu’elle avait, qui était encore très jeune, et se réserva pour elle une pension, 2000 livres ou peu davantage, d’un très gros bien qu’elle possédait. Pour empêcher qu’on ne crût que l’attachement qu’elle avait pour le Père La Combe fût la seule cause de la résolution qu’elle avait prise, elle alla, pendant quelque temps, demeurer à Paris, chez les Nouvelles Catholiques, qui avaient aussi des maisons dans le diocèse de Genève, où le père La Combe avait reçu ordre de se rendre » (https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/05/memoires_du_cure_de_versailles_le_pere_la_combe.pdf).


En 1680, elle décide de partir  pour Genève sur le conseil du Père La Combe, plus exactement de ses sœurs qui en avaient eu « l’avertissement du ciel ». Elle a emmené avec elle sa plu jeune fille et deux servantes. Genève, haut lieu de la réforme protestante, c’est là  que Jeanne de Chantal, son modèle, a commencé son œuvre et que St François de Sales sera évêque de 1602 à 1622. L’évêque du moment, Mgr d’Arenthon, qu’elle a rencontré à Paris et qui espère d’elle une donation, lui propose la direction à Gex des Nouvelles Catholiques, communauté religieuse fondée rue Sainte Anne à Paris par le père franciscain Hyacinthe en 1672,  dissoute en 1792. Mais elle refuse car «certaines abjurations et certains détours ne [lui] plaisaient pas». Ces mêmes Nouvelles Catholiques, qui avait eu des vues sur sa fortune, était une institution destinée à éduquer de jeunes protestantes converties, parfois enlevées de force à leurs parents.


A Genève, elle retrouve le Père François La Combe. Le Père La Combe (1640-17150, né à Thonon, a vécu en Italie, d’abord à Bologne où il fut chargé d’exercices spirituels, puis à Rome où en 1674, il fut, avec le titre de vice-provincial, chargé de la visite des collèges de Savoie, ; mais la maladie le contraignit à se retirer à Thonon le 27 mars 1675. Il ne rencontra jamais à Rome Miguel Molinos qui vécut à Rome de 1662 à sa mort en 1699. Pour autant, le Père La Combe, au vu du retentissement de l’enseignement du père du Molinosisme, ne put sans doute pas ignorer ses exercices de la Prière du Cœur et la doctrine du Pur amour qui peut lui être rattachée[8].

Une « fusion spirituelle » la lia au barnabite et même plus, logeant dans la même chambre dans les auberges lors de leurs pérégrinations. Elle vivait imprégnée d’un flux mystique, dans une grande joie intérieure avec « des apparitions de pouvoirs étranges, de voyance, d’indications célestes par les songes.. »

Elle quitte Gex à la fin de l’année 1682, séjourne au couvent des Ursulines de Thonon. Elle est reprise d’extases. Elle reste 12 jours et 12 nuits sans dormir dans « l’éblouissement de la foi ». Puis retourne à Gex. Elle compose Les Torrents Spirituels et découvre qu’elle peut transmettre à d’autres quelque chose de son état intérieur d’abord au père la Combe, son confesseur, puis à d’autres personnes qui sont touchées par son rayonnement spirituel.


Elle va rester encore deux ans chez les Ursulines de Thonon toujours en proie « à la grâce et aux cruelles maladies », aux songes, aux visions, « possédée par l’Esprit », Dieu lui parlant par le « langage des anges ». Sa fille fut atteinte de la petite vérole qu’elle dit avoir été guérie par un miracle.

Étant donné leur vie scandaleuse, Mgr d’Arenthon menaça de les faire arrêter. Mais en définitive, le prélat conseilla in fine à Mme Guyon de rentrer à Paris et au barnabite de se rendre à Verceil en Italie où il avait sa résidence. Mais Mme Guyon décida de partir avec le père. Elle séjourne alors un temps à Turin avant de se rendre à Verceil.

« Ce fut là qu’il [le Père La Combe) composa en latin son analyse sur la théologie mystique, qui fut quelques années après condamnée à Rome et à Paris. C’est dans cette ville que Mme Guyon avoue, dans sa propre vie qu’ayant une grande compassion de l’état intérieur du Père La Combe, qui avait encore de certains attachements très difficiles à rompre qui regardaient la vertu, elle fit le sacrifice de sa beauté en sa faveur. Il ne s’agissait pas de la beauté du visage, mais de celle de l’âme, dont elle ne prétendit faire qu’une perte apparente, conservant toujours devant Dieu la pureté de cœur lorsqu’elle avait un commerce déréglé avec son directeur. » (https://lafrancechretienne.files.wordpress.com/2018/06/memoires_du_cure_de_versailles_livre_complet.pdf.)


Mme Guyon dut quitter le Père La Combe qui dut quitter Verceil accusé qu’il était de vivre avec une jeune, jolie et riche veuve. Le « couple » partit pour Grenoble.

La vie de Mme Guyon continua d’être ‘nourrie’ d’apparitions, de songes et de visions, d’extases, d’états que l’on rassemble sous la dénomination d’états théopathiques. Elle reçoit beaucoup, religieux et gens simples qui la vénèrent. Elle raconte qu’elle obtient des » changement merveilleux… des guérisons des âmes et des corps ». Elle écrit beaucoup : Le Cantique des Cantiques de Salomon interprété selon le sens mystique et la vraie représentation des états intérieurs et Moyen Court et très facile de faire Oraison, un traité qui fut imprimer à la demande d’un conseiller du parlement dont il avait l’avait remarqué les feuillets sur sa table. Éditions qui inclues Les Torrents.

Jalousie, médisances, mauvaise réputation, cabbale des médecins contre ses ‘guérisons’ , accusée de magie par la population, et l’Église qui n’approuva pas tant le Moyen Court, tout était réunis pour qu’ils dussent une fois encore partir sinon fuir.

Le Père La Combe retourna à Verceil, elle et sa petite troupe, fille et servantes, qui la suivait partout partirent pour Marseille où ce fut non moins en pire. Elle fut d’emblée reçue par une levée de boucliers des Jansénistes heurtés par le Moyen Court. Et le Cardinal La Camus, évêque de la ville qui s’en mêla. A nouveau la fuite. Gênes puis retour à Verceil.

Si elle retrouva le Père La Combe qu’elle commençait à insupporter et qu’il trouvait trop compromettante, elle eut aussi la désagréable de la visite de son demi-frère envoyé par a famille pour l’emmener. Il fit pression sur le Père La Combe lui faisant craindre d’être éclaboussé par le procès de Miguel Molinos qui se tenait alors à Rome. Celui-ci décida de revenir à Paris avec Mme Guyon.


Âgée de trente-huit ans, elle revient à Paris en juillet 1686, peu avant la chute de Molinos auteur d’un traité de piété jugé hérétique. Elle se trouve alors dans une situation précaire, elle déplait à certains ecclésiastiques, elle n’a pas de relations proches du pouvoir, elle va se trouver emportée, malgré elle, dans une querelle théologique, prétexte à des luttes d’influence et de pouvoir.

Des jalousies entre religieux laissent entendre que le père Lacombe est ami de Molinos ; il est finalement arrêté en octobre1687 et emprisonné à vie. « Pour La Combe les prisons furent certainement durement éprouvées et sans autre fin qu’une mort mentale et physique attestée par le responsable gardien en 1715 » (Chemins Mystiques).

Quant à Madame Guyon, une cabale orchestrée par son demi- frère, le père de La Motte, la fait enfermer en janvier 1688 dans un couvent pour la forcer à marier sa fille au neveu à la vie  dissolue de l’archevêque de Paris. Elle donna en 1689 sa fille Jeanne (1676-1736) à Louis Nicolas Fouquet (1653-1707), Comte de Vaux, fils du célèbre Surintendant des Finances, Nicolas Foucquet (†1680), emprisonné à vie en 1661.


Après neuf mois de détention, alors que le cas paraît désespéré, et qu’elle est sur le point d’être envoyée par ses ennemis dans une prison perpétuelle, le roi ordonne sa libération, grâce à l’intervention de Madame de Maintenon (qui a épousé secrètement le roi) mais grâce aussi à la Duchesse Béthune-Charost, liées qu’elles étaient depuis leur jeunesse, à Henriette-Louise Colbert (fille du Grand Colbert) Duchesse de Beauvilliers et  à la « petite duchesse», Marie-Anne de Mortemart, dévouée à Mme Guyon, sa secrétaire et confidente,  qui prit sa relève au sein de ses disciples[9].

Madame Guyon, qui fréquente l’entourage de Mme de Maintenon, fait alors la connaissance de Fénelon qui deviendra son plus fameux disciple (voir Religion/Fénelon). Fénelon, séduit par cette approche du divin, introduit Mme Guyon dans le cercle religieux qui entoure les filles de Richelieu. Le Quiétisme avait été condamné en 1687 comme hérétique, dispensait l’âme dans sa recherche mystique de tout réflexion sur Dieu, ses attributs, sa personne divine, autrement dit, le dispensait de toutes spéculations spirituelles, l’éloignait de la crainte de l’enfer et même de la recherche de son salut, et le plongeait dans « l’état d’oraison ». Elle va exercer son rayonnement spirituel à la cour de Louis XIV. Madame de Maintenon lui ouvre St Cyr qui se convertit littéralement à ce Quiétisme atténué qui ne garde pas la Prière du Cœur du Molinosisme mais la totale désincarnation dans une totale adoration,  évacuant tout désir de récompense et de bienfaits par  le pur Amour. Quiétisme atténué, aussi, en ce Mme Guyon  ne rendait pas le corps responsable de ses fautes qu’il pouvait commettre quand l’âme se détachait de lui, et  était en union à Dieu.


 Elle a quarante-sept ans lorsque commence à partir de l’été 1693 une seconde et longue période d’épreuves. Inquiet de cette avancé du Quiétisme dans l’ ‘’Allée du Roi’’, l’évêque de Chartes parvient à faire éloigner Madame Guyon ; Madame de Maintenon en vient à se détacher de Fénelon qui conseilla à Mme Guyon de présenter ses écrits à Bossuet qui vit dans cette doctrine qui négligeait le dogme et la pratique, et faisait peu de cas du clergé, un danger pour l’Église.

Son écrit : Le Moyen court de Faire Oraison qui avait pu être un temps apprécié à la cour est désormais accusé de refléter les positions de M. de Molinos. Après l’avoir encensée, Madame de Maintenon veut se débarrasser d’elle, Bossuet, le célèbre évêque de Meaux, va l’y aider. Madame Guyon est finalement arrêtée et conduite d’abord à Vincennes en 1695, puis à la Bastille. Elle en sera libérée sur une civière en 1703 après avoir subi plusieurs tentatives d’empoisonnement.

Elle reçoit l’autorisation de s’établir dans le diocèse de Blois dans une petite maison. Elle y vivra paisiblement, entourée de disciples catholiques et protestants dans un esprit œcuménique avant la lettre et sans jamais vouloir convertir quiconque. Elle meurt en 1717 à l’âge de 69 ans.

Ses écrits seront traduits et diffusés largement dans les milieux protestants où ils exerceront une influence durable, en particulier chez les Quakers.


La Mystique Féminine

«Les historiens de la spiritualité et de la mystique soulignent de plus en plus une spécificité féminine. Alors que beaucoup de mystiques hommes trouvent le vocabulaire nécessaire pour exprimer leur expérience dans leurs études de théologie, les femmes ne connaissent généralement pas le latin et n’ont pas étudié la théologie. Elles acquièrent des connaissances de manière autodidacte à travers le vocabulaire des prédicateurs, de leurs directeurs, de leurs confesseurs. Mais surtout elles s’expriment par les moyens dont elles disposent, par les images, par ce qu’elles ressentent de leur corps. D’où la place des phénomène mystiques, ces états ‘’théopathiques’’ que sont visions, symboles ou images, et les extases »(Jean Comby Femmes mystiques et écrivains au XVIIe siècle : Marie de l’Incarnation ursuline et Jeanne Chézard de Matel Cahiers du GADGES Année 2010 N°8 pp. 161-175).


Il est pourtant à retenir que l’on trouve dans les écrits des béguines du XIIIème siècle non seulement leur propre terminologie telle Marguerite Porète (1250/60?-1310), dans le Miroir de l’Âme et telle Hadwijch d’Anvers dans ses Poèmes I. Cette terminologie véhicule une spiritualité qui évoque voire précède celle des Maîtres Rhénans de la même période. Les notions du dépouillement de l'âme, du flux de l'âme, de l'unicité de l'âme et de Dieu, de la néantisation de l'une en l'autre, la voie apophatique d'une théologie négative (non pas négatrice) se retrouvent de manière contemporaine tout aussi bien dans la démarche spirituelle des béguines flamandes, chez notamment Marguerite Porète et Marie d'Oignie, Hadewijch d'Anvers que chez les métaphysiciens de l'École Rhénane notamment chez Maître Eckart. Les unes comme les autres se retrouvant dans la weissenmystik, dans cette même mystique de l’Être, alors qu’on aurait pu penser à une inclination plus naturelle chez elles vers la Brautmystik, la mystique sponsale, quoique Hadwijch II en soit plus proche avec des notions comme la « Minnemystik", thème de l’Amour Divin que l’on trouve chez les Saintes d’Helfta, Mechtilde de Hackerborn et Gertrude la Grande (voir Tome/ Spiritualités/$Age d’Or de La Mystique). Quant au style, il est que celui de Marie de L’incarnation rivalisa avec celui de Mme de Sévigné.


Marie de L’incarnation (Marie Guyart) et Jeanne Chézard de Matel sont représentatives au XVIIème siècle de cette mystique de l’union divine pour laquelle le cœur du Christ joue un rôle primordial rappelant la dévotion au cœur du Christ chez Mechtilde de Magdeburg (1207?-1283), troisième des saintes d’Helfta.

Marie comme Jeanne ont toutes deux ces états théopathiques nourris d’extases et de visions. Les visions de Marie se font pendant ses rêves, vision à 7 ans du Christ qui vient à sa rencontre dans une cour d’école, ou en plein jour à 20 ans sa vision du sang qu’elle a considéré comme une étape importante dans son itinéraire spirituel, ou encore vision de la Trinité. Chez Jeanne, les visions sont forts nombreuses et aux sujets très variés. Non seulement Dieu, mais le Christ, la Vierge, les saints lui apparaissent tout au long de sa vie.

Chez ces deux femmes le sang tient une place prépondérante dans leurs visions.

Toutes deux participent de la mystique nuptiale dont le livre de référence et le Cantique des Cantiques. Leurs évocations parfois très sensuelle ne vont pas sans évoquer l’interprétation que fit le psychanalyste Jacques Lacan de la statue de Ste Thérèse en extase exécutée par Le Bernin, en extase ou/et en orgasme.

« Si elle peut dire quelques paroles, elles sont si précipitées, qu’il paraît qu’elle est extrêmement pressée de celui qui lui a livré cet assaut, duquel elle est passionnément amoureuse. Elle dit : que m’importe que mon corps soit privé de vie s’il la perd pour vous aimer. » (Marie de L’incarnation)

Leur cheminement est commun qui est celui de la liturgie. Suivant le calendrier liturgique, elles assistent tous les jours à la messe traversant la vie du Christ et des saints. Elles chantent les psaumes écoutent les prêches.


La spiritualité commune de Marie et de Jeanne est une spiritualité de l’Incarnation, thème cher à l’École Française. L’une en prit le nom, l’autre en fonda un ordre. Jeanne qui avait un certain goût pour le spéculation théologique et aimait  à user de termes théologiques comme spiration (« procession : acte par lequel le Saint Esprit procède du Père et du Fils ») ou hypostases (« Chacune des trois personnes divines, considérées comme substantiellement distinctes »). adopte le point de vue de Dunn Scot ( † 1308) sur l’Incarnation dont le péché ne serait pas la cause mais l’amour. Son seul but dans sa vie aura été la fondation de cet ordre du Verne Incarné. Le vocabulaire de Marie est moins technique et doit lui servir à traduire ses états, de manière concrètes ses expériences, avec quand même une tendance marqué à l’apophatisme et à l’impuissance du dire : « indicible », « cela ne peut se dire », « il n’y a point de mot ».


