LA LITTÉRATURE BAROQUE ET CLASSIQUE

Le Conte

La Poésie



Introduction à La Littérature

Baroque et Classicisme -  Les Particularismes Nationaux



Baroque et Classicisme

Introduction

A noter tout d’abord que l’on parle de classicisme et non de baroquisme. Le suffixe ‘isme’ est généralement utilisé pour qualifier une théorie, une doctrine, une catégorie et désigner une période, un style, un genre devant d’obéir à des normes, à des règles, ce à quoi s’oppose la libre expression du baroque –l’emploi de ‘baroquisme’ est fort rare-  son expressionisme, son expressivité le rendant étranger à toute claire délimitation, étant lui-même une particularité, une irrégularité, une anomalie de la nature, serait-on tenter de dire. Les écrivains et artistes de la seconde moitié du XVIème siècle et du XVIIème ne se pensaient ni maniéristes ni baroques. Les artistes de la Renaissance parlaient de la ‘bella maniera’ sans aucun sens péjoratif qu’il a pu prendre par la suite (faire des manières). Le terme ‘baroque’ est employé pour la première fois par le critique d’art  Heinrich Wolfflin en 1915 dans Principes Fondamentaux de l'Histoire de l'Art. Quant aux auteurs de la Cour de Versailles, ils  avaient l’ambition de créer un genre et une langue pérennes qui devaient traverser les siècles comme les avaient traversé les Sophocle et les Cicéron, les Euripide et les Plaute. Il s’agissait d’écrire dans le marbre et si désordre il devait y avoir qu’il soit beau selon le mot de Boileau.


Deux principaux courants littéraires vont donc prédominés au XVIIème européen. L’un, plus important dans le temps et l’espace, couvre l’Europe, le Baroque ; L’autre, plus cantonné à l’espace culturel français et qui ne durera qu’environ trois-quarts de siècle, le Classicisme. Mais ce classicisme-là aura un tel rayonnement qu’il promouvra la langue française comme langue de l’élite européenne et jusqu’au 20ième siècle dans les pays d’Europe de l’Est et la Russie et le Château de Versailles sera le modèle des palais européens. En parallèle à ces deux courants, l’humanisme de la Renaissance se prolonge en un courant très controversé mais dont l’influence sera de plus en plus prépondérante, le Courant Libertin. Avec en autres comme représentant en France, Marc-Antoine Girard[ ]de Saint-Amant (1594-1661), il prendra de l’ampleur dès le XVIIIème siècle porté qu’il est alors par un aussi grand écrivain que le Marquis de Sade. L’Esprit des Lumières en adoptant son athéisme contribuera à son affirmation de plus en plus ouverte et le maintiendra vivant jusqu’à nos jours.


En littérature, le distinguo entre classique et baroque est plus difficile à cerner qu’en art ou en musique, tant dans l’esprit que dans la forme. Le baroque peut relever du maniérisme comme chez le poète l’espagnol Luis Gόngora ( †1672) gongorisme) ; la poésie baroque est abstraite, plus souvent attachée à la forme qu’au fond, à la rhétorique qu’à la sensibilité. Il peut prendre la forme du roman : roman d’aventures avec le Don Quichotte  de son compatriote Cervantès (†1616), roman picaresque avec Les Aventures de Simplicius Simplicissimus de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen 1676). En Italie, Giambattista Marino, le Chevalier Marin pour les Français (†1625), en Angleterre, le poète Milton (†1674) ou encore aux Pays-Bas, Joost van den Vondel  (†1679) participent d’un genre et l’autre. Au théâtre, certaines pièces de Shakespeare[1], de Corneille (Illusion Comique) ou de Molière (Don Juan) sont considérées comme baroques.


Dans ses lignes générales, le littérateur baroque, plus prolifique, laisse volontiers courir son imagination. Son œuvre, comparée à une œuvre classique, est plus profuse en évènements, en rebondissements, plus débordante d’émotions et sentiments ; le style en est plus vif et nerveux, nourri d’un langage moins châtiée voire plus crue, redondante, plus riche que recherchée, et peut-être plus précieuse que précis. De par son engagement dans le temps et dans l’histoire, l’auteur baroque est plus porté à mettre l’accent sur l’éphémère, l’illusion des choses et de l’existence, que ne l’est l’écrivain classique à la recherche d’une forme et d’un style qui traverseraient les âges, et pour le fond, une vérité plus universelle. Un auteur classique mesure ses phrases comme un orateur mesurerait ses propos, se soucie de l’équilibre des situations plus que d’un ressort dramatique qui pourrait lancer le(s) protagoniste(s) dans de nouvelles aventures et fait plus appel à la raison.


Si cette littérature classique atteint son pleine épanouissement dans la seconde partie du siècle et jusque dans le premier quart du siècle suivant, pour autant, on ne saurait ignorer la littérature française de sa première moitié et celle de la plus part des autres pays européens que l’on peut qualifier de baroque en ce qu’elles n’obéissent pas au même souci d’ordre, d’équilibre et de clarté au profit d’une écriture plus débridée, d’une imagination plus exubérante, d’une variété des sujets plus triviaux. A l’opposé de la littérature des ‘Grands Classiques’ français, la littérature espagnole depuis Cervantès († 1616) et Góngora ( † 1627) et jusqu’à Lope de Vega (†1635), Quevedo (†1645) et Calderón (†1681) est ‘viscéralement’ baroque.

Entre les deux, moins caractéristiques, les autres littératures vont s’efforcer soit comme Outre-rhin de forger une langue qui, devra refléter le nationalisme germanique, tout en laissant libre cours à l’esprit baroque avec ses Académies fruitières et tout en ouvrant une des plus belles pages de la poésie spirituelle à l’instar des poètes de l’École de Silésie. soit comme en Angleterre changer de styles en traversant les périodes jacobéenne, du Commonwealth et de la Restauration.


Les Genres Nouveaux

Si la Renaissance apporta à l’histoire de la littérature européenne essentiellement deux nouveaux genres, l’essai « à la Montaigne », et le roman picaresque avec la naissance du roman dit moderne qui émerge du récit médiéval, l’Âge Baroque a apporté une plus riche moisson de genres. Le roman va varier dans ses styles notamment avec les auteures féminines ; un genre nouveau apparaît, L’Histoire Secrète d’un personnage historique (Marie de Bourgogne, Henri IV de Castille) liée souvent à une intrigue amoureuse. La poésie innove avec un nouveau style, le style précieux ; le théâtre classique  va sortir de ses longues et pesantes déclamations du siècle précédent, soi-disant inspirées de l’antique, pour porter la tragédie à son apogée et à l’alexandrin, depuis Jodelle (†1573), une place indétrônable. Le théâtre baroque, largement inspiré des auteurs espagnols, mais aussi par la Commedia dell’arte,  donne à la comédie une liberté de tons et de mouvements qui lui conserve à ce jour toute sa modernité.


Des genres jusqu’alors inexplorés ou quasiment, vont s’imposer comme des genres tout aussi nobles:

  • En France, le roman intimiste, illustré notamment par Madame de La Fayette (1634-1696) avec La Princesse de Clèves, et La Princesse de Montpensier,  est né dans la salons d’un attrait pour la relation amoureuse vertueuse excluant toute vulgarité, voire chaste, et de son ‘retrait’ dans la relation psychologique. Le genre pastoral apparu en Italie au siècle précédent, fera son entrée en France avec l’Astrée d’Honoré d’Urfé ; ce genre resitue dans le monde idyllique et champêtre des bergers, ce type de relation amoureuse asexuée « en proposant un idéal de civilisation qui fait de la politesse mondaine et de la galanterie envers les dames la pierre de touche de la parfaite honnêteté. » A l’opposée, se trouve le roman burlesque ou/ et satirique qui  se veut réaliste en décrivant des personnages qui ne sont ni héroïques, ni historiques, ni des bergers mais des gens du commun, bourgeois aisés ou quand il s’agit de personnages de conditions modeste ou pauvre, du picaro, vagabond vivant de tout et de rien, personnage né sous la plume d’écrivains Espagnol du siècle précédent, connus ou anonyme. Paul Scarron (1610-1660) initie le genre burlesque en France au milieu du siècle avec Recueil de quelques vers burlesques. Tout en jouant aussi en un autre roman du thème pastoral mais sur le mode bouffon. Charles Sorel y participe avec son Histoire Comique de Francion qu’il décrit dans sa préface comme « peinture naïve de toutes les diverses humeurs des hommes ».

 

  •  En Espagne, le roman byzantin, après les périodes antique et médiévale, retrouve un regain d’intérêt (Voir Espagne/ Roman Byzantin ; les picaro et Célestines du siècle précédents auront encore de beaux jours devant eux au XVIIème siècle.

 

  •  En France d’Europe, mais particulièrement dans la riche production française vont se développer le genre épistolaire, les mémoires, le conte de fée, le portrait littéraire ou caractère, le sermon, l’article de presse, le billet galant auxquels on peut ajouter l’art de la conversation pratiquée dans les salons, véritables laboratoires de la langue littéraire.


Du Baroque au Précieux

En poésie, le baroque prend une tournure particulière, son extravagance, son exubérance, bref son excessivité, va se loger dans le raffinement du langage, une sophistication qui donne lieu à des jeux de mots, des surprises de sens, des double sens. Cette préciosité langagière est représentée en France notamment par Vincent Voiture (1597-1648), chef de file du genre en poésie et animateur admiré des Salons ( Voir Introduction Générale/ La Vie Mondaine/Les Salons)

En Espagne, ce sont Luis de Góngora (1561-1627) et son rival Alonso de Ledesma (1562-1633) qui en sont les meilleurs illustrateurs. Le Cultisme ou Cultéranisme (culteranismo) ou gongorisme, courant poétique on ne peut plus baroque, use de la métaphore, de la pointe (trait d’esprit), du jeu de mots, tandis que le Conceptisme de Lesdesma, en usant tout autant de la métaphore, s’ingénie à la litote voulant donner le plus de profondeur à ce qui est dit dans un minimum d’expression. Francisco de Quevedo (1580-1645), Baltasar Gracián y Morales (1601-1658) seront en Espagne les deux plus illustres représentant du Conceptisme.


Le Cultéranisme ou Gongorisme aura son pendant en Italie avec le Marisnisme du Chevalier Marin (1569-1625).

Ils auront tous eu pour devanciers, les Grand Rhétoriqueurs français et Flamands de la Renaissance qui peaufinaient, trituraient la langue, utilisaient le vers en véritables artisans comme si la langue était la cause et la fin de leur poétique : choix précis du vocabulaire, jeu des sonorités, jeu avec les mots et jeu de mots.

Le poète anglais John Lyly (1553-1606) avec ses  romans Euphues: The Anatomy of Wit (Euphues ou l’Anatomie de L’esprit,1578) et Euphues and His England (1580) à la prose artificielle et excessivement élégante « ont inspiré un style littéraire élisabéthain de courte durée appelé «euphuisme» » (Encyclopedia Brittanica). Le nom Euphues est dérivé du grec ευφυής (euphuēs) signifiant « gracieux, plein d'esprit ».


Le Classicisme Français

Le classicisme littéraire qui apparaît dans la seconde moitié du XVIIe siècle et occupe tout le règne de Louis XIV, est une exception française dans une Europe vouée au baroque face auquel il réagit en opposant sobriété à excentricité, ordre à exubérance. L'esthétique classique est indissociablement liée à l’émergence de la monarchie absolue qui voulut établir dans sa gouvernance du pays un semblable principe d’ordre et de rationalité. La conjonction entre l'esthétique classique et l'existence d'un pouvoir centralisé, qui créa des structures propres à diffuser cette esthétique, a permis l'éclosion du phénomène particulier qu'est le classicisme français: autorité royale mais aussi structuration, structuration de l’administration dont les bâtiments jouxtaient le palais, de l’économie par la réorganisation des manufactures privées en manufactures royales, et de la culture par la fondation des académies.

 L’art de la conversation, affiné dans les salons, a joué un rôle important dans l’établissement d’un français littéraire classique : clair, compréhensible, équilibré, toujours bienséant. Le critère en sera ce mot de Boileau : « Ce qui se conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire arrive aisément ». Boileau met une condition à une bonne expression et à une bonne écriture : que notre pensée soit d’abord elle-même claire, autrement dit que la raison ait clarifié nos pensées.


« Le classicisme français tend tout entier vers la litote. C'est l'art d'exprimer le plus en disant le moins. C'est l'art de pudeur et de modestie ». (André Gide)

« [Le Classicisme] est une création des ‘littéraires’, il trahit l’originalité de cet âge avec son double classicisme, celui des lettres, certes, mais aussi celui des sciences qui, opposé au classicisme grec, veut appliquer la théorie à la pratique » (Yvon Belaval L’Âge Classique, Histoire de la Philosophie V.1 Gallimard 73) ;

Les grands représentants de la littérature française au XVIIème siècle sont les grand tragédiens Pierre Corneille (1606-1684) et Jean Racine (16391-699), les poètes Malherbe (1555-1628) considéré comme le père du classicisme français, Jean de La Fontaine (1621-1695), Nicolas Boileau (1636-1711) et le grand orateur, l’évêque Bossuet (1627-1704) dit le Cygne de Meaux.


La Littérature au Féminin

Au XVIIème siècle, la littérature féminine va tenir une place aussi importante que la littérature masculine même si elle n’a pas gardé la même place dans les manuels scolaires. Les écrivaines ne seront pas en reste d’innovations. Certaines de leurs œuvres comptent parmi les chefs-d’œuvre de l’histoire de la littérature européenne. Mais bien d’autres restent encore ignorées sinon des historiens du moins du grand public.


En France, à côtés des plus célèbres, Madame de Sévigné, Mlle de Scudéry, Madame de La Fayette… et d’autres moins connues comme Marie-Jeanne l’Héritier de Villandon (1664-1734), Madame d’Aulnoy (Marie-Catherine Le Jumel de Barneville 1652-1705), Mademoiselle de La Force (Charlotte-Rose de Caumont La Force 1650-1724), se trouvent


  • -Madame de Villedieu (Marie-Christine Desjardins (1640-1683), romancière et dramaturge, poétesse libertine, qui inventa un nouveau genre, le roman-mémoire avec notamment Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière (1672>74) voir Théâtre/ Les Femmes de Théâtre/ Autrices. Ses œuvres connurent une très grand succès ;
  • - Anne Dacier (née Anne Le Fèvre 1645-1720), née à Grandchamp (Haute Marne) et morte à Paris fur une philologue émérite et éminente traduction qui traduit notamment,
      sa pièce, maitresse, L’Illiade et L’Odyssée.
  • - Catherine Bernard (1663-1712) fut la première dramaturge à être jouée à l‘Académie Française voir Théâtre/ Les Femmes de Théâtre/ Autrices ;
  • - Françoise Pitel de Longchamp (1662-1721), Mademoiselle Raisin au Théâtre dite aussi Fanchon, petite fille du célèbre acteur Turlupin donna à la Comédie Française une farce,
      Le Voleur ou Titapapouf ;
  • - Anne de la Roche-Guilhem (1644-1607/10), qui, réfugiée à la Révocation de l’Édit de Nantes, à Londres où elle mourut, fut une auteure prolifique à succès.
      Elle écrivit des romans historiques et récits dont l’Histoire des Courtisanes qui, bien que saisi, fut mainte fois réédité.
  • Si l’on a retenu le noms des salonnières, on oublie souvent qu’elles ont écrit à l’exemple de Madeleine de Souvré, Marquise de Sablé (1599-1678) qui ouvrit un salon Place Royale (actuelle Place des Vosges) avec sa compagne la Marquise de Saint Maur avec qui elle finira sa vie au couvent janséniste de Port-Royal des Champs, écrivit des maximes ; de Madame de Scarron, épouse du romancier et homme d’esprit Paul Scarron (1610-1660), qui, de gouvernante des enfants de Louis XIV deviendra Madame de Maintenon, était romancière.


En Angleterre, Aphra Behn (1640-1689), fut la première femme écrivaine à vivre de sa plume. Elle écrivit de nombreuses pièces de théâtre et de romans dont l’un fut le premier en Europe à évoquer l’esclavage.

  •  Mary Herbert (née Mary Sydney 1561-1621), Comtesse de Pembroke, sœur du célèbre poète Philip Sydney (†1586), tante de Mary Worth, anima avec son frère, à Wilton House,  un cercle littéraire couru par  les dramaturges et poètes célèbres de son temps. En tant que poétesse, la professeure Robin P. Williams lui attribue des sonnets de Shakespeare. Traductrice, elle traduisit le Livre des Psaumes et une pièce du dramaturge français Robert Garnier .
  • Mary Wroth (née Mary Sydney1587-1652), fille de Robert Sidney  Comte de Leicester, est la nièce du poète Philipe Syndney et de Mary Sydney. Elle compte dans sa famille Walter Raleigh, poète et explorateur célèbre. Elle a eu pour ami Ben Jonson. Elle sera la première romancière en Angleterre et la première à  publier un drame pastoral, son premier roman, Love’s Victory en 1620. Son second roman, un roman à clef, The Countess of Mongomery’s Urania fera scandale car c’est la femme qui choisit l’homme. L’ouvrage est accompagné d’un recueil de sonnets. Une œuvre profondément marquée par la mélancolie.
  • Elizabeth Cary (1589-1639), poétesse, dramaturge, historienne, écrivit la première originale pièce de théâtre en anglais. a Lady Jane Lumley (Jane FitzAlan, baronne Lumley 1537 -1578) avait été la première à traduire Euripide avec sa traduction d’Iphigénie The Tragedie of Euripedes called Iphigeneia, translated out of Greake into English.
  • Margaret Hughes (Margaret Hewes 1630- 1719) fut la première femme en Angleterre à monter sur les planches en interprétant Desdémone dans Othello en 1660. En 1662, craignant que les rôles féminins continuant à être interprétés par des hommes ne favorisent  le « vice contre nature » Charles II décréta que désormais ils seraient interprétés par des femmes. Elle a été la maitresse du Prince Rupert du Rhin, Duke de Cumberland.


En Espagne, la romancière María de Zayas y Sotomayor romancière et la poétesse Caro de Mallén y Soto (v. 1600 - 1647 ?)  ont conservé une place de choix dans la littérature espagnole.


En Allemagne, des femmes appartenaient aux sociétés littéraires comme Catherine-Reine Greiffenberg, baronne de Seisseneg (1633-1694), née en Autriche, morte à Nuremberg. Appelée aussi ‘l'Uranie allemande’, (la Brave dans la société littéraire fondée par Zesen. Son oncle a fait publier à Nuremberg en 1682 un recueil de cinquante sonnets et cinquante cantiques « d’une langue forte et riche et d’un profond sentiment religieux » (G. Vapereau Dictionnaire universel des littératures 1858-95 gallica.bnf.fr)


Les Particularismes Nationaux

France

Entre Baroque et Classique

En France, la période baroque de la littérature française commence en 1610 avec la régence de Marie de Médicis, la mère de Louis XIII. Elle est censée se terminer  avec la montée en puissance des grands classiques de la cour de Versailles, Racine, Boileau, La Bruyère, Malherbe entre autres. La période classique commence en 1661, année en laquelle Louis XIV, à la mort de Mazarin, décide de gouverner seul ; année au cours de laquelle se tient l’immémoriale fête de Vaux-Le-Vicomte qui préfigure le tout prochain chantier de Versailles. La mort de Louis XIV en 1715 va marquer une rupture dans le classicisme littéraire. Les mentalités vont changer, sortir du rigorisme religieux que Mme de Maintenon avait imposé à la cour et d’abord à un Louis XIV qui se repentait de ses amours de folles jeunesse. La perte de ses descendants si chers à son cœur accroitra sa piété.

Mais, les périodes étant ce qu’elles sont, des points de repères dans la chronologie des mouvements littéraires et artistiques, l’esprit baroque se prolongera dans la période classique avec la préciosité, comme le classicisme s’est annoncé dans le domaine de l’art avec un courant comme l’Attisme en peinture et l’œuvre de N. Poussin, et dans le domaine littéraire par la fondation de l’Académie Française en 1635 et de l’Académie de Peinture et de Sculpture en 1648 par celui qui sera le maître d’œuvre de Versailles Charles Le Brun. A ces académies, feront  suite les fondations de La Petite Académie (future Académie des Inscriptions et Belles-Lettres 1663), de l’Académie Royale de Danse en 1661, de l’Académie des Sciences en 1666 et de l’Académie Royale de Musique en 1671. Sous le règne de Louis XIII, des hommes d’état comme Richelieu et Mazarin en jetant les bases de la monarchie absolue, ont créé les conditions d’un art officiel, académique.


Toutes ces académies depuis le début de leur fondation avaient un but : De par leurs statuts, édicter des règles impératives dans l’accomplissement de œuvres artistiques et littéraires ; en fait, de mettre sous contrôle la création. L’académie de danse en sera un bel exemple dont la mission outre que « de contrôler la création chorégraphique et l’enseignement, assuré par treize ‘Anciens’ [!] chargés ‘’d’instruire touchant la manière de danser, et montrer tant les anciennes que les nouvelles’’ », sera « de montrer et éviter les abus et les mauvaises habitudes que ceux qui veulent en être instruits pourraient avoir contractées ». Le propre du classicisme est bien d’éviter tous débordements et de suivre des règles bien établies telles qu’en matière artistique, l’Académie de Peinture déjà en 1648, les édictait en y ajoutant une hiérarchie dans les genres picturaux.

Il y a du baroque chez Savinien de Cyrano dit de Bergerac (1616-1655) comme il y en a dans les comédies de Molière. Il y a du classique chez Racine comme il y en a chez Jean Rotrou


Une Langue Classique

C’est parce qu’il a mené un jeu politique déterminant dans le concert des nations, des guerres de conquêtes, qui, bien que souvent seul face aux alliances européennes, donna au royaume quasiment son territoire actuel, c’est parce qu’il a instauré ce qu’il est convenu d’appeler une monarchie absolue- quoique l’Angleterre ait pu quelque peu le devancer – que Voltaire appela le XVIIème siècle le Siècle de Louis XIV. Et c’est par le rayonnement artistique et culturel de Cour de Versailles qui éclaira toutes l’Europe, que ce siècle peut-être celui du Roi Soleil. Et c’est par les écrivains, poètes et dramaturges dont il s’entoura que ce siècle est dit être celui de L’Âge Classique. Poètes, écrivains ont établi des règles poétiques, théâtrales, prosodiques qui ont définitivement donner à sa syntaxe comme à son vocabulaire toutes les qualités qui ont faite reconnaître la langue française comme une langue claire, harmonieuse, équilibrée, en un mot classique ; classique non  pas seulement inspirée de la dramaturgie et de la versification antique, ce qu’avaient déjà entrepris les auteurs de la Renaissance, mais pour avoir fait de cette langue un parfait outil de l’expression et de la pensée et de l’émotion ; classique non pas seulement pour son attachement à l’antiquité gréco-romaine, mais pour « faire autorité, être digne d’être imitée » selon la définition qu’en donne le dictionnaire Le Petit Robert. Il est néanmoins à noter que les autres pays européens ont plutôt tendance à réserver l’expression de classicisme à la période de l’Antiquité.


La langue française se structure (voir Dictionnaires) en marquant un usage différent pour les œuvres de la pensée et les œuvres de l’esprit, à savoir les œuvres de réflexion et les œuvres de fiction. Si des auteurs par leurs écrits, critiques ou littéraires, inscrivent d’une empreinte indélébile le « style français » comme Malherbes, Boileau, Guez de Balzac, d’un point de vue technique la langue française telle que nous la pratiquons aujourd’hui doit beaucoup à la Grammaire élaborée par les jansénistes de Port-Royal des Champs.

Sans avoir laissé leurs noms dans le marbre des lettres françaises, deux personnages ont joués dans la seconde partie du siècle un rôle important voire déterminant dans son histoire.


Jean Chapelain

Jean Chapelain (1595-1674), né et mort à Paris, n’a pas laissé  un nom impérissable dans l’histoire des lettres françaises.  Son poème La Pucelle, poème épique tant attendu dans les salons dont il était grand familier, jeta à la publication de ces premiers chants une telle consternation que la suite n’en fut jamais publiée ; Mais aux côtés de Charles Perrault (†1703), l’auteur des contes et du frère de celui-ci, l’architecte de la Colonnade du Louvre, joua, un rôle important au ‘petit-conseil’ créé par Colbert, Surintendant des Bâtiments (parmi bien d’autres charges), « pour «examiner tout ce qui regarde les bâtiments, ‘’l’esprit et l’érudition’’ ; Petit Conseil qui deviendra en 1663 l’ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. (Cf. Inès Murat Colbert, Fayard 1980, pg. 176)

Voltaire dira de lui : « Chapelain avait une littérature immense, et ce qui peut surprendre, c’est qu’il avait du goût et qu’il était un des critiques les plus éclairés » (cité par I. Murat). Il dut manquer de lumière en ce qui le concernait. Chapelain n’en avait pas moins l’estime de Richelieu qui lui octroya une forte pension, le fit entrer à sa création à l’Académie Française.

« Son importance, considérable, s'identifie avec le rôle qu'il a joué dans l'élaboration de la doctrine classique (Préface de l'Adone, 1629 ; Lettre sur les vingt-quatre heures, 1630), dont les tenants, formés à un goût plus sûr, devaient se déchaîner contre lui. » (Encyclopédie Universalis)


Gilles Ménage

Gilles Ménage (1613-1692), polygraphe, philologue, grammairien et lexicographe, ami de Jean Chapelain, a construit une œuvre littéraire et linguistique du plus grand intérêt pour l'histoire de la langue française. Il exerça une très grande influence sur la formation de la langue française comme en témoigne son premier ouvrage La Requeste des Dictionnaires (1649) qui s’oppose au « travaux d’embellissement de la langue française », que commençait d’entreprendre avec son dictionnaire l’Académie Française (1ère parution en 1694) qui lui ferma définitivement ses portes. Mais il fut reçu à l’Accademia della Crusca en 1654. En 1685, il publia Le Origini Della Lingua Italiana.  (voir aussi Particularismes Nationnaux/France/Un Langage Classique)

Porté à l’érudition, doté d’une grande mémoire, il est aussi l’auteur d’une œuvre considérable qui compte les Origines de la Langue Française (1650), les Observations Sur La Langue Française (1672-1676) et le Dictionnaire Étymologique De La Langue Française (1694). Critique littéraire, on lui doit une étude sur les Sonnets de Pétrarque et l’Aminta du Tasse et sur les poèmes de Malherbe. Il fréquenta assidument l’Hôtel de Rambouillet. Il est Vadius, le pédant des Femmes Savantes. Boileau le critiqua.

Ménage fréquenta les salons et en tint un lui-même dont les réunion tous les mercredis étaient appelées les ‘Mercuriales’.

Pour la petite histoire, Ménage fut le précepteur de Mme de La Fayette qui lui en fit voir des vertes et des pas mures, se jouant de lui non comme son élève mais comme sa prétendue maitresse, ce qui le plongeait dans la plus extrême confusion.


L’Honnête Homme

En 1630, L’Homme Honnête ou l’Art de Plaire à la Cour de Nicolas Faret (1596-1646), l’un des fondateurs de l’Académie Française, pose par écrit les fondamentaux d’une nouvelle morale, d’un nouveau comportement social comme avait pu le faire un siècle auparavant Baldassare Castiglione avec Il Cortigiano (1513-24). A la différence qu’il ne s’agit plus d’une déférence, d’une révérence du petit noble au grand noble mais de l’affirmation d’une bourgeoisie qui se positionne  par ses mœurs et ses valeurs. Plaire à la cour certes, c’est-à-dire au pouvoir, mais pour mieux asseoir celui-ci et la société qu’il gouverne dans l’équilibre de ses jugements, la stabilité de son économie, la modération de ses mœurs. L’honnête homme est cultivé et divers dans son savoir ; Croyant, il est plutôt austère, aussi bien protestant, au moins d’esprit, que fervent catholique, toujours  épris de culture classique (antique). Il aime la vie mais n’en jouit pas de trop. Il peut faire montre d’élan du cœur, mais jamais l’on ne verra son poignet de chemise noirci par la fumée s’échappant par la manche de son habit tant aurait été intense le foyer qui brûla son cœur comme se décrivit un poète baroque. on s’en doute… enflammé d’amour.

Le Bel Esprit est une notion qui se rattache à l’Honnête Homme et définit chez lui une manière d’être dans son langage, sa civilité, la politesse de ses manières et de son discours, sa bienséance par sa capacité d’adaptation aux situations.


La Querelle des Anciens et des Modernes

« Une célèbre querelle anime la fin du XVIIe siècle : au modèle antique, défendu par les « Anciens », s’opposent des formes nouvelles pratiquées par les « Modernes ». Au XVIIIe siècle, le combat penche nettement du côté des Modernes : le Louvre plus beau que le Colisée, Pascal plus profond que Platon, Boileau supérieur à Horace… La rivalité entre Versailles et Paris, la cour et la ville, s’affirme…À travers cette querelle des Anciens et des Modernes, il s’agit d’affirmer la supériorité expressive de la langue française sur le grec et le latin, autant que du « penser par soi-même » (sans référence nécessaire aux Anciens)… en étant à l’écoute d’une époque en pleine mutation. C’est l’émergence d'une modernité culturelle, où l'idéologie des Lumières – le goût de la découverte, de l’invention et de la liberté – remplace[ra)] peu à peu ceux de l'Humanisme et de la Contre-Réforme qui ont modelé le XVIIe siècle ».(https://gallica.bnf.fr/essentiels/repere/querelle-anciens-modernes)

A l’origine, la querelle peut passer pour naître d’un motif religieux, d’une opposition entre chrétienté et paganisme. Le modèle

grec, païen, ne saurait servir de modèle aux œuvres fondées sur la foi : tragédies sacrées, épopées chrétiennes qui trouvent un écho de plus en plus grand, prennent leurs distances d’avec la mythologie. Le Polyeucte de Corneille, joué au Théâtre du Marais en 1641, au sujet ouvertement religieux (le martyr du saint arménien Polyeucte de Mélitène) est la première manifestation de cette revendication de la foi chrétienne comme source d’inspiration.


Mais la querelle va prendre une tout autre orientation en 1676, quand il sera proposé de remplacer les inscriptions des monuments publics, jusqu’alors en latin, par des formules en français. L'helléniste Charpentier y est favorable affirmait en 1683 L'Excellence de la langue française. En 1687, c’est au tour du vieillissant Charles Perrault, dont on sait le rôle important qu’il joua auprès de Colbert (†1683) Surintendant des Bâtiments[2], de soutenir l’innovation devant l’Académie dans son poème Le Siècle de Louis le Grand. Il affirme que les écrivains de son temps n’ont rien à envier aux auteurs grecs dont il dira qu’ « Ils sont grands, il est vrai, mais hommes comme nous ». Il est à retenir que le conteur Perrault était alors en disgrâce, et que les ‘Anciens’, Boileau, Racine, La Fontaine, Bossuet et La Bruyère, étaient les illustres représentant des Belles Lettres à la cour. Le pluridisciplinaire Fontenelle, qui mourra centenaire (†1757), écrira en 1687 dans ses Digression sur les Anciens et les Modernes, invoquant la « permanence des lois de la nature : « Toute la question générale de la prééminence entre les anciens et les modernes se réduit à savoir si les arbres autre fois dans nos campagnes étaient plus grands que ceux d’aujourd’hui… la nature a entre les mains une pâte qui est toujours la même et qu’elle tourne et retourne et dont elle forme les hommes, les animaux et les plantes et certainement, elle n’a point formé Platon, Démosthène ni Homère d’une argile plus fine et mieux préparée que nos philosophe, nos orateurs et nos poètes d’aujourd’hui ». »


Mais une certaine contradiction peut s’immiscer entre le Fontenelle des Digressions et le Perrault des Parallèles entre les Anciens et les Modernes  (dialogue entre un abbé raisonnable et un chevalier ironique) qui voit « que la nature est toujours la même en général dans ses productions, [mais] les siècles ne sont pas toujours les mêmes, et tout chose pareille, c’est un avantage à un siècle d’être venu après les autres ». Perrault affirme là la notion de progrès qui prendra une importance de plus en plus grande à partir du Siècle des Lumières et jusqu’à nos jours dans les mentalités contemporaines au point de servir de référence à toute réflexion.

Ce que reprochent les Modernes aux Anciens, c’est le principe d’autorité. A une époque où la science (l’astronomie, l’optique, la physique) et la philosophie (rationalisme, empirisme), la médecine (circulation du sang) ont ouverts de nouveaux horizons, Platon passe pour « ennuyeux » et les Aristote, Hippocrate et autres Ptolémée pour dépassés. Et Fontenelle d’écrire : « Rien tant n’arrête le progrès des choses, rien ne borne tant les esprits, que l’admiration excessive des Anciens » (Digression)


Du côté des ‘traditionnalistes, en 1693, Boileau dans son Ode Pindarique sur la Prise de Namur prend parti pour les Anciens et prônent leur imitation. L’année suivante, il s’en prend à la gente féminine qui soutient les Modernes. La même année, dans ses Réflexions sur Longin[3], « un répertoire des bévues de Perrault. Boileau n'y aborde aucune question, il n'y soutient aucune doctrine : il y relève les contre-sens, les fautes de style, et même les fautes d'orthographe... ». Mais, « il ‘compose’ : s’il admire ses amis Modernes, les Anciens ont néanmoins résisté à l’épreuve du temps. Aux Anciens, qui regroupent presque tous les plus illustres auteurs, il oppose à la permanence des lois de la nature, l’épreuve du temps : « L’antiquité d’un écrivain n’est pas un titre certain de son mérite ; mais l’antique et constante admiration qu’on a toujours eu pour ses ouvrages est une preuve sûre et infaillible qu’on doit les admirer » (Boileau). Et il se demande si la comparaison avec les auteurs antiques est bien nécessaire. La Fontaine qui, par son ‘grand tort’ d’avoir été fidèle à Fouchet, n’était pas vraiment intégré au cénacle des auteurs versaillais, pour autant dans son Épitre à Huet, écrivit que quels que soient les mérites des modernes, Homère, Virgile sont « les dieux du Parnasse … On s’égare en voulant tenir d’autres chemins [que celui des anciens]». La Fontaine fait là référence à ses débuts de poète quand, coulant, imiter Voiture. « Horace par bonheur [lui] dessilla les yeux ».

L’imitation des anciens ne doit pas annihiler l’originalité de l’auteur. L’imitation consiste simplement à suivre les règles, à respecter les principes de la raison et du naturel. Comme l’écrit Boileau : « Mon imitation n’est pas esclavage ».


En 1685, le libertin Saint-Évremond trouve un terrain de conciliation dans son ouvrage Sur les Poèmes des Anciens en écrivant que « si Homère vivait présentement, il ferait des poèmes admirables, accommodés au siècle où il écrivait ». Selon lui, une évolution est nécessaire de « par le changement de religion, de gouvernement, de mœurs, de manières ».

En 1714, dans sa Lettre à L’ Académie, Fénelon souhaite que les modernes surpassent les anciens qui n’en seront pas moins excellents. « Les anciens les plus parfaits ont des imperfections ». Il relève leur faute de goût, leurs maladresses et ont « le défaut de leur religion ». Mais pour les surpasser, il faut profiter de leurs acquis et comme eux continuer à suivre « l’imitation de la belle nature ».


Le temps donnera raison aux modernes. L’imitation de l’antique qu’avait revendiqué poètes et artistes de la Renaissance a abouti à la grande littérature de l’Âge Classique. Arrivée en pleine maturité, elle atteint, son apogée, comme tout art, à son acmé, à sa phase classique. Poursuivre en cette voix ne pouvait mener qu’à un formalisme pseudo ou néo-classique, à un ‘académisme’. Le XVIIème siècle est aussi celui du rationalisme. Il a besoin d’idées claires (« ce qui se conçoit bien s’énonce clairement… ») mais aussi de nouveautés en tous les domaines animé qu’il est déjà par l’idée de progrès, par un individualisme qui, apparu à la Renaissance (fin de l’anonymat des auteurs et des artistes) ne cessera de s’affirmer au fil des siècles. A sa fin, la relativisation de la notion d’une esthétique universelle et de la notion même de tradition, va être mise en pratique par les philosophes des Lumières dans tous les domaines, religieux, politique, social et moral.


La Querelle des Anciens et des Modernes (Fin du Siècle)

La question posée dans La Querelle des Anciens et des Modernes est la question récurrente dans l’histoire des arts et des lettres de savoir si les auteurs, compositeurs, artistes doivent continuer à se référer dans le choix des formes et des genres à des modèles anciens dits classiques, qui ont fait leur preuve par la pérennité de leur efficacité à exprimer de la meilleure façon les notions fondamentales du Beau, du Bien et du Vrai ou doivent-ils innover, forcément innover, trouver de nouveaux modes d’expression dans la forme et le langage propre à traduire la sensibilité et les valeurs éthiques d’une époque, toujours nouvelles car émergeant de l’évolution des mentalités plongées dans l’Histoire. Tradition ou Modernité ?

Les canons, les styles, les formes, les genres qu’utilisèrent les Anciens devenus avec le temps des Classiques ont-ils une fois pour toutes donner les moyens aux créateurs d’atteindre à l’intemporalité du seul fait de leur pérennité?


Une autre question est sous-jacente à celle-ci : Cette référence constante aux formes culturelles antérieures n’-a-t-elle pas pour fonction d’endiguer les mouvements artistiques et littéraires dans un courant d’esprit qui ne saurait ainsi dériver vers une modernité perçue comme négative dans son non-respect de la tradition, fondement, ciment même de la vie en société. La question touche au politique. Or dans la querelle des Anciens et des Modernes de la fin du XVIIème siècle, l’enjeu était aussi politique. Nous sommes sous un régime monarchique centralisé et il ne saurait y avoir d’arts et de lettres que reconnus par le roi au travers des (nouvelles) académies royales. Les Anciens seraient les garants de la stabilité du pouvoir, les Modernes ceux susceptibles de porter les esprits à plus de liberté de penser et d’agir. La réponse n’est pas aussi évidente car si le politique intervient, l’Homme aussi en tant qu’il est le sujet et le projet premiers de la représentation artistique et de l’expression littéraire. La modernité qui épouse l’air du temps, qui suit courants et modes de la mentalité de son époque, toujours à la recherche d’un progrès sur sa précédente, ne tend-t-elle pas à asseoir, codifier de nouvelles règles morales et esthétiques, tandis que la Tradition, au-delà de la morale de l’instant, de l’actualité historique, de l’anecdotique aventure humaine, n’aspire-t-elle pas à exprimer l’Homme en son universalité ? La Modernité ne peint-elle pas « l’homme tel qu’il doit être » comme Racine en ses tragédies, et la Tradition ne peint-elle pas « l’homme tel qu’il est » (de tous temps) comme Corneille en les siennes ?


Cet affrontement de deux conceptions, en fait, de la société apparaît généralement quand après une cohabitation plus ou moins acceptée par les deux camps, la prépondérance d’une des deux parties se faisant plus prégnante, le conflit éclate. Si l’on tirait jusque-là à fleuret moucheté, la rixe éclate. Et c’est bien sûr toujours les Modernes qui triomphent afin que comme dans un roman se poursuive l’Histoire. D’eux-mêmes, ils finiront par s’installer dans un conformisme, un confort « classique » que l’on dit académisme, et leur pauvreté d’invention laissera émerger un retour aux formes anciennes, une redécouverte des chers maîtres du passé- qu’ils nous reviennent de l’Antiquité, du Bas ou du Haut Moyen-Âge, de l’antépénultième siècle- pour devenir sources d’inspirations des nouveaux créateurs, alors modernes ou post-modernes comme si la modernité n’était jamais qu’une mode, un mode indispensable aux sociétés, à leur adaptation à l’écoulement du temps.

Parmi les Anciens, on pouvait compter La Fontaine, Boileau, La Rochefoucauld, La Bruyère, Racine Mme de Sévigné, Madame de La Fayette, Fénelon, Bossuet, Furetière ; et parmi les Modernes Guez de Balzac, Descartes et Pascal, Thomas Corneille, Charles Perrault, Malebranche, Quinault, Fontenelle.


Parallèle des Anciens et des Modernes

Les traduction (« scrupuleuse, savante, en prose »)  de l’Illiade (1711) et de L’Odyssée (1716) de Anne Dacier (1645-1720) donna la possibilité au poète fabuliste Antoine Houdar de La Motte († 1731) de publier à son tour une traduction des épopées (en vers et simplifiée) d’Homère ; publication qui se voulait une ‘amélioration de la traduction de la philologue et traductrice. Il présentait de plus en préface un Discours sur Homère dans lequel il critiquait les épopées originelles, contestant l’authenticité de l’auteur grec. Non seulement, de La Motte ne faisait preuve d’aucune originalité dans sa soi-disant traduction mais encore ses arguments critiques ne faisaient que reprendre ceux qu’avait soulevés vingt ans plus tôt Charles Perrault (1628-1703), l’auteur des contes, partisan des Modernes, qui avait déclenché la querelle et qui dans son Parallèle des Anciens et des Modernes poser déjà la question de la réalité historique du poète grec.

Anne Dacier répondit par Des Causes de la corruption du goût dans lequel elle pointe tous les  nombreux contresens et erreurs de La Motte, qui répondra avec les Réflexions sur la critique (1715). Cet échange polémique entraina une véritable Guerre d’Homère (1714-176) au cours de laquelle les partisans de l’une et les partisans de l’autre y allèrent de leur plume pour faire l’apologie ou dénigrer un poète dont les historiens contemporains ont tendance à penser qu’il n’a jamais existé.


Les Courants

Le Courant Baroque

Le Courant Baroque traversait déjà la poésie française à la Renaissance dans le perfectionnisme langagier des Grands Rhétoriqueurs. Un de ses premiers et non des moins illustres représentants aura été Agrippa d’Aubigné (1552-1630), défenseur l’épée à la main de la cause huguenot et défenseur la plume à la main d’une poésie épique nourrie de son propre vécu dans les Tragiques publiés en 1616 contant avec une certaine complaisance morbide les Guerres de Religions.

Pour le théâtre, Thomas Corneille (1625-1709), cadet du « Grand Corneille » comme il se plaisait à nommer son frère le poète basque, protestant sévère, Jean de Sponde (1557-1595), Pour la poésie, l’athée libertin Cyrano de Bergerac (1616-1655) et  pour les deux, l’inclassable Antoine Furetière (1619-1688), fabuliste et lexicographe, en furent des représentants reconnus à leur époque.


Le Courant Espagnol

« La littérature espagnole atteint son apogée en France dans la première moitié du XVIIe siècle, à une époque, où, paradoxalement, l’Espagne commençait son déclin sur la scène européenne. Or, la présence d’une reine espagnole, Anne d’Autriche [épouse de Louis XIII], fut l’un des moteurs pour la formation de l’hispanisme français; l’espagnol devint, donc, la langue de l’honnête homme et ainsi naquit un courant de grammairiens et de professeurs d’espagnol qui contribuèrent à l’expansion de ce phénomène sociologique que fut la mode espagnole en France. L’une de ses conséquences fut l’importation de la littérature espagnole du Siècle d’Or sous forme de traductions qui, plus ou moins fidèles (on appelait d’ailleurs les traductions, les ‘belles infidèles’) satisfirent le désir du public français de l’époque » (María Manuela Merino García, Universidad de Jaén, La réception de María de Zayas en France, Anales de Filología Francesa, n.º 22, 2014)


La langue espagnole qui connut en France un véritable engouement dans le milieu cultivé français durant la première moitié du siècle n’alla pas sans une influence certaine de sa littérature sur les auteurs français. Le Roman Comique (1651) de P. Scarron en est un illustre exemple. Cette influence se prolongea bien au-delà, jusqu’ au Diable Boiteux (1705) d’Alain-René Lesage ou Jacques le Fataliste et son Maître (1765) de D. Diderot pour le roman à tiroirs, en passant par Molière pour son Don Juan (1665) inspiré de Le Burlador de Séville El Convidado de Piedra Tirso de Molina ou pour sa Princesse d’Elide (1664) inspiré de Dédain pour dédain (1654) de Augustin Moreno, en passant par Corneille pour le Cid (1637) inspiré de Les Enfances du Cid (Las Mocedades del Cid 1618) de Guillén de Castro ; Corneille qui traduisit Lope de Vega (Amar sin saber a quién 1620-22- La Suite du menteur [4])  


Le Courant Classique 

C’est à Jean de La Fontaine (1621-1695), avec ses quelques douze volumes de fables, auteur aussi de contes impudiques, à François de Malherbe (1555-1628), poète classique parmi les classiques avant … la lettre, à Nicolas Boileau (1636-1711) dont L’Art Poétique publié 1674 reste le bréviaire du classicisme français, à Guez de Balzac (1597-1654) qui apporta à la prose ce que Boileau apporta à la poésie et à Jean Racine (1639-1699) qui disait que lorsqu’il avait trouvait le plan de ses tragédies, il ne restait plus qu’à les écrire, que ce  courant doit ses lettres de noblesse.


Le Courant Libertin

Voir aussi Philosophie et Science/Le Libertinisme

« … La liberté de mon style méprisant toute contrainte, et la licence de mes pensées purement naturelles, sont aujourd’hui des marchandises de contrebande28 et qui ne doivent être exposées au public. […] L’obscurité de l’avenir me fait ignorer s’il ne sera jamais temps auquel ces choses puissent plaire ; mais je sais bien que pour le présent elles seraient de fort mauvais débit. […] Moquons-nous des suffrages d’une sotte multitude, et dans le juste mépris d’un siècle ignorant et pervers, jouissons des vrais et solides contentements de nos entretiens privés. » (François de La Mothe Le Vayer (1588-1672)


Si de nos jours le terme de ‘libertinage’ a une connotation sexuelle, si le libertin est toujours associé à des mœurs dissolus voire dépravés, c’est qu’il a toujours été associé en acte ou en pensée à l’immoralisme, autrement dit qu’il a toujours désigné une déviance par rapport à la morale dominante du moment. En cela, il est au moins logique que libertinage et tous ses dérivés aient pour racine le mort liberté. Pour Calvin, au 16ième siècle, c’est déjà celui qui s’écarte de la ‘bien pensance’ spirituelle. Au 17ième siècle, sous la plume des jésuites, il est devenu l’impie, stoïcien donc athée. Le courant libertin n’est pas loin d’être libertaire. Autant que de libérer les mœurs, il tend à libérer la politique puisque le pouvoir du roi ne saurait être une émanation, un prolongement du pouvoir divin. Philosophiquement, s’il n’est pas encore dans les termes ‘matérialiste’, il a été rationaliste avant l’heure. On peut dire que c’est ce courant de pensée qui, sans doute en corollaire de la montée en puissance politique et économique de la bourgeoisie, est devenu après la Révolution (culturelle) Française, le courant de pensée dominant voire dominateur se cristallisant dans le dernier quart du 20ième siècle en une ‘pensée unique’ de plus en plus….moralisatrice.


Si l’on peut ainsi donner une définition générale du courant libertin, il faut néanmoins distinguer le libertinisme et le libertinage. Certes, le terme de libertin désigne tout autant l’adepte de l’un comme de l’autre, et pour cause puisque bien souvent, le libertin est l’adapte des deux, sa liberté intellectuelle, sa liberté de penser, lui assurant le droit à la liberté de mœurs puisqu’il ne tient pas compte des interdits religieux fondateurs jusqu’à la révolution de la morale sociale. Mais, le libertinisme se réfère à une attitude philosophique plus qu’à un comportement social. Les adeptes du libertinisme sont plus penseurs qu’acteurs et revendiquent leur liberté d’abord et avant tout par une liberté de pensée ; ce sont des libres-penseurs que l’on désigne sous le nom de ‘libertins érudits’.

Théophile de Viau (1590-1626) qui demeure avec son recueil Le Parnasse Satyrique[5] le poète emblématique de l’irrévérence morale, Tristan L’Hermite (1601-1655) qui goûta avec bonheur à tous les genres, le Comte Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), petit-cousin (et non cousin) de la Marquise de Sévigné, dévoilant les galants secrets de la cour de Versailles, Saint-Évremond (1614-1703) qui se révéla être un esprit subtil et un vrai incrédule dans ses Conversations aussi bien que dans ses Dissertations, Cyrano de Bergerac plus connus pour le faux-prétendant de sa cousine que pour ses mœurs dissolus, Saint Amant (1594-1661), Charles Sorel (1599 ?-1674), railleur du genre pastoral sont les plus illustres  représentants de ces « libertins érudits ».


Le Courant Précieux

Voir aussi Introduction Générale/Les Salons, et Le Roman/France

Parlons plus de courant que de style. Le style relevant que du seul fait littéraire, le courant qui l’englobe véhicule une pensée émancipatrice bien éloignée de la caricature, comédie oblige, qu’en a faite Molière qui associa méchamment les précieuses à un ridicule que nous avons fini par seul retenir. Le courant précieux s’attache à la précision, à la recherche d’un vocabulaire précis qui bien évidemment en ses débordements linguistiques peut prêter à sourire mais qui relève pour autant d’un souci de la langue et du style.

Les Précieuses Ridicules eut depuis sa création jusqu’à nos jours pour effet d’oblitérer de manière fâcheuse[6] ce que ce réel mouvement des mœurs féminines pouvait avoir de dérangeant pour la bien-pensance du moment. A l’origine, la réaction de certains nobles en vers ce qu’ils jugeaient les mœurs et les comportements à la cour du Vert Galant devenus par trop grossiers, manquant de raffinement, de délicatesse.


La recherche d’un raffinement, d’une délicatesse dans les relations comme dans le langage dès le début du XVIIème siècle, verra s’ouvrir nombres de « Salons » où intelligentsia et gens « du monde» élaboreront de nouveaux usages, un style nouveau, un courant de pensée nouveau, ferraillant poétiquement, mettant en chanson le dernier poème à la mode, mais aussi festoyant, jouant à tous jeux de société, et folâtrant dans les champs à la belle saison. Ces salons connaîtront un certain  ralentissement d’intérêt au début du règne de Louis XIII puis retrouveront un regain d’intérêt avec la venue au pouvoir du Cardinal de Richelieu. La Marquise de Rambouillet (Arthénice †1665) ouvre en 1621 le salon qui restera dans les mémoires[7]. C’est vers le milieu du siècle que les salons firent réellement flores et que la Préciosité prit toute son ampleur et dans les lettres et dans les comportements de la noblesse grande et moins grande. Ce pourquoi, les historiens font souvent débuter ce courant à ce moment du siècle. Le salon qu’ouvrit la célibataire Mlle de Scudéry (1607-1701), surnommée Sapho (précieux et précieuses s’affublaient volontiers de sobriquets non sans quelque fond de vérité) en fut l’aboutissement et le point culminant. Ce fut un des rares à avoir pu rivaliser avec celui de La Marquise de Rambouillet. Il marquera l’aboutissement du courant précieux, voire sa décadence avec sa mièvre « carte du (pays imaginaire de) Tendre » que l’on trouve dans son roman de Clécie mais dont la paternité était revendiquée par l’abbé d’Aubignac. Carte qui nous décrit l’itinéraire de la ville de Nouvelle-Amitié au Pays de Tendre qui s’étend sur trois villes sur rivière, représentant les trois formes de tendresse que l’on peut éprouver : Tendre-sur-Inclination, Tendre-sur-Estime et Tendre-sur-Reconnaissance.


Du point de vue stylistique, l’auteur précieux s’attache autant au vocabulaire qu’au style. Dans le premier, il recherche la précision du sens, l’originalité des mots avec le recours au néologisme, la multiplication de l’adverbe marquant toujours le superlatif. Au second, il lui demande d’apporter au lecteur un étonnement, une curiosité par l’emploi systématique de la métaphore, de l’hyperbole, de la périphrase, de la chute souvent mordante.

« Il existe quatre formes de la Préciosité :

·        La Préciosité morale : droit pour la femme de disposer librement  d’elle-même ;

·        La Préciosité des manières : distinction inimitable, haine du pédant et du provincial ;

·         La Préciosité du langage : correction et pureté, pensée d’un tour original, métaphores, périphrases...

·        La Préciosité du goût : mépris des Anciens, des bourgeois et des pédants, goût des questions psychologiques et morales. » (référence égarée) ». 


Le plus représentatif des poètes précieux est sans doute le poète roturier Vincent Voiture (1597-1648) qui autant par le raffinement de son style que par son esprit brillant et son amour du jeu était celui qui pouvait le mieux animer ces salons. Honoré d’Urfé (1567-162), lui, un des initiateurs sinon l’initiateur de la préciosité en France connut de son temps une renommée considérable par son roman dans la veine pastorale, l’Astrée (1610-1625).


Dans ce mouvement qui porte une réelle revendication féministe, les femmes y jouèrent un rôle plus qu’importante non seulement par ses salonnières mais aussi par ses écrivaines.

  •  Madeleine de Souvré, Marquise de Sablé (1599-1678) de par mariage, auteur de Maximes,  qui avec sa compagne la Marquise de Saint Maur avec qui elle finira sa vie au janséniste couvent de Port-Royal des Champs, ouvrit Place Royale, actuelle Place des Vosges, un salon que fréquenta l’auteur des plus célèbres des maximes, La Rochefoucauld.
  • Madame de Scarron (Françoise d’Aubigné 1635-1719), petite fille du poète Agrippa d’Aubigné,  qui, de gouvernante des enfants de Louis XIV deviendra Madame de Maintenon, après voir animé dans le quartier du Marais le salon ouvert par son premier époux, le romancier et homme d’esprit, Paul Scarron ; salon fréquenté par rien moins que Françoise-Athénaïs de Montespan, non encore favorite du roi, la Marquise Bonne d'Heudicourt, nièce du maréchal d'Albret, Madame de La Fayette, Madame de Sévigné et Ninon de Lenclos.
  • Madame D’Aulnoy (1652-1705) qui, la plus connue des auteures de Contes de Fées dont le ton quand il est galant n’est pas étranger à la préciosité, ouvre en 1690
    un salon au Faubourg St Germain.

Ne faut-il pas voir dans l’esprit de ces femmes ouvrant salon comme dans leurs écrits une prise d’indépendance de la femme et du choix de son (objet du) désir vis-à-vis de l’homme ? La Vie ‘scandaleuse’ de la Henriette-Julie de Castelnau comtesse de Murat, auteure de contes de fée et dont le lesbianisme fut connu de Louis XIV par un rapport du Lieutenant de Police, en sera le vivant exemple.

La Préciosité s’étendra à l’Europe où elle prendra des noms différents : euphuisme en Angleterre, gongorisme en Espagne, marinisme en Italie.


Espagne-Portugal

Généralités

La littérature espagnole avait déjà manifesté son génie propre à la Renaissance avec des auteurs, créateurs de genres nouveaux, entrés dans l’histoire de la littérature européenne. Les grands auteurs vont participer au Siècle d’Or Espagnol et leur influence ne sera pas moins sur la littérature européenne que la littérature italienne, notamment sur la littérature française, roman ,poésie, théâtre.

  • Fernandos de Rojas (1474 ?-1541) avait ouvert une nouvelle veine littéraire avec La Célestine ou tragi-comédie de Calixte et de Mélibée, œuvre en prose aussi célèbre et aussi lue dans la péninsule ibérique que le deviendra le Don Quichotte de Cervantès un siècle plus tard.
  • Jorge de Montemayor (1520-1561) avait introduit en Espagne, à l’instar de l’Arcadie de Jacopo Sannazaro (1458-1530), initiateur du genre en Italie , le genre pastoral avec Los siete libros de la Diana (1559? Les Sept Livres de la Diane),.
  • Mateo Alemán (1547-1614) donna avec Le Gueux ou la Vie de Guzman d’Alfarache, qui connut un immense succès en Espagne et en Europe, un roman considéré comme l’un des premiers sinon le premier des romans modernes, chronologiquement au moins, avant Don Quichotte. Il vient néanmoins cinquante ans après La Vie de Lazarillo de Tormes, publié anonymement mais dont l’auteur pourrait être Diego Hurtado de Mendoza (1503-1575). 


En 1605 paraissait la première version d’El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha 1605 de Miguel Cervantès de Saavedra (1547-1616) ; une parodie du roman de chevalerie (le personnage a pu exister sous le nom de Rodrigo Quijada) dont le personnage principal est devenu l’archétype de l’anti-héros.

Si l’apport de l’Espagne à la forme du roman moderne aura été déterminante, sa contribution au théâtre ne l’aura pas moins été avec les œuvres pour ne citer que les plus connus de Lope de Vega (1562-1635), de Tirso de Molina (1579-1648), de Pedro Calderón   né avec le siècle, Francisco Quevedo (1580-1645) qui vont apporter sur scène toute la vigueur et la richesse d’une langue castillane au service d’un développement complexe des intrigues à rebondissement, d’une profondeur et d’une délicatesse des caractères qui serviront de modèles que le sujet soit social, religieux ou de mœurs.


La poésie ne sera pas en reste. Luis de Góngora (1561-1627) et son rival Alonso de Ledesma (1562-1633) dans la sophistication du langage auront été les chefs de file, l’un du Cultisme ou Cultéranisme (culteranismo), un courant poétique on ne peut plus baroque qui use de la métaphore, de la pointe (trait d’esprit), du jeu de mots ; l’autre du Conceptisme, courant poétique qui, pour user tout autant de la métaphore , s’ingénie à la litote voulant donner le plus de profondeur à ce qui est dit dans un minimum d’expression ; au contraire du Cultisme qui engage la pensée dans des voies labyrinthiques, le Conceptisme donne dans la concision en utilisant un mot à plusieurs sens (polysémie), un mot se rapportant à deux réalités différentes, souvent l’une au sens propre, l’autre au sens figuré (« Vêtu de probité candide et de lin blanc », V. Hugo Booz Endormi). Le Cultéranisme ou Gongorisme aura son pendant en Italie et en France avec le Marisnisme du Chevalier Marin (Giambattista Marino 1569-1625), et aura eu pour devancier en Angleterre l’Euphisme de John Lyly (1553-1606). Francisco de Quevedo (1580-1645), Baltasar Gracián y Morales (1601-1658) seront en Espagne les deux plus illustres représentant du Conceptisme.


La poésie lyrique, toute d’érudition, d’élégance et de grandeur aura eu pour représentant principal, dans la veine pétrarquiste et italianisante du Sévillan Fernando Herrera (1534-1597), Francisco de Rioja (1600-1658) qui inspiré des trois grands poètes italiens du XIVème siècle donna avec ses églogues et ses odes des classiques à la littérature espagnole

Au Portugal, le poète et romancier Francisco Rodrigues Lobo (1578-1622) laisse une œuvre pastoral qui le fit surnommé le Théocrite portugais. Mariana Alcoforado (1640-1723), si tant est soit-il qu’elle en soit l’auteure, va laisser d’impérissable lettres, Les Lettres Portugaise ; et la poétesse Bernarda Ferreira de Lacerda (1595-1644) écrira poèmes et comédies qui feront l’admiration de Lope de Vega.


Italie

Introduction

Comme en Espagne, l’esprit baroque va dominer la littérature italienne au XVIIème siècle. Pour ce qui est de la langue, le florentin devenu de Toscane, par son rayonnement culturel, est devenu la langue littéraire de toute la péninsule[8] .

A quelques exceptions près – on peut citer Gabriello Chiabrera († 1638), le « Pindare italien », auteur de poèmes héroïques- la poésie sera dominée par le Marinisme dont l’initiateur Giambattista Marino aura écrit le plus long poème de la poésie italienne avec ses 40984 vers, L’Adone (Adonis), modèle du genre. Le Marinisme fera école en Italie et en France où Marino est connu sous le nom du Chevalier (ou Cavalier) Marin et en Allemagne avec le poète Paul Fleming  (†1640). Le Marinisme se caractérise par une rhétorique ampoulée, l’équivalent du genre précieux en France et du Gongorisme en Espagne.

Le roman n’aura pas une unité de genre. Tout en conservant son inspiration chevaleresque, les sujets pastoraux et historiques ne lui seront pas étrangers, ce qui donnera une production plutôt disparate. Mais n’en est pas moins le genre le plus populaire avec pour meilleurs représentants Giovan Francesco Biondi (1572-1644), Gian Francesco Loredano (1606-1661), Francesco Fulvio Frugoni (1620-1686) et  Girolamo Brusoni (1614-1686), reste le roman historique.

Dans le domaine théâtral, c’est la grande période de La Commedia dell Arte. Un nom prédomine dans le théâtre ‘classique’’, celui de Giambattista Porta (1535-1615) qui avec ses quatorze comédies a su donner de la noblesse à ses personnages dans une diversité appréciable de caractères et de situations.


Les Académies

C’est l’Italie qui lança ce goût nouveau pour les académies. Au XVIème siècle étaient déjà  apparues des académies artistiques comme celle des Carrache à Bologne l’Accademia dei Desiderosi devenue Accademia degli Incamminati (Académie des Avancés {qui vont de l’avant}).  Au XVIIème siècle va se poursuivre l’ouverture de ces cénacles où confluent tous les courants de pensées aussi bien que convergent tous les domaines de la recherche scientifique. Bien sûr, c’est le roi, le pouvoir, qui choisit ceux que longtemps plus tard on nommera les ‘spécialistes’ ou les ‘experts’. Mais ces lieux de recherche et de sociabilité marquent une rupture dans l'ordre traditionnel des savoirs que délivrent les universités les académies sont un bouillon de culture d’où naissent les idées et les sciences nouvelles.

En servant de modèles, les académies italiennes essaimeront dans les capitales européennes où naîtront les académies des arts, des lettres, des sciences, de médecine, telles que celles créées en France sous Louis XIII et Louis XIV.


L'Accademia Platonica.

 L'Accademia Platonica ou AcademiaAccademia Careggi (L'Académie Platonicienne) est fondée  par Cosme l’Ancien, fervent lecteur de Platon Il en confiera la direction à celui qui le considérait comme son père adoptif, Marsile Ficin († 1499) un des fondateurs du courant humaniste avec Pic de La Mirandole († 1494). Elle s’inspirait directement de l’académie que Platon avait fondée en 387 avant J.-C. pour être « un lieu de formation pour futurs philosophes-rois, destinés à gouverner la cité selon les principes de la justice et du Bien ».

L'Accademia Platonica est la plus ancienne des académies d’Europe.


Académie des Ricovrati

L’Accademia dei Ricovrati (Académie des Abrités) est fondée à Padoue en 1599 à l'initiative de l’abbé Federico Cornaro. Son emblème explique son nom : une caverne avec une ouverture à ses deux extrémités, abritée par un olivier. Sa devise Bipatens animis asylum(Refuge à deux sorties pour les âmes ou asile pour les âmes partagées), tirée de Boèce.

Deux de ses plus prestigieux membres furent le philosophe padouan aristotélicien Cesare Cremonini (1550-1631) et le scientifique Galileo Galilei (1(-4-1642)

En 1779, elle prendra le nom d’Accademia Galileiana di Scienze Lettere ed Arti in Padova ((Académie galiléenne des sciences, de la littérature et des arts à Padoue)

Elle avait la particularité, alors unique en Europe, d’accueillir des femme, 24 au total, dont la majorité n’était pas italienne et qui, sans droit de vote ni d’intervention, étaient plus des observatrices que des membres à part entière. Mlle de Scudéry (1607-1701)  et une des habituées de son salon, Antoinette des Houlières (1638-1694) en furent. La place des femmes dans la société, raison sans doute pour lesquelles elles étaient admises, était un thèmes récurent des séances comme par exemple sur l’éducation qu’elles devaient recevoir. Elle est toujours en activité

L'Accademia degli Incogniti

L'Accademia degli Incogniti (L’Académie des Inconnus) est fondée à Venise en 1630 par les poètes vénitiens Giovan Francesco Loredan (1606-1661) et Guido Casoni (1561-1642). Sa vocation était philosophique. Elle s’inspirait de la philosophie aristotélicienne dont un des plus réputés représentants était le philosophe Cesare Cremoni († Padoue 1631). Ses membres qui avait la mauvaises réputations d’être des libertins (érudits), historiens, poètes et librettistes, voulaient rester anonymes et publiés sous couvert de pseudonymes. Elle joua un rôle d’autant plus important dans le théâtre lyrique que parmi ses membres se trouvaient Giovanni Francesco Busenello (1598-16(9) qui écrivit le livret de L'incoronazione di Poppea (1642) et Giacomo Badoaro (1602-1654) qui écrivit celui  d’ Il ritorno d'Ulisse in patria (1639)  deux opéras de Claudio Monteverdi (1567-1643), un des inventeur de l’opéra (baroque).

 L’académie fonda son propre opéra  le Théâtre Novissimo,, qui ne vécut que quelques années.


Accademia degli Infiammati

Accademia degli Infiammati (l'Académie des Enflammés) fut fondée à Padoue en 1540 par l’évêque Leone Orsini. Elle voulait se consacrée à la philosophie ; Padoue était avec son université un des principaux foyers de la scolastique. Mais elle ne vécut qu’une dizaine d’années. Elle avait entre autres pour membres l’auteur dramatique Pietro Aretino (L’Arétin †1556).


L’Accademia degli Umidi

L’Accademia degli Umidi (Académie des mouillés), fondée en 1540 à Florence par un soldat marchand, Giovanni Mazzuoli, dit aussi Lo Stradino († 1549) qui voulait donner aux marchand accès facile à la culture. Elle se voulai tà l’origine le pendant populaire de la distinguée Accademia degli Infiammati de Padoue Mais, elle se  consacra  à la philosophie puis aux sciences et devint l’Accademia Fiorentina (o Società di Eloquenza). Elle eut notamment pour membre le poète Agresto da Ficaruola (1507-1566)


Accademia de la Crusca

L’Accademia de la Crusca (L’Académie de la Croix) a été une société savante (et payante) fondée à Florence en 1582 par cinq membres de L’Accademia degli Umidi (Académie des mouillés). Réformée l’année suivante par le philologue Leonardo Salviati (†1589), elle sera fermée en 1783. Cette académie florentine, la plus ancienne académie linguistique et philologique européenne, reste la référence absolue avec pour modèles Dante et Pétrarque pour la poésie et Boccace pour la prose. Cette académie qui avait son siège à la villa médicéenne de Castello était composée de 15 florentins, 15 autres italiens et 15 étrangers. En ont été membres, entre autres les poètes Vincenzo Filicaja (1642-1707) et   Francesco Redi (1626-1697) et le Français Gilles Ménage (1613-1692), philologue, grammairien et lexicographe (voir Roman/France/Madame de Lafayette) Le Dictionnaire (1612) de l’Académie de la Crusca posa les bases formelles de l’italien moderne.

« Ouvrage dont le purisme archaïsant suscita nombre de résistances, mais qui contribua puissamment à unifier la langue littéraire italienne. Celle-ci commence à supplanter le latin même dans le domaine scientifique, en particulier avec Galilée, que, pour cette raison, Kepler accuse de « lèse-humanité » (Encyclopédie Larousse/Littérature Italienne)


Accademia degli Intrepidi

'Académie, déjà active en 1600, se consacrait principalement à la production littéraire et théâtrale à Ferrare et à Modène,

seront tous de même rang, siégeront dans le désordre, et jamais aucun privilège ne sera acquis du fait de la position hiérarchique de l'un d'entre eux »


Accademia nazionale dei Lincèi

L’Accademia dei Lincei (Academia Lyncēorum, Académie

des Lyncées) est fondée à Rome en 1603 par  prince romain Federico Cesi († 1630) alors qu’il n’ a que 18 ans et trois amis, le Hollandais Giovanni Heckius (italianisé en « Ecchio »), Francesco Stelluti et Anastasio de Filiis. Il s’agissait d’étudier l’ensemble des sciences sans tenir compte d’une quelconque autorité ni tradition avec « une attitude de respect, mais non de contrainte, envers la tradition aristotélicienne-ptolémaïque antérieure, que la nouvelle science expérimentale remettait parfois en question » (https://www.lincei.it/it/storia) Telle est l’innovation de cette académie. Le nom de l’académie fait référence au lynx que le prince avait pris pour emblème pour son exceptionnelle acuité visuelle, acuité qui devait permettre à ses membres de percer les mystères de des sciences.  Elle est la plus ancienne académie des sciences

L’académie édité de nombreuses publications de savants italiens et européens qui entrèrent à l’académie. Elle publia notamment le fameux essai Le Dialogue sur les deux grands systèmes du monde en 1632 de Galilée qui était entré entra dans l’académie en 1611.

L’académie est toujours en activité.


Accademia degli Investiganti

« L'Académie des Investigateurs était une académie philosophique et scientifique d'inspiration anti-aristotélicienne, fondée à Naples en 1650 par Tommaso Cornelio,, Leonardo di Capua, Luca Antonio Porzio, Gennaro et Francesco d'Andrea, Niccolò Amenta et Carlo BuragnaL Leur devise était la formule du poète et philosophe latin Lucrèce (1er s. av. J.C.) Vestigia lustrat (mot à mot traces brillantes… vestiges illustres laissés par les Anciens). Elle était suivie de l'image d'un chien suivant des traces et reniflant des empreintes, représentant pleinement l'effort des Investigateurs pour trouver les causes des phénomènes naturels. La date exacte de sa fondation est sujette à débat, les années 1655, 1663 et 1669 ayant été proposées en plus de 1650… En plus de se concentrer sur une approche fortement expérimentale de la philosophie naturelle, les membres de l'Académie, qui se définissaient comme «néotériques» (c'est-à-dire partisans de nouvelles idées scientifiques et médicales), avaient également des intérêts littéraires, qui comprenaient une aversion pour le conceptualisme et prônaient un retour à la pureté de la poésie de Francesco Petrarca. Sa mission peut être résumée en citant les mots de Léonard de Capoue : « ...son intention, reportant toute autorité mortelle, était de suivre la seule guidance de l'expérience et du discours raisonnable afin de découvrir les causes des événements naturels. » (https://it.wikipedia.org/ wiki/Accademia_degli_Investiganti

L’académie poursuivit son activité jusque ce qu’une trop forte opposition à l'Accademia dei Dissonanti (fondée en 1680 ?!), le vice-roi Pedro Antonio de Aragón ne soit amené en 1668 à dissoudre les deux académies. Les membres de Accademia_degli_Investiganti continuèrent à se réunir de façon informelle au moins jqu’en 1683.


Accademia del Cimento

L'Accademia del Cimento (Académie du Défi) ou  Accademia dell'esperimento (Académie de de l'Expérimentation) est fondée par le Grand-Duc Ferdinand II de Médicis et son frère Léopold en 1657. Elle sera dissoute 10 ans plus tard. Elle fut une académie à caractère scientifique qui se chargeait de vérifier les lois de la nature selon la méthode expérimentale. Elle rejetait toutes théorie non fondées, définissait les unites de mesure, et promouvait la création d’instruments scientifiques. Sa devise était ‘Provando e riprovando ‘ ( Essayer et réessayer).

Parmi ses membres les plus connus, on compte Galileo Galilei († 1642) qui a démontré héliocentrisme, Vincenzo Viviani († 1703) qui a calculé la vitesse du son et Evangelista Torricelli å 1647), inventeur du baromètre, et  elle vient en complément de l'Accademia dei Lincei fondée à Rome en 1630 et de l'Accademia degl' Investiganti fondée à Naples en 1650.


L'Accademia dei Dissonanti

L'Accademia dei Dissonanti (L'Académie de la Dissonance) est connue aujourd’hui sous le nom de l’ Académie des sciences, des lettres et des arts de Modène. Elle est fondée en 1680 et établit définitivement ses statuts en  1684. Une première académie créée par le prince Alphonse d'Este (le futur duc Alphonse III), fut active à Modène de 1610 à 1618. Son centre d’intérêt était d’étudier et de commenter l'étude et le commentaire de la Politique d'Aristote, et divers sujets scientifiques,

Son emblème est un aigle couronné de laurier et flanqué de deux palmes, portant une lyre suspendue à son cou : ce symbole rappelle la tutelle des Este sur l'institution. Sa devise était Digerit in numerum dissonantes (Il se divisera en nombres dissonants.) En 1816, les beaux-arts et les arts appliqués arts sont ajoutés à la section initiale des sciences et des lettre et l’académie, toujours en activité, prend son nom actuel.


