INTRODUCTION A L'ÂGE BAROQUE


LE POLITIQUE

INTRODUCTION


Des Temps Modernes aux Temps Contemporains

De l‘entrée dans les Temps Modernes concrétisés par les deux siècles de la Renaissance et les Temps Contemporains qui s’ouvrent au XIXème siècle, les XVIIème et le XVIIIème siècle, sont encadrés par deux bouleversements majeurs qu’ils devront pour l’un s’efforcer de ‘digérer’ pour l’autre de préparer, la Réforme Protestante et la Révolution Française.

Ce siècle, qui a commencé en France par un régicide, comme les siècles précédents n’échappent pas aux guerres d’une Europe divisée avec toujours pour conséquences des pillages et des populations décimées. Le Guerre de Trente Ans qui dure bien trente ans de 1618 à 1648 et dans laquelle tous les pays sont concernés crée un climat permanent de crainte, d’instabilité et d’incertitude sur.

« La guerre perdit son caractère circonscrit, sa dimension humaine : son rapport – voire son « équilibre » – avec les autres activités humaines fut rompu. La guerre devint quasi permanente. On avait l’impression de vivre au sein d’une belligérance absolue, au-delà de laquelle rien d’autre n’existait. » (Bruno Colson Les mutations conceptuelles de la guerre en Europe, du XVIIe siècle à nos jours, Presse Universitaires Saint Louis Bruxelles 2019)

Dans la seconde moitié du siècle, les guerres de conquête de Louis XIV et celle des Ottomans dont les velléités territoriales avaient été repoussées en 1571 à la Bataille de Lépante mais qui entameront un deuxième siège de Vienne en 1683, maintiennent ce climat d'inquiétude.

 

Au plan religieux, la pensée religieuse va continuer à prévaloir dans la conduite humaine. Plusieurs courants d’importance (jansénisme et molinonisme, arminiasnisme, piétisme, évangélistes) dans la continuité de la Réforme vont s’opposer à l’orthodoxie du catholicisme romain qui, lui, va déployer avec résolution, notamment auprès des gouvernants, en politique comme dans les arts, les principes de la Contre-Réforme issus du Concile de Trente (1545-1563). Il faudra attendre la fin du Siècle des Lumières pour qu’avec la Révolution Française s’amorce une déchristianisation du monde européen. La quasi-totalité des philosophes du XVIIIème siècle qui exaltent la Raison et forgent la notion de Progrès dans le contexte d’une philosophie de la nature (celle de la science) ont été ‘croyants’. Le matérialisme de Thomas Hobbes (†1679) n’induisant pas un athéisme radical mais plus un assujettissement du pouvoir religieux au pouvoir politique.

Le courant libertin, le libertinisme, qui tiendra une place importante dans les mœurs et les lettres, laisse percer de façon subliminale un athéisme qui ne dit pas son nom. En France, Madame la Duchesse de Longeville, fille du prince de sang (protocolairement juste après les enfants royaux) Henri II de Bourbon, mêlait allègrement débauche et dévotion. Le poète Théophile Viau (†1626) et le poète et musicien Charles Coypeau d' Assoucy (†1677) dont à 17 ans Savinien de Cyrano de Bergerac († 1655), lui-même poète et libre-penseur, fut l’amant et le protégé, en furent les représentants les plus connus.


Au plan philosophique, la pensée humaniste qui a émergé à la Renaissance va poursuivre son chemin vers plus de rigueur, de logique, de clarté en s’appuyant de plus en plus sur les faits observés, et/ou expérimentés entre autres en astronomie, en optique (domaine particulièrement étudier avec la lumière), s’éloignant ainsi des approches qui étaient celles des humanistes platoniciens, hébraïsants et chrétiens et des arts sacrés en général (alchimie, astrologie, holisme, hermétisme). René Descartes (1596-1650) et John Locke (1632-1704) apportent au XVIIème siècle l’un son rationalisme, l’autre son empirisme. Mouvements que poursuivront au siècle suivant des philosophes comme Étienne Bonnot de Condillac (1714-1780) pour le premier et David Hume (1711-1776) pour le second et bien évidemment les Encyclopédistes du Siècle des Lumières.

Copernic puis Galilée avaient au siècle précédent bouleversé les mentalités par leurs découvertes sur l’héliocentrisme (la terre tourne autour du soleil) qui mettait à bas son inverse (le géocentrisme). Un courant anthropocentrique va s’en dégager et placer l’homme au centre de l’univers ; courant qui, au fil du temps, affirmera de plus en plus le rôle déterminant de l’humain en tant que citoyen et conduira à l’individualisme ostensible de l’époque contemporaine.


Au plan scientifique, on assiste au XVIIème siècle à ce que l’on appelle désormais la science, la science dite moderne uniquement basée sur le mesurable, le quantifiable, l’expérimentable (l’expérience reproductible). Le physicien et chimiste anglais Robert Boyle (†1691) sera un des premiers défenseurs de la science expérimentale. Les lois de la gravitation universelle établies entre 1665 et 1685 par le physicien (et alchimiste) anglais Isaac Newton vont servir de fondement à la physique moderne. La primauté de la connaissance scientifique va prévaloir sur la connaissance révélée dans l'explication du monde naturel.


Les États

Le XVIIème siècle débute sur une situation géopolitique identique à celle du dernier quart du siècle précédent.

-   Les Habsbourg reste la plus puissante famille politique se partageant en deux branches, celle d’Espagne et celle du St Empire Germanique, une partie importante du continent. L’Espagne possède encore les Dix Provinces du Nord qui lui sont restées bon gré malgré attachées (Belgica ou Pays-Bas Méridionaux), après la prise d’autonomie des Sept Provinces-Unies réformées (futur Pays-Bas), qui ne sont pas encore la grande force politique, maritime et économique qu’ils deviendront et qui n’ont pu encore officiellement et définitivement faire cession avec elle.

-   La France se trouve ainsi entourée sur trois de ses frontières, Sud, Nord et Est par le Royaume d’Espagne. La politique extérieure de Louis XIV sera motivée par la nécessité d’en desserrer l’étau. Il y parviendra d’autant mieux que son second petit-fils, Philippe Duc d’Anjou, montera sur le trône d’Espagne en 1701 sous le nom de Philippe V, mais sans que lui-même et sa descendance puissent prétendre au trône de France. L’assassinat d’Henri IV en 1610 marque pour la France le début du siècle qui s’achèvera à la mort de son petit-fils Louis XIV en 1715. Sous le règne de Louis XIII, deux grands hommes d’états vont se révéler bâtisseurs d’état, le Cardinal de Richelieu (1585-1642) grand promoteur de la Raison d’État, et le Cardinal Mazarin (1602-1661), « accoucheur de l’absolutisme », qui sera le mentor d’un Roi Soleil.

Au milieu du siècle, la fracture au sein des instances gouvernantes que vont provoquer les deux frondes, parlementaire et princière, sera à l’origine de l’instauration d’un exercice du pouvoir royal unilatéral et de l’immense projet versaillais.

  • -   L’Italie demeure un amalgame d’états parmi lesquels les états pontificaux à la tête desquels se trouvent des papes bâtisseurs et mécènes sont les plus puissants. La sérénissime a commencé à perdre sa suprématie sur le commerce maritime en même temps que ses possessions dans le bassin méditerranéen.
  • -   L’Angleterre, tout en changeant de dynastie en 1603, passant des Tudor aux Stuart demeure un royaume puissant, riche et soudé par l’anglicanisme. L’instauration ou du moins la tentative d’instaurer une monarchie absolue et de droit divin par Charles 1Er (1600-1625) en Angleterre, précédant celle de Louis XIV , sa décollation en 1649, la ‘république de Cromwell’ (Common Wealth), la Restauration, la Glorieuse Révolution et la fin annoncée des Stuart avec l’arrivée sur le trône de l’épouse de Marie Stuart, Guillaume III d’Orange-Nassau seront les évènements marquant du siècle anglais.
  • -   Le pays des Scots a été en lutte permanente avec l’Angleterre au cours du XVIème siècle. Gouvernée par Jacques V Stuart (†1542), par son épouse la régente Marie de Guise (†1560), puis brièvement par leur fille Marie 1ère et enfin par le fils de celle-ci Jacques VI, roi à l’âge de 1 an en 1566 après l’abdication de sa mère emprisonnée et décollée à la hache et non au glaive (de la justice divine) par Élisabeth 1ère, l’Écosse, a du résister aux tentatives hégémoniques, militaire et matrimoniale, de l’ennemi héréditaire et s’allier pour cela à la France, autre ennemi héréditaire de L’Angleterre. Mais, l’Écosse comme l’Angleterre a connu les bouleversements de la Réforme et va devenir progressivement protestante sous l’action du fondateur de l’Église Presbytérienne John Knox (1514-1572). En 1560, le parlement écossais entérine la réforme de l'Église Écossaise. Jacques VI Stuart (Stewart), bien que catholique de naissance, va recevoir une éducation calviniste. Arrière-petit-neveu d’Henri VIII, il va devenir le premier roi d’Écosse a monté sur le trône d’Angleterre sous le nom de Jacques 1er à la mort en 1603 d’Élisabeth 1ère. La dynastie des Stuart qui règne depuis 1371 va continuer à régner sur l’Écosse jusqu’en 1714, remplacé par la Maison de Hanovre. Ann Stuart qui meurt sans descendance en 1714 aura été la dernière reine d’Écosse et d’Angleterre. En 1707, elle devient la première reine du Royaume de Grande-Bretagne, Angleterre et Écosse ne formant plus qu’un seul pays par l’Acte d’Union.
  • -   La Suède va créer avec la montée sur le trône en 1611du roi Adolphe II Vasa (†1630) surnommé ‘Le Lion du Nord’, un des événements majeurs du premier quart du siècle en s’imposant comme un véritable empire colonial avec une des premières puissances maritimes d’Europe avec les Pays-Bas et l’Angleterre. Il faudra attendre Colbert, entre autres ministre du commerce, de l’industrie et de la Marine Royale pour que La France mette en œuvre la construction de navires pouvant rivaliser militairement et commercialement avec ces flottes.
  • -   Outre-Rhin, si le St Empire catholique ‘tient’ par le biais de ces princes et Grands Électeur essentiellement le territoire allemand du Sud, l’Autriche et la Bohème, non sans troubles, le Nord, ses principautés et duchés (Saxe , Anhalt, Hesse…), acquis depuis le siècle précédent à la Réforme, constituent un conglomérat de souverainetés qui revendique un nationalisme politique et culturel. La Guerre de Trente Ans (1618-1648) fera subir à ce qui sera un jour l’Allemagne la même dévastation économique et démographique qu’elle avait connue pendant la Réforme au cours des affrontements sanglants et destructeurs qui, au long du siècle, avaient opposé les troupes catholique espagnoles et les états protestants ‘rebelles’.
  • -   En 1580, le trône portugais sans successeur mâle de la dynastie des Aviz passe par mariages aux mains des Habsbourg d’Espagne. Philippe II, fils et successeur de Charles-Quint, devient roi du Portugal sous le nom de Philippes 1er. La catastrophique expédition au Maghreb du roi Sébastien Ier dans laquelle il trouva la mort en 1572 aura marqué le début de la fin de la grandeur portugaise. Bataillant militairement et politiquement pour recouvrer son indépendance depuis 1630, il faudra attendre la montée sur le trône en 1640 du duc de Bragance, sous le nom de Jean IV de Portugal, dit Jean le Restaurateur pour que le pays retrouve sa souveraineté. Deux facteurs ont favorisé cette restauration: D’une part, l’affaiblissement de l’Espagne empêtrée dans Guerre de Trente Ans et dans le conflit qui perdure avec les Pays-Bas (Guerre de 80 Ans 1568-1648), et d’autre part, la source de richesse que représente toujours le Brésil ; en 1600, le Brésil était le premier producteur mondial de sucre et le principal fournisseur de ressources du Portugal.
  • De façon globale l’Europe va resté déchirée par les rivalités politiques, territoriales entre les vieilles dynasties, et l’ambition des nouvelles puissances (Suède, Pays-Bas).


Lignes Directrices

Au XVIIème siècle, la géopolitique européenne va s’orienter suivant huit principales lignes directrices :

  • -   La mise en œuvre des principes de la Contre-Réforme dans les pays catholiques, Italie, Espagne, France.
  • -   L’affirmation sous-jacente d’un pouvoir politique des calvinistes alliant selon les principes de Calvin pouvoir temporel et pouvoir spirituel.
  • -   L’émergence de la puissance politique, économique et artistique des Provinces–Unies qui va être un exemple de modernité et de libéralisme pour le reste de l’Europe avec notamment l’émergence du capitalisme, et devenir la première puissance coloniale avec La France (Canada, Antilles, Louisiane).
  • -   L’établissement de l’empire de Suède
  • -   Le déclin de la puissance politique et militaire de l’Espagne avec la faiblesse des descendants de Philippe II et la fin de l’arrivée des galions chargés d’or.
  • -   L’instauration de la monarchie absolue de droit divin en France.
  • -   La conquête et la défense des voies commerciales maritimes pour la suprématie maritime et le développement des Compagnies Orientales et de leurs comptoirs; ce qui n’ira pas sans donner lieu à plusieurs guerres avec des revirements d’alliances entre les belligérants, Angleterre, Hollande, Suède.
  • -   La poursuite des explorations à travers le monde. Exploration de l’Océan Pacifique avec la découverte d’îles comme Tahiti ou l’Australie. Découverte des pôles de l’Arctique et de l’Antarctique.
  • -   La poursuite de la Traite Négrière. Commencée au siècle précédent avec quelque 550000 esclaves africains expédiés de la Sénégambie (Senégal-Gambie) en majeure partie vers les Caraïbes- Antilles mais aussi vers le Brésil et l’Europe, la Traite Négrière va s’intensifier au XVIIème siècle. On a estimé que toujours en partance de la Sénégambie, 1700000 esclaves ont été déportés aux Caraïbes et au-delà, 1300000 déportés en Amérique du Sud et 700000 vers l’Europe. Au XVIIIème siècle, rien que pour l’Amérique du Nord le chiffre s’élèvera à 7000000 (https://www.un.org/fr/observances/decade-people-african-descent/slave-trade).




FRANCE

Les Règnes - Les Événements Majeurs Nationaux


Les Règnes

Les historiens font commencer le XVIIème siècle en France en 1610,  et le font s’achever 1715. 1610 est l’année de l’assassinat de Henri IV (en avril) et de l’accession au trône (en octobre) de Louis XIII, 1715 est celle de la mort de Louis XVI en septembre.

Seuls deux règnes vont donc couvrir le siècle. Louis XIII ‘Le Juste’, doté d’un for bégaiement, né en 1601 d’Henri IV qui a ouvert la dynastie des Bourbon, et de Marie de Médicis (1575-1642) règne de 1610 à sa mort en 1643. Son premier conseiller a été Jean Armand du Plessis Cardinal de Richelieu (1585-1624-1642), Louis XIV

Louis XIV ‘Le Grand’, né en 1638 de Louis XIII et d’Anne d’Autriche (1601-1666), règne effectivement à partir de 1661 jusqu’à sa mort en 1715 ; Sa mère ayant assumé la régence de 1643 à 1661 avec pour conseiller le Cardinal Mazarin (Giulio Raimondo Mazzarino 1602-1661) à partir de 1643. Les principaux conseillers et ministres de Louis XIV seront Michel Le Tellier Marquis de Barbezieux de 1643 à 1685(†), son fils Michel Le Tellier Marquis de Louvois de 1683 à 1691(†), Jean-Baptiste Colbert de 1661 à 1683(†)


Règne de Louis XIII

A la mort d’Henri IV, son épouse Marie de Médicis va officiellement assumer la régence jusqu’en 1614, date à laquelle, le Parlement de Paris, réunit en le Lit de Justice proclame la majorité du roi âgé alors âgé de 13 ans et déjà atteint d’un fort bégaiement. La Reine convoque les États Généraux, parvient à se faire nommer Chef du Conseil du Roi et prend pour conseiller écartant de fait son fils du pouvoir le déclarant « faible de corps et d’esprit ». Concino Concini (francisé Conchine 1569-1617). C’est par un coup de force en 1617 que celui-ci prend le pouvoir en faisant assassiner au Louvre (sous le Pavillon de l’Horloge), le personnage le plus détesté de l’entourage du roi, Concino Concini, Maréchal de France, favori de Marie qu’elle aura nommé Premier Gentilhomme de la Chambre. Son épouse, qui a été favorite de la reine-mère monte sur l’échafaud quelques mois plus tard. Le roi n’a pas pardonné à sa mère de lui avoir fait épouser une catholique qui plus est Habsbourg, Anne d’Autriche qui, fille de Philippe III d’Espagne n’en sera pas moins la mère de Louis XIV. Louis XIII a considéré ce mariage comme une trahison envers son père qu’il chérissait.

Le roi exile sa mère à Blois. Mais, elle rentrera en grâce en 1620 sur les conseils de celui que le roi a pris pour conseiller Charles d’Albert (1578-1621)qui fut le page de son père (1578-1621), connétable (chargé des écuries royales et de l’administration des armées, chef des celle-ci en l’absence du roi) en 1620 et premier Duc de Luynes en 1619 1621.

A la mort du conseiller, Marie de Médicis recommande à son fils de prendre pour nouveau conseiller celui qui fut son Chef du Conseil du temps de la régence et qui connut comme elle mais en moindre part la disgrâce, Armand Jean du Plessis, qu’elle a pris soin de faire nommer en 1622 Cardinal de Richelieu par le pape Grégoire XV. En 1624, Richelieu (1585-1642) devient à 40 ans au Conseil du Roi.

Le règne de Louis XIII entre alors dans une toute nouvelle phase. Le cardinal va avoir un ascendant certain sur un roi quelque peu neurasthénique. Sa politique aura un triple objectif :

  • -      Réduire le protestantisme : Siège de La Rochelle (1627-28), redditions d’Alès et de Privas (1626).
  • -      Réduire la puissance des Grands. En même temps qu’il réduit le nombre de leurs charges, il fait raser 2000 de leurs châteaux au prétexte qu’ils ne sont plus utiles à la défense du territoire.
  • -       Réduire la puissance des Habsbourg qui possède encore un immense territoire sous différentes gouvernances : Celle des Habsbourg d’Autriche sur Saint Empire (Autriche, Bohême), celle des Habsbourg d’Espagne sur le Royaume d’Espagne, le Royaume de Naples, les Pays-Bas Espagnols, le duché de Milan (jusqu’en 1714) et sur le Portugal (jusqu’en 1642). Au gré des circonstances, Richelieu fera accompagnée d’une aide financière alliance avec les pays hostiles à l’Espagne dont les Provinces-Unies Calvinistes et la Suède également réformée.


A La Journée des Dupes en 1630, Louis renouvellera sa confiance au Cardinal avec pour conséquence l’exil définitif de sa mère qui trois ans plus tôt avait fait don de son Palais du Luxembourg au cardinal. L’épouse d’Henri IV pour s’être réfugiée dans les terres ennemis des Provinces du Nord Espagnoles, se verra privé de son titre de reine et de toutes les pensions et rentes dont elle bénéficiait. Après avoir séjourné de cours d’Europe en cours d’Europe, elle meurt en 1642 de phtisie à Cologne dans la maison de son ami le peintre Pierre Paul Rubens, mort lui-même deux ans plus tôt à Anvers.


  • Richelieu fonde l’Académie Française en 1635. Il meurt en 1642 de tuberculose après une vie jalonnée de maladies (goutte, rhumatismes, fièvres, hémorroïdes…).
  • Louis XIII dit Le Juste, à la personnalité complexe, ‘embrouillée’, bisexuel ( ?), compositeur et joueur de luth est marié à l’âge de 14 ans à Anne d’Autriche (1601-1666), fille de Philippe III d’Espagne de laquelle il aura deux fils, Louis-Dieudonné (1638-1715) et Philippe de France dit Monsieur (1640-17011). Il meurt à 41 ans en 1643 le même jour que son père, un 14 mai, de la maladie de Crohn (inflammation des intestin qui peut s’étendre). En 1642, un an avant sa mort, il autorise la traite des esclaves pour les Antilles ? Cette même année, avant de mourir Richelieu lui recommande de nommer le Cardinal Mazarin (1602-1661) comme son principal conseiller . Sous son règne, le Béarn, le Roussillon et provisoirement la Catalogne ont été rajoutés au royaume.
  • Sous le règne de Louis XIII, deux grands hommes d’états se seront révélés comme des bâtisseurs d’état : le Cardinal de Richelieu (1585-1642) grand promoteur de la Raison d’État, et le Cardinal Mazarin (1602-1661), « accoucheur de l’absolutisme », qui sera le mentor d’un Roi Soleil..


Le Testament de Richelieu

Armand Jean du Plessis, Cardinal-Duc de Richelieu (1585-1642) rédige deux avant sa mort un testament resté célèbre. Testament qui, entre autre à travers Colbert, impactera la politique de la France pour le reste du siècle. Catalogue des conseils au roi, et à tous les rois, ce testament révèle un Richelieu grand observateur de la nature humaine, sans illusions sur  l’âme de celle-ci qui cède le plus souvent à ses passions qu’il n’obéit à sa raison[1].

Richelieu a laissé un Testament politique , "véritable bréviaire de l'homme d'État " (Sainte-Beuve) :

 « Cette pièce verra le jour sous le titre de mon testament politique, parce qu'elle est faite pour servir, après ma mort, à la police et à la conduite de votre royaume, si Votre Majesté l'en juge digne, parce qu'elle contiendra mes derniers désirs à cet égard, et qu'en vous la laissant, je consigne à V. M. tout ce que je lui puis léguer de meilleur quand il plaira à Dieu m'appeler de cette vie" … Depuis Voltaire, on a abondamment discuté de l'authenticité du document et de la participation effective du cardinal à sa rédaction[2]. S'il ne saurait être question de l'imaginer tenant lui-même la plume rappelons qu'on n'a pas même de certitude concernant l'identification de son écriture, on peut légitimement supposer que l'œuvre émane de son cabinet et constitue le dernier effort du ministre pour écrire son histoire». (Françoise Hildesheimer Historia N° 10/2001)


Règne de Louis XIV

Le régime de la monarchie absolue, déjà amorcée dans l’Angleterre de Charles 1er, va être instaurée par le Roi Soleil, et va définitivement et pour deux siècles s’affirmer et servir de modèle en application ou en inspiration aux autres pays d’Europe. La vie de la cour à Versailles où se forge la notion de l’Honnête Homme va servir d’exemple à toutes les cours européennes. Quant au château lui-même, il sera la référence absolue que tous les rois et princes envient et veulent copier. Autre impact sur la politique internationale des autres nations européennes, les guerres d’expansion territoriale que Louis XIV mènera de 1643 à 1715.


A la mort de son père, Louis-Dieudonné n’a que cinq ans (4 ans et 9 mois). Sa mère assure la régence appuyée par son conseiller et amant Giulio Raimondo Mazzarino dit Mazarin (1602-1643-1661) qui, arrivé en France en 1634 comme nonce apostolique, fut désigné par Richelieu comme son successeur auprès du roi.

Les frondes, parlementaire et des princes, qui dureront cinq ans, de 1648 à 1653, auront un profond retentissement sur la conduite politique à venir de l’adolescent qui ne gouverne pas encore et qui se souviendra toujours que retenu prisonnier au Palais Royal (Palais Cardinal) avec sa mère et son frère, il fut exhibé de une nuit de 1651, à moitié endormi, à la foule pour démentir sa fuite.


En 1661, à la mort de Mazarin, le jeune roi qui avait toujours considéré ce dernier comme son père spirituel voire comme un père, prend en main le pouvoir. S’il est dit qu’il établit la monarchie absolue en France et qu’il se dispensa de tout conseiller, il serait plus exact de dire qu’il a incarné plus que tout autre roi une monarchie qui était déjà de longue date absolue, césarienne, et qu’il eut quand même comme ses prédécesseurs des Conseils dirigés par des ministres. Un conseiller d’abord entre autres charges Ministre de la Marine, puis Contrôleur Général des Finances et Surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures, Jean-Baptiste Colbert (1619-1665-1683) sera la personne avec qui le roi entretiendra une relation proche et quotidienne. Homme de tous les secrets avec Les Tellier, père et fils, il paracheva en l’amplifiant l’entreprise de structuration étatique qu’avait entamé Richelieu et Mazarin et la doubla de moyens de productions -manufactures et ateliers royaux- dans le cadre d’une économie mercantile (développement du commerce extérieur) et protectionniste. Les points forts de la politique du Grand Colbert auront été le centralisme d’état, la structuration de l’administration, de l’économie et des finances, la création d’une marine capable de rivaliser avec les autres grandes nations maritimes, Angleterre, Pays-Bas, Suède et Espagne et le développement d’institutions culturelles et scientifiques par la création d’académies pérennes .


En 1663 est fondée la Petite-Académie (future Académie des Inscriptions et Belles-Lettres), en 1666 l’ Académie des Sciences et l'Académie de France à Rome. L’Académie Française avait été créée en 1635 avec pour ‘chef et protecteur’ Richelieu et l’Académie de Peinture et de Sculpture en 1648 sous la régence d’Anne d’Autriche mais dont les lettres patentes ( peu ou prou le Journal Officiel) rédigées en 1665 en font une académie royale.


[Serait-ce par trop s’avancer que  de dire que Colbert transforma la monarchie en machine d’état ou du moins en un complexe étatique… ? ndlr]

Colbert aura néanmoins eu pour rival, un homme d’État dont le rôle fut des plus très importants auprès du roi, le fils de Michel Le Tellier Père,  François Michel Le Tellier (1641-1691), Marquis de Louvois. Fils du Chancelier (ministre de la justice) Michel Le Tellier, il arrive aux affaires en 1643 dans le service de Mazarin. En 1662, il supplée son père dans sa charge de Secrétaire d'État de la Guerre. Dix ans plus tard, il est Ministre de la Guerre et entre au Haut Conseil.  A la mort de Colbert en 1683, il lui succède en tant que principal ministre d’état, Surintendant des Bâtiments, Arts et Manufactures, et Secrétaire d’état de la Maison du Roi, tout en gardant ses postes antérieurs.

 

Dans l’Affaire des Poisons, Colbert rendait compte à Le Tellier. Il est à l’origine des Dragonnades qui commencèrent en 1682 et se poursuivirent après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685 (voir Événements Majeurs/ Révocation de l’Édit de Nantes). En tant que Surintendant des Bâtiments Royaux, il va diriger les travaux à Versailles, travaux déjà plus que bien avancés puisque le roi s’y est installé définitivement deux ans plus tôt.  Il meurt d’une apoplexie pulmonaire à l’âge de 50 ans.


Les travaux de Versailles ayant duré plus de vingt ans, Louis XIV ne s’y établit définitivement qu’en 1682 en même temps qu’il revient à une vie plus ‘sage’, plus pieuse, sous l’influence de Madame de Maintenon dont le statut de favorite ne datait alors que d’un an. Le mariage secret aura lieu en 1683. Le règne de Louis XIV fut le plus long de France, 76 ans. Si les quarante premières années donnèrent à la vie de la cour et à la France tout son retentissement et son éclat, les trente six autres années s’enfoncèrent progressivement dans l’austérité, la morosité, la bigoterie et furent particulièrement assombris par la mort du Grand-Dauphin, de son épouse et de leur fils ainé, puis des trois enfants de celui-ci, ne suvivant à l’épidémie de rougeole de 1711 que son fils cadet, le futur Louis XVI. Le Roi Soleil s’éteint à l’âge de76 ans dans les grandes souffrances d’une ischémie (irrigation insuffisante de la jambe provoquant une thrombose) aggravée par une goutte  dont il a souffert des années durant, comme de ses dents.


Le Siècle de Louis XIV

Voltaire a intitulé « Le Siècle de Louis XIV » son ouvrage paru en 1751 qui se veut « de peindre à la postérité, non les actions d'un seul homme Louis XIV, mais l'esprit des hommes dans le siècle le plus éclairé qui fut jamais ».

Et cela non sans raison puisque que c’est à partir du rayonnement culturel de sa cour à Versailles que l’on qualifie tout le siècle d’« Âge Classique ». C’est sous son règne que la France va devenir la plus grande puissance européenne, étendre son territoire et va servir de modèle à toutes cours d’Europe et qu’elle va atteindre à un des apogée de son histoire politique et culturelle.

Si le Roi soleil a fait briller de tout son éclat la culture française classique autant il aura assombri l’Europe de guerres territoriales incessantes. Faire la guerre était pour lui comme l’obligation moral d’un souverain, un devoir. Seule pouvant tout autant l’occuper que la chasse. Le Grand Colbert (1619-1683) parachèvera en l’amplifiant cette entreprise de structuration étatique entamée sous Richelieu dans le cadre d’une économie à visée mercantile (développement du commerce extérieur) et protectionniste.


La Monarchie Absolue

Le terme est utilisé pour désigner « une forme de pouvoir monarchique non restreinte par d'autres institutions, telles que les Églises, les législatures ou les élites sociales … L'absolutisme se caractérise par la fin du partage féodal, la consolidation du pouvoir autour du monarque, l'essor du pouvoir étatique, l'unification de l'État et la diminution de l'influence.» (Santosh Kumar Rai 7-17th Century European Crisis: Economic,Social and Political Dimensions College/Department: S.G.T.B. Khalsa College, University of Delhi)

A la personne du roi a toujours été rattachée la notion de monarchie. C’est un monarque (mónos arkhós, celui qui gouverne seul). Étant seul à gouverner, son pouvoir n’est pas pour autant absolu. La monarchie est féodale. Pépin le bref (715-751-768), premier des rois carolingiens et Huget Capet (841-887-896), premier de la dynastie capétienne qui perdurera sur le trône jusqu’à Louis XVI, ont été des rois élus. Ils étaient entourés d’un Conseil constitués des hauts dignitaires. Ils devaient composé avec ces représentants des grands et anciennes familles de la noblesse pour asseoir et maintenir leur pouvoir. La règle de primogéniture va ensuite s’imposer. Mais les rois de France, vont maintenir ce conseil de plus ou moins grande importance et dont le rôle sera pour bonne part relatif à la personnalité et à la capacité de gouverner du roi. Les monarques ont toujours eu à leur côté l’équivalent de ce que l’on nommerait aujourd’hui un premier ministre même si en toutes circonstances la décision lui a toujours appartenu.


Louis XIV va être l’incarnation de ce pouvoir monarchique, sacré qui, à la mort de Mazarin en mars 1661, va devenir absolu, absolu en ce que le roi va s’entourer sur les conseils que  lui a prodigué le cardinal mourant d’un « conseil étroit », le Conseil Privé, conseil  constitué de seulement trois ministres.  En un premier temps de Michel Le Tellier père (1603-1685)  Marquis de Barbezieux pour ‘l’intérieur’ et la guerre, de Hugues de Lionne (1611-1671) Marquis de Berny  pour la diplomatie (la politique étrangère) et de Nicolas Fouquet (1615-1680), chargé du commerce et des finances (Surintendant). Après l’arrestation de Fouquet par D’Artagnan, en septembre de cette même année 1661, Colbert devient le personnage central du conseil privé.

La constitution de ce ‘’conseil étroit’’ signifie

« La mise à l’écart d’Anne d’Autriche et la suppression d’un Premier Ministre . Louis XIV annonce à la stupéfaction de la cour qu’il assume désormais la direction suprême du royaume » (Inès Murat Colbert,  Fayard 1980).

La participation de Colbert, le ‘’tombeur’’ de Fouquet, va être déterminante dans l’établissement de la monarchie absolue, autrement dit dans la constitution d’un État comme organe de pouvoir souverain qui a été la grande ambition, la grande mission du successeur de Mazarin et du fils spirituel de Richelieu.  comme l’écrit lui-même Colbert dans le plan qu’il dresse pour l’arrestation de Fouquet :

        « Sa Majesté se veut réserver la distribution entière et absolue de toutes ses finances ; qu’elle a résolu d’établir près de sa personne un conseil de peu de personnes qu’elle appellera le conseil royal des finances. » (Cité par Inès Murat Colbert, Fayard 1980).

La suppression de la Surintendance des fiances et l’administration des fiances par le roi lui-même signifie

    « que l’on ne prêtera plus l’argent des contribuables au roi considéré comme un particulier, mais que l’on remettra l’argent des impôts au roi considéré comme chef d’état…Un pas gigantesque dans l’évolution d’une monarchie féodale à une monarchie étatique » (opus cité).

Auparavant, argentier royal, financier-banquier, le Surintendant des Finances, prêtait au roi ses propres deniers et se remboursait à sa convenance et avec intérêts sur les impôts qu’il collectait tout en tirant les bénéfices dus de ses charges.

    « Le surintendant n’était pas comptable. Personne ne pouvait lui demander des comptes, pas même le roi. Il rendait raison de son administration au prince, selon sa conscience, ou … son bon plaisir » (Opus cité)

Et ce jusqu’à ce que, à l’instigation de Colbert, Louis XIV demande à Fouquet de rendre compte de sa gestion au quotidien.

        « La naissance de la monarchie absolue commence après la chute de Fouquet [août 1661] » (G. Mongrédien cité par T. Murat)

D’autre part, en s’installant définitivement au Château de Versailles en 1681 définitivement, Louis XIV fera vivre autour de lui toute la haute noblesse qu’il gardera ainsi sous contrôle. Il imposera, ainsi qu’à lui-même, l’Étiquette, un mode de vie strict basé sur le cérémoniel. Et en réunissant dans les parties avancées du palais toute l’administration du pays, instaurera une gouvernance hyper centralisée.

Lorsqu’il proclamera sur son lit de mort : « Je m’en vais mais l’État demeurera toujours… Soyez unis et d’accord ; c’est l’union et la force d’une État » (il n’a jamais dit« le roué, c’est moué »[3]) », il affirmera ainsi que l’autorité qu’il a incarnée à dépasser sa personne et qu’elle celle du prochain roi.


Le Droit Divin

En 1597-1598, le roi d’Angleterre Jacques 1er Stuart fit voter par le parlement une loi importante qui proclame le fondement religieux de la monarchie The True Law of Free Monarchies. Loi qui [4]impose la notion de droit divin : pour des raisons théologiques, les rois sont supérieurs aux autres hommes. A ce droit divin est associé une monarchie absolue qui n’a pour limite dans son autorité que la volonté de Dieu et la Tradition, ce qu’en France on appellera les Lois Fondamentales de la Monarchie. Jacques considérait le droit divin des rois comme une extension de la succession apostolique, les deux n'étant pas soumis aux lois humaines. Ses fils Charles II et Jacques tenteront de maintenir cette notion de droit divin dévolue à la couronne d’un monarque absolu.

En France,  depuis Pépin le Bref, en 752, le roi est couronné. La couronne, symbole du pouvoir temporel, est déposée sur sa tête. Mais non seulement il est couronné, il est aussi et surtout sacré par la cérémonie du sacrement qui consiste en l'onction d'une huile sainte sur son corps. Ce sacrement religieux le distingue de tous les autres rois et reines d’Europe qui sont seulement couronné.e.s

Le pouvoir royal temporel en sa pérennité s’origine d’un pouvoir spirituel (ancestrale querelle entre rois et papes) que lui confère un droit divin[5]. En France, depuis Robert II Le Pieux (972-1031), fils de Hugues Capet, au droit divin est lié à la personne royale le don d’être thaumaturge. En tant que théorie politique, le Droit Divin a été développée par Jacques Ier Stuart (1566-1603-1625). Certaines sources indiquent que ce serait Charles 1er Stuart (1600-1649) roi d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande qui, en 1625, aurait adhérer le premier à cette théorie.


« La tradition du toucher des malades scrofuleux remonte, selon Marc Bloch (Les Rois thaumaturges), à Robert le Pieux pour la France et à Henri Ier pour l'Angleterre… Les rois de France et d'Angleterre furent à peu près les seuls souverains européens à pratiquer le toucher du « mal royal »… Le cérémonial français se déroulait à des intervalles plus ou moins réguliers ; à partir du xvie siècle, il avait lieu généralement aux grandes fêtes religieuses et attirait parfois jusqu'à deux milles malades, dont certains venaient d'au-delà des frontières. Après avoir communié sous les deux espèces [le pain et le vin], le roi touchait chaque malade à l'endroit des plaies en traçant un signe de croix et prononçait la formule rituelle : « Le roi te touche, Dieu te guérit » ; puis avait lieu une distribution d'aumône ». (Encyclopédie Universalis)

 Ainsi, le Roi Soleil qui éclaire de sa lumière et la cour et le monde fortifie comme jamais une ancestrale monarchie qui a toujours gouverné de manière absolue bien que s’étant toujours entourée de conseillers et d’un conseil. Mais la singularité de Louis XIV aura été de choisir ses ministres dans la bourgeoisie et non dans la noblesse : Colbert, les Le Tellier, Vauban…


Le Lit de Justice

Par le lit de justice, le roi exerce son pouvoir pour empêcher tout velléité du Parlement d’aller au-delà de son Droit de Remontrance. Il est réuni dans des cas exceptionnels comme la proclamation en 1614 de la majorité du roi Louis XIII ou la cassure d’un traité non conforme au Lois du Royaume. L’évocation du Lit de Justice apparaît au XIVème siècle, étonnamment dans un traité de chasse. Le roi se rend au Parlement de Paris (ou un gouverneur de Province dans le parlement de région) où dans la Grande-Chambre, le lit de justice est dressé, un grand dais de tenture semblable à un baldaquin (d’où l’expression) sous lequel le roi s’assoit sur un trône entouré des grand du royaumes, princes et maréchaux et des hauts prélats. Il prononce après une brève allocution, la formule : « mon chancelier vous dira le reste. » Et le chancelier lit la déclaration royale. Ce qui signifie que le roi ne s’adresse pas au parlement, ce qui le mettrait au même rang que lui. Par cette déclaration le roi impose sa volonté. 

Mais si la cérémonie dite du Lit de Justice est bien la preuve de cet absolutisme qui remonte bien avant le XVIIème siècle, que déjà François 1er avait renforcée et que l’on peut résumer à la formule « le roi fait la loi », pour autant les rois n’ont jamais pu en feindre les Lois du Royaume. Les Lois du Royaume, ancêtre de notre constitution, étaient des lois coutumières qui progressivement s’institutionnalisèrent à partir du XVIème siècle à telle enseigne qu’elles furent sous Henri III nommaient Les Lois Fondamentales du Royaume[6]. Elles régissaient la dignité royale, manifestaient concrètement la continuité du royaume. Elles désincarnaient paradoxalement la personne du roi, faisant du roi une entité intemporelle telle que la signifie la formule, prononcée toujours par un premier pair de France[7] : « le roi est mort, vive le roi ! »


L’Administration d’État

On aurait tendance à assimiler la monarchie absolue avec une administration d’État qui, tentaculaire, aurait contrôlé par ses ramifications la vie du peuple au quotidien. Si Louis XIV a créé les intendants, ses serviteurs de l’État comparables à nos préfets (napoléoniens) actuels, instruments il est vrai du pouvoir, il est quand même à noter, à titre indicatif qu’une intendance d’une grande province n’emploie que cinq à dix agents (l’Alsace en compte cinq).


Calendrier des Règnes

1589- 1610 Henri IV   

1610-1614 Régence de Marie de Médicis († juillte1642), Conseillère du roi 1614-1617.

1617-1643 Règne de Louis XIII. Richelieu (†1642) Conseiller  en 1621.

1618-1648: Guerre de Trente Ans ; Traité de Westphalie en 1648.

1643-1661:Régence d’Anne d’Autriche. Mazarin (†1661) Conseiller.

1643-1658 : Les Frondes, parlementaire et princière.

1661-1715 : Règne de Louis XIV. La Montespan (†1707) favorite de1666 à 1678.

1680 Favorite ‘officielle’ Madame de Maintenon. Mariage en 1683.

1682 Louis XIV s’établit à Versailles

1685 Révocation de l’Édit de Nantes.

1715-1723 : Mort de Louis XIV. Régence du Duc d’Orléans (†1723), fils de ‘Monsieur’, frère cadet de Louis XIV.

1723-1774 : Règne de Louis XV. Madame de Pompadour favorite en 1745. Madame du Barry favorite de 1768 à 1774.


Événements Majeurs

Assassinat d’Henri IV

A l’époque d’Henri IV, il n’y a pas de police, juste le gué, une milice bourgeoise bénévole, sans pouvoir de police, qui se relaie pour circuler dans les rues non éclairées.

Il faudra attendre Louis XIV pour que soit constituée en 1665 une police avec à sa tête Mr de La Renye pour lequel est créé le poste de Lieutenant Général de Police. de La Renye va créer des commissariats de quartier, faire éclairer les rues principales et évacuer la cour des miracles devant laquelle, à son arrivée , il s’écria : « les derniers sortis seront pendus ! »

Promulgué en 1598 par Henri IV, roi huguenot converti au catholicisme (mais déjà catholique dans sa jeunesse), l’Édit de Nantes met fin aux Guerres de Religions (voir T2/V1/ La Réforme en France) en accordant aux calvinistes des droits religieux, civils et politiques dans des places dites de sécurité (La Rochelle, Alès…). Pour autant, les dissensions entre les deux confessions ne vont pas éteindre. Pour rappel, Henri III, roi catholique,  a été assassiné par le moine Jacques Clément en 1589.


Le 16 moi 1610, Henri IV est assassiné de trois coups de poignard dans son carrosse rue de la Ferronnerie (ancien quartier des halles), alors qu’il allait s’enquérir de la santé de Sully[8]. Son assassin, François Ravaillac, est « un homme robuste, roux, vêtu de vert à la flamande ». Fervent catholique, âgé de 32 ans, vivant à Angoulême, il est sujet à des visions. Il est déjà venu à Paris l’année précédente pour implorer le roi de protéger les catholiques et de convertir les huguenots. S’il assassine le roi c’est qu’il est convaincu que la guerre que celui-ci mène contre les Habsbourg  est une guerre déclaré au catholique. Il s’agit de la Guerre de Succession de 1609   pour la succession de Jean Guillaume de Clèves Duc de Clèves dont le duché, partie intégrante en Basse-Rhénanie du St Empire est également convoité pat l’Empereur Rodolphe II   de Habsbourg.


« L’historien Jean-Christian Petifils, dans ‘L’assassinat d’Henri IV’, émet l’hypothèse que le régicide aurait pu être commandité par Albert d’Autriche, qui était alors archiduc souverain des Pays-Bas. Les terres qu’ils gouvernaient étaient alors menacées par les armées de Henri IV. » (Adrian https://www.laculturegenerale.com/henri-iv-mort-assassinat-ravaillac/)

A l’issue d’un rapide procès, que d’aucun considèrent comme bâclé, au cours duquel il est ‘reconnu’ être un fanatique ayant agi seul, Ravaillac est soumis en cette même année 1610 au supplice des brodequins en Place de Grèves (Place actuelle de l’Hôtel de Ville).

« On punit d’abord la main régicide en faisant couler du soufre fondu dessus. La peau est carbonisée, puis vient le tour des muscles et les tendons. Des valets arrachent des morceaux de chair avec des tenailles portées au rouge. On cautérise les plaies avec de l’huile bouillante et du plomb fondu. Enfin, on écartèle Ravaillac en attachant chacun de ses membres à un cheval. Il meurt après trente minutes. La foule s’arrache alors ses membres ». (https://www.laculturegenerale.com/henri-iv-mort- assassinat-ravaillac/).


Les Guerres de Monsieur de Rohan

En 1617, alors âgé de 16 ans, Louis XIII fait assassiner le Conseiller de sa mère, Concino Concini (francisé Conchine) et se détache ainsi de la tutelle de sa mère Marie de Médicis, régente du Royaume depuis 1610. Le Marquis Charles d’Albert (1578-1621) proche compagnon de chasse du roi, Grand Fauconnier et qui sera fait duc en 1619, a participé à l’assassinat. Une de ses premières décisions sera d’appliquer in extenso l’Édit de Nantes édicté en 1598 et qui, entre autres, donnait, sans avoir jamais été appliquée, la liberté de cultes aux catholiques dans une Navarre acquise au calvinisme depuis que la sœur de François 1er, Marguerite de Navarre ( Marguerite d'Angoulême) , épouse d’Henri II de Navarre (Henri 1er d’Albret) avait pris fait cause pour la Réforme et reçu en sa cour les récalcitrants (comme on les appelé avant qu’il se désignent eux-mêmes sous nom de huguenots) Calvin, Guillaume Postel et autres Cément Marot, mais aussi l’humaniste Lefèvre d’Étaples qui y mourut en 1537.

Après l’assassinat de ‘leur’ roi en 1610, cette décision amplifia l’acrimonie de huguenots envers son successeur. Réunis en 1620 à la plus importante place forte armée calviniste de France, surnommée la Genève Française, La Rochelle, comme l’édit l’avait permis, ils décidèrent de se constituer en république . C’est surtout dans le sud-Ouest (Montauban), l’Aquitaine (Bordeaux), le Sud Breton (Nantes) et dans le Gard (Nîmes) que des affrontements sévères eurent lieu. Les troupes huguenotes menées par le Duc Henri de Rohan et par son frère le duc Benjamin de Rohan, Comte de Soubise, sont progressivement défaites par les armées du roi qui , au vu de la menace s’est rendu en personne à Nantes. Le dernier bastion à tomber sera Montpellier dans lequel Louis XIII triomphant entrera en grande pompe à savoir en grand cortège (pompé en grec= cortège). Henri de Rohan viendra s’agenouiller devant le roi et implorer sa grâce. Il échangera son gouvernement du Poitou contre ceux de Nîmes et d’Uzès et recevra quand même 600 000 livres tournois (fondues à Tours) soit environ 60000x 0, 6 grammes d’or= 360kg d’or.


La deuxième rébellion se déroule en 1525 et26. Se sentant menacée d’être assiégé par la flotte royale, Benjamin de Rohan engage et gagne la bataille maritime du Blavet (aujourd’hui Port-Louis en Bretagne). Amarrée à l’Île de Ré, la flotte rebelle est surprise et détruite par la marine royale. Le Traité de Paris lui interdit d’avoir une flotte militaire mais accorde la liberté de culte à ses habitants.

La troisième et dernière rébellion se déroule en 1627 et 28. La flotte anglaise commandée George Villiers 1er , Duc de Buckingham en 2ème création du titre, pénètre dans les eaux territoriales françaises à hauteur de l’Île de Ré. Elle est littéralement détruite par la flotte française. Le duc tombera dans la totale disgrâce de Charles 1er d’Angleterre et sera assassiné par le fanatique John Felton quand le duc revint avec la flotte anglaise qui avait tenté de forcer le Siège de La Rochelle en 1628[9]. La Rochelle est assiégée. Richelieu veut en finir une bonne fois pour toutes.


Siège de La Rochelle et Paix de Privas

La ville de La Rochelle, qui a été une des plus importantes places fortes des huguenots pendant les Guerres de Religions (1568-1598) et devenue depuis la proclamation de  l’Édit de Nantes en 1598 , une place de sûreté, concédée par Henri IV. La ville avait déjà connu en tant que port important plusieurs sièges durant le Moyen-Âge. Celui de 1573 sera un des moments cruciaux de la 4ème des Guerres de Religions.


La ville sera à nouveau assiégée en 1621-22. Elle a profité d’une période de flottement après la mort en 1621 du conseiller de Louis XIII, le Duc de Luynes, pour se révolter. Ce siège connu sous le nom de ‘Blocus de La Rochelle’ , est considéré comme la première révolte des protestants après l’Édit de Nantes de 1598. D’autres villes huguenotes étaient en rébellion qui furent toute assiégées. : Royan, Privas (Ardèche),Aigues-Mortes et Alès (Gard) en 1629.

Après des batailles terrestres et navales qui ne donnèrent l’avantage à aucun des camps, le Traité de Montpellier de 1612 entérinait la paix, laissant aux huguenots leurs droits et à Louis XIII le maintient de Fort Louis, une forteresse bâtie à l’extérieur de la ville pendant le siège.


Un dernier siège aura lieu en 1626-27 cette fois-ci sous le commandement direct de Richelieu, siège qui aura pour conséquence la capitulation définitive de la ville. Le tableau célèbre peint en 1881 par Henri-Paul Motte montre Richelieu en cape rouge sur la digue défensive qu’il a faite construire à l’entrée du port contre tout approvisionnement par la flotte anglaise qui tentera trois vaines expéditions. Côté terre, il a fait établir une ligne de retranchement longue de douze kilomètres pour empêcher l'accès de renfort.

Par la Paix d’Alès de 1629, les huguenots perdent tous leurs droits politiques et militaires mais conservent la liberté de culte garantie par l'Édit de Nantes.


La Journée des Dupes

La Journée des Dupes représente un tournant politique mais aussi diplomatique dans le règne de Louis XIII. Elle commence le 10 novembre 1630 dans les appartements de Marie-de Médicis au Palais du Luxembourg par un entretien entre la reine son fils et s’achève au pavillon de chasse de Versailles où Louis XIII se sera retiré. Au goût de la reine, son protégé, le Cardinal de Richelieu qui lui doit son poste, a pris trop d’ascendant sur le roi et mène au cours de la Guerre de Trente Ans une diplomatie qui dessert les intérêts des Habsbourg catholiques. Elle parvient lors de cette entrevue à convaincre le roi de démettre le cardinal de ses fonctions de surintendant et aumônier de la Reine. Mais Richelieu surgit sur ces entrefaites. La reine impose alors au roi décontenancé de choisir entre elle et « un valet ». Louis XIII se retire au pavillon de Versailles alors encore en pleine terre marécageuse. Le soir, il convoque Richelieu pour lui annoncer, sachant combien il lui est redevable, qu’il lui garde sa confiance. La reine-mère est définitivement exclus de la cour et perd titres et pensions. Elle part en exil à Compiègne puis à Blois, puis après avoir séjourner aux Pays-Bas Espagnols (Belgique), elle pérégrinera de cours en cours jusqu’à sa mort dans le dénuement en 1642 à Cologne dans une maison de son ami, le peintre Rubens (†1640).

« Connu pour ses bons mots, Guillaume Bautru, comte de Serrant, [† 1665, poète et conseiller de Louis XIII et Louis XIV) voyant le carrosse royal revenir triomphalement à Paris avec Richelieu à son bord, eut ces paroles qui donnèrent un nom à cet événement : « C’est la journée des dupes ! » (https://www.chateauversailles.fr/decouvrir/histoire/grandes-dates/ journee-dupes)


Les Conspirations

Conspiration de Cinq-Mars

En 1639, Louis XIII se lie d'une amitié passionnée pour le jeune Henri Coiffier de Ruzé d'Effiat, marquis de Cinq-Mars et lui accorde la charge de Grand-Écuyer. Ambitieux, ce fils de maréchal, d’une noblesse de haut rang, veut épouser la princesse de Mantoue, Marie de Gonzague, une des plus riches fortunes du royaume. Richelieu qui avait bien accueilli la relation royale pouvant ainsi la surveiller, s’oppose au mariage. Cinq-mars passe dans l’opposition au roi et se range du côté des Espagnols. Une conspiration est ourdie dans laquelle on trouve immanquablement, un entiché de la conspiration, le frère du roi, Gaston d'Orléans, dit Monsieur (par la suite Grand Monsieur quand naîtra son neveu, Monsieur, le frère cadet de Louis XIV) et le Duc de Bouillon auquel Richelieu, alors que se déroule la Guerre d’Espagne depuis 4 ans, lui ordonne la prise de Sedan. Le duc, jugeant l’entreprise trop hasardeuse, avec les comploteurs qui comptaient aussi parmi eux, un fidèle d’Anne d’Autriche, François-Auguste de Thou, jeune conseiller au Parlement, signe un accord secret avec Philippe IV d’Espagne qui « prévoyait que Philippe IV fournirait 12 000 fantassins, 6 000 cavaliers, 400 000 écus pour payer la solde d'une armée levée en France et une garnison pour Sedan. Gaston, de son côté, signerait la paix au nom de la France et chacun restituerait toutes les villes conquises. La France renoncerait à ses alliances avec la Suède et les princes de l'empire allemand. Autant dire que l'on offrait la victoire à l'Espagne ».(Hérodote, Conspiration de Cinqs-Mars).


En juillet 1642, un courrier de Cinq-Mars contenant une copie de ce traité est interceptée et remise sans doute en premier lieu à la reine avant de l’être à Richelieu. On peut supposer que Anne d’Autriche, qui n’avait certainement pas oubliée sa déconvenue lors de La Journée des Dupes choisit de faire transmettre ce courrier au premier conseiller. La santé du roi étant des plus fragiles- il mourra en mai 1643- et le dauphin n’ étant âgé que de 4 ans, la reine-mère a pu pense que sauver le roi n’était qu’un  pas assuré vers la régence.

Le Duc d’Orléans  avoua tout à Richelieu et donna tous ses complices en espérant le pardon de son frère. Il se trouva privé de tout droit à la régence (!).A l’issue du procès qui se déroula à Lyon la même année, Cinq-Mars, âgé de 22 ans et de Thou, âgé de 38 ans, furent décapités en septembre Place des Terreaux. Le Château de Cinq-Mars, La Pile, est rasé. Le duc de Bouillon jouant les innocents prétendit n’être absolument pas au courant du traité. Richelieu meurt en décembre. Louis XIII qui tient à poursuivre la politique du cardinal choisit sur les conseils de celui-ci le cardinal Mazarin pour lui succéder dans ses fonctions.


La Conjuration des Importants

Mai 1643, Louis XIII meurt. En août, François de Bourbon-Vendôme, Duc de Beaufort, petit-fils d’Henri IV et cousin germain de Louis XIV, avec la complicité de la duchesse de Chevreuse, Marie de Rohan[10] et d’autres Grands du Royaume dont son père César, son frère Louis , Henri II de Guise et le Duc d’Épernon qui réprima la Révolte de Croquants de 1638, trame une conspiration visant à assassiner Mazarin ou du moins à l’écarter du pouvoir. mais surtout et ensuite de déposséder la Maison de Condé, grande rivale et in fine de signer un traité avec l’Espagne de Philippe IV qui mettrait fin à la Guerre de Trente Ans

Le père du duc, César Duc de Vendôme, qui avait été emprisonné par le roi et contraint en 1630 de lui céder ses terres de Bretagne et qui avait déjà participé à la conjuration de Cinq-Mars, revenait d’exil. Mazarin qui a vent du complot fait emprisonné Beaufort pour cinq ans et relègue la duchesse dans ses terres en Touraine.


Le Complot de Latréaumont

Gilles du Hamel Sieur de Latréaumont (1627-1674), militaire de carrière, tenta en 1657 de soulever la population normande en lui demandant de mettre à sa tête le Marquis d'Hocquincourt. Celui-ci, Maréchal de France, pour avoir pris partie pour les Frondeurs avait été exilé et était entrait au service des Espagnols qui l’avait nommé gouverneur de Dunkerque, sa ville natale. La ville, déjà connue pour ses corsaires et qui verra naître le plus célèbre d’entre eux en 1650, Jean Bart (†1702), était possession espagnole depuis que Charles-Quint l’avait héritée de son père Philippe Le Beau.

Gilles du Hamel condamné à l’exil à la suite de cette tentative de soulèvement va se réfugier à Amsterdam. Il y rencontre le Comte Armand de Gramont de Guiche (à ne pas confondre avec son père Antoine III Comte de Guiche qui organisa le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse), lui aussi en exil pour avoir complotait pour le compte d’Henriette d’Angleterre qui, belle-sœur du roi, avait pour rivale Louis de Lavallière, toute jeune et maitresse de Louis XIV[11]. Tous deux suivent l’enseignement du philosophe Franciscus van den Enden, dit Affinius. Athée, ce philosophe développe une pensée subversive basée sur égalitariste que l’on qualifierait de jours de démocratique. En 1671, le philosophe est convié par les gentilshommes à venir s’installer à Paris pour enseigner le latin. Louis XIV vient d’engager la Guerre de Hollande (1672-1673) et le chevalier décide de prendre partie pour les Provinces-Unies.


Latréaumont va rallier quelques nobles à cause dont notamment le Chevalier de Rohan, ami d’enfance de Louis XIV alors déconsidéré pour entre autres pour avoir tenté de séduire Madame de Montespan. Avec Latréaumont, les comploteurs auxquels s’étaient ralliées aussi quelques nobles normands, ne comptaient pas moins que de mettre en pratique les idées de Affinius et de faire de la Normandie une république. Le complot est découvert par un mousquetaire du roi qui logeait dans la même pension de famille qu’Affinius. Rohan est arrêté et  décapité l’année suivante en 1674 ainsi que marquise de Villars qui avait pris part au complot. La Tréaumont est tué lors de son interpellation. Affinius, qui avait rédigé la constitution de cette future république, n’étant pas noble, ne sera ‘que’ pendu.


Les Frondes

Sous la régence (1643-1661) d’Anne d’Autriche et le ministère du Cardinal Mazarin se déroulèrent deux frondes, la fronde parlementaire de 1648 à 49 et la fronde des princes de 1649 à 1653. Les motivations et les ambitions ne furent pas les mêmes pour l’une et l’autre.

« Les parlementaires, protestent contre les pouvoirs accrus des intendants et du Conseil du roi ; les nobles n'acceptent plus leur exclusion du pouvoir au profit de commis d'origine roturière ; la bourgeoisie et plus encore le peuple, éprouvé par les mauvaises récoltes, sont exaspérés par l'accroissement de la pression fiscale qu'engendre la guerre contre l'Espagne ». (Encyclopédie Larousse) 

Pour autant ces deux révoltes contre l’autorité royale qui ébranlèrent le royaume. Le jeune roi, qui, lors de la seconde, fut exhibé une nuit de février 1651 pour démentir sa fuite, en garda un souvenir cuisant ; souvenir qui fut une des principales raisons pour laquelle il concentrera la haute noblesse autour de lui à la cour de Versailles. Jusqu’à 3000 personnes y vivront.


La Fronde Parlementaire

Son événement déclencheur est la promulgation de l’édit du 30 avril 1648 qui va à l’encontre des intérêts des officiers des cours souveraines[12], détenteurs des charges royales. Le gouvernement est toujours pressant d’argent. Le Surintendant au Finances Michel   Particelli d'Émery avait dès 1644 créé de nouvelles taxes : Octroi sur Paris, impôt foncier dit le Toisé, taxe dite des Aisés concernant la riche bourgeoisie. Le gouvernement décide donc de ne renouveler les offices, c’est-à-dire d’accorder la Paulette (taxe rendant transmissible la charge), qu’aux magistrats qui accepteraient de ne pas percevoir durant quatre ans leurs gages (rentes proportionnelles au prix de leur charge). Le Parlement de Paris demande lui qu’aucun impôt nouveau ne soit créé sans son accord et demande la suppression des intendants, auxiliaires du gouvernement. Mazarin décide d’exempter ces magistrats de cette mesure. Mais ceux-ci font faire cause commune avec les autres chambres souveraines et prendre un arrêté de suppression de l’édit. Trois parlementaires sont arrêtés. La population de Paris se barricade pendant trois Journées dites des Barricades[13]. Elle obtient leur libération. En janvier 1649, le parlement à qui se sont ralliés les Conti, Longueville et Beaufort, s’empare du gouvernement. Mazarin fait bloquer Paris par Louis II de Bourbon dit le Grand Condé. Le parlement finit par négocier la Paix de Rueil (11 mars) avec la régente, dont il obtient le pardon, la suppression des intendants et de toutes autres offices moyennant l'abandon de ses prétentions politiques et l’annulation de l’arrêté d’expulsion de Mazarin.


La Fronde des Princes

Si Mazarin a réussi à neutraliser les nobles ralliés au parlement, l’écrivain Jean-François Paul de Gondi   cardinal de Retz, François de Bourbon-Vendôme Duc de Beaufort de La Conjuration des Importants, il va se heurter par se renversement d’alliance à la branche cadette des Bourbon, à savoir le Grand Condé qui réclame un dû à son soutien au roi, son frère Conti et leur sœur la Duchesse de Longeville et l’époux de celle-ci le Duc de Longeville. Leur père, Henri II de Bourbon (†1646), Prince de Condé, héritier présomptif d’Henri IV, a été le chef du Conseil du Roi sous la Régence de Marie de Médicis à laquelle il s’opposa.


En 1650, Mazarin fait arrêter ces princes de sang que sont Condé, Conti, et Longueville ; mais aussi Beaufort lui-même qui, excédé par Mazarin, s’est rallié à eux. En réaction, la haute noblesse fait se soulever certaines provinces. La Bourgogne, la Normandie, le Limousin, le Poitou, l’Aquitaine entrent en guerre civile. Le peuple de Paris envahit le Louvre. Mazarin, la reine-mère, le jeune roi sillonnent la France espérant calmer la population. Le Grand Monsieur, le Duc d’Orléans est chargé à Paris d’endiguer toute velléité des nobles frondeurs. Le Maréchal de Turenne qui a pris fait et cause pour le peuple, appuyé par des troupes espagnoles est néanmoins est défait à la bataille de Rethel (décembre 1650) vaincu par le Marchal du Plessis.

En 1651, le Parlement réclame la libération des princes. Les deux frondes s’unissent. Gaston d’Orléans retourne sa veste. Mazarin de retour dans la capitale, conspué, doit s’enfuir à Brühl (Rhénanie). La reine et ses enfants se réfugient à St Germain en Laye. En février 1651, Condé s’en va rallier l’Espagne à Bruxelles et avec l’aide de Philippe IV et d’Olivier Cromwell lève une armée et marche sur Paris. Turenne a fini par se rallier au roi. Il stoppe par trois fois aux batailles de Bléneau, d’Étampes et du Faubourg St Antoine (avril 52) les troupes rebelles menées par le Grand Condé, soutenues par les troupes espagnoles. Louis XIV qui a atteint la majorité (il a 14 ans) se réfugie à Poitiers où Mazarin le rejoint.


La Grande Mademoiselle, Anne-Marie-Louise d'Orléans, duchesse de Montpensier, fille de Grand Monsieur, Gaston frère du roi, qui a compris qu’elle ne pourra pas épouser son royal cousin, dans un Paris barricadé fait tirer au canon des portes du Faubourg St Antoine non seulement sur l’armée royale, mais aussi sur Louis XIV et Mazarin qui se trouvent sur les hauteurs de Charenton, et fait ouvrir la Porte Saint Antoine à Condé. La tête de Mazarin est mise à

prix : 150000 livres tournois[14]. Mazarin quitte la France. Les frondeurs se déchirent dans leurs contradictions. De son côté,  Louis XIV a levé une armée qu’il confie à Turenne. La population de la capitale qui, affamée, lasse de ces révoltes qui n’entrainaient que misère et insécurité, renverse Condé. Elle accueille triomphalement le roi et la reine en octobre 1652. Mazarin les rejoindra quelques mois plus tard.


Les provinces s’apaisent peu à peu. La monarchie absolue tant détestée par les princes et les parlementaires en ressort renforcée. Conti épousera en 1654 une nièce de Mazarin ; Condi emprisonné, s’évade et gagne Rome ; la Duchesse de Longueville se retire à Port-Royal-des-Champs où elle en devient une haute figure. La Grande Mademoiselle est exilée sur ses terres de Bourgogne à St Fargeau où elle va commencer la rédaction de ses mémoires. Quant au Grand Condé, premier prince de sang, pair de France, duc de Bourbon, d’Enghien, de Montmorency, de Châteauroux de Bellegarde, de Fronsac, Comte de Sancerre et de Charolais, gouverneur du Berry, il rejoint le camp espagnol. Il sera à nouveau défait par Turenne en 1654 à la Bataille d’Arras et en 58 à la Bataille des Dunes (voir Guerre Franco-Espagnole). En 1659, le Traité des Pyrénées entre France et Espagne qui se conclut par le mariage du roi avec l’infante Marie-Thérèse, lui assure le pardon royal qui lui fait retrouver le commandement d’une des armées royales (voir Guerre de Dévolution)[15]. Le roi va se dis penser d’avoir un premier ministre en titres et va réduire les pouvoirs du Parlement.