Marie de l’Incarnation

Marie de l’Incarnation (Marie Guyart 1599-1672), issu d’une famille modeste de boulangers de Tours, fut attirée par la vie de moniale dès son adolescence. Mais on la marie à 17 ans à Claude Martin, un maître-ouvrier de la soie établi de Tours. Veuve à 19 ans, l’éducation de son enfant ne lui permettra pas de prendre le voile. Elle prononce pour elle-même les trois vœux bénédictins : chasteté, pauvreté et obéissance. Après la mort de son mari, elle travaille chez sa sœur et son beau-frère qui ont une entreprise fluviale de transport de bois. Elle en vient à gérer avec compétence cette entreprise en difficulté. De même elle remboursera par son travail l’intégralité des dettes que la faillite de son mari a entrainées.

En 1620, se produit ce qu’elle a appelé sa conversion (le terme ne lui est pas propre) : elle se voit baignée dans le sang du Christ, et contemple avec horreur tous les péchés qu’elle a commis depuis sa naissance. (cf. Dominique Deslandres, historienne et professeure Figures marquantes de notre histoire – La Nouvelle-France 2 e rencontre : Marie de l’Incarnation (1599-1672) Conférence de 2018 à la Fondation Lionel Groulx, Québec). A 7 ans, elle avait déjà eu une vision en voyant le Christ qui venir vers elle dans la cour d’école.

En 1631, abandonnant son fils, elle entre au couvent des ursulines[10]. En 1639, avec une autre ursuline qui finance le voyage et le projet, Marie-Madeleine de la Peltrie, elle fonde le premier couvent des ursulines à Québec avec ambition dans un premier temps de convertir les petites indiennes, mais secondement avec la mission d’éduquer les jeunes françaises. Elle meurt de vieillesse au Québec à l’âge de 72 ans.


Elle ne manquera pas de relater dans son autobiographie, Relation, écrite 1654, les événements la vie quotidienne, les événements socio-politiques dont la guerre franco-iroquoise, que son fils fera publier en 1677 à Paris avec sa correspondance (277 lettres) dès après sa mort.

« Marie de l’Incarnation manie à merveille la langue française: clarté, sobriété, pragmatisme, détail du témoignage. Comme épistolière, elle dépasse la Marquise de Sévigné, à qui on la compare souvent, par l’ampleur de sa correspondance, du nombre et de la variété de ses correspondants mais surtout à cause du caractère intime des lettres qu’elle adresse à son fils. » (Dominique Deslandres)

Elle meurt à Québec en 1672 à l’âge avancé de 73 ans. Elle sera canonisée en 2014. Dans leur querelle sur le Quiétisme, Bossuet, qui l’a nommé « La Thérèse du Nouveau-Monde », et Fénelon l’invoqueront.


Jeanne Chézard

Jeanne Chézard de Matela (1596-1670) nait au Château de Matel près de Roanne dans une famille aristocratique. Son père qui mourra jeune était gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi et capitaine d'une compagnie de chevau-légers. Le jésuite Pierre Coton († 1626) qui a été confesseurs d’Henri IV et Louis sera son premier directeur de conscience.

En 1625 sur ses propres deniers, et avec le soutien de Denis de Marquemont, archevêque de Lyon, elle fonde la communauté de Filles de l'Agneau-Jésus consacré à l’éducation des jeunes filles qui deviendra un ordre en prenant le nom de L'Ordre du Verbe incarné et du Très-Saint-Sacremen. En 1628, la communauté déménage à Lyon, mais le nouvel l’archevêque, Alphonse Louis du Plessis de Richelieu,  au vu de ses écrits ne la soutien plus. La communauté s’installe en Avignon en 1639 où elle trouve le soutien des jésuites. Deux nouvelles maisons s’ouvrent, la première en 1643 à Grenoble, la seconde en 1644 à Paris, date à laquelle, seulement, elle prononce ses vœux. Elle meurt dans son couvent de Paris après avoir connue plusieurs extases. Elle sera reconnue ‘vénérable’ en 1992.

 « Les constitutions définitives de l'ordre, basées sur la règle de St Augustin, sont publiées en 1662. Les religieuses sont vouées à l'instruction des fillettes et des jeunes filles et leurs communautés jouissent chacune de leur autonomie. En 1668, la fondatrice, qui n'était pas encore religieuse et qui était placée
dans un certain isolement par la supérieure de la congrégation, obtient le droit du légat pontifical, le cardinal de Vendôme, de prononcer ses vœux sans avoir effectué de noviciat. »

Après sa mort d’autres maisons vont s’ouvrir à Anduze (Cévennes), à Orange, à Roquemaure (Gard ), à Sarrians (Vaucluse). L’ordre sera interdit sous la révolution.

Alphonse Louis du Plessis de Richelieu, frère du conseiller du roi, archevêque de Lyon de 1628 à 1653, cardinal en 1629, trouvait  suspects les écrits Jeanne Chézard que « ses deux filles devront se contenter de conserver en manuscrits » (Jean Comby réf. cit.). Elle écrivit à sa demande une autobiographie et ses écrits furent réunis sous le titre de Journal Spirituel et un Traité des Quatre Mariages (Voir soutenance de thèse de Mary Clare Laboratoire de Recherche Historique Rhône-Alpes 2011).


Notes

 [1] Citation et base de la biographie : https://www.madame-acarie.org/biographie-de-madame-acarie/

[2] Sur les mystiques stigmatisées voir : Renaissance/ Religion/ Mystique/Marie-Madeleine Pazzi, et Joachim Bouflet Les Stigmatisées Éditions Le Cerf 1966

[3] Charles de Beaurepaire commentaire de l’ Histoire de la ville d'Aumale et de ses seigneurs par Ernest Semichon, Bibliothèque de l'École des chartes Année 1865 N°26 pp. 579-583

[4] Citations et pour en savoir plus sur Mme Guyon : François Ribadeau Dumas Fénelon et Les Saintes Folies de Mme Guyon, Éditions du Mont Blanc Genève 1968.

[5] Sur l’abbé Bertot (1620-1681) voir http://www.cheminsmystiques.fr/ BERTOT/I Berto DM1 & II 20sept19.html)

[6] Un barnabite est « membre d'une congrégation religieuse fondée en 1530 à Milan par saint Antoine-Marie Zaccaria (1502-1539), médecin originaire de Crémone devenu prêtre en 1528. Ils s'appelèrent d'abord Clercs Réguliers de Saint Paul et reçurent le nom de Barnabites peu après leur installation auprès de l'église Saint-Barnabé à Milan (1545).

Témoins et promoteurs du renouveau pastoral qui en Italie prépare le concile de Trente, les premiers Barnabites exercent diverses formes du ministère sacerdotal : prédication, catéchisme, service paroissial et, plus tard, missions auprès des infidèles ; leur originalité réside plutôt dans leur manière de vivre, en petites communautés très pauvres, mais allégées des observances monastiques traditionnelles » (Encyclopédie Universalis).

[7] Citation et pour en savoir plus sur le Père Lacombe et sa relation avec Mme Guyon : François La Combe (1640-1715) Vie, Œuvres, Épreuves Du Père Confesseur De Madame Guyon Dossier des Sources assemblé et commenté par Dominique Tronc http://www.cheminsmystiques.fr/PDF cm2/Francois Lacombe edition.pdf

[8] F. Ribadeau Dumas écrit pourtant que le Père Lacombe a ramené cette notion de Pur amour de Rome (Op. Cit. Page 54) et qu’il revint en 1682 de Rome « enchanté » (page 56)

[9] Sur Marie-Anne de Mortemart (1665-1750), la « petite duchesse »,  sa relation avec Madame Guyon, Fénelon et son neveu http://www.cheminsmystiques.fr/PDFcm2/Mortemart 20oct 2016.pdf

[10]« Les ursulines se consacrent principalement à l'éducation des filles ainsi qu'aux soins des malades et des nécessiteux dans de nombreuses maisons qui en vinrent à être appelées couvents des Ursulines « (Wikipédia)


Outre-Rhin

Introduction - Jacob Bœhme - Christian Rosenkreutz - Angelius Silesius - Christian Knorr von Rosenroth -Johann Wilhelm Petersen


Introduction

Si la spiritualité française a été particulièrement étudiée au XXème, à partir notamment du livre de Henri Bremond Histoire Littéraire du Sentiment Religieux en France paru en 1921, qui fait toujours référence, la spiritualité allemande ne semblait avoir que deux représentants au XVIIème siècle, les silésiens Jacob Boehme (1575-1624) et Angélus Silésius (1624-1677). Pourtant, ils ne sont pas restés sans faire de disciples, particulièrement Böhme. Christian Knorr (1636-1689), Daniel Czepko von Reigersfeld (1605–1660), Quirinus Kuhlmann (1651-1689) sont de ceux-là. Et ils n’ont pas manqué d’originalité dans les formes qu’ils ont choisies pour manifester leur mysticisme. Avec La Comédie Spirituelle des Noces du Christ et de l’Âme, Kornn a opté pour le théâtre, pour une comédie ou plus exactement pour un drame religieux afin de « conduire l’âme sur la route de la félicité » (Préface) (https://www.persee.fr/doc/rhr_0035-1423_1970_num_178_2_9647).  Dans ses poèmes,   Czepko a choisi une métrique très particulière.

 Entre Réforme et Piétisme, la mystique allemande va trouver en Silésie (sous domination des Habsbourg d’Autriche de 1526 à 1742), notamment en Basse-Silésie,  une terre d’élection.


Jacob Boehme

Jacob Boehme (1575-1624) est né et mort à Alt Seidennberg près Zgorzelec (anciennement Görlitz) en Haute-Lusace (Basse-Silésie) qui appartenait de son vivant au Duché de Saxe. Issu d’un milieu paysan mais aisé, il garde dans son enfance le bétail avant de faire des études secondaires dans à Seidenberg (Zawidów en polonais). En 1599, il se marie avec Catharina Kuntzchaman avec qui il aura quatre enfants. Il s’installe comme cordonnier. Artisan, il acquiert une bonne réputation de moralité à laquelle s’ajoute une certaine réussite professionnelle. Il fait partie du petit cénacle qui se réunit pour étudier Paracelse (1541) et Valentin Wiegel († 1588 voir Renaissance/Réforme/ Religion/La Spiritualité Allemande), spirituel originaire de la Saxe qui dans une convergence des idées de Paracelse et de la Théologie Rhénane amorça une théosophie que l’on retrouvera chez Boehme.

Ses membres se réunissent  autour du nouveau pasteur nommé dans son village en 1600, Martin Moller qui a organisé « le ‘’Conventicule des Vrais Serviteurs de Dieu" pour tenter de réintroduire une présentation assez rébarbative du luthérianisme de l'époque: renouvellement personnel, croissance spirituelle individuelle, expérience religieuse ». C’est une vraie révélation pour Boehme. Il a sa première vision, celle d’un monceau d’argent dans une caverne dans son enfance. A 25 ans, il a  une seconde vision qui l’emplit de joie et  qui lui fait connaître « l'être de tous les êtres, le fond et le sans-fond, également la naissance de la Sainte Trinité, l'origine et l'état originel de ce monde et de toutes les créatures par la Sagesse divin » (Jean-Marc Vivenza, Boehme, Grez-sur-Loing, Pardès, coll. « Qui suis-je ? ). Il comprend les « signatures) (cf. Paracelse) qui lui livre les secrets de la nature.


Dix ans plus tard, il a une troisième vision qui est une véritable conversion en Dieu. Il la relate en 1612 sous le titre Aurora oder Morgenröte im Aufgang (L'Aube se Lève). En 1613, le manuscrit, diffusé malgré lui, le mènera en prison et il ne sera libéré que sous l’engagement de ne plus écrire des lignes aussi peu conforme au Luthéranisme, et le nouveau pasteur arrivé en 1612, Gregory Richter, fait saisir ses manuscrits.  On sait que le Luthéranisme n’a jamais vu d’un bon œil tout ce qui touchait de près ou de loin à la mystique et à l’illuminisme ; Luther appelait les mystiques les ‘Schwärmer’ ( les fanatiques).


Pendant plusieurs années, Böhme ne fera part de sa doctrine qu’à un entourage de confiance. Il fréquentera néanmoins quelques occultistes locaux. Il lit les spirituels Sébastien Franck, Kaspar Schwenkfeld, (voir Renaissance/Religion/ La Spiritualité Allemande) et poursuit = la lecture de Valentin Weigel  et de Paracelse. En 1619, il sort de cette  période obscure sur le plan personnel et social en écrivant De Tribus Principiis, ou Beschreibung der drei Prinzipien Göttlichen Wesens (Description des trois principes de l'essence divine), suivi de   De Triplici Vita Hominis, ou Von Dreifachen Leben des Menschen (Fondements supérieurs et inférieurs de la triple vie de l'homme), puis dans la foulée Psychologia Vera ou Vierzig Fragen von der Seelen (La Vraie Psychologie ou les Quarante Questions sur l'Âme) et encore De incarnatione Verbi, ou Von der Menschwerdung Jesu Christi (De l'incarnation du Verbe), Sex puncta mystica (Les Six Points Mystiques),  Mysterium pansophicum (Le Mystère Pansophique) et enfin  Informatorum novissimorum (De tout nouveaux informateurs).


Ces ouvrages qu’il écrit  entre 1619 et 1621 sont incontestablement le fruit de son silence des années précédentes. Il est entouré, suivi, et commence à parcourir la Silésie convaincu de sa mission de devoir faire connaître sa doctrine, plus exactement de faire partager sa conviction que le salut n’est pas simplement affaire de prières et de liturgie mais doit engager le croyant dans une démarche régénératrice; régénération qui puise dans l’alchimie sa pratique et sa méthode dans un processus qui allie le fidèle et l’univers. Ce qui ne va pas sans évoquer le vitalisme de Paracelse pour qui l’homme en son accomplissement mène la nature à sa perfection. « Ce guérir, c’est aussi guérir le monde ou plus exactement participer à la guérison du monde. » (A. Koryé Mystiques, Spirituels et alchimistes du XVIème Siècle/Paracelse , Édit Gallimard 1971)


La première publication de celui qu’on a surnommé le ‘Philosophus teutonicus’, le ‘ Cordonnier philosophe’, le ‘Théodidacte’ ou encore le ‘Prince des Obscurs’ paraît en 1623 sous le titre Der Weg zu Christo (Le Chemin pour Aller au Christ) dans lequel il montre « Comment l'homme doit mourir quotidiennement avec sa propre volonté, et comment il conduit ses désirs en Dieu, ce qu'il devrait demander et désirer de Dieu, et comment il sort de la mort de l'homme pécheur avec un nouvel esprit et une nouvelle volonté en Dieu ». En 1624 paraît sans doute son œuvre majeures, Mysterium Magnum avec en sous-titre Commentaire explicite du Premier livre de Moïse dans lequel il révèle le sens cachée de la Genèse. Il y désigne le néant comme l’’Gründ’, ce qui ne va pas sans rappeler l’ ‘Abgrund’ de Maitre Eckart (†1328). Dans le Mysterium (traduit pour la première fois en français en 1945 par S. Jankelevitch)

« Il s’agit d’un commentaire ésotérique du premier livre de la Genèse. Boehme y reprend tous les thèmes liés à sa vision du monde, évoquant la naissance de Dieu, la création des anges, la chute de Lucifer, l'histoire de l'homme androgyne, de sa chute dans le monde terrestre et l'importance de la venue du nouvel Adam, le Christ »

Le Pasteur principal Gregory Richter, successeur de Martin Moller, va sans relâche s’acharner sur lui, allant jusqu’à lui interdire toute publication. La population le rejette. Selon des recherches récentes

« Il semblerait avoir organisé le commerce du cuir dans toute la région. Ses pratiques commerciales étaient proches de ce que l'on appelle le "dumping" de nos jours. Le Pasteur Richter, dont des membres de sa paroisse avaient perdu des sommes considérables à cause de la concurrence de Jacob Boehme, avait en effet des raisons puissantes pour obtenir son bannissement de Görlitz (https://www.onelittleangel.com/sagesse/citations/jacob-boehme.asp).

