
2 LA LITTÉRATURE BAROQUE ET CLASSIQUE 2
France
Introduction - Formes et Genres - Les Salles - Les Comédien(ne)s - Les Actrices - Les Auteur(e)s
Introduction
Le théâtre tient une place prépondérante dans l’histoire des lettres françaises du XVIIème siècle. Non seulement par la production des trois grands, Corneille, Racine, Molière, mais aussi parce qu’il compta d’autres auteurs dramatiques de grands talents, très suivis à leur époque comme François Tristan L’Hermite (1601-1655), Jean Mairet (1604-1686) et Jean Rotrou (1609-1650) qui, avec leurs tragi-comédies qui, à l’inverse des tragédies finissent ‘bien’, conférèrent au théâtre français une vitalité qui ne se démentit plus.
Formes et Genres
Introduction
A la Renaissance, les Mystères étaient déjà en voie de disparition depuis que leur représentation avait été interdite en 1548 par le Parlement de Paris au motif des débordements qu’ils entrainaient. Pierre Gringore (1475-1539) qui faisait partie de la Confrérie des Enfants-Sans-Souci, à qui l’on doit Farces, Sotties et Moralités, a été le dernier grand dramaturge médiéval a dirigé les Mystères. Quant aux Farces, Soties et Moralités, elles vont continuer d’animer les tréteaux et ravir un public populaire.
Mais un théâtre dit savant est apparu au XVIème siècle. Fidèles à l’esprit de la Renaissance, les auteurs de pièces sont retourner aux sources antiques et ont redécouvrir ses formes et genres dramatiques en commençant par traduire des tragédies et comédies notamment de Sophocle, Euripide, Eschyle, Aristophane, Sénèque, Plaute et Térence. Puis, en prenant pour modèles ces auteurs, les dramaturges français, ont écrit leurs propres premières dites ‘tragédies régulières’ ou ‘tragédies humanistes’ tels Étienne Jodelle (1532-1573) qui, membre de La Pléiade, en a été le dramaturge le plus représentatif avec entre autres Cléopâtre Captive (1553) et Didon Se Sacrifiant (1555), mais encore Robert Garnier (1545-1590), auteur de tragédie, Jean de la Taille de Bondaroy (ca. 1535-1611/16) et Pierre de Larivey (1641-1619) auteurs de comédies (voir Renaissance/Théâtre/France).
Il est à noter qu’à la différence du théâtre élisabéthain, le théâtre français se produisait sous l’effet d’une censure qui interdisait toute critique du pouvoir royal et de l’Église. Sur scène, les mœurs restent prudes ; contrairement au théâtre anglais ne sont jamais représentés de meurtre, jamais d’excitations excessives, de cris.
L’influence sur le théâtre français viendra du Sud. De l’Italie dont on sait quelle importance aura eu la venue de la troupe des Gelosi. En effet, en 1577, Catherine de Médicis, sous le règne de son fils Henri III, fait venir d’Italie, la troupe des Gelosi, Les Jaloux, (jaloux « d’atteindre la vertu, la gloire, et l’honneur » selon leur devise). Troupe qui rencontra un très grand succès. Le Parlement estimant que leur spectacle de Commedia dell’arte donnait à voir et à entendre trop de choses obscènes et paillardes en interdit la représentation. Pour bref que fut leur passage, il n’en a pas moins pour autant marqué de manière irréversible le théâtre français. Molière s’en inspirera. Cette troupe dans laquelle les femmes sont admises comme comédiennes au même titre que les hommes (Isabella, Colombine) fut active de 1569 à 1604. Elle a également marqué de son empreinte sur tous les pays d’Europe où elle a donné des spectacles de la Commedia dell’arte .
Un auteur comme Pierre Larivey (1541? -1619 ?) aura pour source d’inspiration non plus le théâtre antique mais le théâtre italien dont il adapte les comédies.
« Il s'inspire de très près des Italiens, transposant en français les situations et les personnages (le valet malin, le vieillard avare et amoureux, l'entremetteuse, le fanfaron, le pédant [dont certaines sources le disent rajouté par lui dans Le Laquais de Ludovico Dolce] ...) que la comédie italienne avait empruntés à Plaute et à Térence … Sa comédie la plus connue, Les Esprits dont Albert Camus a fait une adaptation, semble bien avoir fourni à Molière certains traits de l’Écoles des maris et surtout dans l’Avare, Harpagon se lamentant sur sa cassette ». (Encyclopédie Universalis)
Une autre source d’inspiration viendra de l’Espagne. Le Cid de Corneille, écrit en 1637, et le Don Juan de Molière, écrit en 1665, sont les meilleurs exemples, du moins les plus connus, de cette influence espagnole. Guillén de Castro y Bellvís (1569-1631) avait écrit en 1618 Las Mocedades del Cid (l’Enfance du Cid) qui reste sa pièce la plus célèbre puis Las Hazañas del Cid (Les Exploits du Cid). Le Don Juan de Molière, personnage libertin, hédoniste coureur de jupons, lui, est inspiré du personnage de Tirso de Molina († 1648), El burlador de Sevilla y convidado de piedra (L'Abuseur de Séville et l'Invité de Pierre),pièce écrite en 1630.
Quant au valet de comédie, personnage récurrent dans ce genre, il était déjà un personnage incontournable des comédies du théâtre baroque espagnol et que Lope de Vega (1562-1635) mettait régulièrement en scène.
Autre veine venue de la péninsule ibérique, la Comédie de Cape et d’Épée.
Le jeu de l’acteur du théâtre sous Louis XIII et Richelieu est empli d'affectation. Sa déclamation est lente, emphatique. L’acteur reprenant sa respiration bruyamment après quasiment chaque vers.
De L’Alexandrin
L’alexandrin est un vers de douze pieds (dodécasyllabes) divisé en deux hémistiches égaux de six syllabes chacun et articulés par la césure dite aussi hémistiche quand il s’agit d’une coupure à l’hémistiche, coupure au milieu du vers. La césure ne se trouve pas nécessairement au milieu du vers. Dans la métrique antique, elle peut se trouver au centre d’un pied intervenant entre deux syllabes longues ou brèves ou entre une longue et deux brèves etc..
Selon Jean Mazaleyrat (Éléments de métrique française, Armand Colin, 1974, p. 35) :« L'unité de mesure du vers français est la syllabe. Parler de ‘pied’ , par analogie avec le latin ou le grec, est incorrect, comme le relève déjà Joachim du Bellay dans la Défense et illustration de la langue française »
L’appellation d’Alexandrin vient d’Alexandre ; soit d’ Alexandre le Grand, personnage du Roman d'Alexandre, compilation de récits antérieurs faite vers 1170 par Lambert le Tort et dont tous les vers sont composés des dodécasyllabes, soit d’Alexandre de Bernay, ‘augmenteur’ de la compilation et éditeur Lambert le Tort. L’usage du terme ne se fera qu’au XVème siècle. L’alexandrin, introduit au théâtre par Jodelle (1532-1573) dans sa Cléopâtre, deviendra alors de rigueur.
«L’alexandrin n’est pas un ornement contingent, capricieux, provisoire, du théâtre français, mais il est devenu son vers le plus naturel, celui qui s’est prêté le mieux à la tragédie française (et du même coup à la comédie) depuis la Renaissance jusqu’au drame romantique… Le vers manifeste une tension essentielle entre la prose et la poésie, entre la langue et sa fonction poétique. Le vers de théâtre manifestera donc une tension entre les paroles des personnages, qui sont en principe une représentation de la vie humaine, et les formes dramatiques, lyriques, épiques que la poésie entend donner de cette même représentation…L’opposition bien connue entre peindre les hommes « tels qu’ils sont» et les peindre « tels qu’ils devraient être », qui vient d’ Aristote et qui a été appliquée à Corneille et Racine par La Bruyère avec la fortune scolaire qu’on sait, pourrait même être interprétée comme l’équivalent psychologique de cette tension. » (F. Regnault, in Théâtre aujourd’hui n° 2 Dire et représenter la tragédie classique, SCÉRÉN-CNDP, 2007, p. 12-21.)
La Règle des Trois Unités
L’on considère souvent que la règle des trois unités a été établie une fois pour toute par le Stagirite, or dans sa Poétique, il n’évoque que l’unité d’action. Elle a en fait été forgée au cours du XVIème siècle (voir Renaissance/Littérature/Théâtre/France/ Théâtre Savant). Boileau, en tant que critique la formula ainsi dans son Art Poétique de 1674 : « Qu’en un lieu, qu’en un jour, un seul fait accompli tienne jusqu’à la fin le théâtre rempli », synthétisant ainsi l’unité de lieu, de temps et d’action. Elle devint le fondement incontournable de l’écriture dramatique classique.
Au début tragédies et comédies n’ont pas de formes bien définies, leurs long monologues et leurs non moins longues méditations philosophiques ne leur donnaient pas le caractère attractif qu’elle auront au siècle classique. Ce n’est que progressivement que la Poétique d’Aristote, traduite pour la première fois en 1571 servira (plus ou moins) de référence bien que les notions de catharsis et mimesis resteront ignorées.
Aristote a fondé dans sa Poétique les règles de la tragédie à partir des grandes tragédies grecques de Sophocle, Euripide, et Eschyle. Il n’y est nullement question de l’unité de lieu. Il n’y est pas question non plus d’unité de temps. Aristote est soucieux en fait d’une action qui se déroule ‘raisonnablement’ dans le temps, ni trop longue ni trop courte, « d’une certaine étendue, mais que le regard puisse embrasser aisément…les histoires doivent avoir une certaine longueur, mais que la mémoire puisse retenir aisément ». (La Poétique chapitres 7,8 et 23).
Vauquelin de La Fresnay (1536-1607) reviendra sur ces règles dans son Art poétique où l’on peut remarquer la Perfection et le Défaut des Anciennes et des Modernes Poésies, écrit en 1574 mais seulement publié en 1605. Jean de La Taille (1533-40/1611/ 2) transposera ces unités à la représentation elle-même. Au XVIIème siècle, viennent s’ajouter la règle du sérieux et celle de la vraisemblance. L’alexandrin introduit par Jodelle (1532-1573) dans sa Cléopâtre deviendra de rigueur. Quant à l’action, elle sera sujet à controverse. Corneille, par exemple, fera commencer l’action au début de ses tragédies, avec Racine la pièce commence en cours de l’action.
« Au cours de ces années, le soutien s'était accru en faveur d'une nouvelle approche de la tragédie qui visait la «régularité» par le respect de ce qu'on appelait les unités «classiques». Venue d'Italie *, cette doctrine des unités exigeait qu'il y ait unité de temps (strictement, les événements de la pièce devaient se limiter à « la période entre le lever et le coucher du soleil »), de lieu (toute l'action devait se dérouler dans le même locus), et d'action (les intrigues secondaires et le traitement dramatique de plus d'une situation devaient être évités). Tout cela reposait sur une méconnaissance de la Poétique d'Aristote, dans laquelle le philosophe tentait de donner une définition critique de la nature de la tragédie. La nouvelle théorie a été mise en pratique dramatique pour la première fois dans Sophonisbe de Jean Mairet (1634), une tragédie qui a connu un succès considérable » (https://www.britannica.com/biography/ Pierre-Corneille)
* Giangiorgio Trissino (1478-1550), poète et dramaturge né à Vicence, est l’auteur d’une Sophonisbe (Sofonisba), vers 1515 imitée des tragédies grecques. Cette pièce est considérée comme la première tragédie classique italienne. Sofonisba fut une reine numide du IIIème siècle qui choisit la mort plutôt que d’être ramenée captive à Rome par Scipion l’Africain. La pièce, traduite par Mellin de Saint-Gelais a été jouée au Château de Bois en 1556. Par la suite, la pièce a été retraduite et le thème a été plusieurs fois repris notamment par Jean Mairet (1604-1686) qui y introduit la règle des trois unités et par Corneille en 1663.
Lors de sa représentation en 1637, Le Cid ne fut pas appréciée par Richelieu. George Scudéry, frère et co-ateur de Mlle de Scudéry, sauta sur l’occasion pour lancer une cabale contre son auteur tout en étant son ami et prétendit que sa pièce son Amour Tyrannique lui était bien supérieur. Il rédigea pour l’occasion Observations sur Le Cid.
Le poète et esthéticien, Jean Chapelain († 1674 voir Particularisme Nationaux/France/Langage Classique), fin connaisseur de la Poétique d’Aristote sur recommandation de Richelieu dut émettre Les Sentiments de L’Académie Française sur la Tragi-Comédie du Cid. Il établira que la création dramatique doit obéir à des règles garantes de sa qualité en leur régularité, que la fable doit être soumise à la vraisemblance, « la rendant crédible auprès de tout honnête homme », que la fiction doit se limiter à une aire unique et que sa durer doit rester proportionnée à celle de la durée de la représentation et ne jamais excéder 24 heures. Ces canons perdureront jusqu’à la Restauration (1816-1830). Chapelain laissera le soin de développer ce modèle dramatique à La Mesnardière dans sa Poétique de 1639 et à l' abbé d’Aubignac dans La Pratique du Théâtre de 1657 (Cf. Michel Corvin Dictionnaire Encyclopédique du Théâtre Bordas 1991). François Hédelin, abbé d’Aubignac (†1676), prédicateur, romancier, dramaturge, poète, théoricien du théâtre, très écouté, eut une forte influence sur les lettres françaises du siècle.
La Comédie-Française
Appelée parfois La Maison de Molière, la Comédie-Française est fondée par une lettre de cachet du roi datée du 21 octobre 1680. Les Comédiens de l’Hôtel de Bourgogne et de l’Hôtel Guénégaud reçoivent ordre de faire jonction. Leur salle est sise rue du Faubourg-Saint Germain qui deviendra le Théâtre de La Nation. Bien que pensionnés, ils sont redevables des dettes engagées par la troupe, mais ils se partagent aussi les recettes. Ils ont charge de l’entretien des bâtiments et de la création de nouveaux et autres travaux.
« Chassés [du Théâtre du Palais Royal, Palais Cardinal], les comédiens de Molière [mort] s’associèrent avec une partie de la troupe du Marais, et s’installèrent, en mai 1673, dans la salle du Jeu de Paume de la Bouteille. La fusion des deux troupes en 1680 à l’initiative de Louis XIV, devait donner naissance à la première Comédie-Française, la salle prenant le nom de Théâtre de Guénégaud » (Jean-Claude Brenac https://operabaroque.fr/academie-royale-de-musique.htm).
Dans les six coups du ‘brigadier’ qui précèdent le lever de rideau, trois sont pour Guénégaud, trois sont pour Bourgogne. Les comédiens ont monopole sur toute la production théâtrale française aux dépend des Italiens. En 1791, la proclamation de la liberté des théâtres abolira se privilège. En 1850, par décret, la gestion de la Comédie-Française est confiée à un administrateur qui a charge de nommer les pensionnaires et de distribuer les rôles. Des décrets dans la seconde moitié du XXème siècle vont préciser le fonctionnement de cette institution, la plus ancienne et la plus prestigieuse du théâtre français, à la fois service public, société privée et entreprise commerciale.
En 1697, les comédiens italiens seront chassés de Paris.
La Comédie Héroïque
« Genre intermédiaire entre la tragédie et la comédie, parfois difficile à distinguer de la tragi-comédie, la comédie héroïque met aux prises des personnages de haut rang dans une action amoureuse au dénouement heureux, puisqu'« on n'y voit naître aucun péril par qui nous puissions être portés à la pitié ou à la crainte » (Corneille, Préface de Don Sanche d'Aragon, 1649). Importée de la comedia espagnole par Rotrou, la comédie héroïque devint un genre nouveau en France avec Corneille et en Angleterre avec Dryden (The Conquest of Granada, 1669). L'héroïque, dans la comédie, se manifeste par des personnages de haut rang, un ton et un style élevés, la noblesse des sentiments et des actions, un certain exotisme des lieux et des personnages. » (Encyclopédie Larousse)
La Comédie- Italienne
Voir aussi Théâtre/Italie
En 1577, Catherine de Médicis, sous le règne de son fils Henri III, fait venir d’Italie, la troupe des Gelosi, Les Jaloux, (jaloux « d’atteindre la vertu, la gloire, et l’honneur » selon leur devise). Troupe qui rencontre un très grand succès. Le Parlement estimant que leur spectacle de Commedia dell’arte (voir plus amplement Bas Moyen-Âge/ Théâtre) donnent à voir et à entendre trop de choses obscènes et paillardes en interdit aussi la représentation. Pour bref que fut le passage de cette troupe dans laquelle les femmes sont admises comme comédiennes au même titre que les hommes (Isabella, Colombine), il n’en a pas moins pour autant marqué de manière irréversible le théâtre français. Cette troupe fut active de 1569 à 1604. La Commedia dell’arte a également marqué de son empreinte tous les pays d’Europe où elle a donné des spectacles.
La Commedia dell’arte, comédie populaire, comédie de l’art (d’improviser), comédie de rue (à l’origine) va recueillir au XVIIème siècle auprès du public toujours autant de succès qu’au siècle précédent en France comme en Italie et ailleurs. Mais c’est maintenant dans des salles de théâtre comme celle de la grande salle du Théâtre du Petit Bourbon (rive droite, à ne pas confondre avec l’actuel Palais Bourbon, 18ième s., rive gauche), survivance du Grand Hôtel de Bourbon, réservée aux représentations et cérémonies, que le ‘père’ de Sganarelle qui, s’inspirant largement de ce genre pour ses comédies, joue avec les Béjart, pendant deux ans, en alternance avec la troupe de Tiberio Fiorilli, père de Scaramouche.
Tiberio Fiorilli, dit Scaramouche et sa troupe de comédiens italiens représentants en France de la Commedia dell’arte partagèrent le Théâtre du Palais Royal avec son ami Molière.
« Installée à l’Hôtel de Bourgogne de Paris en 1680, année de la naissance de la Comédie-Française, la Comédie-Italienne joue avec beaucoup de succès un répertoire qui va de plus en plus se transformant, grâce à la collaboration, à partir des années 1690, de nombreux auteurs français1. Nommés « comédiens italiens du roi », les acteurs italiens obtiennent immédiatement une reconnaissance officielle, avec une pension supérieure à celle des comédiens français, et ensuite, en 1684, avec le Règlement de Madame la Dauphine d’Anne Marie Christine de Bavière. Les comédies jouées entre 1682 et 1697 seront ensuite publiées dans le recueil le Théâtre Italien par Evaristo Gherardi (†1700), dernier Arlequin de la troupe. » (https://www.fabula.org/colloques/document5820.php)
Le Théâtre Italien désigne le répertoires des pièces jouées en italien. En 1680 pour le distinguer de la Comédie Française, il sera désigné sous le nom de Comédie Italienne. Ses troupes dont les premières étaient de la Comedia dell’Arte, se succédèrent en France.
En décembre 1645 La finta pazza (La Folle supposée), une «comédie lyrique, ou pièce avec musique et machines » de Francesco Sacrati (1605-1650), compositeur très renommé alors en Italie et auquel le fameux scénographe Giacomo Torelli (1608-1678) apporta tout son art du décor et sa science des machineries, « fut jouée à Paris, dans la salle du Petit-Bourbon, par la troupe de Giuseppe Bianchi, que Mazarin avait fait venir en 1639 pour l’amusement du roi. La Festa teatrale dell’Finta Pazza fut représentée avec les décors et les machines de Giacomo Torelli, venu à Paris à la fin de 1644, et furent également donnés des intermèdes dansés (Balletti d’invenzione nella Finta pazza) de Giovanni Battista Balbi » (https://operabaroque.fr/Sacrati_Pazza.htm). La finta pazza est considéré comme le premier opéra joué en France
La Comédie de Cape et d’Épée
Ce genre est une reprise en France de la Comedia de Capa y Espada ( voir Théâtre/ Espagne). Il est souvent associé à la comédie d’intrigue, à, la comédie de caractère, la comédie historique et à la comédie bouffonne. Elle met en scène des chevaliers comme Don Juan ou Don Diego. Et se résume à des duels à l’épée, l’amant qui se cache, la dame qui s’abrite…
Au milieu du siècle, le public éprouva littéralement un grand engouement pour ce genre. Ces auteurs sont fidèles au genre que les grands auteurs espagnols comme Lope de Vega, Tirso de Molina, Quevedo ont illustré. On pourrait comparer ce genre à nos films contemporains de cap et d’épée : Fanfan la Tulipe, Pardaillan, les Trois Mousquetaires, Le Bossu …
Ses meilleurs représentants en France sont d'Ouville, le premier à l’introduire (L'Esprit folet, La Dame suivante, Scarron (Jodelet ou le Valet maître, Le Gardien de soy-mesme), Thomas Corneille (L'Amour à la mode, Le Geolier de soy-mesme), Boisrobert (La Jalouse d'elle mesme, La Folle Gageure)..
Les Salles
Les salles ouvertes au XVIème siècles resteront en activité au XVIIème au cours duquel de nouvelles salles comme le Théâtre du Marais, seront ouvertes.
Avant la fin du XVIème siècle, Paris possédait deux salles de théâtre, le Théâtre du Petit-Bourbon et l’Hôtel de Bourgogne
auxquelles est venu s’ajoutée à la fin du siècle une troisième, l’Hôtel d’Argent.
Les représentations ont lieu en fin d’après-midi. Beaucoup se déroulent encore en plein air. Tout le monde est debout, soit dans le parterre (d’où son nom) soit dans les loges. Les nobles sont assis sur le côté face au parterre et non à la scène. Les premières chaises n’apparaitront qu’en 1782. Certains riches spectateurs ont des fauteuils sur la scène, mais c’est moins pour voir que pour être vus. La salle est éclairée avec des bougies, sur les lustres et sur la scène. Toutes les vingt minutes environ, il faut moucher les bougies, c’est-à-dire enlever la partie de la mèche brûlée : c’est l’origine de la durée des actes, même si la division d’une pièce en plusieurs parties date de l’Antiquité.
L’Hôtel du Petit-Bourbon
Le Théâtre du Petit-Bourbon était l’aile restante du Palais Bourbon (Hôtel du Petit-Bourbon) qui était situé en avant de la façade ouest du Louvre (église St Germain l’Auxerrois) avant qu’il ne soit confisqué en 1523 par François 1er au connétable Charles III Duc de Bourbon ( après de bon et loyaux services, déçu, le duc avait changé de camps et s’était rallié à Charles-Quin). Par ordre royal, il fut en grande partie détruit en 1525. Cette aile restante (avec la chapelle), en fait une immense galerie appelée la ‘Grande Salle’, était utilisée pour les fêtes royales et les Ballets de Cour.
En 1572 la reine Margot et le futur Henri IV s’y marièrent. S’y déroulaient aussi les représentations des comédiens du roi d’où son autre nom de Théâtre du Petit-Bourbon. Molière installé définitivement avec sa troupe à Paris en 1658, après 12 ans d’itinérance en province, y donne cette année-là deux pièces L'Étourdi ou Les Contretemps et Le Dépit amoureux qui lassent un peu le roi ; il présente alors Le Docteur Amoureux, ravi le roi lui confie la salle. Il présentera l’année suivante Les Précieuses Ridicules qui connut avec le jeu du comique Jodelet succès triomphal. La salle était partagée, en alternance des jours avec la troupe italienne de la Commedia dell’arte. Mais le théâtre sera fermé l’année suivante, en 1660 pour construire à sa place la colonnade du Louvre. Les comédiens allèrent jouer au Théâtre du Palais Royal.
L’Hôtel de Bourgogne
L’autre salle, l’Hôtel de Bourgogne était plus grande. Situé entre la Seine et les actuels ‘Grand Boulevards’ (2ème arr.), Cet hôtel, ancien Hôtel d’Artois construit par Robert II Comte d’Artois († 1302 Bataille de Courtrai), fut agrandit en 1369 (mariage de la Comtesse d’Artois à Philippe Le Hardi) pour devenir comme son nom l’indique, la résidence de Ducs de Bourgogne du XIVème au XVIème siècles, à commencer par Philippe le Hardi (†1404), frère du roi Charles V (†1380). Il n’en reste que sa célèbre Tour Jean-Sans-Peur, rue Étienne Marcel (Paris centre), construite au début du XVe siècle et adossée sur le rempart de Philippe Auguste.
En 1548, François 1er vend les hôtels de Bourgogne, de Flandres et d’Étampes. L’Hôtel de Bourgogne est transformé en salle de spectacle et la Confrérie de la Passion, créée par des commerçants, et des artisans de Paris au tout début du XVème siècle, avec l’aval du roi Charles VI (1380-1422) s’y installe. La confrérie s’est spécialisée dans la représentation du Mystère de la Passion (voir Moyen-âge/Théâtre). Elle sera dissoute en 1676.
Le lieu n’est pas assez grand pour donner à voir des Mystères. De plus, le Parlement, estimant que cette confrérie n’a pas la compétence pour jouer de tels spectacles sacrés en interdit la manifestation. Elle va donc s’associer à une autre confrérie, les Enfants-Sans-Soucis qui, elle, jouait des farces (à cette époque la farce est intégrée aux Mystères), des Soties (plus irrévérencieuses que les farces) et autres Moralités. Les Enfants-Sans-Soucis et La Basoche (corporation d'étudiants et d’hommes de lois résidant au Palais royal de l'île de la Cité, actuel Palais de justice) continueront à représenter des farces et des soties et la salle restera ainsi active en accueillant des troupes venues de l’extérieur et ne fermera ses portes que peu de temps avant la Révolution.
Le Bateleur Gros-Guillaume après avoir fait partie de la troupe des Enfants-sans-Soucis en 1598, alla jouer à l’Hôtel d’Argent avant de rentrer à l’Hôtel de Bourgogne en 1610. L’acteur Pierre Le Messier dit Bellerose (1592-1670) fut son second avant de lui succéder en 1630. Il louera cette salle pour une durée indéterminée «offrant enfin à Paris sa première troupe installée de façon permanente » (Wikipédia/Corneille). Bellerose passait pour un acteur médiocre mais rempli d’initiatives quant à la gestion de son théâtre, toujours en bisbille avec les troupes concurrentes, toujours cherchant à les désorganiser et/ou à faire venir chez lui de leurs comédiens.
En 1642, Richelieu veut donner plus d’éclats à ‘son ‘ théâtre qui regroupe les Grands Comédiens. Il libère plusieurs comédiens du Marais dont Floridor qui succèdera à Bellerose en 1647. Le répertoire doit lui aussi être à la hauteur d’un théâtre royal. A côtés farces et soties d’un Gautier-Garguille, d’un Turlupin toujours représentées , il s’enrichit des de tragédies, celle de Corneille et d’Alexandre Hardy, de Jean Rotrou , plus tard de Jean Racine.
En Louis XIV décide que ordonne les troupes de l’Hôtel de Bourgogne et celle du Théâtre de Guénégaud ne constitue qu’une seule et même troupe. A partir de 1673, les comédiens et comédiennes de l’Illustre Théâtre dirigés par Molières et du Guénégaud ne formai déjà qu’une seule troupe. De la jonction de cette dernière avec celle du Bourgogne nait ainsi la Comédie-Française, dont les représentations seront donnée à l'Hôtel de Guénégaud situé à l’emplacement de l’ancien jeu de paume de La Bouteille, angle des rues Jacques Callot-Mazarine (6ème arr).
L’Hôtel d’Argent
Le Petit Bourbon était réservé aux représentations des comédiens royaux et l’Hôtel de Bourgogne était le monopole de certaines troupes et de plus
« Le 28 avril 1599, le Châtelet de Paris réaffirme la défense de jouer ailleurs qu’au théâtre de l’Hôtel de Bourgogne. Défense également aux bourgeois de louer leur maison à des comédiens. C’est alors qu’une troupe venue à Paris pour la foire Saint Germain voulut s’installer en ville. Menée par les frères Parfait, elle se serait installée dans un théâtre qu’elle aurait fait construire dans le Marais, dans une maison appelée « Hôtel d’Argent ». Pour pouvoir jouer, la troupe s’acquittait d’un écu tournois (environ 211€) pour chaque spectacle auprès des Confrères de la Passion, régisseurs de l’Hôtel de Bourgogne. Toutefois, difficile de vérifier la véracité de cette première histoire. En effet, peu d’écrits l’attestent. En outre, difficile d’imaginer que les Confrères de la Passion se seraient laissés faire comme cela et laisser développer une concurrence… Où se situait l’Hôtel d’Argent ? Là aussi, les sources divergent. En effet, certains expliquaient qu’il se situait rue de la Poterie près de la Grève, ancêtre du parvis de l’Hôtel de Ville actuel. D’autres le voyaient plutôt vers les rues de la Verrerie et de la Poterie [du côté du BHV actuel] ». (https://www.histoires-de-paris.fr/theatre-marais/. Sources : Rigal, Eugène (1856-1920). Esquisse d’une histoire des théâtres de Paris, de 1548 à 1635. 1887).
Le Théâtre du Marais
La troupe brillante qui appartient au Prince d’Orange, dont Charles Le Noir (†1637), membre de Troupe Royale de l'Hôtel de Bourgogne de 1634 à 1637 est l’acteur-directeur et dont le principal acteur est le célèbre Montdory ( Guillaume Desgilberts 1593-1653) se déplace de tripots en salles de jeu de Paume, bravant le monopole de l’Hôtel de Bourgogne. En 1629, la troupe passant par Rouen, Montdory se voit remettre par un jeune avocat de 23 ans, une comédie en 5 actes Mélite. Montdory comprend tout de suite qu’il a devant lui un futur grand dramaturge. Il aurait représentée tout de suite la pièce et à nouveau à Paris l’année suivante (https://www.britannica.com/ biography/Pierre-Corneille) ou bien « il emporte la pièce à Paris et la crée sur la scène du Jeu de Paume Berthault dans le Marais (Danielle Mathieu-Bouillon voir ci-après) Ce ne semble pas être cette pièce qui sera jouée à L’Hôtel de Bourgogne mais la deuxième comédie du jeune avocat de Rouen, Clitandre en 1631
En 1632, la troupe s’installe au jeu de Paume de la Fontaine, rue Michel-le-Comte et joue en 1633 une comédie de Corneille la Veuve et la comédie Le Trompeur Puni, comédie de Georges de Scudéry. Suivront de Corneille toujours pour Montdory les comédies La Veuve et La Galerie du Palais données en 1633 à La Fontaine. La Suivante et La Place Royale auraient été représentées à l’Hôtel de Bourgogne en 1634, année où Montdory ouvre le Théâtre du Marais…? Représentées donc entre l’incendie du jeu de Paume de La Fontaine et l’ouverture du Marais ?
La troupe se voit interdite de représentation sur nouvelle plainte d’habitants du quartier du Grenier-Saint, toujours dans le Marais, qui estiment que les rues sont trop dangereuses pour pouvoir supporter la venue de spectateurs. Cette fois-là, le Parlement ne les délogea pas. Montdory a la protection de Richelieu. Fort de ce jugement, la troupe resta et jouera jusqu’en 1634, profitant d’un bail donné par des particuliers. En 1634, le jeu de paume de la Fontaine est ravagé par un incendie et Montdory loue rue Vieille-du-Temple le jeu de paume du Marais, troupe prenant la place de la troupe des Petits Comédiens du Marais. En fait, la troupe ne s’était déplacée que de quelques mètres par rapport à Berthault pour aller jouer dans ce jeu de paume du Marais sis n° 90 de l’actuelle rue Vielle du Temple.
Le Jeu de Paume du Marais devient le Théâtre du Marais. Ses acteurs constituent ainsi la deuxième troupe permanente de Paris après celle de Bellerose à l’Hôtel de Bourgogne créée en 1630 ; viendra en troisième celle de l’Illustre Théâtre de Molière-Béjart créée en 1643 au Jeu de Paume des Métayers au n°12 de l’actuelle Rue Mazarine. Ils seront appelés les « petits comédiens » par opposition aux « grands comédiens » de l’Hôtel de Bourgogne. En 1637, la troupe du Théâtre du Marais connait un immense succès avec la mise en scène du Cid de Corneille. Elle jouera désormais les grandes œuvres du dramaturge.
« Le 15 janvier 1644, un incendie détruit le jeu de Paume du Marais qui est transformé en Théâtre à la Française : un carré long, dans lequel, une scène peu profonde et un parterre à l'usage du public debout, est cerné par une galerie sur laquelle des loges permettent à la belle société assise d'éviter toute gênante promiscuité. L'ensemble sera bientôt équipé de machines qui orchestreront de savants changements de décors. Rouverte en octobre, cette nouvelle salle permit alors d’intégrer des décors de plus en plus somptueux. Nous sommes dans un tournant du théâtre à cette date. En effet, fini le décor austère du théâtre de la Renaissance. Il devient alors éclatant, et changeant pour les besoins des mises en scène »(citation et pour cette section :Danielle Mathieu-Bouillonhttp://www.regietheatrale.com/index/index/thematiques/histdestheatres/3-17eme1.html).
1659, Le théâtre ferme. Son acteur le plus connu, Jodelet († 1660), entre dans la Troupe du Roy, dirigée par Molière, pour interpréter dans Les Précieuses Ridicules, le rôle du Vicomte Jodelet
Théâtre du Palais Royal
En 1637, Richelieu pour briser le monopole de l’Hôtel de Bourgogne fait ériger un théâtre dans l’aile Est du Palais Royal (le Palais Cardinal qu’il s’est fait construire rue St Honoré en 1628). Il l’offrira à Louis XIII en 1636 et deviendra la résidence d’Anne d’Autriche, épouse de ce dernier. A la fin du siècle, il passera à la branche des Orléans.
Les premières représentations débutent en 1641 avec une tragi-comédie du poète et dramaturge Jean Desmarets (1595-1676) de Saint Sorlin, Mirame. Molière et sa troupe viendront y jouer de 1662 à 1673, année de la mort de Jean-Baptiste Poquelin. Tiberio Fiorilli, dit Scaramouche, et sa troupe de comédiens italiens représentants en France de la Comedia dell’arte partagèrent le théâtre avec son ami Molière. (voir ci-après Le Théâtre Italien).
Le théâtre fut détruit par un incendie cette même année et reconstruit dès 1674. Il sera de nouveau détruit par le feu en 1781 et jamais reconstruit.
« Chassés, les comédiens de Molière [mort] s’associèrent avec une partie de la troupe du Marais, et s’installèrent, en mai 1673, dans la salle du Jeu de Paume de la Bouteille. La fusion des deux troupes en 1680 à l’initiative de Louis XIV, devait donner naissance à la première Comédie-Française, la salle prenant le nom de Théâtre de Guénégaud » (Jean-Claude Brenac https://operabaroque.fr/academie-royale-de-musique.htm).
En 1674, à sa réouverture, Lully inaugurer la nouvelle salle occupant du théâtre du Palais-Royal avec qa première tragédie-lyrique que d’aucuns considèrent comme un des premiers opéra français avec Pomone de Perrin, Cadmus et Hermione. Cette salle deviendra le siège définitif de l’opéra.
L'Académie Royale de Danse avait été fondée en 1661 à l'initiative du Roi Soleil, excellent danseur.
Hôtel Guénégaud ou Salle de la Bouteille
En 1669, Louis XIV délivra au compositeur Pierre Perrin, poète lyonnais, les lettres patentes autorisant de manière officielle la création de l’opéra français. En 167o, le Lieutenant de Police de Paris La Reynie pour qui Louis XIV venait de créer le poste pour que soit créée la première police française, donna l’ordre d’interdire que soit joué à la salle du Jeu de Paume du Béquet ou de Bel-air, sise rue de Vaugirard, la pastorale Pomone (nymphe des jardins), livret de Perrin et musique de Robert Cambert (voir Musique/France). Perrin alla la représenter en 1671 à la Salle de La Bouteille ou Salle du Jeu de Paume de la Bouteille sise rue des Fossés de Nesles, aujourd’hui au 42 rue Mazarine. L’Illustre Théâtre de Molière-Béjart s’était installé en 1643 au Jeu de Paume des Métayers au n°12 de l’actuelle Rue Mazarine. Le succès de Pomone que l’on considère être la première œuvre opérique française fut immense. Et en raison de trop de dettes, Perrin fut jeté en prison et le roi le destitua de son privilège et dû vendre son privilège. En 1672, Louis XIV l’octroya à Jean-Baptiste.
Quelque mois plus tard, en 1673, le roi assista à la « première » de Cadmus et Hermione composé par le maitre italien. Première tragédie en musique que d’aucuns considèrent comme le premier opéra français. Le roi, enchanté, met la salle du Palais-Royal à sa disposition. Son Académie de Musique qu’il a créé un an plus tôt en récupérant le privilège de Perrin devient l’Académie Royale de Musique. Lully s’implante à la place des comédiens de Molière qui y jouaient depuis 1662 et qui en sont chassés.
Molière mort, des comédiens la troupe de Molière et du Théâtre du Marais s’installe à la Salle de la Bouteille qui devient le siège du Théâtre de Guénégaud.
« En 1680, après avoir fusionné avec la troupe de l'Hôtel de Bourgogne, sur ordre du roi, la compagnie prend le nom de Comédie-Française et continue à se produire dans le Guénégaud jusqu'en 1689. En 1687, les Comédiens Français sont chassés de leur théâtre et sont mis dans l’impossibilité de s’installer où que ce soient par le fait des curés et des nobles qui veulent satisfaire à l'austérité morale imposée par Madame de Maintenon, mais aussi parce que les doctes Sorbonnards vont venir s’installer au nouveau Collège des Quatre-Nations. Situé en bordure de Seine, sa façade ouest dont l’ensemble des travaux va s’achever en 1688, sera la (bibliothèque) Mazarine. » (Pierre Dux raconte l’Histoire de La Comédie Française).
Après huit mois de recherche, les comédiens de Molière vont faire l’acquisition du jeu de paume de l’Étoile et de deux immeubles attenants, situés plus au sud de la Seine, dans la rue des Fossés Saint-Germain-des-Prés, l’actuelle rue de l’Ancienne Comédie. En 1689, la Comédie Française rouvre ses portes dans le nouvel hôtel conçu par d’Orbay, hôtel qui prendra le nom en 1770 d’Hôtel des Comédiens Ordinaires du Roi. Plus d’un jeu de paume a été investi et aménagé en théâtre dans la seconde partie du siècle par les troupes cherchant où se produire.
Le Théâtre de La Foire
« Ce théâtre est issu d'une tradition beaucoup plus ancienne, qui remonte au début du XIIème siècle, que constitue la Foire Saint-Germain. Il y a aussi la Foire Saint-Laurent, plus récente, qui date du milieu du XIVème siècle, et qui est aussi le lieu de représentations. L'alternance des deux foires est particulièrement propice au développement populaire de ce théâtre. L'une a lieu au printemps (Saint-Germain), et l'autre en été (Saint-Laurent), et duraient deux mois chacune. Les spectacles à la fin du XVIIème siècle, étaient des comédies, mêlant avec ingéniosité différentes activités du spectacle: marionnettes, danseurs de corde... » (https://classik.forumactif.com/t3982-l-opera-francais-et-italien-au-xviieme-xviiieme-siecle).
Au XVIIIème siècle, Le Théâtre de la Foire désignera les spectacles de genre Opéra-Comique, donnés dans ses foires annuelles de Saint Germain (des Près) en hiver, et de Saint Laurent dans l'enclos Saint Laurent bordé par les rues parallèles de St Denis et De St Martin. Pour la foire de Saint Germain, Rameau qui ne sera jamais représenté à l’Opéra écrira L’Endriague (1723), Les Sauvages (1725), L'Enrôlement d'Arlequin et La Robe de Dissension (1726) toujours sur des livrets de Piron.
Le Théâtre des Tuileries
La Salle des Machines ou Théâtre des Tuilerie est bâtie en 1660 au Palais des Tuileries, lui -même bâti en 1564 à l’initiative de Catherine de Médicis sur l’emplacement d’anciennes tuileries, entre les actuels Pavillon de Flore et Pavillon de Marsan. Le palais et la salle seront entièrement incendiés et explosés (barils de poudre) en 1871 pendant la Commune. Les expression ‘côté jardin ‘ et côté ‘cour’ qui désignent les deux côtés (entrées et sorties) d’une scène font référence au palais des tuilerie pour le côté jardin et au palais du Louvre pour le côté cour. Pour s’en souvenir, le moyen mnémotechnique est de se souvenir face à la scène du J et du C de Jésus-Christ.
La salle construite par l’architecte du roi Louis Le Vau (Châteaux de Vau-Le-Vicomte et Versailles) doit son nom à l’ensemble de la machinerie très complexe mise au point par son architecte de la salle Gaspare Vigarani (1588-1663) et son fils. Tout un système de trappes et de poulies permettaient les changements de décors à vue et surtout l’apparition du deus ex machina. Au grand ravissement du public, notamment lors de la représentation des ballets-de-cour.
A l’occasion du mariage de Louis XIV et de l’infante Anne d’Autriche en 1660, la salle est inaugurée avec le dramma per musica Xerse du compositeur Francesco Cavalli (1602-1676), auquel fut ajouté des ballets de son rival Jean-Baptiste Lully. En 1662 y est donné Ercole Amante qui n’avait pu être représenté pour le mariage. En suite, la salle n’eut à recevoir que très peu de représentations du fait que le Roi Soleil avait porté dès 1661 son dévolu sur le pavillon de chasse de son père dont il entreprenait alors la métamorphose. Elle ne fut utilisée par la suite que de manière épisodique dans des circonstances variées et subissant maintes transformations.
Les Comédien(ne)s
Le Statut de Comédien
Au XVIIème siècle, dans l’Europe chrétienne, les comédiens et comédiennes ont mauvaise réputation. Ils sont considérés comme des personnes immorales à cause de leur mode de vie, vie itinérante et communautaire. Cette mauvaise réputation tient à l’excommunication que l’Église fait peser sur eux. Malgré une déclaration de Louis XIII en 1641, à l'initiative de Richelieu, qui levait l'infamie pesant sur les comédiens, l’Église continue, dans de nombreuses villes, petites ou grandes, de s'opposer aux représentations théâtrales.
Font exception les comédiens des troupes protégées par un grand seigneur, un duc, un prince, et bien sûr le roi qui leur attribue des salles (Palais-Royal, Petit Bourbon…). Les comédiens royaux, souvent issus de la bourgeoisie, ont reçu une éducation et sont cultivés. Ils se marient et baptisent leurs enfants. « Il n’empêche que, pour être enterré religieusement, il faut avoir renoncé à sa profession, quitte à ce que ce soit dans les derniers instants ». (citations et pour cette partie http://blog.ac-versailles.fr/ interviewimaginairemondemoliere/index.php/post/07/02/2018/Les-comédiens -au-XVIIème-siècle).
Ils sont pour la plupart pauvres car ils ne sont pas rémunérés, les recettes passaient dans la gestion de la troupe ( location de salles, costumes, nourriture, déplacements…). Ils se partagent le surplus quand il y en a un, y compris ‘le poète à gage’, autrement dit l’auteur. Leur sort va s’améliorer au cours du siècle grâce au développement des représentations mais grâce à Richelieu, qui, féru de théâtre, a créé le groupe des ‘Cinq Auteurs’ qui réunit des dramaturges dont Corneille. Le Cardinal fournissait en personne à ces auteurs l’idée et les grandes lignes des pièces qu’il leur demandait d’écrire (https://www.britannica.com/biography/ Pierre-Corneille).
Louis XIII aura développé un système de pension pour les troupes de l’Hôtel de Bourgogne, du Marais et du Palais-Royal. Pour concurrencer les troupes italiennes et la commedia dell’arte, qui influença beaucoup les comédies de Molière, et plus tard, au XVIIIe siècle, le théâtre de Marivaux, en 1680, Louis XIV fonde la Comédie-Française en ordonnant la fusion des troupes de L »’Hôtel de Bourgogne et du Théâtre de Guénégaud créé lui-même en 1673 à la mort de Molière quand ses comédiens rejoignirent la troupe du Théâtre du Marais.
A savoir que dans ses troupes, les comédiens et comédiennes était classé(e) selon une certaine hiérarchie qui les situaient en fonction de leur ‘part’. Les principaux rôles étaient dévolus aux comédiens et comédiennes qui avaient ‘une part entière’, les rôles les moins importants étaient donnés à ceux et celles qui ne possédaient que ‘un quart de part’, les rôles de second plan étaient distribués à ceux et celles possédant ‘une demie part’.
Farceurs et Bateleurs
A côté des tragédies et des comédies du théâtre savant qui a pour public une élite intellectuelle, à côté des pastorales et tragi-comédies représentées à la cour, Paris avec ses ponts offre sa grande scène aux tréteaux des farceurs et des bateleurs «qui divertissent sur la place publique par leurs tours d’adresse et leurs bouffonneries et invitent la foule à assister aux farces et soties jouées dans les théâtres, et particulièrement à Paris dans les Théâtres de La Foire qui se tenaient lors des très anciennes foires de St Germain et Saint Laurent ». Foires qui trouvent leurs origines au XIIIème siècle et XIVème siècles, et dont au XVIIIème, Rameau, qui n’a jamais été joué par l’Opéra de Paris[1], en sera un des plus fidèles participants (voir Âge Classique/ Musique/Rameau). Les bateleurs du XVIème au XVIIème siècles interprètent des personnages truculents dans les ‘Parades’, ces spectacles joués sur des tréteaux devant le théâtre forain pour attirer la foule. Certains, très renommés sur la place de Paris, vécurent à cheval sur les deux siècles.
Gros-Guillaume
Robert Guérin, (dit La Fleur 1554-1634) joua le rôle de Paillasse, le Pagliaccio de la Commedia dell’arte, reconnaissable à ses gros boutons sur sa tunique, « benêt ridicule et grotesque dont la maladresse excessive excite toujours les rires de l’auditoire, et qui reçoit sans cesse de ses compères force horions et coups de pied indiscrets » (Wikipédia). Il était souvent invité par Henri IV à venir jouer au Louvre.
En 1598, il faisait partie de la troupe des Enfants-sans-Soucis, troupe ancienne des ‘Sots’, joyeux bouffons porteurs de grelots qui depuis le Moyen-Âge présentaient sotties, farces et autres moralités. Puis il alla jouer à l’Hôtel d’Argent avant de rentrer à l’Hôtel de Bourgogne en 1610. (voir Théâtre/Introduction).
L’acteur Pierre Le Messier dit Bellerose (1592-1670) fut son second avant de lui succéder en 1630.Bellerose épousa Nicole Gassot, dite Mademoiselle Bellerose (†1679) qui de 1638 à 1660, date à laquelle elle se retira de la scène, fut la Demoiselle (comédienne au théâtre quel que soit son âge) plus renommée du ‘Bourgogne’.
Turlupin
Formé en province, Henry Legrand (1587 ?-1637) jouera vers 1615 le personnage d’un turlupin dont il a tiré son surnom. D’abord sur les tréteaux des Halles et du Pont-Neuf, puis à l’Hôtel de Bourgogne où son nom reste associé à ceux de ses camarades Gaultier Garguille et Gros-Guillaume pour les comédies et à celui de Belleville pour les pièces sérieuses.
« Le nom de Turlupin était déjà courant à cette époque : il désignait à l'origine un personnage souffreteux, que Henri Legrand a transformé en lui ajoutant un caractère fourbe, qui dénote des influences de la comédie italienne. D'autre part, une gravure de Mariette, représentant les trois farceurs de l'hôtel de Bourgogne, nous montre que Turlupin portait un masque voisin de celui de Brighella et un costume hérité du second Zani (le Zani fourbe) [*]. Le personnage créé par Henri Legrand est le plus « italien » des personnages du trio : stupide en apparence, il est fourbe, galant, il aime la bonne chère. C'est l'ancêtre direct du Mascarille [L’Étourdi, Lyon 1655] et du Scapin [Les Fourberies, 1671 Palais royal)] de Molière. » (Encyclopædia Universalis) [* Il portait un chapeau à larges bords, un mantelet, un pantalon rayé, un masque avec moustache et barbe hirsutes et au flanc un sabre de bois.]
Le turlupin désigne aussi un mauvais plaisant, quelqu’un qui fait des blagues de mauvais goût, des turlupinades. Turlupin eut avoir aussi le sens de mauvais comédien et turlupinades de saynètes où se succèdent coq-à-l'âne, calembours et plaisanteries.
Les turlupins étaient « les membres d'une secte qui se répandit au XIVes. en France, en Allemagne et dans les Pays-Bas et qui soutenait qu'on ne doit avoir honte de rien de ce qui est naturel. » (d'apr. Littré). Legrand avait la réputation d’être gentil, d’agréable conversation.
Gaultier-Garguille
Hugues Guéru (1582-1633), normand d’origine, fut surnommé ‘Fléchelles’ (dans les pièces sérieuses), ‘Gaultier-Garguillo’ à Rouen et ‘Gaultier-Garguille’ou ‘Gaultier-Garguif’ à Paris dans les farces. A la fois comédien, poète et chansonnier grivois, il est l’auteur de farces, de facéties (plaisanteries plutôt lourdes accompagnées de beaucoup de gestes et d’autant de paroles) et de chansons. Il a épousé la belle-fille de Tabarin.