L’Accademia dell'Arcadia

En 1674,  Christine de Suède (1626-1689), reine de Suède abdique à l’âge de 28 ans après 8 ans de règne effectif. Elle s’installe à Rome au Palais Corsini qui devient un véritable foyer culturel. Elle fonde l’Academia dell’Riario qui deviendra après sa mort en 1690 la fameuse Accademia dell’Arcadia (Académie des Arcades) que fonderont pas moins des quatorze poètes qui l’entouraientdont particulièrement Giovanni Vincenzo Gravina (1664-1718), homme de lettres qui adopta le librettiste Métastase. Le nom qui a été donné à cette académie est en référence à la très célèbre pastorale Arcadia (1504) de Jacopo Sannazzaro qui initia le genre. (Sur l’académie des Arcades voir aussi https://www. accademiadellarcadia.it /presentazione/)

En 1711, les tensions entre les deux courants qui s'étaient formés au sein de l'Académie des Arcades, celui mené par le pétrarquisant Crescimbeni furent elles que et celui décida de quitter l'académie dont il était un des principaux fondateurs et créa L'Accademia de Quiriti, quiriti étant le surnom que se donne les Romains.


D'autres arcadies, à l’instar de l'Arcadia se formèrent dans la péninsule et dans toute l’Europe. Certaines comme en Allemagne furent particulièrement actives et vivantes ; En France, le pouvoir centralisateur, sans pour autant délibérément, s’opposa ‘naturellement' à toute marginalité de la culture et si Arcadie il y eut se fut de manière moins ostensible que ses sœurs étrangères.

Les académies d’Arcadie ou les Arcadies se veulent marginales et prennent leur distance par rapport aux lieux officiels de la culture. Elles se veulent pour employer un mot qui n’avait par cours à l’époque mais dont la chose était réelle dans les esprits animés qu’ils étaient de l’idéal antique, démocratiques. Chacun des membres, d’ailleurs, y prend un pseudonyme, à connotation pastorale inévitablement, sans qu’un titre, une ascendance ne viennent créer quelque hiérarchie. Et le choix de ses membres se fait par cooptation.

Il s’agissait pour elles en réaction au Sécentisme (marinisme) « d’exterminer le mauvais goût » au nom de la raison, du sérieux, de la logique. » (Paul Arrighi, Littérature italienne - Que-sais-je ?). Ceva écrira en 1706 que « la poésie est un rêve fait en présence de la raison ». Les poètes antiques restent à l’honneur et particulièrement Virgile et Théocrite ; Pétrarque aussi, mais un Pétrarque ‘retrouvé’.


Sous le rutilement des ors des palais, c’est de bergers et de bergères dont on parle; C’est à la vie champêtre à laquelle on aspire. Sentiment de la nature, sentiment amoureux, plaisir de la vie mais le tout avec tempérance comme ‘prescrit’ par Anacréon (5 s.a.c.), ce poète grec de la jouissance mesurée, du charme et de la légèreté. Pour la métrique, on préfère le nouveau sonnet à l’ode de Pindare ou la canzone de Pétrarque.

Les Acardies furent très fécondes, le pire et le meilleur s'y est mélangé en une profuse production.

L’Arcadie est géographiquement la région montagneuse du centre du Péloponnèse, aride et venteuse, descendant son versant est baignée jusqu’à la mer Egée. Pays retiré, patrie de Mantinée, l’inspiratrice, l’égérie de Socrate, l’Arcadie où sillonnent les seuls bergers et bergères représentent pour le (s) poète(s), un lieu idyllique où règnent calme et sérénité que ne troublent jamais les bouleversements du monde plus bas ; Lieu enchanteur d’un âge d’or toujours rêvé, celui justement, peut-être de l’enfance.



Outre-Manche

En 1603, Jacques 1er Stuart succède à Élisabeth 1ère Tudor. S’ouvre une nouvelle ère pour l’Angleterre en même temps que s’installe une nouvelle dynastie. Si la période Jacobéenne reste une période encore stable pour le royaume, les périodes suivantes, celle du règne de Charles 1er , animée de conflits permanents entre le pouvoir royal et le Parlement, et celle des Guerres Civiles et de la République de Cromwell qui clôturera la première partie du siècle seront des périodes bouleversées. La seconde moitié du siècle connaitra une relative équilibre avec la montée sur le trône de Charles II et la Restauration de la monarchie, jusqu’à ce que son successeur Jacques II soit en 1688 écarté du trône au profit de Guillaume III d’Orange lors de la Glorieuse Révolution. Ainsi, la littérature va refléter assez fidèlement ces périodes successives de calme et de trouble.

La littérature de la première moitié du siècle reste toute imprégnée des grands chefs d’œuvres élisabéthains dont certains et non des moindres, au théâtre, sont écrits sous le règne de Jacques 1er. John Ford (1586-1640), qui est la figure dominante du théâtre anglais dans le deuxième quart de siècle, entretien cette atmosphère sombre et cruelle propre aux drames élisabéthains.. La seconde moitié, qui ouvrit une période de créativité diversifiée et de relâchement des mœurs, se réserva d’avoir donner à l’histoire des lettre anglaises plus de grands poètes, de poètes métaphysiciens que de dramaturges, tels et Andrew Marwell (1621-1678) qui s’inscrit dans la veine baroque du concetti ou conceit en anglais[9]. C’est aussi sous la Restauration que se fit connaître la première femme d’Angleterre à vivre de sa plume, Aphra Behn (1640-1689),romancière, auteur dramatique.


Outre-Rhin

Introduction

En 1618, les protestants de Bohême, menés par les nobles, se révoltent contre leur nouveau roi catholique (de bohême), empereur du St Empire, monté sur le trône en 1617, Ferdinand II d’Habsbourg. Au château de Prague, a lieu la Seconde défenestration de Prague[10], celle du chancelier Slavata et des hauts représentants du roi-empereur. Ainsi débute La Guerre de Trente Ans dans laquelle vont s’engager toutes les puissances européennes. Cette guerre qui s’achève par les traités de Westphalie en 1648, a été un désastre humain et économique pour l’ensemble du continent. Et c’est encore l'Allemagne (après les combats sous la Réforme) qui en aura le plus souffert. Elle en ressort exsangue et se retrouve disséminée en plus de 350 principautés indépendantes. Environ 1/3 de la population du St Empire qui comptait 15 à 20 millions d’habitant aura été tué, soit de 4 à 5 millions de morts, combattants et civils.

Au plan littéraire, poètes et romanciers vont se détacher du latin et de l’influence des autres pays comme la France, l’Italie ou les Pays-Bas. La langue allemande va s’affirmer au travers d’académies littéraires qui auront pour but d’illustrer et de défendre la langue germanique. A l’affirmation et à l’autonomie de la langue suivront naturellement affirmation et originalité de la pensée.


Les Sociétés Littéraires

La Fruchtbringende Gesellschaft (Société Fructifère   ) ou der Palmenorden (de l’Ordre du Palmier) qui réunira lettrés et philologues entourés d’aristocrates de la haute noblesse est ouverte de 1617 (bien avant les françaises) en Saxe-Anhalt au Château de Köthen sous l’égide du prince Louis d'Anhalt-Köthen. Basée sur le modèle des Arcadies italiennes mais également inspirée des ordres de chevalerie, elle se constitua en un véritable ordre et « ne fonctionna que partiellement comme société savante et association littéraire. » (https://de.wikipedia.org/wiki/Fruchtbringende_Gesellschaft). Avec ses 890 membres, elle a été la plus grande académie de langue allemande. Sa devise était « À chacun son usage ». Chaque membre recevait un nom particulier, plus ou moins significatif: Opitz s'appelait le ‘Couronné’, Griphius, ‘l'Immortel’ Zesen, ‘le Bon Compositeur,’ Hardœrfer celui de ‘l’Enjoué’. (Gustave Vapereau Dictionnaire Universel des Littératures)[11].


Cette société aura pour finalité de préserver le Hoch-deutsch (Allemand supérieur) qui comprend le Haut Allemand, parlé de manière générale dans nord et le centre et le  Moyen-Allemand parlé dans le Sud y compris la Suisse et l’Autriche,  distinct du Bas- Allemand (Niedrig-deutsch), parlé dans le Nord, les Pays-Bas, la Belgique. L’Allemand –Supérieur se devant ainsi de développer et d’affiner son vocabulaire afin de n’avoir recours qu’à ses propres vocables pour exprimer concepts et idées. Développement et amélioration de la langue par le vocabulaire et de l’orthographe pour une expression plus précise, mais aussi de la grammaire pour une formulation plus claire.

En 1642/43 Philippe Zesen 


« fonde [Deutschgesinnte Genossenschaft (Société des Beaux-Esprits Allemands à Hambourg], une société linguistique qui vise, entre autres, à maintenir l'influence des mots étrangers sur la langue allemande aussi faible que possible…Von Zesen a inventé avec succès des mots allemands, dont certains sont encore utilisés aujourd'hui à la place de mots étrangers : Anschrift (pour adresse), Mundart (pour dialecte) ou orthographie (pour orthographe)… Zesen a souvent été moqué à titre posthume pour son engagement en faveur de la préservation de la langue allemande. En référence à ses néologismes, de nouveaux mots étaient toujours inventés et l'invention lui était attribuée » (Phillipe von Zesen Biographie https://www.pohlw.de/literatur/ sadl/barock/zesen/.)


En 1644, s’ouvre à Nuremberg l’Ordre des Bergers et des Fleurs de la Pegnitz ou Ordre Fleuri et Couronnée des Bergers dont les principaux représentants qui constituèrent l’École Poétique de Nuremberg furent les poètes :

  • ·  Johannes Klay dit le Jeune (1616-1656). Il étudia la théologie à l’université de Wittemberg (ville de Luther) et fut professeur à Nuremberg et prédicateur à Nissingen. Il composa des
         drames « d’un style raffiné et d’une imagination bizarre » (G. Vaporeau po. Cit.) : La Guerre des Anges et des Dragons, Le Christ au Ciel et aux Enfers ; et des chants religieux.
  • ·  Harsdoœrfer (1607-1658), issu d’une famille noble, voyagea en Angleterre, en France et en Italie dont la littérature l’influença profondément, notamment Giambattista Marino. On lui doit
        Causeries Badines pour les Dames (1641>49) dans lequel il traite de divers thèmes de manière « agréable et utiles » ; son Filtre des Bergers (1648>53) expose les théories poétiques des
         Bergers. Nathan et Jothan (1650) est un recueil de poèmes didactiques, de fables et de paraboles.
  • · Sigismond de Birken (†1681), auteur de drames d’allégoriques et de pastorales, fut également membre de la Société des Fructifiants.


L’École Poétique de Nuremberg développa une poésie pastorale au style raffiné (que G. Vaporeau qualifie de fade). Des femmes de lettres appartenaient à ses sociétés comme Catherine-Reine Greiffenberg, baronne de Seissenegg (1633-1694), née en Autriche, morte à Nuremberg (Autriche). Appelée aussi ‘l'Uranie allemande’, son oncle a fait publier à Nuremberg en 1682 un recueil de cinquante sonnets et cinquante cantiques « d’une langue forte et riche et d’un profond sentiment religieux » (G. Vapereau op. cit.)


Provinces-Unies

Généralités

Les Provinces-Unies, néerlandophones, majoritairement calvinistes, composées des sept septentrionales (Gueldre, Hollande, Zélande, Utrecht, Frise, Overijssel et Groningue) ont acquis une autonomie de fait en 1579 vis-à-vis de l’Espagne de Philippe II par l’Union d’Utrecht, aboutissement sous la conduite de l’ancien Stadhouder Guillaume d’Orange d’une révolte de la population contre la domination espagnole commencée par une révolte, La Révolte des Gueux en 1566 et rapidement poursuivit par une guerre en 1568, appelée Guerre de Quatre-Vingts Ans . La reconnaissance officielle  sera établie  par le Traité de Westphalie en 1648, traité qui marque la fin de la Guerre de Quatre-Vingts Ans  et de la Guerre de Trente Ans. Tandis que les dix autres provinces méridionales de langue flamande (un ensemble de dialectes néerlandais parlés notamment en Belgique) resteront espagnoles jusqu’en 1713, date à laquelle, ces Pays-Bas Méridionaux, la Belgica Regia, passeront de la tutelle des Habsbourg d’Espagne à celle des Habsbourg d’Autriche à la suite de la Guerre de Succession d’ Espagne jusqu’à ce que par la Révolte Belge de 18 30, elles deviennent définitivement indépendantes. A la suite de la Guerre des Conquêtes menée par Louis XIV, une partie de la Flandre sera reconnue française par différents traités des Pyrénées en 1659, d’Aix-La-Chapelle en 1668, de Nimègue en 1678 et par l’achat de Dunkerque aux Anglais en 1662.

 « La littérature flamande et hollandaise doit être considérée comme un tout. C'est en Flandre que la littérature des Pays-Bas médiévaux a fleuri le plus abondamment. C'est d'ailleurs en Flandre et en Brabant que l'apprentissage a montré une nouvelle vigueur sous l'influence de la Renaissance et de la Réforme» (Encyclopedia Britannica/ Flemish-literature).


Les Chambres de Rhétoriques

Au XIVème siècles les Chambres de Rhétoriques avaient pour vocation de préparer les représentations des Mystères et des Miracles (voir Bas Moyen-Âge/Théâtre), mais au XVIème elles évoluèrent vers l’organisation des festivités municipales et des cérémonies.

A l’origine, ces chambres de rhétorique réunissaient sous la forme de patronages religieux les membres d’une corporation ou les habitants d’un même quartier. Les veillées étaient animées par des causeries qui révélaient chez ces bourgeois une curiosité sur les lettres, la musique, la science, les arts. Elles finirent par devenir de véritables sociétés littéraires avec ‘anciens’ et ‘nouveaux’, initiation et savoir-faire.


Au XVIème siècle dans la Flandres néerlandophone, ces sociétés portaient les noms de De Roose (La Rose) à Louvain, Het Kersouwken (La Marguerite) à Nieuport, De Leliebloeme (La Fleur de Lys) à Diest (Brabant flamand), De Jenettebloem (La Jonquille) à Lierre (province d’Anvers), De Olijftak (Le Rameau d'Olivier) et De Violieren (La Giroflée) à Anvers, cette dernière étant la plus connue. Anvers, qui était alors une ville très importante par son rayonnement culturel et sa richesse économique, pouvait compter plusieurs chambres.

Vers 1585, , dans le contexte d’une forte migration vers les Pays-Bas Septentrionaux des réfugiés des Pays-Bas Méridionaux, flamands et brabants firent leur entrée dans les rederijkerskamers ou formèrent leurs propres  sociétés littéraires en gardant leur nom d’origine souvent le nom de plantes ou de fleurs comme à Harlem le Lys orangé, à Leyde l'Œillet blanc et à Amsterdam, Het Wit Lavendel (La Blanche Lavande) qui comptait parmi ses membres Zacharias Heyns, Abraham de Koning et le jeune Vondel.


 A Amsterdam, toujours, De Egelantier (Églantier) était surnommée « la vielle chambre ». Fondée en 1517 , elle était la plus célèbre des Pays-Bas à son époque et comptait dans ses membres des poètes importants comme Dirck Volkertszoon Coornhert, Pieter Corneliszoon Hooft ou encore Gerbrand Adriaenszoon Bredero, qui édita au XVIIème siècle plusieurs recueils de chansons entre autres, en 1602 Den Nieuwen Lusthof (Le Nouveau Jardin de plaisance), en 1610 Den Bloemhof (Le Jardin de fleurs) et en 1615, l’édition d’une pièce instrumentale Apollo ( Apollon). Une autre chambre était aussi Le Figuier.


 En 1617, Samuel Coster et Adriaenszoon Bredero fondent à Amsterdam L'Eerste Nederduytsche Academie (La Première Académie néerlandaise). Appelée communément l’Académie Coster, elle était en même tant une chambre de rhétorique et un institut d'enseignement supérieur qui ne pouvait donner ses cours en néerlandais mais en latin à cause de l’opposition des prédicateurs (memonnites). Elle organisait pourtant des conférences en néerlandais sur la science en vue de sa meilleure connaissance. Son inauguration donna lieu à l’exécution de la pièce instrumentale Apollo de G.A. Bredero et de la représentation Moord beghaan aan Willem, Prinse van Oranje (Meurtre de Guillaume, Prince d'Orange) de Gijsbrecht van Hoghendorp. C.P. Hooft, Bredero et Vondel y participaient. On y donnait des cours d’escrime. En 1635, elle fusionne avec l’Églantier dite aussi La Vielle Chambre pour former l’ Amsterdamsche Camer.

« Dans la première moitié du XVIIe siècle, l’activité littéraire se concentrait dans différentes villes, en particulier à La Haye [Den Haag] (Huygens, Westerbaen), à Leyde (Daniel Heinsius), en Zélande (Philibert van Borsselen, le jeune Cats et Simon van Beaumont), à Dordrecht (Cats, alors âgé) et à Rotterdam (Oudaen, Antonides van der Goes et Dullaert). Pourtant, on peut dire que la vie littéraire se concentrait surtout à Amsterdam ». (http://next.owlapps.net/owlapps_apps/articles? id=5325311)


Nil volentibus arduum (a cœur vaillant rien d’impossible)fut une société littéraire créée en 1669 avec pour but de défendre et de propager le goût classique français et de s’opposer à l’exubérance, l’extravagance et autres ‘horreurs’ baroques que Jan Vos (†1667) avait mis sur scène au Théâtre d’Amsterdam. Elle prônait un théâtre classique à l’Antique sur le modèle cornélien. Elle reprenait les règles classiques de l’unité de temps, de lieu et d'action[12].


Notes

[1] Voir Gisèle Venet Shakespeare, maniériste et baroque ? Revue de la Société d'études anglo-américaines des XVIIe et XVIIIe siècles Année 2002 55 pp. 7-25.

[2] Charles Perrault (1628-1703), inoubliable auteur des Contes de ma Mère L’Oie (1697), mais aussi auteurs d’écrits galants, fut fonctionnaire à l’Administration de Finances avant qu’en 1662 Colbert ne le choisisse comme son secrétaire aux Beaux-Arts. Puis, en 1672, il sera Contrôleur Général des Bâtiments, charge spécialement créée pour lui. On sait aussi le rôle de chef de file des Modernes qu’il joua dans le Querelle des Anciens et des Modernes (voir Littérature/France) . Contributeur aux différentes académies, soutenu par Colbert, qu’il servira jusqu’à la mort de ce dernier (†1683), il est à l’origine de la Petite Académie, future Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, vouée à l’origine aux inscriptions, devises et médailles puis à l’histoire et l’archéologie. Son frère ainé, Claude (1613-1688) , polymathe, deviendra architecte du roi à partir de 1667 (Colonnade du Louvre façade est, à la suite de Le Vau ; l’attribution en est discutée).

[3] Traduction et commentaires (1694>1710) du Traité du Sublime sur l’art de bien écrire d’un professeur de rhétorique grec ou un critique littéraire désigné sous le nom de Longinus ou le Pseudo-Longinus qui a peut-être vécu au 1er ou 3ème siècle après JC.

[4] Christophe Couderc. Corneille traducteur de Lope de Vega: le cas de La Suite du Menteur. Revistade Lenguas Modernas 2011 14 pp 137-145 hal-01916440.

[5] Cette publication s’inscrit dans la continuité de publications libertines du début du XVIIème siècle qui avaient largement les faveurs des lecteurs. La Muse folastre (1600), Les Muses gaillardes (1609), Recueil des plus excellans vers satyriques de ce temps (1617), Le Cabinet satyrique (1618), L'Espadon satyrique (1619), Les Délices satyriques (1620)

[6] Les fâcheux n’étant pas toujours du côté opposé au bien-pensant. J.B. Poquelin commença ainsi en 1659 sa carrière en ridiculisant les précieuses …mais non les précieux ! ? Pour certains, la pièce aurait d’ailleurs été écrite par P. Corneille qui, retiré en sa ville natale de Rouen, voulut se venger de toutes les médisances dont il avait été l’objet de la part des salons.

[7] L’on indique généralement que son salon se tenait en son Hôtel de Rambouillet, situé rue St Thomas du Louvre (emplacement actuelle de l’aile Turgot du Louvre). Il s’agit en fait de L’Hôtel Pisany dont elle a hérité de son père , Jean de Vivonne, Marquis de Pisany et qu’elle a fait reconstruire. Elle s’y est installé avec son époux Charles d’Angennes, Marquis de Rambouillet lorsque celui-ci a dû céder en 1624 son Hôtel (de Rambouillet, celui d’origine) à Richelieu que le fit transformer en le Palais Cardinal, actuel palais Royal.

En 1634, Nicolas I seigneur de Rambouillet, achète en 1634 un hôtel rue d’Aboukir (2ème arr.) qui devient l’Hôtel de Rambouillet où sa belle fille, Mme de La Sablière tiendra un des salons les plus fameux de Paris.

[8] Le vénitien restera une langue parlée importante et s’exportera avec l’immigration dans certaines régions d’Amérique. En littérature, Il Cunto de li cunti (Le conte des contes) est un recueil de fables napolitaines écrites en napolitain par Giambattista Basile (†1632) dont un des La Gatta Cenerentola (Chatte Cendrillon) inspira Charles Perrault pour sa Cendrillon.

[9] Le terme qui signifie littéralement ‘vanité’, désigne une métaphore élaborée, une figure de style fantaisiste. La  vanité métaphysique est caractéristique de la poésie religieuse anglaise du 17ième siècle. Ce sont des métaphores dites filées dans lesquelles les termes en comparaisons sont plus conceptuels que relevant d’une réelle ressemblance. Cette figure stylistique cherche plus à frapper les esprits qu’à être juste. L’exemple le plus souvent cité de vanité métaphysique est tiré du poème de John Donne « La Puce » : Une puce pique tout à la fois le locuteur et son amant.

[10] Pour la Première Défénestration de Prague voir la révolte en 1419 des Hussites, partisans de Jean Huss, précurseur de la Réforme, condamné au bucher en 1415 au cour du Concile de Constance. (voir T 2, V1/ Réforme Radicale/Hussites de Moravie)

[11] Société littéraires données par Marie-Thérèse Mourey* :Die Aufrichtige Tannnengesllschaft (La Société du Sapin) à Strasbourg ; Die Deutschegesinnte Geselschaft ( La Société Patriotique allemande) à Hambourg, fondée par Zesen ; Der Elbswaneworden (l’Ordre des Cygnes de l’Elbe) à Lübeck ; Musikalische Kürbishütte Le Cabanon de la Citrouille) à Könisberg et bien sûr Löblicher Hirten-und-Blumenorden an der Pegnitz (l’Ordre des Bergers de la Pegnitz).

*Professeure émérite d'histoire littéraire et culturelle du monde germanique, Sorbonne université, Paris, in La littérature baroque en Allemagne, Littératures classiques Année 1999 36 pp. 165-177, https://www.persee.fr/doc/licla_ 0992-5279_1999_num_36_1_1404

[12] Sur ces règles que l’on considère être du Stagirite qui pourtant dans sa Poétique n’évoque que l’unité d’action mais qui par contre ont été forgées au cours du XVIème siècle voir Renaissance/Littérature/Théâtre en France/ Théâtre Savant.


LE ROMAN


Introduction

Au XVIIème siècle, le roman  va connaître le même succès qu’au siècle précédent. Il va développer des genres préexistants : en Italie, Angleterre et France, le genre pastoral proche de la préciosité par sa galanterie, le tendre raffinement, le décor champêtres ; en Espagne, le genre picaresque ouvertement baroque par ses récits qui s’ouvrent et se ferment comme des tiroirs. D’autres genres vont apparaître, l’intimiste en France, le byzantin en Espagne. Le genre épique sera en déclin. Le genre historique sera un apanage de la littérature féminine française dans la seconde partie du siècle


 France


Introduction

Généralités

Le XVIIème siècle français « a été possédé par l’amour des œuvres du moyen-âge. Des pionniers, comme Jean Chapelain[1], avait soulevé cette curiosité dès la première moitié du siècle, et des discussions sur le Lancelot du Lac, comme celle qui apparaît dans le Dialogue des vieux romans passionnaient les milieux mondains » (Mme Fabienne Gégou article : Un dictionnaire d'ancien français au XVIIe siècle : le « Trésor de recherches » de Pierre Borel Cahiers de l'AIEF Année 1983 35 pp. 23-39 (Persée)).

Les Nouveaux Genres du Roman

Baroque ou classique, la littérature, particulièrement en France, est à l’origine de genres nouveaux. Et le roman devient le genre littéraire tel que nous le connaissons aujourd’hui. Il est varié dans ses styles :

Madeleine de Scudéry (1607-1701), qui dans son salon ouvert en 1652 se fera appelée Sapho, va faire jouer le roman sur plusieurs registres : Celui du roman précieux (galant) avec notamment Clélie, histoire romaine où l’on trouve la fameuse Carte de Tendre  dont L’abbé d’Aubignac revendiquera l’antériorité ; et le roman de mœurs. Elle pratiqua également le roman d’aventure dont on peut faire remonter l’origine aux récifs chevaleresques du Moyen-Âge. Elle s’illustre aussi dans le roman de mœurs et le roman d’aventures ; tandis que Madame de Lafayette abonde dans le roman psychologique, intimiste avec La Princesse de Clèves.


Charles Sorel (ca1582/1602-1674), à l’importante production romancière, ouvre et développe avec La Vraie Histoire Comique de Francion (1622-1633), en pas moins de douze livres, une voie nouvelle au roman à la fois amoureux et satirique. Avec Le Berger Extravagant, il participe du genre pastoral ; genre dont l’œuvre emblématique est celle d’Honoré d’Urfée (1567-1625), L’Astrée (1607). Il porta pourtant autant d’intérêt à l’histoire et à l’érudition. Il publie entre 1634 et 44 en quatre volumes La Science Universelle , une encyclopédie qui se veut passer au crible de la raison, celle de F. Bacon, tous les savoirs.


Savinien de Cyrano de Bergerac (1616-1655) inaugure le roman d’anticipation avec l’Autre Monde (1657), roman en deux parties, Histoire Comique des États et Empires de la Lune et Histoire Comique des États et Empires du Soleil. Il  nous fait découvrir les premiers pages d’un genre, la science-fiction, qui de nos jours a pris une place des plus importantes tant en littérature et en cinématographie que dans le ‘mix’ qu’est la bande dessinée


Lethéologien Jean-Pierre Camus (1584-1652), né et mort à Paris, s’est naturellement consacré au roman religieux. Il est l’auteur de trente-cinq romans et d’une vingtaine de nouvelles, dans lesquels se mêlent « le mauvais gout de l’époque, les métaphores bizarres, les railleries bouffonnes qui sont aggravées par le manque de jugement » (Gustave Vapereau,Dictionnaire universel des littératures, Hachette, 1876). Manque de jugement qu’il était le premier à reconnaître. Ami de Saint François de Sales, après avoir été pendant vingt ans évêque de Bellay, il quitta son diocèse et se retira aux Incurables de Paris (aujourd’hui Hôpital Laennec, 7ème arr.) pour se consacrer au pauvres.


Honoré d’Urfé (1537-1625) est non seulement l’auteur de l’Astrée, œuvre emblématique du courant précieux mais encore et surtout il l’a initié en France. Il faut retenir de lui outre son impérissable roman, son amour des lévriers et sa recette de civet de lièvre. Sa renommée fut immense de son temps pour s’effacer rapidement.


Paul Scarron (1610-1660 voir aussi Théâtre/La Comédie de l’Épée et L’Épitre) offre avec son  Roman Comique (1651), une œuvre à la fois plaisante et picaresque dont le procédé d’imbrications des aventures de différents personnages (construction en tiroir) sera bellement illustré, un siècle plus tard par le Jacques le Fataliste et son Maître, Diderot (1713-1784). René Le Sage adopta le procédé pour son meilleur roman, Le Diable Boiteux (1707). Il est néanmoins à rappeler que le roman picaresque trouve son origine dans la littérature espagnole de la Renaissance quand parut le ‘Picaro’, individu peu recommandable, vivant d’expédiant, tout aussi anti-héros que Don Quijote, et que l’auteur anonyme (vraisemblablement Diego Hurtado de Mendoza) de La Vie Lazario Tormes, nous fait découvrir pour la première fois en 1554. La veine sera féconde. Le Gueux ou la Vie de Guzman d’Alfarache (1599 et 1604) de Mateo Alemán (1547-1614) connut un immense succès en Espagne et en Europe ; suivront les ‘Célestines’. (voir Renaissance/Littérature/ Espagne).


Marie de Gournay

Marie de Gournay (Le Jars 1565-1645), née et morte à Paris, fille du conseiller du roi Guillaume Le Jars, été la « fille d’alliance » de Montaigne selon son expression au chapitre XVII du livre II des Essais. Elle passe son enfance à Gournay (Oise) où sa mère s’installe au décès de son marie en 1578. Elle reçoit l’éducation traditionnelle réservée au jeune fille ; ce qui ne l’empêche pas de s’adonner à son goût pour les lettres et apprend toute seule le latin et le grec.

C’est en 1583, qu’elle découvre Les Essais qui la « transissoient d’admiration », écrira-t-elle. Et en 1586, à 21 ans, elle s’installe à Paris. Deux ans plus tard, elle se décide d’exprimer dans une missive adressée à Montaigne son souhait pressant de le rencontrer. Elle a   alors âgé de 55 ans ; 32 ans les séparent. Son vœu est exaucé dès le lendemain. Ils feront plusieurs séjour à Gournay.


 En 1594, deux ans après la mort de son père … spirituel, elle publie Le Proumenoir de Monsieur de Montaigne. Montaigne meurt en septembre 1592. Sa « fille d’alliance » n’apprendra sa mort qu’à la fin de l’année suivante quand elle recevra de Léonore de La Chassaigne, son épouse, le manuscrit complet des Essais, annotés dès 1588 avec en  demande de les faire publier. Elle en rédige la rédige la préface et les fait publier ,Ce sera la  troisième édition, posthume celle-là, à laquelle elle aura ajouté une préface et la traduction avec références des expressions latines du texte. En 1596, après la mort de sa mère, Mary séjourna un temps au Château de Montaigne où l’avait invitée la veuve de l’essayiste.


En 1608, elle est dans l’obligation financière de vendre ses biens immobiliers dont ceux de Gournay. Elle vit à Paris où elle fréquente des érudits tel Henri Louis Habert de Montmor, qui, grand ami de Pierre Gassendi, réunissait chez lui un cercle d’hommes de lettres et de savants, tous férus de la nouvelle philosophie de la nature ; viviers d’où est née en 1666, l’Académie des Sciences. Elle traduit Salluste, Ovide, Virgile, Tacite. Elle n’en côtoie pas moins les ’libertins érudits’ tel Théophile de Viau, Gabriel Naudé, La Mothe Le Vayer à qui elle lèguera la bibliothèque que madame Montaigne lui avait léguée et que Montaigne avait héritée de La Boétie. Montaigne l’avait faite héritière du blason familial.

Critiquée pour ses mœurs autant que pour ses écrits, elle se trouve des protecteurs comme Henri IV, le Reine Margot, Marie de Médicis, Louis XIII, au service desquels elle met sa plume. Richelieu lui accorde une pension.


Marie de Gournay resta célibataire. Peut-être eut-elle une relation intime avec le magistrat Jean d'Espagnet (1564-1637) qui écrivit plusieurs ouvrages sur l’alchimie (voir Philosophie et Sciences/Alchimie). Son seul amour fut l’auteur des Essais. n mai, c’est la Journée des Barricades qui voit le soulèvement des parisiens menés par le Duc Henri de Guise dont on sait la triste fin dans le cabinet royal de Henri III à Bois cette même. Il sera transpercé de pas moins de 40 coups d’épées et de dague. Montaigne qui vient d’arriver à Paris est embastillé quelques heures. C’est une fois libéré qu’ils se rencontrèrent à Paris en 1588, année au cours de laquelle il fit les dernières annotations des Essais. Montaigne séjourna quelques jours à Gournay. Il repartit ensuite pour ses terres de Montaigne.

Montaigne manifesta clairement son attachement pour elle : Il a dit « l’aimer beaucoup plus que paternellement », qu’il « ne regardait plus qu’elle au monde », et parlait de la « véhémente façon dont elle m’aima et me désira longtemps. »


L’œuvre de Marie Gournay-de Jars est relativement importante qui comprend traités, poèmes et traductions auxquels s’ajoutent des écrits de circonstance : remerciement (à Louis XIII), hommages (à Henry IV), bienvenue (au Duc d’Anjou, dauphin)…

De ses principaux écrits, on retient son féminisme qu’elle affirme dans:

       « Le texte de ce petit traité confirme cette orientation, non seulement par l’argumentation qui s’y trouve présentée, mais encore par son ton combatif, Marie de Gournay oscillant
       parfois entre l’expression de l’indignation, le persiflage, l’attaque virulente. Texte militant et polémique, qui se caractérise néanmoins par un certain malaise. Celle qui écrit est
       une femme qui recourt massivement à des autorités masculines pour construire sa propre argumentation, jetant ainsi un trouble sur ce qu’elle prétend implicitement fonder :
      un discours féminin en faveur des femmes susceptible de devenir un discours d’autorité. Dans une certaine mesure, le texte de Gournay nous semble s’afficher aussi comme un 
      discours en quête d’une problématique autorité. »
           (Daniel Martin Marie de Gournay et l’égalité des sexes Un discours féminin en quête d’autorité PFU de Provence p. 161-170 https://books.openedition.org/pup/24489)


Honoré d’Urfé et le Roman Pastoral

Honoré d’Urfé (1567-1625)[2], comte de Châteauneuf, marquis du Valromey, né à Marseille et mort à Ville-France sur Mer, appartint à la noblesse de la Maison de Savoie par sa mère Renée de Savoie-Tende, petite-fille du Grand Bâtard de Savoie (†1525), fils illégitime, puis légitimé du duc de Savoie, Philippe de Bresse. La famille de son père était originaire du Forez (centre département Loire, Bourbonnais). Le couple a eu 11 enfants.

Honoré passe une partie de son enfance à la Bastie d'Urfé, à Saint-Étienne-le-Molard (Loire), une résidence aménagée de choses remarquable par son grand-père Claude d'Urfé († 1558), élevé à la Cour de France dans l'entourage du futur François Ier , lieutenant général de la Maison du roi, ambassadeur au Concile de Trente. Honoré a pu y consulter les vingt-et-un précieux manuscrits rangés dans la librairie dont des poésies des troubadours. Il fait ses études chez les jésuites à Tournon-sur-Rhône ( l'Ardèche)


Durant les Guerres de Religion, il se range du côté de la Ligue Catholique et entre au service du Duc de Savoie-Nemours dont il fait partie de la famille. Emprisonné, il est libéré en 1594. Le Duc de Nemours le nomme lieutenant-général (représentant du Duc) au gouvernement de Forez. Son frère aîné, Anne (1555-1621), avec son frère neveu du Connétable Anne de Montmorency (1493-1567), entre autres seigneur d’Urfé, bailli du Forez séjourne entre les cours de France et de Savoie et son Château d’Urfé. En 1574, il s’est marié à Diane de Châteaumorand alors âgée de 10 ans. En 1598, celle-ci obtient l’annulation du mariage et en 1600 épouse Honoré déjà attiré vers elle dès sa jeunesse. Comme, il ne pensait jamais la séduire, il était entré dans l'ordre des Chevaliers de Malte. Il dut se faire relever de ses vœux pour l’épouser. Anne se replia dans ses terres d’Urfé e, se consacra à l’écriture de sonnets avant de rentrer dans les ordres.


En 1604, Honoré écrit un poème pastoralLe Sireine, allégorie de son amour pour Diane et  Épîtres nouvelles (1598, 1603, 1608), dans lesquelles, il expose une théorie platonicienne de l'amour dans une prose érudite et quelque peu alambiquée. La même année, Honoré commence la rédaction de l’Astrée. En 1606, toujours au service duc de Savoie, il fonde avec notamment le Savoyard Saint François de Sales († 1622),   fondateur de l’Ordre de la Visitation de Sainte-Marie, et le grammairien Vaugelas (Claude Favre † 1585) l'Académie Florimontane, première société savante du duché de Savoie. En 607 sont publiées les premières et deuxièmes parties de l’Astrée. La particularité de l’ouvrage c’est qu’il aura connu des rééditions de variantes rapprochées.


En 1613, Jean-François de La Guiche, comte de Saint-Géran, futur maréchal de France assiège Châteaumorand. Diane prétendant avoir des droits sur une chapelle avait fait raser la tombe érigée pour la grand-mère du Comte.

Honoré plutôt que de satisfaire à la demande de Marie de Médicis, alors régente, de le rejoindre à Fontainebleau, court au secours de Diane. Le duel entre les deux hommes est évité. Les parties trouveront un accord devant les tribunaux en 1620. Mais les rapports entre Diane et Honoré ont changé. Le couple se sépare à l’amiable tout en restant en contact. Honoré voyage en Italie, reprends les armes pour le Duc de Savoie. Mais ne se rendra plus à la cour.


En 1619, au sommet de sa renommée, il écrit un poème La Sylvanire, pastorale dramatique, en vers libres qui paraîtra deux ans après sa mort. Il est dédié à la reine mère dont il devait sans doute espérer le retour en grâce. La même année parait la tant attendue troisième parties de l’Astrée.

En 1625, en mars il est à Châteaumorand ; en juin, il meurt prématurément à Villefranche-sur-Mer, d’une pneumonie alors qu’avec dans les troupes de Victor-Amédée, fils du Duc de Savoie, gendre d’Henri IV, il tentait de lever le siège de Vateline (Savoie-Lombardie) occupée par les troupes espagnoles.

« La fortune, on le voit, ne sourit toujours pas à Honoré d'Urfé. Pas d'annonce de sa mort dans le Mercure françois en 1625. Pas de vers pour honorer sa mémoire. Pas d'hommage publié. Pas de témoignage d'un confident désintéressé. » (E. Henein op. cit.)

Après sa mort, paraissent en 1625 et 26, les premières éditions (oubliées) des parties 4 et 5 de l’Astrée. Suivra par son secrétaire Balthazar Baro, en 1627 et 28, une autre édition de ces deux dernières parties.


L’Astrée

Premier de roman fleuve de la littérature écrit de 1604 à 1625 en 5 parties. Les trois premières entre 1604 et 11619. Les deux dernières paraitront à titre posthume en 1625 et 1629. Roman à tiroir avec ses 40 histoires, roman que bien des écrivains ont lu sans le dire pour mieux s’en inspirer, l’Astrée est difficilement résumable qui compte 12 livres par partie soit 60 livres au total, narrant 40 histoires en plus de 5300 pages.

L’action se passe dans la plaine du Forez où un jeune berger Céladon ( qui donnera son nom au vert dit) est amoureux de la jeune Astrée (dans la mythologie fille de Zeus, allégorie de la Justice). Mais celle-ci jalouse croit son amoureux infidèle. De désespoir, il s’enfuit dans la forêt où un druide lui donne conseille de se déguiser en fille pour se lier d’amitié avec Astrée qui de son côté est rongée de remords. Alexis-Céladon parvient à se lier d’amitié avec Astrée. Mais lorsque celle-ci découvre le subterfuge, lui commande de mourir en lui jurant qu’elle en fera autant. Ils se dirigent séparément vers la fontaine de l’amour en espérant être dévorés par les fauves qui la gardent. Mais en leur présence, l’amour en eux adoucit les fauves. L’Amour triomphe. Les amants sont désormais unis. Tout le déroulement des péripéties des deux amants est animés de personnage perfides et intrigants qui reflètent par leur propre histoire, ce qu vivent intimement les protagonistes principaux.


Tout en s’inscrivant dans la tradition du roman pastoral du XVIième siècle, l’Astrée développe une analyse très fine des sentiments et du désir que suscite l’état amoureux : la timidité, la passion, le désir de vengeance, la jalousie, la perfidie…tout en laissant une bonne part de raison à ses personnages capables de s’analyser froidement et de s’écarter de la passion destructrice. Le roman s’aligne sur une conception courtoise de l’amour noble et de l’estime indispensable porté à l’être aimé pour pouvoir l’aimé, conception plus intellectuelle, cérébrale que charnelle. Par une conception de l’amour idéalisée, convenable en ce qu’elle respecte les bonnes mœurs, la bienséance, l’Astrée, qui fait de l’amour le thème central est le premier des romans de la littérature précieuse.

« Il fournissait aux lecteurs du xviie siècle, fatigués des romans de chevalerie et aspirant à la peinture d'une existence tendre et tranquille, une sorte de code de l'amour et de la civilité, où l'amour honnête, fondé sur l'estime et la morale, était réhabilité et où étaient proposées des valeurs nouvelles comme la fidélité, la discrétion, la décence, la patience, la maîtrise de soi. fidélité, la discrétion, la décence, la patience, la maîtrise de soi. Le succès de L'Astrée fut immense. » (Encyclopédie Universalis)

Hornoré d’Urfé avait

43 ans de moins que Ronsard (1524)
34 ans de moins que Montaigne (1533) 
12 ans de moins que Malherbe (1555)
10 ans de moins qu'Antoine Favre (Vaugelas 1557)
39 ans de plus que Corneille (1606)
40 ans de plus que Mlle de Scudéry (1607)
52 ans de plus que Tallemant des Réaux (1619)


Le Genre Pastoral

Le genre pastoral avec son cortège de bergers et de bergères est apparu au siècle précédent. En Italie, Jacopo Sannazaro (1458-1530)avait été le premier à initier le genre en 1504 avec son poème l’Arcadieet Eclogae piscatoriae de 1526 , les pêcheurs de la baie de Naples ayant remplacé les bergers du Péloponnèse.

 Aminta de 1573 du Tasse est restée une des œuvres du genre parmi les plus fameuses. Cervantès avait donné enEspagneLa Galatea en 1558. Philip Sidney écrivit également une Arcadie en 1590. Il se maintient vivace en ce XVIIème siècle.

En France, il a été notamment représenté bien sûr par l’Astrée, mais aussi par Le Berger Extravagant (1628) de Charles Sorel (ca1582/1602-1674) qui est « une parodie moqueuse où l'auteur raille les artifices et les conventions du roman pastoral en général, et de L'Astrée en particulier » ; il ouvre et développe avec La Vraie Histoire Comique de Francion (1622-1633), en pas moins de douze livres, une voie nouvelle au roman à la fois amoureux et satirique


« Au début du XVIe siècle, Sannazar [Jacopo Sannazaro], un poète italien originaire de Naples, créa, inspiré par la Baie napolitaine, un nouveau genre de bucoliques, les thèmes développés restent fort virgiliens: les églogues de pêcheurs. Dans ces poèmes, les pêcheurs ont remplacé les bergers, les scènes ne prennent plus place dans des champs, mais sur de longues étendues de sable et les dieux invoqués ne sont plus ceux de la terre, mais bien ceux de la mer.

En suivant la tendance générale de son époque, le poète écossais John Leech (1590 – 1630), expérimenta à son tour, dans la première moitié du siècle suivant, le genre de la bucolique et en écrivit vingt en tout, divisées en 4 groupes équitables : "bucolicae" – "piscatoriae" – "nauticae" et "vinitoriae ou ampelicae". Les "bucolicae" sont donc des poèmes pastoraux tels qu’ils existaient dans l’Antiquité ; les "piscatoriae" des églogues de pêcheurs basées sur le genre instauré par Sannazar ; les "nauticae" des bucoliques de marins ; et les "vinitoriae ou ampelicae" des églogues de viticulteurs dont John Leech se vante d’en être l’inventeur dans la préface épistolaire de ses bucoliques. » (Decastiau, Morgane Les eclogae piscatoriae de John Leech : édition, traduction et commentaire. Faculté de philosophie, arts et lettres, Université catholique de Louvain, 2017).


Outre, Sannazaro Au siècle de la Renaissance, les représentants du genre furent

L’Arcadie

L’Arcadie est géographiquement la région montagneuse du centre du Péloponnèse, aride et venteuse, descendant  son versant jusqu’aux rives de la mer Égée. Pays retiré, patrie de Mantinée, l’inspiratrice, l’égérie de Socrate. L’Arcadie où sillonnent les seuls bergers et bergères, représente pour le(s) poète(s) un lieu idyllique où règnent calme et sérénité, que ne troublent jamais les bouleversements du monde plus bas ; lieu enchanteur d’un âge d’or toujours rêvé, celui justement, peut-être de l’enfance.


François-Hugues de Molière

François-Hugues de Molière, sieur d'Essertines (François III 1600-1624), né à Oyé dans le Brionnais (sud Bourgogne)  et mort à Paris, est issu de la petite noblesse, mais à l’origine les Molières sont roturiers et l’on ignore la date de l’anoblissement de la famille, peut-être en 1580 quand son grand-père, François I, acheta la forteresse en ruine de d'Essertines Briant capitale historique du Brionnais. Son père François II, écuyer, était sieur de Chantoyseau.

 En 1612, à la mort de son père, François II,, sa mère, Anne Picardet (1580-1632), poétesse,  le confit à Pierre Camus qui, avant d’être ordonné prêtre fut avocat au Parlement de Paris ;  ayant eu pour maître spirituel Saint François de Sales (†1622), il était alors jeune évêque de Belley, et se révèlera être un auteur prolifique de romans pieux et d’écrits contre les moines qui furent loin de faire l’unanimité.


Il part pour Paris où il entre au service du Marquis de Vauvert, neveu du duc de Montmorency. Il vit d’abord à la cour de la Régente Marie de Médicis, puis à celle de Louis XIII. Il devient l’ami des poètes Saint-Amant et Théophile de Viaud qui revient d’exil en 1620. Cette année-là paraissent plusieurs pièces en vers de Molière dans Délices de la Poésie Française et La Rejouyssance et les souhaits des Filles de la Reyne pour le recouvrement de sa santé, par le sieur de Molieres. S’agit-il des fausses couches de la jeune reine Anne d’Autriche à laquelle il dédiera La Semaine amoureuse de François de Moliere, Sr d'Essertines, où, par les amours d'Alcide & d'Hermize, sont representez les divers changemens de la Fortune. Journee premiere. Ce sera le seul des sept récits prévus pour la semaine.


En 1621, à une époque où existe en France un réel engouement pour la littérature espagnole, il adapte deux des précédentes traductions de El Menosprecio De Corte Y Alabanza De Aldea (Le Mépris de la Cour et l'Éloge de la Vie Villageois) du prédicateur et chroniqueur de Charles-Quint, Fray Antonio de Guevara (1480-1545) dans lequel sont comparées la vie à la cour et la vie villageoise ; ouvrage qui comme ses autres écrits connurent une grand succès en Europe. Cette même année, en compagnie de T. de Viaud et de Tristan L’Hermite , il part soutenir le roi qui siège devant la place forte protestante de Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime) , tenue par Benjamin de Rohan, frère du Duc de Rohan.


En 1623, parait La Polyxene, œuvre dans la veine de l’Astrée d’Honoré d’Urfé  dont la troisième partie parait à cette époque pour laquelle il reste lsurtout connu et dans laquelle l’autre Molière puisa plusieurs de ses personnage. Elle comprend pas moins de 1105 pages divisées en quatre parties. Elle est dédiée à la Princesse de Conti, Louise-Marguerite de Lorraine, à qui il avait demandé de lire La Semaine Amoureuse à la reine, et à qui il avait déjà dédié ses pièces parues dans Délices de la poésie françoise de 1620. Le succès est immédiat et immense et suscitera de nombreuses contrefaçons. Son ami Charles Sorel en écrira une suite en 1632/34.


Il meurt en mars 1624 au cours d’un duel selon son mentor Pierre Camus qui avait toujours suivi sa carrière et fortement critiqué la Semaine Amoureuse, ou selon le témoignage de son ami Charles Sorel. assassiné par un ami. Dans son poème Les Visions, Saint Amant, compagnon de bamboches et de cabarets, en déplorant la perte de son ami a écrit : «…Contre cet assassin rempli de trahison
Qui termina ses jours en leur verte saison… »

Molière est inhumé sur ses terres à Briant. En 1627, paraitront sept de ses lettres dans Recueil des Lettres nouvelles dédié au Cardinal de Richelieu.


Les Molière

Jean-Baptiste Poquelin n’a jamais voulu dire, même à ses plus proches, le choix de Molière comme pseudonyme.

«  Cette piste  [celle des villages du Sud portant ce nom] n’est pas à retenir, car on trouve sa première signature sous ce pseudonyme en juin 1643 sur le contrat de fondation de L’Illustre Théâtre, donc avant sa tournée en province. On pense que notre poète a pu choisir son nom de théâtre en hommage à un romancier, François de Molière d’Essertines, libertin notoire, assassiné en 1624. On lui doit un roman, Polyxène, qui connut un succès très honorable — Charles Sorel en écrivit une suite —, et dans lequel on trouve un Alceste, un Philinte, ainsi qu’un fleuve Oronte, noms que notre poète utilise dans son Misanthrope. » (Jean Stouff Littérature et autres arts, Sic transit gloria mundi 2010 , https://biblioweb.hypotheses.org/4340)


Anne Picardet

Anne Picardet,  mère de François-Hugues (François III) , fille d’un secrétaire-audiencier du Roi au Parlement de Bourgogne, personne cultivée et sœur de Hugues Picardet qui, procureur au Parlement de Bourgogne, possédait une riche bibliothèque, fit paraitre en 1619, « chez Sébastien Huré, rue Saint-Jacques, au Cœur-Bon, à Paris» un recueil de poèmes intitulé Odes spirituelles sur l'air des chansons de ce temps, par Anne Picardet, vefve du feu sieur de Moulières et d'Essartines , qu'elle dédia à Madame Le Grand, épouse du duc de Bellegarde.

« Composées sur l'air des chansons populaires du temps, les Odes spirituelles d'Anne Picardet présentent un grand intérêt comme exemple du renouveau de la spiritualité catholique dans le premier tiers du XVIIe siècle. Elles constituent également un témoignage précieux d'humanité. L'influence de saint Ignace apparaît dans le choix des sujets de méditation et dans l'ordonnance des odes, qui rappelle la technique élaborée par le grand maître espagnol dans ses Exercices spirituels. » (Présentation à l’ édition Garnier 2010)


Charles Sorel

Charles Sorel (1582>1602 ?-1674), né et mort à Paris, est le fils d’un procureur du Parlement de Paris marié à la fille de l’historiographe de Louis XIII, Charles Bernard. On sait peu de chose sur son enfance et sa jeunesse. Il a fait des études secondaires mais ne les poursuit pas dans le droit comme peut-être l’aurait souhaité son père. Il serait entré au services de différents comtes, de Cramail, de Marcilly ou/et de Barradas à qui il dédia L'Orphise de Chrysante.

Il semble avoir fréquenté les ‘libertins érudits’ puisqu’il participe au livret du ballet les’ Bacchanales’ aux côtés entre autres de T. de Viaud et de Saint Amant. Il diversifie ses talents en écrivant aussi bien des œuvres de fiction telle son œuvre maîtresse La Vraie Histoire de Francion en 1623,  que des ouvrages historiques tel l’Avertissement sur l'histoire de la monarchie française en 1628 avec pour ambition d’écrire une histoire de France débarrasser de ses mythes, légendes et autres supercheries, tendant ainsi vers une histoire raisonnée plus moderne. Il continuera de produire ce genre mais sans quoique ce soit de remarquable. Néanmoins, 1636, il rachete la charge d’historien du roi à son oncle maternel.


« La suppression des charges d'historiographe en 1663 par Colbert l'oblige à vendre la maison familiale et à se retirer chez un de ses neveux, Simon de Riencourt, auteur d'un Abrégé chronologique de l'Histoire de France en 1665. Il y meurt en 1674 en bon chrétien, ayant apparemment renié les idées libertines de sa jeunesse. »   (Wikipédia)

C’est dans le roman, le roman satirique, que Sorel va laisser un nom dans la littérature française. Il publiera ses romans sous pseudonymes pour sauvegarder une réputation d’’intellectuel’ sérieux, bien que ses nouvelles contiennent du ‘sérieux’. Entre 1621 et 1623 paraissent L'Histoire de Cléagénor et de Doristée, Le Palais d'Angélie sur le modèle du Décaméron de Boccace (1349>53), Nouvelles Françaises sur le modèles des Nouvelles Exemplaires de Cervantès. Ces nouvelles de l’écrivains espagnol, « caractérisées par leur exemplarité morale et leur contenu édifiant » apportaient l’originalité de varier les genres en fonctions de ses 12 récits et d’être pour chacun le prétexte d’une exemplaire leçon de morale.

Dans cette période du début des années 20 au cours desquelles continuaient de paraitre les dernières parties de l’Astrée de H. d’Urfé qui ouvrit la voie à la littérature précieuse, Sorel était de ces jeunes auteurs qui en prenaient le contrepied, tendant à faire sortir le récit du monde imaginaire des bergers et bergères, des personnages héroïques ou historiques, et ce pour le faire entrer dans le monde réel des gens du communs sans se priver d’apporter un divertissement au lecteur.


En 1626. il publie L’Orphize de Chrysante, « un simple roman d’aventures sentimentales… du moins pour un lecteur un peu rapide. En effet, sous cette apparence anodine se cache un récit ironique tant sur le fond (discours libertin) que sur la forme (ironie envers les lieux communs mis en œuvre). »
   (Présentation à l’édition Classiques Garnier, coll. Bibliothèque du xviie siècle, 2022)

En 1632/34, Sorel, en oubliant ses préjugée sur la littérature pastorale, entreprend d’écrire la suite du roman à succès Polyxène que François III de Molière avait fait paraître en 1623 sur le modèle de l’Astrée, alors que cette même année 23, il avait fait paraitre, lui, , son roman le plus connu Francion, antithèse du roman pastoral. Alors qu’il a publié en 1627 L’Extravagant Berger, un antiroman, autre satire du genre, lorsqu’il publie cette suite, il publie également, dans le genre érudit, Pensées Chrestiennes sur les Commandements de Dieu, la deuxième partie de l’Histoire de la Monarchie Françoise, et La science des Choses Corporelles, première partie de La Science Universelle. A propos du roman de Molière, il écrivait : « Je ne crois pas que les aventures de Polyxene soient capables de soutenir la cause de tous les autres Romans de ce siècle. C’est un livre mal commencé & mal poursuivi ». Motif de cette  suite ? Prétendre faire mieux ou plus prosaïquement selon la présentation de l’éditeur Émile Roy :« Gagner de l’argent avec un vieux roman auquel on ne songe plus doit être douce chose) ?

La production de Sorel va être volumineuse et son Histoire Universel, en quatre tomes, à laquelle il consacra une bonne part de sa vie d’écrivain, si elle ne fit pas date parmi les encyclopédistes, elle aura eu au moins le mérite d’annoncer ceux des siècles des lumières en montrant l’évolution des esprits. Dans cette production, on peut compter des œuvres historiques, des discours, de circonstance, de fiction comme La Maison des Jeux,(1642), Les Loix de la Galanterie (1644), Polyandre, Histoire Comique (1648), De la Perfection de l'Homme, où les vrays biens sont considérez, et spécialement ceux de l'âme, avec les méthodes des sciences (1655), L'histoire des pensées, mêlée de petits jeux, nouvelle galante.

La Vraie Histoire de Francion

La Vraie Histoire comique de Francion est en cela représentative du genre que l’on va appeler le genre comique, comique et satirique. Publiée une première fois en 1623 en sept volumes, le succès fut tel que qu’une nouvelle édition paraitra en 1626 augmentée de quatre livres et une autre encore en 1633 augmentée d’un nouveaux livre soit au total 12 livres. L’ouvrage marque dans un style réaliste le début d’une littérature sarcastique, antihéroïque, à l’opposé du roman galant. Dans sa préface, il la décrit comme « une peinture naïve de toutes les diverses humeurs des hommes ».

Roman à tiroir dans lequel s’enchâssent

 plusieurs récits. Sur  le récit des aventures amoureuses du jeune Francion, poète et voyageur, viennent se greffer d’autres récits racontés par certains protagonistes de ses aventures comme entre autres celui de la maquerelle Agathe.

Un déploiement de « tableaux comiques de la vie humaine qui doivent concurrencer les amours et les chevauchées épiques des grands romans ? Sorel emprunte à la vie quotidienne des silhouettes, des activités, des mœurs, des vocabulaires particuliers, en les soulignant de quelque satire (ainsi le pédant Hortensius a pour clé Guez de Balzac). » (Encyclopédie Universalis)

« Jusqu’alors, on n’avait guère songé à prendre sur le vif que les moines et autres papelards. Charles Sorel, lui, nous fait monter tous les degrés de l’échelle sociale… Courtisans et courtisanes, tire-soie et tire-laine, coupe-bourses et coupe-jarrets, pages et rustres, orfèvres et marchands d’orviétan, procureurs et sergents, écoliers et pédants en us, poëtes et épistoliers, tout ce monde bariolé parle et s’agite autour de nous…comme des personnages de chair et d’os. Foin de la fantaisie ! nous sommes en pleine réalité. » (Émile Colombey Préface à l’édition de 1858 chez A. Delahays, Paris)


Madeleine de Scudéry et Le Roman Galant

Madeleine de Scudéry (1607-1701), née au Havre et morte à Paris, est issue d’une famille noble originaire d’Italie (les Scuderi). Son frère Georges (1601-1667), poète, dramaturge et lieutenant du roi en sa ville natale, qui collabora à certains romans de sa sœur, disait que la famille venait de Sicile. A son arrivée en France, probablement au milieu du XVIème siècle, celle-ci vécut à Apt en Provence de s’installer dans le Nord. Quand lui à douze ans et elle six ans ils perdent leur père Georges en 1613 et leur mère en 1614, ils sont recueillis par leur oncle, riche ecclésiastique.

Avec une bonne soif de connaissance, qu’elle conservera sa vie durant, Madeleine reçoit une éducation solide (littérature, danse et musique) ce qui est rare pour une femme à cette époque; éducation qui contrebalance sa vive imagination et son goût pour les romans.


Par les relations de son oncle, elle va fréquenter le cercle précieux de l’Hôtel de Rambouillet (voir Introduction/Les Courants/ Courant Précieux) qu’à ouvert en 1621 Catherine de Vivonne, Marquise de Rambouillet (1588-1665). Elle a 23 ans. Mais ne s’installera à Paris que dix ans plus tard en 1640 pour suivre son frère avec qui elle séjournera trois ans à Marseille de 1644 à 47, alors qu’il assume la charge de gouverneur de province. Celle, qui se fait appeler sans ambiguïté Sapho, y côtoie François Malherbe, Pierre Corneille, Vincent Voiture, le moraliste La Rochefoucauld, le jeune Bossuet, ses consœurs en littérature Mesdames de La Fayette et Sévigné et autres grands de la cour, le Duc d’Enghien, le futur Grand Condé et sa sœur Anne-Geneviève de Bourbon-Condé, Duchesse de Longeville. L’on sait le rôle que, frondeurs, le frère et la sœur jouèrent lors de la Fronde des Princes (1650-1653).


Entre 1649 et 1653, elle publie Artamène ou le Grand Cyrus. Il s’agit d’une série romanesque, à savoir constituée de romans portés par des thèmes, des personnages et possiblement des lieux identiques, mais dont chaque roman contient sa propre intrigue et qui, avec un titre différent peut être lu indépendamment des autres et dans un ordre aléatoire.

En 1650/52, dix ans avant que Catherine de Vivonne ne ferme le sien, Madeleine de Scudéry ouvre rue de Beauce dans le Marais son propre Salon qui rapidement deviendra le nouveau salon en vogue. Fréquenté par les mêmes.il mènera le courant précieux à son acmé. Elle prendra ouvertement des positions que nous qualifierions aujourd’hui de ‘féministes’. Elle défend l’accès des femmes à l’instruction, prône leur égalité avec les hommes, particulièrement au plan littéraire, et ne fait pas du mariage leur passage obligé. Sur la question de l’amour, elle montre une certaine ambivalence ; elle le craint autant qu’elle en est attirée, et l’amour précieux en sa galanterie lui convient tout à fait ; mais encore que, ne passant pas pour belle, même au contraire, conut-elle vraiment de prétendants ?

Elle meurt en 1701 à l’âge de 94 ans. Elle aura été la protégée de Madame de Maintenon.


L’Œuvre :    Ses romans :

   

 En 1642 et 1644 paraissent en deux volumes Les Femmes Illustres ou Les Harangues Héroïques.

« Les Femmes illustres nous présentent une galerie de tableaux de femmes de l'Antiquité, qui, soumises à des situations tragiques, y répondent de façon plus ou moins touchante. C'est peut-être dans le discours de Sapho que Madeleine de Scudéry exprime le plus ses idées féministes. Elle dénonce une société qui attend des femmes qu'elles soient belles et se taisent. Sapho plaide pour les précieuses : "Nous aurons l'imagination belle, l'esprit clairvoyant, la mémoire heureuse, le jugement solide et nous n'emploierons toutes ces choses qu'à friser nos cheveux. » (4ème de couverture de l’édition Côté femmes, 2014).


Artamène ou le Grand Cyrus, son roman le plus connu, mais aussi qui passe pour le plus long de la littérature française, (13100 pages en édition originale) se déroule  dans la Perse antique. Cyrus ( qui n’est autre que le Grand Condé) est à la recherche incessante de Mandane, sa bien-aimée, qui est enlevée successivement par les rivaux de Cyrus. L’action militaire au travers de contrées exotiques s’accompagne d’une étude psychologique des personnages adroitement dépeints. Mais ce qui peut surtout expliquer l’engouement que connut de roman à la cour qu’outre le dépaysement et les aventures amoureuses, c’est qu’il est à clef : Cyrus, c’est le Grand Condé, Mandame, sa sœur, Mademoiselle de Longeville et sous le personnage de Sapho, on reconnaît l’auteure.


Clélie(1654>66 7300 pages) se déroule dans l’Antiquité romaine. La noble Clélie et Aronce, fils du roi des Étrusques sont amoureux l’un de l’autre. Tarquin , roi de Rome, allié de son père, enlève Clélie. Aronce arrivera à délivrer Clélie dont le père Porsenna rompra son alliance avec Tarquin. L’auteur s’inspire de l’histoire de Lucius Tarquinus dit Le Superbe, roi Étrusque de Rome en 534, renversé en 509, qui viola Lucrèce l’épouse de l’homme politique Tarquin Collatin. Celle-ci se donna la mort, ce qui entraina le soulèvement de Rome et le passage de la monarchie à la république selon la légende car les documents sur l’authenticité historique de l’événement font ; les sources, par trop lacunaires, ne concordent pas toujours. Clélie ne sera pas épargné par les premières critiques qui commencent à s’élever contre la préciosité. Les Précieuses Ridicules, comédie en un acte et en prose de Molière, est représentée pour la première fois en novembre 1659 au théâtre du Petit-Bourbon ( voir Théâtre/France/ Les Salles).


Dans son œuvre, l’auteure aura joué sur plusieurs registres, le roman d’aventure, mais aussi le roman précieux (galant) tout autant que la peinture de mœurs qui dans leur ensemble relate la société de son temps et des personnages bien réels. Dans le Grand Cyrus, le spécialiste René Godenne (Les Romans de Mademoiselle de Scudéry) a relevé trois catégories de récit : le récit-cadre, l’histoire de Cyrus et de Mandane ; les récits dépendants du cadre ; les récits indépendants, ceux qu’on pourrait nommer à juste titre les récits intercalés[3].   

Les romans de Mademoiselle de Scudéry furent publiés sous le nom de son frère qui serait l’auteur des Femmes Illustres (https://www.quiapeurdufeminisme.fr/figures-cles/bio-mlle-de-scudery/)

La longueur de ses romans, de véritables romans fleuves, ont nui à sa reconnaissance de son talent. L’intérêt que son œuvre peut représenter dans l’histoire de la littérature tiendrait plus à la relation qu’elle transcrit de son époque que par la qualité de son style.

« La société du temps prenait donc plaisir à se retrouver elle-même tout entière dans ces ouvrages, tandis que la postérité a été surtout frappée de ce qu’il y avait de ridicule à mettre des discours subtils et raffinés dans la bouche de ces rudes héros de l’antiquité, un Cyrus, un Brutus, un Horatius Coclès [Horace Le Borgne 6ème s. av.J.C.]. » (Anonyme)


La Carte de Tendre

« Représentation topographique de la conduite et de la pratique amoureuses. » Carte qui nous décrit le parcours de la ville de Nouvelle-Amitié à la ville de Tendre qui s’étend sur trois villes sur rivière, représentant les trois formes de tendresse que l’on peut éprouver : Tendre-sur-Inclination, Tendre-sur-Estime et Tendre-sur- Reconnaissance.

« Trois voies sont offertes : la plus rapide, au milieu, conduit au désastre ; celles qui, de part et d'autre, l'encadrent, assurent la solidité des lendemains (si l'on ne s'échoue pas sur l'écueil Orgueil). Entre la Mer d'Inimitié et le Lac d'Indifférence, le fleuve Inclination mène tout droit à la Mer dangereuse et aux Terres inconnues. Cette carte put fonctionner comme un jeu de société : chaque samedi, les habitués du cercle consignaient les progrès de tel ou tel couple vers Tendre. Par-delà le divertissement, la carte pose le problème de la liberté de l'individu face à l'amour : né d'un hasard ou d'une pulsion, l'amour peut-il se construire ? ou n'est-il qu'une passion fatale ?» (Encyclopédie Larousse),.

François Hédelin, abbé d’Aubignac (†1676), prédicateur, romancier, dramaturge, poète, théoricien du théâtre, auteur de Pratique du Théâtreet qui ne manqua pas d’influer sur les lettres françaises du siècle en revendiquant l’antériorité.


George Scudéry

George Scudéry (1601-1667), né à Apt[4] en Provence et mort à Paris, suivit sa famille quand son père fut nommé lieutenant du roi au Havre. Orphelin de père à douze ans, il fut recueilli avec sa sœur Madeleine par leur oncle, un riche homme d’église.

Il épouse la carrière des armes et sera au service du roi après l’avoir été auprès du Duc de Savoie. Carrière qu’il abandonna rapidement en 1630 pour se consacrer à ses écrits. En 1631/32, il publie un recueil de poèmes fortement influencée par la poésie de Théophile de Viau qu’il a connu lors d’un séjour en Provence. Il fréquente avec sa sœur le Salon de la Marquise de Rambouillet et participe à La Guirlande de Julie, recueil de poèmes écrits par les poètes et gens de lettres fréquentant le salon de la duchesse en hommage à Julie d’Angennes, fille de leur hôtesse et de Charles d’Angennes, Marquis de Rambouillet, gouvernante du Grand Dauphin de 1661 à 1664, et gouvernante des filles d’honneur de la Reine de 1664 à 1671.


Personnage imbu de lui-même, il met toujours en avant et ses exploit la noblesse de sa lignée que rien ne peut attester. Et recherchant sans cesse la reconnaissance de ses pairs et du public, non seulement, il produit une œuvre abondante mais sauta sur l’occasion que Richelieu n’avait point apprécié le Cid lança une cabale contre son auteur tout en étant son ami et prétendit que sa pièce son Amour Tyrannique lui était bien supérieur. Il rédigea pour l’occasion Observations sur Le Cid. Il s’en suivit un échange épistolaire entre les deux dramaturges. Richelieu lui sera gré d’avoir pris une telle position et l’on sait dans quelle disgrâce tomba Corneille qui s’en retourna à Rouen. A la mort du Cardinal, le cardinal suivant , Mazarin le nomma gouverneur du fort de Notre-Dame-de-la-Garde, forteresse située à La Garde près de Toulon ( et non à la forteresse de Notre-Dame-de-la Garde à Marseille qui n’a jamais existée). Le Cardinal lui confère également un brevet de capitaine des galères, charge honorifique mais néanmoins lucrative. Il partit pour La Garde accompagnée de sa sœur en 1644. Mais trois ans plus tard, pour des raison financière, il revinrent à Paris en pleine Fronde.. Entre temps, il avait publié en 1646 un recueil, Le Cabinet de M. de Scudéry qui contient une collection imaginaire de tableaux, dessins et gravures et dans lequel il se présente comme un amateur d’art averti. 


Pour avoir pris le parti du Grand Condé, il est exilé en Normandie. En 1649, Il publie Poésies diverses. Et en 1650, à la mort du grammairien Vaugelas, il parvient à se faire élire l’Académie.

« C’est surtout à partir de ce moment que parurent sous son nom ces grands romans qui firent les délices des ruelles et lui valurent la meilleure part de sa réputation, bien que ces romans aient été, en réalité, écrits par sa sœur Madeleine, et qu’il n’y fût lui-même que pour fort peu de chose, mais cela ne le dérangeait pas outre mesure de s’attribuer les travaux de sa sœur.[5]»

En 1654, toujours pour sa fidélité au Grand Condé (Bernard Croquette Encyclopédie Universalis), il doit quitter Paris et se fixe à Rouen. Année où il publie Alaric ou Rome vaincue, poème de 11000 versets que Boileau ridiculisera dans son Art Poétique de ( B. Croquette).

A-t-il épousé à Rouen (selon https://francearchives.gouv.fr /fr/pages _histoire/26287765) la riche Marie-Madeleine de Martinvas qui entretenait une correspondance régulière avec Roger Bussy-Rabutin (voir Poésie/France). Il serait de retour à Paris en 1660. Il se trouve dans la pauvreté. Le Duc de Saint Aignan lui alloue un petite pension. Il meurt d’apoplexie à l’âge de 56 ans en Normandie. Il est enterré à Paris à St Nicolas-des-Champs.

Outre les romans écrit en collaboration avec sa sœur dont notamment Le Grand Cyrus et Clélie, on compte à son actif près d’une quinzaine de pièces de théâtre, comédies et tragédies, et divers poèmes soit environ dix à douze mille vers.


Paul Scarron et le Roman Comique

Voir vie et œuvre Mémoires et Satires/ Paul Scarron

Paul Scarron (1610-1660), seigneur de Fougerest, Beauvais et La Rivière, né et mort à Paris, est connu pour sa difformité que pour son œuvre satirique. Outre son œuvre épistolaire et poétique, il laisse  en tant que romancier un Roman Comique dont la première partie paraît en roman en 1651 et la seconde en 1657. Il n’aura pas le temps d’achever la troisième partie.

Scarron y est tout aussi inspiré par le Cervantès de Don Quichotte qu’il l’a été dans sa parodie de l’Énéide, le Virgile Travestiparue en 7 livres de 1648 à 1652.La structure du Roman Comique ne va pas sans évoquer le Décaméron (1349) de Boccace ( † 1375) puisque là aussi il s’agit d’un groupe de personnes, non plus dix amis réfugiés hors Florence à cause de la peste, mais d’une troupe de comédiens qui, arrivés au Mans, racontent chacun à leur tour leurs aventures ; narrations entre lesquels viennent s’imbriquer, à la fois des histoires arrivées à l’un ou l’autre des acteurs ou actrices mais racontées par un personnage autre que le narrateur, et des histoires espagnoles plus ou moins traduites ou adaptées. Si le ton de l’ensemble oscille entre le sentimental et l’héroïque, un personnage nain, Ragotin, sous les traits duquel l’auteur se peint, parcourt l’ouvrage avec des histoires comiques, burlesques et satiriques par lequel Scarron retrouve un ton qui lui est plus habituel.


Antoine Furetière

L’inclassable Furetière (1619-1688), né et mort à Paris, issu de la petite bourgeoisie, fils d’un clerc d’avoué, fut tout autant poète, romancier, auteur de fables que lexicographe versé dans les langues orientales.

Après des études de droit, il est avocat au barreau de Paris en 1645. Puis, il achète une charge de procureur fiscal auprès de l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, Les deux fonctions sont corollaires, l’avocat plaide, le procureur assite le défenseur dans les démarches judiciaires. En 1662, quittant ses charges civiles, il est nommé abbé de l’abbaye Chalivoy, près de Bourges, et prieur du prieuré (moins important qu’une abbaye) de Chuisnes (Eure et Loire)


Les bénéfice qu’il reçoit de ses fonctions ecclésiastiques lui permettent de se consacrer à l’écriture. Il commence par écrire trois livres de vers comiques et satiriques, où il se fait un adversaire redoutable de la préciosité. Et en 1658, il publie la Nouvelle allégorique ou Histoire des derniers troubles arrivés au royaume d'Éloquence dans lequel il se raille le monde des lettres. Mais, il défend par contre l’Académie (1635/36, l’édit Royal qui la confirme date de 1637; ce qui lui vaut d’en devenir membre en 1662.

Mais, quatre ans plus tard, il va s’attirer les foudres des académiciens quand parait son Roman Bourgeois en 1666 dans lequel il décrit, sujet par trop vulgaire, le petit peuple de Paris au lieu, en tant que bon académicien de décrire des personnages héroïques ou selon la vogue un’ picaro’.