Il répond au pasteur par une Apologie contre Gregor Richter. En 1624, il est banni de fait de Görlitz. Il se rend dans la capitale de l’Électorat de Saxe, Dresde, en espérant une entrevue avec le Prince-Électeur, Jean-Georges Ier. Il séjourne chez un médecin alchimiste et découvre une société éclairée ouverte à ses idées. Mais n’ayant pu rencontrer l’Électeur, il revient pour un temps à Görlitz et part seul s’installer à Schweinhaus en Basse-Silésie, puis chez son ami David von Schweinitz à Seifersdorf  aussi en Basse-Silésie (sud-ouest Pologne). Il fait la connaissance de  von Frankenberg qui sera son premier biographe. Dans une atmosphère apaisée, il approfondit sa doctrine Tabula principiorum (Trois Tablettes sur la Révélation Divine) et les 177 Quaestiones theosophicae).


Atteint d’hydropisie suite à une forte fièvre, il retourne à Görlitz en cette même année 1624. Il est à l’article de la mort. Le nouveau pasteur luthérien refuse de donner les derniers sacrements au théosophe. Il finit par les recevoir non sans un examen de son orthodoxie (luthérienne) et décède après une calme agonie 17 novembre ayant prédit le jour de sa mort. Le pasteur fait des difficultés à le faire enterrer en terre chrétienne ; c’est l’ecclésiastique qui à contrecœur lui avait donné l’extrême onction qui permettra de l’inhumer. La population arrachera la croix plantée sur sa tombe.

« Durant l'été 1624, Boehme fut appelé à Dresde devant un aréopage de savants ; il en sortit malade de la fièvre et demeura assez souffrant, l'automne qui suivit, chez son ami Frankenberg. Le Dr Tobias Kober, qui adressa à Schweinitz une relation circonstanciée de la mort du théodidacte, nous apprend que, revenu à Görlitz, il dut garder le lit à partir du jeudi 7 novembre 1624 ; des douleurs lancinantes dans le côté gauche, l'enflure du ventre et des pieds, le halètement, la consomption de la poitrine et de la face, l'altération des urines, tout faisait prévoir une fin prochaine »(https://sites.google.com/site/grandoeuvre/jacob-boheme).


« La philosophie de Jacob Boehme repose sur une cosmogonie d’une grande complexité, celle de « l’Éternelle nature » et des sept sources-esprits. Ses théories sur la Sofia, l’épouse du Premier Adam sont empreintes d’une grande profondeur. Dans ses œuvres, il insiste sur l’androgynat primitif de l’homme en présentant une théorie qui aura un retentissement important dans l’ésotérisme occidental. Il utilise un langage qu’il puise en grande partie dans l’alchimie paracelsienne » (Ordre Martiniste Traditionnel https://www.martiniste.org/jacob-boehme)


L’Un et le Néant

« Comprendre ce qu’est Dieu sinon qu’il est l’abîme [Ungrund] de toute nature et de toute créatures, l’Un éternel qui ne se trouve qu’en lui-même et qui n’a ni forme ni rien. »

Ce passage du Mysterium Magnum montre à quel point Boehme s’inscrit dans la longue tradition de l’Un et de l’apophatisme qui s’y rattache de Plotin à la métaphysique rhénane.

« En vérité, il est ineffable. Quoique vous disiez, vous direz quelque chose : or ce qui est au-delà de toutes choses, ce qui est au-delà de la vénérable Intelligence, ce qui est au-delà de la vérité qui est en toutes choses, n’a pas de nom ; car ce nom serait autre chose que lui » (Plotin Cinquième Ennéade)

« Dieu en tant que Totalité englobe tout dans son propre néant. Autrement dit, le « quelque chose » dans la mesure où il n’est pas la totalité ne peut subsister sur le même plan qu’elle… Rien ne peut être donc opposé à la Totalité qui, n’étant, d’une certaine façon, rien de ce qui n’est pas elle, apparait comme un pur néant, un purum Nihil, que Boehme définit par le mot Ungrund : abîme sans fond de l’inépuisable Totalité » (Alexis Klimow, préface aux Confessions de Jacob Boehme, Fayard 1973)


L’Univers

La conception qu’a Boehme de l’univers est d’autant plus comparable à celle de Paracelse qu’il s’en inspire fortement. Comme pour le « médecin tudesque », l’univers de l’auteur de De Signatura Rerum, de 1622 (que traduira l’ésotériste français Sédir †1926) est un monde en lequel toute chose est en correspondance, en rapport organique avec le reste du monde. Des lignes de forces, des flux subtils le parcourent. Il a une face visible et une face invisible ; la face visible se sont les formes, les couleurs, ce que nous révèlent nos sens et qui sont les signatures des choses qui disent ce qu’elles sont en leur face invisible et aussi pour Paracelse les vertus médicinales.


« [Son] message, caché dans les replis clairs obscurs d’une écriture souvent difficile et d’une doctrine parfois contradictoire, consiste dans le thème de la régénération (Wiedergeburt) de l’homme qui est au cœur de l’anthroposophie de Boehme. Par rapport à une cosmologie et une théologie confuses, dont le langage d’inspiration paracelsiste dérange le lecteur moderne, sa réflexion anthropologique anime la quête identitaire de l’homme déchiré entre le bien et le mal. » (Mariel Mazzocco,  Le ciel est partout  : l’espace spirituel dans la pensée de Jacob Boehme , Revue de l’histoire des religions http://journals.openedition.org/rhr/ 8481 ; DOI :https://doi.org/10.4000 / rhr.8481) Du Bien et Du Mal

Le mal n’est pas un défaut du bien, comme un envers du mal qui n’aurait en fait pas d’existence propre comme chez Valentin Wiegel par exemple. Le mal est partie intégrante de la Création. Le bien et le mal sont indissociables comme les deux pôles qui participent de l’inévitable dualisme de la Création sans quoi elle ne saurait être

totale.  Dieu, origine insondable de toute chose, est le Créateur en le Principe ; c’est la volonté humaine qui active et le bien et le mal.

 « La volonté peut donner à l’esprit même une autre forme, ainsi qu’il suit : quand même l’esprit serait un ange, une image de Dieu, la volonté peut néanmoins faire de lui un démon insensé, de même que d’un démon faire un ange. » (Psychologia vera)


La Sagesse

La Sagesse est pureté, la Pureté, la pureté ‘incarnée’ par le corps céleste de Dieu. Notion qui évoque le corps spirituel du Christ chez l’autre spiritual Silésien, Caspar Schwenckfeld († 1561), cette chair transfigurée, éternelle, consubstantielle à la divinité du Christ qui fait le Christ Homme-Dieu et qui fait l’homme un moment nécessaire à la divinité. Elle est absolue bien que déjà sortie du Néant, de l’Ungrund. Par la Sagesse, Dieu se fait connaître. Elle est la Gloire de Dieu par laquelle il se manifeste.

« Cependant la Sagesse n’est pas seulement le corps sublime grâce auquel Dieu apparaît. Elle est aussi la volonté qui commande la manifestation divine depuis son origine jusqu’à son terme. Le corps et le volonté ne font qu’un. La pureté de la Sagesse n’est pas seulement dans son corps immatériel, elle est aussi dans cette volonté. Elle est dans l’indétermination absolue qui est sa liberté. » (P. Deghaye, La Sagesse dans l’œuvre de Jacob Boehme, in Sophia et l’âme du monde, Cahiers de l’hermétisme, Dervy, 1983, p. 151.)


Le Théosophe

Boehme est dit gnostique et plus souvent théosophe. Mais non pas théosophe en référence à la théosophie de Mme Blatawsky († 1891 cofondatrice de la Société théosophique et théoricienne de la théosophie » moderne)

« Ce que nous entendons par réflexion théosophique n’a rien à voir avec la pseudo-religion moderne du même nom. Il s’agit d’une forme particulière de la spéculation religieuse, qui se caractérise par des traits constitutifs d’une méthode de pensée, que nous voyons particulièrement fleurir dans la tradition cabalistique du Zohar, et que nous pouvons isoler en Allemagne, du XVIe au XIXe siècles, de Valentin Weigel à Franz von Baader. » (Bernard Gorceix, La Mystique de Valentin Weigel, Thèse de Doctorat d’État 1971)

« La théosophie de Boehme est une théologie mystique. Elle s'articule sur un grand thème de la mystique chrétienne: la naissance de Dieu dans l'âme humaine, qui correspond à la seconde naissance de l'homme [thèmes cher aux Béguines]. Mais d'autre part, le théosophe décrit également la naissance de Dieu préalablement à la création d'Adam. Avant de s'engendrer dans les âmes humaines, Dieu naît dans une âme universelle que Boehme dit éternelle et qui se situe en fait entre l'Éternité parfaite et le temps de notre monde. Cette âme primordiale est émanée, alors que l'âme humaine est créée ». ((Pierre Deghaye , Revue Théosophie et Philosophie, N° 4, 1990, http://doi.org/10.5169/ seals-381429).

Cette âme primordiale fait rappel de l’Yliaster chez Paracelse, la materia ultima prima, création principielle du monde.


Le Leg

Jacob Boehme n’a pas laissé une filiation directe. Jacob Boehme ouvre cette voie que la profonde subjectivité de Valentin Wiegel avait entrouverte et que suivit tout le mouvement des Illuministes du XVIIème siècle représentés en Allemagne par Von Baader (1765-1841), théologien, théosophe, ésotériste, disciple de Boehme, en Suède, par Emanuel Swedenborg (1688-1772), et en France par Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) qui donna son nom au martinisme, doctrine élaborée par son maître Martinez de Pasqually (1700 ?-1774). La pensée de Boehme s’est répandue d’abord en Russie et en Angleterre. Elle n’arrivera en France qu’au XVIIIème siècle par Saint-Martin après avoir rencontré n disciple de Boehme, Rodolphe Salzmann.  

L’œuvre de Boehme a profondément nourrir l’imaginaire de l’ésotérisme occidental. Et d’aucuns mêmes le considèrent comme le père de la philosophie allemande moderne. Non seulement la notion d’Ungrund et le rôle de Sofia tiendront une place importante dans l’investigation des occultistes mais aussi l’androgynat sur lequel Boehme se sera longuement étendu. La pensée boehmienne a marqué des philosophes comme Nicolas Berdiaev qui commentera les notions d’Ungrund et de Sofia, ou Henri Bergson qui parcours en filigrane son œuvre ( voir la thèse de doctorat de Patricia Lasserre Les filiations de la théosophie de Jacob Böhme dans la pensée philosophique et spirituelle en langue française entre le XVIIIème et XXème siècle : Louis Claude de Saint Martin, Nicola Berdiaev, Henri Bergson » Université Lyon 3 2007)


Christian Rosenkreutz et la Rose-Croix

Christian Rosenkreutz ou Christian Rose-Croix ou C.R.C. est un personnage mythique, censé être le fondateur de la Rose-Croix. Il serait né en 1378 et mort en 1484. Le nom et les écrits d’Adam Haselmayer sont liés à l’édition en 1614 du premier Manifeste Rosicrucien intitulé Fama Fraternitatis Rosae Crucis. L’ouvrage qui relate la vie de  Christian Rosenkreutz  sera rapidement suivi de la Confession Fraternitatis. Il fut un fervent partisan des idées proposées par les Rose-Croix.

Chymische Hochzeit Christiani Rosenkreutz anno 1459 (Les Noces Chymiques de Christian Rosenkreutz) parues en 1616 à Strasbourg et dont l’auteur serait Johann Valentin Andreæ (1586-1654) est le troisième des premiers écrits rosicruciens. Il s’agit d’un roman initiatique qui narre la mariage du roi, sa décapitation et sa résurrection.


Les deux premiers de ces livres ont été écrits en commun par un cénacle appelé « Le Cercle de Tübingen » (Bade-Wütemberg), fondé par le juriste Tobias Hess (†1614) influencé dans son exercice de la médecin par les théories de Paracelse. Ce regroupait entre douze et vingt passionnés d’alchimie, de kabbale et de mystique chrétienne, et que fréquentaient entre autres Johann Arndt(†1621 voir Renaissance/Humanisme et Religion/La Mystique),  et Valentin Andreæ qui, versé en de nombreuses sciences, auteur très prolifique, y entra en 1608.

Ces premiers écrit rosicruciens eurent un tel retentissement que l’on compte pour le siècle quelque neuf cents autres publications favorables ou défavorables aux idées qu’elles émettent. Ils sont nourris de la mystique rhénane, du Joachinisme hérité de Joachim de Flore (†1212) et du Lullisme hérité de Raymond Lull (†1316). J. Arndt, pasteur luthérien convaincu, est sans doute la figure centrale de ce cercle auquel il apporte une mystique fortement marquée par les idées de Valentin Wiegel, de St Bernard, de J. Tauler (Théologie Rhénane)  et de Thomas a Kempis (L’Imitation selon Jésus-Chrit.  J. Arndt met l’accent sur la régénération de l’homme et la naissance en soi du Christ, reprenant là une longue tradition qui remonte aux Béguines du XIIIème siècle, en passant par les métaphysiciens Rhénans et la « conversion intérieure » de V. Wiegel. Il influença indéniablement le fondateur du Piétisme, l’Allemand Philipp Jacob Spener (1635-1705). Descartes chercha à les rencontrer.


Selon certains sources, J. Boehme pourrait les avoir rencontrés (à Tübingen ?). Jacques Brosse in Les Grands Maîtres de la Spiritualité (Bordas 1998) mentionne que deux pamphlets parurent en 1614 : La Réformation Universelle et Générale du Monde Entier, une satire dirigée contre le luthéranisme, et Fama Fraternitatis qui décrit la vie de Christian Rosenkreutz.

« Si l’existence d’un ordre de la Rose-Croix ne peut être prouvée, il semble en revanche probable que sous ce nom se soit abrité un courant ésotérique représenté à la fois par des utopistes anglais tels que Thomas More (†1535), Francis Bacon (†1636), et l’Italien Tommaso Campanella (†1639), très influencé par Joachim de Flore » (J.Brosse)

Dans Silentium post clamores (Silence après les Cris) paru en 1617 et Themis Aurea (Thémis ,la Justice) d’Or) paru l’année suivante, le médecin de l'empereur Rodolphe II, Michael Maier revivifait l’Antique Tradition. L’Anglais Robert Fludd (1574-1637), un des plus éminent rosicruciens de son temps, médecin, physicien, astrologue, publia à cette époque en Allemagne plusieurs traités rosicruciens dont Apologia Compendiera (Recueil d’Apologie, 1616) et Summum Bonum (1629). Tous deux étaient convaincus qu’une lignée de sages perpétuait des connaissances immémoriales.


Le projet rosicrucien était dans le but d’une fraternité universelle d’associer les découvertes empiriques des sciences, les théories de la nouvelles philosophie de la nature (rationalisme notamment) et la connaissance ésotérique. Opposé au ritualisme de l’Église, il promouvait « l’humilité, la justice, la vérité et la chasteté », la maîtrise du corps et la purification de l’âme.