Après avoir joué dans les foires (St Germain, St Laurent), il se spécialisa dans le rôle d’un vieillard qu’il jouait à l’Hôtel d’Argent dès 1598 (et non au Théâtre du Marais ouvert en 1634). Il chantait à la fin de son spectacle des chansons grivoises qui firent sa renommée. En 1619, il entre à l’Hôtel de Bourgogne, mais lui et son ami Turlupin en seront chassés par un autre spectacle quelques années plus tard. Ils iront jouer à l’Hôtel d’Argent dans le Marais.
« Maigre, avec de longues jambes fines et un gros visage, il jouait avec un masque à longue barbe pointue. Il portait une calotte noire et plate, des escarpins noirs et des manches de frise rouges, un pourpoint et des chausses de frise noire. Comédien de prédilection de Richelieu et Louis XIII, il fut surnommé ‘la merveille des comédiens de France’ ». (https://tombes-sepultures.com/crbst_312.html)
« Associé à Gros-Guillaume et à Turlupin, il interpréta à l'Hôtel de Bourgogne des farces de son invention. Il a joué également la comédie et la tragédie sous le nom de ‘Fléchelle’[?]». (Encyclopédie Larousse)
« Attaché à l’Hôtel de Bourgogne, il excellait à contrefaire les Gascons et les vieillards dupés : son jeu était d'une bouffonnerie et d'un naturel achevés ». (https://cosmovisions. com/GautierGarguille.htm)
Tabarin
Antoine Girard (1584-1626 dit Tabarin) doit son nom au manteau noué à hauteur des coudes qu’il portait, le ‘tabar’ l’ancien surcot (sur côtes de mailles) avec armoiries que les chevaliers enfilaient sur l’armure. Il haranguait les passants sur le Pont-Neuf ou Place Dauphine à Paris pour leur vendre potions et élixirs. Avec son frère Mondor qui jouait le rôle du maître, ils discutaillaient sur tous les sujets du moment ou sur de grands sujets philosophiques du genre … Pourquoi les chiens lèvent la jambe en pissant ?
L’inventaire universel des œuvres de Tabarin, contenant ses fantaisies, dialogues, paradoxes, farces paraît en 1622.
Mondory
Guillaume Desgilberts dit Mondory ou Montdory (1594-1653), né et mort à Thiers (>Puy-de-Dôme), issu de ma moyenne bourgeoisie, fait des études de droit. Il est placé comme clerc chez un procureur qui, amateur lui-même de théâtre, lui recommande d’aller assister aux représentations des troupes de passage. Le jeune guillaume s’éprend ‘une actrice de la troupe d’un dénommé Le Noir qui, selon certaine source aurait été le directeur de cette troupe qui, appartenant au Prince d’Orange, s’installera plus tard dans le Marais dans une salle de jeu de Paume qui deviendra Le Théâtre du Marais. La plupart des sources mentionnent Mondory comme agissant dès le début comme en tant que directeur de la troupe ?). A-t-il pris la succession de Le Noir et quand ?
Malgré la farouche résistance de la belle, le futur Mondory décide de devenir comédien et s’engage dans la troupe. Le comédien prendra le nom de scène de Mondory qui lui vient d’un parrain, Lecourt de Mondory, petit seigneur du Puy-de Dôme.
La troupe est itinérante comme la plupart des troupes de cette époque à laquelle seule celle de L’Hôtel de Bourgogne joue à résidence. Installée au Marais (voir Les Salles) en 1634, la troupe donn en 1635, Médée de Corneille et l’année suivante L’Illussion (Comique) du même et La Mariane de Tristan L’Hermite. L’année suivante, la représentation du Cid donnera lieu à une polémique sur le fond comme sur la forme de cette tragédie, mais eut l’avantage pour son auteur d’être reconnu. Malheureusement, celui qui passe pour le meilleur acteur français (excellent dans l’interprétation des scènes de folie), est frappé d’une paralysie de la langue. Il est aussitôt remplacé par Philidor qui deviendra tout aussi célèbre. Sa carrière d’acteur finie, il ne survivra que de la pension que lui accorda Richelieu et des rentes versées par des mécènes.
Outre Corneille et Scudéry, Montdory, généralement dans le rôle principal, joua du Tristan L’Hermite par qui il connut de ses plus grand succès.
Floridor
Josias de Soulas, dit Floridor (1608-1671), gentilhomme de petite noblesse, fils de pasteur, entama une carrière militaire avant de se faire comédien, jouant en Province et jusqu’à Londres (selon Georges Mongrédien, La Vie quotidienne des comédiens au temps de Molière). Après être entrée en 1638 dans la troupe de Mondory qui créent les pièces de Corneille au Théâtre du Marais, il est engagé à l’Hôtel de Bourgogne par Bellerose en 1647. Le répertoire de Corneille entre ainsi au ‘Bourgogne’ dont il prendra la direction. Avec Montdory et Molière, il est l’acteur le plus connu du XVIIème siècle, plus complet sans doute que Molière. Madeleine Béjart et Mademoiselle Bellerose étant leurs équivalents féminins quant à la célébrité.
L’acteur Pierre Le Messier dit Bellerose (1592-1670) a été le seconde Grand-Guillaume de lui succéder en 1630. Grand-Guillaume a fait partie de la confrérie des Enfant avant d’aller jouer à l’Hôtel d’Ergent puis à L’Hôtel de Bourgogne en 1610.
Jodelet
Julien Bedeau, dit Jodelet (1586-1660), né à Angers (ou Angers ?) et mort à Paris, joua d’abord dans la troupe de Montdory, mais le quitta en 1634 quand ce dernier ouvrit le Théâtre du Marais. Sur ordre du roi, il alla jouer au théâtre ‘officiel’ (royal), l’Hôtel de Bourgogne. Mais rejoint Mondory en 1642. Employé dans les rôles de valet, son physique disgracieux et sa voix d’éternel enrhumé prêtaient déjà à moquerie. Il trouva sa résilience en créant le personnage du valet vulgaire, antipathique, fouineur, matois, gafeur adapté à son physique. Si personnage si bien campé, que les auteurs écrivirent pour le mettre en scène : Jodelet ou le Maître valet (1645), et Jodelet duelliste (1646), D’Ouville († 1656) écrivit Jodelet astrologue (1646), et Thomas Corneille Jodelet Prince (1655). Pour Les Précieuses Ridicules, Molière arriva à l’’arraché’ en 1659 à Mondory. On ne sait si son visage enfariné dans son rôle du Comte Jodelet, que Molière créa exprès pour lui est une initiative de Jodelet qui datait du Marais ou si c’est Molière qui en décida. Le fait que Mascarille (Molière) justifie ce maquillage par une peu vraisemblable raison : « Ne vous étonnez pas de voir le Vicomte de la sorte : il ne fait que sortir d’une maladie qui lui a rendu le visage pâle comme vous le voyez. » tendrait à montrer que c’est Jodelet qui tint à garde sa face blanchit qui avait dû lui valoir un bon succès au Marias et qui plus est campé un peu plus son personnage. Il portait aussi d’une grande moustache. Son déguisement ne va pas sans faire penser à celui de personnages de la Commedia.
Il meurt l’année suivante à 60 ans. L'Epy ( François Bedeau) était le frère cadet de Jodelet. Lui aussi comédien, il joua au Marais et chez Molière.
Montfleury
Zacharie Jacob de Montfleury, dit Montfleury (1608-1667), né à Château-Gontier en Anjou et mort à Paris, fils d’un comédien et d’une comédienne de la troupe d’Anger, il ‘monte ‘ à Paris et repéré par Richelieu qui devient son protecteur, il entre à L’Hôtel de Bourgogne. Montfleury a été un acteur complet capable de donner dans tous les genres du théâtre.
Il fit sa renommée sur sa voix de Stentor. On dira moqueur qu’il est mort d’un éclat de voix. « « Très gros et possédant une voix tonitruante », Montfleury est mort, « dit la tradition, d'un trop grand effort de voix qu'il a fait dans la tirade de la folie d'Oreste », juste après une représentation d'Andromaque de Racine. (Georges Mongredien, La Vie quotidienne des comédiens au temps de Molière op.cit.). Cyrano l’a dit mauvais.
Michel Baron
Michel Boyon dit Baron (1653- 1729) , né et mort à Paris et le fils d'André Boyron dit Le Baron (1600-1655) et de Jeanne Auzoult dite ‘Mlle Baron’ ou ‘La Baronne’ (1625-1662). Ils appartenaient tout deux à la troupe du Marais. Il perdit son père à deux ans[2] et sa mère à neuf. On le place alors pour cinq ans dans la troupe des petits comédiens du Dauphin que dirige Marguerite Siret, Françoise Pitel de Longchamp (1662-1721), dite ‘La Raisin’ dite aussi Fanchon, petite fille du célèbre acteur Turlupin Elle donna à la Comédie-Française une farce, Le Voleur ou Titapapouf. Son marie, le dit Raisin, originaire de Troie était l’inventeur d’une épinette avec laquelle il fit fortune.
Selon le sieur de Grimares qui écrivit la première biographie de Molière (1706) à laquelle participèrent grandement Baron Esprit-Madeleine Poquelin, fille de Molière et d’Armande, la troupe donna en 1666 une représentation au Palais-Royal, la salle dont Molière était le directeur. Il remarqua le jeune Baron alors à peine âgé de 12 ans et obtint l’autorisation du roi de l’intégrer à sa troupe. Il créa pour lui dans Mélicerte, le rôle d’un jeune adolescent de 12 ans d’une grande beauté admiré des nymphes, Myrtil. Mais d’autres sources indique qu’il n’entra dans la Troupe du Roi du Palais Royal (de Molière) qu’en 1670. Entre temps, il intégra la troupe itinérante du Duc de Savoie, petit-fils d’Henry IV par sa mère.
Entrée chez Molière, alors qu’il n’a que 156 ans, de façon exceptionnelle, une ‘part entière’ lui est attribuée, celle des rôles principaux. Il tint alors parmi les premiers rôles. A en croire Grimares, il aurait assisté Molière dans ses derniers instants à sa mort en février 1673, l’aurait annoncé le lendemain au roi et une semaine plus tard incarné l’Alceste du Misanthrope au Palais-Royal.
Avec d’autres comédiens, il rejoint la Troupe royale de l'hôtel de Bourgogne. Une autre partie de la troupe rejoindra celle du Marias avec qui elle ouvrira le Théâtre de Guénégaud. En 1680, selon la volonté de Louis XIV, l’ensemble de ces troupes seront réunis pour constituer la Comédie- Française.
En 1673/75, à 22 ans, il épouse Charlotte Le Noir, âgée de 14 ans qui, entrée dans la troupe en 1673, reste connue comme comédienne sous le nom de Mlle Baron (seconde du nom). Leur fils aîné Étienne-Michel entrera à la comédie Française en 1695 à l’âge de 19 ans sous le nom de ‘Baron fils.’
En 1685, La Comédie -Française donne de lui une pièce en vers Le Rendez-vous des Thuilleries ou le Coquet trompé (musique de M6A Charpentier). Cinq autres suivront en prose ou en vers qui étaient encore représentés au XIXème siècle. A l’apogée de sa carrière, Baron est reconnu comme le meilleur acteur de sa génération pouvant interpréter tous les registres.
En 1691, il se retire du théâtre avec la pension devenue habituelle de 1000 livres auxquels viennent s’ajouter une rente royale de 1500libres. Mais, il a déjà amassé une belle fortune qui lui a permis d’acheter un hôtel particulier pour 23000 livres (dans le 5èm*me arr.). Les historiens avancent plusieurs raison à ce départ dont une serait la menace du parti des dévots, fort influent surtout depuis 1682 (installation définitive du roi à Versailles, mariage secret avec Mme de Maintenon). En tout état de cause, la Princesse Palatine, belle-sœur du roi écrira dans une de ses lettres : « le gars [ de Kerl] jouait prodigieusement bien. Il s'appelle Baron. Si je n'avais pas craint de me mettre à dos les dévots, je lui aurais persuadé de rester. »
La princesse ne lâchera pas le morceau et grâce à elle, et en 1720, Baron remonte s sur les planches pour interpréter devant le Régent Cinna dans la pièce éponyme . Ainsi jusqu’à la fin de sa vie, neuf ans plus tard, il interprètera les premiers rôles dans les tragédies et comédies de Rotrou (1609-1650), Corneille, Molière, Racine et dans les premières représentations des auteurs de la nouvelle génération, Crébillon père, Marivaux et même Voltaire (Mariamne tragédie en 5 actes 1724).
Il meurt à l’âge de 76 ans alors qu’il s’apprêtait à tenir le premier rôle dans une pièce de Rotrou.
« L'éditeur des Mémoires du marquis d’Argens, reprenant des passages de La Fameuse Comédienne, relaie ces insinuations dans une note consacrée à Baron : “Molière, fatigué des tourmens de jalousie que la Guérin lui donnait, résolut de donner des soins à Baron, qui était jeune et beau. Il le tenait chez lui comme son enfant, et cultivait en lui les dispositions qu’il y remarquait à devenir bon comédien. “… Il fut un élève de Molière et “son amant passionné” (Wikipédia).
Selon A; Coppin, Molière traita le jeune Baron comme un père traite un enfant, le nourrit, le logea et le vêtit, ce dont le jeune enfant lui en fut reconnaissant toute sa vie.
Les Comédiennes
Contrairement à une idée reçue, les femmes, dès le dernier quart du XVIème siècle pouvaient monter sur scène, et ce grâce à deux femmes, Catherine de Médicis et la reine Christine de Suède. Mais déjà, auparavant, Anne de Bretagne († 1514), épouse de Charles VIII, en avait la possibilité à Lucresse, une danseuse florentine.
En 1577, Marie de Médicis fait venir la troupe des’ Gelosi’ (les jaloux) qui donne au théâtre de l'Hôtel du Petit-Bourbon des représentations de la commedia dell'arte dans lesquelles les personnages féminins comme Colombine et Isabella sont tenus par des femmes. La poétesse et comédienne Isabella Canali (1562-1604) a d’ailleurs pu être la directrice de la troupe qui est venue à Paris en 1604. A 16 ans, en 1578, elle a épousé Francisco Andreini, qui tenait le rôle du ‘Capitan’ (le ‘Matamore’) et est entrée dans la troupe où elle a interprété le rôle de l’ ‘Amoureuse’ à qui elle a donné son nom. Ses scènes de folie lui attirèrent un grand succès. Poétesse, elle a écrit des sonnets.
Les actes notariés et les contrats permettent de connaitre par leur unions, les noms et adresses des comédiens et comédiennes. Par exemple, on sait qu’en 1600, Innocente Gargante, était une comédienne italienne, logeant rue Pavée ; en 1603, sa troupe, dirigée par Angela Maloni jouait à l'hôtel de Bourgogne ; en 1610, un comédien dénonça le contrat qu’il avait passé avec le deux directrices d’une troupe, Rachel Trepeau et de Marie Venièr ; Marguerite Dugay était une autre directrice de troupe. (cf https://francearchives.gouv.fr/fr/ article/ 87249788)
Mademoiselle Des Œillets
Alix Faviot dite Mademoiselle Des Œillets (1650-1670), né et morte à Paris interpréta les tragédies de Pierre Corneille et Jena Racine.
Mlle de Brie
Catherine Leclerc du Rozet, dite Mlle de Brie ( 1630-1706), née et morte à Paris, est la file de Claude <Leclerc du Rozet, comédien de la Troupe du Grand Monsieur. Elle épouse n 1650 d’Edme Villequin dit De Brie (1607-16765). Le couple intègre à Lyon la troupe de Molière dans laquelle Du Parc fera toute sa carrière.
Elle partagea les premiers rôles avec Madeleine Béjart de 12 ans son aînée. Son rôle phare est celui de l’ingénue Agnès (« Le petit chat est mort ») de L’École des Femmes, rôle qu’à la demande du public, elle interprètera jusqu’en 1684, date à laquelle elle sera mise à la retraite.. Un autre de ses rôles marquant est celui de Dorimène dans Le Bourgeois Gentilhomme donné pour la première fois en 1670 au Château de Chambord (une des rares fois où XIV s’y trouva) avec chorégraphie de Pierre Beauchamp sur une musique de Lully. Elle est une des premières sociétaires de la Comédie-Française créée en 1680. Mise à la retraite en 1684, elle recevra une pension.
Marie Claveau
Marie Claveau dite Mlle Du Croisy (1619-1703), née à Sainte-Hermine (Vendée) et morte à Roinville (s.o. de Paris), veuve, se remarie en 1652 à Poitiers avec Philibert Gassot, dit Du Croisy..
Le couple entre dans la troupe de Molière en 1659, quand Molière s’installe à Paris mettant fin à son itinérance provinciale. Certaines source indique que comédienne par trop médiocre et d’un caractère insupportable, elle est exclue en 1665. Or Les Archives du Spectacle mentionne Mlle du Croisy comme ayant jouée dans les trois pièces de Molière : Les Précieuses Ridicules en 1659 au Petit-Bourbon, dans l’Impromptu de Versailles en 1663 à Versailles et dans Psyché en 1671 au Tuileries.
Elle fait partie tout naturellement de la Comédie-Française lors de sa fondation (fusion de sa troupe avec celle de l’Hôtel de Bourgogne). Elle y restera jusqu’en 1694 alors âgé de 75 ans. Les comédiens et comédiennes de la Comédie-Française étaient pensionnés.
Marie-Angélique Gassot
Marie-Angélique Gassot (1658-1736), née et morte à Saint-Germain-en-Laye, est la fille de Mlle du Croisy. Elle a également comédienne été On la aussi appelée Mademoiselle Du Croisy (fort probablement après le décès de sa mère). Elle ne possédait qu’un ‘quart de part’, ce qui veut dire qu’elle ne jouait que les rôles de moindre importance. Ses parents possédaient une ‘part entière’.
Mademoiselle Du Parc
Marquise-Thérèse de Gorla, dite Mlle Du Parc ou Marquise Du Parc (1633-1668), née à Lyon et morte à Paris, fille d’un bateleur (acrobate de foire) entre à Lyon dans la troupe de L’Illustre Théâtre en 1653 avec son époux René Berthelot, dit Du Parc, dit aussi Gros-René, qui joue les valets de comédie. En 1659, elle jouera au Marais pendant trois ans. Jodelet fait à ce moment-là l’inverse en réintégrant la troupe de Molière pour en 1667 entrer au ‘Bourgogne’. En 1665, elle devient la maitresse d’un Racine follement amoureux d’elle lors des premières représentations d’Alexandre le Grand que va donner Molière au Palais Royal, avant que le ‘Bourgogne’ n’en ait l’exclusivité. Ce fut son premier rôle de tragédienne qu’elle magnifiera en créant celui qui sera son second et dernier, celui d’Andromaque ; son premier grand rôle, elle qui était toujours en troisième place derrière Madeleine Béjart puis en 1664 derrière Armande sa sœur (ou sa fille ?) pour ce qui était des premiers rôles féminins et pour les seconds après Mlle de Brie. En 1667, elle passe au Bourgogne alors dirigeait par Floridor († 1670) depuis 1647. Elle va y interpréter son second et dernier rôle de tragédienne. Adulée par le public, elle meurt en cours d’avortement en 1668. Racine se consolera dans les bras de Mlle de Champmeslé (Marie Desmares, 1642-1698) qui, épouse du comédien Charles Chevillet dit sieur de Champmeslé, interprètera Bérénice, Athalie, Monime épouse de Mithridate, Iphigénie et Phèdre. Elle fit son entrée en 1669 au ‘Bourgogne’ en interprétant Hermione. Mais ces demoiselles ne furent pas les seules à succomber au charme du séduisant dramaturge.
Mlle de Champmeslé
Mlle de Champmeslé (Marie Desmares, 1642-1698), née à Rouen et morte à Auteuil, est la fille du receveur du domaine de Normandie (percepteur des recettes royales).Marié à 15ans, très vite veuve, elle épouse le comédien Charles Chevillet dit sieur de Champmeslé. Le couple exerce le métier de comédien et de comédienne dans une troupe de province comme la majorité des acteurs et actrices de cette époque, troupe quasiment toujours itinérantes. En 1668, ils font un bref passage au Théâtre du Marias et dès l’année suivante entrent au Bourgogne.
Le malheur des uns faisant le bonheur des autres, la maladie puis le décès en 1670 de l’actrice principale Mlle Des Œillets, font que La Champmeslé va prendre sa place comme seconde tragédienne. Elle jour Hermione dans Andromaque. Elle interprètera ensuite Bérénice, Athalie, Monime l’épouse de Mithridate, Iphigénie et Phèdre. A la mort de Mademoiselle Du Parc qui avait créé en 1667 le rôle d’Andromaque, le jeune Racine qui en avait été éperdument amoureux, alors âgé de la trentaine, trouva en elle des bras pour le consoler… mais elle ne fut pas la seule. Elle triompha dans le rôle-titre de Phèdre en 1677, un des chefs-d’œuvre de l’auteur et sa dernière tragédie profane. Cette année-là, le couple se sépare. Racine qui a de hautes ambitions sociales et aspire au poste envié d’historiographe du roi se marie avec Catherine de Romanet, riche héritière, fille du Trésorier du Roi. Historiographe, il le devient grâce à La Montespan. La Champmeslé trouve à son tour consolation auprès du Comte de Clermont-Tonnerre de très ancienne et subsistante noblesse .
En 1679, elle intègre la troupe du Théâtre de Guénégaud que les comédiens de feu Molière, chassées du Palais Royal qui va devenir l’Opéra, ont ouvert en 1673 en fusionnant avec la troupe du Théâtre du Marais. La renommée de La Champmeslé est telle que le Guénégaud peut s’octroyer non seulement le répertoire de Racine qu’elle apporta mais aussi dans son ensemble le répertoire tragique notamment de Corneille au grand dam de l’Hôtel de Bourgogne. Comme Mlle Du Parc, elle sera une des premières comédiennes faisant partie de la Comédie-Française née en 1680 de la fusion de ces deux théâtre, Guénégaud et Bourgogne.
Elle meurt à l’âge de 56 ans de de la plus belle mort pour un acteur et une actrice, en interprétant un rôle ( celui Clytemnestre ?) dans Oreste et Pylade, du très peu connu Lagrange-Chancel.
Les Béjart
Joseph II
Joseph II Béjart dit ‘Béjart’(1616-1659), né et mort à Paris, premier enfant de François Béjart huissier ordinaire du roi des eaux et forêts. et Marie Hervé maitresse lingère.
Il est un des fondateurs des fondateurs du Théâtre Illustre avec ses sœurs Madeleine et Geneviève, leur mère qui pourrait en être initiatrice. Le jeune Jean-Baptiste Poquelin et 8 autres comédiens.
Atteint d’un fort bégaiement, selon les sources, cela ne le handicapa pour jouer des rôles de jeunes premier (Lélie et Eraste) pour d’autre, il dut se contenter de rôles dits marqués.
Il partagea comme me stipulait le contrat actant la création de la troupe qu’il devait choisir ses rôles en partage avec un autre comédien Germain Clerin.
Il meurt en 1659 au moment où la troupe a mis fin l’année précédente à son itinérance en province et s’est installée définitivement à Paris. « Pris d'un malaise en jouant Lélie, dans L'Étourdi donné au Louvre, il meurt quelques jours plus tard » (https://louisxiv.over-blog.com/article-26-mai-1659-mort-de-joseph-bejart-44935296.html) .
Madeleine
Madeleine Béjart (1618-1672), née et morte à Paris, est la fille de Joseph Béjart, un huissier ordinaire du roi des eaux et forêts. Sa mère était maitresse lingère. Son frère aînée, Joseph Béjart (1616-1659), bien que bègue sera toujours à ses côtés comédien Un de ses frères (la fratrie a compté 9/11 enfants), plus jeune . Sa sœur Geneviève (1624-1675) fera partie comme elle de la troupe Molière dès ses débuts. Louis Béjart (1630-1630) fera également partie de la troupe mais dans des rôles de moindres importances. Armande Béjart (vers 1642 - 1700) de 24 ans plus jeune est soit sœur soit sa fille.
Jeune-fille très belle et qui le restera toute sa vie (sa beauté participa largement à sa réputation). « Elle aborda résolument [la profession] de comédienne, et s'engagea dans une troupe d'acteurs nomades, avec qui elle parcourut le Languedoc et la Provence, en l'année 1637; Madeleine avait donc à cette époque dix-neuf ans.” (Alfred Copin Histoire des comédiens de la troupe de Molière 1886).
Selon A. Copin, c’est au cours de cette tournée qu’elle aurait rencontré le Comte de Modène. D’autres sources indiquent qu’elle au fréquentait le beau monde et les cercles littéraires et qu’elle prit en 1637 pour amant un noble dont on ne sait trop le titre (s’il en eut un) Esprit de Rémond, attaché à la Maison du Grand Monsieur, Gaston d’Orléans. Une fille Françoise, reconnue par seul le père, naîtra un an plus tard..
« La petite Françoise n'ayant laissé aucune autre trace, certains historiens modernes font l'hypothèse qu'elle est morte en bas âge et que Madeleine Béjart aurait eu, entre 1641 et la fin de 1642, une seconde enfant du même père, laquelle, déclarée comme la fille de Joseph Béjart et Marie Hervé, aurait été baptisée au cours des années 1650 avec le quadruple prénom d'Armande Grésinde Claire Élisabeth. C'est du fait de cette fiction juridique qu'Armande Béjart a passé officiellement pour la très jeune sœur de Madeleine Béjart. » (Wikipédia selon Georges Forestier, Claude Bourqui Molière Œuvres Complètes La Pléiade 2010 )
En 1643, avec Geneviève Joseph et 8 autres comédiens et comédiennes elle est la fondatrice de L’Illustre Théâtre. Le jeune Jean-Baptiste Poquelin , âgé de 21 ans, qui , nanti d’une part de l’héritage de son père s’est installé en jeune homme indépendant dans le quartier du Marais où vivent les Béjart, se joint à eux. Il n’a encore rien écrit. Le contrat précise :
« Clerin, Pocquelin et Joseph Bejart qui doivent choisir alternatifvement les Héros, sans prejudice de la prerogative que les sudictz accordent à ladicte Magdeleine Bejart de choisir le rolle qui luy plaira ; item, que toutes les choses qui concerneront leur théâtre et des affaires qui surviendront, tant de celles que l’on prévoit que de celles qu’on ne prévoit point, la troupe les décidera à la pluralité des voix, sans que personne d’entre eux y puisse contredire. »
L’Illustre Théâtre avec sa troupe subsistera jusqu’à la mort de Molière en 1673. Une partie s’associera à ceux de Théâtre du Marais fondé en 1634 par l’acteur régisseur Montdory. Il ouvriront
le Théâtre de Guénégaud.
Avec Molière dont elle devient rapidement la maitresse, Joseph, Geneviève et sa fille ou sœur Armande que Molière épouse en 1662, elle va être de toute les aventure du Théâtre Illustre. Reconnue tragédienne de grand talent, elle va néanmoins partager les premiers rôles avec Mademoiselle du Parc, Catherine De Brie jusqu’à ce Armande la remplace. En fin de carrière, elle jour, l’âge avancé, les servantes (Dorinne du Tartuffe)
Elle meurt en 1672, à l’âge de 54 ans un an jour pour jour avant Molière. De manière fort rare pour ne pas dire exceptionnelle, surtout pour une comédienne de ce niveau, elle ne se donna pas de nom de scène et on ne lui en attribua aucun Le fait qu’elle ait été enterré dans un cimetière d’église, le charnier de L'église Saint-Paul-des-Champs (4ème arr. disparue) et non en fosse commune comme cela se devait pour les gens de théâtre, laisse penser qu’elle a accepté l’extrême onction.
Elle a pu être directrice de l’Illustre Théâtre de 1643 à jusqu’à 1646, date de la faillite de la troupe qui intègre celle de Charles Dufresne avec qui elle part en tournée pour 12 ans en Province. En 1650,à la mort de Dufresne, c’est Poquelin devenu Molière qui en devient directeur.
Dans les Minutes et répertoires du notaire Simon III Mouffle, on peut lire :
« Inventaire après décès de Madeleine Béjart, décédée le 17 février 1672, rue Saint-Thomas-du-Louvre, dressé à la requête de Charles Cardé, conseiller du roi, trésorier du sceau en la chancellerie de Paris, son exécuteur testamentaire, de Geneviève Béjart, sa sœur, femme de Léonard de Lomenie de La Villaubrun, agissant en son nom ainsi que pour son mari et pour Louis Béjart, son frère, et d'Armande Grésinde Béjart, sœur, agissant en son nom et au nom de Molière]. »
Dans son roman publié en 1661 sous le nom de son frère Georges Scudéry, Almahide ou L’Esclave Reine, Mlle de Scudéry ont écrit :
« Elle était belle, elle était galante, elle avait beaucoup d'esprit, elle chantait bien ; elle dansait bien ; elle jouait de toutes sortes d'instruments ; elle écrivait fort joliment en vers et en prose et sa conversation était fort divertissante. Elle était de plus une des meilleures actrices de son siècle. »
Mlle Aubry
Geneviève Béjart, dite Mlle Hervé, puis Mlle Villaubrun et enfin Mlle Aubry (1624-1675), née et morte à Paris, seconde fille de Joseph Béjart, sœur de Georges et de Madeleine. Avec son frère et sa sœur, elle st des fondatrices de l’Illustre Théâtre en 1643.
Elle prend au début de sa carrière comme surnom, le nom de jeune fille de sa mère Mlle Hervé. En 1664, à 40 ans, elle épouse Léonard de Loménie, sieur de Villaubrun,
En date de 1671, dans les minutes du notaire Jean Levasseur, on peut lire :
« Déclaration aux termes de laquelle Jean-Baptiste Poquelin de Molière, chef de la troupe des Comédiens du Roi, Armande-Claire-Grésinde Béjart, sa femme, Louis Béjard, Geneviève Béjart, femme de Léonard de Loménye de Villaubrun, demeurant place du Palais-Royal, reconnaissent que les frais faites dans le procès intenté contre les héritiers de Claude Leroy par Marie Hervé, mère des dits sieur et demoiselles Béjart, ont été avancés par Madeleine Béjart, à qui ils donnent leur consentement pour qu'elle en poursuive le paiement à son profit. »
Veuve en 1672, elle se marie avec Jean-Baptiste Aubry, sieur des Carrières, fils d'un maître paveur du roi parisien. Âgé de 48 ans, elle ne déclarera n’en avoir que 40. Elle meurt trois ans plus tard sans jamais avoir eu de grands rôles ni n’avoir eu l’aura de sa sœur aîné, comme si elle était resté dans son ombre, tout en partageant avec elle la vie mouvementée d’une comédienne de cette époque. Son mariage avec un fonctionnaire bourgeois et nom comédien ou artiste semble indiqué qu’elle aspiré à une vie plus tranquille.
Mademoiselle Molière
Armande-Grésin-Élisabeth Béjart, dite Mademoiselle Molière ( 1638?-1700), né on ne sait où et morte à Paris, est peut-être la sœur benjamine de Madeleine Béjart mais plus probablement sa fille, née l’union de sa mère avec[CG1] Esprit de Raimond-Modène et non avec son père François de Rémond, Comte de Mormoiron dit ‘le Gros qui fut Grand Prévôt de France en 1620.
« La vie de la Cour aidant, François de Rémond délaissa son épouse et tomba amoureux de la jeune et belle Madeleine Béjart, tout juste 19 ans, et déjà comédienne. Il fut son amant affiché pendant les années 1637 et 1638. Il lui fit un enfant, une fille nommée Françoise, née le 3 juillet 1638, qu’il reconnût ouvertement, mais qui mourût peu après la naissance. » (Jean Gallian, Histoire de Caromb, tome I http://jean.gallian.free.fr/carb2/html-new/seigneurs.htm). L’acteur Jean Galland († 1967) la donne pour morte en bas-âge, ce qui remettrait en cause la filiation… ?
Sur les fonts baptismaux, elle est mentionnée comme fille d’Esprit Raymond et de Madeleine mais ultérieurement dans les actes notariés, elle est indiquée comme fille de François Béjart et Marie Hervé, les parents de Madeleine et/ou mentionnée comme sœur de celle-ci. L’acte de succession de François père, dressée en 1643 au moment où la famille Béjart prépare la création de L’Illustre Théâtre, les enfants de Marie Hervé, les héritiers recensés sont Joseph, Madeleine, Geneviève, Louis et une fille non baptisée , autrement dit Armande. Si elle ne l’est pas n’est-ce pas que chrétienne aux yeux de Dieu sinon aux yeux de la loi, elle ne peut l’être deux fois… ?
Elle aurait passé son enfance dans le Languedoc (région où gravite la troupe) chez la demi-sœur de Marie Hervé, qui, comédienne, aurait joué à Lyon dans la troupe.
Dans tous les actes qui seront signés à Paris à partir de 1559, Mademoiselle Grésinde Béjart ou Armande Béjart sera mentionnée comme sœur de Madeleine et de Geneviève et comme Mlle Molière après son mariage en toute discrétion avec Molière en 1662. Le couple aura quatre enfants dont une seule fille survivra, Esprit-Madeleine Poquelin ou Poquelin (1665-1723) qui n’aura pour rôle que d’apporter des information à Jean-Léonor Le Gallois de Grimarest qui écrivit la première biographie de Molière en 1705.
En 1662, elle entre officiellement dans la Troupe de Monsieur, nouveau protecteur de la troupe de Molière avant que ce ne soit le Roi en 1661. Elle portera désormais le nom de Mlle Molière. Elle devait avoir dans les 24-25ans ? Dès 1664, elle tient un premier rôle dans la pièce éponyme La Princesse d’Élide donné à Versailles en 1664 puis au Palais Royal. Elle va ensuite aux côtés de Marquise Du Parc (†1667) et de Catherine de Brie († 1700), tenir en remplacement de Madeleine les premiers rôles dans les pièces de Molière ou non représentées au Palais Royal.
Son mari meurt en février 1673 – on lui reprochera une attitude plutôt distante et la reprise des représentations trois jours plus tard… but the show must go on ins’t it ? Elle et toute la troupe rejoindront la troupe du Marais pour ouvrir le Théâtre de Guénégaud.
En 1675, elle est mêlée à deux affaires louches. D’abord celle de François Lescot, président au parlement de Grenoble qui a cru reconnaitre pour sa ressemblance La Molière dont il est épris dans la prostitué qu’on a mis à la place dans ses bras. Ensuite, dans l’affaire du pseudo empoisonnement de Lully dont le témoignage en faveur des accusés est récusée au titre qu’elle est en tant que comédienne « infâme de droit et de fait » et qu’avec un autre témoin, le dramaturge dont elle interprète les pièces, Jean Donneau de Visé du même âge qu’elle, ils mèneraient une vie dissolue. Sa réputation sera aussi salie quand en 1688 paraitra anonymement La Fameuse Comédienne ou Histoire de la Guérin, auparavant femme & veuve de Moliere, nouvelle dans laquelle, on en fait une jeune femme puis une femme à la cuisse légère. Le texte est d’autant bien écrit et savoureux qu’on l’attribuera à Racine ou La Fontaine.
En 1677, elle épouse Isaac-François Guérin d'Estriché († 1717) guère plus âgé qu’elle et comédien du Marais. Elle devient Mlle Guérib. Le couple s’entendra bien aura fils . Ils entreront tout à deux à la Comédie-Française à sa création en 1680. Elle quitte le tjéâtre en 1694 à l’âge d’environ 65 ans avec une pension de 1000 livre, pension raisonnable sans être mirobolante.
Louis Béjart
Louis Béjart (1630-1678 ), surnommé Cadet, Béjart Le Jeune et encore l’Éguisé à cause de son esprit de réparti, ne fit que tardivement son entrée dans la troupe sans y avoir marqué son passage d’une empreinte mémorable. Il jouait les troisième et quatrième rôles. Autrement dit, il ne devait avoir que « un que de part’. Suite à un coup d’épée malencontreux à la jambe , il est resté boiteux. Il créa en 1653 à Lyon le rôle d'Anselme dans l' Étourdi. A 23 ans, Molière lui confiait des rôles de vieux. Il créa Valère dans Le Dépit Amoureux à Béziers en 1654.
Il se retira de la troupe en 1670 à 40 ans. Il fut le premier comédien pensionné à l’instar des comédiens du ‘Bourgogne’ avec une pension de 1000 livres auxquels s’ajoutaient les 400 livres de rente que lui alloua sa sœur Madeleine.. Il est ensuiet mentionné comme ingénieur du roi. Ce qui laisse supposer des études ad hoc avant d’être comédien. Il fut aussi officier au régiment de la Ferté.
Les Auteur(e)s
« En France, Madame de Saint-Baslemont est la première femme a publié une tragédie Les jumeaux martyrs en 1650. Françoise Pascal, autrice de six pièces, est la première femme à être jouée par une troupe professionnelle. » (https://www.nakawedoc.com/fr/portraits-defemmes/theatre/les-femmes-et-le-theatre)
Les Auteures
Françoise Pascal
Françoise Pascal (1632-1698),née à Lyon et morte à Paris, connue à l’époque surtout comme peintre, était aussi poétesse et dramaturge. Ses peintures ont disparue , mais elle reste surtout connue pour ses pièces de théâtre qui, pour une écrivaine, fut la première à être interprétée par des troupes de comédiens professionnels.
‘Montée’ à Paris en 1667, elle n’y trouva pas vraiment le succès qu’elle espérait. Sa pièce Le Vieillard amoureux écrite en 1664 est mise en scène par Philippin, un des farceurs de l'Hôtel de Bourgogne. On lui connait six pièces, tragi-comédies et comédies, un recueil épistolaire en prose et vers, Le Commerce du Parnasse (1669) et des Cantiques spirituels ou Noëls nouveaux, sur la naissance du Sauveur (1670). “On a notamment retenu sa contribution à la remise en vogue de la pièce comique en un acte. » (sur F. Pascal voir Deborah Steinberger, SIERFA 2006 https://siefar.org/personnage/francoise-pascal/)
Catherine Bernard
Catherine Bernard (1663-1712), née à Rouen et morte à Paris, dite Mademoiselle Bernard (la tradition veut que les comédiennes soit toujours appelées ‘Mademoiselle’ quel que soit leur âge et mariée ou non[3]) était poétesse, romancière et dramaturge. Elle sera la première femme jouée à la Comédie-Française (fondée en 1680 par Louis XIV) qui la couronnera par trois fois en 1691,1693, 1697. Mlle Pitel de Longchamps y donna en 1687 une farce Le Voleur ou Titapapouf.
En 1691, 93 et 97, elle a été couronnée par l’Académie des Ricovrati (l’Académie des Abrités voir Particularismes Nationaux/ Italie/Académies) de Padoue comme le furent Mlle de Scudéry en1684 et Antoinette Deshoulières en 1685, Mme D’Aulnoy en 1695, Marie-Jeanne Lhéritier en 1697 et Charlotte-Rose de Caumont La Force en 1698 l’y avaient précédée
Elle cessera d’écrire au passage du siècle et meurt en 1712 à l’âge de 49 ans. Voir aussi Le Conte/France
Madame de Villedieu
Marie-Catherine Desjardins, dite Madame de Villedieu (1640-1683), née à Alençon (ou à La Rochelle ?) et morte à Saint-Rémy-du-Val (Sarthe), est issu de la petite noblesse. Ses parents étaient au service de la Maison de Rohan. On la sait à Paris après la Fronde. Si elle n’est pas physiquement favorisée par la nature, son esprit vif compense cet handicap dans la société des précieuse.
Elle écrit poésies et portraits[4] qui lui confèrent une considération certaines chez les salonières.et s’assure les plus hautes protections telles la Duchesse de Montpensier, fille du Grand Monsieur ou le Duc de Saint-Aignan, grand protecteur des arts et des lettres. A 18 ans, elle fait la connaissance décisive de Antoine II de Boësset, fils du Surintendant de la Musique de la Chambre (du roi).. Elle évoque cette relation amoureuse dans son sonnet Jouissance, qualifié alors de scandaleusement libertin : « Je meurs entre les bras de mon fidèle amant, Et c'est dans cette mort que je trouve la vie. ». Son amant meurt en 1657 au siège de Lille (Guerre de Dévolution) , mais nantie d’une promesse de mariage en bonne et due forme, elle peut porter le nom de Villedieu
Dramaturge, elle donne en 1662 Manlius, une tragi-comédie représentée au théâtre ‘officie’ de l’Hôtel de Bourgogne et dont certains mettront en doute son authenticité, sans doute de par son succès( ?) ; l’année suivante une tragédie, Nitétis, et en 1665, une autre tragi-comédie, Le Favori, créé par la troupe de Monsieur au Palais-Royal, puis à Versailles devant le roi avec un prologue de Molière. Lully en ayant composé les intermèdes (musicaux) Ce sera sa dernière contribution au théâtre. Elle se consacre alors au roman et innover avec un nouveau genre, le roman-mémoire avec notamment Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière (1672>74).
Marie-Anne Barbier
Marie-Anne Barbier (1664-1742), née à Orléans et morte à Paris, est la fille d’un maître artilleur qui deviendra commissaire provincial d'artillerie qui s’installe à Paris avec sa famille en 1670.
Elle va fréquenté le salon de Marie Mancini (1649-1714), Duchesse de Bouillon, nièce de Mazarin ; salon qui s’inscrit dans la seconde phase du courant précieux.
Après plusieurs ‘petits’ écrits, elle est formé à l’écriture théâtrale par le dramaturge Edme Boursault (1638-1701) dont on retient surtout mis à part ses querelles avec Molière et Boileau ses trois comédies à tiroirs (équivalent au théâtre des romans du même genre).
Grâce à son entregent, elle pourra faire jouer quatre tragédies: Arrie et Petus (1702) (1703) Tomyris (1707) et La Mort de César (1709) à la Comédie-Française. On lui doit également entre 17018 et 1719 une comédie en un acte , Le Faucon, deux opéras Les Fêtes de l’été, une musique de Montéclair, et la pastorale héroïque Le Jugement de Pâris auxquels s’ajoute Les Plaisirs de la campagne, opéra-ballet en trois actes. Ses deux opéras connurent un succès certain. Ses contemporains comme les historiens actuels mettent l’accent sur le rôle important des femmes dans son théâtre et son engagement que l’on qualifierai de nos jours de féministe.
Les Auteurs
Tristan L’Hermite
Voir Poésie/France
François Tristan (1601-1655) était connu de son temps comme un poète précieux à la plume acérée et diverse : Poésie élégiaque, poésie encomiastique (dithyrambique), poésie descriptive ; poésie au sujet de laquelle on évoque le Marinisme ou le Gongorisme. Mais L’Hermite était surtout reconnu comme auteur dramatique.
Sa première œuvre dramatique, La Mariane, tragédie en cinq actes en hexasyllabes, datée de 1636, dédiée à son protecteur, Monsieur, est d’emblée un succès en bonne partie dû au talent de l’acteur Montdory qui vient d’ouvrir en 1634 son propre théâtre, Le Théâtre du Marais. Mondory a déjà donné dans son théâtre, un an plus tôt, en 1635, Médée de Pierre Corneille (1606-1684) et donne dans la même année 1636, L’Illusion Comique du même. L’année suivante, 1637, sera donné Le Cid qui fit la réputation de Corneille par la polémique que suscita la forme et le fond de la tragédie ; Richelieu n’ayant pas apprécié la pièce, Georges Scudéry, dramaturge de second plan, toujours soucieux de se faire valoir et bien voir, saisi l’occasion pour la déclencher.
L’Hermite devient l’émule du Grand Corneille ; Le succès de sa pièce ne se démentira pas tout au long du siècle. L’écrivain et critique Marcel Arland (†1986) a écrit qu’elle est « la première tragédie française [qui] offre des lignes aussi simples, et la première qui fasse de l'étude d'une passion son objet essentiel ».
Si pour La Mariane, l’inspiration était biblique -l’exécution de Mariane (Mariamne) et de ses enfants par son époux le tyran jaloux Hérode 1er 4 av. J.C.) roi de Judée- pour les deux tragédies suivantes, la source est cette fois-ci romaine. La Mort de Sénèque est une évocation d'une conspiration avortée contre Néron. La première représentation inaugure le 1er janvier 1644 la création de la Troupe de Madeleine Béjart (1618-1672), ‘L’Illustre Théâtre’. La Mort de Chrispe représente le drame de la seconde épouse de l’empereur romain Constantin 1er, Fausta, éprise de son beau-fils, Crispus (né du premier mariage de l’empereur), qui, nouvelle Phèdre plus jalouse qu'incestueuse, provoquera sa mort. Historiquement, on ne sait pas vraiment pourquoi l’empereur ordonna l’exécution de son fils aînée et de sa seconde épouse.
Panthée, pièce nettement moins connue trouve sa source dans l’histoire de la Perse. Cyrus II le Grand († 530 av. J.C.) confie sa prisonnière Panthée épouse du roi de Susiane (capitale Suse) à Araspe qui, favori de l’empereur, tombe amoureux d’elle, et se suicide en apprenant son suicide après la mort de son époux au combat. La pièce s’écarte du canon classique pour adopter un lyrisme plus baroque et faire montre d’innovation dans les ressorts dramatiques. La poésie de L’Hermite est une poésie baroque.
Osman (Osman II Le Jeune(† 1622) représente de l’histoire récente, la fin héroïque du sultan victime des janissaires révoltés, animés par la fille du muphti, qui se venge ainsi de ses dédains.
« Ces cinq tragédies illustrent des thèmes chers à Tristan: l'impuissance de l'homme face à un destin aveugle, le pessimisme tempéré parfois par une espérance chrétienne (Mariane, Sénèque, Constantin); et la solitude de l'individu tragiquement incompris par les autres (Hérode, Araspe, Fauste, la fille du muphti) » (Roger de Guichemerre. Les Tragédies de Tristan L’Hermite, Édit. Honoré Champion 2009, Présentation)
L’Hermite et avec Corneille un des fondateurs de la Tragédie Classique avec ses trois unités (à noter que Corneille ne l’a respecter pas dans Le Cid), sa bienséance et sa vraisemblance. Mais à la différence des tragédies (Le Cid) et comédies (Don Sanche d’Aragon) héroïques, l’auteur de La Mariane tout en optant pour des thèmes historiques qui est une des règles de la tragédie classique, tend plus à décrire des passions que des dilemmes entre amour et devoir ; l’amour (passion ?) de Chimène étant le versant ‘obligé’ du devoir que s’impose Le Cid. Tragédie amoureuse qui sera la marque de fabrique de Jean Racine dans la seconde moitié du siècle.
Tragédies :
- - La Mariane (1636, Théâtre du Marais) ;
- · Panthée ( 1637 Théâtre du Marais) dédie à Henri de Guise.
- · La Mort de Sénèque créée le 1er Janvier 1644 à l’inauguration de L’Illustre Théâtre, troupe créée en 1643 par Molière (il a 21 ans) et les Béjart.
- · La Mort de Crispe 1645, aussi par l’Illustre Théâtre ;
- · Osman publié en 1656 et peut-être joué en 1646 ( ?)
Tragi-comédie : -
- La Folie du Sage (Hôtel de Bourgogne 1644) ;
- Comédie : - La Parasite (1653 d’après une comédie italienne).
- Pastorale : - Amaryllis (1652) ;
Des écrivains et des critiques du XIXème siècle ont quasiment mis au même rang, L’Hermite et Shakespeare. L’Hermite est en Angleterre en 1634, sa Mariane est jouée deux ans plus tard. Il s’était réfugié un temps à Londres après avoir tué à l’épée un garde-du-corps.
Alexandre Hardy
Le très prolifique dramaturge Alexandre Hardy (1570-1632)
avait fait représenter en 1610 et publier en 1625 une Mariamne (épouse d’Hérodote), tragédie en cinq actes qui servit de modèle à celle de Tristan. Hardy, né Le Hardy, a été l’auteur attitré de la troupe itinérante ‘Les Comédiens du Roi’ dont le patron était l’acteur picard Valleran Le Conte (†1634) ; troupe qui donna des représentations à L’Hôtel de Bourgogne à la fin du XVIème siècle et au début du XVIIème. A cette époque, le public parisien et de province garde sa préférence au répertoire traditionnel de la farce, de la sotie et de la Commedia dell’arte plutôt qu’à ce théâtre savant réservé à l’élite intellectuelle que Le Conte tente d’imposer au ‘grand public’ (voir Renaissance/Théâtre/France/Théâtre Savant).
Hardy finira par rejoindre la troupe de Gros-Guillaume (1634) et obtiendra le privilège de se produire à l’Hôtel de Bourgogne[5]. Malgré la quantité incroyable de sa production, plus de 600 pièces selon ses dires, il ne connut ni la fortune ni le succès.
Jean de Rotrou
Jean de Rotrou (1609-1650), né et mort à Dreux (Eure et Loire), est issu d’une famille de magistrats. Il fait ses études en Normandie et à Paris au collège jésuite de La Flèche (futur collège Henri IV) où il fait ses humanités.