 Mais, il n’en avait pas fini avec la docte académie. Et c’est en quelque sorte grâce à elle qu’il reste connu, pour r ‘’L’Affaire Furetière ‘’. Il travaillait depuis des décennies à un dictionnaire dont le but était de toujours travailler à « l’embellissement et l’augmentation de la langue française « quand en 1674, l’Académie obtint le privilège interdisant à quiconque le droit de présenter, d’éditer ou de faire imprimer un dictionnaire avant la sortie officielle du dictionnaire de l’Académie. Il décida de convier à un bon repas le vieil académicien Charpentier et, en bon avocat qui dût savoir plaider sa cause, obtint de lui l’autorisation de publier son ouvrage. Troubles et émois chez les Immortels ; La Fontaine, académicien lui-même, défenseurs des ‘Anciens’ dans la querelle avec les ‘Modernes’, convié à jouer les intermédiaires, prit parti pour l’académie contre son pourtant bon ami Furetière qui fut exclu de l’académie. En réaction, Furetière et jeta foudres sur le fabuliste.


 « Furetière mourut en 1688, ruiné et sans avoir réussi à faire paraître son Dictionnaire Universel. Celui-ci fut imprimé en Hollande en 1690 » (https://www.lafontaine.net/laffaire-furetiere/). Le Dictionnaire de l’Académie parut quatre ans plus tard en 1694 dont on considéra qu’il était moins complet que celui de Furetière. A noter que ce dernier collabora avec Racine à la rédaction des Plaideurs et l’on comprend pourquoi le tragédien fit appel à l’ancien homme de loi.


Le Roman Bourgeois

Le Roman bourgeois n’est pas à proprement parlé un roman avec récit, intrigue et dénouement. C’est une succession de tableau de la vie des bourgeois de Paris, gens aisés dont le Bourgeois Gentilhomme de Molière pourrait être citer en exemple. On y rencontre en deux parties deux personnages clé, deux femmes autour desquelles gravitent les autres personnages. L’une est jeune, l’autre est mature. La première partie est consacrée à la jeune, Javotte, qui , bien que très naïve, non seulement ne cèdent pas aux assauts de ses soupirants Nicodème et Bedout mais parvient en fréquentant les salons à se faire épouser par Pancrace , un honnête homme. Le second rôle est tenu par Lucrèce qui est abandonnée par un marquis (un noble) après qu’il l’a mise enceinte. La seconde partie ne tient pas des amourettes mais de la justice. On y trouve une bourgeoise d’un certain âge, Collantine, une procédurière, Collantine, un mauvais juge aussi imbécile qu’ignorant son métier, Belastre (bel-astre). le plaideur Charroselles. Furetière va user de sa connaissance de ce milieu pour dérouler les procédures utilisées par chacun des protagonistes qui ne tiennent qu’à une chose, satisfaire leur besoin de disputailler. Occasion également pour l’auteur de mettre en avant son sens de la satyre dépeignant les travers de ses personnages (avarice, sottise…). Le second rôle est tenu par un écrivain mort dans l’anonymat le plus complet. C’est l’écrivain Furetière qui va usé ici de sa parfaite connaissance du milieu littéraire et de l’édition pour, toujours sarcastique, se moquer de ces libraires, imprimeurs, auteurs ou pseudo-auteurs qui veulent tirer profit des manuscrits dont on fait l’inventaire.


Ce roman est exemplaire du style burlesque comme l’a initié Paul Scarron (1610-16660) avec son Recueil de quelques vers burlesques, en 1643, à l'origine d'un véritable engouement pour le genre et comme l’illustra également le Charles Sorel (1599 ?-1674) non de Francion ni du Berger Extravagant mais de Polyandre où il dépeint comme le fera son illustre successeur, des ‘caractères’.


Madame de Lafayette et Le Roman Intimiste

Marie-Madeleine Pioche de La Vergne (1634-1693), née et mort à Paris, est issue d’une famille de la petite noblesse proche de Richelieu. Son père était écuyer du roi, c’est-à-dire qu’il avait la qualité de noble sans posséder de titre, autrement dit n’exerçant pas de fonction d’autorité. Aînée de ses sœurs, Éléonore-Armande née en 1635 et Isabelle-Louise en 1636, elle a quinze ans quand leur père meurt.

A seize ans, elle devient demoiselle d'honneur de la reine Anne d’Autriche (†1666), épouse de Louis XIII (†1643). Elle reçoit une solide instruction sous la direction du philologue Ménage[6] qui l’introduit dans les salons qu’elle va régulièrement fréquenter, entre autres celui de la Marquise de Rambouillet qui tient salon depuis 1621 et celui de Mademoiselle de Scurédy qui va l’ouvrir en 1650/52. 


Au début de la Fronde des Princes (1650-1653), sa mère se remarie avec le chevalier Renaud de Sévigné, l’oncle du mari de Madame de Sévigné qui deviendra sa protectrice et son amie

 Elle fait également la connaissance Jean-François Paul de Gondi, Cardinal de Retz en 1652, connu pour ses Mémoires et qui la même année, pour s’être opposé à Mazarin fut jeté en prison ; s’étant évadé, il vécut en exil puisse réfugia en ses terres.  

En 1655, alors qu‘elle a 21 ans, sa mère arrange son mariage (de raison) avec François Motier, Comte de La Fayette (1616-1683), un veuf de 17 ans son aîné. Elle va vivre quelque temps dans ses domaines de la province d'Auvergne. Un fils naîtra de cette union. En 1659, cependant, ils se séparent. Lui mènera une vie des plus discrète et sa mort en 1683 passera inaperçue. Elle, elle retourne définitivement à Paris pour mener une vie de mondanités.

On retrouvera dans ses romans ce même thème de l’épouse qui s’ennuie auprès de son mari et qui éprouve des sentiments pour un autre homme dont elle n’obtiendra qu’une relation platonique.


En 1659, sa première œuvre, la seule qu’elle signera, le Portrait de la Marquise de Sévigné, est intégrée  au recueil de Divers Portraits[7], recueil dédiée à La Grande Mademoiselle, Duchesse de Montpensier, fille de Grand Monsieur, Gaston d’Orléans, donc nièce de Louis XIII, cousine germaine de Louis XIV, restée célèbre pour son esprit frondeur qui n’avait d’égal que celui du Grand Condé : Ne fit-elle pas en 1646, lors de la Fronde des Princes, tirer au canon à la Porte St Antoine sur les troupes royales tentaient de pénétrer par cette porte dans la capitale tenu par les frondeurs.

Dans les années 1660, la comtesse est la favorite d'Henriette Anne Stuart d'Angleterre, duchesse d'Orléans, fille de Charles 1er Stuart et petite-fille de Henri IV, cousine et belle-sœur de Louis XIV qui eut beaucoup d’estime pour elle. Réfugiée en France en 1646 à l’âge de 2 ans, à cause de la Première Guerre Civile (1642-46), elle épouse Monsieur en 1661. C'est aussi à cette époque qu'elle entame une amitié durable et intime avec La Rochefoucauld (†1680), auteur des célèbres Maximes avec qui elle tient un salon littéraire dans son splendide hôtel de la rue de Vaugirard.   


En 1662, paraît d’ailleurs anonymement sa nouvelle La Princesse de Montpensier. Suivront une histoire espagnole, Zaïde, en 2 tomes sous la signature de l’académicien Jean Regnault de Segrais qui avec Ménage l’avait encouragée à poursuivre dans les lettres. En 1678, La Princesse de Clèves, son chef d’œuvre, écrit 1672, est publié anonymement. Après sa mort, paraitront, Histoire de Madame Henriette d'Angleterre, première femme de Philippe de France, Duc d'Orléans en 1720, La Comtesse de Tende en 1724, Mémoires de la cour de France pour les années 1688 et 1689 en 1828. Pour sa correspondance, parut en 1820les lettres que la comtesse avait adressées à la Marquise de Sévigné de 1672 à 1693 (Édition Lepetit, Paris) ; lettres au style simple et direct, familier, tenant beaucoup à des affaires courantes. En 1863 sont publiées les lettres adressées de 1663 à 1665 à la Marquise de Sablé (1599-1678), auteure de Maximes,  qui tient salon Place des Vosges et qui avec sa compagne la Marquise de Saint Maur finira sa vie au couvent janséniste de Port-Royal des Champs.

La mort de La Rochefoucauld en 1680 marque un tournant dans sa vie. Elle se retire progressivement de la vie mondaine. Elle meurt à Paris en 1693 à l’âge relativement jeune de 59 ans. Elle est considérée aujourd’hui comme la conceptrice du roman français classique pour son caractère à la fois historique, psychologique et moraliste. A l’instar de La Rochefoucauld, elle considérait que ce serait se rabaisser que de se commettre avec les gens de lettres. Elle n’admettra jamais avoir écrit ses ouvrages.


La Princesse de Clèves

L’action qui se veut historique et non plus héroïque, ni exotique, se déroule sous le règne d’Henri II (milieu du XVIe siècle). La trame en est simple : Lors d’un bal organisé pour le mariage de Claude de France, fille du roi, avec le duc de Guise, Mademoiselle de Chartres, épouse du Prince de Clèves va instantanément s’éprendre du beau et jeune duc de Nemours tout juste rentré d’Angleterre. Le ‘coup de foudre’ est réciproque, une même admiration qui restera pourtant muette. Pour ne pas succomber à sa passion, pour ne pas faillir à la fidélité envers un mari qu’elle n’aime pourtant pas, la princesse va se retrancher (réfugier) derrière la morale.

De cette vraie-fausse histoire d'amour contrariée, Madame de Lafayette dresse un portrait psychologique intime mais non sentimental. Le personnage reste digne bien que « le lecteur découvre les pouvoirs de la passion amoureuse grâce à une analyse qui brille par sa finesse. Toutefois, au-delà de l'histoire de quelques individus, Madame de Lafayette fait aussi le portrait d'une société dans laquelle la morale joue un rôle complexe ». Son amour restera délibérément platonique.

 Madame de Lafayette nous donne un roman de caractère qui, dans un cadre historique, annonce le roman d’apprentissage, un bildungsroman[8] : Il nous montre le personnage principal évoluant dans des milieux différents, de celui protégé de la famille à celui de l’intrigue de cour et du monde de la politique.


La Princesse de Montpensier

Bien que le cadre se veuille aussi historique, la nouvelle est une pure fiction car il n'y a jamais eu de princesse dans la famille des Montpensier mais des ducs. La Princesse de Montpensier, dont le prénom n’apparaît jamais, serait Renée d’Anjou (1550-1586), dernière descendante des ducs d’Anjou, épouse de François de Bourbon (1542-1592), prince dauphin d'Auvergne, fait Duc de Montpensier en 1582, qui, fidèle royaliste jusqu’à la mort de Henri III († 1589) combattit les protestants, mais se rallia ensuite à Henri IV.

L'histoire se déroule en 1562, pendant les Guerres de Religion sous le règne de Charles IX (1550-1560-1574). Le Marquis de Mézières organise le mariage de raison de sa jeune et ravissante fille, Marie, à Philippe, Prince de Montpensier. Mais Marie éprouve déjà une passion pour le vaillant combattant 2ème duc de Guise, Henri de Lorraine dit Le Balafré (historiquement assassiné au château de Blois en 1588). Pour sa protection Marie est envoyée au château de Champigny tandis que son mari part combattre les protestants. De retour en son château, le prince y trouve le comte de Chabannes chargé de l’éducation de son épouse, mais aussi, le duc de Guise et le duc d'Anjou, le futur roi Henri III. Tous sont sous le charme de la princesse. Guise va l’emporter sur ses rivaux. Marie va vivre une relation cachée avec lui et quitter le Prince de Montpensier. Mais le duc va se marier avec une autre femme. Le comte de Chabannes, intellectuel pacifiste qui s’était réfugié au château pour échapper au combats, mourra lors de la Saint Barthélémy en 1572. La princesse mourra de maladie quelques semaines plus tard..

« Cette nouvelle est clairement caractérisée par la sobriété d'un récit linéaire, par un narrateur omniscient et une analyse profonde des motivations secrètes de chacun des personnages principaux. Les thèmes dominants de cette nouvelle sont : la passion; l'amour; le drame; la royauté; l'amitié ».

 

Anne de La Roche Guilhem

Anne de La Roche-Guilhem ( 1644-1707/10 ) , née à Rouen et morte à Londres, est la fille aînée Charles de Guilhen, verrier et homme de lettres. Ses familles paternelle et maternelle appartiennent sont deux riches familles huguenotes. Parmi les membres de sa famille maternelle, on compte Jean Chardin connu pour ses relations de voyages en Asie Mineure, Tallemant des Réaux (voir Lettres et Mémoires) et Saint-Amant (voir Poésie/France)  son grand-oncle.

On ne peut attester de sa présence à Paris, alors que son père est décédé, quand en 1674, Jean Barbin édite son roman historique Almanzaide. La nécessité financière a pu motiver ces publications de mêmes que les dédicaces restées vaines d’autres de ses publications : Arioviste (1675)  à Marie-Anne Mancini; Astéri (1675), ou Tamerlan à la comtesse de Quintin, elle-même protestante.


Elle se rend par deux fois à Londres où elle est accueillie par Hortense Mancini, Duchesse de Mazarin, une des nièces du Cardinal avec sa sœur Marie. Elle fréquente la cour de Charles II. En 1685, huguenot, à la Révocation de l’Édit de Nantes, elle choisit l’exil et s’installe à Londres où elle mourra. Elle vit de sa plume avec des revenus suffisants pour subvenir aux besoins de ses deux sœurs. La communauté huguenote de la capitale l’aide aussi financièrement et diffuse ses écrits dans les communautés protestante en hollande notamment.

Parmi sa vingtaine de romans, nouvelles et récits historiques, on peut citer Le Comte d'Essex (1677), Histoires des guerres civiles de Grenade (1683),  Zamire (1687), Le Duc de Guise (1693) Histoire des favorites contenant ce qui s'est passé de plus remarquable sous plusieurs règnes (1697) L'amitié singulière (1700), Jacqueline de Bavière, Comtesse de Hainaut (1702).

Certains de ses ouvrages passaient en France sous le manteau comme l’Histoire des favorites qui éditée et rééditée en plusieurs langues fut condamnée en France, mais

« sous de fausses adresses  [elle fut] intégrée à des éditions semi pornographiques. Cette série de dix brefs contes (des éditions postérieures en ajouteront d’autres) est consacrée à des courtisanes célèbres à travers l’histoire.

En dévoilant l’influence insoupçonnée de ces femmes sur de puissants souverains, l’autrice met en évidence le lien entre la grande politique des états-nations et les institutions locales qui aident à maîtriser la circulation des femmes (couvents, institutions caritatives, mariage). À travers sa manière d’aborder la problématique du déplacement à l’intérieur d’une société en crise et sa présentation d’une histoire qui dépasse les frontières, l’Histoire des Favorites offre une destinée miroir de celle de La Roche-Guilhem. » (Juliette Cherbuliez Anne de La Roche-Guilhem notice in  Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime, https://siefar.org/personnage/anne-de-la-roche-guilhen/)

On lui doit également une comédie-ballet Rare-en-Tout de 1677 jouée Théâtre royal de Whitehall. “un hommage aux tonalités européennes rendu à la culture française qui a dû ravir les coteries exilées à Londres » (J. Cherbuliez)


Notes

[1] Jean Chapelain (1595-1674), sans avoir laissé un nom impérissable dans l’histoire des lettres françaises, auteur d’un poème La Pucelle, que l’histoire littéraire oublia bien vite, joua aux côtés de C. Perrault (†1703), l’auteur des contes et frère de Claude, l’architecte, un rôle déterminant au ‘petit-conseil’ créé par Colbert Surintendant des Bâtiments (parmi bien d’autres charges) « pour «examiner tout ce qui regarde les bâtiments, ‘’l’esprit et l’érudition’’. Le Petit Conseil deviendra en 1663 l’ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. (Cf. Inès Murat Colbert, Fayard 1980, pg. 176 ‘A la Gloire du Roi’; Voltaire écrira de Chapelain : « Chapelain avait une littérature immense, et ce qui peut surprendre, c’est qu’il avait du goût et qu’il était un des critiques les plus éclairés » (cité par I. Murat).

[2] Voir entre autres "Biographie d'Honoré d'Urfé".  Deux visages de
L'Astrée. ©2005-2020 E. Henein.  URL: https://astree.univ-rouen.fr/_ analyse/urfe.html

[3] Sur les relations récit-cadre et récits insérés voir Raymonde Robert L’insertion des contes merveilleux dans les récits-cadres https://doi.org/10.4000/feeries.70

[4] Jean-Marc Civardi maître de conférences à l’université de Versailles-Saint-Quentin-en-Yvelines le donne né à Marseille et marié à Rouen en 1654. https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/26287765

[5] Citation et socle de la biographie Wikipédia

[6] Gilles Ménage (1613-1692), polygraphe, philologue, grammairien et lexicographe, a construit une œuvre littéraire et linguistique du plus grand intérêt pour l'histoire de la langue française. Il exerça une très grande influence sur la formation de la langue française comme en témoigne son premier ouvrage La Requeste des Dictionnaires (1649) qui s’oppose au « travaux d’embellissement de la langue française », que commençait d’entreprendre avec son dictionnaire l’Académie Française (1ère parution en 1694) qui lui ferma définitivement ses portes. Mais il fut reçu à l’Accademia della Crusca en 1654. En 1685, il publia Le Origini Della Lingua Italiana. Porté à l’érudition, doté d’une grande mémoire, il est l’auteur parmi une œuvre considérable des Origines de la Langue Française (1650) des Observations Sur La Langue Française (1672-1676) et du Dictionnaire Étymologique De La Langue Française (1694). Critique littéraire, on lui doit une étude sur les Sonnets de Pétrarque et l’Aminta du Tasse et sur les poèmes de Malherbe. Il fréquenta assidument l’Hôtel de Rambouillet. Il est Vadius, le pédant des Femmes Savantes. Boileau le critiqua.

[7] « C’est alors l’usage dans certains salons que l’on fît des portraits, tantôt celui d’une autre personne, à titre de réciprocité, et tantôt le sien propre. Le genre est essentiellement faux. » (https://actualitte.com/article/82663/ ressources/la-rochefoucauld-portrait-de-lui-meme).

[8] « Le roman d'apprentissage, appelé aussi roman de formation ou roman d’éducation, est un genre romanesque né en Allemagne au XVIIIe siècle (Bildungsroman). On parle parfois aussi de ‘’roman initiatique’’ ou de ‘’conte initiatique’’. Les romans d'apprentissage ont pour thème le cheminement d'un héros, souvent jeune, qui atteint progressivement l'idéal de l'Homme accompli et cultivé en faisant l'expérience des grands événements de l'existence : la mort, l'amour, la haine, l'altérité, etc. Il va ainsi se forger progressivement sa conception de la vie » (Wikipédia).


Espagne-Portugal

Espagne

Les Formes

Le Romancero nuovo

Dans le prolongement du Romancero Viejo[1], le RomanceroRomencero nuovo apparaît dans le dernier quart du XVIème siècle et restera vivant dans une bonne partie du siècle suivant.

« Il est composé de tous les romans nouveaux ou artistiques écrits par des auteurs connus et cultivés de la seconde moitié du XVIe siècle. C'est le nom donné à l'ensemble des romans composés par des poètes savants. Des auteurs tels que Cervantes, Lope de Vega, Góngora et Quevedo se sont démarqués, qui ont considérablement renouvelé leur contenu thématique et leurs ressources formelles. Dans ce nouveau Romancero, les romans apparaissent sur des sujets en vogue dans la littérature de l'époque et reflètent les événements historiques de leur temps. Logiquement, en se présentant comme `` nouveaux '', les textes romanesques de ce moment révèlent leurs racines traditionnelles, qui les intègrent à un genre enraciné dans le goût et la culture, mais le style sera différent, derrière le style traditionnel, un style artistique cultivé, plein de réminiscences classiques, [annonçant] les nouveautés et de la mentalité et de la culture naissantes du baroque. » (https://literaturabits. wordpress.com/2014/04/28/el-romancero-nuevo/)

Lope de Vega et Luis de Góngora participeront à cette nouvelle vogue du RomanceroRomencero Nuovo. Et Cervantès fait la satire de la chevalerie avec son Don Quichotte (1605).


Le Roman Picaresque au XVIème Siècle

Le  roman picaresque tire son nom du personnage principal du roman de Mateo Alemán (1547-1620), Guzmán de Alfarache (1599 et 1604), un picaro. Le picaro est de modeste voire très modeste condition. Il mène une vie que l’on qualifierait aujourd’hui de marginale, vivant d’expédients. C’est un antihéros, à l’opposé de la figure du chevalier de rang et/ou de caractère. On pourrait dire qu’il démocratise le roman.

Le roman picaresque relate les aventures de ce personnage qui narre ses propres aventures, le récit adoptant une construction en abîme (en tiroirs) ; poupées russes, les histoires s’imbriquent les unes dans les autres avec plus ou moins, et là et l’art du conteur, de fluidité.

Ce genre fera école avec entre autres au XVIIIème siècle, Le Diable Boiteux de  Le Sage, Jacques le Fataliste et son Maître de Denis  Diderot et Heurs et Malheurs de la Fameuse Moll Flanders de Daniel Defoe (voir Âge Classique/Littérature).


Sur le Roman picaresque et la Célestine voir Renaissance/Récits et Aventures/ Espagne : Fernandos de Tojas (†1541), Jorge Montemayour (1561), La Vie de Lazarillo de Tormes, (probablement de Diego Hurtado de Mendoza 1503-1575), Mateo Alemán (†1614).

  • Dans la veine picaresque, au XVIIème siècle : 
    - Alonso Jerónimo de Salas Barbadillo (1581-1635) publie La Hija de Celestina(La fille de Célestine)
     de 1612 ;     
  •  - Castillo y Solorzano (1584-1648) publie en 1641, Thérèse ou la Garce matoise et en 1642, sou œuvre majeure La Garduña de Sevilla y Anzuelo de las Bolsas ( La Fouine de Séville ou l’Hameçon des Bourses

Parmi les picaros célèbres aux premiers des picaro, Lazarillo de Tormes (1554) et à Guzmán d’Alfarache (1599 de Mateo Alemán †1614 Mexico) viennent s’ajouter El Buscón de Quevedo (1603-1608), Don Qichotte de Cervantès (1605-1615) qui bien qu’hidalgo (petit noble, hobereau) était pauvre, et au siècle suivant, Ruy Blas de Santillane (1715), de Alain-René Lesage, et Jacques le Fataliste de Diderot (1765-84)


De La Hija de Celestina à Estebanillo González

 Au sein du courant picaresque est apparue  la veine célestinesque. En ce qui concerne la ‘célestinesque’ voir Littérature de la Renaissance/Espagne/ Fernando Rojas.

Francisco López de Úbeda publie en 1605 le premier roman picaresque dont l’héroïne est une femme, La Narcoise Justine. A noter que le premier roman dont le personnage principal est une femme, Célestine, est La Celetsine ou la Tragi-comédire de Calixte et Mélibée  de Fernando de Roja parue en 1499/1502.

La picara, gueuse, catin ou en tout cas femme dévergondée, est un personnage proche des Célestine, “vielle femme barbue, sorcière, capable de toutes les choses. En 1612, Alonso Jerónimo de Salas Barbadillo (1581-1635) publie La Hija de Celestina(La fille de Célestine). Une place à part doit être faite à cet ouvrage. Il fait « confluer trois veines littéraires : celle de la célestinesque, celle de la picaresque, celle de la nouvelle italienne… dans ce contexte, le livre de Salas Barbadillo est particulièrement intéressant puisque, non seulement il se situe au début du processus littéraire qui mène les récits picaresques féminins sur le terrain de la nouvellistique, mais encore, il offre un exemple parfait de la façon dont un auteur, soucieux d’originalité littéraire, procède par hybridation » (Paloma Bravo, Université de Bourgogne, La hija de Celestina de Alonso Jerónimo de Salas Barbadillo : à la confluence du roman picaresque et de la novella à l'italienne https://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00684016).


Castillo y Solorzano (1584-1648) publie en 1641, Thérèse ou la Garce matoise et en 1642, sou œuvre majeure La Garduña de Sevilla y Anzuelo de las Bolsas ( La Fouine de Séville ou l’Hameçon des Bourses). L’influence de Salas Barbadillo s’y fait encore sentir mais l’on est passé entre temps de la gueuse, de la picara, à la courtisane.

 En 1646, édité à Anvers par la veuve de Juan Cnobbaert Jan ou Joannes Cnobbaert (1590–1637) imprimeur et éditeur, paraît anonymement, La vida y hechos de Estebanillo González, hombre de buen humor, compuesta por él mismo (La vie et les actes d'Estebanillo González, un homme de bonne humeur, écrits par lui-même), plus connu sous le titre de Estebanillo González. C’est le dernier roman important du genre picaresque. L’auteur anonyme fait voyager son picaro dans toute l’Europe alors que ses compères restaient en terre natale, hors mis Guzmán d’Alfarache qui se rendra dans la proche péninsule italienne, proche non pas tant géographiquement que, à l’époque, culturellement ; les échanges culturels Espagne-Italie, les séjours des artistes d’une cour l’autre étant chose courante.


Tous ces auteurs avec Andrès Pérez, (également auteur dramatique), Jeronimo de Alcalà (1571-1632), Enriquez Gomez (1600-1663), Juan Cortès de Tolosa (1590-1640), autres auteurs picaresques non sans talents, ont alimenté tout au long d’un demi-siècle particulièrement fécond le goût du public pour le genre picaresque.


Le Roman Byzantin

En littérature est défini comme ‘byzantin’, les ouvrages en grec médiéval, plus exactement le grec propre à l’attique, utilisé par les lettrés dès le 1er siècle Av.J.C., dérivé de la Koiné (parler commun), langue forgée sous la période hellénistique des différents dialectes afin que les troupes d’Alexandre venus de régions différentes puisse se comprendre. Par opposition au latin, elle sera utilisée sous l’Empire Byzantin, c’est-à dire à partir de  330 à l’occasion du déplacement par l’empereur Constantin de sa capitale de Rome à Constantinople et de la scission des deux empires Occident et Orient en 395 jusqu’à la prise de la ville par les Turcs Ottomans de Mehmet II le Conquérant en 1453.

On peut citer comme représentants de la littérature grecque médiévale le théologien Michel Glycas (1125-1204) qui, historien, relate simplement les faits depuis la Création jusqu’en l’an 1118 imbriquant l’histoire des peuples juif et chrétien dans l’istoire plus générale de l’Antiquité ; et la Chronique de Morée (1320-1330  Livre de la conqueste de la princée [petite principaute] de l’Amorée). Elle relate la conquête du Péloponnèse, alors byzantin, par les croisés au cours de la quatrième croisade (1204) et l’établissement du principauté d'Achaïe par le champenois Geoffroi Ier de Villehardouin et le bourguignon Guillaume de Champlitte.

L’intérêt pour la littérature grecque est apparu au XVIème siècle dans le même mouvement de redécouverte de l’art antique. Au XVIIème siècle, dans la production byzantine, un ‘roman’, Les Éthiopiques parfois titré Théagène et Chariclée, écrit par Héliodoro d’Émèse (IIIème siècle), était  encore beaucoup lu en Espagne. Le roman raconte avec moultes rebondissements les péripéties amoureuses du thessalien Théagène et la princesse Éthiopienne (nubienne) Chariclée, amenée à Delphes où elle devient prêtresse d’Artémis, puis part avec son éducateur grec pour Athènes où elle rencontre un jeune champion olympique Théagène. Après naufrages, enlèvements, trahisons et deux ex machina, les amants se retrouvent et se marient. La fin est heureuse. Ce roman retint particulièrement l’attention de certains auteurs italiens comme Le Tasse, et du Siècle d’Or espagnol comme Cervantès. Verdi s’en inspira pour son opéra Aïda.

Ce roman peut–être à l’origine d’un genre nouveau apparu en Espagne au Siècle d’Or (XVIème-XVIIème siècles), le Roman Byzantin, encore appelé "livres d'aventures pèlerins", qui se caractérise ainsi :

  • ·        La même intrigue : Maints obstacles s’opposent aux amours de deux amants qui traversent maintes épreuves, mais ils finissent par se marier. L’amour triomphe.
  • ·        Le déroulement de leurs aventures donnent lieu ( ou prétexte) à un voyage. Le voyage est en fait la causse toutes leurs mésaventures. Souvent « un voyage maritime
             symbolisant l’instabilité de la vie ».
  • ·        Les événements ne sont pas présentés au lecteur dans un ordre chronologique mais à partir du milieu de l’histoire (in media res ) ; « lorsque le conflit éclate et, plus tard,
             l'auteur remonte le temps pour apporter des réponses aux doutes qui ont été générateurs».
  • ·        La chasteté des amants qui se promettent de rester vierges jusqu’à leur mariage. « Un type d'amour chaste et pur dans lequel la religion est très présente et qui sert de
              condamnation d'autres personnes qui apparaissent et se présentent comme "dépravées ».
  • ·        Le roman revête un caractère moral. Leurs vertus, fidélité, chasteté, courage, résistance à la tentation, doivent servir d’exemple.
  • ·        Sa référence au roman picaresque quand les personnages bien que vertueux doivent bien malgré eux et comme seule solution pour se sortir d’affaire user de
              travestissement, de mensonges, créer l’illusion.
  • ·        Un fin heureuse. Les amants qui étaient séparées se retrouvent et peuvent enfin (en fin) vivre pleinement leur amour. Ils se reconnaissent par le moyen de l’anagnosis,
              « c'est-à-dire qu'un objet d'enfance les aide à reconnaître leur amant qui, au fil des ans, a changé d'apparence ».

·        (https://nairaquest.com/fr/topics/2368-byzantine-novel-characteristics-and-examples)


Représentants et travaux principaux :

  • ·        L'histoire d'amour de Clareo et Florisea écrit par Alonso Núñez de Reinoso en 1552 ; d’après le roman grec Les amours de Leucipe et Clitophon d’Aquiles Tacio.
  • ·        El peregrino en su patria (1604) et Les Œuvres de Persiles et Sigismunda (1633)  écrits par Miguel de Cervantès ; Les Œuvres est le dernier de ses ouvrages. Après lui, d'autres
             auteurs en ont donné de nouvelles versions. Il s’inspire  de l’Histoire éthiopienne de Theagenes et Cariclea  d’Héliodore.
  • ·        Histoire de Hipólito et Aminta écrit Francisco de Quintana en 1627 et qui connut un grand succès. « Cet ouvrage est plus complexe que les précédents, puisque
             l'auteur a décidé d'écrire le texte au moyen d'un réseau de plans composé d'un récit principal et de plusieurs récits interpolés ».
  •         Très apprécié du lecteur peu cultivé, ce genre était peu apprécié des intellectuels qui le considéraient comme « une littérature de faible qualité, destinée
             à divertir les classes les moins instruites ».


Vicente Gómez Martínez-Espinel

Vicente Gómez Martínez-Espinel (1550-1624), né à Ronda (province de Malaga) et mort à Madrid, auteur et musicien, fait des études à Salamanque puis tente de s’embarquer pour le Nouveau Monde. Il en est empêché par l’épidémie de Peste. Il séjourne à Séville, entre au service du Comte Lemos. Alors qu’il vogue vers le Royaume de Naples, il est fait prisonnier par des pirates. Engagé dans les troupes du d’Alexandre Farnèse, il combat en Flandre. Il revient en Italie et se perfectionne en musique. De retour en Espagne, il est ordonné prêtre à Ronda. Il obtient son baccalauréat en 1589 et devient maitre es arts en 1596. Il est nommé maître de chapelle à Madrid om il mourra. Il fut très estimé par son ami Cervantès et par Lope de Vega.

Romancier, il a  donné avec La vie de Marco Obregon (1618), un des meilleurs romans picaresques. A la manière de Lazarillo de Tormes, le vieil homme narre sa vie. Il y mêle plusieurs sources d’inspiration, d’Homère au roman de chevalerie en passant par les chroniques indiennes. Sans faire preuve de rigueur, ses récits dans lesquels transparence ses propres aventures, nourris d’invraisemblance séduisent le lecteur par leur charme. En France, l’idée de Voltaire qui soutenait que le roman picaresque Le Gil Blas de Santillane (1715) de Alain-René Lesage (1668-1747) n’était qu’un plagiat de Marco Obregon le rendit célèbre.

 Poète, il est l’inventeur des decimas ou espinelas, stances de 10 vers (dizain)  octosyllabiques rimés ainsi abbaaccddc . Ses Diversas Rimas paraissent en 1591.

Musicien, il ajouta une corde non à son arc ni à sa lyre mais à sa guitare, la cinquième. Il fut un ami fidèle de Cervantès.


Miguel Cervantès

Miguel Cervantès de Saavedra (1547-1616), né probablement Alcalá de Henares près de Madrid où il mourra, est issu d’une famille de bourgeois conversos (juifs convertis), aisés, juristes et médecins. Son père, médecin médiocre, exerçait son art de façon itinérante. L’éducation première de Miguel laisse à désirer. Il passe une partire de sa petite enfance à Valladolid alors capitale de l’Espagne jusqu’à ce qu’en 1561 Philippe II la transfère de Valladolid à Madrid où sa famille s’y installe  cinq ans plus tard. Il aura 19 ans.

A 17 ans, il se passionne pour le théâtre et particulièrement pour l’auteur dramatique à succès Lope de Rueda (voir Théâtre/Espagne). A l’Estudio de la Villa de Madrid, il a pour maître, l’humaniste et admirateur d'Érasme, Juan López de Hoyos[2] qui qualifiera Miguel de « notre cher et aimé disciple ». de Hoyos futfur chargé d’écrire l’éloge funèbre  de la reine espagnole Élizabeth de France (†1568). Miguel fut autorisé à y introduire quatre poèmes de sa main. Il a 21 ans.


On suppose qu’il a pu faire ou entamer des études à l’université de sa ville natale[3] et à celle de Salamanque d’après ses écrits.

En 1569, il s’enfuit en Italie accusé d’avoir blessé son adversaire dans un duel. A Rome,  il découvre l’Orlando Furioso (1516>32) de L’Arioste (1474-1533), un poème chevaleresque, apothéose du genre, et Dialogues d'amour de l’humaniste hébraïsant León Hebreo (1460-1521) qui inspira aussi Jorge de Montemayor pour son roman La Célestine (1500).

Entré au service personnel de Giulio Acquaviva d'Aragona, nouvellement élu cardinal, il le suit dans ses voyages qui le mènent à Naples, en Sicile puis à Venise. Il découvre la culture de l’antiquité grecque, sa mythologie, ses auteurs.

Épris de gloire militaire, il s’engage en 1570 pendant quatre ans dans l'infanterie des Tercios[4]. En 1571, à 24 ans, il participe à la Bataille de Lépante et reçoit trois coups d’arquebuse dont l’un lui estropie la main gauche. Il ne retirera pour toute gloire que le surnom du « manchot de Lépante ». Après six mois de convalescence dans un hôpital de Messine (Sicile), on le retrouve dans les batailles navales de Navarin, CorfouCorfoue, Bizerte et Tunis (1573).


En 1575, sur un navire qui fait le trajet régulier de Naples aux côtes espagnoles, il est capturé avec son frère Rodrigo par des pirates musulmans et amené à Alger. Il est porteur de lettres du Duc de Sessa et de l’Infant don Juan d’Autriche, fils illégitime de Charles-Quint. Considéré comme un personnage d’importance, une rançon de 500 ducats, somme très importante[5], est demandée pour sa libération. Il  restera prisonnier pendant cinq ans, pendant lesquels il aura été aux travail forcé, jardinier et serviteur ; mais cinq ans pendant lesquels il aura rassemblé les notes de ses carnets  d’Italie et commencé à les mettre en ordre. Ce n’est qu’en 1580, après cinq vaines  tentatives d’évasion, que sa rançon est versée  par l’Ordre des Frères Trinitaires ou Ordre de Notre-Dame-de-la-Merci qui avait été constitué au 12ème siècle, au temps des croisades pour racheter les chrétiens prisonniers des musulmans. Son frère a été rapidement libéré contre une faible rançon.


Après 11 ans de pérégrinations, il peut enfin entrer en Espagne. En 1584, il a une fille naturelle d’une femme d’aubergiste et la même année se marie avec Catalina de Salazar y Palacio (†1626), issue du côté de son père comme de sa mère de deux familles dont les membres ont assumé des fonctions importantes sous les Rois Catholiques et ont eu partie liée avec la cour. Le couple s’installe à Tolède d’où Catalina est native. Deux ans plus tard, alors qu’il est à Séville, il se sépare de son épouse et n’en parlera jamais.

Nommé Commissaire aux Vivres, il participe à la préparation de l’Invincible Armada qui sera défaite en 1588 (voir RenaissanceV1. Événements Majeur). Ce qui l’amène à voyager en Andalousie et dans la Castille et jusqu’à Madrid. Il aura plusieurs démêlés avec l’Église et la justice pour détournements de biens et sera chaque fois emprisonné à Séville, mais pour des périodes relativement courtes. Il trouve un emploi au recensement des impôts dans la Province de Grenade.


Dans les années 1590, il se déplace dans le pays. Le banquier portugais chez qui  il avait placé ses avoirs fait faillite ; il est ruiné. Et de plus, il se retrouve à nouveau en prison à Séville au début des années 1660. En 1604, paraît la première partie de Don Quichotte qui connaît un succès immédiat. Il va alors bénéficier à Madrid de la protection de différents ducs. L’année suivante, un auteur anonyme s’empare du personnage est donne une suite au Don Quichotte. Cervantès attendra dix ans pour répondre  à cetcette usurpateur en écrivant sa propre suite au roman. Un an plus tard, en 1616, il meurt dans la quasi misère, ignoré de tous.


Son œuvre

En 1584, année de son mariage, Cervantès commence sa carrière littéraire par la publication de la première et unique partie d’un roman pastoral, classique pour l’époque, Primera parte de La Galatea, dividida en seis libros, Galatée (1584), dans la tradition initiéeinitié en Espagne par la Diane de Jorge de Montemayor (1520-1561) et qui a pu être commencé dès ses années de captivité ; roman pour pastoral qu’il soit dans la mise en scène de deux bergers amoureux d’une Galatée indifférente, révèle chez l’auteur un sens aigu de la psychologie amoureuse.

 Passionné de théâtre, comédien qu’il a été dans sa jeunesse, il fait paraître l’année suivante Le Siège de Numance (1585) pour lequel il se sert de son expérience de militaire.


Au début des années 90, alors qu’il est ruiné et se déplace en Espagne, il commence à rédiger El Ingenioso Hidalgo Don Quijote de la Mancha [6] qui paraît en 1605. La seconde édition de 1616 sera précédée en 1613 de Nouvelles Exemplaires. Exemplaires en ce que, écrites en Castillan, ces douze nouvelles ne s’inspirent pas d’œuvres ni de thèmes étrangers. Elles marquent une réelle originalité dans le récit espagnol car chacune relève d’un genre différent : picaresque, satirique, grec (récit des péripéties d’un jeune couple d’amoureux mêlées de merveilleux). Cervantès a apporté un soin particulier tout à la fois  à la recherche stylistique et à la structure des récits faisant montre d’un réel souci d’originalité. Pour d’aucun, elles sont l’œuvre la plus accomplie, la plus finie de Cervantès. On peut être amené à penser qu’outre la nécessité d’écrire, propre à tout écrivain, Cervantès espérait par cette originalité obtenir un succès littéraire qui pourrait le sortir de son embarras financier. S’il obtient la protection rentable de quelques grands du royaume, il n’obtient pas la gloire littéraire qu’il a pu convoiter comme il n’a pas obtenu la gloire militaire à laquelle il aspirait dans sa jeunesse.


En 1613 paraissent les Nouvelles Exemplaires. Elles apportent l’originalité de varier les genres en fonctions des 12 récits qui les composent et d’être chacune le prétexte d’une exemplaire leçon de morales.

« Douze nouvelles empreintes d'amour et d'aventure, se déroulant au temps du Siècle d'or Espagnol, dévoilent un univers baroque où règnent tromperies et renversements de situations. Cervantes, à travers ses "Nouvelles exemplaires", explore des récits moralement édifiants, mettant en scène des personnages confrontés à des dilemmes complexes. Chaque histoire, qu'il s'agisse de la fidélité mise à l'épreuve, du mariage improbable ou des destins tragiques, révèle une leçon morale sous-jacente. Plongé dans un monde à l'envers, le lecteur est fasciné par la psychologie invraisemblable des protagonistes et les situations fantastiques qui se succèdent. Cervantes, maître du divertissement littéraire, crée un univers paradoxal où les valeurs et les mœurs se trouvent bouleversées. » 

 (Analyses Littéraires site édité par Gérard Fourestier, https://analyses-litteraires.fr/article.php?id=7414&post_id=133 82)


En 1614,  il écrit Le Voyage au ParnasseParsnasse , récit en vers s’inspirant du Viaggio di Parnaso (1582) du poète italien Cesar Caporali (1531-1601)[7]. Cervantès à l’exemple de son personnage, Don Quichotte, prend monture, mais pour lui se sera modestement un mulet, et part combattre les mauvais poètes en recrutant sa troupe parmi les meilleurs poètes de son temps. Puis, il les embarque sur un navire et sillonne d’un port l’autre la Méditerranée qu’il connaît bien depuis la Bataille de Lépante. Avec sa cohorte de bons poètes à ses côtés, il  livre combat naval aux mauvais poètes. L’escouade atteint  enfin en vainqueur Le Mont Parnasse et rencontre Apollon. Mais les mauvais poètes armés de livres et de rimes ne veulent pas en rester là et livrent une ultime  bataille qu’ils perdent bien évidement. C’est un Cervantès amer que l’on peut ressentir dans cette œuvre toute d’allégories. Un Cervantès qui remue de mauvais souvenirs comme celui de cette bataille de Lépante où il a perdu l’usage de sa main gauche, du ressentiment qu’il ressent de ne pas avoir été reconnu à sa juste valeur alors que lui-même se considérait comme un piètre versificateur.


Après avoir donné une suite à son Don Quijote en réponse à un plagiat, il termine sa carrière littéraire deux jours avant sa mort, en mettant le point final à Los Trabajos de Persiles y Sigismunda, historia septentrional (Les Travaux de Persille et Sigismonde). Revenant à un genre traditionnel, le roman grec[8], il y apporte une tonalité épique dans le récit des amants, l’un venu  des régions septentrionales du pays nordique de Thulé, l’autre des brumes de la Hollande pour pérégriner à travers la France, le Portugal et pour parvenir en l’Italie, à Rome où la figure du Pape dont les amants attendent la légitimation de leur amour, apparaît comme la figure salvatrice du Christianisme. Tonalité qui s’accorde à un certain sens du tragique dans ce testament littéraire où la phrase longue, portée comme un alexandrin laisse à Cervantès l’illusion de toucher par l’écriture à quelque chose d’autre qui ne serait pas l’illusion du monde..[]

Ses pièces de théâtre ne connurent pas grand succès de son vivant mais elles eurent néanmoins une influence certaine sur les auteurs dramatiques après lui.

Il laissera à la postérité un des  plus fameux des romans chevaleresques[9]. Se doutait-il qu’en le faisant monter sur une vielle carne, le personnage éponyme, et tout autant chevaleresque,  qui va aussitôt s’empresser de foncer vers des moulins-à-vent, galoperait  en fait vers une bien plus grande gloire que celle qu’aurait pu lui apporter ses victoires en combats illusoires : la postérité.

Don Quichotte, un personnage apparu hors toute tradition littéraire dans l’histoire de la culture occidentale au point qu’il s’inscrive dans notre imaginaire collectif à côté de Hamlet, de Don Juan, de Faust… mais peut-être aussi un peu grâce à sa Rossinante… devant, toujours devant.


Don Quijote de la Mancha

Alonsi Quirano est un hidalgo, un ‘hijo de algo’, un ‘fils de

quelqu’un’, autrement dit un  gentilhomme. Il est originaire de la Mancha, région au centre de l’Espagne qui composait la Nouvelle Castille avant que celle-ci ne soit divisée en Province de Madrid et Castille-La Mancha (Albacete, Guadalaraja, Tolède). Cervantès donne à son personnage le diminutif péjoratif de Quijote  car le personnage pourrait avoir réellement existé sous le nom de Rodrigo Quijada, un conseiller de la ville, fort peu apprécié des habitants et qui aurait tenté de tuer un de ses amis.

A partir de récentes découvertes, les historiens font de l’aventure advenue à son ami la source du récit  à laquelle viendrait s’ajouter celle d’un autre ami de ses amis qui aurait tournoyé avec un hidalgo dans un combat aux allures  chevaleresques avec destriers, armures et lances. En brossant un personnage aussi ridicule, l’auteur aurait voulu venger ses amis[10].


L’œuvre pourrait être réduire en une parodie de roman chevaleresque[11] médiéval quant à la forme, mais le ressort comique si attrayant pour le lecteur permet à Cervantès de ‘faire passer’’ la critique, les critiques qu’il renferme, critiques sociale et politique.

Le récit peut se résumer ainsi : 

« Parce qu'il a lu trop de romans de chevalerie, [Alonsi Quirano qui prendra le surnom de] don Quichotte a perdu la raison : il est persuadé que le monde est peuplé de chevaliers errants et d'enchanteurs maléfiques. Comme dans ses livres préférés, [à 50 ans], il veut rendre la justice et combattre pour l'honneur de sa dame. Accompagné de Sancho Panza, son fidèle écuyer, il part sur les routes d'Espagne. Et voici notre héros qui affronte des moulins à vent, qui prend des auberges pour des châteaux,  des paysannes pour de belles princesses !»
(https://www.babelio.com/livres/Cervantes-Don-Quichotte/ 107074)

Le personnage :

« Le héros personnifie assez bien l’attention volage, l’imagination fertile, la créativité illimitée. À la fois brillant, intrépide, mais aussi impulsif, colérique et égocentrique. Avec lui, le temps et l'espace s'effondrent. Tout devient possible dans l'instant et le lieu présent et actuel. Ce n'est pas dire toutefois que toutes les aventures du brave chevalier errant puisent uniquement dans la substance du caractère hyperactif. L'auteur traverse parfois la frontière entre l'excentricité et la folie, ne s'agissant pas d'un traité scientifique de psychologie ». (».(Dr Claude Jolicoeur, pédopsychiatre  Montréal, mars 2000 © http://www.deficitattention.info/donquichotte.html).
 

« Au-delà de la satire et de la dérision, de la parodie des romans de chevalerie, Don Quichotte de la Manche évoque en filigrane la distorsion entre la réalité et la perception que chacun peut s’en faire. Précisément parlant, il existe autant de réalités que d’individus, chacun appréhendant l’extérieur et ses congénères à partir d’une histoire, d’une lecture et d’un idéal personnels. En chacun de nous trotte ou sommeille un Quichotte » (Cyrille Godefroy http://www.lacauselitteraire.fr/ don-quichotte-de-la-manche-miguel-de-cervantes).


Baltasar Gracián

Baltasar Gracián (1610-1658), né à Belmonte de Calatayud (Espagne, province d'Aragon) et mort à Tarazona près de Saragosse, est le f ils d'un fonctionnaire (magistrat ou médecin). Il est élevé par son oncle qui est prêtre. Il fait des études de philosophie et de théologie au collège des jésuites de Calatayud en Aragon,  puis, à partir de 1619, à l'université de Tarragone. Ordonné prêtre en 1627 (?), il fait profession de foi chez les jésuites en 1635. Il enseigne  ensuite à Huesca (nord de l’Aragonais) et fréquente les salons.

A partir de 1637, il se consacre à la prédication. Il est nommé prédicateur à Tarragone. Il fera deux séjours à Madrid, en 1640 et en 1641 où, quittant Valladolid, s’ est installée la cour  en 1561.  En 1646, il est aumônier de l’armée au siège de Lérida. Il revient l’année suivante à Huesca.


Ses trois premiers romans El Héroe (Le Héros,1637), El don Fernando el Católico (Le Politique ,1640), L’Oracle Manuel et Art de la Prudence (rebaptisé L’Homme de Cour ou L'Honnête Homme en français, 1646), sont publiés sous le nom de son frère: Lorenzo Gracian, subterfuge qui ne trompa pas ses supérieurs de la Compagnie de Jésus et lui attirèrent une sanction disciplinaire. Ces ouvrages  sont un enseignement tout à la fois  sur la manière de se comporter à la cour, de vivre en société comme dans l’Italie Baldassare Castiglione l’avait  fait de la Renaissance avec son Il Cortigiano, et sur la manière de mener sa politique comme l’avait fait Machiavel avec son Prince (1513) ;  en fait un enseignement  sur la manière de ‘se gouverner’. « Gracian est un Machiavel de la morale privée dans la mesure où il concède que le bien puisse recourir à la dissimulation et à la ruse. » (Marc Fumaroli in Préface à L’Homme de Cour. Édit Gallimard) .


S’affrontèrent autour de ces publications deux conceptions de la vie en société et de la morale chrétienne :  La janséniste tout à fait opposée à cette « étiquette » de vie qui favorise l’opportunisme ou du moins l’adaptation de l’homme aux circonstances prônait, toujours valorisant les vertus, une ligne de conduite morale, accusant les jésuites de s’en éloigner. Le jésuitique s’opposait, elle, à la rigueur édifiante du jansénisme.  On sait combien par leur pragmatisme, les jésuites surent mener leur politique incisive au Vatican. Mais Gracián ne nous invite-t-il pas à voir l’homme tel qu’il est « ni ange ni bête » ?


La traduction en français (langue culturelle alors dominante) d’Amelot de La Houssaye en 1684 de L’Oraculo Manual sous le titre de L’Homme de Cour,  en permit une meilleure et plus rapide diffusion en Europe dont le succès ne fut pas moindre que celui rencontré en Espagne.

Cet ensemble pour plus philosophique que littéraire qu’il soit , n’en adopte pas moins pour ce qui est du style le conceptisme avec ses maîtres mots paradoxe et ellipse. Il en fut d’ailleurs est un des théoricien. La clarté d’expressions pliée à la raison serait –elle à même de dire ce qui dans l’homme relève et réconcilie ses contradictions plongé qu’il est dans un monde relatif où tout se s’interprète, ne se comprend qu’en essayant, par un dire sans dire  qui dit plus tout en disant moins, d’en saisir le foisonnement ? C’est cette difficulté d’accès du style propre au conceptisme qui en fait toute son ambition. A la complexité de la forme veut correspondre la complexité et de l’âme humaine et du monde.

Esprit rebelle, voire ombrageux, peu soucieux de la hiérarchie et des règles de son ordre, il publie en 1645 puis en  53 et 57, sous les pseudonymes de García de Marlones et à nouveau de Lorenzo Gracián, les trois parties de Criticón (ou L'Homme Détrompé) pour lequel il adopte le contrepied de tout ce qu’il avait alors énoncé ; et ce en outrepassant l’interdiction formelle de ses supérieurs à qui il n’a demandé aucun autorisation de publication.


En 1657, à la publication de la troisième partie du Criticón, il est envoyé en exil à Graus (Aragonais) et mis au régime sévère du pain et à l'eau, ce qui portera gravement atteinte à sa santé.  Il est alors nommé à Tarazona, près de Saragosse où il meurt l’année suivante.  

Dans ce roman allégorique et initiatique, Critilo, fils de la civilisation, critique et désillusionné, fait naufrage sur l’île de Saint-Hélène. Il y rencontre Andrenio, fils de la nature, instinctif , spontané avec qui il va traverser les saisons de la vie- printemps et été, puis automne et enfin hiver. Les maintes péripéties auxquelles ils sont confrontés, les périples qu’ils entreprennent sont chaque fois prétexte à l’auteur pour  donner une vision du monde. Dans un genre qui tient du picaresque et du roman byzantin, Gracián nous offre là son chef d’œuvre.

« Dans la première partie (« Du printemps de l'enfance à l'été de la jeunesse »), ils rejoignent la cour du roi où ils souffrent de toutes sortes de déceptions ; dans la deuxième partie (« Judicieuse et civile philosophie dans l'automne de l'âge viril »), ils traversent l'Aragon, voyagent en France, que l'auteur appelle « le désert d'Hypocrinde », uniquement peuplé d'hypocrites et de cancres, et terminent leur voyage par la visite d'une maison de fous. Dans la troisième partie (« Dans l'hiver de la vieillesse »), ils vont à Rome et y découvrent une académie où se trouvent les hommes les plus ingénieux, puis finissent par rejoindre l'Île de l'Immortalité. »

« il s'agit d'un long roman allégorique parsemé de touches philosophiques qui rappelle le style romanesque byzantin par les nombreuses vicissitudes et aventures auxquelles les personnages sont confrontés, ainsi que le roman picaresque par sa vision satirique de la société qui transparaît dans le long pèlerinage que font les principaux personnages, Critilo, « l'homme critique », qui incarne la désillusion, et Andrénio, « l'homme naturel », qui représente l'innocence et les instincts primaires. L'auteur utilise sans cesse une technique perspectiviste qui se déploie selon les idées ou les points de vue de chacun des deux personnages.» (https://fr.wikipedia.org/wiki/El_Criticón).


Art et figures de l’Esprit (ou Finesse et Art du Bel Esprit) en (1642-1648) analyse les conceptions et fixe les caractéristiques des deux esthétiques dominantes, le cultisme (cultéranisme) et le conceptisme. Le Cultisme ou Cultéranisme (culteranismo) ou gongorisme, courant poétique on ne peut plus baroque, use de la métaphore, de la pointe (trait d’esprit), du jeu de mots, tandis que le Conceptisme de Lesdesma, en usant tout autant de la métaphore, s’ingénie à la litote voulant donner le plus de profondeur à ce qui est dit dans un minimum d’expression. Francisco de Quevedo (1580-1645), Baltasar Gracián y Morales (1601-1658) seront en Espagne les deux plus illustres représentant du Conceptisme

 Le Traité des Pointes et du Bel Esprit ( ou Art et figures de l'esprit (1642-48) expose  une notion du Bel Esprit qui se rattache à l’Honnête Homme et définit chez lui une manière d’être dans son langage, sa civilité, la politesse de ses manières et de son discours, sa bienséance par sa capacité d’adaptation aux situations.

« L'ouvrage rassemble quelque trois cents maximes sur l'art de la courtisanerie. Au-delà des préceptes politiques individuels, c'est une profonde réflexion sur l'art de se gouverner soi-même, et plus généralement sur la condition humaine et mondaine. Il fut le code de la vie littéraire espagnole jusqu'à la fin du XVIIe siècle. Mais ses ouvrages ont aussi exercé une grande influence en Europe sur un plan philosophique, inspirant notamment les moralistes français (La Roche Foucauld, Voltaire) siècle, Arthur Schopenhauer, Frédéric Nietzsche. (J. Bruno in La République des Lettres/ Baltasar Gracián)


Les philosophes du « pessimisme » de la fin du 19ième siècle, Schopenhauer, Nietzsche remettront l’œuvre de Gracián à l’honneur, jusqu’au Situationnistes de mai 68 qui voit en lui le dénonciateur de La Société du Spectacle (Guy Debord, 1967).


Lope de Vega

Félix Lope de Vega Carpio (1562-1635), né et mort à Madrid, est issu  d’une famille modeste (son père était brodeur) originaire du village Valle de Carriedo (près de Santander en Cantabrie) et venue s’installer dans la capitale un an avant sa naissance.

Enfant précoce, à cinq ans il sait le latin et compose ses premiers vers, ses premières comédies à 12 ans. Il fait ses premières études à l’école Vicente Espinel (voir ci-avant), poète et musicien, inventeur des decimas (stances de dix vers octosyllabiques) et ami fidèle de Cervantès. Il sera son premier maitre. De Vega  t poursuit sa formation  à la célèbre université d’Alcalá de Henares de 1577 à 81. Il commence à mener une vie amoureuse intense qui ne cessera qu’à sa mort. Femmes et maitresses se succèderont. Privé de bourses et écarter de la vie ecclésiastique, il vit comme secrétaire des nobles et vend de pièces théâtrales de circonstances.


Son premier grand amour est Elena Osorio, marié et épouse d’un homme de théâtre. Il écrit libelles et sonnets contre la famille d’Elena qui a été forcée à la rupture. Il est traduit en justice et la condamnation est forte : « cinq ans d’interdiction de séjour à Madrid et deux ans d’exil du royaume de Castille, le tout sous peine de mort. ». Elena apparaitra dans La Dorotea (1632), une narration en prose, mélange d’autobiographie et de fiction qu’un critique contemporain espagnol a considéré « l'une des grandes œuvres de la prose espagnole ».

En 1585, suite à une satire qui l’engagea dans un duel, il est forcé de s’exiler à Valence où fréquentant le milieu littéraire, il fait la connaissance du dramaturge valenciennois Guillén de Castro (1569-1631).1588 est l’année de l’expédition désastreuse de la Grande Armada dite invincible en laquelle il était  engagé après s’être marié avec Isabel de Alderete y Urbina, la Belisa (anagramme) de ses poèmes qui meurt en 1594.


En 1584 /90, à Tolède, il est au service du Grand d’Espagne, le duc Antonio Álvarez de Toledo y Beaumont et vit à sa cour jusqu’en 1595. Il découvre là le théâtre du poète, musicien et dramaturge Juan del Fermoselle del Encina (1468-1533, voir Renaissance :Espagne Poésie et Théâtre).

En 1595, il revient après 8 ans à Madrid. Trois ans plus tard, après un procès pour concubinage avec une actrice, il se marie avec Juana de Guardo, fille d’un riche commerçant. De ce mariage naitra trois filles et un garçon, Carlos Félix. En 1598 est publiée son Arcadie, pastorale en vers et prose qui narre les amours du jeune berger Anfriso, en fait le duc d'Albe.

En 1599, Lope accompagne le marquis de Sarria à Valence, où le roi Felipe III et l'infante Isabel Clara Eugenia attendent leur épouse et  époux respectifs arrivés d'Italie. Lope participe avec une grande activité à la fête. Sur l'une des places valenciennes, son auto sacramentale[12] Las bodas del Alma con el Amor divino (Le Mariage de l'âme avec l'amour divin) est représenté.


En 1603, à Séville, il est secrétaire du futur comte de Lemos, et a pour maitresse l’actrice Micaela de Luján, avec qui, bien que mariée, il aura cinq autres enfants dont Marcela et Lope Félix,  ses enfants préférés. Relation qui compta beaucoup pour Lope mais qui ne durera que cinq ans. Il lui a  dédié nombre de ses vers.

Pour subvenir au besoin de ses familles et de ses nombreuses maitresses qui se croisent et/ou se suivent, souvent des actrices, il travaille de manière acharnée à la composition de comedias.

En 1605, il est entré au service de duc de Sessa Luis Fernández de Córdoba y Aragón qui le liera d’une amitié jusqu’à sa mort. Après une courte période de 1601 à 1606 pendant laquelle sur décision du Duc de Lerma, la cour est retournée à Valladolid,  

« La Cour et les souverains s'installent à Madrid (1606), où ils rejoignent l'Administration de l'État. Lope suit le mouvement, d'abord en visiteur et puis, quand il gagne assez,  pour vivre, pour toujours. La jeune capitale est plus diverse, plus turbulente que la Valence [?] des marchands. Madrid s'amuse et veut s'amuser. Lope devient le fournisseur attitré de ses divertissements. Sa comédie est un miroir où freluquets et péronnelles se fardent avant d'entrer dans le grand jeu de l'amour » (Encyclopédie Larousse).


En 1609, il publie enfin une partie de son œuvre dont un de ses écrits fondamentaux Arte nuevo de hacer comedias (Nouvelle façon d’écrire des comédies) ; en Espagne, comédie recouvre toutes les formes théâtrales (voir Espagne/Théâtre).

Il entre à la confrérie d'Esclavos del Santísimo Sacramento et rejoint ainsi les grands écrivains de son temps comme  Francisco de Quevedo, qui deviendra un ami intime, et Cervantès avec qui les relations ne furent pas toujours au beau fixe à la suite d’allusions contre lui dans  Don Quichotte. Cervantès ne le qualifiera pourtant pas moins que  de « Phénix, le monstre de la nature ».


L’année 1612 marque un tournant dans sa vie : mort de son fils préféré, puis celle de sa femme Juana, l'année suivante. Deux ans plus tard, il traverse une crise existentielle. Il entre dans l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem (Ordre des Hospitaliers). Il écrit les Rimas sacras et de nombreuses œuvres pieuses, et ses vers sont imprégnés d’inspirations philosophiques . En 1614, il est ordonné prêtre.

En 1616, Lope, grâce au duc de Sessa, son protecteur et ami, qui recueillait le moindre de ses écrits, même, par l’intermédiaire de Marella, la fille du poète, ses lettres à doña Marta, il est nommé procureur fiscal de la chambre apostolique de l'archevêché de Tolède, et, tout en imprimant de 1617 à 1623 les parties sept à dix-neuf de ses comédies, il écrit en 1617 le Triunfo de la Fé en los Reynos del Japon (paru en 1618) et Fuenteovejuna (publiée en 1619) ; Fuente Obejuna est une ville de la province de Cordoue. Juge des concours poétiques institués à Madrid en 1620 et 1622, en l'honneur de la béatification et de la canonisation de saint Isidore, il publiait deux comédies de circonstance que lui-même avait composées : La niñez de san Isidro et La juventud de san Isidro.(https://www.cosmovisions.com/Vega.htm)


En 1626, dans la même veine ascétique paraissent Soliloquios amorosos de un alma a Dios (Soliloques amoureux d'une âme à Dieu). Il n’en continuera pas moins de mener une vie amoureuse malgré son statut d’ecclésiastique, entre autres avec la belle et jeune Marta de Nevares.

C’est à cette époque qu’il manifeste son rejet du mouvement esthétique et poétique du culturanisme[13] initié par Luis de Góngora (1561-1627) dans ses Soledades.

« En 1624, Urbain VIII lui confère le titre de docteur en théologie, mais Lope est de plus en plus seul. Tous ses parents et sa famille meurent (Marta devient aveugle en 1626 et meurt en 1628 – Lope Félix se noie en 1634 – Antonia Clara, fille naturelle préférée, secrétaire et confidente, est séquestrée par un hidalgo, etc.). Il ne lui reste qu’une seule fille, Marcela, religieuse, qui sera la seule à lui survivre. Malgré les tourments de sa vie personnelle, Lope compose des œuvres de genres très différents et qui sont à compter au nombre des plus belles réussites littéraires de l'époque : les comedias El castigo sin venganza (1631), La mayor virtud de un rey (1631), en prose: La Dorotea et surtout les œuvres lyriques Rimas humanas y divinas qui incluent La Gatomaquia (1631) » (Wikipédia).


Lope de Vega meurt en 1635 de la scarlatine. Il a droit à des funérailles nationales. De Madrid à Venise, les écrivains lui dressent des louanges. L’expression Es de Lope (c’est de Lope) va servir à dire que quelque chose est excellent. Auteur particulièrement prolifique, il a laissé plus de quatre cents pièces de théâtre, d’innombrables sonnets et poèmes, des épopées, des nouvelles, des romans.

« Trois thèmes ne cessent de le hanter tout au long de sa vie ; et ses ouvrages, quelle qu'en soit la date, en font foi. Ainsi, à la veille (1632) de sa mort, Lope refait l'histoire de ses amours avec Elena Osorio, cinquante-deux ans auparavant. Nous l'avons dit : c'est là qu'il faut chercher sa démarche mentale la plus constante, le noyau de sa vie et de son œuvre.

En second lieu, Lope revêt constamment la pelisse du berger, fidèle à ses maîtres, amoureux, boute-en-train, prototype du bon peuple et, à ce titre, interprète involontaire de la sagesse divine. C'est ainsi qu'il y a deux Arcadia de lui : l'une, un roman daté de 1598, l'autre une comédie datée de 1615. Et, le plus souvent, ce berger porte dans les pièces de théâtre les plus diverses le nom de Belardo Gracioso, personnage comique.


Enfin, un troisième mobile intervient dans les choix de l'auteur, tant dans sa vie que dans son œuvre : une foi religieuse sans faille, non exempte de l'ostentation agressive des vieux-chrétiens. Cette foi se manifeste dans le poème épique consacré au saint laboureur de Madrid en 1599, El Isidro ; elle reparaît vers 1614 quand Lope se fait ordonner prêtre ; elle se manifeste dans ses Rimas sacras (1614), ses Triunfos divinos (1625), ses Rimas humanas y divinas del licenciado Tomé de Burguillos (1634) et ses nombreuses comédies hagiographiques sur saint Isidore de Madrid ou sur la vie de saint Pierre Nolasque » (Encyclopédie Larousse).


Ses œuvres en prose 

Roman : La Arcadia (1598) : Présentation romancée de 160 de ses poèmes. L’ouvrage connut un immense succès ; El peregrino en su patria (1604) : roman byzantin qui se déroule en Espagne ; Pastores de Belén (1612) : roman sous forme pastorale des épisodes des évangiles  autour de la naissance du Christ. 167 poèmes y sont inclus.

En 1604 paraît le roman byzantin El peregrino en su patria qui contient quatre autos sacramentales (pièces de théâtre religieuses). La Filomena et La Circe regroupent quatre courtes nouvelles à l'italienne, aux thèmes fantaisistes (de fantaisie), dédiées à Marta de Nevares, qu’il a écrites pour amuser sa maitresse et lui-même  La Dorotea, où il relate son amour de jeunesse contrarié pour Elena Osorio, s'inscrit dans la tradition de La Celestina ou Tragicomedia de Calisto y Melibea, tragi-comédie anonyme de la fin du XVème siècle qui, après Don Quichotte, fut l’œuvre espagnole la plus diffusée.


Las Fortunas de Diana (1621), La desdicha por la honra (Le Malheur Rançon de l’Honneur, 1624), La prudente venganza (1624). Guzmán el Bravo (1624).

La Dorotea (1632), que d’aucuns considèrent comme son chef-d’œuvre, paraît alors qu’il a soixante-dix ans. Femme admirable, elle est donnée comme le personnage le plus estimé par son auteur. Dorotea aime Fernando mais le quitte pourtant pour un riche prétendant. Après de brèves retrouvailles, ils se perdent pour toujours. Sous forme de dialogue, Lope retrace sa vie amoureuse. A travers Dorotea se sont ses maitresses qui l’ont quitté, trahi ou qui sont mortes. Œuvre inclassable d’un être désabusé qui été à comparer à Don Quichotte.

Romancier, Lope aura adopté le genre du Romencero Nuovo dans lequel les romans traitent de sujets en vogue dans la littérature de l'époque , notamment les événements historiques de leur temps.  Le Romencero nuovo apparaît dans le dernier quart du XVIème siècle et restera vivant dans une bonne partie du siècle suivant ( voir Renaissance/poésie/ Péninsule Ibérique/Tomencero).


Luís Vélez de Guevara

Luís Vélez de Guevara(1579-1654), né à Ecija (près de Séville) et mort à Madrid, a été un important auteur dramatique (voir Théâtre/Espagne) mais il est aussi particulièrement connu pour son roman El Diablo cojuelo novela de la otra vida de 1641, œuvre satirique, satire sur les mœurs inspirée de Quevedo et qui inspira fortement comme en un prolongement Alain-René Lesage (1668-1747)  pour son Diable Boiteux (1705). Dans la veine du roman picaresque, El Diabolo nous offre de fort justes peintures de la vie des courtisans et des milieux littéraires des foyers culturels d’Andalousie.

Dans El Diabolo « les révélations d'Asmodée, le diablotin délivré de son flacon par l'étudiant Cleofas, montrent surtout, dans un style cocasse et burlesque, les travers ridicules ou grotesques d'une société dont les principes. » (Barnard Sesé Encyclopédie Universalis)


María de Zayas y Sotomayor

María de Zayas y Sotomayor[14] (1590-1661) est née dans une famille madrilène d'origine noble et de haute position sociale. Son père, Fernando de Zayas (Çayas ), était intendant (ou/et capitaine d’infanterie) au service du Comte de Lemos. On sait peu de chose de son enfance, selon les sources, elle a pu la passer à Madrid ou  à Valladolid. Elle aurait passé sa jeunesse  à Naples quand son père (et toute la famille) aurait suivi Pedro Fernández de Castro y Andrade7e comte de Lemos, vice-roi de Naples de 1610 à 1616. Son grand-père maternel était un imprimeur très renommé à Madrid qui imprima entre autres Lope de Vega Tirso de Molina et Garcilaso de La Vega.

Elle ne s’est jamais mariée et n’est jamais entrée dans les ordres (contrairement à certaines sources). On sait qu’elle a vécu un temps à Saragosse car elle y publia en 1637 la première série de ses premiers romans, les romans dit « exemplaires et amoureux » influencés par les Nouvelles exemplaires (Novelas ejemplares 1590>1612) de Cervantès. Puis, selon les témoignages de ses contemporains, elle vécut à Madrid en couple avec la poétesse Ana Caro de Mallén y Soto (voir Poésie /Espagne), gagnant leur vie de leur plume. Elle publia la seconde série de ses romans, Novelas y saraos (Romans et Fêtes) en 1647 et Parte segunda del Sarao y entretenimientos honestos (Deuxième partie des Fêtes et des Divertissement Honnêtes) en 1649.

Dans les dernières années de sa vie, sa santé se dégrade sérieusement, elle est dans le besoin et demande aide à la Comtesse de Lemos. Elle meurt dans la pauvreté à Madrid.

Ses romans, écrits en castillan, sont portés par une revendication féministe nette dans lesquels elle dénonce les limites de la morale et des mœurs.

« Novelas amorosas y ejemplares (1637) est structurée selon une trame narrative à la Boccace, où cinq femmes et cinq hommes se réunissent chez Lisis pendant cinq nuits d'hiver pour se raconter des « merveilles » ou des contes sentimentaux. Parmi les titres figurent ‘Le Châtiment de la Misère’, ’ Le Pouvoir de l'Amour’, ‘L'Homme Méfiant Trompé’ et ‘L'Innocence Punie’. Zayas emploie le terme « exemplaire » à la suite de Cervantès, mais avec une intention didactique spécifiquement féministe, présentant des protagonistes féminines fortes, cultivées et déterminées qui défient les conventions sociales de leur époque.


La Parte segunda del sarao ( ou Desengaños amorosos Deuxième Partie de Soirée et des divertissements honnêtes ou Déceptions amoureuse 1647), représente l'aboutissement de la pensée féministe de Zayas et présente une vision plus radicale et pessimiste des relations entre hommes et femmes. Ces dix nouvelles ont été publiées sans la supervision directe de l'auteure, paraissant dans le désordre et présentant quelques incohérences.» (Víctor Villoria, professeur de littérature, actuellement à la section internationale espagnole de la Cité scolaire internationale de Grenoble.)


« Le style réaliste et picaresque, riche en revendications féministes et en coups de pinceau érotiques, a fait de l'œuvre de María de Zayas y Sotomayor un véritable tournant dans le panorama littéraire de l'âge d'or [espagnol]… Ses protagonistes sont des femmes au caractère fort, déterminées, qui cèdent à l'impulsion de l'amour non pas tant pour une simple attirance sexuelle que pour exercer un acte de liberté individuelle. L'influence de Boccace est évidente dans le schéma général de l'œuvre et dans la complaisance réaliste de la narration, où le caractère aristocratique des personnages est fortement accentué, par rapport au modèle italien» ( Citation et socle de la biographie Tomás Fernández et Elena Tamaro. Encyclopedia Biografia y Vidas https://www.biografiasyvidas.com/ biografia/z/zayas.htm)

« Le style narratif de María de Zayas se caractérise par un vocabulaire simple, parfois familier, influencé par Lope de Vega, ce qui rendait ses œuvres accessibles à son public cible, composé principalement de femmes privées d'éducation. Sa prose évite délibérément toute rhétorique excessive et tout langage affecté, privilégiant un ton vif et passionné qui facilite la compréhension de ses messages didactiques. » (V. Villoria)


Elle est également l'auteur d’une seule  comédie La traición en la amistad (La Trahison dans L’Amitié 1620/32). Lope de Vega, dans El laurel de Apolo, en fait l'éloge.

En 1655, Paul Scarron traduisit le quatrième roman de la première série, intitulé Les Prévenus Trompés sous le titre La Précaution Inutile.