L’Affaire Fouquet

L’Ascension

Nicolas Fouquet, Marquis de Belle-Île (1615-1680), Vicomte de Melun et de Vaux, est issu d’une riche famille de marchands drapiers originaire de l’Anjou converti dans la magistrature, foncièrement catholique. Le fouquet désigne l’écureuil en parler angevin. L’animal rampant de gueules (rouge) figure sur les armories de la famille. Son père François IV Fouquet était maître des requêtes de l'hôtel du roi (magistrat). Sa mère était issue de la haute noblesse robe (noblesse politique ou noblesse civile)[16]. Nicolas mène d’abord une carrière d’homme d’affaire au sein des compagnies maritimes françaises en tant qu’actionnaires (compagnie d’Amérique, du Sénégal, de la Nouvelle-France vice-royauté de territoires canadiens). En 1644, il est nommé Intendant (représentant du roi, équivalent actuel de préfet) du Dauphiné, puis, ayant donné satisfaction, par la volonté d’Anne d’Autriche, il est nommé Intendant de l’Armée en Picardie, l’année suivante. Et en 1648, Intendant de la Généralité de Paris (gouverneur de Paris). Il va se ranger du côté du pouvoir royal quand la Fronde Parlementaire éclate. Paris est assiégé par les troupes royales commandées Le Grand Condé et renforcées par des mercenaires allemands, tandis que Paris est défendu par des troupes levées par le Parlement et commandées par le Prince de Conti, frère de Condé. La famille royal en ce début d’année 49 s’est enfuie à St Germain-en-Laye. De par sa fonction qui le met  en charge de l’organisation du ravitaillement, Fouquet commence à faire fortune. Ce qui lui permet en 1650 d’acheter la charge de Procureur Général du Parlement de Paris.


En 1640, il épouse Louise Fourché, 21 ans, fille d'un conseiller au parlement de Rennes. La dot s’élève à160 000 livres en argent et rentes et comprend le Château de Quéhillac en Pays-de-Loire. Veuf, à 36 ans, en 1651, il convole en de nouvelles et non moins riches noces avec Marie-Madeleine de Castille, 15 ans, fille du surintendant de la maison et des finances de Gaston duc d'Orléans, conseiller ordinaire du roi et président d'une chambre des requêtes du parlement de Pari.  Habile, tout en étant fidèle à la reine et à Mazarin, Fouquet a su tenir une place importante au Parlement comme en fait état l’important discours qu’il tient lors du lit de justice de 1652 qui reconnaît la majorité du jeune roi Louis XIV (il a quatorze ans) et proclame l’amnistie (conditionnelle) des Frondeurs.

En 1653, Charles de La Vieuville, Surintendant des Finances en place meurt.  Mazarin le nomme en remplacement. L’état des finances du royaume est catastrophique. Malgré les mesures prises (création de charges, prêts, émissions de rentes)  Fouquet, qui doit, fonction oblige, renflouer les caisses royales de sa poche, la situation financière de la France ne s’améliore pas. Sa charge est d’autant plus lourde à assumer que Colbert que Le Tellier a recommandé à Mazarin pour gérer sa fortune personnelle, surveille également les finances royales et critique la gestion de Fouquet qui voit sa demande de démission refusée.


En 1659, Colbert rédige un mémoire dans lequel il écrit que « moins de 50 % des impôts collectés arrivent jusqu’au roi » ; les autres 50% iraient donc dans les poches de Fouquet. En 1661, Mazarin mourant recommande Colbert au roi par cette phrase demeurée célèbre : « Sire, je dois tout à votre Majesté, mais je m'acquitte de ma dette en lui présentant Colbert ».

La 9 mars 1661, Mazarin meurt. Il a fait appeler Le Tellier Père, Colbert, Fouquet et Hugues de Lionne et les recommande au roi. Mais la veille de sa mort, écoutant Colbert qui n’a jamais apprécié Fouquet, il se rétracte et avise le roi de ce méfier de son Intendant des Finances et de nommer à sa place…Colbert (certaines sources indiquent que ce serait Colbert lui-même qui aurait directement porté la suspicion sur Fouquet auprès du roi). Colbert est nommé Intendant des Finances un jour avant la mort de Mazarin.


La Fête de Vaux-Le-Vicomte

Le 17 août 1666, Fouquet a organisé une fête somptueuse pour recevoir le roi et la cour en son château de Vau-le-Vicomte que Le Vau (1612-1670) a construit, de 1658 à 1661, que Le Brun (1619-1690) a décoré et dont Le Nôtre (1613-1700) a conçu les jardins (voir Architecture/France/Châteaux).Amis,  ils deviendront l’architecte, le peintre et le jardinier (paysagiste) attitrés du roi à Versailles. A noter que trois ans plus tôt, , Louis XIV avait confié à Le Vau les plans d’un bâtiment neuf au Château de Vincennes Ce sera le pavillon du Roi, achevé en 1658. Suivront un pavillon de la Reine et un jardin doté d’une orangerie et de kiosques (https://www.chateau-de-vincennes.fr/decouvrir/histoire-du-chateau-de-vincennes). A noter également qu’après l’assassinat d’Henri IV, en 1610, son fils, le futur Louis XIII, y avait été mis à l’abri. Et qu’en 1648, lorsqu’éclata la Fronde, ce fut au tour du jeune Louis XIV de s’y installer. De 1661 à 1665, Le Vau avait déjà commencé une première campagne de rénovation de ce qui pavillon de chasses de Louis XIII allait devenir le Château de Versailles.


Vaux-Le Vicomte va incontestablement être la préfiguration de ce que sera Versailles dans son rayonnement culturel et artistique. Mécène, Fouquet y a fait travailler les artistes qui seront reconnus comme les grands maîtres d’œuvre de Versailles. Louis XIV, maître d’ouvrage ne se dispensera pas d’en être aussi quelque peu un maître d’œuvre. Le Surintendant qui touche à la plume (bouts-rimés, poèmes, chansons) s’entoure pareillement des grands talents littéraires de son temps, La Fontaine, Madame de Sévigné, le poète et dramaturge à succès Philippe Quinault, Charles Perrault, auteur des contes, Paul Pellisson, un des membres fondateur de l’Académie Française (1635). Il tient à Paris un salon que fréquente précieux et précieuses.

Cette fête du 17 août 1666 à laquelle six mille convives venant de toute l’Europe ont été conviés, est restée célèbre parce qu’elle aurait été la cause de la disgrâce de Fouquet dont le roi aurait envié une telle magnificence.  


Si Louis XIV admira dans les travaux réalisés à Vau-Le-Vicomte et le goût indéniable de Fouquet et le talent des artistes qui le mirent en évidence, pour autant,  ne se trouva pas là la vraie raison qui lui fit arrêter son Surintendant des Finances. Tout au plus ce luxe lui parut bien tapageur au vu des finances calamiteuses de l’État. Le roi avait déjà décidé d’ôter à Fouquet l’administration des finances dès mai et prévue son arrestation dès juillet, arrestation qui sera confier au fidèle mousquetaire d’Artagnan[17] avec qui, à ce sujet, le roi s’entretiendra. Par ailleurs, le roi avait déjà assisté à l’une des fêtes de Vaux, certes moins fastueuse, mais néanmoins déjà significative de la magnificence dan laquelle vivait Fouquet et manifeste de son goût pour les arts tout aussi sûr que celui du roi.


L’Arrestation

Dans ses mémoires, Louis XIV résumera ainsi les raisons de l’arrestation de Fouquet :

« Fortifier les places, orner ses palais, former des cabales et mettre sous le nom de ses amis des charges importantes qu’il leur achetait à mes dépens dans l’espoir de se rendre l’arbitre souverain de l’État » (cité par I. Murat)

Le « plan de Saint Mandé » trouvé derrière un miroir de sa demeure à St Mandé a rendu indiscutable que Fouquet avait bien fomenté un coup d’état au moins dans le cas où il aurait pu être assuré et prévu à l’avance de son arrestation. Ce plan déjà en grande partie mis en place avait prévu la constitution de place fortes comme particulièrement Belle-Île-en Mer, son fief, Le Havre, Caen et autres, l’achat d’une partie de la flotte royale, l’achat des galères de la méditerranée, la constitution d’importants stocks de vivres etc.


En fait, depuis le mémoire de Colbert de 1659, Louis XIV a son Surintendant des Finances et principal conseiller au sein du Conseil Privé, dans le collimateur. Dans sa décision prise dès le mois de mai de mettre fin à ses activités, les comptes rendus quotidiens de Colbert y sont pour beaucoup. Mais outre la façon dont le Surintendant gère les finances avec l’achat dissimulé de charges sur des prête-noms, c’est aussi et peut-être notamment la fortification par Fouquet de la Forteresse de Belle-Île dont il possède le marquisat qui a paru suspecte à un Louis XIV qui n’a jamais oublié la Fronde. A partir de là, des espions dirigés par Colbert vont être envoyés pour savoir qu’elle sont les intentions de Fouquet qui se sait menacé et craint son arrestation. A noter que le second beau-père de Fouquet, receveur général du Clergé de France et surintendant des finances de Gaston d'Orléans avait déjà entrepris des travaux de fortification et une extension du port, l’île jouant un rôle non négligeable pour les compagnies maritimes. Une fois repris le marquisat, le roi la fera fortifier par Vauban. Le fort deviendra un bagne de sinistre mémoire.


C’est le Capitaine d’Artagnan (1611/15-1673) qui au mois de septembre arrête Fouquet à Nantes où il s’est rendu, ainsi que le roi et ses proches conseillers à l’occasion des États Généraux de Bretagne. Au procès deux chefs d’acquisition vont être mis en avant. Premier chef, le spéculat, c’est-à-dire le détournement de fonds publics, des malversations financières et autres « voleries » de toutes sortes par lesquelles Fouquet a bâti sa fortune. On n’a jamais reproché à Richelieu ni à Mazarin leur fortune colossale ; mais Colbert, que Madame de Sévigné surnommait ‘Le Nord’ au vu de son agréable caractère et de son aménité, est un austère. Colbert et son cousin Terron-Colbert se chargeront en personne d’éplucher les dossiers financiers de Fouquet. Second chef, le crime de lèse-majesté. Non seulement Fouquet a fait fortifier Belle-Île qui abritait déjà plusieurs centaines de soldats au service des compagnies, mais surtout lors de la seconde perquisition menée par un Colbert, toujours aussi zélé et qui n’a aucun pouvoir de police ni de justice, est trouvé au château de Saint Mandé un « plan de défense » rédigé en 1657, puis remanié. A l’époque, Fouquet craignant que Mazarin ne veuille l’embastiller a prévu, si cela se produisait, que ses amis gouverneurs entre en résistance et exige sa libération. Plan que les historiens finiront par admettre comme tant soit peu farfelu. Selon les dires de Fouquet, un autre document compromettant que Colbert a trouvé lors de ‘sa’ perquisition et non mentionné lors de la première, serait un document de Mazarin déposé par Colbert lui-même. Dans ce même mois-de septembre, Colbert occupe le poste que tenait Fouquet au Haut Conseil. Devenu ministre, Colbert va pouvoir pour son ‘ami’ Fouquet instaurer une juridiction spéciale composée de hauts magistrats et présidée par le Chancelier (ministre de la justice) Séguier qui avait instruit en 1642 le procès du Marquis de Cinq-Mars.


Le Procès

Le procès s’ouvre en mars 1663 et au vu des procédures engagées et  l’attitude du roi, il est incontestablement à charge. Séguier est un rancunier. Le jugement rendu en 1664 reconnaît Fouquet coupable de spéculat. S’il échappe à la peine de mort, c’est que Colbert a trop avoir voulu en faire contre lui au cours par des procédures tronquées et que le Séguier s’est acharné à le faire condamner. La majorité des juges contrebalancent  par une certaine clémence en vers l’accusé. Ils seront disgraciés par le roi. Tous les biens et titres de Fouquet sont saisis et il est condamné à l’exil hors du royaume. Mais le roi intervenant au nom du droit de grâce, plutôt que de le laisser vivre à l’étranger avec le risque de complot ou d’intrigues avec les ennemis de a France, choisit de le faire enfermer à vie à la prison de Pignerol, place forte dans les alpes italiennes mais possession française où sera enfermé pour un temps, quelques décennies plus tard le Masque de Fer que les historiens actuels s’accordent à reconnaître comme devant être le demi-frère de Louis XIV.

C’est 13 ans plus tard que Fouquet vivant dans l’isolement et l’austérité pourra recevoir les visites de sa famille et de ses amis. Il meurt à l’âge de 65 ans en 1680 d’apoplexie dans les bras de son fils, le Comte de Vaux. Son corps sera transféré par la suite au temple protestant de la rue St Antoine à Paris. Certains documents et lettres de son temps évoquent sa libération avant sa mort.


Le Masque de Fer

 L’affaire du Masque de Fer a débuté en 16 87 quand une gazette relata qu’un prisonnier d’état avait été amené au fort de l’Île-Sainte-Marguerite (une des îles de Lérins) par Monsieur de Saint Mars qui l’aurait par la suite amené avec lui à la Bastille quand il en sera nommé gouverneur 11 ans plus tard. Monsieur de Saint Mars avait été auparavant gouverneur de Pignerol de 1665 à 1681, de la forteresse piémontaise d’Exilles de 1681 à 1687, de Sainte-Marguerite de 1687 à 1698.

Des documents font état de son empoisonnement par un prisonnier Ernest Dauger que Louvois nommerait le Masque de Fer. Mais dans une autre lettre dont le code a été cassé en 1890, le même Louvois écrit au sujet de Vivien L’Abbé de Bulonde, lieutenant-général de l'armée française qui aurait manqué à ses devoirs : « Elle désire [sa Majesté] que vous fassiez arrêter Monsieur de Bulonde et le fassiez conduire à la citadelle de Pignerol où Sa Majesté veut qu'il soit gardé enfermé pendant la nuit dans une chambre de ladite citadelle et le jour ayant la liberté de se promener sur les remparts avec un 330 309 [masque]» (Émile Burgaud et Commandant Bazeries, Le Masque de fer, révélation de la correspondance chiffrée de Louis XIV. Étude appuyée de documents inédits des archives du dépôt de la guerre, École de Chartes 1894).


De toute les versions données sur l’identité du Masque de Fer auquel on a donné plus d’une fois le nom du valet d’Eustache Dauger[18], que ce soit

  • Celle de Voltaire, reprise par Marcel Pagnol : le frère jumeau de Louis IV,
  • Celle de plusieurs ‘historiens’ : François de Vendôme duc de Beaufort, cousin germain de Louis XIV (voir Le Complot des Importants),
    Celle selon laquelle ce serait une invention de Monsieur de Saint Mars,
  • Celle selon laquelle ce serait Nicola Fouquet,
    Celle selon une lettre déchiffrée en 1890, écrite par Louvois ce serait Vivien Abbé de Bulonde, lieutenant-général de l'armée française qui aurait manqué à ses devoirs
    [19].


De toutes ces versions, celle de qui s’approche le plus de celle des historiens actuels est celle que donne Alexandre Dumas Père dans son roman Le Vicomte de Bragelonne (1850), dernier volet de la trilogie des Mousquetaires (Les Trois Mousquetaires, Vingt Ans Après). Selon l’auteur, s’agirait de Philippe, frère jumeau du roi mais inconnu de lui.

Des historiens contemporains tels Lucien Bély, historien membre de l’Institut, Jean-Christian Petitfils, historien et politologue, Paolo Cozzo, historien de l’Université de Turin, Michel Vergé-Franceschi, historien, professeur émérite, Luca Patria, historien, s’accordent pour dire que ce ne serait pas un frère jumeau du roi mais son demi- frère, né des relations adultérines qu’entretenaient la reine Anne d’Autriche avec le capitaine de ses gardes. Marié avec le roi en 1615, elle aura du attendre 1638 pour avoir un enfant de lui. Ce aurait fils d’une telle ressemblance avec sa mère et donc avec Louis XIV que le port d’un masque, non en permanence mais dans certaines circonstance aurait expliqué le port d’un masque. Pour raison d’état, le secret devait être garder de façon impérative car cette naissance remettait en cause la légitimité du roi.


L’Affaire des Poisons

L’affaire des Poisons (1679-1682) pourraient n’avoir été qu’un sordide fait divers dans le vie de la cour versaillaise, si elle n’avait tant dit sur l’esprit du Siècle de Louis XIV. Cette affaire est en contraste opposé avec l’idée que l’on se fait de ce siècle voué et dévoué au classicisme, à sa belle ordonnance, à sa rigueur de forme et de penser, à son équilibre qui n’a d’égal que sa mesure. Un siècle dans lequel la piété côtoie la magie, la foi le satanisme, la messe les sabbats ou prétendus tel, toutes pratiques qui révèlent un siècle inquiet et moins sûr de lui-même qu’on ne le croit. Si ce siècle a donné de grands prélats, Bossuet, Fénelon, Bérulle, il n’en a pas moins laissé place à nombre de sorciers, magiciens, mages, guérisseurs et alchimistes dont certains au nom resté célèbre. 

Madame de Sévigné ne rapporte-t-elle pas que Madame de Lafayette prenait des « bouillons de vipères qui lui donnaient des forces à vue d’œil » ? Certaines des plus hautes autorités médicales tenaient la fiente de paon pour combattre l’épilepsie, le sperme de grenouille contre le vomissement, du sel de cloporte et de ver contre la goutte, des cendres d’abeille pour faire pousser les cheveux et de l’huile de fourmi contre la surdité[20].


La Marquise de Brinvilliers   

En 1671, Henriette d’Angleterre, Madame épouse de Philippe d’Orléans meurt rapidement après de violentes douleurs au côté gauche,  officiellement d’appendicite. Bossuet eut cette phrase célèbre dans son oraison funèbre à la basilique St Denis: « Madame se meurt, Madame est morte », disant ainsi la soudaineté et l’inattendu de son trépas. Mais son frère Charles II Stuart qu’elle a convaincu de signer le Traité de Douvres (1670, alliance franco-anglaise en prévision de la Guerre de Hollande) pense à un empoisonnement. Un an plus tard, les empoisonnements de la Marquise de Brinvilliers sont révélés, accusée qu’elle est d’avoir empoisonnée son père et ses deux frères ; et son mari survie grâce à la compassion… des amants de la marquise. Réfugiée en Angleterre, Charles II refuse son extradition. Rattrapée dans un couvent de Liège, elle est arrêtée et exécutée en 1676.


La Voisin 

En 1677, un billet anonyme trouvé dans une église de Paris fait état d’un projet d’empoisonnement du roi et du Dauphin ; La Reynie, Lieutenant Général de Police, poste créant la première police française suppléant aux milices bourgeoises, mène enquête dans le milieu des mages et enchanteurs. En 1679 sont arrêtés la dame Vigoureux et une dénommée Marie Bosse, le magicien Françoise Filastre dit La Filastre et …   La femme Montvoisin, Catherine Deshayes, dite La Voisin, son complice Adam Coeuret, dit Dubuisson, dit l'abbé Le Sage, l’acolyte de celui-ci l’abbé Guibourg qui aurait célébré des messes noires avec La Voisin pour Madame de Montespan en 1672/73, et 36 autres comparses. Aux prédications sur l’avenir faites aux clients viennent s’ajouter messes noires, sacrifices d’enfants et poisons à discrétion. L’affaire concomitante au projet régicide devient une affaire d’État. En janvier 1680, un tribunal d’exception est instauré, appelé La Commission de l’Arsenal ou encore La Chambre Ardente (en rappel du Moyen-âge). Le Sage mais surtout La Filastre vont y citer de grands noms dont celui de Madame de Montespan, et La Voisin  de citer le Maréchal de Luxembourg, la Duchesse de Bouillon, la Marquise d’Alluye, la Comtesse de Soisson, Madame de Polignac et autres Grandes Dames. Étonnamment, le ministre Louvois aura un entretien avec Le Sage et les emprisonnés par on ne sait quel canal seront bien informés de l’instruction et des promesses qui ont pu être faites aux uns et aux autres. Louis XIV veut tout savoir sur cette affaire et que personne ne bénéficie d’aucune faveur. C’est sans doute au courant de ces promesses que La Voisin et Lesage se sont mis à table.


En 1680 sont arrêtés le Maréchal de Luxembourg, la Marquise d’Alluye, la Comtesse de Soisson, Madame de Polignac. La Duchesse de Bouillon, accusée d’avoir voulu empoisonner son mari avec la complicité de son amant, se rend au tribunal aux bras… de celui-ci. Ses relations feront que la justice sera clémente.

En février, au petit matin, après avoir passé la nuit à se saouler et à proférer des jurons des plus orduriers, La Voisin est amenée toujours aussi excitée au bûcher et ne se calmera que lorsque les fumées commenceront à l’asphyxier. Elle aura avoué avoir « brûlé dans le four  ou enterré dans son jardin, les corps de plus de 2500 enfants nés avant terme » (Paul-Éric Blanrue, Les Sorcières : entre Mythe et Réalités/ Un Cas Particulier, Le Diable et La Marquise : http://www.zetetique.ldh.org/sorcieres.html). Au total, sur 400 arrestations, 88 condamnations seront prononcées.


Madame de Montespan

En 1680, lors de la Commission de l’Arsenal, Françoise-Athénaïs de Rochechouart, Madame de Mortemart (1640-1707), favorite du roi depuis 13 ans, est accusée par La Filastre qui a cherché à se placer chez elle, par La Vertemart et par la fille de La Voisin d’avoir pris une part active à plusieurs messes noires qui, pour retrouver les faveurs du roi et en écarter sa rivale ,Mademoiselle de Fontanges[21], auraient été dites sur son ventre alors qu’elle était allongée nue sur le sol. Guibourg aurait sacrifié un petit bébé. Tout cela fut avoué sous la torture par la fille de La Voisin. La Reynie, qui mena l’enquête avec zèle et rigueur, en fit part au roi. L’affaire devient une affaire d’État, ultraconfidentielle, dont La Reynie garda seul la procédure avec la collaboration de Louvois, d’autant confidentielle qu’une accusation est portée contre Madame de Vivonne, Marquise de Rambouillet, qui tint un des plus prestigieux salons littéraires (voir les Salons) sinon le plus prestigieux d’avoir voulu empoisonner Colbert.


La Montespan s’était-elle rendue coupable de telles pratiques ? Des procès-verbaux d’interrogatoires de Le Sage et d’un autre abbé, datant 1668, ont révélé que déjà La Montespan y avait recours (Lecture des Évangiles sur la tête, messe utilisant poudres et herbes).

Quoi qu’il en soit, la favorite tombe dans la plus complète disgrâce et se voir reléguée sans titre dans les soupentes de château. Mais le roi avec qui elle a eu trois garçons et trois filles dont une, Louise Marie mourra à sept ans et un garçon ou fille mort en bas-âge), tous légitimés, lui offre 50000 livres. De son côté, Colbert aidé d’un criminaliste montera un dossier pour innocenter celle que Madame de Sévigné qualifia de « triomphante beauté à montrer aux ambassadeurs » et qui séduisit le roi par son humour caustique. Elle vivra encore une dizaine d’années à la cour menant grand train puis se retirera près de l’Abbaye de Fontevrault dont l’abbesse n’était autre que sa sœur, Marie-Madeleine Gabrielle Adélaïde de Rochechouart de Mortemart. Ses quatre enfants survivants, Mlles de Nantes et de Blois, le Duc du Maine et le Comte de Toulouse, firent de très avantageux mariages avec des membres de la plus haute noblesse. La Marquise de Maintenon (Françoise d’Aubigné veuve Scarron 1635-1719), gouvernante des enfants légitimés de Madame de Montespan, depuis 1669, maitresse du roi depuis 1679, va devenir secrètement en 1683 son épouse. S’ouvre alors la seconde et moins éclatante partie du règne d’un roi qui grand danseur et excellent guitariste qu’il fut entre en mariage autant qu’en dévotion.


Le Révocation de l’Édit de Nantes

L’Édit de Nantes 1598

Le 2 mai 1598, sous le règne d’Henri IV, l’Édit de Nantes qui comprend 92 articles publics, 52 tenus secrets jusqu’à l’enregistrement au Parlement et 2 brevets, est enregistré par le Parlement de Paris. Les points essentiels en sont

  • ·        la liberté de conscience,
  • ·        la liberté de culte mais ramenée à une pratique locale et privée - les protestants de Paris étant exclus de ce droit-
  • ·        l’égalité des droits juridiques, civiques et dans l’exercice des charges et fonctions publiques,
  • ·        la reconnaissance d’une organisation militaire protestante occupant des places de sûreté indépendantes constituant, de fait, ce que l’on appelé « un état dans l’état ». La Rochelle, Nantes,      Montpellier, Nîmes, Mantes font partie de la centaine de ces places sous la gouvernance des huguenots.

Malgré un accueil contrasté, réservé, cet édit marque une avancée vers la tolérance. Il est intitulé exactement :

« Édit de Nantes en faveur de ceux de la religion prétendue réformée, signe la fin d’une lutte intestine qui aura duré plus 30 ans et que tout le monde voulait voir finir. Le premier article stipule que « la mémoire de toutes choses passées d'une part et d'autre, depuis le commencement du mois de mars 1585 jusqu'à notre avènement à la couronne et durant les autres troubles précédents et à leur occasion, demeurera éteinte et assoupie, comme de chose non advenue. »


La Révocation de 1685

En 1682, le Roi Soleil s’installe définitivement au Château de Versailles dont les travaux sont en voie d’achèvement. Il est à un tournant de son règne. Un an plus tard, il épouse secrètement Madame de Maintenon dont l’influence religieuse sur la personne royale est patente. En 1685, soit deux ans après ce mariage, Louis XIV révoque par l’Édit de Fontainebleau, l’Édit de Nantes. En 1661, le pays comptait environ un million de huguenots. Le terme de huguenots qu’ils avaient eux-mêmes adoptés, leur avait été donné au début de la première de Guerres de religions (1568, Voir T2,V1/Réforme France)


« Avec l'Édit de Fontainebleau, le roi interdit la pratique du culte protestant, ordonne la démolition des temples et des écoles, oblige à baptiser dans la foi catholique tous les enfants à naître, ordonne aux pasteurs de quitter la France mais interdit cependant aux simples fidèles d'en faire autant, sous peine de galères. » (Richard Fremder https://www.herodote.net/18_octobre)

Pour le monarque absolu et pour les noms restés illustres qui l’entourent, il ne saurait continuer d’exister dans une France « fille ainée de la Chrétienté », une religion à part, autre que la catholique que la Contre-Réforme a mené à sa pleine expression. L’Alsace fera exception.

 Avec la reddition de La Rochelle et la Paix d’Alès de 1629, le calvinisme avait vu sa liberté d’agir sérieusement réduite. 


En 1676, avait été crée « par l’ancien réformé Paul Pellisson, la caisse des conversions. Elle  a pour objectif d’acheter les conversions et les consciences des protestants. Il s’agit de séduire les huguenots par des primes, obtention de charges, faveurs et autres avantages pour eux-mêmes et leurs enfants. Pour financer la caisse, Pellisson utilise les revenus royaux de la régale (notamment les revenus des abbayes vacantes de Cluny et de Saint-Germain-des-Prés).Les conversions sont réalisées par des commis acheteurs de conscience. Ceux-ci sont payés à la pièce de converti (en moyenne 10 livres chaque conversion, souvent beaucoup moins) ». (Thierry Sabot https://www.histoire-genealogie.com/Qu-est-ce-que-la-caisse-des-conversion)

A partit de 1679, les huguenots n’avaient plus eu accès aux offices ni à la plupart des professions libérales ; les chambres mi-parties (tribunaux moitié catholiques-moitié protestants) avaient été supprimées et les enfants protestants pouvaient se convertir dès l'âge de sept ans.


Les Dragonnades

Moins onéreuses furent les dragonnades.  A partir de 1681 dans le Poitou, et au-delà de 1685,  des corps de dragons viennent habiter dans certaines villes particulièrement favorables au protestantisme, en Béarn, puis en Languedoc, Dauphiné, Aunis, Saintonge, Poitou. Les dragons s’installent en maître chez les protestants et sans se contenter d’être nourris et logés, ils dépensent l’argent de leur « hôte », vendent leur biens, maltraitent leurs femmes et leurs enfants. La méthode s’avéra très efficace.

La conséquence de toutes ses mesures restrictives et de rétorsions sera la conversion des protestants en de très forte proportion. Louis XIV qui, de longue date avait mûri la chose, sait qu’ainsi la réaction à la révocation de l’Édit de Nantes sera minimisée. Au moment de L’Édit de Fontainebleau[22] qu’au nom du roi rédige Le Tellier Père[23] en prenant soin en préambule de justifier l’édit de son grand-père par une volonté de réunifier le peuple,  il ne reste plus que 25 temples en service.


« Le dernier article de l’édit de Fontainebleau laissait apparemment aux réformés la liberté de conscience (à défaut de liberté de culte). En fait, il n’en est rien, nombre de protestants sont emprisonnés simplement pour avoir refusé d’abjurer. De plus des dragonnades ont encore lieu après l’édit de Fontainebleau, au nord de la Loire, pour convertir de force ceux qui ne l’étaient pas encore. L’interdiction d’émigrer est un cas unique dans le droit européen du XVIIe siècle. L’édit de Fontainebleau, en effet, contraint les dissidents (plusieurs centaines de milliers) à se convertir à la religion du roi sans même leur laisser la liberté minimale de quitter le territoire ». (https://museeprotestant.org /notice/ledit-de-fontainebleau-ou-la-revocation-1685/

Les historiens contemporains estiment qu’environ entre 100 et 200000 huguenots se sont exilés en Angleterre, Hollande et Suisse et Brandebourg. On désigne cet exil du nom de « Grand Refuge »


Le Duc d’Anjou, Roi d’Espagne

Le duc d’Anjou, deuxième petit-fils de Louis XIV et neveu de Charles II d’Espagne, par testament de ce dernier devient Philippe V d’Espagne en 1700. Les Bourbons mettent fin au règne des Habsbourg montés sur le trône d’Espagne en 1516 avec Charles 1er futur Charles-Quint. (Voir Espagne). Cette succession contestée par les Habsbourg d’Autriche donna lieu à la Guerre de Succession d’Espagne de 1701 à 1714. Voir Espagne.


Jacques et Croquants

Les révoltes des paysans remontent et ponctuent toute l’histoire de France (et de l’Europe), de la Révolte Normande de 996, jusqu’ à celle des Révolte des Croquants[24] de 1593-95 en passant par le Grande Jacquerie de 1358 d’où vient le nom généralisé de Jacquerie (jacques désignant le paysan) et qui toucha tout le nord de la France.

Le XVIIème siècle qui connut plusieurs révoltes populaires n’échappa pas à cette ‘tradition’. La dernière de ces insurrections paysannes, la plupart du temps provoquées par une hausse des taxes - cette fois-ci hausse des taxes sur les contrats de mariage et de baptême- sera celle des Tard-Avisés en 1707 à Sérignac (Tarn et Garonne) qui a vu plus de 30000 hommes envahir la ville. La répression sera féroce. Le Maréchal de Montrevel lancera ses dragons qui feront plus de cents morts et blessés.


Sous Louis XIII
  • - 1624 : Révolte dans le Quercy contre l’exemption de la gabelle (impôts sur le sel récolté par les gabelous). La troupe réprime les plus de 10000 révoltés, les meneurs sont pendus ou écartelés.
  • - 1635-37 : Révolte dans la Guyenne, cette fois-ci d’abord pour la taxe sur le vins puis qui s’étend à la trop forte taille (impôt direct dont bourgeois et nobles sont exonérés). Elle s’étend au Périgord et à l’Angoumois et devient une vraie guerre civile avec affrontements de deux armées. La répression sanglante fait plus de 1000 morts parmi les croquants.
  • - 1639 : Révolte des va-nu-pieds (travailleurs de condition très modeste) qui éclate en Normandie. Les normands se voyant obligés de payer la gabelle dont ils étaient jusqu’alors exemptés.
  • - 1643, année de la mort de Louis XIII : Révolte dans le Rouergue. Les croquants, dont le nombre s’éleva 10000, investissent Marcillac (Aveyron), Villefranche (du Rouergue) et imposent à l’intendant de supprimer la taille de l’année et de ramener son taux à celui de 1618. La troupe matera la révolte : Les meneurs, Jean Petit, chirurgien, Guillaume Bras, maçon, et Bernard Calmels seront arrêtés et roués vif. (cfhttps://philippeletang-jacqueries.jimdofree.com/r%C3%A9volte-du-rouergue/)


Sous Louis XIV
  • - 1645 : Soulèvement de Montpellier avec le soutien de la bourgeoisie.
  • - 1658 : Révolte des sabotiers en Sologne. La Guerre d’Espagne de 1635 à 59, les Frondes de 1648 à 1653, ont quasiment ruiné la France. Mazarin décida en 1658 de supprimer le liard. Une monnaie de petite valeur qui, apparue dans le Dauphiné au siècle précédent, venait d’être adoptée en 1654 comme monnaie légale dans l’ensemble du royaume et constituait la monnaie d’épargne des petites gens qui, bien évidemment, ne manipulaient pas de livres tournois ni d’écus d’argent et encore moins d’or. Quelques nobles de fraiche date craignant de se voir retirer leur titre se joignirent aux révoltés. La révolte mâtée, les meneurs avec certains nobles furent pendus.
  • - 1662 : Révolte des Lustucrus[25] (Boulonnais). Jusque-là exemptés d’impôts, les Boulonnais se voient imposer une taxe annuelle par Louis XIV. Près de 400 révoltés sont envoyés aux galères.
  • - 1664 : Révolte en Gascogne. Colbert impose la gabelle aux pays rédimés[26]. Un ancien capitaine, issu de la petite noblesse, Bernard d'Audijos, prend la tête des révoltés et résiste à l’armée royale pendant deux ans. Reconnaissant sa hardiesse et sa valeur militaire, le roi le gracie et le fait colonel.


Les Révoltes

La Révolte des Agnelets 1667-1675

Les Angelets de la Terre furent des paysans catalans qui se révoltèrent contre les autorités françaises dans le Roussillon intégré au royaume de France au Traité de Westphalie (1648). A l’époque le Roussillon englobait le Roussillon actuel (région naturelle des Pyrénées Orientales) et le Languedoc. En 1661, la gabelle y est imposée. Monopole d’État, le sel est taxé à la vente aux particuliers dans les greniers à sel. Le sel a un usage culinaire mais aussi dans l’élevage puisqu‘il est indispensable à l’alimentation du bétail. Les paysans s’organisent. D’abord mettre en place une contrebande, puis face à la réaction des autorités effectuer des raids de harcèlement des soldats français. Menées par le négociant, Josep de la Trinxeria, ces bandes armées, qui connaissent parfaitement leur région, font subir des pertes non négligeables à l’armée pendant des années et éliminent même des gabelous (collecteurs de la gabelle).


En 1669, 4000 soldats montent dans la vallée du Tech (Hautes Pyrénées) et délogent les révoltés avec leur chef Joan Miquel Mestre. Plusieurs autres bastions sont démantelés. Les Angelets qui ont pris ce nom (on ignore son origine) durant cette période s’enfuient pour certains en Catalogne. Les hostilités reprennent, les Angelets profitant des combats à la frontière entre Français et Espagnols pendant la Guerre de Hollande (1672-1678). Toute la population s’est révoltée contre les Français et soutient l’Espagne. Les troupes espagnoles franchissent la frontière. Les renforts français arrivent en masse. La répression des Angelets est sévère : emprisonnements, condamnations aux galères, exécutions, confiscations de biens, lourdes amendes infligées aux communes. En 1675, la révolte est matée. « Louis XIV tente d’échanger les Comtés contre la Flandre. Mais Charles II dit L’Ensorcelé, derniers des rois Habsbourg (†1700) refuse. La révolte s’étant complètement éteinte, le roi de France renonce à cet échange lors des négociations du traité de Nimègue, qui met fin, en 1678, à la guerre de Hollande ». (Philippe Letang/Jacqueries).


La Révolte de Roure

En 1670, éclate dans le Vivarais (Ardèche) la révolte dite Révolte de Roure du nom de son chef Anthoine de Rore, propriétaire terrien de petite noblesse. La cause : une fausse rumeur sur de nouvelles taxes. Pillages, incendies, répression, exécutions.


Révolte du Papier Timbré et Bonnets Rouges

En 1675, éclate dans l’Ouest la Révolte du Papier Timbré. Toute plainte en justice doit être faite sur papier timbré. Hausse du timbre à laquelle s’ajoute d’autres taxes pour financer la Guerre de Hollande. Cette révolte se jumelle en Bretagne à la Révolte des Bonnets Rouges[27] hostiles aux seigneurs auxquels ils demandent la suppression de leurs droits seigneuriaux. Des châteaux sont incendiés.


Révolte des Nu-Pieds et Révolte des Lustucrus

La Révolte des Nu-Pieds se déroula sous Louis XIII en Normandie en 1639. Le Cotentin et pays environnant étaient exemptée de la taxe du Quart-Bouillon : Un quart de la saumure obtenu en faisant bouillir un sable imprégné de sel de mer. Pour financer la Guerre de Trente Ans, la royauté décide de supprimer ce privilège est de le remplacer par la Gabelle, impôt ancestral sur le sel, autrement dit toute la production de sel était vendu par l’État. Les révoltés rappellent la Charte aux Normands de 1315, selon laquelle ceux sont les Normands fixent l’impôt. Richelieu, intransigeant, fait mater la révolte. La répression aboutira à la mort de 300 révoltés.


La Révolte de Lustucru[28] s’est déroulée en 1662 dans le Boulonnais, région du Pas-de-Calais. Il s’agit à nouveau d’une révolte des populations contre une réforme des taxes qui abolit les privilèges et exemptions. Depuis le rattachement au royaume  sous Louis XI de la Picardie, les Bolonais étaient exemptés de la taille (impôt direct) et sous Henri II de la Gabelle et du taillon (nouvel impôt direct) créé par Henri III. En cette année 1662 doit financer l’achat de la ville de Dunkerque qu’il achète au Anglais. La Picardie et particulièrement le Bolonais, zone frontalière avec les possessions anglaises du Nord, ont déjà payé un lourd tribus en hommes et argent dans la défense de leur terres. Manoirs et villes sont investis par la population révoltée. Sur ordre de Louvois, les troupes royales entre en action, plusieurs centaines de révoltés, jeunes et vieillards sont enchainés. Malgré le souhait de Colbert, le jeune roi proclame l’amnistie et conserve le privilège au Bolonais leur privilège. L’un des principaux meneur, un hobereau, Bertrand Postel du Clivet, sera néanmoins roué en place publique.

« Lustucru », personnage de l'imagerie populaire, très en vogue sous Louis XIII et Louis XIV, forgeron et médecin à la fois, censé « reformer », à l'aide de ses outils, la tête des femmes pour les guérir de prétendus maux, ce en raison de déviances de leur caractère. » (Wikipédia)

Selon le Littré : « Le père Lustucru, personnage de fantaisie qu'on met volontiers en regard de la mère Michel. C'est la mère Michel qui a perdu son chat, Qui crie par la fenêtre qui le lui rendra ! Le père Lustucru lui a répondu : Allez, la mère Michel, vot'chat n'est pas perdu ! »

D'après l'Histoire du Théâtre français, t. VIII, p. 323, Lustucru était le nom d'un acteur comique. Il est possible que lustucru ne soit pas autre chose que l'eusses-tu cru ? phrase traditionnelle du niais de théâtre, qui dit à sa nouvelle épouse : l'eusses-tu cru ?


Soulèvements de Villes

Des villes se soulevèrent. Ces soulèvements ont toujours cause la hausse ou la création de nouvelles taxes. Bordeaux en 1674, Le Mans pour augmentation de l’octroi, Mâcon en 1680, pour l’augmentation des taxes sur le vin…


Disettes

Les disettes ont jalonnées l’histoire de l’Europe. Certaines furent particulièrement cruelles. L’une des pires fut la grande famine de 1315–1317 qui toucha tout le continent. Les historiens de l’époque conviennent que pas moins de 13 famines générales au XVIe siècle, 11 au XVIIe siècle et 16 au XVIIIe siècle ont touché la France, sans compter les famines locales.

 Entre 1693 et 1694, une autre grande disette sévit en France provocant la mort d’environ deux millions de personnes soit le dixième de la population selon l’estimation de l’historien contemporain François Lebrun. Hiver rigoureux, été et printemps ‘pourris’ entrainent mauvaises récoltes qui entrainent la hausse des prix des céréales. Autre conséquence, par la chute des défenses immunitaires, la typhoïde décrite par des « fièvres putrides, malignes, pestilentes, avec atteinte intestinale, taches abdominales (le pourpre), prostration, rêveries, assoupissement … Cette famine qui se produit sur fond de crise économique (1692-94) va s’aggraver par un nouvel impôt direct, la capitation, qui vient s’ajouter au relèvement de la taille (impôts direct).  La capitation est un impôt par tête qui trouve son origine dans la Rome antique. En 1695, Louis XIV l’impose pour financer la Guerre de la Ligue d’Augsbourg (https://aouste-a-coeur.com/famines-et-disettes-en-france/#grandefamine de1693)


Petit Âge Glaciaire

A partir du milieu du XIVème siècle, est apparu en Europe ce que l’on a appelé ‘le petit âge glaciaire’. D’après l’historien Leroy Ladurie, à la fin du règne de Louis XIV, le froid provoqua la mort de deux millions de personnes dont de nombreux enfants. Au XVIIème siècle, la France qui est le pays le plus peuplé d’Europe compte environ vingt millions d’habitants avec une augmentation de plus de 10% depuis le règne d’Henri IV.


L’Empire Colonial

La France s’était déjà bâtie un empire colonial au siècle précédent avec la possession de territoires nord-américains (Nouvelle-France: Canada, Acadie, Louisiane, Terre-Neuve), antillais (Martinique et Guadeloupe) et du territoite de l'archipel des Mascareignes dans l'océan Indien (Maurice, Rodrigues et La Réunion) auxquels se sont ajoutés des comptoirs en Inde et en Afrique.

Aux XVIIème siècle, en 1625, La Dominique aux Petites-Antilles devient colonie française et le restera jusqu’en 1763. Achetée aux Anglais en 1650, l’Ile de Grenade aux Antilles restera française jusqu’en 1762 ; Sont venues s’y ajouter les Iles Ste Marie et St Vincent. A partir de 1682, les expéditionnaires français vont prendre possession de la Louisiane, un immense territoire qui au XVIIIème siècle s’étendra des Grands Lacs au  Golfe du Mexique couvrant la superficie des dix états américains actuels (Arkansas, Dakota du Sud, Dakota du Nord, Iowa, Kansas, Missouri, Montana, Nebraska, Oklahoma, et la Louisiane actuelle). En 1762, à la suite de la défaite de la Guerre de Sept Ans, par le Traité de Fontainebleau, la France va céder la Louisiane à l'Espagne,  et perdre également ses établissements en Inde et au Sénégal. Mais les possessions antillaises vont continuer à être une importante sources de richesses avec l’importation et l’exportation notamment du sucre et du tabac.


Notes


 
[1] Voir Louis de Breil: https://www.revueconflits.com/testament-politique-de-richelieu-en-toutes-choses-raison-garder/ et Laurent Avezou Autour du Testament politique de Richelieu : à la recherche de l’auteur perdu (1688-1778) Édit. Bibliothèque de l'École des chartes Année 2004 162-2. 421-453

[2] Le testament est publié pour la première fois à Amsterdam en 1688, or donc après la révocation de l’Édit de Nantes et un an avant que ne commence La Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697, voir Guerres). La remise en cause de son authenticité est le fait de Voltaire.

[3]Sur les contre-vérités colportées sur Louis XIV et son règne Cf. N° 3345 du Magazine l’Express/ Dossier Louis XIV.

[4] La Vraie Loi des Monarchies Libres  ou Le Devoir Réciproque et Mutuel Entre un Roi Libre et ses Sujets Naturels ; titre original en écossais : The Trve Lawe of free Monarchies : Or, The Reciprock and Mvtvall Dvtie Betwixt a free King, and his naturall Subiectes.

[5] Une anecdote concernant le pouvoir absolu du Roi Soleil. Celui-ci voulant étendre la surface du parc de Versailles voulut acheter un terrain adjacent appartenant à un quidam qui ne voulut pas vendre. Le roi lui fit un procès qu’il perdit.(rapporté par François Bluche, Louis XIV , Fayard 1986). Autre anecdote, à la construction de la colonnade du Louvres, Louis XIV voulut en dégager la vue le plus possible, jusqu’à l’église de St Germain l’Auxerrois. N’ayant pas le droit d’expropriation, il ne put qu’acheter les terrains et non sans difficultés ;

[6] Les lois fondamentales liées à la dévolution de la couronne sont : l'hérédité (apparue en 996) : c’est l’enfant du roi qui succède au roi, la primogéniture (apparue en 1027) : parmi les enfants du roi, c’est l’aîné qui succède au roi,la masculinité (apparue en 1316) : seul un homme peut devenir roi,

l'instantanéité (apparue au début du XVe siècle) : dès que le roi meurt, son successeur est aussitôt roi, l'indisponibilité (apparue en 1419) : le roi ne peut ni choisir son successeur, ni renoncer au trône, la catholicité (apparue à la fin du XVIe siècle) : le roi doit être catholique

[7] La Pairie est constituée des grands officiers de la couronne qui, à l’origine, élisaient le roi avant l’instauration de la primogéniture. En France de par la loi salique, la primogéniture est agnatique, c’est-à-dire réservée au premier descendant mâle, au contraire de la primogéniture cognatique qui concerne la ligné de la mère. A noter qu’agnatique vient du verbe latin ‘agnatus’ qui signifie « fils né après la mort du père ou après la prononciation du testament, n’ayant pas le droit à hériter [et]   agnat, parent du côté paternel » et du verbe ‘agnascor’ : « naître après (suite au testament du père) » (Grand Dictionnaire Latin Olivetti) La loi salique : En 1316, Louis X le Hutin meurt sans descendance. Pour justifier de l’intronisation du frère du roi, Philippe de Poitiers, à la place de sa fille mineure Jeanne II, les juristes interprètent une clause de article du code datant de Clovis, essentiellement jusqu’alors à usage pénal, qui interdit l’accès des femmes au pouvoir royal. Exit Jeanne. Cette loi sera désormais connue sous le nom de ‘loi salique’.

[8] Sur la dernière journée du roi voir Jean-Christian Petitfils, L’Histoire n° 351-mars 2010.

[9] Dans les Trois Mousquetaires A. Dumas Père fait jouer à Milady de Winter le rôle d’intrigante qui aurait poussé Felton à l’acte.

[10] Intrigante née, portée naturellement à la conspiration, elle avait déjà participé au Conspiration de Chalais en 1626 qui réunissait autour de Monsieur, Gaston d’Orléans, de s’opposer au mariage de celui-ci avec Mademoiselle de Montpensier que voulait lui imposer son frère le roi et Richelieu. Pour la duchesse, il s’agissait, prémices François de Vendôme, duc de Beaufort, et Marie de Rohan, duchesse de Chevreuse, de la Fronde des Princes, de redonner du pouvoir à la haute noblesse face au pouvoir centralisateur du roi qu’imposait de plus en plus Richelieu. Il s’agissait rien moins que d’assassiner le cardinal. Le Comte de Chalais, Maître de la Garde-Robe du Roi ne fut jamais que l’instrument de la duchesse. Et Monsieur dut épouser Marie de Bourbon, duchesse de Montpensier. Ils eurent pour fille La Grande Mademoiselle qui fit grandement parler d’elle dans la Fronde des Prince.

[11] Beau jeune homme rempli de qualité au dires de Madame de Sévigné, il fera un des personnages de A.Dumas dans Vingt Ans Après et Le Vicomte de Bragelonne. Edmond Rostang fera de son père le soupirant de Roxane dans sa pièce Cyrano de Bergerac.

[12] Les cours sont souveraines dans leurs décisions, seul le roi et/ou le Conseil du Roi peuvent casser leur jugement. Les cours souveraines sont les Parlements (cours de justice) , le Grand Conseil ( qui réunit les conseillers du roi, la juridiction la plus haute), la Chambre des Comptes (Cour des Comptes actuelle), les Cours des Aides (juridiction fiscale) et les Cours des Monnaies (juridictions de la monnaie et de la contrefaçon).

[13] Une véritable détestation de Mazarin animé le peuple parisien. De 1648 à 1653, plus de quatre mille feuillets que l’on appellera des ‘’Mazarinades’ circulèrent dan la capitale. Satires en vers ou pamphlets en prose, tous étaient d’une féroce charge sur le personnage et non tant sur sa politique, sans épargner la reine. Scarron et le Cardinal de Retz furent de leurs auteurs Étonnamment, on attribua le même nom à tout ce qui fut écrit pour leur répondre. Sur les Mazarinades voir : https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques1-2012-2-page-227.htm

[14] La livre tournois était fondue à Tours d’où son nom. De « 1651 à 76, 1livre=7,53g d’argent = 2,37€ ; de 1701 à 25, 1L=5,49g=1,73€. 150000x 2,73= 409500€

[15] En 1671, pour entrer définitivement dans les bonnes grâces du roi, le Grand Condé organise une fête en son château de Chantilly où le roi arrive accompagné des 3000 membres de sa cour. Fête somptueuse avec bal et feux d’artifice. Sauf va manquer pour le repas du lendemain du poisson d’eau de mer. François Vatel qui, un temps au service de Fouchet avant de l’être à celui de Condé, a organisé tous les repas. Il se sent déshonoré par ce non arrivage et vit cela comme une honte. Il s’embrocha par trois fois sur son épée juste peu de temps avant que le poisson qu’il a attendu jusqu’à 8h du matin n’arrive enfin.

« De son vrai nom Fritz Karl Watel d'origine suisse, était maitre d'hôtel et non le célèbre grand maitre culinaire du siècle de Louis XIV comme a voulu nous le faire croire une légende tenace de trois siècles. D'abord intendant auprès de Fouquet, il passe ensuite au service de la maison de Chantilly où il est chargé de l'organisation, des achats, du ravitaillement et de tout ce qui concernait "la bouche" au château. Il n'y a en effet aucune preuve authentique que Vatel fut cuisinier. Dans "l'État de la Maison du Roi et des Maisons des Princes du sang" aucune trace de l'existence de Vatel n'a été trouvée (https://chefsimon.com/ articles/litterature-francois-vatel).

[16] Sur la noblesse de robe voir Robert Descimon L’invention de la noblesse de robe  La jurisprudence du parlement de Paris aux xvie et xviie siècles p. 677-690   https://books.openedition.org/pumi

[17] Charles de Batz de Castelmore, dit d'Artagnan (ou Artaignan),né en 1611-15 au château de Castelmore près de Lupiac ( pays d’Auch, Gers) a reçu en juin 1673 une balle mortelle dans la tête devant les fortifications de Maastricht durant le Guerre de Hollande.

[18] Sur Eusrache Dauger voir https://gw.geneanet.org/arnac? lang=fr&n=dauger+de+cavoye&p=eustache

[19] Des documents font état de son empoisonnement par un prisonnier Ernest Dauger que Louvois nommerait le Masque de Fer. Mais dans une autre lettre dont le code a été cassé en 1890, le même Louvois écrit au sujet de Vivien L’Abbé de Bulonde, lieutenant-général de l'armée française qui aurait manqué à ses devoirs : « Elle désire [sa Majesté] que vous fassiez arrêter Monsieur de Bulonde et le fassiez conduire à la citadelle de Pignerol où Sa Majesté veut qu'il soit gardé enfermé pendant la nuit dans une chambre de ladite citadelle et le jour ayant la liberté de se promener sur les remparts avec un 330 309 [masque]» (Émile Burgaud et Commandant Bazeries, Le Masque de fer, révélation de la correspondance chiffrée de Louis XIV. Étude appuyée de documents inédits des archives du dépôt de la guerre, École de Chartes 1894).

[20] Georges Mongrédien, La Vie Quotidienne sous Louis XIV, Hachette 1948

[21] Devenue à 17 ans, en 1678, favorite du roi, Mademoiselle de Fontanges, va mourir en pleine Affaire des Poisons d’une éclampsie (hypertension artérielle survenant chez une femme enceinte). Mais la suspicion d’empoisonnement se portera sur Mme de Montespan.

[22] Texte complet sur http://huguenotsweb.free.fr/histoire/edit1685.htm

[23] « Homme d'État français (Paris 1603-Paris 1685). Nommé secrétaire d'État à la Guerre et ministre d'État (1643) à l'instigation de Mazarin, il fit preuve de loyalisme pendant la Fronde. Maintenu dans ses fonctions par Louis XIV, il fut, avec son fils le Marquis de Louvois (†1691), le vrai créateur de l'armée monarchique. Instigateur de grandes réformes, il fixa notamment la hiérarchie des grades (règlements de 1661 et 1665 complétés par l'ordre du tableau, 1675) et créa les brigadiers. Devenu chancelier de France en 1677, il rédigea l'édit de Fontainebleau révoquant l'édit de Nantes (1685). » (Encyclopédie Larousse)

[24] Le terme de croquant apparaît pour la première fois lors de cette révolte de la fin du XVIème siècle. Il sera appliqué aux révoltés de la première moitié du XVIIème siècle (Quercy, Angoumois, Périgord, Gascogne, Rouergue) et disparaît en 1650 comme désignant un révolté, mais reste dans la langue pour désigner un rustre voir un bandit de grand chemin. (Charles Samaran Histoire des Croquants de Yves-Marie Bercé Journal des Savants Année 1975 2).« Nom donné au xviie siècle aux paysans révoltés du sud-ouest de la France. En 1594, poussés par la misère, quelques milliers de paysans du Périgord et du Limousin prirent les armes. On les appela tard-avisés, car les guerres civiles s'apaisaient à ce moment, ou croquants, probablement du nom du village de Crocq » (Encyclopédie Universalis). Mais l’origine du terme reste controversée chez les historiens : Les paysans appelés les nobles des croquants qui venaient pour en croquer (des paysans), et le mot se retourna contre eux ; ou bien vient-il de crocus ou encore de crochet car ceux-là signaient d’une croix … (cf Charles Samaran)

[25] « «Lustucru», personnage de l'imagerie populaire, très en vogue sous Louis XIII et Louis XIV, forgeron et médecin à la fois, censé « reformer », à l'aide de ses outils, la tête des femmes pour les guérir de prétendus maux, ce en raison de déviances de leur caractère. » (Wikipédia)

[26] « Sous l'Ancien Régime, se disait des provinces françaises qui s'étaient rachetées à titre onéreux en 1553 des droits prélevés par la royauté sur la vente du sel. » (Larousse)

[27] En 2013, en Bretagne, des transporteurs routiers qui s’étaient soulevés contre une taxe sur les camions poids-lourds ont pris le nom de ’Bonnets Rouges’.

[28] Sur la Révolte de Lustucru voir Pierre Héliot La guerre dite de Lustucru et les privilèges du Boulonnais [article] Revue du Nord Année 1935 84 pp. 265-318 https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1935_num_21_84_1694



ANGLETERRE

Introduction - Les Règnes - Les Événements majeurs Nationaux


Introduction

Quand il  succède à Élisabeth 1ère en 1603, le roi Jacques 1er, qui ouvre la dynastie des Stuart, souhaite centraliser le pouvoir. Déjà en tant que roi d’Écosse sous le nom de Jacques VI, il avait fait montre d’une fermeté certaine en promulguant les Black Acts qui plaçaient le pouvoir temporel au-dessus du pouvoir religieux. Roi d’Angleterre, il va s’efforcer de resserrer les liens avec l’Écosse, dont il est demeuré roi, dans le but de n’en faire qu’un seul royaume. Ce qui adviendra par l’Acte d’Union de 1707.

Le règne de son fils et successeur, Charles 1er, sera marqué en politique intérieur par une mésentente constante et des heurts permanents avec son parlement. Les Guerre Civiles (voir Événements/Majeurs) qui se déroulent de 1640 à 1649 naitront de ce divorce. Après la révolution d’ Olivier Cromwell et l’instauration de 1649 à 1662 du Commonwealth (dit république) va succéder le règne de Charles II, fils de Charles 1er décollé en 1649. S’ouvre en 1661, la période de la Restauration (de la royauté) au cours de laquelle sera maintenu le souci d’un équilibre des pouvoirs. Période aux mœurs licencieux, riche en créations littéraires. Mais la politique maladroite et trop ostensiblement pro-catholique de son frère cadet Jacques II qui lui succède en 1685 va aboutir en 1688 à la Glorieuse Révolution (Bloodless Revolution) opposant les catholiques anglais aux troupes de Guillaume III, Stathouder des Pays-Bas protestants auquel on fait appel les anglicans.

En 1689, Marie Stuart, fille de Jacques II, qui a épousé Guillaume, devient grâce au Parlement, reine d’Angleterre sous le nom de Marie II. Guillaume est également couronné. La même année est promulgué la Déclaration de Droits (Bill of Rights), constitutive de la monarchie constitutionnelle. Dans ses deux Traités sur le Gouvernement Civil qui paraissent en 1690, le philosophe John Locke (1632-1704) justifie la Glorieuse Révolution et dénonce le régime de la monarchie absolue. Ces ouvrages serviront de référence auprès des philosophes des Lumières et feront de lui le fondateur du libéralisme.


Les Règnes

L’histoire des règnes des rois Stuart pourrait se résumer en un conflit permanent entre le pouvoir royal qui tente d’imposer une monarchie absolue fondée sur le droit divin et le pouvoir parlementaire qui s’y oppose et veut instaurer un régime parlementaire. Au milieu du siècle les Parlementariste vont installer une république (le Commonwealth), et à la fin du siècle, la montée sur le trône d’une reine, Marie II Stuart, et d’un roi, Guillaume III d’Orange Nassau, élus, choisis par le Parlement  instaurera une monarchie constitutionnelle.


Jacques 1er

La mort d’Élisabeth 1ère, en 1603, marque la fin de la dynastie des Tudor. Jacques IV Stuart (1566-1625), qui règne sur l’Écosse depuis 1682 lui succède sur le trône d’Angleterre et d’Irlande sous le nom de Jacques 1er. La dynastie des Stuart (Steward) d’Écosse s’étend à ces deux pays. Elle perdurera jusqu’en 1714, année où Ann Stuart, seconde fille de Jacques II, reine depuis 1702, meurt sans héritier.


Roi d’Écosse

Jacques 1er (1566-1603-1625) est le fils de la reine Marie Stuart (Marie 1ère  d’Écosse 1542-1587) et de son second époux Henry Stuart, dit Lord Darnley. A l’âge de 1 an, suite à l’emprisonnement et l’abdication de sa mère, il devient roi d’Écosse sous le nom de Jacques VI et le restera jusqu’à sa mort, faisant de son règne le plus long d’Écosse (57 ans). La régence est assurée par le Comte de Mar puis par le Comte de Morton. Marie qui s’est évadée lèvera en vains des troupes qui seront battues. Elle se réfugiera en Angleterre où sa petite- cousine Élisabeth 1ère la retiendra prisonnière pendant 20 ans puis la fera décapiter au prétexte de tentative de complot en 1587. Jacques VI s’est alors qu’il reste le seul successeur possible de la Reine Vierge,  sa petite cousine[1].

En 1589, Jacques VI épouse Ann de Danemark, fille de Frédéric II roi du Danemark. Ils auront sept enfants dont le futur Charles 1er..

 En 1597-1598, deux importantes lois importantes vont être édictées qui affirment le fondement religieux de la monarchie.

-   The True Law of Free Monarchies[2] impose la notion de droit divin : pour des raisons théologiques, les rois sont supérieurs aux autres hommes. A ce droit divin est associé une monarchie absolue qui n’a pour limite dans son autorité que  la volonté de Dieu et la Tradition, ce qu’en France on appellera les Lois Fondamentales de la Monarchie. Jacques considérait le droit divin des rois comme une extension de la succession apostolique, les deux n'étant pas soumis aux lois humaines

-      The Basilikon Doron (Le Don Royal), publié en 1603, est un guide de gouvernance écrit spécialement pour le jeune prince Henri (†1612) alors âgé de quatre ans, Écrit par Jacques VI lui-même, il se compose de trois parties : les obligations religieuses du roi, l’application d’une monarchie absolue basée sur le droit divin avec méfiance sur le rôle du Parlement, les comportement du roi dans sa vie courante.

Mécène, il promeut en Écosse les arts et les lettres et publie un traité de poésie, Reulis and Cautelis qui préconise les principes poétiques de la Renaissance. Sous son règne sont pourchassées les sorcières et il est dit qu’il assista en personne à plusieurs séances de tortures


Roi d’Angleterre

Monté sur le trône d’Angleterre en 1603, assisté des conseillers de feu la reine,  Jacques 1er  va exprimer deux volontés. La première est de vouloir unifier les deux pays dont il est roi mais ceux-ci s’y opposent. La seconde est de mettre fin à la Guerre Anglo-Espagnole qui a débuté en 1585 sous Philippe II et Élisabeth 1ère et qui trouvera son terme par Le Traité de Londres de 1604 sous les nouveaux rois Philippe III et Jacques 1er.  En 1588 a eu lieu la Grande Armada qui vit la défaite sanglante et brûlante (usage de brûlots par les anglais) de la grande flotte espagnole.

Sous son règne va commencer cet interminable conflit entre le pouvoir royal et le pouvoir parlementaire, l’un voulant affirmer une monarchie absolue, l’autre voulant en réduire au mieux l’autorité. Ce conflit se prolongera sous Charles 1er jusqu’à son arrestation de celui-ci, sa décapitation, et l’instauration de la ‘République’ de O. Cromwell. Il perdurera également sous Charles II jusqu’à l’abdication de Jacques II et la Glorieuse Révolution de 1688. Ce conflit sera ponctué de dissolutions et de reprises de cessions du Parlement, d’affrontements  pour le financement des besoins de la couronne et des guerres.


A l’occasion La Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui, sous fond d’opposition à l’hégémonie des Habsbourg  va opposer les puissances protestantes  aux catholiques, le roi et le Parlement vont néanmoins trouver un terrain d’entente, l’un voulant soutenir son beau-fils protestant, l'électeur palatin Frédéric V, qui a été chassé de la Bohême pour avoir prétendu à son trône, l’autre, fermement anticatholique, trouvant là l’occasion d’une déclaration de guerre à l’Espagne. Malgré les pressions qu’ont exercés le Prince Charles (futur Charles 1Er ) et George Villiers, 1er duc de Buckingham favori du roi, Jacques se refusera à une guerre ouverte avec les Habsbourg . Quant au Parlement, il invoquera l’impossibilité d’un engagement financier pour mener une telle guerre. Le Prince Charles en retirera une défiance contre un Parlement qu’il conservera tout au long de son règne.


Au plan religieux, à son arrivé sur le trône, en 1603, Jacques 1er Stuart avait semblé montrer un esprit de tolérance vis-à-vis de ceux qui ne pratiquaient pas la « vraie religion ». Mais les puritains anglicans de confession calvino-prebytérienne, confession d’origine écossaise, espérèrent le faire fléchir dans le sens d’une radicalisation de l’anglicanisme en ce qu’il avait gardé du catholicisme. Par The Millenary Petition qu’ils adressent au roi, ils demandent la suppression dans la liturgie anglicane de ce qu’il pouvait encore y rester de semblable à la catholique : suppression du signe de croix lors du baptême, de la génuflexion devant l'autel, du port du surplis, de la confirmation, la disparition du terme de ‘prêtre’ et plus encore l’abolition de la hiérarchie ecclésiastique).

« Le nom de « puritains » est donné vers 1560 par leurs adversaires à un certain groupe de protestants, se rattachant au calvinisme, qui désirent aller plus loin dans la Réforme de l’Église. Ceux-ci provoquent une dispute au sujet des vêtements sacerdotaux, car ils désirent purifier l’Église de tous ses ornements. Ils veulent une liturgie plus simple et s’opposent à l’application stricte du Prayer Book. Mais surtout ils refusent le système épiscopal et veulent instituer un régime presbytérien, ce qui déclenche une vive répression de la part d’Élisabeth Ière… Au début du XVIIe siècle, ces puritains accueillent favorablement l’avènement de Jacques Ier. Devant son adhésion à l’anglicanisme, quelques-uns commencent à émigrer en Amérique mais la majorité reste au sein de l’Église d’Angleterre où ils sont tolérés. Sous Charles Ier, l’opposition se durcit et lors de la guerre civile, les puritains triomphent et prennent le pouvoir sous le Protectorat de Cromwell.» (Musée Protestant).

Le terme de puritain regroupe plusieurs tendances : Les presbytériens-calvinistes théocratiques; les indépendants ou congrégationalistes, dont fait partie Olivier Cromwell, se rattachent à la théologie calviniste mais veulent une autonomie des paroisses ; la baptistes qui réservent le baptême aux adultes ; les Quakers ou trembleurs pour qui, selon le fondateur George Fox, la lumière intérieure est plus importante que l’Écriture et est accessible à tous ; et les communautés millénaristes qui finiront par se dissoudre.

Un an plus tard, le discours du roi à l’occasion de l’ouverture de la session du Parlement laisse perplexes les catholiques qui n’y voient aucun encouragement ou au moins une tolérance à pratiquer leur culte, même un projet d’interdiction de leur culte est présenté au Parlement. Mais à la conférence qui eut lieu en 1604 au Château de Hampton Court, le roi répondit à la demande des puritains par cette réplique restée célèbre : «pas d'évêque, pas de roi », signifiant aussi qu’en tant que chef de l’Église, non seulement le clergé lui serait redevable mais le conforterait dans son autorité religieuse.