Écrivain précoce, sa première pièce jouée à L’Hôtel de Bourgogne, L'Hypocondriaque ou Le Mort amoureux. dès 1628, lui vaut d’être « poète à gages » des « Comédiens du Roi » (de ce théâtre) dirigés encore par Gros-Guillaume Bellerose ne lui succédant qu’à sa mort en 1630. En 1635, il fait partie des ‘Cinq Auteurs’ recrutés par Richelieu et parmi lesquels se trouve le jeune avocat de Rouen, Pierre Corneille qui s’en retirera par la suite. En 1636. Les Ménechmes, inspirée de l’auteur de comédie latin Plaute (3èmme s. av. J.C.) lance sa carrière.
De sa vie, on retient part les dates des représentations et des publications de ses pièces qu’il a eu pour protecteur un adversaire de Corneille après la représentation du Cid en 1637, François de Faudoas d'Averton (1583-1638), un protecteur des lettres nanti de plusieurs titre de noblesse. Sa position dans la querelle faite à Corneille à propos de sa tragédie sera tout en se disant son ami des plus ambigües.
La même année, il a acheté la charge de lieutenant particulier au bailliage de Dreux. Et l’année suivante, il s’est marié avec Marguerite Camus, fille d’un bourgeois. Le couple va alors mener une vie des plus tranquilles si ce n’est que
« malgré son succès en tant que dramaturge, Rotrou a connu des difficultés financières et a été obligé de vendre ses manuscrits pour subvenir à ses besoins. Il est également connu pour avoir eu des démêlés avec la justice, notamment pour avoir blessé un autre homme lors d'un duel. » (LePetitLitteraire.fr)
Et que « la légende a couru qu’il enfouissait son argent sous des fagots afin de le soustraire à un prétendu engouement pour le jeu » (https://francearchives.gouv.fr/fr/pages_histoire/39479).
Il meurt en 1650 pendant l’épidémie de peste qui sévit dans la région et dans Paris.
Parmi les quelques quarante comédies, tragi-comédies et tragédies que l’on a conservées, on peut notamment retenir Le Véritable Saint Genest (1645), Dom Bernard de Cabrère (1647) d’après La Vérité Feinte ( Lo Fingido verdadero 1620) de Lope de Vega, Venceslas (1647) d’après On ne peut pas être à la fois père et roi (No ay ser padre siendo rey) de Francisco de Rojas Zorrilla († 1648). Le théâtre espagnol et la littérature espagnole en général était l’objet d’un véritable engouement dans la première moitié et du siècle et même au-delà. P ? Scarron traduisit des romans et l’on sait l’emprunt de Molière pour son Don Juan au Le Farceur de Séville et l'Invité de Pierre ( El Burlador de Sevilla y convidado de piedra (1630) de Tirso de Molina († 1648). Sa dernière tragédies Cosroès de 1649 est considérée comme sa tragédie la plus originale.
L’originalité d sujet de Le Véritable Saint Genest est qu’il fait intervenir un acte Genest qui commence sa carrière en jouant un personnage qui raille les chrétiens jusqu’au jour où jouant le rôle d’un chrétien, il découvre la foi. Il en sera un martyr. Plus qu’une apologie du christianisme, Rotrou fait l’apologie d’un théâtre salvateur auquel il donne des accents shakespeariens : « Ce monde périssable et sa gloire frivole Est une comédie où j'ignorais mon rôle ».
Il fait partie de la génération des dramaturges de la première moitié du siècles que l’on peut qualifier de baroques, Tristan L’Hermite né en 1601 , Georges Scudéry né en 1601) et Pierre Corneille né en 1606. Pour autant , Jean de Rotrou est l’oublié du théâtre français du XVIIème siècle. Effacée par celle de Corneille , Molière et Racine ,son œuvre n’en est pas moins importante par son volume et sa qualité. Il continuera â être représenté au Siècles des Lumières et même au cours du Romantisme.
« Le théâtre rotrouesque le doit moins à sa stylistique et à sa thématique qu’à la profonde résonance qu’il entretient avec la vision moderniste d’un monde qui échappe progressivement à toute transcendance et dont l’organisation échoit à un personnage-metteur en scène, souverain et autotélique. » (Jean-Claude Vuillemin professeur de littérature française The Pennsylvania State University).
Pierre Corneille
Pierre Corneille dit Le Grand Corneille (1606-1684), né à Rouen, mort à Paris, est issu d’une famille normande aisée de la bourgeoisie de robe ( de nos jours de la classe moyenne). Père et oncle étaient avocats. Après des études au collège jésuite de la ville où il reçoit des prix en latin, il obtient sa licence de droit. Il occupera de 1628 à 50 de par les charges que lui achète son père le poste de conseiller du roi au bureau local du département des Eaux et Forêts et celui d’avocat à la haute juridiction de ce même organisme appelé la Table de Marbre. Corneille, trop timide, ne plaidera jamais mais prouvera son éloquence dans l’écriture.
Ses premiers poèmes viennent d’une déception amoureuse et bien vite il se tournera vers la poésie dramatique. Ses premières pièces sont des comédies, Mélite sur le mode de la pastorale et L’Illusion Comique.
Les troupes itinérantes passent à Rouen et aucune ne s’intéresse au pièce que leur propose le jeune auteur. En 1629, il assiste à la représentation d’une des troupes les plus brillantes, la troupe du Prince d’Orange. Il remet sa pièce Mélite, écrite alors qu’il n’avait que 19 ans à son principal et célèbre acteur Mondory qui voyant en lui un futur grand auteur emporte la pièce et la crée au jeu de Berthaud en 1629/31(non au ouvert en 1634). Il peut l’avoir jouée tout de suite à Orléans…,
Sur Paris, le succès est énorme. Fait suite Clitandre, tragi-comédie ‘romanesque’, écrite en 1630, commandée par Mondory représentée l’année suivante à L’Hôtel de Bourgogne, elle ne connaitra aucun succès.
Suivront de Corneille toujours pour Mondory les comédies La Veuve et La Galerie du Palais données en 1633 au Jeu de Paume de La Fontaine. La Suivante et La Place Royale auraient été représentées à l’Hôtel de Bourgogne en 1634, année justement où Montdory ouvre le Théâtre du Marais…Donc dans l’intermède entre Le jeu de paume de La Fontaine ravagé par un incendié et l’ouverture du Théâtre du Marais ? Le Noir qui dirigeait la troupe du Prince d’Orange qui avait pour principal acteur Montdory, a été directeur de l’Hôtel de >Bourgogne de …1634 à 1637.
A noter La Place royale est aussi donnée comme créée au Théâtre du Marais. Cette comédie a son importance parce qu’elle innove un genre nouveau, la Comédie Amoureuse, un genre qui, inventé par Corneille, est loin de la farce et du gros comique, et traie de l’amour, de la contrainte à être marié, de la fidélité.
La Place Royale est « l'une des seules comédies du XVIIe siècle, avec Le Misanthrope de Molière trente ans plus tard, qui ne se termine pas par le mariage des jeunes amoureux » (Wikipédia)). Cette même année 1634, la veine tragique est ouverte avec Médée au succès peu reluisant, jouée au Théâtre du Marais. Cette année-là Corneille quitte le groupe des « Cinq Auteurs » que Richelieu, féru de théâtre, avait réuni et à qui il fournissait l’idée et les grandes lignes des pièces qu’il leur demandait d’écrire (https://www.britannica.com/biography/ Pierre-Corneille). En 1635, L’Illusion Comique, représentée au Théâtre du Marais, met fin pour Corneille à sa période des comédies. Pourtant, cette comédie innovait dans le comique. Il ne s’agissait plus du comique des farces et sotties mais d’un comique plus ‘urbain’ ; un comique fondée sur le dialogue plus que sur les effets et la gestuelle, dialogue qu’il qualifiera plus tard de « conversation de gens honnêtes » (‘honnêtes’ dans le sens du XVIIème siècle). Il reviendra à la comédie en 1642 avec Le Menteur. Jodelet s’y tailla un franc succès dans le rôle de Cliton, valet de Dorante ; et en 1645 avec La Suite du Menteur toutes deux données au Théâtre du Marais. Et ultérieurement avec Molière… ?
Corneille vit toujours à Rouen. En 1640, pour satisfaire à ses charges et subvenir aux besoins de sa famille, il a refusé l’invitation de venir s’y installer. Mais lors de ses séjours, il commence à se lier avec les poètes dramaturges célèbres de l’époque, Georges de Scudéry, Jean Mairet (1604-1686), Rotrou. Il fréquente aussi les salons littéraires, notamment celui de Madame de Rambouillet. Si Paris l’inspire, il demeure un provincial de passage dans la capitale. Sa famille et celle de son frère cadet Thomas (il est l’aîné d’un fratrie de huit frères et sœurs avec des écarts de plus de vingt ans) ne viendront vivre à Paris qu’en 1662 à l’invitation Henri II, cinquième Duc de Guise (†1664).
Le Cid est représentée en 1637, toujours au Théâtre du Marais. Elle est d’abord publiée comme tragi-comédie puis comme tragédie. Le succès est immense. Mais ce succès populaire n’évitera pas une âpre querelle à travers des pamphlets ourdie par ses rivaux , G. Scudéry (1601-1667), le frère et collaborateur de Mademoiselle de Scudéry) et Jean Mairet.
« Les Sentiments de l'Académie française sur la tragi-comédie du Cid (1637), rédigé pour l'essentiel par Jean Chapelain, un critique qui prônait la tragédie « ordinaire », était formulée avec tact et reconnaissait les beautés de la pièce, mais critiquait Le Cid comme dramatiquement invraisemblable et moralement défectueux. Richelieu a utilisé le jugement de l'Académie comme excuse pour supprimer les représentations publiques de la pièce » (https://www.britannica.com/biography/Pierre-Corneille)
Richelieu n’a visiblement pas digéré la désaffection de Corneille du groupe des ‘Cinq Auteurs’. Georges Scudéry, dramaturge de second plan, toujours soucieux de se faire valoir et bien voir, tout en étant l’ami de Corneille saisi l’occasion pour déclencher une polémique en commençant par prétendre que sa pièce Amour Tyrannique lui était bien supérieur. Il rédigea pour l’occasion Observations sur Le Cid. Il s’en suivit un échange épistolaire entre les deux dramaturges. Richelieu lui sera gré d’avoir pris une telle position. Pour autant, la pièce continua et pour longtemps à connaitre un vif succès mais encore le cardinal favorisera son mariage en 1641 avec une aristocrate Marie de Lampérière qui lui donnera huit enfants.
Il était reproché à l’auteur de ne pas avoir respecté la Règle des Trois Unités .
« Corneille rejette le traitement discursif du sujet donné dans sa source espagnole (longue pièce fleurie et violente de Guillén de Castro y Bellvis, dramaturge du XVIIe siècle), se concentrant plutôt sur un conflit entre passion amoureuse et famille. loyauté ou honneur. Ainsi Le Cid anticipe la tragédie « pure » de Racine, chez qui le concept « classique » d'intensité tragique au moment de la réalisation de soi trouve son expression la plus mûre et la plus parfaite (Ibidem).
Vont suivre ses tragédies romaines les plus célèbres dans lesquelles il va consciencieusement respecter la Règle des Trois Unités: Horace (1640), Cinna ou La Clémence d’Auguste (1641, première tragédie à fin heureuse), Polyeucte (1641/42) La Mort de Pompée (1643) et comme dernière comédie, Le Menteur (1644). Dans ces tragédies comme aussi dans sa tragi-comédie Nicomède (1651), les thèmes cornéliens outre celui du dilemme honneur/amour, sont d’ordre politique et aborde des questions sur le pouvoir, la succession, la guerre civile ; thèmes qui le mettent en phase avec la période trouble des Frondes, populaire et princière (1648-1653) et que reflète sa vie à ce moment-là : nommé par Mazarin Procureur Général des États de Normandie, il sera destitué et il perdra sa pension de 1000 livres que Mazarin exilé lui avait octroyé. Il devra retrouver ses charges qu’il avait vendues.,.
Par la suite, il s’oriente vers un nouveau genre de tragédie qu’il qualifiera de ‘tragédie implexe » à cause de la complexité de l’intrigue. Il est à noter que Corneille à adapter des pièces du dramaturge Pedro Calderón de la Barca (1600 - 1681) introduisit dans ses ‘comedias’ des intrigues plus complexes et mieux élaborées que ne le fit son maitre Lope de Vega, initiateur de cette formule.
Andromède, représentée avec machinerie et intermèdes musicaux au Petit-Bourbon en 1650, est une des plus représentatives de ce choix de la complexité avec la quête d’identité du héros. En 1651 sa pièce Pertharite est un échec. Il va rester huit ans sans écrire pour le théâtre, se consacrant à la traduction de l'Imitatio Christi (Imitation du Christ) de Saint Thomas à Kempis, qu'il achève en 1656, et à des écrits critiques sur sa dramaturgie. Il va revenir à l’écriture théâtrale et donner une pièce par an, Œdipe (1659), La Conquête de la Toison d'or (1661), Sertorius (1662), Tite et Bérénice (1670),Pulchérie (1672), Attila (1667). Mais le genre de ses tragédies a moins les faveurs du public qui se tourne vers les tragédies de son frère Thomas, de Philippe Quinault (1635-688) également librettiste entre autres de Lully, et enfin de Racine, dont les tragédies bouleversent les codes, le sentiment amoureux prévaut sur l’héroïsme.
Corneille écrira sa dernière pièce Surena en 1674/75. Racine est en plein succès et la mode est alors à l’opéra (de Lully). Ses gratifications allèrent diminuant voir même furent interrompues un temps, les travaux de Versailles et les guerres entreprises par Louis XIV coûtaient cher. En 1682, il quitte son appartement du Chemin des Gravois (actuelle rue de Cléry, 2ème arr.) qu’il occupait, lui et sa famille avec son frère et sa famille depuis 1674 pour s’installer avec sa seule famille rue d’Argenteuil (1er arr.), proche de l’Académie Française à laquelle il a été reçu en 1647 après deux échecs au prétexte qu’il n’habitait pas la capitale ; et où il se rendra jusqu’à un an avant sa mort. Son frère prendra sa succession. Racine qui en prononça le discours de réception dressa en fait l’éloge de son frère.
Il termine ses jours dans la maladie et le souci pécuniaire, les 2000 livres[6] de rente par an qu’il percevait cessèrent de lui être versés à la mort de Colbert en 1683.
« Boileau, informé de sa position cruelle, courut à Versailles et offrit au roi le sacrifice de sa propre pension : « Je ne puis sans honte, dit-il à Mme de Montespan, recevoir une pension du roi, tandis qu’un homme tel que Corneille en serait privé. » Louis XIV s’empressa d’envoyer cent louis à l’illustre malade. Deux jours après, Corneille expirait à l’âge de soixante-dix-huit ans … Racine, qui venait d’être nommé directeur de l’Académie Française, demanda de prononcer son oraison funèbre ; cet honneur fut confié à un autre. Le poète Benserade dit à Racine : « Si quelqu’un pouvait prétendre à enterrer Corneille, c’était vous, et vous ne l’avez pas fait. Trois mois après, Racine se dédommageait en prononçant [janvier 1685] à la réception de Thomas Corneille, successeur de son frère à l’Académie, un magnifique éloge de Pierre Corneille» (https://www. residenceagathos.com/deces-de-pierre-corneille-le-1er-octobre-1684-a-paris/.)
Œuvres Majeures : L’Illusion Comique (1636), Le Cid (37), Horace (40), Cinna (41), Polyeucte (42), Le Menteur (43), Rodogune (45), Nicomède (51) Tite et Bérénice (70) Suréna (1674).
La Tragédie Cornélienne
C’est tardivement dans ses Discours et Examens, après 1660 que Corneille fixe son système dramatique. Le sujet, emprunté à l’histoire, de préférence romaine (Horace, Cinna, Pompée) ou à la légende, porte sur une action extraordinaire qui pourrait passer pour invraisemblable si elle n’avait un support historique ou légendaire. Boileau limitera le vraisemblable à la bienséance (à la morale). Pour Corneille, « le vrai peut parfois ne pas être vraisemblable ». nous dirions de nos jours que la réalité peut dépasser la fiction.
Après 1650, L’intrigue de ses tragédies va se complexifier. Corneille parle de « Tragédies implexes ». Par exemple au couple Tite et Bérénice (pièce d’après Suétone) de 1670, il ajoute le couple Domitian-Domitie ; ce qui peut donner une intrigue trop lourde et dissiper l’intérêt du spectateur. Déjà dans Polyeucte (1642 au Théâtre du Marais), on trouve deux intrigues qui se réunissent à la fin. Cette complexité est à l’opposé de l’intrigue racinienne qui « fait quelque chose de rien ».
Le conflit est en quelque sorte le nerf de la tragédie cornélienne. Il « oppose l’impétuosité des passions aux lois du devoir et aux tendresses du sang. Cléopâtre, aveuglée par la soif de pouvoir, réprime son sentiment maternel ; Horace dans ses excès patriotiques, fait taire son amour pour Sabine, son épouse, et son attachement à ses beaux-frères, et va ignorant les « tendresses du cœur » jusqu’à tuer sa sœur ;. Polyeucte fait le sacrifie de toutes « ses affections terrestres » pour satisfaire à son devoir de chrétien… Dans ce conflit entre devoir et passion, c’est toujours le devoir qui l’emporte. A noter qu’au XVIIème siècle, le terme de passion ne désigne pas comme de nos jours un intense sentiment amoureux, une forte attraction envers une personne ou un vif intérêt pour une activité. Il a d’abord désigné la souffrance (Passion du Christ). A l’âge Classique, il signifie l’émotion en général, les sentiments de plaisir ou de déplaisir. Dans son Traité des Passions ( ou Les Passions de l’Âme, à noter le pluriel, daté de 1649, Descartes parle des mouvements de l’âme.
L’admiration est un ressort dramatique que Corneille privilégie plus que la crainte et la pitié qui pour Aristote étaient les deux ressorts premiers de la tragédie : pitié éprouvé envers le protagoniste qui sombre dans le malheur (le tragique) et crainte pour nous de subir un sort semblable à suivre nos passions. Pour que « la purgation des passions, puissent se faire, le héros ne doit être ni tout à fait bon ni tout à fait mauvais, qu’il suscite notre sympathie sans être tout à fait irréprochable. Pour Corneille, le héros doit susciter l’admiration pour son courage, pour sa prise de décision, souvent radicale qui tranche le conflit, et non de la pitié.
Ainsi le héros, admiré qu’il doit être, s’admire en fait aussi lui-même. Il a une haute idée de lui-même. Il tire gloire de satisfaire à son honneur, gloire qui est « une forme passionnée de l’honneur ». Fier, le héros cornélien ne doit pas d’abord se décevoir. Il veut « réaliser la plus haute image de lui-même ».
Ainsi « l’amour est seul digne d’être confronté à la gloire » . Ils paraissent s’opposer, mais gloire et amour sont d’une même veine. « La gloire est fondée sur l’estime de soi-même, l’amour sur l’estime de l’être aimé. » (Pour cette section, Lagarde et Michard/ XVIIème siècle/ Corneille, Bordas 1970)
La tragédie héroïque cornélienne inspirera fortement le dramaturge John Dryden (1631-1700) (voir Teulade, Anne. « Dryden et Corneille : pratique et critique de la tragédie héroïque ». Pratiques de Corneille, édité par Myriam Dufour-Maître, Presses universitaires de Rouen et du Havre, 2012, https://doi.org/10.4000/books.purh.10338.)
Quant à la comédie dite héroïque, Corneille la distingue nettement de la tragédie. Dans sa préface de Don Sanche d’Aragon il écrit : « Don Sanche est une véritable comédie, quoique tous les acteurs y soient rois, ou grands d’Espagne, puisqu’on n’y voit naître aucun péril, par qui nous puissions être portés à la pitié, ou à la crainte. »
« La comédie, dans le système cornélien - mais sur ce point Corneille n’est pas une exception - se définit par opposition à la tragédie, qui se définit avant tout par le péril de vie concernant deux personnages liés par le sang ou l’amour, puisque c’est ce péril qui provoque les effets propres à la tragédie. Ce qui ne comporte pas ce type d’action ressortit à la comédie, indépendamment du « rire » qui n’est pas considéré comme critère suffisant ni même nécessaire du genre comique. » (Revaz Gilles. La comédie héroïque et la tragédie : quelle distinction générique ?. In: Littératures classiques, n°51, été 2004. Le théâtre au XVIIe siècle : pratiques du mineur. pp. 305-315; Doi : https://doi.org/10.3406/licla.2004.2017; https://www.persee.fr/ doc/licla_ 0992-5279_2004_num_51_1_2017;)
Corneille et Molière
Corneille et Molière, sa femme Armande et sa troupe ont entretenu des liens étroits de 1658 où la troupe arrive à Rouen jusqu’à la mort de Molière en 1673 à Paris. La troupe, L’Illustre Théâtre, installée au Palais-Royal créera plusieurs pièce du tragédiens tandis que Molière donnera ses plus grandes comédies.
L’affaire Corneille-Molière opposent cornéliens et moliéristes sur la question de la paternité des grands chefs-d’œuvre de Molière.
Molière est un chef-d'œuvre de Corneille, c’est ainsi que le poète et romancier français, Pierre Louÿs (†1925) intitula son article paru en 1919 dans la revue Comédia. Cet article remettait en question la paternité des œuvres de Molière pour les attribuer à Corneille. Les arguments principaux, étaient :
- · Que Corneille avait besoin d’argent n’ayant rien écrit depuis 1651 ;
- · Qu’il voulait rester le plus grand auteur de tragédies du théâtre français ;
- · Qu’il pouvait sous l’anonymat prendre sa revanche sur la bourgeoisie parisienne avec des comédies satiriques comme Les Précieuses, L'École des Femmes…
Mais encore[7]
« Nous n’avons de Molière aucune œuvre manuscrite, aucune épreuve d’édition, aucune correspondance, aucun billet doux ou professionnel, aucun livre annoté de sa main, aucune dédicace, aucun brouillon de pièce en chantier. Encore plus inexplicable : alors que la mode était aux correspondances d’hommes célèbres, aucune lettre de Molière n’a été citée ou éditée par un tiers [8]» ;
« Il existe de si grandes disparités de style entre les différentes pièces signées Molière, ainsi qu’à l’intérieur de chacune d’elles, que le pire côtoie le meilleur. Pour le moliériste Daniel Mornet : « Il y a un style de Regnard, un style de Marivaux, un style de Beaumarchais, même un style de Nivelle de la Chaussée, qui est détestable, ou un style des drames de Diderot, qui n’est pas meilleur. Il n’y a pas de style de Molière .»
Sont aussi notées des similitudes entre l’alexandrin de certaines pièces signées Molière et celui de Pierre Corneille.
La supercherie serait d’autant possible que le débutant Molière connaissait bien la vie parisienne et la vie de province, savait animer une scène, lui donner du mouvement mais connaissait peu l’écriture théâtrale et ses règles. Il aurait été un homme de théâtre mais non un lettré. De plus, Molière séjourna plusieurs mois à Rouen en 1658 et Les Précieuses ridicules ont été jouées l’année suivante au Petit-Bourbon. Le succès fut considérable.
En 1957, l’écrivain Henry Poulaille publie Corneille sous le masque de Molière en voulant démontrer la validité des thèses de Pierre Louÿs. L’ouvrage passe quasiment inaperçu. En 1990, l’avocat belge Hippolyte Wouters publie Molière ou l’auteur imaginaire ? qui suscite la polémique.
En 2002, à partir de différents outils d’analyses statistiques qu’il a utilisé, dont le calcul de la distance intertextuelle, pour Dominique Labbé, spécialisé dans la statistique appliquée aux faits sociaux et au langage, et auteur de Si deux et deux font quatre, Molière n'a pas écrit Dom Juan (2009), la paternité des œuvres de Molière à partir de 1659 doit être attribuée à Corneille.
En 2004, l’écrivain et chercheur Denis Boissier dans L’Affaire Molière parvient sur un plan historique et littéraire aux mêmes conclusions que Dominique Labbé.
En 2006 , « L’Association cornélienne de France ouvre le site ‘corneille-moliere.org’ (site officiel de l’affaire Corneille-Molière) qui rassemble chercheurs, historiens, écrivains, professeurs de Lettres, journalistes littéraires et personnalités du théâtre. Leurs études, associant la carrière de Pierre Corneille et celle de Molière, présentent un faisceau d’indices précis, graves et concordants » (https://corneilleavecmoliere.net/Corneille_avec_Moliere/LAffaire_Corneille-Moliere.html).
Selon la linguiste russe Eléna Rodionova, linguiste à l'Université d'État de Saint-Pétersbourg, a dans sa thèse de 2008 consacrée à la question de la paternité des œuvres de Molière utilisé la méthode " de la ‘’reconnaissance des formes ‘’, Le Dépit amoureux, L'École des maris, Les Fâcheux, L'École des femmes, Tartuffe, Les Femmes savantes sont à 95% probablement de Corneille Selon elle, il est fort que Sganarelle, Le Misanthrope, Mélicerte, la Pastorale comique probable sont à 63-73 % probablement aussi de Corneille, et L'Étourdi de Quinault.
Les statisticiens Valérie Beaudouinet et François Yvon, le chercheur à l’ATST (Archive, texte et sciences des textes) Jean-Marie Viprey, à partir d’approche différentes des textes des deux dramaturges, remettent en cause leurs conclusions. Ainsi que Georges Forestier, titulaire de la chaire des études théâtrales du XVIIe siècle à la Sorbonne qui rappelle que si nous n’avons aucun manuscrit de Molière, il en est de même pour Corneille et pour Racine, et que si Molière est devenu le grand auteur que l’on connaît à un âge avancé pour l'époque, cela tient à la progression de son œuvre, de sa première comédie, L'Étourdi, écrite en 1655 (il a 33 ans), inspirée d'un modèle italien, à sa première grande comédie originale, L'École des femmes, créée en décembre 1663 (il a 41 ans). Enfin, les travaux de Florian Cafiero, chercheur au CNRS, et Jean-Baptiste Camps, chercheur à l'École nationale des chartes, démontrent par une étude stylistique que Molière est bien l'auteur de ses pièces.
D’autre part :
Pierre Corneille était le collaborateur idéal :
-Il a commencé sa carrière comme "fournisseur" de la troupe de Mondory au Théâtre du Marais ;
- - Il a été le collaborateur littéraire du cardinal de Richelieu et celui de son riche intendant Desmarets de Saint-Sorlin ;
- - Il a longtemps été un « poète comique » très applaudi ;
- - Il maîtrise parfaitement la comédie et la satire, (ses premières pièces sont des comédies) ;
- - Il n’a jamais refusé une commande ;
- - Il a toujours cherché à mêler comédie et tragédie (tous les chefs-d’œuvre signés Molière sont à la frontière des deux genres) ;
- - Il ne fréquente aucun salon littéraire et a des comptes à régler depuis 1637 avec les doctes, depuis 1642 avec les dévots et les Précieuses ;
- - Il est tenu, à cause de ses six enfants, de gagner toujours plus d’argent ;
- - Il est d’un tempérament secret et mystificateur ;
- - Il est d’une rapidité d’exécution étonnante. ( Réf. cit.)
« Alors que la littérature du XVIIe est si abondante sur l’œuvre d’un Corneille et d’un Racine, pourquoi est-elle si pauvre sur celle de Molière ? […] J’ai eu la curiosité de lire toutes les préfaces de ces auteurs dramatiques dont beaucoup, comme Molière lui-même, furent comédiens et parfois de sa troupe même : Baron, Boursault, Brécourt, Champmeslé, Thomas Corneille, Donneau de Visé, Hauteroche, Montfleury père et fils, La Tuilerie, Raymond Poisson, Quinault, Rosimond, Brueys et Palaprat, Regnard, Dufresny, Dancourt ; pas un ne cite le nom de Molière, ne fait allusion à son œuvre. » (Georges Mongrédien, historien spécialiste du XVIIème siècle, Recueil des textes et des documents du XVIIe siècle relatifs à Molière,)
Corneille et Racine
Avec son Andromaque (1667), Racine rompt avec la conception héroïque de la tragédie que Corneille avait édictée en 1660 dans son Discours de l'utilité et des parties du poème dramatique : le politique doit toujours prévaloir sur l’amour (la galanterie : rapports galants, séducteurs envers l’être aimé, compliments flatteurs) ; l’amour se doit de rester au second plan car il relève du genre comédie.
En 1670, Henriette d’Angleterre, Madame, épouse de Monsieur, portait une attention particulière au jeune Racine qui lui était redevable du succès de son Alexandre Le Grand en 1665 ; succès qui lui valut une pension de 800 livres. Elle souhaita que les deux poètes composent une tragédie sur un même sujet : les Adieux de Titus et de Bérénice. Racine, en pleine possession de son art et au début d’une décennie au cours de laquelle il écrira ses plus grandes œuvres, jouissait des faveurs du public et de la cour ; ses grands chefs-d’œuvre derrière lui, Corneille n’était déjà plus le Grand Corneille, et le tragique héroïque était passé de mode.
Bérénice de Racine fut représenté le 21 novembre 1670 à l’Hôtel de Bourgogne, Le Tite et Bérénice de Corneille fut représentée hui jours plus tard au Théâtre du Palais-Royal le 28 novembre et de sa tragédie, on n’aura retenu qu’un beau vers : « Chaque instant de la vie est un pas vers la mort ».
Quelques points de comparaison entre le normand Pierre Corneille (1606-1684) et le Picard, Jean Racine (1639-1699): Les tragédies de Racine débutent alors que l’action a déjà commencé. Le spectateur prend l’histoire en cours de déroulement comme s’il avait manqué le début. Corneille, plus classique en cela, attend que le spectateur soit dans la salle, que le rideau soit levé pour faire commencer l’action… en un lieu… Mais, parce que plus soucieux de vraisemblance que Corneille qui sait que la réalité historique dépasse souvent la fiction, Racine est de ce point de vue plus classique.
Racine peint les hommes tels qu’ils devraient être, Corneille tels qu’ils sont.
Racine est un janséniste ami de Fénelon. Corneille est un stoïcien, son christianisme est plus proche de celui de Bossuet.
L’amour chez racine se nourrit de passion. Il est une longue suite de rendez-vous manqués : Pyrrhus (celui de la fausse victoire) aime Andromaque qui aime Hector, son époux défunt. Phèdre aime Hippolyte qui aime Aricie.
Chez Corneille, l’amour se forge dans l’admiration. Il est un choix impossible, confronté qu’il est à un devoir contraire.
Le vers racinien par son rythme ses sonorités dépasse les douze pieds de l’alexandrin.
« Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes » (Andromaque, Acte 5, scène 5)
Le vers cornélien tend plus vers l’éloquence, une déclamation qui maîtrise la césure à l’hémistiche.
« Prends un siège Cinna, prends et sur toute chose /Observe exactement ce que je t’impose » (Cinna, Acte IV, scène 2)
« A vaincre sans péril on triomphe sans gloire » (Le Cid, Acte II, scène 2)
Quand les tragédies de Racine commencent à être jouées, au début du règne de Louis XIV (1661), Corneille a déjà son œuvre derrière lui ; ces pièces ont été jouées en grande majorité sous Louis XIII. Racine entame la grande période du classicisme, Corneille clôt celle du baroque français.
Thomas Corneille
Thomas Corneille (1625-1709), né à Rouen, mort à Paris, de dix-neuf ans le cadet du « Grand Corneille » comme il se plaisait à nommer son frère, conscient de son moindre talent, écrivit pour tous les genres dramatiques et pour aussi pour l’opéra (exactement la tragédie-lyrique). Il obtint de grands succès au théâtre : les plus célèbres, Ariane, le Comte d'Essex, tragédies et le Festin de Pierre, comédie versifiée du Don Juan en prose de Molière. Il a laissé quarante-deux œuvres dramatiques
Ses confrères de plume, Palissot, La Harpe, portèrent des jugements mitigés sur son œuvre lui attribuant « une versification flasque et incorrecte », tandis que Boileau le traité de « cadet de Normandie. Par contre, Voltaire estima « qu’il était le seul de son temps qui fût digne d'être le premier au-dessous de son frère… et que c'était un homme qui aurait une grande réputation s'il n'avait point eu de frère ». Dans les années 70, ses ‘tragédies amoureuses’ comme celle de Quinault et Racine éclipsèrent ce qu’il pouvait rester de lustre à son frère.
Il fit parti des ‘modernes’ et combattit La Bruyère. Entré en 1685 à l'Académie Française sur un discours de Racine, membre de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, il est l’auteur du Dictionnaire des Termes des Arts et des Sciences et du Dictionnaire Universel Géographique et Historique.
Homme bon, modeste, au talent reconnu, il mourut vieux et aveugle en 1709. Sa famille partagea pendant assez longtemps l’appartement de son frère et de sa famille.
Molière
Jean-Baptiste Poquelin[9] (1622-1673), né à Paris, rue de la Juiverie dans le quartier juif du Marais, et mort à Paris, rue de Richelieu (2ème arr.), est issu d’une famille bourgeoise aisée dont le père était tapissier du roi[10]. Sa mère meurt alors qu’il a 9/10 ans en mettant au monde son frère cadet. Elle avait mis au monde un premier enfant qui n’avait pas survécu. La mort prématuré de sa mère sera une épreuve déterminante chez l’enfant et fera que le futur dramaturge ne créera dans aucune de ses pièces le personnage emblématique de la mère. Mais on y trouvera des épouses, des jeunes filles. De même que cette figure de la Mère sera absente, sera absente une quelconque évocation et encore moins invocation d’un Dieu rejeté. Son père se remarie et à ses cinq frères et sœurs en viendront s’ajouter deux autres. Il fait ses premières études au lycée de Clermont (actuel Louis-Le-Grand) comme le fera Voltaire. Il y rencontrera entre autres Savinien de Cyrano de Bergerac. Outre l’ enseignement classique qu’il reçoit, il apprend l’escrime et la danse.
A Clermont, Molière devient pour toujours l’ami de Claude-Emmanuel Luillier, homme de lettres qui, connu comme libertin sous le nom de Chapelle, sera une des élèves de Gassendi. Au début des années 1640, le bon vivant et enjoué François Bernier assistait à Paris aux leçons que donnait son ami proche Gassendi à son élève. Chapelle a laissé son nom dans l’histoire pour avoir été l’ami proche de Molière mais aussi de Charles Coypeau d’Assoucy dit Dassoucy et de Cyrano de Bergerac (voir Poésie/France).
Charles Coypeau d’Assoucy (1605-1677), musicien, joueur de théorbe, écrivain aux mœurs dissolus s’inscrivant dans le courant libertin, ami de toujours de Molière fut son collaborateur musical. Quant à Cyrano, on sait la vie libertine et l’amitié particulière qu’il entretenait avec Dassoucy.
Selon le polymathe Jean-Léonor Le Gallois sieur de Grimarest (†1713), auteur de la première biographie de Molière en 1705, ce dernier aurait comme Cyrano de Bergerac suivi les cours de Gassendi.
A 20 ans, Poquelin travaille un temps aux côtés de son père qui à l’intention de lui céder sa charge. Pour cela, il aurait été dans la suite de Louis XIII se rendant à Narbonne. Un an plus tard en 1643, il contrecarre le souhait de son père et décide de devenir comédien. Le nom de scène qu’il prendra, Moliere (toujours orthographié sans accent), se trouve pour la première fois dans un document daté du 28 juin 1644.
Plusieurs hypothèse sont avancées sur l’origine de ce surnom :
- · Louis de Mollier (vers 1615-1688), auteur en 1640 d'un recueil de Chansons pour danser, aurait autorisé Moliere qui aurait vu en lui un maître, à emprunter de son nom.
- ·
Molière aurait pris son surnom à François-Hugues de Molière, auteur libertin méconnu, mort en duel ou assassiné en 1624, auteur d’un ouvrage à succès paru en 1640,
La Polyxene de Moliere.
Selon l’usage courant, Molière comme bien d’autres comédiens - Guillaume Desgilberts se disant Sieur de Mondory du ‘Marais’, Pierre Le Messier se disant Sieur de Bellerose, Zacharie Jacob se disant Sieur de Montfleury, Josias de Soulas, se disant Sieur de Floridor (lui était vraiment gentilhomme), tout trois de l’Hôtel de Bourgogne- aurait trouvé son nom en se donnant un imaginaire titre provenant d’un imaginaire domaine .
« Or, ajoute Forestier [Georges, professeur émérite de littérature française à la Faculté des lettres de Sorbonne Université], dans les mois qui suivirent la constitution de L’Illustre Théâtre, tous les garçons prirent des noms de théâtre champêtres. Joseph Béjart devint le « sieur de La Borderie », Germain Clérin le « sieur de Villabé », Georges Pinel le « sieur de La Couture », Nicolas Bonenfant, le « sieur de Croisac », et Nicolas Mary s’était depuis longtemps fait connaître comme le « sieur Des Fontaines ». Et Molière signa « De Molière ». Or, des dizaines de lieux-dits ou de villages français se nomment Meulière ou Molière, et désignent des sites où se trouvaient des carrières de à meule… Il est donc très probable que Molière ait choisi à son tour un fief campagnard imaginaire, ce qui expliquerait qu'il ait commencé par signer « De Molière » et ait été régulièrement désigné comme « le sieur de Molière ».
Cette même année 43, Molière, les Béjart, Joseph, Geneviève et Madeleine (1618-1678) de quatre ans son ainée et cinq autres compagnons créent la troupe de l’Illustre Théâtre. Ce sera après celle de Bellerose à l’Hôtel de Bourgogne créée en 1630 et celle du Théâtre du Marais crée en 1634, la troisième troupe permanente de théâtre qui se produira à Paris.
La troupe loue la salle du Jeu de Paume des Métayers au n°12 de l’actuelle Rue Mazarine et la transforme en théâtre. L’inauguration a lieu le 1er janvier 1644 avec La Mort de Sénèque de Corneille, tragédie évoquant une conspiration avortée contre Néron. « C’est un échec total » et la troupe doit déménager au plus vite. De plus, Molière est un temps emprisonné pour ne pas avoir payer la facture des chandelles. Un document daté du 28 juin 1644 mentionne pour la première fois son nom de scène, Molière. A la fin de cette année 1644, L’Illustre Théâtre s’installe dans la salle du jeu de paume de la Croix Noire, rue des Barres, dans le quartier Saint Paul, emportant les bois et les loges et réaménageant en 18 jours seulement la nouvelle salle (https://www.histoires-de-paris.fr/ theatres- jeux-paume-moliere/).
Mais sans plus de succès. Après quelques autres tentatives malheureuses [dont en 1645, la création de La Mort de Crispe de Tristan L’Hermite], Molière [et toute la troupe] va quitter Paris pour une tournée provinciale qui durera plus de douze années » (Danielle Mathieu-Bouillon réf. cit.), de 1645/46 à 1658.
L’Illustre Théâtre, qui a fait faillite, s’associe pendant cinq ans à la troupe de Charles Du Fresne (1611-1684), protégé du Duc d’Épernon qui a été un des mignons[11] de Henri III (†1589) et qui est alors Gouverneur de Guyenne. Plus ou moins rayonnant dans le Sud-Ouest, les deux troupes fixent leur port d’attache à Lyon où jouait déjà la Commedia dell’arte et part jouer dans le Languedoc, la Provence… En 1650, Dufresne meurt et Molière prend la direction de la troupe, direction qu’il gardera jusqu’à sa mort. La troupe a du succès. Après avoir bénéficié des faveurs du Comte d’Aubijoux, lieutenant-général du roi pour le Haut-Languedoc, elle obtient en 1653 celles du Président des États du Languedoc, le Prince de Conti (†1666), frère du Grand Condé et en conséquence de quoi une pension. Elle (les deux troupes associées) prend le nom de Troupe de M. Le Prince de Conti. En 1657, Conti se fait janséniste et ‘lâche’ ses comédiens.
Ces années provinciales ont formé Molière comédien notamment au contact des acteurs du Théâtre Italien ; Molière auteur avec des farces comme La Jalousie du Barbouillé, Le Médecin Volant, bon connaisseur qu’il était de la Farce traditionnelle et connaisseur aussi de la société de son temps, côtoyant hobereaux, villageois, marchand, grands seigneurs, paysans aux patois variés… Deux de ses comédies connurent particulièrement le succès : L’ Étourdi créé à Lyon en 1655 et Le Dépit Amoureux musique de Marc-Antoine Charpentier) crée l’année suivante à Béziers en 1656.
En 1658, selon les sources, la troupe soit s’installe à Rouen soit y séjourne plusieurs semaines. Pour rappel, Mondory avec sa troupe est passée à Rouen en 1629 où il découvert le talent du jeune Corneille et a commencé à jouer ses comédies en 1630 au Théâtre du Marais et en 1637 Le Cid qui révéla Corneille au grand public. Sous la protection nouvelle de Monsieur, la troupe fait son entrée à Paris, cette même année 1657.
« 1658 : Mai : Thomas Corneille explique dans une lettre qu’il attend [à Rouen donc et les Corneille et Molière auraient déjà eu des échanges expliquant cette attente ?] la venue de Madeleine Béjart et de sa troupe (Molière n’est encore qu’un comédien parmi les autres) [ ?? Molière dirige la troupe depuis la mort de Dufresne en 1650]
- - Juin-juillet : Long séjour de la troupe à Rouen et lecture chez les Corneille du roman La Précieuse de leur ami l’abbé de Pure, source des Précieuses ridicules. [Corneille est encore
pour un temps Le Grand Corneille qui a connu auteur de grands succès, mais qui n’écrit plus pour le théâtre depuis 8 ans]. - - Octobre : Corneille et Molière quittent Rouen pour Paris [avant 1673, Corneille n’y fera que des séjours].
- - Octobre/novembre : La troupe de Madeleine Béjart/Molière représente devant le Roi plusieurs pièces de Pierre Corneille » [ ?? Corneille revient au théâtre en 1659 avec Œdipe
joué au l’Hôtel de Bourgogne, la pièce sera bien accueillie.] (https://corneilleavecmoliere.net/Corneille_avec_Moliere/LAffaire_Corneille-Moliere.html)
A Paris, de 1661/62 à 1673, la troupe et le Théâtre Italien vont se partager la scène du Théâtre du Palais –Royal (voir Les Salles). En 1673, les deux familles Corneille, Pierre et Thomas, s’installent définitivement à Paris.
La Commedia dell’arte a connu son apogée au XVIIème siècle avec des troupes comme celle d’Andreini (rôle du Capitan) qui est venue jouer à Paris au tout début du siècle. La troupe italienne partagera le Petit-Bourbon (grande salle réservée aux représentations et cérémonies dans l’ancien Grand Hôtel de Bourbon) avec Molière qui s’inspira largement, lui, le ‘père’ de Sganarelle, de ce genre théâtral. Ses pièces, à lui, serviront par la suite, en retour, de fil conducteur aux représentations de la Commedia.
Le personnage créé par Henri Legrand, Turlupin (voir Farceurs et Bateleurs), est l'ancêtre direct du Mascarille (L’Étourdi, Lyon 1655] et du Scapin de ses Fourberies, 1671 Palais royal) (Encyclopædia Universalis)
Les grands succès vont se succéder :
Sont joués devant le roi en 1658 au Petit-Bourbon L'Étourdi ou Les Contretemps et Le Dépit amoureux qui lassent un peu le roi ; il présente alors Le Docteur Amoureux, ravi le roi lui confie la salle. Il présentera l’année suivante Les Précieuses Ridicules qui, enrichi par le jeu de l’acteur comique Julien Bedeau dit Jodelet, connut un succès considérable. Mais le théâtre sera fermé l’année suivante, en 1660 pour construire à sa place la colonnade du Louvre. Les comédiens allèrent jouer au Théâtre du Palais Royal.
Dans Les Précieuses, Jodelet reprenait son rôle du Vicomte Jodelet et Molière interprétait Mascarille, bouffon traditionnel de la Commedia. Molière le remplacera par Sganarelle.
Il va s’essayer sans succès à la tragédie héroïque avec Don Garcie de Navarre en 1661. De là, il s’efforça, a-t-on écrit, d’élever la comédie au rang de la tragédie.
Il écrit tout de suite L’École des Maris (1661), comédie-farce dans laquelle à la peinture des caractères et mœurs vient s’ajouter pour la première fois une morale. Quelque mois plus tard, en août, lors de la célèbre fête donnée par Fouquet dans son magnifique Château de Veau Le Vicomte, dans un décor fastueux où l’emblème solaire, peint par Lebrun, tient une place privilégiée(!) (voir Introduction/France/ Les Événement Majeurs/ L’affaire Fouquet) et pour laquelle plus de 3000 invités (Les Fêtes des Plaisirs de l’Ile Enchantée, Versailles 1664 n’en comptera ‘que’ 600) sont venus de toute l’Europe, sont représentés Les Fâcheux, une comédie-ballet[12] satirique qui déroule une série de portraits à laquelle le roi lui-même suggéra à Molière d’ajouter le portait de M. de Soyecourt, chasseur enragé.
1662 est l’année de L’École des Femmes mais aussi du mariage avec Armande Béjart († 1700), plus jeune que lui de 20 ans, sœur de Madeleine si elles ont le même père Joseph Béjart, ou sa fille si elle est née de la relation de Madeleine (1618-1672) avec Monsieur de Modène gentilhomme d’Avignon, qui seront marraine et parrain de la seule enfant sur quatre qui survivra, Esprit-Madeleine Poquelin. A partir de la création de l’Illustre Théâtre en 1643 et pour longtemps, Madeleine, femme à la forte personnalité et à la beauté reconnue de tous, a longtemps été la compagne de Molière de quatre ans plus jeune qu’elle.
L’École des Femmes, une comédie ‘sérieuse’, donnée toujours au Palais-Royal et dans laquelle la profondeur psychologique n’a d’égale que la question morale de la place de la femme dans la société, et donc à commencer par son accès à la culture, lui ouvrant ainsi d’autres horizons. La question de la place de la femme dans la société et son accès à la culture avait déjà était abordée en France notamment par la romancière Marie Gournay († 1645) dans L'Égalité des hommes et des Femmes de 1622
La pièce, en cinq actes, s’origine de multiples sources. De El prevenido engañado (Les Prévenus trompés, 1637) de la nouvelliste María de Zayas y Sotomayor († 1660 voir Roman/Espagne), quatrième de ses romans d'amour et que Paul Scarron traduisit en 1655 sous le titre de La Précaution. L’acteur et dramaturge Dorimond avait déjà écrit en 1659 L'École des cocus, préalablement intitulé La Précaution inutile comme la nouvelle dont elle est l'adaptation. Alors âgée de 32 ans, Agnès a été un des meilleurs rôles de Mademoiselle de Brie (1630-1706), qui sera à l’appel du public amenée à jouer ce personnage jusque dans les années 70. Elle partagea les premiers rôles avec Madeleine Béjart de 12 ans son aînée et sera une des premières sociétaires de la Comédie-Française.
Molière conserve la trame d’un homme d’âge mûr, qui, persuadé que le savoir pervertit les femmes leur donnant trop de liberté d’esprit et autres, décide d’épouser sa jeune pupille élevée dans un couvent et la garde enfermée. Mais malgré cette précaution qui s’avèrera inutile, elle s’enfuira avec un amoureux. Molière renoue avec la Comédie Amoureuse, un genre qu’avait inventé Corneille en 1634 avec La Place royale, qui, créée au Théâtre du Marais en 1636, loin de la farce et du gros comique, traitait de l’amour, de la contrainte à être marié, de la fidélité. L’École connut un grand succès. Molière y ajoute ouvertement une dimension sexuelle : Alain, le valet, empêche son oiseau (son sexe) de sortir de sa cage de peur du chat. L’ingénu Agnès a été gênée dans son sommeil par des puces, référence directe à la littérature érotique dans laquelle les puces sont synonymes des ‘démangeaisons’ amoureuses.
Molière arrive là au juste équilibre entre comique et sérieux. Il fait la jonction entre deux veines du théâtre depuis l’antiquité, l’intrigue amoureuse et la verve satirique qui provoque des éclats de rire. La pièce par le succès immense qu’elle connut suscita La Querelle de L'École des femmes alimentée par ses rivaux, notamment du ‘Bourgogne’, les précieuses, les dévots (Arnolphe est ridiculisé par sa lecture du Catéchisme du concile de Trente 1566) et peut-être les frères Corneille.
Molière répondit par une préface à l’édition de la pièce et par La Critique de l'École des femmes en un acte, jouée ultérieurement en même temps que L’École.
Molière était en pleine gloire. Fortuné, il recevait une pension du roi qui, dit-on, pour mettre fin à l’accusation faite à Molière d’épouser sa propre fille voulut être le parrain de son premier fils né en 1664 et prénommé…Louis. Molière devient le fournisseur des divertissement royaux et charge plus honorifique que réelle, tapissier du roi (comme son père). En cette même année 64 pour les grandes fêtes de L’Ile Enchantée est donnée La Princesse d’Edile. Sa comédie-Ballet, Le Mariage Forcé, chorégraphie de Pierre Beauchamp, musique de Lully , fait date en ce qu’elle lie étroitement l’intrique au ballet et aux divertissements.
La même année est représentée une première version du Tartuffe ou L’Hypocrite, pièce en trois actes. Sous la pression du parti des dévots, des jansénistes et sans oublier toujours celle des comédiens jaloux, elle n’est donnée seulement qu’en privée chez Monsieur.