« Elle fut reconnue et louée par les écrivains de son temps, ses poèmes furent intégrés aux œuvres d’autres auteurs, et ses recueils de romans furent réédités à plusieurs reprises au cours du siècle où elle naquit et s’épanouit. La romancière elle-même fit allusion, non sans une pointe de fierté, au succès de son œuvre dans la seconde partie du sarao. » (Elizabeth Trevino Salazar)


Portugal

Comparée à la période médiévale des troubadours et à la période fleurissante de l’humanisme renaissant, la littérature portugaises jusqu’à la période romantique, la littérature portugaise des XVII siècle et du milieu du  XVIIIème siècle marque un essoufflement dans sa production.  Cette période, qui corresponde à la période baroque, est encadrée par Le point de repère initial du baroque au Portugal est la mort de Luís de Camões en 1580. c l'arrivée d'un nouveau style: l'Arcadisme qui, correspondant au néoclassicisme, eut pour point de départ la fondation d'Arcádia Lusitana en 1756 dans la capitale, Lisbonne.

 Le jésuite, homme d’action, diplomate, conseiller du Roi, ardent défenseur de la foi et grand prédicateur, Antόnio Vieira (1608-1697) est la figure centrale des lettres portugaises au 17ième siècle. (Voir Sermons et Prédications)


Mariana Alcoforado

Mariana Alcoforado (1640-1723), née et morte à Beja, a été une religieuse au Couvent de Nossa Senhora da Conceição (Notre Dame de la Conception) par décision testamentaire de sa mère. Elle serait l’auteur d’un des chefs d’œuvres du roman épistolaire, Lettres Portugaises, cinq lettres parues sous anonymat en 1669 à Paris et à Cologne sous le titre « Lettres d’Amour d’une Religieuse Portugaise ». Selon une note, l’ouvrage serait adressé au Marquis de Chamilly, vivant au Portugal. D’autres sources indiquent, que pour l’avoir aperçu de la fenêtre de son couvent, elle tomba amoureuse de ce marquis, Noël Bouton,  capitaine au régiment de cavalerie du corps expéditionnaire français et  elle aurait écrits ses pour lui. Elles sont publiées à Paris par Claude Berdin en 1669, un an après le retour du capitaine en France. D’autres sources mentionne Gabriel-Joseph Guilleragues, secrétaire de Louis XIV, qui a traduit les lettres du portugais pourrait bien en être lui-même l’auteur… ?


Ce roman innove en ce qu’il adopte la forme épistolaire ; le premier du genre. Il est composé de cinq sur la passion dévorante d’ une religieuse, Marianne, pour un officier français. Incapable d’oublier cet homme qui ne répondra à aucune de ces lettres. Elle  y transcrit toute sa déchirante douleur en la nuançant de toutes les ambivalence, du regret, de la rancœur, de la désillusion, des vaines résolutions… « Adieu, je voudrais bien ne vous avoir jamais vu. Ah ! je sens vivement la fausseté de ce sentiment, et je connais, dans le moment que je vous écris, que j’aime bien mieux être malheureuse en vous aimant, que de ne vous avoir jamais vu. »

Ces lettres qui montrent à quel point la passion peut-être dévorante fait contraste avec la littérature amoureuse des précieuses qui parlent toujours d’un amour mesuré, moral, fait de bien séance voire asexué. Maintes et maintes fois traduites et publiées, qualifiées d’immortelles par Stendal, elles deviendront le parangon par excellence de la lettre d’amour.

« En abordant ce roman, on s’aperçoit du formidable contraste existant entre la qualité apparemment simple de l’écriture, et la structure méthodique de l’œuvre, manifestement réalisée en trois dimensions. Elle s’appuie sur le « couple » instant-sensation, sur la chronologie obéissant à un certain classicisme évolutif, et sur les strates forgées par les couches des aléas de la passion et des sentiments. » (Mario Pontifice in Portugalmania – Décembre 2007)


Notes
[1] Sur le Romancero NuovoRomencero nuovo voir  Paola Pintacuda Studi Sul Romencero Nuovo, Éditions pensa Multimedia, 2011). Sur les Romancero Viejo (et Nuevo) voir Renaissance Littérature./Poésie/ Péninsule Ibérique

[2] La pensée d’Érasme ne connut pas en Espagne le même succès que dans le reste de l’Europe. VoirT1. Vol.1/Humanisme et Contre-Réforme/ Espagne.

[3] Sur l’université d’ Alcalá de Henares voir Vol1/Architecture Espagne/ Architecture PlateresquePlataresque

[4] Le tercio fut l'unité administrative et tactique de l'infanterie espagnole de 1534 à 1704 subdivisée à l'origine en dix, puis douze compagnies composées de piquiers escrimeurs, arquebusiers*. Regroupant environ trois mille fantassins professionnels par unité, hautement entraînés et disciplinés, les tercios furent réputés invincibles jusqu'à la Bataille de Rocroi en 1643). Dans les autres pays, ils furent souvent appelés carrés espagnols.

* Le corps d’élite des mousquetaires ne fut créé qu’en 1622 et en France. Le mousquetaire, obligatoirement gentilhomme est armé d’un mousquet (qui remplace l’arquebuse) et non d’une épée…

[5] A titre indicatif, à l’époque un ouvrier qui travaillait 300j/an recevait un salaire annuel de 60 ducats. 500 ducats représentent environ 8 ans de travail. Les nobles pouvaient avoir des rentes annuelles comprises entreente 100.000 et 170.000 ducats. (https://www.futura-sciences.com/sciences/ questions-reponses/histoire-histoire-noblesse-espagnole-xvie-siecle11126/).

[6] Caporali, né près de Pérouse en Ombrie, écrivit de nombre de poèmes très secondaire mais il a connu la gloire avec ce voyage au Parnasse où il va rencontrer Dante, Boccace, Pétrarque mais quand il est sur le point de rencontrer les grands poètes de l’antiquité, il doit interrompre son voyage à cause de sa mule qui elle a quelque aventure avec un âne. Voir https://www.treccani.it/enciclopedia/cesare-caporali_Dizionario-Biografico/

[7] Caporali, né près de Pérouse en Ombrie, écrivit de nombre de poèmes très secondaire mais il a connu la gloire avec ce voyage au Parnasse où il va rencontrer Dante, Boccace, Pétrarque mais quand il est sur le point de rencontrer les grands poètes de l’antiquité, il doit interrompre son voyage à cause de sa mule qui elle a quelque aventure avec un âne. Voir https://www.treccani.it/enciclopedia/cesare-caporali_Dizionario-Biografico/

[8] « Frappée par la perte de la plupart des documents qui permettraient aux historiens de reconstituer une histoire détaillée et précise de l’éducation des anciens Grecs, l’Antiquité a produit néanmoins un récit d’un nouveau genre, celui de la fiction en prose, qui se concentre presque exclusivement sur la jeunesse et raconte, sous la forme d’une aventure imaginaire, l’histoire de l’éducation aristocratique de jeunes héros et, fait remarquable, de jeunes héroïnes. En effet, premier roman d’amour et d’aventure, le roman grec appartient par bien des aspects au genre du Bildungsroman ou roman de formation, tel qu’il a été défini par la tradition littéraire ». (Sophie Lalanne, Le Roman Grec, Une histoire de Genre Éditions de La Sorbonne 2007 Pg187)

[9] Il faut distinguer le roman chevaleresque qui ne fait pas appel au merveilleux mais qui peut-faire appel à l’histoire quand il s’agit de la biographie de chevalier ayant existé comme Le livre des Faits du Bon Messire Jehan le Maingre (1364-1421), au contraire du roman de chevalerie qui fait appel au dragons , sorciers, enchanteurs et enchantement. Voir T1/Littérature /Le Roma/Le Roman Chevaleresque.

[10] Selon les récents travaux de l'archiviste et historien Francisco Javier Escudero et l'archéologue Isabel Sánchez Duque ; Rapporté par Lidia Yaenel  : La historia de Don Quijote no es inventada, es real (https://www.abc.es/cultura/libros/20141124/abci-historia-quijote-inventada -real-201411240828.html)

[11] Roman chevaleresque en ce qu’il ne fait en rien  appel au fantastiquefantastiques mais aussi parce qu’il narre le duel d’un chevalier qui a pu exister.

[12] « ‘Acte’ ou ‘pièce’ pour la fête du Saint-Sacrement (eucharistie), l'auto sacramental est une des originalités du théâtre espagnol à son âge d'or. Liée à la Réforme interne du catholicisme plutôt qu'à sa lutte contre le protestantisme (la défense de l'orthodoxie contre les sacramentaires n'y a presque aucune place), la floraison du genre illustre bien l'insertion du théâtre dans une vie sociale tout imprégnée de religion» (Encyclopédie Univeralis)

[13] Le Culturanisme prône le Style Cultureno, « style littéraire de la période baroque espagnole, caractérisé par un vocabulaire très ornemental et ostentatoire et un message compliqué par une mer de métaphores et un ordre syntaxique complexe » (voir Renaissance/ Espagne/ Góngora et Luis de León)

 

[14] Socles de la biographie Elizabeth Trevino Salazar Biografía de María de Zayas y Sotomayor Instituto de Investigaciones Bibliográficas
Universidad Nacional Autónoma de México Bibliotaca Virual de Miguel Cervantès ; et Tomás Fernández et Elena Tamaro. Encyclopedia Biografia y Vidas https://www.biografiasyvidas.com/ biografia/z/zayas.htm)


Outre-Rhin


Introduction

La littérature baroque allemande du XVIIème siècle n’a pas laisser le même souvenir, n’a pas susciter la même admiration que celle du Grand Siècle français et du Siècle d’Or espagnol. Seul émerge Simplicissimus (1668) de Grimmelshausen parce que picaresque et d’exception car l’essentiel de la production a été constituée de romans historiques et de romans de cour. « Une littérature désuète réservée à l’étude des seuls experts ».

« Il est extrêmement difficile de délimiter le phénomène de la littérature baroque. Par commodité, nous fixons le début vers 1617 (création de la première société linguistique, date du premier essai, encore en langue latine de M. Optz), voire 1624 (date de la parution de la première poétique en langue allemande)… A l’aube du XVIIème siècle, l’Allemagne [constituée d’une multiplicité d’états et de duchés] ne possède pas de littérature noble en langue vernaculaire et ne peut s’enorgueillir d’écrivains comparables à Dante, à Pétrarque, au Tasse, pas d’avantage à Marot, Dubartas, Ronsard…ces prestigieux voisins se sont constitués un patrimoine littéraire grâce à l’indispensable outil linguistique [1] ».

La création de sociétés littéraires montre le souci des littérateurs de cette nécessité d’une langue propre à l’Allemagne et à même de mettre en évidence son génie littéraire. La création de sociétés littéraires (voir Poésie/Allemagne) en est la preuve. La première d’entre elles, Die Fruchtbringende Geselleschaft ( La Société Frugifère) crée en 1617 à Weimar par le prince Louis d’Anhalt –Köthen a eu « pour objectif le renouveau patriotique à travers la purification linguistique, suivie d’un programme d’adaptations et de traductions des plus prestigieux modèles européens, en particulier italiens et français.


Martin Opitz (1597-1639), qui sera le chef de file de la première école silésienne, va avoir un rôle déterminant non seulement en tant que poète mais aussi et peut-être surtout en tant que théoricien dans la réforme, refondation de la langue teutonique.   En cette même allée 1617, il fait paraître son premier ouvrage, Aristarchus sive de contemptu linguaue tutonicæ (Aristarque ou sur le mépris de la langue teutonique), bien qu’encore en latin, il s’agit d’une réévaluation de la langue vernaculaire. Sept ans plus tard, il publie, la première poétique allemande Buch von der deutschen Pœetry (Le Livre de La Poésie Allemande) ; « une défense et illustration de la langue allemande que l’auteur n’aura de cesse de compléter et de diversifier jusqu’à sa mort en 1639 ».


Les Écoles de Silésie

Voir aussi Poésie/Outre-rhin  et Théâtre Outre-Rhin

La position géographique de la Silésie, située actuellement pour sa majeure partie au sud de la Pologne, et en partie au sud-est de l’Allemagne et au nord-ouest de la Tchéquie, a été  moins touchée par les désastres de la Guerre de Trente Ans que le reste du territoire germanique. Cette région va  maintenir une vitalité culturelle qui donnera naissance à deux écoles littéraires dont l’influence se fera sentir sur l’ensemble des pays germanophones. La première aura pour chef de file Martin Opitz, originaire de Bunzlau, la seconde Hoffmann de Hoffmannswaldau (1615-1679), né à Breslau (Wroclaw).

Sous leur impulsion, langue allemande va s’affirmer. Des académies littéraires vont s’ouvrir, toutes dans le but d’illustrer et de défendre la langue allemande. Poètes et romanciers vont se détacher du latin et de l’influence des autres pays dont notamment pour la prose et l’Angleterre pour le théâtre mais aussi des Pays-Bas pour la poésie tout en adoptant les académie arcadiennes d’Italie. L’affirmation et l’autonomie de la langue entraineront naturellement l’affirmation et originalité de la pensée.

Il s’agissait d’abord et avant tout de préserver le Hoch-deutsch, le Haut Allemand, parlé de manière générale dans le centre (allemand supérieur) et dans le Sud y compris Suisse et l’Autriche (Moyen Allemand), distinct du Bas Allemand (Niedrig-deutsch), parlé dans le Nord, les Pays-Bas, la Belgique. Ces deux zones linguistiques étant séparées par une ligne ouest-est qui irait de Düsseldorf à Berlin : Préserver le Haut Allemand de l’intrusion et de l’emploi de vocables étrangers, le Haut Allemand se devant ainsi de développer et d’affiner son vocabulaire afin de n’ avoir recours qu’à ses propres vocables pour exprimer (ses) concepts et idées. Développement et amélioration de la langue par le vocabulaire et de l’orthographe pour une expression plus précise, mais aussi de la grammaire pour une formulation plus claire.


Le Roman

Deux romans vont marquer l’entrée de la prose allemande dans l’histoire littéraire du XVIIème siècle.

  •  Die Adriatische Rosemund (Rosemonde de l’Adriatique) paru à Amsterdam, en 1665, de Philippe von Zesen (1619-1689), poète et romancier, est considéré comme le premier roman baroque allemand.
  • Les Aventures de Simplicius Simplicissimus de Hans Jakob Christoffel von Grimmelshausen qu’il écrit sous pseudonyme en 1668 soit vingt ans après la fin de la guerre, largement autobiographique.

Parmi les personnages qui jouèrent un rôle important dans  cette revalorisation de la langue, Auguste Buchner (1591-1661), professeur de poésie et d'éloquence à l'université de Wittenberg fit dans maintes dissertations ce que Martin Opitz faisait dans ses poésies. Il fut avec lui la grande autorité littéraire de son temps.


Parmi les littérateurs qui n’ont pas laisser un nom impérissable, on peut citer Le duc Antoine- Ulrich de Brunswick Wolfenbüttel (1633-1714), Duc de Brunswick-Lunebourg et Prince de Wolfenbüttel qui se convertira au catholicisme pour des raisons politiques. Il deviendra roi en succédant à son frère sur le trône de Hanovre. Il a écrit à l'imitation de Mlle de Scudéry, deux romans, Die durchleuchtige Syrerin Aramena et Die Römische Octavia, qui sont un guide du savoir-vivre de la haute noblesse de son époque

Adam Oléarius (1603-1671), mathématicien, géographe relata dans une langue simple et propre ses voyages entre 1634 et 1639  d’abord à Riga et Moscou, puis  à Ispahan dans la suite de l’ambassadeur en Perse.


Johann Michael Moscheresch

Johann Michael Moscheresch (1601-1669), né à  Willstätt (à l’époque en Alsace) et mort à Worms, fils d’agriculteur. A Strasbourg. Il étudie le droit et la philosophie à Strasbourg. Il est ensuite précepteur dans la famille du comte de Leiningen-Dagsburg (Encyclopedia Britannica). Certaines sources, le donne comme ayant d’enseigner à l’université de Genève. Il cantonnera son « Grand Tour » à la France. Marié en 1629, sa première femme est tuée en 1632 durant  la guerre. Juste remarié, sa seconde femme meurt de la peste en 1634. Il se remarie une troisième fois. Il aura eu quatorze enfants dont nombre ne survivront pas. Il a occupé divers postes gouvernementaux, notamment ceux de président de la chancellerie et

En 1631, il est entré au service des Comtes Kriechingen dans le Comté de Créhange (Moselle, territoire dépendant de l’Empire Rom. Germ. Jusqu’à la Révolution Française, 1793) comme officier de justice ; Puis en 1636, au service duc de Croy – Arschot de Poméranie comme intendant. En 1654, par un retour forcé à Strasbourg à cause de la guerre, il devient chef de police et agent du fisc. En 1656, il entre au service du comte Friedrich Casimir de Hanau comme  conseiller à la chambre des finances (1656) du comte de Hanau. Puis en 1664, après avoir été au service de l’Électeur de Mayence, il s’installe à Kassel où siège la cour du Landgravat (comté) d’Hessen-Kassel (Centre Allemagne). Il y est  de conseiller privé de la comtesse de Hesse-Cassel. Il meurt en 1668 d’une ‘forte fièvre’ alors qu’il se rendait chez l’un de ses fils à Francfort.


Il laisse aux lettres allemandes, un ouvrage satirique et moraliste sur les mœurs de son temps, paru en 1642, Geschichte Philanders von Sittewald ( les Singulières et Véritables Visions de Philander de Sittewald.)  Il y dépeint plus les vices - vanité, hypocrisie, mesquinerie – que les vertus de ses contemporains. Avec un souci de réalisme qui donne à l’œuvre un intérêt sociologique sur le mode de vie Outre-Rhin au 17ième siècle mais aussi un intérêt historique puisque qu’il brosse en de vastes tableaux les désastres que provoque cette Guerre de Trente Ans qui aura été un bouleversement en Europe et particulièrement Outre-Rhin où elle aura profondément marqué les esprits et donner un ton, une couleur sombres aux auteurs germaniques. Moraliste, Johann Michael Moscheresch insiste sur le trouble, la confusion morale qu’elle sème dans les consciences. Son style est verbeux et par moment pédagogique.

Il s’est inspiré de Till Eulenspiegel (Till l’Espiègle) (Anonyme 1510). Les aventures de ce personnage, Till l’Espiègle, plus ou moins légendaire – il aurait vécu au 14ième siècle (?)- forme un récit populaire dont de nombreuses publications et traductions étendirent largement la popularité au-delà de son pays d’origine la Basse-Saxe. “Le nom allemand d’Eulenspiegel évoque la chouette et le miroir, objets fétiches du personnage. L’étymologie est cependant beaucoup plus triviale : le nom vient du moyen bas-allemand ulen « essuyer » et spegel « miroir, derrière », et l'expression ul'n spegel veut dire « je t'emm... ». (Wikipédia/ Till l’Espiègle).


Comme nombres d’écrivains de son siècle, Moscherosch entretient un nationalisme ouvert par le truchement de la langue allemande qu’il veut voir sauvegardée face au danger qu’elle court d’être par trop infiltrée par les langues extérieures et notamment le français avec tout le cortège qui peut suivre de modes étrangères au goût germanique.

« Ses écrits, à la fois brillants et incisifs, décrivent avec force la vie dans une Allemagne ravagée par la guerre de Trente Ans (1618-1648). Ses satires, parfois fastidieuses, témoignent d'un zèle moral exacerbé, doublé d'un profond sens du devoir. » (Encyclopedia Britannica)


von Grimmelshausen

Hans Jacob Christoffel von Grimmelshausen (1620?-1676) ou Samuel Greifenson von Hirschfeld, Seigneur Meßmahl ou Michael Rehulin ou von Schleifheim ou von Sulsfortest car tous ces noms sont les pseudonymes qu’il a pris pour publier ses œuvres dont on a pu les lui attribuer que tardivement. Il est né à Gelnhausen (Palatinat du Rhin) dans une famille d’ancienne noblesse originaire de Grimmelshausen (Thuringe), mais modeste ; son père était boulanger-aubergiste-,

Il quitte l’école très tôt, et fait  son service militaire en pleine guerre. Il sera tour à tour marchand de vin, intendant de château. Il, entrera au service de l’évêque de Strasbourg et finira par mourir à Renchen (Bade-Wurtenberg)  comme il est né, en pleine guerre, cette fois-ci  celle de Hollande (1672-1678) qui divise l’Europe en deux.

Il laisse une œuvre relativement importante dont le premier titre en 166 est Satyrischer Pilgram Joseph (Joseph le pèlerin satyrique).


Il est surtout connu pour son roman picaresque paru en 1668, Les Aventures de Simplicius Simplicissimus. Largement autobiographique, sur le modèle du’ picaresque’ espagnol, il narre la pérégrination d’un jeune paysan candide qui traverse des contrées ravagées, pillées, où la population désemparée en proie au massacre par de troupes étrangères qui, venues de tous pays vont et viennent en tous sens. Traversée de la guerre avec son cortège de malheurs et d’absurdités. Si ce jeune vagabond nommé Simplicimus, trouve pour quelques temps refuge auprès d’un ermite retiré au fond d’une forêt, il sera repris par la tourmente, tour à tour page, bouffon, brigand, soldat. Finalement, il se a du monde. Peinture réaliste dans lequel les émotions et les sentiments sont exacerbés par le climat de violence qui domine le roman.  La profusion des aventures autant que la vivacité du langage à laquelle se mêle par moment de la drôlerie donne une réelle modernité à l’ouvrage, modernité qui elle ne sera reconnue en Europe qu’au XXème siècle.


En 1670 paraît Lebensbeschreibung der Landstörtzerin Courage (La Vie de Courage, La Vagabonde - ou l’Aventurière), roman dans la veine du picaresque féminin : Nouvelle fresque de la Guerre de Trente Ans vue au travers des confessions d’une dévergondée (picara) qui, audacieuse et sans vergogne, traverse massacres, pillages et famine, défie la brutalité de la soldatesque, s’acoquine avec ses officiers. Peinture littéraire qui ne va pas sans faire penser au bois peint de Breughel, Die Dulle Griete (1565).

Grimmelshausen aura donné à la littérature germanique et particulièrement à la prose un tournant décisif, incontestablement baroque. De manière plus général, la littérature germanique du XVIIème siècle n’aura pas eu plus d’impact sur celle des pays voisins, que ceux-ci ne s’intéressèrent à elle ; sans doute parce qu’elle a su progressivement se détacher de leurs influences.

« On pensait auparavant que Samuel Greifenson von Hirschfeld, auteur du roman Simplicissimus, était né en 1622 dans la région du Spessart. Il servit comme mousquetaire pendant la guerre de Trente Ans et mourut en 1609. Selon des recherches plus récentes, le nom de Greifenson, ainsi que German Schleifheim von Sulzfort (sous lequel Simplicissimus fut publié), Signeur Meßmahl et Michael Regulin von Sehmsdorf, ne sont que des pseudonymes. Son véritable nom est Christophel von Grimmelshausen, » (Pierer's Universal-Lexikon, Band 7. Altenburg 1859, S. 578. http://www.zeno.org/nid/ 20010038949)


Notes

[1] Citation et pour ce passage : Marie-Thérèse Mourey (Professeure émérite d'histoire littéraire et culturelle du monde germanique, Sorbonne université, Paris), La littérature baroque en Allemagne, Littératures classiques Année 1999 36 pp. 165-177, https://www.persee.fr/doc/licla_ 0992-5279_1999_num_36_1_1404


Outre-Manche



Introduction

La langue anglaise au XVIIème siècle comme une rivière suivant le cours sinueux que poètes, prosateurs et auteurs dramatiques lui dessinent, grossit, s’enrichit de ces affluents linguistiques qui viennent s’y jeter : le latin classique d’Horace ou d’Ovide dans lequel certains dramaturges comme Ben Jonson ont trempé leur plume, l’italien (le toscan) et le français ;  langues culturelles que tout esprit cultivé possède parfaitement. Des auteurs comme Shakespeare et John Marston ont utilisé de nouveaux mots et de nouvelles expressions encore en usage aujourd’hui.

Le XVIIème siècle anglais se divise en trois grandes périodes qui susciteront des styles différents.

  •  La Période Jacobéenne ou Ère Jacobite: première période qui couvre toute la première partie du siècle, est, du nom du Roi Jacques IV d’Ecosse qui en 1603 succède à
     Elisabeth 1
    er sur le trône d’Angleterre sous le nom de Jacques 1er, les Stuart succédant aux Tudor. Le poète et auteur dramatique John Marston (1576-1634) est représentatif de  cette période par son style nerveux, emphatique. Il participa à l’enrichissement du vocabulaire anglais.
  •  La Période intermédiaire et le Commonwealth d’Angleterre : Un auteur dramatique comme Sir William D'Avenant (1606-1668) fait le lien entre les périodes élisabéthaine, jacobéenne et celle de la Restauration. Pour l’essentiel, la période reste empreinte par les auteurs élisabéthains comme Shakespeare ou Ben Jonson, John Ford. Le roi écrivit lui-même des essais et recueils de poème et initia une nouvelle traduction de la Bible, appelée Bible du Roi Jacques. La période trouble du Commonwealth d’Angleterre ou République de Cromwell qui s’étend de 1649 à 1660.


 La Restauration Anglaise qui est inaugurée par le retour de la monarchie en 1661. Elle couvre le règne de Charles II Stuart, petit-fils de Jacques 1er († 1685). Suivi de 1688-1702 par  le règne du roi protestant Guillaume III d’Orange-Nassau qui ouvre sur le XVIIIème siècle.


La littérature de la Première Moitié du Siècle

De la première moitié du siècle, on retient La Nouvelle Atlantide du philosophe Francis Bacon, l’ Anatomie de la Mélancolie du curé Robert Burton (1576-1639), son seul ouvrage publié en 1621 sous le pseudonyme de Démocrite le Jeune, et le poète satiriste Samuel Butler (1612/13-1680) pour Hudibras (1663-1678), qui ne vaut à peu près uniquement que par sa vigueur satirique à l’encontre des puritains.


 Francis Bacon

Francis Bacon (1561-1626, voir Philosophie/Empirisme) considéré comme le père de l’empirisme, bien qu’il ait été devancé par le scolastique et alchimiste augustinien Roger Bacon (1214-1294), laisse une nouvelle philosophico-utopiste, La Nouvelle Atlantide, écrite en 1624, édité en 1627, qui exerça une certaine influence sur la littérature anglaise avant que n’apparaisse au siècle suivant les premiers romans anglais. Elle reste toujours lue de nos jours. Sur l’île, Bensalem, société philosophique, la Maison de Salomon, supervise les travaux des savants en charge de faire la part du vrai et du faux, en fait de la science et de la religion. D’aucun ont vu dans cette société une société secrète qui pourrait annonçait la Franc-Maçonnerie Spéculative. La Première Grande Loge d'Angleterre, créée en 1717 est la première obédience maçonnique au monde, regroupant « quatre loges qui portaient le nom des tavernes où elles se réunissaient : ‘’L'Oie et le Grill’’, ‘’La Couronne’’, ‘’Le Pommier’’, ‘’Le Gobelet et les Raisins’’ » (Wikipedia) . La tradition maçonnique remonte au moyen-âge.


Robert Burton

Le curé Robert Burton (1576-1639) écrivit un seul et unique ouvrage publié en 1621 sous le pseudonyme de Démocrite le Jeune, Anatomy of Melancoly (Anatomie de la Mélancolie). Comme cet ouvrage, en trois parties et un prologue de trois cent pages, n’eut pas un grand retentissement, certains écrivains anglais et non des moindres ont cru pouvoir y puiser en toute discrétion.

« Sans équivalent à son époque ni après elle, l'Anatomie est la somme de toutes les questions que se pose l'individu face au monde, la somme aussi de toute la culture classique. Si l'Anatomie est la Bible de l'honnête homme, elle demeure pour nous un livre total. Il aura fallu attendre plus de trois siècles pour que le lecteur français découvre le père de la psychologie moderne, l'ancêtre de la psychanalyse et s'aperçoive que les inquiétudes religieuses et existentielles sont toujours les mêmes... Robert Burton analyse la Mélancolie : ses causes, ses symptômes, ses effets, les caractéristiques les plus inattendues de ses manifestations, ses remèdes.» (Présentation par l’éditeur-Editions José Corti, 2004).


Les Anciens devoirs

« Les Anciens devoirs (Old Charges) est le nom donné à un ensemble de cent trente documents environ rédigés entre les XIVe et XVIIIe siècles, tous d'origine anglaise. Ces documents décrivent les obligations et fonctionnement des corporations de maçons et de bâtisseurs, mais également l'historique mythique de la création du métier. C'est au sein de ces textes fondamentaux et en particulier du poème Regius (1390), connu également sous le nom de manuscrit Halliwell et du manuscrit Cooke (1410), pour l'Angleterre, puis des Statuts Schaw (1598) ou encore du manuscrit d'Edimbourg (1696) pour l’Écosse, que la franc-maçonnerie spéculative puise ses sources » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Anciens_devoirs)


La littérature de la Restauration Anglaise

Sous un climat nouveau au sortir de la république de Cromwell qui meurt en 1558, les lettres anglaises vont connaître une période particulièrement florissante sous la Restauration (1660-1685). L’influence française se fait ressentir dans une poésie formelle, une poésie de cour éloignée de toute veine populaire. Malgré des styles et genres différents, sans qu’elle puisse constituer de ce fait un courant, la production littéraire bien que diversifiée, allant de l’œuvre d’inspiration pieuse à l’œuvre franchement libertine voire scatologique, témoigne d’une liberté créatrice. Elle est communément désignée sous l’appellation « Littérature de la Restauration Anglaise ». Elle couvre grosso modo le règne de Charles II Stuart (son père, Charles Ier, a été exécuté en 1649), c’est-à-dire de son avènement, fin du second Commonwealth d’Angleterre en 1660 (Cromwell meurt en 1658) jusqu’à sa mort en 1685.

Les genres se diversifient. La critique littéraire fait son apparition avec John Dennis (1657-1734), plus connu comme critique que comme dramaturge, et surtout le poète et auteur dramatique John Dryden qui innove avec la critique textuelle. Journaux et gazettes ont désormais leurs fidèles lecteurs. La chronique, l’essai prennent une forme littéraire.


Si le théâtre et la poésie expriment souvent dans des œuvres licencieuses et une liberté de langage, le relâchement des mœurs qui suivit la période puritaine du Commonwealth, la littérature, elle, se voudra essentiellement d’inspiration chrétienne. Aucun auteur ne s’élève très haut, mais tous contribuent à leur manière à préparer l’admirable éclosion du XVIIIème siècle, en donnant notamment à la langue anglaise, en prose comme en vers, une forme moderne qui en fera un instrument de premier ordre. Néanmoins, l’œuvre de Aphra Behn (1640-1689), romancière, auteur dramatique se détache du lot non seulement par l’affirmation ô combien novatrice de son féminisme mais par le fait qu’elle fut la première femme de lettres anglaise à vivre de sa plume.

A cette prose viendra s’ajouter celle du journalisme. En définitive, la littérature de la Restauration vaut surtout par la variété des genres.

Son style simple mais non moins profond sera une des raisons de son rapide succès.


Sir William Temple

Sir William Temple (1628-1699), grand diplomate, a écrit des ouvrages historiques comme  Nouveaux Mémoires du Chevalier Guillaume Temple (1692) qui lui apportèrent une grande renommée. Il prit parti pour les ‘Anciens’  contre les ‘Modernes’ dans Upon Ancient and Modern Learning de1692. Il laisse également Essai sur les mécontentements populaires, sur la santé et la longue vie, et defense de l'Essai sur le savoir des anciens et Modernes et Pensées sur les Différents États de la Vie et de la Fortune et sur la Conversation (édition posthume, 1744).


John Bunyan

John Bunyan (1628-1688) né à Elstow non loin de Bedford, est Angleterre) et mort à Londres, est issu d’une famille baptiste calviniste pauvre. Bien qu’il ait commencé à apprendre à lire et à écrire, il doit interrompre sa scolarité pour travailler avec son père. Enfant dissipé, il rêve à dix ans qu’il est puni de ses fautes et rêve qu’il est en enfer.

En 1644, pendant la Première Guerre Civile, il s’engage dans les Têtes-Rondes, les troupes puritaines qui soutiennent le Parlement contre Charles 1er (voir Introduction/ Événement Majeurs/ Angleterre).

Il est démobilisé en 1647, deux ans après la Bataille de Naseby de 1645 qui a vu la victoire des Parlementaires qui prennent le pouvoir sur les royalistes. Le roi a dû s’enfuir en Écosse. De retour chez lui, Bunyan travaille avec son père, chaudronnier ambulant.  Il se marie en 1649. Sa première fille nait aveugle et Bunyan voit là la punition à son impiété, ayant affirmé avoir mené une jeunesse dépravée. Ses angoisses spirituelles le rapprochent des Quakers (Trembleurs, voir Religion/ Angleterre)

En 1653, il s’établit à Bedford et intègre son église anabaptiste congrégationaliste (autonomie de chaque paroisse),  et en devient diacre en 1655. Sa femme décède peu après le laissant seul avec ses quatre enfants. A la mort du pasteur John Gifford qui a fortement influencé sa piété, il le remplace comme prédicateur. Et dans ses sermons qui le réconfortent dans sa spiritualité, il s’en prend aux Quakers.


En 1660, son passé pro-parlementaire le rattrape. Charles II veut mettre de ‘l’ordre’ dans l’église anglaise. On lui reproche de prêcher en public. Il est emprisonné. Sa condamnation ne sera que de pour trois mois s’il cesse de prêcher une fois libéré. Ce qu’il refuse, le prédicat étant pour lui une mission que Dieu lui a confié. Il fera 12 ans de prison Selon le gardien et le climat politique, il pourra par périodes sortir prêcher. Ces pendant ses années d’emprisonnement qu’il écrit la majeure partie de son œuvre dont Of the Resurrection of the Dead, The Holy City (1665), Grace Abounding to the Chief of Sinners (1666) et en poésie Profitable Meditations (1661), Prison Meditations (1663), One Thing is Needful et Ebal and Gerizzim (1665).

Libéré en 1672, il devient pasteur de Bedford et peut à nouveau prêcher librement. En 1676, il est à nouveau incarcéré pour ne pas avoir satisfait à ses obligations paroissiales et ne pas avoir répondu à la convocation de sa hiérarchie, ce qui l’a amené devant un tribunal laïque qui le condamne à six mois de prison.


Entre 1678 il publie le Voyage du pèlerin (The Pilgrim’s Progress, 1678 et 1684), un roman allégorique imprégné de puritanisme qui relate ses crises spirituelles. Pèlerinage initiatique du pèlerin Christian qui, en route vers la cité céleste de Sion, traverse des lieux symboliques comme Slough of Despond (marais du découragement), Vanity Fair (foire aux vanités), Hill of Lucre...et rencontrant des personnages comme Faithful (fidèle, loyal), Giant Despair (Désespoir gigantesque), Mr Great-Heart (Grand cœur).

Le succès rencontré par l’ouvrage l’encourage à lui donner deux suites : The Life and Death of Mister Badman (1680) une reprise de   Pilgrim’s Progress et The Holy War (1682) dans lequel il décrit les attaques du diable contre une ville nommée Mansoul en se souvenant de son expérience dans les troupes parlementaristes : Le roi Shaddai (le Tout-Puissant) règne sur la capitale du monde Mansoul (âme de l’homme). Ses habitants bien que sans défauts ont été convaincus par Diabolis de renverser Shaddai et de le faire roi à sa place. Shaddai envoie son fils Emmanuel ‘aimé de Dieu) pour reconquérir la ville. La Guerre Sainte est considéré comme un des premiers romans anglais modernes.

Sa renommée allait croissant lorsqu’il meurt à l’âge de 60 ans  d’une pneumonie.


Aphra Behn

Aphra Behn (1640-1689), née à Wyre près de Canterbury (Kent) et morte à Londres serait la fille d’un Barbier dont on ne connait pas vraiment l’identité, selon ses premiers biographe ;s ça put être un Colepeper ou Johnston, ou Ammy ou encore John Johnson (selon un essai Histoires et des Romans de la défunte ingénieuse Mme Behn  de 1696) ?

L’on ne peut affirmer grand-chose sur sa biographie sinon qu’elle fut mariée à un hollandais, fournissant des esclaves aux colonies anglaises. Et ce qu’elle a pu prétendre sur ses voyages au Suriname ne serait qu’affabulation, rien n’étant jamais venu prouver ses dires. Elle aurait été catholique et aurait admiré le Duc d’York.

Elle prendra le nom masculin de Behn en 1658 à l’âge de 18 ans pour avoir peut-être été marié à un Hollandais du nom de Behn ou Ben ou Beane. Huit ans plus tard, ce Behn meurt ou le couple se sépare… ? En 1666, elle est envoyée sous le nom codé d’Astrea comme espionne par Charles II à Anvers. Elle signera par la suite ses écrits de ce nom.


De même que sa prédécesseuse Katherine Philips (1631-1664) était connue sous son nom de plume pastoral et louée comme l'incomparable Orinda’, Behn sera t surnommée ‘l'incomparable Astrea’. A cause de sa liberté de mœurs, l’image d’A. Behn pâtit face à celle de K.Philips, parée ‘d’excellence poétique’ et parangon de moralité.

 Le roi refuse de la rémunérer. En 1668, à Londres, elle est emprisonnée un temps pour pauvreté. Libéré, elle décide de ne plus dépendre de personne financièrement. Elle écrit sa première pièce, The Forc'd Marriage (Le Mariage Forcé), jouée en 1670 non sans succès. L’année suivante est joué The Amorous Prince.

Elle fréquente les dramaturge dont Thomas Killigrew (1612-1683) dont la pièce The Wanderer (La Vagabond) l’a inspirée pour écrire Le Mariage. En 1676, est représentée sa seule tragédie, Abdelazer,


 En 1677, est donnée sa pièce  The Rover ou The Banish'd Cavaliers (L’Écumeur ou Les Cavaliers Bannis,), une comédie légère pleine d’entrain, genres vers lequel elle va principalement se tourner. La pièce trace les aventures d'un petit groupe de cavaliers anglais à Madrid et à Naples durant l'exil du futur Charles II. Avec cette comédie, elle est non seulement définitivement reconnue pour son talent mais sort de sa précarité financière. Elle écrit deux romans épistolaires en plusieurs parties

Love-Letters Between a Nobleman and His Sister (1684-87) et The Fair Jilt ( La Belle Déception ou Les Amours du Prince Tarquin et de Miranda 1688), histoire romancée des amours du prince florentin de la Renaissance Francisco Tarquini :

« Le récit suit une femme nommée Miranda qui, blessée par le rejet d'un prêtre, l'accuse de viol. Après le mariage de Miranda avec le prince Tarquin, l'histoire relate leurs tromperies et leurs multiples tentatives de meurtre, alimentées par les passions de l'amour et du désir. « La Belle Déception » explore les thèmes de la tromperie, de l'engouement et des actes d'amour passionnés, thèmes récurrents du genre romanesque. Behn elle-même présente son récit comme une étude du pouvoir destructeur de l'amour. » (https://en.wikipedia.org/wiki/The_Fair_Jilt)


En 1688, elle publie une traduction du célèbre ouvrage du philosophe Fontenelle  Entretiens sur la pluralité des mondes ( A Discovery of New Worlds) sous la forme d’un roman. A la fin de sa vie, elle traduira, Six Books of Plants du pète Abraham Cowley (1618-1667), six chants en latin sur les plantes.

Sa santé se fragilise au fils des années. Elle meurt encore jeune dans la pauvreté en 1689 à l’âge de 49 ans. Elle fut un auteure plutôt prolifique. Elle écrivit aussi des poèmes et des pamphlets. Elle est enterrée dans l’Abbaye de Westminster. Elle a été la première femme en Angleterre à vivre de sa plume.


Son plus célèbre roman, Oroonoko (1688), n’aborde pas tant au travers de l’histoire de la belle Imoinda, rendue en esclavage au Suriname* le thème de l’esclavage sur lequel la romancière n’émet aucune critique, que ceux de l’amour et de liberté : Un prince africain, Oroonoko aime éperdument Imoinda , convoitée par le grand-père de celle-ci. Vendue comme esclave par sa tribu aux Anglais, elle est envoyée au Suriname. Oroonoko sera lui-même pris comme esclave à la suite d’un stratagème d’un capitaine de vaisseau anglais, puis envoyé au Suriname où il retrouvera dans la même plantation Imoinda. Ils sont bien évidemment baptisés : César et Clemence. Imoinda-Clemence tombe enceinte et Cesar-Onnoko fomente une révolte pour que sa famille ne vive plus en esclavage. Devant son échec, il tue sa femme enceinte et cherche à se venger ; Mais il est fait prisonnier et est exécuté dans d’atroces souffrances.



Ce court roman eut une influence certaines par son souci de réalisme et par les thèmes du noble sauvage préfigurant « le bon sauvage » de la littérature du XVIIIème siècle, celui du combat pour la liberté et incidemment celui de l’anticolonialisme à venir ; Mais il reste néanmoins dans la tradition des romans orientaux que Aphra Behn devait avoir lu dans sa jeunesse.

* En 1651, une colonie anglaise s’était installée à l’embouchure du fleuve Suriname (côté nord-est de l’Amérique Latine). Elle faisait venir des esclaves noirs de La Barbade. En 1677, le Suriname est occupé par les Néerlandais qui donnent aux Anglais en échange la Nouvelle-Nederland (territoire allant de la Nouvelle-Angleterre à la Virginie où coulent l’Hudson, la Connecticut et le Delaware).

« La voix poétique singulière de Behn se caractérise par son audace à aborder l'actualité, souvent à travers des références allégoriques immédiatement compréhensibles par son public averti. Si elle s'adressait parfois à ses amis par leurs initiales ou leurs prénoms, elle pouvait tout aussi bien recourir à un langage classique ou pastoral, parfaitement compréhensible pour les initiés. La poésie de Behn était donc moins accessible au grand public que ses pièces de théâtre ou ses romans, car sa pleine compréhension, tant de l'expression que des implications de ses vers, reposait parfois sur la connaissance qu'avait un public éclairé de ses thèmes. Cette technique poétique, fruit d'un savoir-faire et d'une maîtrise exceptionnels, lui valut les éloges de ses pairs. » (Poetry Fondation octobre 2025)


Pays-Bas

La Prose

Au XVIIème siècle, les toutes jeunes Provinces-Unies septentrionaux, qui ne seront officiellement reconnus par leur ancienne colonisatrice, l’Espagne, qu’au milieu du siècle, au Traité de Westphalie de 1648 et qui prendront le nom de Royaumes Des Pays-Bas en 1815 au Traité de Versailles, sont une des grandes puissances économiques, militaires et maritimes. Mais la production romanesque ne s’est  pas hisser à la hauteur de la prose de la France, de L’Espagne et de l’Italie. C’est plutôt sur les planches et dans la rime, que s’exprimera le génie néerlandais.

Il est néanmoins à retenir le nom du prédicateur remonstrant (partisan d’Arminius), Geeraert Brandt (1626-1685).


Geeraert Brandt

Geeraert Brandt (1626-1685),  né et mort à Amsterdam, fut formé d’abord par son père horloger. A 17 ans, il écrit une pièce De Veinzende Torquatus (Le Vénérable Torquatus) qui fut ensuite jouée à l'Amsterdamse Schouwburg (théâtre d’Amsterdam), dont son père était régent Il put quand même mener des études de théologies et devenir en 1652 prédicateur. Il se marie avec la fille du poète Pieter Cornelisz. Hooft (1581-1647) dont il imitera le style, notamment dans sa  traduction de l'éloge funèbre de Ronsard par Jacques Du Perron.

Écrivain très connu de son temps.  comme dramaturge et poète, il reste de nos jours connu surtout comme mais aussi historien et biographe, histoire de la marine néerlandaise (1666) et de la Réforme (1668-1674), biographie des poètes Hooft en 1677) et van den Vondel ( 1587-1679 avec compilation des œuvres, voir Poésie/Pays-Bas) en 1682. On lui doit aussi, parue en 1681, une vie de Michiel Adriaenszoon de Ruyter († 1676 Syracuse), l’amiral le plus célèbre de la marine néerlandaise qui remporta de nombreuses victoires contre les anglais (Guerres Anglo-néerlandaises1652-65-72) et les pirates, et reconnu comme un des plus grands amiraux de l’histoire de la marine européenne.


Index des Auteur.e.s

France

Honoré d’Urfé 1537-1625
Marie de Gournay 1565-1645

Charles Sorel ca 1582/1602-1674

François-Hugues de Molière 1599-1623

Charles Sorel (1600-1674)

Madeleine de Scudéry 1607-1701

Madame de Lafayette, 1634-1693

Paul Scarron 1610-1660

Cyrano de Bergerac 1616-1655

Antoine Furetière 1619-1688


Espagne

Miguel de Cervantès de Saavedra 1547-1616

Mateo Alemán 1547-1620

Vicente Gómez Martínez-Espinel 1550-1624

Francisco López de Úbeda 1560-1606

Jeronimo de Alcalà 1571-1632

Alonso Jerónimo de Salas Barbadillo 1581-1635

Castillo y Solorzano 1584-1648

Félix Lope de Vega Carpio 1562-1635

María de Zayas y Sotomayor 1590-1661

Juan Cortès de Tolosa 1590-1640

Baltasar Gracián y Morales1601-1658


Portugal

Mariana Alcoforado 1640-1723


Outre-Rhin

Johann Michael Moscheresch 1601-1669 

von Grimmelshausen (Hans Jacob Christoffe) 1620?-1676

Antoine-Ulrich de Brunswick Wolfenbüttel 1633-1714


Outre-Manche

Première moitié du siècle 

Abbé Robert Burton (1576-1639)

Deuxième moitié du siècle

Sir William Temple 1628-1699

John Bunyan (1628-1688)

Aphra Behn (1640-1689)


Pays-Bas

Geeraert Brandt 1626-1685



LE CONTE


Origine du Conte




L’origine des contes que l’on appelait fables ou légendes remonte à une antiquité très ancienne pour ne pas dire à la nuit des temps. Transmises oralement de générations en générations, ces histoires ont toutes une vocation d’édifier et font intervenir le fabuleux, le merveilleux, le magique qui traversaient les chansons de geste médiévales. Elles ont commencé à être transcrites au XVIIème siècle. Outre qu’ils s’inscrivent au sein d’un récit qui leur sert de cadre qui justifie qu’ils soient contés - structure dont Boccace est à l’origine avec le Décaméron (1349)- la particularité de ces contes, que l’on va appeler Conte de Fées pour en montrer d’emblée le surnaturel, est qu’ils sont censés s’adresser à un jeune auditoire. Les mies, grands-mères, nourrices, berçaient les enfants de ces récits aux commencements effrayants dans lesquels le héros, l’héroïne vivent des situations dramatiques défavorisé(e)s qu’ils et elles sont par un mauvais sort, la misère ou la méchanceté de leur entourage, toute forme de disgrâce, avant que par l’intervention d’une fée, d’une magie, d’un effet surnaturel, ils, elles ne surmontent leur lot d’épreuves et qu’ils et elles ne trouvent le bonheur, la reconnaissance de leur vraie valeur, de leur beauté, et que les méchant(e)s ne soient châtié(e)s.

« Souvent absentes du récit, les fées, ne suffisent pas à définir le conte de fées. Cette expression désigne en fait un genre littéraire français correspondant à ce que les folkloristes appellent le conte merveilleux. Il se définit généralement par sa structure narrative, mise en lumière par les travaux de Vladimir Propp : un héros ou une héroïne, subissant un malheur ou un méfait, doit traverser un certain nombre d’épreuves et de péripéties, qui souvent mettent radicalement en cause son statut ou son existence, pour arriver à une nouvelle situation stable, très souvent le mariage ou l’établissement d’une nouvelle vie. » (http://expositions. bnf.fr/contes/arret/ecrit/index.htm)

« Les contes de fées sont souvent présentés par les premiers conteurs de la fin du XVIIe siècle soit comme des récits recueillis à la bouche des mies, soit comme les produits d’un récolement de documents anciens, dans lesquels la matière merveilleuse dormait en silence. D’une certaine manière, le conte est donc en soi recueil à part entière, fruit d’une « cueillette », d’un rassemblement et d’une compilation, sinon des fruits de la terre, au moins de ce qui s’ancre dans un terroir, relie un peuple à ses origines.

En ce qui concerne la technique du récit, les conteurs de féeries aiment souvent à exhiber la trace de cette oralité primitive. Leurs narrateurs pointent ici ou là quelques zones d’ombre, qui ramènent à la source confuse, lointaine, de cette parole rapportée, transmise, dont l’origine, souvent non mentionnée, se perd dans les brouillards du temps et l’estompe de la mémoire. » (cf. Anne Defrance, « Les premiers recueils de contes de fées » ( Féeries| 2004, http://journals. openedition.org/feeries/66 ; DOI :https://doi.org/10.4000/ feeries.66)


Le Cabinet des Fées

Entre 1785 et 1789 est publié à Amsterdam Le Cabinet des Fées, un recueil de contes comprenant pas moins de 41 volumes compilés par Charles-Joseph Mayer et publié par Charles-Georges-Thomas Garnieun. Mais auparavant été déjà parus deux précédentes éditions, Le Cabinet des Fées, contenant en 6 volumes des contes de fées, édité à Amsterdam, en 1717 par Estienne Roger et Les Cabinets des Fées en huit volumes édité entre 1731 et 1735 à Amsterdam par Michel Charles Le Cene. (Anne Defrance ref. citée)



Le Conte en Italie


Gianfrancesco Straparola - Giambattista Basile


Gianfrancesco Straparola

Gianfrancesco Straparola (148 ?-155 ?), né à Caravaggio (province de Bergame, Lombardie), mort sans doute à Venise, est resté dans l’histoire des lettres comme l’initiateur du conte de fées avec ses Le piacevoli notti que l’on traduit par Les Nuits Facétieuses et les Nuits Agréables sans doute à cause de son comique extravagant, burlesque de ses histoires qui sont parfois grivoises souvent fantastiques. Mais l’on ne connaît quasiment rien de sa vie au point que son nom même n’est qu’un surnom signifiant selon les sources « babilleur, jacteur », mais que l’on pourrait traduire sans doute par le ‘médisant’[1] (?).


Selon la préface de ces Nuits Facétieuses, Straparola serait aussi l'auteur d’un recueil de sonetti, strambotti, epistole e capitoli, intitulé et parus sous le titre d’Opera Nova à Venise en 1508.

Les Nuits Facétieuses ont d'abord été publiés en deux volumes, en 1550 vingt-cinq contes et en 1553 quarante-huit puis réédité en un seul volume en 1555 dans lequel une histoire de la première édition est supprimée et deux autres histoires sont rajoutés, soit en tout soixante-quinze histoires. Straparola reprend le modèle de l’histoire-cadre du Décaméron : Réunis sur l’île de Murano autour de l’évêque de Lodi pour une fête qui va durer treize nuits, des participants conte chacun une histoire.

« Entre nouvelles réalistes et contes de fées, Straparola décline toute une série de variantes littéraires où l’humour et la rêverie se le disputent: de l’histoire d’amour issue du mythe antique d’Héro et Léandre à l’étonnant mélange de scatologique et de merveilleux dans l’histoire d’Adamantine et de sa poupée, en passant par la parodie du conte à transformation comme celui de Denis le magicien, son œuvre est elle-même un être littéraire protéiforme et labile comme la plupart de ses personnages » (Présentation de l’édition José Corti, Collection Merveilleux 1999).

Dans ces soixante-quinze novelle (petits contes en prose) ont puisé entre-autres, Shakespeare, Molière (L'École des femmes) et La Fontaine pour ses Contes.


Giambattista Basile

Giambattista Basile (Giugliano in Campania 1566-1632), né et mort à Giugliano( zone urbaine de Naples), d’extraction modeste, s’est engagé dans plusieurs armées de princes, dont à 20 ans, celle du Doge de Venise où il va écrire ses premiers poèmes. Il sera admis à l'Académie des Extravagants, académie philosophique fondée à Héraklion par le poète et historien crétois-vénitien Andrea Cornaro (1547-1616).

Poète prolixe, il écrit en 1608, Il Pianto della Vergine (Les Pleurs de la Vierge), en 1609 Madrigali e ode (Madrigaux et odes), en 1612 Egloghe amorose (Églogues amoureuses) et Venere addolorata (Vénus affligée). Il édita entre autres le poète et humaniste florentin de la Renaissance Pietro Bembo (†1547). Il est aussi l’auteur d’un drame en cinq actes.

En 1618, de retour à Naples, il est courtisan du Prince d’Avellino. A partir de 1620, il n’écrit presque plus si ce n’est quelques poèmes dans la veine de Giambattista Marino (Marinisme) dont Aretusa (Aréthuse, nymphe du cortège d’Artémis) ou Il Teagene (grand pugiliste de l’Antiquité) en1637 qu’il dédie au Prince d’Avellino. En 1635, il publie Le Muse napoletane (Les Muses napolitaines) dans sa langue maternelle.

« Plus que dans ses poésies en langue italienne, où l'imitation pédante des poètes du xvie siècle alterne avec la rhétorique ampoulée du marinisme, Basile se révèle un grand écrivain dans ses œuvres en dialecte napolitain : dans Les Muses napolitaines, il campe avec bonheur un certain nombre de silhouettes et d'épisodes colorés de la vie populaire napolitaine »(https://www.universalis.fr/encyclopedie/giambattista-basile/).


 En 1634 et 36, deux ans après sa mort, paraît en cinq volumes (Il Pentamerone) le premier recueil de contes de la littérature européenne, Lo Cunto De Li Cunti Ovvero Lo Trattenimiento De' Peccerille (Le Conte des Contes ou Le Divertissement des Petits Enfants), regroupant quarante-neuf contes populaires grecs et vénitiens et pour certains contemporains Le Piacevoli Notti de Straparola ( Les douces nuits de Straparola). Écrit dans sa langue maternelle, le napolitain, Basile apporte par « un style tantôt trivial, tantôt sophistiqué et précieux » y marque de fabrique »

Les cinquante histoires se déroulent en Basilicate (extrême sur de la péninsule, à la jonction de la Calabre et des Pouilles), région que connaissait bien Basile pour en fréquenter la noblesse. Sous la forme traditionnelle depuis le Décaméron (1349), un  récit-cadre est prétexte au récit des contes. Sur le modèle des dix contes racontés en dix jours du Déca-méron (Dix Jours), ici dix contes, tous précédés de leur résumé, sont narrés par jour, en cinq jours, par dix femmes du peuple, toujours sur un ton « d’une extrême exubérance ». Soit 49 contes auquel vient s’ajouter un conte amorcé au début dans le récit-cadre et qui achève en épilogue le recueil.

Ces contes eurent une influence certaine sur les auteurs français. On en retrouve la trace chez Charles Perrault chez qui L'ourse de Baile est devenue  Peau d'âne, La Chatte des cendres est devenue Cendrillon et Cagliuso Le Chat Botté. Henriette-Julie de Castelnau a aussi bien lu Straparola que Basile (voir Le Conte en France).

L’œuvre tombée dans l’oubli reprendra vie par la préface d’une traduction parue en 1846 écrite par les frères Grimm qui remirent le Conte de Fées au plan qu’il mérite dans la littérature.


Notes

[1] Dizionario del dialetto veneziano de 1867 de Giuseppe Boerio donne : « Starapare : ‘levar via con violenza » ; « straparlare: parlare troppo in mala parte, Sparlare, Bissimare » : trop parler : parler trop mal, bavarder, bissimare. https://www.jose-corti.fr/titres/nuits-facetieuses.html donne le dégoiseur de dégoiser.


Le Conte en France


Introduction

Contes Immoraux et Contes de Fées.

« On retient souvent l’année 1690 comme date de naissance du conte de fées littéraire à la française … Cette année-là, en effet, Mme d’Aulnoy inséra une histoire merveilleuse, “L’Île de la Félicité”, dans un roman intitulé Histoire d’Hypolite, comte de Duglas. “L’Île de la félicité” donna le coup d’envoi d’une mode dont la première vague ne dura qu’une dizaine d’années, mais qui, saisie comme un phénomène de longue durée, se prolongea pendant environ un siècle, jusqu’à la veille de la Révolution française.

  • Le conte littéraire, genre volontiers aristocratique, souvent facétieux ou grivois (par exemple tel qu’il est pratiqué par Marguerite de Navarre ;
  • Le conte populaire, appelé plus tard “folklorique“, peuplé de fées et d’animaux parlants, que nos auteurs brandissent comme témoignage d’une tradition à la fois féminine,
      millénaire et paysanne, celle des “nourrices”, des “mies” et des “mères-grands’'.
  • La culture aristocratique, galante et mondaine des auteurs et des autrices, marquée par un goût pour un style raffiné et les histoires d’amour compliquées
  • Cette irruption imprévue des contes de fées au cours des années 1690 ne doit pas nous induire en erreur : l’intérêt pour le merveilleux ne naît pas subitement au crépuscule du Grand Siècle. … le public aristocratique se grise d’enchantements et de surprises. …La spécificité des contes de fées ne réside donc pas dans l’émergence soudaine du merveilleux au cœur d’un classicisme supposé sclérosé et rationnel, ni même dans le surgissement de créatures féeriques au fond jamais réellement oubliées, mais bien du choc de plusieurs genres et de plusieurs cultures en apparence antagonistes » (Tony Gheeraert , Université de Rouen Naissance d’un genre improbable : “le conte de fées littéraire français” https://merveilles.hypotheses. org/a-propos).


« La mode du conte de fées est en réalité bien antérieure à la date de 1690 en réalité, cette vogue précéda de plusieurs décennies le passage à la publication. L’un des premiers témoignages nous en est fourni par une lettre de Mme de Sévigné : « Mme de Coulanges, qui m’est venue faire ici une fort honnête visite …voulut bien nous faire part des contes avec quoi l’on amuse les dames de Versailles: cela s’appelle les mitonner. Elle nous mitonna donc, et nous parla d’une île verte où l’on élevait une princesse….nous parla d’une île verte, où l’on élevait une princesse plus belle que le jour (lettre du 6 août 1677) » (Le Siècle des Merveilles, https://merveilles.hypotheses.org/111).


A la fin du XVIIème siècle, le Conte, genre réservé aux femmes, n’avait comme nous dirions aujourd’hui pas bonne presse et leurs auteures très peu appréciées comme écrivaines si tant est qu’on les ait considérées comme telles. Elles passaient pour avoir mauvais goût, pour développer des histoires puériles dans un style précieux[1].

« Le genre fut surtout pratiqué par les dames […] Presque tous [sont] devenus illisibles pour les générations suivantes, découragent les meilleures volontés et méritent l’oubli dans lequel ils sont tombés » (Paul Delarue et Marie-Louise Tenèze, Le Conte populaire français. Maisonneuve & Larose, 1997)


« Dans les dernières années du XVIIe siècle, les femmes entrent en force dans le royaume des fées et des ogres : la nièce de Perrault Melle L’Héritier, Mme d’Aulnoy, Mme Bernard animent les salons où se presse le beau monde. Conçu comme une tentative de compilation proche des efforts encyclopédiques de cette fin de siècle, le Cabinet des fées du chevalier de Mayer [1751-1825] [2]est le chant du cygne de cette mode.» (http://expositions.bnf.fr/contes/arret/ecrit/ genre.htm-

Après l’innovation de Mlle d’Aulnoy d’avoir inséré en 1690 L’Ile de la Félicité dans Histoire d’Hypolite, Comte de Duglas,

« viennent ensuite les contes de Melle L’Héritier, Catherine Bernard, Madame de Murat, le chevalier de Mailly… Contes de fées naïfs, précieux, galants, leur vogue s’essouffle avec le XVIIIe siècle naissant, La Tiranie des fées détruite de Mme d’Auneuil sonnant comme un chant du cygne en 1702 tandis que le merveilleux exotique des contes orientaux fait recette dans le sillage des Mille et une nuits traduites par Antoine Galland » (http://expositions.bnf.fr/contes/arret/ecrit/genre.htm).


« Alors que le nom de Charles Perrault rime avec contes de fées, genre que l’on associe avec la conteuse archétypique qu’est la Mère l’Oye, rares sont celles et ceux qui connaissent les contributions importantes de ses homologues féminines comme Marie Catherine D’Aulnoy et Marie-Jeanne L’Héritier de Villandon, à qui l’on doit l’invention même du versant éminemment littéraire de ces récits d’origine orale » (Saba Bahar et Valérie Cossy, Le canon en question : l’objet littéraire dans le sillage des mouvements féministe, Nouvelles Questions Féministes, vol. 22, 2004/2, p. 4-12.)


Jean de La Fontaine

Voir Poésie/ Classique

Jean de La Fontaine(1621-1695) est surtout connu pour ses Fables parues en 1668, 1678 et 1693. Mais ce n’est pas entant que fabulistes qu’il entama sa carrière littéraire mais par le conte dans le genre, Contes et Nouvelles en vers sont plus publiés par le plus connu des éditeurs du siècle Charles Bardin en 1665, 1666 et 1671.

Le  premier de ses contes versifiés est Joconde ou l'infidélité des femmes, tiré du chant XXVIII du Roland Furieux de L’Arioste, qui suscite autant l’intérêt que la polémique et l’émulation. Cette nouvelle fait partie d’une publication plus large de Claude Badin en 1664 Nouvelles en vers tirées de Boccace et de l'Arioste.

Après Joconde, suivront un premier volume des Contes et Nouvelles édité en 1665, un second en 1666 et un troisième en 1671. Ces contes sont aussi inspirés d’auteurs antiques comme  le Pétrone de La Matrone d’Éphèse comme du Moyen-Âge comme le Boccace du Cocu Battu et Content. En 1674, paraissent Les Nouveaux Contes, plus luxurieux avec encore des moines et des sœurs … à la clé. Ils subiront la censure. Sa première publication n’était-t-elle pas l’Eunuque (1654) ?


Madame d’Aulnoy

Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d’Aulnoy (1652-1705), né en Normandie, morte à Paris, petite nièce de la salonnière Marie des Loges (†1641) épouse à 16 ans, François de La Motte, baron d’Aulnoy en Brie de vingt ans son ainé. Ne pouvant supporter la vie dissolue de son mari, avec sa mère pour complice, en 1669, elle le fait convaincre de crime de lèse-majesté. Mais le complot éventé, elle doit s’enfuir de chez elle et pour éviter la condamnation, s’exiler débord en Flandre en 1672-1673, puis en Angleterre, en 1675. Elle revient en France en 1676, et en 1678 part vivre en Espagne chez sa mère maitresse qui a été la maitresse de Philippe IV (†1665) et qui est devenue celle de Charles II l’Ensorcelé (†1700). En 1685, elle arrive à regagner les faveurs de Louis XIV en fournissant des renseignements sur l’Espagne et l’Angleterre où elle est retournée en 1682. Elle peut rentrer en France.


En 1690, toujours nantie d’une fortune certaine que son mari n’a pas complètement dilapidée, elle ouvre salon Faubourg St Germain ( ou quartier St Sulpice). Elle y reçoit entre autres les femmes de lettres de son temps,   auteures de contes de fées comme elle,  la poétesse Antoinette Deshoulières (†1694), Henriette-Julie de Castelnau, comtesse de Murat, († 1716), Marie-Jeanne L’Héritier de Villandon (†1734) et la Princesse de Conti à qui elle lisait ses contes.

A partir de 1691, elle fit connaître ses écrits : les Mémoires sur la cour d’Espagne, l’Histoire d’Hippolyte, comte de Douglas ou la Relation du voyage d’Espagne (1691) dans laquelle est inséré le conte parodique Mira, les Mémoires des aventures de la cour de France (1692) et les Mémoires secrets de plusieurs grands princes de la cour (1696), tout à la fois sous la forme épistolaire et de conte. Ouvrage publiés comme nouvelles : Nouvelles Espagnoles publiées en 1692, Nouvelles ou Mémoires Historiques sur les événement remarquables de 1672 à 1670 publiées en 1693, Histoire de Jean de Bourbon, Prince de Carency de 1692 )


Madame d’Aulnoy a été la septième femme sur neuf admises à l’Académie des Ricovrati de Padoue (l’Académie des Abrités voir Particularismes Nationaux/Italie/Académies), une des rares académies de fin du siècle à admettre des femmes en son sein. Mlle de Scudéry en 1684 et Antoinette Deshoulières en 1691 l’y avaient précédée et Marie-Jeanne Lhéritier l’a suivie en 1697 puis Charlotte-Rose de Caumont La Force en 1698. Catherine Bernard en 1699.  Elle eut cinq filles dont deux illégitimes et un seul fils.

Seul son dernier roman, Le Comte de Warwick, sera publié sous son nom en 1703. Nombre de femmes de lettres de son temps, à l’instar de Mme de Sévigné, publiaient anonymement pour ne pas déchoir de leur rang et sans doute aussi pour le peu de cas que l’on pouvait faire aux écrits féminins.


« Les premiers écrits de Madame d’Aulnoy racontent ses voyages, sous la forme de lettres à une parente, récits plus ou moins inspirés de faits réels : les Mémoires de la cour d’Espagne, Mémoires de la cour d’Angleterre, Mémoires secrets de plusieurs grands princes de la cour, Nouvelles ou mémoires historiques et de nombreux autres ouvrages prouvent sa connaissance du monde, pays, villes, usages politiques[3] »…

« A la différence d'auteurs comme Charles Perrault, qui travaillaient dans le sens d'un polissage, elle a insufflé un esprit subversif en usant d'allégories et de satires. Son travail littéraire est souvent rapproché de celui de Jean de La Fontaine pour sa critique masquée de la cour et de la société française du xviie siècle.»

(https://www.babelio.com/auteur/Madame-d-Aulnoy/39364)


Le Conte Merveilleux

Dans le domaine de la fiction au Comte de Warwick, publié en 1703, il faut bien sûr ajouter ses contes et le premier d’entre eux qu’elle a inséré dans l’Histoire d’Hippolyte , Comte de Duglas et qui l’a rendue célèbre, L’Île de la félicité, premier des conte de fées à être publié en France et qui fait d’elle l’innovatrice du Conte Merveilleux. Cette paternité du conte est revendiquée par Jeanne L’Héritier « qui affirme en effet avoir lancé la mode et avoir incité d’autres écrivaines, en particulier Henriette-Julie [de Castenau, Comtesse] de Murat, à la poursuivre. » (cf. Sophie Raynard, La Seconde Préciosité : floraison des conteuses de 1690 à 1756, Tübingen, Gunter Narr Verlag, 2002).

En 1697, paraissent les contes de Perrault comme en réponse, elle fait paraître réunis en 1697 et 98, les quatre volumes des Contes des fées, suivis des Contes nouveaux ou les Fées à la mode, dont le succès va dépasser celui de Perrault pourtant immense.

En 1698 paraît le tome I des Contes nouveaux, ou les Fées à la mode (La Princesse Carpillon, La Grenouille bienfaisante et La Biche au bois ), suivi du tome II qui comprend un récit qui sert d'encadrement à l'histoire de La Chatte blanche.

« Il s'agit donc de présenter une histoire-cadre[4], celle d'un gentilhomme bourgeois qui, en Normandie, offre à d'autres personnages des contes qui servent à l'intrigue. C'est plus tard, à la fin du xviiie siècle, que les contes seront séparés de l'histoire-cadre et rassemblés dans un recueil, sous le titre Le Cabinet des fées » (Encyclopédie Universalis, contes-de-fees-madame-d-aulnoy »


« Comptant parmi les plus authentiques chefs-d’œuvre de la littérature féerique, ses contes alliant romanesque et merveilleux1 L’Oiseau Bleu, La Belle aux cheveux d’or, Gracieuse et Percinet, Le Prince Lutin, La Biche au Bois, La Chatte Blanche, Rameau d’or, Finette Cendron, Le Nain Jaune, La Grenouille Bienfaisante, reflètent l’évolution d’un genre emprunté aux traditions populaires en un genre littéraire destiné au lectorat adulte de la société galante. Construits comme des aventures romanesques, où se découvre aisément l’influence de la pastorale, du théâtre et du roman contemporains, ses contes mêlent allègrement excès de préciosité, qui se manifeste notamment par le gout prononcé, qu’elle partage avec La Fontaine, pour les néologismes  naturel désinvolte, réalisme et cruauté.» (Wikipédia).


Jeanne L’Héritier de Villandon,

Marie-Jeanne l’Héritier de Villandon (1664-1734), née et morte à Paris, était de « fille de Nicolas l’Heritier de Novellon & de Villandon, Trésorier du Régiment des Gardes Françoises, Historiographe de France. Son père la forma pour la Poésie Françoise, elle s’appliqua à la Musique où elle excella.» (J. Bougerel, Idée géographique et historique de la France. Tome 1, en formes d’entretiens, pour l’instruction de la jeunesse, Paris, Nyon fils, 1747, p. 111-112.).

Des sources l’indiquent comme la cousine de Perrault. Elle serait la cousine de ce dernier au 4ème degré par sa mère.

« Issus d’une même source, les textes des deux auteurs [Perrault] seraient des reprises des contes populaires ayant bercé leur enfance, et notamment   l’enfance pauvre de L’Héritier » (Jeanne Roche-Mazon, « ‘‘Les fées’’ de Perrault et la véritable ‘‘Mère L’Oye’’ », La Revue hebdomadaire : romans, histoire, voyages, dir. R. Moulin, Paris, Pilon, 1932, parution du 17 décembre 1932, p. 345-360.)


De par Charles Perrault cousin éloigné de sa mère et non son oncle, et de par son père, elle fut rapidement introduite dans le milieu littéraire. Bien que faisant partie du cercle des précieuses parmi lesquelles elles portait le surnom d’ une poétesse grecque, Télésille, elle mena une vie moralement irréprochable au contraire de ses consœurs de lettres.

Elle est restée célibataire et a vécu de sa plume, des 400 livres de pension que lui versait le Garde des Sceaux Chauvelin et du mécénat de ses deux protectrices: Madame de Nemours, Duchesse de Longueville la fit venir à la cour, la gardera près d’elle pendant douze ans et lui confiera ses mémoires pour les éditer ; et Marie du Cambout de Coislin, seconde épouse du Duc d’Épernon, à laquelle elle dédie son conte de fées, Les Enchantements de l’éloquence (in Œuvres meslées. Elle envoyait régulièrement des poèmes, des contes de fées et des nouvelles à des journaux savants et des revues littéraires populaires, tel Le Mercure Galant, dans lequel elle publie des idylles et des rondeaux dès 1689 (réf .Larousse). Elle écrivit également nombre de bouts-rimés (petit poème donné à partir d’un appariement (paire) de rimes).


En 1695, L’Héritier est lauréate du concours de poésie de la Compagnie Littéraire des Lanternistes de Toulouse fondée en 1693, issue de la Société des Belles-Lettres fondée en 1688[5]. En 1696 elle en est reçue membre ainsi que de l’Académie des Jeux Floraux de Toulouse. En 1697, elle est reçue à l’Académie Ricovrati de Padoue (l’Académie des Abrités voir Particularismes Nationaux/ Italie/Académies), après Mlle de Scudéry en 1684, Mme Des Houlières en 1685 et Mme d’Aulnoy en 1691 et avant Charlotte-Rose de Caumont La Force en 1698.

Elle meurt à Paris à l’âge de 70 ans reconnue dans toute l’Europe comme poétesse et conteuse. Elle fut une proche amie de la romancière Mlle de Scudéry qui lui servit de mentor au début de sa carrière et lui confia son salon à sa mort en 1701.

Le Mercure de France en 1734 en fera une éloge très flatteur :

« … Elle étoit bienfaisante, l’humeur douce et complaisante, amie solide et genereuse ; sa conversation étoit aisée, agréable, modeste et retenuë sur ce qui pouvoit lui attirer des loüanges.
Tous les dimanches et les Mercredis de chaque semaine, il se formoit chez elle de petites assemblées de Gens d’esprit de merite, qui charmez de son caractere et de ses lumieres, se faisoient un plaisir de cultiver son amitié… » (cité par Élise Roussel, Le Groupe des Conteuses de la Fin du XVIIème siècle, https://doi.org/10.4000/dossiersgrihl.8949)

Et la même année « le prestigieux Journal des Savants publie un hommage de six pages à sa vie et à ses œuvres, un honneur exclusivement réservé à l’élite intellectuelle de l’époque » (Dic. Larousse).