En 1605, Jacques 1er échappe à la Conspiration des Poudres (voir Événements Majeurs); un attentat qui, organisé par des catholiques de province, avait pour but de faire sauter le Palais de Westminster à l’ouverture de la cession du Parlement et d’éliminer outre le roi et sa famille, nombre de parlementaires, autrement dit l’ensemble de la gouvernance.

En Écosse, pour rapprocher les deux Églises anglicane et presbytérienne, il fit rétablir la hiérarchie ecclésiastique. En 1611, il commanda une nouvelle traduction de la Bible, La Bible du Roi Jacques (King James Bible) pour laquelle il fut fait appel à 54 traducteurs. Écrite en Anglais Moderne Naissant (Early Modern English ou anglais élisabéthain) pratiqué depuis la Renaissance, elle fait toujours référence. C’était en Anglais Moderne Naissant qu’étaient publiées les œuvres de Shakespeare.


« La langue de Shakespeare eut une influence considérable sur le développement futur de la langue anglaise, principalement son vocabulaire. Il inventa de nombreux mots nouveaux ou utilisa des mots existants de façon nouvelle. De plus, il choisit des mots qui étaient nouveaux et à la mode en son temps. L’Oxford English Dictionary compte plus de 2 000 entrées qui sont attestées pour la première fois entre 1590 et 1610 et qui correspondent à des mots utilisés par Shakespeare. » (Hancil, Sylvie. Chapitre 4. Les débuts de l’anglais moderne : la standardisation ». Histoire de la langue anglaise, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2013, https://doi.org/10.4000/books.purh.5550.)

Dans les dernières années de sa vie, souffrant de plusieurs maux (arthrite, goutte,  lithiase urinaire), il est dans l’incapacité de gouverner.…et trouve un soulagement dans l’alcool. Le Prince Charles commence à diriger le royaume mais sous la forte influence du Duc de Buckingham. Jacques 1er meurt d’une crise de dysenterie à l’âge de 58 ans.


Francis Bacon

Francis Bacon (1561-1626), illustre philosophe anglais, père de l’Empirisme (voir Philosophie/Angleterre), a successivement assumé de 1607 à 1618 les postes d’avocat-conseil (1607), de membre du conseil privé (1616), de Garde des Sceaux (1617) et enfin de Grand Chancelier (1618). Accusé de corruption par le Parlement, il fut emprisonné à la Tour de Londres, exclu du Parlement, privé de ses droits et condamné à une très lourde amende. Mais le roi le fit rapidement libéré et l’exempta de son amende. Bacon, d’une nature plutôt fragile, était l’homme de paille du Duc de Buckingham et paya en partie pour les propres malversations du duc intouchable par le Parlement. Il  consacra le reste de sa vie à ses travaux philosophiques.


Charles 1er

A Jacques 1er succède Charles 1er (1600-1625-1649). Marié à Marie-Henriette de France, fille de Henri IV, il aura deux fils, les futurs rois  Charles II et Jacques II et une fille Marie Stuart qui, mariée à Guillaume II d’Orange Nassau, aura pour fils le futur roi d’Angleterre et d’Écosse et d’Irlande Guillaume III d’Orange.

Jeune, séduisant et indécis, il est un jouet entre les mains de son entourage du moins dans la première partie de son règne. Il fera montre de fermeté par la suite. Dans un souci de rapprochement des deux pays, Charles veut imposer en 1637 aux Écossais le Common Prayer Book[3] anglican. Cette volonté de réforme heurtent les Covenanters (Convenantaires), presbytériens qui formaient un important mouvement religieux[4]. Leurs troupes s’opposèrent par deux fois aux troupes royales dans le conflit appelé Guerre des Évêque (Bellum Episcopale)  en 1639 et 40 qui préfigure la Première Guerre Civile (1642-1651). Ils finiront par le livrer aux parlementaires (Seconde Guerre Civile).

Le règne de Charles 1er avant sa chute sera une constante dispute avec le parlement. L’adhésion du roi à la doctrine du Droit Divin attise le conflit qui sera toujours de contester à l’autre partie la suprématie du pouvoir. Un de ces épisodes sera la procédure d’Impeachment lancé par le parlement contre le roi à la suite de la défaite du Normand George Villiers, premier Duc de Buckingham qui n’est pas arrivé à rompre la siège de la Rochelle en 1626-27.

Une autre cause de l’affrontement avec le Parlement est son mariage avec une catholique. « Charles Ier demande la main d'Henriette-Marie, la plus jeune fille de Henri IV. Le couple royal, tendrement uni, mènera une vie exemplaire contrastant vivement avec l'existence dissolue de Jacques 1er ».

 Son refus de soutenir les protestants durant le Guerre de Trente Ans (1618-648) le met également en opposition avec les parlementaires anglicans.

Pendant cette la Guerre Civile, Charles 1er sera jugé pour haute trahison par la Haute-Cour de Justice et décapité en 1649.


Le Duc de Buckingham

George Villiers (1592-1628) , 1er Duc de Buckingham qui a été le favori de Jacques 1er avant d’être celui de Charles


Le Duc de Buckingham

George Villiers (1592-1628), 1er comte puis duc de Buckingham à la deuxième création (1623), a été le favori de Jacques 1er puis de Charles 1er. Il a joui d’une grande influence sur ces deux rois quant aux affaires d’état tout en faisant l’objet d’une détestation générale y compris celles de Louis XIII et de Richelieu pour avoir osé courtiser Anne d’Autriche lors de son séjour en France alors qu’il était venu en messager de Charles II souhaitait épouser Henriette-Marie de France (†1669), la plus jeune fille d’Henri IV qui deviendra par ce mariage reine consort. En 1623, le duc n’étant pas arrivé à convaincre Philippe IV d’Espagne de lui donner sa sœur Marie-Anne avait poussé le Duc d’York (Duc d’Albany, futur Charles 1er) à déclarer la guerre à l’Espagne (1625-30). Marie-Anne († 1646) se mariera en 1631 au futur empereur Ferdinand III de Habsbourg Il (1608-1637-1657).

Il a été à l’origine de plusieurs expéditions désastreuses pour soutenir en vain les protestants dont celle du Siège de Saint-Martin-de-Ré en 1627. Alors qu’il préparait en 1628 une autre expédition, il est assassiné à Portsmouth par un puritain irlandais, John Felton, lieutenant de l’armée anglaise.

Personnage cultivé, c’est lui qui invita le peintre van Dyck à venir pour la première fois à Londres en 1620. Alexandre Dumas fera entrer le personnage dans son roman les Trois Mousquetaires comme le bras armé de Milady de Winter.


Le Commonwealth

A la place de la royauté est installé de 1649 à 1660, le Commonwealth d'Angleterre qui désigne à la fois la gouvernance, forme de république gouvernée par le parlement, et un grand conseil. En 1653, Olivier Cromwell (1599-1658) est nommé Lord Protector (chef de gouvernement). Mort d’une septicémie, son fils Richard (†1712) lui succède jusqu’en 1660 (voir Événement Majeurs/ Grande Rébellion, Commonwealth et République).

C’est pendant la Première Révolution Anglaise (première Guerre Civile) qu’est déclenchée la Première Guerre Anglo-Néerlandaise (1652-1654). Le Parlement voulant éviter que les royalistes ne maitrisent les mers par la piraterie et leur couper les ressources des colonies Outre-Atlantique aux mains des royalistes, la Barbade[5], les Bermudes, et la Virginie. Ressources avec lesquelles sont financés les royalistes d’Angleterre. Des dizaines de navires néerlandais qui tentent de forcer le Blocus de La Barbade en 1651 sont saisis.


Charles II

S’ouvre en 1661, la période de la Restauration avec la montée sur le trône du fils de Charles 1er, Charles II (1630-1661-1685) qui, après un très long conflit avec le parlement meurt sans héritier d’une apoplexie. Suit La Glorieuse Révolution.

Durant son règne les politiques étrangères de l’Angleterre et de la France seront étroitement mêlées. Charles II, légitimement héritier du trône à la mort de son père en 1649, a passé une dizaine d’années en exil sur le continent pendant le période Cromwell. Lui et Louis XIV sont cousins germains[6]. Le roi de France a une obsession : se défaire de l’étaux des Habsbourg, à l’est celui de l’Autriche de Léopold Ier de Habsbourg (1640-1657-1705), au sud celui de l’Espagne de Philippe IV dit Le Roi Planète (1605-1621-1665). La France trouvera une aide précieuse en Charles II qui soutiendra le Portugal dans sa volonté d’indépendance alors qu’il a interdit à Louis XIV d’intervenir. Au nord, la France et l’Angleterre pourront s’allier à La Suède contre les Provinces Unies et les Pays- Bas Espagnols (voir Événement Majeurs/Les Guerres).


En 1661, le Parlement Cavalier, le plus long de l’histoire anglaise, 18 ans, rétablit l’anglicanisme. En 1662, le roi épouse Catherine de Bragance (1638-1705), fille de Jean IV de Portugal, dit Jean le Restaurateur. Elle ne mettra au monde que des enfants morts-nés.

De 1665 à 1667 se déroule la Deuxième Guerre Anglo- Néerlandaise pour la primauté sur les voies commerciales maritimes. En 1667, Le traité de Breda entre l’Angleterre, Les Provinces-Unies, son alliée la France et le Danemark, met fin au conflit par un accord sur l’échange de territoires.

« L'Angleterre, reçut des Hollandais la Nouvelle-Néerlande (New York, New Jersey) et quelques avant-postes en Afrique, et reprit Antigua, Montserrat et Saint-Christophe, aux Antilles, à la France. Les Hollandais conservèrent le Suriname et, aux Indes orientales, Pulo Run. » (Encyclopedia Britannica)

La France conserva la Guyane française et reprit l'Acadie à l'Angleterre. L’épidémie de peste et le grand incendie de Londres avait considérablement affaiblit la position anglaise qui avait vu sa flotte détruite à la Bataille de Chatam en 1667 (Raid sur la Medway) par la flotte hollandaise qui sous les ordres du brillantissime amiral Michel de Ruyter, remonta la Tamise puis la rivière Medway jusqu’ Chatam dans le Kent où navires de guerres et marchands furent incendiés.

Dans le cadre de la Guerre Franco-Hollandaise (1672 à 1678) Charles II va engagé l’Angleterre au côtés de la France dan une Troisième Guerre Anglo-Néerlandaise. Cette politique  pro-française et ses décisions par trop favorables à ses coreligionnaires (catholiques) irritent le Parlement qui vote en 1673 le Test Act[7] qui oblige tout détenteur d’une charge civile ou militaire de faire allégeance à l’Église Anglicane.


Dans le même sens, en 1679, et particulièrement à son encontre, le parlement voulant exclure le frère du roi, Jacques, de la succession à venir en raison de son catholicisme, projette de faire voter l‘Exclusion Bill. Se forme alors le Parti Whig pro-parlementariste et fortement opposé à la monarchie absolue qui soutient le projet, tandis que le parti Tory, terme péjoratif issu des brigands irlandais, royaliste, s’y oppose. Le projet n’aboutira pas.

Charles II, surnommé le ‘Monarque Joyeux’, sans héritier, mais père d’une douzaine d’enfants adultérins, hédoniste, se convertit au catholicisme au soir de sa mort survenue en 1685 d’une crise d’apoplexie (hémorragie entrainant la cessation des fonctions cérébrales) alors qu’il souffrait d’urémie. Lui succède son frère le Duc d’York (1633-1685-88-1701), qui va régner trois ans en Angleterre sous le nom de Jacques II et en Écosse sous celui de Jacques VII.


Jacques II

Jacques II (1633-1685-1701), roi d’Écosse sous le nom de Jacques VII,  second fils de Charles 1er, aura les mêmes ambitions que son père et son grand-père d’être un monarque absolu. Il va se heurter aux mêmes oppositions du Parlement et son catholicisme comme sa politique pro-française va le rendre plus impopulaire encore.

« Pendant la guerre civile anglaise, il est capturé en juin 1646 et emprisonné sur ordre du Parlement, mais s'enfuit en Hollande en avril 1648. Arrivé en France, il rejoint l'armée française en avril 1652. Lorsque son frère aîné Charles II (1630-1685) s'allie avec l'Espagne contre la France en 1656, Jacques change de camp à contrecœur et commande des troupes espagnoles lors de la bataille des Dunes[8] en juin 1658. » (Encyclopédie Universalis).

La bataille des Dunes du 14 juin 1658 est un épisode décisif de la guerre franco-espagnole (1635–1659) opposant une armée franco-anglaise sous le commandement de Turenne et l’armée des Flandres commandée par don Juan José d'Autriche et par le prince français Louis II de Bourbon-Condé, passé au service du roi d'Espagne (souverain des Pays-Bas) à la suite de la Fronde. La bataille s'achève par la victoire de Turenne et est suivie de la reddition de Dunkerque quelques jours plus tard et du traité des Pyrénées en 1659.


En 1672, lors d’un séjour en France, le Duc d’York  se convertit secrètement au catholicisme et l’année suivante se marie avec la catholique Marie-Béatrice de Modène, fille d’Alphonse IV d'Este, duc de Modène. Cette conversion et ce mariage seront deux raisons supplémentaires du vote du Test Act de 1673 par le Parlement, qui oblige tout détenteur d’une charge civile ou militaire de faire allégeance à l’Église Anglicane. Ce qui devait exclure par avance, Jacques de la succession au trône. Exclusion qui aurait été renforcée si le projet de loi de l’Exclusion Bill de 1679 avait abouti.

Dès son arrivée sur le trône, la personne du roi sera l’objet  de plusieurs tentative de renversement et d’exécution : Le Complot de Rye-House en 1683 et la Rébellion de Monmouth (voir Événements Majeurs/Rébellions) en 1685.

Le roi pour prévenir toute nouvelle tentative de révolte constitue la première armée de métier. Outre les troubles provoqués par les soldats dans la population, le Parlement n’accepte pas qu’à l’encontre du Test Act de 1673, des catholiques soient nommés à des charges militaires, preuve d’une politique par trop pro-catholique du roi. Celui-ci dissout l’assemblée qui ne siègera plus jusqu’à sa destitution et permet aux catholiques d’occuper les plus hautes fonctions.


En 1687-88, Jacques II souhaitant faire abolir le Test Act convoque le Parlement et faute de soutien suffisant limoge nombres de hauts-fonctionnaires. Il demande ensuite aux évêques anglicans de voter la Déclaration d'Indulgence qui doit supprimer les restrictions des catholiques et des dissidents à l’anglicanisme, les Dissenters (presbytériens, quakers, baptistes, indépendants qui eux s’éparent autorité religieuse et autorité civile). Les évêques réticents sont arrêtés.

La naissance en 1688 d’un fils, Jacques François Édouard Stuart, dit le ‘Chevalier de Saint-George’, catholique au contraire de ses sœurs protestantes, accroît les tensions avec le Parlement et les anglicans. Ceux-ci font appel à Guillaume III, Prince d’Orange-Nassau (1650-1702), calviniste, Stathouder des Pays-Bas. Débute alors  La Glorieuse Révolution (ou Révolution sans Effusion de Sang, Glorious Revolution ou Bloodless Revolution), Accompagné de son épouse, Marie II Stuart (1662-1694), fille de Jacques, anglicane, qu’il a épousé en 1677, le prince débarque avec 14000 hommes sur les côte anglaises. Jacques II se réfugie chez son cousin Louis XIV et meurt en 1701 à Saint Germain-en-Laye.


Whig et Tories

A l’origine Whig désigne les partisans de la cause presbytérienne, dont les Convenantairs. « Le terme viendrait de whiggamore désignant des covenantaires rebelles de 1648 dont la marche [sur Édinbourg] fut appelée whiggamore raid.

 Le parti Whig réunit au XVIIème siècle de façon plus générale les partisans d’un régime parlementaire opposés au régime de la monarchie absolue défendue par le partie Tory. Ce nom sera donné aux défenseurs de l’Exclusion Bill de 1678 visant à empêcher la montée sur le trône du successeur de Charles II, anglican, son frère Jacques II, catholique. Parmi les parlementaristes, ils jouèrent un rôle essentiel lors de la Glorieuse Révolution de 1688. A l’arrivée sur le trône de George Ier (1660 –1714-1727), premier roi d’Angleterre de la dynastie des Hanovre, successeur de Ann Stuart, ils vont détenir le parlement pendant plusieurs décennies et gouverner unilatéralement.

Un Tory (en irlandais tóraidhe ‘ poursuivants) désignait à l’origine un hors-la-loi. C’est le nom que les Whig vont donner aux conservateurs opposés à l’Exclusion Bill. Par la suite, le terme perdra son sens péjoratif. Le Parti Tory sera remplacé par le Parti Conservateur en 1834. Familièrement, on appelle toujours tory un homme ou un parti dont la politique est jugée révolue.


Guillaume III

En 1689, Guillaume III et son épouse, sont choisis (élus) comme roi et reine par le Parlement. Tout en conservant sa fonction de Stathouder, Guillaume va régner sur l’Angleterre sous le même nom et sur l’Écosse sous le nom de Guillaume II. Il aura tenté une politique équilibrée entre Whig et Tories. Il n’en sera pas moins obligé de dissoudre le parlement en 1690 puis en 1695 pour tenter un rééquilibrage des forces. Les élections de 1695 donnent la majorité au Whig en qui il trouve un soutien par leur vote d’un Bill of Attainder (Bill d'Attainder, condamnation d’une personne sans procès) à l’encontre du baron jacobite John Fenwick qui, avec des complices pro-Jacques II, projetait d’assassiner Guillaume en 1695-96. Lui qui fut un des plus vifs partisans du Bill of Attainder à l’encontre de James Fitzroy (Jacques le Bâtard), Duc de Monmouth, un fils illégitime de Charles II qui mena une rébellion contre Jacques II, sera exécuté en application de cette même loi .

 Un première rébellion par les partisans de Jacques II, catholiques, favorables au retour de la monarchie absolue et non constitutionnelle va éclater  dès après l’intronisation du couple royal. Une seconde rébellion aura lieu en Irlande où Jacques II est revenu pour mener les  troupes rebelles. Animée par les partisans favorables au retour des Stuart et d’un roi écossais, une troisième rébellion éclatera en  Écosse, qui conduira au Massacre de Glencoe en 1692. (voir Événement Majeurs/ Les Soulèvements)


Favorable au Wigh, Guillaume va autoriser en 1694 la création de la Banque d’Angleterre dont l’un des principaux fondateurs est William Paterson (1658-1719), négociant d’envergure internationale et promoteur de La Révolution Financière Britannique (voir Événements Majeurs). Cet organisme financier dirigé par des particuliers et non plus par le pouvoir royal sera un des principaux outils qui mettra au siècle suivant l’Angleterre à la tête des finances mondiales supplantant la place d’Amsterdam.

En 1688, en s’alliant des puissances européennes (St Empire, Pays-Bas, Espagne…) qui constitueront la Ligue de Augsbourg, Guillaume a engagé, La Guerre de la Ligue d'Augsbourg, également appelée la King William's War, contre la France et son allié l’Empire Ottoman. En 1697, les Traités de Ryswick mettent un terme au conflit, les puissances récupérant ou concédant des territoires en Europe et outre-atlantique (voir Événements Majeurs du XVIIème siècle/ Guerres/ Ligue de Augsbourg).


Durant cette période, Guillaume III se rend fréquemment sur le continent. En son absent, Marie II gouverne le royaume, mais elle décède de la variole en 1694. Guillaume va régner seul non sans s’attirer une impopularité qui ira jusqu'à une tentative d’assassinat fomentée en 1696 par le jacobite John Fenwick.

Les soupçons d’homosexualité avancés par les jacobites ternissent un peu plus l’image royale. Guillaume a toujours eu auprès de lui de jeunes conseillers et favoris, aussi bien en Hollande qu’en Angleterre. Hans Willem Bentinck, page de Guillaume II, fut un ami très proche de son fils, le futur Guillaume III qu’il suivra en Angleterre où le roi pour lequel il effectuera plusieurs missions diplomatiques importantes, le fera Comte de Portland en 1689, pair d'Angleterre (membre de la Chambre des Lords nommés à vie). Arnold Joost van Keppel, colonel de l’armée anglaise, fut très jeune un proche conseiller du Stathouder Guillaume.  Il suivra ce dernier en Angleterre où le roi le comblera de titres et de terres. Il fut un rival de Bentinck. Mais les historiens contemporains restent d’un avis partagé sur l‘orientation sexuelle de Guillaume III.


En vue de la successions du roi, est voté en 1701 par le Parlement, l’Acte d'Établissement (Act of Settlement) garantissant la succession de la couronne aux membres de la famille protestante des ducs du Hanovre, excluant de fait du trône les catholiques de la Maison Stuart, et permettant ainsi à la  Maison de Hanovre d’accéder au trône de Grande-Bretagne.  Le premier roi de la dynastie sera sous le nom de Georges 1er de Hanovre (†1717), à la mort de Ann Stuart en 1714, morte sans héritier, le duc de Brunswick-Lunebourg, Prince-Électeur du St Empire, arrière-petit-fils de Charles 1er par sa mère Sophie, épouse d’Ernest-Auguste, duc de Brunswick-Lunebourg auquel Georges succéda en 1679. 

Guillaume III meurt en 1702 à l’âge de 51 ans d’une pneumonie qui a pu être provoquée par la clavicule qu’il s’est  cassée en chutant de cheval. Lui succède aux trônes d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande, sa belle-sœur,  la sœur de Marie II, Anne Stuart (1655-1702-1714), seconde fille de Jacques II. En 1707, sous son règne sera signé entre l’Angleterre et l’Écosse l’Union Act qui réuni les deux royaumes en un seul  sous le nom de Grande-Bretagne. L'Acte d'Union de1800 réunira le Royaume de Grande-Bretagne et le Royaume d'Irlande, pour former le Royaume-Uni de Grande-Bretagne et d'Irlande en 1801.


Après la mort de Guillaume, le poste de Stathouder (gouverneur de province) ne sera pas renouvelé aux Pays-Bas. Les Provinces-Unies continueront d’être gouvernées par les États Généraux des Provinces-Unies. Guillaume III aura été le dernier stathouder en ligne paternelle depuis Guillaume 1er dit Le Taciturne (1533-1581-1584).

Par le Traité d'Utrecht de 1713, la principauté d'Orange est cédée à Louis XIV par Frédéric 1er tout en gardant le titre. Frédéric a hérité de la principauté et du titre par sa mère Louise-Henriette d’Orange, fille du Frédéric-Henri de Nassau (†1647). Le roi de Prusse. Il est fait premier roi de Prusse en 1701 par l’empereur Léopold 1er de Habsbourg pour son soutien pendant la Guerre de Succession d’Espagne.


Événements Majeurs

L'Union des Deux Couronnes (1603)

En 1603, Élisabeth 1ère, fille d’Henri VIII meurt sans héritier. La couronne passe à la branche latérale des Tudor, celle de sa sœur Marguerite d’Angleterre dont l’arrière-petit-fils est Jacques VI  Stuart d’Écosse. Celui-ci monte sur le trône sous le nom de Jacques 1er d’Angleterre. La dynastie Stuart remplace la dynastie Tudor. Angleterre et Écosse seront désormais gouvernées par un même roi. Cet épisode est connu sous le nom de L’Union des Deux Couronnes.

L’Écosse et l’Angleterre ne formeront qu’un seul et même royaume en 1707 par le Traité de l’Union, les deux pays constituant le Royaume Uni de Grande Bretagne. La dynastie des Stuart va s‘éteindre en 1714 à la mort d’Ann Stuart, seconde fille de Jacques II, reine d’Angleterre en 1702 et de Grande-Bretagne en 1707. George 1er, Duc de Brunswick, né à Hanovre, étant l’arrière-petit-fils de Jacques 1er Stuart. Il lui succède ouvre la dynastie des Hanovre.


La Conspiration des Poudres

En 1605, des catholiques provinciaux fomentent un complot qui sera appelé Gunpowder Plot ( Conspiration des Poudres), visant à éliminer le roi et les parlementaires en faisant exploser la chambre lors du discours du roi. Mais une lettre anonyme adressée à un sympathisant des réfractaires lui conseillant de ne pas être présent lors du discours va faire avorter le complot. La lettre finira par être transmise au roi. Le discours sera retardé. Une fouille des caves fera découvrir que pas moins de trente-six barils de poudre avait été stockés dans les caves du Parlement par Robert Catesby, principal instigateur dont le père avait été persécuté. Un des principaux organisateurs Guy Fakwes y est arrêté avec de quoi mettre …le feu aux poudres. Catesby sera tué en résistant à son arrestation. Huit survivants subiront le châtiment séculaire réservé en Angleterre aux condamnés pour haute trahison, hanged, drawn and quartered (pendus, trainés et écartelés)[9].

Aussitôt après, le Parlement vote The Popish Recusants Act (La Loi sur les Récusants Papistes) exigeant de la part des catholiques un serment d’allégeance au roi et la reconnaissant que son autorité prévaut sur celle du pape. Qui enfreindrait ce serment serait passible d’être condamné pour haute trahison. De plus, iles catholiques sont exclus des professions de magistrats et de médecins.


Grande Rébellion, Commonwealth et République

Aux conflits permanents qu’entretiennent le roi et le Parlement vinrent se greffer les rebellions des populations d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande. Là aussi était remise en cause l’autorité royale face à la revendication populaire de son libre choix de sa religion. Le roi était contesté en tant que chef suprême de la religion comme l’avait imposé Henri VIII en 1636. Et es nationalismes irlandais et écossais trouvaient là l’occasion d’un soulèvement. Le Parlement finit par sortir vainqueur de cette contestation du pouvoir temporel et religieux. Le Royaume devint une monarchie constitutionnelle. Cette période est connue sous le nom de La Guerre des Trois Royaume qui sévit de 1639 à 1651.

« Le conflit le plus connu est la Première Révolution Anglaise (1642-1651) qui englobe les trois guerres civiles: Première Guerre civile 1642-1646 ; Deuxième Guerre Civile 1648-1649 ; Troisième Guerre Civile 1650-1651. Mais ces guerres incluent également les guerres des évêques de 1639 et 1640 [conflit entre anglicans et presbytériens]; la guerre civile écossaise de 1644 et 1645 ; la rébellion irlandaise de 1641 la Confédération irlandaise de 164é à 1649 ; la conquête cromwellienne de l’Irlande en 1649, appelées guerres confédérées irlandaise. » (Wikipédia/ Guerre des Trois Royaumes)


Le Long Parlement et La Grande Remontrance   

Le Long Parlement est le nom donné à la session du parlement qui siégea sans discontinuer de 1640 à 1653. En 1640, Charles 1er le convoque pour régler la Guerre des Évêques, un conflit armé qui oppose les épiscopaliens partisans du roi et défenseurs de l’autorités des évêques et les Convenantaires (presbytériens) qui défendent l’autorité des consistoires (assemblées des anciens et des pasteurs). En 1641, l’accord signé est favorable au Parlement de Glasgow. La Grande Remontrance est une déclaration du parlement considéré comme un des actes fondateurs de la constitution anglaise.

En 1641, le parlement présente au roi une déclaration, The Grand Remonstrance (La Grande Remonstrance). Elle marque un jalon déterminant dans l’évolution de la monarchie absolue vars la monarchie constitutionnelle. Le Parlement l’adopte l’année suivante.

Cette déclaration qui vise en premier lieu les jésuites, dénonce au nom de la liberté du peuple les ‘papistes’ comme corrompus et occupant de trop hautes fonctions dans la hiérarchie ecclésiastique et dans l’entourage du roi, mais dénonce aussi la fonction épiscopale dotée de trop de pouvoir et leur refuse de pouvoir siéger au parlement.


Les Guerres Confédérées Irlandaises

A cette même époque éclatait Les Guerres Confédérées Irlandaises (Guerre de Onze Ans) qui se déroulèrent entre 1641 et 1653. Les Irlandais catholiques formèrent pendant un temps un état souverain et combattirent les troupes des Convenanters écossais et des parlementaires anglais. Bien qu’une partie de ces dernières durent retourner en Angleterre au début de la Première Guerre Civile, elles finirent par une série de victoires en 1647 à mettre fin au soulèvement.


Première Guerre Civile 1642-1646

La Première révolution anglaise (English Civil War), appelée aussi La Grande Rébellion, va se dérouler de 1642 à 1651 et s’étendre à l’Écosse et l’Irlande. Ilse sera suivie de deux autres guerres civiles qui s’étendront également en Écosse et Irlande. De ce fait ces guerres sont aussi désignées sous le nom de Guerres des Trois Royaumes.

« C'est en 1640 que la Grande Rébellion éclata, suivant la convocation du « Long Parlement ». Celui-ci, ayant forcé Charles Ier à mettre fin à son « gouvernement personnel » et écarté les ministres qui avaient gouverné en son nom, promulgua une série de réformes constitutionnelles. Malheureusement le Parlement se méfiait à juste titre de la bonne foi du roi, et cette méfiance, alliée à certains accidents politiques, mena en 1642 à la guerre civile ». (Hugh Trevor Roper, https://www.cambridge.org/core/journals/annales-histoire-sciences-sociales/article/abs/la-revolution-anglaise-de-cromwell-une-nouvelle-interpretation/6314BB20254DF3290F76C4940B401CEF#)


En 1637, dans un souci de rapprochement des deux pays, Charles avait voulu imposer aux Écossais le Common Prayer Book anglican, le livre fondateur de l’anglicanisme publié en 1549. Les presbytériens écossais s’y opposèrent et en 1639, préfigurant le Première Guerre Civile, éclata La Guerre des Évêques en 1639 qui vit s’opposer les Convenanters presbytériens écossais aux troupes royales.

En 1640, le roi dissout le Short Parlement. Qui s’est refusé au financement de la guerre contre les Écossais. La défaite de l’armé royale est totale et les troupes écossais envahissent le nord de l’Angleterre. Le nouveau parlement, le Long Parlement (pour avoir siégé sans discontinuer de 1640 à 1653) va se montrer intransigeant envers le roi, allant jusqu’à récuser le droit à celui-ci de dissoudre l’assemblée parlementaire.

En 1642 le coup de force que le roi tente contre le Parlement échoue et l’oblige à se retirer sur Oxford. Commence la Première Guerre Civile Anglaise qui oppose les parlementaires aux royalistes ; guerre sur laquelle vient se greffer La Guerre Civile Écossaise et Les Guerres Confédérées Irlandaises (1641-1653). Les forces en présence étaient d’un côté les Cavaliers[10] royalistes dirigées par le prince Rupert, Comte Palatin et Duc de Bavière, et de l’autre  les Côtes-de-Fer (Ironsides)[11], cavaliers puritains dirigés par Oliver Cromwell qui constituent avec eux en 1645 le New Model Army. Un modèle qui montrera toute son efficacité à la Bataille de Naseby, en 1645 où les troupes de Cromwell et de Thomas Fairfax, le plus célèbres des généraux de la Première Révolution, battront les troupes de Rupert.


 Dans sa cession de 1642, le Long Parlement va monter une armée dans le but à la fois de repousser l’invasion écossaise du Nord et de soumettre le pouvoir royal. Les troupes écossaises vont finalement se joindre à celles du Parlement sous conditions que Cromwell, une fois arrivé au pouvoir déclare l’Angleterre presbytérienne. En 1646, face à une série de défaites dont ses troupes ne peuvent se relever, Charles II décide de se rendre non au Parlement mais aux Covenanters écossais qui constituent alors un mouvement politico-religieux fort importants et dont la doctrine presbytérienne s’origine dans l’Église Écossaise de John Knox (1514-1572) voir T2/V1/Réforme en Écosse).


Deuxième Guerre Civile   1648-1699

La Deuxième Guerre Civile Anglaise qui se déroule en 1648 et 49, est le deuxième épisode de la Première Révolution Anglaise.

En 1647, les Convenanters vont livrer le roi au Parlement moyennant finance et se retirent en Écosse. Le roi échappe et se rend au château de Carisbrooke sur l'île de Wight où il reste prisonnier de Covenanters. Une fraction de ceux-ci, les Engagers, passe un accord avec le roi. En avril 1648, ils deviennent majoritaires au Parlement en échange de sa restauration sur le trône anglais. Charles accepta d'imposer le presbytérianisme en Angleterre pendant trois ans et de supprimer les Indépendants.

Les Indépendants forment un mouvement politico-religieux de longue date qui s’affirme au mieux durant cette période. Favorables au congrégationalisme sur le modèle protestant qui remet les affaires religieuses à une assemblée locale (les Anciens), ils s’opposent aux parlementaires presbytériens qui veulent joindre  autorité religieuse et autorité cpvile, autant qu’aux anglicans royalistes et aux catholiques. Avec les presbytériens, les quakers et les baptistes,   ils forment le mouvement des dissenters (dissidents), ceux qui ne reconnaissent pas l’Église anglicane.

 Les Écossais envahissent l’Angleterre en juillet 48 soutenus par des soulèvements royalistes dans le Sud. Mais Thomas Fairfax qui a le commandement général des troupes parlementaires et Cromwell à la tête de la New Model Army, les Ironside, battent définitivement les Écossais en août à la Bataille de Preston. Les principaux chefs royalistes sont décapités.

Le procès du roi s’ouvre. Il est accusé de haute trahison. Il est décapité à la hache en janvier 1649. En 1660, à la Restauration, les régicides seront exécutés ou emprisonnés à vie.


Troisième Guerre Civile et Le Commonwealth 1649-1651

La Troisième Guerre Civile Anglaise qui a lieu de 1649 à 1651 est le troisième épisode de la Première Révolution Anglaise qui se traduira par des affrontements militaires et politiques entre parlementaires et royalistes.

En 1649, Charles décollé, une République s’instaure, le Commonwealth (ue l’on traduit par ‘ république’) jusqu’en 1653. Les Levellers (niveleurs) qui se révoltent pour protester contre l’invasion de l’Irlande seront sévèrement réprimés par les troupes de Cromwell. Cromwell qui envahit l’Irlande remporte les victoires décisives de Drogheda et de Wexford. Après l’exécution de leur principaux dirigeant le mouvement s’estompe et le général Monck fera une purge dans l’armée l’année suivantes


Les Levellers

Ce sont ces révolutionnaires qui veulent aller plus loin que la république centralisatrice. Ce sont des démocrates avant- l’heure qui souhaiteraient un modèle de société inspirée des communautés anabaptistes dans lesquelles il y a répartition des richesses et remise en cause de la propriété privée. Ils prêchent l’égalité, la tolérance dans le cadre d’une communauté religieuse où le sentiment de la prédestination est vivant. Les plus représentatifs de ce mouvement furent Gerrard Winstanley (†1660), apôtre d’un communautarisme primaire ; l’anabaptiste Richard Overton (†1663), pamphlétaire ardent, ; William Walwyn (†1651) qui, également pamphlétaire, est attaché à l’égalité entre les hommes, à la non-violence, au rejet de toute autorité spirituelle, tout en rejetant comme les précédents l’accusation de communisme et d’atteinte à la vie privée ; et John Lilburne (†1657), leur chef de file, le plus activiste. Dans son England's Birthright Justified (Justification du droit imprescriptible de l'Angleterre), il réclame l’élection annuelle au suffrage universel du parlement ; et son Freeman's Freedom Vindicated (La Défense de la liberté de l'homme) est en soi un programme.


Il faut mentionner le philosophe James Harrington qui sansfaire partie des Levellers prôna « une théorie républicaine qui se caractérise par le principe de la représentation, la rotation des charges, et un système bicaméral avec séparation stricte entre le conseil et la décision, une répartition équilibrée de la propriété foncière anglaise via des changements dans les règles d'héritage et dans la législation agraire ». (Wikipédia) Son ouvrage La Communauté d'Oceana, publié en 1656 influencera grandement les révolutionnaires français.

La Reconquête en Irlande

La Guerre Civile Écossaise éclate en 1641, les Écossais profitant des troubles provoqués par la Première Guerre Civile Anglaise. En 1649, Oliver Cromwell qui dirige de fait ce ui deviendra le Royaume-Uni va exercer une répression sauvage par notamment les massacres de Drogheda et Wexford. Un tiers à la moitié de la population aurait été décimé. L'Irlande soumise à l'autorité et aux lois de l'Angleterre voit ses terres du Nord confisquées et attribuées à des colons venus d’Écosse et d’Angleterre comme cela avait commencée en 1630


Oliver Cromwell, Lord Protector

Oliver Cromwell (1599-1658), né dans une famille de gentilshommes campagnards du Cambridgeshire, fait ses études au Sidney Sussex College, à Cambridge, haut lieu du puritanisme. Il n’a obtenu aucun diplôme des écoles qu’il a fréquenté. . Il suit les cours d’une école d’avocats (Inns Court). Il fait un riche mariage à Londres en 1620, ce qui l’introduit dans les milieux de la bourgeoisie influente et le met en contact avec des membres de la noblesse. Le couple s’installe à Ely (Cambridgeshire) où il exerce la profession de juge et collecte les impôts pour la célèbre cathédrale. De ce mariage nait neufs enfant dont Richard qui succèdera à son père comme Lord Protector à la mort de celui-ci.

« Pénétré d'une religiosité triste et tourmentée, prompt à verser des larmes, soucieux de faire valoir ses convictions morales et mystiques et convaincu d'être guidé par Dieu, il se fait élire à la chambre des Communes, à Westminster, en 1628 ». (Fabienne Manière https://www.herodote.net/_Lord_protecteur_ et_dictateur_ de_fait-synthese-2001.php)

Un an plus tard, le parlement dissous, il prend en charge la fortune familiale jusqu’en 1640 où il entre au Long Parlement. Dans ses déclarations, il s’en prend aussi bien au pape qu’à un roi autocrate, éloigné du peuple et de la question religieuse.


Lors de la Première Guerre Civile, il mène déjà une petite armée constituée de ses ouvriers, les Ironside, qu’il met au service du Parlement. Il se révèle audacieux, bon stratège, mais aussi cruel. En 1643, le parlement le nomme rapidement colonel et le met sous les ordres du général Thomas Fairfax. Il remporte plusieurs victoires. En 1645, il est chargé de réorganiser l’armée parlementaire. Il crée la New Model Army avec laquelle il remporte la décisive Bataille de Naseby la même année. Mais cette armée va se scinder en deux camps, d’un côté les Indépendants que représentant les officiers, de l’autre les Levellers. En 1649, après une mutinerie, ces derniers seront être chassés de l’armée. Les Indépendants forment un mouvement politico-religieux de longue date qui s’affirma le mieux pendant cette période. Favorables au congrégationalisme sur le modèle protestant qui remet les affaires religieuses à une assemblée locale, ils s’opposent aux parlementaires presbytériens autant qu’aux anglicans royalistes et aux catholiques.


En 1653, Cromwell instaure un Conseil d’État qui met fin au Parlement Croupion et met en place un nouveau parlement qui le nomme Lord Protector des Trois Royaumes la même année. Cromwell qui a le Conseil à sa botte, va dissoudre et rouvrir le Parlement à sa guise en fonction des besoins financiers, entre autres   pour prendre la Jamaïque (indépendante en 1962) à l’Espagne.

Ce personnage austère, puritain, rigide, n’a plus ainsi face à lui aucun contre-pouvoir. Il règne en « dictateur républicain » et se donne le droit de désigner son successeur qui sera son fils Richard à sa mort en 1658/

Cromwell mort d’une septicémie, son fils Richard lui succède. Mais il n’a pas les épaules de son père dont le régime a trop été impopulaire pour qu’on puisse s’attendre à une stabilité politique. Le Général Monck est favorable au rétablissement de la monarchie. En 1660, le Parlement négocie avec le fils de Charles 1er, pour un retour à la monarchie. Charles II est couronné un an plus tard.


The Commonwealth   1649-60

Le Commonwealth d'Angleterre (Commonwealth of England) est un régime politique que l’on traduit en français par république. L’idée centrale est celle du bien (wealth) commun (common) avec ce qui va de soi une propriété commune pour tous. Ce régime s’applique en Angleterre, Écosse, Irlande et Pays de Galle.

En 1648, la Purge de Pride, à l’initiative du colonel de la New Model Army, Thomas Pride, a consisté à l’exclusion des parlementaires presbytériens qui ne soutenaient ni les hauts gradés (les Grandees) ni les Indépendants. Du Long Parlement qui siégeait depuis 1640, il ne reste alors ce que le Parlement Restant (Rump Parliament) qui ne sera en fait comme on l’a aussi nommé qu’un Parlement Croupion qui va siéger jusqu’en1653. Date à laquelle, Oliver Cromwel est nommé Lord Protector.


Navigation Act Cromwel

Le Navigation Act, voté en 1651 sous l’administration de Cromwell, est la première des mesures maritimes à visée protectionniste. D’autre Actes de Navigation seront pris jusqu’au milieu du XVIIIème siècles, ayant tous pour but d’assurer aux navires anglais le monopole ou le quasi-monopole du transport des matières, en premier le sucre, en provenance des colonies anglaises. A cette époque, les navires marchands néerlandais qui voguaient sous escorte de navires de guerre étaient les principaux transporteurs de sucre en provenance des colonies Outre-Atlantique. Dans le prolongement du Navigation Act la marine de guerre entre dans un programme de développement. Inévitablement la présence de navires de guerre néerlandais et anglais pour protéger leurs navires marchands fut la cause principale de la Première Guerre Anglo-Néerlandaise qui éclata  en 1652 (voir Événements Généraux/ Guerres).

Les Actes de Navigation ne concernèrent la Barbade, Les Bermudes, la Jamaïque et la Virginie. L’ile de La Barbade bien que connue des navigateurs explorant le Nouveau-Monde (espagnols, Portugais) ne fut colonisée qu’à partir de 1625 par les Anglais . En 1629, Charles 1er va en faire la propriété unique du Comte de Carslile. Après l’exécution du roi en  1649, les Cavaliers, les fidèles qui avaient combattu pour défendre la royauté, s’exilèrent en nombre à La Barbade. Le but de l’acte de navigation voulu par Cromwell était d’imposer aux royalistes des navires anglais en place des navires néerlandais pour l’exportation du sucre de cannes, source de très grands profits, une des marchandises les plus rentables.


Restauration

Incendie de Londres

En 1666, un immense incendie ravagea Londres. On estime que les ¾ de la ville furent embrasés. L’année précédente avait sévi dans la capitale anglaise une épidémie qui avait fait plus 100 000 morts. En 1600, Londres comptait 250000 habitants tandis que Paris en comptait environ 300000. En 1700, Londres comptera 600000 habitants et Paris 500000. Londres sera devenue la plus grande et la plus peuplée des villes européennes. Sa population représente 1/10 de l’ensemble de la population anglaise (Article de Robert A. Houston, Cormac O Grada, Roger Schofield et Tony Wrigley, dans Histoire des populations de l'Europe, Fayard, 1997, page 372.)

L’incendie qui a pris la nuit dans une boulangerie va rapidement se répandre, gagner de proche en proche les habitations en bois pour finir par détruire le centre de la ville intra-muros, les autorités de la ville n’ayant pas pris à temps la décision habituelle de détruire par avance les maisons à la périphérie du foyer pour ainsi éviter sa propagation. Le Mur Romain qui englobe alors le cœur de la cité va jouer ce rôle. Les palais dont celui de Westminster vont être épargnés mais la cathédrale St Paul datant du XIIIème siècle va entièrement brûler. Construite et reconstruite quatre fois depuis le VIIème siècle, la cathédrale qui en était à sa quatrième version venait d’être restaurée à la fin du XVIème. Elle sera reconstruite sur le mode classico-baroque par Sir Christopher Wren de 1669 à 1711 (Voir XVIIème siècle :Arts/Angleterre).


Soulèvements Complots et Rébellions

En 1683, le Complot de Rye-House contre la personne du roi Charles II entraine une dure répression qui va aller jusqu’à l’exécution des principaux chefs whig. James Fitzroy (Jacques le Bâtard), 1er Duc de Monmouth, fils légitimé du roi Charles II, qui y serait mêlé, dut exiler. En 1685, La Rébellion de Monmouth est ce même duc qui sera exécuté. 

Trois soulèvements vont ponctuer le règne de Guillaume III et de son épouse Marie II Stuart. A la montée de Guillaume et Marie sur le trône, le premier soulèvement des Jacobites qui comprend de nombreux ecclésiastiques, dont des évêques, a pour but de rétablir une monarchie de droit divin et non élective.

Le soulèvement Irlandais de 1689 à 91 est mené par l’importante communauté catholique jacobite irlandaise qui fait appel aux troupes françaises. Jacques II débarque sur l’île à leur tête. Guillaume III est obligé de mener lui-même ses troupes au combat et remporte la victoire à la Bataille de Boyne en 1690. Jacques II s’enfuit à nouveau en France.


Le Massacre de Glencoe

En Écosse, les troupes jacobites menées par John Graham, vicomte de Dundee, remportent une première victoire. Mais les troupes constituées par les Covenantaires, important mouvement religieux et politique presbytérien en Écosse au XVIIe siècle, opposé à l’épiscopalisme, remporte la victoire de Bataille de Dunkeld au cours de laquelle John Graham est tué. Le roi accorde son amnistie aux rebelles à conditions qu’ils proclament un serment d’allégeance au plus tard le 1er janvier 1692 devant un magistrat. Malgré leur retard pour des raisons essentiellement climatiques, le serment du clan des MacDonald de Glencoe fut accepté. Nonobstant, cette tolérance, des membres influents du gouvernement dont John Dalrymple, 1er comte de Stair, à l'époque Lord Advocate auprès du roi, et Sir Thomas Livingstone, commandant des forces royales en Écosse, trouvèrent là le prétexte d’exercer une répression exemplaire. Quand les deux compagnies arrivèrent à Glencoe, dans les Highlands, elles furent accueillies selon les lois de l’hospitalité écossaise et vécurent en bonne entente avec la population. Le capitaine Cambell, chef des compagnies était parent à Maclain chef du clan des Macdonald. En février, le capitaine Drummond, l'officier qui était la cause du retard de Maclain, remit à Cambell l’ordre suivant :

« Nous vous ordonnons par la présente d'assaillir les rebelles, les McDonald de Glenco, et de passer au fil de l'épée tous ceux de moins de soixante-dix ans. Vous devez prendre un soin particulier à ce que le vieux Renard et ses fils ne s'échappent de vos mains sous aucun prétexte, vous devez bloquer les routes afin qu'aucun homme ne s'échappe. »

38 hommes du clan des Maclain furent tués. 40 femmes et enfants moururent de froid après l’incendie de leur maison. Bien qu’ayant signé les ordres, le roi ne put être tenu pour responsable.


Guillaume III

La Glorieuse Révolution

La Glorious Revolution ou Bloodless Revolution   (Glorieuse Révolution ou Révolution sans Effusion de Sang) est la deuxième révolution anglaise. Elle a lieu entre 1688 et 1689.

Dès son arrivée sur le trône en 1685, Jacques II qui succède à son père Charles II, va se rendre impopulaire par une série de mesures, notamment celles qui, favorables aux catholiques, marquent un rapprochement avec Rome.


Dès 1685, Guillaume d’Orange-Nassau (1650-1702), stathouder de cinq des sept provinces des Provinces –Unies, celles de Hollande, de Zélande, d'Utrecht, de Gueldre et d'Overijssel ( et non de celles de Frise et de Groningue)  depuis 1672, futur Guillaume III, avait créé La Ligue de Habsbourg (voir La Guerre de la Ligue d'Augsbourg (1689-1697) pour contrecarrer les ambitions territoriales de Louis XIV. En 1688, ses troupes néerlandaises, débarquent sur le sol anglais, soutenues par le renfort de troupes de huguenots qui avaient quitté en grand nombre la France après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685. Jacques II, alors régnant,  se réfugie en France. Guillaume, soutenu par le Parlement, lui fait proclamer la destitution du roi et la reconnaissance de son épouse, Marie II d’Angleterre (1662-1694), nièce de Charles II, comme reine  et lui, sous le nom sous le nom de Guillaume III, comme roi d’Angleterre.


Par la Déclaration des Droits (Bill of Rights) de février 1689, sont entérinées les dispositions prises durant le Commonwealth et sous le règne de Charles II. Elle expose les principes de l’exercice de l’autorité royale dans le cadre d’une monarchie constitutionnelle répartissant les pouvoirs entre le monarque et le parlement. Les catholiques sont définitivement écartés du trône, et dans le cadre de mesures qui forment la naissance d’un réel régime parlementaire, le parlement sera régulièrement renouvelé. La constitution d’une armée que Jacques II avait voulu permanente et qui fut une des causes de son impopularité, ne sera possible qu’en temps de guerre. Guillaume III règnera seul à la mort de son épouse en 1694 jusqu’à sa mort en 1702.


Les  forces catholiques anglaises royalistes appelées les ‘jacobites’, exilées en partie en France firent plusieurs vaines tentatives pour reprendre le pouvoir . Celle du Débarquement de Kinsale en Irlande, en 1689, où elles étaient soutenues par 10000 soldats français, qui se solda par leur défaite à la Bataille de La Boyne (Irlande) et le retour de Jacques II en France ; défaites aussi à la Bataille de Cromdale en Écosse 1690 et de Glencoe, également Écosse, en 1692, au cours de laquelle nombres d’écossais du clan Macdonald furent massacrés par les soldats mêmes qui les avaient hébergés. 

Ann Stuart (1665-1702-1714) succèdera à Guillaume II en 1702. Les Actes d'Union de 1707 feront de l’Angleterre et de l’Écosse un seul pays. A la mort d’Ann, le Duc de Brunswick, Georges de Hanovre (1660-1714-1727) lui succède sous le nom de Georges 1er et ouvre ainsi la dynastie des Hanovre. La reine Victoria (1837-1901) sera la dernière reine du Royaume-Uni de la Maison de Hanovre. En 1901, Édouard VII de Saxe-Cobourg-Gotha, fils de la reine Victoria et du Prince Albert de Saxe-Cobourg-Gotha, monte sur le trône. Après la Première Guerre Mondiale, le roi Georges V rebaptisera sa Maison en Maison Windsor pour éviter toute connotation germanique.


L’Acte de Tolérance

En 1689, Guillaume III, de formation calviniste, tout juste monté sur le trône, le Parlement vote l'Acte de Tolérance qui accorde à tous ceux qui adhèrent au dogme de la Trinité leurs propres lieux de culte, et accorde à tous les non conformistes d’avoir leurs propres professeurs et leurs propres prédicateurs. Cela concernent les baptistes et les congrégationalistes, mouvements déjà théorisés par les théologiens Thomas Cartwright (†1603) et par Robert Browne (†1633), concerne également t les presbytériens (calvinistes) de John Fox, fondateur en 1560 de l’Église Presbytérienne d’Écosse et les Baptistes des fondateurs John Smyth et Thomas Helwys. Les catholiques sont exclus de cet acte. Les réformés deviennent majoritaires dans l’Angleterre à la fin du XVIIe siècle.


La Révolution Financière Britannique

En 1694, Guillaume va autoriser à des marchands londoniens whig la création d’un organisme financier indépendant en contre partie d’un prêt de 12000 livres. Cet organisme reçoit  le double privilège d’émettre de la monnaie et d’escompter les effets de commerce. Ainsi est créée la Banque d’Angleterre, la première banque mondiale à être une banque centrale (avec un réseaux de filiales), d’émissions et d’escompte[12]. Ce ne pouvait faire jusqu’alors la principale banque européenne, celle d’Amsterdam.

Elle peut émettre sous le contrôle du Parlement des emprunts publics, par exemple pour l’accroissement de la Royal Navy ou pour tout autre financement de travaux publics d’importance.

La mise en place de tous ses rouages financiers, banques commerciales, banques régionales, assurances, emprunts publics et privés, qui constitue ce que l’on appelle La Révolution Financière va être à l’origine de la révolution Industrielle du siècle suivant et fera de Londres la place financière la plus importante du monde.


Parmi les fondateurs de la banque l’un des principaux acteurs a été le richissime négociateur d’envergure internationale, William Paterson.

Tailleur d’origine écossais, William Paterson (1658-1719) établit sa fortune avec le commerce de peau des boucaniers de boucaniers de l'archipel des Bahamas, favorisé en cela par sa fonction de directeur de confrérie des artisans-tailleurs de Londres. Parlementaire en Écosse, il est un whig (parlementaire) convaincu et prend parti dans la Glorieuse Révolution de 1688.

Un autre financier écossais, John Law Lauriston (1671-1729), jouera un rôle important en France sous la Régence. Il est le créateur du Système Law qui remplace la monnaie métallique par le papier-monnaie (billet de banque). Il est à l’origine en 1717 de la création de La Compagnie Perpétuelle des Indes qui regroupe plusieurs compagnies, Compagnie du Sénégal, Compagnie de Chine, Compagnie du Mississippi et Compagnie de la Louisiane. En 1720, il es nommé Contrôleur des Finances et fusionne la Compagnie Perpétuelle avec la Banque Royale. Les adversaires du Système Law vont spéculer à la hausse de telles sortes que la valeur de l’action de la compagnie va monter en flèche et que les principaux détenteurs, méfiants vont demander à réaliser en or et argent. C’est la banque route. Law s’enfuit et séjourne dans diverses cours villes européennes. Il mourra à Venise en 1729.


L'Acte d'Union

Par les actes d’union de 1706 et 1707, l’Angleterre et l’Écosse ne formeront désormais plus qu’un seul pays qui prendra le nom de Royaume de Grande-Bretagne. Les parlements respectifs sont dissouts. Ne siège qu’un seul parlement à Westminster. Par l’Acte d’Union de 1801, ralliant l’Irlande à la Grande-Bretagne pour former le Royaume-Uni, un nouveau et unique parlement est constitué intégrant les représentants irlandais. En 1979, ce parlement sera dissout. Le parlement écossais sera créé avec en 1999 , début d’une reconnaissance de l’autonomie écossaise.


Les Guerres Indiennes

La première moitié du siècle est marquée par quelque six guerres entre colons anglais et amérindiens. Guerres contre les Powhatans de Virginie, les Pequots du Connecticut, les Narragansetts (Algonquins) du nord-est un temps alliés à eux, et les Wampanoags du Massachussetts.

En 1675-76, la guerre des colons anglais contre les Wampanoags menés par leur chef Metacomet surnommé King Philip, sera un épisode particulièrement sanglant de la guerre des territoires qui se terminera par la mort du roi Philip et du chef des Narragansetts qui s’étaient joints à eux. Les colons anglais l’emportèrent mais grâce au   Metacom  soutien des Iroquois.

« Cette guerre aura fait 600 morts du côté des colons anglais et 4 000 du côté des Amérindiens. Plus au sud, au même moment, la traite des amérindiens de Caroline vers les Antilles s'amplifie, tandis que débute la même année en 1676 en Virginie la Révolte de Nathaniel Bacon [voir Au-delà des Mers/Colonies Anglaises].


Notes


 
[1] Henri VII Tudor a pour enfants, entre autres, un fils Henri VIII qui a entre autres troisfille, l’aîné Marie I (The Bloody Queen), catholique, Élisabeth 1er (la Reine Vierge) et Marguerite Tudor qui se marie à Jacques IV avec qui elle a un fils Jacques V. Jacques V et Élisabeth sont cousins issus de germains. Jacques V, marié à Marie de Guise, a une fille, Marie II Stuart qui est la petite-cousine d’Élisabeth. Son fils Jacques VI est le petit- petit-cousin d’Élisabeth et son héritier présomptif à la mort de sa mère Marie II.

[2] La Vraie Loi des Monarchies Libres  ou Le Devoir Réciproque et Mutuel Entre un Roi Libre et ses Sujets Naturels ; titre original en écossais : The True Lawe of free Monarchies : Or, The Reciprock and Mvtvall Dvtie Betwixt a free King, and his naturall Subiectes.

[3] Publié en 1560 sous la direction de l’archevêque de Canterbury et du réformé suisse Martin Bucer († Cambridge 1651), le Livre de La Prière Commune, est le livre fondateur de l’anglicanisme.

[4]https://www-culturenlmuseums-co-uk.translate.goog/story/rebel-religion-part-1-meet-the-covenanters/: « Ils considéraient la relation du peuple écossais avec Dieu comme une alliance – un contrat sacré, en référence aux Israélites de l'Ancien Testament – Il s'agissait d'une déclaration de droits que même l'autorité royale ne pouvait pas contrecarrer. » « Ce double caractère [religieux et politique] rendait la cause libérale deux fois chère et sacrée à l'Écosse. Aussi la révolution de 1640 trouva-t-elle des auxiliaires dévoués dans les covenantaires écossais (Cousin, Philos. écoss.,1857, p. 8). De convenant : terme d’ancien français signifiant convention, promesse solennelle.

[5] En 1630 des milliers d’Irlandais avaient émigrer à La Barbade après avoir été expropriés de leurs terres dans la cadre d’une politique de colonisation de l’Angleterre et de l’implantations de ‘colons’ anglais évalués à 125000 en 1641.Cette politique avait commencé sous Henri VII.

[6] Philippe IV a épousé en 1615, Élisabeth de France, la fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, sœur de Louis XIII (1601-1610-1643) qui épouse la même année Anne d'Autriche. Anne d'Autriche (1601-1666), fille de Philippe III (†1621), archiduchesse d’Autriche, Princesse de Bourgogne et des Pays-Bas, sœur de Philippe IV, a été en tant qu’épouse de Louis  XIII et mère de Louis XIV et de Monsieur, Philippe d’Orléans, reine de France et de Navarre et régente des deux royaumes durant la minorité du Roi Soleil de 1643 à 1651. Elle mourra d’un cancer du sein en 1666.

Louis XIV épouse en 1660 sa cousine germaine par sa mère Anne d’Autriche, Marie-Thérèse d’Autriche (†1683), fille de Philippe IV.

Monsieur, Philippe de France, épouse en 1661 sa cousine germaine, Henriette d'Angleterre, fille de Charles 1er, sœur de Charles II.

Charles II (1630-1660-1685) est cousin germain de Louis IX par sa mère Henriette de France, fille d’Henri IV et de Marie de Médicis, sœur de Louis XIII, tante de Louis XIV.

[7] Test Act : Type d’acte apparu sous Jacques 1er qui légifère sur les droits et interdictions de certaines catégories de la population. qui oblige tout détenteur d’une charge civile ou militaire de faire allégeance à l’Église Anglicane.

[8] A la Bataille des Dunes, près de Dunkerque, au cours de la Guerre Franco-espagnole (1635-59)n les troupes franco –anglaise commandée par le maréchal Turenne remportent une victoire décisive contres l’armée espagnole des Flandres commandées par Juan José d’Autriche, enfant légitimé de Philippe IV et le Grand Condé qui, condamné à mort à la fin de la Fronde, s’est réfugié aux   Pays-Bas.

[9]Le supplicié est traîné, nu, sur une claie (un treillage de bois) dans les rues jusque sur les lieux de l'exécution, puis pendu par le cou, sans que mort s'ensuive (il s'agit d'un étranglement pour étourdir le supplicié), ensuite éventré, éviscéré et émasculé. Les intestins, les viscères et les organes génitaux sont ensuite brûlés devant les yeux de la victime. Le cœur n'est retiré qu'en dernier. Il est enfin décapité et équarri, le corps étant divisé en quatre morceaux, cinq en comptant la tête. Les morceaux équarris étaient traditionnellement exhibés sur des gibets dans différents endroits de la ville pour dissuader d'éventuels traîtres. L'exposition sur gibet fut abolie en Grande-Bretagne en 1843 (Wikipédia Hanged, drawn and quartered).

[10] Si à l’origine, le terme de cavalier à le même sens que celui français avec une consonance chevaleresque, durant la guerre civile, il signifiait en fait swashbuckling” or “overbearing ” (fanfaron ou autoritaire).

[11]Cavaliers particulièrement disciplinés et entrainés. Voir Roland Marx https://www.universalis.fr/encyclopedie/cotes-de-fer/#i_14266. De façon plus générales, les Têtes-Rondes (les Parliamentarians) désignaient l’ensemble des puritains favorables au Parlement. Apparus dans la seconde moitié du XVIème, les puritains étaient des réformateurs d’inspiration calviniste, farouchement opposés à Rome et à l’anglicanisme en ce qu’il avait fait des concessions à l’Église catholique sous Élisabeth 1ère . Henri VIII avait été un fervent catholique et Élisabeth 1ère ménagea la chèvre et le chou entre anglicans et catholiques (Second Acte de Suprématie de 1559). Les calvinistes prirent le nom de puritain lors de leur arrivée en Nouvelle-Angleterre en 1630 (voir T2/V1/Réforme anglaise).

[12] Une banque d’émission émet de la monnaie mais également opère le clearing (solde d’une série de transactions internationales). Un escompte bancaire est une avance de trésorerie accordée à un détenteur d’un effet de commerce (créance) qu’il cède en contre partie à la banque.




ESPAGNE - PORTUGAL

Le Déclin - Les Règnes - Événements Majeurs - Portugal


Le Déclin

Le XVIIème siècle sera celui du déclin du grand empire sur lequel « le soleil ne se couchait jamais ». Il s’ouvre en 1598 sur le règne d’un roi, Philippe III, plus gouverné que gouvernant, et s’achève à la mort de Charles II dit l’Ensorcelé († 1700), que les mariages consanguins ont rendu stérile, chétif, incapable de gouverné laissant les valido (favoris, premiers conseillers) diriger un royaume sur le trône de laquelle ne montera jamais plus un roi ou une reine issu.e d’une dynastie espagnole. La Guerre de Succession d’Espagne (1700-1714) va ouvrir la dynastie des Bourbons espagnols avec la montée en 1700, à l’âge de 17 ans, du petit-fils de Louis XIV, le duc D’Anjou († 1746) qui prendra le nom de Philippe V El Animoso. Il sera aussi roi de Naples, de Sicile et du Luxembourg.


Le XVIIème siècle ne s’est effectivement pas ouvert pour l’Espagne sur un jour favorable. Sur les mers, la défaite de l’Armada espagnole en 1588 a signé la fin de ses dominations, maritime, militaire et commerciale. Sur terre, de 1613 à 1617, la guerre de succession du Duché de Montferrat qui opposa le Duché de Savoie au Duché de Mantoue auquel s’allia l’Espagne se solda pour l’Espagne par une double déconvenue, d’une part les puissances étrangères comme la France intervinrent dans un conflit intérieur et d’autre part le second Traité d’Asti obligea l’Espagne à rendre à la Savoie les terres conquises pendant le conflit et désarmer ses troupes engagés.


Au nord de l’Europe, elle va perdre de fait en 1581 sa domination sur les Pays-Bas Septentrionaux, soit sept de ses Dix-Sept Provinces Espagnoles ( Pays-Bas Espagnols)  qui s’étendaient du Comté d’Artois (Flandre) au Comté de Frise qui, au septentrion, appartenant à l’empire, rejoignit  les six autres provinces à ce moment-là. La Paix de Münster, l’un des trois Traités de Westphalie de 1648, entérine leur entière souveraineté sous le nom des Provinces-Unies qui aujourd’hui sous le nom des Pays-Bas en compte douze. Ce traité met fin à la Guerre de Quatre-Vingt Ans, guerre d’indépendance religieuse et civile entamée en 1568.


Le deuxième Traité de Westphalie (Traité de Munster) fin à la Guerre de Trente commencée en 1618 lorsque la révolte de la Bohème protestante contre la domination du St Empire des Habsbourg catholiques engagea l’Espagne de Philippe III dans une lutte inégale face à la coalition de la Bohème, des états protestants allemands, des Provinces-Unies, des pays scandinaves et de la France qui, bien que catholique, trouva là le moyen de contribuer à l’affaiblissement définitif de l’Espagne qui avait pu sauvegarder de sa puissance malgré ses perte territoriales et maritimes et l’avènement du protestantisme qui fractionna le St Empire Germanique.


Les Règnes

XVIème Siècle

En 1492, sous le règne des rois Catholiques, Ferdinand d’Aragon (†1516) et Isabelle 1re de Castille († 1504), la prise de Grenade ou plus exactement l’émirat déjà sous protectorat, l’abdication ddu dernier émir nasride, Boabdil,  marque la fin de la Reconquista et l’unification entière du royaume.

 Le XVIème siècle espagnol et européen sera empreint jusqu’en 1556 du  règne de Charles 1er de Habsbourg (1500-1558) qui, roi d’Espagne en 1516, place de la dynastie des Trastamare et qui empereur du Saint Empire Romain Germanique en 1519 sous le nom de Charles-Quint ouvre doublement la dynastie des Habsbourg.. Deux ans avant sa mort, ce dernier abdique en léguant l’Espagne à son fils Philippe et l’Empire à son frère Ferdinand. La dynastie se scinde en deux, les Habsbourg d’Espagnols et les Habsbourg du St Empire.