Le bruit a couru que les frères Corneille se sentant visés dans un passage auraient animé la cabale. L’allusion aux tragédiens est très vague si elle l’est ; et avaient-ils vraiment à gagner à se mettre à dos un directeur de troupe aussi bien en vue à la cour. En tout cas, leur collaboration ne cessa point. La troupe du Palais-Royal créa Attila de Corneille en 1667, rapportant à son auteur le belle somme de 2000 livres, « quatre à cinq fois plus que tout autre auteur ». Et encore, en 1671, Corneille, Molière et Quinault travaillèrent ensemble pour écrire Psyché.
Face à la cabale du Tartuffe, Molière réserva l’année suivante, en 1665, dans le Festin de Pierre à son Don Juan libertin, hédoniste coureur de jupons inspiré du personnage de Tirso de Molina († 1648) (L'Abuseur de Séville et l'Invité de Pierre,1630), le châtiment de la justice divine. Le pièce, sa seule comédie à visée philosophique, n’eut que 15 représentations au Palais-Royal où elles remportèrent un succès qui dépassa celui du Tartuffe. Elle suscita néanmoins à nouveau une cabale mais de moindre importance que la précédente. Le roi décida de prendre la troupe sous sa protection. La troupe de Molière qui depuis 1658 était La Troupe de Monsieur devient La Troupe du Roy, roi qui lui octroie alors une pension de 6 000 livres par an.
Comédie de caractère en cinq actes en prose, L’Avare est donné en 1668 au Palais-Royal. Molière tenant trois rôles, celui d’Harpagon et de ses deux valets Brindavoine et La Merluche. Le rôle de Mariane était tenu par Armande Béjart-Poquelin mais toujours appelée Mademoiselle Molière. Au théâtre, les dames mêmes mariées ont toujours été et sont toujours appelées Mademoiselle.
En 1669, à Chambord, est créé Monsieur de Pourceaugnac qui porte la comédie-ballet « au rang de spectacle total » (Pierre Dandrey, docteur d’État ès lettres, Molière ou l'esthétique du ridicule Librairie Klinsksieck 1992)
En 1671, Molière crée à la Salle des Machines au Palais des Tuileries, Psyché, rôle-titre tenue par Mlle Molière, tragédie-ballet écrite par lui, Corneille et Quinault, avec ballets et intermèdes[13] sur une musique de Lully. Sans doute le plus grand succès de la troupe.
Intermèdes et ballets furent souvent intégrés aux comédies de Molière et autres auteurs. Le Bourgeois Gentilhomme (1670 Chambord, la comédie ballet la plus connue pour telle ) et Le Malade Imaginaire (musique de Marc-Antoine Charpentier) qui fut pour son auteur son dernier rôle, sont représentatives de ce genre, toutes deux avec une chorégraphie du violoniste et compositeur Pierre Beauchamp (ou Beauchamp 1631-1705), à qui l’on doit aussi les ballets de Psyché et de Atys de Lully-Quinault (1676). Le Bourgeois doit une partie de son succès à sa turquerie bien en goût à l’époque qui consistait à évoquer une Orient plus ou moins imaginaire. La pièce a été écrit à l’initiative du roi qui voulait se venger de l’affront qu’il avait reçu de l’ambassadeur du sultan Ottoman qui avait déclaré à son entourage au sortir de la munificente réception au cours de laquelle le Roi Soleil avait voulu l’éblouir par un costume d’apparat rayonnant de diamants, que le cheval de son sultan de maître est plus orné que l’habit royal.
Avec Les Fourberies de Scapin, comédie en trois actes et en prose créée quelque mois plus tard, Molière revient à ses amours premières pour le Théâtre Italien. La pièce a peu de succès mais au fil du temps, elle est devenue la plus populaire comme elle l’était à l’origine et comme lui reprocha Boileau. Molière remplace son Mascarille du Menteur (1642) par Scapin (Sacpino), le valet-bouffon de La Commedia dell’arte, masqué, de blanc vêtu, intriguant, intéressé, que Molière dotera d’une vive intelligence prompte à résoudre les problèmes de ses maîtres. La pièce est inspirée de Phormion de l’auteur romain Terence (185-159), l’une des quatre principales sources antiques d’inspiration du théâtre de comédie du XVIIème siècle avec Plaute (254-184), Aristophane (350-485) et Ménandre (343-292).
En 1672, Corneille écrit pour Mlle Molière une comédie héroïque, Pulchérie (une impératrice byzantine) qui est créée sans grand succès au Théâtre du Marais. Déjà malade, Molière n’y jouera pas. Cette même année 1672, le 11 mars est créé Les Femmes Savantes qui reprend peu ou prou le thème de L’École des Femmes sur l’instruction à donner ou pas au femmes. Molière jouait Chrysale (en quelque sorte le nouvel Arnolphe) et Mlle Molière jouait Armande (?!), une des trois femmes savantes subjuguées par le pédant Trissotin. Ce sera un échec avec pour conséquence que Lully supplante Molière dans les faveurs du roi et inaugure un genre nouveau la Tragédie-Lyrique. Ce genre associe, le ballet de cour et la pastorale et garde des ‘pièces à machine’ le côté spectaculaire de la scénographie avec ses imposants décors mobiles et ses effets spéciaux. Ce genre s’imposera en France pour deux siècles et fera barrage selon la volonté de Lully à l’opéra baroque, essentiellement napolitain.
Madeleine Béjart est morte un mois plus tôt à l’âge de 54 ans. En 1664, trop âgée pour jouer les jeunes premières, elle avait passé la main à sa sœur (ou fille) dans les premiers rôles et ne jouait plus que les servantes.
Molière, contrairement à la légende, n’est pas mort sur scène. Le 17 février 1673, un an jour pour jour après la mort de Madeleine. La Troupe du Roy donne la quatrième représentation du Malade Imaginaire (ironie du sort). Molière est déjà atteint à ce moment-là d’une pneumonie[14] . Il n’est pas en état d’interpréter son rôle d’Argan. Mais, il tient quand même à l’assurer. Au cours de la représentation (les représentations ont lieu toujours en fin d’après-midi), il tombe inanimé. Selon le témoignage de La Grange, transporté à son domicile, 40 rue de Richelieu, il serait mort vers les dix heures du soir. Dans le courant de la soirée, on a en vain cherché un prêtre. Il sera enterré la même nuit sans sacrement ni cérémonie chrétienne, mais « il échappe de justesse à la fosse commune sur l'intervention de Louis XIV » (Charlène Vince, Responsable de l'Encyclopédie de Linternaute.com).
L’acteur Molière était reconnu de son temps comme un très bon acteur dans les rôles ‘comiques’ qu’il écrivait d’ailleurs pour lui, mais il l’était nettement moins dans les rôles sérieux. Tous reconnaissaient son talent de meneur de troupe, mais aussi ses grandes qualités de directeur d’acteur. Le jeu, la mise en scène, les décors ont certainement été pour une grande part dans le succès que rencontraient ses représentations. Esprit vif, il était un manager né et c’est sans mal qu’il fut rapidement le directeur des troupes dans lesquelles il a été, que ce soit celle de l’Illustre Théâtre, celle du Théâtre de Du Fresne dont les comédiens s’étaient mêlés aux siens, qu’avec la troupe de Monsieur devenue la troupe du Roy engageant les bon comédiens de son époque au grand dam du ‘Bourgogne’, comme Charles Varlet, dit La Grange (1635-1692) qui après avoir créé nombre de ses personnages dont Don Juan, le remplacera à la tête de la Troupe du Roy après sa mort. Certains comédiens quitteront alors la troupe pour rejoindre celle de l'Hôtel de Bourgogne dont le célèbre Baron ; ceux qui restèrent fusionnèrent avec les comédiens du Théâtre du Marais et s’installent à la Salle de la Bouteille qui devient le siège du Théâtre de Guénégaud. En 1680, sur ordre du roi, la troupe qui prendra le nom de Comédie- Française en fusionnant avec celle du ‘Bourgogne’. Ils s’installeront dans une salle rue du Faubourg-Saint Germain qui deviendra le Théâtre de La Nation.
Les formes des comédies de Molière, quelles soient en vers ou en prose, sont multiples et font peu de cas des règles du théâtre classique: la farce (l’Étourdi, le Dépit Amoureux, les Fourberies de Scapin), la comédie satirique (Le Médecin Malgré Lui, Le Malade Imaginaire), la comédie de mœurs (L’École des Femmes, Les Précieuses Ridicules, les Femmes Savantes, George Dandin[15]), la comédie de caractère qui touche aussi aux mœurs (l’Avare, Le Misanthrope), la comédie mythologique (Amphitryon, l’Avare en ce qu’elle est empruntée à Plaute), la comédie-ballet (Monsieur de Pourceaugnac, le Bourgeois Gentilhomme et Malade Imaginaire), la comédie sur le théâtre (La critique de l’École des Femmes et L’impromptu de Versailles), la comédie philosophique (Don Juan). Sur l’attribution de leur paternité voir Corneille/Corneille-Molière.
Leur commun dénominateur est qu’il s’agit toujours d’un théâtre réaliste qui veut représenter (avant l’heure) la comédie humaine. Les gens, la société tels qu’ils sont. Durant toutes ses années de province, aussi bien que dans les milieux parisiens, observateur né, Molière n’a eu cesse de noter ce qu’il lui semblait remarquable sur de petites tablettes qu’il portait sur lui en permanence. Point d’héroïsme, point de sublime passion, la vie au quotidien qui se déroule sous nos yeux. Qu’ils nous fassent rire ou qu’ils nous attristent, nous pouvons croiser sur notre chemin les personnages de Molière. Et d’ailleurs, Molière n’a qu’un juge, le public « de la multitude… et des honnêtes gens » (Préface des Précieuses), et n’a qu’une règle, lui plaire. Réaliste et vraisemblable son théâtre sonde la nature humaine mais le plus souvent sous ses mauvais travers : les vices qui se déguisent en vertu, les faux, fausses savants et savantes, les vrais pédants, les prétentieux avides de reconnaissance sociale, les tyrans domestiques…dont soufre leur entourage et font obstacle à l’amour et aux amoureux. Mais l’amour là aussi prend quelque peu tournure du ridicule ou du moins comique :
« Et quant aux transport amoureux [du 5ème acte de L’École] qu’on accuse d’être trop outré ou trop comique, je voudrais bien savoir si ce n’est pas faire la satire des amants, et si les honnêtes gens mêmes, et les plus sérieux, en pareilles occasions, satire des amants, ne font pas des choses…Mais enfin si nous nous regardions nous-même quand nous sommes bien amoureux… » (La Critique de l’École scène 6)
Une vision quelque peu sombre de l’humain et de sa société. En définitive, un théâtre comique mais
«Quelle mâle gaieté si triste et si profonde, que lorsque qu’on vient d’en rire, on devrait en pleurer!» écrivit A. de Musset en 1840 dans une Soirée Perdue après avoir assisté à une représentation du Misanthrope.
Selon l’écrivain Ramon Fernandez († 1944), Molière a découvert que « le ridicule est un point de vue sur l’homme tout entier…un mode d’expression qui vaut, au même degré que la tragédie, pour tout ce qui de l’homme est à exprimer » (La Vie de Molière, Gallimard, 1929)
Ainsi, cet homme, que ses contemporains décrivent comme aimable, doux, civil, sans ostentation, généreux, dont l’autorité tenait à sa seule compétence, avec un côté rêveur que tous lui accordait, qui se liait avec les intellectuels rencontrés dans les salons mais sans avoir d’amitiés réelles avec ses comédiens sauf Baron, a sans doute, par l’obscure clarté de son comique, atteint son but de donner à la comédie une dimension égale à celle de la tragédie. Ainsi, sans doute aussi, n’a-t-il fait que suivre sa propre nature car comme tous les grands faiseurs de rires, cet homme dont l’allure, la démarche pouvait prêter à sourire mais dont les sourcils abondants et foncés, le teint brun lui donnaient un air ténébreux, devait cacher une part plus inquiète de lui-même.
« Le célèbre acteur français Michel Bouquet détectait même dans ses pièces "un règlement de compte avec lui-même".
"Les vices qu'il a peints, ce n'est pas seulement pour les avoir observés dans le monde mais pour les avoir éprouvés lui-même", écrivait en 2017 le comédien qui a joué plus de 400 fois dans des pièces du maître. »
Molières
« Cette piste [celle des villages du Sud portant ce nom] n’est pas à retenir, car on trouve sa première signature sous ce pseudonyme en juin 1643 sur le contrat de fondation de L’Illustre Théâtre, donc avant sa tournée en province. On pense que notre poète a pu choisir son nom de théâtre en hommage à un romancier, François de Molière d’Essertines, libertin notoire, assassiné en 1624. On lui doit un roman, Polyxène, qui connut un succès très honorable — Charles Sorel en écrivit une suite —, et dans lequel on trouve un Alceste, un Philinte, ainsi qu’un fleuve Oronte, noms que notre poète utilise dans son Misanthrope. » (Jean Stouff Littérature et autres arts, Sic transit gloria mundi 2010 , https://biblioweb.hypotheses.org/4340)
Jean Racine
Jean Racine (1639-1699), né à La Ferté Milon (n.o. Paris) dans une famille de petits notables cultivés. Le père de sa mère Pierre Sconin était Procureur du roi en la juridiction des Eaux et Forêts de Villers-Cotterêts. L’enfant se trouve orphelin à trois ans de sa mère Jeanne Sconin ( 29 ans en 1641) et à cinq de son père Jean ( 27 ans en 1643). Il est élevé par sa grand-mère paternelle, marraine et tutrice, Marie des Moulins (ou Desmoulins) et entouré de trois de ses quatre tantes et de leur maris. En 1649, cette grand-mère devient moniale à la suite de sa fille, l’autre tante de Jean, Agnès de Sainte-Thècle Racine (†1700), moniale en 1642 qui sera abbesse de Port-Royal en 1689. Cette tante entretiendra avec son neveu non seulement pendant longtemps une correspondance mais encore de forts liens affectifs partagés.
A dix ans, dispensé de pension au vu de sa situation, Jean suit les cours des Petites -Écoles de Port-Royal, école fondée par Antoine Singlin (1607-1664), un des ‘Solitaires’ qui fut directeur spirituel de B. Pascal (1623-1662) (voir Religion/France/Jansénisme et Molinisme/Port-Royal). Racine dira qu’il passa son enfance « dans une société de gens qui se disaient assez volontiers leurs vérités et qui ne s’épargnaient guère les uns les autres sur leurs défauts ».
Puis, il fait ses humanités au collège de Beauvais. En 1655, il revient à Port-Royal-des Champs (Vallée de Chevreuse). Pendant trois ans, ses maitres sont les ‘Solitaires’ Pierre Nicole, haute figure du jansénisme, l’helléniste Claude Lancelot et Antoine Le Maitre fondateur de leur petit groupe. Racine a été ainsi éduqué, loin de l’enseignement jésuite alors dominant depuis qu’au début du siècle ont commencé à être mis en pratique en France les prescriptions de la Contre-Réforme. Un enseignement qui, avec l’esprit rigoureux des jansénistes mais non moins dans l’esprit des auteurs païens de l’Antiquité privilégiait le latin au détriment du grec. Jean connaitra quand même Sophocle et Euripide par cœur.
Jeune homme à la sensualité naissance, il se délecta à lire en cachette Les Éthiopiques (ou Théagène et Chariclée), roman grec d'Héliodore d'Émèse (IIIe ou IVe siècle), qui narre les amours d’une princesse nubienne, prêtresse d’Artémis (déesse de la nature sauvage) éprise d’un jeune thessalien participant aux jeux d’Athènes. Il écrivait alors ses premiers poèmes qui dépeignaient naïvement les paysages de la Vallée de Chevreuse l’environnant.
Tout de sensibilité, il ne put tant s’accorder à l’austérité janséniste qu’il finira par se brouiller avec ses maîtres. Il se détourne de la carrière ecclésiastique à laquelle pouvait s‘attendre ces derniers comme sa grand-mère et sa tante. Il part à Paris suivre les cours de logique au Collège d’Harcourt (futur Lycée St Louis). Il reçoit l’appui de membres de la famille quelque peu éloignés, Jean de La Fontaine (1621-1695) et un cousin, Nicolas Vitart, qui lui procure un toit et un emploi précaire à Paris ; Quant à l’abbé Le Vasseur qui le soutient, il restera un ami fidèle, un confident précieux. Avec lui, le futur tragédien fréquente les comédiens et comédiennes des théâtres du ‘Marais’ et du ‘Bourgogne’. Il trouve un emploi d’intendant chez le duc de Luynes.
« En 1661, à l’occasion du mariage du roi Louis XIV, il propose à Chapelain et Perrault [[16]] une ode De la Seine à la reine. Il en obtient une récompense, il la publie et entre ainsi à 22 ans dans la République des Lettres en tant que jeune auteur prometteur. » (Paul Fièvre, Racine en querelles, https://www.cairn.info/revue-litteratures-classiques1-2013-2-page-199.htm, Littératures classiques 2013/2 (N° 81)).
Ses premiers essais au théâtre, Amasie et les Amours d’Ovide seront la cause des admonestations de sa tante qui lui reproche de s’être engagé dans cette voie de perdition qu’est le théâtre, tandis que ses maîtres le renient carrément. En cette même année1661, sa famille l’envoie loin de Paris, dans le Gard, à Uzès, pour étudier la théologie et pouvoir bénéficier d’une mense de son oncle maternel Antoine Sconin, vicaire général. Grave erreur que de le faire vivre dans le Sud où « toutes les passions y sont démesurées ». Sous des apparences qui satisfont son oncle, il médite une tragédie à partir des Éthiopiques, relie ses chers auteurs dont Virgile et annote une fois encore les dramaturges grecs. Mais « las de faire l’hypocrite », il retourne à Paris début 1663 et s’affranchit ex abrupto de Port Royal .
Comme le dira quelqu’un après lui : « A nous deux Paris ». Racine est ambitieux et il sait qu’un auteur connu peut ‘gagner gros ‘, surtout au théâtre. C’est par la poésie qu’il fait néanmoins son entrée dans le milieu des lettres et à la cour. Deux odes, Ode sur la Convalescence du Roi, suivie de La Renommée aux Muses, certainement écrites à Uzès en prévision de son retour sur la capitale, sont remarquées par Chapelain. En cette même année 63, Le Comte de Saint Aignan, protecteur des Lettres, qui soutint la dramaturge Mme de Villedieu et le romancier Robert Scudéry (frère de Mlle), devient son protecteur, le présente au roi et lui fait rencontrer Molière qui a toutes les faveurs du monarque. L’auteur de L’École des Femmes que d’aucuns ont qualifié de « tragédie burelesque », accepte l’année suivante de jouer La Thébaïde (ou Les Frères Ennemis) qui relate le conflit sur la gouvernance de Thèbes opposant les deux fils d’Œdipe, Étocle et Polynice, nés tous deux de Jocaste qui, mère aussi d’Œdipe, s’est suicidée, leur père Œdipe étant en exil.
En 1665, Racine obtient son premier succès, en bonne partie
dû à l’attention que lui porte Madame, Henriette d’Angleterre, avec Alexandre le Grand, tragédie en cinq actes créée au Palais-Royal et jouée par ce qui devient être officiellement la Troupe du Roy, Louis XIV ayant pris cette même année la troupe de Molière sous sa protection directe. Mais l’auteur n’en a pas apprécié l’interprétation. Il remanie sa pièce et sans avertir Molière s’en va la présenter au ‘’ grands comédiens » du ‘Bourgogne’. Après les ‘Solitaires’, c’est avec un Molière bien en cour, assuré des applaudissements de son public et qui vient de donner précédemment avec succès en cette même année Le festin de Pierre (Don Juan) et Le Médecin Malgré lui que le débutant Racine se brouille.
En 1667, est représenté au Palais du Louvre, son premier chef-d’œuvre Andromaque dédié à Madame, Duchesse d’Orléans. Tragédie qui nous offre le premier exemple de l ‘amour racinien, un amour irrésistible, qui domine tout et qui pour cela mène au tragique. Andromaque est jouée par Mlle Du Parc, Hermione par Mlle Des Œillets, Pyrrhus par Phloridor et Oreste par Montfleury qui mourra un mois plus tard, peu après la fin d’une représentation.
Fils du roi de Mycènes, Agamemnon, Oreste, ambassadeur à la cour d’Épire, aime Hermione, fille du roi de Sparte Ménélas et d’Hélène, fille de Zeus, enlevée par le prince troyen Pâris. Hermione est promise à Pyrrhus qu’elle aime. Mais Pyrrhus fils d’Achille roi d’Épire, a enlevé Andromaque et l’a épousée. Andromaque, troyenne fidèle à son époux Hector, mort durant la Guerre de Troie, est la mère d’Astyanax tué par Pyrrhus.
Chaque personnage est aveuglé par sa passion. Par amour pour Hermione, Oreste ne va pas assumer la mission que son père lui a confié ; il souhaite même son échec et assassine Pyrrhus qui à la fois est prêt à se retourner contre les Grecs, ses alliés d’hier et trahit son engagement d’épouser Hermione. Quant à Andromaque, « plus amante que mère », son amour maternel est nourri de son indéfectible amour pour Hector.
Le succès de la pièce qui est aussi grand que fut celui qu’avait connu le Cid représenté pour la première fois au ‘Marais’ en 1637 par la troupe de Montdory. Ce succès porte au firmament des tragédiens un Racine qui devient le rival du ‘Grand Corneille’. Là, plus d’héroïsme, plus de dilemme entre devoir et amour, de la passion et encore de la passion. A cette époque, Racine est follement amoureux de la Du Parc.
Racine a alors la trentaine. Entouré d’une cour galante, ses ambitions de gloire comblées, il atteint à la maturité de son art. Ce qui ne va pas sans susciter des hostilités. De la part des Cornéliens d’abord puis des auteurs jaloux, entre autres Subligny et Gilles Boileau, académicien, frère ainé de Nicolas qui, du vivant de son frère aîné sera toujours appelé (sieur) Despréaux. Racine qui ne s’en laisse point compter répond par des épigrammes et surtout en 1668 par une comédie en trois actes, Les Plaideurs, inspirée des Guêpes d’Aristophane mais remplaçant la critique de la justice par la satire de mœurs.
Puis pour rivaliser avec son émule, il fait jouer au ‘Bourgogne’, Britannicus, une tragédie romaine qui ne connait pas franchement. Par contre, elle plait à la cour. En 1670, Madame, Henriette d’Angleterre, qui portait une attention particulière au jeune Racine qui lui devait en 1665 le succès de son Alexandre Le Grand et lui valut une pension de 800 livres, souhaite que lui et Corneille composent une tragédie sur un même sujet : les Adieux de Titus et de Bérénice. Racine au début d’une décennie au cours de laquelle il écrira ses plus grandes œuvres, jouissait des faveurs du public et de la cour ; ses grands chefs-d’œuvre derrière lui, Corneille n’était déjà plus le ‘Grand Corneille’ comme aimé a le nommé son jeune frère Thomas, lui-même qui, tragédien, sut s’adapter aux goûts nouveaux du public pour la tragédie amoureuse, le tragique héroïque étant passé de mode. De la pièce de Corneille, Tite et Bérénice, on n’a retenu qu’un beau vers : « Chaque instant de la vie est un pas vers la mort».
La Bérénice de Racine est représenté le 21 novembre 1670 à l’Hôtel de Bourgogne, Le Tite et Bérénice hui jours plus tard au Théâtre du Palais-Royal le 28 novembre.
Les cornéliens ne ‘’lâchèrent pas le morceau’’. Ils reprochèrent à Bajazet (1672) de ne pas être une turquerie suffisamment caractérisée. Une fois encore, Racine affronta son rival sur son propre terrain avec en 1673 Mithridate que l’on donne pour sa « plus cornélienne de ses tragédies ». La façon dont l’auteur mêla les grands sentiments avec les grands intérêts d’état fit courber l’échine à ses opposants.
Au comble de sa gloire, Racine est anobli en recevant la charge de Trésorier du Roi et entre à l’Académie Française. Il devient le protégé des plus grands et des plus puissant(e)s, Condé, Colbert, La Montespan ; Quant au roi, il ne veut pas moins en 1674 que la primeur de son Iphigénie. Quant à Suréna jouée au Bourgogne la même année , la tragédie est un tel échec que Corneille décide de mettre fin à sa carrière d’auteur dramatique. On n’en aura retenu que ce vers du général des Parthes : « Mon vrai crime est ma gloire et non mon amour ».
Molière est mort l’année précédente, ramené de scène alors qu’il avait tenu à être une fois encore Le Malade Imaginaire. Louis XIV lui avait préféré Lylly qui avait donné sa première tragédie lyrique, Cadmus et Hermione, sur un livret de Philippe Quinault l’année précédente en 1673, année de la mort de Molière. Lully débauchera d’ailleurs une partie de la Troupe du Roy, troupe de Molière, et occupera à sa place la salle du théâtre du Palais-Royal.
Sa carrière de Racine connut néanmoins une passage difficile avec l’échec de Phèdre donné en 1677 à l’Hôtel de Bourgogne. Une cabale menée par la Duchesse de Bouillon, La Fontaine, sans doute Pierre Corneille qui ‘fabriquèrent’ le succès de la Phèdre d’un jeune dramaturge tout aussitôt oublié Pradon. A ce triste épisode vint s’ajouter , en pleine Affaire des Poisons (voir Introduction Générale/ France), l’accusation d’avoir empoisonné la Du Parc.
Phèdre met en évidence ce qui apparaissait déjà peu ou prou dans Bérénice : Si l’amour reste l’instrument du tragique, il n’est plus vu comme le grand vainqueur qui tend à mener les personnages à leur pleine exaltation, au plein aboutissement de leur désir passionné ; il est perçu au contraire comme l’instrument de leur malheur. Racine écrit dans la préface de Phèdre qu’il ne veut peindre les passions que « pour montrer de quel désordre elles sont causes». C’est un tournant dans son esprit, lui qui revient comme repentant au jansénisme. Ses personnages consentants ne sont plus magnifiés par l’amour, ils en sont les victimes.
En 1677, il se marie avec Catherine de Romanet, avec qui il aura sept enfants. Ce mariage de raison avec la fille d’un Trésorier de France, charge qui confère la noblesse) se révèlera être une union amoureuse. Il devient historiographe du roi aux côtés de Boileau. Et s’il renonce au théâtre, il ne renonce pas à la cour. Courtisan, ayant pour protecteur les Condi et les Condé, il se veut être en bons termes avec Colbert et Louvois, tout autant que bien s’entendre avec Bossuet et Fénelon. Ses discours et madrigaux encensent le roi qu’il suit partout. En 1689, sur les instances de Mme de Maintenon, il revient au théâtre avec Esther, « quelque espèce de poème moral et historique » qu’interprètent les pensionnaires de Saint-Cyr. Que d’aucuns considèrent comme son chef-d’œuvre.
« Mme de Maintenon a offert à Racine l'occasion d'inventer ce qui a pu lui apparaître comme la forme idéale de tragédie, qui ferait alterner harmonieusement le dramatique et le lyrique, les émotions propres au tragique et l'émotion due aux cantiques, le déclamé et le chanté, l'alexandrin régulier et le vers mêlé, une forme supérieure d'émotion théâtrale, au service de la plus grande gloire de Dieu. » (Présentation de l’édition Gallimard 2007)
Suit Athalie en 1691 .
Racine termine sa vie entouré de ses sept enfants et d’une épouse « simple et calme, admirable maitresse de maison » et dans une aisance plus que confortable. A ses hymnes et Cantiques Spirituels, il ne manque pas d’ajouter une Histoire de Port-Royal. Ce rapprochement avec le jansénisme ne fut pas vu d’un bon œil à la cour. Atteint d’une tumeur au foie, il meurt à la soixantaine en ayant souhaité être enterré à Port-Royal. des champs auprès de son maitre, le Solitaire compatissant, Jean Hamon qui l’enseigna aux ‘Petites Écoles’.
L’auteur de Britannicus a donné lui-même sa conception du théâtre
- ·
dans la préface de la pièce : « Une action simple, chargée de peu de matière, telle que doit être une action qui se passe en un seul jour, et qui, s’avançant par degré vers sa fin,
n’est soutenue que par les intérêts, les sentiments et les passions des personnages. » - ·
dans la préface de Bérénice : « La principale règle est de plaire et de toucher…Les personnages tragiques doivent être regardés d'un autre œil que nous ne regardons
d'ordinaire les personnages [historiques] que nous avons vus de si près... »
Notes
[1] Sur l’Opéra de Paris (Académie Royale de Musique), la Comédie Française et la Comédie à l’Italienne sous l’Ancien Régime voir Solveig Serre Monopole de l’art, art du monopole ? L’Opéra de Paris sous l’Ancien Régime Entreprise et Histoire, Eska, 2008, pp 80-90, halshs -00397296.
[2] Histoire des comédiens de la troupe de Molière / Alfred Copin | Gallica : « Chacun connaît la mort du père du grand Baron, événement passé à l'état de légende. Un jour qu'il jouait le role de Don Diègue, il laissa tomber son épée comme la circonstance l'exige dans la scène avec le comte de Gormas, et en la repoussant du pied avec indignation, il en rencontra la pointe qui lui blessa le pied. Il négligea cette blessure et, deux jours après; la gangrène s'y mit. Il ne voulut pas qu'on lui coupàt la jambe et se laissa mourir (octobre 1655) »
[3] De même pour l’épouse de bourgeois. Cf. https://www. atramenta.net/lire/oeuvre4381-chapitre-81.html#note-citation-71 note 72.
[4] « C’est alors l’usage dans certains salons que l’on fît des portraits, tantôt celui d’une autre personne, à titre de réciprocité, et tantôt le sien propre. Le genre est essentiellement faux. » (https://actualitte.com/article/82663/ ressources/la-rochefoucauld-portrait-de-lui-meme).
[5] Cf. Mongredien Georges La vie quotidienne des comédiens au temps de Molière Hachette 1992
[6] La livre tournois, qui existait depuis le XIIIème siècle, est une monnaie de compte, une monnaie fictive utilisée pour les comptes, contrats, transactions. Les payements sont effectués, eux, en pièces ( pas de billets mais des lettres de change), qui ne portent aucune mention de valeur et dont la teneur en métal précieux (or, argent ou cuivre) est fixée par la livre tournoi dont seul le roi décide (affaiblissement de la teneur= dévaluation=inflation). Elle est divisée en sou (le sol) et denier. Elle a pu valoir 240 deniers ou 20 sous. Colbert arrive à maintenir une stabilité monétaire ; l’écu, la principale monnaie en argent vaudra de 1641 à 89, 3 livres tournois.
Ses pièces étaient frappées à Tours depuis 1203 sous Philippe-Auguste (1165-1223). Jusqu’en 1667 existait le denier tournois de Tours mais aussi le denier breton, provençal, artésien, angevin, chartrain, flamand, lyonnais, nivernais. En 1667, Louis XIV (Colbert) unifie le système monétaire et fait obligation de compter sur tout le royaume en livres tournois. La livre tournoi s’impose entre autres face à la livre parisis (denier du domaine royal, Île-de-France).
De 1651 à 76, 1livre=7,53g d’argent = 2,37€ ; de 1701 à 25, 1L=5,49g=1,73€. 2000t x 2,73= 5460€. Le franc n’apparaitra qu’en 1795. Si le salaire moyen d’un ouvrier était de 1 sou/h, pour 12h de travail/jour il gagnait 12 sou soit un peu plus d’une 1/>2livre. Voir https://www.fourastie-sauvy.org/reference/textesjean/tradition/301-de-louis-xiv-a-1949
[7] Voir plus complètement sur l’affaire et sur Molière https://corneilleavecmoliere.net/Corneille_avec_Moliere/LAffaire_Corneille-Moliere.html
[8]https://information.tv5monde.com/culture/qui-etait-vraiment-moliere-439920 : « La seule survivante de ses quatre enfants, Esprit-Madeleine, perdit ses manuscrits et la première biographie "Vie de M. de Molière" publiée en 1705 alimente depuis les légendes autour de Jean-Baptiste Poquelin ».
[9] Sur Molière voir Cent Ans de Recherches sur Molière archives Nationales https://www.siv.archives-nationales.culture.gouv.fr/mm/media/ download/FRAN_ANX_008004.pdf Et Alfred Copin Histoires de la troupe des Comédiens de Molière 1886https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/ bpt6k9692317p/f253.texteImage#
[10] « Le titre de « tapissier privilégié du roi suivant la cour » fut d’après Henry Harvard, accordé par Henri IV à quatre tapissier, en 1606, puis supprimé par Louis XIII en 1618. Après les avoir rétablis quelques années plus tard, Louis XIII passe leur nombre à six puis Louis XIV le porte à huit en 1658. Ces tapissiers, installés à leur compte, sont autorisés à suivre la Cour dans ses déplacements afin de proposer leur services à l’entourage royal. Ainsi leur revient-il la confection , le transport, la mise en place et l’entretien des meubles personnel des divers princes, courtisans, officiers mais non ceux du roi » (Xavier Bonnet Les Tapissiers Ordinaires du Roi,Versalia Revue de la Société des Amis de Versailles Année 2017 20 pp. 75-95 https://www.persee.fr/doc/versa)
« En 1660, à la mort de son frère qui jusque-là détenait cette charge, le comédien devenu directeur de troupe fut en effet nommé valet-tapissier du roi. Son rôle était, un trimestre par an, de veiller à l’aménagement de la chambre du monarque et d’assister au lever de Louis XIV. » (Christèle Dedebant Docteur en histoire contemporaine https://www.geo.fr/histoire/moliere-etait-il-un-intime-du-roi-soleil-215160).
[11] Jean-Louis de Nogaret (1554-1642), né à Cazaux-Davès (Gers) et mort en disgrâce à Loche, amiral de France, gouverneur de Guyenne et qui participa au siège de la Rochelle (1627-28), fut le mignon du roi Henri III avant d’être son favori concomitamment avec le Duc Ann de Joyeuse. A partir de la renaissance, le mignon était un serviteur de confiance du roi ; le favori étant celui à qui le roi accorde ses meilleurs grâce. Le rattachement à ces deux types de relations de pratiques homosexuelles vient du sens péjoratif que huguenots aussi bien que ligueurs leur ont donné pendant les guerres de religion.
[12] La Comédie-Ballet fait alterner les scènes dialoguées du théâtre avec les danses de la chorégraphie, la musique alliant les deux. Elle donnera un siècle plus tard en France naissance à l’opéra-comique et non comme l’indique certaines sources à l’opéra qui sous d’autres formes était déjà apparu au XVIIème siècle en Italie avec des représentations en Europe dont en France au milieu du siècle. De même que le ballet-de-cour donnera naissance à l’opéra-ballet (Voir Musique/Formes et Genres/Opéra). Molière a souvent répondu aux commandes qui lui étaient faites par le roi. « Les Fâcheux, les Plaisirs de l’île enchantée, la Princesse d’Élide, les Amants magnifiques sont des comédies-ballets dont les textes ne nous importent plus beaucoup aujourd’hui, à l'inverse de Monsieur de Pourceaugnac, Le Bourgeois gentilhomme et Le Malade imaginaire » (Larousse/Molière)
[13] Placé entre deux actes, l’intermède, pièce musicale ou ballet, a pour fonction de divertir les spectateurs durant l’entre-acte qui permettait de changer les décors souvent lourds et d’installer les machineries mais aussi de soulager l’attention de ces mêmes spectateurs qui assistaient à des représentations pouvant durer cinq heures comme c’est le cas pour Psyché.
[14] Ou selon les sources de tuberculose pulmonaire ou de phtisie pulmonaire entrainant émaciation et consomption (extrême fatigue)
[15] A l’occasion du Traité d’Aix-La-Chapelle en 1668 qui mettait fin à la Guerre de Dévolution, fut donné à Versailles une fête mémorable connue sous le nom du Grand Divertissement Royal de Versailles. Seront créés Georges Dandin et Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus (et non du Hasard de Marivaux) par l’Académie Royale de Musique dirigée par Lully sur un livret de Quinault.
[16] Jean Chapelain (1595-1674), auteur d’un poème La Pucelle, que l’histoire littéraire oublia bien vite, joua aux côtés de C. Perrault (†1703), l’auteur des contes et frère de Claude, l’architecte, un rôle déterminant au ‘petit-conseil’ créé par Colbert Surintendant des Bâtiments (parmi bien d’autres charges) « pour «examiner tout ce qui regarde les bâtiments, ‘’l’esprit et l’érudition’’, Petit Conseil qui deviendra en 1663 l’ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. (Cf. Inès Murat Colbert, Fayard 1980, pg. 176 ‘A la Gloire du Roi’. Voltaire écrira de Chapelain : « Chapelain avait une littérature immense, et ce qui peut surprendre, c’est qu’il avait du goût et qu’il était un des critiques les plus éclairés » (cité par I. Murat).
Espagne
Introduction - L'Auto Sacramental - Le Mystère d'Elche - Lope de Vega - Guillén de Castro - Antonio Mira de Amescua
Luís Vélez de Guevara - Francisco Quevedo - Luis Quiñones de Benavente - Tirso de Molina - Juan Ruiz Alarcon
Pedro Calderon - Perez de Montalban - Agustin Moreto - Agustin de Salazar y Torres
Introduction
Comme le roman, la poésie et la peinture, les arts en général, le théâtre contribua largement à faire du XVIIème espagnol un Siècle d’Or . Des auteurs comme Lope de Vega, Guillén de Castro, Quevedo, Calderon, Agustín Moreto pour ne citer que les plus grands ont apporté sur scène toute la vigueur et la richesse d’une langue castillane au service d’un développement complexe des intrigues à rebondissement, d’une profondeur et d’une délicatesse des caractères qui serviront de modèles que le sujet soit social, religieux ou de mœurs. Leurs œuvres vont influencer la dramaturgie européenne et rester pour longtemps aux répertoire des compagnies théâtrales.
Un théâtre qui reste fidèle à l’esprit d’une l’Espagne baroque depuis la Renaissance.
Gracioso ou Criado, ou Lacayo
Si le roman espagnol a laissé au monde des lettres la figure
du picaro, le théâtre du Siècle d’Or lui a légué celle du Gracioso. C’est un valet de comédie, un bouffon, celui qui amuse. Lope de Vega le nomme « figura del donaire ». Donaire, c’est le bon mot, le trait d’esprit. Haber donaire, c’est railler, se moquer mais avec esprit ; C’est donc pour Lope de Vega, qui en fait un usage constant, le personnage qui se moque, qui se rit des autres et fait rire.
Personnage non seulement important mais indéfectible de la comedia baroque, seul de Castro n’y fera pas appel, tous les autres n’y manqueront pas. Il est présent quasiment du début jusqu’à la fin de la pièce. Le public l’attend et s’en réjouit. Rafael Ruiz-Alvarez nous dit que « il l’est, justement, à cause de son caractère négatif, de la gêne qu’il provoque chez les autres » (et dont le spectateur se fait complice) (in Le « gracioso » espagnol sur la scène française du xviie siècle. Edit. PUR)
Catherine Dumas in Du Gracioso Au Valet Comique ( Edt. Honoré Champion 2004 ) différencie le gracioso du valet de la comédie à la française car « loin d'être une simple copie du gracioso, le valet comique des comédies françaises imitées de comedias est régi par des exigences culturelles spécifiques. Il importe de décrypter la fausse gémellité des deux figures dramatiques et d'analyser les écarts (transferts, équivalences, ajouts ou retranchements) qui les séparent. » . Mais si comme l’écrit par ailleurs Rafael Ruiz-Alvarez que « le gracioso occupe la scène en vrai protagoniste dans sa mission de valet et de conseiller, voire, à l’occasion, d’ami du jeune galant », il est à remarquer que ce rôle, cette fonction, se retrouve, hors emploi comique, chez les valets et servantes du théâtre classique.
La Comedia de Capa y Espada
Le Corral de Comedias
Au XVI siècle, au moment où se développait le théâtre profane, apparut en Espagne des lieux de représentations théâtrales qui n’étaient autres que des cours entourées de maison, en quelque sortes des patios extérieurs. Ces cours sont aménagées progressivement en de vraies salles de spectacles et comme dans les autres premières salles de théâtre populaire (comme au Théâtre du Globe de Shakespeare), le peuple restait debout devant la scène au parterre à ciel ouvert et des taburetes pouvaient être mis juste devant les scène sur lesquels on pouvait s’asseoir mais moyennant finance ; tandis que les nobles dans les tribunes protégées de la pluie comme la scène d’un avant-toit. A l’opposé de la scène était installée une buvette où l’on pouvait se faire servir de l’aloja, une boisson non alcoolisée, une boisson à base d'eau, de miel et d'épices ; au-dessus dans une tribune, la ‘casserole’ ( ‘cazuela’ qui leur était réservée se tenaient les femmes.
Ai siècle d’or les représentations scéniques sont très populaires et ne se limitent pas aux représentations proprement théâtrales mais s’accompagne de zarzuelas, forme musicales qui ressemble plus ou moins à l’opéra-comique français avec ses partie dialoguées et chantées, mais qui incluent des danses comme la séguédilles et des mimes. Les zarzuelas étaient souvent jouées en intermèdes (entremeses) des pièces de théâtres.
Deux corrales sont toujours en activité dans les villes d’Henares et d’Almago, l’une construite en 1601, l’autre en 1629.
Le terme corral a donné le même nom en français et en anglais mais pour un enclos réservé aux bestiaux.
L’Auto Sacramental
Préfigurés par les poèmes dramatiques écrits et mis en musique de et par Juan del Fermoselle del Encina (1468-1533), joués lors des fêtes religieuses, l’auto sacramental est une pièce dramatique eucharistique représentée le jour de la Fête-Dieu. Il constitue un genre à part entière au XVIème et surtout au XVIIème siècle. Calderon le fera briller de ses derniers et plus beaux éclats. Il sera interdit en 1765.
«L’auto religieux, et plus particulièrement l’auto eucharistique, ne serait (donc) pas une expression de la Contreréforme, qui prêchait davantage le dépouillement, lui-même encouragé avec véhémence par les protestants qui avait supprimé purement et simplement les processions de la Fête-Dieu. La représentation théâtrale de la vie des Saints, de la Vierge, et des mystères du Saint Sacrement, le clinquant de la mise en scène ou encore les représentations par l’image seraient à l’opposé de l’esprit contre-réformiste du milieu du XVIème siècle » (Cyril Mérique, Thèse de doctorat : L’évolution de la théâtralité dans les drames eucharistiques.
Le Mystère d’Elche
Le Mystère d’Elche a été donné à partir du milieu du XVème siècle pour l’Assomption de la Vierge à la basilique Santa Maria d’Elche (près d’Alicante) en deux actes, Dormition et Assomption de la Vierge, les 14 et 15 août. Mais ses origines remontent à l’époque médiévale. La musique remonte à l’époque mozarabe, c’est-à-dire à la musique liturgique des chrétiens pendant la domination musulmane. Le texte en catalan de 259 vers et quelques psaumes en latin et la musique (les chants) vont évoluer au XVIème siècle.
Au XVIIème siècle va apparaître la machinerie cachée dans le ‘ciel’ et faite de différents mécanismes. Elle va permettre la descente du Saint Esprit, des anges et du trône où siège le chanteur représentant le Père Éternel, et la montée de la Vierge. Cette représentation religieuse dont l’origine est très ancienne a vu son texte, sa musique et sa scénographie adaptés au fil des époques.
Ce Mystère a été classé chef-d’œuvre du patrimoine oral et immatériel de l’humanité par l’UNESCO.
Lope de Vega
Voir aussi Poésie/Espagne
Félix Lope de Vega y Carpio[1] (1562-1635), né et mort à Madrid, est issu d’une famille modeste originaire de Santander (Cantabrie) dont le père, qui était brodeur, s’installe à Madrid un an avant sa naissance. Il dira être lui-même le fruit de la jalousie de sa mère qui arriva à briser la relation de son père avec une femme qu’il avait suivi jusqu’ à la capitale. Il ajoutera à son nom celui de Carpio, nom que prit sa sœur en se mariant avec celui qui prendra la succession de l’atelier de broderie à la mort de son père en 1578.
Enfant très précoce, il commence à écrire dès l’âge de 5 ans et ses premières comédies à 12. Cette précocité lui permet d’entrer dans l’école de Vicente Gómez Martínez-Espinel (1550-1624), auteur et musicien, qui donna avec La Vie de Marco Obregón (Obregon ( 1618) un des meilleurs romans picaresques. Poète, il est l’inventeur des decimas, stances de 10 vers. Diversas Rimas paraissent en 1591. Musicien, il ajouta une corde non à son arc ni à sa lyre mais à la guitare, la cinquième.
De 1577 à 81, Lope poursuit ses études à la célèbre université d’Alcalá de Henares (proche de Madrid). Il mène une vide de débauches qui le prive et de bourse et d’une préparation à la vie ecclésiastique. Il est un temps secrétaire de personnages fortunés et arrive à vendre des comédies et des pièces de circonstances (comedias et piezas de circunstancias).
En 1583, il s’engage dans la marine royale sous les ordres de l’amiral Álvaro de Bazán y Guzmán qui, proche de Philippe II et deviendra son ami, fut responsable
Revenu sur le plancher des vaches, Lope se fait gentilhomme de compagnie ou secrétaire auprès de divers nobles, adaptant son rôle de domestique ou de proxénète selon les circonstances. Il vit également de ses pièces (drames sociaux tragi-comiques).
Il est toujours ce passionné qui avait suivi une belle à Henares. Il tombe sous le charme d’une actrice d'une éblouissante beauté, Elena Osorio qui, séparée de son premier mari, l’acteur Cristobal Calderón, sera forcée par son père de quitter Lope pour se remarier à un noble. Jaloux, il écrivit un libelle (recueil satirique), diffamatoire, une comédie Belardo le Furieux et des sonnets contre elle et sa famille quand elle le quitta. Il est jeté en prison.
En 1588, il sera à nouveau l’objet d’un scandale qui l’obligera à l’exil à Cadix pour avoir enlevé Isabel de Urbina (la Belisa de nombre de ses poèmes), qui, âgée de 16 ans était la belle-sœur du comte maréchal de Philippe II. Ils furent obligés de se marier. Un fille naquit. Lope était alors à peine âgé de 25 ans un dramaturge reconnu que Cervantès qualifia dans sa Galatée de « Phénix, monstre de la nature ». Mais préfère l’aventure et rempile dans la marine et participe à l’expédition de l’Invincible Armada toujours sous son commandement l’amiral Álvaro de Bazán, responsable d’un des plus grands désastres de l’histoire de la marine espagnole. La flotte pour ce qu’il en restait revint à son port de départ, Lisbonne, où l’amiral mourut la même année.(voir Renaissance/Événement Majeurs) De retour, Lope reste en exil à Valence, alors important foyer de l’activité théâtrale. Il commence alors vraiment à se consacrer à l’écriture théâtrale, mais aussi à celle de romanceros (poèmes amoureux inspirés de la poésie courtoise).
Partagé ente Valence et Madrid, il participe à leur vie littéraire, et devient l’ami du dramaturge valenciennois Guillén de Castro (1569-1631). En 1590, il est à Tolède secrétaire du marquis Francisco de Ribera Barroso II. L’année suivante, il entre au service du Duc d’Albe, don Antonio de Toledo y Beamonte, Il vit à la cour de Tolède du duc jusqu’en 1695. Il découvre l’œuvre de Juan del Encina († 1529), auteur, compositeur, un des plus grands auteurs de la Renaissance et lui emprunte son personnage du bouffon Gracioso. Il est poursuivi pour concubinage avec Antonia Trillo de Armenta, une veuve qui tenait une maison de jeu. Cette même année, il rencontre l'actrice Micaela de Luján (qui deviendra Lucinda» ou Camila Lucinda dans ses écrits) . Il écrit son poème El Isidro y la Dragontea dans lequel il conte les aventures de Francis Drake, dit «Le Dragon ». Sa notoriété s’en accroît.
En 1598, il se marie pour une forte dot qu’il ne touchera pas avec Juana de Guardo, la fille d’un riche commerçant de viande de la cour. Le poète Luis de Góngora († 1627) se moquera de cette alliance et son ami Quevedo écrivit : « « Il a épousé de la viande et du poisson. ». Le couple eut un fils,Carlos Félix, et trois filles.
En 1602, sont joués à Séville La Hermosura de Angélica, El Caballero de Illescas et El peregrino en su patria.
De 1603 à 1608, alors qu’il est secrétaire du futur comte de Lemos, à Séville où s’est installée la famille, il entretient une relation sérieuse avec l’actrice Micaela de Luján qui lui inspira nombre de poèmes. Ils auront cinq enfants dont ses préférés, Marcela et Lope Félix. Ce n’est pas sa seule relation extra-conjucales dont nombres étaient des actrices. Pour subvenir à tous ces foyers qu’il doit entretenir, il multiplie sa production. On lui a attribué 1 800 pièces profanes, 400 drames religieux et 3000 sonnets.