Œuvres Meslées,

Les contes de L’Héritier comme ceux de Perrault seraient à d’origine orale qu’elle aurait entendus « auprès du feu [quand sa] nourrice ou [sa] mie tenaient en le faisant [son] esprit enchanté » (madrigal de L’Héritier que Perrault insère au début de Peau d’Âne cité par J. Roche-Mazon).

En 1695, parait son premier recueil réédité à l’identique en 1696, sous le titre des Œuvres meslées, contenant Les Enchantements de l’éloquence ou les effets de la douceur — traitant du même thème que le Cendrillon et Les Fées de Perrault, parus un an plus tard —L’Adroite Princesse ou les Aventures de Finette, L’innocente tromperie (Marmoisan ou La Fille en Garçon et L’avare puni, et autres ouvrages, en vers et en prose dont Le triomphe de Mme Des Houlières, Publication qui précède d’un an Les Contes de ma mère l'Oye (1697) de Ch. Perrault.

Elle participa à la rédaction d’une histoire qui pour sa tonalité libertine tranche avec le reste de ses écrits et dont la collaboration avec le libertiniste Abbé de Choissy ne détone pas moins.

« En 1695, est publiée sous l'anonymat dans le Mercure galant l'histoire d'une petite marquise, élevée par sa mère dans l'ignorance de son véritable sexe, qui tombe amoureuse d'un jeune marquis, en réalité une fille travestie. D'aucun reconnaîtra, dans cette intrigue, les bribes des prouesses galantes de François- Timoléon de Choisy*, abbé de cour et académicien du XVIIe siècle qui confie dans ses Mémoires ses frasques en travesti avec de jeunes filles qu'il habille en garçons et le menu détail concernant une éducation émasculante dont on retrouve l'écho presque mot pour mot dans l'Histoire de la Marquise-Marquis de Banneville .[6] »

* François-Timoléon de Choisy (1644-1725), mémorialistes, membre de l’Académie Française (voir Mémoires Abbé de Choisy)


En 1703, paraît L’Érudition enjouée, ou nouvelles savantes, satiriques et galantes, écrites à une dame française qui est à Madrid.

L’Héritier y fait « l’éloge, dans ses feuilles, de la duchesse de Bourgogne et de la reine d’Espagne. Ce périodique se présente sous forme de lettres adressées à une voyageuse qui fait rayonner la culture des femmes françaises auprès des dames espagnoles qu’elle côtoie, en mettant en valeur leur relation avec le savoir. » (Mélinda Caron Fordham University NY https://www.medias19.org/publications/la-lettre-et-la-presse-poetique-de-lintime-et-culture-mediatique/lepistoliere-mondaine-anonyme-dans-les-periodiques-litteraires-dancien-regime-xviie-xviiie-siecle)

En 1705/06, paraît à Amsterdam La Tour Tenebreuse. Et les jours lumineux, contes anglois, Accompagnez d’Historiettes, & tirez d’une ancienne Chronique composée par Richard, surnommé Cœur de Lion, Roy d’Angleterre. Avec le récit de diverses Avantures de ce Roy  contenant également le conte de Ricdin-Ricdon. L’Héritier ne puisa pas son inspiration dans le merveilleux mais à l’occasion plutôt dans la poésie médiévale des troubadours


 En 1711 à la mort du Grand Dauphin, elle écrit mêlé de vers et de prose La Pompe Dauphine, ou nouvelle relation du temple de mémoire et des champs Elysées ; en 1712, à la mort du nouveau Dauphin, elle écrit Le Tombeau de Monsieur le Dauphin ; en 1718, à Paris Les Caprices du destin (ou Recueil d’histoires singulières et amusantes arrivées de nos jours; en 1728, elle traduit les Épîtres héroïques d’ Ovide, traduction qui paraît en 1732 et saluée par le philosophe et lexicographe Pierre Bayle (1647-1706) de l’Académie Française ; 1729 nouvelle édition de L’Avare puni ou le don généreux du comte de Champagne, nouvelle historique mise-en-vers.


« Ses Œuvres meslées, en posant les jalons d’un nouveau genre qui se caractérise par le rejet des valeurs classiques -à savoir le rejet de la domination des dieux de l’antiquité en faveur des fées, figures allégoriques des mécènes et membres de la société polie-, contribuent à lancer la vogue des contes de fées dont les publications se multiplieront pendant une quinzaine d’années » (Allison Stedman Notice pour la Siefar , La Société Internationale pour l’Étude des Femmes de l’Ancien Régime, 2005).

« Melle de L’Héritier joue un rôle précurseur dans la mode du conte merveilleux, publiant dès 1695 ses deux premiers contes de fées insérés dans ses Œuvres mêlées. Celles-ci comprennent quatre nouvelles, son conte le plus connu. Ses contes de fées sont des transcriptions d’histoires racontées à un public de précieux. Très moralisateurs, parfois un peu longs, reflets de la vie rangée et studieuse de leur auteur, ils s’apparentent souvent à des nouvelles galantes. En tant qu’auteur de contes de fées, Melle L’Héritier apparaît peu convaincante, mais on lui doit d’avoir lancé le genre dans les salons mondains, d’en avoir défendu la modernité et d’avoir encouragé Charles Perrault dans la voie du conte de fées. » (https://expositions.bnf.fr/contes/arret/ecrit/heritier.htm)


« Elle contribua à la mode littéraire du conte de fées avec emprunts tant au folklore qu’au romanesque, de faux-semblants (style mêlé de simplicité, de préciosité et de fausse naïveté) et de vraie mondanité qui fit du conte de fées non un genre pour enfants mais le vecteur de l’enseignement d’une culture mondaine très raffinée et quelque peu perverse. »

(Dictionnaire universel des littératures Larousse page 136)


Henriette-Julie de Castelnau

Henriette-Julie de Castelnau, comtesse de Murat (1670-1716), née à Brest et morte ay Château de la Buzardière (Maine), est issue d’une famille d’ancienne noblesse bretonne, petite-fille du célèbre Maréchal de Castelnau (1620-1658). A la mort de son père en 1672 -elle a 2 ans- on perd sa trace. Héritière du Marquisat de Castelnau, a-t-elle alors passé sa prime enfance dans le Cher ? Le marquisat réunissait les terres de Poisieux dans le Cher, de Sainte-Lizaigne et de Saint-Georges dans l’Indre ; c’est deux départements formant le Berry. Ou bien à en croire Mme de Sévigné dans la région paternelle dans sa famille Maternelle ?

 A seize ans, elle quitte le lieu de son enfance pour épouser le Comte Nicolas de Murat. Selon la chronique de 1818 de Daniel-Louis Miorcec de Kerdanet, elle aurait été présenté à son futur mari en habit traditionnel breton qui fit l’admiration de la cour. Le comte, marié en cette année 1696, perdit sa femme deux ans plus tard et le mariage avec Henriette-Julie n’eut lieu encore que trois ans plus tard. Ils eurent un fils, César.


« On peut donc lui supposer plusieurs années de brillant dévergondage parisien, à la cour comme à la ville, avant son probable « mariage forcé ». Elle aura un fils de ce mariage, né en 1693. Son mari… apprendra à subir les « désordres » de sa jeune épouse, ‘’pour ne pas s’exposer aux fureurs d’une femme qui l’a pensé tuer deux ou trois fois ‘’ » (Alain Mothu Les « impiétés domestiques » de Mme de Murat L’Atelier du Centre de recherches historiques 2009, https://doi.org/ 10.4000/acrh.1394 ).

A partir de 1692, elle fréquente le salon de Anne-Thérèse de Marguenat de Courcelles, Marquise de Lambert dont les Avis et Réflexions portaient sur l’éducation d’une mère à son fils et sur la condition féminine. Elle y rencontre Madame d’Aulnoy et fréquente aussi son salon. Mme de Sévigné la décrit comme « toute jolie, toute charmante ».


Elle traina derrière une très mauvaise réputation. Dans un rapport de 1698 du lieutenant de Police de Paris, on peut lire : « elle a paru résolue à maintenir les assemblées qui se font chez elle, presque toutes les nuits, avec beaucoup de dérèglement et de scandale. » Et dans un autre de 1699 : « Il n’est pas facile d’exprimer en détail tous les désordres de sa conduite, sans blesser les règles de l’honnesteté, et le public a peine à voir une dame de cette naissance dans un dérèglement aussi honteux et aussi déclaré ». « Il s’agist d’impiétez domestiques et d’un attachement monstrueux pour des personnes de son sexe » (du même). Madame la Comtesse ne s’en cachait point qui eut nombres d’amantes qui furent « l’objet de ses adorations continuelles, en présence même de vallets et de quelques prêteurs sur gage » (citations rapportées par A. Mothu, spécialiste du XVIIIème siècle).


En 1697, elle publie Mémoires de Madame la Comtesse de M**** qui relate des épisodes de son mariage où elle aurait été victime de violences psychologiques et physiques au début de son mariage ; L’intention était de répondre aux Mémoires de la vie du comte D**** avant sa retraite de Saint Évremond, œuvre écrite l’année précédente avec un succès certains « et qui dépeignait les femmes comme trompeuses et incapables de mener une vie vertueuse » (Mari Ness, poétesse et critique américaine, Imprisonment and the Fairy Tales of Henriette Julie de Murat, 2018). De Castelnau n’insistera jamais assez dans ses œuvres sur la nécessité pour les femmes d’être solidaires.

 Entre 1698 et 99, elle publie Les Contes de Fées et Les Nouveaux Contes de Fées suivis des Histoires Sublimes et Allégoriques Par Madame la Comtesse D***, et du Voyage de Campagne Par Madame la Comtesse de M***.

En disgrâce, elle quitte Paris en 1699 pour s’installer sans doute chez Mme de Nantiat, une de ses amantes de longue date, et originaire du Limousin. Cette même année, ruinée, elle doit vendre son marquisat.


En 1694, elle avait été soupçonnée d’avoir écrit une satire désobligeante sur Mme de Maintenon . S’agirait-il de l’Histoire de la courtisane Rhodope ? Certains de ses biographes ont expliqué ainsi son exil au château de Loches en 1702 à l’instigation de Mme de Maintenon. Mais Anne-Marguerite Petit du Noyer   (1663-1719), célèbre gazetière (elle a ‘couvert’ le Traité d’Utrecht, 1713),  a écrit que « malgré son bel esprit et sa qualité, [Mme de Murat] a été exilée parce qu’on prétend qu’elle aime un peu trop son semblable ».

En 1702, elle est effectivement arrêtée et amenée au château de Loches. En 1706, elle est transférée au château-prison de Saumur, et l‘année suivante à celui d’Angers pour être ramenée à Loches. Grâce à la faveur de Philippe d’Orléans, fils de Monsieur et futur régent, et de sa maitresse, la Marquise d’Argenson, elle obtient en 1709 une semi-liberté.

Elle se remet à écrire, mais sans trouver ni la veine ni le succès de ses précédents ouvrages : l’Histoire de la courtisane Rhodope écrit en 1694 est publié en 1708, les Histoires Galantes des Habitants de Loches en 1709 et son dernier ouvrage Les Lutins du château de Kernosy en 1710. A la fin de sa vie, le Régent lui rend sa totale liberté, mais elle meurt tout à fait oubliée de coliques néphrétiques au château de la Buzardière dans la Sarthe (Pays de Loire).


Bien que souvent le ton n’échappe pas à la préciosité, et que sa manière n’est pas étrangère à celle de ses célèbres contemporaines comme la Mlle de Scudéry de Clio, la Madame de La Fayette de La princesse de Clèves, il y a quelque difficultés à pouvoir définir le style de Mme de Castelnau en ce que sa liberté d’écriture lui permet d’adapter les différents genres qu’elle pratique, mémoires, conte ou nouvelle, à ses différentes sources d’inspiration qu’elle tire de ses lectures; sources d’inspiration étant un euphémisme ; ce dont elle ne se cachait pas ; par exemple, Voyage de Campagne contient du matériel définitivement écrit par Catherine Bedacier Durand (1670-1736) (Mari Ness),

Parmi ses lectures, il faut retenir chez les Italiens, Gianfrancesco Straparola (1480-1538) dont l’œuvre majeure, Le Piacevoli Notti (Les Nuits Plaisantes) amorce en 1550 et 1553 le genre du conte de fées qui inspira d’autres auteures françaises aux dires de Mme de Castelnau elle-même (Mari Ness), et Giambattista Basile (1566-1632) dont Lo Cunto De Li Cunti Ovvero Lo Trattenimiento De' Peccerille (Le Conte des Contes ou Le Divertissement des Petits Enfants), regroupant quarante-neuf contes populaires grecs et vénitiens, écrit en napolitain et paru entre 1634 et 36 en cinq volumes (Il Pentamerone) est le premier recueil de contes de la littérature européenne.


Chez les Français, l’auteur bien connu à son époque, Henri de Montfaucon (dit abbé de Villars vers 1638-1673) dont Le Comte de Gabalis (ou Entretiens sur les sciences secrètes), paru en 1670, fut une de ses sources. L’ouvrage, qui se veut initiatique de maître à disciple, d’inspiration Kabbalistique, eut une influence certaine sur les écrits ésotériques du XVIIIème siècle. Pour la veine chevaleresque, elle va puiser dans Amadis de Gaule de l’Espagnol Garci Rodríguez de Montalvo (1460-1505),  paru en 1508 et dont elle a pu lire la traduction du traducteur Nicolas Herberay des Essarts († 1552). Mais l’on pourrait aussi citer dans la même veine épique l’Orlando Furioso (1516) de L’Arioste ou La Jérusalem Délivrée (1581) du Tasse.


Si la Comtesse Murat tient à ses sources, vraies fontaines d’inspiration et tient à ne pas le cacher, c’est que pour elle, tout en l’éloignant de manière originale du folklore traditionnel des contes de fées, elles l’affirment comme authentique écrivaine. Son style s’en ressent parfois qui, loin de la clarté limpide des contes de fées qui arrive à masquer le travail pour arriver à cette clarté, s’alourdit en des méandres descriptifs en lesquels le lecteur peut s’égarer. Et bien que l’univers du conte de fées sous des apparences de féeries pour enfant révèlent toujours une marque tragique du destin, les contes de Henriette-Julie de Castelnau ne se terminent pas toujours, loin s’en faut, par la résilience à laquelle, genre oblige, parviennent les protagonistes des contes de fées traditionnels. Et chez elle, ses personnages n’ont pas ce caractère bien défini, genre ici aussi oblige, qui fait des uns les gentils et des autres les méchants. C’est bien là la singularité d’une écrivaine dont pour surmonter les épreuves à laquelle sa nature s’est confrontée à son époque, l’écriture a sans doute été le chemin de sa résilience.


Charlotte-Rose de Caumont La Force

Charlotte-Rose de Caumont La Force (1650-1724), née au Château de Cazeneuve Préchac (Gironde) et morte à Paris, est issue d’une famille protestante du Sud-Ouest. Elle est la fille de François de Caumont La Force, marquis de Castelmoron et de Marguerite de Viçose, baronne de Cazeneuve. Son grand-père, Jacques-Nompar de Caumont, duc de La Force (1558-1652), a été maréchal de France et mémorialiste.

A 16 ans, en 1666, elle devient dame de compagnie de la reine Marie Thérèse d’Autriche; puis en 1673, le roi ayant supprimer le poste de ‘filles d’Honneur’ pour faire plaisir à la Marquise de Montespan, elle entre pour 7 ans au service de Marie de Lorraine-Guise, Marquise de Joyeuse, Duchesse de Guise, dite Mademoiselle de Guise. A 36 ans, elle se convertit au catholicisme.

« Pour amuser ses ami-e-s, elle se met à écrire des vers, composant une poésie de circonstances qui fait l’admiration de la cour et du Mercure galant qui ne manque pas une occasion de citer ses productions (poème en l’honneur du mariage de Anne-Louise d’Orléans et du duc de Savoie; Châteaux en Espagne; poème en l’honneur de la princesse de Conti, épître en vers à Mme de Maintenon lors de la représentation d’Esther, etc.). Après la révocation de l’édit de Nantes[1685], elle abjure le protestantisme, ce qui lui permet de recevoir du roi une pension, dont elle avait le plus grand besoin » (Nathalie Grande,http://siefar.org/dictionnaire/fr/CharlotteRosedeCaumontdeLaForce)


 Elle est remarquée pour son esprit et sa grâce mais sa vie fait scandale. Son mariage en 1687 avec Charles de Briou n’en est qu’un épisode. Ce jeune homme, de 6 ou 8 ans plus jeune qu’elle, était encore « mineur selon la loi »[7] puisqu’il n’avait que…24/ 26 ans. Son père, Claude de Briou, président de la Cour des Aides, obtiendra du Parlement la dissolution du mariage au motif d’ « abus dans la célébration du mariage». Il leur fut interdit de se revoir.

Elle entre en littérature en prenant le nom de plume de ‘Mademoiselle de la Force’ et commence sa carrière littéraire comme conteuse en écrivant en 1692 Les fées, Contes des Contes. Son conte Persinette est une des sources de la version du conte populaire Rapunzel (Raiponce) des frères Grimm dans leur recueil Contes de l'enfance et du foyer (1812)


En 1694, son roman historique dans la veine populaire, en fait, des histoires secrètes dans le goût du jour censées révéler les dessous galants de la vraie Histoire, l’Histoire secrète de Marie de Bourgogne rencontre un vif succès. Ce qui l’encourage à poursuivre :

« L’Histoire secrète des amours de Henri IV, roi de Castille (1695), l’Histoire de Marguerite de Valois, reine de Navarre (1696), Gustave Vasa, histoire de Suède (1698), l’Histoire secrète de Catherine de Bourbon, duchesse de Bar (1703/09), Les Jeux d'esprit, ou La Promenade de la princesse de Conti à Eu (posthume 1862) et qui « contiennent un des rares exemples de mise en scène du «jeu du roman», témoignage des pratiques littéraires collectives et ludiques des salons » (N. Grande ref.citée).

Elle écrit des poèmes et se lance dans le pamphlet.

En 1697, le roi, qui ne s’était pas opposé à son mariage, n’apprécia pas ce que l’on a appelé ses Noels  et finira par l’obliger à se retirer en l 'abbaye Notre-Dame de Gercy (Île-de-France), tout en lui maintenant sa rente.

 En 1698, elle fut elle aussi reçue à l’Académie des Ricovrati de Padoue (l’Académie des Abrités voir Particularismes Nationaux/ Italie/Académies) qui seule acceptait des écrivaines en son sein.


Durant son exil, elle rédige ses Mémoires, restés inachevés et Pensées chrétiennes de défunte de Mlle de La Force. En 1713, le roi l’autorise à revenir à Paris.

Mais elle reste plutôt dans l’histoire des lettres du XVIIème siècle pour être reliée par Les Fées et Les Contes des contes aux conteuses plus connues, Mme d’Aulnoy, Henriette-Julie de Castelnau, Marie-Jeanne L'Héritier de Villandon qui, avec Mlle de Scudéry, ont été, elles aussi, membres de l’Académie des Ricovrati, et relié à celui  à qui on associe en premier les contes de fées, Charles Perrault.

« De par son style, cette Histoire secrète de Bourgogne,, ainsi que toutes les autres qui suivront, Mlle de La Force s’inscrit directement dans la lignée de la littérature précieuse, en rappelant les grands romans précieux tels que L’Astrée, La Clélie et le Grand Cyrus, mais surtout la Princesse de Clèves et les romans de Villedieu. C’est de par la façon dont Mlle de La Force représente ses héroïnes en fixant leur « prix au-dessus des autres […] c’est-à-dire déformées par cet amour propre disproportionné », mais également en mettant « peu d’ « histoire », mais beaucoup de romanesque et de précieux » que Raynard* voit le lien avec les romans précieux de ses prédécesseurs. Selon Berriot-Salvadore, Mlle de La Force « se range aussi au côté de Mlle Bernard […] ou de Mme d’Aulnoy […] en donnant plus de place à l’expression des sentiments qu’aux aventures proprement dites. » ( citation et pour en savoir plus : Charlotte Trinquet Mademoiselle de La Force, une princesse de la République des Lettre Œuvres & Critiques, XXXV, 1 (2010)) * Sophie Raynard, La Seconde préciosité. Floraison des conteuses de 1690 à 1756 Gunter Narr Verlag Tübingen, 2002.


Catherine Bernard

Catherine Bernard (1663-1712), née à Rouen et morte à Paris, dite Mademoiselle Bernard (la tradition veut que les comédiennes soit toujours appelées ‘Mademoiselle’ quel que soit leur âge et mariée ou non) est issue d’une famille protestante aisée. Elle arrive à paris en 1680 à l’âge de 17 ans.

Proche du dramaturge Pradon et de Fontenelle dont on dit à tort qu’elle fut sa cousine comme celle de Corneille qui fut en fait l’oncle de Fontenelle, elle fréquente les milieux littéraires et mondains. Il publie son premier roman Frédéric de Sicile dont le personne, fils de roi, est par moment homme par moment travesti en femme. En 1682, parait Le Commerce galant en collaboration avec Jacques Pradon.


En 1685, suite à la Révocation de l’Édit de Nantes, elle se convertit au catholicisme. Sa famille la rejette. Elle va vivre de sa plume.

Ses nouvelles comme Eleonor d’Yvrée et Le Comte d’Amboise, montre une vision pessimiste de l’amour.

« Souvent comparée à Madame de Lafayette, Catherine Bernard se distingue de celle-ci par le fait que ses personnages ne semblent plus adhérer aux valeurs du monde dans lequel ils vivent…. Par son ironie tranchante et sa lucidité désabusée, Catherine Bernard fait parfois songer à une femme moderne égarée en terre classique . » ( France Culture, Une vie une œuvre)

En 1689, sa première tragédie Laodamie dont le thème central est ‘l’opposition du gouvernement des femmes à celui des hommes est représentée 22 fois à la Comédie Française.. Et l’année suivante Brutus est représentée 25 fois. Ses deux pièces comme ses nouvelles rencontrent le succès. En 1696, elle publie un autre roman En 1696, Catherine Bernard revient au roman avec Inès de Cordoue, une nouvelle espagnole dans laquelle elle explore le merveilleux en incluant deux contes, dont Le Prince Riquier que Charles Perrault ‘adaptera’ l’année suivante dans célèbre version Riquet à la Houppe.


Elle fréquente le salon de Mademoiselle L’héritier de Villandon  à qui Mademoiselle de Scudéry a confié son salon à sa mort en 1701. En 1699, elle est admise à l’Académie des Ricovrati (l’Académie des Abrités voir Particularismes Nationaux/ Italie/Académies) de Padoue comme le furent Mlle de Scudéry en 1684, Mme Des Houlières en 1685 et Mme d’Aulnoy en 1691, Mademoiselle L’héritier de Villandon  en 1697 avant Charlotte-Rose de Caumont La Force en 1698.

Elle cesse d’écrire au passage du siècle pour mener une vie de dévotion renonçant au théâtre[CG1]  à la demande de sa mécène Madame de Pontchartrain. Elle meurt en 1712 à l’âge de 49 ans sans que sa mort ne soulève quelqu’émoi.

Poétesse, romancière et dramaturge, elle aura été sera la première femme jouée à la Comédie-Française (fondée en 1680 par Louis XIV) qui la couronnera par trois fois en 1691,1693, 1697. Mlle Pitel de Longchamps y donna en 1687 une farce Le Voleur ou Titapapouf.


Lorsqu’en 1730, Voltaire fit jouer son Brutus, il fut soupçonné d’avoir plagié Catherine Bernard. Il s’en défendit en dénigrant celle-ci et attribua sa pièce à Fontelle. Ce fut le début de la descente aux oubliette de Catherine Bernard et de son œuvre que des universitaires comme Franco Piva en la rééditant et Catherine Plusquellec avec sa thèse L’Œuvre de Catherine Bernard, Université de Rouen 1966, s’attachent à faire redécouvrir en la rééditant


Charles Perrault

Charles Perrault (1628-1703), né et mort à Paris est issu d’une famille de haute bourgeoise. Son père était avocat au Parlement de Paris. Dès son enfance, il  baignait dans le jansénisme. Il sera le dernier des quatre frères d’une fratrie de sept enfants ; l’un de ses frères, Claude (1613-1688), aura été docteur en médecin, membre de l’Académie des Sciences et restera connu comme l’architecte de la Colonnade du Louvre, un autre, Nicolas (1624-1662), théologien, enseignera à La Sorbonne avant d’en être exclu pour un jansénisme trop affiché.

Il rompt brusquement des études brillantes au Collège de Beauvais (Paris 5ème arr.) suite à un confrontation avec un de ses professeur. Il poursuit avec un camarade des études en autodidacte qui le mènent en pleine Fronde entre 1647 et 53 à traduire le sixième livre de l’épopée de Virgile l’Énéide, sous le titre l’Énéide Burlesque suivi d’une autre poème Les Murs de Troie ou l'Origine du Burlesque auxquels ont collaboré ses frères Claude et Nicolas.

« Dans l’Énéide Burlesque, les Perrault visent les Anciens… La charge vise l’antiquité classique …dans une perspective janséniste[8]» . Il prendra résolument le parti des Modernes dans la querelle avec les Anciens

En 1651, il est reçu avocat et l’année suivante il est commis chez son frère Pierre, receveur général des finances.


L’Homme des Académies

En 1663, Colbert, Surintendant des Bâtiments du Roi, le nomme à 35 ans, secrétaire de séance de la Petite Académie future Académie des inscriptions et belles-lettres). fondée cette année-là par Colbert. En 1665, il le nomme contrôleur général de la surintendance des Bâtiments du Roi et premier commis des Bâtiments du Roy. En 1666, il est de ceux qui participent à la création de Académie Royale des Sciences En 1671, il entre à l’Académie Française (créée en 1638), et en 1694, il aura en charge la rédaction de la préface de son Dictionnaire. En 1672, il est nommé Contrôleur Général de la Surintendance des Bâtiments du Roi. La même année, il épouse Marie Guichon de 25 ans plus jeune avec qui il a quatre enfants..

A la mort de Colbert en 1683, il perd sa charge de Contrôleur Général et est exclu de la Petite Académie.


En 1687, sa lecture à l’Académie Française de son poème le Siècle de Louis le Grand jette de l’huile sur le feu d’une querelle qui avait débuté dès 1637 avec Le Cid de Corneille auquel ceux que l’on appellera les Modernes reprochaient son antipatriotisme. La dispute s’était prolongée avec la publication en 1664 de La Joconde ou l'infidélité des femmes, libre interprétation du chant xxviii de l’Orlando furioso de L’Arioste (†1533) par La Fontaine, un des Anciens, auquel avaient répondu les Modernes par une attaque virulente contre Molière et Racine pour en arriver à ce panégyrique de l’insurpassable Grand Siècle qui jetait le discrédit sur les grands auteurs antiques. Perrault se fera le chef de file des partisans des Modernes, tandis que Boileau aura été celui des Anciens (voir Introduction/ Les Particularismes nationaux/France). Les quatre parties de son Parallèle des Anciens et des Modernes (1688-1697) veut démontrer la supériorité des Modernes face aux Anciens. Démonstrations qu’il poursuit avec Hommes illustres qui ont paru en France pendant ce siècle, avec leurs portraits au naturel (1696-1700). Il retrace cet épisode de la Querelle dans Mémoires de ma vie (édition posthume 1755).


Lorsque Perrault s’éteint, à l’âge de 75 an, sa disparition ne provoque pas un grand émoi. Malgré le succès retentissant de ses Contes, on rend hommage à l’académicien, à l’amateur des Belles-lettres et des Beaux-Arts plus qu’à celui qui passait pour le père du conte de fées.

« L’heureuse fiction où “L’Aurore et le Petit Jour” [les enfants de la Belle au Bois Dormant conçus avec le Prince] si ingénieusement introduits et qui parut il y a 9 ou 10 ans, a fait naître tous les contes des Fées » (Extrait du Mercure Galant du 16 mai 1703).

L’église Saint Benoit à Paris où il fut enterré a été détruite en 1854 pour laisser place au Collège de France. Sa tombe a disparue.


L’Écrivain

Perrault s’est essayé à la poésie avec des poèmes légers comme Portrait d’Iris -1659), au genre galant avec Dialogue de l’amour et de l’amitié ( 1660) et Le Miroir ou la Métamorphose d’Orante (1661), à l’épopée chrétienne avec Saint Paulin, évêque de Nole (1686). Mais ses ouvrages de circonstance et ses tentatives pour se trouver en tant qu’écrivain, ne lui auraient jamais permis de rester dans la grande histoire littéraire française et étrangères sans ses Contes de la Mère L’Oye qui en font en fait l’écrivain d’un seul livre.

« Composés en 1691, les contes de Perrault comprennent trois contes en vers : Grisélidis (en fait une nouvelle), Les Souhaits Ridicules, Peau d’âne, et huit en prose : La Belle au Bois Dormant, le Petit Chaperon Rouge, La Barbe-Bleue, Le Maitre Chat ou Le Chat Botté, Cendrillon, Le Petit poucet, Les Fées et Riquet à la Houpe. Les contes en vers sont publiés en 1694. Ceux en prose en 1697 sous le titre Histoires ou Conte du Passé [avec le frontispice]. Les deux ouvrages ne seront réunis pour la première fois en un seul recueil qu’en…1781 » (http://expositions.bnf.fr/contes/feuille/perrault/index.htm).


« Le frontispice du recueil de Perrault a été dessiné de la main de l’auteur puis gravé par F. Clousier en 1697. Cette illustration était placée en ouverture du livre, face à la page de titre, et fonctionnait donc comme une entrée en matière donnée au lecteur. Elle représente une nourrice en train de raconter une histoire à un père de famille et ses deux enfants » (Association des http://amisdeperrault.canalblog.com/archives/ 2014/09/23/30640565.html). 

Ce pourquoi, Perrault qualifier ses contes d’« histoires de nourrices ou de "mies" » .

En fait, en 1696 « une luxueuse copie des Histoires ou Contes du temps passé [Contes de Ma Mère l’Oye] est offerte à Mademoiselle, nièce de Louis XIV. La dédicace est signée des initiales de son fils Pierre Perrault alors âgé de dix-sept ans. C’est à ce dernier, sous le nom de Darmancour, qu’est accordé, le 28 octobre 1696, le privilège de les imprimer. Si la main du père a été vite reconnue, on s’accorde à ce que l’œuvre soit née d’une collaboration père-fils.


« Pierre aurait couché sur le papier quelques "contes de nourrices", Charles les aurait réécrits et complétés de moralités en vers, la mystification servant les intérêts du père autant que la carrière du fils… Car si simples et naïves que soient ces histoires, elles viennent à point nommé en illustration du Parallèle des Anciens et des Modernes [ en ce qui Regarde les Arts et la Science, plaidoyer pro domo en quatre volumes sous forme de dialogues 1688->97] dont la parution s’achève précisément en cette année 1697, démontrant que les contes "que nos aïeux ont inventés pour leurs enfants" sont plus moraux que ceux de l’Antiquité. » (bnf.fr)

Le succès des Contes est tout de suite immense et perdurera au fil des siècles. Qui ne connait Barbe-Bleue, le Petit Chaperon Rouge, la Belle au Bois Dormant, Peau d'Âne, ou encore le Chat Botté.

« La rencontre de la littérature orale traditionnelle, archaïque et « naïve », et de l'écriture mondaine et lettrée – combinée au didactisme moral (craintes ancestrales, violence, sexualité), fait de ce recueil une des œuvres les plus populaires et les plus énigmatiques de la littérature française. La cruauté, l'effroi, le merveilleux, la familiarité et la malice y sont savamment dosés, grâce à une technique du récit qui privilégie l'évocation sur la démonstration … Classiques par leur élaboration formelle, par leurs préoccupations pédagogiques et par leur orientation rationaliste, baroques par leurs thèmes merveilleux, par leur art de l'implicite et de l'ironie (permettant ambiguïté et doubles lectures), les Contes apparaissent comme une parfaite illustration de la théorie de la « modernité » professée par leur auteur : la tradition orale contre l'imitation de l'antique.». (Encyclopédie Larousse)

Maintes fois les contes ont été illustrés

 

http://amisdeperrault.canalblog.com : 

  • Adrian Ludwig Richter (1803 – 1884), peintre, dessinateur et graveur allemand de la période romantique ;
  • Arthur Rackham (1867 – 1939), artiste anglais, qui illustra de nombreux livres pour enfants dont Les Contes des frères Grimm (1900) ;
  • Kay Nielsen (1886 – 1957), illustrateur danois ayant travaillé comme artiste d'esquisse pour les studios Disney, pour réaliser des études sur plusieurs films dont Fantasia et La Petite Sirène.
  • Mais l’illustrateur le plus connu reste Gustave Doré (1832-1883), illustrateur également de La Bible, de L’Enfer et du Paradis de Dante, de Don Quichotte, du Paradis Perdu de Milton…
  • La force de ces contes est telle que l’on a beau connaître parfaitement leur déroulement et leur dénouement, on ne se lasse de les relire ou de les revoir dans leurs adaptations cinématographiques. Cela tient à la vérité des personnages, gentils ou méchants, leur justesse sans être caricaturaux ; à un rythme, on dirait de jours, un script ou un montage, parfaitement séquencé ; et à une écriture d’une apparente simplicité mais qui en éliminant toute description ou événement superfétatoire va toujours à l’essentiel. Pour nous replonger dans un passé qui serait réel mais jamais qu’imaginaire, et rendre plus authentique ces Contes du Passé qui relèveraient d’une tradition orale, l’auteur use de mots déjà recensés dans le Dictionnaire de l’académie comme archaïsmes plus en usage en 1697 (oye, chaperon, verdoyer, carabine, choir[9] …). Une œuvre classique par excellence.


On doit également à C. Perrault des ouvrages de circonstance comme Dialogue de l’amour et de l’amitié (1668), Discours sur l’acquisition de Dunkerque par le Roi Harangue faite au roi après la prise de Cambrai (1679), Ode de Mgr le Dauphin sur la prise de Philisbourg (1688), Ode du Roi, Dialogue d’Hector et d’Andromaque (1693), Ode au Roi Philippe V, allant en Espagne (1701), Ode pour le Roi de Suède (1702) ; religieuses Épître chrétienne sur la pénitence  (1683), Saint-Paulin, évêque de Nole (1686), un conte satyrique le Faux Bel Espri( ( ou Faux Bel Air 1703)…


Notes

[1] Sur le conte au XVIIème siècle voir également Raymonde Robert L'infantilisation du conte merveilleux au XVIIe siècle Littératures classiques Année 1991 n°14 pp. 33-46 https://www.persee.fr/issue/licla_ 0992-5279_1991_num_14_1

[2] Entre 1785 et 89, le chevalier Charles-Joseph de Mayer entreprend d’éditer à Amsterdam 41 volumes de contes sous le titre du Cabinet des Fées qui réunit les contes du siècle passé. Si Perrault en tient l première place, les contes libertins sont écartés. Ce « monument littéraire » révèle l’importance que le merveilleux à tenu au XVIIème siècle, et l’abondance de sa littérature qui n’a commencé à faire surface qu’au milieu du XXème siècle.

[3] Citation et pour en savoir plus sur Mme D’Aulnoy et le Conte de Fées : Monique Calinon, https://gallica.bnf.fr/blog/23062021/il-etait-une-fois-marie-catherine-daulnoy-1651-1705?mode=desktop

[4] Raymonde Robert L’insertion des contes merveilleux dans les récits-cadres https://doi.org/10.4000/feeries.70

[5] Gratien Leblanc, Président Honoraire, Notice Historique, Académie des Sciences et Inscriptions et des Belles-Lettres : https://www.academie-sciences-lettres-toulouse.fr/?page_id=4

[6] Isabelle Billaud The Story of the Marquise-Marquis de Banneville, and: Histoire de la Marquise-Marquis de Banneville (review) University of Toronto Press Volume 18, Number 3, Spring 2006, pp. 402-404. I Billaud se conforme à la version de Joan DeJean, selon laquelle « avec certitude la participation de l'un de ces trois auteurs [Abbé de Choisy*, Perrault, L’Héritier], cette histoire encore incroyable dans laquelle toute la jeunesse dorée de France semble passer ses journées la flexion du genre ne peut être identifiée que comme le produit d'une collaboration entre eux »

[7] www.babelio.com/auteur/Charlotte-Rose-de-Caumont-La-Force/475341

[8] Marc Soriano Burlesque et langage populaire de 1647 à 1653 : sur deux poèmes de jeunesse des frères Perrault, Annales, 1969 24-4, https://www.persee.fr/doc/ahess_0395-2649_1969_num_24_4_422155.  Sur le genre burlesque voir Lettres et Mémoires/ Paul Scarron)

[9] Sur ces archaïsmes et les contes au XVIIème siècle voir Le siècles des Merveilles Madame d’Aulnoy et Perrault, Tony Gheeraert Les caquets de  Ma Mère l’Oye (1) : fausse paysanne…14/09/2021 https://merveilles. hypotheses.org/359

 


Le Conte en Allemagne

« ll faut toutefois attendre les Kinder und Haus-Märchen (Contes de l’Enfance et du Foyer) de Jacob et Wilhelm Grimm en Allemagne pour voir une entreprise de compilation de la tradition orale avec la volonté affichée de conserver un patrimoine national »


Index

Italie

Gianfrancesco Straparola 148 ?-155 ?

Giambattista Basile Giugliano in Campania 1566-1632


France

Jean de La Fontaine 1621-1695

Charles Perrault 1628-1703

Catherine Bernard 1636-1712

Charlotte-Rose de Caumont La Force 1650-1724

Madame d’Aulnoy (Marie-Catherine Le Jumel de Barneville, baronne d’Aulnoy) 1652-1705

Jeanne L’Héritier de Villandon 1664-1734

Henriette-Julie de Castelnau 1670-1716

Henriette-Julie de Castelnau, comtesse de Murat 1670-1716


France

Introduction- Malherbe - Poséie Baroque - Poésie Classique - Poésie Satirique


Introduction

Comme dans le roman et le théâtre, la poésie connaitra deux périodes plus ou moins distinctes au cours du siècle, la première moitié sous les règnes d’Henri IV et de Louis XIII se voulant essentiellement baroque, la seconde sous celui de Louis XIV résolument classique. Une exception qui confirmerait la règle, celle du premier chronologiquement d’entre eux qui fut l’initiateur du classicisme et d’un classicisme rigoureux, François de Malherbe (1555-1628).

Périodes plus ou moins distinctes, car le roman et la poésie qui se formèrent dans les salons, même de la seconde période des précieuses, celle des contes de fées, ne peuvent être exclus du style baroque, la préciosité relevant elle-même d’un esprit contourné, comme le conte fait appel lui à un merveilleux qui nous éloigne de la sobriété classique.


Malherbe

François de Malherbe (1555-1628), né à Caen et mort à Paris, est issu de la petite mais ancienne noblesse et du milieu de la magistrature. Son père, écuyer, était conseil au baillage et présidial (tribunaux en dessous du parlement de province) de Caen. Il fait des études de droit dans sa ville natale puis à Paris et les poursuit à Heidelberg et à Bâle.

En, il s’installe à Paris et entre au service du Duc d’Angoulême, fils illégitime d’Henri II, et le suit à Aix-en -Provence quand ce dernier est nommé gouverneur de Provence. Il va alors passer sa vie entre Caen et Aix même après la mort du duc en 1586.

Il n’a écrit que quelques pièces en vers comme Le Mariage comme 1581, publiées de ci de là, jusqu’à ce qu’en 1605, il suit Guillaume du Vair, 1er président au parlement d’Aix, qui le présente au roi. Son ode qu’Henri IV lui a demandé d’écrire pour sa campagne en Limousin à venir, qu’il intitule La Prière pour le Roi Henri Le Grand Allant en Limousin, plait au monarque qui l’attache au service du Duc de Bellegarde et avant de faire de lui par la suite un gentilhomme ordinaire de la Chambre. Il devient poète officiel d’Henri IV comme l’on disait à l’époque « poète du Louvre ». A la mort de celui-ci, il conserve la protection de Marie de Médicis est demeure plus que jamais poète officiel de la cour. Après une ‘mise au placard’ quand Louis XIII règne seul en 1621, il revient en grâce quand Richelieu devient Premier Conseiller en 1624 et qu’il célèbre son action. Il meurt en 1628.


 Poète classique parmi les classiques avant … la lettre, épurateur, réformateur de la langue française, il est resté célèbre tout autant par sa rhétorique poétique que pas son fameux vers : « Et rose, elle a vécu ce que vivent les roses, l’espace d’un matin ». Tous les auteurs classiques français partagent le propos de Boileau : « Enfin Malherbe arriva, et le premier en France, d’un mot mis en sa place enseigna le pouvoir. »

Ce n’est pas tant sans ses propres poèmes qu’il manifeste sa théorie littéraire que dans ses Remarques sur Desportes en 1606 dont il analyse sévèrement l’œuvre. Il va alors commencer à recevoir chez lui de jeunes poètes jusqu’à ce qu’en 1615, il reçoive également des gens de lettres. De Maitre es poésie, il se fait maître es langage. Il sera ‘Moderne’ avant l’heure. La Querelle des Anciens et des Modernes ne débutera qu’en 1637 à l’occasion de la représentation du Cid auquel les ‘Modernes’ reprochent son antipatriotisme (nous sommes pourtant en pleine vogue espagnole) et son manque à la bienséance et morale chrétienne. Malebranche, lui, a déjà tiré un trait sur la poésie de la Renaissance et considère Ronsard comme un poète totalement dépassé. Il n’a pas plus d’égard pour Homère et Virgile, mais loue Ovide, Sénèque et particulièrement le Stace (40-96), poète de cour latin qui célébra l’empereur Domitien.


Pour son goût pour ses poètes de l’antiquité, on pourrait taxer Malebranche de baroque pour son goût qu’il partage avec eux pour l’exubérance, au moins jusqu’en 1605. Sans oublier qu’il fu influencé en ses débuts par les poètes de La Pléiade comme dans Les Larmes de Saint -Pierre de 1587 composé pendant les Guerres de religion et de « tonalité baroque par la multiplicité des images somptueuses, par l’excès des sentiments ,par la complexité de sa construction ».

« Malherbe défendit une conception « artisanale » de la poésie, qui portait essentiellement sur la rigueur et la pureté de la forme : il invite le poète à n’exprimer que des thèmes éternels, considérés comme autant de prétexte à un usage précautionneux des rimes et des rythmes dont « l’harmonie ne peut provenir que d’un ordonnancement parfait. (https://www.espacefrancais.com/francois-de-malherbe)

Se disant lui-même « tyran des mots et des syllabes », il voulut forger et forgea une langue nouvelle, faite de clarté et de simplicité. Premier représentant de la poésie classique sans pour autant avoir écrit d’art poétique, il forma un véritable courant qui entraina en son sillage de nombreux disciples (Vaugelas, Chapelain, Guez de Balzac...) qui louèrent en ses poèmes ‘l’harmonie classique’. Sa vie durant, il s’efforça jusqu’à son dernier souffle de « maintenir la pureté de la langue française » comme le rapporte Tallemant des Réaux dans ses Histoirettes.


La Poésie Baroque

Jean de Sponde

 Jean de Sponde (1557-1595), d’origine basque, fut un élève du réformateur suisse Théodore de Bèze. Nommé maître des requêtes d'Henri de Navarre, celui-ci le chargea de plusieurs missions, avant d'être nommé lieutenant général de la sénéchaussée à La Rochelle en 1589 ou 1590. Il se démet de ses fonctions quelques années plus tard et se convertit au catholicisme en 1593 ; conversion qui, étonnamment, lui retira les faveurs du roi bien que celui-ci se convertit lui aussi et lui valut d’être rejeté par ses coreligionnaires.

Bien qu’appartenant au XVIème siècle, Sponde  est un baroque avant l’heure. Profondément dépressif, il était un poète de l’impermanence, de la mort toujours présente, mais aussi de l’amour, érotique et sublimé. Son œuvre pourtant méritoire sombra dans l’oubli jusqu’à ce qu’un érudit anglais, au XXème siècle, ne la redécouvre. Dans Les Amours et les  Douze Sonnets sur la mort nous mettent en garde contre les illusions et vanités de ce  monde. On l’a rapproché comme poète religieux du poète anglais métaphysique John Donne (1572-1631). Il traduisit Homère et Hésiode en latin et Sénèque en français.


Saint-Amant

Marc-Antoine Girard, (1594-1661) qui se qualifiera lui-même de sieur de Saint-Amant (sans doute à cause de célèbre abbaye du même nom sise à Rouen ?), né à Grand-Quevilly près de Rouen et mort à Paris, est selon les sources  le fils d’un marchand protestant appartenant à la bourgeoise ou le fils d’un officier de marine, ou /et « .après avoir navigué, est devenu armateur et possède des intérêts commerciaux dans une fabrique de verre » (Encyclopédie Universalis).   Il a pu broder sur la vie de son père comme il l’a fait  la sienne. Selon les sources soit ses connaissances des humanités laisse à penser qu’il a bien pu faire des études secondaires sérieuses  mais en tant que protestant non pas au collège jésuite de La Marche dans le quartier de la Montagne Ste Geneviève à Paris comme l’indique certaines anciennes sources, soit « ise flatte de n'avoir pas appris les langues anciennes ». mais, il a appris l’italien, l’anglais, l’espagnol et joue du luth.


Dans sa jeunesse, ses frères étaient marins, il voguera vers les Canaries, la côte africaine et les Antilles. Il évoquera ses navigations dans ses poèmes comme Le passage de Gibraltar, poème satirique qu’il écrivit sue Le Louis voguant vers les Iles de Lerins.

Il est à Paris en 1616/20 et fréquente le milieu littéraire. Il côtoie la joyeuse confrérie des monosyllabes qui gravite autour du Comte d’Harcourt et fait la connaissance notamment de Théophile de Viau, figure emblématique du libertin et de François-Hugues de Molière (1600-1624voir Roman). Henri de Gondi, deuxième duc de Retz devient son protecteur en 1624. Il fréquente l’Hôtel Rambouillet où on le surnomme Sapurnius mais tout autant les cabarets. En 1625, il se convertit au catholicisme.

Poète éclectique, il écrit des poèmes sur le bon vivre (La Jouissance,  La Chambre du débauché,  Chansons à boire, Railleries à part, Les Goinfres), des poèmes héroïques ( Andromède dédié au Grand Monsieur, Gaston d’Orléans L'Arion dédié au duc de Montmorency, plus tard Épitre héroïco-comique à Monseigneur le Duc d'Orléans), des poèmes fantastiques (Les Visions, Le Contemplateur dédié à l'évêque de Nantes), satirique (La Rome Ridicule 1653)


En 1629, une première publication (première partie) de ses poèmes connait un tel succès qu’elle sera suivie de 20 autres rééditions entre 1632 et 1668. Feront suite : Suite de la première partie (1631), Deuxième Partie (1643), Dernier Recueil(1659). Son poème de jeunesse écrit à Rouen, Solitude dans lequel il développe tout son attachement à la solitude, objet d’une publication pirate, est toujours en bonne place dans les anthologies. Purcell l’adaptera en chanson dans une traduction de Katherine Philips (1632–1664 voir Poésie/Outre-Manche).

Il devient le représentant d’une poésie légère. Bien que de réputation douteuse, de « goinfre débraillé », il fait partie en 1635 des fondateurs d’une l’Académie Française qui se veut être la vitrine des bonnes mœurs.


Dans la suite de ses protecteurs, Duc de Retz, Duc de Montmorency, Henri de Lorraine Comte d’Harcourt, il voyage en Europe participant à des faits militaires contre les espagnols en Italie  (libération de Casal Montefarro, bataille de Chieri, de Turin) ou à des missions diplomatiques (il est des 500 personnes qui accompagnent à Rome le Maréchal de Créquy pour négocier auprès du pape de l’annulation du mariage de Gaston d’Orléans et de Marguerite de Lorraine ; en Angleterre dans la suite du Comte d’Harcourt, il soutient la royauté avec son poème Albion). Dans son poème, Les Triolets, écrit pendant la première fronde, Fronde des Prince (1648-1653) menée par les Gondi,  il soutient de façon déguisée Mazarin.


En 1645, ses anciens protecteurs l’ayant ‘lâchés’, il trouve en la personne de Louise-Marie de Gonzague, épouse le roi de Pologne, une admiratrice qui le fait gentilhomme de sa chambre et lui accorde une rente régulière. Il se rendra à Varsovie non sans quelques péripéties mais ne s’y installera pas (Stances sur la grossesse de la reine de Pologne, la Vistule sollicitée); Il se rend ensuite à Stockholm à la cour de la reine Christine de Suède qui avant d’abdiquer en 1654, s’est entourée d’artistes et de philosophes comme Descartes qui y séjourne en 1649 († 1650 La Haye).

Revenu en France en 1651, il a 57 ans, il retourne s’installer à Rouen. Il a refusé de se plier au dictat des règles du classicisme édictées notamment par Malherbe. Il est victime des brocards de Boileau sur son mauvais goût, Il va sombrer dans l’oubli avant d’être redécouvert au XIXème siècle. Néanmoins, son Moïse Sauvé, sur la sortie du peuple juif d’Égypte, est publié en 1653. Il se rapproche de la religion, et ses poèmes vont se teinter de méditation chrétienne comme ses Stances à M. de Corneille sur son imitation de Jésus-Christ, en 1656 La Généreuse, un poème épique en 1400 strophes sur le courage de la reine de Pologne qui a perdu son enfant et qui lui retire sa pension, et en 1659 Suspension d'armes sur la paix entre France et Espagne.


En l’année de sa mort,1661, il avait fait paraître une Lune parlante mettant en scène le roi Louis XIV ; année où à la mort de Mazarin, le Roi Soleil décide de gouverner et de gouverner seul

Saint Amand est classé dans la catégories des poètes burlesques et satiriques. Il pourrait être classé parmi les libertins.

 «Habitué des routes, des navires, des camps, des ambassades, des ruelles, des cabarets, c'est une des personnalités les plus vivantes du xviie siècle. » (Encyclopédie Universalis)

« Marquée par les nombreux voyages et le goût des plaisirs, l’œuvre poétique de Saint-Amant (1594–1661) mêle le trivial au spirituel, dans un savant mélange de chansons à boire, de poèmes burlesques et d’une sensibilité d’artiste et d’un sens vif de la nature et des paysages. Oubliée durant tout le XVIIIe siècle, cette œuvre baroque et vivante sera redécouverte par les parnassiens, en particulier par Théophile Gautier [qui le qualifie ‘d’excellent poète’ dans Les Grotesques 1853] à la fin du xixe siècle. »


Cyrano de Bergerac

Savinien de Cyrano dit de Bergerac (1616-1655), né à Paris et mort à Sannois (Val d’Oise) est le fils d'Abel I de Cyrano, sieur de Mauvières, avocat au Parlement de Paris. Sa mère était fille d’un Conseiller du Roi (haut magistrat après des études universitaires, nommé sur examen) et Trésorier Royal (collecteur d’impôts). Cyrano a toujours associé à son nom le titre de noblesse de Bergerac bien que le fief de Bergerac situé dans la Vallée de Chevreuse n’appartenait déjà plus à sa famille.


Mousquetaire, Cyrano  faisait partie de la célèbre compagnie des cadets  Casteljaloux, ancienne capitale d'un vaste état gascon allant des Pyrénées au Quercy. Il était tellement craint qu'il fut surnommé de son vivant "Le Démon de la bravoure".  Malheureusement, il fut blessé en 1639 et  suffisamment gravement pour qu’il soit contraint de cesser le métier des armes.

Il se consacra à l’écriture. Poète à la verve féconde, à l’imagination flamboyante, à l’existence mouvementée, il défraya la chronique du temps par ses relations houleuses avec Charles Coypeau d'Assoucy (1605-1677), musicien, écrivain aux mœurs dissolus s’inscrivant dans le courant libertin. Libertin, lui-même,  de pensée et de mœurs, athée, il dérangeait. On lui vola un manuscrit et il ne put publier de son vivant ses deux romans, romans initiateurs du genre ‘science-fiction’. Histoire comique des États et Empires de la Lune (1657) et Histoire comique des États et Empires du Soleil (1662). En 1653, il entra au service du marquis de Sévérac, comte de Rodez, vicomte de Montal, baron de Salvagnac qui, général sous Louis XIII, fut couvert d’honneurs par Louis XIV qui éleva ses terres en duché.


Dramaturge, Cyrani  a écrit en souvenir de son principal du Collège de Beauvais, Le Pédant Joué (1654), première comédie en prose avec « une intrigue classique, inspirée du théâtre italien, et donc de la comédie de mœurs de Plaute ». Cette pièce inspira Molière pour plusieurs scènes et répliques. Le célèbre vers « Que diable allait-il faire dans cette galère ? » des Fourberies de Scapin est emprunté à «Que Diable aller faire aussi dans la galère d'un Turc ? » D’autres emprunts aussi pour entre autres Le malade Imaginaire. Dans Le Pédant,

«il y a d'incessantes allusions sexuelles, absolument inconnues dans le théâtre depuis Aristophane. Puis, il y a cette création de patois et de parlers propres aux personnages qui conduisent a l'impossibilité de communiquer. Enfin, on trouve aussi une créativité du langage évocatrice de Rabelais. »


Dans sa tragédie La Mort d’Agrippine (1654), il exprime clairement son athéisme. Tallemant de Réaux, resté célèbre pour ses Historiettes (1657 et au-delà), mine précieuse  sur le siècle, écrira « : «  Un fou nommé Cyrano fit une pièce de théâtre intitulée La Mort d'Agrippine, où Séjanus disait des choses horribles contre les dieux. »

Dans sa pièce éponyme (1897), Edmond Rostand est en partie fidèle à la réalité. Cyrano fut homme d’épée et à 36 ans, mourut bien, d’avoir reçu une bûche sur la tête. Accident ou assassinat ? Mais, il n’est pas né en Gascogne contrairement à d’Artagnan (1611-1673) ni fut pas amoureux de sa cousine[1].


Théophile de Viau

Théophile de Viau (1590-1626), né Boussères de Mazère  (près de Port-Ste-Marie, Lot- et- Garonne) et mort à Paris est issu d’une famille protestant. Son père est avocat en la cour de parlement. Il étudie au collège protestant de Nérac où Marguerite de Navarre († 1549), sœur de François 1er a fait prévaloir les idées protestantes et où Henri IV a passé son enfance. Il poursuit ses études toujours dans un cadre protestant à l’Académie de Saumur qui nouvellement fondée établira une doctrine fait prévaloir la grâce à en opposition la prédestination. Il les achève à l’université de Leyde où Jacobus Arminius (Arminianisme) et Francescus Gomarus s’affrontèrent en 1613 sur la question de la prédestination, le premier étant moins rigide que le second sur la question. A l’époque, Leyde était une riche qui possédait une des plus importante école de peinture du Siècle d’Or hollandais. Il fait la connaissance d’un autre Guez de Balzac (1597-1654 qui sera avec lui un des plus connus des ‘libertins érudits’.


« Leur amitié, qui devait plus tard se changer en haine, fut alors assez intime pour donner naissance à toutes les calomnies. Ils firent ensemble un voyage aux Pays-Bas. Il semble que, pendant ce voyage, Théophile ait sauvé la vie à Balzac; il est certain qu'en en revenant, ils s'étaient brouillés, pour des raisons d'ailleurs mal connues » (Cosmovision).

Âgé d’une vingtaine d’années, il entre dans une troupe de théâtre ambulant. En 1615, il s’installe à Paris après avoir fait partie d’une troupe de théâtre ambulant. Il entre au service de  Jean-Louis de Nogaret, Comte de Candale,  Duc d’Épernon, un des mignons de Henri III (voir Épître/Guez de Balzac qui fut aussi secrétaire du duc).


Poète de cour, il fréquente les salons littéraires, notamment celui de l’Hôtel de Rambouillet. Il découvre et épouse les idées du libertin intellectuel Giulio Cesare Vanini (1585-1619 voir Philosophie/Libertinisme) qui remet en cause l’immortalité de l’âme. Il se convertit néanmoins au catholicisme, tout en continuant à adhérer au libertinisme. En 1619, accusé d’irrespect envers la religion et de « mœurs indignes » (il était bisexuel), et pour des raisons aussi politiques ( rivalité entre le protestant Comte de Candale et le catholique Duc de Luynes), il est forcé à l’exil.

Il est de retour d’Angleterre un an plus tard. En 1622, la parution de poèmes libertins dans le recueil Parnasse satyrique[2] qui réunit anonymement ou pas des poètes libertins et dont le premier poème est signé par lui provoque un scandale et  lui vaut d’être brûlé en effigie devant Notre-Dame alors qu’il est en fuite. En fait, 

« Une cabale a été montée par un jésuite, le père Voisin, et l'opinion est ameutée par un autre jésuite, le père Garasse. Des poursuites sont engagées contre Théophile. Il est accusé d'avoir publié un recueil collectif de vers obscènes, Le Parnasse satyrique. Accusation absurde d'ailleurs, car Théophile n'y était pour rien. Mais sa réputation le condamnait d'avance. Il prit la fuite. Découvert alors qu'il allait passer en Belgique, il fut ramené à Paris et jeté dans le cachot de Ravaillac » (Encyclopédie Universalis)..


Il est arrêté alors qu’il tente de partir pour l’Angleterre. Emprisonné à la Conciergerie pendant deux ans, il fait l’objet d’une intense polémique opposant par libelles les pour et les contre. Après deux ans de procès, il est libéré et trouve asile  chez le Duc de Montmorency à Chantilly où il meurt quelque mois plus tard, épuisé par les terribles conditions de sa détention.

Buveur, grand joueur et non moins épris de sobriété classique dans son œuvre, de Viau a touché avec talent à biens des genres littéraires. Il est l’auteur du fameux « Ah ! Voici le poignard qui du sang de son maître s’est souillé lâchement. Il en rougit, le traître ! » dans Les Amours Tragiques de Pyrame et Thisbé (1621). Très célèbre de son temps, un des poètes les plus lus en Europe,  sa renommée fut étouffée par celle  des ‘classiques ‘ qui voyaient en lui, tout autant le libertin de mœurs que le baroque d’écriture. Il sera redécouvert par Théophile Gautier.

« La phrase trop fameuse de Boileau : « Enfin Malherbe vint » a conduit l'ensemble de la critique, pendant plus de deux cents ans, à considérer le XVIIe siècle comme entièrement dominé par une orthodoxie classique fondée sur l'enseignement et l'exemple de Malherbe. Deux chiffres aujourd'hui connus permettent de mesurer combien cette vue était illusoire. En face de seize éditions de Malherbe imprimées au XVIIe siècle, on compte quatre-vingt-treize éditions de Théophile de Viau. C'est dire combien il importe d'étudier celui que les contemporains appelaient « le premier prince des poètes » et « l'Apollon de notre âge » (Encyclopédie Universalis).


« On trouve dans ses ouvrages, à côté de pièces mal venues, lourdes, incorrectes même, des pièces d'un seul jet, pleines de vie et de sincérité. Souvent une ou deux strophes exquises sont noyées dans tout un fatras. Mais l'accent d'émotion vraie avec lequel Théophile chante, la nature et l'amour dans des pièces telles que la Solitude ( à ne pas confondre avec le poème de jeunesse du même nom de Saint Amant) lui ont valu d'être porté aux nues par les romantiques. Il est certain que, si, comme écrivain, il reste médiocre, infiniment inférieur à Malherbe, il est beaucoup plus « poète » que lui, au sens moderne du mot. (A. Bayet (†1961), professeur à l’École pratique des hautes études, cité par Cosmovision).


De Viau, qui tire son titre des terres de son père, a laissé une production littéraire peu abondante. On peut ajouter une tragédie en 5 actes et alexandrins, Pyrame et Thisbé, un Traité de l'immortalité de l'âme adaptation du Phédon et un recueil de six odes La Maison de Sylvie (1623-24) dans lequel en dizains, il exprime son amour pour, Marie-Félice Orsini (1600-1666), duchesse de Montmorency, qu’il nomme Sylvie. La maison est le Château de Chantilly. Les recueils de ses Œuvres Poétiques en trois parties comptent environ 115 poèmes.

« Un poète baroque français dont l’œuvre mêle sensualité, scepticisme et liberté de ton. Opposé au dogmatisme religieux et au formalisme classique, il défend une poésie vivante et personnelle, souvent marquée par un lyrisme mélancolique et une grande musicalité. Sa voix singulière, entre révolte et élégance, fait de lui une figure originale du début du XVIIᵉ siècle. »


Vincent Voiture  

Vincent Voiture (1597-1648), né à Amiens et mort à Paris, est le fils d’un  marchand de vin en gros (ce dont on le moqua souvent). Il signe Voycture deux pièces, l’une latine, l’autre française, et Voicteur une pièce en vers sur la mort d’Henri IV, qu’il récita, en 1610, comme écolier du collège de Calvy surnommé La Petite Sorbonne. Il gagne à 16 ans les faveurs de Gaston d’Orléans à qui il a adressé un poème. Il faut dire qu’il a été introduit auprès du Grand Monsieur par Claude d'Urre, seigneur de Chaudebonne († 1644), fidèle parmi les fidèles du duc, comme il l’introduira aussi auprès d’une de ses meilleures amies, Catherine de Vivonne, Duchesse de Rambouillet († 1663). Le duc fera de Voiture le Contrôleur Général de sa Maison, puis l’Introducteur des Ambassadeurs. La reine mère lui octroiera une pension.

Il fait partie de la suite du Duc d’Orléans en Languedoc et en Lorraine. Il est envoyé en mission en Espagne. Les poèmes qu’il fait parvenir à Paris font merveille. Il entre à l’Académie dès sa fondation en 1634. Il séduit Richelieu avec sa Prise de Corbie, ville réputé pour son importante abbaye au Moyen-Âge, assiégée et prise aux Espagnols en 1636 par les troupes royales (Guerre de Trente Ans).


En 1638, il est chargé d’annoncer la naissance du dauphin au Grand-Duc de Toscane, Ferdinand II de Médicis. Il poursuit jusqu’à Rome où il est  élu membre à l’Académie des Humoristes (Accademia dei Begli Humori 1603-1670) qui réunissait savants et lettrés. Il recevra d’autres charges comme Maître d’hôtel du roi en 1639, Premier Commis du comte d’Avaux, charges  qui lui vaudront des pensions des plus confortables.

Parmi les écrivains et poètes qui ont fréquenté les salons sans forcément prendre place dans l’histoire des lettres françaises, le plus représentatif des poètes précieux est sans doute Vincent Voiture, qui était en quelque sorte l’amuseur tandis que Guez de Balzac en était le poète sérieux.  Autant par le raffinement de son style que par son esprit brillant et son amour du jeu, il était celui qui pouvait le mieux animer ces salons dans lesquels les poètes s’affrontaient par moèmes interposés en  querelles comme celle des jobelins (Job poème de Benserade) et des uranistes (Uranie, poème de Voiture).


En 1650, son neveu, Martin Pinschesne rédigera la préface des  Œuvres de Monsieur de Voiture, adressée au Prince de Condé. Ellse contiennent principalement des lettres mondaines et galantes. Sa correspondance a joué un rôle fondateur dans la formation du genre épistolaire. Poète formel, assurant aux thèmes conventionnels comme celui de La Belle Matineuse, une maîtrise sûre, il abordait et conférait à ses lettres, volontairement parfois abruptes, toute la recherche du style précieux.

Voltaire aura dit de lui :

«Voiture donna quelque idée des grâces légères de ce style épistolaire qui n’est pas le meilleur, puisqu’il ne consiste que dans la plaisanterie…C’est le premier qui fut en France ce qu’on appelle un bel esprit. Il n’est guère que ce mérite dans ses écrits, sur lesquels on ne peut se former le goût ; mais ce mérite était alors très rare. On a de lui de très jolis vers, mais en petit nombre. »


Tristan L'Hermite

François L'Hermite (1601-1655), né au château du Solier dans la Creuse, près de Guéret et mort à Paris, est issu de l’ancienne noblesse. Son père était grand officier du roi. Sans pour autant qu’il soit certainement de la même famille, et encore moins descendant de Pierre l’Hermite qui prêcha la 1ère croisade en 1096, François emprunte le surnom de Tristan à Louis Tristan L'Hermite, chef militaire et magistrat du milieu du XVème siècle, conseiller de Charles VI et familier de Louis XI.

Il est page du fils naturel d’Henri IV, Henri de Bourbon, duc de Verneuil, qui a le même âge que lui. De cette expérience de l’enfance, il en sortira en 1643 un roman, Le Page disgracié, où l’on void de vifs caractères d’hommes de tous tempéramens et de toutes professions.


Le privilège que lui accordait son rang lui permet de mettre son épée au service des demi-frères de ce dernier, d’abord de  Louis XIII en 1621  dans les troupes royales, puis l’année suivante, de Gaston d’Orléans (le ‘’Grand Monsieur’’) auquel il restera attaché durant vingt ans. Homme d’arme, il participe à la répression des Huguenots. En 1636, avec Théophile de Viaud, il part soutenir le roi qui siège devant la place forte protestante de Saint-Jean-d'Angély (Charente-Maritime) tenue par Benjamin de Rohan, frère du Duc de Rohan.

« On sait que Tristan se réfugia quelque temps en Angleterre, dans sa jeunesse après avoir tué en duel un garde du corps [3]

En 1645, ‘lâché’ par son protecteur, il en trouve un autre en la personne d’Henri II de Lorraine, duc de Guise qui, après s’être lancé dans une folle aventure militaire de possession de Naples et avoir été fait  prisonnier, est revenu à Paris en 1652. Il permet à Tristan de s’installer dans son hôtel (de Guise, ancien hôtel de Soubise, ancien hôtel de Clisson dans le Marais) où il mourra de tuberculose dans l’incognito en 1655.


En 1649, il entre à l’académie soutenu en cela par le Chancelier (Garde des Sceaux) Séguier qui le reçoit dans son hôtel de Grenelle-Saint-Honoré où il fréquente lors des séances du lundi et du jeudi, le monde intellectuel.

« On s'étonnera peut-être de voir Tristan accueilli par les Académiciens. Les contemporains ignoraient les oppositions tranchées que certains historiens ont imaginées depuis. Ils faisaient grand cas des qualités lyriques de Tristan, de la noblesse de son inspiration, de la haute tenue de sa langue, et acceptaient cette poésie, très différente de celle de Malherbe mais qui s'imposait par sa valeur » (Antoine Adam, Histoire de la littérature française au XVIIe siècle).

 Avec les poètes Théophile de Viau (1590-1626), le Comte Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693), petit-cousin (et non cousin) de la Marquise de Sévigné, Saint-Évremond (1614-1703), Cyrano de Bergerac Saint Amant (1594-1661), Charles Sorel (1599 ?-1674), il est un des plus illustres représentants des « libertins érudits » (voir Introduction/ les Courants Littéraires).


L’Œuvre

« Nous rencontrons l'amour qui met nos cœurs en feu, Puis nous trouvons la mort qui met nos corps en cendres.. » (Tristan)

Poète, dramaturge, il est l’auteur d’un seul roman, Le Page disgracié, dans lequel se mêlent les genres (autobiographique, picaresque, historique). Il y évoque les vingt premières années de sa vie. Outre, l’avantage de mieux nous faire connaître son auteur, ce roman nous fait mieux connaître également des grands de son temps, mais aussi la vie, les mœurs de son époque, sur le monde des lettres et du théâtre.

Cinq volumes de poésie sont publiés de 1633 à 48 :

  • ·        Les Plaintes d’Acante en strophes royales (1633) ;
  • ·        Les Amours ( version largement augmentée des Plaintes) ;
  • ·        La Lyre (1641)
  • ·        L’Office de la Sainte Vierge (1646)
  • ·        Vers Héroïques (1648)
  • ·        Hymnes de Toutes les Fêtes Solennelles ( posthume 1665)

Certains poèmes sont l’objet de dédicaces : La Mer à Gaston d’Orléans, Églogue Maritime à Henriette d’Angleterre, fille de Henri IV, épouse de Charles 1er ou encore La Renommée au Duc de Guise.


Le registre poétique de Tristan est étendu : Poésie élégiaque, poésie encomiastique (dithyrambique), poésie descriptive (connue depuis l’antiquité : description du bouclier d'Achille dans L'Iliade) dont « La Mer, est, à l'époque, la plus belle réussite du genre. toute chatoyante d'images neuve ». Mais aussi poésie précieuse en son usage de la pointe, ce trait d’esprit qui offre de l’inattendu en donnant à un mot son double sens[4], qui le rapproche du conceptisme et du gongorisme (voir Espagne/Poésie) et du concetto du Cavalier Marin qui, arrivé en France en 1615 à l’invitation de Marie de Médicis, fréquentait les salons, rencontrait Guez de Balzac, Mme de Scudéry, Vincent . Voiture…

« La Mer est ‘’ maniériste’’ par une rhétorique du contraste et de l’antithèse par la signification des fantasmes d'engloutissement associant à la nature un moi narcissique… « poète de la nuit et des amours insatisfaites, des souffrances de l'âme, de ses moments d’exaltation et de profonde dépression, est bien de ces mélancoliques que le XVIIe siècle s'est plu à définir» (Stéphan Boutet, De l’Inquiétude à La Sagesse, Cahiers Tristan L’Hermite n°9, 1987)


« Sensible à la beauté des formes et à celle de la nature, attentif à la musique du vers, il sait varier savamment strophes et mètres, créer des images neuves et séduisantes, trouver des expressions d'un raffinement et d'une subtilité extrêmes : ses poèmes, aujourd'hui encore, frappent par leur noblesse ou charment par leur grâce rêveuse et inquiète » (Encyclopédie Universalis). Mais de son temps, Tristan était surtout connu pour son théâtre. Il a écrit cinq tragédies une tragi-comédie (tragédie à fin heureuse), une pastorale et une comédie. (Voir Théâtre/France).


Postérité

Les grands écrivains classiques qui n’arrivèrent que dans la seconde moitié du siècle et dont le classicisme donna son nom au siècle éclipsèrent aux yeux de la postérité, les écrivains de talent et de grand talent qui, baroques, alimentèrent de leurs œuvres et chefs-d’œuvre la littérature de la première moitié du siècle. Tristan est de cela. Il connut la célébrité de son temps essentiellement par son théâtre dont les pièces suscitèrent une suite ou un modèle. P. Scarron comme P. Corneille reconnaissaient son talent bien que ce dernier est pris quelque ombrage à ce que l’on compara La Mariane à son Cid. Mais son œuvre poétique ne dévalorise pas sa plume. Il faudra attendre les poètes romantiques qui avaient une sainte horreur du Classicisme pour qu’il soit redécouvert. Le critique Émile Faguet (†1916) a écrit de lui : « Le plus romantique des précieux et le plus précieux des romantiques» (Histoire de la poésie française (de la Renaissance au romantisme, T III, III. Précieux et Burlesques ).


La Rime Royale

« La strophe royale ou rime(s) royale(s) (rhyme royal) est, en poésie anglaise une strophe composée de sept décasyllabes dont les rimes suivent la forme ABABBCC. Elle est attestée pour la première fois chez Geoffrey Chaucer au XIVe siècle » (Joseph Berg Esenwein, Mary Eleanor Roberts, The art of versification. Revised edition, Springfield 1921, 111 cité par Wikipédia). Christine de Pisan (†1430) et Charles d’Orléans (†1465) l’emploieront. Une variante avec la structure  ABABCCB, est appelée  "septain romantique" depuis qu’Alfred de Vigny l’a utilisée dans son poème Les Destinées . Très en vogue en Angleterre au XVIIème siècle, Tristan découvre la strophe royale dite de Chaucer (1340-1400) lors de son séjour forcé en Angleterre où elle était très en vogue.

 Dans les Plaintes d’Acante,   « Tristan L’Hermite explore les thèmes de l’amour, de la nature et de la métamorphose. Dans ce poème, l’auteur utilise la richesse des images florales pour illustrer les souffrances des amants et les transformations qu’ils subissent sous l’influence de l’amour ».

« Je vous pourrais montrer, si vous veniez unJour/En un parc qu'ici près depuis peu j'ai fait clore, /Mille amants transformés, qui des lois de l'Amour/Sont passés sous celles de Flore/ :Ils ont pour aliment les larmes de l'Aurore. »


Roger de Rabutin de Bussy

Roger de Rabutin, Comte de Bussy (dit Bussy-Rabutin, 1618-1693) né au Château d’Epiry, près d’Autun (Bourgogne et mort à Autun, est le fils de Leono Rabutin, Lieutenant du Roi Louis XIII (plus ou moins équivalent de préfet) et de Diane Cugnac d’une famille d’ancienne noblesse subsistante (un membre au moins toujours vivant). Il commence ses études chez les jésuites d’Autun et les poursuit toujours chez les jésuites, à Paris, rue St Jacques au Collège de Louis-Le-Grand, anciennement Collège de Clermont.