En 1623, des affiches placardées dans Paris annonçaient la visite visible et invisible des Frères de la Rose-Croix. Selon l’érudit libertiniste Gabriel Naudé (†1653), elles firent fl’effet « d’un ouragan soufflant sur toute la France à l‘annonce de l’arrivée de la mystérieuse Fraternité venue d’Allemagne » (Instruction à la France sur la Vérité de l’Histoire des Frères de la Rose-Croix, 1623).


La Guerre de Trente Ans qui débute en 1618 va marquer une cassure dans le mouvement et mettre fin à la première période rosicrucienne ; certains se réfugiant aux Pays-Bas, d’autres en Angleterre. Certains mouvements en hériteront comme la Franc-Maçonnerie dont la première manifestation se situe en Écosse en 1598 par les Statuts Shaw relatifs à la structuration des anciennes confréries des maçons du Moyen-âge et de la Renaissance. Au XVIIIème siècle, en Bavière, apparaitra La Fraternité de la Rose-Croix d’Ancien Système fondée par J.R. Bischoffswerder et J.C. Wöllner. Au XIX siècle, parmi les sociétés rosicruciennes qui naissent et qui toutes ont déjà pris leurs distances avec la Franc-Maçonnerie, on peut noter la Societas Rosicruciana in Anglia. Au XXème siècle, le rosicrucianisme va s’éloigner, notamment aux États-Unis, de la tradition judéo-chrétienne et de l’occultisme traditionnel comme il s’était éloignait de la Franc-Maçonnerie pour se tourner vers de nouvelles sources venues d’Orient.


« La Croix symbolise le corps, par la rencontre entre les quatre éléments, qui sont placés comme l'eau et l'air horizontalement, la terre et le feu verticalement. C'est au centre de la Croix, conçu comme un point d'équilibre parfait, que la Rose peut s'épanouir, symbole de la réalisation de sa propre essence et donc de sa perfection. La Rose sur la Croix est donc le symbole qui représente l'Homme, qui a réussi à exprimer et à réaliser son potentiel, en développant son essence spirituelle divine. Atteindre l’état de " Rose-Croix " signifie la pleine réalisation en soi de la Connaissance concernant la Croix (le corps) et la Rose (composante spirituelle) » (http://www.prieure-de-sion.com/16/les_ rosicruciens_855073.html).


Angelus Silesius

Voir aussi Littérature/Poésie/Outre-Rhin

Johannes Angelus Silesius (né Johannes Scheffler 1624-1677), natif de Breslau (actuelle Wrocław, Basse -Silésie) est  le fils d’un soldat anobli par le roi de Pologne Sigismond III. Il fait des études classiques et publie à 18 ans en 1642 son premier recueil de poèmes, Bonus Consiliarius ( Le Bon Conseiller ) marqué par l’influence du poète baroque Martin Opitz (1595-1639, voir Littérature). En 1643, il part suivant le circuit traditionnel des trois pays étudier la médecine, d’abord à Strasbourg (Alsace) puis à Leyde (Pays-Bas) et enfin à Padoue (Italie) où il reçoit en 1648 son diplôme de médecin et de philosophe. Docteur en philosophie, médecin, il devient le médecin du Duc d’Œls-Wurtemberg, non régnant.

A Leyde, il s’est lié avec Abraham Frankenberg, qui travaille alors à la premier biographe de J. Boehme qui aura une influence déterminante sur son orientation spirituelle pour l’avoir initié à l’ésotérisme de manière générale (alchimie, Kabbale…). Il écrira que grâce à Boehme il a « découvert la vérité ».


 En 1652, en butte avec le duc luthérien, il démissionne de son poste. Il se convertit officiellement au catholicisme en 1653 et prend le nom de Angelus Silesius (le Messager de Silésie). La cabale dressée contre lui par les luthériens se renforce. Il lui est reproché tout autant son catholicisme que son mysticisme toujours mal vu par les disciples de Luther. Et l’autorisation de publier ses poèmes lui est refusée. Il fait une retraite de trois ans dans la complète solitude mais n’en publie pas moins des poèmes.

L’année suivante il est médecin de l’empereur Ferdinand III de Habsbourg, couronné en 1637 qui, mort vingt ans plus tard, aura été roi de Hongrie en 1625 et de Bohême en 1627. Il signa le Traité de Westphalie en 1648 qui marqua la fin de la Guerre de Trente Ans, la fin de la Guerre de Quatre Vingt Ans entre l’Espagne et les Provinces-Unies et le début du déclin du Saint Empire qui aura pour conséquence une complète redistribution de ses territoires avec l’autorité temporelle et religieuse accordées à ses états.


Ma nomination de Silésius ne l’obligera ni de vivre à la capitale, Vienne, ni a exercer la médecine. Ordonné prêtre en 1661, et entre chez les franciscains, il s’installe à Nysa (sud-ouest de la Pologne), capitale du duché du même nom redevenu catholique sous les effets de la Contre-Réforme dans le premier quart du siècle et gouverné par un Prince-Évêque. Lorsque son ami Sebastian von Rostock (1607 - 1671) qui a fait ses études à Nysa et y a été diplômé est nommé évêque de Breslau, il devient son chambellan. Il écrit plus de cinquante pamphlets antiluthériens comme une revanche de ce qu’il avait subi. La plupart seront réunis un an avant sa mort en 1676 sous le titre Ecclesiologia. Après la mort en 1671 de von Rostock, il se retire à l'Hospice des Chevaliers de la Croix à l'Étoile Rouge (le Matthiasstift), maison jésuite de Breslau. Il lègue sa fortune, hérité de son père, à des institutions religieuses.

Miné par l’ascèse et la maladie (tuberculose ou maladie dégénérative ?), il meurt à 53 ans en 1677. Parmi ses œuvres, les principales sont La Sainte Joie de l’Âme (1657-1668), Descriptions sensibles des Quatre Roses Ultimes (1675) et la plus connue Le Pèlerin Chérubinique (1675).


La Sainte Joie de l’Âme et Descriptions sensibles des Quatre Roses Ultimes sont des œuvres poétiques empreintes d’un lyrisme qui marque l’influence du poète et compositeur jésuiste Friedrich Spee von Langenfeld (1591-1631) auteur notamment du Trutznachtigall, (Le Rossignol combatif), parue en 1640, dans le goût baroque nourri de métaphores mystiques.

Son œuvre majeure reste Geistreiche Sinn-und-Schlussreime (Épigrammes et maximes spirituelles ) ou, en version longue, Geistreiche Sinn-und-Schlussreime zur göttlichen Beschaulichkeit (Aphorismes ingénieux et spirituels en vers pour atteindre à la Divine Sérénité), parus dès 1657 et rééditée dans une version augmentée de deux livres en 1675 sous le titre qui l'a rendu célèbre : Cherubinischer Wandersmann oder Geistreiche Sinn- und Schlussreime zur göttlichen Beschaulichkeit anleitende (Le Voyageur chérubinique, ou Épigrammes et maximes spirituelles en vers pour conduire à la contemplation de Dieu) que l’on nomme couramment sous le nom de Le Pèlerin Chérubinique composé de 1600 distiques, quatrains et courts poèmes. Comme le fait remarquer le poète contemporain Roger Munier, disciple de Heidegger et traducteur de Silésius, la traduction habituelle en français de Wandersmann par pèlerin dénote un souci de mettre l’accent sur un cheminement intérieur, mais l’auteur fait bien la différence entre le pèlerin et le promeneur. Il emploie à plusieurs reprises le terme de Pilger mais a bien réserver celui de Wandersmann pour son titre, voulant évoquer l’homme en marche, dans l’errance en quête en ce monde de Dieu.


« Le distique religieux en vers de douze pieds avec rime, l'aphorisme-proverbe avec intention mnémotechnique étaient déjà pratiqué, en particulier dans le cercle de Franckenberg… Il est par ailleurs, pour ce qui est de la pensée, l'aboutissement de la grande tradition mystique allemande et néerlandaise, de Tauler, Eckhart, Ruysbroeck,  Suso et tant d'autres. Mais ce que ses prédécesseurs avaient exposé dans leurs sermons ou leurs traités, Silesius le condense en aphorismes, ce qui donne à cette mystique une saveur toute nouvelle» ( https://www.universalis.fr/ encyclopedie/angelus-silesius/2-le-pelerin-cherubique/).

 L’on peut également remonter jusqu’aux Béguines du XIIIème siècle pour trouver cette notion essentielle chez le Silésien de la naissance de Dieu (du Christ) en nous. Et plus en amont à Berbard de Clairvaux, initiateur de la mystique mariale, du culte de Marie pour retrouver la source de cette veine de la mystique sponsale à laquelle Silésius consacre une partie de son œuvre, faisant de Marie un modèle : « Je dois être Marie, et enfanter Dieu, S'il faut qu'il m'accorde la béatitude éternelle » (1, 24), « Si ton âme est servante, et pure comme Marie, Elle doit à l'instant être enceinte de Dieu » (II, 104) .


Celui que l’on a surnommé parfois le « Prophète de l'Ineffable » tente de traduire « une voix venue d’Ailleurs, l’écho du Verbe divin . De la contemplation de ce silence transcendant jaillit un rayon de lumière divine que seule une âme pure et simple peut refléter. Véritable étincelle émanée de Dieu, cette âme limpide comme un cristal a trouvé le chemin vers la joie et l’éternité » (Dr. Mariel Mazzocco, in Mystique et Figures Mystiques, Université de Genève)

« Une méditation assidue des textes et la fréquentation de contemporains d’une intense spiritualité le portent à sonder les mystères de la religion et de la philosophie, l’être, l’essence, la Déité, le néant, l’abandon. Son écriture, caractéristique de l’âge baroque, lui permet d’atteindre, grâce à la poésie, les limites des orthodoxies et même de la pensée. Ces poèmes, défi aux philosophes et aux poètes, ne cesseront d’inspirer des lecteurs assidus: de Leibniz à Schopenhauer, de Heidegger à Roger Munier, de Maurice Blanchot à Lacan et à Derrida » (Jacques Le Brun, Dieu un pur Rien, Édit. Le Seuil 20019).


Christian Knorr von Rosenroth

 Christian Knorr, Baron von Rosenroth (1636-1689), né à Rudna en Basse-Silésie et mort à Sulzbach-Rosenberg (Bavière), fils de pasteur, commence ses études à l'école latine de Fraustadt, puis au Pädagogium de Stettin. À partir de 1655, il étudia la théologie, le droit, l'histoire, la philosophie, les langues classiques et modernes, et acheva ses études en 1660 par une maîtrise et une thèse sur la numismatique antique. Les années suivantes, il poursuivit des études privées, probablement à Wittenberg (https://de-academic.com /dic.nsf/dewiki/259118). Entre 1633 et 1636, il va sillonner l’Europe pendant plusieurs années notamment en Hollande où il est initié à la Kabale par plusieurs rabbins. Pérégrination qui va l’amener à fréquenter les milieux ésotériques des différents pays qu’il traverse. Aus Pays-Bas, il est initié à la Kabbale par Meir Stern.


Il rencontre  Franciscus Mercurius van Helmont, fils de l’alchimiste Johan Baptista van Helmont (†1572 voir Philosophie/Alchimie), qui le présente en 1668 au duc Christian August de Sulzbach en 1668 qui en fait conseiller de cour et de chancellerie. Il s’installe définitivement à Sulzbach (Bavière), résidence des ducs du Palatinat- Knorr entretiendra une relation suivie avec le duc qui l’autorisa à ouvrir une école kabbalistique ; école  qui deviendra l’épicentre de la diffusion de la kabbale lourianique initiée par le rabnin  Isaac Ashkenazi Louria

 Knorr traduisit et commenta les écrits d’ Isaac Mouria (1534-1572)., né et mort en Israel. Louria est une des plus essentielles figures du judaïsme kabbalistique (mystique). Il est le fondateur de l’école de Safed où nombre de juifs expulsés d’Espagne en 1492 sont venus s’y réfugier. Il est à l’origine de la Kabbale lourianique. Il fut le premier à poser la question de savoir ce qu’il y avait avant la création et comment Dieu a-t-il créé ? Il est le premier à avoir pensé la Création non comme une émanation mais comme une contraction ; contraction en un point originel d’où nait l’espace. (voir entre autres Charles Mopsik, Aspects de la Cabale à Safed après l’Expulsion, dans Inquisition et pérennité Le Cerf, 1992.).Leiniz a rendu visite à Knorr en 1688.


 Très marqué par les écrits de J. Boehme, Knorr a eu la réputation d’être  le meilleur connaisseur chrétien de la Kabale. Il a écrit Kabbala denudata, seu Doctrina Hebraeorum transcendentalis et metaphysica atque theologica (La Kabbale dévoilée ou la doctrine transcendantale et métaphysique et théologique 1677-78 et 1684) dans lequele il tente une conciliation entre christianisme et Kabbale.  Il a été en relation avec le philosophe Henry More (1614-1687), célèbre platonicien de Cambridge (voir Philosophie/Angleterre) qui tenta une synthèse entre « le vitalisme néo-platonicien et la physique nouvelle ».


   En littérature, il reste connu pour sa pièce de théâtre alchimique, Conjugium Pallas et Phoebi (Les Noces de Phoebus et de Pallas, 1677) qui n’a jamais été représentée bien qu’écrite à l’occasion du mariage de Léopold 1er . Une pièce en cinq en alexandrins avec en intermèdes des ballets chantés, la scénographie fait appel à des changements fréquents de décors et d’effets lumineux fait pour ébahir le public en faisant appel à une machinerie complexe utilisé pour ce genre de pièces dites ‘pièce à machines’.

Knorr fait appels à des personnages de la mythologie et allégoriques et aux sept métaux planétaires (or=soleil, argent=lune et étoiles, mercure=mercure, cuivre= vénus, fer=mars,étain=jupiter, plomb=saturne). Knorr fait référence au livre d’emblèmes aux thèmes alchimiques de Michael Maier (168-1322), Atalanta Fugiens ou Atalante Fugitive. Il est également l’auteur de poèmes de cour (poèmes de circonstances).


Johann Wilhelm Petersen

Johann Wilhelm Petersen (1649-1727), né à Osnabrick. Il entame ses études à Lübeck. Il les poursuit aux universités de Giessen, Rostock, Leipzig, Wittenberg et Iéna où il étudie la théologie. Il enseigne ensuite quelque temps à Giessen tout en prêchant à Lübeck, Il obtient une chaire de théologie à l'université de Rostock. Les tensions que créent son poème satirique sur les jésuites le poussent à partir pour Rostock. Les jésuites persistent et il doit quitter Rostock pour Hanovre,

En 1678, il accepte avec soulagement  la surintendance des paroisses d'Eutin. En 1688, il devint surintendant à Lineburg, mais là encore des divergences le mettent en délicatesse avec les pasteurs. En 1692, il fut démis de son poste au prétexte qu'il soutenait des idées chiliastiques (millénaristes) dans son poème Acquittal Catechism (Catéchisme d’Acquittement). Il achète alors une ferme près de Zerbst où il vivra retiré et mourra retiré en 1727.


Ses dernières années auront été consacrées à défendre son millénarisme. dans une production d’écrits qui auront une influence certaine sur le Piétisme de Spener. Certaines sources indiquent qu’ils seraient devenus amis en 1675. Cette année, Spener, de 14 ans son aîné, publié à Francfort/ Main, le livre fondateur du Piétisme, Pia Desideria ; à cette date Petersen enseignait à l’université de Rostock…


Millénariste, Petersen croit en l’'avènement du royaume de Dieu sur terre et adopte même les théories de la restauration finale d'Origène qu'il a découvertes, comme il le rapporte, dans les écrits de Jane Leade (1624-1704 voir Mystique Outre-Manche). Origène (185-232) soutenait la doctrine de l’apocatastase qu’il a développé dans son Traité des Principes (De principiis) ; doctrine qui énonce la restauration de la création en son état originel et des âmes à leur état originel de perfection. Déjà soutenue par les stoïciens (retour de Zeus à son auto-contemplation) et d’une certaine façon par les platoniciens, elle est entrait dans la théologie chrétienne avec les Actes des Apôtres : Le verset des Actes 3:21 parle du « « rétablissement (apocatastase) de toutes choses, dont Dieu a parlé ». Le  Père de l’Église Grégoire de Nysse (335-396) s’écarte de toute référence à la philosophie antique et conforte la notion chrétienne traditionnelle de l’apocatastase comme étant la rédemption des âmes par le Christ après le Jugement dernier et selon des mérites de chacun ayant agi selon leur libre-arbitre.