En 1605 Lope entre au service de Luis Fernández de Córdoba y Aragón, duc de Sessa qui sera son ami jusqu’à la mort de Lope. Il achève son drame historique
La conquête de Jérusalem et Peribáñez et le commandant d'Ocañ (Jerusalén conquistada et Peribáñez y el comendador de Ocaña) qui ne sera publié qu’en 1614.
Naissance de son fils auquel il fut très attaché, Carlos Félix.
En 1609, Lope publie son important Arte nuevo de hacer comedias, Il entre à la confrérie des Esclavos del Santísimo Sacramento à laquelle appartenaient alors les grands écrivains, dont son ami Francisco Quevedo et Cervantes qui reconnut toujours son grand talent mais qui s’attira l’animosité de son ami qui s’était cru moqué dans Don Quichote (1605 et 15).
Lope entre aussi dans le Tiers-ordre franciscain, ordre laïc. En 1612, son fils ainé Carlos Félix décède, En 1613, il achève La Dama Boba, écrite pour l'actrice Jerónima de Burgos, amie et amante de longue date. Il écrit également El Perro del Hortelano. Sa femme Juana de Guardo meurt en donnant naissance à une fille, Feliciana. Sa vie s’assagit … plus ou moins. En 1614, il entre dans L’Ordre de St Jean de Jérusalem. Il est ordonné prêtre mais continue à être le secrétaire du Duc de Sessa, ce qui le prive de ses revenus ecclésiastiques. Il célèbre sa première messe en l'église San Hermenegildo de Madrid. Parait la quatrième partie de ses Comedias qu'il dédie au duc de Sessa, parrain de sa fille Feliciana.
Sans doute à cause d’une femme qui le harce, Lope s’enfuit de Madrid. Il pérégrine quelques temps et rencontre Marta de Nevares (la Marcia Leonarda de ses romans et Amarilis de ses poèmes), tout en entretenant une relation avec l'actrice Lucía Salcedo, surnommée ‘la Folle’ qu’il rejoint à Valence avec l’enfant qu’il a eu d’elle.
En 1616, il entretient sa relation avec Marta de Nevares, mariée à un commerçant. Elle aura été son dernier grand amour. Il subit ce qu’il considéra comme un affront quand parait en 1617 la Spongia de Pedro de Torres Rámila connut pour ses diatribes. Il s’agit d’un pamphlet diffamatoire à son encontre et à celle de ses amis. Lope réplique par deux satires acerbes. Antonia Clara (Clarilis) Marta de Nevares, nait. Le mari de Marte meurt libérant les amants. Lope est au comble de la gloire et de sa production. Il a alors achevé et signé «neuf cents pièces, douze livres sur divers sujets, en prose et en vers, et tant d'écrits divers qui restent à imprimer et ne le seront jamais ». Suivent des chefs-d’ְœuvre comme ces pièces Lo Fingido Verdadero et El Caballero de Olmedo, et ses deux romans Las Fortunas de Diana et La Andrómeda contenus dans La Filomena,
En 1623, Marta est devenue aveugle. Vega écrit son Romencero Spirituel. Suit La Circé, une œuvre moins religieuse, qui conteint trois courts romans (El desdichado por la honra, La prudente venganza et Guzmán el Bravo). La partie cinq et dernière de ses comedias est publiée. En 1627 paraissent Corona trágica et Vie et mort de la Sérénissime Reine d'Escocia María Estuardo. En 1624, le pape Urbain VII lui confère le titre de docteur en théologie.
En 1628, il est nommé aumônier en chef de la Congrégation du Caballero de Gracia. Lope va connaitre une fin de vie tragique. Marta qui, aveugle, était en train de devenir folle et meurt cette année-là. Son fils Lope Félix se noie en 1634 et Antonia Clara, sa fille naturelle préférée, sa secrétaire et confidente, est séquestrée par un hidalgo. Seule sa fille Marcela, religieuse, lui survivra. Intarissable Lope n’en continue pas moins à écrire et de ses plus belles œuvres : les comedias El castigo sin venganza (1631), La mayor virtud de un rey (1631), en prose: La Dorotea et surtout les œuvres lyriques Rimas humanas y divinas qui incluent La Gatomaquia (1631).
En 1632, parait La Dorotea, considérée par beaucoup comme son chef-d’œuvre et dans laquelle il relate son amour de jeunesse pour Elena Osorio et établit le lien avec la dernière grande passion de sa vie, son amour pour ‘Amarillis’, Marta de Navares . Deux ans plus tard, il écrivit ce qui est assurément sa dernière pièce, Las bizarrías de Belisa
Il meurt à Madrid de la scarlatine en 1635 à l’âge de 53 ans. Ses funérailles sont nationales, De très nombreux éloges funèbres sont écrits par les meilleurs auteurs. Désormais, l’expression « es de Lope » signifiera pour les espagnols que c’est excellent.
Lope fut tout à la fois un instable et un constant. Véritable Don Juan pour qui Leporello aurait pu chanter, sans pouvoir néanmoins être exhaustif, son air du catalogue, il ne devait sans doute même plus pouvoir compter ses conquêtes amoureuses et tout juste les femmes avec qui il fonda foyer et eut des enfants. Il n’en a pas moins été, éternel amant, attaché à l’une et à l’autre, à ses enfants et toujours fidèle à la femme, à l’amour. Incapable de se fixer, tout autant que ça lui était impossible, pourchassé, banni qu’il a été pour concubinage et autres adultères, incapable d’avoir de par lui ou les circonstances un emploi stable comme nous dirions aujourd’hui, changeant de ville comme de marquis dont il était secrétaire, il n’en est pas point d’une loyauté tenace à l’écriture qu’elle lui serve à gagner son pain, à répondre aux multiples attaques que sa vie comme ses œuvres ont suscitées , et surtout à exprimer son génie.
Comme bien des hommes de lettres de son temps, à la cinquantaine, il entrera dans les ordres mais à la différence d’un Quevedo, l’habit ne fera pas le moine. Il poursuivra ses vies amoureuses et conjugales. On parle pour certains d’œuvres surabondantes, d’auteurs prolixes, d’écrivains papivores, Lope, lui, c’est plus encore ; c’est par centaines, dizaines de centaines qu’il faut compter ses œuvres de théâtre, de poésie et de roman.
Aussi bien chef de file du Romencero ( Romance) aux côtés de Gόngora avec lequel il partageait la mutuelle et réciproque inimitié, que chef de file d’un nouveau théâtre espagnol dont il était l’inventeur, la Comedia Nueva (comedia en espagnol est un terme générique qui désigne toute forme de pièce de théâtre), il usa de toutes les formes littéraires et dans tous les genres. En 1609, son Arte nuevo de hacer comedias (Nouvel Art de Faire des Comédies) provoque un bouleversement dans le milieu du théâtre espagnol. Véritable manifeste d’une nouvelle conception de l’écriture dramatique dans lequel il énonce les nouvelles règles auxquelles le dramaturge devra se plier pour écrire cette nouvelle comédie, en fait une tragi-comédie, non dans le sens classique français de tragédie qui finit bien, mais dans le sens d’un mélange des genres tel qu’il sera prôné par exemple par V. Hugo, sans doute son pendant français pour la place qu’il tient dans le cœur de son peuple. Lope n’a non plus cure des trois unités, tout au plus conserve-t-il l’unité de temps pour une vraisemblance semble-t-il scénographique, mais fi des unités d’action et de lieux, mieux vaut un imbroglio à l’italienne comme la prévalence de l’action sur la psychologie des caractères. S’il fait l’impasse sur la métrique et sur les sujets qui pourraient être de prédilection pour ce type de comédie, il n’en met pas moins en avant l’intention morale et le respect des valeurs traditionnelles à l’Espagne. Révolutionnaire dans la forme, conservateur sur le fond. Sa nouvelle conception théâtrale pourrait se résumer à un mot-clé, mélanges : mélange des genres, mélanges de différentes versification, mélange des classes sociales.
« Dans ce contexte, le théâtre commença à se structurer. La nouvelle comédie de Lope de Vega apparut en réponse à un besoin croissant de divertissement au sein d'un public de plus en plus diversifié, avide de récits inédits. Le succès de ses pièces tenait également à leur capacité à refléter la réalité sociale et culturelle de l'époque, et à saisir les angoisses d'une société en pleine mutation… Considéré comme le créateur d'un style nouveau qui a rompu avec les conventions antérieures, il a ouvert la voie à un théâtre plus accessible et populaire »(https://histomex.org/biografia-lope-de-vega/#Contexto_historico_El_Siglo_de_Oro_espanol)
Poète, Lope a été un poète autobiographique, transfigurant[CG1] les événements de sa vie. Poésie naturelle, au ton souvent invocateur, spontanée à la langue pure, puissante, en castillan traditionnel. Poésie profane ou religieuse, l’amour demeure le thème central. Poète qui usa des gens les plus variés, romances, poèmes didactiques, descriptifs, mythologiques, narratifs, epístolas et églogues, très nombreux sonnets,
Cet homme d’une très grande puissance créatrice, d’une vitalité hors du commun mourra à Madrid couvert d’honneurs mais quasiment seul, tous les siens, et Dieu sait lui, qu’ils furent nombreux, femmes, maitresses, fils, filles, l’ayant précédé dans la tombe.
« Le Chevalier d'Olmedo – Le Duc de Viseu
Un beau jour, dans la petite ville de Medina, un chevalier du bourg voisin, Olmedo, vient disputer le prix d’une Fête. Il a vingt ans, il est riche, noble et beau comme un dieu. En vingt-quatre heures, il séduit la plus jolie demoiselle du pays, et tue tous les taureaux de l’arène. Ce succès, on s’ en doute, n’ira pas sans attiser les jalousies… Cet argument inspiré d’une complainte populaire du début du XVIe siècle donnera jour au Chevalier d’Olmedo, l’une des tragédies pathétiques les plus fameuses de Lope de Vega. Autre illustration de cette même veine, Le Duc de Viseu – encore inédit en français – met en scène un sanglant épisode du règne de Jean II de Portugal (1455-1495), lors duquel les ducs de Bragance et de Viseu connaîtront le sort tragique des victimes de l’arbitraire royal. »
Il a écrit des centaines de pièces, combinant des strophes octosyllabiques avec des strophes hendécasyllabiques, des thèmes historiques avec des thèmes littéraires et amoureux.
Son œuvre la plus connue, Fuenteovejuna est créée 1619 : L’action se déroule durant Guerre de Succession de Castille (1475>79). Isabelle de Castille, fille du roi défunt Henri IV de Trastamare et de Jeanne du Portugal voit sa couronne contestée par Jeanne de Castille (La Beltraneja) née de la relation adultérine de la reine avec le comte Beltrán de la Cueva, favori du roi. Dans le village de Fuente Obejuna (province de Cordoue), la population se révolte contre le pouvoir du Commandeur tyrannique qui use et abuse de son droit de cuisage pour abuser de toute les futures mariées. Il sera tué. La pièce qui se termine sur la réconciliation du roi et de la population par la nomination d’un nouveau seigneur, est sujette à plusieurs interprétations dont certaines se veulent de ’’gauche’’.
Lope croyait en la nécessité de présenter des histoires réalistes où le comique et le tragique s'entremêlent, comme reflets de la vraie vie.
Guillén de Castro & Le Cid
Guillén de Castro y Bellvís (1569/70-1631) est né à Valence et mort à Madrid. Il a eu deux frères et une sœur. En 1595, il épouse Doña Marquesa Girón de Rebolledo, fille du marquis de Antilla. En 1596. Ils ont une fille, Juana qui meurt en bas âge. Leur union ne fut pas heureuse. La marquise décède quelques années seulement après leur mariage.
« Veuf, il travailla pour Carlos de Borja et le duc de Gandía, puis se rendit en Italie où, grâce à la faveur et à l'amitié du comte de Benavente, vice-roi de Naples, il fut nommé gouverneur de Scigliano. En 1609, Castro était de retour à Valence et deux de ses pièces furent publiées (El amor constante et El caballero bobo). En 1616, il fut élu président de « Los Montañeses de Parnaso », un cercle littéraire qui s'inscrivait dans la lignée de l'« Academia de los Nocturnos [école de poésie valenciennoise]», (https://outofthewings.org/db/author/guillen-castro.html)
En 1619, il s'installa à Madrid. il écrit des célébrations pour saint Iside, saint Ignace de Loyola et de saint François-Xavie.r. Il est un temps capitaine des garde-côtes et fait chevalier de Santiago en 1623 .En 1626, il se remarie avec Doña Angela María Salgado, proche parente de son protecteur. Leur union fut cette fois-ci heureuse.
Castro a passé la seconde partie de sa vie Madrid où il a fréquenté les grands auteurs du moment. Lope de Vega, , qui fera son éloge l'a aidé à diffuser son œuvre. Il connut la pauvreté à la fin de sa vie. Il meurt à l'âge de 61 ans (ou 62).
Castro est un auteur grave. Ses comédies ne font pas appel au Gracioso, l’indéfectible valet de comédie du théâtre baroque espagnol comme le fait systématiquement par exemple un Lope de Vega. Son ton est plus émouvant, son écriture plus poétique. Sa référence est constante à le tradition et il ne se prive pas du réemploi de romances populaires.
Il est considéré comme le premier dramaturge à avoir abordé les aspects les plus sordides du mariage, comme dans Los mal casados de Valencia (Les mariages malheureux de Valence). Trois de ses pièces sont inspirées de romans de Cervantes. Homme hautain, il s'aliéna ses protecteurs et vécut ses dernières années dans la misère. Sa grande contribution à la littérature du XVIIème siècle est d’avoir su adapter avec une écriture de son temps les thèmes des romans épiques et chevaleresques, empruntant aux mythes et légendes.
« Animé par des motifs d'ordre théâtral, culturel et politique, Guillen de Castro présente fréquemment dans ses œuvres le thème du roi tyran et du droit de résistance de ses sujets. En accord avec les écrivains politiques de l'Espagne du XVI et du XVII siècle, Guillen définit le tyran comme étant antinomique du prince chrétien et une force contraire au bien public de l'État. D'après cet auteur, c'est le droit de tout sujet soumis à un tel tyran que de désobéir à ses ordres et d'utiliser n'importe quels moyens pour venir à bout de sa tyrannie. Au cas où ces moyens n'aboutiraient pas, en raison de l'obstination du tyran, il est permis à la communauté, ou à un de ses sujets, de le tuer. Tout son effort dramatique et intellectuel a pour but de rappeler au prince qu'il ne peut transgresser ces lois sans sombrer dans la tyrannie ou faire face à l'inimitié de Dieu, lequel Dieu est à l'origine et à la base de tout pouvoir terrestre. » (Delgado Morales M. Guillén de Castro y las teorías políticas sobre el tiranicidio y el derecho de resistencia. In: Bulletin Hispanique, tome 85, n°1-2, 1983. pp. 65-82;
doi:https://doi.org/10.3406/hispa.1983.4492 https://www.persee.fr/doc/hispa_0007-4640_1983_num_85_1_4492)
Ses pièces sous le titre de Las Comedias sont publiées à Valence entre 1621 et 1625 en 2 volumes. Las Mocedades del Cid (l’Enfance du cid 1618), qui inspira Pierre Corneille, reste bien sûr la plus célèbre mais d’autres de ses pièces comme Las Hazañas del Cid (Les Exploits du Cid) qui font suite et Los Mal Casados de Valencia (Les Mal Mariés de Valence 1596-1604), La fuerza de la costumbre (La Force de L’Habit 1610-1615), El narciso en su opinión (Le Narcisse selon Lui 1612-1615),), La Justicia en la piedad (La Justice dans la pitié publiée en 1666) font montre de tout autant de maîtrise. Ses pièces mythologiques Progne y Filomena ( (1608-1612 Procné et Filomèle) et Los Amores de Dido y Eneas (1613-1616) ont aussi connues un très grand succès.
Antonio Mira de Amescua
Antonio Mira de Amescua (1574?-1644), né à Grenade et mort à Guadix (province de Grenade) est le fils illégitime de deux nobles non mariés, Melchor Amescua y Mira et Beatriz de Torres y Heredia. Il est néanmoins élevé dans sa famille paternelle. Après des études, notamment de grammaire, dans sa ville natale, il entre à l’université de Grenade. Ordonné prêtre en 1600. En 1609, le roi Philipe III lui accorde un bénéfice à la chapelle des Rois Catholiques de la cathédrale de Grenade. Homme au tempérament difficile, il est enfermé plusieurs jours dans la cathédrale pour avoir giflé un chanoine. L'année suivante, il se rend en Italie dans l'entourage de Pedro Fernández de Castro Andrade, comte de Lemos, et fonde à Naples le cercle littéraire connu sous le nom d'Académie des oisifs.
De retour en Espagne, Mira de Amescua s'installe à Madrid. Alors qu’il avait commencé très jeune à écrire des poèmes qui avaient été remarqué, il décide de se consacrer à l’écriture. Il abandonne ses fonctions sacerdotales mais le cardinal-infant Ferdinand d’Autriche, frère cadet de Philippe IV, gouverneur des Pays-Bas Espagnols de 1634 à sa mort en 1641, le fait son chapelain en 1622 ; il le restera pendant 10 ans. Il exerce parallèlement la fonction de censeur littéraire. En 1631, 1631, il se retire à Guadix avec la fonction archidiacre. archidiacre.
(https://www.biografiasyvidas.com/biografia/m/mira_de_amescua.htm)
Amescua fut en son temps un auteur dramatique. Sa dramaturgie se situe autant chronologiquement entre Lope de Vega et Calderon. Stylistiquement, on a pu dire qu’il a été un disciple de Lope de Vega pour la complexité des intriques, la construction de ses pièces et jusqu’au goût pour les personnage en costume local. Mais il se détache de son maître pour se rapprocher de Gongora pour son attrait pour le culteranisme (gongorisme) dans un souci esthétique qui ne sensibilisa pas réellement Lope qui loua son talent dans Le Laurier d’Appolon comme el fit aussi Cervantes dans le Voyage du Parnasse.
On lui doit des pièces religieuses et des comédies sur des thèmes de la Bible, des saints, de l’histoire étrangère et nationale. Dans ses comédies, il suit l’exemple de Lope de Vega, adoptant un style culturel et privilégiant la complexité de l’intrigue par la multiplication des personnages et des actions. Si les personnages sont psychologiquement richement dotés, c’est l’intrigue qui, elle, pèche par indigence. Sa pièce principale est L’Esclave du Démon (1612) à thème religieux (grâce et prédestination). Sa réputation dépassa les frontières de son pays. Corneille s’inspira de lui pour certaines de ses pièces.
Luís Vélez de Guevara
Luís Vélez de Guevara(1579-1654)[2], né à Ecija (près de Séville) et mort à Madrid, obtient une licence ès lettres en 1596 à l'université d'Osuna. Il entre ensuite au service de l'archevêque de Séville, Rodrigo de Castro. Puis, il fait son service militaire pour une période indéterminée ( 6 ans comme il l’indique ?) et participe à diverses campagnes en Italie et en Méditerranée.
En 1603, il est à Valladolid où se trouve la cour de Philippe III. En 1606, au retour de la cour à Madrid, il entre au service de Don Diego Gómez de Sandoval, comte de Saldaña, second fils du duc de Lerma. Il se marie et remarie quatre fois ; trois de ces mariages par leur témoins attestent de la place certaine que Vélez tenait à la cour.
En 1618, après la disgrâce du Duc de Lerma, il entre au service de Juan Téllez de Girón, marquis de Peñafiel, futur duc d'Osuna. Quand Philippe IV monte sur le trône en 1621, il occupe divers postes au palais, jusqu'à celui de chambellan à partir de 1625, fonction qu'il conserva jusqu'en 1642, date à laquelle il la transmit à son fils Juan.
Pour autant que dans son Voyage du Parnasse, Cervantes lui reconnait avoir « l'éclat, la joie et la discrétion de la vie de cour », cela ne lui valut pas pour autant du roi d’être reçut dans l'Ordre de Santiago, distinction par laquelle le roi a récompensé d'autres artistes comme Calderón, Rojas et Velázquez. Ce qui pourrait être dû à ses origines juives que semblent attester les recherches de certaians historiens s’appuyant entre autres sur son changement de nom. Il a été décrit par ses contemporains comme « un homme spirituel, plein d'humour et jovial, doté d'une silhouette élancée ».
De ses 400 comedias (terme générique pour pièce de théâtre) profanes et religieuses, il en reste fort peu. Pièces à thèmes
- - historique entre autres Atila, azote de Dios (Attila, fléau de Dieu), Gran Tamorlán de Persia ),
- - national dont : La Serrana de la Vera (La Montagnarde de la Vera), Reinar después de morir (Régner après la mort, sur Inès de Castro, son chef-d’œuvre),
- - héroïques et sur l’honneur comme Más pesa el rey que la sangre (Le roi pèse plus que le sang)
- - religieux telles Atila, azote de Dios (Attila, fléau de Dieu), Gran Tamorlán de Persia).
Lyrique, populaire dans la veine de Lope de Vega, son théâtre nous donne à voir des personnages fortement campés et d’une grande vérité.
Vélez de Guevara est aussi connu comme romancier. Son El Diablo cojuelo novela de la otra vida de 1641, œuvre satirique, satire sur les mœurs inspirée de Quevedo qui inspira fortement comme en un prolongement Alain-René Lesage (1668-1747) pour son Diable Boiteux (1705). Dans la veine du roman picaresque, El Diabolo nous offre de fort justes peintures de la vie des courtisans et des milieux littéraires des foyers culturels d’Andalousie.
Dans El Diabolo « les révélations d'Asmodée, le diablotin délivré de son flacon par l'étudiant Cleofas, montrent surtout, dans un style cocasse et burlesque, les travers ridicules ou grotesques d'une société dont les principes. » (Barnard Sesé Encyclopédie Universalis)
Francisco Quevedo
Francisco Gómez de Quevedo Villegas y Santibáñez Cevallos (1580-1645), est issu d’une famille de la noblesse de la Cantabrie. Son père était secrétaire particulier de la princesse Maria et plus tard secrétaire de la reine Anne. Quevedo fait ses études au Collège impérial jésuite et à l'université d'Alcalá de Henares où il marque un intérêt certain pour les stoïciens et Sénèque. D’un séjour à al cour à Valladolid, serait nait son inimitié envers Gongora qui lui rendit bien, tout deux au caractère irascible.
En 1613, il entre au service du duc d’Osuna et effectue pour lui plusieurs missions diplomatiques. A la disgrâce du duc, il est exilé à à Torre de Juan Abad en Castille-La-Manche et un temps emprisonné. De retour à la cour, il est au service du Comte Olivares. Il se lie d’amitié avec Lope de Vega et entretient sa farouche inimitié avec Gongora toujours partagée.
En 1644, il fait une mariage malheureux qui le mènera à nouveaux dans de pénibles tribulations juridiques avec procès. Pour des raisons obscures, il est à nouveau emprisonné en 1639 et ses conditions de vie extrêmes lui font perdre la vue. Il n’est libéré qu’en 1643 et meurt deux ans plus tard retiré sur ces terres, à Villanueva de los Infantes (province de Ciudad Real Castille-La-Manche).
Quevedo l’Inclassable, surnommé le «Voltaire Espagnol », (ce qui peut être flatteur pour l’auteur de Micromégas), fut un écrivain, un philosophe, un satiriste, un poète, prolixe en tous ces genres. Mais c’est plus particulièrement comme auteur dramatique qu’il s’inscrit dans la littérature européenne. Homme de panache, de fougue, de verve ; Homme amer, mordant, sombre, hanté par la mort ; Homme de savoir versé dans les classiques anciens, féru de culture hébraïque, Quevedo est une des plus grands hommes de Lettres de l’Espagne du XVIIème siècle et de la littérature espagnole en général, en ce qu’il incarne autant par son personnage que par ses œuvres une figure emblématique presque caricaturale du Baroque espagnol en sa démesure et profondeur, et l’âme espagnole en sa grandeur, son panache.
Boiteux, maniant volontiers l’épée avec autant de talent que la plume, il s’est adonné à la politique avec autant de passion qu’à la littérature. Ennemi personnel du poète précieux Luis de Gόngora, il se fit l’ennemi du roi pour ses prises de positions et un pamphlet qui l’amenèrent deux fois au cachot.
Comme un Calderon a qui il n’a rien à envier si ce n’est une certaine retenue, il peint la société, les mœurs de son temps et fait comme tous ses contemporains, auteurs dramatiques, du théâtre la grande scène de la vie espagnole avec sa grandeur historique et ses drames passionnels.
Au point de vue stylistique, Quevedo est le meilleur représentant du Conceptisme : « De l'espagnol conceptismo. Le trait, la pointe, la saillie, le mot d'esprit, alliant le paradoxe de l'ambiguïté, le brillant à l'inattendu, l'hermétisme à la profondeur, voilà ce qui caractérise le conceptisme, qui joue avec l'idée ou le vocable à la différence du cultisme (ou cultéranisme) [Cf Gόngora] qui complique à plaisir l'énoncé ou la syntaxe. Fondé sur la croyance d'une relation d'analogie entre les signes et les choses, entre le langage et le monde, le conceptisme, à l'instar des emblèmes, propose une interprétation de l'univers. (Bernard SESÉ in Encyclopaedia Universalis)
Romancier, Quevedo est l’auteur d’un unique roman, resté célèbre, Histoire du filou nommé don llamado Pablos de Segovie, plus connu sous de le titre de El Buscón (1603-1608). Pour une œuvre, pourrait-on dire, de jeunesse, ce roman picaresque est un coup de maître.
Poète, Quevedo s’inscrit dans la tradition pétrarquéenne, quand il s’adresse à sa bien-aimée Lisi avec toutes les figures hyperbolique que le genre impose, mais quand il parle d’autres femmes comme la duègne, une vieille femme ou une mendiante ses vers son acerbes qui les présentent grotesques. Il a écrit : « Il faut fuir toutes les paroles viles et choisir ces paroles éloignées du peuple, pour qu'on puisse dire : J'ai abhorré la canaille profane ».
« Le point de départ de nombreux poèmes de Quevedo pourrait être des vers d'un auteur classique, une expression recréée, une allusion à un prétexte poétique transformé par l'imitation de l'auteur qui l'a produit. Une sorte de dialogue s'instaure ainsi entre un auteur et ses prédécesseurs, qu'il cherche à surpasser. » (Ignacio Arellano, Universidad de Navarre Vida y obra de Francisco de Quevedo Biblioteca Virtuale Miguel Cervantes)
La voix de Quevedo dans le cycle de poèmes d'amour à Lisi diffère considérablement de celle qu'il emploie dans ses sonnets ou ballades satiriques, où il vilipende ou punit des figures féminines manifestement méprisables à ses yeux. L'éloge hyperbolique de la beauté de sa bien-aimée, formulé selon les conventions de la poésie contraste ainsi fortement avec la représentation grotesque de la duègne, de la vieille femme ou de la mendiante, que nous examinerons plus loin.
Son œuvre bien qu’imprégné de gongorisme était très populaire. Devant l’ensemble d’une œuvre très volumineuse, retenons entre autres :
- Pour la poésie : des Sonnets – et un recueil Le Parnasse Espagnol ;
- Pour les contes et satires, un recueil de contes satiriques sur son temps : Sueños
- Pour la philosophie : La Cuna y la Sepultura (Le Berceau et La Sépulture) - Doctrina moral del conocimiento propio, y del desengaño de las cosas ajenas (Doctrine morale de la propre connaissance, et de la désillusion des choses étrangères - La Doctrine Stoïcienne.
- Pour le théâtre: Los Refranes del Viejo Celoso (Les Refrains du Vieux Jaloux )-Diego Moreno - La Venta (La Vente) - La Destreza (L’ Habile) - El Marido Pantasma (Le Mari ? ) – La Perinola (La Toupie)
Quevedo fut également très demandé comme librettiste de zarzuelas, un genre musical créé en ce siècle, équivalent de l’opéra-comique français en ce qu’il mêle l’action scénique et la musique, les parties vocales et les parties dialoguées.
Luis Quiñones de Benavente
Luis Quiñones de Benavente (1581-1651), né à Tolède et mort à Madrid est éduqué chez les Jésuites, reçoit les ordres mineurs en mars 1598. Il compose de la musique et des danses pour accompagner les représentations de comédies à l'Auberge des Fruits et les pièces de théâtre à la cathédrale de Tolède. Durant ces années, il conciliait son activité théâtrale avec son poste de page auprès de l'archidiacre de Tolède, Francisco de Mújica, et, à partir de 1611, celui d'aumônier (https://manos.net/people/30-luis-quinones-de-benavente). En 1612, il est ordonné prêtre ; année où il s’installe à Madrid. Il entre à l’académie de Buen Retiro , l'académie des Lettres de Madrid.. Sa renommée comme auteur-compositeur d’intermèdes s’établit vite. En 1621, par exemple, il crée l’intermède de Tanto es lo de más como lo de menos ( Cela a autant d'importance que cela en a moins) de Tirso de Molina.
Il écrivit de nombreux vers humoristiques pour la Confrérie du Saint-Sacrement, dédiés à Marie-Madeleine. Il quitte le monde du théâtre en 1640 et devient aumônier. En 1645 parait une première collection de ses œuvres, Rosseries, blagues, avis et représentation morale et festive des désordres publics. Il fut imité par nombre de ses contemporains.
Il fut en 1640, année où ce dernier se retira du théâtre.
Poète, musicien, guitariste, homme de spectacle fut très connu à son époque pour ses Genero Chico, ces entr’actes : introductions (loas ), intermèdes (entremeses), joués, mimés, dansés qui avaient les faveurs du public ; leurs qualités assurant ou non pour bonne part le succès de la comédie représentée, fut-elle d’un Calderon ou d’un Lope de Vega, qu’elles introduisaient et au sein de laquelle elles s’immisçaient comme une pause distrayante. Ces Genero Chico, ses saynètes qui réunissaient déjà tous les ingrédients des futurs opéras avec de Benavente prirent un tournant décisif pour leur pérennité non seulement grâce à sa maîtrise du genre sachant parfaitement imbriquer danses, chansons, dialogue, sachant créer des personnages de la vie courante très vivants mais en ayant eu l’originalité de mettre en vers les partie récitées. Son apport à ce genre aura une longue suite dans l’histoire de la représentation théâtrale puisqu’en passant, par exemple, par Molière et Lully dans le Bourgeois Gentilhomme, il aboutira à l’Intermezzo puis prenant de plus en plus d’importance, au genre Opera Buffa au 18ième siècle. (Voir Les Formes Musicales/Intermezzo).
Premier à mettre en vers ses intermèdes, il a composé jusqu'à neuf cents courtes pièces dramatique incluant également des loas (courts poèmes humoristiques) et des jácaras (ballades traditionnelles). On en a conservé que quelque 140,
Apprécié de Tirso de Molina, de Lope de Vega dont il était l’ami, mais déprécié par le grincheux Quevedo, il fut imité par la suite par nombre d’auteurs espagnols. En 1640, il quitte le monde pour se faire prêtre. En 1645 paraissent ses Jocoserios (de jácaras) .
« Doté d'un grand génie satirique et d'un sens aigu de l'observation, il fut un précurseur du costumbrismo (mouvement littéraire du XIXe siècle s'attachant à dépeindre la vie quotidienne et les coutumes) ; il possédait également un remarquable sens comique. » (https://es.wikipedia.org/wiki/Luis _Quiñones_de_Benavente)
Tirso de Molina & Don Juan
Fray Gabriel Téllez dit Tirso de Molina (1580/83 ? - 1648) est né à Madrid et mort à Almazán (Castille-et-León). On sait peu de choses de sa vie. En 1601, il est ordonné prêtre au couvent mercédaire de Guadalajara, couvent de l’ordre de la Merci. Entre 1614 et 15, il vit au monastère d'Estercuel . L’année suivante, il est envoyé à Saint-Domingue où il reste deux ans. Il est condamné à l'exil pour avoir écrit des comédies profanes. En 1626, il était de retour à la cour. Il nommé commandeur du couvent de Trujillo. Il sera par la suite confiné au couvent de Cuenca pour les mêmes raisons qui avaient conduit à son exil. En 1632, il fut nommé chroniqueur de l’Ordre de la Merci, ordre mendiant. En 1645, il devint commandeur du couvent de Soria, et l'année suivante, définiteur provincial de Castille ; chez les dominicains, le définiteur étant l’ecclésiastique élus par les religieux d’une province pour les représenter aux sein des chapitres généraux aux côtés des gouverneurs de provinces dirigent qui constituent les chapitres provinciaux.
Entré dans les ordres de la Merci à 20 ou 23 ans, ses fonctions monacales l’accapareront beaucoup : deux ans prédicateur à Saint Dominque, chroniqueur général, commandeur de couvent, supérieur de l’ordre (1619), definidor general pour la Castille (1634)… sans compter le temps consacré à la rédaction d’œuvres religieuses comme la monumentale Historia de la Orden de la Merced (Histoire générale de l'ordre de Notre-Dame de la Merci) ou encore la Vida de María Cervellón (Vie de la Sainte Mère Doña María de Cervellón ) ou même des contes religieux Deleitar aprovechando (1635), Tirso trouvera néanmoins le temps d’écrire environ trois cents comédies publiées en cinq fois : Séville, 1627, Madrid, 1635, Tortosa, 1634, Madrid, 1635 et 1636 ; des autos sacramentales (Le Divin Apiculteur, Je ne lui donne pas le profit, Le Labyrinthe de Crète), ; des comédies sur des sujets bibliques (La Femme qui règne sur la maison, sur l’histoire d’Achab et de Jézabel ; La Meilleure Glaneuse, sur Ruth ; La Vie et la Mort d’Hérode ; La Vengeance de Tamar) et des comédies hagiographiques (Trilogie de Sainte Jeanne, La Nymphe du Ciel, La Dame de l’Olivier) ; des comédies historiques et nationales : La trilogie Pizarro (Todo es dar en una cosa, Amazonas en las Indias et La fidelidad contra la envidia), sur l'histoire de Martín Peláez (El cobarde más valente ( Le plus brave des Lâches)) et sur l’histoire de María de Molina, reine de Castille au 123ème siècle (La prudencia en la mujer) ; des comédies de caractère ( Marta la piadosa (Marta La Pieuse) et El vergonzoso en palacio (le Honteux au Palais)i).
Entre 1621 et 1624, paraissent les premières éditions des œuvres de Tirso, œuvres influencées par Boccace : Los Tres Maridos Burlados ( Les Trois Maris Moqués) adaptation du Decameron : et Los Cigarrales de Toledo, série de contes dans la préface de laquelle il fait savoir qu’il a déjà sous le boisseau plus de 300 comedias. Certaines d’entre ont été attribuées longtemps à Lope ou à Calderon.
Mais Tirso restera surtout connu dans l’histoire des lettres comme le créateur au théâtre du personnage de Don Juan dans sa pièce El Burlador de Sevilla y convidado de piedra (L'Abuseur de Séville et l'invité de pierre ou Le Séducteur de Séville ou Les Légendes du Peuple de Séville 1620 ?)
Mais, sans doute aussi, par sa pièce Los Amantes de Terruel (1614), que la musique du film du même nom de Raymond Rouleau (1691) rendit populaire. Et c’est bien sous angle de l’amour que le théâtre de Tirso pourrait prendre sa vraie mesure. Dans sa thèse de doctorat (Université de Montpellier III, 2001), Nadine Laublé entend « démontrer que l'érotisme dans l'œuvre dramatique de Gabriel Téllez figure sous quatre formes: l'amour frivole, l'amour charnel, l'amour vertueux et l'amour divin...si la forme d'amour la plus illustrée dans l'œuvre est l'amour charnel et non l'amour vertueux, c'est que Tirso prétend donner à sa création une dimension exemplaire fondamentale. La peinture des amours frivoles ne représente dans son théâtre -et principalement dans ses comedias d'intrigue et palatines- qu'un reflet des nouvelles mœurs à la mode dans l'Espagne du Siècle d'or. Les rares illustrations de l'amour divin ont pour fonction de s'opposer à la forme d'amour charnel la plus extrême. »
« s'il n'a pas instauré de formule théâtrale novatrice comme Lope de Vega ni atteint la profondeur et la perfection de Calderón de la Barca. Dans ses œuvres dramatiques, il est resté fidèle à Lope de Vega, dont il ne diffère que par une analyse plus approfondie de la psychologie de ses protagonistes, notamment des personnages féminins, dont la variété et la nuance étaient inhabituelles dans le théâtre espagnol de l'époque. » (https://www.biografiasyvidas.com /biografia/t/tirso.htm)
Juan Ruiz Alarcon
Don Juan Ruiz Alarcon y Mendoza (1581-1639) est né à Tasco, au Mexique et mort à Madrid. Ses parents l’envoie très jeune en Espagne où il poursuit des études qui se termine par une diplôme de juriste à l’université de Salamanque. Alarcon mena une vie aisée à l’inverse de biens des auteurs de son temps comme Quevedo ou Gongora : Ses parents étaient nobles et sa fonction de rapporteur au Conseil des Indes (Occidentales) lui rapportait des revenus substantiels. De plus, son protecteur, le Duc de Medina l’aida à constituer une belle fortune. Mais d’un autre côté, il ne fut pas comme l’on dit ‘ gâté par la nature’ : Il était petit et bossu et de-là sujet à railleries sans doute particulièrement blessantes venant d’un Lope de Vega ou d’un Quevedo connu pour son irascibilité.
Ses pièces dont la plus connue reste La Vérité Suspicieuse, que Corneille adaptera sous le titre de Le Menteur, révèle un homme soucieux de morale, dénonçant l’injustice autant que la mesquinerie et les travers des hommes. Bien que son talent fut reconnu par le public, sa renommée n’atteindra jamais celle de l’auteur de La Vie est un Songe (Pedro Calderón de la Barca) ni à celle du El burlador de Sevilla y convidado de piedra (Tirso de Molina).
Pedro Calderon
Pedro Calderón de la Barca (1600 - 1681) est le fils d’un fonctionnaire de la finance, qu’il perd à 15 ans et sa mère, de petite noblesse, est d’origine flamande, qu’il perd à 10 ans. A huit ans, il entre au collège impérial et suit une scolarité classique qu’enseignent les jésuites. A quatorze ans, alors qu’il a déjà commencé à écrire des pièces, il entre à la fameuse université d'Alcalá de Henares pour étudier le droit. S’il ne termine pas ses études entamées par la suite à Salamanque, son œuvre dénotera un sens de la rigueur hérité de sa formation chez les jésuites et de droit.
En fait, l’existence de Calderón est faite de deux parties très distinctes. Jusqu’à l’âge de 50 ans, il va vivre dans le monde. Jeune homme, il n’hésite pas à manier autant l’épée pour des histoires de famille et d’honneur ou pour aller combattre dans les Flandres ou le Milanais, que la plume dont le talent sera vite reconnu. Par deux fois, il viendra à la recousse d’un de ses deux frères épée en main non sans quelques démêlés avec la justice et l’obligation de vendre la charge de son père pour indemniser la famille de la victime. La plume en main, il compose entre la trentaine et la quarantaine, représentées avec grand succès, 108 comedias, dont les plus célèbres sont La Vie est un songe et La Dévotion à la Croix, toute deux de 1635. Son succès lui vaut d’être appelé à la cour et de recevoir toutes les faveurs de Philippe IV qui le fait (avec dispense du Pape vu qu’il est roturier) chevalier de l’Ordre de Jacques. Il est très populaire. Il termine sa vie de bretteur en en allant ferrailler comme simple soldat au début des années contre les rebelles Catalans ; saisissant l’occasion que Espagne et France s’opposent pour la possession du territoire, la Catalogne se déclarer indépendant de l’Espagne.
A cinquante et un ans, après avoir Catalans, à l’exemple de Lope de Vega, il entre dans les ordres et n’écrit plus que des auto sacramentales, soixante- dix en tout dont Le Grand théâtre du Monde. C’est dans ses œuvres sacrées il donnera sans doute le meilleur de lui-même. Il en sera un des derniers et des plus illustres représentants avec son aîné et compatriote, Juan del Fermoselle del Encina (1468-1533), maître du genre.
Faisant reposer son théâtre sur les trois piliers de la société de son temps, la foi intransigeante, le dévouement au roi et l’honneur (sens du sacrifice, loyauté, engagement de la parole, magnanimité…), Calderón trace de manière vive et poétique la peinture de son époque. Auteur prolifique, mais quand même moins que son aîné Lope de Vega, abordant tous les thèmes, moraux, historiques, religieux, légers (intermèdes), il fait preuve d’une plus grande maîtrise de l’intrigue, une profondeur psychologique toute nouvelle des personnages qui vivent comme tout espagnol de son temps dans un monde tout à la fois réaliste et baigné dans le miracle, le songe, le surnaturel. Ses pièces sont tellement imprégnées du sentiment religieux que l’on pourrait presque parler chez Calderón. d’un théâtre religieux militant. Dans l’organisation des fêtes, royales et religieuses, auxquelles il se consacrera essentiellement dans le seconde partie de sa vie, il manifesta également son sens baroque de la fête.
Sa première pièce a été représentée en 1623 au palais royal du Buen Retiro Amour, Honneur et Pouvoir ; sa dernière le sera en 1680 au même lieu devant le nouveau roi Charles >II dit l’Ensorcelé.
Parmi ses principales comedias dont nombre son des Comédies de Cape et d’Épée, outre La Vie et La Dévotion, on peut retenir : El príncipe constante (Le Prince constant, 1629), L'Alcade de Zalamea, (L’Alcade de Zalamea 1651), El gran teatro del mundo Le Grand Théâtre du monde 1655) ou encore Les Armes de la beauté, Le Médecin de son Honneur, Le Purgatoire de Saint Patrice. Certaines sont historiques, (El Mágico Prodigioso (Le Magicien prodigieux1637[CG2] ), La Cisma de Inglaterra (Le Schisme d'Angleterre ou l'Histoire d'Henri VIII 1659) ; d’autres mythologiques comme Eco y Narciso ( Écho et Narcisse 1661). Il est également l’auteur de poèmes et de Zarsuelas et d’intermèdes comme Entremés del dragoncillo (Intermède du Petit Dragon) ou Entremés del desafío de Juan Rana (Intermède du Défi de Juan Rana.
Perez de Montalban & Les Amants de Terruel
Juan Pérez de Montalbán (1602-1638), écrivain madrilène, disciple, ami et biographe de Lope de Vega qui aurait publié sous son nom (Orféo 1624) est l’auteur d’une version autre que celle de Tirso de Molina des Los Amantes de Terruel.
Les Amants de Terruel forment un couple légendaire dans la tradition espagnole du début du 13ième siècle. Ils incarne comme les Diana et Sylène du roman pastoral de Jorge de Montemaoyr, comme Roméo et Juliette, comme Tristan et Yseult de la tragédie de la séparation, de l’union impossible en ce bas monde de ces deux âmes soeurs dont la rencontre selon Platon serait le fondement de l’amour accompli, la tragédie de deux êtres qui s’aiment mais ne peuvent jamais s’unir autrement que dans la mort, autrement dit dans le Vie suprême: Juan Martinez de Marcilla aima Isabel de Segura, qui l’aime en retour. Le père d’Isabel lui choisit un autre époux. Marcilla part comme le Chevalier en quête d’aventures, comme le Sylène de Montemayor, chercher gloire et fortune –séparation- A son retour, Isabel mariée ne peut lui accorder son amour (un baiser) – le roi de Tristan et Yseult, la figure du père, de la loi, l’interdit rend la transgression de la loi (mariage)- Marcilla en meurt –perte de l’amour qui est vie- Isabel donne le baiser (son souffle) mais trop tard sur la dépouille de son bien-aimé et en perd de même le souffle –la vie (Shakespeare en donnera une variante).
Agustín Moreto
Agustín Moreto (1610/18-1669), né à Madrid (ou Valence ?) et mort à Tolède, aurait laissé selon certaines sources peu de traces de sa vie et de son activité littéraire. Les sources divergent. Était-il le fils d’une comédienne, Violante Cavana ou d’un noble ? Ou de leur union ? Le peu qu’on sait de lui proviendrait d’une seule source, d’un chroniqueur, fray Antonio de Jesus-Maria, qui nous dit que Moreto, chapelain, a été directeur de l’hôpital de Tolède en 1657.
Selon Encyclopedia Bruttanica, ses parents auraient été d’origine italienne (la consonnance du patronyme pourrait à elle seule le confirmer) ; il aurait étudier le droit à l’université d’ Alcalá de Henares (ce qui laisse entendre que ses parents devaient être relativement aisés).
Il serait ensuite revenu à Madrid où il entrerait dans les ordres mineur en 1642 et se ferait moine en 1659.
On s’accorde à reconnaitre que le temps qu’il consacra à l’écriture théâtrale fut court qu’il mena par la suite une vie de dévotion. Certaines sources, pour l’avoir évoqué dans deux de ses pièces, émettent l’hypothèse que son entrée dans les ordres s’expliquerait par le fait qu’il aurait tué en duel avec la pointe de son épée empoisonnée son jeune ami poète… ? Malgré une vie littéraire des plus discrète, Moreto était de son vivant fort connu et apprécié et considéré comme l’égal de Lope de Vega (Encyclopedia Britannica). Son influence fut grande sur les générations futures.
Moreto ne fut pas un innovateur mais porta à leur excellence, les innovations des grands dramaturges espagnols de son temps sauf qu’il n’atteignit pas dans les comédies de cape et d’épée, le talent de Calderon dont il est en tant qu’auteur sans doute le plus proche. Mais l’on sait que ces grands dramaturges espagnols, comme ceux de France par exemple, eurent eux-aussi toujours des modèles qui, les précédant, les ont inspirés et même parfois fortement au point de reprendre à leur compte leurs idées et personnages.
« Son chef-d’œuvre, Dédain pour dédain [est empruntée] à une pièce de Lope de Vega, les Prodiges du mépris, et le fond d’une autre, El parecido en la carte, à la comédie de Cervantes, la Entretenida. Tantôt il essaye l’imbroglio dramatique sur les traces de Calderon, tantôt il se fait le rival d’Alarcon dans la peinture des caractères. C’est un véritable poète comique et celui qui, en Espagne, se rapproche le plus de Molière. » (Wikipedia)
Mort en 1669, il demanda fort probablement en signe d’humilité d’être enterré dans le cimetière des supplicié.
De sa production, 52 comedias, écrites seul ou en collaboration, sans égaler celles d’un Lope, d’un Calderon ou d’un Quevedo, est plutôt importante au vu de sa courte période d’écriture, on peut citer Trompa adetante, No puede se guardar una muger, El marques de Cigarral, El valiente justiciero et Los empenos de seis horas (Embarras de six heures) dans laquelle il tient compte, chose rare dans le théâtre espagnol de son époque de l’unité de temps.
Il est également l’auteur d’intermèdes (entremes), de courtes farces fort comiques, et a également composé de courtes farces, des éloges funèbres et des danses pour les entractes, dont certaines se distinguent par leur rythme vif et leur humour mordant.
« Son travail se caractérise par des techniques représentatives de son style et de son époque : la pratique courante de la collaboration entre plusieurs auteurs pour écrire une même comédie, dans une relation mêlant amitié et urgence du résultat final, et la réécriture de textes des générations précédentes, adaptés au style des auteurs d'une époque particulière et aux goûts d'un nouveau public. » (Biblioteca Virtuale Augustin Moreto)
« L’œuvre de Moreto se divise en quatre catégories : les pièces religieuses relatant la vie des saints ; les pièces historiques ; les comédies d’intrigue, où l’intrigue prime sur la caractérisation ; et les comédies de mœurs. Doté d’un sens inné de la mise en scène, il insufflait une nouvelle vie aux récits anciens sur les planches. Son chef-d’œuvre, El desdén con el desdén (« Le mépris avec le mépris »), inspiré de quatre pièces de Lope de Vega, se distingue, comme toutes ses meilleures pièces, par son élégance et sa fidélité au réel. » (Encyclopedia Britannica)
Agustín de Salazar y Torres
Agustín de Salazar y Torres (1636-1675), né à Almazán (Castille et León) et mort à Madrid, est issu d’une famille illustre. Il fut confié à 5 ans à son oncle Don Marcos de Torres y Rueda, qui l’emmena au Mexique. Don Marcos fur évêque du Yucatán, puis vice-roi du Mexique. Agustín passa toute son enfance et adolescent à Mexico où il fit des études universitaires de droit in utroque jure (canon et civil), de théologie et d’astrologie. Il lisait le grec, le latin l’italien et récitait Luis de Góngora.
En 1660, il revient en Espagne avec le Duc d'Alburquerque, Francisco Fernández de la Cueva y Enríquez de Cabrera, (1666-1724) qui fut vice-roi du Mexique de 1702 à 1710 ancien vice-roi du Mexique. A la cour, ses comedias, très marquée par celles de Calderón sont bien accueillies. Il accompagnera le duc durant son séjour à Vienne (et non en Allemagne) fort probablement pour le mariage en 1666 d’infante d’Espagne Marguerite-Thérèse d'Autriche avec l’empereur Léopold 1er de Habsbourg. Sa sœur, fille aînée de Philippe IV, Marie-Thérèse épousa Louis XIV en 1660. Salazar dédia plusieurs pièces dont son Voyage Impérial.