Comme au XVIème siècle depuis Philippe Le Beau, père de Charles-Quint, les rois d’Espagne au XVIIème siècle ont continué à être Duc de Bourgogne, la Bourgogne des anciens États Bourguignons, celle des Provinces Espagnoles du Nord, que Charles Le Téméraire avait laissées en héritage à sa mort en 1477 à sa fille Marie de Bourgogne, grand-mère de Charles-Quint (Charles 1er d’Espagne), et qui seront partagées entre les Provinces–Unies (Nederland) en 1581 et les Provinces Espagnoles du Sud, la Belgica Regia (« Belgiques royales »), appelées aussi Pays-Bas Espagnols ou Pays-Bas Méridionaux ou encore, au XVIIIème siècle, Pays-Bas Autrichiens. Elles n’acquerront leur indépendance qu’en 1790 avec la constitution des États de Belgiques Unis. Les rois d’Espagne demeurent également tout au long du siècle roi de Naples et de Sicile.


Héritant de la couronne royale en 1556, Philippe II va régner jusqu’à sa mort en 1598, sur le royaume d’Espagne, et à partir de 1580 sur le royaume du Portugal. En 1524, il a épousé Marie 1ère Tudor, fille d’Henri VIII et en quatrième noces sa nièce Anne d’Autriche (1549-1580), fille de Maximilien 1er de Habsbourg. S’il s’est efforcé de poursuivre l’œuvre de son père, il s’en est fallu pour que l’histoire lui accorde le même crédit. Sa réputation de personnage austère voire fanatique l’ayant desservi. Mais encore, l’autonomie de fait acquise dès 1581 pendant la Guerre de Quatre Vint Ans (1568-1648) par la rébellion des Sept Provinces du Nord (actuels Pays-Bas) protestantes sous la houlette du stathouder Guillaume d’Orange-Nassau (1533-1584), jusqu’alors au service de l’Espagne, et la défaite de l’Invincible Armanda (T2/V1/Événements Majeurs) en 1588 marque le début de la fin de la grande domination de l’Espagne sur l’Europe, forte qu’elle a été des monceaux d’Or arrivant de la Nouvelle-Espagne.

L’histoire retient de lui la construction du Monastère Royal de Saint-Laurent à Escurial. A la fois palais, nécropole royale, monastère, centre universitaire et bibliothèque, ce complexe de plus de 3 hectares, commencé en 1563 et achevé en 1598 avait réuni les architectes et artistes, espagnols et étrangers, des plus renommés de leur temps.


XVIIème Siècle

Si au plan artistique, le XVIIème siècle espagnol prolonge avec ses grands peintres baroques et l’activisme culturel et artistique du roi-mécène Philippe IV dit le Roi Planète (1606-1621-1665),  son âge d’or,  ce siècle sera au plan politique et économique celui du déclin d’un pays ruiné par des guerres successives, au plan territorial celui de la perte définitive du Portugal, des Provinces-Unies, de l'Artois, de la Franche-Comté, du Roussillon, de l'Artois, de la Franche-Comté, du Roussillon et  au plan démographique celui d’un effondrement : 

« D'environ 8 millions d'habitants en 1600, l'Espagne passe à 6 millions en 1700. Ce véritable effondrement (perte d'1/4 de la population !) s'explique par plusieurs facteurs :

  • L'émigration d'hommes jeunes et actifs vers le Nouveau Monde.
  • L'expulsion des morisques de 1609 à 1611 (près de 275 000).
  • Les épidémies de peste (en particulier celle de 1630) et disettes.
  • Les pertes sur les champs de bataille.
  • Le nombre trop élevé de célibataires (hommes d'église, soldats et marins, domestiques et mendiants).
  • Paradoxalement, l’arrivée des richesses rapportées d’outre-mer par la ‘Flotte des Indes’ et le ‘Galion de Manille’ (voir Événement Majeurs Généraux/ Les Compagnies), argent, or pierres précieuses, perles, épices, sucre, tabac, soie, bois exotiques, produits alimentaires, sera un des facteurs de son déclin économique. Le royaume vivant de cette manne n‘éprouvera pas le besoin de développer des moyens de productions permettant d’assurer un enrichissement pérenne et une concurrence sérieuse vis-à-vis d’autres pays qui, comme la France, les Pays-Bas et l’Angleterre, entreprirent de le faire.

Néanmoins, gouvernant l’Espagne, Le Royaume de Naples, la Sicile, le Portugal, l’Empire et les Pays-Bas Méridionaux, la Maison des Habsbourg va se maintenir à un niveau de puissance suffisant pour continuer un rôle essentiel dans le géopolitique européenne. Dans le seconde partie du siècle, France de Louis XIV et de Mazarin puis de Colbert va s’imposer comme la puissance conquérante au plan militaire et rayonnante au plan culturel. Au plan économique, les Provinces-Unies vont devenir la première force économique d’Europe.


Philippe III

Philippe III (1578- 1598-1621) succède en 1598 à son père Philippe II, fils de Charles-Quint, en tant que roi d’Espagne, du Portugal, de Naples et de Sicile. Deux ans avant sa mort, en 1556, l’empereur du St Empire, empire sur lequel « le soleil ne se couchait jamais », avait divisé son empire entre son fils Philippe à qui il avait confié le royaume d’Espagne et les territoires d’outre-Atlantique, et son frère, Ferdinand 1er à qui il avait confié l’empire germanique (Bohême, Hongrie, Autriche, états catholiques au sud de l’Allemagne).


Philippe II savait que son fils serait incapable de gouverner. Philippe III va effectivement se révéler un roi sans charisme, sans autorité. Son règne annonce le déclin de la puissance des Habsbourg d’Espagne. Pusillanime, sous influence de ses favoris, il laissera un royaume en proie aux intrigues et à la corruption. La gouvernance du pays sera assurée par Duc Francisco de Sandoval y Rojas, duc de Lerma (†1625) qui gouvernera le royaume jusqu’à ce que son fils,  Cristóbal de Sandoval, duc d’Uceda en 1618 le fasse tomber en disgrâce et prenne sa place comme favori du roi jusqu’à la mort de celui-ci trois ans plus tard. Le piteux règne de Philippe III aura connu en1607 la destruction de la flotte espagnole par la nouvelle flotte de guerre néerlandais à la Bataille de Gibraltar,  en 1609 la défaite de ses troupes en Hollande qui aboutit à la Trêve de Douze Ans (Cessez-le-Feu de 1609-21) et la même année l’Expulsion des Morisques , les musulmans qui avaient été obligés sous Ferdinand V d’Aragon de se convertir au catholicisme sous peine d’expulsion en 1502; connu aussi la perte de son hégémonie dans l’Atlantique commencée depuis la défaite de la Grande Armada en 1588 et qu’entérinera la création de Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales en 1602.


En 1609-10 Philippe III promulgua l’expulsion des Morisques, les musulmans convertis au christianisme. Des historiens expliquent ce durcissement d’une part par la conjecture économique : L’Espagne est en pleine récession (voir Événements Majeurs)


Philippe IV

Succédant à son père en 1621, Philippe IV (1605-1665), bien que surnommé Le Grand, va se révéler bien plus grand mécène et immense collectionneur que comme homme politique de valeur. Pour son Palais du Buen Retiro, il réunit quelque 800 œuvres d'artistes espagnols, italiens et français tels Velázquez, Zurbarán, Ribera, Poussin, Claude Lorrain, Lanfranco et le Dominiquin, Rubens…

« Passionné par la chasse, les taureaux et les femmes », plus amateur d’art et des plaisirs de la vie qu’animateur politique, Philippe IV dit le ‘Roi Planète’[1] fut l’un des plus grands sinon le plus grand collectionneur d’Europe, du moins au premier temps de son règne. Le Palais du Buen Retiro construit pour son bon plaisir le fut à l’initiative de son principal conseiller de 1621 à 1643, Gaspar de Guzmán y Pimentel Ribera y Velasco de Tovar, Comte d' Olivarè et duc de Sanlucar la Mayor (1587-165), véritable ‘régent’ du royaume. Il succédait au duc d'Uceda (et non du Duc de Lerma, son père) quand Philippe IV en 1621 monta sur le trône. Son règne dut supporter  une longue période de conflits :

  • -      La Révolte de la Gabelle de (la noblesse de Biscaye (Pays Basque 1630-31) ;
  • -      La Guerre des Faucheurs (succession de Catalogne (1640-49) ;
  • -      La Guerre de Restauration qui aboutit à l’indépendance du Portugal (1640-1668);
  • -      La Conspiration Andalouse menée par le gouverneur de la province, le propre neveu d’Olivarès, le duc de Medina Sidonia ;
  • -      La Guerre de Trente Ans (1618-1648) avec l’intervention de la France en 1635 : Guerre Franco-Espagnole au cours de laquelle les troupes espagnoles subirent une défaite cinglante face aux  françaises à la Bataille de Lerida en 1642. Un an plus tard la France prenait possession de la Catalogne. En 1659, Le Traité des Pyrénées mettra fin au conflit. Une de clauses sera le mariage de Louis XIV avec sa double cousine l’infante Marie-Thérèse (Philippe IV a épousé Élisabeth de France, sœur de Louis XIII, et Louis XIII a épousé Anne d’Autriche, sœur de Philippe IV ;
  • -      La poursuite de la Guerre de Quatre-Vingt contre les Pays-Bas (1568-1648) après la trêve de 1612 (1609-1621) ;
  • -      Les révoltes dans les royaumes de Sicile (1646-1647) et de Naples (1648), difficilement maitrisées.
  • -      La Guerre Anglo-Espagnole pendant la république de Cromwell de 1654 à 1660 qui voit la victoire du Commonwealth soutenu par la France grâce à la décisive Bataille des Dunes (1659) qui opposa le Maréchal de Turenne à Juan José d’Autriche, fils légitimé du roi et au Grand Condé.
  • -      La Révolte des Gorettes en Catalogne entre 1687 et 1689, révolte des paysans de la Catalogne contre la hausse des taxes et le logement et couvert obligatoires de la soldatesque.

Les Traités de Westphalie avec les Provinces-Unies et la France apportèrent une paix relative. Le Comte  Olivarès dût s’exiler en 1643 et fut juger par l’Inquisition en 1644. Philippe IV gouverna alors seul Olivarès et Colbert se vouaient une détestation réciproque qui n’avait d’égal que leur antagonisme tout autant que la considération de l’un en vers l’autre, Olivarès ouvertement autoritaire, Colbert pouvant se montrer plus louvoyant aux côtés du monarque absolu.

Dans le cours de la Guerre de Quatre-Vingts Ans, la guerre contre les Provinces-Unies reprendra en 1621 à la fin de la trêve. Après quelques succès encourageant, les espoirs de l’Espagne de reconquérir leurs provinces du nord seront définitivement perdus.

Philippe IV meurt de dysenterie à l’âge de 60 ans après un règne de 44 ans. Un aspect de sa personnalité reste peu connu, celui d’un intellectuel traduisant des extraits de la Storia d'Italia, chronique et réflexion politique sur l’Italie de la Haute Renaissance par l’humaniste et homme politique florentin, contemporain de Nicolas Machiavel,   Francesco Guicciardini (1483-1540).


Charles II

Charles II dit l’Ensorcelé (1661-1665-1700), fils de Philippe IV qui meurt quand il a 4 ans, a été au mental comme au physique, le fruit de mariages consanguins consécutifs[2]. Constamment malade, sa santé fragile (il ne put parler et marcher qu’à l’âge de 5 ans) fit qu’il fut plus gouverné que gouvernant.

Il fut lui aussi comme son père et son grand-père un roi sous emprise, d’abord celle de sa mère, Marie-Anne d'Autriche, fille aînée de l’empereur Ferdinand III, deuxième épouse de Philippe IV, régente de 11665 à 1675, de son demi frère, Juan José d'Autriche (1629-1679), bâtard de Philippe IV, ensuite de sa première épouse Marie-Louise d'Orléans (†1689) dite Mademoiselle d'Orléans, petite fille de Louis XIII et nièce de Louis XIV, mariée en 1679, de sa seconde épouse mariée en 1689, Marie-Anne de Neubourg, une des filles de l’Électeur Palatin, qui fit autant piquer de crises de colère à son époux qu’elle ne fit enrager la reine-mère dans une détestation mutuelle. Puis à partir de 1680 pour 11 ans, sous l’influence du nouveau valido[3], Juan Francisco de la Cerda Enríquez de Ribera, duc de Medinaceli, de très ancienne et haute noblesse espagnole.


Le règne connaitra la perte des villes de Valenciennes, Cambrai, Saint-Omer, Ypres, de l’Artois et d’une partie des Flandres tombées aux mains des Français,  lourdes conséquences de son alliance avec les Pays-Bas pendant la Guerre de Hollande (1672-1678) dans le l’espoir malheureux de préserver ses provinces belges. Après l’affrontement de la Guerre Franco-Espagnole de 1689 (voir Guerre de La Ligue de Habsbourg), par le Traité de Ryswick de 1697, l’Espagne retrouvera  la plupart places qui avaient été perdues au Nord (Mons, Charleroi, Courtrai et le duché du Luxembourg) et la une partie de la Catalogne qu’elle avait perdue lors de La Guerre des Faucheurs (1640-1659) et acquise par la France qui garde le Roussillon et une partie de la Cerdagne.

La stérilité de Charles eut pour conséquence une succession d’autant plus disputée qu’elle provoqua la Guerre de Succession d’Espagne de 1700 à 1714, bien que le petit-fils de Louis XIV, le Duc d’Anjou, monta sur le trône dès 1700 sous le nom de Philippe V (1683-1746), ouvrant ainsi la dynastie des Bourbons d’Espagne.


Pour sa succession, Charles II a désigné le duc Joseph-Ferdinand de Bavière. Mais la mort prématuré du prince en 1699 va annuler l’accord passé entre l’Empire et la France sur la répartition des possessions espagnoles. La Guerre de Succession d’Espagne s’ouvre en 1701 (Voir Événements Majeurs/ Le Duc d’Anjou, Roi d’Espagne.


Événements Majeurs

Le Déclin Démographique

D'environ 8 millions d'habitants en 1600, l'Espagne passe à 6 millions en 1700. Ce véritable effondrement (perte d'1/4 de la population !) s'explique par plusieurs facteurs :

  •  L'émigration d'hommes jeunes et actifs vers le Nouveau Monde ;
  • L'expulsion des morisques de 1609 à 1611 (près de 275 000). ; Les épidémies de peste (en particulier celle de 1630) et disettes ; 
  • Les pertes sur les champs de bataille ; 
  • Le nombre trop élevé de célibataires (hommes d'Église, soldats et marins, domestiques et mendiants).


L’Expulsion des Morisques

On sait que pendant la période d’Al Andaluz, quand la péninsule était répartie entre chrétiens et musulmans, une communauté de chacune des confessions pouvaient vivre chez l’autre. Les Mozarabes (les ‘Arabisés’) étaient les chrétiens vivant en Andalousie. Ils parlaient l’arabe. Et les Mudéjars (les ‘Domestiqués’) étaient les musulmans vivant enterre chrétienne. Ils ne parlaient pas le Castillan et l’écrivaient en alphabet musulman, procédé appelé ‘aljamiado’. Les uns et les autres au sein de chaque communauté vivaient en bonne intelligence. Chacune des minorités apportant son savoir-faire artistique et artisanal. Le Style Mudéjar par son sens décoratif joua un rôle important dans l’édification des monuments gothiques espagnols, religieux et civils.

A la fin du Moyen-âge apparut la notion de la limpieza de sangre (mot à mot le nettoyage du sang) qui établissait la distinction entre les chrétiens d’origine, de sang purement chrétien depuis des générations, et tous les chrétiens juifs et musulmans convertis qui se voyaient éliminés des hautes fonctions administratifs et  religieuses.


En 1492, La Reconquista a atteint son but. Toute la péninsule est sous domination chrétienne. Le Cardinal de Cisneros (†1517), conseiller d’Isabelle 1ère de Castille et plusieurs fois régent, est nommé en 1499 Gouverneur de la Castille. Son premier dessein est d’évangéliser les Maures, autrement dit les forcer à se convertir. En 1502, les mesures de rétorsions qu’il a prises sont officiellement décrétées. Elles ne vont pas sans rappeler le Décret de l’Alhambra  d’Expulsion de 1492 notifiant aux juifs non convertis leur expulsion du royaume. ; nombre d’entre eux s’étaient déjà convertis (les conversos). Mais, il ne s’agit pas encore d’expulser tous les Maures, il s’agit de les forcer à la conversion sous peine d’expulsion. Les convertis, les Morisques, étaient tolérés et ceux qui rejetèrent la conversion partirent en grand nombre.


C’est en 1609-10 que Philippe III promulgua l’expulsion des Morisques, les musulmans convertis au christianisme. Des historiens expliquent ce durcissement d’une part par la conjecture économique : L’Espagne est en pleine récession. L’or n’arrive plus avec la même abondance qu’autre fois des Indes Occidentales. Ce qui aurait donné à la population un sentiment de précarité, d’insécurité aussi, faisant regarder les morisques avec défiance. D’autres part, l’incapacité du pouvoir royal de sauvegarder ses terres chrétiennes du Nord, aurait porté à une réaffirmation identitaire.


La Guerre des Faucheurs 1640-1659

En 1649, sous le règne de Philippe IV éclate en Catalogne, la Guerra dels Segadors  (la Guerre des Faucheurs). Dans tout l’Ancien régime, les soldats étaient logés chez l’habitant et à ses frais. On sait le rôle que jouèrent les dragonnades dans la répression des Huguenots en France sous Louis XIV.

« Dans la guerre des Segadors, en 1640,  une des origines est à rechercher dans la volonté du comte-duc Olivares de vouloir loger les troupes espagnoles suivant le style « lombard », expérimenté par les Espagnols dans le Milanais et beaucoup plus lourd pour les habitants que le système traditionnellement accepté en Catalogne[4] ».


Cette guerre, qui va durer jusqu’en 1659, s’inscrit d’autant dans le cadre de la Guerre de Trente Ans (1618-48) qu’elle commence par le soulèvement des faucheurs, soutenus par la population à Barcelone le jour du Corpus Christi (la Fête-Dieu de juin) contre la présence des tercios (les tiers : escrimeurs, piqueurs, d’arquebusiers,), troupes castillanes particulièrement entrainées, venues défendre la frontière contre les attaques françaises depuis le début en 1635 de la Guerre Franco-Espagnole, la France entrant dans le conflit européen.


Le Vice-roi est assassiné. L’administration (la Généralité) proclame la république. Mais ce petit gouvernement formé par la classe aisée va se trouvé confronter à une puissante révolte des classes populaires. Devant l’impuissance d’y faire face, il va rejoindre le camp français. La Catalogne devient le champ de bataille entre France et Espagne, chacun des camps prenant et reperdant des villes.

Le Traité de Westphalie de 1648 va donner à la France le Roussillon et une partie de la Cerdagne jusqu’alors catalans. Mais pour autant, les combats ne vont pas cesser. En 1651, Juan José d'Autriche, fait assiéger Barcelone qu’il reprend au Français un an plus tard. Ce fils légitimé de Philippe IV devient vice-roi de Catalogne. En 1659 est signé le Traité des Pyrénées qui conclut entre autres le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, fille de Philippe IV (voir Événement Majeurs/ Les Guerres/Guerre Franco-Espagnole).


La Perte du Portugal

Jean II de Bragance monte sur le trône du Portugal en 1604 et va régner jusqu’à sa mort sous le nom de Jean IV du Portugal dit Le Restaurateur (1604-1656). Voir Portugal.


La Révolte de Naples 1647

En 1647, mené par un humble pêcheur du nom de Masaniello, le peuple napolitain se révolte contre l’autorité espagnole représentée par son vice-roi Rodriguez Ponce de Léon. La cause en est à nouveau un surcroit de taxes exigé pour soutenir le financement de la Guerre de Trente Ans. Descendant du Roi René d’Anjou, le Bon Roi René (voir T2.V1/ Guerre d’Italie, roi de Naples (143-1442), Henri II, cinquième duc de Guise, soutient la révolte mais sans obtenir le soutien de Mazarin. Masaniello qui a regroupé autour de lui quelques 150000 hommes et pat l’intermédiaire de l’évêque obtient que les taxes et demande encore « le rétablissement des privilèges octroyés à la fedelissima città par Ferdinand le Catholique et confirmés par Charles Quint (consistant essentiellement en l'absence de nouvelles impositions sans un vote préalable), et une représentation égale du peuple et de la noblesse dans le gouvernement de la cité. » (http://www.bellanapoli.fr/ decouvrir/histoire/histoire-evenements/revolte-masaniello/)


 Les révoltés obtiennent le document original. Le vice-roi a proclamé officiellement le retour des privilèges accordé à la ville mais le duc de Maddaloni envoie des bandits infiltrer ses troupes. Et l’assassiner. Masaniello échappe à l’attentat. Il fait exécuter les bandits et à défaut du Duc Maddaloni, il s'empare de son frère, don Giuseppe Carafa, qu'il fait décapiter. « Le vice-roi le fait capitano generale del fedelissimo popolo napoletano (capitaine général du très fidèle peuple napolitain), avec l'autorité pour rendre justice au nom du Roi d'Espagne» (idem). Mais Masanielo qui a troqué ses pauvres habits de pêcheur pour de riches vêtements de gentilhomme, « de désintéressé et juste, verse dans l'autoritarisme et l'arbitraire, et semble même en proie au délire lorsqu'il multiplie les chevauchées dans la ville, les plongeons de nuit en mer, les lancées de couteaux dans la foule ou envisage de transformer la piazza Mercato en port. » Masaniello perd tout crédit auprès du peuple. Im monte en chaire pendant que l’évêque dit la messe en présence du vice-roi. Il est amené dans la sacristie et abattu de plusieurs coups d’arquebuse. Dacpaité ensuite, il est jeté en fosse commune.

Le vice-roi va remettre en cause les acquis du peuple pendant la révolte. Un armurier du nom de Gennaro Annese, relance l’insurrection qui prend alors une tournure franchement antiespagnole. Une république est proclamée en octobre 47 qui sera abolie en avril 48. Le vice-roi recouvre son autorité et l’Espagne sa domination sur Naples et son royaume.


La Révolte des Gorettes 1687

La Révolte des Gorettes ou Revolta dels Barretines (bonnet rouges traditionnels)  se déroule de 1687 à 1689. Les deux causes principales  sont les mêmes que celles de la Révolte des Faucheurs dans cette même Catalogne : la hausse des taxes pour finance les guerres ( Guerre franco-espagnole 1635-59 et Ligue de Augsbourg 1688-97) et l’hébergement des troupes.  En 1640, quand le Comte-Duc d'Olivares, gouvernant le royaume, avait eu l'intention d'imposer une loi, l’Unión de Armas, imposant le recrutement local de troupes avait éclaté cette révolte dite aussi du Corpus Christi pour avoir commencé le jour de la Fête-Dieu. En 1689, venaient s’ajouter trois années successives de mauvaise récolte due en grande partie à une invasion de criquets. Au milieu de l’année 1697, la région a vu arriver 35 000 à 45 000 soldats. Et de nombreux villages dont la population doit les nourrir  vont refuser de loger la soldatesque.


La révolte des paysans va créer une véritable cassure sociale entre les bourgeois et nobles qui soutiennent le régime espagnol et les gens du peuple auxquels on demande en plus un soutien financier alors que la classe aisée en est exemptée.

« Le 30 novembre 1689, la milice paysanne assiégeant Barcelone, lassée des incessantes incursions, se dissout et se fond dans la campagne. Anton Soler, un riche paysan qui avait été un chef des rebelles, est  assassiné par son propre fils adoptif pour la récompense offerte par le gouvernement. La tête de Soler a été emmenée à Barcelone et exposée dans une cage sur le mur de la Generalitat (le principal bâtiment gouvernemental)». (Wikipédia / Revolt of the Barratinas )

Un peu partout dans la région, là où les rebelles se manifestent la répression est forte, beaucoup d’entre eux sont tués.

Pendant deux ans, des escarmouches vont se poursuivre mais sans commune mesure avec celles qui ont précédé la mort du chef de file, Soler… Et les récoltes vont être meilleure, l’impôt moins lourds à supporter.


Le Duc d’Anjou, Roi d’Espagne

Charles II († 1700) avait choisi le duc Joseph-Ferdinand de Bavière, fils de Marie-Antoinette-Thérèse-Josèphe d'Autriche, elle-même fille Marguerite Thérèse d’Autriche, sœur de Charles II (donc son petit-neveu et non son petit-fils selon certaines sources). Mais la mort prématuré du prince en 1699 remet en cause les tractations entre l’Espagne, L’Empire et la France qui prévoyaient le partage des possessions espagnoles, à savoir le Royaume de Naples et de Sicile, Les Provinces Espagnoles du Nord (Belgica, Pays-Bas Méridionaux).


Louis XIV veut pour roi d’Espagne son petit-fils, Philippe, duc d'Anjou. Charles II, à l’article de la mort, répond à la volonté de du roi de France. Philippe de France (1683-1746) est le deuxième fils du Grand Dauphin. Il est espagnol par sa grand-mère Marie-Thérèse, première épouse de Louis XIV et par son arrière-grand-mère par alliance, Anne d’Autriche, épouse de Louis XIII. Son arrière-grand-mère maternelle étant Christine de France, sœur de Louis XIII.

L’Empereur Léopold 1er s’y oppose. S’ouvre la Guerre de Succession d’Espagne en 1701 qui s’achèvera en 1714. Au Traité d’Utrecht de 1713, Philippe sera reconnu roi d’Espagne et des Indes Occidentales.  Il va régner jusqu’à sa mort sous le nom de Philippe V. L’Espagne conserve donc ses territoires américains mais perd ses possessions italiennes. Au Traité de Rastatt de 1714, l’empereur Charles VI  obtiendra les Pays-Bas espagnols et deviennent les Pays-Bas Autrichiens, plus Tournai, Menin, Ypres et Furnes Naples, le Milanais, les présides de Toscane, et gardera la Sardaigne. Louis XIV n’aura pas réussi son projet de réunir en un seul les deus royaumes. Aucun des Bourbons d’Espagne ne pourra prétendre au trône de France.


Portugal

Règnes

Souverains du Portugal au XVIIème siècle :

  • -      Maison des Habsbourg :

Philippe II Le Pieux (1578-1598-1621) Roie d’Espagne sous le nom de Philippe III, fils de Philipe 1er

Philippe III (1605-1640-1665)

  • -      Maison de Bragance (lignée des Aviz)

Jean IV Le Restaurateur (1604-1640-1656), arrière-petit-fils d’Emmanuel 1er

Louise Marie Françoise de Guzmán (1613-166),  Régence de 1656-1661 

Alphonse VI Le Victorieux (1643-1656-1683), deuxième fils de Jean IV et de Louise Marie Françoise de Guzmán

 Pierre de Bragance Le Pacifique (1648-1706) , frère de Alphonse VI, Régence de 1668 à 1683

Pierre II ( 1668-1683-1706), troisième fils de Jean IV

 

En 1578, dans une désastreuse expédition en Afrique, le roi Sébastien 1er meurt par à la Bataille d'Alcácer-Quibir (Bataille des Trois Rois) qui voit les troupes portugaises littéralement écrasées par celles du sultan marocain Abu Marwan Abd al-Malik.

Deux prétendants à la succession vont s’affronter à la Bataille d'Alcántara en 1580 : Antoine de Portugal fils illégitime de l'Infant Louis, duc de Beja (1506-1555), petit-fils du roi Manuel Ier de Portugal et Philippe II (1527-1598) , fils de Charles-Quint (†1558), roi d’Espagne en 1556, qui en un premier mariage a marié sa cousine Marie Manuelle de Portugal (1527-1545), fille Jean III du Portugal et de son épouse Catherine de Castille, sœur cadette de Charles Quint. Jean III est le fils des Rois Catholiques, Ferdinand d’Aragon II et Isabelle 1er de Castille. Les familles royales du Portugal et d’Espagne sont étroitement liées.


La victoire de Philippe l’amène sur le trône du Portugal sous le nom de Philippe 1er. Il est mis fin à la dynastie des Aviz, qui régnait depuis João I (1357-1433), Grand Maître de l’ordre d’Aviz, proclamé roi par les Cortes (assemblée des provinces) en 1385 après plusieurs années de troubles pour la succession du trône, Ferdinand 1er du Portugal (†1383), mort sans héritier, étant de la Maison de Bourgogne étroitement liée par mariages à la Maison d’Ivrée à laquelle appartenaient les rois de Castille.

Philippe 1er du Portugal (Philippe II d’Espagne) ne va laisser aux Portugais qu’une relative autonomie administrative. Autonomie que son petit-fils, Philippe IV, restreindra un peu plus.

Philippe III d’Espagne (1578-1621)  succède en 1598 à son père sur les trônes d’Espagne et sous le nom de Philippe II du Portugal. Son fils, lui succède sous le nom de Philippe IV en Espagne et de Philippe III au Portugal où son règne s’achève en 1640.


Une suite de révoltes amène en 1640 au pouvoir le duc Jean II de Bragance qui règnera sous le nom de Jean IV du Portugal dit Le Restaurateur (1604-1656). La Dynastie des Bragance se maintiendra sur le trône jusqu’à la proclamation de la république au XIXème siècle. Avec Jean IV Le Grand, roi guerrier et pacificateur, commence la Guerre de Restauration qui s’achèvera par le Traité de Lisbonne en 1668 par lequel l’Espagne reconnaît la souveraineté du Portugal. Il vainc  les Hollandais au Brésil et en Afrique, s’allie à la France contre la Castille et négocie la paix avec les Pays-Bas. Il fut également musicien.

« En 1646, le roi Jean IV dépose la couronne du Portugal sur la tête de Notre-Dame de la Conception dans l'église de Vila Viçosa où se trouve le palais familial. La Vierge Marie est proclamée reine et patronne du Portugal. Par ce geste, il place la Vierge Marie comme protectrice du royaume portugais. Après cette date, plus aucun souverain portugais ne portera la couronne sur sa tête ». (Wikipédia)

Lui succède son fils, Alphonse VI de Portugal dit Le Victorieux (1643-1656-1683). Il épouse en 1666 Marie-Françoise-Élisabeth de Savoie, fille de César Bourbon, fils légitimé d’Henri IV. Ce qui crée une alliance avec la France contre l’Espagne. « Le mariage, comme il était de coutume, fut célébré en France in absentia (en l'absence de l'époux) ». (Wikipédia).

Déchu par les Cortes en 1667 pour faiblesse mentale, son frère Pierre assume la régence jusqu’à la mort d’Alphonse VI en 1683. Pierre monte sur le trône au décès de son frère sous le nom de Pierre II de Portugal (1648-1683-1706).

En 1668, il s’est marié avec sa belle-sœur Marie-Françoise-Élisabeth de Savoie dont le premier mariage a été annulé.

En cette même année 1668, régent, il signe le Traité de Lisbonne, par lequel l’Espagne sous la régence de Marie-Anne d’Autriche, mère de Charles II, reconnaît la Maison de Bragance comme régnante souveraine sur le Portugal. Une série de succès à partir de 1662, avait permis avec l’aide de la France et des Provinces-Unies de parvenir à cet accord : En 1663, lorsque le comte de Vila Flor, Sancho Manuel de Vilhena, avec le maréchal Schomberg défait Juan José d'Autriche, fils illégitime de Philippe IV, à la bataille d'Ameixial ; et en 1665,  lorsque António Luís de Menezes et Schomberg remportent la décisive Bataille de Montes Claros.

En  1688, le Portugal va se ranger du côté de la Ligue de Augsbourg. Et il signera une alliance avec l’Espagne et la France au début de la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714), ces trois pays soutenant le choix du petit-fils de Louis XIV, Philippe V, comme roi d’Espagne.


L’Empire Portugais

Le Portugal avec Henri Le Navigateur (1394-1460), fils de Jean 1er du Portugal (1357-1385-1433), a été le premier pays d’Europe à se lancer dans les grandes découvertes de nouveaux territoires outre-mer. Plusieurs caps africains le long de la côte ouest ont été dépassés dans la première moitié du XVème siècle dont le Cap de Sagres et la découverte de Madère, le Cap Vert découvert par Dinis Dias en 1444, le golfe de Guinée par Pedra de Sintra en 1460. Bartolomeu Dias dépassera en 1487 la pointe sud de l’Afrique, Le Cap de Bonne Espérance. S’ouvre pour le Portugal une longue période de prospérité développant un empire colonial rivalisant avec celui d’Espagne. L’Afrique va être un réservoir d'or, d'ivoire, de canne à sucre et d’esclaves. Les comptoirs s’échelonnent le long de la côte ouest africaine. Vasco de Gama 1460/69-1524) atteint le premier en 1498 les Indes Orientales par la route maritime des Indes, en contournant le Cap de Bonne Espérance. Francisco De Almeida (1450-1510) sera le premier vice-roi des Indes Portugaises. Tomé Pires arrive à Canton en 1517. Pedro Álvares Cabral (1467-1520) découvre le Brésil en 1500.


L'Empire colonial portugais, l’ Ultramar português, va s’étendre au XVIème siècle aux territoires d’Ormuz à l'entrée du Golfe Persique, de Goa, capitale de l'Inde portugaise sur la côte de Malabar, de Cochin, de Ceylan et de Malacca et jusqu'aux Moluques, îles particulièrement riches en épices (notamment le clou de girofle).

 La Casa da Guinée et da Mina était le nom donné aux entrepôts créés en 1481. Situés à Lisbonne, les marchandises en provenance d’Afrique, puis d’Inde y étaient stockées et contrôlées. Ces produits, propriété royale, étaient ensuite expédiés vers les ports de Flandres, notamment à Bruges. En 1501 (ou 1503), cette administration prit le nom de Casa da India.


Mais le déclin de l’empire va s’amorcer dès 1580 au moment où le Portugal passe sous domination espagnole. D’une part, la ‘faiblesse’ démographique du Portugal, peu étendu, ne peut subvenir aux besoins en marin et en hommes dans les comptoirs. En 1585, les Provinces-Unies toujours en guerre contre l’Espagne attaquent les possessions espagno-portugaises et la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales va s’emparer des comptoirs indonésiens d’Ambon en 1602 et des Moluques en 1636. En 1622, c’est au tour de l’ile d’Ormuz, point de convergence dans le golfe persique de toutes les marchandises venant d’Inde, d’être prise par les Anglais que soutiendront les Hollandais. Ils reprennent Malacca (Malaisie) en 1641 et en 1659 s’empare du dernier des comptoirs portugais de la région, Jaffna (Sri Lanka). En 1662, Charles II d’Angleterre a épousée Catherine de Bragance, fille du roi Jean IV. La dot fait passer Tanger et les sept îles de l’archipel de Bombay sous domination britannique qui va devenir une position stratégique pour les visées de Londres sur l’Inde. Qui plus est, le traité de mariage autorise la flotte marchande anglaise à commercer avec ses colonies.

Le Portugal va néanmoins conserver certains comptoirs: Goa, Diu, Daman sur le continent indien et en obtenir d’autres : Timor et Macao. En Afrique, il conserve l’Angola et São Tomé dans le golfe de Guinée. Il renforce sa présence au Brésil en occupant de nouvelles terres, et en chassant les Néerlandais. Sous le règne de Jean V (1706-1750) s’ouvre alors pour le Portugal une période faste appelée du Second Empire qui va profiter de l’or et des diamants du Brésil.


Notes


 
[1] Roi Planète dit aussi la Quatrième Planète en référence au quatrième élément le soleil. Dans système ptolémaïque (géocentrique) où la terre est au centre de l'univers, le soleil est la quatrième planète après la lune, mercure, et vénus et du, L’adage latin ’Il brille et réchauffe’ a été associé à Philippe IV tout au long de son règne.

[2] La fragilité de sa santé, la faiblesse de son caractère (débilité), son physique disgracieux comme sa stérilité sont le résultat de la consanguinité des Habsbourg. Il est issu du mariage de son père avec sa nièce, et sa fille qui meurt à 21 ans épousera son oncle, l’empereur Léopold 1er.

[3] Válido est généralement traduit en français par favori car il est le premier favori du roi, celui qui jouit de faveurs particulières ; mais il est aussi celui qui est válido, tout autant valide et capable, assez fort et compétent pour assurer la fonction de premier ministre.

[4] Patrice Poujade Les populations frontalières et la guerre dans les villages des Pyrénées centrales et orientales à l’époque moderne presses Universitaires du Midi 2002, qui se réfère à J.H. Elliott, La revolta catalana, 1598-1640, Barcelone, Crítica, 1989, p. 386-387.






PROVINCES -UNIES
Introduction - Johan van Oldenbarnevelt - Johan de Witt -Michiel de Ruyter


Introduction

Comme au XVIème siècle depuis Philippe Le Beau, père de Charles-Quint, les rois d’Espagne au XVIIème siècle ont continué à être roi de Naples et de Sicile. Et également, ducs de Bourgogne, de la Bourgogne des anciens États Bourguignons, celle au Nord des Dix-Sept Provinces, que Charles Le Téméraire avait laissées en héritage à sa mort en 1477 à sa fille Marie de Bourgogne, grand-mère de Charles-Quint (Charles 1er d’Espagne). En 1540, , Charles-Quint les avait unifiés par l’édit de La Pragmatique Sanction pour ne former qu’une seule gouvernance et qu’une seule succession, constituant ainsi les Dix-Sept Provinces Espagnoles avec pour  capitale Maline puis Bruxelles. Ces Dix-Sept Provinces Espagnoles qui s’étendaient du Comté d’Artois (Flandre).   Elles seront partagées entre les Provinces–Unies (Nederland) et les Provinces Espagnoles du Sud, la Belgica Regia (« Belgiques royales »), appelées aussi Pays-Bas Méridionaux ou encore au XVIIIème siècle Pays-Bas Autrichiens qui n’acquerront leur indépendance qu’en 1790 avec la constitution des États de Belgiques Unis.


En 1566, la Guerre des Gueux (terme qui leur vient d’un ministre et s’adresse aux …nobles et notables) ) qui s’étendait dans toutes les provinces espagnoles (Flandre, Hainaut,  Artois …) aura pour cause une grave crise économique due à de mauvaises récoltes et au blocus de la Mer du Nord pendant la Guerre Nordique de Sept Ans, guerre commerciale maritime entre la Suède et la coalition Danemark-Pologne. Les prêches des pasteurs calvinistes attisent la colère des foules. S’en suit un iconoclasme, série de pillages et de destruction de monuments religieux par la population catholique et protestante qui subit l’intransigeance de l’Église (interdiction de porter secours aux catholiques français)


Guillaume 1er Le Taciturne (1533 -1584), Prince d’Orange–Nassau, calviniste, stathouder (gouverneur) des provinces de Hollande, de Voorne, de Zélande, de Frise occidentale et d'Utrecht pour le compte de l’Espagne, prend en 1568 la tête de la révolte des six provinces calvinistes et soulève des troupes contre le Duc d’Albe envoyé par Philippe II pour mater la rébellion. C’est le début de la Guerre de Quatre-vingts Ans qui s’achèvera en 1648 par la Paix de Munster, un trois Traités de Westphalie. En 1579, les provinces révoltées concluent le Traité de l’Union d’Utrecht préfigurant la création d’un nouvel état par la création des États Généraux constituer des représentants de chaque province. Cet accord est une réponse à l’Union d’Arras regroupant les dix autres provinces (méridionales) par laquelle leurs représentants proclament leur fidélité au roi d’Espagne. Ce qui ne va pas être pas le cas de l’ensemble de leur population. Anvers sera un exemple de ces villes en lutte permanente, prises et reprises par les parties adverses. En 1581, Guillaume d’Orange est déclaré chef du gouvernement des Provinces-Unies et la déchéance de Philippe II comme souverain des Pays-Bas est proclamée. Le  Comté de Frise qui, au septentrion, appartient  à l’empire, rejoint les six autres provinces à ce moment-là. La Paix de Münster, l’un des trois Traités de Westphalie de 1648, entérine l’entière souveraineté des sept provinces révoltées  sous le nom des Provinces-Unies qui aujourd’hui sous le nom des Pays-Bas en compte douze. L’homme politique le plus important du XVIIème siècle néerlandais a été

Au XVIIème siècle, les Provinces-Unies qui deviendront en 1839 le Royaume des Pays-Bas, ne comptent pas plus de 750000 habitants. Mais cette jeune république, la première a avoir perdurée en Europe, va néanmoins devenir la plus grande puissance commerciale maritime grâce au commerce triangulaire[1], mais aussi grâce à la contrebande, au transit et à ses comptoirs à travers le monde. C’est aux Pays-Bas que va prendre naissance le capitalisme[2].


Par l’installation de comptoirs qui leur permettent de contrôler un vaste espace maritime, les Provinces-Unies deviennent la première puissance coloniale en partage avec La France.

Le contexte historique des Pays-Bas dans la première moitié du XVIIème siècle revêt une double importance pour ce pays et pour l’Europe. Il s’agit d’une part de la naissance d’une nouvelle nation européenne et d’autre part de la première manifestation des effets de la Réforme au plan économique. Pour le protestantisme, en quelque sorte, c’est rendre grâce à Dieu et glorifier la Création que de faire fortune (dixit Luther). Les Pays-Bas vont mettre en place des règles économiques basées sur une totale liberté d’entreprendre et des échanges hors toutes contraintes sociales et politiques (fin du féodalisme) dans le but d’une accumulation du capital financier. Le numéraire circule en abondance alors que dans d’autres pays comme la France la monnaie est rare, le crédit, les échanges sont plus courant que les règlements en espèces. Les villes maritimes des Pays-Bas, notamment, vont augmenter notablement leur flotte maritime et militaire qui va devenir la plus puissance d’Europe. Comme place financière, Amsterdam va supplanter Anvers qui au siècle précédent avait supplanté Bruges. Par la création de la Banque d’Angleterre en 1694, c’est Londres qui va devenir la première place financière et permettre le développement considérable de la Royal Navy.


De Union d’Utrecht en 1579,  à l’’année terrible’ appelée Rampjaar (année du bélier) de 1672 la République de Provinces-Unies va connaître une longue période de prospérité qui n’en sera pas moins troublée par les conflits qui vont la ponctuer. La désastreuse Guerre-Franco-hollandaise (1672-1678) et la Troisième Guerre Anglo-Hollandaise (1672-1674) entameront le déclin du pays. Guerres qui avaient été précédées par la première (1652) et deuxième (1657) guerres contre l’Angleterre.


Cette période de conflits, de richesse économique et d’un intense rayonnement culturel portera la marque de l’Âge d’Or du Siècle Hollandais, âge d’or des arts avec les grands peintres de la nature morte, des paysages et des intérieurs, des scènes de genre et des portraits (Rembrandt, Vermeer, Ruysdael, Franz Hals, Peter de Hooch voir Arts/ Pays-Bas) mais aussi âge d’or de la pensée avec des philosophes comme Hugo de Groot et Baruch Spinoza (voir Pays-Bas/Philosphie), d’un renouveau religieux avec le mouvement Nadere Reformatie (Plus de Réformes ou Réforme Ultérieure ou Seconde Réforme) qui de 1600 à 1750, manifeste le souhait de certains réformés comme Wilhem Tellinck, Gijsbert Voet et Wilhelmus à Brakel de mettre en application leurs convictions religieuses dans la vie courante.

Les Provinces Espagnoles du Sud, les Pays-Bas Méridionaux (Belgica Regia: Flandres, Hainaut, Brabant et Luxembourg) vont rester espagnoles jusqu’en 1713, date à laquelle elles font passer sous la domination des Habsbourg d’Autriche (Pays-Bas Autrichiens). Pendant la période révolutionnaire de 1789, la Révolution Brabançonne et la Révolution Liégeoise aboutiront à leur indépendance.

En 1689 lors que Guillaume III d’Orange-Nassau monte sur le trône d’Angleterre, il garde sa fonction de Stathouder (gouverneur de province).A sa mort en 1702, cette fonction ne sera pas renouvelée aux Pays-Bas. Les Provinces-Unies continueront d’être gouvernées par les États Généraux des Provinces-Unies. Guillaume III aura été le dernier stathouder en ligne paternelle depuis Guillaume 1er dit Le Taciturne (1533-1581-1584).


Johan van Oldenbarnevelt

Johan van Oldenbarnevelt (1547-1619) est fils d’un marchand de bétail à Amersfoort (province d’Utrecht). Après des études secondaires, il travaille en 1564 pour un avocat à Utrecht.

En 1566, Il entame des études de droit à l'université de Louvain, puis à celle de Bourges l’année suivante. Il se rend ensuite à Cologne et à Heidelberg en 1568. De 1569 à 1570, il séjourne à Padoue , réputée pour l’enseignement scolastique de son université. Il revient à Heidelberg où l’on pense qu’il s’est convertie au protestantisme. En 1568, commence la Guerre de Quatre-Vingts Ans menée par Guillaume d’Orange. En 1570, avocat, il devient le conseiller du Stathouder censé être comme encore au service de l’Espagne . En 1577, il est Pensionnaire de Rotterdam et siège de ce fait aux États Généraux. Il participe activement à l’opposition contre le pouvoir espagnol. En 1602, il est à l’origine de la Compagnie Néerlandaise des Indes orientales (la VOC, voir Événement Généraux au XVIIème Siècle/ Les Compagnies).


Dans les années 1610, à l'époque de la Trêve de Douze Ans (1609-1621) avec l’Espagne, Johan van Oldenbarnevelt, Grand Pensionnaire à partir de 1586, va prendre position en faveur des Remontrants, (plus tolérants et plus souples sur la prédestination que les calvinistes),  lorsque la nomination à la chaire de théologie de Leyde de Konrad von dem Vorst, en remplacement de leur maître Jacobus Arminius, provoqua chez leurs adversaires les Gomoristes (calviniste intransigeants) une levée de bouclier (Renaissance/Réforme/ Convergences et Divergences/ Les controverses Doctrinales) lui reprochant d’avoir un enseignement par trop proche du socinianisme qui prônait à leur yeux un trop large esprit de tolérance fondé sur un retour aux Évangiles, qui devaient être les seules références de tous les chrétiens, mettant ainsi de côté les divergences théologiques (voir Renaissance/Réforme Radicale/ L’Antitrinitarisme en Italie).

Les États Généraux vont décrétés que tous les officiers et agents rémunérés par eux ne d’épandront d’aucun tribunal. Jo

han van Oldenbarnevelt a lever 4000 mercenaires. Le prince Maurice d’Orange-Nassau, Chef des Armées, Stathouder en 1618, déjà en conflit avec le Grand Pensionnaire pour des raisons stratégique dans la lutte contre les Espagnols, obtient la soumission des mercenaires et fait arrêter Oldenbarnevelt et ses partisans dont de Groot . Au Synode de Dordrecht, en 1618, les positions des Remonstrants considérés comme prisonniers, seront condamnées.


Johan de Witt

Johan de Witt (1625-1672), né à Dordrecht et mort à La Haye (siège du gouvernement), aura été l’homme politique le plus important du XVIIème siècle néerlandais. Il fut Grand Pensionnaire de Hollande et de Frise (secrétaire des États Généraux) à 28 ans 1653 et jusqu’à son assassinat en 1672. Son ascension politique fut grandement favorisé par son oncle  Cornelis de Graeff bourgmestre d’Amsterdam et régent (membre des États-Généraux).

Républicain convaincu, il a été en conflit permanent avec les orangistes favorables à la réinstallation de la fonction de stathouder toujours attribuée aux Princes d’Orange-Nassau, fonction qu’il ne cessera de vouloir faire supprimer et qui le sera après la port en 1702 du dernier des stathouder Guillaume III, également roi d’Angleterre.

Face à l’Angleterre, il a favorisé une politique profrançaise. Mais dès 1668 les vues de Louis XIB sur les Pays-Bas espagnols va renforcer contre lui l’opposition des orangistes. En 1672, au début de la Guerre de Hollande, les troupes françaises envahissent les Provinces-Unies. La population va tenir de Witt responsable de cette année dite désastreuse (la rampjaar) de 1672. Il va être lynché en place publiue par la population ainsi que son frère venu le chercher. Leurs corps seront mutilés, leurs cœurs arrachés. Guillaume-Henri d’Orange (futur Guillaume III d’Angleterre) qui l’attendait de longue date est enfin nommé Stadhouder cette même année.


Michiel de Ruyter

Michiel Adriaenszoon de Ruyter (1607-1676), né à Flessingue (Vlissingen) et mort à Syracuse, issu d’une famille pauvre, a été le plus grand amiral de l’histoire maritime des Pays-Bas et l’un des plus grands de l’histoire maritime européenne. Il a participé aux trois guerres contre l’Angleterre. En 1654, il accepte bon gré malgré d’être le vice-amiral de l’Amirauté d’Amsterdam. Il mène d’abord des actions contre les pirates en Mer Baltique et en Méditerranée.


En 1665, au commencement de la deuxième Guerre Anglo-Néerlandaise, il reçoit le commandement suprême de la flotte néerlandaise et non son rival l’amiral .Cornelis Tromp. Après victoires et défaites maritimes, en 1667, il remporte la victoire à la  Bataille de Chatam lors du fameux Raid sur la Medway : la flotte hollandaise sous ses ordres a remonté la Tamise puis la rivière Medway jusqu’à Chatam dans le Kent où les navires de guerres et marchands  anglais ont été incendiés.


Lors de la Troisième Guerre Anglo-Néerlandaise, il remporte trois victoires déterminantes: Bataille de Solebay en 1672, Batailles de Schooneveld et du Texel en 1673. Il est considéré par toute l’Europe, anglais compris comme le plus grand amiral de son temps.

En 1676, pendant la Guerre Hollande, il se heurte par deux fois à la flotte française commandée par l’amiral français Abraham Dusquene, à Stromboli d’abord puis à Agosta (province de Syracuse) où un boulet de canon lui déchiquète une jambe. Il expire à Syracuse quelques jours plus tard. Il a toujours était en opposition avec la politique stathouder Guillaume III d'Orange-Nassau. On peut être amené à penser que ce dernier ‘l’expédia’ en Méditerranée dans une mission difficile.

Les marins pour marquer leur estime l’avaient surnommé ‘grand-père’.

« Quand le bâtiment amiral De Eendracht avec le corps de Ruyter passa devant la côte française, Jean-Baptiste Colbert donna ordre de rendre hommage à l’amiral tombé en saluant son passage par des coups de canons. » (Wikipédia)

Apprenant sa mort, Louis XIV déclara « C'était un ennemi redoutable, mais nous devons déplorer sa perte. Cet homme faisait honneur à l'humanité. » (Encyclopédie Universalis)


Notes


 
[1] Wikipédia : « Le commerce triangulaire, aussi appelé traite atlantique ou traite occidentale, est une « traite négrière » reliant l'Europe, l'Afrique et l'Amérique, pour la déportation d'esclaves noirs, d'abord troqués en Afrique contre des produits européens (textiles, armes) puis en Amérique contre des matières premières coloniales (sucre, café, cacao, coton, tabac). »

[2] Pour une approche de la vie siècle en Hollande au XVIIème voir Colbert de Inès Murat Éditions Fayard 1980 pages 212 et les suivantes





EMPIRE GERMANIQUE

Les Règnes -  Événements Majeurs


Les Règnes

La Maison des Habsbourg, qui l’avait déjà été dans le passé, est à nouveau à la tête 

  •  du Saint l’Empire Romain Germanique depuis l’élection de Frédéric II en 1452[1],
  • des Pays-Bas Espagnols depuis 1482 par le mariage en août 1477 du futur Maximilien 1er avec Marie de Bourgogne, fille des Charles Le Téméraire mort la même année en janvier,
  • de l’Espagne depuis que Charles, son petit-fils est monté sur le trône en 1516 sous le nom de Charles 1er,
  • du vaste territoire de l’Autriche qui,  correspondant à peu près à l’ancienne Grande Souabe et qui comprend l’Autriche Antérieur à l’ouest et l’Autriche Intérieur à l’est.


 En 1521, à la Diète de Worms, les deux fils de Philippe Le Beau, Charles et Ferdinand, se partagent les terres et titres. De part son droit d’ainesse qui s’applique en Espagne et Bourgogne, Charles dont le père Philippe Le Beau est mort en 1506, devient roi d’Espagne en 1516 sous le nom de Charles 1er et empereur en succession de son grand-père Maximilien 1er sous le nom de Charles-Quint (†1558). Ferdinand devient Archiduc d’Autriche et hérite en conséquence des terres d’Autriche. La même année, par son mariage avec Anne Jagellon qui lui donnera pas moins de 15 enfants, il devient roi de Bohême et de Hongrie à laquelle est rattachée la Moravie depuis la fin du XIIème siècle. Il est élu roi des romains (titre qui précède le couronnement impérial mais pas toujours) en 1531.

 En 1555, avant de mourir, Charles-Quint abdique en faveur de son fils Philippe II à qui il cède la couronne royale, et en faveur de son frère Ferdinand 1er (1503-1564) à qui il cède la couronne impériale. Avant de mourir, Ferdinand 1er, se méfiant des sympathies de son fils aîné Maximilien pour le protestantisme, lui soustrait sans la succession l’Autriche qu’il divise en Autriche Intérieure (les trois duchés de la Styrie, la Carinthie et la Carniole (Slovénie) qu’il confie à son fils cadet Charles II (†1590) qu’il fait archiduc en 1654. Et il fait archiduc d’Autriche, Comte du Tyrol et de l’Autriche Antérieure[2], son fils benjamin, Ferdinand-François II de Tyrol (†1595).


Succède donc  en 1564 à Ferdinand 1er comme empereur d’un St Empire remanié Maximilien II de Habsbourg (1527-1576). Marié à Marie d’Autriche, fille de son oncle Charles-Quint, il est roi des romains en 1562, roi de Bohême et de Hongrie en 1564. Il conquiert la Transylvanie en 1596 (Roumanie Est).

Durant son règne, il affiche ouvertement une sympathie pour les protestants allant même jusqu’à autoriser leur culte à Vienne, capitale de l’Empire. En 1548, il épouse sa cousine Marie d'Autriche (†1603), fille de fille de Charles-Quint. De leurs seize enfants deux seront empereur, Rodolphe et Matthias. En 1566, il triomphe des Ottomans de Soliman 1er Le Magnifique au siège de la ville de Szigetvár (Hongrie) qui y trouve la mort. En 1570, sa fille Anne d’Autriche (†1590) sera la quatrième et dernière épouse de son oncle  Philippe II d’Espagne de 22 ans son aîné.


En 1576, Rodolphe II (1552-1612) succède à son père Maximilien II. Comme ses frères, Maximilien de Bavière (1558-1618), futur Archiduc d’Autriche Intérieure (Tyrol) sous le nom de Maximilien III d’Autriche (1590-1618), et Matthias, futur Matthias 1er (1557-1619), roi de Hongrie en 1608, roi de Bohême en 1611, empereur de 1612 à 1619, Rodolphe va recevoir une forte éducation catholique sous la conduite des jésuite, qui, propagateurs de la Contre-réforme, ont principalement axé leur mission sur l’enseignement. Il va entretenir une cour culturellement rayonnante (un de ses peintres favoris sera Archimboldo). Mais de santé mentale fragile, dès 1611, il n’est plus apte à gouverner. Son frère cadet Matthias va convaincre sa famille de lui céder le pouvoir.

Matthias 1er a épousé sa cousine issue de germain, Anne d’Autriche, fille de Ferdinand-François II de Tyrol (1529-1595), fils de Ferdinand Ier du Saint-Empire. Il a 53 ans, elle en a 26. En 1606, gouverneur de Hongrie (roi en 1608),  il signe le Traité de Zsitva-Torok avec le sultan Ahmet Ier et le prince hongrois Étienne Bocskai qui détache la Principauté de Transylvanie sous vassalité ottomane depuis 1526 comme les principautés de La Moldavie et de Valachie. Par ailleurs, ce traité garantit la liberté de religion en Hongrie. En 1616, il prend fait et cause pour les juifs confrontés aux pogroms.


Ferdinand II (1578-1637) succède à son cousin Matthias 1er en 1619. Il est le fils du frère cadet de Ferdinand 1er, Charles II d’Autriche (†1590). Charles-Quint est son grand-oncle. Il sera archiduc d'Autriche et roi de Bohême de 1617 à 1619, puis de 1620 à 1627, et roi de Hongrie de 1618 à 1625. Il va assoir un pouvoir absolu. Les réformés de Bohême vont s’opposer à ce champion du catholicisme de la Contre-réforme, et le refuser comme roi. La défénestration de Prague en 1618 marquera le début de La Guerre de Trente Ans (1618-1648).

Il nomme son fils Ferdinand (1608-1657), roi de Hongrie en 1625 et de Bohème en 1627, et Roi des Romains (titre signifiant héritier de l’Empire) en 1636. En 1637, à la mort de son père, il monte sur le trône impérial sous le nom de Ferdinand III. En 1631, il se marie avec Marie-Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne. Leur fille Marie-Anne d’Autriche (Mariane) épousera son oncle Philippe IV en 1649. Elle aura alors 15 ans et lui 44. Ferdinand III s’illustre par ses victoires contre les Suédois pendant la Guerre de Trente Ans (Bataille de Nördlingen 1634).

Par les Traités de Westphalie qui met fin à la Guerre de Trente Ans en 1648 dont celui de Osnabrück avec les Suédois, l’empire ne sera désormais que l’ombre de lui-même.  L’indépendance des nombreux états allemands étant reconnue, l’empire se retrouve entièrement morcelé.


Les principaux États allemands sont la Saxe, le Brandebourg, le Mecklembourg, le Hesse, le Brunswick, les archevêchés de Brême et de Magdebourg, et le Palatinat du Rhin, passé un temps en possession de Maximilien 1er en 1623 (voir Guerre de Trente Ans/Période Bohême-Palatinat). Un huitième électorat est créé pour le Palatinat, dont l'ancien titre électoral resta à la Bavière. A noter que les armées mercenaires qui avaient parcouru l'Allemagne en tout sens pendant trente ans, en vivant sur les habitants, l'avaient tellement pressurée et dévastée, avaient brûlé tant de villes et de villages, que des provinces entières étaient presque désertes et la population réduite au tiers de ce qu'elle était avant la guerre.


Léopold Ier de Habsbourg (1640-1658-1705), fils de Ferdinand II, est roi de Hongrie en 1655, de Bohême en 1657. Archiduc d’Autriche en 1658, à 18 ans, il parvient non sans peine à se faire élire la même année, un an après la mort d son père,  Roi des Romains et Empereur du Saint Empire. Les Princes allemands auxquels s’est joint le roi de Suède se regroupent la même année pour former la Ligue du Rhin pour s’opposer à son élection au rang d’empereur et le forcer à respecter les termes du Traité de Westphalie assurant leur indépendance. Alliés à la France qui les soutient et les assurent de sa protection, alors que l’empire est allié à l’Espagne (famille des Habsbourg), ils interdisent le passage sur leur terres des troupes qui voudraient soutenir les Pays-Bas Espagnols envahis par la France (Guerre Franco-Espagnole 1635-59).


Bien que son règne ait été jalonné de guerres, Léopold 1er resta un empereur pacifique, Il poursuivit le redressement économique et démographique de l’empire à la suite de son père. Il fut un excellent instrumentiste et composa plusieurs pièces. Son règne se termina avec le déclenchement de La Guerre de Succession d’Espagne (1701-1713), l’Autriche prétendant au trône d’Espagne à la mort de Charles II dit l’Ensorcelé (1661-1675-1700), fils de Philippe IV. Par sa mère Anne d’Autriche, fille de Philippe III d’Espagne, sœur de Philippe IV, Léopold est le cousin germain de Charles (Voir Espagne/Règne). Louis XIV est par sa mère le petit-fils de Philippe III et par son mariage avec Marie-Thérèse, fille de Philippe IV, cousin par alliance de Charles. La guerre se soldera par la montée sur le trône du petit-fils de Louis XIV, qui règnera sous le nom de Philippe V († 1746). Il avait été désigné comme héritier de Charles dès 1700, à la condition que lui-même et sa descendance renonce à tout jamais à toute prétention sur la couronne de France.


« Des tâches immenses l'attendaient : poursuivre la reconstruction de ses États patrimoniaux, affermir son autorité en Hongrie et, sur le plan extérieur, regagner le prestige perdu par la maison d'Autriche en Allemagne, aider la monarchie d'Espagne en déclin et défendre l'Europe centrale contre le péril turc à nouveau menaçant. Au cours d'un règne qui dure près d'un demi-siècle, il réussit, non sans mal, à réaliser ce programme et à faire de la monarchie autrichienne une grande puissance respectée ». (Encyclopédie Univesalis)



Événements Majeurs 

Révolte de Bocskai

En 1604, sous le règne de Rodolphe II, éclate une révolte contre l’autoritarisme royal menée par Étienne Bocskai, noble hongrois protestant, aujourd’hui héros national. En 1605, Étienne Bocskai est élu prince de Transylvanie, une des trois principautés de Roumanie avec la Moldavie et la Valachie sous tutelle ottomane depuis le premier uart du XVIème siècle.

« En juin 1606, les représentants de Bocskai, de la noblesse hongroise et de Rodolphe II signent la Paix à Vienne [Traité de Zsitva-Torok]. La paix prévoit la réparation des préjudices subis par la noblesse et reconnaît la souveraineté de Bocskai et de ses descendants mâles sur la Transylvanie, le Partium et sur trois comitats de Hongrie (Ugocsa, Bereg et Szatmár). Le 29 décembre Étienne Bocskai meurt. » (La Transylvanie dans l’État Hongrois Médiéval : https://mek.oszk.hu/02100/02114/html/261.html)

La révolte sera poursuivie de 1613 à 1629 par Gábor Bethlen, prince de Transylvanie


La Défénestration de Prague 1619

La Lettre de Majesté

En 1608, les princes protestants avec à leur tête le Prince Électeur Palatin, Frédéric V, ayant formé une Union Évangélique, les catholiques forment à leur tout une Sainte Ligue menée par Maximilien 1er Duc de Bavière .

En 1609, Rodolphe II édite une charte royale appelée le Majestät (Lettre de Majesté ), garantissant la liberté de culte aux nobles et aux villes de Bohême. Matthias 1Er, empereur en 1612 ,ne la respectera pas. Ferdinand II lui succède en 1617 sur le trône de Bohême et en 1619 sur le trône impérial.

En 1618, des nobles Hongrois à la tête desquels se trouvent le Comte de Thurn, rencontrent les représentants de Maximilien 1Er au château de Hradschin  à Prague. Leur mécontentement est dû au fait que deux temples ont été fermés dans deux villes de Bohême (rattachée à la Hongrie) et invoquent la Lettre de Majesté. Ils reprochent à l’empereur d’avoir choisi comme son successeur un catholique intransigeant en la personne de Ferdinand II, et lui rappelle que la Paix d’Augsbourg signé en 1555 reconnaît le culte protestant (cujus regio, ejus religio). Les intervenants vont en venir aux mains et les représentants de l’empereur vont être jetés par dessus la fenêtre. Fort heureusement, ils seront reçus par un tas de fumier. Mais l’affront est fait.

Les protestants hongrois se fixent sur leur position et refusent  Ferdinand II comme roi. Ils choisissent à sa place Frédéric V de Wittelsbach, prince-électeur et comte palatin du Rhin qui sera roi de Bohême pendant un an. Les révoltés pouvaient compter sur une force militaire certaine et la division autrichienne à Vienne. Mais rapidement vaincu en 1620 à la Bataille de La Montagne-Blanche (voir Guerre de Trente Ans/Période Bohémienne) par les troupes du Duc de Bavière, Maximilien 1er (1573-1651) de Wittelsbach, que Vienne a nommé commissaire impérial chargé de mater la rébellion. Frédéric est poussé à un exil qui sera définitif en place de Frédéric V. Les meneurs de la révolte qui n’avaient pu s’enfuir furent décapités.

Par ailleurs, Ferdinand II  en reconnaissance de son soutien militaire fait du Duc de Bavière en 1623 prince-électeur et comte palatin du Rhin en place de Frédéric V. Cet événement s’inscrit dans la  Guerre de Trente Ans (1618-1648).