Au millénarisme et à l’apocatastase, une troisième axe de la pensée de Petersen est sa croyance en l'inspiration surnaturelle. En 1691, lui et sa femme qui partageait entièrement ses idées et en fut une de ses plus ferventes propagatrices firent la connaissance de « Rosamunda Juliana Von Arnburg, qui affirmait, après sept ans, avoir des visions miraculeuses, notamment pendant la prière, et vivre des révélations divines extraordinaires. Il s'attela alors à la question et composa un ouvrage en faveur de la dame, dans lequel il s'efforçait d'établir sans l'ombre d'un doute le caractère divin de ses révélations. De plus, Petersen et sa femme prétendaient eux-mêmes être favorisés par de telles illuminations et révélations. » (McClintock and Strong Biblical Cyclopedia, Petersen, Johann Wilhelm).


En 1700, il écrit Mysterion apokatastaseos panton, Das ist Das Geheimnis Wiederbringung aller Dinge (Mysterion apokatastasis panton, c'est le secret de la restauration de toutes choses). En 1720 parait Uranias, qua opera Dei magna omnibus retro seculis et oeconomiis transisctis usque ad apocatastasim seculorum omnium (Uranias, dont les grandes œuvres de Dieu ont traversé tous les âges et toutes les économies du passé, jusqu'à l'apocalypse de tous les âges). Leibniz qui entretenait une correspondance avec Pertesen dont il apprécié les réflexions en écrivit la préface.

Certains de ses nombreux hymnes sont toujours présents dans des recueils allemands.


Espagne

Anne de Jésus -  Marie de Saint Joseph - Marine d'Escobar - Isabelle des Anges - Luisa de la Ascensión-

 Teresa Valle de la Cerda  - Sœur  Marie de Jésus  de Agreda - Sœur Maria Justa de Jesús -

Juan de Jesús Hernández y Delgado - María de León Bello Y Delgado - Maria Crocifissa della Concezione  -

Séraphine de Dieu - Maria degli Angeli -Véronique Giuliani - Mariangela Virgili

Anne de Jésus

Ana de Lobera Torres (Anne de Jésus 1545-1621), née à Madin adel Campo près de Madrid et morte à Bruxelles, de petite noblesse, est orpheline de père peu après sa naissance. Jusqu’à l’âge de 7 ans, elle est sourde et miette. A 9 ans, elle perd sa mère. Elle est élevée par sa grand-mère maternelle. A 10 ans, elle fait d’elle-même le vœu de chasteté et quand, à 15 ans, sa grand-mère veut la marier, elle s’enfuit chez ses grands-parents paternels qui veulent aussi la marier. Lors de la présentation du prétendant, elle se présente devant la famille habillée de noir et les cheveux coupés. Résolue, la famille accepte son célibat définitif. Anne va alors pendant 10 ans mène alors une vie d’austérité faite de jeûne et de prières et de soutien aux malades.

En 1570. A 25 ans, elle trouver la communauté religieuse qu’elle juge parfaite. Elle entre au couvent d’Avila.  Sainte Thérèse lui accorde tout de suite une grande confiance et la rend responsable des novices de la nouvelle fondation de Salamanque alors qu’elle-même st encore novice. Elle ne sera professe un  an plus tard en 1572.

En 1575, Ste Thérèse (1515-1582) l’envoie fonder un couvent à Bas Segura près de Jaen en Andalousie. Échappé de la prison de Tolède,  Juan de La Cruz arrive au couvent en 1578. Il devient le directeur spirituel des jeunes carmélites pour lesquelles il écrira


Paroles de Lumière et d’Amour. En 1582, Anne et Jean, liés par une profonde amitié , fonderont ensemble le carmel de Grenade dont elle sera la prieure,  puis en 1586 celui de Madrid où elle fait la connaissance de la fille de Philippe II, Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche. Elle est un temps incarcérée à Madrid pour désobéissance envers le Général de l’Ordre. Libérée, elle est prieure du couvent de Salamanque en 1596.


En 1604, malgré les réticences de l’Ordre, elle arrive à Paris avec cinq autres carmélites (certaines indiquent le venue à Paris de Marie de Saint-Joseph considérée comme une des plus proches sinon la plus proche de Ste Thérèse, mais elle est morte en 1603 à Tolède). Elle sera de la fondation et abbesse du carmel de Pontoise puis de Dijon.

En 1607, à la demande de Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche, fille de Philippe II, elle ouvre un couvent à Louvain, puis à Mons l’année suivante. Elle meurt à Bruxelles en 1621 à l’âge de 75 ans après avoir amené à la fondation d’autres couvents (Cracovie 1612, Anvers 1619). Isabelle-Claire-Eugénie d'Autriche présidera la cérémonie funéraire.

En 1584, St Jean lui a dédié Le Cantique Spirituel. A Salamanque. Elle a partagé la cellule de Ste Thérèse en 1582 quand celle-ci achevait Las fundaciones (Les Fondations ), autobiographie de la fondation de ses couvents. Anne avait une parfaite connaissance des écrits de la sainte tant de leur contenu que de leurs circonstances.


En 1586, Fray Luis de León, poète religieux  traducteur et commentateur non orthodoxe du Cantique des Cantiques, ce qui lui valut d’être emprisonné (voir Renaissance/Poésie/Espagne), lui a demandé de réunir les écrits de Ste Thérèse en vue de les publier.  Elle s’exécute et une première édition parait en 1588 à Salamanque sous le titre de Los libros de la madre Teresa de Jesús, fundadora de los monasterios de monjas y frailes de Carmelitas Descalzos de la primera Regla (Livres de mère Thérèsa, fondatrice des monastères de moniales et les moines des Carmes déchaux de la première Règle). A Bruxelles, elle a entrepris aidée du père Gratien, de traduire, d’éditer et de diffuser les œuvres de la sainte .


Marie de Saint-Joseph

Marie de Saint-Joseph ( María Salazar de Torres 1548-1603), née et morte en Tolède est issue de la haute noblesse. Carmélite à 22 ans, elle fut une des sœurs les plus proches de la sainte d’Avila. Fondatrice est prieure des couvents de Séville et de Lisbonne, elle participa grandement à la réforme thérésienne pour un Carmel déchaussé (humble et strict), ce qui lui valut d’être enfermée de 1590 à 1594 au couvent de Lisbonne pour s’être opposé au père Doria, Général de l’Ordre, opposé à la réforme.

Femme de lettres, ayant reçu une formation classique, elle a écrit des poèmes et des ouvrages spirituels d’une grande délicatesse de style montrant une esprit brillant, maniant avec aisance la dialectique, traduisant des passages de la Bible. Elle laisse une œuvre importante dont on peut retenir entre autres : Libro de Recreaciones écrit en 1585 et publié pour la première fois en 1909 dans lequel elle révèle des parts de sa biographie et des considérations spirituelles ; Carta que scribe una pobre descalza (1593) sur son emprisonnement à Lisbonne ; Instrucción de Novicias (1602), pour les jeunes carmélites avec des indications sur l’oraison.


Anne de Saint Barthémémy

Anne de Saint Barthémémy (Ana García Manzanas 1549-1626), née à Almendral de la Cañada près d’Ávila (Castille) et morte à Anvers et élevée par ses six frères, leurs parents étant morts alors qu’elle n’avait que 10 ans. Elle garde les moutons. Enfant réservée, déjà se manifeste son désir d’être religieuse. Elle aurait connu à cette époque des expériences mystiques…A é& ans, avec les encouragements d’une prêtre, elle entre au couvent des Carmélites d’échaussées de St Thérèse Davila.

Elle sera une  des cinq carmélites venues d’Espagne pour fonder le Carmel français ( voir France/Madame Acarie).


« Anne Garcia, orpheline dès l’âge de dix ans, entre à 21 ans au carmel de saint Joseph d’Avila, ce sera la première sœur converse[1]. Elle fait profession le 15 août 1572 et ne quit­tera plus jamais la Mère Thérèse de Jésus. Elle lui sert d’infirmière, de secrétaire. Elle apprendra à écrire pour soulager Thérèse accablée sous le poids de la correspondance. Elle écrira beaucoup par la suite et en particulier de nombreuses lettres et un manuscrit « Instructions aux novices ». Thérèse mourra dans ses bras dix ans plus tard à Alba de Tormes. Elle regagnera alors son carmel d’origine à Avila. Choisie pour faire partie des sœurs fondatrices pour la France, à 54 ans [voir France/Madame Acarie). elle se laissera imposer le voile noir des choristes pour être prieure à Pontoise et deviendra même prieu­re du Carmel de l’Incarnation à Paris. Elle fondera à Tours en 1608, et à la fin de son mandat, sur les instances d’Anne de Jésus, elle partira dans les Flandres et fondera le carmel d’Anvers où elle mourra le 7 juin 1626. Toute de douceur et de patience, elle sera particulièrement appréciée par les novices, et béatifiée par le Pape Benoît XV en 1917 » (https://www.carmel.asso.fr/Fondation-du-Carmel-theresien-en-France.html)


Marine d’Escobar

Marine d’Escobar (1554-1633), née et morte à Valladolid, issue de la noblesse, est la fille de Yago de Escobar, professeur de droit civil et canonique et gouverneur d'Osuna, et de Margarita Montaña de Montserrat, fille du médecin de l'empereur Charles Quint.

Plutôt que de lui accorder l’entrée dans les carmélites, Ste Thérèse préféra qu’elle œuvre à l’extérieur. Elle mènera alors une vie consacrée aux œuvres charitables, à l’approfondir sa vie intérieure et extérieure faite de grandes mortifications. A 50 ans, sa santé devenue trop fragile, elle doit s’aliter. Elle ne quittera plus jamais le lit. Elle a été sujette à des apparitions, révélations, prophéties qu'elle a décrites plus tard dans un livre qu'elle a dicté et qui a été édité par directeur spirituel Luis de la Puente à sa mort sous le titre Merveilleuse Vie de la Vénérable Vierge de Escobar. « Le style de l'œuvre est frais et agile, naïf et simple, avec des visions pittoresques et imaginatives » (https://ca.wikipedia.org/wiki/Marina_de_Escobar).

En 1582, elle a fondé l’Ordre de Récollection[2] de Sainte-Brigitte.

« Le Vendredi Saint de l'année 1616, elle est admise à toucher la blessure du Cœur, en lequel elle voit, en 1622, le mystère de la sainte Trinité »(http://www.spiritualite-chretienne.com/s_coeur/ resume_d8.html)

« Je vis Notre-Seigneur qui m'ouvrait sa poitrine sacrée et me montrait son Cœur très saint, tout brûlant d'amour pour ses créatures, et je vis dans une très vive lumière comment il nous a aimés et nous aime, comme s'il disait: Regarde. C'est de cet amour, c'est avec ce Cœur que je vous ai aimé » (Merveilleuse Vie).


Isabelle des Anges

Isabelle des Anges (1565 - 1644), née en 1565 à Villacastin (province de Ségovie), a eu pour père, Don Juan Màrquez Mexia, qui remplit des missions importantes à l ’étranger, au service de son prince. « Il vivait plus comme un religieux que comme un homme du monde et faisait chaque jour deux heures d ’oraison mentale. Il eut douze enfants, dont huit seulement vécurent : deux filles seront Clarisses, les deux autres, Carmélites à Salamanque ; des quatre garçons, l ’un sera Jésuite, un autre, Carme Déchaux, un troisième, prêtre séculier. La Mère Isabelle entre, le 5 mai 1589, avec sa sœur Beatriz, au Carmel de Salamanque. Elle devait y passer quinze ans et remplir, à partir du 1o octobre 1602, la charge de Sous-Prieure et de Maitresse des Novices. » (F.R. Pierre de La Croix o.c.d. Une Carmélite Espagnole en France :La Mère Isabelle Des Anges Ephemerides Carmeliticae 09 (1958/1) 196-221 sur le carmel d’Avila et de Paris).


Le couvent de Salamanque était le plus pauvre des couvents des carmélites déchaussées. Mère Isabelle fait partie de la seconde génération des carmélites déchaussées et n’a donc pas connue Ste Thérèse († 1582). Professe en 1591, elle devient sous- prieure en 1602. Il est des six carmélites déchaussées à participer à la fondation de l’ordre du Carmel à Paris, rue St Honoré en 1604. Elle en sera sous-prieure en 160. Elle suivit Anne de Jésus à Dijon en 1605 puis fonde un couvent à Amiens en 1606, Rouen en 1609, Bordeaux en 1610, Toulouse en 1616, Limoges en 1619 où elle mourut le 14 octobre 1644 quarante ans après son arrivée à Paris. Elle a été  la seule religieuse espagnole parmi les fondatrices qui resta en France jusqu’au bout de sa mission. Elle «   aima les Françaises autant qu’elle en fut aimée ». Elle écrivit des lettres à ses sœurs de Salamanque, source de renseignements sur la vie des carmélites française (cf. F.R. Pierre de La Croix).


Luisa de la Ascensión

Luisa de la Ascensión (Luisa Ruiz de Colmenares 1565-1636), née ‘incidemment’  à Madrid et morte à Valladolid, est plus connue sous le nom de religieuse de Carrión, « en référence au monastère de Santa Clara, situé à Carrión de los Condes, dans la province de Palencia, où elle vécut une grande partie de sa vie et où elle acquit une renommée internationale pour ses phénomènes mystiques et ses grands talents musicaux et lyriques. » (socle de la biographie https://es.wikipedia.org/wiki/Luisa_de_la_Ascensión).

Luisa était la petite fille du grand compositeur de la Renaissance espagnole, Antonio Cabezón (1510-1556 voir Renaissance, Musique/Vers La Monodie/Espagne), fondateur de l’école d’orgue espagnole, célèbre pour ses Tientos (forme musicale entre le ricercare italien et la fantasy anglaise. Son père était au service du roi Philippe II et sa mère dame d'honneur de l'impératrice Isabelle de Portugal. En 1584, elle prononça ses vœux au couvent Santa Clara de Carrión dans la ville de Palencia (Castille-et-León) où sa famille vivait. Elle fut abbesse par deux fois, probablement de 1609 à 1611 et de 1615 à 1617.


Ses dons mystiques se manifestèrent rapidement : don de révélation, prédiction de l'avenir, don d'apparitions, nombreux bilocations Sa renommée fut telle que le duc de Lerma, valido (favori-conseiller) vint la  consulter en 1609 et  en 1613, le roi Philippe III se rendit au couvent de Palencia pour solliciter ses conseils sur des questions politiques et religieuses.

Ayant établi une stricte égalité de traitement entre les sœurs issues de la noblesse et celles qui ne l’étaient past, elle s’attira la réprobation de certains prélats.

« L’Inquisition lui fit une procès de possible mensonge et d'instabilité mentale, elle fit l'objet d'une enquête qui dura plus de quatorze ans. Le Saint-Office décida que le procès devait se poursuivre en l'absence de sœur Luisa de sa communauté, et elle fut contrainte de demeurer au couvent des Augustines Récollets de Valladolid. Seize mois après son arrivée au couvent de Valladolid, le 28 octobre 1636, sœur Luisa mourut. » (idem)


En 1648,le tribunal conclut à son innocence. En 1649, sa dépouille fut transférée au couvent de Carrión.