Il suivit ensuite le duc une fois celui-ci nommé Capitaine Général de Sicile. Le duc, en poste à Naples le nommera sergent-major de la province d'Agrigente, puis capitaine d'armes. À l'âge de trente-trois ans, il est frappé par une longue maladie, qui laissa le temps d’achever sa comedia Le Charme de la beauté. Il meurt peu après « épuisé et consumé » en 1675.
Doté d’un réel de sens de l’humour, il a écrit de nombreux poèmes humoristiques, mais aussi des éloges funèbres, une douzaine de comédies dont certaines mythologiques, des intermèdes (entremes), deux auto-sacramental dont un perdu et une quinzaine de ballets.
« La Seconde Célestine, son œuvre maîtresse, a été terminée par son ami Juan de Vera Tassis. Sœur Juana Inés de la Cruz (voir Poésie/Espagne), poétesse qui naquit et mourut au Mexique lui donna une fin différente, « proposée par Guillermo Schmidhuber (selon les sources par Roger Munier) et Octavio Paz en 1990. ; version contestée par les spécialistes de Salazar. Il s'agit en fait d'une anti-Célestine, car l'héroïne utilise son don d'information pour rehausser le prestige de ses capacités divinatoires, et l'on y trouve des parodies de sortilèges et une caricature comique de la sorcière par le spirituel Tacón. »(https://es.wikipedia.org/ wiki/ Agustín _de_Salazar)
José Ares Montes, spécialiste de Salazar a porté un jugement ambivalent sur le poète :
« Agustín de Salazar y Torres est un poète habile et expressif, doté d'un sens aigu du rythme, amplement démontré dans ses compositions lyriques et dans de nombreux passages de ses œuvres dramatiques ; enclin à la pompe des couleurs, au vocabulaire savant et aux images et métaphores de toutes sortes ; il ne manque pas d'esprit lorsqu'il écrit des vers satiriques » ; mais par ailleurs déclare que « ses vers « manquent constamment de vérité, de sincérité et de chaleur humaine ». (in Revista de Filología Española (Revue de philologie espagnole parut à l’occassion des célébrations du quatrième centenaire de la naissance de Góngora)
Notes
[1] Bases de la biographie https://www.britannica.com/biography/Lope-de-Vega , https://casamuseolopedevega.org/en/lope-and-his-work/biografia-en et https://histomex.org/biografia-lope-de-vega/
[2] Base de la biographie : Germán Vega García-Luengos,
Universidad de Valladolid,
Biografía de Luis Vélez de Guevara (1579-1644) Biblioteca Virtuale Mihguel Cervantes
Outre-Manche
Introduction
Le théâtre anglais au XVIIème siècle se divise en deux périodes distinctes : La première, dite jacobéenne ou ère jacobite, couvre la première moitié du siècle, de l’arrivée sur le trône de Jacques 1er Stuart succédant à la Reine Vierge en 1603 à la fermeture des théâtre en 1642 au moment de la montée au pouvoir d’Olivier Cromwell (Grande Rébellion) qui fera fermer les théâtres. Alors que les théâtres ont été ouverts au public dans le dernier quart du XVIème siècle, en 1629, il y en aura 19 d’ouverts dans la capitale qui donneront des représentations journalières, alors qu’il n’y en avait au moins pas avant 1634, que deux à cette même époque à Paris, l’Hôtel de Bourgogne et L’Hôtel du petit-Bourbon (voir Théâtre/France/ Les Salles), les troupes françaises mêmes appartenant à des princes ou duc, étant itinérantes. La seconde période est celle de la Restauration qui couvre la seconde moitié du siècle de la montée sur me trône de Charles II à la destitution de son fils Jacques II en 1685 et au-delà.
Les dramaturges français tel eurent une influence certaines sur les auteurs anglais. Robert Garnier, le dramaturge du théâtre français de la Renaissance aura eu une influence certaine sur le Théâtre Élisabéthain. Antonius de Mary Sidney Herbert et Cornelia de Thomas Kyd seront des adaptations des tragédies du dramaturge français[1].
Les Salles
Voir Renaissance/Théâtre/ Outre-Manche/Les Salles
Blackfairs Theater et Globe Theater
Dans le dernier quart du XVIème siècle commencèrent à s’ouvrir au public des salles de spectacles aux entrées bien sûr payantes. Jusqu’alors, le théâtre se jouait dans la rue, sur les places des marchés ou dans les cours d’auberges et n’était considéré que comme un spectacle de divertissement.
En 1576, James Burbage, (1531-1597), charpentier devenu ensuite acteur, aménage en salle de spectacle protégée par une toiture une partie du monastère des "Blackfriars" (dominicains à capuchon noir qui ont donné le nom au quartier) ; c’est The Theatre, aussi appelé le Burbarges’s Shoreditch Playhouse parce que situé dans le quartier de Shoreditch au-delà du nord de Londres, le premier des théâtres publics londoniens. En 1567, aurait préalablement été mise en œuvre une salle, le ‘Red Lion’, qui, scène en extérieur, devait accueillir les troupes d'acteurs qui tournaient dans la capitale. Burbage et son beau-frère auraient entrepris sa construction en tant que charpentiers, mais pour des raisons de conflits avec son commanditaire, un marchand nommé John Brayne, le projet n’aboutit pas. Ce qui peut expliquer la décision de Burbage de construire sa propre salle en 1576. Récemment, des archéologues pensent avoir découvert ses ruines mais sa localisation reste encore problématique.
En 1596, à la fin du bail du terrain du Theater, Burbage aménage une autre salle dans le prieuré pour que la troupe des Lord Chamberlain’s Men (troupe de Shakespeare) puisse répéter avant de jouer devant la Cour (Encyclopédie Universalis). Mais, il dut concéder son théâtre à d’autres confréries ; le voisinage huppé avait obtenu qu’aucune représentation puisse être donnée. Le capital resta bloqué. En 1597, Burbage décède. En 1599,Shakespeare et les Lord Chamberlain’ Men, qui, ne pouvant plus disposer du Blackfair Theatre, avaient dû louer une salle, décidèrent de le démonter . Ce qu’ils firent la nuit de noël 1599 et le transportèrent dans le quartier de Soutwark au sud du London Bridge et l’appelèrent le Globe Theater. La construction fut financée par les fils de Burbage, Cuthbert et Richard, acteur vedette des Lord Chamberlain's Men, qui s’associèrent avec Shakespeare et quatre autres comédiens de la troupe pour fonder, chose toute nouvelle, un société d’acteurs-gérants appelés maîtres de maison. Shakespeare, acteur et auteur attitré de cette troupe, en fut le principal actionnaire. Le Globe va accueillir les pièces des grands dramaturges élisabéthains, celles de Shakespeare, bien sûr, mais aussi et entre autres celles de Christopher Marlowe. Le succès fut immense.
En 1608, Richard, autre fils de Burbage, héritier du premier théâtre des Blackfairs put enfin faire aboutir le projet de son père. La troupe des Lord Chamberlain's, devenue en 1603 les King’sMen, va alors se produire dans les deux salles à la fois, dans celle à ciel ouvert du Globe en été et en hiver dans celle couverte du Blackfriars. Opération peu rentable qui obligea les actionnaires à investir énormément d’argent.
Après avoir été entièrement dévasté par un incendie en 1613, provoqué lors de la mise à feu d’un canon, le Globe fut aussitôt reconstruit. Il pouvait alors contenir jusqu’à 2 000 places . 1613 est aussi l’année où Shakespeare († 1616 Stratford-upon-Avon) cessa d’écrire et acheta le logis-porche du monastère des Blacksfairs. A partir de 1611, date à laquelle il a sans doute quitter la troupe, sa présence à Londres n’est plus mentionnée qu’occasionnellement bien qu’il ait écrit La Tempête en 1612 et Henry VIII en 1613.
Comme pour les autres théâtre, les puritains firent fermer en 1642 le Globe et/ou le firent démolir en 1644 pour construire à sa place des logements (https://www. escapadesalondres.com/pages/les-musees-de-londres/shakespeare-globe-theatre-un-voyage-dans-le-temps-1.html).) . Reconstruit en 1996, dans les matériaux d’époque à 200m de son emplacement d’origine, non loin de la Tour de Londres et de la Tate Modern Gallery, sur la rive gauche dans le Bankerside, un ancien quartier de pêcheurs jusqu’au XIXème siècle devenu de nos jours très branché, il est actuellement appelé le Shakespear’s Theater.
Le Théâtre du Cygne, celui de La Rose et celui de L'Espoir avec le second Théâtre des Blackfriars seront les quatre autres principaux théâtres de Londres avant la construction du Globe Theatre. La Rose est ouvert en 1587 par le directeur de théâtre Philip Henslowe (†1616) dont le journal est une source précieuse sur le théâtre de son temps et financé par un marchand dénommé John Cholmley. Le Fortune Playhouse est ouvert en 1600 . Il sera fermé comme les autres théâtre en 1642 sur ordre des puritains parlementariste au pouvoir, mais à la différences des autres il sera démantelé en 1649.
Dès 1600, il y aura cinq théâtres publics à Londres ; d’autres suivront : le Curtain, le Swan et le Hope.(cf. https://www.atatheatre. com /Historique.html #Burbag).
The Curtain Theater
The Curtain Theatre (Théâtre de la Courtine (remparts et non du rideau) ouvert en 1577 sera actif jusqu’en 1622 était situé à quelques centaines de mètre du Blackfairs Theater de Burbage. Son propriétaire, un dénommé Lanman, passa un accrod avec Burbage et la Troupe de Lord Chamberlain y représenta régulièrement des pièces dont celles de Shakespeare (Roméo et Juliette…) et de Ben Jonson (Every Man in His Humour, Every Man Out of His Humour). 1603, il est occupé par la troupe du roi Jacques 1er, The Queen Anne's Men en l’honneur de la reine Anne de Danamark, d’abord appelée Queen Elizabeth's Men , elle sera ensuite appelée Queen Henrietta's Men en 1625 quand Charles 1er monte sur le trône en 1625avec son épouse Henriette de France (fille benjamine de Henri IV). De même qu’en 1603, la troupe de l’amiral Chamberlain , The Lord Chamberlain's Men devient la troupe des King’s Men. On ne sait pas ce que sera devenu The Curtain après 1627.
The Red Bull Theater
The Red Bull Theater, situé au nord de Londres est construit en 1604 ou plus exactement est une auberge aménagée en théâtre car elle possédait une cour intérieure ; ce qui fait penser au Corral de Comedias espagnol antérieur de la même origine et de la même forme ( voir Théâtre/ Espagne). La cour fut couverte en 1620 comme l’ont étaient les corrales.
La Queen Ann’s Men y donna des représentations des pièces de Thomas Heywood, de John Webster, de Ben Jonson, de Thomas Dekker, de Christopher Marlowe notamment. A partir de 1625, Charles 1er au pouvoir, la King’s Men Company qui regroupait alors des comédiens de moins bonne qualité, interpréta des pièces d’auteurs français qui avaient été représentaient auparavant au Blackfairs et au Fortune. La qualité allant se dégradant avec la compagnie du futur Jacques II qui s’y installa en 1634, la Prince Jacques's Men, ses représentations ne fut même plus répertorié. Le théâtre fut fréquenter par un public populaire et braillar venus voir des drolls (sketch comiques) et des farces. Après avoir traversa la période Cromwell sans trop cesser d’être ouvert, il connut un regain d’intérêt au début de la Restauration en jouant des auteurs élisabéthains de second plan comme William Rowley (1585? - 1626) pour finalement être fermé en 1666.
En 1629, dix-neuf théâtres se trouveront ouverts tous les jours dans la capitale alors qu’il n’y en avait que trois à Paris, L’Hôtel de Bourgogne, Le Petit Bourbon et L’Hôtel d’Argent (s’il a existé). Cette page glorieuse du théâtre élisabéthain se refermera, après le règne intermédiaire de Jacques 1er (1566-1603-1625), environ un siècle après la montée sur le trône de la reine qui lui a donné son nom , à la mort du roi Charles 1er en 1649, c’est-à-dire à la prise du pouvoir par Cromwell qui instaura le Commonwealth (la ‘république’) pour dix ans.
The Dukes Theatres
A la Restauration, quand les représentation théâtrales reprirent, deux troupes se partageait, La Troupe du Duc était protégée par le duc d'York (futur Jacques II) et , la Troupe du Roi. Dès 1660, les deux troupes furent brièvement logées dans un ancien théâtre jacobéen, le Cockpit Theatre (également connu sous le nom de Phoenix Theatre), situé à Drury Lane. Après un court séjour au Salisbury Court Theatre, la Compagnie du Duc s'installa en 1662 à Lincoln's Inn Fields, dans un bâtiment de Portugal Street qui abritait autrefois le court de tennis de Lisle et que D’Avenant fit aménagé.. La compagnie y demeura jusqu'en 1671. La Compagnie du Roi, quant à elle, s'installa au Theatre Royal, à Drury Lane ouvert par Thomas Killigrew.
En effet, au début de la Restauration, au commencement des années 1660, Thomas Killigrew avait fait construire un théâtre sur Drury Lane connu sous le nom du Theatre Royal in Bridges Street. Les propriétaires du théâtre engagèrent des acteurs de renom qui s'y produisirent régulièrement, notamment Nell Gwyn et Charles Hart. En 1672, un incendie ravagea le théâtre, et Killigrew fit construire un théâtre plus grand sur le même terrain, rebaptisé Theatre Royal in Drury Lane qui ouvrit ses portes en 1674. Ce bâtiment subsista pendant près de 120 ans.
Selon l’édition d’un gravure représentant le Dukes Theatre, à Lincoln's Inn Fields, tel qu'il apparaissait sous le règne de Charles II (https://collections.vam.ac.uk/item /O1280345/the-dukes-theatre-in-lincolns-print-unknown/): « En 1662, D’Avenant « obtint un brevet pour la construction [en fait l’aménagement d’un court de tennis] du Duke's Theatre à Little Lincoln's Inn Fields. En 1671, un autre théâtre, portant le même nom, fut construit dans les jardins de Dorset par Sir Christopher Wren, dans un style architectural similaire à celui de Lincoln's Inn Fields. Le bâtiment de Lincoln's Inn fut démoli vers avril 1709 et le site occupé par les installations d'une compagnie à gaz. »
The Dorset Garden Theatre
Le Dorset Garden Theatre de Londres, construit Sir Christopher Wren en 1671, était initialement connu sous le nom de Duke of York's Theatre ou Duke's Theatre. En 1685, à la mort du roi Charles II, son frère, le duc d'York, fut couronné Jacques II. Le théâtre devint alors le Queen's Theatre, en hommage à la seconde épouse de Jacques, Marie de Modène. Ce nom fut conservé lors de l'accession au trône de Guillaume III et Marie II en 1689. Il s'agissait du quatrième siège de la Duke's Company, l'une des deux compagnies théâtrales agréées du Londres de la Restauration, et après 1682, il continua d'être utilisé par son successeur, la United Company. Il fut démoli en 1709.
Le Théâtre Élisabéthain
Voir pour la vie l’œuvre des auteurs Renaissance/ Théâtre/Outre-Manche
Introduction
A noter d’emblée qu’au XVIIIème siècle, la notion de propriété intellectuelle n'est pas aussi développée que de nous jours. Les pièces du Théâtre Elisabéthain sont souvent des œuvres de collaboration comme on peut le constater entre Ben Jonson et Thomas Dekker. Au XVIIIème siècle encore, auteurs et musiciens empruntent et adaptent tout ou partie d'œuvres de leurs contemporains sans qu'il soit question de plagiat d'un thème, d'une intrigue. Mais encore, souvent une pièce s’écrit à deux ou même à plusieurs, et les emprunts d’un auteur à un autre ne sont sans doute que des morceaux partagés, que chacun adapte à sa propre pièce.
Le Théâtre Élisabéthain est un théâtre sombre qui reflète la vie, le climat d’une Angleterre qui depuis des siècles était en butte avec l’ennemi extérieur, aux guerres civiles, à la vie pauvre et dure, qui a vu sa population réduite de moitié pendant la Peste Noire de 1350 et dont l’histoire des rois et seigneurs n’est que complots et exécutions.
« Le public du théâtre élisabéthain attend diverses péripéties : duels, duos, scènes violentes, et leur apparition est saluée par des ovations. Les thèmes sont, d'une part le paganisme renaissant, le scepticisme et l'individualisme, d'autre part, la frénésie panique, la folie, la destruction, le crime et le sang. La tragédie élisabéthaine célèbre la puissance de vivre qui, paradoxalement, s'affirme à travers une souffrance démesurée et violente » (https://www.larousse.fr/encyclopedie/divers/ histoire_du_théâtre /96913)
Les pièces historiques retracent l’histoire de ces rois tandis que les comédies ont pour personnages principaux les gens du peuple, pauvres et riches. On y voit intrigues, assassinats, folie, vengeance. La cupidité rivalise avec l’ambition qui rivalise avec la fourberie. La réalité la plus nue croise le merveilleux, et les sorcières, les princes, les amants, la mort.
La période Jacobéenne
Les pièces de Thomas Kyd (1558-1594) et Christopher Marlowe (1564-1593) sont à rattacher à la période élisabéthaine proprement dit ainsi que celles de William Shakespeare (1564-1616) aussi, mais les pièces comme celles de Ben Jonson (1572-1637), écrites après 1603, sont stricto sensu de la période jacobéenne et non plus élisabéthaine. Ces deux grands dramaturges prolongent en fait le théâtre élisabéthain d’un siècle à l’autre, de la période dite Renaissance à la période dite Baroque, du règne d’Élisabeth 1er Tudor, de 1558 à 1603, à celui de Jacques 1er Stuart, de 1603 à 1649: Shakespeare et Ben Jonson qui, amis et rivaux, ont débuté leur carrière d’auteur dramatique bien avant le passage du siècle.
De la période jacobéenne du théâtre dit élisabéthain, on peut mentionner le dramaturge
Sous Jacques 1er, le théâtre Élisabéthain, qui, sans donner au public les grands chefs d’œuvres du siècle précédent, va connaître une production plutôt riche avec des dramaturges comme John Webster (ca.1580-ca.1634) qui, en 1614, écrit sans doute sa meilleure pièce La Duchesse d’Amalfi ; Thomas Decker (vers 1572-1632) qui, sans avoir le talent d’un Marlowe ou d’un Ben Jonson, reste une auteur remarquable du Théâtre Élisabéthain ne serait-ce que par son importante production personnelle, près d’une soixantaine de pièces, et sa participation, selon la tradition de ce même théâtre, à l’écriture de pièces de collaboration ; John Fletcher (1579-1624), à cheval lui aussi sur la première et la seconde période du Théâtre Élisabéthain, élisabéthaine et jacobéenne, très connu de son temps, fut un rival de Shakespeare. Ses pièces retrouvèrent un nouveau succès à la Restauration (1660-1688, règnes des Stuart Charles II et Jacques II). Il a produit une œuvre personnelle ou en collaboration, notamment avec son ami Francis Beaumont (†1616). Il a touché à tous les genres mais son thème dominant reste la peintures de mœurs. Quant à W. Shakespeare, il va notamment donner durant les seize années qui lui reste à vivre en ce siècle Othello, Le Roi Lear et La Tempête, non les moindres de ses plus fameuses pièces.
George Chapman (1559-1634), restera plus connu pour sa traduction d’Homère agrémentée d'explications mythologiques et de commentaires marginaux que comme dramaturge, tant d’auteurs de génie recouvrant son talent de dramaturge.
« À côté de comédies plutôt médiocres, d'où émerge Eastward Hoe (1605), pièce écrite en collaboration avec Ben Jonson et Marston et qui lui valut la prison, il se serait inspiré de Marlowe pour composer des tragédies dont les principaux sujets sont tirés de l'histoire de France : Bussy d'Ambois (1607), The Conspiracie and Tragedie of Charles Duke of Byron (1608), The Widdowes Teares (1612), The Revenge of Bussy d'Ambois (1613)…Baroque comme tous les élisabéthains, Chapman a surtout assumé l'exaltation romantique et les extravagances du mouvement. Il y a dans ses pièces des tirades de haute volée, des moments où souffle l'esprit, mais ses compositions manquent en général de cohésion et de structure et les qualités de l'auteur ne parviennent pas à voiler ses défauts » (https://www.universalis.fr/ encyclopedie/george-chapman/).
Période Caroline
La période caroline (de Charles 1er) est plus connue pour ses poètes : John Donne (1572–1631), Thomas Traherne (1636/37–1674) et l’école des Cavalier Poets, (Cavaliers poètes) avec entre autres Robert Herrick, Richard Lovelace (voir Poésie/ Outre-Rhin).
John Ford (1586-1640), essentiellement dramaturge mais aussi poète et essayiste est la figure dominante au théâtre dans le deuxième quart de siècle. Ses pièces conservent l’atmosphère sombre et cruelle élisabéthaine notamment avec sa pièce maitresse ‘Tis a Pity She is a Whore (Dommage qu’elle soit une putain) qui traite du tabou de l’inceste. Philipp Massinger (†1640), auteur de tragédies, comédies et tragi-comédies personnelles et en collaboration, notamment avec Fletcher, aura été l’auteur attitré de la Kings’Men Compagny, compagnie anciennement connue sous le nom de Lord Chamberlain's Men sous le règne de la reine Elizabeth 1ère, et qui prit cette nouvelle appellation en 1603 sous Jacques 1er. James Shirley (†1666) peut être considéré comme le dernier représentant du Théâtre Élisabéthain. Auteur également de tragédies, comédies et tragi-comédies personnelles et en collaboration, il mourut dans l’incendie de Londres.
Période de la Restauration
Comme pour la littérature en général, la seconde période débute à la Restauration Anglaise quand Charles II Stuart, après la mort de Cromwell († 1659), accède au pouvoir en 1661. Des auteurs dramatiques comme John Dryden (1631-1700) ou William Wycherley (1641-1715) en seront des plus représentatifs par l’esprit libertin que véhicule leurs pièces.
L’œuvre dramatique et poétique de William D'Avenant (1606-1666) fait transition entre la période élisabéthaine et la période de la Restauration. Au théâtre comme en poésie, à l’héroïsme et au devoir, il mêle les thèmes de l’amour et du désir. John Dryden (1631-1700) consacrera l’essentiel de son œuvre dramatique à la tragédie héroïque, mais son nom reste attaché à son œuvre poétique et à ses traductions des poètes antiques comme son Énéide de Virgile (70-19) et les Satires de Juvénal (début de notre ère). Sans l’égaler Thomas Otway (1652-1685) participa au genre tandis sir George Etherege (v. 1635-v. 1692) et William Wycherley (1640-1716) seront les auteurs de comédies à succès durant cette période.
En 1642, durant la Première Guerre Civile (>1646), les Puritains, pro-parlement avaient fermés les théâtres. En 1660, Charles II monté sur le trône accorda deux brevets de théâtre à la Duke's Company dirigée par William d’Avenant et à la King’s Compagny qui, dirigée par Thomas Killigrew, détenait la plupart des droits sur le répertoire élisabéthain. C’est à cette dernière que John Dryden (1631-1700) donnera ses pièces.
Avec en 1663, The Indian Queen, une tragédie héroïque en collaboration avec Sir Robert Howard, son beau-frère, et avec en 1665,The Indian Emperour, une pièce qui fait suite à la précédente, Dryden entame là une production représentative d’un « genre nouveau et populaire, avec ses conflits entre l'amour et l'honneur et ses charmantes héroïnes devant les charmes desquelles les héros fanfarons s'effondraient dans une soumission émerveillée » (Britannica/biography/John-Dryden).
La Conquête de Grenade de 1670 et Aureng-Zebe de 1675 - dans laquelle il abandonne le pentamètre rimé, le mètre le plus usité depuis le XVIème siècle pour le vers blanc qu’avait introduit le poète Henry Howard (1516/17-1547) dans sa traduction de l’Énéide et qui deviendra la forme métrique par excellence de la poésie anglaise et de la tragédie élisabéthaine- sont deux de ses pièces héroïques dans lesquelles s’entremêlent dans une forte intensité dramatique les thèmes de l'amour et de l'honneur. Le genre atteint là son paroxysme. «Les tambours et les trompettes, les diatribes et l'extravagance, les batailles sur scène, les riches costumes et les scènes exotiques » était ce qui plaisait au public. Si sa tragédie Don Sebastian (1689) est un échec, son Amphitryon (1690) sera un succès en bonne partie grâce à la musique d'Henry Purcell qui collabora aussi, également avec succès, avec lui pour King Arthur (1691)
En 1668, Dramatick Poesie, an Essay, est critique dramatique moderne dans lequel il défend un théâtre anglais qui se détache de l’influence du théâtre des anciens et du théâtre classique français. Réflexion qui poursuivra dans les préfaces de ses pièces et traductions. Les préfaces de ses pièces et traductions au cours des trois décennies suivantes devaient constituer un corpus substantiel d'écriture critique et de réflexion.
Christopher Marlowe
Christopher Marlowe (1564-1593), né Canterbury et mort à Deptford (banlieue de Londres) est le fils d'un cordonnier. Bien que d'une famille aux modestes revenus, il reçoit pourtant une éducation qui lui permet d'entrer au prestigieux King's Collège de Londres, puis à l'Université de Cambridge. En 1788, il s'établit à Londres et fait profession d'auteur dramatique. Il fréquente les tavernes populaires, les bas-quartiers, et mène entouré d'amis de l'aristocratie, de comédiens, une vie dissolue de sexe, de beuverie et de coups d'épée qui le feront plus d'une fois arrêter. Il n’en est pas moins lié au premier Ministre de la reine Elisabeth 1er, William Cecil(†1598). pour qui il accompli plusieurs mission en tant qu’agent secret. Sa mort est entourée de mystère et pour certains historiens, elle n’est pas certaine à ce moment-là. La version officielle est qu’il aurait été poignardé en 1593 « par un serviteur paillard, un rival de son amour obscène » ou par un de ses compagnons de tavernes qui aurait également travaillé pour William Cecil, Lord du Sceau privé ou Garde du Petit-Sceau (sceau du souverain).
Didon la Reine de Carthage est sa première pièce écrite vers 1586 et publiée 1594. Le Grand Tamerlan, qui a pu être écrit avant son arrivée à Londres, jouée en 1588, connaît un énorme succès que l’on fait coïncider avec le début du théâtre élisabéthain. Marlowe n’a pas eu le mérite d’introduire le vers blanc (non rimé) dans la poésie anglaise. Le vers blanc avait déjà été utilisé selon les sources dans la pièceeGordobuc écrite en 1561 par deux étudiants Thomas Norton et Thomas Sackville ou par Henry Howard, Comte de Surrey (1516-1547, ) qui l'employa dans sa traduction du deuxième et du quatrième livre de l’Énéide de Virgile en 1557. Marlowe a été le premier à l’employer dans une œuvre théâtrale.
S'inspirant pour sa troisième pièce, la plus connue, de l'Historia von Johann Fausten, publiée anonymement en 1587 à partir de la vie du Docteur Johann (ou Georg) Faust (1481-1540 ), il écrit en 1592 The Tragical History of Doctor Faustus. Un drame dans lequel Marlowe met en scène la vie de l’ alchimiste, astrologue à la réputation sulfureuse, qui aurait pratiqué la magie noire, autrement dit pactisé avec le diable, en lui vendant son âme en contrepartie d'une vie[2]. Le thème, celui d'une tragédie qui met l'homme face à son plus profond désir et face sinon aux dieux antiques au diable du christianisme, est riche car chacun peut s'interroger pour savoir ce qu'il pourrait demander en échange de son âme, sachant que le pacte diabolique ne lui évitera pas la mort et que toute jouissance des sens ou l’entière satisfaction intellectuelle s'évanouira avec elle. Le personnage éponyme selon les auteurs serait à la recherche de la vérité, de l'assouvissement du désir, ou/et de l'ensemble des connaissances humaines. Thème et personnage seront maintes fois repris après Marlowe, notamment au théâtre par Goethe en 1808, et à l'opéra par Gounod en 1859.
Philippe Henslowe (voir Thomas Kyd) l’a fait représenter en 1594. En 1602, comme il l’avait demandé un anana plus tôt à Ben Jonson pour La Tragédie Espagnole (Hieronimo) de Kyd, Henslowe paya William Bird et Samuel Rowley pour des ajouts comiques, plus au goût du public ; et des parties sérieuses furent tronquées, telle qu’éditée en 1616.
Si Marlowe n’est pas mort poignardé mais, comme l’avance une thèse récente, sachant qu'il allait être arrêté et que ses protections ne pourraient lui éviter la prison, il aurait décidé d'organiser sa propre disparition et se serait exilé définitivement en France puis en Italie, à Venise entre autres ; Thèse non dépourvue de crédibilité. Marlowe, en exil, aurait continué à écrire pour le théâtre et ce serait Shakespeare qui aurait assumé la paternité de ses pièces. Il est a rappelé que Shakespeare a écrit quasiment toutes ses pièces après la mort de son ami de Marlowe, à partir de 1594., mis à part La Mégère apprivoisée (1591/92), Les Deux Gentilshommes de Vérone (début des années 1590 ?), Titus Andronicus (1591/93), et la première tétralogie ( Première, deuxième et troisième parties d'Henri VI et Richard III 1591>93 . A noter que si certaines de ces pièces sont indiquées représentée entre 1590 et 1594, qu’une sévère épidémie de peste sévit à Londres en 1592 et 1593.
Officiellement, il n’est attribué que 7 pièces à Marlowe pour une carrière littéraire qui n’aura duré que 6 ans. Pour autant, ses pièces ont fondé le théâtre élisabéthain dans toutes ses caractéristiques.
Georges Chapman
Georges Chapman (1559?-1634), né à Hitchin, au nord-est de Londres, est un érudit dont l’œuvre de se répartit entre comédies, tragédies, poèmes et traductions. Ses traductions de L’Iliade (1609) et de l’Odyssée (1615), qu’il adapta au goût élisabéthain servit à l’usage de plus d’un poète :
Auteur comique, sa seconde comédie datée de 1597, Humorous Day’s Mirth (La Gaité d’Une journée mélancolique) ne révèle pas plus de talent comique que la première. La comédie satirique, The Gentleman Usher (L’Huissier Gentilhomme) « est plein de poésie et de situations ingénieuses ». All Fooles est jouée en 1605, "The Widow’s Tears"(Les Larmes de la Veuve) raconte l’histoire bien connue de la matrone éphésienne[3] ». Monsieur D’Oline contient également un bon travail de comédie. Eastward Ho ! écrite en collaboration avec Ben Jonson lui vaut la prison pour des propos jugés anti-écossais (Jacques 1er est d’origine écossaise).
Mais il se révèle un meilleur auteur dramatique par ses tragédies. Il donne au théâtre son chef-œuvre en 1610, Bussy d'Amboise écrit en 1607 : Dans le cadre de l’affaire de l’assassinat du Duc de Guise, Amboise de Clermont veut venger son frère Bussy, également assassiné. Tragédie de la vengeance dans laquelle la vertu, le stoïcisme de Clermont, son ‘retrait’ du monde s’opposent à la grandeur, l’ambition, l’affairisme, la plongée dans le monde de l’opportunisme.
Tragédie à laquelle il donne suite avec La Revanche de Bussy d’Amboise Sous Henri II Valois , La Conspiration de Charles, duc de Byron et La Tragédie de Charles, duc de Byron. Quatre tragédies, en tout, historiques, basées sur des faits réels qui se sont déroulés en France du XVIème siècle ; ce qui en fait leur originalité. Elles sont influencées par le ‘style’ Marlowe de cinq ans son cadet ; sauf que Chapman se veut dans toutes ses pièces moralistes, avec honneur, honnêteté et sagesse ‘en tête de gondole’, et qu’il n’a pas su ou voulu plier son style épique aux exigences dramatique de la composition scénique.
Chapman a été dit le moins dramatique des dramaturges élisabéthains et plus poète épique. Il aura traversé les trois périodes du théâtre anglais de la Renaissance. Il a été l’auteur d’une douzaine de comédies, et autant de masks (spectacle total divertissement en musique, danse et décor équivalant des carnavals et mascarades italiens).
William Shakespeare
L’apport de William Shakespeare (1564-1616) au théâtre ne se réduit pas à ce qu’il a contribué à écrire avec ses contemporains dramaturge une des pages les plus brillante du théâtre anglais. Bien au-delà, son apport tant par ses tragédies que ses comédies et ses pièces historiques a ouvert à l’écriture scénique une dimension jusqu’alors inconnu. La force de son langage, la richesse de ses métaphores, la profondeur de ses personnages, la complexité des situations, la puissance quasi envoûtante qui émane de l’ensemble font de lui un exemple qui traverse le temps et les cultures. Il est un de ses rares créateurs dont on peut dire que son œuvre est tout autant universelle par sa forme, ses moyens d’expression que par sa profondeur métaphysique. Il enrichit la langue anglaise de mots nouveaux qui sont encore usités de nos jours.
Une théorie veut que Shakespeare n’aurait jamais écrit les pièces qu’il aurait faites jouer après 1593, soit après le mort, simulée pour le tenant de cette thèse, de Christopher Marlowe qui, réfugié en Espagne puis en Italie, en serait le véritable auteur. Nombres de sources, la plupart, affirment qu’il est établi aujourd’hui que Shakespeare est bien l’auteur de ses pièces, se rangeant ainsi à la thèse ‘officielle’. sans en apporter la preuve indubitable.
Quelques mots-clés du théâtre shakespearien : lyrisme, paroxysme des passions, langue riche, inventive, précieuse et jargon populaire, mélanges des genres, mélanges des classes (grands seigneurs et gens du peuple), mélange des vertu et de vices (grandeur d’âme et mesquinerie ordinaire, honneur et bassesse).
Sa production est très volumineuse qui aborde les sujets les plus divers. Elle comporte des comédies, des tragi-comédies, des drames historiques et des tragédies, qui sont difficiles à dater. On peut néanmoins, chronologiquement et plus ou moins selon le genre de pièces, la répartir en quatre périodes,
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1590 à 1594 : Période que l’on pourrait qualifiée de jeunesse avec la création surtout de pièces historiques- dans lesquelles on ressent l’influence de la tragédie classique
renaissance qu’initia George Buchanan (1506-1582) - dont, la tétralogie (cycle Henri VI) :Trilogie Henry VI (1590-91) et Richard III (1592-93), La Comédie des Erreurs (1592-94),
La Mégère Apprivoisée (1593) ; - ·
1594 à 1600 : Période de maturité dont le Cycle Henri IV : Richard II (v. 1595), les deux volets d’Henri IV (v. 1596) et Henri V (v. 1599), Les Deux Gentilhommes de Vérone (1594),
Titus Andronicus (v. 1594), Le Songe d’Une Nuit d’Eté et Roméo et Juliette (1595), le Marchand de Venise (1596),), Beaucoup de Bruit pour Rien (1599), Comme il vous plaire,
Les Joyeuses Commères de Windsor et Jules César (1599) ; - ·
1600 à 1608 : Période sombre ; son théâtre est le plus noir de sa production dont Les Joyeuses Commères de Windsor et Hamlet (1601), Mesure pour Mesure et Othello (1604),
Le Roi Lear et MacBeth (1605) , Antoine et Cléopâtre et Le Roi Lear (1606), Coriolan (1607) ; - ·
1608 à 1616 : Son théâtre s’éclaircit par tragi-comédies (tragédies à fins heureuses) dans un mélange des genres très marqué, dont Périclès (1608), Cymbeline (1610)
et le Conte d’hiver ( 1610), La Tempête (1612), Henri VIII (1613).
Considéré comme le plus grand dramaturge anglais sinon européen, Shakespeare a créé des personnages qui restent dans l’imaginaire collectifs, partie intégrante de notre culture, Hamlet, Roméo et Juliette, Macbeth, Othello, Falstaff (personnage récurrent)… Son influence sur le théâtre anglais et européen a été considérable mais étonnamment qu’à la fin du XVIII siècle. Son théâtre ne cesse l’objet d’études. Ses pièces sont au répertoire de compagnies théâtrales du monde entier.
Si Shakespeare a été un grand poète dramatique, il l’a également et tout autant été par ses poèmes, notamment ses 154 Sonnets (chez lui, trois quatrains et un distique en vers iambiques) qui s’adressent pour la plupart et d’abord à un jeune homme inconnu- d’aucuns disent que l’emploi du ‘je’ est fait de manière impersonnelle, d’autres que le poète déclare son amour pour lui, et pour d’autres sonnet à une femme – la maîtresse du poète ? Une dame inconnu ? Ces 154 sonnets traitent de l’amour au travers du désir et de la jalousie, parlent de la mort et célèbre la beauté. Certains critiques avancent que l’épidémie de peste qui sévit à Londres entre 1592 et 93 qui entraina la fermeture temporaire des théâtres, incita Shakespeare a abandonné provisoirement l’écriture dramatique pour écrire ses sonnets Vénus et Adonis (1593, 1200 vers) et Le Viol de Lucrèce (1594, 2000 vers).
John Webster
John Webster (1580-1625/34), né et mort à Londres est issu d’un milieu modeste. Il semble néanmoins avoir suivi des études classiques et avoir été inscrit au Middle Temple (un des 4 centre de formation des juristes) selon ce que peut en révéler ses pièces. Mais l’on sait peu de chose de sa vie si non qu’il se marie en 1606 avec Sara Peniall, alors qu’elle a 17 ans et est enceinte de 7 mois. Le couple aura plusieurs enfants.
A partir de 1600, il fréquente comme auteur le milieu des acteurs et auteurs qui gravitent autour de Philip Henslowe, directeurs des théâtre de La Rose et de La Fortune. Il collabore à l’écriture de pièces avec J. Dekker (1572-1632), Thomas Heywood (1570-1641) , John Marston (1576-1634), comme il collabora aussi avec J. Ford et J. Fletcher.
John Webster termine la période du « pur théâtre » élisabéthain. Son œuvre majeure, La Duchesse d’Amalfi, jouée pour la première fois en 1613 par la troupe des King's Men au Blackfriars Theatre, met en scène la tragédie vécue, sous la Renaissance Italienne, par l’authentique duchesse qui vit son époux, Antonio da Bologna assassiné et ses enfants étranglés sur ordre de ses deux frères, le duc Ferdinand de Calabre, son jumeau amoureux d’elle et le cardinal d’Aragon cupide, qui seront eux-mêmes tués par leur serviteur et âme damnée, Bosola. Horreur sanglante, exacerbation des émotions, personnages imposants, la sorcellerie sont les composants de cette pièce que Claire Gheeraert-Graffeuille dans son étude (Université De Rouen - Mont-Saint-Aignan) inscrit dans “l’esthétique du baroque dépravé”. (http://www.etudes-episteme.org/ee/file/num_9/ee_9_art_graffeuille.pdf).
Webster avait écrit auparavant dans la même outrance, la même démesure Le Diable Blanc, présentée au Red Bull Theatre en 1612, est sa seconde pièce importante de sa production ; un pièce au sujet politique sur la corruption du pouvoir à partir de la vie de la noble Vittoria Accoramboni dont son amant le Duc de Bracciano, Paolo Giordano Orsini, qui aurait assassiné sa première femme Isabelle de Médicis, fille du Grand-Duc de Toscane, assassine le prétendant de Vittoria Francesco Peretti, neveu du cardinal Montaldo, futur pape Sixte Quint. Le duc, , meurt en exil à Venise. Vittoria a laissé des poèmes. Son histoire a été reprise par des auteurs comme Stendhal.
Le Théâtre de La Période Jacobéenne
Introduction
Cette première période théâtrale, pendant laquelle Shakespeare († 1616) donne certaines de ses meilleures pièces, se situe dans la continuité du théâtre élisabéthain du XVIème siècle (voir Renaissance/Littérature./Théâtre/Angleterre). Un auteur comme John Webster y dépassera son aîné dans l’outrance et l’horreur. Cette période verra également naître la Comédie Urbaine (City Comedy) avec des auteurs tel Ben Jonson (1572-1637) qui joue sur les deux tableaux et aussi Marston, Thomas Dekker, John Ford et John Fletcher, auteurs qui mettent en scène le mode de vie des londoniens sous un angle satirique qui montre les bas instincts de leur contemporains, la cupidité, l’avidité, la jalousie…C’est comédies satiriques, comédies de mœurs avant l’heure, connurent un prompt succès parce qu’elles étaient directement accessibles. Usant d’un langage plus courant, elles sont loin de la complexité psychologique ou historique des pièces élisabéthaines. Les dramaturges anglais non seulement connaissent les auteurs français se targuent de parler leur langue mais s’en inspirent pour leurs tragédies qui remplacent les pièces historiques de Shakespeare dans le répertoire des troupes,
Thomas Dekker
Thomas Dekker (1570 /72 -1632/41 ), peut-être de par son nom d’une famille émigrée, originaire de Hollande, est sans doute né à Londres mais l’on sait peu de choses de sa jeunesse et des études qu’il pourrait avoir faites. Il est connu en 1603 pour son premier pamphlet, The Wonderful Year (L’Année Merveilleuse) ou selon le sous-titre « Wherein is shewed the picture of London, lying sicke of the Plague ( Où est montré Londres, malade (gisante) du fléau (mensonge) de la peste. année qui vit les théâtres être fermés pour cause d’épidémie de peste. The Belman of London (ou La Confrérie des Gueux ) sur la fourberie et le crime daté de 1608 est sa première contribution au ‘roguery pamphlet’ (pamphlet sur la fourberie), genre de « littérature de la filouterie, sensationnelle et lucrative. ». Dekker « y révèle les rituels de l’(anti) société secrète des va-nu-pieds, «the Ragged Regiment», «the damned fraternity». L’adoubement du novice et les bacchanales qui le suivent mêlent de façon burlesque traditions chrétiennes et topoi [thèmes, arguments) des romans de chevalerie. The Guls Horne-Booke est de 1609.
Il est mentionné pour la première fois comme auteur de théâtre en 1598. Sa production ‘est relativement conséquente, une vingtaine de pièces en majorité des comédies et des tragi-comédies pour le reste. 42 pièces de sa seule main dont 9 sauvegardées et 13 en collaboration. Entre 1613 et 1619, il passe sept années en prison pour dettes pendant lesquelles il n’écrivit que des pamphlets. Il a participé à l’organisation de fêtes officielles comme celle des spectacles de rue pour célébrer la montée sur le trône de Jacques 1er en 1603 ainsi que pour des cortèges du Lord-mayor.
Dekker est essentiellement l’auteur de comédies dont les plus connues et dont on soit sûr qu’elles sont de sa seule main sont The Shoemaker's Holiday (Le Jour de fête du cordonnier 1599), The Pleasant Comdie of Old Fortunatus (Le Vieux Fortunatus,1600), The Honest Whore (L’Honnête Salope, 1604).
Il écrivit treize de pièces en collaboration avec d’autres auteurs connus comme Ben Jonson ou John Ford (La Sorcière d’Edmonton (1621). Il s’adapta aux différentes modes de la Période Jacobéenne (règne de Jacques Ier Stuart) dont il est sans doute l’auteur le plus représentatif. A propos de B. Jonson, lors de la querelle de la Poétomachie ou Guerre des Théâtres , ce dernier le traita en 1601 de « costumier d'œuvres » dans Le Poètereau. Dekker riposta vivement l’année suivante avec Satiromastix ou Le Dévoilement du Poète Humoriste. « Horace (Jonson) est dépeint comme un opportuniste et un flagorneur, cherchant désespérément à s'imposer comme un moraliste indépendant, mais craignant d'avoir à assumer la responsabilité de ses jugements. » (George Kirkpatrick Hunter, English Drama 1586–1642: The Age of Shakespeare, Oxford, Clarendon Press, 1997; p. 300.)
Dekker ne peut certes être mis au rang des très grands dramaturges du XVIIème anglais. On lui reproche même parfois sa pauvreté d’imagination et sa production n’alla pas sans quelques facilités et ‘négligence’. Mais, son ‘sens of humor’ est incontestable ; Il sait aussi émouvoir par une intrigue ‘romantique’ . Il sait être acerbe pour dénoncer les travers du genre humain. Il a toujours le souci du réalisme dans sa manière quasi sociologique de présenter les bourgeois aisés et moins aisés de son temps, le monde des petites-gens, des bas quartiers de Londres. Il est surnommé par certains « le Dickens de la période élisabéthaine. » ; Fort probablement d’origine modeste, il sut dépeindre les petites gens, la ‘populace’ des bas-quartiers, les scènes de marchés…
« Ces pièces sont caractéristiques de son œuvre par le ton moralisateur du théâtre traditionnel, le style vif et exubérant de leur prose, et le mélange de détails réalistes et d'une intrigue romancée. Son oreille fine pour le langage familier lui a permis de brosser avec vivacité des scènes de la vie quotidienne londonienne, et son œuvre a rencontré un vif succès auprès d'un public bourgeois avide de pièces abordant des thèmes patriotiques, protestants et propres à la classe moyenne. » (Encyclopedia Britannica)
La Guerre des Théâtres
« La Guerre des Théâtres (également appelée, par Thomas Dekker, la Poétomachie ou « guerre des poètes ») fut une controverse qui agita le théâtre de la fin de l'époque élisabéthaine. En raison de l'interdiction formelle de la satire dans les publications en prose et en vers en 1599 (l'interdiction des évêques de 1599), le théâtre devint le seul exutoire de la satire. La controverse qui s'ensuivit, et qui se déroula entre 1599 et 1602, opposa le dramaturge Ben Jonson à ses rivaux John Marston et Thomas Dekker (avec Thomas Middleton comme allié). Le rôle de Shakespeare dans ce conflit, s'il en a joué un, a longtemps fait l'objet de débats parmi les érudits »
Dans sa pièce Histriomastix (1599), Marston se moque de l'orgueil de Jonson. Jonson réplique en raillant le style verbeux de Marston dans Every Man out of His Humour (1599)
Dans Cynthia’s Revels (1600), jouée par les Children of the Chapel, Jonson se ridiculise Marston et Dekker. Marston s'attaque alors en 1601 , à Jonson dans What You Will probablement jouée par les Enfants de Paul.
Jonson répond la même année avec The Poetaster également jouée par les Enfants de la Chapelle. Dekker conclut la série avec joué par les Children of Paul's et les Lord Chamberlain's Men.
Benjamin Jonson
Ben Jonson (1572/73-1627) est l’auteur de nombreux Masks (spectacle total divertissement en musique, danse et décor équivalant des carnavals et mascarades italiens) représentés à la cour de Jacques 1er Stuart. Mais il reste à la postérité surtout pour son théâtre, notamment pour sa pièce Volpone (Le Renard) créée en 1606. Dans cette pièce de tromperie où tel est pris qui croyait prendre, Volpone, le Renard, riche marchand vénitien feint, aidé de son valet Mosca, la Mouche, d’être sur le point de mourir pour attirer tous les cupides qui convoitant ses faveurs testamentaires lui font de somptueux cadeaux, qu’ils espèrent aussi récupérer. Mais la ruse de Volpone n’est pas aussi grande que la fourberie de son valet qui à la fin rafle la fortune de son maître. Fort heureusement, à la fin des fins, la justice veille et tous deux sont arrêtés.
Ben Jonson était l’ami et l’émule de Shakespeare. Il a créé des pièces qui avaient un grand succès comme L’Alchimiste en 1606, The Masques of Queens en 1609, Bartholomew Fair en 1614 (La Foire de la Saint-Barthélemy), A Tale of Tub en 1631 (Histoire d’une Baignoire)
« Alors que la comédie romanesque va briller de tout son éclat avec Shakespeare, un autre genre comique nourri de réalités plus terre à terre, d'observation impitoyable et plus soucieuse de fustiger que d'amuser, s'installe solidement sur la scène grâce à la plume précise et mordante de Ben Jonson. » (Encyclopédie Universalis)
John Flechter & Francis Beaumont
John Fletcher (1576-1625) dont le père fut l’évêque de Bristol puis de Londres, écrivit à partir de 1606, la plupart de ses pièces, comédies, tragédies avec son collaborateur Francis Beaumont (1585-1615. Elles connurent un grand succès et furent du vivant de leurs auteurs souvent préférées à celles de Shakespeare. John Fletcher eut une influence certaine sur le théâtre de son temps :
« L'accent fletchérien est, en effet, perceptible dans les pièces de la dernière période : il consiste en un alanguissement du vers, un goût pour le ton élégiaque et les sortilèges mélodieux de la langue. La prosodie, comme les personnages, a perdu de sa robustesse, mais gagné en élégance. On ferait volontiers de Fletcher l'antithèse de Ben Jonson. » (Henri Fluchère Http://Www.Universalis.Fr/Encyclopedie/John-Fletcher/);
Flechter, auteur prolifique qui a abordé tous les genres , annonce le théâtre à venir, avec dans un style plus séduisant celui des comédies urbaines et de mœurs et met en quelque sorte un point final au Théâtre élisabéthain dont on retient généralement que sa noirceur.