L'Édit de Restitution (1629)

En 1555 avait été signé La Paix d’Augsbourg entre Charles-Quint et les princes luthériens garantissant à ces derniers le droit de culte. Il s’en était suivi que les réformés étaient entrés en possession des biens religieux (évêchés, couvents). En 1629, Ferdinand II revient sur cet accord en promulguant l’Édit de Restitution qui restitue les biens et les terres confisqués aux catholiques. En 1552, la Paix de Passau qui accordait déjà la liberté de cultes aux protestants avait été provoqué par un coup de force du pince Maurice de Saxe. Celui-ci avait profité d’être convié au Concile de Trente dont Jules III venait de rouvrir sur instance de l’empereur la session interrompue trois ans plus tôt par la mort du pape Paul III pour attaquer les troupes impériales et forcé Charles-Quint à la fuite.

La Paix d’Augsbourg entérinera le fameux  cujus regio, ejus religio  que l’on traduit généralement par tel prince, telle religion, car c’est le prince qui décide de la religion de sa région.

Cette décision de restitution prise de manière unilatérale par l’empereur sans la convocation de la Diète ni du Conseil Électoral, aura eu pour conséquence  le renforcement du pouvoir impérial sur l’Église de Rome.


«L’Édit de restitution imposait « la réservation ecclésiastique » sur les territoires des archevêchés de Brême et de Magdebourg, 12 évêchés et plus de 100 maisons religieuses. Des milliers de protestants ont dû abandonner les lieux où ils vivaient au profit des catholiques, et se réfugier dans des États protestants. Le nord-est de l'Allemagne était plus particulièrement concerné. Dans cette région, l'influence de Ferdinand était jusque là, plus faible. Les administrateurs impériaux désignés pour faire appliquer les règles de l'édit rétablissaient en même temps, l'autorité impériale dans un secteur qui avait profité de la faiblesse de l'empire pendant presque cent ans. » (http://fr.dbpedia.org/page/Édit_de_Restitution

Les princes à qui s’étaient ralliés le roi luthérien de Suède et la France (puisqu’il s’agissait de combattre les Habsbourg) obtinrent de Ferdinand II la convocation de la Diète de Ratisbonne en 1630 à laquelle participèrent les Princes-Électeurs luthériens. Il en ressortit la révocation de l’édit, le renvoi du chef militaire Wallenstein et de facto un affaiblissement de l’autorité de l’empereur, effet contraire de ce qu’il espérait avec son édit. Mais l’empereur arriva cependant à un des buts qu’il s’était fixé, faire élire son fils Ferdinand Roi des Romains, titre qui de son titulaire l’héritier présomptif de la couronne impériale.


Notes


[1] Les historiens ne s’accordent pas tous sur la dénomination de l’empire et donc des territoires qu’il recouvrait : Impérium Romanům, Saint Empire Romain Germanique, Empire allemand, État impérial... ? On peut s’en tenir aux « terres et aux hommes désignés comme Nation germanique ou Allemagne entre Trente (Alpes italiennes) et les rivages de la mer du Nord et de la Baltique, entre la Poméranie et l'électorat de Trêves (Moselle)», terres auxqualles s’ajoutent la Bohême et la Hongrie.

[2] L’Autriche est la terre ancestrale des Habsbourg, plus exactement de la Maison de Habsbourg ou encore de la Monarchie des Habsbourg, mais elle couvrit une territoire beaucoup plus vaste que l’Autriche actuelle. L’Autriche Antérieure correspondait à leurs possessions territoriales les plus anciennes, les plus occidentales à savoir, la Souabe ancienne qui s’étendait dans le Bade-Wurtemberg ( Souabe-Bavaroise et Haute-Souabe), en France l(Alsace), sur une frange de la Suisse orientale et comptait aussi le land actuel du Vorarlberg en Autriche.




ITALIE



Introduction

La péninsule italique Italie reste constitue d’une multitude d’états. Les deux états les plus puissants sont de l’extrême sud au centre Sud le Royaume des Deux Siciles (Naples et Sicile) qui occupe plus de la moitié de la péninsule et dont le roi d’Espagne est « roi de Sicile des deux côtés du détroit », et au centre, les États Pontificaux qui annexent en 1597 le Duché de Ferrare. Le Duché de Modène gouverné par la Maison d’Este anciennement régnante sur le Duché de Ferrare, Le Grand-Duché de Toscane gouverné par les Médicis, le Duché de Milan sous domination espagnole, Le Duché de  Savoie dont Louise de Savoie, fille du duc Philippe II de Savoie (†1497), fut la mère de François 1er, le Duché de Mantoue et Montferrat gouverné par les Gonzague, les républiques de Gênes et de Venise occupent le Nord. Le Duché D’Urbino, gouverné par les Montefeltro passe en 1508 aux mains des della Rovere (Jules II pape en 1503) et le redevient en 1521 après une brève annexion de Laurent II de Médicis puis de Léon X.  Le multiséculaire Empire Romain Germanique qui n’est plus qu’une façade.


Les onze Guerres d’Italies (1497-1559) dont les six dernières ont vu s’opposer Charles-Quint (†1558) et François 1er (†1547) ont eu pour conséquence outre un renforcement de la domination espagnole et la perte de toutes prétentions territoriales de la France, la diffusion de l’art italien qui va être plus ou moins rapidement adopté par toute l’Europe et une révolution dans l’art militaire par l’emploi de plus en plus important des armes à feu, un renforcement de l'infanterie, mieux entrainée au combat, armée d'arquebuses, qui tend à prendre la place de la cavalerie, par

Venise conserve son régime républicain bien que les doges (doxes, anciennement dux, chefs militaires), premiers magistrats soient élus à vie. Au printemps 1630, la Sérénissime qui compte alors 140 000 habitants, voit sa population réduite d’un tiers à cause de l’épidémie de la peste qui s’est déclarée au quartier du Campo Santa Agnese. 


Naples et la Sicile

Le Royaume de deux Sicile, celui de Naples et celui Sicile que le roi d’Espagne Alphonse V avait réuni en un seul royaume en 1442 après avoir pris le royaume de Naples à René 1Er (Le Bon Roi René †1480) et sur lequel il régna sous le nom d’Alphonse 1er, est à nouveau scindé à sa mort en 1458. Son fils bâtard, Ferdinand 1er dit Ferrante obtint Naples, et son frère Jean II, roi de Navarre, obtint la Sicile. Dés lors, Naples et la Sicile à la tête desquels se trouveront deux Vice-Rois (gouverneurs) resteront sous la domination espagnole jusqu’ au Traité d’Utrecht en 1713, catastrophique pour l’Espagne qui perd Milan, Naples et la Sardaigne qui reviennent à l’Empire des Habsbourg d’Autriche, la Sicile qui revient au Duché de Savoie qu’elle cèdera à l’Autriche en échange de la Sardaigne en 1719.


Un premier Royaume des Deux Sicile avait existé jusqu’au XIIIème avant que Pierre II, roi d’Espagne n’enlève à partir de la révolte antifrançaise des Siciliens (Les Vêpres Siciliennes 1282) la Sicile à Charles d’Anjou. Un troisième Royaumes des Deux Sicile existera de 1816 à 1856. Au Congrès de Vienne de 1815, après la chute de l’empire napoléonien, le "principe de légitimité", a été remis à l’honneur, les anciens monarques devant retrouver leurs anciennes terres. Ferdinand VII unifie la Sicile avec Naples qui seront annexés au Royaume d’Italie à sa création en 1861.

En 1656, une épidémie de peste ravage la population napolitaine. Les trois quarts des habitants de Naples en sont victimes.


Le Duché de Mantoue

 Le Duché de Mantoue (Lombardie), faute de descendant de la lignée des Gonzague passera un temps aux mains des espagnols pendant la Guerre de Succession de Mantoue (1628-1631), un épisode de la Guerre de Trente Ans, nouvelle occasion pour un affrontement entre les Bourbon (Louis XIII) et les Habsbourg (Ferdinand II). Au Traité de Cherasco en 1631 par l’intervention de Mazarin[1] qui a fait cesser les combats, Charles 1er Gonzague Duc de Nevers, reçoit les duchés de Mantoue et Montferrat. Louis XIII obtient la place forte de Pignerol où sera enfermé Fouquet (voir France/ Affaire Fouquet, et peut-être le Masque de fer… ?). Le Duc de Savoie reçoit une compensation de 15000 écus (or ou argent ?) L’écu d’or était frappé dès le XIIème siècle, l’écu d’argent commença a être frappé en 1580).


Le Duché de Milan

Le Duché de Milan, fut comme le Royaumes de Naples, l’objet de toutes les convoitises pendant les Guerres d’Italies (1498-1559).

Après la défaite française de Pavie en 1525, qui vit la capture de François 1er et son emprisonnement en Espagne pour cinq ans, tous les espoirs français de garder le duché de Milan s’évanouirent. Aux mains de Charles-Quint dont la puissance domine la péninsule, il restera possession espagnole jusqu’à la Guerre de Succession d’Espagne (1704-1714). Au Traité d’Utrecht de 1713 le duché revient à La Savoie.


La République de Venise

La Sérénissime République de Venise faisait partie de l’Empire Byzantin dont le gouvernement (l’exarchat) pour la péninsule se trouvait à Ravenne        . Au passage du VIIIème siècle, elle prend son indépendance. Le premier doge, Sa Sérénité, chef militaire est élu à vie par l’aristocratie. Il en sera ainsi jusqu’en 1797, date à laquelle elle sera annexée à l’empire d’Autriche.

Au fil des siècles, grâce au commerce maritime, en prenant l’hégémonie du commerce méditerranéen, Venise va acquérir nombre de ports et s’étendre à Vérone, Padoue, Vicence, Bergame, Brescia et au Frioul dans le nord-est ; puis Crémone, Trieste, Rimini; enfin Chypre. Sa toujours croissante puissance militaire et financière, son expansion territoriale inquiétèrent suffisamment les autres puissances européennes pour qu’elles forment des coalitions auxquelles elle résista toujours, notamment contre la Ligue de Cambrai au début du XVIème dont elle sortit même renforcée. En1454, la Paix de Lodi mit fin à la guerre qui l’opposait au Duché de Milan depuis le début du siècle. Pendant les Guerres d’Italie, elle échappa aux convoitises de Charles-Quint et de François 1er qui, par son alliance, lui doit sa victoire à Marignan.


Son rôle central dans le passage des marchandises arrivées d’Orient et embarquées pour les ports du Nord faisait d’elle une plaque tournante du commerce maritime. « Le revenu par habitant en 1400 était alors quinze fois plus élevé que celui de Paris, Madrid et Londres. » (J.Attali Une Brève Histoire de l’Avenir, Édit Fayard 2006). Sa seule rivale fut la République de Gênes.

Mais au XVIème siècle, elle entama une phase de déclin. D’une part, les guerres qu’elle dut mener pour préserver son indépendance contre l’Empire et la France de plus en plus fortes, d’autre part, la perte d’une partie importante de sa flotte dans sa résistance constante à la pression des Ottomans – sa victoire à la Bataille de Lépante en 1571(Quatrième Guerre Vénéto-Ottomane) fut une victoire à la Pyrrhus ; elle perdit Chypre et les îles d’Égée, la Crête et dut toujours négocier avec eux; ensuite le développement du commerce atlantique, la découverte de nouvelles voies maritimes réduisirent son rôle stratégique et les bénéfices qui allaient avec. Pendant, la Réforme et la Contre-réforme, elle observa une attitude conciliante. Elle fut une voie passage du protestantisme en Italie pendant la Réforme, et elle ne condamna aucun hérétique après le Concile de Trente.


Aux XVIIème siècles, la création des compagnies maritimes anglaise, hollandaises, françaises entrainèrent l’essor des ports du Nord et Venise perdit sa place de plus grand port d’Europe qu’elle avait tenu jusque là. Si en 1687, elle prit le Péloponnèse (Royaume de Morée) aux Ottomans, elle dut le rendre en 1718 (Paix de Passarowitz). Elle trouva de nouvelles ressources dans l’exploitation de ses terres intérieures avec la culture du riz, de la soie, du chanvre et l’élevage du mouton.

Progressivement, la Sérénissime dut concéder de son autonomie en cherchant protection auprès de l’Empire Autrichien de plus en plus omniprésent en Italie du Nord et qui l’annexa à partir du Traité de Campo-Formio en 1797 après avoir été envahie par les troupe napoléoniennes. Pour autant, Venise ne perdit en rien de l’éclat artistique et culturel qui fut le sien tout au long de son histoire.


La République de Gênes

Le port de Gênes commença à se développer au moment des croisades (1ère croisade 1095) comme port d’embarquement pour la Terre Sainte. La République de Saint Georges fut fondée sous la protection de Saint Georges au début du XIIème siècle. Les marchands accrurent son essor. Déjà, elle se disputait le commerce maritime avec celle qui restera toujours sa rivale, la République de Venise. Elle commerça avec le Nord. A la fin du XVème siècle, elle accroît sa puissance financière en créant la Banque St Georges. Une de ses sources de richesse, outre le commerce des épices, de l’ivoire et des pierres précieuses qui ne seront taillées en Europe (Anvers, Amsterdam) qu’au XVIIème siècle, est son monopole sur l’alun, fixateur des teintures des étoffes.

Comme pour Venise, et pour les mêmes raisons, le XVème siècle signe le début du déclin de son commerce maritime. Au XV-XVIème siècle, le condottiere et grand marin, Andréa Doria (1466-1560), grande figure de l’histoire de Gênes, un tant allié de François 1er puis de Charles-Quint, dota la république de nouvelles institutions et instaura un pouvoir oligarchique des grandes familles génoises. Ce que l’on a appelé La République Aristocratique (1528-1597). Le doge jusqu’alors nommé à vie comme à Venise ne le sera plus que pour deux ans. L’autre grand génois est Christoph Colomb (1451-1506).


En 1528, Doria qui a chassé les Français, va soutenir jusqu’à la fin de sa vie avec sa flotte l’empereur contre les Ottomans. En retour la république se place sous la protection de Charles-Quint. Elle devient la créancière de l’empire, lui faisant crédit en l’attente de l’arrivée des Galions et se charge des transports de fonds espagnols vers les provinces du Nord. Ayant perdu de ses comptoirs au levant, elle tourne son commerce vers l’Ouest et bien évidemment vers la péninsule ibérique. Les banquiers génois s’installent à Séville comme dans les places financières des Pays-Bas. La république s’enrichit sur le dos d’une Espagne toujours financièrement exsangue.

« Les prêts consentis à tous les souverains d'Europe rapportent en intérêts dix fois plus que les revenus des deux seules industries génoises notables, celles de la soie et du papier. La création d'un port franc en 1613 [marchandises exportées ou en transit libres de taxes] achève de donner à Gênes une prospérité qui fut l'objet de bien des convoitises » (Encyclopédie Universalis/La république Aristocratique de Gênes).


La destruction du port par la flotte de Louis XIV en 1684 pour avoir livrer des galères à l’Espagne est cette fois irréversible. Pour autant, face à la perte d’influence de l’Espagne et de sa puissance sous les règnes de rois sans grande envergure, et face à la volonté expansionniste du Duché de Savoie qui cherche un débouché sur la mer et contre lequel pour cela elle devra entrer en guerre en 1622 et 1672, la république se rapprochera de la France qui l’aidera en 1729 contre le soulèvement corse. En 1797, elle connaitra le même sort que la Sérénissime. Occupée aussi par les troupes napoléoniennes, elle n’aura plus qu’une existence morale. Au Congrès de Vienne en 1815, dans le démantèlement de l’empire napoléonien, la déjà défunte république est annexée par le Duché de Savoie.


Le Duché de Toscane

En 1492, les florentins avaient accueillis Charles VIII en libérateur qui avait chassé de la ville les Médicis. Galvanisé par les prêches ardents de Savonarole (†16498) qui finirent par le brûlé VI, ils avaient instauré une république à laquelle mirent fin en 1512 les troupes de Charles-Quint. Redevenue duché, Florence fut gouvernée à nouveau par des seigneurs de Médicis jusqu’en 1527. Date à laquelle, profitant du désordre général que venait de causer le sac de Rome, toujours par les mêmes troupes de Charles-Quint, les Florentins instaurèrent une seconde république qui trois ans plus tard sera renversée. Charles-Quint et le pape Clément VII (Jules de Médicis) décident alors d’imposer un Médicis, en l’occurrence Alexandre de Médicis (1510-1537) qui, arrière-petit fils de Laurent le Magnifique (†1492) et demi-frère de Catherine de Médicis, devient Duc de Florence qu’ils font  duc en 1532. Il est assassiné en 1537 par son cousin Lorenzino (le Lorenzaccio de Musset). Lui succède Cosme 1er (à ne pas confondre avec Cosme l’Ancien †1464, fondateur de la dynastie) qui deviendra en 1569 Grand-Duc du Duché de Toscane qui inclut l’ancien république de Sienne qui a été annexée à la Toscane en 1555 par la volonté de Charles-Quint.


En 1737, la lignée des Médicis s’éteint. Le nouveau Grand Duc sera François III qui n’est autre que François 1er de Habsbourg, empereur germanique, fils de Élisabeth-Charlotte d’Orléans, fille de Monsieur, petit-neveu de Louis XIV, petit-cousin de Louis XV. Il reçoit le duché en compensation de sa cession de la Lorraine (Guerre de Succession Polonaise). Le Grand-Duché se maintiendra jusqu’en 1801, date à laquelle est créé par un accord entre la France et l’Espagne, le Royaume d’Étrurie qui, gouverné par Louis 1er de Parme, un Habsbourg, comprend la plus grande partie du duché. Ce royaume éphémère sera en 1807 annexé à Napoléon qui fera de sa sœur Élisa la Grande Duchesse qu’il avait déjà faite Princesse de Piombino (pointe extrême sud de la Toscane et quelques petites îles) et de Lucques (république indépendante dans le sud de la région de Toscane, conquise par Bonaparte en 1799).


Les États Pontificaux

Les États Pontificaux ou États de l’Église occupèrent le centre de l’Italie de 756 à 1870. Leurs territoires atteignent leurs maxima au XVIème siècle par la conquête.

« Pour le compte de son père Alexandre VI, pape de 1492 à1503), puis Jules II, pape de 1503à 1513, César Borgia constituent l'État pontifical dans ses limites définitives : sur l'Adriatique, les Légations (Bologne, Romagne) et la Marche d’Ancône); au centre, l'Ombrie (Spolète, Pérouse, Orvieto) et  la Sabine ; sur la mer Tyrrhénienne, le Patrimoine de Saint-Pierre-en-Tuscie et la Campagne-Maritime ; enfin, Bénévent et Pontecorvo enclavés dans le royaume de Naples, toujours vassal du Saint-Siège. Les acquisitions ultérieures sont celles d'enclaves déjà vassalisées : Ferrare (1598), Duché d’Urbino (1631), Castro (1649), Ronciglione (1649) » (Encyclopédie Larousse).

Le Comtat Venaissin, à cheval sur les départements actuels du Vaucluse et de la Drôme, fondé en 1274 sera dissout en 1791.

Avignon était une cité–état rachetée en 1348 par le pape Clément VI à la Reine Jeanne 1ère de Naples, Comtesse de Provence. A la fin du Grand Schisme (1378-1417), Avignon aura le statut d’archevêché.

Au XVIIème siècle, la politique des papes est entièrement imbriquée dans celle de l’Europe avec le double souci qui a toujours été faute de posséder une grande force militaire, celui de tous les papes : d’abord par des jeux d’alliances, mettre leur pouvoir spirituel au service de l’accroissement de leur puissance temporelle et  ensuite de devoir défendre militairement l’indépendance de leurs États. Rome restera un des grands centres culturels et artistiques du XVIIème siècle. La cité papale attirant les artistes venus de toute l’Europe, appelés par les papes pour commandes ou pas, sera une ville aux mœurs dissolus dont témoigneront les œuvres picturales et écrites des peintres[2].


Notes



[1] Louis XIII ravit de ce que Mazarin a pu obtenir par ce traité, le fait mander par Richelieu qui va le prendre à ses côtés. C’est le début de l’ascension du futur mentor de Louis XIV.

[2] Cf. « Les bas-fonds du baroque. La Rome du Vice et de la Misère », exposition au Petit-palais, Paris 2015.




 SUÈDE

Introduction - Gustave -Adolphe II - La reine Kristine


Introduction

Au cours du XVIIème siècle, la Suède va constituer un empire que les historiens suédois désignent sous le nom de ‘Le Temps du Grand Pouvoir’ (‘Stormaktstiden’).

L’histoire de la Suède évoque les expéditions des vikings (marchands pillards) de la fin du Haut-Moyen-Âge (9ème, 10ème, 11ème siècles). Après cette période, au tournant de l’an mil, le peuple suédois va se christianiser. La  christianisation va être un moteur important vers l’unification des différentes tribus souvent en guerre les unes contre les autres. Un premier royaume s’établit vraiment au12ème siècle. Stockholm est fondée en 1248. La Maison de Bjelbo connue sous le nom de Maison de Folkung va donner plusieurs rois et évêques à la Suède. Au cours du Bas-Moyen-âge, par alliances et descendances, les royaumes de Norvège et Danemark vont être unis à la Suède.


L'union des royaumes de Suède, Danemark et Norvège est entérinée en 1397 à Kalmar (Union de Kalmar). Marguerite Ire (1353-1412) de la Maison d'Estridsen qui a régné sur le Danemark de 1047 à 1412 réunit les couronnes du  Danemark, de la Suède et de la Norvège de 1380 jusqu’à sa mort. La mort sans héritier de Christophe 1er de Bavière (1416-1448), roi de Danemark sous le nom de Christophe III en 1440, de Suède le 4 octobre 1440 et de Norvège en 1442, va provoquer la scission du royaume. Karl Knutsson Bonde (1408-1470) est élu par le Conseil Suédois roi de Suède en 1448 sous le nom de Charles VIII, tandis que le Conseil de Danemark qui ne reconnaît pas cette élection élit Christian 1er roi de Danemark, de Norvège mais aussi de Suède. Une longue période d’instabilité faite de conflits et d’oppositions entre les prétendants aux trônes, la noblesse et le pouvoir royal va s’étendre jusqu’à la montée sur le trône de Suède de Gustave Ier Vasa.

En 1523, une nouvelle période dite Ädre Vasatiden, ‘Début de l'Ère Vasa’, s’ouvre qui va s’étendre jusqu’en 1611. Gustave Ier Vasa (1496-1560) est régent de Suède de 1521 à 1523 puis roi de Suède de 1523 à sa mort. Il échappe en 1520 au  Bain de sang de Stockholm, massacre perpétré après l'invasion de la Suède par les forces danoises de Christian II de Danemark au cours duquel son père et sa mère de haute noblesse sont assassinés. En 1523, il chasse les Danois de Stockholm ; ce qui met définitivement fin à l’Union de Kalmar. Gustave va progressivement installer une réforme de l’Église qui va aboutir au luthéranisme comme confession suédoise qu’entérinera en 1593 le synode d'Uppsala approuvant le réforme protestante.


 Cette proclamation va entrainer l’opposition de Sigismond III (1566 -1632), roi de Suède à la mort de son père Jean III en 1592 et élu roi de Pologne et grand-duc de Lituanie en 1587. Le Duc Charles IX Il, fervent protestante, va engager contre lui, son oncle, une brève guerre civile qui aura pour conséquence la destitution en 1604 de Sigismond qui pour autant de renoncera pas à ses droits. S’en suivra  une série de guerres entre les deux royaumes de Suède et de Pologne.


En 1611, la montée sur le trône de Gustave II Adolphe dit Le Lion d’Or (1594-1611-1632), entame la période appelée  ‘Le Temps du Grand Pouvoir’ (‘Stormaktstiden’). Période qui s’achèvera malgré de brillantes victoires de Charles XII (1682-1718) par la défaite de la Suède face à la coalition de la Russie de Pierre Le Grand, du Danemark et de la Saxe, auxquels se sont joints la Prusse et le Royaume-Uni au cours de la Grande Guerre du Nord (1700-1721). En 1721, au Traité de Nystad (actuelle Uusikaupunki en Finlande), la Suède se verra contrainte de céder toutes ses possessions sur la Baltique à la Russie.


Cette période du ‘Grand Pouvoir’ aura été marquée par de nombreuses guerres et une expansion territoriale autour de la Mer Baltique.

- La Guerre de Kalmar de 1611 à 1613 contre le Danemark pour le contrôle des détroits entre Mer baltique et Mer du Nord

- La Guerre d’Ingrie (1610-1617) au sortir de laquelle la Suède sera victorieuse de la Russie qui lui concèdera au Traité de Stolbovo le Comté Kexholm dans la Carélie (est de la Finlande), l’Ingrie (n.o de l’actuelle Russie, golfe de Finlande), la forteresse de Nöteborg, porte d’entrée de la Finlande. Motivée à l’origine par une intention de mettre un duc sur le trône impérial de Russie, la Suède du reconnaitre en contre partie des territoires concédés Michel III comme tsar.


  • - Les guerres polono-suédoises de 1617–1618, 1621-1625 et 1626-1629 prolongeant la guerre de succession de 1600-1611 (Sigismond vs Charles IX). Elles ont opposées les Vasa suédois protestants aux Vas polonais catholiques. Avec pour enjeu notamment les territoires de Riga et de la Livonie (Estonie et Lituanie) qui devient suédoise en 1629.
  • - L’entrée de la Suède dans la Guerre de Trente Ans de 1630 à 1648 avec pour conséquence la Guerre de Torstenson (1643-45) opposant la Suède au Danemark et à la Norvège. La Suède obtient au Traité de Westphalie la Poméranie Occidental au bord de la Baltique. La Poméranie Orientale revient à l’Électorat de Brandebourg. En 1632 à la Bataille de Lützen (Saxe-Anhalt) où les Suédois vont s‘imposer face à Ligue Catholique (États catholiques allemand), le roi Gustave II, fervent protestant, qui jusque là avait mené ses troupes à la victoire, meurt au combat. Par le Traité de Westhphalie de 1648. « Annexant la Poméranie occidentale (ou antérieure), les évêchés de Wismar, Brême et Verden, la Suède s'assure le contrôle des estuaires de l'Oder, de l'Elbe et de la Weser, et donc celui du commerce allemand en Baltique et en mer du Nord ; enfin, ces territoires restant incorporés à l'Empire, le roi de Suède devient un prince allemand et siège à la diète de Francfort.» (Encyclopédie Larousse)
  • - La Guerre du Nord de Sept Ans (1663-1670) à ne pas confondre avec la Grande Guerre du Nord ou Seconde Guerre du Nord (1700-1721 coalition Suédoise vs coalition Russe). La Guerre du Nord de Sept Ans ou Première Guerre du Nord opposa la Suède au Danemark allié à la Pologne et à la ville hanséatique de Lübeck qui, située dans le Schleswig-Holstein (extrême nord Allemagne),  possédait une importante flotte militaire. L’enjeu, outre les manifestations nationalistes des belligérants (ajout des emblèmes de la Norvège et du Danemark sur les armoiries de la Suède), est essentiellement la main mise que la Suède tient à conserver sur l’Estonie. La guerre se sera soldée par un statut quo après épuisement des forces de part et d’autre. La Suède en tirera indirectement le profit d’une armée permanente qui se développera faisant d’elle au siècle suivant la puissance militaire la plus forte de la région.
  • - La Guerre de Scanie (1675-1679) opposa la Suède alliée de la France (Guerre de Hollande) au Danemark allié aux Provinces-Unies et à l'électorat de Brandebourg (capitale Berlin) gouverné par les Hohenzollern qui gouvernaient aussi le duché de Prusse depuis 1618. La Scanie, située à l’extrême sud du territoire suédois (capitale Malmö), avait était prise au Danois en 1658 qu’ils tentèrent vainement de récupérer.


De Gustave 1er Vasa (1496-1523-1560) jusqu’à Gustave II Adolphe Vasa (1594-1611-1632) et sa file La Reine Christine (1626-1689), le territoire de la Suède a occupé le Comté Jämtland (n.o), la Scanie, les rivages de la Mer du Nord (frontière maritime ouest), la Poméranie Occidentale, la Livonie, l’Ingrie, la Carélie, l’Estonie, les iles de Götland, Öland et de Bornholm dans la Baltique.

Les prises de possessions territoriales des rives la Mer Baltique et d’une partie de la Mer du Nord impose un dominium maris baltici suédois (1658-1709 souveraineté sur la mer Baltique) sur le Danemark en mer du Nord et en Mer Baltique avec des droits de douanes sur les navires marchands accostant aux ports suédois et non suédois, en Scanie, Poméranie, Livonie, Ingrie, Estonie. Mais les grandes puissances maritimes néerlandaises et anglaises veilleront à ce que l’empire de Suède ne puisse exercer une totale hégémonie dans ces mers.


Gustave II Adolphe

Gustave II Adolphe Vasa dit Le Grand ou Le Lion d’or ui accéda au trône à 16 ans, fut un roi particulièrement illustre dans l’histoire de la Suède. « On le considère comme l'un des plus grands stratèges militaires de l'histoire, avec son utilisation innovante du combat interarmes ». Son intégration de l'infanterie, de la cavalerie, de la logistique et, plus particulièrement, de l'artillerie, lui a valu le titre de « père de la guerre moderne ». Parmi les futurs commandants qui ont étudié et admiré Gustave Adolphe figure Napoléon Ier et le Général Patton. « « Roi-dragon », « roi des capitaines et capitaine des rois » stratège de génie, celui qui se voulait « le rempart de la foi protestante » mena une vie de soldat, faite d’endurance et de témérité au contact quotidien de ses hommes qui lui vouaient une admiration sans borne. » (https://institut-iliade.com/gustave-adolphe-de-suede-le-lion-du-nord-1594-1632/)

C’est sous son règne que va s’ouvrir ‘Le temps du Grand Pouvoir’ et que la Suède va atteindre son maximum de puissance. Ses Réformes en Estonie révèle un esprit moderne avec ouverture d’une école et d’une académie à Tallinn, le souci d’une plus grande autonomie de la paysannerie face à la noblesse.


La Reine Christine

Khristina Vasa de Suède (1626-1689), fille de Gustave II Adolphe, « accède au trône de Suède alors qu'elle n'est encore qu'une enfant. Élevée comme un garçon, d'un tempérament solitaire et anticonformiste, elle se révèle fine diplomate et mécène, passionnée des arts et des lettres. Elle abdiquera à 28 ans, en 1654, avant de se convertir au catholicisme et de quitter définitivement son pays… La reine-mère, folle de chagrin, fait embaumer le corps [de son époux] et oblige la fillette à l’embrasser matin et soir jusqu’à ce que le chancelier parvienne à la soustraire à cette influence malsaine et l’élève comme un prince, selon les volontés de feu le roi » (https://www.theatredunord.fr/la-reine-christine-de-suede).


Christine va non seulement renoncer au mariage mais entretenir au grand dam de la noblesse luthérienne des relations homosexuelles notamment avec une de ses dames de compagnie, la comtesse Ebba Sparre. Ce qui ne l’empêchera pas d’avoir des amants comme le comte Magnus Gabriel de la Gardie.

Après la régence du chancelier Axel Oxenstierna, durant son règne effectif de 1644 à 1654, s’intéressant aux arts, à la philosophie, à la poésie, aux mathématiques, elle invite les grands philosophes de son temps dont en premier lieu Descartes qui, bon gré malgré, venu de Hollande où il vit, arrive comme précepteur de la reine en 1649 à Stockholm où il meurt un an plus tard. Elle avait organiser le Ballet de la Naissance de la Paix dont Descartes avait rédigé les vers.


Elle entretient une correspondance avec Blaise Pascal. Elle fait construite écoles, théâtres et bibliothèques.

Après dix années de règne, dernière représentante de la dynastie des Vasa, elle abdique en faveur de son cousin germain et ancien prétendant le prince Charles Gustave. Le peuple la regrette et considère son départ comme une trahison envers son pays. Elle se rend en Belgique où elle se convertit au catholicisme, puis à Rome pour recevoir sa première communion par le Pape Alexandre VII. Elle est installée au Palais Farnèse (ambassade de France depuis 1874).

Elle se rend ensuite à la cour de Versailles où le jeune roi Louis XIV l’accueille en grande pompe, et s’installe dans un hôtel particulier de Paris. Son mode de vie, ses relations avec homme et femme sa façon androgyne de s’habiller sont loin de faire l’unanimité dans une société catholique. « Elle portait des vêtements d’hommes, des jupes trop courtes, et elle n’hésitait pas à parler fort et était parfois vulgaire. »


C’est à l’occasion d’un événement tragique qu’elle va perdre définitivement la considération du roi. « En 1657, le château de Fontainebleau [dans la Galerie des Cerfs quasiment en public] est le théâtre d’un sanglant événement. La Reine Christine de Suède, accueillie en France par le cardinal Mazarin, y aurait fait assassiner son grand écuyer, Giovanni Monaldeschi, soupçonné de trahison [ilaurait communiqué des informations sur elle aux Espagnols]. » (https://www.chateaudefontainebleau.fr/ collection-et-ressources/les-collections/peintures/) Christine est ‘poussée’ hors du royaume. Et toutes les cours d’Europe ne sont plus empressées comme elles étaient de la recevoir.


En 1688, Christine de Suède qui a abdiqué en 1654, s’installe définitivement à Rome en 1668 dans le quartier du Trastevere au Palais Corsini. Le nouveau pape Innocent XI tient malgré sa réputation sulfureuse et l’homicide de Fontainebleau conserver des relations avec cette emblématique ex reine protestante convertie au catholicisme.

Elle s’entoure de poètes d’artiste, notamment Le Bernin. En 1670,  elle fonde l’ Academia dell’Riario qui deviendra après sa mort en 1690 la fameuse Accademia dell’Arcadia que fonderont pas moins des quatorze poètes qui l’entouraient. Le but de l’académie selon ses mots était « D’étudier et de superviser la pureté de la langue italienne, de promouvoir les études de l’astronomie et de l’astrologie, ainsi que la philosophie, à travers des discussions régulières et des conférences ». Dotée d’une très grande culture, on l’a surnommée ‘La Minerve du Nord’.

Elle achète des tableaux qui complètent sa grande collection d’œuvres d’art qu’elle a commencé de constituer en Suède et qui l’a toujours suivie. On parle de 400 à 500 toiles, de dizaines de sculptures et de quantités de dessins. Tout autant férue de musique, elle reçoit dans son palais des musiciens baroques comme Filippo Acciaiuoli, Alessandro Scarlatti ou Alessandro Stradella. et de musiciens (Stradella, Corelli, A Scatlatti),


En 1670, « elle arrache au Pape [Clément IX] son accord pour créer un théâtre public dans un ancien couvent [en fait ancienne prison >1657, puis auberge]. Ce théâtre s’appelle le Tor di Nonna [le célèbre architecte Carlo Fontana assura la transformation]» (https://carnet-dhistoire.fr/personnages-historiques/christine-de-suede/)

« En 1675 le théâtre fut fermé pour les fêtes du Jubilé, et resta inutilisé pendant seize ans. De nouveau ouvert en 1690 et l'intérieur complètement rénové avec la construction de la salle en fer à cheval, il est démoli en 1697 sur l'ordre d'Innocent XII, autre pape opposé à l'art théâtral. » (Wikipédia). La forme en fer cheval répond au  modèle du théâtre à l’italienne dont Teatro Olimpico (1580) de Palladio à Vicence a servi de prototype. Le théâtre restera en activité jusqu’en 1888, puis reconstruit en 1930.


En 1689, elle meurt à l’âge de 63 ans en 1689. Le cardinal Decio Azzolino, ami et amant, organise des funérailles solennelles. Placée dans son sarcophage, elle est inhumée à la Basilique St Pierre, hommage concédé à seulement deux autres femmes, la Comtesse Matilda de Canossa (ou de Toscane †1175) qui joua un rôle importants dans la Querelle des Investitures (voir Bas Moyen-Âge Spiritualité/An Mil) et la Princesse Maria Clementina Sobieska († Rome1735), épouse de James Francis Edouard Stuart, prétendant au trône d’Angleterre en tant que fils de Jacques II, et dont la dévotion lui valut cette honneur.

Le dramaturge Auguste Strinberg († 1912) écrira en 1902 la pièce  La Reine Christine (Kristina). Au cinéma, le réalisateur Rouben Mamoulian réalise en 1933 le film La Reine Christine dans lequel l’actrice suédoise Greta Garbo a tenu un rôle inoubliable faisant entrée la reine de Suède dans l’imaginaire collectif.





EMPIRE OTTOMAN




L’empire Ottoman ne fait pas partie de l’Europe mais ses incursions, ses possessions territoriales en Europe, son constant souci de s’étendre, le rôle politique, parfois déterminant qu’il joua dans la politique européenne de par ses alliances avec divers souverains, a fait apparaître évident la présentation un bref panorama de fait ce qu’il entreprit dans le deuxième siècle des Temps Moderne. L’empire ottoman doit son nom au souverain Othmam (Osman, 1258-1386), premier émir de la dynastie ottomane qui supplantera en Anatolie l’empire Seldjoukide (1077-1307).


Aux XV-XVIèmes siècles, le Sultan Sélim 1er (1470-1512-1520) a entrepris une politique de conquête après avoir unifié la région anatolienne. Sous son règne, l’empire Ottoman se voit agrandi en quelques années de l’Égypte, du Liban, de la Syrie.

Au XVIème siècle, son fils, Soliman Le Magnifique (1594-1520-1564), également appelé Le Légiste pour sa complète rénovation du système juridique ottoman va poursuivre la même politique que son père. En 1535, il commence une série d’incursions dans la perse des Séfévides chiites. En 1555 à la fin des expéditions,  Perse aura garder le nord de la région et Soliman acquis Bagdad, la Mésopotamie avec les embouchures du Tigre et de l’Euphrate Après la prise du califat des abbassides en Égypte par son père en 1517, la prise du califat de Bagdad le consacre comme chef du monde musulman.

Soliman tourne également ses ambitions vers l’Europe. En 1520, il prend Belgrade aux Hongrois. La prise de Belgrade eut à peu près le même effet que celle de en 1453.la capitale de l’Empire Byzantin, Constantinople,  qui fut vécu dans toute l’Europe comme une véritable catastrophe.


« La capture de Belgrade est à l'origine des événements dramatiques qui engloutirent la Hongrie. Elle mena à la mort du roi Louis II à la prise de Buda [partie de Buda-Pest], à l'occupation de la Transylvanie, à la ruine d'un royaume florissant et à la peur des nations voisines de subir le même sort ». (André Clot, Soliman Le Magnifique, Fayard 1983)

L’Empire Ottoman devient alors la puissance dominante en Europe de l’Est. En 153, Soliman trouve un allié en la personne de François 1er qui veut s’appuyer sur lui dans son opposition constante à Charles-Quint. Charles-Quint, lui, se met à dos toute l’Europe pour avoir signé en 1547 (et François 1er aussi) le Traité de Constantinople par lequel l’empereur reconnaissait qu’il ne pourrait venir à bout de la puissance turque, même si celle-ci, après avoir échoué aux portes de Vienne (siège de 1529), ne pouvait à la fois maintenir de trop grandes possessions en Europe tout en préparant une guerre inévitable contre la Perse. Ferdinand 1er de Habsbourg (le frère de Charles-Quint) dut verser un tribut annuel à l’ennemi juré de la chrétienté. (Cf A.Clot op.cit.pg. 167-69).

De 1537 à 1540 se déroule la Troisième Guerre Vénéto-Ottomane[2] qui opposa les Ottomans auquel François 1er s’était allié, à Venise et La Sainte Ligue (le pape Paul III et Charles-Quint, le Portugal, Gêne, Florence, Malte) dont l’immense flotte, qui était pourtant commandée par Andréa Doria (voir Gêne) perdit beaucoup de navires à la  Bataille de Préveza qui vit en 1538, la victoire de la flotte ottomane commandée par le redoutable Khizir Khayr ad-Dîn dit Barberousse, Capitaine Pacha (grand amiral) et sultan de Tunis en 1534. En 1540, après une véritable déroute de la Ligue, Venise, l’Empereur et le pape sont contraints de signer une paix qui reconnaît à Soliman toutes ses possession dont Chypre et les Îles de la mer Égée

Sous le règne de Sélim II dit l’Ivrogne (1524-1566-1574) se déroula la Guerre Quatrième Guerre Vénéto-Ottomane qui vit cette fois-ci la victoire de La Sainte Ligue et la fin (pour certains historiens) de la volonté d’expansion  de l’Empire Ottoman. La Bataille de Lépante dans le golfe de Patras (mer Ionienne) en 1571 fut décisive qui causa la perte d’une part importante de la flotte vénitienne et pour Cervantès l’usage de sa main gauche. Pour autant, une victoire en demi-teinte puisque de fait les Ottomans conservèrent leur possessions territoriales à l’est de la Méditerranée tandis que les Européens ses ‘contentaient’ de sa partie ouest.


En tout, sept guerres auront opposé Venise et les Ottomans de 1463 à 1718.

Au XVIIème siècle, sous les règnes de Mehmed III  (1595-1603) et de son fils Ahmed (1603-1617), l’empire va connaitre révoltes et soulèvements militaires. En 1606, la Paix de Zsitvatorok signé avec l’Autriche de Rodolphe II, met fin à la Guerre de Treize Ans. La Hongrie est partagée entre la Hongrie Royale au nord, la Hongrie Ottomane au centre et le Royaume de Hongrie Orientale assujettie comme les Principautés Danubiennes (Moldavie, Valachie) à l’Empire Ottoman.

Après l'assassinat du sultan Ibrahim 1er en 1648 et jusqu'à l’avènement du vizir Mehmet Köprülü, est mis fin à ce que l’on a appelé le Sultanat des Femmes qui avait débuté à la mort en 1566 de Soliman, et qui désigne une période de près de cents ans au cours de laquelle les femmes du harem jouèrent un rôle politique déterminant. Certaines ont carrément gouverné l’empire. Le pouvoir de ce sultanat va être indirectement transmis aux Grands Vizirs issus de la même famille Köprülü.

De 1693 à 1699 va se dérouler la Guerre Austro-Turque qui commence par le deuxième siège de Vienne. Une coalition, nouvelle Sainte Ligue, va regrouper quasiment toutes les puissances européennes, hors mis l’Angleterre et la France qui affirme une neutralité favorable aux Ottomans. L’empereur Léopold 1er doit à la fois faire face à la révolte des protestants de la Hongrie Royale que les ottomans qui en ont fini avec la guerre contre les Russes alimentent, et tout faire pour contrer la Politique de Réunion engagée par Louis XIV (Voir France/ Louis XIV/Politique de Réunion). Après une victoire déterminante de la coalition à la Bataille de Zenta en 1697, le Traité de Karlowitz, signé en 1698 entre d’un côté l’Autriche, Venise et la Pologne et de l’autre les Ottomans donne l’a totalité de la Hongrie à l’Autriche tandis que le Banat (région) de Timișoara (Roumanie) reste aux Ottomans. A ce qui correspond à l’actuelle Roumanie, la Transylvanie reste sous contrôle autrichien et les Principautés Danubiennes (Moldavie et Valachie) sous celui des Ottomans.

 L'Empire ottoman a existé de 1299 à 1923 jusqu’à ce que Mustafa Kemal Pacha dit Atatürk (1881-1938) fonde la République de Turquie en 1923.

 

Notes


 
[1] L’empire Ottoman ne fait pas partie de l’Europe mais ses incursions, ses possessions territoriales en Europe, son constant souci de s’étendre, le rôle politique, parfois déterminant qu’il joua dans la politique européenne de par ses alliances avec divers souverains, a fait apparaître évident la présentation un bref panorama de fait ce qu’il entreprit dans le deuxième siècle des Temps Moderne. L’empire ottoman doit son nom au souverain Othmam (Osman, 1258-1386), premier émir de la dynastie ottomane qui supplantera en Anatolie l’empire Seldjoukide (1077-1307).

[2]Sur Venise et les Guerres Vénéto-Ottomanes voir Joëlle Dalègre, Venise, en Crète, Inalco Presse 2019 ou résumé https://books.openedition.org/pressesinalco/19389

 


VIE ET MŒURS

LA SOCIÉTÉ

La Population - L'Habillement - La Cuisine


La Population

L’Europe compte au XVIIème siècle environ 140 millions d’habitants ; ce qui représente 1/3 de la population mondiale.(https://www.pimido.com/histoire-et-geographie/histoire-moderne/cours-de-professeur/population-europeenne-xviie-siecle-431374.html). Ce qui représente 1/3 de la population mondiale avec les 80 millions d’habitants de la Russie. Mais ce n’est pas la plus forte concentration démographique dépassée qu’elle est par l’Asie Océanique. L’essor démographique reste faible voire baisse en périodes de peste qui sévit toujours. Les disettes provoquent la perte des défenses immunitaires et comme les famines rendent les populations vulnérables.


 La liste est longue des villes européennes touchées par l’épidémie (cf. https://fr. wikipedia.org/wiki/Liste_des_épidémies de_peste #XVIIe_siècle). En 1634, la peste bubonique réapparait en Europe du Nord et touche tout le continent en 1635 et 1636. En 1630, l’Espagne et Venise sont touchées, Naples en 1656, Londres en 1665. En1648 une épidémie de peste se déclare à Valence et contamine tout le sud de la péninsule ; elle se poursuivra jusqu’en 1652. Séville qui comptait environ 150 000 habitants perd le 1/3 de sa population. La peste sévira encore en Europe du Nord en 1667 et 1668.

Au début du siècle, la France compte 18 millions d’habitants, l’Italie 12, l’Espagne 8 et l’Angleterre 4,5. Les grandes villes sont peu nombreuses mais quelques centres urbains comptent déjà plusieurs milliers d’habitants (Paris, Londres, Venise, Amsterdam…). En ordre d’idée : Paris est la ville la plus peuplée qui compte aux environs de 250 000 habitants ; Londres 200 000, Venise 150 000, Rome 100 000, Tolède 80 000, Florence 75 000, Amsterdam 65 000, Madrid 60 000, Vienne 55 000, Bruxelles et Anvers 50 000.


Italie, France, Provinces Unies, Allemagne rhénane sont les pays a plus forte densité démographique, (entre 30 et 40hab/km²)  et dans une moindre mesure l'Angleterre. Les autres pays n’ont une densité moyenne que 15hab/km². En Flandres, la concentration est huit fois plus importante que la moyenne. La France est moyennement peuplée (30hab/km²), l'Angleterre, l'Espagne et l'Allemagne (au-delà de l’Elbe) sont peu peuplées (15-18hab/km²) et la Pologne, l'Ecosse et le Portugal encore moins peuplées (8hab/km²).


La population se répartit entre la noblesse qui représente 2% de la population, le clergé 3%, le Tiers-État 95% réparti entre bourgeoisie (habitant les agglomérations), les paysans (habitant les campagnes). L’immense majorité des populations européennes vivent à la campagne. En France, presque neuf personnes sur dix habitent dans les campagnes. Les nobles possèdent de grandes terres, les fermiers possèdent des terres mais bien moins grandes que les nobles. Il y a aussi beaucoup des manouvriers (ouvriers agricoles). Les conditions de vie des paysans sont difficiles. Ils vivent dans des chaumières souvent d’une seule pièce et possèdent que l’essentiel à la vie quotidienne. Leur nourriture est à base de pain et de soupes. Aux disettes et famines vient se greffer de lourdes taxes qui grèvent lourdement leurs moyens d’existence


En moyenne, un couple a 4 ou 5 enfants ; 1 enfant sur 2 atteint l'âge de 20 ans. On est vieux à 50 ans

L’outillage qui ne se modernise pas beaucoup maintient la production agricole à un faible niveau. Le développent industriel se fait surtout dans le Nord de l’Europe. Apparaissent les manufactures qui regroupent des  ateliers artisanaux embauchant une dizaine de personnes (voir Économie/Manufactures).


L’ Habillement

« Le 17ème siècle a commencé avec des hommes et des femmes portant la même tenue générale que le siècle précédent. Le style était rigide, plein et ébouriffé. En 1620, la rigidité est tombée et le style est devenu une approche plus douce et plus subtile. Les cols amidonnés étaient pliés, les volants se transformaient en plis et les vêtements perdaient complètement leur rigidité. La taille est devenue plus haute et la culotte plus longue. Les hommes ont même échangé leurs chaussures contre des bottes hautes. Les bretelles des femmes sont devenues des rayures verticales et, plus important encore, pour la première fois depuis l'époque romaine, les femmes ont cessé de se couvrir les poignets ou les avant-bras. » (https://know-net.org/roupas-seculo-xvii-sobre-167978-2347)

Comme au XVIème, la noblesse continue de porter des habits de très grand prix, en soie, en coton, en velours. Mais à la différence du siècle précédent les femmes nobles porteront jusqu’à cinq vêtements (jupe, jupon, corsage, corset..).


Les protestants commencent à s’habiller de manière fort sobre en des teintes sobres dans un rejet de toute ostentation qui se veut la marque d’une classe laborieuse et économe. Leur tenue est proche de celle des actuelles sectes puritaines américaines. Les robes des femmes protestantes couvrent la totalité du corps.

En Europe, après quelques années durant lesquelles le col droit va remplacer un temps le col rabattu à dentelle va redevenir à la mode. Le col à rabat avec de nombreuses variantes qui le distinguent d’avec l’ancien va redevenir l’ornement du vêtement des nobles, des hommes de sciences et des hommes de lettres et des membres du clergé. De collet monté au début du siècle, il s’élargit jusqu’au col à rotonde (haut et large derrière la nuque)au milieu du siècle. La fraise ou collerette est un col formé de godrons (gros plis) telle qu’on peut la voir dans les portraits hollandais de personnages, hommes et femmes, d’un rang ou d’un poste élevé.

 Pour la partie haute du corps le pourpoint avec épaulettes (ailerons à crevés) reste traditionnel. Pour le bas, les chausses dites en bourses ou plus allongées dites à la gigotte et à la vénitienne remplacent les trousses (haut-de-chausses court et relevé).

 Chez la femme, le  vertugadin   se transforme avec un plateau porté sur les hanches sur lequel s’étale la jupe très froncée. Elle conserve les crevés (échancrures) aux manches et aux hanches. La cape est appelée manteau.


« La société parisienne ne prenait pas en compte tous les édits somptuaires [restriction des dépenses]: celui de 1629, celui de 1633 interdisant les dentelles et les broderies, celui de 1644 décidé par Mazarin interdisant l’or et l’argent dans les costumes. A l’opposé donc d’Henri IV qui avait promu la production de la soie et des industries de luxe en France[1]. »

Sous Louis XIV, le costume des hommes de cour prend une tournure d’une telle exubérance (« chapeau plat couvert de plumes d’autruche, grande perruque bouclée, rabat de dentelle, pourpoint court… »), qu’il va être dénoncé par les moralistes qui voit là un « essor de la pensée libertine », de même qu’ils dénoncent le décolleté des femmes. On se souvient de « ce sein que l’on ne saurait voir. » dans le Tartuffe de Molière et d’un Boileau enjoignant ainsi les femmes : « Revenez donc de vôtre aveuglement ô femmes mondaines. Esclaves du siècle, idolâtres de la vanité. Souvenez-vous que Satan est le prince du monde. » (De l’abus des nuditez de gorge)


La Cuisine

Contrairement à ce que nous montrent les peintures d’un Breughel, celles des fêtes villageoises ou d’un Rubens, celles de la noblesse ou de la bourgeoisie aisée, la nourriture de base du peuple en très grand majorité paysanne est constituée « de soupe, plus claire que grasse, plus faite de racines et de pois que de carottes et navets et de pain, plus volontiers fait de seigle, froment ou sarrasin que de blé… Le pain pouvait absorber jusqu'à la moitié des dépenses annuelles d'une famille! Un adulte en avale trois livres et plus par jour de manière à supporter sa journée de travail … La bouillie de maïs le complète avantageusement dès 1620-1650 (la plante d'Amérique touche la France en ces années-là, dans le sud-ouest)… En dessert on peut consommer quelques mauvais fruits (les bons étant vendus), le reste de fromage (même commentaire), voire un rayon de miel. Ce qui est frappant, c'est l'absence quasi chronique de viande, surtout rouge, souvent cantonnée à quelques fêtes importantes» (J.B Murez Historien, Université de Liège).


Les famines restent fréquentes. Les cultures du maïs et du tabac, importés du Nouveau Monde dès le XVIème siècle se développent. Le maïs devient une base de l’alimentation dans les populations modestes (polenta en Italie, broa au Portugal, crêpes en Aquitaine… Le tabac est utilisé pour ses vertus médicinales (migraine).

La gastronomie garde toute sa place dans la haute société et la grande cuisine française commence à être connue à l’étranger sous Louis XIII. Mais, c’est sous le règne de Louis XIV que les grands cuisiniers français sont appelés dans les cours d’Europe. Le Cuisinier François de François Pierre dit La Varenne qui paraît en 1651 connaît un vif succès. Il est traduit en anglais et en allemand. Selon l’étiquette édictée par le Roi Soleil, « le service à la française consiste à disposer un ensemble de plats en même temps sur la table par séquences successives. Il devient la norme dans les grandes maisons et dans les cours européennes. » (Patrick Rambourg - Historien des pratiques culinaires et alimentaires). Les traités culinaires font référence à cette ‘’disposition à la française’’ : « Disposition sur la table des plats par services (généralement entre trois et cinq services par repas). Les plats sont, théoriquement, disposés de façon symétrique sur la table. Cette disposition se fonde sur un jeu de symétrie dans les mets ou dans les accessoires » (Sandrine KRIKORIAN, docteur en histoire de l’art, spécialisée dans - la gastronomie et les arts de la table en Provence et à la cour de France).

De manière générale, si la cuisine moyenâgeuse a été une cuisine acide du verjus et celle de la Renaissance, la cuisine du doux, du sucré, au XVIIème siècle, la cuisine va être orientée vers les plantes aromatiques : thym, laurier, persil, ciboulette, romarin.


« Les cuisiniers [2] édulcorent de moins en moins les viandes et les poissons. Le sucre est désormais réservé aux gâteaux, aux plats de céréales ainsi qu'à ceux à base d'œufs et de laitages. Les sauces maigres sont en voie de disparition, la moutarde en est la dernière survivante. Elles sont supplantées par des sauces grasses et onctueuses, où rivalisent beurre, œufs et crème qui s'adaptent mieux aux parfums plus délicats de l'estragon, du basilic ou de la ciboulette. Une technique nouvelle de liaison apparaît : celle du roux (à base de beurre et de farine). Parallèlement, les sauces émulsionnées du genre beurre blanc et sauce hollandaise entre scène pour accompagner le brochet. L'autre grande innovation est l'apparition des déglaçages de viandes rôties dans des récipients couverts : « le grand bouillon nourricier » (bœuf, veau, mouton et leurs abats, diverses volailles, du lard auxquelles on ajoute généralement un "paquet", c'est-à-dire un bouquet garni). L'ancêtre de nos fonds actuels est le « coulis universel » fait à partir du bouillon qu'on enrichit avec un agent de liaison (farine voire poudre d'amandes), des champignons et du bœuf haché puis passé au tamis. Ce siècle culinaire est aussi marqué par le recours de plus en plus massif aux légumes (y compris aux légumes racine jusque-là méprisés), le goût pour les salades et les fruits dont la cour de Louis XIV fait une consommation immodérée (dessaisonalisation des fruits et légumes) en entrée comme en dessert ».


Anne d’Autriche, fille du roi d’Espagne, mariée à Louis XIII en 1615 (ils ont tous deux 14 ans) introduit le chocolat en France. Mais elle ne l’imposera qu’à la mort du roi en 1643. Son amant, Mazarin, en était friand qui avait son chocolatier personnel.


Notes


 
[1] Citation et pour en savoir plus voir Virginie Lebrun La mode au XVIIème siècle. https://virginielebrun.wordpress.com/2014/01/20/la-mode-au-xviie-siecle/

[2]Citation et pour en savoir plus : https://www.cuisinealafrancaise.com /fr/articles/21-au-xviie-siecle.



LA VIE MONDAINE

France    -                                                      -  Angleterre

                                     Salons-Cafés-Cabarets-Gazettes-L'Académie Française       -      Habeas Corpus -Hortense Mancini 

                                   

France

Si dans la première moitié du siècle, de célèbres salons ont alimenté la vie intellectuelle parisienne de ragots et de rumeurs, cafés et cabarets littéraires n’ont pas manqué de la nourrir d’autant. Assombris par le rayonnement de la cour du Roi Soleil, ils reprendront de leur lustre sous la Régence et Louis XV.

« Versailles [ne sera] plus le centre culturel de la France : les salons parisiens, les cafés et les clubs [prendront] de plus en plus le pas sur le Palais royal. Les grands esprits, à l’instar de Montesquieu, Marivaux, d’Alembert, Diderot ou encore Voltaire, s’y [rencontreront] pour discuter des sujets de société et d’actualité. » (Historiens d’art, https://adopte1collectionneur. wordpress.com/contextehistorique-politique-et-culturel-du-xviiie siecle/)


Les Salons

Voir aussi Littérature/France/La Préciosité et les Auteur(e)s 

Salons et Salonnières

Des hommes et des femmes de lettres, des beaux-esprits, des hommes politiques de la haute noblesse mais aussi, séparément, de la grande bourgeoisie, se retrouvent dans des salons où l’on devise sur la politique, les arts, les lettres, les sciences, la morale et où se forge l’esprit du temps et particulièrement la Préciosité. Les conversations que l’on appelait causeries étaient la marque d’une société policée, raffinée, le fait d’un esprit de bienséance, du bon goût.

Mmes de Sablé, de La Fayette, des Loges, du Plessis-Guénégaud, du Plessis-Bellière la Grande Mademoiselle (fille du Gand Condé), La Suze, Nicolas Fouquet ont tenu salon, chacune, chacun leur donnant un caractère particulier dans le choix le chois des invités et dans le des formes littéraires appréciées et discutées, dans leurs orientations, philosophique et religieuse, mais tous versant dans la préciosité.

La bourgeoisie connut aussi ses salons que la noblesse considérait comme d’une catégorie inférieure car moins raffinés à ses yeux bien que donnant dans le goût du précieux et du galant. C’est de ces précieux dont se moqua Molière.


Madame Barbe Acarie (1566-1618 voir Religion/France:Mystique), issue de la haute bourgeoisie de la finance, bien que plus connue comme mystique que comme salonnière, n’en passe pas moins pour certains historiens comme l’initiatrice de ces Salons. Barbe Arvillot (1566-1618) mena pendant une dizaine d’années, après son mariage avec le Ligueur Pierre Acarie en 1582 et avant sa conversion à la vie spirituelle, une vie mondaine. Son salon, rue des juifs dans le Marais, fut le rendez-vous des universitaires et des hommes de lettres mais aussi des spirituels comme son cousin Pierre Bérulle (voir Religion/Mystique/ France)


Madame des Loges

Marie Brunau, épouse des Loges, née à Troyes en 1585, (ou à Sedan en 1584 (https://data.bnf.fr/16224792/marie_de_ rechigne voisin_loges/) est la fille d’un secrétaire du roi, huguenot, Sébastien Bruneau, qu’elle suivra à La Rochelle pour échapper à la persécution. Elle devra se marier à 14 ans, en 1599 à Charles de Rechignevoisin, sieur des Loges, nommé en 1603 gentilhomme ordinaire de la Chambre du roi Henri IV, et à qui elle donnera 9 enfants 


En 1603, rue de Tournon, elle ouvre le premier salon littéraire auquel le salon de Madame de Rambouillet ne saura quelques années plus tard faire ombre. Il est fréquenté par des hommes de lettres aussi renommés que Malherbe, Voiture, Guez de Balzac, Valentin Conrat et Monsieur dont elle est le confident. « Compromise avec Monsieur dans les intrigues politiques qui agitent le règne de Louis XIII, elle suscite l'opposition de Richelieu qui fait interdire les assemblées qui se tiennent chez elle. Marie des Loges juge plus prudent de s’éloigner de Paris en 1629 ». (Wipipédia). Sans oublier qu’elle était une huguenote convaincue. Entre 1629 et 1636, elle se retira prudemment chez sa fille dans le Limousin, à Rochechouart,  ville protestante. Elle revient à Paris en 1636. Elle meurt en 1641 au Château de Laplaud (Oradour-sur-Glane, Haute-Vienne) situé à 25km de Rochechouart. Ses admirateurs l’avait surnommée « la divine » ou « la dixième muse ».


Le salonard Conrart a écrit d’elle : « Elle a été visitée, honorée, régalée de toutes les personnes les plus considérables sans en excepter les plus grands princes et les plus illustres princesses. Toutes les muses semblaient résider sous sa protection ou lui rendre hommage. Sa maison était une académie d’ordinaire » (https://www.espacefrancais. com/les-salons-litteraires).

Et aussi : « Elle avait un courage plus que féminin, une constance admirable en ses adversités, un esprit tendre en ses affections et sensible aux offenses, mais attrempé d'une douceur et facilité sans exemple à pardonner, et en tous ses maux d'une résignation entière à la volonté de Dieu et d'une ferme confiance en sa grâce ». (José Loncke https://www.croirepublications.com/blog/un-jour-dans-l-histoire/1-juin-1641-madame-des-loges)


Le poète Tallemant de Réaux (†1692) a écrit : « Elle avait une liberté admirable en toutes choses ; rien ne lui coûtait : elle écrivait devant le monde. On allait chez elle à toutes heures ; rien ne l’embarrassait. J’ai déjà dit ailleurs qu’elle faisait quelquefois des impromptus fort jolis. On a dit qu’elle était un peu galante. » (Wikipédia).

Sa petite nièce est Mme d’Aulnoy, initiatrice du Conte Merveilleux à la fin du siècle (1652-1705 voir Littérature / Conte)


La Marquise Rambouillet

Voir aussi Littérature/Le Roman/France

 Fille de l’ambassadeur de France en Italie, le marquis de Pisani et de Giulia Savelli de haute noblesse, Catherine Vivonne nait à Rome en 1588 et fréquente très jeune les hommes de lettres que réunissaient ses parents. A l’âge de 11 ans, on la marie à Charles d’Angennes, futur marquis de Rambouillet, dont elle aura sept enfants. Elle est introduite à la cour d’Henri IV. Après avoir demeuré à L’Hôtel de Rambouillet situé rue Saint-Thomas-du-Louvre (rue perpendiculaire à la rue Saint-Honoré, au sud de celle-ci), approximativement à l'emplacement de l'actuel pavillon Turgot du Louvre (vendu en 1602), le couple s’installe dans l’Hôtel Pisani,   que l’on appellera aussi commodément Hôtel de Rambouillet situé  à peu près à l’emplacement actuel du Pavillon Turgot du Louvre (extrémité de l’aile Richelieu, aile nord)[1]. Elle se chargera de l’entièreté de la décoration et fera rajouter des salons en enfilade selon le style italien. Elle recevait dans le Salon Bleu. Cette disposition inspira Catherine de Médicis pour le Palais du Luxembourg.


Celle qui se fera appelée Arthénice (anagramme de Catherine) aura incontestablement tenu de 1620 (certaines sources avance 1608) à sa mort en 1648, le plus couru et dans le temps le plus célèbre des salons littéraires du XVIIème siècle. Deux de ses cinq filles maintiendront la tradition jusqu’en 1665, mais entre- temps le salon de Madame de Scudéry lui aura volé la vedette.


La Guirlande de Julie

La Guirlande de Julie est un recueil de poèmes écrits par les poètes et gens de lettres fréquentant le salon de la Marquise en hommage à Julie d’Angennes, fille de leur hôtesse et de Charles d’Angennes, Marquis de Rambouillet..


Mademoiselle de Scudéry

Madeleine de Scudéry (1606-1701), née au Havre et morte à paris était  d’origine napolitaine (les Scuderi). Très jeune orpheline de père et de mère, elle est recueillie par un oncle ecclésiastique qui, non seulement l’encourage dans son désir toujours grand d’apprendre mais lui procure un enseignement très avancé pour les femmes de son temps tout en lui faisant apprendre la danse et la musique.

Vers l’âge de 24 ans, si « sa laideur lui ôte l'espoir de s'y marier », son esprit et l'agrément de sa conversation lui ouvrent l'hôtel de Rambouillet (Encyclopedia Universalis). Elle est aussi aidée en cela par les relations de son oncle. Mais elle ne s’installera à Paris que dix ans plus tard en 1640. Deux ans après le décès de la Marquise de Rambouillet, en 1650 (52 ?), elle ouvre son propre salon, salon que fréquenterons Madame de Lafayette († 1693) et Madame de Sévigné (†1696), femmes de lettres comme elle, et aussi le moraliste le Duc de La Rochefoucauld (†1680), ainsi que des des hommes politiques

Comme l’a été celui de sa prédécesseure son salon devient l’épicentre de la Préciosité. Se faisant appelée Sappho, non sans raison.


Au cours des «Samedis de Madame de Scudery, un jeu sera inventé basé sur le parcours des trois fleuves ; Inclination, Reconnaissance et Estime traversant des villages comme Grand Esprit, Jolis Vers, Sincérité. Madame de Scudéry intègrera ce jeu appelé Carte du Tendre dans son roman Clélie, Histoire romaine [1654] ».