On lui attribua des talents d’organiste et fut certainement une grande chanteuse et compositrice de coplas (chants traditionnels espagnols), comme en témoigne le manuscrit écrit par son frère, Francisco de Colmenares. En 1633, un recueil de pièces polyphoniques contenant entres autres des pièces des grands compositeurs de la Renaissance Tomás Luis de Victoria et Cristóbal de Morales lui fut offert ; recueil qui présente deux particularités qui en font sa valeur : les voix de ténor ont été  augmentées d’un octave pour soprano ; et il est un des très rares ouvrages musicaux  a avoir été conçu pour un couvent.


Teresa Valle de la Cerda

Teresa Valle de la Cerda (1599-1647)« fut la fondatrice et la prieure du couvent bénédictin de San Plácido à Madrid, où se seraient produits une série d'apparitions, de pratiques hérétiques et de possessions démoniaques. Ces événements ont conduit le Tribunal du Saint-Office à prononcer la sentence suivante contre Thérèse en 1630 : « Elle sera sévèrement réprimandée et avertie, et elle devra renier les erreurs de son procès. Nous la privons du droit de vote passif pendant dix ans et du droit de vote actif pendant quatre ans. Durant cette période de quatre ans, elle restera au couvent de Santo Domingo el Real à Tolède, sans pouvoir retourner à San Plácido ni dans aucun autre couvent de la Villa de Madrid, Cour de Sa Majesté. » (Muñoz Pérez, Laura S. « Desvelos en el convento: La escritura de Teresa Valle y su relación con el Conde-Duque de Olivares ( Nuits blanches au couvent : L'écriture de Thérèse Valle et sa relation avec le comte-duc d'Olivares)». Pictavia Aurea, édité par Alain Bègue et Emma Herrán Alonso, Presses universitaires du Midi, 2013, https://doi.org/10.4000/books.pumi.3315.


Sœur Marie de Jésus de Agreda

Sœur Marie de Jésus de Agreda ( Sœur Marie des Anges, Marie Férnande Coronel, 1602-1665), née et morte à Agreda (Castille et León) dans une famille modeste, entre à 16 ans dans l’ordre franciscain de l’Immaculée Conception ( les Conceptionistes) avec sa mère et sa sœur, faisant de la maison familiale leur couvent. Le père et les deux fils entrent eux dans l’ordre franciscain du Saint Sacrement.

Dans les premières années de sa vie conventuelle, elle est sujette à des lévitations, visions et bilocations. En 1627, elle est nommée abbesse et le restera jusqu’à sa mort. Durant son abbatiat, elle développe économiquement son couvent et multiplie le nombre de sœurs ; de nouveaux couvents seront ouverts. En 1635, débute son procès devant le tribunal de l’Inquisition pour ses écrits qui ont soulever une forte polémique qui perdurera bien longtemps après sa mort. Ils sont finalement approuvés en 1650.

Elle a laissé trois écrits La Mistica Ciudad de Dios, son principal ouvrage commencé en 1637, sa correspondance avec Philippe IV d'Espagne, commencée en 1643, et l'examen personnel qu’elle dut faire devant le tribunal de l'Inquisition en 1650.


La Mistica Ciudad de Dios traite de la prédestination de la Vierge jusqu'à l'Incarnation (livres 1-2), de l'Incarnation à l'Ascension du Seigneur (livres 3-6), de l'Ascension à l'Assomption et au couronnement de Marie au ciel (livres 7-8). Commentaires sur la vie de Jésus et de Marie, il contient la « Doctrina que me dio la Reina del cielo". Sur ordre d’un confesseur, elle brûla le manuscrit écrit en 1637 relatant ses visions. Elle le réécrira entre 1655 et 1660.

Sœur Marie fit preuve de connaissances théologiques, bibliques, historiques, légendaires. Elle a entendu de la prédication et a surtout entretenues de longues et fréquentes conversations avec ses confesseurs et des prélats. Mais elle n’a pas   suivi d’enseignement particulier, la bibliothèque du couvent étant à cette époque d’un contenu très limité.

« En écrivant sa Cité Mystique de Dieu, Sœur María de Jesús de Agreda ne propose rien d'autre que de raconter simplement "sans opinions ni considérations", "sans disputes", la vie de la Mère de Dieu, "reine et notre dame" , "restauratrice de la culpabilité d'Eve" et "médiatrice de la grâce", "pour une nouvelle lumière du monde, joie de l'Église catholique et confiance des mortels". Son intention première est hautement spirituelle : proposer et proposer un modèle à imiter, un « miroir où les hommes voient leur ingratitude », Sainte Marie [3]» .


Sœur Maria Justa de Jesús

Sœur Maria Justa de Jesús (1667-1723) est née et morte à Tenerife. Sa biographie a été brûlée par son confesseur, le frère Andrés de Abreu et l’on ne sait presque rien de sa vie qu’elle passa au couvent des clarisses de La Orotava (Îles Canaries). L’inquisition l’accusa de Molinosisme. Le climat délétère entretenu par les rivalités des ordres religieux entre eux ne fut pas la seule raison pour laquelle on l’accusa de sorcellerie.

On lui a attribué des pouvoirs de guérison : rendre la vue aux aveugles, rendre la parole et l’ouïe aux sourds et muets…Elle serait morte des maladies qu’elle recevait de ceux qu’elle guérissait. « La douleur qu'elle absorbait l'amenait au bord de la mort, couvrant son corps de plaies tandis que la fièvre la consumait au lit »


Juan de Jesús Hernández y Delgado

Juan de Jesús Hernández y Delgado (1615-1687), né et mort à Tenerife, descendait d'un roi aborigène Guanche. Apprenti, il apprit néanmoins à lire. Très jeune, il était sujet à des lévitations que son entourage put constater. En 1646, il se fit franciscain et entra au couvent de San Diego del Monte proche de Cristobal de La Laguna où il mourut. Il était lié d’amitié avec la religieuse María de León Bello Y Delgado. A sa mort en 1687, il avait déjà acquis une grande renommée de sainteté.


María de León Bello Y Delgado

María de León Bello Y Delgado (sœur María de Jesús 1643-1731), née et morte à Ténérifé, d’origine Guanche, fut élevée par un couple originaire d'Espagne continentale, installé à La Laguna où le mari exerçait la médecine. Souhaitant agrandir leur famille, il accueillit María dont la mère, ses frères et sœurs vivaient dans la misère depuis la mort de leur père en 1646. Le médecin ayant décidé au bout de deux ans de partir pour le Nouveau Monde, María vécut chez une amie proche de sa mère qui mourut peu de temps après avoir retrouvé sa fille. Maria habita chez cette amie jusqu'à ce que, devenue jeune femme, deux connaissances, en qui elle avait apparemment confiance, arrivèrent à La Orotava. L’une d’elle se faisant passer pour Catalina Delgado, tante de la fillette, elle l'invitat à venir vivre avec elle et son mari, Miguel Pérez, un riche propriétaire terrien de La Laguna. Mais la tante s’avéra être une entremetteuse et Maria qui put lui être soustraite à temps alla vivre chez ses vrais oncle et tante maternels. C’est à cette époque que commença à se manifester les dons de Maria en même temps qu’elle se révélait être une bonne gestionnaire des affaires de son oncle qui,, à sa mort en 166, 5lui légua tous son biens.



Mais Maria préféra vivre dans le dénuement et se consacrer à la vie contemplative. Elle fut admise au  couvent dominicain de Sainte-Catherine-de-Sienne à San Cristóbal de La Laguna comme servante de sœur Jacobina de Saint-Jérôme.

Sa renommée fut rapide. Elle était réputée pour faire des miracles. Elle était sujette à des extases, des visions. Elle prononçait des prophéties et connut les stigmates. Son corps est conservé intact dans le couvent où elle vécut. Elle sera canonisée en 2000.

« Trois ans après sa mort, son corps incorruptible fut exhumé et placé dans un sarcophage polychrome richement orné, dans le chœur inférieur du monastère. » ( base de la biographie https://www.cristodelalaguna.com/contenido/sor-maria-de-jesus-de-leon-delgado-la-sierva-de-dios.html)


Maria Crocifissa della Concezione

Maria Crocifissa della Concezione (Isabelle Tomasi di Lampedusa 1645-1699),  née à Agrigente (Sicile) et morte à Palma di Montechiaro  (Sicile) est la fille du  duc Santo, prince de Palma di Montechiaro en 1667. De famille est très pieuse, à sa naissance, son père et son oncle font construite un monastère à Palma di Montechiaro . Son frère Giuseppe- Maria deviendra cardinal et sera sanctifié, ainsi que ses deux autres sœurs, Francesca et Antonia. Elle-même sera proclamée sainte en 1986 par le pape Jean-Paul II.

A 15 ans, elle entre au couvent et prend le nom de sœur Maria Crocifissa della Concezione. Sa vie est occupée par des taches modestes,  l’oraison et les pénitences. En 1672, elle aurait eu une vision de Notre-Dame des Douleurs qui lui aurait dit "La croix sera ton cloître perpétuel... La croix est déjà établie, il reste à monter lentement dessus... pour être parfaitement crucifiée ". La vénération de Notre-Dame des sept Douleurs (Mater Dolorosa) remonte au IIIème siècle, mais le culte ne sera officialisé qu’ en 1221 au monastère cistercien de Schönau ( Bade-Wurtemberg). Atteinte d’infirmité, elle meurt prématurément à l’âge de 54 ans.

Son descendant, l’écrivain, Giuseppe Tomasi di Lampedusa (†1957) la fera apparaître en 1955 sous les traits de sœur Corbera dans son unique roman Le Guépard dont le réalisateur Luchino Visconti a adapté pour le cinéma en 1963.


La Lettre du Diable

Le 11 août 1676, sœur Maria se réveille dans sa cellule le visage recouvert d’encre avec une lettre de 14 lignes à ses côtés. Elle dira que cette lettre a été dictée par le diable. Les caractères en étaient indéchiffrables et le resteront jusqu’à ce que récemment le Ludum Science Museum de Catane   déchiffre la lettre.

« Le document parle essentiellement de Dieu et de son rapport aux mortels, tout en faisant allusion au Styx et donc à la rivière séparant le monde souterrain du monde des vivants dans les mythologies grecque et romaine… Selon d’anciens témoignages, il lui arrivait en effet fréquemment de réveiller ses sœurs en pleine nuit en hurlant et en criant. Elle prétendait alors être en train de combattre le diable » (Frédéric Pereira


Séraphine de Dieu

Séraphine de Dieu (Prudenza Pisa 1621-1699), née Naples et morte à Capri, fille d’un père marchand, passera son enfance à Capri, le berceau de leur familles où alors qu’ elle est très jeune ses parents retournent s’installer, d’abord en ville puis à la campagne. Elle est entourée par la nature. A 15 ans, ayant fait vœu de chasteté, pour marquer son refus d’être mariée à un riche marchand napolitain, elle se présente devant son père les cheveux coupés et en soutane de  Bizzoca[4]. Son père l‘expédie dans sa famille de Naples. Elle revient à Capri quelques années plus tard et se réconcilie avec son père qui reconnait ses torts envers elle. Avec le curé de l’ile et son oncle, elle a le projet d’ouvrir une maison religieuse pour jeunes filles de condition modeste. Le projet avorte suite à la protestation de la population.


En 1661, retournée à Naples, pour liquider la succession de sa mère morte cinq ans plus tôt (son père décède en 1645), elle obtient finalement l’autorisation d’ouvrir un couvent à Capri où elle s’installe avec quelques jeunes filles qu’elle a emmenées avec elle. Elles vivent dans la maison léguée par son oncle. Une église est bâtie. Puis Elle fait entreprendre la construction du grand monastère de Saint selon la règle des Carmélites déchaussée de Ste Thérèse en respect du vœu du curé de l’île qui fut son directeur de conscience. Le couvent  ne sera achevé que 20 ans plus Tard. En 1670, elle prend le nom de Séraphine de Dieu. De nouveaux monastères seront ouverts constituant la Congrégation de Saint Sauveur. D’autres monastères  continueront à s’ouvrir après sa mort.


En 1685, l’Inquisition la soupçonne de Quiétisme de manière plutôt surprenante puisqu’elle a écrit un Traité de l'Oraison de Foi dans lequel elle marque toute son opposition à ce courant. Cette même-année s’ouvre à Rome pour hérésie le procès du fondateur du Quiétisme, Miguel Molinos (1628-1696, voir Mystique/Espagne) qui sera condamné à la prison à vie. En France, Madame Guyon sera pour la même raison inquiétée. On l’accuse aussi d’être calviniste. En 1689, le procès s’ouvre. Elle est consignée dans sa cellule. Elle sera acquittée six ans plus tard en 1692. Mais elle ne sera plus prieure et devra se rétracter non publiquement sur certains de ses écrits.


A sa mort, des phénomènes étranges font se produire qui va amener à une autopsie à partir de laquelle on constatera le phénomène de transverbération : blessure spirituelle, invisible du cœur qui serait comme transpercé par un faisceau brûlant. Acte divin de purification du cœur par lequel une des trois vertus théologale est transmise (Charité, foi, espérance). Dans Le Livre de Sa Vie, Ste Thérèse relate sa transverbération qui a eu lieu en 1560 : « Je voyais dans les mains de cet ange un long dard qui était d’or, et dont la pointe en fer avait à l’extrémité un peu de feu. De temps en temps il le plongeait, me semblait-il, au travers de mon cœur, et l’enfonçait jusqu’aux entrailles ». En 1224, le premier stigmatisé, St François d’Assise sera transpercé à la paume des mains d’un rayon lancé par un Séraphin dont il a la vision. En 1989, sœur Séraphine sera déclarée Vénérable, titre plus élevée que Serviteuse de Dieu mais moins que Bienheureuse et ultimement Sainte.

Elle laisse une correspondance importante avec plusieurs prélats dont le futur Benoit XIII.

Prudenza a eu deux frères prêtres : Don Ottavio, chanoine pénitencier de la cathédrale de Naples et consultant auprès du tribunal diocésain, et Gennaro qui fut jésuite.


Maria degli Angeli

Maria degli Angeli (Marie des Anges, Marianna Fontanella 1661-1717), née et morte à Turin, est la fille de comte Jean Donat Fontanella di Baldissero et de la comtesse Maria Tana di Santana.

« A quatre ans, elle gémissait de ne pouvoir communier ; à six ans, elle voulait s'enfuir en la solitude pour vivre dans la pénitence jusqu'à sa mort. Elle tomba gravement malade de chagrin, à la suite des obstacles qui s'opposèrent à ses desseins, mais guérit soudain après avoir reçu la douce apparition de Marie tenant Jésus dans ses bras. » (https://www.foi-magistere-parole-de-dieu.com/vies-de-saints/saints-m/marie-des-anges-16-12)

En 1673, elle entre comme pensionnaire au couvent des Clarisses de Santa Maria della Starle à Rifreddo di Saluzzo (Saluces, Piedmont). Elle y reste un an et demi, puis retourne dans sa famille en 1675. A la mort de  son père. En 1676,  malgré la réprobation de sa mère, elle entre à quatorze ans, au couvent des carmélites déchaussée de Ste Cristine à Turin. Elle en sera prieure 19 ans plus tard.


Elle est proche de la famille ducale Victor-Amédée II de Savoie qui tient pour certain que l’intercession de la sœur Marie auprès de Saint Joseph a largement contribué à la levée du siège de la ville en 1696. Le Duché, qui s’est rallié à la Ligue de d’Augsbourg, est alors en guerre contre la France dans le cadre de la Guerre de Succession Palatine (1688-1697). Il en sera de même en 1706, lorsque à la Bataille de Turin, les troupes du duc et celles de son cousin le Prince Eugène de Savoie, chef de guerre au service des Habsbourg défont les troupes française.