 
  En 1633, à 16 ans, il entre comme capitaine dans le régiment de son père. Il en prendra la tête un an plus tard. Il participe à la Guerre de Trente Ans (1618-48).

En 1641, emprisonné durant quelques mois pour ne pas avoir empêché la contrebande du sel par ses troupes, il fait la connaissance de François de Bassompierre, marquis d'Haroué, (maréchal de France en 1622). Bassompierre pour sa fidélité à la reine-mère est embastillé après la Journée des Dupes de 1630 au cours de laquelle Louis XIII renouvela sa confiance à Richelieu qui souhaitait une alliances avec les protestants allemands au grand dam du parti des dévots qui soutenait la très catholique Marie de Médicis. L’épouse de Bassompierre,  Marguerite de Lorraine, fille de Henri 1er de Guise, était une intime de cette dernière qui se fit gruger ce jour-là par la duplicité du Cardinal de Richelieu et fut exilé par son fils.. Libéré en 1643 à la mort du roi, me maréchal ne vivra encore que trois ans. Bassompierre était un esprit vif et un amoureux des femmes qui enseigna en ce domaine le jeune Comte.


En 1644, Bussy-Rabutin achète la charge de lieutenant de la compagnie de chevaux–légers de l’armée Henri II de Bourbon-Condé.  En 1645, il hérite de son père de la charge de lieutenant du roi. Il sert sous le Grand Condé en Catalogne et se bat aux côtés de Turenne (voir Introduction Générale/ Événements Majeurs/ Guerres/Franco-Espagnole et Guerre des Faucheurs).

En 1643, il a épousé sa petite cousine, la fille de sa grand-tante, Françoise de Rabutin-Chantal, Gabrielle de Toulongeon, cousine germaine de Madame de Sévigné (Marie de Rabutin-Chantal, 1626-1696)[5], et petite fille de la sainte Jeanne de Chantal (1572)1641). Gabrielle meurt trois ans plus tard à l’âge de 24 ans. Ils auront eu trois filles.


 En 1646, il crée un esclandre en enlevant la prude Madame de Miramion, fille d’un richissime collecteur de gabelle, qu’il croit selon les dires d’un abbé avoir un penchant pour lui. La fortune de Rabutin est alors à l’étiage tandis que la dame n’a pas moins de 400000 livres tournoi de rente. Rabutin l’enlève au Mont Valérien, l’emmène en son château près de Sens, mais doit bien vite se rendre à l’évidence que les furieuses protestations de la victime ne cadrent pas vraiment avec l’idée qu’il avait cru pouvoir s’en faire. Selon les sources, l’affaire est soit étouffée, soit passe en justice. En tout cas Rabutin devra verser 4000 livres de dédommagement en plus des 1000 qu’il avait dû verser pour l’enlèvement. Il se remarie rapidement avec Louise de Rouville (1622-1703), dame d’honneur sans gages d’Anne d’Autriche et avec qui il aura deux fils et deux filles.

Pendant la fronde, il rallie rapidement le camp royaliste après avoir été un temps du côté des Princes. Il participe aux campagnes de Catalogne et de Flandres au cours de laquelle il se distingue en 1658 à la victoire de la Bataille des Dunes aux côtés de Turenne, victoire décisive contre les Espagnols.


Son caractère impétueux qui l’encline peu à mettre des gants, sa liberté d’esprit, ses chansons satiriques lui vaudront outre l’animosité de personnages importants de la cour de ne de jamais avoir été nommé maréchal de France. Il commandait pourtant  avec bravoure le régiment qu’il avait hérité de son père. Promis aux plus grands honneurs militaires, il vit sa carrière militaire brisée par trop d’audace envers la bienséance.

 Il écrit à Madame de Sévigné:

« Après les contrariétés de la fortune, je suis aussi peu fâché de n’être pas maréchal de France, dit-il à sa cousine de Sévigné, que de n’être pas roi. Un honnête homme fait tout ce qu’il peut pour s’avancer et se met au-dessus des mauvais succès quand il n’a pas réussi ». 


En 1659, Mazarin le contraint à se retirer en ses terres de Bourgogne dans son Château de Chazeu à Laizy (Saône-et-Loire) pour avoir participé, durant la Semaine Sainte, à une orgie dans le

Château de Roissy en Brie[6].  Le Château de Chazeu avait été acheté au XVème siècle par le chancelier du Duc de Bourgogne, Philippe Le Bon, Nicolas Rolin immortalisé par ses figurations dans le panneau fermé du célèbre polyptique du Jugement Dernier  (entre 1443-1452) de Van der Weyden et face à la Vierge à l’Enfant dans La Vierge du Chancelier Rolin ou La Vierge d’Autun commandé a Van Eyck vers 1435. En 1651, Bussy-Rabutin ayant hérité de la moitié du château racheta l’autre part à Chrétienne de Chissey qu’elle reçut en héritage de son père Odinet de Montmoyen, gouverneur d’Autun.


En 1660, éloigné de la cour pour se divertir et divertir sa maitresse du moment, la Marquise de Montgla[7], Rabutin écrit en 1666 les Histoires Amoureuses de la Gaule en quatre volumes. Ce qui ne va pas sans rappeler le titre d’une histoire de la gaule, d’une autre sorte de conquête, celle d’un futur empereur. Il s’agit d’une chronique libertine et iconoclaste des mœurs de la cour avec des portraits à clé. L’ouvrage révélait bien trop d’indiscrétions gourmandes sur les mœurs de la cour pour que le jeune et fringuant Louis XIV ne l’en éloigne, l’exilant sur ces terres de Bourgogne.

En ce début des années 1660, la cour ne réside pas encore à Versailles. Il faudra attendre quelque vingt ans pour que Louis XIV en fasse sa résidence définitive. Le réaménagement du pavillon de chasse de son père vient à peine de commencer et l’idée d’en faire un palais n’est pas encore dans l’esprit du jeune roi qui, Mazarin mort, vient de ‘prendre’ le pouvoir. En 1665, une certaine marquise de La Baume ( ? de la famille de la future Duchesse de Lavallière ?) qui a fait une copie manuscrite des Histoires, animée sans doute de quelque ressentiment envers son auteur la fait imprimer et diffuser. Cette même année, Rabutin n’en ait pas moins élu à l’Académie Française- où il aima siéger- dans le fauteuil vacant du traducteur grec et latin Nicolas Perrot d'Ablancourt mort cette même année.


Rabutin pense rentrer en bonne grâce auprès du roi en lui faisant parvenir un exemplaire, persuadé qu’il est, que le souverain se rendra compte par lui-même qu’il n’a en rien offensé, dans le portrait qu’il a brossé de la belle-sœur du souverain, Henriette d’Angleterre, en grande estime du souverain et épouse de Monsieur son frère. Mal lui en a pris ; il est embastillé. Libéré pour cause de santé un an plus trad, il est contraint à un exil définitif en son château de Rabutin-Chantal (près de Montbard, Auxois, Bourgogne) racheté par son grand-père maternel en 1602.

Il va consacrer ses dernières vingt années à embellir son château, écrire ses mémoires qui seront publiés après sa mort et à se débattre dans un procès qu’il perdra pour avoir enlevé et séquestré sa fille qui, à ses yeux, a eu le tort impardonnable d’épouser un de ses amis qui pourtant à le même âge qu’elle. Il entretint une correspondance importante, et pamphlétaire poursuivit son œuvre galante avec une carte géographique de la cour et autres galanteries (1668).


En 1683, sa disgrâce connaît une embellie. Non seulement le roi l’autorise à revenir à la cour mais ô faveur, l’autorise à assister au Lever du Roi. Mais, dépité, l’accueil que lui réserve une cour qui ne lui a toujours rien pardonné le fait rapidement regagner ses terre,. néanmoins doté d’une belle pension royale.

Il meurt à Autun, où il est enterré, à l’âge avancé de soixante- quinze ans. Il aura eu cinq filles et deux fils. Piètre lecteur, il aimait pourtant lire Pascale et appréciait Molière, La Fontaine, Boileau, La Bruyère, Fontenelle.

Outre ses Histoires et ses Mémoires publiés en 1696, le Comte nous a laissé une correspondance volumineuse qui pour l’esprit et le style a peu à envier à Madame de Sévigné, « qui nourrissait pour ce débauché l'affection inavouée et quelque peu admirative d'une fausse prude. » (Encyclopéde Larousse). On lui doit également, une traduction des Lettres d'Héloïse et d'Abélard, une généalogie des Rabutin qui ne sera publiée qu’en 1886. Ses Discours à sa famille (à ses enfants) ont une visée moralisatrice, cherchant à donner une image vertueuse de lui-même… en vue de son retour en grâce ?

Au début de ses Mémoires, il donne une définition de l’Honnête Homme : « L’honnête homme est un homme poli et qui sait vivre ».

Après lui, on inventa le verbe « rabutiner » qui signifie se moquer durement de quelqu’un. Sa petite cousine écrira : « Savez-vous ce que c’est que rabutiner ? C’est, pour un Rabutin, avoir de l’esprit comme d’autres ont des bosses ». Il était de huit ans plus âgé qu’elle  et son confident (Encyclopedia Britannica).


La Poésie Classique

La Fontaine

Jean de La Fontaine (1621-1695), né à Château-Thierry et mort à Paris, est le fils d’un maître des Eaux et Forêts et capitaine des chasses du duché de Château-Thierry. Il passera la première partie de sa vie dans sa ville natale. Après 1642, il reprend des études de droit à Paris où il s’installera ensuite définitivement. D’un commun accord son épouse, qui retournera au pays natal, et lui mettront fin au mariage de complaisance qu’avait organisé son père en 1647. Il fréquentera son petit cousin de la Ferté Milon, Jean Racine. Il vivra jusqu’à sa mort chez ses protecteurs, haute noblesse ou haute finance, notamment la Duchesse douairière d’Orléans (†1672). « Homme fort ingénu, fort simple » selon son confesseur l'Abbé, pour son humeur agréable, sa discrétion, sa compagnie était recherchée. En 1676, il coupe avec ses attaches picardes en devant vendre pouh des raison financières (il a dilapidé la fortune paternelle) l’Hôtel particulier que son père avait fait construire pour son propre mariage en 1617. Il semblerait que son frère et sa demi- sœur (premier mariage de sa mère) n’est pas été concernés dans l’affaire.


En 1658, Nicolas Fouquet, grand amateur d’art, mécène immensément riche, surintendant des finances de Louis XIV devient son protecteur et lui verse pension pour écrire ses louanges. La Fontaine fréquente son salon où il croise, les frères Perrault, Madame de la Sablières, Mme de Sévigné, Molière et Racine... Et y fréquente aussi celui de Mme de La Sablière. Mais, il a le grand tort de rester fidèle à son protecteur quand ce dernier est arrêté en 1661 sur ordre du roi qui le fera enfermé à la forteresse de Pignerol (où aurait été aussi emprisonné le Masque de fer, demi-frère du roi) et où il mourra. Cette fidélité écartera le fabuliste de la cour royale et ne sera jamais plus vraiment intégré au cénacle des auteurs versaillais. Il est pourtant reçu à l’Académie en 1674. Il se rangera du côté des Anciens (Boileau, Malherbes) lors de la Querelle des Anciens et des Modernes (voir Introduction)


 Auteur de contes immoraux, il publie un premier conte versifié, Joconde ou l'infidélité des femmes, tiré du chant XXVIII du Roland Furieux de L’Arioste, qui suscite autant l’intérêt que la polémique et l’émulation. Cette nouvelle fait partie d’une publication plus large de Claude Badin en 1664 Nouvelles en vers tirées de Boccace et de l'Arioste. Il avait déjà fait paraitre en 1654 un poème Adonis et en 1659 le livret d’un ballet Les Rieurs du Beau Richard et de circonstances, Élégie aux nymphes de Vaux en 1660 et Ode au roi en 1663.

Après Joconde, suivront un premier volume des Contes et Nouvelles édité en 1665, un second en 1666 et un troisième en 1671. Ces contes sont aussi inspirés d’auteurs antiques comme le Boccace du Cocu Battu et Content, ou le Pétrone de La Matrone d’Éphèse. En 1674, paraissent Les Nouveaux Contes, plus luxurieux avec encore des moines et des sœurs … à la clé. Ils subiront la censure. Sa première publication n’était-t-elle pas l’Eunuque (1654) ?


Il aura écrit à part cela 243 fables réparties en quelques douze volumes, « se servant des animaux pour instruire les hommes à l’en croire. Il n’est pas l’inventeur du genre. Il s’est inspiré des fables en prose d’ Ésope (VIIème siècle av. J.-C.) - qui n’est sans doute, si tant est qu’il ait existé, que le compilateur d’une tradition orale, telles Le Corbeau et le Renard ou Le Lièvre et La Tortue.  Mais avec ses quelque 240 poèmes, La Fontaine a considérablement enrichi le genre, créant de mini-drames, de miniatures comédies, exquises ou satiriques sans être mordantes, dont le décor est le plus souvent naturel voire rustique et apportant une grande diversités de sujets. Moraliste, il peint son époque, son milieu avec sa hiérarchie, ses intrigues, ses enjeux politiques ou encore ses querelles intellectuelles, critique voilée de la cour. Des fables qui n’ont de fable que le nom, sont en réalité des élégies, des idylles, des épîtres ou des méditations oétiques.

 Il meurt à l’âge de 73 ans probablement de la tuberculose.


Saint-Évremond

Charles Le Marquetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Évremond (1614-1703), né à Coutances ( ou/ et baptisé à Saint-Denis Le Gast, Normandie) et mort à Londres, est le fils de Charles Le Marquetel de Saint-Denis, seigneur de Saint-Denis-le-Gast et de Saint-Ébremond-sur-Lozon (département de La Manche), issu d’ancienne noblesse. Charles fils commence ses études au collège Louis-Legrand (anciennement de Clermont) à Paris  avant de recevoir la protection du roi en 1618. Il les poursuit en droit à Caen. Il embrasse ensuite une brillante carrière militaire sous les ordres du Grand Condé. Il se distingue particulièrement à la victoire de Rocroi en 1643 (Guerre de Trente Ans).

Esprit distingué et de bonnes manières, honnête et galant homme, il se lie d’amitié avec les hommes les plus illustres de son temps, grands capitaines, maréchaux de France, princes dont le Grand Condé qui, en 1648, lui ôtera quand même sa charge de Lieutenant à cause des railleries dont il a été l’objet. Il s’entoure de femmes et obtient facilement leurs faveurs, telle Hortense Mancini, Duchesse et nièce de Mazarin et Ninon de Lenclos (voir Introduction Générale/Les Salons/Les Courtisanes). Il aime les plaisirs de la vie.


Durant les Frondes, il est royaliste et s’attire le succès avec son pamphlet La Retraite de M. de Longueville en Normandie. Madame de Longeville, qui eut entre autres pour amants, le Cardinal de Retz, Turenne, Condi et qui, vivement, sinon farouchement,  engagée dans le Fronde des Princes, dû se retirer en Normandie après l’arrestation en 1650 de son frère Condé et de son mari le Duc de Longeville. Mais si Saint-Évremond tombe en disgrâce, c’est  pour deux raisons. D’abord, parce qu’a été découverte sa Lettre au marquis de Créqui sur la paix des Pyrénées ; datée de 1659 elle critique la politique de Mazarin. Ensuite, il est mêlé à l’Affaire Fouquet (voir Introduction Générale/Événement Majeurs/La France/ Événement Majeurs), pour avoir été l’ami du Surintendant des Finances, arrêté sur ordre du roi en 1661 pour comme nous dirions de nos jours, détournement de fonds publics mais surtout pour haute trahison (voir Introduction Générale/France). Voltaire (Le Siècle de Louis XIV) laisse entendre que ses mœurs auraient été une des raison sinon la raison de ce son départ forcé de la France .


C’est à lui que Cyrano de Bergerac, libertin s’il en est, adressa sa lettre adressée à Mademoiselle de Saint Denis ( Charles est né à Saint-Denis Le Gast). L’année où Foucher est arrêté, il se rend d’abord en Angleterre où il avait déjà été présenté à Charles II et continue de mener sa vie d’épicurien (plutôt d’hédoniste), et soucieux du sort réserver au-delà à son âme si peu croyant qu’il était. Il fréquente la cour qui lui a réservé un bon accueil et les gens de lettres dont Jonathan Swift et John Dryden. Il passera quelques années en Hollande de 1665 à 1670, où il fréquentera Spinoza († 1634). Il meurt à Londres à près de 90 ans.

Dans la Querelle des Ancien des Modernes, il opta pour une attitude mesurée, reconnaissant l’excellence des poétes antiques qui n’auraient pas manquaient de s’adapter à une époque où ils auraient pu écrire.


Si Saint Évremond n’a pas laissé de grands chefs-d’œuvre, c’est qu’il n’a jamais eu l’intention de se consacrer à une quelconque œuvre et encore moins d’en laisser quelques traces. Il ne se souciait pas de ses publications et en laisser le soin  à ses amis. Son œuvre a circulé sous le manteau et n’a été recueillie en volume qu’après sa mort. Sa Conversation du maréchal d'Hocquincourt avec le P. Canaye est un bon exemple de l’intérêt que là où il séjournait on faisait grand cas de ce qu’il exprimait que ce soit pour ses poèmes, ses critiques sur la littérature, sur la morale, sur ses poésies :

  • Réflexions sur les divers génies du peuple romain (1663),
  • De quelques livres espagnols, italiens et français (1668?),
  • Réflexions sur la tragédie ancienne et moderne (1672),
  • Parallèle de M. le Prince et de M. de Turenne (1673), Discours sur Épicure (1684).


De son exil, il regretta une certaine époque, celle de la régence de Marie de Médicis (1643>61) :

« J’ai vu le temps de la bonne Régence
Temps où régnait une heureuse abondance
Temps où la ville aussi bien que la cour
Ne respiraient que les jeux et l’amour. 
Une politique indulgente
De notre nature innocente
Favorisait tous les désirs
Tout goût paraissait légitime.
La douce erreur ne s’appelait point crime.
Les vices délicats se nommaient des plaisirs ».


« Causeur brillant, soldat courageux, fidèle à la cause royale pendant la Fronde, et épris de littérature, il compose une satire (Comédie des académistes pour la réformation de la langue française, 1642, publiée en 1650) et un pamphlet (la Retraite de M. de Longueville en son gouvernement de Normandie, 1649) avant de s'exiler en Hollande puis en Angleterre, compromis dans le procès de Fouquet. Brillant essayiste, intéressé par le théâtre, il donne Dissertation sur l'Alexandre le Grand de Racine (1666), Sur les tragiques (1672), Sur nos comédies (1677), ainsi qu'une pièce satirique, les Opéras (1677). Sa Correspondance révèle son scepticisme religieux et son épicurisme élégant » (Encyclopédie Larousse).


« Admiré en France et à l'étranger pour son esprit, son talent et l'originalité de sa pensée, Saint-Évremond est mort à un âge très avancé sans avoir pris la peine de faire imprimer aucun de ses nombreux ouvrages, qu'il abandonnait à ses amis, plus intéressé lui-même à bien vivre qu'à soutenir une réputation d'écrivain. Il est de ces auteurs dont on a pu dire qu'ils avaient mis leur génie dans leur vie plutôt que dans leur œuvre… On l'a comparé à Montaigne, pour la pensée, et à Voltaire pour l'esprit » (Encyclopédie Universalis).


Antoinette Des Houlières

Antoinette de Lafon de Boisguérin des Houlières (ou Deshoulières ( vers 1634 -1694), née et morte  à Paris, est la fille de Melchior du Ligier qui,  « seigneur de la garde, chevalier de l'ordre du Roi, ancien gentilhomme servant de la Reine, régnante, [d'abord Marie de Médicis †1642, puis Anne d'Autriche†1666], logé à Paris rue de l'Arbre sec, paroisse Saint-Germain l'Auxerrois » jouissait d'une fortune assez considérable

« Elle reçoit une éducation très sérieuse et apprend le latin, l'italien et l'espagnol. Douée d'une grande beauté ainsi que d'une intelligence vive et d'une facilité pour les vers, elle cultivera toute sa vie la compagnie des gens de lettres. À treize ans et demi, elle épouse Guillaume de La Fon de Bois Guérin, seigneur Deshoulières, lieutenant-colonel d'un régiment au service du prince de Condé. Le mari part bientôt pour la guerre et ne demandera à sa femme de le rejoindre qu'en 1653, à Rocroy, puis à Bruxelles. Quand la Fronde prend fin, elle l'encourage à quitter le parti de Condé et à accepter l'amnistie offerte par Louis XIV. Mais Condé, averti de leurs projets, les fait arrêter et les enferme dans la forteresse de Vilvorden. En août 1657, ils s'évadent, regagnent la France et sont reçus à la Cour. Le roi nomme Deshoulières gouverneur de Sète en Languedoc, mais sa femme préfère rester à Paris. Son salon devient l'un des plus brillants de la capitale, réunissant beaucoup d'hommes et de femmes de lettres éminents. Le couple aura quatre enfants, mais seule Antoinette-Thérèse -qui deviendra également une poétesse reconnue- survivra à ses parents »


(Citation et base de la biographie : Perry Gettner http://siefar.org/ dictionnaire/fr/ Antoinette_du_Ligier_de_ la_ Garde.)

Le couple fut présenté (entre les années 1654-1661) au jeune roi Louis XIV de France, à la reine mère Anne d'Autriche et au cardinal Mazarin par Michel Le Tellier, alors secrétaire d'État de la Guerre puis chancelier de France. A partir de 1657,  elle fréquente les salons littéraires du Marais où elle rencontre Madeleine de Scudéry et Madame de Sévigné. (http://ipoesie.org/antoinette-des-houlieres). Liée à Pierre et Thomas Corneille, elle prendra parti pour la Phèdre et Hyppolite  de Nicolas Pradon, représentée pour la première fois le 3 janvier 1677 à l’Hôtel Guénégaud, contre celle de Jean Racine (1639-1699).


Sa première publication sera en 1672 deux de ses poèmes dans le premier numéro du Mercure de France (voir Épître et Autres Genre/ La Gazette). En 1678, elle obtiendra le privilège royal (droit de publication) de ces œuvres, mais ne les fera paraitre que neuf ans plus tard. Sa condition sociale la retint longtemps de ses commettre avec les gens de lettres. De même, Madame de La Fayette niera toujours avoir écrit et publié quoique ce soit.

Comme son père, elle avait tours été  sympathisante du courant libertin intellectuel (libertinisme voir Introduction/ Courants), mais en 1683, sans doute à cause de son cancer du sein qu’elle subira pendant une quinzaine d’années, elle se rapproche de l’Église, écrit plusieurs poèmes religieux et approuvera la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685.


En 1684/85, elle entre à L'Académie de Ricovrati (Académie des Abrités) de Padoue, fondée à Padoue en 1599, à laquelle appartint Galilée (1564-1642) et qui fut la première à admettre des femmes ; elle en reçue 9 en tout, dont Mlle de Scudéry en 1684 l’avait précédée, l’a suivront Mme D’Aulnoy en 1695, Marie-Jeanne Lhéritier en 1696, Charlotte-Rose de Caumont La Force en 1698. Catherine Bernard en 1699.

 Elle est nommée membre d'honneur de l'Académie d'Arles en 1689. Elle participe à quelques querelles littéraires, et se range du côté des Modernes (voir Querelles des anciens et des Modernes)  Bien que le roi lui a accordé une pension en 1693, lorsqu’elle meurt en 1694, un an après son mari, elle serait, selon certains biographes, assez déshéritée.

Antoinette Deshoulières que ses contemporains surnommée la ‘Dixième Muse’, la ‘Calliope française’ s'essaya dans presque tous les genres, depuis la chanson jusqu'à la tragédie ; mais elle réussit surtout dans l'idylle et l'églogue.


« La plupart de son œuvre consiste en petits poèmes familiers (idylles, vers adressés à ses amis, vers sur la vie domestique et sur ses animaux) et vers de circonstance (louanges du roi et des ministres). La partie la plus durable de cette œuvre est la série de poèmes philosophiques et moraux, où elle dénonce l'hypocrisie et la vanité, prône la probité, l'amitié et la paix, exprimant avec une douce mélancolie la brièveté de la vie et le bonheur supérieur des plantes et des animaux comparés aux humains. Ses vers gracieux et élégants témoignent de son amour de la nature et de l'humanité, parfois assaisonné d'un peu d'humour » (Perry Gettner).


La Satire

Introduction

« La satire classique en vers à la fin du XVIe et au début du XVIIe siècle est une forme d’expression mélancolique et moqueuse marquée par la négativité. Elle est aussi l’un des lieux d’émergence de la subjectivité dans le sillage des Essais de Montaigne qui forgent les outils intellectuels et verbaux pour penser l’autonomie de la conscience et du jugement. Elle devient naturellement, sous le règne d’Henri IV, puis de Marie de Médicis, l’un des supports de l’idéologie libertine, comme on peut le voir chez Mathurin Régnier ou Théophile de Viau. » (Debailly Pascal. Satire et négation : l’émergence du sujet dans les Satyres de Mathurin Régnier. In: Albineana, Cahiers d’Aubigné, 29,2017. Discours satiriques et poétiques de l'actualité. pp. 131-147; doi :https://doi.org/10.3406/albin.2017.1584; https://www.persee.fr/ doc/albin 1154-5852_2017_num_29_1_1584)


Mathurin Régnier

Mathurin Régnier (1573-1613), né à Chartres et mort à Rouen, est fils de notable. Son oncle maternel, l’abbé Philippe Desportes († 1606) était un poète reconnu de son temps, conseiller et Lecteur du Roi. Dès l’âge de sept ans, il est mis dans les pas de son oncle et pour ce faire tonsuré. Ce qui ne retint en rien le jeun Mathurin à mener une vie des plus libre. Néanmoins de son oncle, lui viendra le goût de la poésie et le rejoint à Paris à l’âge de 20 ans. Il entre au service du Cardinal de Joyeuse qu’il suit à Rome en 1595 pour y retourner en 1606 dans la suite de l’ambassadeur de France. Il y reste 4 ans et achève la 6ème de ses Satires commencées quelques années plus tôt.

Reconnu comme poète officiel de la cour de Henri IV après le succès de ses 17 Satires en vers, dont les dix premières paraissent en 1608 et les sept autres en il va fréquenter les poètes et beaux-esprits de son temps, mener une vie de débauches et composer des œuvres de commande pouvant aller aussi bien des élégies aux poésies spirituelles. Il meurt à 40 ans de maladie dans une auberge de Rouen. Il a également laissé des poèmes divers, spirituels, élégies…

Mlle de Scudéry traça de lui un portrait des plus flatteurs, relevant son excellence dans la satire, son esprit d’indépendance qu’il ne saurait être imité, « les vices avec naïveté et les vicieux fort plaisamment ».


Régnier n’est pas un poète au talent débordant. Il doit plus sa place dans la littérature du XVIIème siècle français à sa remise au goût du jour -avec liberté de ton et d’humeur d’influence rabelaisienne - de la satirique où il révèle une observation acerbe des mœurs (Le Souper Ridicule auquel est convié ce personnage « chauve par derrière et chevelu par devant », qui a tout l’air du con choisi pour un « dîner de con ») et du portrait (Le Pédant, Le Fâcheux, l’Entremetteuse) qu’à une réelle profondeur de moraliste. De ce fait, tout en s’opposant à Malherbe, il marquera des classiques comme Boileau et La Fontaine ou des baroques comme P. Scarron et Antoine Furetière († 1688), auteur d’un roman satirique Le Bourgeois de Paris (voir Le Roman/France) mais plus connu pour son Dictionnaire Universel (La Haye et Rotterdam, 1690).


A un Malherbe (1555-1628) à qu’il il reproche de ne pas avoir apprécié les poèmes de son oncle et qu’il traitera de pointilleux incapable d’imagination, tout juste bon à « proser de la rime et rimer de la prose », il oppose une poétique qui ne recherche rien d’autre que d’être naturelle, ne devant se fier qu’ à l’ inspiration et rien d'autre.

« La satire chez Régnier libère par la négative un sujet singulier. Elle recourt dans cette perspective au travail critique de la négation et au pouvoir néantisant du rire burlesque. Le je des Satyres de Régnier recouvre divers rôles, qui sont autant de métamorphoses de l’orateur satirique. Mais ce ‘je’ prétend aussi à la sincérité. Il se veut l’expression d’une subjectivité qui cherche à travers les conventions de la rhétorique et de la poétique à transmettre des émotions individuelles. Régnier se présente comme un homme qui « dit sans aucun fard ce qu’il sent librement / Et dont jamais le cœur la bouche ne dément » (Debailly Pascal)


Nicolas Boileau

Nicolas Boileau (1636-1711), né et mort à Paris, quinzième enfant d’une fratrie de seize, était le fils d’un greffier de la Grande' Chambre du Parlement de Paris, autrement dit issu du milieu modeste de la petite bourgeoisie. Il sera appelé Despréaux pour le distinguer de son frère ainé Gilles (†1639), né également du second mariage de son père, helléniste, membre de l’Académie Française. Un autre de ses frères eut quelque renom, Jacques (†1716) qui, docteur en théologie, chanoine de la Sainte Chapelle, ne manquait pas pour autant d’esprit. A qui lui demandait pourquoi il écrivait toujours en latin, il répondit : « C'est, dit-il, de peur que les évêques ne me lisent : ils me persécuteraient ». Il fit comme Nicolas se études au Collège d’Harcourt (futur Lycée Saint Louis).


Nicolas poursuit ses études au Lycée Beauvais où il apprend le droit pour ensuite étudier la théologie à la Sorbonne en vue d’une carrière ecclésiastique auquel son père veut le destiner. Il accède au barreau en 1656 à 20 ans. Son père meurt l’année suivante lui laissant une rente modeste mais qui lui permet de se consacrer à l’écriture. En 1662, à 26 ans ; il se voit attribuer la mense du prieuré de Saint-Paterne dans l’Oise, soit 800 livres de rente annuelle à laquelle il renoncera en 1670.

En 1666, paraît une première édition des sept premières Satires. Quel qu’ait pu être accueil plus que réservé de la gentry littéraire, le succès fut immédiat et encouragea Despréaux à poursuivre dans cette veine. Entre 1670 à 97, il écrira encore douze épîtres sur lesquelles le critique Charles Henri Boudhors dans l’introduction de l’édition (Belles-Lettres) des Satires de 1939 écrira : « toutes sont des satires encore, dont la pointe "rebouchée", la griffe ouatée (parfois) attestent que l'auteur a su "fléchir aux temps sans obstination", s'accommoder, se renouveler, s'ingénier, mais n'abandonne rien de ses intimes convictions politiques et morales ». La douzième et dernière satire sur L’Équivoque, critique ouverte de l’équivoque mission de l’Église fut interdite de publication sous la pression des jésuites ; elle paraitra néanmoins en 1705


 Entre 1672 et 78, il écrit les quatre premiers chants du Lutrin ; les deux derniers paraitront en 1683. L’ouvrage a été écrit à la demande de son protecteur et ami Guillaume Ier de Lamoignon, Marquis de Basville (1617-1677), président à mortier (président d’une chambre) au Parlement de Paris.

Entre temps, en 1674 paraissent les quatre chants de l’Art Poétique dans lequel il traite de la métrique du vers classique. En 1677, il est nommé historiographe du roi conjointement à son proche ami Racine. Il fut également l’ami de Molière. Il fréquente assidument les salons et particulièrement celui de Ninon de Lenclos (voir Introduction Générale/Les Salons/Les Courtisanes) .

En 1684, il est élu à l’unanimité à l’Académie Française. Et en 1687 quand Charles Perrault fait ouvertement éclater la Querelle des Anciens et des Modernes, avec la lecture à l’Académie de son Siècle de Louis le Grand, il prend la tête des Anciens aux côtés notamment de La Fontaine et de Racine (voir Particularismes Nationaux/ France). L’année suivante, il entre à la Petite Académie (future l'Académie des Inscriptions et Médailles puis L'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres).


Il terminera ses jours retiré dans sa campagne à Auteuil. Il devint sourd et presque aveugle, ce qui, avec une santé fragile qui avait toujours été la sienne, rendu pénible la fin de sa vie Il meurt d’une hydropisie de poitrine, en 1711, à l’âge de soixante-quinze ans. Il est enterré dans la Sainte-Chapelle.

 Nicolas Boileau sieur fut selon son mot « le régent du Parnasse ». Il régit sinon régenta la littérature dans la période classique de la seconde moitié du siècle et au-delà. Poète satiriste, théoricien de la littérature, ami de Racine et de Furetière, plus ou moins spectateur durant La Querelle des Anciens et des Modernes en sa seconde période (voir Les Particularismes Nationaux), il n’hésita pas à se faire des ennemis au sein de l’Académie mais en fut néanmoins élu en 1684. Les poètes Jean Chapelain et Georges de Scudéry (le frère de Mademoiselle) seront de ses têtes de Turc favoris avec et surtout le malheureux abbé Charles Cotin, Trissotin accompli (poète pédant des Femmes Savantes) qu’aucun historien n’a pu malgré toute bonne volonté le faire ressusciter après l’assassinat littéraire de l’auteur de l’Art Poétique.


« Cet écrivain, si impitoyable pour les mauvais poètes, était bon et doux dans la vie privée. On connait sa délicatesse envers Patru, le créateur de l’éloquence du barreau ; celui-ci étant tombé dans la plus extrême misère, se vit réduit à vendre sa riche bibliothèque. Boileau lui en offrit aussitôt un tiers de plus que sa valeur et ne voulut entrer en possession de la bibliothèque qu’après la mort de Patru.» (D’après Daniel Bonnefon. Les écrivains célèbres de la France, ou Histoire de la littérature française depuis l'origine de la langue jusqu'au XIXe siècle (7e éd.), 1895).


L’Art Poétique

L’Art Poétique de Nicolas Boileau publié aux plus beaux jours de Versailles, en 1674, reste le bréviaire du classicisme français en littérature.

Écrivain, son classicisme s’inspira du poète latin Horace (65-27). Critique, il vilipenda quelques auteurs célèbres de son temps dont le plus réputé, alors, Jean Chapelain (155-1674), lui-même critique littéraire mais se voulant aussi poète. Son grand œuvre, La Pucelle ou La France Délivrée, poème épique tant attendu dans les salons dont il était grand familier, jeta à la publication de ces premiers chants une telle consternation que la suite n’en fut jamais publiée

Boileau est un défenseur du Beau, celui intemporel, universel qui ne se plie pas aux modes du temps. Une notion de la beauté que l’on dit empruntée à La Poétique d’Aristote en ce qu’elle reprendrait les notions d’harmonie, de proportions, de symétrie. Notions que l’on retrouve plus chez les artistes grecs que chez le Stagirite pour qui le beau est d’abord une valeur éthique avant d’être une valeur esthétique, la plus haute valeur morale, qui n’est ni l’agréable ni l’utile mais la propriété du premier moteur, de la première essence éternelle. Premier moteur immuable qui en mouvant tout est le but de toute chose. Au-delà des notions d’esthétique et d’éthique, « en unissant le beau suprême au premier but, Aristote trouve le beau là où le but est évident. Il prend le but des choses naturelles pour leur beauté » (K. Svoboda, L’Esthétique d’Aristote Faculté de Brno 1927, PDF de l’université de Lorraine)

Mais cette croyance en un le Beau en soi peut relever chez lui non de fondements métaphysiques, d’une esthétique transcendantale mais un goût personnel, par le sentiment de la grandeur qui l’anime. 


Sont-ce ses origines bourgeoises (comme Molière) qui le portent au réalisme, le détournent du burlesque et de la préciosité en vogue de son temps et qu’il n’apprécie pas non plus du tout ? Au burlesque, celui d’un Paul Scarron (1610-1660) par exemple, il oppose le comique, mais un comique noble qui a pour protagonistes non des personnages illustres mais des personnages du commun. Un réalisme classique en ce qu’il est fait modération, de simplicité.

Un réalisme qui n’est pas synonyme de rigidité même si ses convictions, son goût, son naturel le poussent à une poétique rigoureuse de l’harmonie du vers. S’il croit à ce don inné que doit posséder tout poète pour se lancer dans l’écriture, le travail du vers, son polissage reste indispensable à sa maîtrise. Maitre de son art, Boileau qui « cent fois sur le métier remet son ouvrage », sait varier son style, peindre des scènes hautes en couleurs, laisser son imagination le déborder, toujours prêt à l’humour, à la raillerie. Il a l’esprit vif et le don de la formule.


Le rôle que jouera son Art Poétique (onze cents alexandrins classiques avec césure à l’hémistiche de six syllabes), découpé en quatre chants paru en 1674, sera plus important dans l’histoire de la littérature à venir qu’il n’a pu l’être en son temps et notamment sur les Grands Classiques. Il n’a que trois ans de plus que Racine. En 1674, Molière est mort un an auparavant, Corneille (†1684) a achevé ses grandes tragédie héroïques et en 1670, son  Tite et Bérénice est un échec face à la Bérénice de Racine qui a déjà donné la moitié de ses pièces. Boileau n’a pas été ce « contrôleur du Parnasse » dont parlait à son sujet Sainte-Beuve. Il n’est pas à l’origine contrairement à ce qu’ont prétendu les Romantiques des règles classiques même si son esthétique relève d’un même souci de clarté qu’un Malherbe. Ce sont des écrivains du Siècle des Lumières qui en imitant Boileau ou croyant l’avoir compris, ont cru pouvoir devenir ’classiques’.

Le titre de l’œuvre ne reflète ni son ambition ni son contenu. Boileau ne s’est pas voulu didactique, d’un didactisme froid, mais a voulu être plaisant, agréable à entendre pour soutenir l’attention de son auditoire.


Le Lutrin

Publié avant et après L’Art Poétique (1674), Le Lutrin (1674-1683), sous-titré ‘poème héroïque’ puis poème héroïco-comique’, est une « épopée bouffonne » en 1288 alexandrins répartis en six chants dans laquelle Boileau mêle savamment le ridicule de médiocres personnages (sacristain, perruquier, moines) à l’emphase du ton, révèle chez son auteur un esprit facétieux, un réel don comique tout en confirmant sa grande connaissance des procédés littéraires, ici, en l’occurrence, celui de l’épopée qui, après lui, même ‘sérieuse’ tiendra d’un genre définitivement éventé.

Le Lutrin , est une parodie de poème épique. La parodie ne tient pas au style , au ton qui pourrait se vouloir à l’instar du Virgile Travesti de P. Scarron sur le ton burlesque car Boileau reste fidèle à l’alexandrin et traite son sujet de manière noble en sa forme :

« Je chante les combats, et ce prélat terrible 
Qui, par ses longs travaux et sa force invincible, 
Dans une illustre église exerçant son grand cœur, 
Fit placer à la fin un lutrin dans le chœur ».


La parodie tient au choix du sujet. Il ne s’agit pas des exploits d’un héros de l’antiquité ou de la geste d’un fidèle de Charlemagne mais de la discorde entre les chanoines de la Saint Chapelle et leur chantre. « Plus préoccupés de leur dîner, de leur paraître, de leur position sociale, que des missions que leur a confié l'église, pour réduire l'influence du chantre de la dite chapelle, que tous s'accordent à trouver de plus en plus contraignante et pour redonner au trésorier, dont ils sont partisans, la place qu'il mérite, cette collectivité de lâches décide de sortir un vieux lutrin de la sacristie, de le remettre à sa place de façon à ce qu'il cache à la foule des fidèles le chantre honni. Mais qui se chargera de cette basse besogne ? » (Babelio/ Boileau/Le Lutrin).

Dans le sixième et dernier chant, Ariste (le Président à Mortier de Lamoignon ) trouve le moyen de mettre fin à la dispute : le chantre doit remettre le pupitre qu’il avait fait enlever là où il avait été placé mais le trésorier, le fait aussitôt remettre là où il avait été remisé.

Boileau nous livre là parmi les plus beaux vers de la langue française.

« Plus poète et plus artiste que dans aucune autre de ses œuvres, Boileau a produit une fantaisie tout à la fois brillante et correcte, où le mouvement et la couleur s'unissent toujours à la rigoureuse perfection du travail. Grâce à une profonde connaissance des modèles antiques, Boileau a pu faire un heureux emploi du merveilleux et des machines de l'épopée » (Cosmovision/Le Lutrin).


Les Satires

Ses premiers écrits sont ses Satires, écrites à partir de 1657 et publiées en 1666 bien qu’à en croire l’avis au lecteur de cette première édition, tel n’était pas le souhait de leur auteur. Plusieurs copies plus ou moins authentiques avaient circulées. Et Boileau, lui-même, après lecture de certaines dans le Salon de la Marquise de Rambouillet, « alors souverain tribunal des beaux-esprits », mais déjà quelque peu passé de mode [nous sommes vers 1659, Madeleine de Scudéry a ouvert le sien qui lui fait concurrence en 1652] reçut de sévères critiques de Chapelain et Ménage (voir Particularismes Nationaux/France/Une Langue Classique) mais plus caustiques furent les critiques d’Arthénice [la Marquise †1665] et de Julie [l’‘Incomparable Julie’, sa fille ainée, épouse d’Angennes] ; tout en louant le jeune poète, elles lui conseillèrent « avec cette politesse que les personnes de leur rang savent assaisonner leur avis, de consacrer ses talents à une poésie moins odieuse et plus généralement approuvée que ne l’est la satire » (citée par Albert Cahen in Introduction à l’édition des Satires, E.Droz 1932).


Ce qui n’arrêta pas Boileau-Despreaux que l’on a dit bourru, et quelque peu dogmatique, ancré dans ses convictions mais que ça n’empêchait pas d’être le meilleur des amis, toujours prompt à les défendre parmi lesquels on compte Racine († 1699) qui, dit-on, lui adressa ses dernières paroles, Molière et Corneille dont la pension avait été supprimée.

Si les premières satires portent sur la critique des mœurs bourgeoise, les suivantes porteront sur la philosophie en ce qu’elle véhicule par trop souvent des lieux communs et enfonce des portes ouvertes, mais ce sont les dernières par lequel il met au mieux en valeur son esprit sarcastique, son regard impitoyable qui traitent de la chose littéraire. Boileau avec les Satires se révèlent un peintre réaliste, un moraliste et un critique littéraire qui développe une doctrine esthétique selon laquelle « rien n’est beau que le vrai » (Épitre au Marquis de Seignelay 1675).


Notes

[1] L’on doit beaucoup pour sa biographie à son ami d’enfance, l’ecclésiastique Henry Le Bret, juriste et  historien.

[2] Cette édition s’inscrit dans la continuité de publications libertines du début du XVIIème siècle qui avaient largement les faveurs des lecteurs. La Muse folastre (1600), Les Muses gaillardes (1609), Recueil des plus excellans vers satyriques de ce temps (1617), Le Cabinet satyrique (1618), L'Espadon satyrique (1619), Les Délices satyriques (1620)

[3] Philippe Martinon, Les Strophes : Étude historique et critique sur les formes de la poésie lyrique en France depuis la Renaissance, éditeur inconnu

[4] Au XVIIIème siècle, l’encyclopédiste Jean-François Marmontel, (†1799) qui toucha à tous les genres littéraires en donna cet exemple :  « Un cheval étant tombé dans une cave, la foule s’amasse, et l’on se demande : « Comment le tirer de là ? — C’est bien simple, dit un plaisant, il n’y a qu’à le tirer en bouteille1»

[5] Chez les Bussy-Rabutin-Chantal : En 1643, Roger de Bussy-Rabutin épouse Gabrielle de Toulongeon, fille de son cousin François II et petite-fille de Jeanne de Chantal par sa mère Françoise, elle-même tante de Marie de Rabutin-Chantal de Sévigné (voir entre autres : https://www.genealogie online.nl/fr/ noblesse-européenne). Les sources donnent Madame de Sévigné comme la cousine ( sous-entendu germaine) de Roger. Leonor, le père de Roger, est le cousin germain de Christophe II, père de Celse-Bégnine, Roger est donc l’arrière-cousin de Celse-Bégnine qui est le père de Marie. Marie (1626-1696) est donc l’arrière-arrière-cousine ( au 3ème degré) de Roger (1618-1683) de huit ans son aîné. Elle est la cousine germaine de Gabrielle de Toulongeon, nièce de Celse-Bénigne par son père François II marié à Françoise.

[6] Et non, comme l’indique certaines sources, au château de Caramans situé à Roissy en France (Val d’Oise) construit au XVIIIème siècle.

[7] Sa relation avec la marquise se termina  fort probablement mal puisque sous son portrait exposé dans son château, il fera écrire : « Isabelle Cécile Hurault de Cheverny, marquise de Monglat, qui, par son inconstance a remis en honneur la matrone d'Éphèse et les femmes d'Astolphe et de Joconde". ; et lui donna pour devise : « Elle attire pour perdre ».


Espagne - Portugal

Introduction - Alonzo de Ledesma - Lope de vega - Luis Carrillo de Sotomayor

Louis de Gόngora - Juan de Tassis y Peralta, conde de Villamediana - Gabriel Bocángel y Unzueta

Francisco de Rioja - Rodrigo Caro Andrés Fernández de Andrada - Sœur Juana Inés de la Cruz

Francisco Rodrigues Lobo - Bernarda Ferreira de Lacerda

Introduction

«Le XVIIe siècle ou « siècle baroque » poursuit la lignée de la poésie cultivée commencée à la Renaissance mais par des voies différentes. D'une part, les dernières formes et thèmes ont été poursuivis, en particulier celui de Fray Luís de León; D'autre part, on assiste à une avancée ou à un renouvellement de ce qui avait déjà été réalisé à la Renaissance, dans deux directions apparemment opposées: le culteranisme [Gongora] et le conceptisme [Quevedo].

Toutes deux naissent du besoin de certains poètes d'innover et de renouveler le langage poétique culte de la Renaissance. Alors que le culteranismo était fixe et accordait une plus grande importance à la forme, le concept était plus préoccupé par le contenu [1]».

Au début du siècle, la poésie espagnole est sous le charme de Pétrarque , les poètes sont des pétrarquisants lyriques. Elle évoluera vers une poésie plus formelle avec Alonzo de Ledesma et Luis Carrillo de Sotomayor, suivis l’un par Quevedo, l’autre par Gόngora avec l’influence que ceux-ci auront sur les générations futures.

Au Siècle d’Or, avaient lieu des foires (justes) poétiques, généralement à l’occasion de fêtes religieuses ou commémoration d’un saint. Elles attiraient de nombreux spectateurs. Les poètes sur un thème donné s’affrontaient par l’intermédiaire de leur poèmes qu’ils déclamaient eux-mêmes. Alonso de Ledesma à Séville, Loe de Vega à Madrid y participaient.


Alonzo de Ledesma et le Conceptisme

Alonzo de Ledesma (1552-1623), né et mort à Séville, surnommé de son vivant le ‘Divin’ par Baltasar Gracián, fut le chef de file d’un mouvement poétique que l’on surnomma le Conceptisme et dont la poétique était tout sauf ni simple, ni naturelle, ni facile. Jeu de mots, sens détourné, allusion sont les clefs de cette poésie sophistiquée. Son œuvre maitresse les Conceptos spirituales, (en trois parties, Madrid, 1600, 1608, 1612) expose sous formes allégoriques certains tè-mes chrétiens. Sa publication connut un tel succès qu’elle fut suivit de 30 autres dans le siècle. 

Les cent Jeux de la Veille de Noël de 1611 présentent sous forme d’énigmes, d’anciens chants religieux de Noël et des chansons populaires de la fin du Moyen Âge       avec l’emploi de jeux de mots, de logogrammes (symboles dont la forme renvoie à un mot, £,&,@), de paronomases ( figure de style qui consiste à rapprocher des paronymes, mots comportant des sonorités semblables mais avec des sens différents) . Son  Recueil de Ballades et le Monstre Imaginaire (1615) foisonnent de calembours spirituels.


Quevedo en un des plus brillants représentants du conceptisme  et les autres grands écrivains de son temps n’y échappèrent que pour se rallier au cultéranisme dont le maître incontesté était Gόngora (Gongorisme). Quevedo : biographie et œuvres théâtrale voir Théâtre/Espagne

« De l'espagnol conceptismo. Le trait, la pointe, la saillie, le mot d'esprit, alliant le paradoxe de l'ambiguïté, le brillant à l'inattendu, l'hermétisme à la profondeur, voilà ce qui caractérise le conceptisme, qui joue avec l'idée ou le vocable à la différence du cultisme (ou cultéranisme, voir Poésie/Espagne/Luis Carrillo de Sotomayor et Luis de Gόngora) qui complique à plaisir l'énoncé ou la syntaxe. Fondé sur la croyance d'une relation d'analogie entre les signes et les choses, entre le langage et le monde, le conceptisme, à l'instar des emblèmes, propose une interprétation de l'univers. (Bernard Sesé in Encyclopædia Universalis).


« Le conceptisme a orienté ses pas vers la modification du contenu poétique, c'est-à-dire l'altération du message littéraire par diverses méthodes…Les conceptistes concevaient que le jeu des concepts constituait la création poétique et littéraire en général. L'orientation conceptiste a atteint ses objectifs grâce à des ressources telles que la déformation humoristique de la réalité, un exemple de la caricature ou de l'absurde ; l'utilisation de malentendus lexicaux et de doubles sens, d'idées ou de phrases, d'hyperboles, d'antithèses de mots, de symboles et d'allégories...; ou encore l'utilisation de figures de construction, comme les zeugmas » (La Poesía del Siglo de Oro Siglo XVII: Literatura española del Barroco y Siglo de Oro http://www.rinconcastellano.com/barroco/barroco_poesia.html)


Lope de Vega

Biographie et œuvres en prose voir Roman/Espagne

Félix Lope de Vega Carpio (1562-1635), né et mort à Madrid, poète, dramaturge, romancier que Cervantès nommé ‘phénomène de la nature » est un  auteur particulièrement prolixe qui laisse  environ 500 pièces. Ses poèmes sont à thème religieux, profane et mythologique.

Il a notamment publié en 1621, un poème en octaves en quatre chants, Filomena, accompagné de divers autres Rimas, prosas y versos ; en 1623, Circe, con ocras rimas y prosas (Circé, rimes et prose) en 1624, et Orfeo, publié sous le pseudonyme de Juan Perez de Montalban, son disciple et biographe, ecclésiastique, notaire apostolique de l’Inquisition et piètre dramaturge.

La poésie de Lope, pleine de vie, de tristesse et même parfois de rancœur, est le reflet de ses amours et de ses déchirements. Il puise aussi son inspiration dans sa foi vers laquelle il se tourna au moment où mourait ses proches. Un poésie lyrique personnelle, dans un langage familier bien qu’il emprunta bien que l’influence de Luis de Góngora (1561- 1627) soit une référence incontestable. Une poésie ardente, vitale. Un de ses surnoms fut « le poète du ciel et de la terre ».


Las Rimas Bumanas (1602) contient 200 sonnets. Certains pétrarquisant, d'autres se réfèrent à la mythologie, d’autre au thème pastoral, avec de nombreux éléments autobiographiques. Ses Rimas sacras de 1614 dans lesquels il se repent de sa vie de jeunesse désordonnée, contiennent 100 sonnets dévotionnels et hagiographiques dans lesquels l'amour voué du Christ prend les teintes de l'amour humain. On y trouve aussi des romances, des chansons, toutes pleines d'une religiosité très personnelle.

« S'évanouir, oser, être furieux,
âpre, tendre, libéral, insaisissable,
encourageant, mortel, regretté, vivant,
loyal, traitre, lâche et énergique;
Ne pas trouver le bonheur hors du centre et du repos,
se montrer joyeux, triste, humble, altier,
en colère, vaillant, fugitif,
satisfait, offensé, méfiant;
Fuir le visage à la claire désillusion,
boire du venin de liqueur suave,
oublier le profit, aimer la douleur » (Sonnet 126)


Cinq Essais sur la poésie (1602-1623) , De pures louanges poétiques, et de justes  louanges que la ville de Madrid adressa à saint Isidore lors des fêtes de sa béatification. (1620), et Relation des festivités dans la canonisation de San Isidro (1622) sont des œuvres didactiques.

« C'est, en plus, un grand poète, un inventeur de langages modèles qui répondaient aux besoins de la nouvelle société : un espagnol commun s'en dégagea, instrument de la communication entre les différentes classes, élégant sans afféterie, bourgeois sans pruderie, courtois sans hermétisme et populaire sans vulgarité. » (Encyclopédie Larousse).


Luis Carrillo de Sotomayor et le Cultéranisme

Luis Carrillo de Sotomayor (1582/84-1610), né à Baena (Andalousie) et mort à Cadix, est issu de la noblesse. Il fait ses études à Salamanque. Il entama ensuite une carrière militaire, dans la Marine dans laquelle il obtiendra le grade de sous-officier dans les galères espagnoles. Il participa à plusieurs combat contre les morisques révoltés,

Il a été chevalier de l'Ordre de Santiago, ordre militaire religieux, n’ayant à l’origine au 12ème siècle que pour vocation de combattre les infidèles et non pas comme les autres ordres de protéger les pèlerins. Hors ses postes militaires, il vécut à la cour et fréquentait t le cercle d'Alonso Pérez de Guzmán el Bueno, huitième duc et comte de Niebla, à qui de nombreux poètes andalous de l'époque, dont Góngora, avaient dédié leur œuvre. On sait peu de choses sur sa vie amoureuse sinon que les personnages féminins qui apparaissent dans ses œuvres sont inspirés de personnes réelles. Il meurt prématurément entre 20 et 30 ans.


Il laisse une œuvre relativement importante au vu de la brièveté de son existence :

« Cinquante sonnets, deux églogues, quinze chansons, huit ballades, une épitaphe, trois lettres, neuf poèmes en redondilles, un en lires et un en décimas, pour ce qui est de ses poèmes en vers. En prose, il est l’auteur du remarquable traité *Libro de la erudición poética* (1611), où il expose l’esthétique baroque : une poésie exigeante d’une forme très élaborée et ingénieuse. Le conceptisme et le culteranisme y trouvent leur précédent le plus immédiat chez Luis Carrillo. » (https://es.wikipedia.org/wiki/Luis_Carrillo_y_Sotomayor)


Avec le Libro de erudición poética (1611), de Sotomayor (1583-1610) donne au Cultéranisme son manifeste. Luis de Gόngora s’inspira de son style au point qu’après lui, on parlera plus souvent de gongorisme que de cultéranisme. Il a pu s’inspiré de la fable Acis et Galatée de Carillo, son œuvre majeure (posthume) 1611 pour sa propre Fable de Polyphème et Galatée de 1612.

« Le mot espagnol culteranismo, créé au début du 17ième siècle, sur le modèle de luteranismo (de Luther). Il vaudrait mieux dire en français cultéranisme que cultisme qui renvoie à cultismo et désigne un mot savant, échappant aux lois phonétiques ordinaires. Le terme cultéranisme, d'abord péjoratif, semble avoir été employé pour la première fois par l'humaniste Bartolomé Jiménez Patón (1569-1640). Il désigne le style maniéré, ampoulé, voire boursouflé, calqué sur la syntaxe latine, farci de mots rares, de néologismes ou d'archaïsmes. Les références mythologiques, les allusions pédantes, les emprunts aux littératures classiques ou étrangères caractérisent ce style du baroque en Espagne, apparenté à l'euphuisme en Angleterre ou au marinisme en Italie. ». (Bernard Sessé, Encyclopædia universalis)


 ‘Récupéré’ parfois par ceux-là même qui le décriaient, il a traversé le temps, s’adaptant aux époques et donnant à la poésie espagnole une continuité. Luis de Gόngora en fut d’autant le plus illustre de ses partisans qu’après lui, ce mouvement fut désigné sous le terme de Gongorisme.


Louis de Gόngora 

 Don Louis de Gόngora y de Argote (1561-1627), né et mort à Cordoue, fait d’abord des études chez les jésuites de Cordoue. Il reçoit l’ordination majeure et son oncle maternel, chanoine de la cathédrale, lui octroie une généreuse prébende (revenus ecclésiastiques). A 15 ans, en 1576, il est envoyé   par son père[2] (ou/et son oncle ?), Francisco de Argote,  fervent humaniste faire pendant quatre ans des études de droit à la fameuse université de Salamanque. Le fait qu’il lui soit attribué un précepteur rémunéré, laisse entendre que c’est l’oncle matériel qui assumait toutes les charges financières.

Mais son don pour le poésie apparait très rapidement. Sa première publication dans laquelle se manifeste déjà ce qui caractérisera sa poésie est en 1580 une préface en forme poétique d’une traduction du chef-œuvre  du poète portugais Luis de Camões (1524-1580), Lusiades. Il n’a que 23 ans que déjà dans son premier roman, un roman pastoral, La Galatea, en 1585, Cervantès ( † 1616) le présente comme un « génie sans pareil ». Néanmoins, il écrira dans cette période des « pièces charmantes, pleines d'humour et d'esprit, de courts poèmes et des ballades au ton résolument populaire » dépourvues de gongorisme.


Il quitte l’université en 1581, retourne à Cordoue où en 1585, il remplace son oncle chanoine à la cathédrale de la ville. Il va ainsi assumer sa charge tout en accomplissant différentes missions administratives dans différentes villes importantes. Missions au cours desquelles, il trouve le loisir de se consacrer à l’écriture de ses poèmes. Sa santé est fragile et il a des dettes. Dépensier autant que généreux, à Madrid où il s’installe en 1617, ses revenus s'avérèrent insuffisants pour la Cour, étant donné l'appétit insatiable du poète pour le jeu (de cartes) et une vie de luxe. Il cherche vainement des protecteurs, Marquis d'Ayamonte, Comte de Lemos entre autres qui pourraient lui apporter une situation privilégiée qu’il souhaitait tant.

Ses espoirs de se voir attribuer charges ou fonction (aumônier royal…) s’effondrent quand ses protecteurs tombent en disgrâce ou son proprement assassinés à la montée sur le trône de Philippe IV en 1621). Ses  dettes ne font que s’accroître.  Et bien qu’il ait apprécié un temps de fréquenter la cour, la déception le gagna devant les intrigues et les compromissions. On lui reproche sa supériorité poétique, lui qui n’aspirant qu’à se retirer à la campagne pour jouir de solitude et de silence. En 1626, il est malade, incapable d’écrire. Il a longtemps souffert de calculs biliaires souffrant de sclérose vasculaire, cause probable de son amnésie. Il retourne à Cordoue en 1626 et meurt un an plus tard entouré de son seul neveu à qui il lègue ses droits d’auteur ; il lui avait déjà offert une partie de ses prébendes. Il n’est pas sûr qu’à sa mort, Góngora  est eu conscience d’avoir créé un langage poétique nouveau. Il faudra attendre le XXème siècle et un grand poète comme Garcia Lorca pour que son œuvre soit réhabilitée, son génie reconnu.


Anecdotiquement, on retient de son existence, son inimitié envers son rival, le poète Francisco Quevedo à qui il reprochait non seulement de l’imiter mais encore de l’avoir fait sous un pseudonyme. Mais l’on sait que la poétique de Quevedo se rapprochait plus du Conceptisme du poète Alonzo de Ledesma et la poétique de Gόngora du Cultéranisme du poète. Luis Carrillo de Sotomayor (voir ces poètes).

« …. Tout en lui suggérait intelligence, acuité, force, précision et dédain. Peut-être que le sentiment religieux douteux qu'on attribue à Góngora, décrit comme impitoyable ou cruel pour ses railleries à la fois mordantes et tendres envers les hommes et les femmes, dissimulait-il un désir, conscient ou inconscient, de communication affective que son caractère, tantôt si vif, tantôt si renfermé, avait malgré lui étouffé. »


Son Œuvre

C’est paradoxalement en 1612, à 41 ans, à la parution de la première de ses deux Solitude, sur les quatre prévues, que le poète le plus célèbre de son temps, dont le talent poétique avait très vite était reconnu (lettrilles- compliments sous forme de petite lettre-, sonnets, romances), devient l’objet d’une cabale menée par les grands des lettres du moment, ceux-là même qui l’avaient encensé, ne voyant en ses poèmes que le jeu verbal d’un poète juché sur les hauteurs de sa vanité. On a plaqué par la suite le qualificatif minoratif de Gongorisme à tout son œuvre. En 1617, paraitra une grand partie de la seconde Solitude. Dans la première, le poète évoquait la campagne dans la seconde, les rivages. Dans la troisième, il devait évoquer la forêt et dans la quatrième le désert.

En espagnol, le terme de soledades ne désigne pas tant le sentiment de solitude qu’un espace isolé, retiré, difficile d’accès, sauvage, où l’homme ne saurait vivre. L’œuvre, inachevée, (deux chants sur les quatre prévus) avec quand même  plus de milles vers est ambitieuse dans son dessein de nous faire traverser « successivement le monde pastoral, celui des rivages, celui des forêts et enfin, celui des déserts. C'est en tout cas dans une représentation de la nature (quelle nature? c'est bien la question) que nous entraîne le poète, à travers une forme qui est elle-même, par le nom qu'elle se donne, la soledad, le meilleur reflet de ce qu'elle prétend représenter. Car « le mot soledad, s'il désigne un espace sauvage, renvoie aussi à un genre poétique, musical, mélancolique, tout proche de la saudade portugaise. » (Marie-Pierre Cairo-Le Gac in Solitudes de Gόngora- Édit. Académie de Nice: http://ac-nice.fr/massena/clubs/philo/pdf/ gongora.pdf)


Un autre œuvre marquante de Góngora est Fábula de Polifemo y Galatea ( Fable de Polyphème et Galatée). Il s’agit d’un épyllion (brève épopée) qui reprend d’Ovide le récit de l’amour du cyclope Polyphème pour la nymphe marine (néréide) Galatée. Thèmes recurrent dans la poésie espagnole du temps.

« La Fable de Polyphème et Galatée se distingue par l'importance accordée au visuel et au plastique par rapport au récit. La modernité du poème dérive également de la volonté de l'auteur de ne pas se soumettre à une intentionnalité morale ou didactique au contraire de la plupart de ces prédécesseurs dans ce genre. » (Wikipédia)

On lui doits une autre fable, La Fábula de Piramo y Tisbe (La Fable de Pyrale et Thisbé) de 1618

Écrite en 1610, Las firmezas de Isabela (La Constance d’Isabela est une comédie en trois actes, à l'intrigue complexe et au déroulement quelque peu obscur qui ne donne pas tout de suite au spectateur la possibilité de comprendre la situation. La pièce respecte la règle classique du déroulement de l’action en une seule journée.

Gόngora aura laissé son nom- il a choisi celui de sa mère Doña Leonor de Góngora[3]-,  dans la poésie européenne sous un aspect péjoratif. Le Gongorisme qui désigne son style est associé à de l’affèterie, à une manière inutilement compliquée d’écrire ce que l’on pourrait exprimer plus simplement, à une recherche futile de mots surprenants, utilisés dans une syntaxe complexe, à l’emploi d’images choisies pour surprendre voire dérouter, et d’un vocabulaire par trop raffiné. Un néologisme a même été créé pour désigner sa manière d’écrire : gongorizar (gongoriser). Une manière amphigourique qui noie le sens du vers dans une carapace formelle, loin du verbe clair castillan. En un mot, une poésie artificielle.


Gongorisme-Culteranismo

« Góngora était le plus grand représentant de la poésie culterana, et en fait cette orientation poétique est aussi généralement appelée "gongorismo"… Le culteranismo se définissait initialement comme une voix péjorative contre la poésie de Góngora et de ses adeptes, entendait faire des créations poétiques minoritaires et sélectives, en utilisant des ressources linguistiques variées …La syntaxe : rapprochement de la syntaxe castillane à l'ordre de la locution latine…La métaphore : relations cachées entre les objets comparés (la comparaison des objets est à la base de la métaphore) ; de type mythologique » (La Poesía del Siglo de Oro Siglo XVII: Literatura española del Barroco y Siglo de Oro

 http://www.rinconcastellano.com/barroco/barroco_poesia.html).


Conde de Villamediana & Gabriel Bocángel

Juan de Tassis y Peralta, conde de Villamediana (1581-1622) et Gabriel Bocángel y Unzueta (1603-1658), sont deux poètes disciples de Gόngora.

Le premier, dont Philippe IV aurait commandité son assassinat pour éviter le scandale de la révélation par un procès de ses mœurs plus que dissolues pour l’époque (sodomie interraciale), semble avoir joué un rôle sur l’opinion publique par le contenu de ses satires politiques selon Philippe Rouached (Poésie et combat politique dans l’œuvre du comte de Villamediana,Thèse Paris 4-2009).

Selon le même, de Tassis « privilégie l'épigramme [satire courte], support de différentes variétés de conceptos,… les sources de cette œuvre, [étant] principalement la satire latine et la poésie espagnole du XVe siècle »

Le second, qui mena une vie plus rangée comme bibliothécaire du frère de Philippe IV puis comme Conteur de Maximes et de Livres, poète académicien, porterait l’intérêt d’avoir introduit la musique dans la commedia et serait de ce fait un « précurseur de la zarzuela ». Il ne faut oublier dans les origine de la zarzuela, le rôle des intermèdes et l’importance qu’ils prirent notamment avec des auteurs comme Luis Quiñones de Benavente, le plus célèbre des genero chico, musique, danses et saynètes imbriquées dans la représentation de la comédie.


L’École de Séville

Séville était une ville prospère et cosmopolite grâce au commerce avec le Nouveau Monde. C’est dans ce port que partaient et qu’arrivaient les navires reliant les deux continents. Propsère jusqu’à ce que s’amorce sont déclin au milieu du XVIIème siècle.

 L'humaniste Juan de Mal Lara (1524-1571), poète et dramaturge, avait fondé vers 1561 une académie de poésie qui poursuivit ses activités pendant près d'un siècle. Elle n’avait pas de règles fixes, ni non plus de lieux de réunion ; ce pouvait être la magnifique maison du poète sévillan Juan de Arguijo (1567-1623), au décor peint par Francisco de Medina, comme celle du peintre Francisco de Pacheco (1564-1644), maitre et beau-père du sévillan Diego Velázquez (1599-1669). Avec de Mal Jara, Francisco de Medrano (1570-1607) Arguijo et Fernando Herrera (1534-1597) en furent les plus importantes figures avec Rodrigo Caro (1573-1647) en formant ce que l’on a appelé l’École Sévillane. Il existait dans d’autres villes d’Andalousie de tels cénacles comme celle de Pedro de Espinosa (1578-1650) à Antequera ; Luis Carrillo de Sotomayor (1582-1610) à Cordoue ; ou celle des Granadans Soto de Rojas (1584-1658) et Francisco de Trillo y Figueroa (1618-1680), mais celui de Séville fut le plus remarquable.


L’École Sévillane et la poésie andalouse en général se distincte de la poésie castillane en ce qu’elle ouvre un autre courant non baroque, n’adoptant pas les formes poétiques du gongorisme ni du conceptualisme mais en restant fidèle au Classicisme de la Renaissance avec « ses idéaux de naturel et d’équilibre » (http://avempace.com/wiki/index.php,La poesía culta. Las formas métricas. Tendencias estilísticas en el Barroco español). Francisco de Rioja et Rodrigo Caro en furent les plus brillants représentant avec Andrés Fernández de Andrada.  « Ce classicisme se retrouve aussi présent dans l'école aragonaise, avec les frères Argensola -Bartolomé et Lupercio Leonardo- et avec Esteban Manuel de Villegas (1589-1669) ». Ce mouvement  a eu pour modèle le poète Fray Luís de León (1528-1591)qui s’opposa particulièrement au culteranisme dans son recueil La Perfecta Casada (La Mariée Parfaite). « Ces formes se caractérisent par une plus grande simplicité formelle et un stoïcisme dans le traitement des thèmes, qui n'expérimentent pas les concepts et les formes comme c'était le cas avec la poésie Gongora et du conceptisme qui était en cours de production ».


Francisco de Rioja

Francisco de Rioja (1600-1658), né à Séville et mort à Madrid, fit des études de théologie et de droit dans sa ville natal, puis nommé chanoine (clerc régulier au service du diocèse) de la cathédrale.

Protégé du comte-duc d'Olivares, il en fut le bibliothécaire personnel. A la mort de son protecteur en 1645, las de la vie à la cour, il quitte Madrid se retire à Séville. En 1654, le conseil de la ville en fait son représentant à Madrid où il mourra cinq ans plus tard. Philipe IV en fait son bibliothécaire et chroniqueur de Castille. Mais ses écrits satiriques lui attirèrent une certaine disgrâce. Il eut pour ami Francisco Quevedo, fréquenta Lope de Vega et  Cervantès.

de Rioja est une des grandes figures de la poésie lyrique espagnole avec le poète Fernando Herrera né au siècle précédent. Inspiré des ‘grands Italiens’ du XIVème siècle (Dante, Boccace, Pétrarque) et des grecs, il écrivit des odes et des églogues qui sont devenus des classiques de la littérature espagnole. Il n’aborda pas de grands thèmes comme Herrera mais se soucia plus du

«  polissage de la langue, de l'élégance verbale et des adjectifs précis et nuancés, choisis dans le domaine des impressions sensorielles ». (https://es.wikipedia.org/wiki/Francisco_de_Rioja).

Son sens aigu de la nature se manifeste dans ses silva[4] telles que A la rosa, Al clavel, A la arrebolera. On lui doit aussi des chants moralistes à la constance, à la richesse, à la pauvreté


Rodrigo Caro

Rodrigo Caro (1573-1647), est né Utrta et y a passé son enfance et sa jeunesse. Il fait des études de droit à l'Université d'Osuna, qu'il achève vraisemblablement à Séville en 1596. Il retourne ensuite dans sa ville natale où il exerce la profession d’ avocat pendant plusieurs années. Durant cette période, depuis sa première visite en 1595, il se rend fréquemment dans les ruines de l’ancienne cité romaine près de Séville, Italica. Ces visites vont influencer de manière décisive sa réflexion et son œuvre. La vie de Rodrigo Caro était simple, il n'a pas fait de grands voyages ni de grandes aventures. Il a passé toute sa vie dans l'ouest de l'Andalousie, à Utrera, Osuna et Séville. Il a été secrétaire de Don Gaspar de Borja, cardinal archevêque de Séville.

À partir de 1621, il commença à occuper divers postes dans l'archevêché de Séville, jusqu'à ce qu'en 1627 il s'installe définitivement à Séville, où il vivra jusqu'à sa mort

Il fréquente les poètes et artistes que regroupe alors, de manière informelle, l’École de Séville : le peintre Francisco de Pachco, les poètes Juan de Arguijo (1567-1623), Francisco de Rioja (1600-1658). Il entretint une correspondance avec le madrilène Francisco de Quevedo (1580-1645) qui l’appréciait au point de lui dédié La doctrina estoica (La doctrine stoïcienne) écrite en 1699.

Il a écrit à la fois en prose et en vers et à la fois en latin et en espagnol. Une bonne partie de ses écrits, rédigés dans le premier tiers du XVIIe siècle, n'ont jamais été publiés de son vivant.

En tant qu'archéologue, il a été l'un des premiers Espagnols à enquêter sur les monuments et les ruines d'Espagne avec les méthodes utilisées aujourd'hui. Il est l'auteur des ouvrages suivants : Sanctuaire de Notre-Dame de la Consolation, Antiquité de la ville d'Utrera (1622), Antiquités et principauté de la ville la plus illustre de Séville.

« Il est l’auteur de  Canción a las ruinas de Itálica Canción a las ruinas de Itálica, ouvrage d'une grande perfection formelle sur le thème de l'éphémère de la gloire humaine ».

« Considéré comme l'un des meilleurs jamais écrits en espagnol… Dans ce poème serein et inspiré, il y a un certain nombre de références aux jeux d'autrefois : au gymnase et à l'amphithéâtre, au lutteur et à l'athlète. Cette chanson est une lecture hautement recommandée pour les étudiants novices en histoire du sport, plus que pour les informations qu'elle contient, pour l'émotion vive de l'antiquité sacrée qui l'imprègne.».


La Chanson des Ruines d'Italica, a longtemps été attribuée à  Rioja. « Il traite du thème de la fragilité et de la vanité du monde, sur un ton proche du stoïcisme. Il met également en lumière son vaste travail théorique sur l'archéologie et l'histoire ».