La réputation de Madame de Scudéry souffrira de passer pour une de ses femmes savantes que caricatura, bien qu’il s’en défendît, Molière, car son salon était fréquenté non seulement par des  gens de lettres mais aussi par des savants.

Avant de mourir, elle confie son salon à celle dont elle fut le mentor, Marie-Jeanne l’Héritier de Villandon (1664-1734), née et morte à Paris et restée comme elle célibataire (voir Littérature/France/Conte)


Valentin Conrart

Valentin Conrart (1603-1675), issu d’une famille de notables originaires de Valenciennes dont le grand-père fut échevin (magistrat de la ville) est né à Paris où son père riche marchand s’était installé.

Après des études consacrées essentiellement aux langues et particulièrement à la langue française, il fréquente l’Hôtel de Rambouillet et se lie avec le poète Jean Chapelain et le prosateur réputé Guez de Balzac.

A partir de 1626 (27 ? 29 ?), il réunit chez lui des hommes de lettres portant le même intérêt que lui pour la langue française. Ils formeront le premier noyau de l’Académie Française dont il sera le premier secrétaire perpétuel. Ce sont Antoine Godeau, Jean Ogier de Gombauld, Philippe Habert, Claude Malleville, François Le Métel de Boisrobert, Jean Desmarets de Saint-Sorlin, Nicolas Faret, Paul Pellisson. Le chancelier Pierre Séguier (1588-1672) sera le premier titulaire du premier fauteuil.

« Éminence grise et pivot de toute entreprise littéraire et participant à tous les cercles de la préciosité, distribuant les privilèges d’imprimerie comme secrétaire du roi» (https://www.bnf.fr/fr/les-recueils-conrart), s’il n’a pas écrit d’œuvre, Conrart a néanmoins laissé une cinquantaine de portfolio dans lesquels il a recueilli une masse de documents dont des lettres autographes qui constituent une source très précieuse sur la vie intellectuelle et politique de son temps.


Gilonne d'Harcourt

Gilonne d’Harcourt (1619-1699), qui fut Marquise de Piennes puis Comtesse de Fiesque, est la fille de Jacques d'Harcourt, Marquis de Beuvron, gouverneur de la ville de Falaise dans le Calvados et de Léonore Chabot, Comtesse de Cosnac. Son père meurt alors qu’elle n’a que 3 ans mois. Elle hérite de sa fortune.

Elle entre au service de la Reine Anne d’Autriche (†1666), épouse de Louis XIII, en tant que Dame d’Atours[2]. Sa vie n’est pas alors très gaie à vivre dans l’entourage d’une reine qui, selon le chansonnier Maurepas, délaissée par son royal mari et détestée de son premier conseiller, le Cardinal de Richelieu, se réfugie dans la vie dévote, allant d'églises en couvents. (selon Charles-Louis Livet Portraits du Grand Siècle, Librairie Académique Didier, 1885)[3].


Mais sa vie devient beaucoup plus frivole quand elle est en son hôtel de la Place du Palais Royal (Place des Vosges) où elle reçoit toute la brillante jeunesse d’Athènes (Paris). Dans son salon couvert de moquette qui la fera titrer Reine de la Moquette, passent tout au long de la journée selon l’ordre de chevalerie amoureuse qu’elle a créé, le Grand Condé, le poète Jean Regnault, proche secrétaire de Madame de Lafayette dont il fera paraitre ses premiers livres sous son nom, secrétaire ensuite de la Grande Mademoiselle, membre de l’Académie, ainsi que le ministre d’état et ami de Fouquet, Hugues de Lionne, le Comte de Gravelines (et non de Gramont) et Philibert de Gramont qui laissa d’intéressantes Mémoires sur la cour de Charles II d’Angleterre et avec qui, amoureuse passionnée, Gilonne eut une relation fougueuse tout comme elle l’eut avec un de Guiche (fort probablement Antoine II de Gramont 1572-1644, comte de Gramont, de Guiche et de Toulongeon[4]). Elle sera Cléocrite dans le roman Artamène ou le Grand Cyrus (1653) de Madeleine de Scudéry (1607-1701) et Gélonide dans le roman de Regnault Les Nouvelles françaises ou les divertissements de la princesse Aurélie (1656).

En 1644, elle épouse Charles de Fiesque (†1658) de la vielle noblesse génoise, qui, en 1643, fit partie de la Cabale des Importants, un complot contre Mazarin. Avec lui, elle participera activement à la première Fronde. En 1653, à la mort de sa belle-mère, elle lui succède comme Dame d'Atours de la Grande Mademoiselle (†1693) qui, fille du Grand Monsieur, Gaston d’Orléans, se mit particulièrement en évidence durant la Fronde des Princes (1648-53).

Elle suit La Grande Mademoiselle dans son exil (1652-57) au Château de Saint Fargeau en Bourgogne.

La Duchesse de Montpensier tracera d’elle un double portrait :

« Elle a beaucoup d’esprit, elle l’a plaisant & agréable au dernier point, fournissant toujours à la conversation, & ne tarissant point de raillerie sur quelque sujet que ce puisse estre, s’en faisant mesme lors qu’il ne s’en présente point devant elle. La plus part du temps ce n’est que sur des bagatelles, & cela n’est soutenu d’aucune solidité : ce qui doit faire admirer la beauté de son naturel. Elle n’a nulle science qu’a bastons rompus, cependant elle parle de toutes choses, & le cite aussi effrontément que si elle en avoit une grande connoissance ».

Mais avant son départ de Saint Fargeau, Gilonne tombe en disgrâce et la duchesse d’écrire à son retour à Paris, le portrait d’une Amarante

« « mal-propre au dernier point » , « du linge sale » avec des « habits dessassortis », d’une fausse et hypocrite dévotion (« Il luy prend des saillies de devotion »), « coquette », désagréable (« Elle aime le monde, & le monde ne l’aime pas »), paresseuse (« elle n’aime aucun exercice ») et sans considération pour les autres (« nuls égards, nuls soins dans sa famille ») » (Lieselotte Steinbrügge Du genre d’un genre nouveau : les portraits littéraires d’Anne-Marie-Louise d’Orléans[5] ).


Elle est veuve en 1658. Elle réanime son salon tout en pratiquant la chasse à Chantilly sur les terres du fils du Grand Condé. Mais son train de vie la dépasse et elle doit vendre de ses biens. Dans son Histoire amoureuse des Gaules (1665), Roger de Bussy-Rabutin n’en admire pas moins toujours la beauté et l’éternelle jeunesse de cette femme de 56 ans, une beauté qui lui offre encore des amants comme Louis Victor de Rochechouart de Mortemart, duc de Vivonne, frère aîné de Madame de Montespan (1640-1607) et amiral de France.

La Grande Mademoiselle (son père est Le Grand Monsieur) « avec qui elle passa toute sa vie, souvent en vraies querelles pour des riens, et sans pouvoir se passer l'une de l'autre » (Saint Simon) lui accordera à nouveau ses faveurs et sa place à Versailles ne sera pas des moindres


« Il y a de grandes fêtes à Versailles pendant le carnaval de 1667 et Gilonne y paraît masquée trois jours durant. Plus tard, rapportant dans ses moindres détails jusqu'aux plans de tables la fastueuse fête versaillaise du 18 juillet 1668 (restée dans l'histoire sous le nom de grand divertissement royal), Jean de Montigny restitue que Gilonne y est honorée d'être placée à la table du roi » (Abbé de MONTIGNY, La fête de Versailles du 18 juillet 1668, ms 5418, Recueil Conrart in folio, t. IX, p. 1109-1119; in Recueil de diverses pièces faites par plusieurs personnages, La Haye, J. et D. Stencker, 1669/

En1684, le roi lui accorde une pension de 15.000 livres. En 1693, à la mort de la Grande Mademoiselle, Gilonne, sera dans le carrosse funèbre aux côtés de Françoise-Marie de Bourbon (†1749), fille légitimée du roi et de Madame de Montespan, qui se mariera avec le neveu de La Grande Mademoiselle, le futur régent Philippe d’Orléans, ainsi qu’aux côtés de  sa dame d'honneur Madeleine de Montmorency-Laval Rochefort, épouse du maréchal de Rochefort, militaire et gouverneur, grand serviteur du royaume, et de Louise de Prie de La Mothe-Houdancourt, gouvernante des enfants royaux.

 Gilonne d’Harcourt Marquise de Piennes, Comtesse de Fiesque, meurt le 16 octobre 1699 à l’âge de 80 ans. Elle n’eut pas que bonne réputation. On dit qu’un jour elle tira l’échelle sur laquelle se tenait un couvreur réparant la toiture de son château de Fresney-le-Puceux dans le Calvados, qui en mourut. Il en resta que dans la région d’un enfant pas sage on disait « mauvais comme la Gilonne ».


Madame de La Sablière

Marguerite Hessein, Dame de La Sablière (Mme de Rambouillet), 1636/40-1693), née à Paris, est  la fille d’un riche banquier. Elle fait ses humanités (grec et latin), reçoit une éducation savante et apprend les mathématiques, la musique, la physique et l’astronomie. Elle épouse à l’âge de 18 ans, en 1654, Antoine de Rambouillet de La Sablière, Conseiller du Roi aux Finances. régisseur des domaines du roi, «poète agréable, auteur de madrigaux fins et délicats » (https://www.atramenta.net/lire/oeuvre4381-chapitre-81.html).

Le couple aura trois enfants, Anne, Nicolas et Marguerite. Leur infidélité fut réciproque. Mais celles du mari ruineront la famille. Privée de ses enfants, elle vit un temps recluse jusqu’à ce qu’en 1680, elle puisse récupérer sa dot.
 
  Esprit libre et enjouée, elle tient salon à la Folie-Rambouillet
[6], rue Neuve-des-Petits-Champs (12ème arr.) dans lequel elle reçoit, avec son mari, des écrivains de renom comme Perrault, Racine, Boileau, des philosophes comme Gassendi et Fontenelle (déjà là le centenaire!), des scientifiques comme Roberval, Rouhault, des femmes de lettres comme Madame de Sévigné, Madame de La Fayette, et parmi ce beau monde, tout à la fois philosophe, médecin, grand voyageur, élève et ami proche de Gassendi, le bon vivant et enjoué François Bernier[7].


En 1672, à la mort de sa protectrice, La Duchesse d’Orléans, La Fontaine trouve en elle une complicité d’âme et lui apporte « équilibre, compréhension et douceur ». Il demeurera chez elle jusqu’à sa mort vingt ans plus tard. Il lui a dédié son discours d’entrée à l’Académie Française, Discours à Madame de La Sablière, et la première fable du Xème Livre.

Toujours peu encline à la fidélité, elle vit une passion de trois ans, de 1676 à 1679, avec le poète La Fare. Peu avant la Révocation de l’Édit de Nantes (1685), elle a la bonne idée de se convertir au catholicisme et Louis XIV qui lui en sera gré lui versera une pension de 2000 Livres Tournois[8]. Elle meurt d’un cancer du sein à l’âge de 57 ans.


« Dans une de ses lettres Madame de Sévigné mentionne que Madame de La Sablière est la première à mettre du lait dans son thé. Cette pratique est due au fait que Madame de la Sablière, prenant grand soin de ses tasses en porcelaine, y versait à l'intérieur un peu de lait avant d'y mettre le thé de façon à refroidir la tasse pour qu'elle ne se fissure pas » (Wikipédia/Mme de La Sablière). «Il est vrai que Mme de La Sablière prenait du thé avec son lait.» (Lettres de Madame de Sévigné - Tome IV - Lettre 711. A noter la juste inversion)


Les Ruelles

Les réunions littéraires et savantes pour plus d’intimité pouvaient aussi se tenir en comité restreint dans un espace aussi réduit que celui de la ruelle, cet espace étroit entre le mur et le lit.

« Le xvie siècle a connu des salons curieux de littérature, comme celui des dames des Roches. Mais avant le xviiie siècle, le salon comme pièce de réception n'existe que dans les palais. Au xviie, c'est dans la « ruelle » (en fait, dans la chambre à coucher) que reçoit la maîtresse de maison allongée sur son lit, ou sur un lit de repos si elle dispose, comme Mme de Rambouillet, d'une chambre d'apparat…

Certaines ruelles sont de vrais foyers de liberté de mœurs et de pensée, telles, à Paris, celle de Ninon de Lenclos, et, à Londres, celle d'Hortense Mancini, amie de Saint-Évremond[9]. En dépit du cérémonial frivole et des vers doucereux, les ruelles du xviie siècle ont signifié et favorisé l'émancipation de la femme ; elles ont aussi contribué à polir les mœurs, à affiner la langue, à enrichir la production littéraire, et ont préparé un cadre pour l'esprit de discussion critique des grands salons du xviiie siècle ».(Encyclopédie Universalis /Ruelle/Histoire Littéraire)


Les Courtisanes

La courtisane trouve son origine à Rome, chez ces dévotes qui fréquentaient assidument de jour comme de nuit les prélats. Elles seront des cocottes, des catins, des « horizontales à qui l’on réserve une appellation courtoise eu égard à leur clientèle. Prostituées, elles n’en font pas moins parfois la mode, et leur savoir-faire en matière d’éducation non seulement sexuelle mais aussi de bonnes manières est toujours à la hauteur de leur réputation. Pour graviter dans la noblesse voire la haute noblesse, elles ont su acquérir un certain niveau de connaissances et être dotées de certains talents dans la musique, la danse, le théâtre. Les plus recherchées sont celles qu’ en outre ont l’esprit vif, le sens de la répartie. Certaines n’ont pas été sans influence sur la politique.

L’histoire retient plus souvent les courtisanes du XIXème siècle, mais le XVIIème siècle en a connu de non moins célèbres.


Ninon de Lenclos

Anne Lenclos (ou Lanclos, dite Ninon de, 1616/20-1705) née à Paris, est la fille d’un gentilhomme tourangeau, lui-même libertin, mélomane, qui l’élève dans un esprit épicurien et donne à son éducation des connaissances variées.

« Son caractère enjoué, sa beauté piquante et les circonstances firent le reste : après une première intrigue amoureuse à dix-sept ans, dans la maison paternelle, elle s'enfuit pour s'abandonner jusqu'à sa vieillesse au goût des liaisons rapides et de la galanterie spirituelle». (http://cosmovisions.com/ Lenclos.htm)

On lui a prêté quelque cinq milles amants. Gaspard de Coligny, à Louis de Mornay, au Marquis de Villarceaux avec qui elle eut un fils et Mois de La Boissière furent de ses amants. ,Elle passa ensuite dans les bras du Marquis d'Estrée, dans ceux de l'abbé d'Effiat et…. elle fut adulée par le Grand Condé, séducteur s’il en est, par La Rochefoucauld, par Longueville et Saint-Evremond… et sans oublier Françoise d'Aubigné épouse Scarron[10], future Madame de Maintenon, dont elle relate elle-même sa liaison dans une de ses lettres au Marquis de Sévigné. Les deux amantes se retrouvaient au château de Louis de Mornay, Marquis de Villarceaux qui selon Saint Simon faisait « beaucoup de fracas avec les femmes… ». Tout en étant l’amant de Ninon, ce libertin qui « chassait un gibier qui n’avait ni poil ni plume » (Tallemant de Réaux) était follement épris de Mme Scarron et avec les deux belles dames passa en son château plus d’une nuit dans le même lit.


 A près de 80 ans, elle entretenait toujours des relations mais passagères avec l’abbé de Châteauneuf ou encore le chanoine Nicolas Gédoyn, selon ce qu’écrivit l'abbé Pierre Barral, dans son Dictionnaire des hommes illustres (1758)

Courtisane aussi libre de mœurs que d’esprit, elle reçoit dans son salon, dans ces « bureaux de l’esprit [11]», l’intelligentsia du Tout-Paris, écrivains, artistes, poètes, musiciens et scientifiques qui ont un nom.

« Voltaire, fils de son notaire, lui fut présenté à l'âge de onze ans (et non de treize, comme il le croit lui-même) [elle en avait 85]. La vieille femme qui, en dépit de la légende attachée à son nom, était alors « sèche comme une momie » et affligée de toutes les infirmités de l'âge, légua à 2000 F pour s'acheter des livres à l'enfant dont le précoce génie l'avait séduite, et qui a souvent parlé d'elle, mais avec plus d'affection que d'exactitude ».   (http://cosmovisions.com/ Lenclos.htm)

« Quand un courtisan avait un fils à dégourdir, il l'envoyait à son école. L'éducation qu'elle donnait était si excellente qu'on faisait bien la différence des jeunes gens qu'elle avait dressés. Elle leur apprenait la manière jolie de faire l'amour ».
 (Comte Gaspard de Chavagnac Mémoires)

On connaît ses bons mots, comme celui-ci : 
« En bon arithmétique, un plus un égale deux, un moins un égale rien ».
De l’amour : « comme un sentiment aveugle et machinal, qui ne suppose aucun mérite dans l'objet qui le fait naître ». 

Sa volumineuse correspondance qui ne serait pas entièrement authentique la place parmi les femmes de lettres de son temps. Molière, qui lui fut proche, lui demanda de réviser son Tartuffe.


Marion Delorme

Marie de Lon, demoiselle de Lorme, (dite Marion de Lorme ou Marion Delorme 1613-1650), faisait partie de par son père le Baron de Baye, président et trésorier général des finances en Champagne, de la noblesse de robe (haute fonction)

Selon Dezobry et Bachelet (Dictionnaire de biographie, t.1, Ch. Delagrave, 1876), elle serait née en 1612 ou 13 à Chalons sur Marne ou à Paris et aurait été la fille d’un marchand mercier.

Elle reçoit une éducation digne de son rang. Elle apprend la musique et la danse. Son maitre d’écriture, le poète libertin, bon vivant ripailleur, Jacques Vallée, seigneur des Barreaux (1599-1673), qui fréquente les Guez de Balzac, Chapelle, Descartes et Théophile de Viau, sera son maitre d’écriture et son premier amant (Dezobry et Bachelet). Le deuxième avec qui elle eut trois enfants fut Cinq-Mars, favori de Louis XIII, grand écuyer de France, qui, impliqué dans un complot visant à l’assassinat de Richelieu pour le compte de l’Espagne, sera décapité Place des Terreaux à Lyon en 1642. On a dit que la jalousie de Richelieu ne fut pas étrangère à cette sanction. On a aussi parlé de la jalousie de Louis XIII. Elle se faisait appelait ‘La Grande’ parce que Cinq-Mars était surnommé ‘Le Grand’. Parmi les nombreux suivants, le Duc de Buckingham qui fut aussi celui d’Anne d’Autriche, épouse royale, et Richelieu et bien d’autres.


Elle partage avec son ami Ninon de Lenclos, les amitiés galantes et comme elle fait et défait la mode. Selon Pierre Leguay (Marion Delorme dans Roman d'Amat [historien Français XIXème s.], Dictionnaire de biographie française, t. X), elle était plus jolie que son ami mais dotée de moins d’esprit.

Active pendant la Fronde des Princes aux côtés de Condé et Conti, sa mort prématurée à 36 ans lui évitera suite à une lettre de cachet de Mazarin, l’emprisonnement. Selon le poète Tallemant des Réaux (1616-1692), elle serait morte d’une trop forte absorption d’antimoine. L’antimoine, qui est entre autres vomitif, est particulièrement toxique en cas d’absorption pour les fœtus. S’agissait-il dans son cas d’une tentative d’avortement…?

Le personnage de Marion Delorme apparaît dans la pièce éponyme de V. Hugo écrite en 1831, dans Confessions de Marion Delorme d’Eugène Méricourt et dans Gaspard de La Nuit (1842)du poète Aloysius Bertand

Dans ses Mémoires, le cardinal de Retz écrivit qu'elle « était un peu moins qu'une prostituée » et qu'elle « sacrifia le cardinal de Richelieu à des Barreaux » (conseiller au Parlement, poète et libertin). Ce qui semble indiquer que des Barreaux n’aurait pas été pas son premier amant…?

La Légende lui accorda une seconde vie : sa mort aurait été simulée pour lui éviter la prison. Elle se serait enfuie en Angleterre où elle aurait épouser un riche Lord, serait revenue en France où elle se serait marié à un chef de voleurs, veuve, elle aurait épousée un procureur général en Franche-Comté…. Pour mourir dans le quartier du Maris et dans la misère ses domestiques lui ayant tout volé.


L’Honnête Homme

La notion de ‘L’ Honnête Homme’ n’apparaît qu’au milieu du siècle au moment où la cour de Versailles va voir émerger les grands auteurs classiques. Le déploiement artistique et culturel de Versailles va faire s’éclipser le rôle des Salons et le courant de la préciosité.

« Cultivé sans être pédant, distingué sans être précieux, réfléchi, mesuré, direct, galant sans fadeur, brave sans forfanterie, l’honnête homme se caractérise par une élégance à la fois extérieure et morale qui ne se conçoit qui ne ce conçoit que dans une société très civilisée et très disciplinée. » (Lagarde et Michard XVIIème siècle Édit Bordas)


Les Cafés

Origines du Café

« C'est à Londres que le premier café a été fondé en 1650. Depuis, ces établissements se sont multipliés au point de devenir de véritables institutions. L’on en trouve un ou deux dans chaque quartier ou presque. Certains cafés londoniens s’efforcent d’attirer les clients par la beauté de leurs serveuses, sinon leurs complaisances. Le Saint-James, situé près du palais royal, jouit de sa réputation…On fréquente le Lloyd’s pour se tenir informé des nouvelles maritimes ; au Jonathan’s se réunissent banquiers et négociants ; Garraway’s s’enorgueillit de servir le meilleurs vins de Londres. Child’s est le rendez-vous préféré des savants et des philosophes, de même que Will’s attire les poètes et les littérateurs, surtout les satiriques. Paris suivra ce modèle en se spécialisant dans sa clientèle ». (http://www.ecrivaines17et18.com/pages/18e-siecle/a-table/les-premiers-cafes.html)


Le café dont les graines torréfiées donne la boisson du même nom, a été introduit à la cour de France, par Soliman AGA, ambassadeur du sultan Mohamed IV, sultan de 1642 à 1693.

« Le premier endroit à Paris où l’on put déguster du café, était, en 1643, dans un petit passage couvert et qui conduisait de la rue Saint-Jacques au Petit-Pont. Un Levantin cherchait à vendre sous le nom de cahove ou cahouet, une décoction de café, mais la tentative n’eut aucun succès. Dans le même temps, des arméniens apportèrent du midi des balles de café sans plus de résultat » (https://www.terresdecrivains.com/Le-Cafe-Laurent).

C’est sur l’ancien Quai de l’École qui était situé entre la Place du Louvre et le Pont Neuf qu’un arménien du nom de Pascal, ouvre en 1672 le premier établissement à servir publiquement du café. Il devra rapidement le fermer faute de clients suffisants. Deux ans plus tard, un dénommé Maliban, originaire d’Orient, ouvre rue de Bussy, rue où se trouvait les bâtiments de la Foire Saint-Germain[12], un café. Il a la bonne idée d’y vendre aussi pipes et tabacs. L’Arménien qui lui succède, Grégoire, déplace sa boutique rue Mazarine. Les comédiens de la Comédie Française non loin sont de bons clients (https://www.espacefrancais.com/les-cafes-litteraires/)

Lorsque ces mêmes comédiens, chassés par la Sorbonne en 1680 (1689 ?), s’installent rue des Fossés-Saint-Germain-des-Prés (actuelle rue de l’ Ancienne Comédie), Grégoire les suit et ouvre un nouveau café.

Les cafés les plus connus, outre le Procope, seront au XVIIIème siècle, le Café Gradot, le Café Laurent et le Café de la Régence au Palais Royal où Diderot fait dialoguer les deux personnages du Neveu de Rameau, Diderot et Jean-François Rameau, neveu du musicien. Ces cafés auront aussi pour ‘clients’ les policiers de notre actuel Service des Renseignements Généraux.


Le Procope

Un Sicilien du nom de   Francesco Procopio dei Coltelli, ou Procopio Cutò, créateur de la crème glacée et qui a été un employé de Grégoire dans le café que celui-ci avait ouvert rue de Tournon au bas du Palais du Luxembourg, se met à son compte en 1686 et ouvre pour rivaliser avec son ancien patron, un café en face de la comédie ; café où il sert café mais aussi chocolat, glaces, fruit confits, limonades et autres boissons. Le succès est tel qu’en 1717 Paris ne compte pas moins de 375 « maison de café »[13].

« En 1759, le Dictionnaire universel du commerce déclare que « quasiment tous les cafés parisiens sont somptueusement décorés. » Les femmes n’hésitent pas à s’y rendre seules car ils ont une aura de respectabilité et de bonne tenue. Au fil du temps, les cafés envahissent la ville : en 1728 il y en a 380, en 1788 on en compte 1800, et 4000 en 1807 ». (http://www.ecrivaines17et18.com/pages/18e-siecle/a-table/les-premiers-cafes.html)

Dans ce café, le Procope, on y rencontre Jean de La Fontaine, Crébillon père et fils ; au XVIIIème siècle, il sera le « quartier générale des encyclopédistes » ; Montesquieu en parle dans ses Lettres Persanes. Il sera aussi fréquenté par les révolutionnaires du Club (Couvent) des Cordeliers situé de l’autre côté de l’actuelle Place de l’Odéon. Au XIXème siècle, Verlaine y sera un client plus qu’assidu.


Le Café de la Veuve Laurent

« Fondé en 1690 [à l’angle de la rue Dauphine et de la Rue Christine] par le sieur François Laurent, ce fut le lieu de disputes de gens de lettres. Mort en 1694, sa veuve lui succéda et fit prospérer l’établissement qui reçut entre autres (cité par Voltaire) : Fontenelle [ainsi que les dramaturges Crébillon, père (1674-1762) et fils (1707-1777), et Jean-Baptiste Rousseau (1669-1741)].   C’est là que Rousseau composa son premier ouvrage publié en 1694, intitulé : Le Caffé ». (https://www.terresdecrivains.com/Le-Cafe-Laurent)  

Montesquieu a écrit : « "Le café Laurent où l'on apprête le café de telle manière qu'il donne de l'esprit à ceux qui en prennent" »


Le Café Gradot

Le Café Gradot, situé Quai de l’École (ancienne école St Germain), n’était pas le plus renommé des cafés littéraires. Il était plutôt fréquenté par des savants comme Maupertuis (1698-1759), astronome, physicien et naturaliste.


Les Cabarets

« Sous l’Ancien Régime le tavernier ne vend que du vin alors que le cabaretier sert vin et repas complets ». (Wikipédia/ Taverne).

Au cabaret, terme plus récent que celui de taverne, le repas et la prise de boissons sont souvent accompagnés d’un spectacle fait de chansons ou de saynètes. Poètes et gens de lettres vont s’y retrouver et former des cabarets littéraires dont la tradition remonte bien avant les salons.

Au cabaret, plus qu’au café et bien évidemment plus que dans les salons policés, le ton y est allègre, l’atmosphère enjouée.

Cabaret de la Pomme de Pin

Fréquenté par le poète François Villon (1431-après 1463 voir Moyen-Âge Poésie Lyrique/France), par le dramaturge Pierre Gringoire (1475-1539 voir Renaissance/ Littérature/Théâtre/France), par le poète satiriste Mathurin Régnier (1573-1613 Littérature/La Satire) et par le non moins poète ripailleur, mais encore un des premiers académiciens, Saint Amant (1594-1661 voir Littérature/Poésie), le Cabaret de la Pomme de Pin, situé dans l’île de la Cité, près du Pont Notre-Dame, est le plus ancien des cabarets littéraires et doit sa réputation à ces poètes goinfrars qui ‘alimentaient’ sa clientèle. Citons : Pierre Bardin, Pierre Broissat, Vion Dalibray, Gilot ou encore René de Maricourt (https://www.espacefrancais.com/les-cabarets-litteraires/)


Les Gazettes

Voir Littérature/ Épîtres Mémoires et Autres Genres/ La Gazette

Les premières manifestations journalistiques sont au XVIème siècle des feuillets volants, manuscrits appelés ‘Nouvelles à la Main’, qui circulaient souvent sous le manteau traitant, sans être des pamphlets, de sujets d’actualité de manière plutôt contestataire ou rapportant ragots et manigances des cours. A ces nouvelles écrites faisaient concurrence les « nouvellistes de bouches » qui dans les lieux publics les plus fréquentés diffusaient à voix haute tout ce qu’il avait pu glaner d’histoires secrètes du ‘beau monde’ ou manigances politiques. A proprement dit, les gazettes er gazetiers professionnels apparaissent dès le début du XVIIème siècle. Le terme de gazette vient de la monnaie vénitienne de petite valeur qui représentait une pie (gaza) et avec laquelle les vénitiens achetaient leur… gazette.

« Les "gazettes", apparues en Europe dès 1605, se développent d'abord en Allemagne, puis dans les Provinces-Unies (c'est-à-dire les Pays-Bas), en Angleterre, avant d'atteindre la France ». (https://www.franceculture.fr/histoire/du-gazetier-au-fact-checker-la-fabrique-du-mot-journaliste)

La formule de la gazette qui se répandit en Europe au cours du XVIIème siècle connut ses grands moments au XVIIIème siècle. (Voir Littérature/Genre / Diffusion et idées /XVIIème et XVIIIème siècles).

En 1631, Théophraste Renaudot lance La Gazette, et soutenu par Richelieu qui, voyant là un moyen de communication favorable à sa politique lui accorde en 1635 le monopole avec droit de succession. Henry Muddiman (1629-1692) publie   sous la Restauration en 1665 la première gazette publiée en Angleterre, The London Gazette. Parue sans interruption depuis, elle est devenue le Journal Officiel du Royaume-Uni.


L’Académie Française 

L’Académie Française fondée en 1635 par Richelieu est fille d’un de ces salons, celui de Valentin Conrart, un habitué de l’Hôtel de Rambouillet. Chez lui, depuis 1626, se réunissaient une fois par semaine une dizaine d’ hommes de lettres qui n’ont pas laissé leur nom dans l’histoire des lettres. Particulièrement intéressés et versés dans les questions de grammaire, de vocabulaire, portés à tout ce qui touche à la langue en son expression écrite et orale. En 1634, Richelieu demande à Conrart, devenu son protégé, de rédiger les statuts de la future académie dont il sera le premier secrétaire perpétuel. Son intention n’était pas que de promouvoir la création littéraire. Sous prétexte de défendre et d’illustrer par une institution la langue française, lui donnant mission d’énoncer toute la précision nécessaire de son vocabulaire et toute la pureté de sa syntaxe, il trouvait en cette institution l’arme nécessaire pour dénoncer tout écrit et tout auteur, mêmes ceux parmi des plus en vue, qui ne satisfaisait pas à ses désirs, qui ne lui convenait pas, à l’exemple de Corneille et du Cid dont il chargea l’académie d’écrire un mémoire très critique. Fort heureusement, l’académie bénéficia régulièrement du soutien de Louis XIV.

Jean Desmarets de Saint-Sorlin ( ), né et mort à Paris, poète et dramaturge, Conseiller de Louis XIII, protégé de Richelieu, en sera le premier chancelier. Habitué de l’Hôtel Rambouillet, on a retenu de lui son poème Violette intégré dans la Guirlande de Julie, recueil de portraits-poèmes composés par les admirateurs de fille de la Marquise de Rambouillet, Julie d’Angennes.

Un autre auteur joua également un rôle important dans la pensée de Richelieu de fonder une académie, François de Malherbe (1555-1628). Premier représentant de la poésie classique sans pour autant avoir écrit d’art poétique, il forma un véritable courant qui entraina en son sillage de nombreux disciples (Vaugelas, Chapelain, Guez de Balzac...) qui louèrent en ses poèmes ‘l’harmonie classique’. Sa vie durant, il s’efforça jusqu’à son dernier souffle de « maintenir la pureté de la langue française » comme le rapporte Tallemant des Réaux dans ses Histoirettes.

 

Angleterre

Hortense Mancini

Hortense Mancini (1646-1699), née à Rome et morte à Londres (quartier de Chelsea), est la nièce du Cardinal Mazarin (1661), est marié à 15 ans au duc  Armand-Charles de La Porte de La Meilleraye, époux bigot, avare et possessif auquel le Cardinal imposa de porter le nom et les armes de Mazarin. L’ayant fui à Rome puis à Chambéry à la cour du Duché de Savoie où elle écrit de brèves Mémoires, et ayant obtenue la protection de Louis XIV au grand dam de son mari, elle se réfugie à Londres en 1675 où elle mourra.

Cette période anglaise qui occupe la dernière partie de sa vie, sera celle pourra le mieux manifestée son esprit éveillée, son indépendance, son charme, son goût pour les art et les lettres. Favorite du roi Charles II, elle mettra un terme à leur liaison en faveur de Anne Palmer Fitzroy (1661-1721), la fille de la maitresse du roi et du roi lui-même qu’il reconnut (fitzroy signifiant enfant du roi). Sa relation avec Hortense débute après son mariage à 13 ans en 1674 avec un gentilhomme de la chambre du roi qui pour  rompre cette relation la fait enfermée dans un couvent à paris. Elle a alors 17 ans.

Hortense organise autour d’elle un cercle que fréquente le Tout Londres. Ses prétendant s’empressent autour d’elle dont le prince Philippe de Savoie-Carignan qui jaloux de son amant du moment, le jeune de baron suédois Banier, provoque celui-ci en duel et le transperce mortellement. Son ami St Évremond[14] la suivit à Londres.


Hortense Mancini se ruinera au jeu de la bassette, un jeu de carte inventé par l’italien Bassetti et qui, arrivé en France en 1674, s’apparente peu ou prou au jeu ‘la banque’ (banquier et joueurs). Elle meurt à l’âge de 53 d’un froid pris dans l’hiver 1699. Elle fut la plus belle des nièces de Mazarin, sa préférée et son héritière. Considérée comme une des plus belles femmes de la noblesse européennes, sa vie jalonnée de nombreuse la fit jugée libertine.


Dans ses Mémoires, elle écrit « Cependant il est vrai que mon plus grand plaisir en ce temps-là était de m’enfermer seule pour écrire tout ce qui me venait dans la pensée. ».

Sa sœur Marie Mancini (1639-1715), épouse du connétable Lorenzo Colonna, fut tout aussi libre et brillante qu’elle. Elle fut le premier amour du Ri Soleil. Éloignée de la cour par Mazari et la reine-mère, elle épousera en 1661 (année de la mort de Mazarin) à Rome le duc Lorenzo Onofrio Colonna dont elle aura trois enfants. Aussi infidèle que son mari, elle n’en craint pas moins sa jalousie et part parcourir l’Europe avec Hortense et leur frère Philippe Duc de Nevers à la mort de son oncle. Marie mourra la même année que Louis XIV sans que jamais celui-ci s’enquit d’elle. Leur jeune sœur Olympe flirta avec le roi.

L’Habeas Corpus

L’Angleterre a établi en 1679 l’habeas corpus qui déclare : « que tu aies ton corps pour le produire devant la justice » et selon donc lequel nul ne peut être enfermé sans la décision d’un juge (à l’opposé de la lettre ce cachet). Le Parlement anglais a imposé en 1689 au roi une Déclaration de droits qui fait de la monarchie une monarchie constitutionnelle. Voltaire (1694-1778) ramène de son séjour au pays de David Hume (1711-1776) cet esprit de liberté qui traverse et anime ses Lettres Anglaises de 1734.


Notes


 
[1] « Hôtel de Rambouillet était la résidence parisienne de Catherine de Vivonne, marquise de Rambouillet [belle-sœur et ennemie de La Montespan] qui y dirigea un salon littéraire renommé de 1620 à 1648. Anciennement, Hôtel de Pisani, était situé rue Saint-Thomas-du-Louvre, dans un ancien quartier de Paris (démoli au XIXe siècle) et situé entre le palais du Louvre et les Tuileries, près de la place du Carrousel alors beaucoup plus petite, dans le domaine de ce qui allait devenir le Pavillon Turgot du Musée du Louvre. (Cet hôtel de Rambouillet, ancien hôtel de Pisani, ne doit pas être confondu avec celui du même nom situé rue Saint-Honoré, qui appartenait à la famille d'Angennes qui le vendit en décembre 1602, et sur lequel le cardinal de Richelieu commença à construire son Palais-Cardinal en 1624. » (https://en.wikipedia.org/wiki/Hôtel_de_ Rambouillet). A ne pas confondre non plus avec L’Hôtel Rambouillet appelé aussi  Hôtel Clairambault construit en 1634 rue d’Aboukir par Nicolas I Seigneur de Rambouillet (1576-1664), beau-père de Gédéon Tallemant, auteur des Historiettes.

 Da la même rue Saint-Thomas-du-Louvre se trouvait L’Hôtel de Chevreuse appelé ensuite d’ Épernon puis de >Longueville

[2] « Une dame d'atours est une dame de la cour de France, proche du couple royal, qui occupe le troisième rang de la Maison de la Reine après la Surintendante de la Maison de la reine et la Première dame d'honneur. La dame d'atours a la charge de la garde-robe, de la Première femme de Chambre et des femmes de chambre. Elle supplée la Première dame d'honneur en son absence » (Marie-Noëlle Baudouin-Matuszek, « Catherine de La Flotte, dame d'atour d'Anne d'Autriche : la gestion des joyaux de la reine et de la Couronne », Bulletin de la Société d'Histoire de l'Art,‎ 2014, p. 9-80 /Wikipédia)

[3] Les historiens contemporains s’accordent aujourd’hui à reconnaître en le fils qu’elle eut avec le capitaine de ses gardes l’homme au masque de fer. Le masque en présence d’une tierce personne s’expliquant par l’étonnante ressemblance avec son demi-frère. Mariée à 14 ans à Louis XIII en 1615, Louis XIV naitra en…1638 soit 23 ans plus tard. Elle eut d’autres amants comme le Duc de Buckingham et Mazarin.

[4] Il sera le marie de Françoise de Rabutin-Chantal, fille de Jeanne de Chantal et grand-tante de Madame de Sévigné et belle-mère de Roger Bussy-Rabutin par le mariage en 1643 de celui-ci avec par sa fille Gabrielle de Toulongeon, Tout ce monde se retrouve en Bourgogne au Château de Saint Fargeau où s’est réfugié après la Fronde des Princes La Grande Mademoiselle de 152 à 1657 et où elle instaure une cour en vogue attirant ces nobles dames de Paris.

[5] A noter que si la plus part des sources donne la Comtesse de Fiesque comme d’abord au service de la reine puis de sa nièce, Lieselotte Steinbrügge écrit le contraire « au moment de l’écriture du portrait, la Comtesse de Fiesque était tombée en disgrâce et se trouvait sur le point de rejoindre la cour de Paris pour devenir dame d’honneur de la reine ». L. Steinbrügge s’appuie sur la thèse de doctorat d’état de Sara Harvey Faculté des études supérieures de l’Université Laval (Québec) 2008.

[6] Une folie est à l’origine une maison de campagne entourée de verdure. Elle correspondait à la villa de la Renaissance italienne. En 1633-35, Nicolas de Rambouillet fit construire une des premières folies de l’Est parisien. « Elle s'étendait entre la rue de Charenton et la rue de Bercy, le long de la rue de Rambouillet et avait de vastes jardins, ouverts au public, partie ornés de broderies, partie boisés, agrémentés de pavillons ». Vendue au XVIIIème siècle, le banquier Law en fut un temps propriétaire. Sur les folies et châteaux de Paris voir https://paris-atlas-historique.fr/28.html.

[7] Au début des années 1640, Bernier assistait à Paris aux leçons que donnait Gassendi à son élève, le poète libertin, Claude-Emmanuel Luillier dit Chapelle qui a laissé son nom dans l’histoire pour avoir été l’ami des poètes Cyrano de Bergerac et Charles Coypeau d’Assoucy dit Dassoucy dont on sait la vie libertine et l’amitié particulière qu’il entretenait avec l’auteur de Les États et Empires de la Lune. Molière aurait assisté à ses leçons.

[8] La livre tournois, qui existait depuis le XIIIème siècle, est une monnaie de compte, une monnaie fictive utilisée pour les comptes, contrats, transactions. Les payement sont effectués, eux, en pièces ( pas de billets mais des lettres de change), qui ne portent aucune mention de valeur et dont la teneur en métal précieux (or, argent ou cuivre) est fixée par la livre tournoi dont seul le roi décide (affaiblissement de la teneur= dévaluation=inflation). Elle est divisée en sou (le sol) et denier. Elle a pu valoir 240 deniers ou 20 sous. Colbert arrive à maintenir une stabilité monétaire ; l’écu, la principale monnaie en argent, vaudra de 1641 à 1689, 3 livres tournois.

Ses pièces étaient frappées à Tours depuis 1203 sous Philippe-Auguste (1165-1223). Jusqu’en 1667 existait le denier tournois de Tours mais aussi le denier breton, provençal, artésien, angevin, chartrain, flamand, lyonnais, nivernais. En 1667, Louis XIV (Colbert) unifie le système monétaire et fait obligation de compter sur tout le royaume en livres tournois. La livre tournoi s’impose entre autres face à la livre parisis (denier du domaine royal, Île-de-France).

De « 1651 à 1676, 1livre=7,53»g d’argent = 2,37€ ; de 1701 à 25,1L=5,49g=1,73€. 2000 Livres Tournois x 2,73= 5460€.

Le franc n’apparaitra qu’en 1795.

[9] Charles Le Marquetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Évremond (1614-1703), moraliste connu pour son esprit critique et libertin. Ninon de Lenclos (1620-1705),femmes de lettres, courtisane libertine(voir Littérature/France).

[10] Pour la petit histoire, Paul Scarron (1610-1660) qui reste ans doute plus connu pour son esprit caustique que pour des comédies burlesques (dont il lança les genre) écrivit dans son testament qu’il laissait tout à son épouse alors qu’il était criblé de dettes et qu’il l’autorisait à se remarier en précisant qu’un homme au moins le regretterai.

[11] Selon Charles Pinot Duclos (1714-1772), écrivain et historien : « Tous ces bureaux d'esprit ne servent qu'à dégoûter le génie, rétrécir l'esprit, encourager les médiocres et à donner de l’orgueil aux sots »

[12] Créée au XIIème siècle, « Elle durait en général trois à cinq semaines, autour de Pâques et au XVIIIème siècle, elle s'ouvrait invariablement le 3 février pour se fermer le dimanche de La Passion. Elle eut cours jusqu'en 1789… La Foire sera définitivement détruite en 1811 pour faire place au Marché Saint germain. » (Wikipédia/Foire Saint-Germain). Rameau qui ne joua aucune de ses œuvres à l’Opéra y représentait régulièrement ses opéras (Voir Siècles des Lumières/Musique/France)

[13] Citation https://www.espacefrancais.com/les-cafes-litteraires/ selon qui Francesco Procopio dei Coltelli, francisé en François Procope, aurait ouvert lui-même ce café de la rue de Tournon.

[14] Charles Le Marquetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Évremond (1614-1703), moraliste connu pour son esprit critique et libertin. Ninon de Lenclos (1620-1705),femmes de lettres, courtisane libertine(voir Littérature/France).




LES COURANTS

Philosophiques - Libertins - Artistiques - Littéraires


Les Courants Philosophiques

Voir aussi Philosophie

« Ils s’appellent Galilée, Locke, Hobbes, Pascal, Spinoza, Descartes, Leibniz, Kepler, Huygens ou encore Gassendi… On les dit philosophes, mais ils sont aussi mathématiciens, astronomes, logiciens et, parfois, sacrément bricoleurs. Ils inventent la machine à calculer, le télescope, la probabilité, le calcul infinitésimal, la gravitation universelle et consacrent les idées de Copernic : la Terre n’est plus le centre de l’Univers. »   (Jacques Gevers/ Olivier Daniel Des savants en société : les penseurs du XVIIe siècle au travail, Liège Université https://www.reflexions.uliege.be)

Les courants dominant dans le domaine philosophique vont être le Rationalisme et l’Empirisme. Les libertins ne sont pas indifférents à ces deux courants mais leurs prises de positions sont plus tournées vers la morale que vers la connaissance, leur mode de vie plus en opposition aux valeurs chrétiennes qu’à la théologie. Ils sont depuis déjà un siècle les annonciateurs de l’athéisme déclaré de certains encyclopédistes du Siècle des Lumières comme Diderot.


Le Rationalisme

Une  scission s’était mise en place au Moyen-âge entre philosophie et théologie, qui avait vu l’opposition entre Nominalistes et Réalistes, entre le thomisme et l’augustinisme, entre dominicains et franciscains. La  Renaissance humaniste, elle, n’avait plus fait de la terre   le centre de l’univers, mais avait mis à sa place l’Homme, centre premier de toute les attentions. Au siècle de Descartes, la Raison de mode d’accès au Divin, à la Connaissance autant que le fut l’Illumination, devint le mode unique d’accès à l’Homme et au monde. Non pas que le XVIIème siècle ne fut point religieux, les rois le restèrent, faisant même reposée leur pouvoir sur le Droit Divin (jure divino), leur monarchie devenant absolue, et leur peuple tout autant qu’avant resta pieu. C’est dans les milieux intellectuels essentiellement bourgeois que va être développée une méthode d’approche du réel, homme et univers, plus que jamais alors indépendante de toutes considérations spirituelles. La raison va être le maître mot, et la faculté de raisonner, de rationaliser l’outil premier de cette approche.

L’usage de la raison entendue comme mode de penser

« fait appel à l’intelligence plutôt qu'à l’instinct ou réactions affectives. Elle renvoie à des principes, cadres de la connaissance et de l'action, qui sont plus ou moins explicites mais appellent et supportent l'élucidation. Elle procède par enchaînements de concepts et non par juxtaposition et enchevêtrement d'images, de métaphores et de mythes ». (https://www.universalis.fr/encyclopedie/rationalisme/)

Le livre de référence du Rationalisme est pour le XVIIème siècle  Le Discours de la Méthode Pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences de René Descartes, paru en 1637. Le titre indique tout un programme d’étude sur le mode et le domaine de recherche auquel va s’employer  le philosophe «  pour bien conduire sa raison, et chercher la vérité dans les sciences ».


L’Empirisme

L’Empirisme pourrait être défini comme une doctrine de la connaissance selon laquelle il n’y a pas de connaissance possible de quoi que ce soit d’intérieur ou d’extérieur à l‘être humain sans que celui-ci n’en ait au préalable une expérience, qu’il n’expérimente l’objet à connaître. Autrement dit, l’Empirisme s’oppose à toute forme innée de connaissance, c’est –à-dire qu’il s’oppose à l’Innéisme qui considère qu’à sa naissance, le sujet se voit doté  avant tout expérience (de vie) de facultés et/ou de structures mentales lui permettant de comprendre et de connaître. En cela, l’Empirisme s’oppose au cartésianisme qui fait de la raison une faculté innée,  et s’oppose au platonisme qui fait des Idées (Eidos) des ‘formes’ (opposées aux substances) non seulement préexistantes à la naissance d’un individu mais intemporelles, autrement dit, préexistantes à l’âme.

Francis Bacon (1561-1626), issu d’une famille noble, a été homme d’état, philosophe, scientifique. Membre de la Chambre des Communes, il aura été  Procureur Général (Garde des sceaux)  pour l'Angleterre et le Pays de Galle avant d’être nommé Chancelier par Jacques 1er, puis condamné par la Chambre des Lords pour corruption.

Dans ses neuf livres De la dignité et de l'accroissement des savoirs ( De dignitate et augmentis scientiarum), il expose une nouvelle méthode de la connaissance, une approche que l’on qualifiera d’empiriste. Bacon s’oppose à la scolastique dans les rapports qu’elle entretient encore avec la théologie pour qui la connaissance est révélée et non le fruit d’une connaissance sensible et encore moins d’une expérimentation. Il s’oppose  tout autant à Aristote. Il donne en outre une classification des sciences.

 En 1620 dans son Novum Organum, il affine sa thèse en développant  sa célèbre doctrine des idoles : de l’Esprit, du Théâtre, de la Tribu, de La Caverne et du Forum. Bacon les appelle « les blessures de l’intelligence ». Ce sont toutes nos « anticipations » (selon son mot), notre imagination, notre mémoire, nos préjugés (la force de la tradition) qui nous empêchent d’avoir une approche directe, objective, vierge du réel.

Le philosophe empiriste anglais John Locke (1632-1704) dans son œuvre majeure, Essai sur l'Entendement Humain  (1689), établit une théorie de la  connaissance[1] reconnue comme empiriste. Il s’oppose à toute idée de facultés innées et s’oppose en cela à Descartes et par anticipation à Emmanuel Kant (1724-1804)[2]. Pour autant, il pourrait reprendre à son compte phrase de Thomas Hobbes (1588-1679) dans son célèbre ouvrage paru en 1651 Léviathan ui définit en fait définissant l’Empirisme : « toute connaissance tire son origine de l'expérience ».

Au siècle suivant les plus illustres représentants de l’Empirisme seront les Anglais Georges Berkeley (1685-1753) et  David Hume (1711-1776), et le Français Étienne Bonnot de Condillac (1714-1780).


Le Matérialisme Mécaniste

La place prise par la raison, par le raisonnement au détriment de la révélation comme mode d’accès  à non seulement les  savoirs mais aussi à la Connaissance, à la Vérité, amena au déploiement d’une conception basée  sur la logique de la cause et de l’effet, autrement dit, au déploiement d’une conception mécaniste de l’univers. Descartes, tout en préservant à l’humain sa part de surnaturel en son âme immatérielle, ira jusqu’à parler d’animaux machines considérant l’animal comme une pure mécanique, leurs instincts n’étant en quelque sorte que des rouages. Hobbes développera une même thèse mécaniste.

Ce matérialisme mécaniste trouve aussi son origine dans les découvertes coperniciennes du siècle précédent et dans les études que ces philosophes scientifiques, les Descartes, Hobbes, Gassendi, Mersenne, consacreront à la lumière et/ou à l’optique. L’ensemble entraine un bouleversement radical de la conception qui était faite du cosmos qui devient l’univers. Il s’agit de

« La substitution à la notion de Cosmos – unité fermée d'un ordre hiérarchique – de celle de l'Univers : ensemble ouvert lié par l'unité de ses lois » (A. Koyré Du Monde Clos à l’Univers Infini Gallimard 1988)

« La conception que développe Hobbes de l'homme s'inspire directement de la nouvelle physique issue de Galilée. L'homme est décrit comme une machine soumise au strict enchaînement des causes et des effets et ayant pour propriété naturelle le fait d'agir selon ses désirs. C'est ainsi au nom de la physique des corps que Hobbes va éliminer tout sentiment moral [au contraire d’Aristote qui conçoit la société comme fondée sur des valeurs morales]. L'anthropologie et la psychologie hobbesienne se construisent à partir du concept de puissance (power, également traduit par pouvoir), qu'il ne s'agit pas de comprendre en référence à la métaphysique d'Aristote mais en référence à la physique de Galilée. Hobbes imagine un état de nature où se déploient, de manière purement mécaniste, toutes les manifestations du désir de puissance de l'homme ».(L' artificialisme politique de Thomas Hobbes)

Le philosophe et astronome Pierre Gassendi (1592-1665) qui reproche à Descartes autant qu’à Aristote leur innéisme et Marin Mersenne (1588-1648), philosophe et mathématicien surnommé « le secrétaire de L‘Europe Savante », ont été tous deux en étroites relations intellectuelles et épistolaires avec Hobbes et Descartes (qui se détestaient). Ils ont apporté une large contribution à une meilleure connaissance de ces courants nouveaux philosophiques.


Le Courant Libertin

Voir aussi Philosophie et Littérature

Au plan moral, le qualificatif de libertin (du latin libertinus, esclave affranchi, libéré) a deux acceptions : Soit il désigne le libre-penseur qui ne reconnaît pas les dogmes religieux et donc ne s’y plie pas ;  soit désigne une personne dont les mœurs s’écartent de la convention morale par une recherche sans complexes du plaisir des sens. Le libertinage se réfère à ce comportement mais souvent dans le sens atténué de marivaudage.

Au plan artistique et littéraire, ni classique ni baroque, tout à la fois classique et baroque, mais en ayant une individualité marqué, en France, un courant littéraire déjà amorcé au siècle précédent va prendre de l’ampleur, le Courant Libertin  qui au XVIIIème siècle sera un des courants sinon le courant subversif annonciateur de la révolution à venir. On peut citer les 'irrévérencieux poètes Théophile de Viau Saint-Amant, Saint Évremont, Cyrano de Bergerac et son amant Charles Coypeau d'Assoucy (1605-1677), musicien, écrivain, amant également de Gédéon Tallemant des Réaux(1619-1692), qui épousa sa cousine Élisabeth de Rambouillet de quatorze ans plus jeune, sœur d’Antoine de Rambouillet, dont l’épouse tint le plus célèbre des salons du siècle, fit paraître Les Historiettes, de courtes biographies de ses contemporains en VI tomes, qui apportent un précieux témoignage sur les mœurs de la cour.  Elles  durent attendre 1960 pour être publiées in extenso car elles révèlent un aspect du Grand Siècle que d’aucuns n’avaient su souffrir. des Réaux écrira une historiette sur sa cousine Marie Tallemant, Madame d´Harambure (1610-1642) qui fut une précieuse célèbre et de laquelle il dit « Elle estoit jolie avant qu’elle eust eu la petite-vérole. Pour l’esprit, elle en avait de plus brillant [3]».


Les Courants Religieux

Les historiens conviennent d’arrêter La Réforme Protestante en tant que mouvement subversif et formateur de nouvelles églises et de nouveaux cultes à la date de 1577, année de la rédaction de La Formule de Concorde qui reçoit l’approbation de toutes les tendances luthériennes. Elle signe la fin de la Réforme en tant que mouvement d’opposition à l’Église de Rome qui se dit catholique (katholikos, universel) et veut se maintenir  toujours en son universalité.


L’ensemble des mouvements réformateurs, des luthériens, des calvinistes, des réformateurs radicaux, des anabaptistes (voir Renaissance/Religion), vont mieux se structurer tout en se développant. Mais aussi va apparaître au moment d’atteindre à leur maturité, au moment de leur institutionnalisation, des dissensions en leur seins. Ainsi vont s’opposer aux Pays-Bas, sur la question de la prédestination, les Arminianistes (ou Remontrants, partisans d’Arminus 1560-1609) modérés et les Gomaristes, partisans calvinistes ‘purs’ de Gomarus (563-1641). Cette dispute entrainera la convocation du synode de Dordrecht en 1618-19 duquel sortiront les Canons de Dordrecht, un des trois textes fondateurs de la profession de foi des Pays-Bas réformés, appelée Les Trois Formes d’Unité, la Confessio Belgica écrite par Nicolas de Brès en 1561, et le Catéchisme de Heildelberg, publié en 1563 avec l’appui du Grand Électeur du Palatinat, Frédéric III le pieu. L’arminianisme sera condamné au cours de ce synode.


En France, le mouvement janséniste, tout autant philosophique que religieux, va trouver une forte contestation de la part des catholiques traditionnalistes. Les jansénistes sont partisans des thèses de Cornélius Jansen (1585-1638) dit Jansénius qui prône le respect de la conception augustinienne de la grâce qui prive le croyant de toute libre-arbitre. Les traditionalistes s’en tiennent à la reconnaissance de principe du libre-arbitre issue du Concile de Trente (1542-1563) dit de la Contre-réforme. Débat dont l’origine remonte au IVème siècle qui avait opposé St Augustin et Pelage ; ce dernier minimisait indirectement le rôle de la grâce divine en proclamant la liberté du chrétien de vivre ou non dans le péché, de choisir le bien plutôt que le mal. Les grandes figures du jansénisme dont le cœur battait à l’abbaye de Port-Royal des Champs (fondée au XIIIème siècle dans la vallée de Chevreuse) sont l’abbé de Saint de Cyran (†1643), la Famille Arnaud dont le Grand Arnauld (†1694), l’abbesse Angélique Arnaud (†1661) et son neveu Antoine de Maistre (†1658), premier des Solitaires de Port-Royal ; et bien sûr Blaise Pascal (1623-1662). Le peintre Philippe de Champaigne (†1674) a peint entre autres les portraits de St Cyran et de Mère Angélique. L’Abbaye Port-Royal de Paris fondée en 1566 est la fille de l’abbaye-mère des Yvelines.


L’Angleterre conserve son unité religieuse par une répression parfois forte, plus forte sous les Stuart que sous Élisabeth 1ère , envers les Recusants (récusants), chrétiens anglais qui sont en dissidence avec l’Église Anglicane et qui veulent conserver la foi catholique, les Dissidents (The Dissenders), qui regroupent, les Presbytériens, les Puritains[4], les Quackers, les Baptistes et les Latitudinaires anglicans qui accommodaient à leur façon l’anglicanisme).

Si l’Église anglaise ne reconnaît pas l’autorité papale, elle ne maintient pas moins le système hiérarchique de l’épiscopat. En Écosse la Guerre des Évêques ((Bellum Episcopale)  1630-40) fut menée par les Covenanters (Convenantaires)[5], presbytériens favorables à une union des pouvoirs temporel et religieux qui s’opposèrent à Charles 1er qui voulait veut imposer en 1637 aux Écossais le Common Prayer Book[6] anglican. Cette guerre, qui préfigure la Première Guerre (1642-1651), se solde par la défaite des Convenanters, mais ceux-ci prendront parti en faveur des Parlementaristes qui accédèrent au pouvoir dès 1642.

La Guerre de Trente Ans (1618-1648) qui va ravager la terre germanique renforcera les oppositions entre états protestant et état catholiques. Philipp Jacob Spencer (1635-1705) va fonder le Piétisme qui comme son nom l’indique préconise une fervente dévotion dans le strict respect des obligations religieuses.

L’Église catholique va mettre en pratique les principes du Concile de Trente et Rome sous les pontificats de ses papes mécènes et bâtisseurs va devenir la capitale de l’art baroque. L’Espagne demeure profondément catholique telle qu’en elle-même mais ‘n’échappera’ pas à des mouvements peu orthodoxes comme le Molinonisme de Miguel de Molinos (1628-1696), qui annonce en France le Quiétisme de Mme Guyon soutenue par l’Abbé Fénelon.


Ainsi l’Europe bien que toujours unifiée au sein du christianisme s’est fragmentée en plusieurs confessions. Cette fragmentation a eu dès le XVIème siècle des conséquences géopolitiques importantes quant au jeu des alliances et continuera à en avoir au siècle suivant. Une des causes premières de La Guerre de Trente Ans (1618 et 1648) qui voit s’affronter Catholiques et Protestants est justement la deuxième révolte en Bohême-Hongrie (1er soulèvement, voir T2 V1/ Réforme Radicale/ Hussites et Huttérites en Moravie) contre la domination de l’Autriche : des hussites de la première heure ont intégré la mouvance calviniste contre les Habsbourg catholiques. Les Habsbourg d’Espagne soutenant ceux d’Autriche, les États luthériens du St Empire, les Provinces-Unies et les pays scandinaves soutenant les Tchèques. Et après le Traité de Westphalie de 1648 qui mettra fin à un conflit qui aura épuisé les économies nationales et pesé lourdement sur la démographie européenne, la France de Louis XIV et de Mazarin aura le champ libre pour asseoir son hégémonie.


Une fragmentation qui a aussi des conséquences sur le plan économique. Pour fixer les idées, l’Europe du Nord est protestante (luthérienne, calviniste, presbytérienne) et tend à développer une économie de commerce qui amorce le capitalisme ; L’Europe du Sud est catholique et conserve une économie essentiellement agraire.

Depuis le Concile de Bâle (1431-49) où elle a trouvé avec l’Église d’Occident un gentleman agreement sur les Question du Filioque et de la Communion sous les Deux Espèces (voir Renaissance/ Humanisme et/ Crise de la Conscience Européenne/ Schisme de Bâle), l’Église d’Orient continue de préserver une orthodoxie forte qui commence à s’étendre en Russie. Le Patriarche demeure (depuis le Moyen-Âge) le chef de l’Église.


Les Courants Artistiques

Entre Baroque et Classicisme

Les historiens ont appelé la Haute Renaissance, celle du Cinquecento italien, la Renaissance Classique dont Raphaël (†1520) était le parangon en peinture et Sangallo le Jeune (†1546) en architecture, tous deux ayant œuvré à Rome. Mais dès avant la seconde moitié du XVIème siècle, après le saccage de Rome en 1527 par les troupes impériales, l’affirmation du maniérisme dans le domaine artistique avait préparé le terrain du  siècle à venir qui allait être plus baroque que classique avec toutes les nuances que l’on peut apporter à cette désignation et les évolutions de style des aristes eux-mêmes.

Bien que souvent dit siècle du Classicisme, du moins en France, de par le rayonnement artistique et littéraire de la cour du Roi Soleil, le XVIIème siècle aura été profondément  Baroque. Le baroque, en ses différents domaines, va d’étendre de 1600 à 1750, date à laquelle apparaitra le Néo-classicisme.


Dans son ouvrage Storia dell'età barocca in Italia  de1929, l’historien et philosophe Benedetto Croce pour qui le XVIIème siècle, du moins en Italie, est un siècle de déclin et de crise politique et culturelle, comparé à la splendeur culturelle du Cinquecento, considère que le baroque empreigne tous les domaines de la vie artistique et intellectuelle du Seicento.

« Le passage de la Renaissance au Baroque obéit à un processus organique agissant dans les civilisations de la même façon que dans un individu, et les trois périodes du baroque elles-mêmes-maniérisme, baroque proprement dit, rococo- referment leur cycle sur un ensemble de passions et d’idées dont la fermentation, bouillonne et se répand dans toutes les directions ». (Marcel Brion, Préface à l’Europe en Crise, Le Grand Siècle, Thames &Hudson, Londres 1974)


« Le 17e siècle n’a pas de dénomination caractéristique, à l’inverse du 16e siècle, ou du 18e siècle et de ses lumières. Le 17e siècle est tout autant celui durant lequel émerge une pensée et un art classiques, que celui traversé par des crises et des révolutions. L’étendu du règne de Louis XIV, enfin, a participé à rapprocher, dans les consciences, le 17e siècle de la figure de ce roi. » (Jean-Marie Le Gall L’âge classique entre crises et révolutions  Édit Université Paris I -Sorbonne 2015)


Le Baroque Artistique

« Le terme s’applique, semble-t-il, tout d’abord aux perles de formes irrégulières, importées des Indes par les Portugais (perolas barrocas ou berruecos). Mais il existe des indices que ce mot aurait également possédé une signification totalement différente de la signification courante, et qui ne serait pas sans rapport avec la figure syllogistique que la scolastique désignait du nom de baroco.[Le terme, emprunté à la logique aristotélicienne désignait un des modes de syllogisme]. Cette figure était assimilée, ironiquement, aux sophismes et à la pédanterie, ainsi qu’on peut le constater chez l’humaniste Luis Vives (1519) et surtout chez Montaigne (i.1. chap. xxv). Ce qui importe, toutefois, c’est que les deux sens retiennent l’idée « d’étrange », « surprenant », « inusité », « bizarre », en lui donnant, dès la fin du xvie siècle, une acception péjorative qui ne cesse de se raffermir au cours du siècle suivant ». (Adrian  Marino https://journals.openedition.org/ baroque /414 )

Si le terme de Baroco était déjà employer dans la joaillerie à la Renaissance, le terme de baroque en référence au domaine artistique est apparu au début du XIXème siècle sous la plume des critiques d’art relevant le caractère singulier, extravagant des œuvres des artistes italiens du XVIIème siècle.


Au-delà du Maniérisme des peintres et sculpteurs, c’est sans doute en musique, que l’on peut trouver les premières manifestations nettement baroques avec le Vénitien Giovanni Gabrieli (1557-1612).

Aussi bien en peinture qu’en architecture et en sculpture pour ne citer que Michel-Ange, le Maniérisme (voir Renaissance/Les Arts) préfigurait ce qu’allait être en son prolongement l’Art Baroque ; et plus précisément à partir de la fin du Concile de Trente qui s’achève en 1563. Le Style Baroque va se répandre dans l’Europe du XVIIème siècle comme un art ostentatoire par lequel l’Église veut au sens propre comme au sens figuré redorer son image après l’impossibilité dans laquelle elle s’est trouvée d’empêcher le protestantisme luthérien et la réformation  calviniste de s’implanter définitivement dans une grand partie de l’Europe du Nord, soustrayant ses pays à son autorité spirituelle. Le Baroque tranche fortement avec l’austérité du Protestantisme. Il offre à l’Église le moyen de reconquérir les âmes. La gloire divine ici manifestée est aussi celle de l’Église. L’emploi de dorures et d’une riche ornementation est là dans les églises pour séduire le fidèle autant que pour lui rappeler la puissance retrouvée de son Église.