Le Chevalier du Pilon Argent est la pièce la plus connue parmi les nombreuses que Fletcher et Beaumont ont écrites. Flechter a collaboré à l’Henri VIII de Shakespeare (1613). Parmi la quinzaine de pièces de sa seule plume, on peut citer sa célèbre pastorale, The Faithful Shepherdess (La Bergère fidèle publiée en 1610), Valentinian (1610-1614), tragédie historique empreinte de lyrisme, The Humorous Lieutenant, ( Le Lieutenant bizarre 1619), tragi-comédie ; Monsieur Thomas une comédie de 1619, The Wild-Goose Chase ‘La Chasse aux chimères 1621).
John Ford
John Ford (1586-1639 ?), né et mort à Devon (ou les environs) dans une famille de paysans, fait des études de droit en 1602 au Middle Temple, l’une des quatre institutions londoniens formant des avocats. Sans doute a-t-il exercé cette profession ?
Ford, essentiellement dramaturge, fut aussi poète et essayiste. Sa fréquentation de l’Honorable Société du Middle Temple l’a mis en relation avec la gentry littéraire. Très jeune, il gagna sa vie en rédigeant des œuvres sur commande. Il s’essaya à la poésie avec un poème religieux, Christ's Bloody Sweat (1613) et au pamphlet avant de collaborer avec des auteurs dramatique reconnus comme Thomas Dekker avec qui il fera ses armes aux théâtre en collaborant à The Witch of Edmonton (La Sorcière d’Edmonton 1621) et The Sun's Darling, (Le Favori du Soleil 1624).
Il écrit sa première pièce seul à plus de quarante ans, The Lover's Melancholy (La Mélancolie de l'Amant 1628), qui doit beaucoup à Shakespeare mais aussi The Anatomy of Melancholy (1621) du curé Robert Burton (1576-1639), ouvrage qui, publié sous le pseudonyme Le jeune Démocrite, passa inaperçu sauf aux yeux de nombreux auteurs qui y puisèrent sans scrupules (voir Renaissance/ Roman. Outre-Manche). The Lover’s Mélancholy donne en quelque sorte le ton de l’œuvre dans son ensemble, une vision pessimiste de l’humanité dans laquelle la jouissance mène à la maladie de la mélancolie, à la dépression, et dans laquelle l’amour ne triomphe que dans la mort.
Sa pièce la plus célèbre, ‘Tis a Pity She is a Whore (Dommage qu’elle soit une putain) met en scène une frère et une sœur, orphelins de leur mère, Giovanni et Annabellea, qui sous la Renaissance Italienne, s’aiment d’un amour impossible mais vrai, ô combien jouissif et qui les mènera jusqu’à la mort. Dans un climat élisabéthain qui se nourrit d’inceste, d’empoisonnement, de mutilations et que les personnages autour du couple exacerbent de leur propre impuissance, mus qu’ils sont par la force implacable du destin, Ford nous amène au-delà du tabou, dans cette zone trouble du corps et de l’âme, équivoque, ambiguë que la morale réprouve, que la société condamne, no man’s land (in)franchissable, redoutable qui unit les sexes jusqu’à les mêler, les indifférencie. Ford, dans cette pièce inlassablement représentée depuis sa création en 1626-1627, jusqu’à nos jours, nous confronte à l’amour et à la mort, à la beauté et à l’opprobre, à la morale et au scandale, à l’horreur et à la jouissance, en un mot à notre dualité.
Love’s Sacrifice (La Sacrifice de l’Amour, 1627) et The Broken Heart (Le Coeur Brisé, 1629) sont les deux autres plus importantes pièces de John Ford. Toutes les trois ont été publiées en 1633. La date de sa mort à Devon n’est pas certaine. Elle pourrait bien être plus tardive ; sous Cromwell ?
Le Théâtre de La Restauration Anglaise
Sir William D'Avenant
Sir William D'Avenant (1606-1668), né à Oxford et mort à Londres, serait pour certains le fils naturel de Shakespeare et d’une tenancière de taverne d’Oxford. De fait, l’auteur du Roi Lear qui faisait fréquemment halte à l’auberge des D’Avenant en allant ou en revenant de Stratford-upon-Avon, fut son parrain. Il est en tout cas officiellement le fils de John Davenant, viticulteur, propriétaire de la taverne Crown Tavern à Oxford, maire de cette ville à la fin de sa vie, et de son épouse, Jane Shepherd, effectivement tenancière de taverne. Après avoir commencé à la sortie de l’adolescence des études au Lincoln College, qu’il ne termine pas, il entre au service de membres de la haute noblesse.
Davenant devint page à Londres en 1622 de Fulke Greville, lord Brooke. Il écrit sa première tragédie The Tragedy of Albovine, Kine of the Lombards en 1629) commence à écrire des tragi-comédies comme Le Colonel. The Wits date de 1636. « Sa personnalité attachante et téméraire, ainsi que ses pièces et ses poèmes occasionnels, lui valurent le patronage de la reine Henriette-Marie [Henriette d’Angleterre, fille de Henri IV]. » (Encyclopedia Britannica) ; et lui valent aussi en 1638 de succéder à Ben Jonson († 1637) comme Poète-Lauréat.
Atteint de la syphilis ou grande varicelle, il fut astreint à un traitement au mercure pendant des années. Ce qui eut pour conséquence la déformation de son nez, et source de ridicule. Ses détracteurs disaient de lui : "His art was high, though his nose was low." Pour défendre son honneur bafoué, il tua un moqueur en duel. Ce qui ne va pas sans rappelle le Cyrano de Bergerac d’Edmond Rostand. Il s’enfuit en Hollande mais le Roi fut sollicité pour le pardonner et malgré son aspect défiguré, il entra au service d’Henriette, épouse du Roi
En 1639, il obtient le privilège royal de construire un théâtre pour la représentation de ses pièce (Roger Blanchard et Roland de Candé, Dieux et divas de l'opéra, Plon, 1986). « Le déclenchement de la guerre civile en 1642 annula un brevet royal qu'il avait obtenu pour la construction d'un théâtre. » (Encyclopedia Britannica)
Selon Wipipedia : Il reçoit les faveurs de Charles 1er qui le fait chevalier en 1643, et l’envoie en mission diplomatique en France deux ans plus tard. [Charles 1er est le beau-frère de Louis XIII]. En France, D’Avenant se convertit au catholicisme. Retour à Londres, il est nommé en 1649... trésorier de la Colonie de Virginie [passée sous domination royale en 1624 au détriment des compagnies privées qui les géraient.la Plymouth Company et la London Company]. Il est ensuite nommé gouverneur du Maryland [principale ville Baltimore, colonie fondée en 1632 qui tire sa richesse du tabac et où se réfugient les catholiques anglais persécuté]s. Capturé en mer alors qu’il voguait vers la Nouvelle Angleterre par le flotte de Cromwell, il est enfermé à la Tour de Londres en 1651, année qu’il occupera à écrire son poème épique Gondibert. Il est libéré l’année suivante et amnistié en 1654.
Selon l’adaptation d’un article paru initialement dans l'Encyclopædia Britannica, onzième édition, volume VII. Anonyme. Cambridge : University Press, 1910. p.851-852 : « Dès mai 1642, Davenant fut accusé devant le Long Parlement d'être principalement impliqué dans un complot visant à corrompre l'armée pour renverser la Chambre des communes. Il fut donc arrêté à Faversham et emprisonné deux mois à Londres. Il tenta ensuite de s'enfuir en France et parvint à Canterbury, où il fut repris. S'échappant une seconde fois, il rejoignit la reine et resta auprès d'elle en France jusqu'à ce qu'il se porte volontaire pour transporter en Angleterre des vivres pour l'armée de son vieil ami, le comte de Newcastle, qui l'incita à entrer au service comme lieutenant général de l'artillerie. Il s'acquitta de ses fonctions avec tant de bravoure et d'habileté qu'après le siège de Gloucester, en 1643, il fut fait chevalier par le roi. Après la bataille de Naseby, il se retira à Paris, où il se convertit au catholicisme et consacra quelques mois à la composition de son poème épique, Gondibert. En 1646, la reine l'envoya en mission auprès de Charles Ier, alors à Newcastle.»
Selon Encyclopædia Britannica: « Partisan du roi Charles Ier durant la guerre civile, il fut anobli par ce dernier en 1643 pour avoir acheminé des vivres à travers la Manche. Plus tard, ayant rejoint la cour des Stuart, vaincus et exilés, à Paris, il commença son épopée en vers inachevée, Gondibert (1651), un récit de chevalerie en 1 700 quatrains. Après l'exécution de Charles Ier [1649], la reine Davenant l'envoya soutenir la cause royaliste en Amérique en tant que lieutenant-gouverneur du Maryland. Cependant, son navire fut capturé dans la Manche et il fut emprisonné à la Tour de Londres jusqu'en 1654. »
Selon Ernest de Sélincourt (Enciclopedia Italiana, Treccani) « Ardent partisan du roi, il fut fait prisonnier par le parti puritain en 1642, mais parvint à s'évader et à rejoindre la reine en France. Peu après, de retour en Angleterre, il s'engagea dans l'armée royale et fut anobli. En 1650, il fut de nouveau fait prisonnier en mer et faillit être exécuté. En 1656, en accord avec Cromwell, il lança une série de spectacles qui furent les premières représentations anglaises à être qualifiées d' ‘opéras’ [il s’agirait du Siège de Rhdes]. En 1660, à l'avènement de Charles II, il fut nommé à la tête de la guilde des acteurs et directeur du nouveau Duke's Theatre, où il joua nombre de ses pièces. »
Selon l’édition d’un gravure représentant le Dukes Theatre, à Lincoln's Inn Fields, tel qu'il apparaissait sous le règne de Charles II (https://collections.vam.ac.uk/item /O1280345/the-dukes-theatre-in-lincolns-print-unknown/): « En 1662, D’Avenant « obtint un brevet pour la construction du Duke's Theatre à Little Lincoln's Inn Fields. En 1671, un autre théâtre, portant le même nom, fut construit dans les jardins de Dorset par Sir Christopher Wren, dans un style architectural similaire à celui de Lincoln's Inn Fields. Le bâtiment de Lincoln's Inn fut démoli vers avril 1709 et le site occupé par les installations d'une compagnie à gaz. »
D’Avenant meurt en 1668 de sa syphilis. Il a sa tombe dans le Coin des Poètes à l'Abbaye de Westminster.
Avec ses tragédies héroï-comiques, il introduisit un genre, repris plus tard par Dryden, foisonnant d'action, mais pauvre en poésie. La meilleure d'entre elles est sans doute Amour et Honneur (1649). En 1656, il écrit le livret de ce que l'on considère comme le premier opéra anglais The Siege of Rhodes, joué à la Rutland House (chez D’Avenant en privé et avec autorisation spéciale du gouvernement Cromwell, et non au Duke's Theatre à Lincoln Inn's Fields); plusieurs compositeurs dont Charles Coleman, collaborèrent aux parties instrumentales et vocales. La représentation innova d’autant que pour la première fois sur une scène anglaise parut une actrice, Madame Coleman.
« En 1661, Davenant transforma un court de tennis couvert en théâtre à Lincoln's Inn Fields et y présenta une version enrichie du Siège de Rhodes. Ce fut également la première production théâtrale à utiliser des décors en perspective. Deux autres innovations marquèrent cette mise en scène : l'introduction du récitatif et la présence d'une femme, Mrs Coleman. » ( Anonyme Encyclopædia Britannica 1910)
Selon Ernest de Sélincourt « Dans sa pièce Le Siège de Rhodes (1656), pour la première fois des actrices apparurent sur une scène anglaise. » Pour autant, Margaret Hughes (Margaret Hewes 1630- 1719) fut la première femme en Angleterre à monter sur les planches en interprétant Desdémone dans Othello en 1660. Mais il s’agissait d’une comédienne non d’une cantatrice… En 1662, craignant que les rôles féminins continuant à être interprétés par des hommes ne favorisent le « vice contre nature » Charles II décréta que désormais ils seraient interprétés par des femmes. Elle a été la maitresse du Prince Rupert du Rhin, Duke de Cumberland..
D’Avenant protégea Milton sous la Restauration comme celui-ci l’avait protégé sous la République de Cromwell.
Alors que sa vie couvre la première moitié du siècle et non la seconde, son œuvre est considérée avec celle de John Dryden dans le domaine du théâtre et celle de Samuel Buttler dans le domaine de la poésie comme la plus représentative de La Restauration Anglaise. Son théâtre fait le lien entre la période élisabéthaine et la période de la Restauration. Au théâtre héroïque, il mêle les thèmes de l’amour et de l’honneur comme dans le drame espagnol et la tragédie cornélienne. Directeur de théâtre, il apporta des changements à la scène en l’approchant de notre scène moderne. Il eut une influence certaine sur Dryden. On ne retient bien souvent de lui que ses remaniements ou adaptations ou mise au goût du jour des pièces de Shakespeare.
Parmi d’autres de ses pièces, on peut citer : le Frère cruel, (1629), les Beaux Esprits, (1634), les Amants platoniques, (1636).
Ne pas le confondre à John Davenant (1571-1641), né à Londres et mort à Salisbury, théologien, évêque de Salisbury en 16221 jusqu’à sa mort,, auteur de plusieurs ouvrages en anglais et latin qui marquèrent leur temps : De Judice controversiarum, primo; De Justitia habituali et actuali (1631); Expositio epistolae D. Pauli ad Colossenses (1639); Determinationes quaestionum quaerumdam theologicarum (1634) ; Animadversions upon a treatise, publié sous le titre God's Love to Mankind (L’Amour de Dieu pour l’Humanité) (1641).
John Dryden et le Drame Héroïque
Vie et œuvre poétique voir Poésie/ Outre-Manche
John Dryden (1631-1700/1701 ?) fut un des auteurs dramatiques qui marqua profondément le théâtre anglais. Marié à une riche héritière, Dame Elisabeth Howard, en 1663, il se consacre à partir de la Restauration essentiellement à l’écriture théâtrale. Ses pièces héroïques dont il prit la modèle de son devancier W. D’Avenant (Amour et Honneur 1664) connurent de son vivant un succès ininterrompu. Pièces à grand spectacle, qui à l’instar du théâtre de Corneille même amour et honneur mais dont l’intrigue étaient souvent tirée d’auteur dramatique antérieur tel que Fletcher : The Indien Queen (1665), The Indian Emperor (1666) ; Ces pièces firent de lui le chef de file du théâtre anglais.
« En 1664, il participa au succès de The Indian Queen, une tragédie héroïque en distiques rimés, écrite en collaboration avec Sir Robert Howard, son beau-frère. Dryden allait bientôt exploiter avec succès ce genre nouveau et populaire, avec ses conflits entre amour et honneur et ses héroïnes ravissantes devant le charme desquelles les héros fanfarons s'inclinaient, soumis et impressionnés. Au printemps 1665, Dryden connut son premier grand succès avec The Indian Emperor, une pièce faisant suite à The Indian Queen. »( https://www.britannica.com/ biography/John-Dryden)
Sa pièce héroïque la plus fameuse reste Don Sébastien et la Conquête de Grenade (1670) Il adapta L’Étourdi de Molière et de Shakespeare une version opéra de La Tempête. Aureng-Zebe (empereur moghol) représentée en 1675. En 1677, Tout pour l’Amour, sa pièce la plus connue, est en fait une adaptation de Antoine et Cléopâtre de Shakespeare. Il reviendra au théâtre tout à la fin de sa vie pour survivre financièrement après avoir perdu les avantages pécuniaires de Poète-Lauréat. Il donnera Don Sebastian (1689), Amphitryon (1690), Cleomenes (1690). On peut aussi retenir Le Duc de Guise (1683), Amphitrion (1690).
J. Dryden écrivit plusieurs livrets d’opéras dont State of Innocence (L’État ’Innocence et La Chute de L’Homme) est une adaptation du Paradis Perdu de John Milton (1608-1674). Sa pièce King Arthur servira de livret de l’opéra que Henry Purcell (1659-1695) composa en 1691.
William Wycherley
William Wycherley (1640-1716), né à Clive (non loin du Pays de Galle et mort à Londres, fils de propriétaire terrien, passa une partie de sa jeunesse en France où il est mis en contact avec le milieu des Précieux. Il poursuivit ses études à Oxford et mena ensuite une vie dissolue à Londres. Cet intellectuel s’inscrit dans la lignée des auteurs libertins. Il est représentatif de la littérature de la Restauration Anglaise par son esprit tout à la fois raffiné et anti-puritain bien qu’il ait toujours revendiqué son attachement au protestantisme. On lui doit essentiellement des pièces satiriques, parfois féroces, souvent obscènes en ce qu’elles s’écartent d’une pruderie de bon aloi et abordent des thèmes en rapport avec la sexualité (débauche, impuissance, travestissement…).
Retenons L’Amour dans le Bois (1672) sans doute écrite dans la période d’Oxford, la comédie libertine La Provinciale (L’Epouse Campagnarde, 1675) dans laquelle une innocente jeune fille arrivée de sa province se dévergonde dans le tourbillon de la vie londonienne. The Plain-Dealer (L’Homme Franc, 1676) qu’on pourrait traduire par L’Honnête Marchant (?), inspirée directement du Misanthrope de Molière, connut un vif succès pour son ton libre et son esprit profondément satirique. A l’arrivée sur le trône du calviniste Guillaume III d’Orange, le discrédit fut jeté sur tous les auteurs libertins et les mœurs libres que l’Angleterre avait connues sous Charles II et son frère Jacques II furent refreinées.
Elkanah Settle
Elkanah Settle (1648-1724), né à Dunstable (Bedfordshire et mort à Londres, commence en 1666 des études au Trinity College d'Oxford qu’il n’achèvera pas. Il écrit sa première tragédie, Cambyse, roi de Perse, qui est jouée au Duke Theater à Lincoln's Inn Fields en 1667. Le succès lui valut d’être comparé à John Dryden. L'Impératrice du Maroc donnée à Whitehall en 1673lui attira le même succès et la pièce fut la première a être imprimée avec illustrations.
En 1688, durant la Glorieuse révolution, il prit le parti des Whig (parlementariste antiroyalistes). Devant l’absence d’un quelconque bénéfice de ses prises de positions, il se retira de la politique et se fit ‘’ poète de ville’’, comme il y a des écrivains publics. Il compose alors des poèmes de circonstances, funérailles, commémorations, ou courtisans, envoyés à un personnage important, richement reliés avec les armoiries du dit personnage. On a conservé une centaines de ces reliures dites ‘reliures Settle’.
Il meurt à l’âge avancé de 76 ans.
« Dans sa vieillesse, il tenait un stand à la foire de la Saint-Barthélemy, où il aurait incarné le dragon dans un costume de cuir vert qu'il avait lui-même conçu. Il devint membre pauvre de la chartreuse, où il mourut. » (cf. Encyclopædia Britannica)
On lui doit cinq tragédies dont Ibrahim The Illustrious Bassa de 1676 est une adaptation de la nouvelle de Mlle de Scudéry de 1641 et une tragi-comédie (pastorale) Pastor fido, deux comédies et les livrets de deux semi-opéras (masks).
Thomas Otway Trotton
Thomas Otway (1652-1685), né à Trotton, et mort à Londres est le fils du vicaire de la paroisse voisine Midhurst au nord de Southampton. Par la suite, ce dernier devient recteur de la paroisse voisine de Woolbeding où Thomas passa son enfance. Destiné à la prêtrise, il fit ses études au Winchester College, puis entra à Christ Church, à Oxford, en 1669, comme étudiant non titulaire, mais quitta l'université sans diplôme en 1672.
À Oxford, il fit la connaissance d'Anthony Cary, grâce à qui découvrit son attrait pour la lecture. À Londres, il rencontra Aphra Behn ((1640-1689 voir Roman/Outre-Manche) qui, en 1672, lui confia le rôle du vieux roi dans sa pièce Forc'd Marriage, or The Jealous Bridegroom au Dorset Garden Theatre. Paralysé par le trac, c’est un échec total pour l’acteur débutant qui décide alors tout en restant dans le milieu d’écrire pour le théâtre. En cette même année 72, son père décède. Il se sent libre d’abandonner la carrière ecclésiastique et s’installe à Londres.
Il tombe amoureux de Elizabeth Barry, qui tiendra plusieurs rôles principaux dans ses pièces. Ils ont pu flirter mais Elisabeth restera fidèle à son amant. En 1678, en désespoir de cause, Otway se résout à s’engager dans un régiment servant aux Pays-Bas. Démobilisé de force l’année suivante sans solde, il revient à Londres dans une état déplorable. Pour survivre, il donne des cours au fils de la célèbre actrice de la Restauration, Nell Gwyn. Une anecdote sur sa mort laisse perplexe. Poussé à la mendicité, un passant qui l’avait reconnu lui donna une guinée. Otway s’empressa d’aller s’acheter un pain qu’il engloutit si rapidement qu’il s’étouffa. Vraie ou faux, quoiqu’il en soit, il mourut dans la plus extrême pauvreté en 1685 à l’âge de 33 ans.
« En 1675, Thomas Betterton monta la première pièce d'Otway, Alcibiade, au Dorset Garden Theatre, où furent par la suite jouées toutes ses pièces, à une exception près. Il s'agit d'une tragédie en vers héroïques, sauvée du désastre par le talent des acteurs. Elizabeth Barry interpréta le rôle de Draxilla, et son amant, John Wilmot, 2e comte de Rochester, recommanda Otway au duc d'York (futur roi Jacques II). » (https://fr.wikipedia.org/wiki/César_Vichard_de_Saint-Réal)
Otway est l’auteur de deux émouvantes pièces The Orphan (L’Orpheline 1680) qui, qualifiée de ‘tragédie racinienne’ connut un énorme succès, et Venise Sauvée (1682), tragédie cette fois-ci non de la déception amoureuse mais de l'amitié trahie, inspirée La Conjuration des Espagnols contre la République de Venise (1618) de éponyme de l’Abbé de Saint-Réal[4]. Ces deux tragédies passent en comparaison des pièces « froides » d’un D’Avenant, pour les deux pièces qui sauveraient le théâtre suivant la période élisabéthaine de l’oubli. Il écrivit avant elles des pièces comme Don Carlos en 1676, un adaptation du roman de l’Abbé de Saint-Réal
On lui doit également Friendship in Fashion (L’Amitié à La Mode 1678) qui connurent un succès certain, History and Fall of Caius Marius (1680), The Soldier's Fortune (1681), The Atheist (L’Athée1684). En 1677, il adapta Tite et Bérénice de Racine et Les Fourberies de Scapin de Molière, qui connut une longue carrière.
Il ne tira pas fortune du succès de ses pièces pourtant longtemps à l’affiche. La Venise Sauvée dans laquelle il se révèle comme un émule de Shakespeare, fut jouée dans toute l’Europe.
Willian Congreve
William Congreve (1670-1729), né le village de Bardsey dans le Yorkshire et mort à Londres, fait des études de droit au Trinity College une fois son père installé à Dublin où il rencontre celui qui sera son ami de toujours Jonathan Swift (1665-1745), né et mort à Dublin, inoubliable auteur des Voyages de Gulliver.
Diplômé à Dublin, il se rend à Londres pour poursuivre ses études, mais de fait Congreve choisit de se consacrer plus à la littérature qu’au droit passionné qu’il est de l’œuvre de J. Dryden. Il se met à écrire des comédies de mœurs. Mais sa carrière de dramaturge va se terminer aussi vite qu’elle a commencé n’ayant durée que 7 ans de 1693 à 1700. >Après avoir cinq pièces, Congreve doit se rendre à l’évidence que le goût du public a changé et se trouve moins porté sur la comédie libertine aux allusions charnelles dont il s’était fait une spécialité. L’attaque que lui porta l’évêque Jeremy Collier auquel il tenta de répondre par un pamphlet en 1698, Coup d'œil sur l'immoralité du théâtre anglais, fut décisive.
Il se hasarda en politique et se fit membre du parti Whig, mais la déception fut la même. Il se retire de la vie publique et ne survit que de ses royalties son drame et ses quatre comédies qui continuent pourtant d'être représentées et de traduction comme celle de Monsieur de Pourceaugnac (Molière comédie-ballet de 1669). Il écrira encore néanmoins deux livrets de deux opéras.
Il meurt des suites d’un accident de calèche. Il est enterré au Coin des Poètes à l’Abbaye de Westminster.
Sa première pièce The Old Bachelor (Le Vieux Garçon) donnée en1693 au Théâtre Royal de Drury Lane rencontre un franc succès. Ces pièces suivantes, The Double Dealer ( Le Fourbe, 1693), La Fiancée en Deuil (drame, 1697) et Love for Love (Amour pour Amour, 1695), jusqu'à et même son œuvre principale, The Way of The Wold (Le Train du Monde ou Ainsi va le Monde, 1700), connaissent un succès plus que mitigé.
La critique de l’évêque Collier à laquelle Congreve le libertin a été confronté portait sur le respects de conventions moralisantes et didactiques du Néoclassicisme naissant, entraînant avec lui l'adhésion du public. L'écriture de Congreve n'avait pourtan pas t la rudesse d'un Wycherley et restait plus dans le ton de la comédie que ne l'on fait ses prédécesseurs n'étant pas refreinés eux par une licence brutale. Mais les temps étaient révolus. Congreve arrivait trop tard. Il avait bien tenté de défendre son théâtre dans son pamphlet Mr. Collier's False and Imperfect Citations en 1698, mais par un effet de balancier, la liberté d’esprit et de ton qui avait cours depuis plus d'un demi-siècle se voyait rejetée sous l'effet d'un renouveau du puritanisme, au passage du siècle, au début des règnes de la Reine Anne et du roi protestant Guillaume III.
La Duchesse de Malborough avec qui, dit-on, il entretint une relation amoureuse, fera érigée un monument sur sa tombe. Malgré une œuvre courte, Congreve demeure de nos jours, un des grands dramaturges anglais
Notes
[1] Sur Robert Garnier et son influence sur le théâtre anglais sous Élisabeth1ère voir Belle, Marie-Alice, and Line Cottegnies, eds. Robert Garnier in Elizabethan England: Mary Sidney Herbert’s Antonius and Thomas Kyd’s Cornelia, Études canadienne de la Renaissance 2019© Canadian Society for Renaissance ; Pdf : https://www.erudit.org/ fr/revues/renref/2018-v41-n4-renref04746/1061929ar/
[2]Aline Mayrisch Saint-Hubert in Introduction et traduction de "telle était Sœur Katrei" Edit. Cahier du Sud, 1954:"Tritemis de Sponheim qui était philosophe, magicien, occultiste, fut le maître de Paracelse et d'Agrippa von Netterssheim et joua une rôle dans les destinées de "Giorgus Sabellicus Faustus", le Faust historique.
[3] Citation et pour sans savoir plus sur Chapman : https://www.bartleby. com /library/prose/1292.html, ainsi que Jean Jacquot, George Chapman, 1559-1634 - Sa vie, sa poésie, son théâtre, sa pensée. Thèse présentée en vue du Doctorat ès lettres devant la Faculté des lettres de Lyon, Éditions des Belles Lettres Paris 2007.
La Matrone d’Éphèse, un des récits licencieux du Satiricon de Pétrone (peut-être un favori de Néron) : une veuve éplorée se rend dans le caveau de son défunt mari et veut selon la tradition mourir à ses côtés. Un gardien des tombes survient et la séduit. Voir Camille Fort, De Pétrone à Fry, la matrone d’Éphèse: Tribulations d’un cadavre conjugal, Polysèmes, Revue d’études intertextuelles et intermédiaires 8 | 2007.
[4] César Vichard de Saint-Réal(1643-1692), né et mort à Chambéry est un polygraphe, historiographe de la Savoie.
Parmi ses écrits en tous genres, on retient son roman Don Carlos qui connut un réel succès au moins en Savoie. « René Godenne, dans Histoire de la nouvelle au XVII et au XVIIIèmes siècles et Frédéric Deloffre, dans La Nouvelle à l'âge classique, considèrent cette nouvelle comme une œuvre charnière, première représentante d'un genre qui sera brillamment illustré par Madame de La Fayette. Il s'agit d'une œuvre de fiction, quoique inspirée de faits historiques, à tonalité galante. L'amour y occupe plus de place que la politique ». Base de la biographie : https://fr.wikipedia.org/wiki/César_Vichard_de_Saint-Réal
Italie
Introduction - Les Salles - Giambattista Porta - La Commedia dell 'arte
Introduction
A la Renaissance, existait essentiellement deux types de représentations théâtrale, La Sacra Rappresentazione, forme italienne du Mystère qui s’originait de la Lauda ombrienne, née chez les franciscains et la Commedia dell’arte, Comédie de l’Art ou Comédie des Rues, improviso on a suggetto (improvisation sur un thème), genre théâtral de rue issu des fêtes populaires et des carnavals du XVème siècle qui continuera à avoir de beaux jours en Italie comme en France.
Et apparut un nouveau genre de représentation qui préfigure la forme opérique de représentation scénique, la Favola, genre nouveau dans lequel musique, chants, et chœurs viennent s’entremêler au texte. La première illustration en fut donnée à l’occasion du mariage de François de Gonzague, Duc de Mantoue et d’Isabelle d’Este, par Ange Politien (1454-1494), poète florentin et ami de LaurentdeLaurent Le magnifique (voir Poésie/Italie) avec La Fabula di Orfeo (la Favola di Orfeo, la Fable d’Orphée). une pièce en un acte, pastorale avant l’heure.
Mais la production dramatique du XVIIème siècle italien n’a pas fait preuve en matière théâtrale proprement dite d’une telle originalité et pas laissé un souvenir impérissable, tournés qu’ont été les auteurs dramatiques vers des innovations mélodramatiques, et occupés qu’ils sont aussi à la gestation et à la naissance d’un genre nouveau que l’Italie peut s’enorgueillir d’avoir créé, l’opéra.
Les Salles
Teatro Olimpico
Le Teatro Olimpico de Vicence, construit à Vicence par Palladio en 1580, année de sa mort, puis par son disciple Vincenzo Scamozzi, a servi de prototype avec sa forme en fer à cheval. Structure qui sera dorénavant appelée théâtre à l’italienne.
Le Teatro Tordinona
En 1688, Christine de Suède (1626-1689), qui a abdiqué en 1654, s’installe définitivement à Rome dans le quartier du Trastevere au Palais Corsini où elle s’entoure de poètes et de musiciens (Stradella, Corelli, A Scatlatti), d’artistes (Le Bernin). En 1674, elle fonde l’Academia dell’Riario qui deviendra après sa mort en 1690 la fameuse Accademia dell’Arcadia dont les quatorze poètes qui l’entouraient seront à l’origine.
En 1670, «elle arrache au Pape [Clément IX] son accord pour créer un théâtre public dans un ancien couvent [en fait ancienne prison et en 1657 auberge]. Ce théâtre s’appelle la Tor di Nonna [le célèbre architecte Carlo Fontana assura la transformation] et à l’intérieur, elle innove, et chose qui crée scandale, les femmes sont acceptées sur scène. » (https://carnet-dhistoire.fr/personnages-historiques/christine-de-suede/). Jusque-là, l’Église interdisait les représentations publiques théâtrales et d’opéras. En 1671, l’inauguration a lieu avec la représentation de l'opéra Scipione Affricano de Francesco Cavalli.
« En 1675 le théâtre fut fermé pour les fêtes du Jubilé et resta inutilisé pendant seize ans. De nouveau ouvert en 1690 et l'intérieur complètement rénové avec la construction de la salle en fer à cheval, il est démoli en 1697 sur l'ordre d'Innocent XII, autre pape opposé à l'art théâtral. » (Wikipédia).
La forme en fer cheval répond au modèle du théâtre à l’italienne dont le Teatro Olimpico, construit à Vicence, en 1580, sur des plans de Palladio, année de sa mort, par son disciple Vincenzo Scamozzi a servi de prototype. Le Teatro Tordinona, restera en activité jusqu’en 1888, puis reconstruit en 1930.
Surnommée ‘La Minerve du Nord’, Kristine de Suède soutint des artistes comme Le Bernin, achèta des tableaux qui complétèrent sa grande collection d’œuvres d’art qu’elle avait commencé de constituer en Suède et qui la suivait toujours. On parle de 400 à 500 toiles, de dizaines de sculptures et de quantités de dessins.
Le Teatro delle Quattro Fontane
En 1623, Maffeo Barbarini, pape sous le nom Urbain VII, fait construire le Palais Barberini, en 1627/28 par Carlo Maderno et Francesco Borromini, achevé en 1632/35 par Le Bernin ; une aile faisant angle avec la via delle Quattro Fontane est consacrée à un théâtre, le Teatro delle Quattro Fontane qui pouvant contenir 3000 places, fut inauguré en 1632 par le drame religieux de S. Landi Il Sant’Alessio sur un livret de Giulio Rospigliosi. Non seulement, ce théâtre va devenir le foyer de l’art lyrique à Rome mais pour la première fois y est instauré le principe de l’entrée payante (https://journals.openedition.org/appareil/809#tocto1n1).
Ne pas confondre ce palais situé sur la place du même nom avec le Palazzo Barberini ai (via) Giubbonari, appelé aussi Granda Casa pour ne pas le confondre, construit à la fin du XVIème siècle et dont les aménagements et réaménagements s’étendrons jusque dans la premier quart du XVIIIème siècle.
En 1639, il fut transféré dans un nouveau bâtiment indépendant, au nord-est du palais et adjacent au jardin. Le théâtre ferma ses portes en 1830 et le bâtiment fut réaffecté. Il fut démoli en 1932.
Les Opéras
L’ouverture du Théâtre San Cassiano en 1637 à Venise, spécialement conçu pour les Dramma per Musica est non seulement le premier théâtre à être ouvert au public mais encore à être payant en Italie. « « Quatre nouveaux théâtres vont voir le jour à Venise entre 1637 et 1642. Ces salles de grande dimension réclament des mises en scènes spectaculaires dans lesquelles les « machines » de l’ingénieur Torelli vont faire merveille. » ((https://www.opera-online.com/fr/items/works/legisto-cavalli-faustini-1643)
Giambattista Porta
Giambattista Porta (1535-1615), né près de et mort à Naples, est un scientifique original comme en témoigne ses travaux sur les plantes. C’est surtout ses recherches dans le domaine de l’optique qu’il faut retenir. Il est l’inventeur de la chambre obscure. Il publia nombres d’ouvrages scientifiques aussi bien sur l’optique que sur l’agriculture, les légumes, et des recettes culinaires et de conserves à but thérapeutique. Mais il est encore l’auteur de quatorze comédies dans lesquelles il donne de la noblesse à ses personnages dans une diversité appréciable de caractères et de situations. L’Emportée, La Cinthia, La Soeur et le Maure, Les Frères Rivaux sont ces principales pièces.
La Commedia dell’arte
La Commedia dell’arte ou Commedia All'improvviso ou a Sogetto (à l'improviste ou à thème) est un genre théâtral populaire issu des fêtes populaires et des carnavals du 15ième siècle. Les « pièces » étaient ce que nous appellerions de nos jours plus des happening que des pièces structurées. Les comédiens, des professionnels, des gens de l’art, devaient être aguerris à l’improvisation, à la répartie, devaient posséder le sens de l’espace, être souples (ils sont souvent acrobates). Ils improvisaient donc les dialogues et leur gestuelle à partir d'une trame simple et quelques répliques écrites et jeux de scènes rodés sur lesquels venaient se greffer l'histoire du jour, du moment, qui dépendait souvent du lieu où ils jouaient et des événements qui venaient de s’y produire. Le nom du Padouan A. Beleo (1502-1542) a été retenu comme un de ses auteurs de canevas. Le ton était comique et la gesticulation abondante. Ce ton comique, outrancier, donnera par la suite la comédie bouffe (bouffa, bouffon).
Les emplois sont toujours les mêmes qui portent pour certains des masques Pulcinella (Polichinelle) portant masque à bec de corbeau ou Coveillo avec son masque à plume. Il y a la douce Isabella, l’ingénue Colombine, le vieux dragueur de Pantalon et son ami le Docteur, le Capitan, soldat comme le Matamore, le Tueur de Maures, et puis bien sûr Arlequin, gentil valet qui contrebalance le fourbe Mascarille , l’amoureux Lelio. Ces personnages étaient joués par des comédiens très célèbres à leur époque, qui donnaient à leur personnage habits, mimiques et caractères qui leurs sont restés.
En 1577, sur l’initiative de Catherine de Médicis, la troupe des Gelosi , Les Jaloux, viendra jouer à Paris. Mais malgré un réel succès, elle devra cesser ses représentations sur ordre du Parlement de Paris, qui les juge trop obscènes. La Commedia dell’arte connut son apogée au 17ième siècle avec de troupes comme celle d’ Andreini (rôle du Capitan) qui viendra jouer à Paris et partagera même le Petit Bourbon (grande salle réservée aux représentations et cérémonies dans le Grand Hôtel de Bourbon) avec Molière qui s’inspira , lui le ‘père’ de Sganarelle, largement de ce genre théâtral. Ses pièces, à lui, serviront par la suite, en retour, de fil conducteur aux représentations de la Commedia.
Pulchinella a donné Punch, le bossu, qui avec Judy sont deux marionnettes aussi célèbres que Guignol en France dont le créateur, en 1808, Laurent Mourget n’ a certainement pas ignoré Pulchinella devenu Polichinelle arrivé en France. D’ailleurs, les marionnettes au XVIème et XVIIème siècles figuraient souvent les personnages de la Commedia.
Outre-Rhin
Introduction
Au siècle précédent, le théâtre Outre-Rhin fut sous l’influence quasi monopolistique de deux genres, le théâtre anglais et le théâtre jésuite. Ce sont les comédiens anglais qui ont été à l’origine des ‘Wanderbühnen’ (tournées itinérantes) en Allemagne. Et ce n’est qu’au XVIIème siècle que ces troupes vont être constituées de comédiens allemands mais qui toujours seront appelées « comédiens anglais » (Michel Corvin, Dictionnaire Encyclopédique du Théâtre, Bordas 1991).
Quant au Théâtre Jésuite, Jakob Bidermann (1577-1639) en a été et en sera le premier et le meilleur représentant. Il est à l’origine de l’École Silésienne, école de poésie dont l’un des premiers poètes et dramaturges baroques Outre-Rhin Andreas Gryphus (1616-1664) lui fournira le modèle du Trauspiel, un théâtre du deuil, profondément pessimiste.
Le Théâtre Silésien
Mais il y eut une réaction venant de ce haut lieu du théâtre allemand du XVIIe siècle, la Silésie, où dans sa capitale, Breslau, en 1642 deux grand collèges protestants, collèges Sainte-Elisabeth et Sainte-Madeleine, voulurent rivaliser avec le les représentations des jésuites. Mais un scandale aussi important que celui que créa Tartuffe en France.
« La Silésie, un duché morcelé sur le plan confessionnel et politique, avait perdu [suite à la Guerre de Trente Ans] beaucoup de son autonomie et aussi la faveur de l’empereur. Le pays était d’un côté soumis à l’autorité du Sénat de Breslau et de princes locaux, les Piast, qui étaient calvinistes, et de l’autre côté au pouvoir grandissant de l’empereur-roi catholique, qui nommait le gouverneur. » (Fabula La recherche en Littérature, L'Urania le scandale à l'origine de la fin de l'école théâtrale silésienne. DOI: https://doi.org/10.58282/ colloques. 6208)
« En 1653, la lignée des Piast de Cieszyn [capitale du Duché de Teschen, Haute Silésie] s'éteint avec la mort de la duchesse Élizabeth Lucrèce [dernière souveraine de la lignée de Cieszyn de la très ancienne dynastie Piast de Silésie qui régna sur la Silésie et la Pologne] et c'est Ferdinand III de Habsbourg, roi de Hongrie et de Bohême et empereur du Saint Empire romain germanique dès 1637, qui prend les rênes du duché. Avec les Habsbourg, un retour au catholicisme s'opère, de manière brutale. » ( https://fr.wikipedia.org/wiki/Cieszyn)
En mai 1666 sont représentées Les Tragédies Romaines1de Daniel Casper von Lohenstein (1635-1683), Agrippine et Epicharis, « drames anti-impériaux qui critiquent le règne de l’empereur Léopold Ier en Silésie, en évoquant de façon prémonitoire la terrible fin du règne de Néron ». Un mois plus tard, a représentation de la pastoral Urania de Johann Christian Hallmann (ca 1640-ca 1704) fait scandale. Hallman et Casper avait été élève au collège collèges Sainte-Madeleine et se connaissaient bien, mais Hallmann se réclamait d’Opitz et de Gryphius et rejetait le théâtre de Lohenstein qui, à la mort d’Andreas Gryphius en 1664, était même considéré comme le nouvel espoir du théâtre silésien. Hallman, dramaturge reconnu qui avait déjà à son actif quatre drames, Ibrahim Bassa, Cléopâtre, Agrippine et Epicharis, avait des positions politiques opposées à celle de Lohenstein. Il considérait au contraire de Lohenstein comme légitime que Léopold Ier de Habsbourg, catholique, défenseur de la Contre-Réforme exerce son pouvoir sur la Silésie. « La représentation de l’Urania est donc le dernier volet d’un triptyque qui comprend déjà deux scandales antérieurs, le scandale politique de la crise de confiance entre la Silésie et son jeune Empereur-roi [le sénat de Breslau ne célébra pas au théâtre les premières noces de l’Empereur en 1665], ainsi que le scandale littéraire de la parution des Tragédies Romaines.
Johann Christian Hallmann
Johann Christian Hallmann(1642-1704), né en Silésie et mort à Vienne, fait ses premières études au Collège Ste Madelaine à Bresalu puis poursuit des études de droit à l’université de Iéna jusqu’en 1665. Il retourne à Breslau où ses premiers drame sont représentés au Collège Ste Madeleine. Malgré ses dix-huit drames qui connurent le succès, converti au catholicisme, il meurt dans la pauvreté, oublié, à Vienne.
On lui doit notamment Mariamne (1670), « inspirée des auteurs français Alexandre Hardy, Gautier Coste de la Calprenède, et sans doute aussi de Tristan L’Hermite, sans oublier la harangue héroïque de Scudéry, les récits de Caussin (La Cour Sainte) et du R.P. Le Moyne (Galerie des femmes fortes). au-delà du motif restreint de la jalousie et de la folie destructrice du souverain, Hallmann infléchit le sujet vers une réflexion sur les mécanismes de la tyrannie dont sont victimes de nombreuses femmes vertueuses dans l’Histoire, ainsi que sur le rôle funeste des fourbes intrigants qui détournent le droit – une analogie transparente de la situation politique prévalant dans la Silésie protestante, martyre soumise au pouvoir absolu du Habsbourg catholique. » (Marie-Thérèse Mourey Professeur d’Histoire littéraire et culturelle du monde germanique Université Paris-Sorbonne Être femme et écrire dans l'espace germanique au 17e siècle. L'écriture au féminin doi: 10.58079/n6fi)
Il aura été le dernier auteur dramatique de l’École de Silésie[1].
Daniel Casper von Lohenstein
Daniel Casper von Lohenstein (1635-1683), né à Niemcza (allemand Nimptsch) en Basse-Silésie et mort à Breslau, est le fils d’un receveur impérial des douanes qui sera conseiller municipal puis prévôt de la ville. Casper fait ses études au Collège Sainte-Marie-Madeleine de Breslau. Il exerce la profession de juriste. En 1657, il épouse Elisabeth Herrmann, fille du bailli (représentant) du conseiller de la ville de Breslau, capitale de la Silésie. Ils auront quatre enfants.
En 1668, Casper entre en politique en devenant conseiller du gouvernement de la principauté d'Oels au service de la duchesse Élisabeth Marie. En juin 1670, il déclina l'offre du duc Christian de Liegnitz, Brieg et Wohlau de devenir son secrétaire particulier, préférant le poste de syndic de la ville de Breslau. La même année, son père est anoblir anobli et la famille ajoute à son patronyme de von Lohenstein.
En 1673, il publie sa dernière pièce de théâtre, Ibrahim Sultan , dédiée à l'empereur Léopold à l'occasion de son second mariage. En 1675, délégué à Vienne, « il parvint à repousser les tentatives d'abolition de l'indépendance de Breslau. » (https://www.deutsche-biographie.de). Il est promu conseiller impérial. Casper meurt à l’âge de 48 ans d’apoplexie en 1683.
Il laisse dix-sept pièces largement influencé par le stoïcisme de Sénèque et le classicisme des dramaturges français. .
« Dramaturge absolutiste, Daniel Caspar von Lohenstein met en scène la raison d'État et la stoïcisme implacable en conflit avec une passion ardente et des vices complexes. Il situe ses pièces en Orient avec Ibrahim (1653) et dans l'Antiquité avec Cléopâtre (1661) et Agrippine (1665), où les conflits entre despotisme et décadence lui permettent de réaliser un style maniériste si abouti que son nom devient plus tard synonyme de flamboyance baroque. » (Jørgensen, Sven-Aage Daniel Caspar von Lohenstein Denemark Nationalleksikonhttps://lex.dk/Daniel_ Caspar_von_Lohenstein)
Il laisse également un roman monumental inachevé Großmüthiger Feldherr Arminius oder Hermann (Le général magnanime Arminius ou Hermann 1689/90) dans lequel en plus de 3000 page il glorifie avec patriotisme germanique paroxystique la figure symbolique d’un prince souverain de la Silésie, en fait l'empereur d'Autriche.
« Histoire de l'État, de l'amour et de l'héroïsme », conçue comme une encyclopédie, est annotée et compte plus de 3 000 pages in-quarto. De nombreuses intrigues et digressions s'y entremêlent avec art. Sous une forme codée, elle légitime le règne de la maison de Habsbourg (Léopold II comme second prince Chérusque) et propose une interprétation téléologique de l'histoire, mêlant fiction et réalité, avec une forte dimension patriotique. Le problème central de l'œuvre réside dans la question du rapport entre la prédestination historique et le libre arbitre. »(https://www.deutsche-biographie.de/118574078.html #ndbcontent)[2]
Poète conventionnel, Casper ne révéla pas de don particuliers dans une poésie qui adopte des formes religieuses, savantes, galantes, héroïques et de circonstance. Son recueil Roses pariait en 1680.
Jakob Bidermann
Jakob Bidermann (1577-1639), né dans le Bade-Wurtemberg, était un prêtre jésuite, professeur de théologie autant que dramaturge. C’est écrits théologiques sont d’ailleurs plus nombreux que ses œuvres pour le théâtre qui comptent trois pièces : Cenodoxus (1602), De Belisario Duce Christiano (1607) et Philemon Martyr. Un théâtre dont le thème central est celui de la vanité de toute aspirations terrestres. Les représentations donnèrent lieu à « des scènes de faste et de foule pour l'œil, des intermèdes musicaux pour l'oreille. » (https://www.deutsche-biographie.de/sfz4388.html)
On lui doit également une épopée Herodias (1622) et un roman Utopia, publié en 1644, dont le genre avait été initié par l’humaniste Thomas More en 1516 avec son De optimo reipublicae statu, deque nova insula Utopia (La meilleure forme de communauté politique et la nouvelle Île d'Utopie). Bidermann est le meilleur représentant du théâtre jésuite.
Le Théâtre Jésuite
Voir aussi Renaissance/Théâtre/Outre-Rhin
« On appelle Théâtre jésuite un genre dramatique pratiqué dans les collèges de la Compagnie de Jésus du milieu du XVIe au XVIIIe siècle, comme méthode pédagogique en vue de former les élèves à la ‘rhétorique’ (l’art de la parole) tout en les catéchisant et les instruisant de la doctrine catholique. Puisant son inspiration dans des récits bibliques ou hagiographiques - ou même de la sagesse antique païenne - il introduisait à la vie des valeurs chrétiennes et avait souvent un rôle moralisateur fort marqué. Emportées par leur succès les représentations théâtrales annuelles des collèges ont gagné en ampleur au XVIIIe siècle et sont devenues de véritables ‘événements sociaux’ rassemblant l’élite des villes où les collèges se trouvaient. La tradition théâtrale des collèges jésuites fut interrompue par la suppression de la Compagnie de Jésus (1773). Elle reprit après 1814, à une échelle plus modeste, au fur et à mesure que les collèges rouvrirent leurs portes » (http://fr.dbpedia.org/page/Théâtre_jésuite)
Andreas Gryphius
Voir aussi Poésie/Outre-Rhin/Première École de Silésie
André Gryphius ou Grief (1616-1664), originaire de Silésie, fils de pasteur, doit orphelin quitter sa ville natale Grossglogau à cause de la guerre. Il fait de solides études dans diverses villes avant d’entrer en tant que précepteur au service du juriste von Georg Schonborn (1579 -1637) qui, élevé à la dignité et charge de Comte Palatin de Schoenborner, conféra à Gryphius le titre de maître es philosophie et lettres, et alla jusqu’à l’anoblir, ce dont Gryphius ne fit jamais état. A la mort de celui-ci, Gryphus renforça ses études à Leyde où il découvrit les auteurs dramatiques Pieter Cornelissen Hooft (1581- 1647) et Joost van den Vondel (1587-1679). En1644, de Hollande, il accomplit son « Grand Tour » : Paris où il rencontre P. Corneille et s’intéresse particulièrement à la bibliothèque de Richelieu, Angers, Rome, Venise où il écrit son poème épique sur le thème de la Passion, dédié à la ville, Olivetum,
Il passe par Strasbourg en 1647 où il reste plusieurs mois à écrire Léon L’Arménien et à commencer Catherine de Géorgie. Il achève son périple à Leyde. De retour, il refuse plusieurs postes universitaires dont un à Heidelberg. Il se marie et le couple s’installe dans sa province natale à Fraustadt (Wschowa en Polonais), ville luthérienne historique à l’extrême est de la Silésie, disputée par les Silésiens et les Polonais, En 1649, il est nommé Syndic des États de la province de Glogau, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort. Son fils Christian Gryphius (1649–1706), également auteur dramatique y naîtra. Il ménage les privilèges des luthériens de sa province contre la pression du pouvoir catholique des Habsbourg. Ses deux dernières œuvres sont Carolus Stuardus (Charles Stuart 1657>63) et Papinien (1659). Admis peu de temps avant sa mort à la Société Fructifère, il y portera le pseudonyme de ‘’L'Immortel’’.