Entre 1681 et 1691, elle occupe les postes d'infirmière et de rouet. En 1691, elle est élue maîtresse des novices, en 1694 prieure (avec dispense du Saint-Siège en raison de son jeune âge), en 1697 elle est de nouveau rotara. De 1700 jusqu'à sa mort, elle occupe alternativement, tous les trois ans, les deux plus hautes charges, à savoir celles de maîtresse des novices et de prieure… Les premières manifestations de sainteté ont eu lieu le 14 décembre 1690, et se sont révélées par des visions, des extases (devenues quasi quotidiennes à partir de cette date), des divinations et des guérisons miraculeuses. » (di Francesca Medioli - Dizionario Biografico degli Italiani - Volume 48 1997). En 1703, le couvent carmélite de Moncalieri est inauguré en présence de Mère Maria degli Angeli.


Elle laisse une correspondance et des écrits spirituels : le Livre des Relations (ms.) et Dévotes Pensées et Tendres Affections sur l'Attente de la Naissance de la Vierge Marie.

Elle a voué sa dévotion à la Vierge Marie. Elle a particulièrement prié pour les âmes du purgatoire. Une biographie est écrite en 1709 sur ordre des supérieurs de l’ordre. Elle est déclarée Bienheureuse en 1865.

« Souvent, les dames de la Cour, qui entraient au monastère dans l'entourage de Madame Royale ou de la Duchesse pour participer aux prières des religieuses, étaient des spectatrices curieuses (et moqueuses) de ses fréquentes extases… Des guérisons miraculeuses attribuées à son intercession entraînèrent un afflux croissant de demandes de prières au monastère.


Véronique Giuliani  

Orsola Giuliani (1660 - 1727), née à Mercatello dans la province d’Urbino (Les Marches) et porte à Città di Castello près de Pérouse (Ombrie), dernière enfant d’une fratrie de cinq,  passe sa prime enfance dans une famille très pieuse. Elle par le et s’amuse avec l’enfant Jésus-Enfant qu’elle voit sur l’une des nombreuses images pieuses accrochées dans la maison. Sa mère meurt alors qu’elle n’a que 5 ans. A dix-sept ans, elle entre au couvent des clarisses capucines de la Città di Castello en Ombrie et prend le nom de Véronique. Les Capucin(e)s ne prononcent pas de vœux, mais suivent la règle du Tiers-Ordre franciscain. Ils mènent une vie essentiellement axée sur l’aide sociale, l’assistance aux pauvres. Les hommes portent la barbe.

 En 1688, à seulement 28 ans, alors qu’elle a refusé plusieurs demandes en mariage de jeunes nobles, elle est nommée au poste important de maitresse des novices.. En 1694, elle a l’expérience spirituelle du « mariage mystique », expression employée pour la première fois par St Jean de La Croix dans le Cantique Spirituel.

Le Mariage Mystique est à entendre en son sens étroit, celui d’une union à la présence divine et non pas seulement dans le sens large d’une relation en laquelle le Christ apporte sa parole, son réconfort et son soutien. Le Bien-aimé remet soit l’anneau d’union nuptiale soit comme pour elle la couronne d’épines. Deux ans plus tard, elle aurait été sujette à la transverbération (blessure virtuelle au cœur par un rayon, une flèche brûlante, blessure qui aurait entrainait un saignement réel Ste Thérèse a décrit la sienne. En 1697, après un jeûne de trois ans, elle reçoit les stigmates aux mains qu’elle gardera pendant trois ans. l’Église reconnaitra l’authenticité du fait.


«  Des plaies de Jésus sortirent des traits de feu, quatre prirent l’aspect de clous, et le cinquième prit la forme d’une pointe de lance scintillante (la blessure au côté). [...] Je ressentis une terrible douleur, mais en même temps je compris clairement que je venais d’être entièrement transformée en Dieu » (Son Journal)

De même, Catherine de Sienne (1347-1380) en 1366 (ou 68?), vers l’âge de 19 ans, alors que les rues de la ville résonnent de la fête du carnaval, eut la vision d’un cortège de saints mené par le Christ qui la choisit pour épouse. Ce fut sa première expérience de mariage mystique. Elle en aura une seconde par les stigmates.

De 1716 à sa morte en 1727, elle sera abbesse de son couvent. Le meurt à l’âge de 67 ans. Elle est béatifiée en 1839.


Se pliant aux volontés de ses confesseurs, il a écrit un journal, Il Tesoro Nascosto ( Le Trésor Caché). Comme elle l’avait prédit, elle meurt d’apoplexie.

« Examinant soigneusement son cadavre par les experts, son cœur a été retrouvé marqué par les signes des instruments de la passion en parfaite conformité avec le modèle qu'elle avait esquissé bien des années plus tôt » (di Luigi Giambene - Enciclopedia Italiana/ santa-veronica-giuliani,1937)


Mariangela Virgili

Mariangela Virgili (1661- 1734), née et morte à Ronciglione (province de Viterbe, Latium) est enseignée dans la foi par son père très croyant, qui fera un pèlerinage à pied à Rome pour l’Année Sainte de 1675. L’Année Sainte a lieu tous les 25 ans et accorde par les œuvres et/ou un pèlerinage à dans la Ville Sainte, l’indulgence plénière, plein effacement de la peine temporelle qui demande des actes dits de réparation après que la confession a, elle, effacé le péché.

Il meurt quatre ans plus tard et la famille se retrouve dans la plus extrême pauvreté. En 1700, Mariangela entre dans l’Ordre du Tiers-ordre des Carmélites. Elle se consacre à l’apostolat et vit d’aumône. En 1702, elle fait sa profession publique et solennelle de tertiaire carmélite (laïque vivant dans la vie quotidienne la spiritualité du Carmel).


En 1707, elle ouvre une école publique pour filles avec l'aide de Rosa Venerini responsable à Viterbe de la congrégation Maestre Pie Venerini qui a pour vocation d’ouvrir des écoles publiques pour filles.

En 1713, elle se rend en pèlerinage à la Sainte Maison de Lorette, où pendant le voyage à Urbino elle opère une guérison miraculeuse (qui sera retranscrite après sa mort). A cette période, alors qu’elle ne sait  pas écrire, elle  apprends à lire par elle-même.

Un jour, dans l’église de Sutri (près de Viterbe), le Christ lui dit : « Un seul coin de ta maison te suffit et ton monastère sera tout le peuple de Ronciglione ». On la visite. Elle reçoit les Prêtres Doctrinaires, congrégation de prêtes fondée en 1592 à L’Isle/Sorgue (Vaucluse) et qui a rejoint l’Oratoire (de St Philippe Néri) en 1619. Elle reçoit chez elle toute personne en quête de soutien spirituel et même, un jour, toute une garnison espagnole. Elle est en rapport avec des évêques. En 1727, elle prédit la venue à Ronciglione des filles de Santa Teresa (carmélites) qui se produira 100 ans plus tard et précisément le 21 mai 1827.

En 1728, elle s’alite définitivement tout en continuant ses activités par l’aide de son entourage. Elle meurt six ans plus tard. Une autopsie est pratiquée sur son cadavre par des médecins, qui prélèvent du sang frais et constatent qu'il est souple au troisième jour du décès. Trois ans après sa mort, le père Francesco di Simone écrit sa biographie, Sur la vie de la Servante de Dieu Mariangela Virgili Carmélite Tertiaire. Le processus de béatification est toujours en cours (Cf. https://www.mariangelavirgili.com/ACMV/la_vita/index.htm).


Notes

[1] Frère convers ou sœur converse « Religieux non prêtre [ou religieuse] soumis à l’obéissance monastique, dont la vie est consacrée au travail manuel et qui, par son statut, n’est pas tenu de participer à tous les offices de la communauté. Il [elle] est considéré (e)comme laïcs par le Droit Canon.

[2]Recollection : du latin recolligere : revenir à soi. Courte
retraite d’une durée d’un ou deux jours. Faire une récollection c’est prendre du temps, s’arrêter et se mettre à l’écoute de Dieu. (Église Catholique en France)

 

[3] Citation et pour une étude approfondie de la Cité Mystique de Dieu : Ricardo Romero: Difusor de la Orden de la Inmaculada Concepción y de la causa de la beatificación de la Venerable Sor María de Jesús de Ágreda, www.mensajeromariano. wordpress. com

[4] « Le terme de Bizzoca a des origines anciennes et désigne des femmes hésitant à embrasser la vie monastique (dans un couvent), mais souhaitant vivre une expérience religieuse particulière tout en restant dans leur milieu de vie. Ces femmes étaient parfois liées (et dirigées spirituellement) avec des ordres mendiants dans lesquels elles étaient intégrées comme membre du Tiers-Ordre. Ce mode de dévotion est alors très développé dans le sud de l'Italie, et à Naples en particulier. » (Wikipédia) 

Outre-Manche

John Pordage - Jane Leade - Les Dissenters


John Pordage

John Pordage (1625-1698), né et mort à Londres, est le fils d’un épicier. Il étudie la théologie et la médecine à Oxford (McClintock and Strong Biblical Cyclopedia). En 1644, il est nommé second vicaire de l'église St. Laurence à Reading dans le Berkshire(s.e de l’Angleterre) . En 1647, il est nommé recteur de Bradfield toujours dans le Berkshire.. Il est considéré comme  disciple du mystique allemand Jacob. Boehme (1575-1624) qu’il a découvert par Abiezer Coppe (1619-1672) qui logeait chez lui en 1649. Coppe était un ranter. Les ranters(râleurs) étaient des dissidents (dissenters) durant la période di Commonwealth (16498t1660); généralement issus du people et disperse dans toute l’Angleterre, ils n’avait pas d’organisation  spécifique. Coppe est connu pour ses pamphlets hautement hérétiques s’attirant les foudres des royalistes aussi bien que des parlementaristes. « Coppe alliait une vision sociale égalitaire à une vision religieuse apocalyptique. ». Emprisonné puis libéré, il se repend de ses hérésies passées mais en crée d’autres.

 En 1649/51, avec Thomas Bromley, Pordage forme chez lui une « communion familiale » qui reprend les idées des Boehmistes (Behmenists), propagateurs allemands à partir de 1640 de la mystique de J. Boehme, date à laquelle son œuvre est publiée en Angleterre. Ce petit groupe, réuni autour de Pordage, aspire à s’élever spirituellement par une stricte vie monastique et la communication avec les anges. Marié, il nomme sa femme Deborah, et se fait appeler même père Abraham.


. De tempérament exalté, Pordage avait des visions. Dans la nuit du 3 janvier 1651, il n’a pas moins de trois : un  homme barbu tirant les rideaux de son lit  et disparaissant aussitôt, un géant portant un arbre déraciné auquel résista dans sa lutte avec des armes spirituelles et enfin un dragon crachant du feu qui le mir à terre. Ces visions eurent lieu pendant une sessions des Philadelphiens qui « tombèrent alors en extase et eurent des visions du monde céleste et infernal. Ces visions persistèrent pendant trois semaines, jour et nuit… [ils virent là] un avertissement céleste les incitant à se détacher du monde et à embrasser une vie de dévotion totale à Dieu. » (McClintock and Strong Biblical Cyclopedia). La police dut intervenir.

Pordage est accusé d’hérésie panthéiste mais il sera finalement innocenté. Trois ans plus tard, les presbytériens parviennent à faire poursuivre l’enquête et de six chefs d’accusation on passe à cinquante-six. Il sera cette fois-ci condamné « comme ignorant et insuffisant pour l'œuvre du ministère ». Il quitte son ministère de Bradfiel en 1655. A la restauration en 1661, il retrouve sa cure. En 1663, il fait la connaissance de Jane Lead qui sera sa disciple.


« À la mort de Mme Pordage, en 1670, ils repartirent pour Londres. C'est alors que, conformément à une vision accordée à Jane Leade, les « Philadelphiens » s'organisèrent en société. Les membres de cette société devaient vivre selon les lois du Paradis. Pordage ouvrit sa propre maison londonienne à la société. Le nombre de membres atteignit près d'une centaine. Les fréquentes visions de Pordage et de Leade exercèrent sur eux une forte influence. À la fin de l'année 1671, Pordage tomba en extase, au cours de laquelle il affirma que son esprit, se détachant de son âme et de son corps, avait été transporté sur la montagne de l'éternité. Là, il vit des choses célestes et éternelles. » (idem)

Sa seconde épouse, Elizabeth, était veuve de Thomas Faldo de Londres. Son fils, Samuel, est devenu un poète bien connu. John, William et Benjamin sont ses autres fils . Elizabeth, Mary, Sarah et Abigail ses quatre filles. Son frère, Francis, qui lui a survécu, était recteur de Stanford Dingley dans le Berkshire.


En 1673/74, il convient avec Jane Lead «  d'attendre ensemble dans la prière et le pur dévouement ».

Francis Lee, le gendre de Jane Lead, parle chaleureusement de la dévotion et de la sincérité de Pordage,

« Ce n'était pourtant pas un homme d'une intelligence robuste. Sa perspicacité dans les écrits de Boehme était faible et sa théosophie était d'ordre émotionnel. Dans son testament, il se décrit comme «docteur en médecine». Il ne semble pas qu'il détienne le diplôme de médecine, bien qu'il lui ait été attribué par d'autres, et il était communément appelé Dr Pordage [1]».

Ses écrits anglais sont nombreux : Truth appearing through the clouds of undeserved scandal (1655); The fruitful wonder; The Angelical world, etc. Mais ses trois œuvres capitales sont en latin : Theologia mystica, sine arcana mysticaque doctrina de invisibilibus aeternis (Amsterdam, 1695); Sophia, vel detectio caelistis sapientiae de mundo interno et externo (Amsterdam, 1699); Metaphysica vera et divina (Francfort et Leipzig, 1725, 3 vol.).


Comme les mystiques de son temps en dissidence avec les tendances rationalistes des théologiens et hommes d’églises, Pordage prône une approche non rationali arte, sed cognitione intuitiva (pas par l'art rationnel mais par la connaissance intuitive). Il privilégie l’expérience intime aux œuvres. Nous approchons Dieu par une intuition qui répond à notre second mode de connaissance, celui des êtres divins et surnaturels. Nous connaissons non pas parce que nous allons aux objets mais parce qu’ils nous pénètrent. Nous connaissons les objets visibles par nos organes de sens et nous connaissons les objets et être invisibles par notre âme[2]. La mystique de Pordage n’en recèle pas moins des aspects relevant du domaine du fantastique pour ne pas dire du plus total imaginaire ; du genre : « les esprits immortels des hommes ont une forme cylindrique et ressemblent à un souffle de brume transparente ; leurs mouvements sont aussi rapides que la pensée ; ils peuvent traverser montagnes, rochers, océan, terre, et ont à peu près la taille et le contour d'un corps humain. Les anges sont asexués, ou plutôt, ils sont l'homme et la femme entièrement fusionnés en une seule personne… ».

Ses connaissance en Astrologie étaient reconnues La société des philadelphiens subsista quelques temps après sa mort.


Jane Leade

Jane Ward (épouse Leade ou Leadly 1624-1704), née à Letheringsett dans le Norflolk (centre- est, Mer du Nord) et morte à Londres est la douzième enfant d’un riche propriétaire terrien. La famille habite la riche demeure de Letheringsett Hall de style géorgien (style de la période des rois Georges de Hanovre 1714-1830). Elle passe une enfance calme jusqu’au soir de noël de 1639 où à l’âge de 15 ans elle entende une voix lui dire : « Cesse cela, j'ai une autre danse à t'entraîner ; car ceci est vanité ».Elle continue néanmoins à mener une existence normale. En 1644,  elle épouse un cousin éloigné, William Leade, marchand de son état. Le couple vivra dans la ville portuaire de  King's Lynn (Norfolk) et aura  quatre enfants.