L'église du Gesù à Rome, construite de 1568 à 1584 pour la Compagnie de Jésus par Giacomo della Porta (1533-1602), est considérée comme l'un des premiers édifices baroques. Elle va servir de modèle à toutes les églises jésuites futures mais aussi dans son esprit comme référence d’un premier exemple d’architecture baroque, c’est-à-dire qu’à l’ordonnance stricte et à la pureté des lignes de l'art classique, l'art baroque va privilégier une animation plus mouvementée de courbes et contre-courbes, toujours dans le souci de créer une rupture, autrement dit une de surprise. Cet effet recherché de la surprise se trouvait déjà dans l’Art Maniériste du XVIème siècle, par exemple dans l’architecture paysagère (voir Renaissance/Italie/Cinquecento/Jardins et Villas). Le Bernin (1598-1680), et Francesco Borromini (1599-1667) qui ont œuvré à Rome, Guarino Guarini (1623-1683) à Turin, Baldassare Longhena (1598-1682) à Venise seront les architectes italiens les plus représentatifs du baroque italien du  XVIIème siècle.  En Angleterre, ce seront Christopher Wren (1632-1723) et Inigo Jones (1573-1652).


En France, si l’on ne peut donner un architecte vraiment représentatif du Baroque – on peut néanmoins citer outre la cour ovale du Château de Fontainebleau, l’église St Paul-St Louis à Paris- des peintres comme Le Lorrain (1600-1682), maître français du clair-obscur et  Simon Vouet (1590-1689) en sont plus représentatifs.


Le Classicisme Artistique

Le Classicisme (voir Renaissance Italie/Quattrocento/ Première Renaissance/ Florence) est un courant artistique différent du style protestant et du style baroque. Il est sobre sans l’austérité du premier. Il est épuré dans ses lignes architecturales, mesuré dans ses compositions picturales, pour maintenir un équilibre des tensions alors que le baroque  libère pour les mettre en mouvement.

En Italie, si le XVIIème siècle a été en peinture et en sculpture – mais aussi en musique avec la naissance de l’opéra- le grand siècle du baroque avec des artistes comme Le Bernin, Borromini, le classicisme n’en est pas moins présent par le renouveau qu’en a apporté après le maniérisme qui a occupé les trois-quarts du XVIème siècle, les frères Carrache auxquels donneront suite Le Dominiquin et Le Guide pour les Italiens et Nicolas Poussin et Jean Lemaire-Poussin pour les Français vivant à Rome.


En France, voulant rendre ‘l’esprit des hommes de ce siècle », Voltaire a intitulé son ouvrage publié en 1751, « Le Siècle de Louis XIV » tant la France sous le règne de ce roi a été à l’apogée de son rayonnement culturel et de sa puissance politique non pour autant  au pic de son économique, tant sans faut pourrait-on dire.

Il est généralement posé sur le XVIIème siècle français l’étiquette d’Âge du Classicisme que l’on fait commencé en 1661, année en laquelle Louis XIV, à la mort de Mazarin, décide de gouverner seul, en laquelle se tient l’immémoriale fête de Vaux-Le-Vicomte qui préfigure le tout prochain chantier de Versailles. Mais ce n’est pas prendre en compte ce que la première moitié du siècle, sous le règne de Louis XIII, a révéler d’artistes et d’auteurs de premier plan qui ont annoncé avec des courants comme l’Attisme, l’épanouissement du classicisme, et des hommes d’État tels Richelieu et Mazarin qui en forgeant les bases de la monarchie absolue, ont forgé celles d’un art officiel, académique.

Durant la seconde moitié du XVIIème siècle, sous l’impulsion du Roi Soleil, le classicisme en art, en littérature et en musique finira par faire oublier tout cette première moitié du siècle baroque durant laquelle commencèrent à être mises en œuvre les résolutions du Concile de Trente achevé en 1565. Le rayonnement artistique et culturel de la cour de Versailles fut tel que l’on désigna le siècle entier sous la dénomination d’ « Âge Classique ».


Ce Classicisme que l’on veut généralement prédominant en France au cours du siècle, se caractérise non pas tant par le fait que dans les lettres et les arts les œuvres de l’Antiquité servent ou plutôt continuent de servir de modèle comme cela a été pour la France le cas au siècle de la Renaissance, mais par le fait que les règles fondamentales du classicisme, ordre, clarté et sobriété, s’imposent en une parfaite corrélation avec l’ordre politique et l’autorité morale de la Monarchie absolue qui veut que le pays soit rationnellement gouverné par un pouvoir stable. Un classicisme qui s’impose comme un mouvement artistique et littéraire au service du politique. A la création sous Louis XIII d’institutions comme L’Académie Française (1635) et l’Académie de Peinture et de Sculpture (1648) va faire suite au règne suivant la batterie d’académies que fondera Colbert : La Petite Académie  (future Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 1663), l’Académie des Sciences (1666). En 1671, Lully ayant racheté le privilège royal, l’Académie de Musique qu’il a fondé deux ans plus tôt devient l’Académie Royale de Musique de par l’aval de Louis XIV. La même année est fondée l’Académie Royale d’Architecture qui, à l’initiative de Colbert, a plus un but économique -le contrôle des dépenses- qu’artistique. Quant à l’Académie Royale de Danse, au moment-même, où il décide en 1661 de gouverner seul, le « roi danseur », qui a fait à 13 ans ses débuts de danseur dans le Ballet de Cassandre, fonde l’Académie Royale de Danse.


Toutes ces académies ont pour rôle par leurs statuts d’édicter des règles impératives dans l’accomplissement de œuvres artistiques et littéraire, en fait, de mettre sous contrôle la création. L’académie de danse en est un bel exemple dont la mission outre que « de contrôler la création chorégraphique et l’enseignement, assuré par treize ‘Anciens’ [!] chargés ‘’d’instruire touchant la manière de danser, et montrer tant les anciennes que les nouvelles’’ », sera « de montrer et éviter les abus et les mauvaises habitudes que ceux qui veulent en être instruits pourraient avoir contractées ».

En matière de classification de ses courants et périodes, la France XVIIème siècle reste ambivalente.  A tel point que « L’architecture baroque française est parfois appelée classicisme français ». Quels édifices parisiens de la première moitiée du XVIIème siècle sont baroques, lesquels sont classiques ? Quid des églises St Pierre-St Louis au Saint quartier Antoine et de St Gervais au quartier Rivoi-Mais? Cette ambivalence,  en fait, correspond chez les artistes français au désir de vouloir s’exprimer en un art qui leur soit propre, inspiré de l’art antique mais en donnant à celui-ci une empreinte française et non pas italienne.


Les Courants Littéraires

Voir Aussi Voir Littérature/ Introduction/Le Classicisme Français

Le Classicisme en Littérature

« On désigne communément par « Âge classique » français la période qui court de la fin du xvie au début du xviiie siècle, mais une telle expression peut prêter à confusion.
Le mot « classique » a en effet trois significations. La première et la plus évidente renvoie aux « Lettres classiques » et à l’enseignement des auteurs dits « classiques », c’est-à-dire aussi bien de l’Antiquité gréco-romaine que des Français considérés depuis le xviiie siècle comme classiques (Racine, Corneille, Molière, La Fontaine, Boileau…). Mais au xixe siècle, des gens de Lettres qui s’opposaient aux chevelus passionnés qu’on appelait alors les « romantiques » (en littérature et aussi en peinture et en musique) se sont revendiqués « classiques » au nom de la mesure et de la raison, et plus généralement, d’une esthétique en tous points opposée aux excès du romantisme. Le mot a donc pris un deuxième sens, en renvoyant précisément à une idée de l’esthétique du xviie siècle. Néanmoins, il faut le souligner, les écrivains du xviie siècle ainsi érigés en modèles d’ordre et de raison ne se considéraient pas, eux, comme « classiques » et n’employaient même pas le mot ». (
Alain Viala, L'Âge classique et les Lumières PUF 2015).


Le terme ‘classicisme » vient du latin ‘classicus’ signifiant ‘ de première classe’. Le terme de ‘Classicisme’ n’est apparu qu’au XIXème siècle pour désigner « l’ensemble des caractères propres aux œuvres littéraires et artistiques de l’antiquité et du XVIIème siècle » (Le Dictionnaire Le Grand Robert). « Les autres littératures européennes réservent ce terme aux premiers auteurs classiques, c’est-à-dire les auteurs de l’Antiquité grecque qui ont servi ensuite de modèle à toute l’Europe » (https://courantslitteraires.wordpress.com/les-courants-litteraires/le-classicisme/).

En France, le classicisme littéraire qui apparaît dans la seconde moitié du XVIIe siècle et occupe tout le règne de Louis XIV, est une exception française dans une Europe vouée au baroque face auquel il réagit en opposant sobriété à excentricité, ordre à exubérance. Il concerne particulièrement les auteurs de la période 1660 à 1680. Période qui va de l’établissement progressif, non permanent, de la cour de Louis XIV au château de Versailles, toujours en travaux pendant 20 ans, jusqu’à son établissement définitif qui ferme la période des jeux, spectacles et plaisirs et ouvre la période qui jusqu’à sa mort en 1715 sera marqué du sceau d’une ferme religiosité sous l’influence de Madame de Maintenon.


L'esthétique classique est indissociablement liée à l’émergence de la monarchie absolue qui voulut établir dans sa gouvernance du pays un semblable principe d’ordre et de rationalité. La conjonction entre l'esthétique classique et l'existence d'un pouvoir centralisé, qui créa des structures propres à diffuser cette esthétique, a permis l'éclosion du phénomène particulier qu'est le classicisme français.: autorité royale mais aussi structuration de l’administration dont les bâtiments jouxtaient le palais, de l’économie par la réorganisation des manufactures (ateliers) privées en manufactures royales, et de la culture par la fondation des académies.

Ces auteurs du « Grand siècle » comme le nommé Voltaire sont bien sûr les auteurs de comédies et de tragédies, Molière, Racine, Corneille, et des écrivains tels que Boileau (1636-1717) et son Art Poétique,  La Fontaine (1621-1695) et ses Fables, précédés par le poète de cour, poète officiel des rois, François de Malherbe (1555-1628) dont le souci de la rigueur formelle propre au classicisme ne va pas dans sa rupture avec les poètes de La Pléiade sans une certaine tendance à l'excès.

 

Le Baroque en Littérature

La première moitié du XVIIème siècle, correspondant à peu près au règne de Louis XIII, est dominé par cette expression exacerbée qui peut définir le baroque, notion inventée au XXème siècle. En France, deux auteurs des plus représentatifs de la littérature baroque sont le satiriste, Mathurin Régnier (1573-1613), opposant déclaré aux conceptions classiques de François de Malherbe (1555-1628), et l’auteur dramatique et poète Tristan L’Hermite (1601-1655) qui dans ses poèmes tend par ses métaphores et ses ‘pointes’ à rejoindre le courant précieux. On peut leur adjoindre l’ensemble des ‘libertins érudit’ tels les poètes Saint-Amant (1594-1661), Saint Évremont (1613-1703), Cyrano de Bergerac (1619-1655), le romancier Charles Sorel (1600-1674)…

En Italie, Marino Marini (1569-1625), qui vécut huit ans en France, est à l’origine du Marinisme, mouvement poétique qui, comme le Gongorisme en Espagne, fait prévaloir un style alambiqué, affecté. (voir Renaissance Littérature)

En Espagne, la parodie chevaleresque du Don Quichotte avait ouvert la voie à la littérature baroque au pays de son auteur mais aussi en Europe. Le poète Luis de Góngora (1561-1627) fera école avec son style amphigourique, à la syntaxe complexe, au vocabulaire emphatique, donnant naissance au Gongorisme ou Style Cultureno et au mouvement Culturanismo (Culturanisme) ; style auquel s’opposa le poète religieux, Fray Luis de León (1528-1591 Renaissance/Littérature/Poésie Ibérique).

En Allemagne, le classicisme désigné comme le « Classicisme de Weimar » couvre une période plus tardive qui va du voyage de Goethe en Italie en 1786 à la mort de Schiller en 1805. Au début di dernier quart du siècle, se sont installés à Weimar, outre Goethe et Schiller, Cristoph Martin Wieland, Johann Gottfried von Herder. Ce classicisme, inspiré à l’origine par les théories néoclassiques de l’archéologue Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) n’en sera pas moins un compromis entre l’expression de la claire raison chère aux Lumières et la sensibilité (Empfindsamkeit) du cœur chers aux préromantiques, représentant des mouvements de l’Empfindsamkeit et du Sturm und Drang. En architecture, l’Allemagne du Nord, luthérienne ignorera l’emphase du Baroque qui se répandra par contre dans l’Allemagne du Sud.

En Angleterre, on considère qu’avec l’ouvrage de John Lily (1553-1606), L’Euphues (1581), commence en Angleterre le mouvement de l’euphuïsme que caractérise un style maniéré au langage précieux. Le poète Alexander Pope (1688-1744), traducteur d’Homère, qui n’adhère pas aux nouvelles formules littéraires et à l’esprit rebelle du siècle reste la référence du classicisme anglais. Dans L’Essai sur la Critique, il a exposé son esthétique qui, alliant qualités humaines et intellectuelles, est fondée sur la morale et la raison.


La Préciosité

Comme la littérature baroque et en lien étroit avec elle, l’esprit précieux apparaît en France dans les salons littéraires créés à l’initiative de dames de la haute noblesse qui se donnaient des surnoms. Le salon le plus couru dans la première moitié du siècle fut celui de Madame de Rambouillet qui se faisait appeler Arthénice. Elle tiendra salon de 1620 jusqu’à sa mort en 1665 en son Hôtel de Rambouillet. Ses deux filles prendront sa suite, mais le salon de Madame de Scudéry (1607-1601) deviendra au milieu du siècle le plus illustre. Dans son œuvre la plus connue, au succès retentissant, Le Grand Cyrus (1649-1653), roman interminable de plus de 13000 pages au style précieux et à l’esprit baroque, se mêlent amour, exotisme et combats.

Des études récentes remettent en cause l’existence même du courant précieux. Celui-ci serait désigné comme tel à partir de l’ouvrage de Louis de Roederer, paru en 1835, Mémoires pour servir à l'histoire de la société polie en France, dans lequel l’auteur oppose deux formes de préciosité, celle noble dans tous les sens du terme et celle dégradée issue de la bourgeoisie. Les dames de la noblesse étant réellement cultivées mais les bourgeoises ne se souciant que de leur toilettes et leurs manières, celles dont se moquera Molière. Les termes de précieux et de préciosité ne font pas partie du vocabulaire du siècle auquel on attribue ce courant (cf. https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Précieuses_ridicules#La_question_de_la_ « préciosité » )


Notes


 
[1] L’épistémologie est la science qui traite de la connaissance. Mais son champ d’application diffère entre Français et Anglo-saxons. Pour les premiers, elle se « cantonne » à l’étude de la connaissance scientifique tandis que pour es second, elle étend son champ à toute la connaissance. La noétique en tant qu’étude de la connaissance se consacre à la compréhension de l’acte de la connaissance qu’est la pensée ou de manière plus large l’intellect. Husserl distingue dans l’acte de la conscience, l’acte de pensée de l’objet de la pensée, l’objet de connaissance.

[2] E. Kant pour qui : « la connaissance scientifique est seulement possible à partir des formes a priori de la sensibilité et de l'entendement ». Il  n’est pas un matérialiste comme Thomas Hobbes (1588-1679) en ce qu’il défend l’existence d’une « substance immatérielle pensante ».

[3] La généalogie des Tallemant est assez complexe à débrouiller étant donné que de père en fils et en filles on retrouve les même prénoms de Gédéon, Paul, Marie que l’on distingue par I, II ou Le jeune.

[4] Le terme de puritain regroupe plusieurs tendances : Les presbytériens-calvinistes théocratiques; les indépendants ou congrégationalistes, dont fait partie Olivier Cromwell, se rattachent à la théologie calviniste mais veulent une autonomie des paroisses ; la baptistes qui réservent le baptême aux adultes ; les Quakers ou trembleurs pour qui, selon le fondateur George Fox, la lumière intérieure est plus importante que l’Écriture et est accessible à tous ; et les communautés millénaristes qui finiront par se dissoudre.

[5]https://www-culturenlmuseums-co-uk.translate.goog/story/rebel-religion-part-1-meet-the-covenanters/: « Ils considéraient la relation du peuple écossais avec Dieu comme une alliance – un contrat sacré, en référence aux Israélites de l'Ancien Testament – Il s'agissait d'une déclaration de droits que même l'autorité royale ne pouvait pas contrecarrer. » « Ce double caractère [religieux et politique] rendait la cause libérale deux fois chère et sacrée à l'Écosse. Aussi la révolution de 1640 trouva-t-elle des auxiliaires dévoués dans les covenantaires écossais (Cousin, Philos. écoss.,1857, p. 8). 
De convenant : terme d’ancien français signifiant convention, promesse solennelle.

[6] Publié en 1560 sous la direction de l’archevêque de Canterbury et du réformé suisse Martin Bucer († Cambridge 1651), le Livre de La Prière Commune, est le livre fondateur de l’anglicanisme.



ÉVÉNEMENTS MAJEURS EN EUROPE

Les Guerres - Les Colonies - L'Économie - les Compagnies - Les Sciences


LES GUERRES


Si la première moitié du siècle est occupée par la seule Guerre de Trente ans (1618-1648), la seconde est jalonnée de nombreuses guerres territoriales mais aussi en bonne partie maritimes. Elles sont souvent la suite des unes des autres quand elles ne sont pas imbriquées. Avec des changements d’alliances rapides, d’une année l’autre, au gré des circonstances dans l’intérêt bien partagé que chaque partie se doit à elle-même.

 La Guerre de Trente Ans

Les historiens divise cette guerre en quatre périodes :

- La période bohémienne et palatine (1618-1625)

- La période danoise (1625-1629)

- La période suédoise (1630-1635)

- La période française (1635-1648)

La Guerre de Trente Ans débute en 1618 et s’achève en 1648 par les Traités de Westphalie. Les protestants de Bohême menés par les nobles se révoltent contre leur nouveau roi catholique, monté sur le trône en 1617, Ferdinand II. En 1618, a lieu au château de Prague la Seconde défenestration de Prague[1], notamment celle du chancelier Slavata et des hauts représentants du roi Ferdinand. En 1619, Ferdinand reçoit la couronne impériale. Aussitôt, à la Diète de Prague, capitale de la Bohême, les protestants prennent pour roi le comte luthérien, Frédéric V, Électeur Palatin qui gouverne alors l’Électorat Palatinat (actuel Lander du Rhénanie-Palatinat).


 De premiers combats semblent donner la victoire au Bohémiens. Maximilien 1er de Bavière, chef de la Ligue des Princes Catholiques écrase la révolte à la Bataille de la Montagne Blanche en 1620. La Bohême devient entièrement possession de l’empire. Frédéric V déchu de la charge de Grand Électeur mourra en exil. Ses terres deviennent en 1623 possession de Maximilien II, Duc de Bavière. Un nouveau Palatinat-du-Rhin sera recréé au Traité de Westphalie.


Le conflit va devenir international. Les protestants obtiennent l’aide du roi Luthérien Christian IV de Danemark qui s’allient aux Provinces-Unies (les Pays-Bas actuels) mennonites anabaptistes (et non pas calvinistes), depuis la réforme de Menno Simons. Les dix Provinces-Unies sont d’anciennes provinces espagnoles dont l’autonomie de fait remonte à 1581 par la victoire de Guillaume 1er d’Orange-Nassau (†1584). Le Traité de Westphalie (Paix de Münster) entérinera cette souveraineté. L’Angleterre s’allie à leur cause contre le roi d'Espagne Philippe IV, un Habsbourg qui veut profiter de la situation pour tenter de reprendre les Provinces-Unies. Les troupes impériales menées par un grand chef de guerre, le condottiere Albert von Wallenstein, qui mourra assassiné en 1634 pour haute trahison, pénètrent dans le Jutland après une série de victoire contre Danois et Allemands. Pour sauver son royaume, Christian IV de Danemark est contraint de signer la Paix de Lübeck qui l’écarte de toute velléités d’intervention.

Le roi de Suède Gustave II-Adolphe dit Le Lion D’Or, un des plus grands stratèges européens, passe à l’offensive pour prévenir les intentions de conquête de l’empereur. Ses troupes débarquent en Poméranie, et écrasent celles  de la Ligue Catholique en1631. Ses troupes  conquièrent la Bavière et la Rhénanie et font de Francfort leur quartier général. Gustave-Adolphe a été aidé dans son entreprise par Louis XIII. Face aux victoires des Habsbourg d’Autriche et de l’Espagne, la France craint une reviviscence de l’empire de Charles-Quint. Elle s’engage à financer l’armée suédoise à raison de 400.000 écus par an jusqu’à la fin du conflit. En échange, la Suède envoie 6.000 chevaliers et 30.000 fantassins se battre en Allemagne.

Mais au cours de la Bataille de Lützen, près de Leipzig, en 1632, que les protestants remportent, Gustave -Adolphe est tué. A la Bataille de Nördlingen (Bavière) en 1634, les troupes impériales et espagnoles défont les Suédois qui pourtant vont continuer le combat jusqu’à la fin de la guerre.


Cette défaite pousse la France a entrer officiellement en guerre en 1635 pour soutenir les protestants et pour prévenir l'encerclement du royaume par les possessions des Habsbourg (Nord et Sud). Des combats difficiles pour les Français qui doivent faire face à plusieurs fronts des impériaux et des espagnols, se déroulent en Bourgogne, Franche-Comté, Italie du Nord, Normandie et aux Pays Basque. Le futur Ferdinand III repousse définitivement les Suédois. En France, la gouvernance est passée de Richelieu à Mazarin en 1641 et Henri de La Tour d'Auvergne, Maréchal de Turenne (†1675) donne à la France ses plus belles victoires : prise de la forteresse de Vieux-Brisach, conquête du Roussillon, décisive Victoire de Zusmarshausen en 1648 qui mènera à la cessation des combats. Les victoires de Louis II Bourbon Condé[2], notamment celle remportée à la Bataille de Rocroi en 1643 où il défait les tercios espagnols (les tiers : arquebusiers, escrimeurs et piqueurs) réputés jusque-là invincibles et qui lui vaut le surnom du Grand Condé ont aussi largement contribué avec les victoires suédoises sur Prague à pousser l’empereur à la tenue du congrès de Münster (Westphalie) en 1644. Des négociations avaient commencées dès 1641.


C’est à l’initiative de la France et de la Suède qu’est signé en 1648 le Traité de Westphalie. Le Traité de Münster entre Espagne et Pays-Bas entérine l’indépendance des ces derniers.

« La France, qui se voit confirmer officiellement la possession des Trois-Évêchés [Metz, Toul, Verdun], reçoit, en outre, le landgraviat de Haute-Alsace, la préfecture de la Décapole alsacienne [Ligue de dix villes dont Colmar, Turckheim, Mulhouse, Munster…), le bailliage de Haguenau, ainsi que des droits politiques, féodaux ou judiciaires sur de nombreux territoires de Basse-Alsace[3] détachés de l'Empire, ne comprenant ni Strasbourg ni Mulhouse.


Annexant la Poméranie occidentale (ou antérieure), les évêchés de Wismar, Brême et Verden, la Suède s'assure le contrôle des estuaires de l'Oder, de l'Elbe et de la Weser, et donc celui du commerce allemand en Baltique et en mer du Nord ; enfin, ces territoires restant incorporés à l'Empire, le roi de Suède devient un prince allemand et siège à la diète de Francfort.

De ce fait, le statut politique de l'Allemagne se trouve profondément modifié par ces traités qui lui donnent une véritable Constitution, dite Constitutio Westfalica : le nombre des Électeurs est porté de 7 à 8 (5 laïques contre 3 ecclésiastiques ; 5 catholiques contre 2 luthériens et un calviniste) ; l'égalité entre les villes, les Électeurs et les princes d'Allemagne est proclamée ; enfin les traités de Westphalie reconnaissent la souveraineté des 350 États allemands, qui peuvent désormais signer entre eux ou avec des États étrangers des traités ou contracter des alliances, leur conscience seule pouvant garantir le respect des droits de l'Empire.


Le Saint Empire, diminué des Provinces-Unies et de la Confédération helvétique, dont l'indépendance est officiellement proclamée, est donc réduit à une totale impuissance, voulue d'ailleurs par la France et par la Suède, qui sont désormais garantes de la paix allemande ». (Encyclopédie Larousse)

L'Allemagne en ressort exsangue et se retrouve disséminée en plus de 350 principautés indépendantes. Environ 1/3 de la population du St Empire qui comptait 15 à 20 millions d’habitants aura été tué, soit de 4 à 5 millions de morts, combattants et civils.

« La guerre de Trente Ans est le premier grand conflit des Temps modernes » (Fabienne Manière, Hérodote/ la Guerre de Trente ans)


La Guerre Franco-Espagnole

Le traité de Westphalie ne met pas fin aux craintes de la France de se voir dominée par les Habsbourg. Les troupes espagnoles du Nord restent une menace permanente. Mais les Habsbourg, particulièrement la Maison d’Autriche, est ressortie affaiblie de ce long conflit qu’a été la Guerre de Trente Ans ; « un conflit d’une violence sans précédent opposant la presque totalité des puissances européennes et qui a ruiné l’Europe ». Après le traité, la guerre directe avec l’Espagne qui a commencé en 1635 va se poursuivre jusqu’en 1659.

La Fronde, plutôt les Frondes, celle du Parlement (1648-49) et celle des Nobles (1650-53) va se dérouler au cours de cette guerre. Le Prince de Sang Louis II de Bourbon-Condé dit le Grand Condé (1621-1686), cousin de Louis XIV et Henri de La Tour d'Auvergne, vicomte de Turenne (1611-1675), co-chefs militaires pendant la Guerre de Trente Ans vont s’affronter pendant la Fronde (1648-1653). Chef de la Fronde des Nobles, Condé a été surnommé Le Grand, pour sa hardiesse à l’assaut et son courage au combat. Mais Turenne est un plus fin stratège. Ce dernier rallié un moment aux Frondeurs est battu avec les Espagnols par le duc de Choiseul dans les Ardennes fin 1650.  Revenu dans le camp royal, durant cette Fronde, il battra par trois fois le Grand Condé aux batailles de Bléneau et d’Étampes en 1652 et à celle du faubourg Saint-Antoine la même année, bataille au cours de laquelle la duchesse de Montpensier, dite la Grande Mademoiselle, fille de Grand Monsieur, fit tirer le canon de la Bastille sur les troupes royales de Turenne et sur le roi posté sur les hauteurs de Charenton.


Si La Fronde désorganise la France et divise le pays en véritable guerre civile, l’Espagne de son côté est empêtrée dans La Guerre de Restauration (Guerre d’Acclamation) menée par le Portugal, qui va s’étaler de 1640 à 1668 et par la Guerre des Faucheurs, révolte des Catalans contre la présence des troupes castillanes qui défendent la frontière orientale de la péninsule contre la poussée française (Turenne prend Collioure en 1642). En 1653, Condé va s’allier à l’Espagne. Après la Fronde, ses troupes seront battues par celles de Turenne à Arras en 1654. En 1655, ce même Turenne prendra les forteresses de Landrecies, de Condé-sur-l’Escaut et de Saint-Ghislain. Il battra une dernière fois et de façon décisive le prince à la Bataille des Dunes en 1658.

 « Dunkerque est anglaise depuis 1652, mais c’est à la bataille dite des Dunes que son destin sera scellé. [Cette bataille oppose] la France, la Grande-Bretagne et les Provinces-Unies à l’Espagne et Condé. Ce sera une nouvelle victoire de Turenne sur Condé. La ville deviendra française en 1662 après son achat par Louis XIV. Cette victoire franco-britannique mènera par la suite au Traité des Pyrénées [1659 déplacement de la frontière franco-espagnole au-delà du Roussillon]. Après la bataille des Dunes, la Flandre est à la merci des français mais, sagement mais, sagement, Mazarin conseille alors au roi de négocier avec l’Espagne sans avancer plus loin en Flandre afin de ne pas inquiéter les Anglais et les Hollandais (ce que la France fera lors de la guerre de Dévolution de 1667). En somme, la défaite espagnole, combinée à la volonté de modération de la France, mène à l’ouverture des négociations.». (Émeric Hochart, La Guerre Espagnole, Linkedin.com)


Henri de La Tour d’Auvergne, Vicomte de Turenne (Corrèze) recevra l’insigne et rare titre de Maréchal de France en 1660. Il est resté célèbre outre pour ses victoires pour sa célèbre phrase se parlant à lui-même : « Tu trembles, carcasse, mais tu tremblerais bien davantage si tu savais où je vais te mener ! » qu’il prononça en 1675 à la bataille de Salzbach, durant la Guerre de Hollande (1672-1678).

 En 1659, La Paix des Pyrénées met fin au conflit. Une des clauses stipule le mariage de Louis XIV à l’infante Marie-Thérèse (1638-1683), Infante d’Espagne et du Portugal, Archiduchesse d’Autriche, fille de Philippe IV. Le mariage a lieu en juin 1660 sur l’Île des Faisans sur la Bidassoa qui sépare la France de l’Espagne. Là-même sera signé en novembre le traité, les rois étant représentés par leur ministre, le cardinal Mazarin et don Luis de Haro. La France obtient plusieurs territoires dont le Roussillon en contre partie de quoi elle renonce à toute prétention sur le Comté de Barcelone et renonce à soutenir le Portugal, indépendant depuis 1640.

De la Guerre de Trente Ans et celle qu’elle vient de perdre face à la France, l’Espagne sort ruinée et totalement vaincue. Elle ne peut plus entretenir ses troupes aux Pays-Bas Espagnols. Elle perd sa domination sur l’Europe tandis que la France devient la grande puissance incontestée de l’Europe. On entre dans « Le Siècle de Louis XIV » selon la formule de Voltaire.


La Guerre Anglo-Espagnole

Le Commonwealth Anglais (1649-1660) sous la gouvernance d’Olivier Cromwell s’est allié à La France contre l’Espagne par la Traité de Paris signé en 1657. Trois villes du Nord de la France sont mises sur la balance : en cas de victoire Mardyck reviendrait au Anglais, Dunkerque et Gravelines aux Français. A la Restauration anglaise, en 1662, l’Angleterre de Stuart II vendra Dunkerque à la France pour 5 millions de livres[4].

      Les flottes anglaises et espagnoles vont s’affronter. En 1655, les Anglais occupent la Jamaïque et remportent deux batailles décisives, celle de Cadix en 1656 et de Santa Cruz de Tenerife en 1657.


La Guerre de Restauration

La Guerre d’Acclamation (1640-1668) voit s’affronter le Portugal sous domination espagnole depuis 1580 et l’Espagne. En 1640, une suite de révoltes contre la domination espagnole au pouvoir le duc Jean II de Bragance qui va régner sous le nom de Jean IV du Portugal dit Le Restaurateur (1604-1656). Le roi Philippe III du Portugal (Philippe IV de Castille) est déposé. Par son alliance avec la France, le Portugal entre dans la Guerre de Trente Ans.

En même temps se déclare en Catalogne la Guerre des Faucheurs (1640-1652), la population catalane ne supportant pas la présence des troupes castillanes venues défendre la frontière est de la péninsule. De 1640 à 1659, cette guerre va consister en une série d’incursions en Castille. L’Espagne est obligé d’y concentrer un nombre importants de tiercos, unité militaire de 10 compagnies regroupant des piquiers, des escrimeurs et des arquebusiers armés d’arquebuses, armes à feu à l’épaule, lourde, ou des mousquetaires armés de mousquets, arme à feu à l’épaule plus légère et de plus grande portée.


En 1648, le Portugal qui n’a trouvé d’alliée en la France que par le biais de l’opposition de celle-ci à l’Espagne a pour ainsi dire été exclus de La Paix des Pyrénées. Son traité avec l’Angleterre en 1652 ne lui apportera pas plus. Et de plus, cette année-là, les troupes espagnoles ont définitivement conquis le Comté de Barcelone, ce qui libère les troupes. En 1656, Jean IV du Portugal meurt. Sa femme,   Louise-Françoise de Guzman assure la régence jusqu’à ce que son fils, Alphonse IV (1643-1683) monte en 1662 sur le trône. Les Cortes prononceront sa déchéance le 24 novembre 1667 pour raison ‘psychiatrique’.

Malgré le renfort des troupes ramenées de Catalogne,  le Portugal va remporter chez lui quatre victoires déterminantes : Elvas en 1659, Ameixial en 1663, Castelo Rodrigo en 1664 et Montes Claros en 1665. Cette même année 65, Philippe IV meurt. Son fils Charles II n’ayant que quatre ans, c’est sa mère, Marie-Anne d’Autriche, qui va assurer la régence. Juan-José d’Autriche, fils illégitime du défunt roi, qui fut Vice-roi de Sicile de 1647 à 1651 et gouverneur des Pays-Bas Espagnols en 1656, se révolte pour prendre le pouvoir mais il n’obtiendra que la vice-royauté de l’Aragon.

Du côté portugais comme du côté espagnol, les conditions sont requises pour que soit signé en 1668 le Traité de Lisbonne par lequel l’Espagne reconnaît définitivement l’indépendance du Portugal. Charles II Stuart, nouveau roi d’Angleterre depuis un an après l’épisode de la république de Olivier Cromwell (†1658) a servi d’intermédiaire.


La Guerre de Dévolution

La paix ne s’établit toujours pas entre la France et l’Espagne. Après la Guerre de Trente Ans et la Guerre Franco-Espagnole, un nouveau conflit éclate entre les deux pays qui va durer deux années. La Guerre de Dévolution va s’étendre en 1667 et 1668. Les Pays-Bas Espagnols (Pays-Bas Méridionaux) et la Franche-Comté appartiennent toujours à l’Espagne. A la mort de Philippe IV en 1665, Louis XIV, son gendre de par son mariage avec sa fille Marie-Thérèse aînée, fait valoir ses droits sur le Brabant et la Franche-Comté en vertu du droit de dévolution en vigueur dans le Brabant. Il s’appuie pour contester le testament de Philippe IV sur le non-paiement des 500 000 écus de dot de sa femme, qui devaient compenser la renonciation de ses droits à la succession espagnole.


Le droit de dévolution est le droit permettant le transfert d’un patrimoine dans une autre. «Passage de droits héréditaires au degré subséquent par renonciation du degré précédent, ou à une ligne par extinction de l'autre ».  Dans le Brabant, il permet aux enfants d’un premier lit, fils ou fille, d’avoir la priorité sur tous les autres enfants.

Au printemps de 1667, les troupes françaises commandées par Turenne envahissent le Flandres et un an plus tard, ce sont celles commandées par le Grand Condé, redevenu loyal,  qui occupe la Franche-Comté. Cette même année, Louis XIV a trouvé l’appui de l’Électeur de Brandebourg ; et l’année suivante il signe un accord secret avec l’empereur Léopold 1er prévoyant que les Pays-Bas Espagnols seraient reconnus comme possession française. L'Angleterre, les Provinces-Unies et la Suède forment, elles, à La Haye en 1668 la Triple Alliance destinée à stopper l’invasion des Pays-Bas par les troupes françaises. De par cette alliance, Louis XIV se voit alors contraint de signer le Traité d'Aix-la-Chapelle (2 mai 1668). Il restitue la Franche-Comté, mais conserve les douze places conquises par Turenne en Flandre, dont Lille, Tournai, Douai, Charleroi et Armentières.   

Si la prépondérance française sur le continent est devenue incontestable, elle suscite une inquiétude toujours plus grande chez ses voisins car elle s’accompagne d’une politique expansionniste que rien ne semble contenir.


La Guerre de Hollande

La Guerre de Hollande opposa la France aux Provinces-Unies de 1672 à 1679. La guerre entre les deux pays a d’abord été économie. Depuis plusieurs années, Colbert tentait par une politique protectionniste de tarifs douaniers de réduire la montée en puissance de l’économie hollandaise qui ne cessait de s’accroitre de par le commerce maritime. Et Louis XIV n’a toujours pas digéré la Triple Alliance de mai 1668 entre l’Angleterre, les Provinces-Unies et la Suède, qui l’a empêché de poursuivre son avancée vers les Pays-Bas (voir Guerre de Dévolution). Louis XIV arrive en 1670 à renverser les alliances au Traité de Douvres, qui voit l’union de La France à l’Angleterre, la Suède, la Principauté de Münster et l’Électorat de Cologne.


L’Angleterre déclare la Guerre aux Provinces-Unies en 1672 (voir Seconde Guerre Anglo-Néerlandaise), puis la France. Face à l’arrivée des troupes françaises commandées par Turenne et Condé, les hollandais ouvrent leurs digues. John de Witt et son frère Cornelis sont lynchées par une population qui les rend responsables de la situation catastrophique de leur pays. L’année 1672 sera appelée Rampjaar (« année de tous les désastres »). Guillaume-Henri d’Orange (futur Guillaume III d’Angleterre) qui l’attendait de longue date est enfin nommé en cette même année stadhouder des deux plus importantes provinces sur les sept que compte les Provinces-Unies, la Hollande et la Zélande. Il avait proposé à Charles II d’Angleterre d’appuyer sa candidature auprès des États Généraux de Hollande en contre partie d’une alliance avec l’Angleterre[5]. Un an plus tard il arrive à coaliser l'Empire, l'Espagne et le duc de Lorraine par le Traité de La Haye, puis le Danemark un an après. La France résiste. La Franche-Comté qui avait été envahie en 1667 est conquise.  Turenne prend Turckheim (Alsace, 1675). Valenciennes est prise qui sera définitivement française par le Traité de Nimègue (1678) ; traité  qui donne également à la France la Franche-Comté, l’Artois, et d’autres villes du Hainaut et du Cambrésis ; qui renforce une frontière qui sera quasi définitive. En contrepartie, elle cède d’une part à l’Espagne, quelques places fortes acquises aux Traité d’Aix-La-Chapelle (1668) et d’autre part reconnaît l’intégralité du territoire des Provinces-Unies. Elle abroge la barrière douanière drastique qu’avait érigée Colbert en 1667. Des tractations avec l’empereur Léopold 1er, notamment au sujet de l’Alsace n’aboutiront qu’au Traité de Ryswick en 1696 ( voir Guerre de La Ligue de Habsbourg)


Les Guerres Anglo-néerlandaises

Il y eut au cours du XVIIème siècle quatre conflits opposant l’Angleterre et les Provinces-Unies.

Première Guerre

La première guerre, entièrement maritime, qui oppose les flottes néerlandaise et anglaise de la république de Cromwell (Le Commonwealth d'Angleterre 1649-1660) commence en 1652 lorsque les Provinces-Unies renforcent leur flotte militaire par des navires marchands pour se protéger des attaques des navires anglais qui, selon le Navigation Act de 1651, devait interdire l’importation de marchandise embarquée sur des navires non anglais en représailles du soutien de la France aux royalistes anglais (exécution de Charles 1er en 1649) réfugiés à la Barbade, grand port de l‘exportation du sucre, mais aussi porte sur le trafic des Bermudes et de la Virginie.

La rivalité, déjà entamée au siècle précédent sur les comptoirs portugais en Inde, va se poursuivre par la fondation au XVIIème siècle de la Compagnie Anglaise des Indes Orientales (1600) et de la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales (1602). Par le Traité de Westminster de 1654 (il y en aura un second en 1674), les Provinces-Unies reconnaissent le Navigation Acts par lequel seuls les navires anglais peuvent commercer avec les colonies anglaises. L’Angleterre va cette fois-ci affirmer sa suprématie maritime dans ses colonies américaines (Virginie, Plymouth, Maryland…). En Mer du Nord et Baltique, on ne saurait parler de suprématie. Les prises de possessions territoriales par la Suède des rives de la Mer Baltique et d’une partie de la Mer du Nord permet à l’empire suédois d’impose un dominium maris baltici suédois (1658-1709 souveraineté sur la mer Baltique) sur le Danemark et des droits de douanes sur les navires marchands accostant aux ports suédois et non suédois, en Scanie, Poméranie, Livonie, Ingrie, Estonie.


Deuxième Guerre

La Deuxième Guerre Anglo-Néerlandaise se déroule entre 1665 et 1667. La royauté a été rétabli en 1661 par la montée sur le trône du fils de Charles 1er, Charles II. Après le Traité Westminster de 1654, l’Angleterre a eu maille à partir avec l’Espagne (Guerre Anglo-Espagnole   1654-1660), tandis que les Provinces-Unies interviennent contre la Suède au cours d’une série de conflits que celle-ci entretient avec les pays de la Baltique (Première Guerre du Nord 1655-1660).

La deuxième guerre débute en fait en 1664, quand, les Néerlandais ayant pris possession des colonies d’Afrique de l’Ouest, la flotte anglaise attaque la flotte néerlandaise en Méditerranée. En 1665, Londres connaît sa dernière grande épidémie de peste qui va faire 75 000 morts soit environ 20 % de sa population. Les navires néerlandais qui font blocus sur la tamise sont contaminés et doivent se retirer. L’Angleterre va chercher une diversion à cet affrontement maritime au cours duquel les blocus entrepris par chacune des parties n’ont pas donné de résultats probants. Elle va chercher son alliance auprès du Prince-Évêque de Münster (Rhénanie-Westphalie),   Christoph Bernhard von Galen (†1678) qui revendique une province hollandaise. Les Néerlandais vont obtenir l’appui des Danois et de la France qui déclare la guerre à l’Angleterre en 1666 mais qui en même temps prévoit d’attaquer les Pays-Bas Espagnols, ce qui limite fortement son engagement maritime, d’autant qu’elle envisage d’attaquer aussi Münster, avec le soutien de l'électeur Frédéric-Guillaume Ier de Brandebourg.

En juin 1666, la flotte anglaise et les flottes franco-néerlandaise s’affrontent au cours de la Bataille des Quatre Jours qui se solde par une victoire néerlandaise. Mais deux mois plus tard ce sont les anglais qui prennent l’avantage à la Bataille de North Foreland.

En Septembre 1666, se déclare le Grand Incendie de Londres qui voit brûler entièrement la City et l’ancienne cathédrale St Paul. Des négociations de paix s’engagent bien que la guerre se poursuive dans les colonies. En juillet 1667, est signé le Traité de Breda qui lie l’Angleterre de Charles II, les Provinces-Unies de John de Witt, le Danemark de Frédéric III et la France de Louis XIV qui a commencé à envahir la Flandres (Voir Guerre de Dévolution).

« Les Néerlandais abandonnèrent aux Anglais la Nouvelle-Amsterdam (future New-York, partie du territoire de la Nouvelle-Nederland [6]), contre les fabriques de sucre du Suriname [Guyane Néerlandaise]. Du côté des Indes Orientales, les Provinces-Unies s’assurèrent un monopole mondial sur la noix muscade. En Amérique du Nord, l’Acadie [Nord Amérique] est rendue à la France » (Wikipédia)


Troisième Guerre Anglo-Néerlandaise

La Troisième Guerre Anglo-Néerlandaise se déroule de 1672 à 1674 et prend fin par le second Traité de Westminster. C’est une nouvelle fois une guerre maritime entre deux pays dont le but est toujours la domination des voies maritimes dans le Nord mais aussi dans les colonies, américaines. Elle se déroule imbriquée dans la Guerre de Hollande engagée par la France de 1672 à 78. Les flottes anglaises et françaises qui ont fait alliance subissent trois défaites consécutives, celle de la bataille de Solebay en 1672 et lors de la première et de la deuxième bataille de Schooneveld et de Texel en 1673. Le Parlement anglais contraint le roi à la paix. Avec la Paix de Westminster, l'Angleterre quitte la guerre en février 1674.


La Guerre Suédo-Danoise

Cette guerre est généralement appelée Guerre de Scanie car elle se déroula essentiellement au sud de la Suède, en Scanie région convoitée par les Danois, et en Poméranie ; la Poméranie, située sur la côte sud de la Baltique entre Allemagne et Pologne, était gouvernée par la Suède jusqu’au Traité de Westphalie de 1648 par lequel elle sera scindée entre Poméranie Suédoise et la Poméranie Orientale (Gdańsk, Dantzig) qui ira à l’Électorat de Brandebourg gouverné par les Hohenzollern avec pour capitale Berlin. En 1618, par union personnelle (un seul gouvernant pour deux états), le Duché de Prusse sera aussi gouverné par les Hohenzollern.


La Suède de Charles XI est alliée à la France, tandis que le Danemark l’est aux les Provinces-Unies, à la Norvège, et à l’Électorat de Brandebourg qui avait apporté son soutien à Louis XIV en 1667 pendant la Guerre de Dévolution. Cette guerre dano-suédoise, qui se déroulera de en 1675 à 1679, s’inscrit dans la Guerre de Hollande qui oppose depuis1672 la France aux Provinces-Unies. Pendant La Première Guerre du Nord (1660-1665), la Suède avait été opposée au Danemark et au Brandebourg (plus la Pologne et la Russie), et l’année 1660 avait était l’année de l’apogée de son expansion en Mer Baltique. Les Pays-Bas, eux, étaient intervenus contre la Suède au cours de la Seconde Guerre Anglo- Néerlandaise (1665-1667).

La Scanie avait était annexée par la Suède en 1658. La population était composée de paysans farouchement indépendants et d’une importante population marginale de gueux, d’errants, de snapphanara d’où vient le nom de chenapans. En 1676, Les Danois et leurs alliés remportent l’importante victoire de la Bataille Navale d'Öland à partir de laquelle les Danois vont être maitres en Baltique jusqu’à la fin du conflit. Les troupes danoises envahissent la Scanie cette même année 76. La Révolte des Snapphanarna va surgir pour les soutenir. En 1677, elles vont commencer à se retirer et mais vont armer les révoltés. En 1678, avant de partir, elles vont laisser une terre systématiquement ravagée[7]. L’alliance avec la France aura été déterminante pour la Suède qui, en 1676, remporte La Bataille de Lund (Nord Scanie) et la Bataille de Landskrona 1677.

 Le Traité de Fontainebleau qui intervient en 1679 grâce à la France, qu’entérine la Paix de Lund la même année, met fin au conflit sans qu’on puisse vraiment dire qui est le vainqueur et qui est le vaincu. Le Danemark rend toutes les terres prises pendant le conflit y compris la Scanie au grand dam de sa population.


La Guerre de Réunion

En 1679, Louis IV va commencer à entreprendre d’annexer des territoires aux statuts et aux frontières, mal définis. Il s’agissait entre autres des villes et places conquises à la suite de la Guerre de Dévolution (1667-68) et de la Guerre contre la Hollande (1672-78). dont les traités avaient mal défini les limites. Cette politique d’expansion, connue sous nom de Politique des Réunions va se poursuivre jusqu’en 1684. Le roi n’envisage pas moins que l’annexion légale de régions comme la Franche-Comté (Comté de Bourgogne), de l’Alsace et de l’Épiscopat de Metz (Lorraine). Il crée pour cela des Chambres de Réunion qui doivent faire reconnaître aux dépens de ces territoires leur vassalité. Décrets après décrets, les villes, châteaux, comtés, baronnies, seigneuries et autres baillages de ces derniers sont ‘réunis ‘.

A cette démarche qui se veut légale, administrative, le roi joint la force et prend les deux possessions espagnoles, Courtrai et le Luxembourg en 1684, et fait bombarder par sa flotte Gênes dont la marine soutenait l’Espagne. En un premier temps, les Pays-Bas qui viennent de sortir du conflit avec la France en 1678, et l’Autriche qui a les Ottomans aux portes de Vienne ne peuvent intervenir et conviennent d’une trêve, la Trêve de Ratisbonne de 1684 qui reconnaît à Louis XIV les territoires ‘réunis’. L’Espagne isolée ne peut que faire de même. Mais cette trêve n’est conclue que pour une période de vingt ans.

 Mais la Hollande et l’empire vont quand même former en 1686 La Ligue d’Augsbourg. En 1685, Louis XIV ayant soutenu sa belle-sœur, Élisabeth-Charlotte de Bavière[8],  Princesse Palatine (son fils Philippe sera régent) lors de la succession du Palatinat.


La Guerre de la Ligue d'Augsbourg 1689-1697

La Guerre de la ligue d'Augsbourg (1689-1697), appelée aussi Guerre de Neuf Ans, Guerre de la Succession Palatine ou Guerre de la Grande Alliance, entame un long conflit entre la France et l’Angleterre et marque le début de la grande rivalité qui va opposer les deux pays jusqu’au XIXème siècle.

En 1689, Guillaume d'Orange-Nassau (1650-1702), stathouder des provinces de Hollande et Zélande (et non des sept provinces), accède au trône d'Angleterre sous le nom de Guillaume III en épousant en 1677 la fille de Jacques II, Marie II Stuart (1662-1689-1694), qui allait régner avec lui. Guillaume avait notamment accepté cette alliance parce qu'il voulait que l'Angleterre lutte à ses côtés contre le roi de France. Louis XIV, en effet, poursuivait sa politique expansionniste et, par ailleurs, se refusait à cautionner la montée sur le trône d’Angleterre d’un roi qui ne soit pas un Stuart. Jacques II Stuart, fils de la dernière fille d’Henri IV, Henriette-Marie de France, tante de Louis XIV, s’était alors réfugié en France après sa déposition en 1688. Il meurt à Fontainebleau en 1701. Son abandon du trône pendant La Glorieuse Révolution amena sa fille et son gendre au pouvoir. La France avait toujours soutenu la Maison Écossaise contre les Anglais. Elle avait soutenu Marie-Stuart qui, élevée en France, avait été reine d’Écosse de 1443 à 1667, reine d’Angleterre de 1558-1559 en succédant à Marie 1ère Tudor et de par son mariage avec François II, fils de François 1er, reine consort de France en 1659-60. En 1689, l’Espagne, s’alliant à la Ligue, déclare la guerre à la France. Les Pays-Bas Espagnols deviennent une région intense de combats, de même que dans une Catalogne en révolte. Les troupes espagnoles sont défaites à la Bataille de Fleurus en 1690, et à la Bataille de la rivière Ter (Catalogne) en 1693. Barcelone tombera en 1697.


Malgré cette puissance coalition de quasiment toutes les puissances européennes contre la France et la puissante flotte anglo-néerlandais, la France teint bon. Aucune issue d’un côté comme de l’autre ne se dessinant, en 1697 est signé le Traité de Ryswick entre la France, les Provinces-Unies, l'Angleterre et l'Espagne, puis l’Empire. Louis XIV rend les territoires occupés sauf Longwy et Strasbourg dont il avait directement pris possession en 1681 à la tête de son armée. Il reconnait la légitimité de Guillaume III. Les Provinces-Unies obtiennent des avantages commerciaux dans les ports français.


Notes


[1] Pour la Première Défénestration de Prague voir la révolte en 1419 des Hussites, partisans de Jean Huss, précurseur de la Réforme, condamné au bucher en 1415 au cour du Concile de Constance. (voir T 2, V1/ Réforme Radicale/Hussites de Moravie)

[2] Grand mais pas par la taille. Condé, cousin de Louis XIV, était de petite taille, mais n’en était pas moins un grand séducteur. Chef de la Fronde des Nobles (1648-1653), il va s’allier à l’Espagne. Ses troupes seront battues par celles de Turenne à la Bataille des Dunes en 1658.

[3] « À la fin de la guerre de Trente Ans, l’Alsace est exsangue. La population a été décimée par les massacres [luthériens et suédois], les épidémies et la famine. L’Alsace a perdu la moitié de ses habitants. Il ne reste plus que 250.000 habitants. La moitié des habitations sont détruites… En créant les Chambres de Réunion en 1678, Louis XIV tentera de s’approprier du reste de l’Alsace. Les habitants devront prouver par des actes qu’ils sont propriétaires de leurs terres ancestrales… Malgré le Traité de paix de 1679, signé à Nimègue entre l’empereur du Saint-Empire-Germanique Leopold et le roi Louis XIV, celui-ci décide, sans aucune déclaration de guerre, de s’approprier la République de Straßburg » (https://alsaciae.org/histoire-chronologique-de-lalsace/)

[4] Les sources varient sur la valeur (fluctuante ?) de la livre tournoi (fondu à Tours) sous Louis XIV : « 1651-76, 1livre=7,53»g d’argent = 2,37€ ( 1701-25,1L=5,49g=1,73€) (http://www.histoirepassion.eu/?Conversion-des-monnaies-d-avant-la-Revolution-en-valeur-actuelle) ou lien « la livre tournois en 1709 valait 0,38 gr d’or fin » (Wikipédia/Livre Tournois). Si 1livre valait 2,37€, au moment de la vente de Dunkerque, 5 millions de livres équivaudraient à 11 850 000 euros.

[5] Guillaume III était le fils de Guillaume II et de Marie-Henriette d’Angleterre, fille de Charles 1er et fille de Henriette-Marie de France (fille de Henri IV) et sœur de Charles II.

[6] Et non l’ensemble des territoires de la Nouvelle-Nederland qui deviendra possession de la Nouvelle-Angleterre par le second Traité de Westminster en 1674. La Nouvelle-Nederland était ‘coincée’ entre la Virginie ( qui deviendra possession royale à la fermeture de la compagnie du même nom) et La Nouvelle-Angleterre, berceau des États-Unis.

[7] Sur cette révolte et cette guerre voir Claude Reynaert Révolte des Chenapans Revue du Nord Année 1972  213 pp. 151-172 (Persée).

[8] Pour son œuvre littéraire voir Littérature/Allemagne. Ne pas confondre avec sa fille Élisabeth-Charlotte d’Orléans, épouse de Léopold 1er.




LES COLONIES

Espagnoles- Portugaises - Anglaises -Française - Les Découvertes - Les Corsaires


Les Colonies Espagnoles

Les territoires constituant dans le Nouveau Monde, la  Nouvelle-Espagne, ont été conquis au XVIème siècles est constitue une vice-royauté   qui instaurée dès 1535 disparaitra en 1821 avec la proclamation de l’indépendance du Mexique. Elle est de ce fait parfois appelée ‘Vieux Mexique’ qui englobait au nord les territoires   qui deviendront après avoir conquis leur indépendance les états de Californie, Arizona, Nouveau-Mexique et Texas. Au sud du Mexique, la colonisation espagnole qui s’est étendue aux actuels Guatemala,  Pérou, St Domingue et Cuba prendra fin avec les guerres d’indépendances au début du XIXème siècle.

Pour conserver ses possessions, l’Espagne sera en conflits avec les puissance européennes désireuses, souvent par l’intermédiaires de leurs pirates, notamment l’Angleterre, d’établir des colonies à buts commerciaux.

Quant aux Indes Occidentales, Los Indias Orientales Españolas regroupant les Philippes et Guam et les îles environnantes, possession espagnoles en 1565,  elles deviendront possessions des États-Unis sortis vainqueurs de  la  guerre hispano-américaine de 1888.

Paradoxalement, durant le XVIIème siècle,  les richesses qui continueront d’arriver d’outre-mer par la ‘Flotte des Indes’ et le ‘Galion de Manille’ (voir Événement Majeurs Généraux/ Les Compagnies), argent, or pierres précieuses, perles, épices, sucre, tabac, soie, bois exotiques, produits alimentaires, sera un des facteurs de son déclin économique. Le royaume vivant de cette manne n‘éprouvera pas le besoin de développer des moyens de productions permettant d’assurer un enrichissement pérenne et une concurrence sérieuse vis-à-vis d’autres pays qui, comme la France, les Pays-Bas et l’Angleterre, entreprirent de le faire.


Les Colonies Portugaises

Avec Henri Le Navigateur (1394-1460), fils du roi João 1er, le Portugal fut le premier pays européen à lancer des expéditions pour la  découvertes de nouvelles terres et de nouvelles richesses (or, épices). La colonisation, commencée par la  création de comptoirs commerciaux côtiers suivie de leur fortifications défensives, va s‘étendra à l’intérieur sur de  vastes territoires. Après les  découvertes de Madère en 1420  et du Cap Vert en 1462, les possessions  portugaises vont occuper les côtes ouest et est de l’Afrique, plus tard   le Mozambique (1506) Angola (1571)

A l’est, au-delà du Cap de Bonne-Espérance sera créé l'Estado da India. En 1509, Magellan arrivait déjà en Cochin ( Côte de Malabar, Kérala) ; en 1530,la capitale de la vice-royauté fut installée à Goa. Furent fondés les comptoirs de Macao en 1557 et de Nagasaki en 1571 puis de Java et Sumatra

A l’ouest, le  Brésil  commença à être colonisé en 1532. Les Portugais durent faire face aux ambitions territoriales française entre 1523 et 1631, et  hollandaises entre 1630et 1654. Sa principale richesse, avec Madère,  était le sucre. Là aussi, l’esclavage, l’exploitation d’hommes et de femmes, tint un rôle primordial dans l’exploitation des terres.

La concurrence était rudes entres les différentes compagnies des puissance maritimes (voir ci-après  Compagnies).  Les ports étaient systématiquement attaqués par les pirates anglais et français et particulièrement hollandais.  La flotte néerlandaise attaqua durant la première moitié  du XVIIème siècle aussi bien Macao que le Mozambique, l’Angola, le Brésil, Malacca, Colombo, Cochin. En 1622, aidés des musulmans, les Anglais prirent Hormuz avec son détroit stratégique (Golfe persique). L’empire commença de s’effriter.  

Le déclin se poursuivit au XVIIIème siècle par la perte de ports aussi bien que par la contrainte  de la part  des Français, Anglais et Néerlandais  de  concessions commerciales particulièrement défavorables. Au XXème siècle, ce qu’il restait des possessions africaines furent l’objet de luttes sanglantes pour leur indépendance ; L’indépendance du Mozambique et de l’ Angola fut reconnue en 1975. Goa était devenue indienne en 1962 et Macao sera chinoise en 1999.


Colonies Anglaises

Virginie

La première colonie s’était installée en 1607 en Virginie à Jamestown. Elle disparut en 1694 à la suite de son incendie au cours d’une révolte connue sous le nom de ‘Révolte de Nathaniel Bacon’ ; révolte qu’avait menée contre le gouverneur William Berkeley, un regroupement d’anglais, d’indiens et d’esclaves africains. Jamestown n’aura été la capitale de la Virginie qu’en 1699, date à laquelle le siège du gouvernement est déplacé à Williamsburg (Middle Plantation) fondée en 1632.

C’est en Virginie qu’arrivent en 1619, les premiers esclaves africains amenés par un bateau hollandais (voir Traite des Noirs).

La Virginie fut l’un des treize premiers états et joua un rôle de premier plan dans la création des États-Unis. Sur les cinq premiers Présidents, quatre sont originaires de Virginie dont Washington et Jefferson.


Plymouth Colony

En 1620, les Pilgrims Fathers, puritains, qui forment la secte la plus connue des Dissenters (dissidents de l’Anglicanisme) s’installent en Nouvelle-Angleterre avec à leur tête William Bradford. Ils débarquent d’un navire marchand, le Mayflower, sur les côtes du Massachusetts et fondent la deuxième colonie anglaise, la Colonie de Plymouth. Au cours de la traversée, les hommes signent un accord connu sous le nom de Mayflower Compact qui définissait la forme de gouvernement qui régirait leur communauté. Cette forme de gouvernement servira de base aux futurs gouvernements des États-Unis. Ces pèlerins s’étaient exilés pour pouvoir pratiquer librement leur religion. Les Américains leur doivent le premier amendement de leur constitution : la liberté d’expression qui sous-entend la liberté de culte.

La colonie de Plymouth est connue pour être la première à avoir instauré la tradition du Thanksgiving (Action de Grâce), à l’origine fête de la moisson célébrée en novembre pour remercier Dieu de la récolte. Au premier repas de 1621, des membres des tribus des Wapanoagas et leur chef, le Sachem Philip (King Philip) furent conviés. Ils apportèrent des dindes, plat devenu le plat traditionnel de cette fête (voir Angleterre/ Guerre Anglo-Amérindiennes).

En 71 ans, en 1691, la colonie va fusionner avec celle de la Baie de Massachusetts pour former la province de la baie de Massachusetts

« Outre Thanksgiving, l'héritage de la colonie de Plymouth, relativement éphémère, réside dans l'esprit d'indépendance, d'autonomie gouvernementale, de volontariat et de résistance à l'autorité des pèlerins qui ont été le fondement de la culture américaine à travers l'histoire[1] ».


Province de Caroline

La province de Caroline, du nom de Charles 1er, réunissait à l’origine la Caroline du Sud et celle du Nord. En 1627, Robert Heath, calviniste convaincu, membre de la commission du Tabac pour la Virginie, reçoit de Charles 1er une concession au sud de la colonie de Virginie. A partir de 1653, par l’arrivée de colons de Virginie et de Nouvelle-Angleterre, de planteurs déjà riches venus des Bermudes et de La Barbade avec des centaines d’esclaves pour acheter des terres, la concession va s’étendre en trois autres colonies : Albemarle et Fear, au nord et Charleston au sud qui, grâce à sa situation vers les Caraïbes, se développa rapidement et devint le siège du gouvernement de la province.


En 1663, au début de la Restauration, Charles II promulgue une charte (anciennement chartre) qui établit les frontières de la province, de la Virginie au Nord à la Géorgie au Sud, et donne pleine propriété à huit grands du Royaume pour leur loyauté pendant la Guerre Civile. Ils prennent le titre de Lords-Proprietor. Ces nobles vivent en Angleterre et louent leur terres ; Le seul gouverneur à vivre sur place est celui de Virginie, William Berkeley, un ancien ‘Cavalier’ de la Guerre Civile (voir Angleterre/ 1ère Guerre Civile) qui intensifia la culture du tabac et fit venir en masse les esclaves d’Afrique.

La séparation entre Caroline du Nord et Caroline du sud intervint dans la première décennie du XVIIème siècle, à cause de dissensions au sujet de l’établissement ou non d’une Église anglicane, dans les choix des officiels à élire ; dissensions auxquelles vinrent se greffer les guerres avec les Amérindiens.

La Guerre des Yamasee, en 1715-16 opposa les colons de Caroline du Sud à plusieurs tribus amérindiennes (Yamasee, Chirokee, Apalache) qui vivaient sur le territoire de l’actuelle Géorgie. Les tribus furent décimées et les colons occupèrent les terres. En 1732, par décision du roi Georges II, la Géorgie, du nom de Georges II, jusqu’alors dépendante de la Caroline du Sud devint indépendante.


Colonies Françaises

Au XVIème siècle, en 1523, Giovanni a Verrazzano avait exploré pour le compte de la France les côtes de l’Amérique du Nord de la Caroline jusqu’à Terre-Neuve. En 1535 et 36, Jacques Cartier (†1557) découvrait le golfe du St Laurent et remontait son fleuve et établissait un camp de base à Stadaconé, actuelle région du Québec. Un indien lui révèla comment guérir son équipage du scorbut avec de la tisane d’anneda (du cèdre blanc). Lors de son second voyage en 1540, il s’installa un temps à Hochegala, future ville de Québec.

Les expéditions de J. Cartier et de Rocque de Roberval (Voir Renaissance./Introduction Générale/Au-delà des Mers) ayant été décevantes (elles n’ont rapporté aucun métal précieux), les successeurs de François 1er vont se désintéresser du Canada. Mais les pêcheurs, eux, continuent à venir pêcher la morue dans les eaux de Terre-Neuve. Certains prennent campement pour sécher la morue dans ce qui deviendra l’Acadie (nord du New Brunswick, rive sud du St Laurent) avec pour capitale Port Royal. Ils font le commerce de peau avec les indiens en échange d’outils et autres produits manufacturés. Tadoussac sera le premier comptoir français pérenne. En 1599, Henri IV donna le monopole du commerce de fourrure à François Dupont-Gravé et Pierre de Chauvin, deux personnages qui, avec Pierre Dugua de Mons et Samuel Champlain, seront ceux qui auront vraiment fondé la Nouvelle-France avec pour capitale Québec.


Samuel Champlain et le Québec

Samuel de Champlain (ca 1570-1674). Sur ce que l’on sait de sa jeunesse, il est né à Brouage (Charente-Maritime) et  a reçu une formation de cartographe dans la marine royale. En 1595, il participe à la huitième et dernière Guerre des Relions dans les troupes d’Henri IV. En 1598, il s’embarque pour deux ans dans une expédition aux Antilles et au Golfe du Mexique que mène son oncle maternel Guillaume Allène, dit le « capitaine provençal », qui est au service des rois d’Espagne. Esprit aventureux, il va jusqu’à Mexico puis au Panama pour lequel il aurait envisagé de relier les deux océans par un canal.