Días Geniales Y Lúdricos (Jours Géniaux et Ludiques) -qui étaient généralement des jours de grande fête et réjouissance et que l’on peut traduite par Grandes Journées Amusantes- est un ouvrage  dont le manuscrit a été perdu mais dont on a conservé des copies. « Au cours de ces siècles, bien qu'il soit resté inédit, il était assez connu des intellectuels de l'époque et très apprécié comme le livre d'érudition le plus classique produit par l'École de Séville ».

« L'ouvrage est divisé en six chapitres, dont les deux premiers font référence aux sports et jeux de cirque de l'Antiquité gréco-romaine et à la danse, avec une grande érudition. Les troisième et quatrième sont dédiés aux jeux de hasard, ainsi qu'aux échecs et dames, jeux de ballon, cercles et autres. Les cinquième et sixième sont ceux qui sont de préférence dédiés aux jeux pour enfants, dans les modalités les plus diverses. La richesse du livre vient du fait qu'il est à la fois une orgie [dans le sens étymologique de surabondance :usage excessif de quelque chose] savante qui rend compte de l'origine de tous les jeux et coutumes enfantines des temps anciens (Menéndez Pelayo, 1941, pp. 188) et une œuvre de légitime folklore qui doit satisfaire les nouveaux chercheurs des usages, des jeux et des traditions populaires (op. cit., pp. 162). Quant aux aspects formels de l'ouvrage, il convient de noter qu'il a été écrit dans la langue vulgaire, en castillan, et non dans la langue des savants, le latin. Il est possible que Caro ait décidé de ne pas imprimer ce livre, son chef-d'œuvre, jugeant sa publication trop audacieuse et trop risquée pour les critiques de son milieu intellectuel. Le livre est écrit en dialogue, suivant une tradition humaniste prestigieuse due au passé de Platon, Cicéron et Erasme.» (José Luis Graupera-Sanz Ref. Cit.)


École de Séville

Andrés Fernández de Andrada 

Andrés Fernández de Andrada ( 1575-1648), né à Séville et mort à Mexico, a été poète et capitaine de l’armée espagnole au Mexique. L’on ne connaît quasiment rien de sa vie. Il reste connu pour un poème qui figure dans toutes les anthologies de la poésie espagnole et dont la paternité a été longtemps attribué à Bartolomé Leonardo de Argensola ou  à Francisco de Rioja. Sommet de l'épître horatienne en Espagne,  Epístola moral a Fabio (Épître Morale à Fabio) dédiée au maire de Mexico Alonso Tello de Guzmán qu’il incite à rechercher la vertu, la résignation et la " "áureo equlilibrio", , déjà chantée par Horace et Fray Luis de León.

« Ses sources littéraires proviennent de l'Ancien Testament, de Sénèque et d'Horace, et il représente l'esprit de la tradition sénéquiste et de l'ascèse chrétienne en Espagne, invitant à la résignation à une vie en « aurea mediocritas [5]» ou «médiocrité dorée » et réfléchissant à la brièveté de la vie. .. et sur la condition humaine. » (https://es.wikipedia.org/wiki/Andrès _Fernández_de_Andrada).


Ana Caro de Mallén y Soto

Caro de Mallén y Soto (v. 1600 - 1647 ?)  est née en Andalousie mais sa ville natale reste inconnue ; Séville et Grenade sont avancées. Elle a en tout cas vécu à Séville où elle serait morte et où elle a publié ses livres . Elle a également vécu à Madrid en couple[6] avec l’écrivaine María de Zayas y Sotomayor († 1660 voir Roman/Espagne).  On ignore ses origines familiales, sans doute est-elle la sœur d’un Juan Caro de Mallén qui vécut à Séville et qui écrivit quelques œuvres pour la noblesse.

On ne sait rien non plus de sa culture mais l’influence des Góngora, Calderón et Tirso de Molina se fait sentir dans son œuvre que certains écrivains de ses contemporains comme Rodrigo Caro, Castillo Solórzano, María de Zayas, Vélez de Guevara, Matos Fragoso ont fait l’éloge.

Son premier ouvrage publié à Séville en 1628 est une Relation sur un événement survenu au Japon en 1597 mettant en avant l'activité des franciscains. En 1633, elle rédige une romance sur une victoire minime à Tétouan apparemment sur les bases de données réelles. En 1635, un autre récit paraît, toujours à propos d'une fête à caractère religieux, cette fois dans l'église de San Miguel, concernant un  événement survenu en Flandre »



En 1637, elle commence à être connue grâce à ses Relations sur les fêtes religieuses qui lui valent une rétribution de la ville de Madrid où selon certaines sources, elle aurait vécu avec María de Zayas, bien qu’elle n’en fasse pas mention dans ses écrits sur sa vie (cf. Biografias). La même année, elle fait paraître ses Novelas. Ana Caro peut vivre alors des rétributions qu’elle reçoit sur ses longs poèmes, quatre Relations  écrits à l’occasion de célébrations et de fêtes religieuses. Elles seront publiées entre 1628 et 1637, les trois premières à Séville, la dernière à Madrid.

En 1639, elle abandonne l’écriture de comédies pour se consacrer au théâtre religieux et écrit la même année un auto-sacramental « pour les festivités du Corpus Christi; c'est un texte composé en quatre langues, qui sont parodiées : portugais, français, mauresque et guinéen … de 1641 à 1645, elle participe [à nouveau] aux festivités du Corpus Christi, payées par le Cabildo de Séville, pour lesquelles elle composa des œuvres perdues, comme La puerta de la Macarena [ La porte de la Macarena] et La cuesta de la Castilleja [La côte de la Castilleja ]. En 1645, également pour le Corpus, elle écrit une conversation à deux [dialogue] ».


En 1653, est publié El conde Partinuplés (Le Comte Partinuplés), « Cette comédie magique écrite selon les canons de la "Comédie espagnole" de Lope de Vega, recrée dans une tonalité dramatique les aventures d'un chevalier ensorcelé et séduit par une jeune reine ». S’y mêlent enchantements, intrigues, batailles et tournois.

« Le Comte Partinuplés était la comédie la plus célèbre d'Ana Caro. Sa protagoniste, l'impératrice Rosaura, doit se marier mais craint un présage qui stipule que si elle le fait, elle subira "mille événements fatals". Au bout d'un moment, Rosaura tombe amoureuse du comte de Partinuplés, qui est fiancé à une       autre. Et par l'intermédiaire d'un complice, elle lui envoie un portrait d’elle qui séduit le jeune comte. La pièce a une fin heureuse dans laquelle Rosaura parvient à épouser son amant. Le personnage du comte Partonopeus était célèbre au Moyen Âge, plusieurs versions sont connues, presque toutes françaises. Cependant, dans celui-ci le rôle actif qu'Ana Caro donne à Rosaura dans le jeu de l'amour est surprenant.»

Certaines sources donnent le Comte de Partinuplés comme la version masculine du mythe de Psyché.


C’est la dernière publication d’Ana Caro. On peut supposer qu’elle a été victime de l’épidémie de peste qui a sévit à Séville en 1649. En tout cas, 1645 est l’année de ses dernières contributions littéraires connues (sonnet de louange et Colloque au Corpus Christi à Séville) (Biografias).

Outre ses Relations, Ana Caro a laissé deux comédies , El conde Partinuplés (Le Comte Partinuplés 1653), et Valor, Agravio y Mujer (Valeur, Offense et Femme), une Louange Sacramentelle (Loa sacramental) dans laquelle elle mélange les divers parlers de la ville. et un Coloquio entre dos ( Conversation à deux ).

Caro de Mallén y Soto a joué un rôle important dans le théâtre religieux du Siècle d’Or. Habituée de la cour, soutenue et rétribuées par les grands d’Espagne, son talent de poétesse et de dramaturge a été reconnue par les écrivains renommés de son temps.


Mexique

Sœur Juana Inés de la Cruz

Sœur Juana Inés de la Cruz (1648/51-1695) est née à San Miguel Nepantla, municipalité de Tepetlixpa  dans l'État de Mexico et morte à Mexico. En 1639, le vice-roi de Nouvelle-Espagne accorda aux populations autochtones de Nepantla le statut de semi-république d'Indiens, qui devint une république à part entière en 1808. Ceci témoigne de l'importance historique et culturelle de ce lieu. Elle est morte à Mexico. Elle est la fille illégitime du Capitán Pedro Manuel de Asbaje y Vargas Machuca († 1680),  militaire espagnol, né dans la province de Guipúzcoa (capitale San Sebastian) L’origine origine basque du père est mentionné dans la biographie de (1700) et par deux mentions dans l’œuvre de la poétesse. Mais, sa famille (maternelle ?) serait créole (cf. https://www.eluniversaldf.mx /nepantla- de-sor-juana-ines-de-la-cruz/).

Alors qu’elle sait lire à l’âge de trois ans, elle demande à sept ans à être inscrite à l’université de Mexico. Malgré le refus, elle s’instruit en autodidacte. Elle fréquente la cour de 16 à 23 ans ( ce qui semble indiquée que son père devait occupée une place plutôt importante à la cour). Remarquée pour son intelligence et sa culture, sur les conseil du confesseur du vice-roi, et peu encline au mariage, elle entre dans les ordres. Elle va alors consacrée sa vie à la dévotion et à l’écriture.

Bien qu’estimée de tous, son sexe et ses prises de position que l’on qualifierait aujourd’hui de féministe (place de la femme dans la société, son accès à la culture) n’alla pas sans quelques réticences. Elle a constitué une bibliothèque de plus de 4000 volumes.


Il a écrit des pièces de théâtre telles que Los empeños de una casa (Les Efforts d’une Maison), son œuvre la plus célèbre et Amor es más laberinto (L’Amour est un Labyrinthe), des pièces religieuses et de la poésie et des chants de Noël pour les cathédrales de Mexico, Puebla et Oaxaca. Son œuvre la plus importante, Primero sueño (Premier Rêve), fut publiée en 1692. Son premier recueil, Inundación Castálida (Déluge Castalide) n’est publié qu’en 1689. Les Castalides était le nom donné aux Muses, inspiratrices des arts et des sciences dans la mythologie grecque…, « Los empeños de una casa », parut en 1683.

Elle est considérée comme la première femme de lettres de langue espagnole du Nouveau Monde et pour d’aucunes comme la première féministe du nouveau continent. Son poème Hombres necios (Hommes insensés) a suscité la controverse et est considéré comme un moment clé de l’apparition de l'expression féministe Elle composa également des chants de Noël, des traités de musique et des poèmes de style baroque.


« L'héritage pétrarquien, déjà lointain dans la poésie de Sor Juana Inés de la Cruz, fut encore modifié par la démarche critique d'une écrivaine qui s'engageait avec des discours canoniques, et clairement masculins… nombre d'ouvrages consacrés au Pétrarque chez Sor Juana Inés de la Cruz soulignent la dimension critique de cette appropriation, bien qu'il soit reconnu que son œuvre instaure un dialogue avec les discours littéraires existants, manifestement masculins. En bref, les études sur les éléments pétrarquiens dans l'œuvre de Sor Juana Inés de la Cruz nécessitent une révision, afin d'obtenir une vision plus précise, dépassant l'idée d'une voix subversive qui s'insinue dans son écriture. » (Aurora González Roldán Universidad de Zaragoz

Sobre La Estructura de La INUNDACIÓN CASTÁLIDA

Actas XVI Congreso AIH Centro Virtual Cervantes)

 

Selon Guillermo Schmidhuber et Octavio Paz (1990), sœur Juana Inés de la Cruz aurait donné une fin différente à La Seconde Célestine, œuvre maîtresse du dramaturge de Agustín de Salazar (voir Théâtre/Espagne), terminée par l’ami de celui-ci  Juan de Vera Tassis. Proposition contestée par les spécialistes de Salazar. Il s'agit en fait d'une anti-Célestine, car l'héroïne utilise son don d'information pour rehausser le prestige de ses capacités divinatoires, et l'on y trouve des parodies de sortilèges et une caricature comique de la sorcière par le spirituel Tacón. »(https://es.wikipedia.org/wiki/ Agustín_de_Salazar)


Portugal

La poésie portugaise du XVIIème siècle est surtout marquée par un poète et une poétesse, Francisco Rodrigues Lobo et Bernarda Ferreira de Lacerda.


Rodrigues Lobo

Francisco Rodrigues Lobo (1578-1622), né Leiria, mort noyé à Lisbonne), est issu d’une famille juive convertie (converso. Il reçoit les ordres mineurs en 1602. Il fait des études de droit à la fameuse université de Coimbra (ou Coïmbre) de laquelle il sort diplômé. Puis, il entre au service du Duc de Bragance. Il écrivit en portugais et en castillan.

« Son statut de nouveau chrétien lui valut la persécution de l'Inquisition ; malgré cela, il mena une vie confortable et, hormis quelques brefs séjours à Vila Viçosa auprès de ses protecteurs, les ducs de Bragance, il passa la quasi-totalité de son existence dans sa ville natale de Leiria, se consacrant à l'histoire et à la poésie. [7]»

Avec sa première œuvre, datée de1596, Romencero (Romances, écrit en castillan,  il introduit ce genre qui, en vers narratifs, castillane d’origine. Il s’inspire largement de la poétique de Gongora, révèle « un poète à la sensibilité raffinée et une grande habileté à décrire les caprices de la nature » (Encyclopedia Britannica). La plupart des 61 poèmes sont en espagnol, qui restera la langue seconde des écrivains portugais jusqu'à la fin du XVIIème siècle. A noter que Le Portugal recouvre son indépendance en 1640.


Il écrit ensuite en portugais trois romans pastoraux :

En 1601, en vers et prose, il écrit Primavera (Le Printemps), en 1608, O Pastor Peregrino (Le Berger Errant ) et en 1614, O Desencantado (Le Désenchanté). Dans un cadre champêtre ; bergers et bergères devisent sur l’amour. Ses Églogas de 1605, comme le titre l’indiquent poèmes bucoliques à thème pastoral, ont des intentions morales claires. Le ton doux est mélancolie. La musicalité des vers est notable. Ces dix églogues présentent l’avantage d’être précédées d’un Discours sur la vie et les coutumes des bergers », lettres dans lequel le poète non seulement expose ses conceptions esthétiques sur le genre pastoral et nous présente la vie champêtre comme un idéal de vie, la plus favorable à l’expression de l’âme et de ce qu’elle peut révéler de meilleur en elle.

En 1619, parait Côrte na Aldeia (Le Tribunal du Village ) dans lequel un jeune noble, un étudiant, un riche gentilhomme et un homme de lettres discutent de mœurs, de philosophie, de questions sociales et du style en littérature. Sans doute le meilleur de son œuvre pour son ton vivant et l’élégance de son écriture et sa dernière en 1623.

« Corte en la aldea y noches de invierno (1619) [est] un recueil de dialogues sur la vie de cour qui dépeint l'idéal du gentilhomme portugais et sert de référence pour le développement d'un style exprimant une résistance à l'assimilation castillane. » (idem)

Vers 1598, il a eu une liaison amoureuse tumultueuse avec une dame de la famille du marquis de Vila Real. Il se noie accidentellement à l’âge de 44 alors qu'il descendait en bateau le Tage avec le comte d'Assentar.

Il a été surnommé le ‘Théocrite portugais’, Théocrite étant un poète grec du 3ème siècle av. J.C. connu entre autres pour ses idylles pastorales. Il est considéré comme l’initiateur de la poésie baroque au Portugal.


Bernarda Ferreira de Lacerda

Bernarda Ferreira de Lacerda (1595-1644), née à Porto et morte Lisbonne, est la fille du chambellan à la cour Leitao Ferreira. De par la position de son père elle reçut une éducation large et soignée. Ses talents de poétesse autant que sa beauté et l’étendue de son savoir lui permirent d’acquérir une renommée certaine. Lope de Vega fut de ses admirateurs qui lui dédia en 1635 son églogue (poème bucolique) Phylis (dans la mythologie, variantes sur l’amour de la fille du roi de Thrace pour un des fils de Thésée) et qui la qualifia de’ dixième muse lusitanienne’ , de ‘princesse du Parnasse’ et de ‘ phare éclatant’

Philippe III la chargea de l’éducation de ses fils don Carlos et don Fernando. Elle épousa ensuite un gentilhomme, Correa de Souza, qui mourut quelques années plus tard. Elle eut des enfants.

Écrites en portugais et castillan, ses comédies et des poésies sont :

Poèmes:

España libertada, chronique rimée en deux parties, première partie en 1618 et en 1676 deuxième partie écrite par sa fille Dona Maria Clara de Menezes.

Saudades de Bussaco de 1634, recueil de ballades descriptives sur le célèbre ermitage carmélite en portugais, espagnol et italiens.

Comédies:

El Caçador del Cielo (La Chasseur du Ciel)


Santo Eustachio y la buena e mala fortuna (St Eustache et La Bonne et La Mauvaise Fortune)

Tragica conversão dos Christãos de S. Thomé, ou Preste João, com 80 capítulos La conversion tragique des chrétiens par saint Thomas, ou Prêtre Jean, en 80 chapitres, œuvre perdue.


Notes


[1] Citation et pour en savoir plus sur la poésie espagnole du XVIIème siècle (Culteranismo y conceptismo, Poesía tradicional, Clasicismo andaluz y aragonés) : La Poesía del Siglo de Oro Siglo XVII: Literatura española del Barroco y Siglo de Oro http://www.rinconcastellano.com/ barroco/ barroco_poesia.html

[2] Encyclopédie Universalis : « Son père, ordonnateur des biens confisqués par l'Inquisition, semble avoir été un homme cultivé, amateur de livres, autour duquel se réunissaient les lettrés de la ville. Mais la figure la plus représentative de la famille est l'oncle maternel de l'enfant [chez qui naquit le poète], Francisco de Góngora, prébendier du chapitre de la cathédrale de Cordoue, riche propriétaire terrien » qui léguera non au poète mais à son frère cadet ( https://www.cervantesvirtual.com/portales/luis_de_gongora/ autor_biografia/) sa charge et ses bénéfices Fransico, fils d’un second mariage fur exclu de l’important héritage de son père dont bénéficia son demi-frère Don Alonso de Argote. Francisco était un homme très cultivé, possédant une bibliothèque volumineuse et que bien que ne vivant que d’une maigre pension, eut les plus grandes ambitions pour son fils. Il bénéficia néanmoins de la protection du secrétaire de Charles-Quint secrétaire de Charles Quint, Don Francisco de Eraso, qui lui confia plusieurs mission et le fit travailler à Cordoue comme juriste chargé des biens confisqués aux juifs. 

[3] On dit que c’est pour une question d’ harmonie qu’il choisit de porter le nom de sa mère. On peut penser aussi que c’est parce que c’était aussi celui de son oncle maternelle chez qui il naquit et que le soutint financièrement dans sa jeunesse.

[4] La silva est une strophe, ou plutôt un mètre, composé de vers hendécasyllabes (11 syllabes) et de sept syllabes (7 syllabes), avec consonne ou rime libre. Connu depuis l’antiquité latine avec Les Silves (ou Impromptus) du poète originaire de Naples Stace (40-96), c’est Francisco de Quevedo qui les introduisit dans la poésie espagnole

[5] « Aurea mediocritas ("juste milieu", ou "médiocrité dorée" ou "modération") est une expression latine qui fait allusion à la prétention d'atteindre un point médian souhaité entre les extrêmes; ou un état idéal à l'abri de tout excès (hybris) au moyen de la juste mesure des termes opposés (concordia oppositorum). Ele est liée à l'hédonisme épicurien, basé sur le fait de se contenter de ce que l'on a et de ne pas se laisser emporter par des émotions démesurées. Il apparaît comme thème poétique pour la première fois dans les Odes d'Horace ». Elle peut correspondre à la notion d’ataraxie que l’on retrouve aussi bien chez les épicuriens, les stoïciens que les sceptiques, notion qui étymologiquement signifie absence de trouble, équivalant à équanimité.

[6] Selon https://dbe.rah.es/biografias/17213/ana-caro-de-mallen-y-soto, base et citations de cette biographie, rien ne prouverait une relation amoureuse. « En 1647 Zayas parle d'Ana Caro dans la deuxième partie du Sarao y entretenimiento honesta, elle ne mentionne pas qu'elles se connaissaient ou qu'elles avaient partagé une maison ». D’autres sources sur la vie de Zayas pensent le contraire. Les œuvres de cette dernière dénonçent le rigorisme morale de son époque et font preuve nettement d’une démarche féministe…

[7] Citations et base de la biographie :Tomás Fernández y Elena Tamaro. «Biografia de Francisco Rodrigues Lobo» [Internet]. Barcelona, España: Editorial Biografías y Vidas, 2004. Disponible en https://www.biografiasyvidas.com/biografia/r/rodrigues_lobo.htm



Italie


Introduction - Giambattista Marino - Gabriello Chiabrera - Fulvio Testi - Francesco Redi -

Francesco de Lemene - Charles-Marie Maggi - Vincenzo Filicaja - Alessandro Guidi



Introduction

Le Sécentisme (Secentismo ou Seicento) n’est pas le plus grand des siècles de la littérature italienne. Mais si la qualité de ses poètes et écrivains n’atteint pas celle des siècles précédents, les deux courants , le pétrarquisme et le  marinisme, donneront  une orientation cruciale aux littératures de l’Europe.  En France, le courant précieux, en Espagne le cultéranisme, en Angleterre l’euphuisme, quoique ce dernier lui soit antérieur (voir Euphues (1580 de John Lyly). Tous ces mouvements participant d’une conception de l’écrit qui se poursuit encore de nos jours sous couvert de formes diverses. Le mouvement de l’Arcadie initié par l’Arcadie de Jacopo Sananzaro (1457-1530) dont s’inspirèrent nombres d’écrivains joua un rôle également important dans l’évolution des lettres européennes.


Giambattista Marino ou Le Chevalier Marin & le Marinisme.

Gian Battista Marino (1569-1625) est né et mort à Naples. La ville de Naples, toujours capitale de la vice-royauté espagnole et qui le restera  jusqu’en 1707, est à l’époque la deuxième plus grande ville d'Europe) avec environ 250 000 habitants. Paris étant la première. C’est le plus grand port méditerranéen avant Venise. Et c’est de fait un centre culturel des plus important qui favorise l’essor du Baroque avec la venue d’artiste colle Le Caravage, le Bernin, Ribera qui y passa la plus grande partie de sa vie, des philosophes comme Giordano Bruno et Tommaso Campanelle, des musiciens comme Alessandro Scarlatti et aux siècle suivant, Pergolèse et Nicola Porpora.


Marino fait des études de droit pour satisfaire à la demande de son père mais fuit la maison paternelle pour échapper à l’exercice de la profession.

Il est pendant quelque temps secrétaire d'un prince napolitain, En 1596, il écrivit La Sampogna (La Syrinx), « un recueil d'idylles sensuelles inspirées de sujets mythologiques et pastoraux » (Encyclopedia Britannica). qu’il ne put publier qu'en 1620. Il mène une vie de jeunesse dissolue. En 1598 et 1600, il est emprisonné pour immoralité, mais relâché à chaque fois grâce à l'influence de puissants admirateurs. Il se rend à Rome et se place sous la protection cardinal mécène Pietro Aldobrandini, neveu du pape. Ensemble, ils visitèrent plusieurs villes italiennes dont Turin où Marino où il séjourne de 1608 à 1615 et s’y attire une mauvaise réputation.


Il tente de publier certains de ses poèmes sensuels à Parme, mais l'Inquisition l'en empêcha Il parvint finalement à publier en 1602 ses premiers poèmes sous le titre Rime Amorose, recueil de sonnets d’idylles (proches de l’églogue bucolique), et diverses autres pièces. Et en 1614 La Lira, qui rassemble les poèmes composés entre 1592 et 1613 dont certains étaient parus dès 1602. Ce nouveau recueil contient des poèmes lyriques, de circonstance, religieux et mélancoliques mais les plus fameux restent les poèmes amoureux avec portraits de femme comme La Donna che cuce (La Veuve qui coud), la Donna che si pettina (La Veuve qui se peigne) » et La Bella schiava qui célèbre la beauté d'une splendide femme noire, renversant les canons traditionnels de la poésie amoureuse.  


En 1615, Marie de Médicis l’invite à Paris où connu sous le nom du Cavalier Marin il restera une huitaines d’années. Louis XIII une forte pension (2000écus).  Il fréquente le salons de la Duchesse de Rambouillet et y côtoie  ses habitués, Mlle de Scudéry (1607-1701), Guez de Balzac, Vincent Voiture dont la poésie raffinée n’est pas sans rappeler celle de l’italien, Tristan L’Hermite dont La Belle en deuil, paru dans son recueil des Plaintes d'Acante en 1633, témoigne de l'influence de Marino.

C’est au cours de son séjour qu’il écrit son œuvre maitresse, en 20 chants, l’Adone qui parait avant son départ en 1623 et qui lance le courant mariniste. Il avait fait paraître auparavant à Paris, Les Discours Sacrés en 1618, sermons laïques « sur la peinture, la musique et le ciel », la Galerie en 1620, déploiement d’un musée imaginaire et les idylles de la Musette en et un poème

 Il revient ensuite définitivement dans sa ville natale où il reçoit un accueil triomphal. En 1627, il publie Lettere gravi, argute, facete (Lettres sérieuses, spirituelles et humoristiques) et en 1632, La Strage degli Innocenti (Le Massacre des Innocents). Sa correspondance est publiée après sa mort en 1627.


De l’abondante production du Chevalier Marin est essentiellement à retenir, sur le thème d’Adonis, « l’interminable » (presque trois fois La Divine Comédie), l’Adone, écrit en italien ,dédié à Louis XIII qui honora les frais de publication et dont Jean Chapelain (voir Introduction/Particularisme Nationaux/France) écrivit la préface en français, présentant l’œuvre comme une épopée amoureuse et non comme traditionnellement une épopée guerrière.  Poème en vingt chants et 45000 vers dont une bonne partie est consacrée  à de nombreuses péripéties, descriptions et autres digressions qui nous éloigne du mythe.

A l’origine, Adonis est le fils de Myrrha et Théias, roi de Syrie, père de sa mère. Adonis, recueilli par Aphrodite (Astarté, Vénus) est élevé par Perséphone (Perséphone), déesse du monde souterrain.. Il est mortellement blessé par un sanglier selon la volonté de la jalouse Artémis (Diane, déesse de la nature et de la chasse), privant Aphrodite de son amour.

 Le  style est « vif, gracieux et pittoresque » pour certains, mais véritable « impudence verbale aux longueurs insupportables» pour d’autres. Tous s’accordant à reconnaître à l’auteur une imagination créatrice portée par la musicalité de la langue.


« Leur musicalité [des chants]  atteste la profonde influence du Tasse sur Marino, qui a multiplié les pastiches et les citations les plus disparates. Par la multiplicité de ses thèmes et de ses styles, Adonis (dont la bigarrure et le mélange audacieux des allusions profanes et sacrées provoquèrent une violente querelle littéraire) a influencé à son tour toute la poésie baroque italienne (identifiée au marinisme) et, par le biais de sa publication à Paris, la poésie précieuse. » (Encyclopédie Larousse)

« Il fut condamné par le pape Urbain VIII dès 1624 et mis à l’Index en 1627 en raison de ses scènes lascives et du mélange de sacré et de profane. Il continua cependant à être abondamment lu en Italie durant tout le XVIIe siècle (il était publié à Amsterdam) et alimenta une querelle entre marinistes admirateurs et imitateurs de Marino, et anti-marinistes, ses détracteurs [dont Gabriello Chiabrera]. En France, son succès fut plus bref.

L’Adone devint ensuite l’incarnation du mauvais goût, fut réputé illisible et tomba dans l’oubli.

C’est seulement dans la seconde moitié du XXe siècle, et surtout à partir des années 70 en Italie, plus tardivement en France, que s’amorça sa réhabilitation. » ( Exposition de l’œuvre 2023  https://bu.univ-poitiers.fr/ladonis-du-cavalier-marin-2/)


Marino a  marqué de son empreinte les lettres baroques italiennes. Sa renommée s’étendit dans toute l’Europe. Doué d’une aisance particulière, d’une facilité d’écriture et d’une vive imagination, il s’inscrit et illustre mieux que n’importe lequel de ses compatriotes le rejet de l’expression banale et la recherche de la meilleure façon d’exprimer de manière vive, incisive ce qu’il y a de plus singulier, de particulier sur ce dont on parle. C’est la recherche de l’argutezza avec son cortège de superlatifs, de termes rares, sa syntaxe emberlificotée, son usage de l’ellipse, de l’ambiguïté, de la métaphore dans un souci d’étonner, de surprendre agréablement. C’est le souci d’une pensée raffinée, du concetto, conception subtile des choses et des idées, Ainsi, il n’est plus question du soleil mais du « bourreau qui de la hache de ses rayons coupe le cou à l’ombre » ; Les fleuves deviennent « le sang bleu de la nature ». Ce qui ne va pas sans attirer l’ironie de nombre de détracteurs, surtout quand ce qui apparaît à leur yeux pour un artifice de langage, jeu vain de l’esprit aboutit aux leporeambi, pour le coup véritable « exercices phoniques », « puzzles verbaux », « caprices poétiques » inventés par Ludovico Leporeo (1582-1655).


Ludovico Leporeo est un poète de l’entourage du pape Clément VII, qui mena une vie tranquille voir insignifiante, qui aurait pu passer inaperçue s’il n’avait inventé une singulière poétique appelée leporambo. consistant en « un poème en dix versets contenant chacun trois rimes identiques, deux à l'intérieur et une finale, qui se suivent dans l'ordre alphabétique: aeiou, » (http://www.treccani.it/enciclopedia/ludovico-leporeo_(Dizionario-Biografico-29).

Il est également l’auteur de poèmes idylliques et sensuels sur des thèmes mythologiques et pastoraux, réunis sous le titre de La Sampogna (Le Sphynx), écrits dès 1596 mais publiés seulement en 1620.

Il y eut rarement dans l’histoire des lettres de poète et d’écrivains qualifiés de « grand corrupteur de la poésie» comme il le fut et qui eurent autant d’imitateurs. A l’origine du marinisme, Marino eut de nombreux émules dans toute l’Europe, mais aucun de ses imitateurs ne l’égala. Le marinisme domina la poésie italienne du XVIIème siècle.

Le retour du balancier se produite en Italie par un  retour à un « pétrarquisme raisonnable » ou à un retour aux sources classiques (antiques) comme pour les poètes de La Pléiade en France.


Gabriello Chiabrera

Gabriello Chiabrera (1552-1638), né et mort à Savone (Ligurie), est issu de petite noblesse. Son père mort avant sa naissance et sa mère remariée, il est élevé avec sa sœur,  par leur oncle et tante paternels  qu’il suit à Rome en 1561 quand son oncle s’installe comme banquier. Il fait ses études au Collège Romain, fondé par les jésuites en 1551, où il apprend sans grande conviction la philosophie . En 1572, il hérite des biens de son oncle décédé.

Il entre au service du cardinal Il a l’occasion d’être mis en rapport avec  Paolo Manuzio, le célèbre imprimeur vénitien venu à Rome en 1560 pour superviser l’impression d’ouvrages des Pères de l’Église. Il devient l’ami l’humaniste Marc-Antoine Muret, professeur de lettres, qui, ayant dû quitter la France pour accusation de pédérastie, est arrivé à Rome en 1559. Il fait découvrir à Chiabrera les  poètes de La Pléiade auxquels il était très lié, surtout de P. Ronsard. Par l’intermédiaire du Padouan, Sperone Speroni degli Alvarotti, humaniste, à Rome de 1560 à 1578, il rencontre le Tasse en 1575. Le Tasse qui avait déjà séjourné dans la cité papale et qui y reviendra et y mourra, s’était rendu  cette année-là à Rome pour discuter, en proie à des scrupules rhétoriques et religieux, déjà agité et instable qu’il était de la Jérusalem Délivrée avec ses amis érudits, entre autres Speroni, dont il ne supporta pas les critiques (https://www.treccani.it/enciclopedia/torquato-tasso/ ). Il séjourne à Florence. Il trouva toujours des protecteurs, les Médicis, les Gonzague qui régnèrent sur différents duchés, le Duc de Savoie et même l’empereur Ferdinand 1er.


Suite à un duel, Chiabrera doit revenir à Savone où il mourra ayant consacré le reste de sa vie à ses écrits et à une approche approfondie des poètes français de la Renaissance, particulièrement les poèmes de Ronsard. Il écrivit des poèmes épiques, lyriques sacrés et profanes, des poèmes narratifs et didactiques, et aussi des  satires et même des tragédies. Ses nouveautés poétiques portent sur la métrique, des inventions de mots, des inversions syntaxiques et une nouvelle manière de déclamer. Ses recherches poétiques seront suivies par les poètes de l’Arcadie au XVIIIème siècle.

« Ses innovations furent surtout métriques et, par essence, des imitations : notamment celle des odes de Pindare et celle des odes dites anacréontiques ; en réalité, une imitation légère, agréable et musicale de Ronsard » (https://www.treccani.it /enciclopedia/gabriello-chiabrera_(Dizionario-Biografico)/)


A sa façon, Chiabrera réagit  au marinisme en donnant dans le poème héroïque ; ce qui le fit surnommer ‘ Le Pindare Italien’. Non sans pédanterie et avec un ton souvent mélodramatique car selon l’écrivain et critique Francesco de Sanctis (1817-1886) « il embouchait avec autant de facilité la trompette épique que la flûte de Pan ». Ses madrigaux sont d’une veine pindarique plus traditionnelle, et ses Canzonette (1586-88) écrites pour être mis en musique restent le meilleur de sa production.

« Poète italien dont l'introduction de nouveaux mètres et d'un style hellénique a élargi la gamme des formes lyriques accessibles aux poètes italiens ultérieurs. Ses plus belles œuvres restent cependant ses canzonettes, élégantes et musicales ; compositions légères, manifestement influencées par les poètes de la Pléiade française du XVIe siècle, elles témoignent de son talent. Il y expérimente l'introduction de vers de 4, 5, 6, 8 et 9 syllabes (au lieu des vers de 11 et 7 syllabes de l'usage antérieur) et diverses accentuations syllabiques. Le succès de ces expérimentations offrit aux poètes qui lui succédèrent un large éventail de nouveaux types de poèmes lyriques. Son œuvre fut imitée par les poètes arcadiens italiens du XVIIIe siècle et admirée par le poète romantique du XIXe siècle William Wordsworth, qui traduisit certaines de ses épitaphes. » (https://universalium.en-academic.com/262674/Chiabrera_Gabriello)


Fulvio Testi

Fulvio Testi (1593-1646) né à Ferrare et mort à Modène,  fils de pharmacien, commence par étudier la littérature et la philosophie chez les jésuites  à Modène. Il les poursuit à l’université de Bologne où il étudie la poésie aux côtés de Claudio Achillin. Il fait ses débuts en poésie avec deux épigrammes latines, présentées l’Accademia degli Ardenti, qu’il intègre. Il deviendra t plus tard membre de l’Accademia dei Intrepidi à Ferrare où il a poursuivi ses études. Les manuscrits de ses poèmes qui circulent lui valent déjà une certaine réputation.

En 1598, lui, ses trois frères, sa sœur, avec leur son père veuf  suivent la cour du Duc Alphonse III d’Este qui quitte Ferrare pour se retirer à Modène, sa seigneurie d’origine. En 1611, Il entre alors dans le  service de la chancellerie du Duc Entré comme scribe, il occupera successivement de hautes fonctions, notamment celle de gouverneur de Garfagnana en Toscane. La même année parait à Venise son premier recueil de vers.

 Ses poèmes[1] sont publiés pour la première fois à Venise en 1613. Dédiés à son protecteur le Duc, ils sont dans la veine pastorale mariniste. La même année, il voyage à Naples et à Rome. De retour à Modène il épouse Anna Leni.


Dans la préface de ses Rimes, écrites entres 1613- 1617, parue en 1617, Testi reproche à son tour à Marino, qui l’avait accusé de plagiat dans sa Lira (1614), d'avoir fait passer des traductions de poètes étrangers pour des compositions originales. (https://www.treccani.it/enciclopedia/fulvio-testi_(Dizionario- par Giambaptista Marino, Biografico)/.) . Il dédie la même année à  Charles Emmanuel Duc de Savoie en guerre contre l’Espagne. Il pianto d'Italia (les Pleurs de l’Italie). Ces ottave (octaves)[2] contre la domination espagnole en Savoie et en Italie suscitent l’indignation du représentant espagnol à Modène car ils dénoncent la trop grande domination de l’Espagne et les injustices qu’elle provoque. Après onze mois d'exil, il obtint son rappel par une requête en vers fort touchante. Le Duc de Savoie pour le compenser l’épreuve qu’il venait de subir , qui flatte son talent de poète le fait chevalier de Saint-Maurice.


A partir de la sa carrière diplomatique s’envole. Il accompli des missions diplomatiques à Vienne, Rome, Venise et Turin, En 1635, fait comte, titre pour lequel il reçoit un domaine, il est nommé ambassadeur à la cour d'Espagne. A Madrid, il retrouve son ami poète et scientifique Gabriello Chiabrera. De retour à Modène en 1637, le duc Francesco Ier d'Este le nomme secrétaire d'État. En 1640, ne supportant plus la vie d’une cour qui à cause de ses origines modestes ne la jamais vraiment accepté, il demande et obtient le poste de gouverneur de Garfagnana.

Courtisan averti, qui pouvait obtenir ce qu’il voulait au cours de ses missions. Il sut si bien se faire estimer de Philippe IV que celui-ci lui accorda une riche commanderie et le fit chevalier de Saint Jacques. De même auprès d’Urbain VIII à qui il fit croire que son duc lisaient souvent ses poèmes qu’ils ne connaissaient pas vraiment.


«Malheureusement il n'avait ni la force de vaincre son orgueil ni le talent de le dissimuler. Il méprisait ses collègues et ne souffrait pas qu'on le payât de retour. Quelquefois il se dégoûtait de la cour au point de l'abandonner pour se retirer à la campagne ; et dans sa retraite il soupirait encore après la cour. »

 Ses démarches secrètes auprès de Mazarin pour être nommé en France, lui valent d’être accusé de trahison. Il est emprisonné et meurt sept mois  plus tard en prison à l’âge de 53 ans..

Si Testi commença sa longue carrière littéraire en adhérant au marinisme , il suivra par la suite un courant plus personnel et se tournera vers la poésie élégiaque. Outre ses Rimes de 1617, on lui doit également un drame intitulé L'Arsinda, ou la Discendenza de' Principi d'Este ; le premier chant d'un poème épique, Costantino ,  le débutt d'un second poème sur la Conquête des Indes, et une tragédie  intitulée L'isola di Alcina (1647). Sa correspondance révèlera sa profonde connaissance de la vie politique.


« Aux côtés de Gabriello Chiabrera, il fut l'un des plus grands représentants du courant hellénisant du classicisme baroque, mêlant l'horatisme à l'imitation d'Anacréon et de Pindare. Ses poèmes abordent des thèmes civiques sur un ton solennel, témoignant de ses convictions politiques antiespagnoles et, par conséquent, de son soutien à la Savoie. » (https://en.wikipedia. org/wiki/Fulvio_Testi).


Francesco Redi

Francesco Redi (1626-1698), né à Arezzo (Toscane)  et mort à Pise, fils de médecin, fait ses études chez les jésuites à Florence puis à l’université de Pise.

Il est membre de de l'Accademia della Crusca en 1655 dont il est un des auteurs de son Vocabulario, premier dictionnaire de la langue italienne. Il participe aux travaux de l'Accademia del Cimento qui de 1657 à 1667 se proposait de vérifier les théories de Galilée.  Il sera membre de l’Accademia dell’Arcadia à sa fondation en 1690.(académies voir Introduction/ Particularisme nationaux/Italie)

En 1666 il devient l’archidiacre du Grand-Duc de Toscane, Ferdinand II de Médicis puis de son fils Cosme III.

Grammairien, médecin naturaliste, Redi  effectua des  travaux sur les insectes qui  restent fondamentaux et dont les Consulti medici (1726-39 et 1863) sont encore réimprimés de nos jours. Son poème majeur est Bacco in Toscana (Bacchus en Toscane). Il se montre d’un lyrisme plein d’humour et de charme. Il a joué un rôle important dans les lettres italiennes de son siècle.

L’ensemble de son œuvre fut publié en trois volumes en 1712 à Venise et en 7 volumes en 1729 à Florence.


Lemene & Maggi

Lemene par ses églogues et madrigaux, et Maggi par sa poésie anacréontique préfigurent la poésie pastorale.

Francesco de Lemene (1634-1704) est né et mort à Lodi (Lombardie) dans une famille aristocratique, lui-même comte. Il fait des études aux universités de Bologne et Padoue, puis assume des missions de représentations. S’il fut attiré dans sa jeunesse par le marinisme, l’âge venant, il fut séduit par la poésie anacréontique. Il composa dans le goût d’Anacréon (VIe siècle av. J.-C.), cantates, églogues et madrigaux qui « respirent l’antiquité ». En 1691, il entre à L’Accademia del’’Arcadia. Son œuvre majeure est « Traité de Dieu, ou Dio uno, trino, creatore, uomo, figliuolo di Maria, paziente e trionfante, poème dans lequel il a su expliquer les attributs les plus mystérieux de la Divinité, dans une suite d’hymnes et de sonnets qui servent d’explication aux discours en prose dans lesquels ils expliquent ces mystères » (Biographie Universelle T.24 Paag.44,Michaud-Éditeur 1819)


Charles-Marie Maggi (1630-1699), né et mort à Milan, commence ses études chez les jésuites et les poursuit à l’université de Bologne. Après avoir visité les principales villes de la péninsule, revenu en sa ville natale, il est nommé secrétaire du sénat et enseigne quelques temps la littérature à l’université palatine. Il a été membre de l’Accademia della Crusca et a participé à L'Académie de Ricovrati ((l’Académie des Abrités voir Particularismes Nationaux/ Italie/Académies) fondée à Padoue en 1599 et à laquelle appartint Galilée (1564-1642) et qui fut la première à admettre des femmes dont Madame de Scudéry en 1685.

En 1687, il publie Rime Varie qui contient des poèmes en italien, espagnol, latin et grec. Il est l’auteur de « comédies milanaise aux dialogues naturels et agréables avec une satire des mœurs qui plait et instruit » (Biographie Universelle T.26 page 125)


Vincenzo Filicaja

Vincenzo Filicaja (1642-1707), né et mort à Florence, issu d’une famille d’hommes politiques, fait ses études à l’université de Pise. Il se consacrera ensuite à l’étude de l’antiquité et en tant que membre de l'Académie della Crusca (voir Introduction/ Particularismes/Nationaux/ Italie) ; académie fondée à Florence en 1583. Il s’intéressera  à la philologie et à la linguistique italiennes. Le plus patriotique des poètes italiens, les odes patriotiques qu’il composa à l’occasion de la défaite des Turcs et de la libération de Vienne attirèrent l’attention sur lui et le rendirent célèbre dans toute l’Europe. Il fut nommé gouverneur de l’antique et médiévale ville de Volterra (province de Pise), et l’ex-Christine de Suède qui vivait à Rome le combla de bienfaits. En 1684 parait une première édition de ses œuvres.

Poète discret, vivant à la campagne, il écrivit aussi de remarquables sonnets sur l’Italie. Sa poésie fait trait d’union entre le Marinisme et le mouvement de l’Arcadie. Ses Poésies Toscanes seront publiées à sa mort en 1707.


Alessandro Guidi

Carlo Alessandro Guidi (1650-1712), né à Pavie et mort à Rome, se rendit très jeune à Rome et reçut le soutien constant de la noblesse, dont celle du duc Ranuccio II, de l’ex-reine de Suède de Suède et du pape Clément XI.

Guidi était bossu et louchait et malgré une constitution fragile, il put tenir son rôle de leader de l’Accademia dell’ Arcadia. (Académie des Arcades). Ses contemporains le considéraient comme l’égal  de l’auteur classique grec des Odes. Il subsiste pourtant guère que son Ode à La Fortune dans laquelle, se libérant de l’imitation de Pindare, il introduit la strophe libre à l’inverse de la canzone régulière traditionnelle. Il s’opposait au maniérisme de Marini,

Il est l’auteur de drames pastoraux, Endymion et Daphne publiés en 1681 et d’une tragédie-lyrique Amalasunta in Italie. Il mourut de manière surprenante. En chemin pour présenter une copie de ses homélies pour le Pape Clément XI, il s’aperçut d’une grave erreur de typographie, atteint d’une crise cardiaque, il en mourut.


Notes

[1] Base de la documentation : https://everipedia.org/wiki/Fulvio_Testi/

[2] Strophe de huit vers composée de huit hendécasyllabes (vers de 11 syllabes) rimant, dont les six premiers ont une rime alternée et les deux derniers ont des distiques rimés (ABABABCC).



Outre-Rhin

Introduction - Première École de Silésie - Seconde École de Silésie - Les Défenseurs de La Langue - La Poésie Spirituelle

Martin Opitz - Baron Friedrich von Logau - Paul Fleming - Anfré Gryphius
Christian Hoffmann de Hoffmannswaldau - Georg Philipp Harsdörffer - Philippe Zesen

Simon Dasch - Paul Gerhardt  - Angelieus Silesius - Catharina von Griffenberg - Baron de Canitz - Friedrich von Spee



Outre-Rhin

Introduction

Le contexte historique Outre-Rhin dans la première moitié du siècle est profondément marqué par la Guerre de Trente Ans qui, commencée en 1620 par la Bataille de La Montagne Blanche, opposa la Ligue Catholique et l’Union Protestante jusqu’en 1648. Guerre qui se soldera par un effondrement économique et démographique Outre-Rhin avec quelque 7 millions de morts. Les esprits en seront profondément marqués.

Au plan littéraire, la poésie Outre-Rhin connaît alors un essor certains avec des poètes honorables comme entre autres Christian Weise, Barthold Hinrich Brockes, Abraham a Santa Clara, Sigmund von Birken, Johann Christian Günther. Mais ceux  qui marqueront de leur empreinte la poésie germanique seront Hoffmann de Hoffmannswaldau, Johann Michael Simon Dach, Friedrich von Logau, Andreas Gryphius, Paul Fleming, Philip von Zesen, Georg Philipp Harsdörffer, Angelius Silesius et bien évidemment, Martin Opitz qui, pour novateur qu’il sera, n’en commencera pas moins à écrire sous l’influence d’un Pétrarque qui  tardivement ainsi fera grâce à lui son entrée Outre-Rhin.

Sans oublier la riche poésie dont les représentants les plus connus sont Angélius Siléisus (1624 -1677), le Baron Canitz (1654-1699) et Catharina Regina Melissa Freiin von Seisenegg von Griffenberg (1633 -1694). 


Auguste Buchner

Auguste Buchner (1591-1661), né  à Dresde, formé aux lettres classiques et aux arts libéraux, fut professeur de poésie et d'éloquence en 1616 à l’université de Wittenberg après y avoir étudié et reçu ses diplômes en droit et philosophie. En tant que professeur, il eut une grande influence sur ses élèves dont entre autres les poètes Simon Dach, Paul Fleming, Paul Gerhardt, Christian Johann Klaj, Martin Opitz et Philipp von Zesen. Son Anleitung zur deutschen Poeterei (Instructions pour la Poésie Allemande), parues après sa mort en 1665 rassemble ses cours sur la poésie retranscrits par ses étudiants. Il est l’auteur du livret, aujourd’hui perdu, d'un opéra-ballet Orpheus und Euridice que Heinrich Schütz a mis en musique pour une première représentation en 1638. Il fut membre de la Société Fructifère (Fruchtbringende Gesellschaft)


La Société Fructifère

Des cercles de poètes vont s’ouvrir suivant l’exemple des académies italiennes et pour la première fois des femmes y participeront à l’instar de la princesse de Saxe Maria Antonia Walpurgis. Un des plus réputées et la première académie de langue allemande, sera la Société Fructifère (Fruchtbringende Gesellschaft) ou de l’Ordre du Palmier (der Palmenorden), arbre-emblème du supérieur de l’ordre. Un cercle de lettrés et de philologues entourés d’aristocrates de la haute noblesse ouvrent en 1617 (bien avant les françaises) cette société, avec l’approbation du Prince Louis d’Anhalt-Köthen (L’Anhalt-Köthen est un état du N.E) au château duquel se dérouleront les séances. Cette société qui perdurera un demi-siècle est comparable aux Arcadies italiennes, si ce n’est qu’elle s’est instituée en un véritable ordre; Les membres avaient également un pseudonyme, correspondant à une valeur distinctive. Martin Opitz s’appelait le Couronné ; Gryphus, l’Immortel ; Zesen, le bon Compositeur ; Harsdörffer, l’Enjoué ; Et le Baron von Logau, maître de l’épigramme, le Diminuant (Verkleinernde), celui qui fait petit autrement dit qui fait court.


Les  Écoles de Silésie

La Silésie, actuellement en Pologne, sera une terre particulièrement fertile pour la poésie allemande du XVIIème siècle. Elle donnera naissance à deux écoles littéraires dont l’influence se fera sentir sur l’ensemble des pays germanophones.

La première école aura pour chef de file Martin Opitz (1597-1639), originaire de Bunzlau ( actuelle Bolesławiec, Basse-Silésie).

Le diplomate Martin Opitz von Boberfeld est considéré comme le père de la poésie baroque allemande. Avec Aristarque ou Du mépris de la Langue Allemande et son un Traité de la poésie Allemande de 1624, il aura démontré que la langue allemande peut se hisser en littérature à la hauteur des autres langues d’Europe. Ce ne sera pas sans réticences qu’il sera admis dans La Société des Fructifiants (die Fruchtbringende Gesellschaft, La Société qui apporte des fruits, féconde) grâce à l’intervention de Ferdinand II qui l’anoblit en 1628.

Enoch Glaeser (1628-1668), André Tscherning (1611-1659), Henri Buchholz sont des poètes baroques de cette première École de Silésie. Lyriques, ils n’en ont pas moins le souci de la chose bien faite et avec élégance.

La seconde école de Silésie s’ouvre avec Hoffmann de Hoffmannswaldau.

« La seconde école silésienne, inaugurée par Hoffmann de Hoffmannswaldau (1613-1679), semble annoncer d'abord un revirement d'inspirations assez curieux; à la sécheresse savante de Martin Opitz, Hoffmann fait succéder une grâce toute voluptueuse. II n'y a pas d'écrivain allemand sur lequel les critiques soient moins d'accord : tandis qu' il est dénigré par les uns comme un imitateur de Guarini et de Marino, comme un rimeur emphatique, langoureux, toujours occupé à mourir par métaphore, d'autres juges, et Gervinus à leur tête, aiment en lui un esprit joyeux, plein de grâce, qui proteste contre le pédantisme de Martin Opitz et d'André Gryphius. Ces deux opinions contiennent une part de vérité, et ne demandent peut-être qu'à être fondues ensemble » (https://cosmovisions.com/ litteratureAllemande17.htm).


Première École de Silésie

Martin Opitz von Boberfeld

Martin Opitz von Boberfeld (1597-1639), né à  Bunzlau (actuelle Bolesławiec, Basse-Silésie) et mort à Dantzig (actuelle Gdańsk), fils d’un boucher, fait ses études secondaires à Breslau (actuelle Wrocław), et entre en 1619 à l'Université de Heidelberg où il étudie la philosophie et le droit tout en étant précepteur du fils du Conseiller Privé de l’Électeur Palatin.

En 1620, il se rend à l’université de Leyde. L’année suivante, il séjourne dans   le Jutland  où il écrit Poèmes de consolation dans l'Obscurité de la Guerre qui seront publiés en 1634. Il enseigne ensuite la philosophie et les-arts au Lycée académique de Weissenburg en Roumanie. Il entame ses recherches sur les antiquités de la Dacie (Dacia antiqua), région de la Roumanie-Moldavie qui fut occupée par les Romains. Ce long travail  restera inachevé

En 1623, il revient en Silésie. L’année suivante, il est nommé conseiller du duc Georges-Rodolphe de Liegnitz qui est alors gouverneur de Silésie à Breslau. En 1624, il écrit son traité sur la poésie allemande, son œuvre maitresse. En 1625, à Vienne, il est lauréat d’un concours de poésie pour son poème sur la mort de Charles II François, père de Ferdinand II, roi de Bohême et de Hongrie, qui l’anoblira en 1628 sous le nom  de von Boberfeld.


En 1629, ce ne sera pas sans réticences qu’il sera admis dans La Société des Fructifiants (die Fruchtbringende Gesellschaft, La Société qui apporte des fruits, féconde) grâce à l’intervention de Ferdinand II. En 1630, il est envoyé par le comte Dohna à Paris où il y rencontre Hugo Grotius (voir Philosophie Naturelle), dont il traduit en vers allemands Sur la vérité de la religion chrétienne. En 1633, il séjourne à Dantzig où il côtoie Christian Hoffmann von Hoffmannswaldau  et Andreas Gryphius.

En 1636, il entre au service du roi de Pologne Ladislas IV Vasa d comme historiographe et écrit deux pièces Antigone et Judith d’après Sophocle. Il dédie ses Poèmes spirituels à la comtesse Sibylle Margarethe Dönhoff. Il meurt de la peste à Dantzig à l’âge de 41 ans.


Surnommé « le père de la poésie allemande », Martin Opitz aura été la  figure centrale de la première école de Silésie. Jusqu´au XVIIème siècle la poésie allemande était sous la domination de la poésie de l’époque en latin. Opitz commença à écrire en s’inspirant de Pétrarque (1304-1374). Il fit ainsi découvrir l’auteur du Canzoniere (Chansonnier) écrit en florentin[1],  que les poètes germanophones prirent en exemple voire imitèrent.


Martin Opitz devient par la suite un véritable novateur. Il joua Outre-Rhin, le rôle d’un Malherbe et d’un Boileau réunis en France. Comme Malherbe, c’est son rôle sur la langue allemande et entre autre l’introduction d’un nouveau vocabulaire, de néologismes, qui sera déterminante : dans Aristarque ou Du mépris de la langue allemande, il met toute sa conviction à démontrer que la langue germanique a toutes les qualités requises pour être une véritable et efficace langue littéraire qui n’a rien à envier aux autres langues européennes si les auteurs savent  tirer parti de ses caractéristiques et mettre en valeur le meilleur d’elle-même. De Boileau, il aura le rôle du théoricien. Son "Martini Opitii Buch von der Deutschen Poeterey (Traité de la Poésie Allemande) de 1624 pose les bases de la versification autant que de la prosodie. Notamment, il préconisa une métrique régulière du vers composé de iambes (pieds à deux syllabes dont une longue et une courte). Le vers ïambique dont les pieds pairs sont iambiques,  a la spécificité de mettre en évidence une cadence régulière, l’accentuation des temps forts par rapport aux temps faibles, et non plus des brèves et des longues en succession aléatoire.


Baron Friedrich von Logau

Le baron Friedrich von Logau (1604-165) fait ses études de droit à l’université de Altdorf près de Nüremberg pendant les deux ans habituels pour un noble à cette époque. Marié en 1631, il hérite en 1633 à 28 ans du modeste bien familial. En 1644, à la quarantaine, il entre au service de la cour de Ludovic IV, Duc de Brzeg-de Legnica et de Wolow en Silésie. Fervent patriote, déplorant les ravages de la guerre, il exhorte ses compatriotes au patriotisme, et « s’en prend » à ces « étrangers » qui abandonnent leur langue pour en singer d’autres.

Il est l’auteur de plus de 3000 épigrammes  toujours variés dans la manière comme dans les sujets, et pour lesquels il ne s’en tient pas toujours aux exigences de brièveté et de satire, mais dont le dénominateur commun est une subtilité de sens, et le gnomisme, du grec « en forme de sentence », qui se veut universel (« deux et deux font quatre »). Il est le maître allemand du genre. Pour cette usage de la sentence (gnomisme), sous forme proverbiale, on a pu le comparer au La Fontaine des moralités, celui de « on a toujours besoin d’un plus petit que soit » par exemple. Moraliste, il l’est également en dénonçant les travers de ses contemporains : l’avarice, l’hypocrisie etc. Il a aussi écrit deux cent poèmes qu’il fait paraître en 1638 sous un pseudonyme, Deux Cent Sentences Rimées de Salomon de Golow.


Paul Fleming et La Poésie Lyrique

Paul Fleming (1609-1640), né à Hartenstein (Saxe) et mort à Hambourg, fils de pasteur luthérien, entame ses études à l'école Saint-Thomas de Leipzig puis toujours à Leipzig il étudie à l'université la médecine et simultanément la philosophie. En 1633, il obtient son diplôme de magister artium. Il fréquente le musicien baroque Henri Schütz (1585-1672) et August Buchner (1591-1661) qui fut professeur de littérature et de poésie à l’université de Wittenberg et qui eut pour élève entre autres Simon Dach, Philipp Sezen, Paul Gerhardt, Martin Opitz. A la mort de ce dernier, en 1639) il sera considéré comme le poète baroque le plus influent Outre-Rhin.

A Leipzig, par l’intermédiaire de Georg Gloger, le chef de file d’une bande de jeunes poètes silésiens aimant boire et s’amuser en composant des vers légers, il rencontrera Martin Opitz.

Chassé de Leipzig par la Guerre de Trente Ans et l'épidémie de peste, Fleming se réfugie dans le Holstein. Il peut sur recommandation faire partie d’une mission diplomatique envoyé pour six ans en Russie et en Perse par le duc Frédéric III de Holstein-Gottorp (division du duché de Schleswig-Holstein, sud Danemark-nord Allemagne, possession danoise).

Lors d’un séjour à Reval (actuellement Tallinn, Estonie), il fait la connaissance , il est séduit par les trois filles du négociant Niehusen, qui inspireront sa poésie amoureuse teintée de pétrarquisme. En 1639, retour de Perse, Elsabe à qui il avait dédié ses poèmes est mariée depuis deux ans. Il épouse un an plus tard sa sœur cadette Ann. En 1640, il obtient à Leiden (Leyde ) le titre de docteur en médecine, mais pendant son voyage de retour, il attrape une pneumonie et meurt à Hambourg cette-même année.


« Célèbre de son vivant pour sa poésie néolatine — son recueil de poèmes galants de 1631, Rubella, lui vaudra, malgré son jeune âge, la couronne poétique … Fleming est avant tout « poète de cour », et compose des « poésies de circonstance » dans les genres recommandés par Opitz : odes et chants, silves[2] et sonnets. La double tendance de son art — légèreté de la poésie amoureuse, profondeur de l'inspiration religieuse [auteur de Psaumes en allemand] alliée à une égale virtuosité dans le maniement du latin et de l'allemand — se confirme dans les poèmes de la maturité et aboutit à une synthèse harmonieuse où semble parfois percer un sentiment authentique. Son attitude néostoïcienne — par exemple dans le célèbre poème Ein getreues Herze wissen [ Un cœur fidèle sait] où il vante la constance et la fidélité — l'empêche de tomber dans les excès du marinisme. même quand il s'amuse à imiter le poète hollandais Jean Second[3] en composant un poème sur le baiser, Wie er wolle geküsset sein [Comment il souhaite être embrassé] qui sera un de ses grands succès. La souplesse de son style et sa musicalité évoquent parfois le lyrisme du jeune Goethe. Son « destin » romantique et sa relative sobriété d'écriture en font le plus moderne des poètes baroques » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/paul-fleming/).


Certains critiques parlent de sa poésie comme relevant de la préciosité sans doute parce que sa galanterie, sa légèreté dénote plus le souci de l’écriture que le besoin de révéler un sentiment profond. Une poésie lyrique toute empreinte d’une sensibilité musicale -il fut à St Thomas, l’élève du maître de chapelle Hermann Schein dont il aura retenu la musicalité de ses toutes simples villanelles.

Son lyrisme galant s’accommode d'un stoïcisme émouvant. Éclectique, il passe aisément de la chanson à boire à la poésie religieuse. Ses poèmes ont été réunis après sa mort et publiés en 1642 dans les Teutsche Poemata ( Poèmes Allemands ). En 1651 paraitront ses Geist und weltliche Poemata ( Poèmes spirituels et mondains ).

« Il écrivit occasionnellement des poèmes en latin, puis de plus en plus en allemand. Durant sa courte carrière, à peine une décennie, il composa de nombreux poèmes de deuil, de félicitations et de mariage, ainsi que des textes religieux et patriotiques. Peu de ses poèmes furent imprimés de son vivant, et l'ampleur de son œuvre littéraire ne fut reconnue qu'à titre posthume. Si Fleming a été décrit comme le « plus important poète lyrique du baroque allemand », sa poésie possède une voix unique, ce qui lui a valu d'être perçu comme un « cas particulier dans la littérature allemande du XVIIe siècle ». Une simplicité moins « baroque »  et un ton plus personnel. » (Literaturlandschaft https://literaturlandschaft.eu/authors/fleming/ research/memorial/379#biography


André Gryphius

(Voir aussi Théâtre/ Outre-Rhin)

André Greif (latinisé en Gryphius 1616-1664), né et mort à Glogau (actuellement  Głogów, Silésie), fut à la fois poète et dramaturge. Que ce soit dans ses sonnets, la forme la plus répandue à son époque, ses épigrammes ou ses odes écrits en latin, c’est toujours une vision pessimiste qui en ressort comme symptomatique du climat délétère de la Guerre de Trente Ans. Ses poésies parurent en 1639. Le Roi Assassiné ou Charles Stuart parut en 1649 et ses  poèmes religieux, Sonnets dominicaux et des jours de fête parurent en 1693.

« La poésie lyrique de Gryphius explore une grande variété de formes et se caractérise par une maîtrise technique et une assurance remarquables, ainsi que par une représentation des émotions humaines face à l’adversité. » (https://www. britannica. com/ biography/Andreas-Gryphius)


La Seconde École de Silésie

Hoffmann de Hoffmannswaldau

Christian Hoffmann de Hoffmannswaldau (1613-1679), né et mort  à Breslau (actuelle  Wrocław), est le fils d’un conseiller impérial anobli en 1612 à Prague sous le nom de von Hoffmannswalda. Après de premières études dans sa ville natale, il entre au lycée académique de Dantzig en 1636. Il y rencontre fréquemment Martin Opitz, qui exercera une influence durable sur son œuvre poétique. Il s'inscrit ensuite à l'université de Leyde pour y étudier le droit. Il fait la connaissance de André Gryphius à Amsterdam. Entreprenant un voyage d’étude, courant pour des fils de bonnes familles, avec Prince de Fremonville qui l’a pris dans sa suite, il se rend en Angleterre, puis en France, où il rencontre Hugo Grotius (1583-1645 voir Philosophie Naturelle/France). En Italie, il séjourne à Gênes, Pise, Sienne, et Rome. Il revient à Breslau en 1642 en passant par Florence, Bologne, Venise et Vienne.

Jusqu’à sa mort, Hoffmann occupera différents postes de premier rang au conseil de la ville : conseiller municipal, maire puis vice-président du conseil et directeur du domaine du château de Namslau. En 1657, il est à Vienne pour régler des questions religieuses. Sa renommée est telle que l’empereur Léopold 1er le nomme conseiller impérial. Il séjourna également à Vienne pour des négociations en 1660, 1669 et 1670.


Chef de file de la seconde École de Silésie, Hoffmann de Hoffmannswaldau a respecté les règles prescrites par M. Opitz. Mais, il n’hésita  pas à tremper sa plume vers le Marinisme et bien d’autres sources européennes, italiennes, anglaises, françaises. On lui a reproché un style enflé qui ferait par trop penser à Giambatista Guarini (1537-1612), l’auteur du mémorable il Pastor fido qu’il a traduit (Der getreue Schäffer 1652). Et bien que, soucieux d’un langage nouveau loin du Alt Deusch Art, du vieil art allemand, qu’il qualifie comme « son style cru », et qu’ à la fois sa poésie soit d’une légèreté, d’une sensualité bien étrangère à M. Optiz, dans son ouvrage paru l’année de sa mort, Traductions Allemandes et des Poésies, il n’en réaffirmera pas moins sa filiation au « père de la poésie allemande ».


Hoffmann a été l’objet dans les études littéraires de jugements des plus contrastés. « Rimeur emphatique, langoureux, toujours occupé à mourir par métaphore » pour certains ; « Esprit joyeux, plein de grâce » pour d’autres, il a quoiqu’il en soit donné à la poésie allemande une couleur qu’elle ne connaissait sans doute pas avant lui, et tout en s’inscrivant dans la nouvelle poésie allemande, il a su lui faire bénéficier de ce qu’il avait recueilli, de ce qu’il avait goûté de la richesse et de la diversité culturelle de la naissante « Europe des Capitales ».

Hoffman nous a laissé des épigrammes (courtes poésies en forme de trait d’esprit, généralement satiriques), un grand nombre de chansons en musique et des sonnets religieux et profanes. Die Helden-Briefe (Lettres des Héros) de 1664 est  une correspondance fictive sur des histoires d'amour inhabituelles, inspirée des Héroïdes d'Ovide.

Daniel-Gaspard de Lohenstein, Henri Muhlpfort, Christian Hallmann  furent les fidèles disciples de Christian Hoffmann.


Les Défenseurs de la Langue 

Georg Philipp Harsdörffer

Georg Philipp Harsdörffer (1607-1658) est issu d’une ancienne famille noble de Nüremberg. Après des études de juriste, il entreprend son « grand tour ». Aux Pays-, en l’Angleterre, en France, en Suisse et jusqu’en l’Italie où il découvre la poésie de Giambattista Marino revenu à Naples en pleine renommée en 1623. Son esprit scientifique le porta à l’étude des sciences mécaniques mais aussi bien à la musicologie qu’à l’histoire de l’art et notamment de l’architecture. Et c’est particulièrement à la connaissance qu’il en aura, qu’il adossera en philologue averti ses théories sur l’histoire et l’évolution de la langue allemande à des références constantes à l’art architectural, le plus grand des arts à son sens.


En 1646 paraît Specimen Philologiae Germanicae.  Et  entre 1641 et 1649, il publie à Nüremberg deux ouvrages encyclopédiques, les Deliciae Physico-Mathematicae (Délices physico-mathématiques 8vol.) et Frauenzimmer Sprachspielen (Les Jeux de Conversation pour Dames ou Causeries Badines pour les Dames) dans lesquels, il donne une vision d’ensemble de l’architecture telle qu’il la conçoit non seulement à partir de ses recherches historiques mais par l’expérience directe qu’il en a eu au cours de ses voyages. Il expose à l’appui de ses théories des planches tout autant techniques qu’esthétiques en posant des problèmes à résoudre sous une forme divertissante pour le lecteur.

(Voir étude de Claudine Moulin : Georg Philipp Harsdörffer et l’architecture - http://annotatio.hypotheses.org/212).


Il fonde à Pegnitz, ville de Bavière près de Bayreuth, une Arcadie : l’Ordre des Bergers et des Fleurs de la Pegnitz. (Pegnesischer Hirten und Blumenorden. Il est également un des fondateurs de la Société Fructifère sous le surnom de l'Enjoué (Voir Poésie/Outre-Rhin/Introduction). C’est dans Poetischer Trichter (Le Filtre Poétique) sous-titré Die Teutsche Dicht- und Reimkunst, ohne Behuf der lateinischen Sprache, in VI Stunden einzugießen -l'Entonnoir Poétique, L'art de la poésie et de la rime allemandes, sans recourir au latin, déversé en six heures) publié de 1647 à1653 qu’il expose en trois volumes sa poétique dans laquelle il montre un intérêt particulier pour la sonorité du vers et affirme son amour de la nature. De par la large diffusion de l’œuvre, on utilise encore  l’expression ‘ entonnoir de Nuremberg’. En fait, il n’en est pas l’auteur. A l’origine, « l'expression « entonnoir » (ou « tambour ») ou « faire entonnoir » (ou « faire tambouriner ») est plus ancienne que l'image de l'« entonnoir de Nuremberg » ; elle a été enregistrée pour la première fois mais sans référence à la ville de Nuremberg en 1541 dans le recueil de proverbes de Sebastian Franck (voir Renaissance/Rekigion/Mystique/Spiritualité en Allemagne)

Hertzbewegliche Sonntagsandachten (1649-1652) sur les dévotions dominicales et Nathan und Jotham (1650 et 1651), contes didactiques sont suivis en 1655 d’un recueil de 6000 Apophthegmatica (Apophtegmes (sentences)) .


Harsdörffer, toujours dans cet esprit encyclopédique qui le caractérise, publie dans la même période des anthologies d'anecdotes et récits édifiants, macabres, dans Der Grosse Schau-Platz Jämmerlicher Mord-Geschichte (La grande scène d'une histoire de meurtre misérable 1649) ou joyeuses et instructives dans Der Grosse Schau-Platz Lust und-Lehr-reicher Geschichte (La grande scène du plaisir et l'histoire instructive 1650). Il a également écrit des hymnes parus à part dans les publications des cantiques (l’hymne se distingue du cantique et du psaume en ce qu’il n’est pas tiré de la bible) de son ami Johann Michael Dilherr (1677), ainsi que des épigrammes.

Ses œuvres qui prennent souvent la forme de dialogues plaisants, divertissants mais à  caractère didactique contiennent parfois des textes surprenant comme ce livret pastoral Seelewig (Pour toujours)  mis en musique par Sigmund Theophil et représenté en 1644, le premier des Gesprechspielen allemand (jeux oraux allemands) ancêtre du Singspiel avec parties chantées et dialogues parlés (cf. La Flûte enchantée).


Auteur prolifique, encyclopédique, abordant des domaines variés, des arts, des sciences, de la linguistique, des lettres, esprit universel qui rappelle les humanistes de la Renaissance tout en annonçant les Encyclopédistes des Lumières,  Georg Philipp Harsdörffer aura une influence certaine sur Hofmannswaldau, Grimmelshausen, Zesen et les  générations à venir. Il fut estimé des romantiques comme Clemens Brentano pour sa langue raffinée et son ‘Vernunft-Kunst‘ ( art raisonné).


Philippe von Zesen 

Lors de son séjour à Amsterdam de 1642 à 1648, il fonde la Deutschgesinnte Genossenschaft ( La Coopérative de l’Allemand bien disposé - Gesinnt sein : être disposé) à visée nationale pour la sauvegarde d’une intégrité du parler Haut Allemand contre les apports étrangers contre lesquels il créera certains néologismes encore en usage aujourd’hui. Entré en 1658 à la Société Fructifère, il en sera d’ailleurs l’un des membres les plus actifs . Hochdeutscher Helikon (l’Helicon allemand) de 1640, il défend ses théories poétiques. Ne suivant pas à la lettre les prescriptions métriques de Opitz, il lui arrivera d’user du vers libre. Il traduisit Mademoiselle de Scudéry.


Philippe von Zesen (1619-1689), né à Priorau, près de Dessau-Roßlau la Saxe, Dresde) et mort à Hambourg, fils de pasteur, fut le premier écrivain allemand à vivre de sa plume. Il fait tout d’abord des études de grammaire à l’école de Halle/Saal auprès du grammairien Christian Gueintz puis part faire des études sur la poétique et la rhétorique à Wittemberg à l’importante histoire luthérienne. Il  les poursuit à Leipzig avant de séjourner d’abord à Hambourg où en 1642 il fait paraître son premier recueil de lieder Frühling Lust (Plaisir du Printemps), puis ensuite à Amsterdam de 1642 à 1648. A cette époque il fonde la Deutschgesinnte Genossenschaft ( La Coopérative de l’Allemand bien disposé (? Gesinnt sein : être disposé) à visée nationale pour la sauvegarde d’une intégrité du parler Haut Allemand contre les apports étrangers contre lesquels il créera certains des néologismes encore en usage aujourd’hui. Entré en 1658 à Société Fructifère (voir ci-dessus), il en sera d’ailleurs l’un des membres les plus actif .

C’est dans Hochdeutscher Helikon (l’Helicon allemand) de 1640, qu’il défend ses théories poétiques, ne suivant pas à la lettres les prescriptions métriques de Martin Opitz -il lui arrivera d’user du vers libre- et s’opposera à Jonhattan Ris.


Sous formes de dialogues, il écrit Hochdeutsche Sprachübung (Exercices de haut-allemand) paru à Hambourg en 1643 où il s’installera définitivement en 1672 après s’être marié.

On lui doit également des conversations sur la langue allemande et ses divers parler Rosemund (Rosemonde1651).