Elle a 38 ans quand elle rencontre en 1663, John Portage. Mais ce n’est que 5 ans plus tard, en 1668, qu’elle intègre la « communion familiale », un groupe boehméniste (de J. Boehme) qu’il a fondé en 1649/51. Lorsque son mari meurt ruiné, en 1670,  après 26 ans d’une union qui fut heureuse, Jane se retrouve complètement démunie. C’est à cette époque qu’elle a sa première vision de la «Vierge Sophia », qui lui promet de lui révéler les secrets de l’univers. Leade se déclare « Épouse du Christ » et commence alors  la transcription  de ses nombreuses visions qui seront publiés sous le titre A Fountain of Gardens après 1680.


 Selon Julie. Hirst, Jane Lead: Biography of a Seventeenth-Century Mystic. Aldershot: Ashgate, 2005 (cf. https://en. wikipedia.org/wiki/Jane_Lead#cite_ref-7), Jane Lead serait entrée au service de Pordage en 1674 et y serait restée jusqu’à la mort de ce dernier en 1681. En cette même année 1681, elle publie The heavenly cloud nom breaking (Le nuage céleste qui se dissipe) et deux ans plus tard La Révélation des Révélations. Selon certaines sources, elle aurait été, même influente au sein du groupe de la « communion familiale », qu’une  disciple de Portage ; selon d’autre sources, elle aurait eu de façon plus probable un réel ascendant sur Pordage et sur « la communion familiale » allant jusqu’à proposer un règlement qu’elle aurait reçu de ses visions. Quoiqu’il en soit leur entente est certaine puisqu’en 1673/74, ils conviennent « d'attendre ensemble dans la prière et le pur dévouement ».  

En 1694, elle prend  la direction du groupe qui prend alors le nom de  Philadelphian Society For The Advancement Of Piety And Divine Philosophy (the Philadelphians), Société philadelphienne pour la promotion de la piété et de la philosophie divine  la demeure.(cf aussi https://www.biblicalcyclopedia. com /L/leade-or-leadly-jane.html). Elle animera la société jusqu’à sa mort  en 1704 à l’âge de 80 ans. En 1702, elle était tombée dans une sorte d’inconscience. Elle n’en  sortit que peu de temps avant sa mort.

Elle est enterrée au Bunhill Field (district londonien d'Islington), cimetière connu comme étant la dernière demeure des non-conformistes comme William Blake, Daniel Defoe, John Bunyan et Susannah Wesley…


Sa Mystique

« Les écrits et les visions de Lead formaient le cœur des objectifs spirituels et des idées du groupe. Ils ont rejeté l'idée d'être une église, préférant le terme société, et aucun des membres n'a cessé d'être membre des églises existantes. Ensemble, le groupe avait des opinions quelque peu similaires au panthéisme, concernant la croyance en la présence de Dieu en toutes choses, et avec une composante non dualiste, en ce sens qu'ils croyaient également que la présence du Saint-Esprit existait dans l'âme de chacun et de chacun, et que l'on peut devenir éclairé et illuminé en vivant une vie vertueuse et en recherchant la vérité à travers la sagesse de Dieu » https://en.wikipedia.org/wiki/ Jane Lead)

Son christianisme universaliste lui fait rejeter  « la doctrine qui a été prêchée d'une misère et d'un tourment sans fin » (Journal)

Mystique universaliste et millénariste qui  englobe toute l’humanité, le Diable et les anges dans une commune réconciliation et un juste salut avec Dieu. Elle croyait en la venue de Sophia, à la Parousie. Et ses écrits parlent non seulement de la Sophia à laquelle elle attachait une grande importance, mais aussi de la nature du Christ, du salut de l'Homme par un retour à la Divinité, de l'Apocalypse. On peut y trouver des connotations avec les kabbalistes, les gnostiques, les alchimistes. Panthéiste, elle croyait en la présence de Dieu en toutes choses et en l'existence du Saint-Esprit dans chaque âme.


« Les opinions religieuses de Leade étaient basées sur la pensée du philosophe et mystique allemand Jakob Böhme (1575-1624) et sur ses propres visions et rêves, en particulier ceux de la Vierge Sophia, une incarnation de la sagesse » (Encyclopædia Britannica)

Très prolifique, elle a commencé à écrire son journal, A Fountain of Gardens à partir de 1670, mais elle ne publiera  que dans les années 80. Elle a laissé vingt ouvrages dont Le Puits du Jardin, journal de ses manifestations, La Nuée céleste ou l'Échelle de la Résurrection (1682), Révélation des Révélations (1683), La Vie Henochienne ou le Cheminement avec Dieu (1694), Les Lois du Paradis (1695), Les Merveilles de la création divine, en huit mondes différents (1695), L'Arbre de foi ou l'Arbre de Vie qui croît dans le Paradis de Dieu (1696).L’ésotériste Paul Sédir († 1926) en traduira une partie.

On retrouve son influence dans le piétisme radical allemand, en particulier chez les Frères Moraves du XVIIIème Siècle en Saxe, dans le romantisme allemand, chez des auteurs comme Emanuel Swedenborg, William Law et William Blake.

« Ses écrits, semblables à ceux de Jacob Bohme, mais moins originaux, abondent en langage emblématique et figuratif, et d'un style très obscur. »


Philadelphian Society

Le but de Jane Lead était de former une société regroupant tous les chrétiens véritablement régénérés, de quel qu’horizon qu’ils viennent,  pour former  l'Église visible du Christ sur terre en l’attente  de la Parousie  qui lui aurait été révélée pour l’an 1700. Elle n’ignorait pas  les mouvements piétistes et chiliastes allemands de cette époque.

« Ces écrits restés d’abord obscurs finirent par attirer au groupe des philadelphes un adhérent enthousiaste, en la personne d’un jeune érudit d’Oxford, Francis Lee (1661-1719). Celui-ci se lia avec Jeanne Lead, se mit entièrement à son service, épousa une de ses fille, devenue veuve, et se fit le secrétaire de Jeanne qui, sur ces entrefaites, était devenue aveugle. » (https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_de_théologie_ catholique /LEAD_ou_LEADE_Jeanne).

Si Leade a été l’initiatrice de la Philadelphian Society, c’est son gendre Francis Lee qui lui donna une structure. Il recruta de nouveaux membres  en Angleterre et en Hollande. Au sein du groupe qui ne voulut pas se considérer comme une église et a toujours préféré être une société, le problème se posa de savoir quelle attitude avoir envers les églises constituées. Certains souhaitaient  l’Ecclesiola in Ecclesia, chère au piétisme, d’autres comme Jeanne Lead souhait  une  séparation pure et simple. 

 « Le groupe partageait des convictions proches du panenthéisme, notamment la croyance en la présence de Dieu en toutes choses, et comportait une dimension non dualiste : ils croyaient également en la présence du Saint-Esprit dans chaque âme et en la possibilité d'atteindre l'illumination par une vie vertueuse et la recherche de la vérité à travers la sagesse divine (https://en.wikipedia.org/wiki/Jane_Lead#cite_ref-7).


The Dissenters

On regroupe sous le terme général de Dissidents (The Dissenders), les chrétiens anglais qui sont en dissidence avec l’Église Anglicane. Cela regroupe, les Presbytériens, les Puritains, les Quakers, les Latitudinariens, les Baptistes ( voir Religion/ Angleterre) et les Ranters. Plutôt pro-parlementaristes, si la période des Guerres Civiles Anglaises et de la République de Cromwell (1648-1660) leur a été favorable, avec la Restauration et la montée sur le trône du fils de Charles 1er, Charles II qui rétablit l’anglicanisme, leur sort le fut nettement moins  Les Dissidents seront  à nouveau persécutés. Et 1665 est établi le Code Clarendon contenant les lois pénales visant l’exclusion des dissidents. C’est environ 2000 non-conformistes (presbytériens, congrégationalistes, baptistes, quakers…) qui seront exclus de l’Église d’Angleterre. En 1688, au cours de La Glorieuse Révolution, ils prirent parti pour Marie II Stuart, fille de Jacques II et son époux Guillaume III d’Orange qui permirent aux  dissidents de pratiquer leur culte.

Parmi les Dissidents, certains sont évangélistes comme les Quakers de George Fox ou les Methodists de John Wesley. Certains sont politiques comme les Levellers (Niveleurs ) qui se révoltent pour protester contre l’invasion de l’Irlande par les troupes de Cromwell en 1649 et les True Levellers (ou Diggers) qui prônent une refonte de la société par un égalitarisme favorable à un mode de vie agraire. Certains sont non-chrétiens comme les Ranters (les Râleurs).

L'origine du terme "Ranter" (râleur) semble provenir d'une brochure anonyme intitulée "Une justification de l'équipage fou". « Dans les années 1660, le terme s'est attaché à tout groupe qui promouvait la déviance théologique. Il est difficile de déterminer leur credo exact [3]» Le terme a une connotation péjorative et est employé par ceux qui le combattent.

 Les Muggletonianists (Muggletoniens) qui s’en détachent avec Lodowicke Muggleton (1609–1698) rassemblent les idées des Quiétistes, de la Libre-Pensée et des Calvinistes pour ce qui est de la prédestination. Ces mouvement eurent une brève existence sauf celui de celui de Muggleton qui s’éteignit avec son dernier représentant en 1979.

Certains n’ont pas souhaité constituer une nouvelle Église et ont fondé des sociétés, tels les Philadelphiens  de J.Pordage et J. Lead.

Au XVIIIème siècle, apparaitra un mouvement dissident rationaliste, The Rational Dissenters, proche de l’anglicanisme mais défenseur de la liberté de conscience et contre la hiérarchie ecclésiastique. Ils fonderont des établissements d'enseignement supérieur dans lesquels raison et science tiennent une place prépondérante.


Notes

[1] Citation et socle de la biographie http://berkshirehistory. com/bios/jpordage.html

[2] Pour une connaissances plus approfondie de J. Pordage et Jane Lead voir : http://www.janelead.org/files/68794957.pdf : John Pordage ~Theologia Mystica and A Treatise Of Eternal Nature, Edited by Diane Guerrero, et http://www.janelead.org/avec Preface to  The Revelation of Revelations 1701  Edition, Spirit's Day Version

[3] Citation et sur les Ranters cf. McConville, B. (1995). Confessions of an American Ranter. Pennsylvania History: A Journal of Mid-Atlantic Studies, 62(2), 238-248.

Index des Religieux et Mystiques


 

Religieux

France

Catholiques

Père Richeome  1544-1625 

JacquesDavy Du Perron 1558-1618
  Pierre Coton    1564-1626

Saint François de Sales 1567-1622

Jeanne de Chantal 1572-1641

Pierre Bérulle1575-1629

Jean-Ambroise Duvergier Abbé de Saint Cyran 1581-1643

Louis Lallemant 1588-1622

Jean Rigoleuc 1595-1638

Saint Vincent de Paul1581-1660

Antoine Singlin 1607-1664

Jean-Jacques Olier1608-1657

Bossuet  1627-1704

Fénelon  1651-1715 

 La Duchesse de La Vallière ( Françoise-Louise de La Baume Le Blanc) 1644-1710

Robert Arnaud d’Andilly 1589-1674

Arnaud Henri Arnauld d’Andilly 1597-1672 

Angélique Arnauld d’Andilly 1591-1661

Antoine  Arnauld d’Andilly dit Le Grand Arnaud 1612-1694

Angélique de Saint-Jean Arnauld d'Andilly 1624-1684 

Pierre Nicole 1625-1685

Blaise Pascal1623-1622

Jacqueline Pascal 1625-1661 

Pierre Bourdaloue 1632-1704

Malebranche   1638-1715

 

Réformés

Académie de Saumur

Philippe Duplessis-Mornay 1549- 1623,

Louis Cappel 1585-1658

Josué de La Place 1596-1566

Claude Pajon 1626-1685

Pierre Jurieu 1637-1713

Moïse Amyraut 1596-1664

Paul Testard

Distincts

Jean de Labadie1610-1673 dissident

Jacques Gaffarel1601-1681 hébraîsant

Jacob Ammann , 1644- avant1730  amish

Outre-Manche

Anglicans

Thomas Cartwright 1535-1603

Robert Browne 1550-1633/36

William Laud 1573-1640

Roger Williams 1603-1684                                     

Dissidents

William Perkins 1558-1602 puritanisme

John Smyth (ou Smith) 1565-ca.1612 baptisme

George Fox 1624-1691 quaker

Robert Fludd 1574- 1637 rosisicrucien

Académie de Saumur

John Cameron 1579-1625

Robert Boyd, 7e Lord Boyd 1595-1628

William Craig

Pays-Bas

Michaël Baius (de Bay) 1513 1589

Jacob Arminius (Jakob Hermanszoon) 1560-1609 Arminianisme

Franciscus Gomarus 1563-1641

Willem Tellinck (1579-1629,

Cornelius Jansen (1585-1653 jansénisme

Gijsbert Voet (Gisbertus Voetius) 1589-1676

Wilhelmus à Brakel 1635-1711

Hugo Grotius 1583-1645

Outre-Rhin

Luthériens

Cornelius Martini 1586-1621

Jakob Martini 1570-1609

Georg Gutke 1589-1634

Dissidents

Philipp Jacob Spener 1635-1705 Piétisme

Maximilian van der Sandt 1578- 1656 jésuite

Espagne

Miguel de Molinos 1628-1696 molinonisme

Italie

Cesare Cremonini 1550-1631 scolastique

 

 MYSTIQUES

France

Barbe Avrillot (1566-1618) carmélite

Jeanne-Marie Bouvier de La Motte -1717 quiétisme

Le Père La Combe, était un barnabite 1640-1715

Marie de L’incarnation (Marie Guyart) 1599-1672

 Jeanne Chézard de Matela 1596-1670

Outre-Rhin

Jacob Boehme 1575-1624

Daniel Czepko von Reigersfeld 1605–166,

Quirinus Kuhlmann 1651-1689

Christian Rosenkreutz

Tobias Hess (1558-1614)

Christian Knorr, Baron von Rosenroth 1636-1689

Angélus Silésius 1624-1677

Johann Wilhelm Petersen 1649-1727 millénarisme

Espagne

Carmélites Déchaussées

Ste Thérèse 1515-1582

Ana de Lobera Torres Anne de Jésus 1545-1621

Marie de Saint-Joseph ( María Salazar de Torres 1548-1603

Anne de Saint Barthémémy (Ana García Manzanas) 1549-1626

Séraphine de Dieu (Prudenza Pisa) 1621-1699  

Maria degli Angeli (Marie des Anges, Marianna Fontanella) 1661-1717

Ordre Bénédictin

Maria Crocifissa della Concezione (Isabelle Tomasi di Lampedusa) 1645-1699

Teresa Valle de la Cerda  1599-1647

Ordre Franciscain

Sœur Marie de Jésus de Agreda ( Sœur Marie des Anges, Marie Férnande Coronel) 1602-1665 ordre franciscain
Tenerife

Sœur Maria Justa de Jesús 1667-1723

Juan de Jesús Hernández y Delgado 1615-1687

Sœur María de Jesú( María de León Bello Y Delgado) 1643-1731

Autres Ordres

Bernardo de Laredo (1482-1540), précurseur du Quiétisme

Marine d’Escobar 1554-1633 Ordre de Récollection de Sainte-Brigitte

Luisa de la Ascensión (Luisa Ruiz de Colmenares 1565-1636 Ordre des Clarisses

Orsola Giuliani  1660 - 1727Ordre des Capucins

Outre-Manche

John Pordage 1625-1698

Jane   Ward (épouse Leade ou Leadly) 1624-1704

Francis Lee 1661-1719

Lodowicke Muggleton (1609–1698) muggletonianisme