En 1601, à son retour en France, son oncle meurt après avoir fait delui son héritier. Il présente un Brief Discours dans lequel il fait part de ses observations sur la flore, la faune et les peuples qu’il a rencontré. Le roi lui verse une pension.

En 1603, il entame son premier voyage pour le Canada dans l’expédition que mène François Gravé qui, depuis vingt ans, fait le commerce des fourrures dans le Saint Laurent jusqu’à Trois-Rivières (entre Québec et Montréal). Sa mission est de cartographier la région du Saint Laurent, de son embouchure à Hochelaga, qu’il appelle le Grand Sault Saint Louis. De retour la même année, il publie Des Sauvages, ou Voyage de Samuel Champlain, de Brouage fait en la France nouvelle, l’an mil six cent trois”.

En 1605, il part pour une nouvelle expédition et de nouvelles cartographies de  l'Île du Cap-Breton en Nouvelle-Écosse, de la Baie de Fundy entre Nouvelle-Écosse et Nex-Brunswick et du Cap Cod, dans le Massachusetts.

Au cours de son troisième voyage de 1608 à 1609, il va fonder Québec. Il a pour mission d’établir un comptoir permanent. Avec ses vingt huit hommes et des indiens, il construit une petite forteresse qu’il appelle « L'Abitation de Quebecq ». Il écrira « Je cherchai lieu propre pour notre Abitation, mais je n'en pus trouver de plus commode, ni mieux situé que la pointe de Québec, ainsi appelée des Sauvages, laquelle était remplie de noyers et de vignes ». A partir de là se développera un colonie le long des berges du St Laurent.

 Champlain va n’avoir de cesse de faire les allers-retours Québec-France. En tout, il aura effectué douze voyages. Il aura entretenu des relations avec les Hurons, les Iroquois et les Algonquins et exploré avec eux de nouvelles régions. Il est blessé au coup par une flèche lors d’affrontements avec les Iroquois dans son quatrième voyage. Au cours de son septième voyage, il aura exploré la région des grands lacs. Pendant son onzième voyage, en 1627, Richelieu crée la Compagnie des Cent-Associés (voir Compagnies Maritimes). Champlain comme Richelieu en est membre et actionnaire. En 1629, il est nommé Commandant de la Nouvelle-France. Il meurt d’apoplexie (AVC) en 1635 à Québec.


Les Découvertes

Au XVIIème siècle, les Européens poursuivent de leur découverte. Le but des expéditions maritimes est d’ordre économique et religieux. Elles ne seront d’ordre scientifique qu’au siècle suivant. Les navigateurs explorent l’Océan Pacifique où ils découvrent des îles comme Tahiti ou l’Australie et découvrent également l’Arctique et l’Antarctique.

En 1607, Henry Hudson explore le Grand Nord. En 1610, il explore l’Island et le Groenland. La même année, il découvre la baie qui porte son nom.

En 1681-82, René Robert Cavelier de La Salle descend le Mississippi.

En 1642-43, Albel Tasman découvre la Tasmanie, la Nouvelle-Zélande et les Îles Tongua et Fidji.


Les Corsaires

Aux XVII et XVIIIèmes siècles, on appelle Guerres de Courses, la poursuite, l’abordage et la saisie de bateaux ennemis par des Corsaires. Il existe deux types d’abordages : L’abordage en   belle qui consiste à placer un navire bord à bord avec l’adversaire, et L’abordage de franc étable qui consiste à présenter son étrave à l’adversaire.

Au contraire des pirates, les corsaires n’agissent pas pour le leur propre compte mais son au service de leur roi. Ils gardent une partie du butin. Jean Bart (1650-1702) est le grand corsaire français du XVIIème siècle. René Duguay-Trouin et Robert Surcouf seront ceux du siècle suivant.

Jean Bart, un temps engagé dans la flotte néerlandaise pour combattre les Anglais, sera celui qui aura mené le plus de courses contre les navires marchands hollandais pour le compte de Louis XIV. Il n’n’aura pas saisi moins de 81 bâtiments. Il reste entre autres célèbre pour sa victoire à la Bataille du Texel (1694 Guerre de La Ligue d’Augsbourg). Avec sept navires, il attaque une flotte hollandaise d’escorte, les met en fuite et reprend les 170 navires chargés de blé achetés par la France à la Norvège et dont les Hollandais s’étaient emparés.

On connaît sa célèbre réplique à un officier anglais. L’officier lui ayant dit dédaigneusement que les Français se battaient pour de l’argent, tandis que les Anglais, eux, se battaient pour l’honneur, Jean Bart lui répliqua : « Chacun se bat pour ce qui lui manque ».

James Erisey et William Parker († 1618) furent associés au grand pirate anglais du XVIème siècle Francis Blake (1540-1596).

Les corsaires ont été fort nombreux au XVIIème siècle. Certains d’entre eux se mirent au compte des Barbaresques (musulmans de la côte nord-africaine), entre autres les Hollandais Jan Marinus van Sommelsdijk et Simon Dansa (Zymen Danseker), et l’Anglais John Ward.


Notes


 
[1] Citation et pour en savoir plus sur la Colonie de Plymouth : https://www.greelane.com/fr/sciences-humaines/histoire-et-culture/history-of-the-plymouth-colony-4158197/




L’ÉCONOMIE

L'Économie Européenne - Le Commerce - La Banque



L’Économie Européenne

Au milieu du XXème siècle a circulé une théorie « qui postulait le XVIIe siècle comme un siècle de crise, au cours duquel le système féodal, tant sur le plan économique que politique ou culturel, a été remplacé par un système moderne impliquant (selon des points de vue différents) le capitalisme, l'absolutisme et la révolution industrielle ». Cette théorie est contestée entre autre par le fait qu’une crise se définit par caractère éruptif et sporadique.  Certes la Guerre de Trente Ans entraina un désastre des économies des puissances engagées. Le XVIIème siècle fut pour l’Espagne un siècle de profond déclin économique et la France de Louis XIV connut plusieurs passes particulièrement difficiles au point qu’il fallut un moment donné que soit fondu l’argenterie de Versailles pour financer une guerre. Mais le développement du mercantilisme protectionniste, les revenus qu’apportèrent les grandes compagnies, la mise en œuvres des manufactures et la création d’une banque comme La Banque d’Angleterre furent des remparts à un effondrement généralisée de l’économie européenne.


Dans son ouvrage Le Siècle de Louis XIV qu’il écrivit pour Mme du Châtelet qui s’ennuyait profondément, Voltaire intégra cette théorie de crise séculaire généralisée européenne à une crise mondiale. Il est a constatée qu’au plan mondiale, les révoltes populaires à travers le monde  proliférèrent.

« En Chine, le nombre de soulèvements armés majeurs est passé de moins de dix dans les années 1610 à plus de soixante-dix dans les années 1620 et à plus de quatre-vingts dans les années 1630, touchant 160 comtés et impliquant bien plus d'un million de personnes. Au Japon, une quarantaine de révoltes (hoki) et deux cents soulèvements ruraux de moindre envergure (hyakushoikki) ont eu lieu entre 1590 et 1642 — un total inégalé depuis deux siècles — et le plus grand soulèvement, à Shimabara sur l'île de Kyushu en 1637-1638, a impliqué quelque 25 000 insurgés. En Russie, une vague de rébellions en 1648-1649 a ébranlé le gouvernement central jusque dans ses fondements ; Sur les vingt-cinq grandes révoltes paysannes recensées en Allemagne et en Suisse au XVIIe siècle, plus de la moitié ont eu lieu entre 1626 et 1650 ; le nombre total d'émeutes de la faim en Angleterre est passé de douze entre 1600 et 1620 à trente-six entre 1621 et 1631, avec quatorze de plus entre 1647 et 1649. En France, enfin, les révoltes populaires ont atteint leur apogée, tant absolue que relative, au milieu du XVIIe siècle. » (Santosh Kumar Rai opus cité Université de Delhi voir France/ Monarchie Absolue)

Cette instabilité conjoncturelle est venue s’inscrire en Europe dans une profonde cassure religieuse. La fragmentation confessionnelle provoquée par la Réforme a aussi eu des conséquences au plan économique. Pour fixer les idées, l’Europe du Nord est protestante (luthérienne, calviniste, presbytérienne) et tend à développer une économie de commerce qui amorce le capitalisme ? L’Europe du Sud est catholique et conserve une économie essentiellement agraire.


Les pays européens sont essentiellement agricoles. La population est en grande majorité campagnarde (90%) et bien que produisant essentiellement des céréales (blé, orge, seigle), elle connait de façon récurrente des périodes de disette sinon de famine. Depuis le Moyen-âge, les outils ont peu évolué et la charrue n’est pas d’un emploi si fréquent. Le bétail est peu important et faute d’engrais la pratique de l’assolement triennal est courante. Mais bien que restant basée sur les ressources de l’agriculture, l’événement majeur du XVIIème siècle en matière économique, est la montée en puissance d’une classe bourgeoise qui a développée de manière intensive le commerce, particulièrement dans les Provinces-Unies, classe gouvernante qui donnera là naissance au capitalisme.

Les ressources industrielles sont toujours principalement celle de la métallurgie et du textile. La production manufacturée vient encore essentiellement des ateliers. Mais ce mode de production va tendre à une production industrielle par le regroupement des ateliers en manufactures.


Manufactures et Industrie

Les Manufactures Française

En 1601, Henri IV souhaitant d’importantes économie sur l’achat de tapisserie étrangères, notamment flamandes, fait venir de Flandre, les lissiers flamands Marc de Comans et François de La Planche pour qu’ils ouvrent une manufacture de tapisserie sise faubourg Saint-Marcel. A cet emplacement ( à cheval sur 5ème et 13ème arrondissements actuels), sur la rive droite de la Bièvre le teinturier Jean Gobelin, célèbre pour son rouge écarlate  avait développé une teinturerie. La manufacture va porter son nom mais au pluriel compte tenu du nombre importants des membres de sa famille qui participèrent au développement de cette industrie.

En 1606, toujours sur volonté royal, Henri IV, la Galerie du bord de l’Eau devient un foyer bouillonnant d'artistes et artisans, au grand dam des confréries.  

En 1627, sur ordre de Louis XIII est fondée une nouvelle manufacture sur la colline de Chaîllot dans une ancienne savonnerie que Marie de Médicis avait aménagée en orphelinat. Les lissiers du nom de Pierre Dupont et Simon Lourdet va mettre à profit cette jeune main-d’œuvre. La manufacture portera le nom de Manufactures Royale de La Savonnerie. Les tapisseries qui en sortent présentent une nouveauté pour l’Europe : « Le point noué, permettant de tisser "des tapis veloutés façon du Levant" ». (Hugues Menes Conférencier à la manufacture des Gobelins Les Manufactures Nationales Des Gobelins, De Beauvais Et De La Savonnerie).


En 1664, Colbert fait ouvrir La manufacture de Tapisserie de Beauvais. Contrairement à la manufacture des Gobelins les commandes viennent du privé et non du Roi. Elle fermera à la Révolution.

En 1665, Louis XIV décide que soit relancée la production des ateliers de la ville d’Aubusson déjà en actifs au XVIème siècle mais à la production en déclin en les regroupant en une Manufacture Royale.

L’ouverture de ces manufactures royales ne privent pas les autres ateliers de commandes ; En 1630, Paris en compte : l 'atelier de tapisseries de l'hôpital de la Trinité, rue Saint-Denis fondé en 1551 et qui restera en activité tout au long du XVIIème siècle, l'atelier de la Grande Galerie du Louvre, atelier de haute lisse dirigé par Maurice du Bourg qui dirigeait l'atelier de tapisseries de l'hôpital de la Trinité en 1584, l'atelier du faubourg Saint-Germain ouvert en 1633 par Raphaël de La Planche, le fils d’un des fondateurs des Gobelins (voir Catalogue des pièces exposées au musée de la Manufacture Nationale des Gobelins 1930).

A noter qu’en 1605 débute le creusement non du premier canal de transport fluvial creusé en France, mais le premier canal à bief, le canal de Briare reliant la Seine et la Loire. Déjà utilisée en Ardenne des le Moyen-âge, cette technique du partage de bief consiste à créer un bief écluse entre deux portions d’un même canal ou reliant deux cours d’eau sur la ligne de partage de leur eau.


L’Industrie en Angleterre

 Depuis l’époque médiévale, l’Angleterre a bénéficié de deux ressources importantes qui favorisa son commerce extérieur, le travail de l’étain, notamment en Cornouailles, et la fabrication des tissus de laine. Il existe des manufactures (ateliers) implantées dans les villes mais en petit nombre. Elle tient sa richesse de son commerce maritime et de ses colonies. C’est au XVIIIème siècle que l’Angleterre va être le berceau de la Révolution Industrielle que l’on fait débuter en 1760-70 et dont les deux moteurs seront « la mécanisation de la filature du coton et la maîtrise de la technologie de la houille acquise par la métallurgie anglaise au terme de longs tâtonnements ». le moteur financier sera la création de la Banque d’Angleterre en 1694, première banque centrale et de dépôt

« Le taux d’accumulation de capital, résultant des bénéfices et de l’épargne, était suffisant pour financer le commerce extérieur, la reconstruction de Londres après le feu de Londres (1666), la construction navale (les chantiers de Chatham). »


Le Commerce

Le Commerce Maritime

Au siècle précédent le commerce maritime s’est largement intensifié avec l’importation de produits exotiques venus du Mexique, Pérou, Caraïbes[1] (sucre, cacao, tabac), des côtes africaines (Sénégal, Cap vert…) et de l’Asie (soie, épices). Le XVIIème siècle va poursuivre dans cette voie la création de nombreuses compagnies. Venise a perdu sa grande hégémonie séculaire sur le commerce méditerranéen, principale plaque tournante (avant l’Espagne) qu’elle était entre les côtes d’Afrique et du Moyen-Orient et les grands ports du Nord comme Amsterdam et Anvers. Avec les Anglais, les hollandais dominent les mers qui mettent en place de par ce commerce une économie qui donnera naissance au capitalisme. Mais les ports français de la côte atlantique (Bordeaux, Nantes) tirent profit du commerce triangulaire entre Europe, Afrique et Nouveau Monde, particulièrement de la Traite des Noirs. Au cours du siècle, 2 ,75 millions d’Africains sont déportés au Nouveau Monde.

Le commerce maritime n’est pas à sens unique. Si sa vocation première est l’importation, le développement de l’exportation, notamment de produits manufacturés, va permettre la mise en place une nouvelle politique économique le Mercantilisme, une politique économique qui favorise le commerce et particulièrement le commerce extérieur et tend à réduire les importations.  


Le Mercantilisme

« Le mercantilisme du XVIIe siècle est une théorie et une pratique économiques qui soulignent l'importance de la régulation gouvernementale de l'économie pour renforcer la puissance nationale en maximisant les exportations et en minimisant les importations »

« Jusque là [au XVIIIes.] la pensée économique a été orientée par le mercantilisme, c'est-à-dire par une doctrine selon laquelle la prospérité des nations repose sur la possession des métaux précieux ». (G.Vedel, Manuel Droit Constitutionnel 1949)

« Le mercantilisme postule (...) le dynamisme économique, la volonté d'expansion extérieure et de concurrence internationale à partir de solides bases nationales, l'aspiration à la croissance, et débouche sur l'interventionnisme de l'État ». (Encyclop. univ. t. 10 1971, p. 803)

« Les inventeurs du mercantilisme sont sans conteste les hommes d’État anglais, tel Burghley, lord trésorier de la reine Élisabeth. Protectionnisme économique, politique industrielle, promotion du travail. Toutes les grandes affirmations du « colbertisme » sont déjà fortement exprimes en Angleterre près d’un siècle auparavant…Les économistes du XVIIIème siècle estimeront que leurs prédécesseurs attribuent au commerce un rôle trop important. L’idéal mercantile, né en Angleterre consiste à vouloir que l’État soit vendeur et non acheteur. Tout d’abord, on accroît ainsi le stock des métaux précieux… rappelons l’incroyable anarchie monétaire de l’poque. Comment payer la balane commerciale autrement qu’en monnaie internationale, c’est-à-dire l’or ? » (Inès Murat Colbert, Fayard 1980)

L’économiste italien  Antonio Serra (1568-1620) fut un des premiers défenseurs du mercantilisme par l’intérêt qu’il porta au rôle importante de la balance commerciale (biens, services et capitaux) dans l’économie d’un pays.


« Les penseurs mercantilistes prônent le développement économique par l'enrichissement des nations au moyen du commerce extérieur qui permet de dégager un excédent de la balance commerciale grâce à l'investissement dans des activités économiques à rendement croissant, comme l'avait identifié l'économiste italien Antonio Serra dès 1613 [Breve trattato delle cause che possono far abbondare li regni d’oro e d’argento dove non sono miniere , Bref traité sur les causes qui peuvent faire abonder les royaumes d'or et d'argent là où il n'y a pas de mines] ». 
(https://groups.google.com/g/fr.soc.economie/c/eZ8XWzIl05).

Un autre précurseur, sur lequel Colbert prendra plus qu’exemple est Barthélemy Laffemas, nommé Contrôleur Général du Commerce en 1600 par Henri IV. Laffemas va convaincre ce dernier de pratiquer une politique économique centraliser où l’état. C’est une   des caractéristiques du mercantilisme doit jouer au pouvoir central un rôle majeur. Il préconise d’un développement de l’industrie accompagnée d’une réorganisation des coopératives afin d’assurer au pays (ici  la France) une puissance économique.

A long terme le mercantilisme du XVIIe siècle va passer d’une pratique commerciale fortement réglementée à l’ouverture de marchés plus autonomes dans une évolution qui annonce les systèmes économiques modernes, jetant les bases de commerciaux mondiaux.


Le Colbertisme

La Colbertisme[2] est un « mercantilisme à la française »[3] ; un mercantilisme que l’État prend en main et qu’il ne laisse pas au gré d’une classe sociale. « C’est la nation tout entière et non une oligarchie marchande qui doit bénéficier d’une politique voulue et dirigée par le Gouvernement ». Pour Colbert, la puissance économique doit être autant recherchée que la puissance territoriale. « La guerre économique vaut la guerre militaire ». Poussant à l’extrême les conséquences du mercantilisme, son protectionnisme devint de plus en plus intransigeant. Il aura poursuivi la politique de Laffemas et de Richelieu. « Jamais un système économique n’a été appliqué avec autant d’énergie et sur toute l’étendue du royaume. Nulle part qu’ailleurs, le mercantilisme n’a été un facteur d’unification nationale ».


La Banque

La société commerciale qui associait les marchands dans une même entreprise, un marchand et un capitaine de navire par exemple, était apparue au XIème siècle. Le titre financier est apparu au milieu du XIIIème siècle ; la lettre de change et son inverse, le billet à ordre, sont apparus dans la seconde moitié du XIVème siècle. La place de change la plus importante fut d’abord, au début du XIVème siècle, Bruges qui alors bordée par la mer voyait accoster les navires affrétés par les Vénitiens et chargés des cargaisons venues d’Asie Mineure. Les marchands européens qui étaient désignés sous le nom de nation y avaient leur comptoirs. Ils négociaient entre eux le prix des marchandises en spéculant déjà sur le prix qu’elles auraient dans le pays où elles seraient réexportées. Anvers supplantera Bruges au milieu du XVème siècle quand la taille des pierres précieuses ne se fera plus dans le pays d’origine (Inde) mais au pays de destination. C’est à Anvers que fut créée la première bourse en 1460. La première en France fut ouverte à Lyon en 1540. A Anvers est également créée en 1592 la première bourse de cotation des matières première. Amsterdam supplantera à son tour Anvers comme première place financière au XVIème siècle. 


La situation instable des Pays-Bas Espagnols a défavorisé Anvers au profit d’Amsterdam. En 1568, a commencé la Guerre de Quatre-Vingts Ans, guerre de révolte contre la domination espagnole. En 1576, le sac par les troupes espagnoles d’Anvers alors en révolte contre la domination espagnole, épisode connu sous le nom de la Furie Espagnole, révèle malgré la répression l’impuissance de Philippe II a maitriser totalement ses Provinces des Pays-Bas Espagnols. La reprise de la ville en 1585 par les troupes espagnoles n’aura aucun effet sur la flotte hollandaise qui bloque le port. Ce qui entrainera la ruine de la ville et le départ pour Amsterdam tout à la fois des marchands et de leur capitaux et de la moitié de la population (40000 sur 80000). En 1579, l’Union d’Utrecht voit l’unification des Pays-Bas espagnols dont l’autonomie de fait sera entérinée en 1648 par le Traité de Westphalie. Amsterdam va devenir la ville la plus riche du monde.

 Quant à la banque, qui existe depuis Babylone, elle a vu une évolution significative au XVIème siècle par non seulement la multiplication de ses établissements par de grandes familles de banquiers comme les Médicis, les Strozzi, les Fugger, mais encore par l’apparition de comptes privés. La Banque d’Amsterdam est fondée en 1609 et la Bourse en 1613. La Banque d’Angleterre (The Governor and Company of the Bank of England) en 1694 et en 1696, Guillaume III d’Orange crée le Board of Trade, un conseil du commerce en charge de promouvoir le commerce extérieur. La Banque de France sera créée en 1800. La Banque d’Espagne ne sera créée qu’en 1782


La Révolution Financière Britannique

En 1694, Guillaume va autoriser à des marchands londoniens whig la création d’un organisme financier indépendant en contre partie d’un prêt de 12000 livres. Cet organisme reçoit le double privilège d’émettre de la monnaie et d’escompter ; Ainsi est créée la Banque d’Angleterre, la première banque mondiale à être une banque centrale (avec un réseaux de filiales), d’émissions et d’escompte[4]. Ce que ne pouvait faire la principale banque européenne, celle d’Amsterdam.

La Banque d’Angleterre peut émettre sous le contrôle du Parlement des emprunts publics, par exemple pour l’accroissement de la Royal Navy ou pour tout autre financement de travaux publics d’importance.


La mise en place de tous ses rouages financiers, banques commerciales, banques régionales, assurances, emprunts publics et privés, qui constitue ce que l’on appelle La Révolution Financière va être à l’origine en Angleterre de la révolution Industrielle au siècle suivant et fera de Londres la place financière la plus importante du monde.

Parmi les fondateurs de la banque l’un des principaux acteurs a été le richissime négociateur d’envergure internationale, William Paterson.

Tailleur d’origine écossais, William Paterson (1658-1719) établit sa fortune avec le commerce de peau des boucaniers de l'archipel des Bahamas, favorisé en cela par sa fonction de directeur de la confrérie des artisans-tailleurs de Londres. Parlementaire en Écosse, il est un whig convaincu ( qui soutient le Parlement face au roi) et prend parti dans la Glorieuse Révolution de 1688.


Un autre financier écossais, John Law Lauriston (1671-1729), jouera un rôle important en France sous la Régence. Il est le créateur du Système Law qui remplaça la monnaie métallique par le papier-monnaie (billet de banque). Il est à l’origine en 1717 de la création de La Compagnie Perpétuelle des Indes qui regroupe plusieurs compagnies, Compagnie du Sénégal, Compagnie de Chine, Compagnie du Mississippi et Compagnie de la Louisiane. En 1720, il es nommé Contrôleur des Finances et fusionne la Compagnie Perpétuelle avec la Banque Royale. Les adversaires du Système Law vont spéculer à la hausse de telles sortes que la valeur de l’action de la compagnie va monter en flèche et que les principaux détenteurs, méfiants vont demander à réaliser en or et argent. C’est la banque route. Law s’enfuit et séjourne dans diverses cours européennes sans voir aboutir ses projets. Il meurt à Venise en 1729.


Notes


 
[1] Si au Moyen-Âge, le sucre de cannes provenait du Moyen-Orient, au XVIème siècle, ce sont les Portugais qui le ramèneront d’Amérique Latine, après que les Espagnoles l’ont cultivé aux Îles Canaries définitivement conquises par eux à la fin du XVème siècle.

[2] Sur la recommandation de Mazarin, Louis XIV nomma Colbert ministre, non premier ministre comme Mazarin le fut auprès du jeune roi, mais ministre de la marine ; et il le restera quelle qu’ait pu être par la suite l’importance de son rôle dans la conduite de l’État. Colbert ne prit pas pour modèle son protecteur (il le fut par l’intermédiaire d’Anne d’Autriche), ayant de lui une considération pour le moins réservée, lui qui en pleine Frondes écrivait à Le Tellier dont il dépendait hiérarchiquement, que l’amant de la reine en toute circonstance ne servait jamais que ses intérêts financiers. Le modèle de Colbert fut le Richelieu dont le célèbre testament de 1640 fut pour lui une référence constante.

[3] Pour cette partie et sur l’œuvre de Colbert voir Inès Murat Opus cité/La Guerre Économique 1661-1672.

[4] Une banque d’émission émet de la monnaie mais également opère le clearing (solde d’une série de transactions internationales). Un escompte bancaire est une avance de trésorerie accordée à un détenteur d’un effet de commerce (créance) qu’il cède en contre partie à la banque. L’avance est inférieure à la valeur de l’effet, la différence est l’agio, bénéfice de la banque.



LES COMPAGNIES

Introduction - Compagnies  Ibériques - Hollandaises - Anglaises - Autres


Introduction

Après les grandes découvertes du XVIème siècle, les compagnies vont établir des voies maritimes régulières qui relieront le continent aux comptoirs et aux colonies qui s’établissent au-delà des mers, souvent pour des raison économiques, mais aussi pour des questions religieuses.

Les Compagnies Maritimes ont fait leur apparition au XVIème siècle à la suite des grands découvertes au-delà des mers. Elle ont ouvert de grandes voies maritimes ayant un but purement commercial et non encore scientifique comme ce le sera au XVIIIème. Elles auront été d’une très grande importance dans le développement économique des pays maritimes européens mais aussi dans la puissance politique mondiale qu’ils acquerront. Elles sont en effet à l’origine pour les plus importantes de la colonisation des territoires qu’elles exploitaient qui deviennent terres royales à leurs disparition et furent donc à l’origine des empires que se constituèrent les nations maritimes européennes dès le XVIème siècles.

Au XVIème siècle, la flotte vénitienne est hégémonique en Méditerranée. L’Espagne détient une suprématie sur le commerce outre-Atlantique mais sous le règne d’Élisabeth 1ère, l’Angleterre va commencer à lui faire concurrence au point qu’XIXème siècle, c’est elle qui aura conquis cette suprématie et qui deviendra le plus grand empire mondial.


Les Compagnies

Les Compagnies Ibériques

 Les Compagnies Espagnoles

Les compagnies espagnoles et portugaises qui avaient été les premières à ouvrir les voies maritimes commerciales au XVIème siècle restèrent sur leurs acquis au XVIIème siècle (voir Renaissance/ Introduction/Commerce Maritime).

« Le XVIe siècle européen fut le grand siècle ibérique. Amérique, Philippines, Afrique, Extrême-Orient : Espagnols et Portugais ont établi des liaisons maritimes régulières entre l’Europe et ces régions et jeté les bases d’une première économie mondialisée. »

Dans les premières années du XVIème siècle la couronne espagnole organise le monopole du commerce transatlantique avec ses colonies. Séville, située sur le fleuve Guadalquivir, à 90 km à l’intérieur des terres, est le seul port autorisé à commercer avec le Nouveau-Monde.

En 1565, l’Espagne crée la Flotte des Indes, qui établit un pont maritime régulier avec les Indes Occidentales, et Le Galion de Manille établit, lui, un même pont au-delà du Pacifique d’Acapulco (Mexique) aux Philippines. La première flotte perdurera jusqu’en 1790 et la seconde jusqu’en 1860. Ces flottes ramenaient argent, or pierres précieuses, perles, épices, sucre, tabac, soie, bois exotiques, produits alimentaires.


Les Compagnies Portugaises

En 1498, Vasco de Gama avait ouvert la voie maritime des Indes Orientales par le Cap de Bonne Espérance. Dès 1500, une flotte, appelée Carreira da India, faisait régulièrement le commerce entre Lisbonne et Goa. Les marchandises rapportées d’Inde et d’Afrique, propriétés royales, avant d’être expédiées dans les ports de la Flandre, notamment Bruges, étaient stockées dans des entrepôts dont l’administration prit le nom de Casa de Manilla. Ces marchandises étaient les épices, surtout le poivre très recherché, les pierres précieuses, la soie et la porcelaine de chine, le coton d’Inde. L’or des Portugais arrivait aussi d’Afrique par la Côte d’Or, de même que l’ivoire par la Côte d’Ivoire et les esclaves étaient embarqués sur la Côte des Esclaves, trois côtes situées dans le golfe de Guinée

« Grace à leur maitrise de la navigation lointaine et au réseau de comptoirs qu’ils ont constitué, les Portugais assurent la liaison par mer entre l’Europe et l’Inde. Ils se sont également substitués aux intermédiaires arabes sur les routes commerciales de l’océan Indien et ont capté à leur profit une partie des échanges maritimes en Extrême-Orient. »


Les Compagnies Hollandaise


Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales.

En 1602, huit compagnies hollandaises fusionnent pour créer la Compagnie Néerlandaise des Indes Orientales qui est à l’origine du système capitaliste fondé sur la propriété privée et la liberté d’entreprendre. A titre de référence, les colonisateurs espagnols du Nouveau-Monde devaient attendre l’autorisation royale pour constituer une flotte, ouvrir de nouvelles terres (tieraferma) et de nouvelles exploitations (encomienda). De même en France (expéditions vers le futur Canada) et en Angleterre. Dissoute en 1799, cette compagnie néerlandaise aura joué un rôle déterminant dans l’économie financière européenne comme la plus grande entreprise capitaliste (accumulation systématique et systémique du capital productif ou non) à partir d’une recherche constante du plus grand profit financier possible (de la plus grande rentabilité possible). En 1670, la flotte de la compagnie atteindra son apogée avec 107 navires.

Le but des Néerlandais était d’arracher le monopole des mers des Indes aux Portugais. « Ce monopole, concédé pour dix-neuf ans puis renouvelé, permet à la Compagnie de réaliser au XVIIème siècle des bénéfices de 700 % en trafiquant le riz de Java et de Célèbes, les muscades de Banda, les girofles d'Amboine, la cannelle de Ceylan et le poivre » (Encyclopédie Larousse). A partir de 1650, ce sont le coton, la soie, la laque, la porcelaine, le riz, le sucre et le café qui sont exportés. L’instabilité de la situation face à la chine, la corruption de ses agents et la guerre hollando-anglaise (1780-1784) va finir par avoir raison du sort de la compagnie.  Le gouvernement hollandais devra s’acquitter de ses dettes et finira par la dissoudre en 1799.


Compagnie Hollandaise des Indes Occidentales

La Compagnie Hollandaise des Indes Occidentales est fondée en 1621 par des marchands hollandais qui veulent établir un commerce avec les régions non concernées par celles de la Compagnie des Indes orientales : L’Afrique de l’Ouest, l’Amérique et dans le Pacifique vers la Nouvelle Guinée.

Ses premiers succès sont le fait d’actes de piraterie, notamment sur les navires espagnols chargés d’or et de métaux précieux. (Le corsaire agit au nom de son gouvernement au contraire du flibustier qui agit pour son compte). Le sucre et les fourrures sont importés d’Amérique, l’ivoire, l’or, et les Esclaves d’Afrique.

En 1674, la compagnie qui croule sous les dettes est dissoute. Après avoir dû abandonner plusieurs de ses comptoirs, notamment ceux importants de la côte atlantique ouest, ceux de la Nouvelle-Néerlande. Cette colonie était située entre la Virginie et la Nouvelle-Angleterre. En 1621, l’ecclésiastique et gouverneur Peter Minuit y fonde Manhattan. Elle sera conquise par la Nouvelle-Angleterre. Il ne lui restera alors à la compagnie que les comptoirs du Surinam et de Curaçao. L’année suivante une deuxième compagnie est créée qui limite son activité à l’Afrique et aux Antilles. La Traite des Noirs devient sa principale activité avec des cargaisons en moyenne de 500 esclaves. Elle est dissoute en 1792.


Les Compagnies Anglaises

La Compagnie Britannique des Indes Orientales

Comme nombre d’autres compagnies européennes, cette compagnie était une compagnie à charte, c’est-à-dire dotée d’une charge royale.

« Les Hollandais, les Français et surtout les Anglais ont utilisé cette structure pour coloniser des régions lointaines. Les compagnies sont dotées d'une charte royale (tout en restant des compagnies privées) qui leur donne éventuellement pour tâche de fonder, d'administrer, d'exploiter et de défendre une colonie et qui, en contrepartie, leur assure le monopole du commerce dans une zone donnée ».(Encyclopédie Larousse)


Fondée en 1600, La Compagnie Britannique des Indes Orientales (East India Company ou EIC) commence par établir des comptoirs à Madras, Bombay et Calcutta. Elle arrive à s’implanter face à ces concurrentes, la hollandaise, la portugaise, la française, et face à l’hostilité de mahas radjas grâce d’abord au soutien d’Oliver Cromwell (†1658) qui lui accorde la charte en 1657, de Charles II qui lui accorde des pouvoirs civils mais aussi militaires et enfin avec le soutien de la reine Élisabeth 1ère, qui lui accorde le monopole du commerce. En 1668, Bombay que Charles II d'Angleterre a reçu en cadeau de mariage avec Catherine de Bragance, fille de Jean IV du Portugal est remis à l'EIC. En 1690, Calcutta (Kolkata) fut une autre base importante de l'EIC. Elles  deviendront les points de départ de la conquête des Indes.

En 1760, l’armée indienne de la compagnie dont l’uniforme est bien connu (tunique rouge et grand turban), commandée par Sir Eyre Coote défait les Français à la bataille de Wandiwash et met ainsi fin aux ambitions françaises sur le continent indien par la prise de Pondichéry.

L’expansion de la compagnie correspond aux étapes de la conquête de l’Inde. Le Government of India Act du 2 août 1858 entérine officiellement ce qui était déjà de longue date dans les faits, à savoir que la Couronne avait récupérée dans son giron la compagnie qui de ce fait n’avait plus de raison d’être en tant que telle.


La Virginia Compagny

La Virginia Company of London, également appelée London Company, car ses actionnaires étaient londoniens, a été affrétée par le roi Jacques Ier d'Angleterre en avril 1606. Société de négoce commerciale, elle avait pour but de coloniser la côte orientale de l'Amérique du Nord entre les latitudes 34° et 41° N.

En 1607, la centaine de colons débarqués un an plus tôt fondait la Virginie.

« En 1619, la société a créé la première véritable assemblée législative d'Amérique continentale, l'Assemblée générale, qui a été organisée de manière bicamérale. Elle se composait du gouverneur et de son conseil, nommés par la compagnie en Angleterre, et de la Chambre des bourgeois, composée de deux bourgeois de chacun des quatre arrondissements et des sept plantations. » (Encyclopædia Britannica)

En 1624, de fortes dissensions internes, et avec le roi notamment qui désapprouvait l’intensification du commerce du tabac, produit qu’il considérait nocif, amenèrent le roi a dissoudre la compagnie et à faire de la Virginie une colonie royale.


Compagnie des Aventuriers d'Afrique

La Compagnie des Aventuriers d'Afrique a été fondée en 1666 sous la Restauration (16611688). Spécialisée dans le commerce de produits tropicaux et particulièrement d’épices, elle établissait des comptoirs entre le Cap Blanc de Mauritanie et le Cap de Bonne Espérance. Les aventuriers établissaient aussi des comptoirs à l’intérieur des terres le long de fleuves comme le fleuve Gambie dont le cours traverse, le Sénégal, la Gambie et la Guinée. En 1672, la compagnie croule sous les dettes. Elle est reprise par la Compagnie Royale d'Afrique qui obtiendra et gardera le monopole du commerce jusqu’en 1697, le parlement décrétant le commerce d’Afrique libre.

A ne pas confondre avec la Compagnie des Aventuriers d’Angleterre qui, créée en 1670, deviendra la Compagnie de la Baie d’Hudson qui se spécialisa dans le commerce des fourrures dans cette région.


Les Compagnies Françaises

« À la fin du xvie siècle, comme leurs voisins européens, les Français sont dépendants des Espagnols et des Portugais pour les épices et les autres marchandises venues des Indes orientales. À la suite des Anglais et des Hollandais, les Français, et les Bretons en particulier, tentent alors de remettre en cause ce monopole et d’ouvrir une nouvelle voie en allant eux-mêmes chercher les produits visés directement sur leurs lieux de production. » (Guillaume Lelièvre La course aux épices : Malouins et Vitréens dans l’océan Indien au début du xviie siècle, Annales de Bretagne et des Pays de l’Ouest, tome 125, no 3, 2018)

Au cours du siècle, la France aura créer de très nombreuses compagnies maritimes . La première étant La Compagnie de Rouen pour la Nouvelle-France créée en 1614 par Samuel Champlain (†1674), fondateur de la ville de Québec en 1608, à laquelle succèdera Compagnie de Montmorency fondée en 1621 par  Henri II de Montmorency (†1632), vice roi de la Nouvelle-France ; la dernière étant La Compagnie de Saint Domingue fondée par Louis XIV en 1698 et qui se révèlera une des plus rentables compagnies maritimes d’Europe grâce à l’importation du sucre. En tout, pas moins de 19 compagnies auront été créées au cours du siècle. Six autres suivront au siècle suivant. On peut citer entre autres pour le XVIIème siècle :


La Compagnie des Cent-Associés

La Nouvelle France, autrement dit le Canada, ne comptait officiellement qu’un seul lieu d’habitation, Québec, où ne vivait qu’une cinquantaine d’habitants qu’il fallait d’ailleurs approvisionner depuis le continent (Robert Le Blant La Compagnie de la Nouvelle-France et la restitution de l'Acadie (1627-1636) Outre-Mer. Revue d'histoire Année 1955 146 pp. 69-93 Persée). Jacques Cartier était arrivé au futur Canada un siècle plus tôt (voir Renaissance/Introduction Générale /Sur les mers et Au-delà). Louis XIII voulait persévérer dans cette entreprise pour apporter la vraie religion aux peuplades indigènes.

Le cardinal de Richelieu (†1642), ‘Premier Ministre’ de Louis XIII, fonde en 1627, alors la Compagnie de la Nouvelle-France et nomme douze administrateurs. En 1628, deux à trois cents Français catholiques de tous métiers y seront expédiés pour commencer à peupler la Canada Plusieurs milliers viendront s’installer au fil d’une quinzaine d’année. La compagnie distribuait les terres, nommait les officiers et avait le monopole du commerce des peaux. La pêche demeurait, elle, réservée à l’autorité royale qui conservait sur place un gouverneur. Les Anglais, basé en Nouvelle -Angleterre (n.e ; des actuels Usa Maine, Massachusetts, Connecticut etc.) s’opposant à cette installation, saisirent des navires de renfort et de ravitaillement dès 1627. Malgré un traité en 1629, les visées anglaises se poursuivirent.

L'Acadie est cédée à la France en 1632 par la signature du traité de Saint-Germain-en-Laye, qui met aussi fin à la colonisation écossaise. La même année, la Compagnie des Cents Associés annonça son intention de s’établir en Acadie (par acte notarié à La Rochelle en présence du Cardinal en personne). L’Acadie s’étendait de la Floride au pôle arctique.


La rivalité entre les grands marchands de fourrure comme Claude de Saint-Étienne de la Tour, Nicolas Denys (grand propriétaire et gouverneur) et les gouverneurs successifs aboutirent à une guerre civile en Acadie. En 1654, l’Anglais Robert Sedgwick, soldat, marchand et colon s’empare de l’Acadie et la renomme la Nouvelle Écosse. La France continue d’accorder des concessions. Sedwick permet à deux anglais Sir Thomas Temple, futur gouverneur, et William Crowne, parlementaire pro-Cromwell de racheter une grande partie des possessions de Claude de Saint-Étienne de la Tour. En 1657, le Traité de Breda va rendre l’Acadie à la France. Une guerre intercoloniale entre la Nouvelle France et La Nouvelle Angleterre va s’étendre sur les dernières année du siècle et celle du suivant favorisée par le Guerre de la Ligue de Augsbourg et la Guerre de Succession d’Espagne. En 1713, l’Acadie redevient Anglaise.


«La Compagnie de la Nouvelle‑France ou Compagnie des Cent‑Associés, comme on l’appelait plus communément, a été formée en France en 1627… Dirigée par 12 administrateurs, elle obtient un droit de propriété sur des terres s’étendant du sud au nord, de la Floride à l’Arctique, et vers l’ouest jusqu’aux confins des terres connues… Elle avait pour objectif de peupler la Nouvelle-France et bénéficiait, en échange, d’un monopole sur presque tout le commerce colonial…Elle a pris des mesures audacieuses, mais a subi de nombreux revers. La Compagnie a été dissoute en 1663. En dépit du faible rendement qu’elle a obtenu sur ses investissements, elle a tout de même contribué à faire de la Nouvelle‑France une colonie viable. » (Citation et base : Encyclopédie Canadienne/Compagnie des-Cents associés).


La Compagnie du Cap-Vert et du Sénégal

En 1658, cette compagnie rachète le monopole du commerce à la Compagnie Normande créée par des marchands rouannais. Elle se consacra essentiellement à la traite des noirs avant de revendre ses parts à la Compagnie des Indes Occidentales qui n’aura que 10 ans d’existence de 1664 à 1674. La Compagnie des Indes Orientales rachètera le monopole. 


La Compagnie des Indes Orientales

Créée en 1664 par Colbert, elle avait pour vocation de commercer sur toutes les côtes passé le Cap de Bon-Espérance. Puissante, elle sera une grande rivale des autres compagnies européennes comme la Compagnie Anglaise des Indes Orientales. Un de ses premiers comptoirs sera Pondichéry qui, concédé en 1673 tombera aux mains des anglais en 1761 après une longue résistance des Français mal soutenus par leur marine.

La compagnie jouera un rôle important dans l’économie française sous Louis XVI. Refondée en 1770 en Compagnie des Indes Orientales et de la Chine, cette compagnie qui avait rapporté de gros profits aux caisses royales sera dissoute sous la Révolution au profit de compagnies privées.


Autres Compagnies

Compagnie suédoise d'Afrique

La Suède n’a eu pour possessions maritimes au XVIIème siècle que la Nouvelle-Suède (côte des états de Pennsylvanie et New York) de 1638 à 1655, et  la Côte-d’Or Danoise de 1650 à 1663 dans le golfe de Guinée. La Compagnie Suédoise d’Afrique est créée en 1674 par le diplomate Laurens de Geer mais avec l’aide des capitaux hollandais et de la Compagnie Néerlandaise des Indes Occidentales qui en 1661 avala la compagnie suédoise. Elle exploitait la Côte de l’Or Suédoise, l’actuel Ghana.


Compagnie danoise des Indes occidentales et orientales

Fondée en 1616 par le roi Christian IV, la Compagnie danoise des Indes Orientales exploitait la côte du Tamil Nadu, côte indienne du Golfe du Bengale. Son commerce était essentiellement le thé. Refondée en Compagnie asiatique en 1732, elle perd son monopole en 1772 et les Indes Danoises entrent dans le giron de la royauté.

La Compagnie danoise des Indes occidentales et de Guinée est créée en 1671 pour le commerce avec les Iles Vierges et s’étend en 1680 pour le commerce avec la Côte-d’Or Danoise, l’actuel Ghana. Elle sera dissoute en 1776 pour raisons financières.


Liste des Compagnies (Wikipédia):

·     1748 : Société d’Angola (compagnie d’Angola) par A. Walsh


La Traite des Noirs

Introduction

La traite d’humains remonte aux plus anciens âges des civilisations. La Traite des Noirs ou Traite Négrière ou Traite des Nègres, qui a perduré depuis l’Antiquité jusqu’au XIXème siècle, concerne la traite de peuples africains amenés captifs soit dans des pays souverains, en d’Afrique c’est la Traite Intra-africaine, au Moyen-Orient c’est la Traite Orientale ; soit embarqués sur les côtes occidentales africaines et débarqués sur des terres colonisées du Nouveau-Monde (Amérique du Nord et du Sud) par les puissances européennes où ces peuples seront rendus à l’esclavage[1], c’est la Traite Atlantique qui s’intensifia au XVIIIème siècle avec 12 millions de déportés. Ce commerce a été fort lucratif pour les compagnies maritimes ; certaines en firent leur principale ‘’marchandise’’. « La traite orientale et la traite intra-africaine ont eu leur apogée au XIXe siècle » (Wikipédia).


C’est l’explorateur Dinis Dias, père de Bartoloméo Dias (premier à passer le Cap de Bonne Espérance en 1488), qui au milieu du XVème siècle, après avoir atteint un cap verdoyant qu’il nomma Cap Ver, pénètra ensuite au Sénégal. Il est le premier, sur ordre d’Henri-le-Navigateur (†1460), fils du roi Joa 1er, à mettre en place le trafic d’esclaves sur les côtes africaines, soit pour les vendre soit pour les faire travailler sur les terres des nouvelles possessions portugaises. A XVIème siècle, les Portugais embarquaient les esclaves sur la Côte des Esclaves (Bénin, Togo) située dans le golfe de Guinée. Mais s’il fut le premier en Europe à pratiquer la Traite des Noirs, le Portugal est le premier pays a avoir aboli l’esclavage en 1761.


En 1770, les Quakers de la Nouvelle-Angleterre rejetteront l’esclavage et en 1777, ils obtiendront sa prohibition dans le Vermont auprès des représentants des tout jeunes États-Unis qui se sont déclarés indépendant un an auparavant. Il faudra quand même attendre 1808 pour qu’ils interdisent la traite atlantique. En 1803, les Danois interdisent la traite sous toutes ses formes. Les Anglais interdisent la traite atlantique en1807. Le Parlement anglais interdit l’esclavage dans tout l’empire en 1833. En France, le décret d’abolition de l’esclavage date de 1848 à l’instigation de Victor Schœlcher.

Les premiers esclaves africains ont été amenés en Amérique au moment où les conquistadors ayant épuisés toutes les ‘ressources’ humaines locales durent faire appel aux négriers. Le dominicain espagnol Bartolomé de Las Casas (1484-1566), resté célèbre pour sa Controverse de Valladolid (1550) rédigea le Mémoire des Quatorze Remèdes où il prône entre autres : la fin des encomiendas, (exploitations où sont regroupés les indigènes pour les travaux agricoles), la réglementation du travail, la fin des travaux forcés, l'envoi de fermiers espagnols avec leurs familles pour exploiter en commun des terres avec les indigènes, et de prendre des Noirs comme esclaves pour compenser la mortalité des indigènes. « Las Casas prendra conscience de son erreur lorsqu'il connaîtra les conditions de la guerre menée en Afrique. Il prendra alors la défense des Noirs aussi bien que des Indios et se repentira jusqu'à la fin de ses jours de cette erreur ».  (Wikipédia/ article).


« Au xvie siècle se met en place le commerce triangulaire. Chargés en Europe, des armes, de l'alcool, de la verroterie et des textiles sont échangés en Afrique contre des captifs. Devenus esclaves dans les plantations, ils produisent des matières brutes (sucre, tabac, cacao, indigo, coton), transformées puis commercialisées en Europe. Souvent avec l'aide des royaumes côtiers de l'Afrique, les Européens rassemblent les captifs dans les forts de traite. Les navires négriers traversent l'Atlantique en deux mois environ, chargés de trois cents à cinq cents captifs » (Encyclopédie Universalis).


Le Cadre Noir

C’est sous Louis XIII dit Le Juste, qu’avait commencé en 1633 la Traite des esclaves pour les Antilles. En France, Louis XIV promulgue en 1685 une ordonnance (en fait un édit son application étant locale au contraire de l’ordonnance qui s’applique dans tout le royaume) dite Code Noir. Cette ordonnance réglemente la pratique de l’esclavage aux Antilles, en Louisiane et en Guyane. Elle traite des us, des coutumes, de la police mais surtout du (non) statut juridique des esclaves qui sont transmis en héritage ; ne possèdent rien, ils peuvent être vendus ou loués. L’esclave peut faire du commerce avec l’autorisation de son maître. Le maitre peut épouser une esclave mais ne peut pas en faire sa concubine. Il doit défendre son esclave devant la justice. Les esclaves baptisés reçoivent une sépulture chrétienne. L’esclave ne doit plus être torturé et doit être nourri suffisamment.


Esclavage en Virginie

Dès le premier moitié du XVIème siècle existait déjà l’esclavage au Nouveau-Monde. En Amérique du Sud, des esclaves étaient amenés du Nicaragua pour travailler dans les mines d’or du Pérou. En Amérique Centrale, des esclaves d’Afrique également, éraient amenés pour remplacer dans les encomedia (exploitations) quand la population indigène devenue après extermination et mauvais traitements pas suffisamment nombreuse. Bartoloméo des Las Casas adressa en 1516 au Cardinal Cisneros, alors régent et dont sait la répression farouche qu’il exerça contre les juifs et les musulmans, un Mémoire des Quatorze Remèdes, dans lequel il écrit être favorable à ce que les esclaves africains viennent remplacer les indigènes. Ce dont il se repentira pour le restant de sa vie. Il prendra ensuite la défense des esclaves indigènes et africains. Au Mexique, en 1545, il demandera en vain la libération des esclaves. La même année, dans le livre III de son Histoire des Indes, il prendra la défense d’un couple d’esclaves affranchis du Nicaragua.

En Amérique du Nord, c’est en Virginie, en 1619, qu’un navire hollandais amène les premiers esclaves africains. William Berkeley, gouverneur de Virginie, intensifia la Traite des Noirs. En 1662, sous La Restauration Anglaise, La loi virginienne sur l'esclavage stipule la transmission du statut d’esclave de mère en fils. Pourquoi par la mère ? Pour dissuader les accouplements maitres-esclaves. Jusqu’alors, un métis pouvait être libre.


Notes


  [1] L’esclavage est une pratique qui remonte à des temps immémoriaux. Au Moyen-âge, l’Église ne condamne pas l’esclavage. Le Pape l’autorise au roi du Portugal pour l’Afrique. Mais « l’organisation sociale chrétienne composée de frères ne peut se concilier avec l’esclavage, que remplace peu à peu le servage, dépendance personnelle et héréditaire… dans ces conditions, le vieux mot latin ‘servus’ finit par perdre son antique sens d' “esclave“ pour désigner celui qui est lié à la terre ou à un seigneur par des obligations relativement limitées : le serf. C'est alors qu'apparaît, dans le latin médiéval (Xème siècle), le mot ‘sclavus’, qui donnera, au 13ème siècle, le terme ‘esclave’, et qui est une autre forme de ‘slavus“, rappelant que les populations slaves des Balkans fournissaient, au Moyen Âge, l'essentiel des masses serviles en Occident ».(http://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/esclavage/49330)

 




SCIENCES

Introduction - Les Inventions - La Médecine


Introduction

La révolution scientifique apportée par le XVIIème siècle pourrait tenir en cette phrase de Galilée (1564-1642) : « L'univers est écrit en langue mathématique ». Elle signe  l’entrée de la science (moderne) dans l’histoire de la civilisation européenne. Elle marque une définitive rupture avec la théologie et oriente la philosophie de la nature sur la voie proprement scientifique qui la détache de tout ce qui en son approche du monde physique pouvait encore la rattacher à la théologie naturelle dont la visée était la connaissance de Dieu à travers la nature, par l’expérience sensible.

  • Le procès de Galilée en 1633, au cours duquel bien que condamné, l’astronome italien prononça son fameux : « Et pourtant, elle tourne. »,
  • Le Discours de la Méthode pour bien conduire sa raison et chercher la vérité dans les sciences de R. Descartes en 1637,
  • Le traité d'Isaac Newton de 1687, Principes Mathématiques De La Philosophie Naturelle dans lequel le scientifique « applique « les lois mathématiques à l'étude des phénomènes naturels » (J-C-F Hœefer) et expose la loi de la gravitation, 

sont les trois grands moments de cette révolution qui a définitivement engagée la philosophie naturelle sur une voie qui lui devient propre, celui de la science, terme qui sera désormais appliqué à toute forme d’investigation de la nature usant de l’observation, de la mesure, de la quantification et de l’expérimentation. La recherche de la connaissance (étymologiquement la science) doit se faire sur des bases rationnelles et empiriques. Elle s’applique donc aux mathématiques, à la physique et chimie, à l’astronomie, la botanique, l’optique, la musique (en tant que science mathématique elle était partie intégrante de quatre des sept arts libéraux médiévaux, le quadrivium : arithmétique, géométrie, astronomie et musique).

La Révolution galiléenne repose en fait non pas tant sur l’inversion géocentrique-héliocentrisme mais que l’affirmation que la terre tourne autour du soleil et non l’inverse est de résultat de l'observation, du calcul et de l'expérience.


Les Inventions

Selon Grégoire (normalien, agrégé de sciences physiques, docteur en physique théorique, enseignant de physique-chimie en classe préparatoire) in Livre et sciences (https://livresetscience.wordpress. com/2018/09/10/les-8-plus-grandes-inventions-du-xviie-siecle) ont été inventés au XVIIème siècle :


  • La calculatrice mécanique (1623), la Speeding Clock : «inspiré par les bâtons de Napier, Wilhelm Schickard conçoit un système mécanique appeler « horloge à calculer » permettant d’effectuer des opérations élémentaires sur des nombres à six chiffres. » A noter :Envoyée à Kepler, elle lui aurait permi de faire le calcul des éphémérides (astrologie).
  • Le baromètre (1643) : « Torricelli inventa en 1643 un tube qui portera son nom et qui permettra de réaliser des mesures de pression. Un tube de verre fermé à l’une de ses extrémités est rempli de mercure et plongé dans une cuvette remplie de mercure également. La pression à la surface de la cuve est égale à la pression atmosphérique et sa valeur diminue progressivement à mesure que l’on monte dans le tube.»
  •    La pompe à vide (1650) : « L’Allemand Otto von Guericke cherchait à réaliser le vide dans une bombonne. Ses tentatives d’extraire l’air directement restaient infructueuses lorsqu’il eut l’idée géniale de commencer par la remplir d’eau avant de la vider à l’aide d’une pompe aspirante ne laissant pas passer d’air. La pression extérieure qui n’était plus compensée par la pression intérieure avait tendance à écraser le récipient. Guericke opta alors pour une forme de bombonne la plus sphérique possible afin de minimiser les contraintes. »

       A noter qu’en 1654, Guericke, maire de Magdebourg, poursuivit ses recherches et en 1654 l’expérience qu’il fit avec les Hémisphères (ou Ballons) de Magdebourg démontrera l'existence du vide et la 
        notion de pression de l'air : Il assembla deux ballons (environs 50cm de diamètre) dont l’un était muni d’une valve reliée à la pompe à vide. L’air aspiré, le vide créé, les ballons étaient fermement   
        maintenus l’un à l’autre par la…pression de l’air extérieur.

  •    L'horloge à pendule (1656) : « Au début du siècle, Galilée avait remarqué que la période d’oscillation d’un pendule était indépendante de l’amplitude du mouvement. En 1656, l’astronome néerlandais Huygens utilisa cette propriété pour fabriquer des horloges de précision. Avec un pendule d’un mètre de long, la période des oscillations approche 2 secondes avec un décalage moyen réduit à 20 secondes par jour, ce qui est remarquable pour l’époque.
  •    L'autocuiseur (1679) : « Denis Papin raconte que pendant la première démonstration de son « Digesteur », il vit l’appareil exploser au bout de quelques minutes. Il revint quelques jours plus tard avec un ajout astucieux : une soupape de sécurité permettant de contrôler les augmentations de pression trop brusques. Grand succès : les aliments cuits à haute pression devenaient fondants et leur goût était sublimé. »
  • Le métronome (1696) : « Un support de bois, une tige munie d’un poids mobile oscillant à la manière d’un pendule : le métronome est né ! Plus le poids est bas, plus le mouvement est rapide. Ludwig van Beethoven sera le premier à utiliser l’instrument comme référence de tempo en 1817
  •    La pompe à vapeur (1698) : « Un des plus grands dangers lié à l’exploitation minière est l’inondation. L’ingénieur militaire Thomas Savery développa une machine permettant d’éviter d’écoper l’eau fastidieusement avec un seau. Un récipient est rempli d’eau et de la vapeur d’eau sous pression est injectée par en dessous ce qui chasse l’eau liquide vers le haut. Lors de la condensation un vide se crée alors dans le récipient. En tirant un tuyau de la machine jusqu’au fond de la mine, on aspire ainsi l’eau du puits.


Autres inventions du siècle

On doit à Gerbert d'Aurillac (945-1003) qui devint pape sous le nom de Sylvestre II en 999 et qui par ailleurs inventa le boulier introduisit les chiffres arabes en Europe ;.à l’Allemand Johann Widmann (1462-1498), le signe + et le signe - . On utilisait p (piu) et m (minus) ; u Gallois Robert Recorde (1512-1558), le signe = ;


Aux Hollandais Jansen père et fils, en 1590, le premier microscope composé de deux lentilles convexes (l’une servant d’objectif grossissant, l’autre d’oculaire). Mais c’est Antoni Van Leeuwenhoek (1652-1723), drapier à l’origine, qui est considéré comme le père de la microscopie par ses observations sur les bactéries et les protozoaires(1668) ; à l’Anglais Thomas Savery (1650 - 1715), la pompe à vapeur (1688).


Il est généralement reconnu que  Hans Lippershey, opticien-verrier et fabricant de lentilles, hollandais d'origine allemande, serait le premier à avoir décrit le concept de la longue-vue duquel dériveront ceux de la lunette astronomique et du télescope. Mais, il est à noter que « Le télescope fit son apparition aux Pays-Bas. En octobre 1608, le gouvernement de La Haye examina une demande de brevet pour un dispositif permettant de « voir les objets lointains comme s'ils étaient proches ». Il s'agissait d'une lentille convexe et concave dans un tube. Cette combinaison permettait de grossir les objets trois ou quatre fois. Le gouvernement jugea l'appareil trop facile à copier et ne délivra pas de brevet. Il accorda néanmoins une petite récompense à Jacob Metius et engagea Hans Lipperhey pour la fabrication de plusieurs versions de jumelles, pour lesquelles il fut grassement rémunéré. » ( https://history.aip.org › tools › tools-first-telescopes)

Jacob Metius était fabricant d’instrument et spécialisé dans le polissage des lentilles optiques. Son nom est associé à celui de Lippershey. Le brevet présenté aux États Généraux (gouvernement) de La Haye (capitale des Provinces-Unies) était-il le résultat d’une collaboration ?



Selon https://galileo.library.rice.edu/sci/instruments/telescope.html) « En octobre 1608, les États Généraux (le gouvernement national) de La Haye examinèrent les demandes de brevet d'abord de Hans Lipperhey de Middelbourg, puis de Jacob Metius d'Alkmaar, pour un appareil permettant de « voir les choses lointaines comme si elles étaient proches ». ls accordèrent une petite récompense à Metius et chargèrent Lipperhey de fabriquer plusieurs versions de jumelles. »

Galilée n'a pas inventé le télescope, mais il conçut et construisit des télescopes avec un pouvoir grossissant de plus en plus élevé.


Selon Calcul Québec (https://www.calculquebec.ca/vitrine/histoire/):

A l’Italien Bernado Perrotto (francisé en Bernard Perrot 1640-1709), la coulée du verre sur plateau permettant la fabrication de miroirs de grandes dimensions (1680) jusqu’alors soufflés en manchon, et le verre rouge (rouge rubis)

A Melchisédech Thévenot (1620-1692), auteur du premier traité de natation, le niveau à bulle d’air (1661) ; à Dom Pérignon le champagne (1688) ;

A Edme Mariotte (1620-1684), la découverte du point aveugle de l’œil et quelques années après l’Irlandais Robert Boyle (1627-1691) la loi sur les gaz (volume et pression inversement proportionnels).


« En 1635, Blaise Pascal effectue ses premiers calculs sur la Pascaline, la première machine de calcul mécanique opérationnelle, qui était capable d’effectuer des additions et des soustractions (cette seconde opération était toutefois difficile à effectuer).

Si Pascal a inventé le premier transport en commun, on doit au Comte de Villayer Jean-Jacques Renouard (1607-1691), Conseiller d’État l’invention en 1653 des boites aux lettres municipale relevées par des facteurs à Paris, les bureaux de poste existaient déjà. 

En 1673, Gottfried Wilhelm Leibniz fabrique la Stepped Rec

koner, la première machine capable non seulement d’additionner et de soustraire, mais également de multiplier et diviser. Seulement deux exemplaires de cette machine ont été construits. Leibniz est aussi l’inventeur du système binaire (base 2) qui est utilisé dans tous les ordinateurs modernes. »

En 1676, l’astronome danois, Ole Christensen Romer qui travaillé à l’observatoire de Paris en 1671, est le premier à mesurer la vitesse de la lumière à partir de l’observation des éclipses du satellite de Jupiter, IO.


En 1687, Denis papin(1647-1712) donne la première description d’une machine à vapeur « qui fonctionne par le jeu alternatif d’un piston dans un cylindre. De l’eau est introduite dans le cylindre, qui est chauffé. La vapeur d’eau ainsi produite pousse le piston vers le haut, et une tige permet de le bloquer à une certaine hauteur. En refroidissant, la vapeur d’eau se condense et du vide se crée alors dans le cylindre. » (https://gallica.bnf.fr/essentiels /repere/machine-vapeur-1687)

A noter que papin améliorait ainsi la machine à poudre à cylindre du scientifique hollandais Christian Huygens dont il était l’assistant comme il l’a été aussi du scientifique irlandais Robert Boyle (voir Philosophie/ les Philosophes de La Nature).

En 1690, il met au point le principe de la machine à vapeur à piston.


Dans le domaine militaire, au début du XVIIe siècle, la cartouche fut inventée. La balle du mousquet était placée dans un récipient contenant la quantité de poudre nécessaire au tir. Le soldat n'avait plus besoin de doser la poudre d'une corne à poudre dans son fusil.

La baïonnette est inventée en 1680. Fixée au mousquet, elle était utilisée comme pique  si nécessaire entre deux recharges de poudre. Elle rendit quasiment inutile la présence d’un piquier auprès du mousquetaire. Auparavant l’usage était qu’un piquier accompagne deux mousquetaires et les défende pendant leur recharge. L'armée britannique commença à utiliser des grenades en 1677.


La Médecine

Il existe encore au XVIIème siècle, une hiérarchie bien établit entre ceux que l’on appellerait aujourd’hui les professionnels de santé. En haut de l’échelle, les plus considérés sont les médecins qui soignent les maux internes et qui n’ont que mépris pour les chirurgiens qui n’on pas fait d’études, ont appris leur pratique sur le tas et ne soignent que les maux externes.

« En effet, les médecins suivent des études universitaires, soutiennent une thèse de doctorat, portent robe et bonnet carré et ne délivrent leurs diagnostics qu’en latin. À l’inverse, les chirurgiens restent des artisans, assez proches des barbiers et des rebouteurs. » ( Jean-François Belmonte Les rivalités entre les chirurgiens et les médecins au XVIIe siècle in Métiers et gens de métiers en Roussillon et en Languedoc, XVIIe-XVIIIe siècles PUF Perpignan 2009)


Viennent ensuite les préparateurs de potions et autres mixtures. En bas de l’échelle, les barbiers qui soignent les plaies, font les pansements, arrache les dents et rasent aussi. Sous Saint Louis (†1270) avait été fondé la Confrérie de Saint-Côme et de Saint-Damien qui regroupait les chirurgiens à robe longue qui se distinguaient ainsi des chirurgiens à robe courte, les barbiers.

« En 1656, la confrérie des chirurgiens à robe longue fusionne avec la confrérie des barbiers, mais les activités de ces derniers sont limitées (raser, saigner et accoucher). » La confrérie va former les chirurgiens selon un enseignement théorique et pratique qui, de fait, ne sera plus acquis par l’assistanat d’un chirurgien plus ancien. On obtient le titre de maître chirurgien après deux ans d’études. Le chirurgien tenait boutique de barbier. De 1691 à 1694, face à l'affluence d'élèves, la confrérie obtient un terrain du couvent des Cordeliers, et y élève l'amphithéâtre d'anatomie de Saint-Cosme».


En 1611 Santorio Santorio, (†1636), un des grands noms de la médecine italienne, invente le thermoscope, ancêtre du thermomètre, un appareil capable de mesurer la température du corps humain.

En 1628, Willian Harvey (voir Philosophie de La Nature) publie Exercitatio anatomica de motu cordis et sanguinis in animalibus dans lequel il démontre la circulation sanguine.

« Il démontre la communication entre les différentes parties de l'appareil circulatoire, le rôle primordial du cœur et réfute les vieilles conceptions sur la fonction du foie. Il décrit la musculature du cœur et explique son fonctionnement comme celui d'une pompe aspirante et foulante. » (Encyclopédie Universalis)