Ses romans les plus importants sont : Die Adriatische Rosemund, Die afrikanische Sofonisbe, Leo Belgicus, Assenat und Simson (Rosemund de l'Adriatique, Sofonisbe d'Afrique, Léon Belge, Assenat et Samson). Il traduisit Mademoiselle de Scudéry.

Ses poèmes et recueils de chansons les plus importants sont : FrühlingsLust oder Lob-, Lust- und Liebeslieder (1642, Chants de louange, de plaisir et d'amour), Lustine (1645), Schöne Hamburgerin Lieder (1668, Chansons de Schöne Hamburgerin), Reiselieder (1677, Chansons de voyage).   

« Il était et demeura une âme innocente et naïve qui, avec un optimisme inébranlable, croyait toujours au triomphe du bien et de la vérité » (pour en savoir plus sur Zesen https://www.deutsche-biographie.de/pnd118636596.html#adbcontent)


La Poésie Spirituelle

Simon Dach

Simon Dach (1605-1659), né à Memel (Prusse) et mort à Koenigsberg (Kaliningrad), est le fils d'un interprète juridique en la langue lituanienne. Il commence ses études à l’école de la cathédrale de Koenigsberg où il enseignera par la suite. Il les poursuit à Witemberg (Saxe) puis ) Magdebourg qu’il doit quitter à cause de la peste. Il se rend à Dantzig puis revient à Koenigsberg où il s’inscrit pour étudier la philosophie et la poésie à la faculté où, après avoir obtenu son doctorat en 1640, il enseignera  la poésie et en deviendra le co-recteur.

De santé fragile, en partie invalide et malgré sa situation il mena la vie difficile des habitants de la ville qui connurent la famine et de la peste, conséquences de la Guerre de Trente Ans. Il mourra de phtisie lente.


 Sa production de poèmes est importante, environ 1360 poèmes dont nombre sont de circonstance, écrits pour l’Électeur de Brandeburg ou pour des occasions privées. Il est surtout connu pour ses 165 hymnes religieux édités pour une part par son ami le compositeur et poète, auteur de lied, H. Alberti (1604-1651), entre 1638 et 1650, et d’autre part dans le livre de Hymnes de Koenisberg entre 1639 et 1690. Ses hymnes reflètent sa personnalité d’homme élégant, aimable et profond. Ils traduisent par leur côté sombre l’atmosphère dans laquelle Dach vécut. Ils ont un caractère sensible, contemplatif, et nombre d’entre eux sont des préparations à la mort.

Une rue animée de Berlin (–Est) porte son nom, la Simon Dach Strasse. Elle est au centre d’un quartier bohème où nombres d’artistes se sont installés et où cafés et restaurants font flores.


Paul Gerhard

Paul Gerhardt (1607-1676), né à Gräfenhainichen (près de Wittemberg, Saxe-Anhalt) et à mort Lübben (Brandebourg),fils d’aubergiste, orphelin de père à 12 ans et de mère à 14, il fait ses études 0 Grima (près de Leipzig) au prestigieux lycée luthérien à l’enseignement rigoureux. En janvier 1628, il entre à l'université de Wittenberg où deux professeurs profondément luthériens vont le marquer Paul Röber et Jacob Martini

En 1642, diplômé, il est précepteur à Berlin pour les enfants d’un avocat, Andreas Barthold. Johann Crüger, organiste de l'église Saint-Nicolas apprécie ses hymnes et entame avec lui un collaboration qui va durer plusieurs années. En 1561, il est pasteur dans une petite ville près de Berlin, à Mittenwalde où il va composer nombre de ses hymnes. Il épouse Anna Maria l’une des filles d’Andreas Barthold. En 1657, il retourne à Berlin comme diacre de l'église Saint-Nicolas de Berlin.


Dans le conflit qui oppose les luthériens et les calvinistes dont était Friedrich Wilhelm, Électeur de Brandebourg et Duc de Prusse, Gerhardt pris parti pour son camp luthérien et organisa en vain des réunions de conciliation. En 1666, l’֤Électeur rejette la Formule de Concorde de 1577, formule qui réunissait tous les luthériens sur un accord commun sur les préceptes du luthéranisme, formule historique en ce qu’elle mettait fin à la Réforme en tant qu’opposition à Rome et l’établissait comme obédience autonome. En conséquence, réticent aux injonctions du duc, Gerhartd est démis de ses fonctions malgré toutes les démarches entreprises par les fidèles pour qu’il soit maintenu à son poste. Ses  Méditations Spirituelles paraissent cette année-là.

 En 1668, il est nommé archidiacre à l’église de Lübben où il mourra sans plus rien composer (Alain Bideau) Avec une foi sincère du charbonnier, il garde dans ses hymnes un langage simple qui sait parler au cœur. Il est avec Luther l’un des meilleurs et des plus féconds auteurs pour la liturgie protestante. Ces cantates sont de nos jours toujours usitées. 

« Depuis les débuts du cantique luthérien en 1523 avec Ein neues Lied wir heben an, thèmes, lexique et finalité du cantique ont largement évolué. L’œuvre de Gerhardt porte la marque de ces transformations. » ( Alain Bideau[4])


Angélius Silésius

Voir Vie et œuvre Religion/Mystique/ Outre-Rhin

Johann Scheffler dit Angelus Silesius (1624 -1677), médecin de formation, est un poète mystique qui tient une place tout à fait à part dans la poésie allemande. Bien que né et mort à Breslau en Silésie, on ne peut le rattacher à aucune des deux écoles tant est unique la force et la profondeur de son inspiration. Il se rattache par son ‘enseignement’ à l’école rhénane du 14ième siècle ( Eckhart, Tauler, Suso, Frieberg…). Luthérien, il adhère à un cercle qui veut réformer le protestantisme luthérien pour l’amener à plus d’intériorité. Mais opposé à la rigueur luthérienne (son dogmatisme) , il se convertira au catholicisme, sans doute dans lequel il trouvait une forme de spiritualité plus adapté à sa personnalité que pouvait l’être la rigueur luthérienne. Il entre chez les franciscains conventuels (vivant cloitrés) et est ordonné prêtre en 1661.

Surnommé ‘Le Prophète de L’Ineffable, il écrit en 1657 Die Heilige Seelenlust (Les Saints Désirs de l'âme), 200 hymnes qui seront utilisés par les catholiques et les protestants. 1676 , parait son œuvre la plus connue Der Cherubinischer Wandersmann (Pèlerin Chérubinique) recueil d’aphorismes en alexandrins écrit à 33 ans, qui sont autant d’enseignement spirituel comme le célèbre « La Rose est sans Pourquoi, elle fleurit parce qu’elle fleurit- N’a pour elle-même aucun soin, - ne demande pas : Suis-je regardée ? » Ses œuvres traduisent une profonde intériorisation, la quête de l’absolu.


En Sebastian von Rostockde devient prince-évêque de Breslau. Il nomme son ami Silesius Rath und Hofmarschall (conseiller et chambellan). Silesius va publier plus de cinquante essais et pamphlets qui attaque avec la même virulence qu’il a subi le luthéranisme. Ecclesiologia paru en 1676 en contiendront une bonne partie. Retiré dans un hospice jésuite, il meurt à 53 ans soit selon les sources de tuberculose ou de maladie dégénérative.

Si Silésius est apparu et a disparu dans le paysage poétique allemande du XVIIème siècle comme un geyser, la source à laquelle il a puisée son inspiration poétique a incontestablement abreuvé des philosophes comme Friedrich Nietsche (1844-1900), Arthur Schoppenhauer (1788-1860) et Martin Heidegger (1889-1976) qui s’est longuement penché sur son œuvre comme il l’a fait pour celle de HöderlinCatharina Regina von Griffenberg.


Catharina von Griffenberg

Catharina Regina Melissa Freiin von Seisenegg von Griffenberg (1633 -1694), d’origine autrichienne, est une poétesse mystique d’importance. Sa vie fut une succession de malheurs. Elle a été élevée par le frère de son père mort jeune, qui lui donnera une éducation complète, un intérêt pour les langues et les arts, et qui l’obligera au mariage.

En 1662 un premier recueil de poèmes dévotionnels paraît vous le titre Sonnets Spirituels, (chansons et poèmes). Les Réflexions Dévotionnels sur la Passion paraissent en 1672, suivies de Les Réflexions Dévotionnelles sur l’Incarnation en 1678.

En 1675 sera publiée Seule Victoire de Repentance et de Foi contre les Ennemis Héréditaires du Nom du Christ (les Turcs). La Vie Bienheureuse de Jésus en 1693 clôt son œuvre.

Pour Catharina Regina von Griffenberg, la poésie est une célébration, une célébration de l’homme, de la création qui par la parole les renvoient à Dieu. Par la métaphore poétique, toute chose du monde dite est transfigurée. Cette poésie de la transfiguration se retrouvera plus tard chez un autre grand poète tchèque Rainer Maria Rilke (1875-1926). Elle fait également penser à la poésie de Louise Labbé, une poésie d’amour adressé à Dieu, très directe, sans symbolique, quasiment physique. Elle peut également faire penser à la poétesse mystique anversoise Hadewijch d’Anvers († 1260)


Baron de Canitz

Friedrich Ludwig Rudoplh Baron von Canitz (1654-1699) né à Berlin et mort à Blumeberg Ahrensfelde ( Brandebourg), est le fils d’un gentilhomme et de la fille du chambellan Konrad von Burgsdorff, Il héritera de sa mère les terres de Blumberg, Dalwitz (Poméranie), Eiche et Hellersdorf (actuellement intégré à Berlin

De 1671 à 1675, il fait des étude de droit s à Leyde et à Leipzig avant d’entreprendre son « grand tour » : Angleterre, Pays-Bas, France, Italie.

Il fait une carrière brillante de magistrat et représentant de l’Électeur de Saxe-Altenburg, Friedrich Wilhem († 1672), puis de Frederic Ier († 1691), Électeur de Saxe-Gotha-Altenburg.  A partir de 1683, il sera régisseur dans le Brandebourg des terres de Zossen et Trebbin, Mühkenbeck et de Mühlenhof (Prusse Orientale). L'électeur Frédéric Ier de Prusse le nomme en 1697 au conseil d'État, et l'empereur Léopold Ier du le fait Baron un an sa mort.

 Ses 24 hymnes religieux (L’hymne se distingue du cantique et du psaume en ce qu’il n’est pas tiré de la bible) seront publiés sous l’anonymat en 1700. Deux restent encore en usage : Gott, du lässest mich erreichen (Dieu, laisse-moi t’approcher) et Selle du must munter werden (Mon âme, tu dois t’éveiller).

Outre ses hymnes, épris du classicisme dont Boileau fut le modèle, il écrivit odes, élégies et satires, des « exercices métriques soigneusement polis et d’une extrême froideur. »


Friedrich von Spee

Friedrich von Spee (1591-1665), né à Kaiserswerth (intégré aujourd’hui à Düsseldorf) et mort à Trèves (Palatinat-Rhénan), est issu d’une très ancienne famille de Rhénanie dont la noblesse remonte au 12ième siècle. Il fait ses études au collège jésuite collège des trois couronnes à Cologne. Il est entre dans le Compagnie de Jésus en 1610 dans laquelle il suit la formation habituelle, études de la philosophie et théologie à Würtzburg. Il enseigne à Spire et Worms (deux ville de Diètes) de 1615 à 1618,  à Mayence de 1618 à 1623, puis à Cologne et enfin à Trèves en 1632. Il  est ordonné prêtre en 1622. En 1632, il est muté à Trèves attaquée par les Espagnoles qui veulent la récupérer aux Français. Il meurt de la peste dans cette ville trois plus tard.

Spee est connu pour ses prises de position contre les procès en sorcellerie qui ont sévit au XVIIème siècle, particulièrement en Allemagne et en France au Pays-Basque.  position qu’il affirme dans son Cautio criminalis (16 31) dans lequel il dénonce pour avoir approché les suppliciés comme « confesseur en sorcellerie » et en avoir mesuré son inefficacité.

Il ne commença à écrire des poèmes que dans la dernière partie de sa vie. En 1631, alors qu’il est professeur de théologie morale à Cologne, une première édition de ses poèmes spirituels paraît sous le titre Geistlicher Psalter. Après sa mort, paraîtront une publication d’une soixantaine d’autres sous le titre Trutz Nachtigall oder Geistlischs-Poetish Lust-Waldlein (Le Rossignol Combatif) dont le manuscrit datait de 1634.

Parallèlement au poète rénovateur de la langue allemande, Martin. Opitz (1597-1639), et sans en être le disciple, il respecte l’accentuation et la métrique de la langue germanique. De nature plus intériorisée que le « père de la poésie allemande » (Opitz), la source de son inspiration est plus profond. Son imagination créatrice plus diverse s’exprime avec force images et métaphores. A un style très pur, il associe une parfaite maîtrise du rythme.

Von Spee ne peut pas ne pas faire penser à St François d’Assise dans sa vision de Dieu dans les œuvres de la nature, son approche fervente, et à St Jean de La Croix dans les hymnes qu’il adresse à Jésus, époux de l’âme. Pour puisant que soit son sentiment religieux, von Spee n’échappe pas parfois à un certain sentimentalisme, à un certain pathos (Jésus au Gethsémani). Son œuvre s’adresse à un auditoire restreint, et ses hymnes n’ont pas été insérés dans le livre des cantiques catholique qui s’adresse au plus large public des offices. Von Spee n’en ouvre pas moins la voie à la poésie mystique du baroque allemande.

Angélus Silesius (1624-21677) n’a pu ignorer ses poèmes. Les romantiques auront beaucoup de considération pour lui. Brahms et Schubert mettront deux de ses poèmes en musique : In Stiller Nacht pour l’un et Vom Mitleiden Marïa (Lieder D632) pour l’autre.


Christian Gunther, Christian Wernicke, Henri Brockès.

Christian Gunther, Christian Wernicke, (1654-1699) et Henri Brockès sont des poètes de la seconde moitié du siècle qui auront retenus les leçons de Opitz et Hoffmann ; la mesure de l’un, la sensibilité de l’autre pour s’en détacher avec plus ou moins de bonheur.


Notes

 [1] Le rayonnement culturel de Florence ay XIVème siècle avec des poètes comme Pétrarque, Dante, Boccace, fils de leur langue, le florentin , la langue littéraire de la Toscane, avant qu’elle ne devient la base de la langue italienne.

[2] La silve en poésie est un « Recueil d’opuscules littéraires roulant sur différents sujets et disposés au hasard comme les arbres d’une forêt. » « Le mot « silva » vient du latin. La tradition l’a retenu notamment à partir des Silvae de Stace. Le terme désigne essentiellement une diversité de sujets, dans un moule caractérisé par sa liberté formelle. »

[3] Joannes Everardi (1511-1536), ‘Second’ fils du célèbre juriste Nicolaus Everardi, né à La Haye ( Den Haag) et mort à Saint Amand-les-Eaux était un poète lyrique. Son œuvre la plus connue Liber Basiorum (Livre des Baisers) dans laquelle il développe le baiser sous toutes ses formee, « voluptueux, innombrables, cruelles morsures, légers et rapides, folâtres, languissants ou impétueux, tendres, ardents », fut imitée par les poètes de La Pléiade.

[4] Citation et pour en savoir plus sur la vie de Gerhardt et ses cantiques et le cantique luthérien :Alain Bideau. Paul Gerhardt (1607-1676). Annoncer l’Évangile (XVe-XVIIE siècle). Permanences et mutations de la prédication, Nov 2003, Strasbourg, France. pp.143-160. halshs-00985265

 

Outre- Manche

Introduction - Poésie Bucolique - Poésie Spirituelle - Poètes Métaphysiciens - Poésie Mariniste - Poésie de La Restauration



Introduction

Les grands poètes anglais seront des « poètes métaphysiciens » ; désignation que l’on doit à Samuel Johnson dans sa Vie de Cowley. Ce grand critique reprochait à « Donne et à ses émules de concevoir l'esprit ou wit comme une discordia concors : « une combinaison d'images dissemblables ou la découverte de ressemblances occultes entre des choses apparemment différentes » (Robert Ellrodt professeur à l'université de Paris-III-Sorbonne nouvelle https://www.universalis.fr/encyclopedie/poetes-metaphysiques/1-approximations/).  

A la diversité de la poésie anglaise du XVIIème siècle, héroïque, pastorale, métaphysique, satirique vient s’ajouter la poésie de cour.

« Les contemporains des années 1670 -1680 accordaient une considération égale à tous les poètes courtisans, dont le chef de file incontesté était alors Edmund Waller. Au-delà de Dryden, la poésie était dominée par le comte de Rochester, le duc de Buckingham et le comte de Dorset, tous étant attachés à la cour de Charles II. Aphra Behn, Matthew Prior et Robert Gould, quant à eux, étaient tous d’origine roturière mais n’en étaient pas moins de fervents royalistes. Les poètes de la cour n’obéissent pas à un style spécifique, si ce n’est que leurs écrits sont tous caractérisés par une sexualité assumée, ou par une volonté de ridiculiser et dominer leurs adversaires par les traits d’esprit. Chacun de ces poètes a par ailleurs aussi écrit pour le théâtre » (Wikipédia/ Littérature de la Restauration anglaise).


La seconde partie du Siècle révèlera plus de grands poètes et de prosateurs que de dramaturges. Des auteurs italiens viennent s’installer en Angleterre. Néanmoins, les auteurs anglais non seulement connaissent les auteurs français et s’en inspirent pour leurs tragédies qui remplacent les pièces historiques de Shakespeare dans le répertoire des troupes, mais se targuent de parler leur langue. La langue anglaise va s’affiner, se polir. La Restauration sera d’ailleurs une période de libération des mœurs et les œuvres licencieuses avec une grande liberté de langage ne seront pas les moins lues.

En matière de versification, la métrique de la poésie anglaise repose sur le pentamètre iambique : un vers de cinq iambes constitués chacun d’une syllabe courte et d’une longue. La langue anglaise veut que ce ne soit pas la durée de la syllabe courte ou longue dont il soit tenu compte mais de la place de la tonique qui correspond à la syllabe longue venant donc après la courte non accentuée ou atone. John Dryden en sera un ardent défenseur en tant que poète et critique. Au XVIIème siècle, le distique est une forme poétique des plus couramment utilisées en Angleterre.


  • John Donne (1572-1631), qui a dominé toute la première partie du siècle, célèbre prédicateur de son temps mais qui ne connut la renommée comme poète que de manière posthume, a ouvert cette veine d’inspiration religieuse. Élégies, chants et sonnets sur le thème de l’amour prennent une forme baroque par l’emploi de la métaphore, remettant au goût du jour cette ancienne forme apparue au XIVème siècle, le conceit, terme qui, tout à la fois, signifie littéralement ‘vanité’ et  désigne une métaphore élaborée, une figure de style fantaisiste[1].
  • John Milton (1608-1674) duquel on ne retient fâcheusement que Le Paradis Perdu (1667), et  dont d’aucuns voulurent voir en lui un régicide, livre une œuvre à contre-courant de la pensée d’un siècle qui pourtant voulait s’en dégager, toute chargée qu’elle était « d'humanisme biblique et médiéval ». Poète épique et satiriste, Milton fut un des plus grands poètes de langue anglaise, dont la renommée a pu surpasser celle de Shakespeare. Son œuvre préromantique influença la littérature anglaise sur plusieurs siècles.
  • Abraham Cowley (1618-1667) fut «secrétaire d'Henriette de France en exil. Auteur de poèmes anacréontiques [ode toute de louange, de grâce, de légèreté, de volupté] dont  L’'Amant,  et d'essais (Essai sur moi-même, 1656), il introduisit l'ode pindarique[2] dans la littérature anglaise » (Encyclopédie Larousse).
  • Andrew Marwell (1621-1678) s’inscrit dans la veine baroque du concetti[3] ou conceit. 

      « Ami de Lovelace et panégyriste de Cromwell, puritain aux accents cavaliers dans sa poésie profane, émule de Donne, épris d'élégance classique, auteur d'inspiration pastorale et
      « métaphysique », précieuse et satirique, Marvell révèle et dissimule, sous la transparence moirée de son style, les contours et les contrastes d'une personnalité ambiguë.
      Sa poésie lyrique est le reflet juste et brillant d'une culture éclectique, l'expression parfaite d'une société qui, dans un cercle restreint, en un moment privilégié, sut allier
      la force à la grâce, l'outrance à la sobriété, l'aisance désinvolte à la considération passionnée des fins dernières de l'homme» (Robert Ellrodt).

  • John Dryden écrit en 1667 sa fameuse Annus Mirabilis, celle de 1666, que le poète en employant l’expression pour la première fois considérait comme l’Année des Miracles, du moins pour la marine anglaise qui remporta cette année-là les quatre victoires décisives de Lowestoft, des Quatre Jours, de la Saint Jean et de North Foreland contre la flotte néerlandais, alors qu’ un incendie détruisait en septembre en grande partie Londres. Un an plus tôt, la peste avait sévi dans la capitale. L’année suivant, ce sera la flotte néerlandaise qui brûlera une grande part de la flotte anglaise à la bataille de Medway (Guerres Anglo-Néerlandaise voir Événements Majeurs)

        Dryden revient poésie en 1681. Jusqu’alors dramaturge, il écrit Absalom et Achitophel, poèmes satiriques  et en 1682 MacFlecknoe contre le poète Thomas Shadwell.


La Poésie Bucolique

John Leech

L’Écossais John Leech (1590-1630) de son nom latin Joannes Leochaeus,  expérimenta dans la première moitié du siècle, le genre de la bucolique et écrivit vingt pièces en tout, divisées en 4 groupes équitables : "bucolicae" – "piscatoriae" – "nauticae" et "vinitoriae

ou ampelicae". Les "bucolicae" sont donc des poèmes pastoraux tels qu’ils existaient dans l’Antiquité ; les "piscatoriae" des églogues de pêcheurs basées sur le genre instauré par Sannazar ; les "nauticae" des bucoliques de marins ; et les "vinitoriae ou ampelicae" des églogues de viticulteurs dont John Leech se vante d’en être l’inventeur dans la préface épistolaire de ses bucoliques…

John Leech a innové par rapport à Sannazaro, puisque les bucoliques de l’Écossais n’abordent plus des chants d’amour ou des lamentations sur un amour perdu, mais développent des plaintes sur des sujets personnels ; ainsi Leech dénoncera, dans ses poèmes, la négligence générale dont souffre la poésie ou l’oppression du petit peuple aux mains des puissants. Master en langues et lettres anciennes, orientation classiques, Université catholique de Louvain (Decastiau Morgane : Les eclogae piscatoriae de John Leech : édition, traduction et commentaire Thèse Université de Louvain 2017)


Katherine Fowler Philips 

Katherine Fowler Philips ( 1631-1664), née et morte à Londres, suit sa mère remariée au Pays de Galles où surnommée  the matchless Orinda ( l’incomparable Orinde ), elle animera à Cardigan un cercle littéraire. Bien que royaliste, elle épouse en 1645-1651) en pleine Grande Rébellion - opposant Charles 1er et le Parlement - elle épouse une parlementariste. Sa moralité prévaudra fera prévaloir sa renommée sur celle de la romancière d’Aphra Behn ( 1640-1649 voir Roman/Angleterre)

  Auteure de drames et de poésies, ses poèmes offrent «  une transition de la poésie courtoise au style augustéen typique de la littérature de la Restauration. » (Encyclopædia Britannica). Littérature augustéenne en référence à la période du règne de l’empereur Auguste ‘couvre la période qui entre le 1er siècle av.J.C. et le 1er siècle après J.C. est considérée la période classique, celle de l’Âge d’Or de la littérature romaine.


La Poésie Spirituelle

John Milton

John Milton (1608-1674), né et mort à Londres, est issu d’une famille aisée, bien que son grand-père, riche propriétaire terrien, ait déshérité son père pour son protestantisme. Il commence ses études au Collège St Paul de Londres et les poursuit de 1625 à 32 à l’université de Cambridge.  

De 1632 à 38, il revient vivre chez ses parents, d’abord à Londres puis dans un village du Berkshire (Sud). Il mène une vie très studieuse et acquiert un très grand savoir dans des domaines aussi divers que les sciences, l’histoire et la philosophie. Il écrit en vers et en prose, en anglais et latin. Outre le grec et le latin, il pratique l’hébreu, le français, l’italien, l’espagnol.


En 1638, il voyage en France et en Italie où il fréquente les milieux cultivés et rencontre des personnages importants comme Galilée. Retour à Londres, il devient précepteur de ses neveux et d’autres enfants de la noblesse. Il se marie en 1642 à la fille d’un royaliste. Il a 33 ans, elle en 6. Son caractère introverti rebute sa femme qui le quitte après seulement un mois de vie conjugale Cela n’avoir semble-t-il eu d’importance pour lui que de lui faire découvrir, et à son épouse enfuie aussi (ils auront par la suite quatre enfants) tout l’avantage du divorce qu’il défend aussitôt dans  The Doctrine and Discipline of Divorce (La doctrine et la discipline du divorce). Manifestant par là une ouverture d’esprit qu’il témoignera par ailleurs dans sa tolérance aux religions autre que la sienne, le protestantisme, dans son adhésion aux idées républicaines pendant la période d’une dizaine d’années du Commonwealth d’Angleterre au cours de laquelle il entrera au gouvernement d’Oliver Cromwell (1599- 1658) en tant que Secrétaire d’Etat aux Langues Etrangères, et qu’il revendiquera dans un discours au parlement sur la liberté de publication autrement dit d’expression :  A speech of Mr John Milton for the liberty of unlicensed printing to the Parliament of England.


Milton joue alors un rôle de diplomate que lui facilite sa connaissance pratique des langues, sa connaissance des pays européens ; Il écrit des textes pour défendre le nouveau régime républicain comme Pro Populo Anglicano Defensio ( Pour la défense du peuple anglais ), écrite en 1621 et Bloody Easter à l’occasions des Pâques Vaudoises en 1655. Pâques Vaudoise ou Pâques P, Piémontaises, répression par le Duc de Savoie des réformés Vaudois (voir Renaissance/Religion/Hérétique).

En 1645, il se réconcilie avec son épouse Mary Powell et ont quatre enfants dont le seul fils mourra en bas-âge. Mary meurt 7 ans plus tard en 1652. Alors qu’il a commencé à voir de moins en moins depuis des années, sa cécité fait de tels progrès qu’il devient complètement aveugle et doit se faire assister par le jeune poète Andrew Marwell (1621-1678) qui préfacera la seconde édition du Paradis Perdu en 1674.


Il se remarie en 1656 et deux ans plus tard sa noiuvelle épouse et leur deux filles meurent concomitamment. Il continue de vivre avec les trois filles de son premier mariage Au retour de la monarchie, en 1660, il est emprisonné quelques temps. En 1663, il se remarie avec Élisabeth Minshull.

 Ruiné, à la suite de la faillite de son notaire, il va consacrer les dix dernières années de sa vie à l’écriture de se œuvres les plus importantes dont son chef-d’œuvre Lost Paradise (Le Paradis Perdu) en 1667 en dix chants et en pentamètres (5 pies) iambiques non rimés (vers blancs) ; métrique de prédilection de la poésie anglaise, emprunté à la versification antique.

Le vers blanc était déjà utilisé par les dramaturges élisabéthains depuis, selon les sources, dans la pièce Gordobuc écrite en 15611 par deux étudiants Thomas Norton et Thomas Sackville ou par  Henry Howard, Comte de Surrey (1516-1547, ) qui l'employa dans  sa traduction du deuxième et du quatrième livre de  l’Énéide de Virgile en 1557. Le dramaturge Christopher Marlowe (1564-1593) sera avec Le Grand Tamerlan, pièce donnée en 1587, le premier à l’employer dans une œuvre théâtrale.


 Milton chante la beauté de la création à travers la chute même de l’homme dans cette création, chute qui transcende l’œuvre divine et lui donne sens. Milton explore les thèmes essentiel de la liberté, de la responsabilité humaine et la nature de la grâce. Le texte servira de livret à l’oration de Haydn La Création en 1798.

« Cette grande fresque épique en vers blancs se donnait pour but de « justifier devant les hommes les voies du Seigneur ». En mettant en scène deux épisodes cruciaux de la Bible, la rébellion de Satan Ange déchu, et le péché originel d'Adam et Ève tentés par le serpent, Milton s'interroge sur l'origine du mal dans le monde. » (Encyclopedia Universalis)

Le Paradise Regained (Le Paradis Retrouvé) lui fait suite en 1671. Après cette justification de l’œuvre divine par l’homme, Milton, qui est un humaniste,  trace en quatre chants, l’affrontement sur le chemin du Paradis du Christ contre de Satan.

En 1670, il a écrit une History of Britain. Il avait déjà écrit Ode sur la Nativité en 1629 et en 1631 deux poèmes dans la veine pastorale Allegro et Il Penseroso dans lequel les deux tendances extrêmes de l’homme s’opposaient, celle qui le pousse à jouir de l’existence dans un plaisir immédiat suivant ses instincts et celle qui le pousse à la mélancolie, « au pur ennui de vivre » dont a parlé Jankélévitch. Ses deux poèmes seront mis en musique par Haendel en 1740. Il est également l’auteur de sonnets et des ouvrages scientifique, notamment Dialogue sur les deux systèmes du monde (1632).


John Milton, profondément religieux au sens propre du terme de ce qui relie, recherche ce lieu qui unit l’homme, le monde et Dieu. Son traité théologique resté inédit de son vivant, De doctrina christiania, écrit en latin entre 1658 à 1660 montre tout l’humanisme chrétien qui l’animait. S’opposant à Calvin et à sa notion de « prédestination de l’âme » à être sauvée, il soutient la doctrine de Jacobus Arminius (1560 ?- 1609) selon laquelle il dépend de l’homme d’être sauvé, d’opter ou non pour son salut.

L’œuvre de Milton fusionne un christianisme pensé à un humanisme fondé sur une foi en l’homme qui justifie l’œuvre divine. Milton est le poète de l’espérance. Milton est le Dante du Nord, celui du protestantisme. 


Ses sources formelles sont la Bible et les poètes élisabéthains. Composé en dix chants,  Le Paradis Perdu n’est-il pas une nouvelle Genèse…épique? Œuvre d’un protestantisme affirmé au plan religieux aussi bien qu’au plan politique bien qu’il ait dénoncé les dangers d’un pouvoir religieux au moment à la fin du Commonwealth en 1659: Le moyen le plus probable d'éliminer les mercenaires de l'Église, et La voie simple et rapide pour établir un Commonwealth libre. Le XVIIème siècle a vu la naissance du capitalisme en Hollande et Milton est un libéral.

Peu de poètes ont eu autant d’influence sur la littérature de leur langue que John Milton au cours des deux siècles qui ont suivi la publication du Paradis Perdu qui aura eu une très profonde influence sur les romantiques aussi bien anglais que français. Chateaubriand a en donné une remarquable traduction mémorable en 1836.

Baudelaire a écrit : « Il me serait difficile de ne pas conclure que le plus parfait type de Beauté virile est Satan, - à la manière de Milton. »

Claudel a écrit : « Il est bien remarquable que le livre fondamental, sur lequel, on peut le dire, s'appuie toute la littérature anglaise s'appelle Le Paradis perdu. « 

Et T. S. Eliot: « Je ne puis penser à aucune œuvre qui offre [autant que] Le Paradis perdu un parallèle aussi intéressant avec Finnegan's Wake : deux œuvres écrites par deux grands aveugles musiciens, chacun écrivant une langue de son cru fondée sur l'anglais. »


Les Poètes Métaphysiciens

Introduction

Le courant des Poètes Métaphysiques Anglais regroupent au XVIIème siècle en Angleterre des poètes plus cérébraux qu’intuitifs, plus intellectuels que sensibles pratiquant avec virtuosité the conceit : vanité métaphysique, figure de style dans laquelle les termes en comparaison sont plus conceptuels que relevant d’une réelle ressemblance. Cette figure stylistique cherche plus à frapper les esprits qu’à être juste. L’exemple le plus souvent cité de vanité métaphysique est tiré du poème de John Donne « La Puce » : Une puce pique tout à la fois le locuteur et son amant.


John Donne

John Donne (1572-1631), né et mort à Londres, est le fils d’un forgeron qui meurt alors qu’il est âgé de quatre ans. Sa mère est la fille du poète et dramaturge John Heywood (1597-1580) et son frère est le poète jésuite Jasper Heywood (1530-1598) qui entre autres traduisit des pièces de Sénèque († 65) . Elle est aussi par la sœur de Saint Thomas More (1478-1635), premier conseiller d’Henry VIII, l’arrière-petite nièce de ce célèbre humaniste.

En 1591, il commence des études de droit dans un des plus anciens cabinets d’avocats (Inn of Chancery) londoniens, le  Thavies Inn, les poursuit au Hertford Collège (université d’Oxford et l’es achève à Cambridge sans pouvoir obtenir un diplôme à cause de sa confession catholiques. Son père (mort en Belgique) et son oncle (mort à Naples) ont dû s’exiler pour la même raison.

Dans les années 1590, converti à l’anglicanisme, il fait partie de la campagne contre les Espagnols menée par le Comte d’Essex, Robert Devereux, favori d’Élisabeth 1ère, qui s’illustra en 1596 au cours de la prise de Cadix (guerre anglo-espagnole 1585>1604), mais qui sera  décapité en 1601 pour avoir fomenté complot contre la reine.


En 1598, le Garde des Sceaux, Thomas Egerton (lord Ellesmere) le choisit pour être son secrétaire. Mais trois ans plus tard, il le renverra pour avoir épousé en secret sa nièce Ann More, fille de l’homme politique Sir George. Après avoir était un temps emprisonné, le couple qui couple aura 12 enfant, se retrouve sans ressources et vivra de-ci-delà pendant une dizaine d’années dans l’extrême pauvreté ne subsistant que d’aides de son environnement proche. A 30 ans, Donne, en disgrâce, n’a plus aucun espoir d’une carrière politique. Ses  écrits de circonstances pour retrouver les faveurs de la cour resteront lettres mortes.


Malgré la situation dans laquelle il se trouvait, Donne n’en continua pas moins à écrire : « produisant des ouvrages en prose sur la théologie, le droit canonique et des polémiques anticatholiques, et composant des poèmes d'amour, de la poésie religieuse, ainsi que des vers d'éloge et des poèmes funéraires pour ses mécènes. » (Encyclopedia Britannica)

En 1611-1612, il trouve un protecteur en la personne de Sir Robert Drury qu’il accompagne en France et aux Pays-Bas revenu en Angleterre, R. Drury offrirent aux Donne une maison sur leur domaine londonien, où ils vécurent jusqu'en 1621. Sur l’insistance de ses amis, il accepta finalement de rentrer dans les ordres. Diacre puis prêtre en 1615, puis aumônier royal, sur ordre du roi Jacques 1er qui avait pourtant refusé à lui donner quelconque charge à la cour le fait nommer docteur en théologie de Cambridge. En 1621, 1621, il doyen de la cathédrale Saint-Paul où il s’installe avec sa nombreuse famille. Malgré cette embellie dans son existence, Donne va être frappé par le malheur. Sa femme à laquelle, il tenait temps meurt à 33 abns en 1617 des suites d’un accouchement. Et cinq de ses enfants mourront avant d’atteindre l’âge adulte.


Résolu à ne pas se remarier, Donne se fit prédicateur et ses prédications lui valurent une telle renommée qu’il devint le favori des roi Jacques 1er et Charles 1er. Attint régulièrement de fièvres, il écrit en 1624 Devotions upon Emergent Occasions (Dévotions sur les occasions émergentes) tentant une rapprochement psychosomatique entre mes maux physiques et psychiques. En phase terminale d’un cancer de l’estomac, il prononce en 1631 un dernier sermon, Death’s Duell, considéré comme son oraison funèbre.

Contrairement à ses prédécesseurs, Sir Philip Sidney et d'Edmund Spenser, va sortir la poésie anglaise de son ton harmonieux, agréable à et donner à ses vers une voix personnelle, chargée émotionnellement avec des accents dramatiques qui influent sa métrique, usant d’un langage poignant direct avec lequel il s’adresse directement à Dieu ? à Jésus ? à l’Autre inconnu ? Il use de la métaphore filée, cette métaphore qui correspond dans la poésie anglaise au conceit : vanité métaphysique, figure de style dans laquelle les termes en comparaison sont plus conceptuels que relevant d’une réelle ressemblance. Cette figure stylistique cherche plus à frapper les esprits qu’à être juste. Elle a donné aux poèmes de Donne un sens équivoque, comme un sens instable qui en leur confère toute leur originalité L’exemple le plus souvent cité de vanité métaphysique est tiré d’un de ses poèmes « La Puce » : Une puce pique tout à la fois le locuteur et son amant.


Ses références sont multiples l'alchimie, l'astronomie, la médecine, la politique, la controverse philosophiques…

De ses œuvres, on retient avec des dates supposées, car la plupart de ses poèmes n’ont pas été publiés de son vivant, selon Wikipédia : Satires (1598), La Litanie (1609) Élégies, Chants et Sonnets (1611), Les Anniversaires (1612) Le Nocturne (1612), Les Lamentations de Jérémie (1631), Sonnets Sacrés (1635)  mis en musique pour voix soliste et piano par le compositeur Benjamin Britten ; selon l’Encyclopedia Britannica : « La plupart des spécialistes actuels s'accordent toutefois à dire que les élégies (qui, chez Donne, sont des poèmes d'amour et non de deuil), les épigrammes, les lettres en vers et les satires ont été écrites dans les années 1590, les Chants et Sonnets entre 1590 et 1617, et les « Sonnets sacrés » et autres poèmes religieux entre son mariage et son ordination en 1615. Il composa les hymnes vers la fin de sa vie, dans les années 1620. Les Anniversaires de Donne, publiés en 1611-1612, sont les seules œuvres poétiques importantes de lui publiées de son vivant ».


En prose, il laisse Biathanatos (1608) dans lequel il aborde la question du suicide comme acceptable ; Ignatius His Conclave(1611) oubliée anonymement est une courte satire, à l’esprit mordant contre les jésuites après l’assassinat du roi français Henri IV.

« L'œuvre présente une vision fantaisiste et souvent mordante d'un conseil céleste en Enfer, où Ignace débat avec des figures historiques marquantes telles que le pape Boniface III, Mahomet et Copernic. Ce contexte surréaliste explore des thèmes théologiques et politiques, mettant en lumière les tensions entre innovation et tradition et critiquant les actions et les motivations des chefs religieux. » (Base de données Ebesco https://www.ebsco.com/ research-starters/history/ignatius-his-conclave-john-donne)

 Parmi ses sermons, un des plus connus avec Death’s Duell,  est le sermon  Gunpowder Plot Sermon (Sermon sur la Conspiration des Poudres 1622) au sujet de l’attentat fomenté et raté d’extrémistes catholiques contre Jacques 1er et le Parlement en 1605. Depuis, il était un sujet récurrent dans les sermons.

Donne  eut un influence certaine non seulement sur les poètes anglais mais aussi sur des poètes non anglais comme les poètes hollandais comme Pieter Hooft et Tesselschade Visscher


Richard Crashaw

Richard Crashaw (1612/13-1649), né à Londres et mort Loretto (province d’Ancône), fils d’un fervent pasteur anglican, étudie la rhétorique et l'art poétique à la Chartreuse de Londres. En 1631, il obtient une bourse de la Fondation Watt pour étudierau  collège Peterhouse à Cambridge, le grec, le latin, l'hébreu, l'espagnol et l'italien. Il compose ses premiers poèmes en pentamètre et hexamètres. En 1634.  Son premier recueil, Epigrammatum sacrorum liber, épigrammes marqués de l’influence des poèmes religieux du poète anglican George Herbert (†1633) mais dans lequel transparaissent déjà ses convictions anglo-catholiques *.  

Selon Presses universitaires de Strasbourg (https://books. openedition.org/pus/46243), cette année 1633, il obtient sa licence d’enseignement supérieur et devient chercheur à Résidence au collège Peterhouse. Diacre en 1636, prêtre en 1637, vicaire de l’Église de St Mary the Less à Cambridge et catéchiste en 1642  au collège de  Peterhouse. Selon Encyclopedia Britannica, il obtient son diplôme en 1634.


En 1635/36, il enseigne au collège Peterhouse un bastion de l’Anglo-catholicisme. Deux ans plus tard, en 1638, il obtient son diplôme d’enseignement supérieur. De 1638 à 1643, il est pasteur à l’Église de St Mary the Less. puis enseigne à l’université de Cambridge où il se lie d’amitié avec Abraham Cowley qui est fait ses études.

En 1643, dans le contexte de la Grande Rébellion, fidèle royaliste, il préfère se ‘mettre au vert’ et séjourne à Leyde pendant un an. Retour en Angleterre l’année suivante, il fait la connaissance de la comtesse de Denbigh, dame de compagnie d’Henriette d’Angleterre, épouse de Charles 1er et petite-fille d’Henri IV.

« Il se rendit en France en 1644 et se convertit au catholicisme. Lorsque la reine Henriette-Marie d'Angleterre, épouse de Charles Ier, s'installa à Paris avec sa suite deux ans plus tard, son ami et confrère poète Abraham Cowley découvrit que Crashaw vivait dans la pauvreté. » (Encyclopedia Britannica)

Autres sources : En 1645/46, date probable à laquelle il se convertit au catholicisme, il suit la comtesse dans la suite de Henriette d’Angleterre qui se réfugie en France. En France il retrouve Cowley qui lui a gardé toute son admiration. Paraissent Steps to the Temple (Les Marches du Temple), œuvre majeure, « poèmes sacrés, écrits en anglais, suivis des Plaisirs des Muses, d'inspiration plus séculière, où des poèmes de circonstances (célébrations de naissances, épithalames, épitaphes) y côtoient des traductions de poèmes italiens ou latins ou encore des poèmes à sujet mythologique. »


En 1647, sur recommandation de la reine, il devient secrétaire à Rome du cardinal Palotta. Deux ans plus tard, il est chanoine de la cathédrale de Lorette où il meurt quelques mois plus tard, âgé de 36 ans.

En 1652, sont publiés à Paris Carmen Deo nostro de poèmes sacrés, illustrés de douze de ses  dessins. Il connaitra le purgatoire littéraire jusqu’à ce que des romantiques comme Shelley et surtout Coleridge ne le redécouvrent.

La poésie de Richard Crashaw est toute imprégnée de la mystique latine, italienne et espagnole. Poésie d’un fervent catholique converti, elle s’attache à la figure de la Vierge et à celle des saints. Sa poésie baroque fait un emploi presque abusif de la métaphore filé (the conceit). Ses poèmes consacrés à la Vierge et à Ste Thérèse sont surchargés d’images avec chaque fois de nouvelles recherches rhétoriques parfois magnifiques parfois aberrantes.

« Il utilisait des métaphores élaborées pour établir des analogies entre les beautés physiques de la nature et la signification spirituelle de l'existence. La poésie de Crashaw se caractérise par des associations d'idées libres, une imagerie sensuelle et une ferveur religieuse intense. » (Encyclopedia Britannica)

 

* L’Anglo-catholicisme est une des églises anglaises de la Communion Anglicane (Anglicanisme) qui ont en commun de ne pas reconnaître l’autorité papale et d’avoir chacune, un souci apostolique, d’avoir chacune à leur tête un évêque; Celui de l’Église d’Angleterre étant l’Archevêque de Canterbury. Bien que toutes soient fondées sur un compromis doctrinal entre la Réforme et le Catholicisme, certaines églises mettent l’accent sur la Réforme (protestantisme), d’autres veulent marquer leur lien avec la tradition catholique.


Abraham Cowley

Abraham Cowley (1618-1667), né à Londres et mort à Chertsey (Surrey) fait ses études au Trinity College de l'université de Cambridge. Pendant la Grande Rébellion qui débute en 1643, il reste fidèles au roi et est exclu de la communauté universitaire. Il suivra Henriette d’Angleterre, épouse de Charles 1er et petite-fille d’Henry IV, en France lorsqu’elle s’y réfugiera en 1644/45. Elle en fera son secrétaire et lui confiera certaines missions secrètes. De retour en Angleterre, à la Restauration, il ne reçut aucune gratifications pour sa fidélité et les services rendus. Il se retirera à Chertsey (Surrey) où il se consacrera à la botanique. Il est néanmoins inhumé à l'abbaye de Westminster, aux côtés de Geoffrey Chaucer (1343-1400), un des fondateurs de la langue anglaise et auteur des Contes de Canterbury et d'Edmund Spenser (1553-1599), poète pétrarquisant célèbre pour son poème pastoral The Shepheardes Calender.

Cowley manifeste très tôt des dons pour la poésie. Poetical Blossoms écrit à l'âge de quinze ans et publié en 1633 est son premier recueil. Et bien qu’il ait écrit des comédies et des satires, on ne retient de son œuvre que ses odes. Odes pindariques :  strophe (couplet : unité versifiée de sens et de métrique) + antistrophe (seconde strophe) + épode (troisième strophe d’inspiration lyrique).

Il introduisit l'ode pindarique[4] dans la littérature anglaise » (Encyclopédie Larousse).

Son recueil The Mistress (1647), son œuvre maitresse, illustre parfaitement le style métaphysique dans la poésie amoureuse. Poète célèbre en son temps, ses œuvres furent plusieurs fois rééditées sous Charles II.

Cowley use de ce un langage sophistiqué, le conceit, caractéristique de la poésie métaphysique anglaise, qui enjolive plus qu’elle ne les exprime les sentiments. Fidèle à l'esprit métaphysique de John Donne, il déconcerte le lecteur par des métaphores filées par lesquelles il compare entre elles, de façon inattendue, surprenantes des choses très différentes ; comparaisons comme chez d’autres poètes métaphysique tourne à l’aberration.


Andrew Marvell

De la vie du poète et homme politique Andrew Marwell (1621-1678) l’on sait peu de chose et l’on retient le plus souvent qu’il a assisté J. Milton quand celui-ci a commencé a être atteint de cécité. Fils de pasteur, il fait ses études au Trinity College de Cambridge d’où il sort bachelier. Le décès de son père par noyade l’empêche de poursuivre ses études. En 1640, Il voyage en l’Europe et au grec et au latin, il ajoute sa connaissance Français, Espagnol, Italien, Néerlandais.

 De retour en Angleterre après la guerre civile de 1648, il est précepteur pour des familles proches de Cromwell. De 1657 à 1660, il sera secrétaire de Milton, avant d’être nommé au parlement comme représentant de sa ville natale de Hull (Yorkshire). Il se fera connaître comme homme politique et travaillera auprès de Cromwell. Il jouera de son influence pour faire libérer Milton, incarcéré brièvement à la Restauration. Il restera pendant 18 ans au Parlement avant de mourir brusquement de manière mystérieuse qui fera dire à certains qu’il aurait été empoisonné par les jésuites, une de ses cibles favorites. Au cours de son mandant, il se sera rendu d’abord en Hollande, puis en Russie. A. Marvell fut un homme politique notoire qui a laissé une image forte de lui comme homme loyal et adversaire redoutable.


Peu de ces œuvres, si ce n’est dans des publications collectives, ont été édités de son vivant, ce qui a certainement évité à ce satiriste d’être détesté autant des royalistes que des républicains cromwelliens comm eavec  sa charge contre un célèbre partisan de Cromwell dans son "Tom May's Death" .

 Satirique en prose, lyrique en vers, il n’en est pas moins considéré comme l’un des grands poètes de langue anglaise. Trois ans après  sa mort son neveu fait paraître Divers Poèmes (1681) dont la préface écrite et signée par une Mary Marvell était en fait de la main de sa gouvernante Mary Palmer, prétendument son épouse (?). On lui doit notamment To His Coy Mistress (À Sa Timide Maîtresse), The Garden (Le Jardin) et On a Drop of Dew (D'une Goutte de Rosée). Il a écrit la préface de la seconde édition du Paradis Perdu (1674). Il faudra attendre le XXème siècle pour que la critique commence à s’intéresser sérieusement à son œuvre.


George Herbert

George Herbert (1593-1633), né à Montgomery dans le Pays de Galles et mort à Bemerton (actuelle banlieue de Salisbury, s.o. Angleterre), est issu d’une famille riche. A vingt-six ans, il est admis au Trinity Collège à Cambridge où il apprend les langues, la musique et la rhétorique. Il ne sera pas prêtre mais orateur public, et après de brèves fonctions au parlement, vers l’âge de trente ans, il abandonne toutes ambitions politiques et entre dans le ordres.

Il se retire en 1630 dans la petite ville de Bemerton, ville épiscopale dépendant de Canterbury (Sud-Ouest de l’Angleterre), où il se satisfera du poste de simple recteur. Totalement dévoué à ses paroissiens, d’une santé qui a toujours était fragile, il meurt trois ans plus tard à l’âge de trente-neuf ans de consomption (« amaigrissement et dépérissement progressifs dans certaines maladies, en particulier la tuberculose’…parfois au cancer »).


Son œuvre poétique est d’importance autant par son volume que de par sa qualité. Ses hymnes sacrés sont populaires. Soucieux d’un langage précis, sa poétique n’est pas fixée à une métrique constante, mais reste complexe dans ses rythmes. Les formes en sont fluctuantes. Il emploie volontiers des images et use souvent des conceits (voir Introduction)

En 1633, l’ensemble des poèmes d’Herbert est recueilli sous le titre The Temple: Sacred Poems and Private Ejaculations (Le Temple : Poèmes Sacrés et ExclamationsPrivées). Poèmes qui, comme il l’écrit « sont le reflet de ses combats spirituels entre Dieu et son âme jusqu’à ce qu’il abandonne sa volonté à celle de Jésus, son maître. » Dieu et l’amour humain y sont traités autant au plan psychologique que métaphysique. Herbert pratique le calligramme pour lequel la forme du poème, la disposition typographique est en rapport direct avec le thème. Chez lui, le sens du poème est en rapport avec l’architecture religieuse, un autel, une église. Il a également écrit des poèmes en latin, tous d’inspiration religieuse.

Herbert est comme nombre d’écrivains de son temps, un collectionneur de proverbes, réunis en 1640 sous le titre Outlandish Proverbs (Proverbes Étrangers) et en 1651 sous le titre Jacula Prudentum (La flèche de la Prudence) où l’on trouve entre autres : « Qui vole un œuf, volera un bœuf ».

Il est fêté comme un saint par les anglicans le 27février.


Thomas Traherne

Thomas Traherne (1636/37-1674), né à Herford au Pays de Galles et mort à Teddington près de Londres, fils d’un cordonnier mort jeune, est élevé par son oncle. Il fait ses études supérieures au Brasenose College d’Oxford où il obtient un maitrise es arts.

En 1660, il entre dans les ordres. Il est d’abord curé de Credenhill dans le Herefordshire (Midlans), puis aumônier de Sir Orlando Bridgeman, garde-des -sceaux de Charles II. En 1667, il est ministre du culte à Teddington où il meurt à l’âge de 37 ans.

Roman Forgeries, en 1673. Deux années plus tard est paru Christian Ethicks, et en 1699, A Serious and Patheticall Contemplation of the Mercies of God.


 Homme d’église d’origine galloise, Trahernea eu une vie modeste et ne fut en rien reconnu comme poète de son vivant. Il ne sera considéré comme un des fleurons de la poésie anglaise qu’à la parution lente et progressive de son œuvre pour une bonne part égarée. Il faudra attendre la fin du XIXème siècle (1896) pour que ses œuvres commencent à être retrouvées. D’abord The Poetical Works et Centuries of Meditations et en 1910 les poèmes réunies sous le titre Poems of Felicity. Et ce n’est qu’en 1989 que furent découvert par hasard et ensuite publiés Commentaries of Heaven: The Poems. En 1996 est découvert à la bibliothèque Folger Shakespeare à Washington son poème épique The Ceremonial Law.

Un an plus tard, cinq poèmes principalement en prose, sont retrouvés à la bibliothèque de l’archevêché de Cantorbery portant les titres Inducements to Retiredness, A Sober View of Dr Twisse, Seeds of Eternity, The Kingdom of God (Les incitations à la retraite, une vision lucide du Dr Twisse, les graines de l'éternité, le Royaume de Dieu) et Love inachevé. Cette prose révèle Traherne comme théologien.

Quoique Traherne soit considéré comme un des principaux et le dernier représentant du mouvement des Poètes Métaphysiques Anglais, les lumineux Poèmes de la Félicité témoignent pourtant d’une vision mystique. L’état de conscience unitive dans laquelle se trouve Traherne face à la nature ne relèvent en rien d’une approche métaphysique, d’un quelconque intellectualisme. Et bien plus que de l’innocence de l’enfance, elle émane d’une vibration de l’âme. Cette soif dont nous parle le poète, cette « soif brûlante que la nature avait allumée en (lui) depuis (sa) prime jeunesse » est soif d’absolu. Les Centuries of Meditations (Les Centuries),appréciées par certains comme son chef-d’œuvre, est une œuvre en prose composée de quatre centuries comprenant chacune cent méditations et une centurie de dix méditations. Elle évoque son enfance en pays de Galle.

« Son écriture rappelle Angelus Silesius par la fulgurance de l’aphorisme, Jean de Ruysbroeck par l’assurance tranquille de l’affirmation et Maître Eckhart par la profondeur de l’expérience et le style imagé » (Jean Mambroni in Préface au Centuires/ Edit. Art Fuyen/ Collect. Cahiers d’Artfuyen n°8). 

 

La Poésie Mariniste

John Lyly & L’ Euphuisme  

John Lyly ( ou Lely 1553-1606), né dans le Kent (rivage de la Manche) et mort à Londres, est issu d’un milieu aisé et cultivé. Son grand-père, latiniste de renom, fut un ami de deux amis Érasme et Thomas More. Il fait ses études supérieure à En 1571, au Magdalen College d'Oxford. Il obtient sa licence en 1573 et sa maîtrise en 1575. Puis s’installe à Londres en 1576. Il est un temps secrétaire du Comte d’Oxford avant de devenir dramaturge à la cour d’Élisabeth 1ère .

Après 1580, Lyly se consacre à l'écriture de comédies – une dizaine- dans lesquelles son apport sera essentiellement le développement du dialogue. En 1583, il dirige le premier Blackfriars Theatre[5] où furent jouées ses premières pièces. Toutes ses comédies de Lyly, à l'exception de sa dernière pièce  La Femme dans la Lune (1597), furent interprétées par les Enfants de Paul, une troupe d'enfants protégée de la reine.


 Bien que son œuvre dramatique soit plus volumineuse, c’est la publication de ses deux romans qui va  le rendre tout de suite célèbre : Un jeune Athénien narre sous formes épistolaires ses aventures entrecoupées par l’auteur de considérations sur l’amour, la religion et avec de fréquentes références à la mythologie grecque. La carrière d’écrivain de John Lyly se poursuivit par huit comédies de cour jouées devant la reine dont il était un courtisan assidu, et dont le ton bien qu’éloigné des drames populaires ne fut pas ignoré des auteurs élisabéthains. Shakespeare ou Ben Jonson utilisent ce personnage de manière décalée pour certains de leurs personnages secondaires.

Avec ses deux romans Euphues, The Anatomy of Wit (Euphuès, ou L’Anatomie de l’Esprit) en 1578 (1580 ?), puis avec Euphues and His England (Euphues et son Angleterre), en 1580 (1581 ?) que Lyly initie un courant qui s’étendra à toute l’Europe, devançant l’Italien Gian Batista Marino et son Adone de 1623, l’Espagnol Louis de Gόngora et ses Soledades de 1613 ou encore le poète de La Melle Matineuse (1635) le Français Vincent Voiture. Ce courant prendra tout naturellement le nom d’Euphuisme en Angleterre et de Préciosité en France, de Gongorisme ou de Cultéranisme (selon Sotomayor) en Espagne, de Marinisme ou de Pétrarquisme en Italie. C’est d’ailleurs en Italie que les premiers signes avant-coureurs de ce style nouveau s’étaient manifestés chez Boccace dans sa version du récit moyenâgeux  de Floire et Blancheflor, Filocolo (L'Amoureux de l'Amour) de 1336-38, dans L'Arcadia (1504) de Jacopo Sannazzaro ou discrètement chez Le Tasse († 1595).


 Ευφυής (effyis) en grec ancien signifie intelligent, ingénieux, doué, en fait brillant, esprit brillant, de là brillant causeur, puis par la suite celui qui cherche à épater par son savoir parler autant que par son érudition, fut-elle un vernis de culture mais…d’aspect brillant. Un langage élégant, un vocabulaire sophistiqué exprimant une pensée subtile, au second degré, spirituelle dans le sens de conceptuelle que l’on retrouvera dans le conceptisme de l’Espagnol Alonzo Ledesma et les concetti [6]de la poésie anglaise. On parle de style euphuistique

L’euphuiste avec le temps est passé du statut du jeune homme vif d’esprit à celui de pédant raseur.


La Poésie de la Restauration

Introduction

La seconde partie du Siècle révèlera plus de grands poètes et de prosateurs que de dramaturges. Des auteurs italiens viennent s’installer en Angleterre. Néanmoins, les auteurs anglais non seulement connaissent les auteurs français et s’en inspirent pour leurs tragédies qui remplacent les pièces historiques de Shakespeare dans le répertoire des troupes, mais se targuent de parler leur langue. La langue anglaise va s’affiner, se polir. La Restauration sera d’ailleurs une période de libération des mœurs et les œuvres licencieuses avec une grande liberté de langage ne seront pas les moins lues.


Samuel Butler et la Satire

Samuel Butler (1612-1680), né dans à Strensham, dans le Worcestershire et mort à Londres est le fis d’un riche fermier particulièrement dévot. Il a pu faire des études universitaires de droit puisqu’il fut un temps juge de paix.. Il entre au service de personnages des plus importants comme la Comtesse de kent († 1651) qui lui ouvrit sa bibliothèque. Il aurait ensuite été au service au service d’un strict presbytérien Samuel Luke, colonel d'un régiment de dragons, dont la personne et l'entourage (des puritains fanatiques) lui auraient inspiré Hudibras. En 1660, il est intendant de la forteresse historique de Lidlow (Ouest Middlands).


À la Restauration, devient le secrétaire du Lord-Président du pays de Galles. Il épouse une veuve Mme Herbert. En 1663 est publié la première partie de Hudibras , la deuxième suivra l’année suivante et la troisième en 1677/78. L’œuvre est appréciée du roi qui finit par lui attribuer bien que tardivement une pension.

Proche du Duc de Buckinkam auprès de qui il entra en service et accompagna en mission à Versailles en 1670 et à La Haye en 1672, il collabora avec lui à la pièce en 5 actes du duc The Rehearsal (La Répétition), jouée au Théâtre Royal de Bridges Street (Théâtre de Drury Lane). Il meurt dans la misère et quelque peu l’oubli.


Son poème satirique, son œuvre majeure, Hudribras, jouait en 1662 puis pour les suites en 1664 et 1667, connut un retentissement immédiat. Cette satire dramatique des mœurs puritaines trouve ses personnages dans les prostituées dont s’entourait (le si peu austère…)le colonel Samuel. Le ressort dramatique tient à l’opposition constante entre le maître, le Chevalier Hudribas et son valet Ralpho, l’un presbytérien aux mœurs sévères, l’autre de l’église indépendante. Opposition de l’intellectuel, cérébral, érudit et de l’intuitif peu cultivé, du métaphysicien et du mystique. Le nom d’Hudribras est le nom d’un chevalier dans ce que l’on considère comme le premier grand poème épique anglais, La Reine des fées du pète élisabéthain Edmund Spenser (1552-15598)


Butler laisse là une œuvre héroï-comique qui ne  vaut à peu près uniquement que par sa vigueur satirique à l’encontre des puritains. Avec grandiloquence, dans un ton outrancièrement élogieux sont vantés les mérites de Sir Hubridas, personnage arrogant dont la stupidité n’a d’égal que sa prétention à faire de la logique. Ce sont les Purtitains et les Presbytériens qui sont là visés. L’influence de Don Quichotte y est évidente. Son écuyer ne s’appelle pas autrement que Sancho qui approuve toujours son maître mais se sait d’une intelligence assez modeste pour ne pas comprendre tout ce qu’il y a à comprendre de la’ religion’’ de son maître, qu'il appelle la « nouvelle-lumière». L’excès et l’emphase tiennent de Rabelais.

A ne pas confondre avec Samuel Butler (1835-1902), petit- fils du géographe Samuel Butler(1774-1839), auteur connu pour son roman satirique Erewhon ou De l’Autre Côté des Montagnes.


John Dryden

Voir aussi Théâtre/Outre-Manche/ Théâtre sous La Restauration

John Dryden (1631-1700/1701 ?), né à Aldwincle, (Northamptonshire, Midlands), est issu d’une famille noble. Son grand-père et son oncle étaient baron ; son père, chevalier, fut député, membre sous Cromwell du conseil des vingt et un, l’un des grands-officiers de la nouvelle cour. Il fit quatre ans d’études à l’université de Cambridge, puis, ayant hérité de son père un petit domaine, il passa trois ans encore à Cambridge pour mener une vie studieuse.

Dryden a été un auteur dramatique et un poète de Cour au même titre que John Wilmot, le Comte Dorset ou le Duc de Buckingham. Il vécut uniquement de sa plume et son titre de Poète-Lauréat l’aida grandement au plan financier jusqu’à ce qu’il le perde pour s’être fait catholique quand Guillaume III d’Orange, protestant. Monta  sur le trône en 1688 ; titre qu’il avait reçu pour avoir écrit en 1668 en succession du poète dramaturge Sir William Davenant (1638-1668). En 1663, il s’est marié avec une riche héritière, Dame Elisabeth Howard, sœur du dramaturge Robert Howard. En 670, il sera nommé historiographe du roi.


Loin de Londres où la peste faisait des ravages, il écrit son plus long et célèbre poème Annus Mirabilis qui traite des quatre « miracles » survenus dans les années 1665 et 1666 : le deux victoires navales des Anglais sur les Hollandais, la maîtrise de l’incendie de Londres, la partie la plus importante, et enfin la Restauration avec la montée de Charles II sur le trône (alors qu’il avait auparavant écrit des vers à la louange de Cromwell).

Lorsque la monarchie est rétablit en 1660, ‘oubliant’ que les membres de ses familles, paternelle, et maternelle, ont siégé au Parlement et que lui-même a écrit ses Stances héroïques (Heroic Stanzas) de 1659 à la mémoire d’Olivier Cromwell, il publie Astraea Redux (Le retour d’Astartée, déesse de la justice), poème dithyrambique sur nouveau roi Charles II.

Il devient membre de la Royal Society (of London for the Improvement of Natural Knowledge) fondée en 1660 par des scientifiques de renoms tel Robert Boyle (voir Philosophie de La Nature). Il est alors un des contributeurs du « renouveau de la langue littéraire, attentif à débarrasser celle-ci de la rhétorique cicéronienne et soucieux de clarté logique ».


Son théâtre rencontre tout de suite le succès avec des comédies comme[CG1]  The Wild Gallant (Le Galant débridé), The Indian Queen (La Reine des Indes) en collaboration avec son beau-frère Robert Howard, représentée en 1664, qu’Henry Purcell (1659-1695)  mettra en musique l’année de sa mort, et dont le succès est tel qu’il donne l’année suivante The Indian Emperor. En tout, il écrira une trentaine de pièces. Il devient le poète dramaturge et critique littéraire le plus en vue sous la restauration. Ses sentiments royalistes tout autant que sa conversion au catholicisme ne vont pas sans influencer cette renommée, et ce  d’autant que le roi Jacques II qui succède à son père Charles II en 1683, c’est lui-même convertit au catholicisme, ce qui entrainera sa destitution (1688 Glorieuse Revolution).


En 1681, alors qu’il s’était consacré au théâtre, Drydenre vient à la poésie avec des satires politiques comme Absalon et Achitophel (contre la révolte de Monmouth). Dryden  reprend dans cadre de l’Ancien Testament les personnages (clés) du roi David (Charles II), de son fils préféré Absalom (Monmouth) et du faux Achitophel (Shaftesbury), qui a persuadé Absalom de se révolter contre son père. Dryden qui est un Tory (royaliste), vient sur un mode satirique en défense de Charles II contre les Whig (parlementaristes) qu’il ridiculise.

Écrit en 1682,  MacFlecknoe est un poème satirique contre le poète Thomas Shadwell qui, en 1689, fut nommé à sa place Poète-lauréat. Ce  qui lui attira beaucoup d'ennemis et l'exposa même à de mauvais traitements. La même année, il publie son Essai sur la Poésie Dramatique, sous la forme du dialogue. The Hind and the Panther,(La Biche et la Panthère ) date de 1687.  C’est vers la fin de sa vie qu’il écrira ses meilleurs poèmes (odes et fables). La Fête d’Alexandre ou Le Pouvoir de la Musique qu’il écrivit en 1697 donna l’occasion à  Haendel de composer un choral sur le livret de Newburg Hamilton, fortement inspiré de l’ode de Dryden.


Il a traduit des Satires de Juvenal et Perse (du début de l’ère chrétienne). En deux volumes, Works of Virgil (Œuvres de Virgile Églogue, les 10 Pastorales, les 4 livres Géorgiques, L’Énéide) commencé en 1694 et achevé trois ans plus tard est l’entreprise de traduction de Dryden la plus ambitieuse. Elle connut un vif succès et lui rapporta une somme importante qui lui fut bien profitable dans une fin de vie financièrement difficile.

Fables, Ancient and Modern (Fables, Anciennes et Modernes) rassemble les traductions du premier livre de l'Iliade d'Homère, huit extraits des Métamorphoses d'Ovide, trois des Contes de Canterbury de Geoffrey Chaucer, le poème médiéval tardif La Fleur et la Feuille qu'il attribua à Chaucer, et trois contes de Boccace et certains de ses poèmes. Paru en 1700, c’est  sa dernière œuvre et non la moins importante. Il meurt  deux mois plus tard, le 1er mai, à 68 ans.

La poésie de John Dryden par son raffinement, son « goût », dépourvue d’expression émotionnelle, non alambiquée, à la recherche d’un rythme naturel, coulant souvent par le distique, reflète l’aspect classique de la Littérature Anglaise de la Restauration.


En tant qu’auteur dramatique, il aura marqué l’histoire du théâtre anglais sur lequel il eut un fort impact. (Voir Théâtre/Outre-Manche).

Il fut l’un des premiers à pratiquer la critique textuelle, critique qui tente de retrouver la version originelle de textes anciens à partir de son mode de rédaction, de son contexte littéraire et historique. Il fut le premier écrivain anglais à vivre de sa production.

« Sous Spenser et Shakespeare, les mots vivants comme des cris ou comme une musique faisaient voir l’inspiration intérieure qui les lançait. Une sorte de vision possédait l’artiste ; les paysages et les événements se déroulaient dans son esprit comme dans la nature… Voici que cette conception complexe et imitative se décolore et se décompose ; l’homme n’aperçoit plus les choses d’un jet, mais par détails. Les mots, tout à l’heure animés et comme gonflés de sève, se flétrissent et se sèchent ; ils deviennent abstraits…Dès lors une nouvelle carrière s’ouvre : l’homme a le monde entier à repenser ; le changement de sa pensée a changé tous les points de vue, et tous les objets vont prendre une nouvelle forme dans son esprit transformé. Il s’agit d’expliquer et de prouver ; c’est là tout le style classique, c’est tout le style de Dryden. » (Hyppolite Taine John Dryden, son Talent, son Caractère et ses Œuvres Revue des Deux Mondes, tome 18, 1858 p. 538-567)


John Wilmot et le Courant Libertin

John Wilmot, Deuxième Comte de Rochester, Baron d’Adderbury (1647-1680), né à Ditchley (Oxfordshire) et mort à Woodstock (Oxfordshire), est le fils d’une mère qui prit parti pour la révolution comme parlementaire et d’un père qui, anobli par Charles II, resta aussi farouchement royaliste qu’alcoolique. Après de brillantes études à Oxford, Wilmot fit son Grand Tour en France et en Italie. Il s’engagea dans la marine pour participer à la Seconde Guerre des Flandres (Guerre de Quatre-Vingts Ans (1568-1648) ou Guerre des Flandres),   puis vécut à la cour de Charles II.

Dépressif, usé par la vie, il meurt jeune, à l’âge d’une trentaine d’années d’une maladie vénérienne (syphilis ?). Il traversa la vie, les femmes, les putains en séducteur acerbe, léguant à la poésie anglaise quelques- uns de ses plus beaux poèmes.

John Wilmot fut de son vivant le porte-drapeau de l’esprit libertin en Angleterre. Autant considéré comme l’incarnation du mal sur qui l’anathème devait être jeter selon ses détracteurs à la cour de son ami le roi Charles II, autant fut-il littéralement adulé par ses admirateurs pour son esprit et sa beauté, ses écrits (peu volumineux).

 Misanthrope, athée, homme de plaisir, esprit vif, ses impromptus en vers en riposte aux attaques qu’il subissait mettent en évidence son incontestable intelligence. Si de ses poèmes d’amour ressort une vraie sincérité, de ses autres écrits perce un regard sans indulgence sur la chose humaine. Sa désinvolture, son accoutrement sans soin, fit de lui un personnage de comédie représenté sur les scènes de son vivant.


De ses  satires, pamphlets et parodies, on peut entre autres retenir A Satyre against Reason and Mankind (Satire contre l’Humanité (1675) … et contre le rationalisme), A Letter from Artemiza in the Towne to Chloe in the Country (autre satire); Histoires Insipides (1676), Sodome ou La Quintessence de la débauche 1684), ouvrages non signés. Auteur également d’une tragédie, Lucina’s Rape Or The Tragedy of Vallentiniann 1684, Wilmot reste surtout le poète de l’amour  avec ses dialogues amoureux, ses élégies, ses chansons amoureuses et libertines. Poète lyrique dans la veine pastorale, il n’ignore pas la fuite du temps et la venue inexorable de la mort.


Notes

[1] « Une vanité (kuhn-SEAT) est une comparaison élaborée et improbable entre deux choses très différentes pour créer une connexion imaginative entre elles. En conséquence, les vanités sont souvent mentionnées en relation avec la comparaison, les métaphores étendues et les allégories, car elles utilisent également des comparaisons ou des images symboliques. C'est un dispositif couramment utilisé dans la poésie. Le mot vanité est lié au concept. A la Renaissance, il fait référence à une expression imaginative et fantaisiste en raison de son usage poétique. Alternativement, le terme vanité fait également référence à une situation ou une prémisse improbable qui propulse le récit dans un texte » (Super Summary : https://www.supersummary.com/conceit/).

[2] Pindare (VIème-Vème siècles av ;J.C.) auteurs d’odes triomphales (épinicies) exécutées lors de défilés , de chants à la louange d’un dieu (péans) et d’odes appartenant au genre du lyrisme choral alliant poésie (forcément) chantée, musique et danse, jouées lors de banquets.

[3] Pluriel de concetto, de son sens premier de concept, pensées recherchées, le terme a vu son s’élargir à « pensées plus ingénieuses que vraies, des traits d’esprit hors de propos ». « Traits d'esprit trop recherchés » (Larousse)

[4] Pindare (VIème-Vème siècles av ;J.C.) auteurs d’odes triomphales (épinicies) exécutées lors de défilés , de chants à la louange d’un dieu (péans) et d’odes appartenant au genre du lyrisme choral alliant poésie (forcément) chantée, musique et danse, jouées lors de banquets.

[5] Blackfriars est un quartier de Londres resté célèbre pour ses théâtrs construit sous la période élisabéthaine. James Burbarge avait aménagé en 1576 une aile du cloîtrecloîtres du couvent des Blackfriars, situé  de l’autre côté de la Tamise pour que la troupe des Lord Chamberlain’s Men puisse répéter avant de jouer devant la cour (Encyclopédie Universalis). Mais il dut concéder son théâtre à d’autres confréries. En 1597, James décède. Son fils Richard un des principaux acteurs des Lord Chamberlain’ Men, en hérite mais le voisinage huppé obtient qu’aucune représentation puisse être donnée. Le capital bloqué, Richard devra attendre 1608, pour créer « une société de « propriétaires » (on les appelait des maîtres de maison)  où furent représentées les dernières pièces de Shakespeare[5]. « Le théâtre dut fermer lorsque se déclenchèrent en 1642 les troubles appelés guerres civiles par les historiens anglais. Il sera démoli en 1655 ».

[6] Pluriel de concetto, de son sens premier de concept, pensées recherchées, le terme a vu son s’élargir à « pensées plus ingénieuses que vraies, des traits d’esprit hors de propos ». « Traits d'esprit trop recherchés » (Larousse)


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