Gryphius est le premier auteur dramatique allemand d’une vraie importance pour l’histoire de la littérature. Il est incontestablement la figure principale du théâtre allemand du XVIIème siècle. Un lecture aura été déterminante pour le Traité de la Poésie Allemande (1624) de Martin Opitz (1597-1639), fondateur de l’École de Silésie.
Que ce soit dans ses poèmes ( Le Roi Assassiné ou Charles Stuart, 1649, Sonnets dominicaux et des jours de fête 1693) ou dans ses pièces de théâtre, c’est toujours une vision pessimiste qui ressort comme symptomatique du climat délétère de la Guerre de Trente Ans, mais aussi comme l’expression d’un tempérament sombre avec tendances dépressives ; cela peut s’entendre de son enfance malheureuse comme de la tragique l’époque dans laquelle il vécut, son existence couvre toute la Guerre de Trente Ans, qui fut Outre-Rhin un désastre autant humain qu’économique.
Il atteint la pleine maturité de son art dans les comédies en seconde partie de sa production après ses tragédies de 1646-59 : Die Geliebte Dor'nrose (L’Églantine bien aimée 1660). Peter Squentz, d’après Le Songe d’Une Nuit 1663).
Dans ses pièces, Gryphius traitent des préoccupations de ses contemporains qu’il a attentivement observés. Mais, lui qui a fréquenté d’importants juristes animés de pensées politique, il donne aussi à son théâtre une tournure nettement politique.
« Plutôt que d’aborder le Trauerspiel gryphien par son versant religieux en considérant la teneur confessionnelle que véhicule son système allégorique, il nous semble plus pertinent d’examiner son contenu politique. Gryphius, grâce à ses relations académiques, se trouve impliqué dans la naissance de la philosophie politique moderne, dont les débats sont d’abord centrés sur la question de la souveraineté et de l’absolutisme. Le rationalisme qui constitue cette discipline rend nécessaire une redéfinition de la légitimité du prince qui se cristallise dans la notion de souveraineté. Celle-ci pose des problèmes d’ordre juridique qui touchent à l’art de gouverner, notamment à travers le concept de raison d’État. Dans cette perspective, la tragédie silésienne paraît dramatiser l'examen des thèses censées établir les fondements modernes du politique dans le système monarchique. Il s'agit en effet de dégager d’abord les différents niveaux de souveraineté, particulièrement complexes, dans le pays natal du juriste Gryphius afin de vérifier si la légitimité du monarque se trouve fondée en droit. Il est alors possible de lire ses pièces comme un commentaire juridique de la notion de souveraineté. » (Jobez Romain. Droit et tragédie en Allemagne : Gryphius et le droit monarchique. In: ittératures classiques, n°40, automne 2000. Droit et littérature. pp. 175-194;doi:https://doi.org/10.3406/licla.2000.1494 https://www.persee.fr/doc/licla_0992- 5279_2000_num_40_1_1494).
On lui doit Cinq tragédies historiques :1646 : Leo Armenius, Katharina von Georgien. 1657 : Cardenio und Celinde, Carolus Stuardus (Charles Stuart 1er). 1659 : Papinianus (Le Légiste magnanime ou La mort d'Emilien Paul Papinien)
Trois Comédies : 1660: Die Geliebte Dor'nrose (L’Eglantine bien aimée). 1663: Peter Squentz, d’après Le Songe d’Une Nuit d’Eté, Comédie dramatique écrite en dialecte silésien, sans doute son chef –d’œuvre, touchante de simplicité, IIorribilicribrifax inspiré de Plaute
Luthérien convaincu, Gryphius a également écrit des hymnes religieux connus dont Kirchlzofsgedanken (1656) et un poème épique sur la Passion, Olivetum, dédié à la République de Venise (1646).
Gaspar Brülow
Gaspar Brülow (1585-1627), né à Falkenhagen près de Pyritzil (Poméranie) où son père Moritz Brulow était marchand, arrive en 1607 dans le grand foyer protestant qu’était alors Strasbourg pour y étudier la philologie. Il y restera jusqu’à sa mort. Il se marie une première fois en 1618 mais sa femme décède l’année suivante et se remarie la même année avec la fille de Johann Hugwart, membre du Conseil des Quinze -conseil de la ville) avec qui il aura un fils et quatre filles. Il enseigne au Gymnasium protestant de la ville à partir de 1612. En 1616, il reçoit le titre de poète lauréat.
« En 1615, il est nommé à l'Académie, où il se spécialise en rhétorique latine. En 1616, il reçut le titre de poète officiel. En 1622, il est nommé directeur du Gymnasium… A partir de 1612, il écrit chaque année une pièce en latin, qui sera jouée au Théâtre de l'Académie de Strasbourg. Une version en allemand était toujours également écrite. .. Les drames impliquaient un chœur chantant à la fin de chaque acte, à l'imitation du chœur dramatique grec.[3] ».
En 1626, il se voit confier en 1626, la chaire d’histoire de l’Université. Il meurt l’année suivante.
« Professeur de poésie, Brülow est le plus grand représentant du théâtre strasbourgeois de son époque. En raison de son succès, on le compare parfois à l’auteur de Hamlet, son contemporain. En effet, selon les témoins, les drames du Shakespeare alsacien attirèrent plus de 10.000 spectateurs. Avides de voir le spectacle, certains grimpèrent sur les toits qui s’effondrèrent sous leur poids. » ( Colloque international / Caspar Brülow (1585 -1627) héraut du théâtre strasbourgeois , Strasbourg 2016)
« Formé à la rhétorique et au traitement de la poésie antique, Brülow compta parmi les plus grands dramaturges néo-latins de l’espace germanique protestant. Praticien de la scène, il dirigea à partir de 1611 la plupart des représentations données par le collège et l’académie. Imitateur de Sénèque et ardent défenseur du théâtre confessionnel, il opta pour une grande liberté dans le maniement des formes dramatiques. » (Jean-Marie Valentin Brulow, Brulovius, Caspar (Kaspar) (1984) Fédération des Sociétés d’Histoire et d’Archéologie d’Alsace)
On lui doit entre-autres l’Andromeda (1611), l’Elias (1612),
la Chariclia (1614), le Nebucadnezar (1615), le Julius Caesar (1616) et le Moses (1621) et « deux compositions hexamétriques de moindre ampleur : un Carmen heroicum de 1151 vers (1617), glorifiant Luther à l’occasion du centenaire de la Réforme, et un Carmen exegetico-dramaticum de S. propheta Jona, un oratoire de 1341 vers composés par Brülow en collaboration avec ses étudiants et récités par eux-mêmes à l’Université de Strasbourg le 28 février 1627, un chant du cygne, car le poète décéda cinq mois plus tard à l’âge de 41 ans laissant à la postérité une œuvre de plus de 20 000 vers latins, ainsi que quelques compositions grecques et allemandes. Après 1621, il avait dû interrompre sa production dramatique en raison de l’interdiction de toute représentation théâtrale décrétée par la ville suite à l’état de guerre » (Présentation de Caspar Brülow (1585–1627) und das Straßburger Akademietheater par Michael Hanstein, Bibliographie critique Études Germaniques 2016/3 n° 283)
Il est également l’auteur d’une épopée latine sur Martin Luther intitulée De vita rebusque gestis Martini Lutheran.
Christian Knorr von Rosenroth
Christian Knorr, Baron von Rosenroth (1636-1689), né à Rudna en Basse-Silésie et mort à Sulzbach-Rosenberg (Bavière), fils de pasteur, commence ses études à l'école latine de Fraustadt, puis auPädagogium de Stettin. À partir de 1655, il étudia la théologie, le droit, l'histoire, la philosophie, les langues classiques et modernes, et acheva ses études en 1660 par une maîtrise et une thèse sur la numismatique antique. Les années suivantes, il poursuivit des études privées, probablement à Wittenberg (https://de-academic.com /dic.nsf/dewiki/259118). Entre 1633 et 1636, il va sillonner l’Europe pendant plusieurs années notamment en Hollande où il est initié à la Kabale par plusieurs rabbins. Pérégrination qui va l’amener à fréquenter les milieux ésotériques des différents pays qu’il traverse. Aus Pays-Bas, il est initié à la Kabbale par Meir Stern.
Il rencontre Franciscus Mercurius van Helmont, fils de l’alchimiste Johan Baptista van Helmont (†1572 voir Philosophie/Alchimie), qui le présente en 1668 au duc Christian August de Sulzbach en 1668 qui en fait conseiller de cour et de chancellerie. Il s’installe définitivement à Sulzbach (Bavière), résidence des ducs du Palatinat- Knorr entretiendra une relation suivie avec le duc qui l’autorisa à ouvrir une école kabbalistique ; école qui deviendra l’épicentre de la diffusion de la kabbale lourianique initiée par le rabnin Isaac Ashkenazi Louria
Knorr traduisit et commenta les écrits d’ Isaac Mouria (1534-1572)., né et mort en Israel. Louria est une des plus essentielles figures du judaïsme kabbalistique (mystique). Il est le fondateur de l’école de Safed où nombre de juifs expulsés d’Espagne en 1492 sont venus s’y réfugier. Il est à l’origine de la Kabbale lourianique. Il fut le premier à poser la question de savoir ce qu’il y avait avant la création et comment Dieu a-t-il créé ? Il est le premier à avoir pensé la Création non comme une émanation mais comme une contraction ; contraction en un point originel d’où nait l’espace. (voir entre autres Charles Mopsik, Aspects de la Cabale à Safed après l’Expulsion, dans Inquisition et pérennité Le Cerf, 1992.).
Leiniz a rendu visite à Knorr en 1688.
Très marqué par les écrits de J. Boehme, Knorr a eu la réputation d’être le meilleur connaisseur chrétien de la Kabale. Il a écrit Kabbala denudata, seu Doctrina Hebraeorum transcendentalis et metaphysica atque theologica (La Kabbale dévoilée ou la doctrine transcendantale et métaphysique et théologique 1677-78 et 1684) dans lequel il tente une conciliation entre christianisme et cabale. Il a été en relation avec le philosophe Henry More (1614-1687), célèbre platonicien de Cambridge (voir Philosophie/Angleterre) qui tenta une synthèse entre « le vitalisme néo-platonicien et la physique nouvelle ».
En littérature, il reste connu pour sa pièce de théâtre alchimique, Conjugium Pallas et Phoebi (Les Noces de Phoebus et de Pallas, 1677) qui n’a jamais été représentée bien qu’écrite à l’occasion du mariage de Léopold 1er . Une pièce en cinq en alexandrins avec en intermèdes des ballets chantés, la scénographie fait appel à des changements fréquents de décors et d’effets lumineux fait pour ébahir le public en faisant appel à une machinerie complexe utilisé pour ce genre de pièces dites ‘pièce à machines’.
Knorr fait appels à des personnages de la mythologie et allégoriques et aux sept métaux planétaires (or=soleil, argent=lune et étoiles, mercure=mercure, cuivre= vénus, fer=mars,étain=jupiter, plomb=saturne). Knorr fait référence au livre d’emblèmes aux thèmes alchimiques de Michael Maier (168-1322), Atalanta Fugiens ou Atalante Fugitive.
Notes
[1] Voir aussi Anne Vakily-Wagniart Le parcours artistique de Johann Christian Hallmann et le projet d'un théâtre impérial allemand : 1662-1704 : contribution à l'histoire du patriotisme littéraire silésien dans la seconde moitié du XVIIe siècle / Thèse de doctorat Études germaniques Paris 4 2002 Université Paris-Sorbonne 1970-2017
[2] Les sources divergent quant à la position de Casper vis-à-vis du pouvoir impérial. Selon https://www.deutsche-biographie.de/118574078.html#ndb content, Casper « à Vienne pour des négociations diplomatiques en 1675, parvint à repousser les tentatives d'abolition de l'indépendance de Breslau, donc se serait opposé au pouvoir de l’empereur alors que dans son roman, il « légitime le règne de la maison de Habsbourg (Léopold II comme second prince Chérusque) ». Et selon Fabula( La recherche en Littérature, L'Urania, le scandale à l'origine de la fin de l'école théâtrale silésienne), Hallmann aurait considéré au contraire de Lohenstein comme légitime que Léopold Ier de Habsbourg, catholique, défenseur de la Contre-Réforme exerce son pouvoir sur la Silésie ; ce qui a « scandalisé Hallmann, ce sont indubitablement les Tragédies Romaines, des drames anti-impériaux qui critiquent le règne de l’empereur Léopold Ier en Silésie. »
[3] Citation et base de la biographie : https://en.wikipedia.org/wiki/ Caspar_Brülow
Pays- Bas
Le Théâtre d'Amsterdam - Theodoor Rodenburgh - Samuel Coster - Theodoor Rodenburgh -
Pieter Corneliszoon Hooft -Joost van den Vondel- Jan Vos - La Seconde Moitié du Siècle
Le Théâtre d’Amsterdam
En 1637, le plus important architecte néerlandais du XVIIème siècle, Jacob van Campen (1596-1657) commence l’édification du théâtre d’Amsterdam sur le modèle du théâtre à l’italienne, en fer à cheval, qu’innova le Teatro Olimpico construit en 1580 à Vicence sur des plans de Palladio par son disciple Vincenzo Scamozzi. Le chantier de van Campen s’achèvera en 1639. Et Gijsbrecht, van Aemstel du dramaturge Vondel sera donné en représentation pour l’inauguration. En 1664/65, devenu trop petit et ne répondant pas vraiment aux exigences d’un théâtre baroque nécessitant une importante machinerie, des changements de décors rapides, des mouvements de vols, il dut être entièrement être rénové et agrandi. C’est la fille de Jan Vos, Mary en posa la première pierre. Outre les comédiens, le théâtre employait un directeur d’orchestre et un maître de ballet. On y représentait des tragédies, des farces, des ballets et durant les pauses (entr’actes) des divertissements.
Ce nouveau théâtre marqua le changement de goût du public qu’entrainèrent les pièces de Theodoor Rodenburgh, de Samuel Coster et de Jan Vos
Theodoor Rodenburgh
Theodoor Rodenburgh (ou Rodenberg,1574-1664), né probablement à Anvers et mort dans la même ville, est d’une famille de commerçants protestants enrichis dans le textile qui s’exila un temps à Anvers pour y revenir après 1580 à Amsterdam, quand après L’Union d’Utrecht des futures Provinces-Unies, l’Acte de La Haye en 1581 consacré la destitution de Philippe II comme souverain des Pays-Bas Septentrionaux et institué de fait sinon de droit une république.
Theodoor opta pour la carrière commerciale et subséquemment diplomatique. En cela, il suivit les traces de son père, Hermann Rodenburg le Jeune, qui aurait été l'agent des États néerlandais à Londres vers 1590. Theodoor fut d’abord représentant commercial à Londres pour les villes de la Ligue Hanséatique telles que Emden (1603) et Hambourg (1628). Par la suite, il sera amené à représenter le duc de Schleswig-Holstein aux États généraux des Provinces-Unies à La Haye (1625-1626) et à la cour bruxelloise du cardinal-infant dans les années 1630. « Sa mobilité constante à travers les cours et les villes étrangères, dans le cadre de ses fonctions diplomatiques, lui permit de maîtriser une grande variété de langues et fit de lui un véritable cosmopolite, dont les traces et les références historiques sont aujourd'hui dispersées dans les archives de différents pays.(Alberto Mariano Rodríguez Martínez Teodoro Rodenburg, agente neerlandés https://www2.ual.es/ideimand/).
Un de ses missions fut pour lui particulièrement marquante. Pour le compte de la Compagnie des Marchands de Guinée, il effectua en Espagne de 1611 à 1613 une mission diplomatique auprès de Philippe III. Ce séjour à Madrid fut l'élément déclencheur de sa vocation littéraire. Il en rapporta une nouvelle conception du théâtre en opposition au goût amstellodamois qui se portait sur la tradition dont les tragédies de Sénèque (4-65) servaient de modèle. Il fut ainsi le premier à adapter des comédies espagnoles en néerlandais dont Cassandra en 1617 d’après Lope de Vega (1562-1635), des pièces ‘romantiques comme Wraeckgierigers treur-spel ( Jeu de Vengeance et de Deuil 1618), Vrou Jacoba (Madame Jacob 1638).
Il obtint un franc succès avec l’adaptation de trois pièces de Lope de Vega et une de Gaspar de Aguilar (1561-1623) comparable à celui qu’obtint Joost van den Vondel (1587-1679 avec. Gijsbrecht, van Aemstel présenté pour l’inauguration du Théâtre d’Amsterdam en 1637.
En 1617, Samuel Coster, Pieter Corneliszoon Hooft et Gerbrand Bredero quittèrent la célèbre chambre de rhétorique l’Églantier pour fonder leur académie, L'Eerste Nederduytsche Academie (La Première Académie néerlandaise).
Rodenburg est alors nommé alors président de La Vielle Chambre et pour sa défense, contre ceux qui l’ont quittée, il écrivit en 1619 sur le modèle de Defence of Poesy (1581) du poète élisabéthain, Philip Sidney (1554-1586),mais aussi en tenant compte de 'Arte nuevo de hacer comedias en este tiempo (Nouvel art d'écrire des pièces de théâtre à cette époque) de Lope de Vega, Eglentiers-Poëtens-Borstweringh (littéralement le Parapet des Poètes de l’Églantier).
Auteur de pastorales, entre autres Den trouwen Batavier (probablement écrite en 1601 d’après le Pastor Fido de Guarini). Apprécié du public de son vivant, son œuvre tomba pourtant vite dans l’oubli. « S’il réussissait à charmer le public par une action vive et variée, il lui manquait, toutefois, l’équilibre du grand artiste ».
Samuel Coster
Samuel Coster (1579-1665), né et mort à Amsterdam, est le fils d’un charpentier, exerça la profession de médecin tout en préservant sa passion pour le théâtre. En 1605, il intègre la chambre de rhétorique L’Églantier. Il fait ensuite des études à partir de 1607 à Leyde où il a probablement écrit Teeuwis de boer (Teeuwis le paysan) qui sera joué à L’Églantier en 1612. Pièce à tonalité comique qui confronte des personnages plutôt ridicules : un homme bien en chair marié à une vieille femme, un paysan et un citadin, un vantard de Westphalie discutant avec un noble chauve…
Coster va donner dans le théâtre classique avec des comédies (Teeuwis de Boer, 1612, Van de Rijckeman, 1615), des tragédies influencées par Sénèque ( Ithys, 1615, Iphigenia, 1617, Polyxena, 1619) ). En 1613 est paru anonymement Spel van Tiisken vander Schilden (Pièce de Tiisken et Schilden) qu’on lui attribuera par la suite.
En 1617, L’Églantier étant en pleine capilotade, Coster, Hooft et Bredero décide de fonder leur académie, L' Eerste Nederduytsche Academie (la Première Académie néerlandaise). Appelée communément l’Académie Coster, elle était en même tant une chambre de rhétorique et un institut d'enseignement supérieur qui ne pouvait donner ses cours en néerlandais mais en latin à cause de l’opposition des prédicateurs (memonnites). Elle organisait pourtant des conférences en néerlandais sur la science en vue de sa meilleure connaissance (voir Particularismes Nationaux/ Pays-Bas/ les Chambres de Rhértoriques). En 1635, L’Églantier et l’académie fusionneront.
A l’approche de la soixantaine, Coster ne s'est presque plus occupé de la littérature. Il va se consacrer à la révision et l’édition de son œuvre tout en poursuivant sa carrière de médecin. Dans le prolongement de l’activité de son académie, il aura eu la satisfaction de voir s’ouvrir en 1632 L'Athenaeum Illustre, une école d’enseignement supérieur de prestige qui, fondée par des universitaires et savants, avait pour mission propédeutique de préparer aux études universitaires.
Bien qu'aspirant au classique, il n'a pu échapper à la superficialité. Il avait recours à des accessoires bon marché, employant un tas d'éléments horribles. Ses pièces montraient un soutien au Remonstrants ( partisans de Jacobus Arminius contre les prédicateurs (Calvinistes), prédicateurs contre-remonstrants à qui il reprochait leur intransigeance. En retour, les calvinistes accusaient l’académie de véhiculer des idées irréligieuses.. Il est actuellement considéré comme un des dramaturges des plus influent sur le théâtre de l’Âge d4or néerlandais.
Gerbrand Adriaenszoon Bredero
Voir Poésie/Pays-Bas
Theodoor Rodenburgh (aussi Breero ou Brederode 1585- 1618), né et mort à Amsterdam, est le fils d’un cordonnier et agent immobilier aisé de la bourgeoisie. Il passa toute sa courte vie dans la maison familiale où il est né, aujourd’hui le 224 Oudezijds Voorburgwal. Au cours de ses études, il apprend le français -le jeune amoureux qui dans ses poèmes arpente Amsterdam est français- et probablement aussi l'anglais et le latin. Plus tard, il est formé par le peintre anversois Francesco Badens En 1611, il est admis à la plus fameuse des chambres de rhétorique (confrérie de poètes), la Chambre de Rhétorique de l’Églantier (Rederijkerskame) qui allait entamer son déclin. Il y rencontre le poète et homme politique Roemer Visscher, père de la poétesse Maria Tesselschade Visscher († 1649), et le poète dramaturge P.C. Hooft.
Ses tragi-comédies Klucht van de Koe (1612 La Farce de la vache), Klucht van den Molenaar (1613 La Farce du meunier) et Klucht van Symen sonder Soetigheyd (1612/13, La Farce de Symen sans bonté ) sont comme un point d’orgue à ce genre de la farce qui vécut ses plus beaux jours dans la période médiévale.
On lui doit deux comédies : Het Moortje (1615, La Petite Maure) vague adaptation de l'Eunuque de l’auteur comique latin Térence (190-159), et Spaanschen Brabander (1617, Le Brabant espagnol), d’après La Vie de Lazarillo de Tormes, roman qui ouvrit la veine picaresque en 1554 en Espagne 1554, roman anonyme mais probablement de Diego Hurtado de Mendoza (1503-1575).
Il a donné une adaptation théâtrale du roman espagnol Palmin de Oliva de Francisco Vázquez paru en 1511 ; ce qui donna lieu à toute une suite à Palmin. Il a également écrit la tragi-comédie en prose d français Louis Le Jars, Lucelle (1616).
Pieter Corneliszoon Hooft
Voir Poésie/Pays-Bas
Au début des années 1610, s’ouvre pour le poète Pieter Corneliszoon Hooft (1581-1647) une période au cours de laquelle il publiera pour la première fois sous son nom des pièces qui seront représentées dont notamment ses tragédies à thème politique, Geeraerdt van Velsen en 1613 et Baeto en 1617, et sa tragi-comédie Warenar, écrite en 1617 en collaboration avec Samuel Coster, basée sur l'Aulularia (La Petite Marmite) de Plaute, qui inspirera aussi Molière pour son Avare (1668). Ces pièces sont bien accueillies.
Sa tragédie Achilles en Polyxena, écrite en 1598 en alexandrins iambiques, alors que Hooft n’a que 17 ans, est considérée comme la première tragédie classique néerlandais. Des chœurs interviennent soit en cours , soit à la fin a de chacun des cinq actes. Le thème est cornélien par son dilemme entre amour et honneur et par la référence au stoïcisme de Sénèque qui doit mener à sa juste résolution. Pendant la guerre de Troie, Achille est amoureux de Polyxène (étymologiquement l’hospitalière), fille de Priam, roi de Troie, la sœur cadette d’Hector, de Pâris et de Cassandre. Achille mort, elle mourra sur sa tombe. On a pu reproché Hooft dans sa recherche de la beauté de ne pas avoir su éviter un langage emphatique. Hooft a pris ses distances avec cette œuvre de jeunesse et ne l’a jamais faite imprimer ; par conséquent, toute impression est illégale.
Granida, qui avait été écrite au début des années 1600, est une pastoral selon le goût de l’époque.
Joost van den Vondel
Joost van den Vondel[1] (1587-1679) nait à Cologne dans une famille de commerçants anabaptistes réformés (mennonites) originaires d’Anvers. Comme de nombreux réformés, cette famille a quitté les Pays-Bas Méridionaux catholiques, mais à la différence de ceux-ci qui vont s’installer directement dans les Provinces-Unies, indépendantes et réformées, elle se sera d’abord réfugiée en Allemagne avant de venir s’établir définitivement à Amsterdam alors que Joost à dix ans (en 1696 ou 97).
Il fait des études classiques, apprend l’italien et lit Le Tasse, le français et lit Ronsard. Il publie très tôt ses premiers poèmes, entre autres Jeruzalem Verwoest (Jérusalem Détruite) dès 1600 ; poèmes qui attirent l’attention des poètes connus comme Hooft. Jeune, il intègre les chambres de rhétoriques de « La Blanche Lavande », appelée aussi « Chambre brabançonne » ( Voir Introduction/ Chambres de Rhétoriques).
En 1610, il épouse une catholique, Mayken de Wolff, avec qui il a quatre enfants. Elle mourra en 1635 à l’âge de 23 ans. Il est alors connu du milieu intellectuel anversois, les Hooft, Huygens, Virscher, Roemer…Il hérite du commerce de la soie de son père qu’il confiera en 1643 à son fils pour se consacrer à son œuvre.. Entre 1632 et 1637, il perd successivement deux enfants de ses quatre enfants, sa femme et sa mère. Sa douleur s'exprime dans des vers où une stoïque fermeté s'allie à la résignation du chrétien.
Après 1620, sont publiés de Kruisbergh (Le Calvaire)
dédié à sa femme Palamedes, De Amsteldamsche Hecuba en 1625 ; De Roskam en 1626, Jaergitijde van wijlen Heer Joan van Oldenbaerneveld et Decretum horribile en 1631. Durant cette même période, Vondel fait la connaissance d'Hugo de Groot, à qui il dédie son "Wellekomst". Sa renommée ne cesse de croître.
Le Poète
van Vondel poète va s’engager politiquement à la suite de l’exécution en 1619 de Johan van Oldenbarnevelt qui, Grand-Pensionnaire de 1586 à son exécution, avait joué un rôle important dans la lutte pour l’indépendance des Provinces-Unies aux côtés de Guillaume d’Orange, mais qui se trouva en rivalité avec le fils de celui-ci qui prit sa succession, Maurice de Nassau.
Il s’en prend alors vivement aux « contra-remonstrants », les gomaristes opposés à Arminius ( voir Poésie/Pays-Bas/Note 36). Il en acquiert une certaine célébrité. Il prolongera sa défense du libéralisme et de la tolérance dans sa tragédie Palamède, ou l'Innocence Assassinée (Palamedes oft Vermoorde Onnooselheyd, 1625) qui se réfère directement au sort qui a été réservé à Oldenbarneveldt. Van Vondel s’affirme dans
« un style baroque et sonore foisonnant d'images et de contrastes, des louanges à la gloire de son pays d'adoption, de sa belle ville d'Amsterdam et de la dynastie des Orange, ni de consacrer quelques poèmes à la situation internationale, ou de se plonger dans Sénèque dont il traduit plusieurs pièces, avant d'en faire autant pour Sophocle »
« On a répandu l'image d'un Vondel tour à tour indigné, pompeux et morose. C'était oublier que, s'il ne connaît guère la légèreté, l'élégance, l'érotisme heureux d'un Hooft, Vondel n'en est pas moins un poète de la tendresse. L'amour conjugal, l'amitié, une joie tranquille d'exister lui ont dicté jusque dans certaines tragédies des accents dont la profondeur se passe de l'ornement baroque » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/ joost- van-den-vondel/)
Le Dramaturge
« Après avoir traduit Sénèque et Ovide, s'absorbe dans l'étude de Sophocle) donne des chefs-d'œuvre : Lucifer (1654), Jephté (1659), Adam exilé (1664), Noé (1667), tragédies bibliques en alexandrins sur les thèmes chrétiens de la culpabilité, de la lutte du bien et du mal, de la soumission à la volonté divine »( Larousse).
Il vient tardivement au théâtre en 1635 avec une pièce historique se déroulant au XIIIème siècle Gijsbrecht van Amstel. Cette pièce. La première représentation a lieu en 1638 pour l’inauguration du nouveau théâtre de la ville d’Amsterdam (Voir Théâtre/ Pays-Bas/ Théâtre d’Amsterdam). Elle demeure la plus jouée des pièces de théâtre en Hollande et la plus célèbre. En un laps de tant très court, ses principales tragédies : Gisbert d'Amstel (1637), De Maeghden (Madeleine,1639), De Gebroeders (Les Frères, 1640), Joseph en Egypte et Joseph à Dothan (1640) ; Dothan en Samarie, la ville de Jacob.
Il est à cette époque un poète reconnu. Son amitié avec le grand juriste et théologien Hugo Grotius (1583-1645 voir Philosophie/Pays-Bas) l’a conforté dans le christianisme, et une recherche constante pour la paix et la conciliation entre les hommes. Il a pris position contre Johan van Oldenbarnevelt, Grand-Pensionnaire de 1589 à 1619 de la Hollande. Et non sans courage, affirmant toujours ses convictions, il s’est converti en 1641 au catholicisme dans un pays majoritairement protestant. Il se consacrera à des écrits sur la foi catholique dont Pierre et Paul, un drame sur la fondation de l’Église, Les lettres de la Sainte Madeleine, un autre sur le martyre de la reine Marie Stuart et un autre sur Les Mystères de l’Autel.
Vondel atteint la pleine maîtrise de son art en achevant en 1648 Leeuwendalers. une œuvre, considérée comme la plus accomplie. Il s’agit d’une pastorale dans la tradition des Bucoliques de Virgile: un berger est déplacé vers les terres agricoles néerlandaises. Le thème est celui de la Paix de Münster signée entre l’Espagne et la nouvelle République Hollandaise. La première représentation a lieu en mai 1648 et le Traité de Westphalie qui reconnaît officiellement la souveraineté des Pays-Bas est signé en octobre de la même année.
Il revient au théâtre pour donner ses meilleures pièces : Lucifer (1654) qui le fait connaître au niveau européen, Adam aux Enfers (ou Adam Exilé,1664), Jephté (1659 qu’il considérait comme son chef-d’œuvre). Sa liberté de ton face au moralisme calviniste fait entrer dans l’époque moderne une société protestante, travailleuse, commerçante, bourgeoise, qui donnera naissance au capitalisme mais qui ouverte au monde de par son commerce maritime florissant saura s’ouvrir et s’imprégner définitivement des idées de tolérance, d’humanisme.
Pour payer les dettes de son fils décédé, il doit ensuite travailler comme salarié dans une banque. Il meurt très âgé à l’âge de 91 ans à Amsterdam après avoir quelques années auparavant enterré sa fille.
Joost van den Vondel est considéré comme l’un des plus grands sinon le plus grand poète et dramaturge de la littérature hollandaise. Son œuvre qui comprend plus de trente tragédies, a considérablement enrichi et consolidé la langue néerlandaise. Tout comme on parle de la « langue de Molière » et de « langue de Shakespeare » pour évoquer le français et l'anglais, on parle généralement de la « langue de Vondel» (https://fr.wikipedia.org/ wiki/Joost_van_ den_Vondel).Vondel a pleinement participé à la vie culturelle de l’Âge d’Or Hollandais animant et suscitant des débats sur la politique, la religion, les lettres dans une Amsterdam souveraine et riche de son commerce maritime. Il a aussi bien côtoyé les humanistes, les poètes tels que Van der Hooft ou G. Bredero que des artistes comme Rembrandt.
« Le prince des poètes du Siècle d'or néerlandais est incontestablement le tragédien Joost van den Vondel dont la stature peut être comparée à celle de Rembrandt dans la peinture baroque. Issu d'un milieu anabaptiste, il prend parti pour les protestants modérés et publie, dans les années 1620, des pamphlets vilipendant les rigoristes. Une succession de drames familiaux, avec la mort de sa femme et de deux de ses enfants en bas âge, lui inspire de poignantes élégies, réflexions sur la finitude de l'existence face à l'infini de Dieu. »
En 1637, Vondel écrivit la tragédie la plus célèbre de la littérature néerlandaise, Gisbert d'Amstel, dont l'argument illustre le conflit opposant les troupes du comte de Hollande aux habitants d'Amsterdam à l'époque féodale. La représentation de la messe dans la pièce – le dramaturge se convertira par la suite au catholicisme – fut interdite par les édiles amstellodamois : les limites de la tolérance dans une citée protestante réputée pour sa liberté de pensée étaient manifestement dépassées. Vondel est l'auteur d'une trentaine de tragédies, parmi lesquelles Lucifer (1654), évocation céleste de la vanité d'une remise en question de l'ordre divin, représente l'apogée du théâtre baroque néerlandais. »
(https://www.clio.fr/Bibliotheque/la_langue_et_la_litterature_neerlandaises_des_origines_a_nos_jours.asp; Dorian Cumps Maître de conférence à l'université de Paris-Sorbonne (Paris-IV)
« Joost van den Vondel connut une grande renommée. Il eut beaucoup d'influence et est aujourd'hui considéré comme le créateur de la langue et du théâtre classique néerlandais. Tout comme on parle de la « langue de Molière», de « langue de Shakespeare » et de « langue de Goethe » pour évoquer respectivement le français, l’’anglais et, on parle généralement de la « langue de Vondel » pour désigner le néerlandais» (Wikipédia/ Vondel),
Joost Van den Vondel (1587-1679), le « Prince des Poètes » : ses œuvres théâtrales imposent la liberté de parole face aux pasteurs, ses poésies lyriques ou satiriques sont à l'image de cette société bourgeoise avec ses nouvelles valeurs culturelles. Sa tardive conversion au catholicisme contribuera à la naissance de chefs-d'œuvre dramatiques (Lucifer, 1654) qui l'imposent sur le plan européen ; (https://www.larousse.fr/ encyclopedie/ litterature/litérature_néerlandaise/175564)
Au sujet de Gisberts d’Amstel, Pierre Mesnard écrit :
« Étant donnés les liens étroits entre la théologie baroque et l’épopée, on nous permettra de présenter Gisbert d’Amstel comme une Enéide hollandaise. Chassé de son pays à la suite de péripéties qui s’apparentent beaucoup à celles de la guerre de Troie, Gisbert, guidé par l’archange Raphaël (si cher à la civilisation baroque néerlandaise) embarquera le « petit reste » de ses fidèles. Après avoir repris nombre et vigueur dans les landes prussiennes de la Nouvelle-Hollande, ce nouveau peuple élu reviendra plus tard dans sa patrie pour y établir la puissance et la gloire d’Amsterdam[2] ».
« Vondel a chanté, en quatre grands poèmes, tout le système de la Révélation divine dans le drame de l’humanité. Il a trouvé avant Milton ses deux chefs-d’œuvre : son Lucifer, son Adam en exil, – la preuve historique en est faite » (https://www.dbnl.org/tekst/_sep001197901_01/_sep001197901_01_0054.php)
Jan Vos
Jan Vos (1610-1667), né et mort à Amsterdam, avait à l’origine une formation de verrier et reprit la boutique de son père . Il était le vitrier officiel de la ville ; à ce titre, il était chargé de l’entretien de toutes les fenêtres de l’hôtel de ville à telle enseigne qu’à la fin de sa vie, en 1665, il reçut commande de vitraux du nouvel hôtel de ville.
Il se marie en 1639 avec Grietje Gerrets (1616-1651). Comme ses parents, il a été catholiques toutes sa vie, bien qu’Amsterdam ait été dominée par les calvinistes à partir de 1578, date de ‘L'Alteratie’ (changement) quand les réformés bien que minoritaires prirent en main la direction de la ville parce que les catholiques ne leur accordaient pas de place suffisante dans la direction de la ville ni et vrais lieux de culte, malgré l’accord que les deux confessions ainsi que les parlementariste et les royalistes avaient passé de soutenir ensemble le Prince Guillaume III d’Orange contre la domination espagnole.
Dès ses premières pièces Vos rencontra le succès, mais un succès qui fut dû pour bonne grâce à ses relation avec les autorités de la ville (les régents faisaient office de mécènes) pour lesquelles il écrivit de nombreux poèmes de circonstances, et avec le milieu artistique et littéraire ; ce qui compensait le fait qu’il était catholique et qu’il n’avait comme cela se devait à l’époque chez ces derniers, aucune connaissance, de la culture classique ni d’autres langues que le néerlandais (italien, français, latin, grec…).
En 1641, sa première pièce, une tragédie Aran et Titus, lui valut donc la reconnaissance. Sur le même thème que The Most Lamentable Romaine Tragedy of Titus Andronicus (La Très Lamentable Tragédie romaine de Titus Andronicus), la première tragédie de Shakespeare qui reste connue pour ses scènes sanglantes- on y voyait « un prince servi comme pudding, un maure cuit au four et autres apparitions ».
L’année suivante, dans la comédie Klucht van Oene (La farce d'Oene), il dénonçait les pratiques malhonnêtes des commerçants et des artisans, qu’ils soient boulanger, tailleurs, teinturiers, verriers, aussi bien que les professions libérales des notaires aux médecins en passant par les meuniers. Il n’eut pas moins de succès avec ses comédies qu’avec ses tragédies.
En 1647, il devint pour 17 ans le directeur du Théâtre d’Amsterdam. Il mit en scène notamment des pièces de Joost van den Vondel (1587-1679). Il fréquente le Muiderkirng, un cénacle de poètes qui tient ses réunions dans la place forte de Muiderslot dont le poète Peter de Hooft avait le baillage (voir Poésie/ Outre-Rhin/ Perter de Hooft).
Il organisait pour la ville des spectacles, des cortèges avec décor de chars, comme les dix représentations célébrant le traité de Westminster en 1654. Il essuya à l’occasion de sévères critiques comme quand il fit représenter lors de la visite de la reine Marie-Henriette II d’Angleterre (†1694), fille du roi Charles 1er, et de son époux, le roi Guillaume II d’Orange (†1650), sur un des chars la décapitation de son père.
Aran en Titus, of wraak en weerwraak ( Aran et Titus, ou vengeance et contre-vengeance, 1641) et Médée (1667), en particulier, attirèrent les foules. Véritables spectacles ou drames inspirés du cordouan Sénèque (1er siècle), ils étaient empreints d'horreur. Les changements de décor fréquents et les effets spéciaux tenaient le public amstellodamois en haleine tout au long de la représentation.
Vos nous a livré un théâtre, très élisabéthain avec ses scènes d’horreur, de meurtres, de violence, de pendaisons, mutilations que le public affectionnait autant que les effets visuels. La mise en scène nécessitait une importante machinerie pour ses effets spéciaux. Son théâtre était visuel, ce que traduisait bien sa devise, Het zien gaat voor het zeggen ( La vision précède la parole). Il ajoutait des ballets dont il était le créateur dans les pièces. Ce théâtre spectaculaire de style baroque suscita des réactions négatives, notamment de la part des novateurs théâtraux du mouvement Nil Volentibus Arduum (Rien n’est difficile pour ce qui le veulent) Cette association prônait un style proche du classique français, dans lequel le spectacle était réduit au minimum. Cette société littéraire qui tire son nom-devise de l’expression latine que l’on traduit par « à cœur vaillant, rien d'impossible »
Seconde Moitié du Siècle
On peut retenir :
· Thomas Asselijn (1610-1701), auteur de comédies populaires à l’opposées des conceptions classiques de la société littéraire Nil volentibus arduum (à cœur vaillant rien d’impossible) auquel on doit Jan Klaasz, of gewaande Dienstmaagd (1682) ou Kraam-bed of kandeel-maal van Saartje Jans, vrouw van Jan Klaasz (1684).
· Pieter Bernagie (1656-1699), lui aussi auteur de comédies et de farces, dont De belachelijke Joncker (Joncker le Ridicule 1684) Het huwelijk sluyten (Le Mariage Clos 1685), mais aussi de tragédies comme Arminius (1686).
· Pieter Langendijk, dont les tragédies trahissent une influence du classique français tout en préservant un tonalité propre.
Notes
[1] Documentation essentiellement basée sur l’article consacrée à l’auteur in Catholic Encyclopædia site http://www.newadvent.org/ cathen/15507b.htm
[2]Citation et pour en savoir plus sur le théâtre chrétien de Vondel : Le point de vue de Dieu dans la Tragédie de Vondel, https://doi.org/10.4000/ baroque.262 Le Baroque au Théâtre et la théâtralité baroque Le baroque au théâtre 2/2007
Index
France
Françoise Pascal 1632-1698
Alexandre Hardy 1570-1632
Tristan L’Hermite 1601-1655
Jean de Rotrou 1609-1650
Madame de Villedieu 1640-1683
Marie-Anne Barbier 1664-1742
Catherine Bernard 1663-1712
Corneille 1606-1684
Jean-Baptiste Poquelin Molière 1622-1673
Thomas Corneille 1625-1709
Jean Racine 1639-1699
Espagne
Félix Lope de Vega y Carpio 1562-1635
Guillén de Castro y Bellvís 1569-1631
Antonio Mira de Amescua 1574?-1644
Luís Vélez de Guevara 1579-1644
Luis Quiñones de Benavente 1581-1651
Don Juan Ruiz Alarcon y Mendoza 1581-1639
Francisco Bernardo de Quirós, de Benavides 1580 - 1668
Frère Gabriel Téllez dit Tirso de Molina 1580/83 – 1648
Jerónimo de Cancer y Velasco 1582? – 1655
Francisco Gómez de Quevedo Villegas y Santibáñez Cevallos 1580-1645
Don Juan Ruiz Alarcon y Mendoza 1581-1639
Pedro Calderon de la Barca 1600-1681
Juan Pérez de Montalbán 1602-1638
Francisco de Rojas Zorrilla 1607 – 1660 ?
Agustin Moreto 1618-1669
Outre-Manche
Théâtre Élisabéthain
Christopher Marlowe 1564-1594
George Chapman 1559-1634
Shakespeare 1564-1616
John Webster 1580-1625
Période Jacobéenne
Thomas Dekker 1570 /72 -1632/41
Benjamin Jonson 1572-1637
John Fletcher 1579-1725
John Ford 1586-1640
Période de la Restauration
Sir William D’Avenant ou Davenant 1606-1668
Cowley 1618-1667
John Dryden 1631-1701
Elkanah Settle 1648-1724
William Congreve 1670-1729
Whycherley 1640-1710
Thomas Otway Trotton 1652-1685
Italie
Giambattista Porta 1535-1615
La Commedia dell'arte
Outre-Rhin
Gaspar Brülow 1585-1627
Jakob Biderman 1578-1649
André Gryphius ou Grief 1616-1664
Daniel-Gaspard de Lohenstein 1635-1683
Pays-Bas
Theodor Rodenburg 1574-1644
Gerbrand Adreinszoon. Bredero 1585-1618
Pieter Corneliszoon Hooft 1581-1647
Jooste van Vondel 1587-1679
Samuel Coster 1579-1665
Jan Vos 1610-1667
L’Épître
Introduction - les Lettres Portugaises - Vincent Voiture - Guez de Balzac - paul Scarron - Madame de Sévigné
Introduction
L’épître est un genre littéraire qui remonte à l’Antiquité. En 43 av. J.C., Ovide écrit Epistulae heroidum (Lettres du Héros) que, sur un ton licencieux, des déesses de la mythologie sont censées avoir écrites[1]. Horace publie en 19 Av. J.C. un recueil de 21 héroïdes en hexamètres. Avec les Épîtres de Paul et celles de Jean, le genre prend le sens de traité édifiant.
Il revêtira par la suite celui d’une lettre (d’un courrier) qui s’inscrit dans une correspondance réelle entre deux personnes vivantes ou d’une correspondance imaginaire entre deux personnages fictifs.
Au XVIème siècle, le poète officiel de François 1er, Clément Marot (1496-1544) remet en valeur l’épître. Qu’elle soit adressée au Roi pour la demande d’argent auquel le roi répondit par un don de 50 écus qui n’était jamais que le remboursement de sa dette en vers le poète, ou qu’elle soit sous la forme d’une héroïde (tragédie en vers en forme d’épître) comme l’Épître à Maguelonne que l’on trouve avec dix autres épitres dans l’Adolescence Clémentine de Joachim Du Bellay (1522-1560), l’épître est une forme littéraire par laquelle son auteur peut s’exprimer sur des modes différents, badin ou amoureux tout en engageant une recherche littéraire.
L’histoire retient surtout du genre épistolaire, Les Lettres de Madame de Sévigné à sa fille et à son petit-cousin Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693, voir Poésie/France)[2]. Lettres qui connurent un vif succès de son vivant mais ne furent publiées qu’après sa mort en 1725 et 26 pour les premières éditions. Mais le genre épistolaire n’attendit pas 1671 et la première des Lettres de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696) à sa fille la Comtesse de Grignan pour acquérir … ses lettres de noblesse. Les Épîtres à Mme de La Sablière de Jean de la Fontaine (1621-1695), L’Épître Chagrine à Mlle de La Charce de la poétesse Antoinette Des Houlières (1634-1694), l’Épistre Chagrine à Mlle de Scudéry de Paul Scarron (1610-1660, premier mari de Mme de Maintenon) avaient déjà illustrées le genre.
Si les correspondances des écrivains et philosophes ont été de tout temps d’une grande importance pour une meilleur connaissance de leur vie, de leur œuvre, de leurs contemporains, elles n’ont que très rarement revêtu un caractère littéraire suffisant pour fonder un genre. Les Lettres d’Abélard et d’Héloïse (essentiellement d’Héloïse) au XIIème siècle font partie de ces exceptions qui confirment les règles ; Héloïse d’Argenteuil s’y étant révélée comme la premier femme de …lettres. Ce sont les épistoliers français du XVIIème siècle qui, de par leur style, la qualité littéraire de leurs épîtres, ont donné, même sans le vouloir, même sans vouloir constituer une œuvre, plus qu’une approche directe de leur époque, plus qu’une relation des événements importants de leur temps, plus que le dévoilement de la vie de cour, de ses mœurs, de ses intrigues amoureuses et politiques, une dimension littéraire qui en fait un genre et les hausse au rang de grands écrivains.
Comme le roman, le genre épistolaire peut relever de la fiction, correspondance fictive entre des personnages fictifs ou d’un personnage réel, l’auteur, à un personnage qu’il crée sous sa plume. Mais le roman lui aussi peut-être épistolaire.
Les Lettres Portugaises
Le roman épistolaire est apparu pour la première fois en Espagne en 1548 avec le roman de Juan de Segura Processo de cartas de amores que entre dos amantes pasaron (Procédé d'échange de lettres d'amour entre deux amoureux) ; puis en Italie avec le roman de Luigi Pasqualigo Lettere amorose’ publié en 1563. En France, il se fait connaitre en 1669 par la publication d’ un des grands chefs d’œuvre du genre, sinon le chef-d’œuvre du genre Lettres Portugaises, publiées anonymement, puis attribuées à une religieuse, Mariana Alcoforado, (1640-1723). du couvent "Convento da Conceiçao" à Beja, au Portugal,
Ces Lettres connurent tout de suite une très vif succès et parurent la même année à Cologne sous le titre de Lettres D'amour D'une Religieuse Portugaise. Cette édition précisait que la traduction en été due au Comte de Guilleragues, directeur de la Gazette de France. Traduites en plusieurs langues, elles devinrent le modèle de la lettre d’amour. Stendhal qualifia par la suite ces lettres portugaises ‘’d'immortelles". La passion qui s’en dégageait fit douter passion douter qu’il put être écrit par une femme accordant à la gente féminine une pudeur dont on dispensait l’homme. Et qui plus est, une religieuse pouvait-elle avoir écrit une œuvre aussi transportée ?
Au XIXème siècle, on poussa les recherches : la religieuse avait bien existé au couvent de Beja et un manuscrit portant son nom aurait été trouvé. Au XXème siècle, plusieurs écrivains, critiques littéraires et philologues attribuent à l’homme d’état et écrivain bordelais Gabriel Joseph de Lavergne, comte de Guilleragues (1628-1685) la paternité de l’œuvre, « cinq lettres qui retracent le vécu de l’histoire interdite [ de la religieuse] avec Noël Bouton, marquis de Chamilly, un chevalier français se trouvant alors au Portugal » (citation et pour ce passage, Mario Pontifice - Portugalmania - Décembre 2007)
Vincent Voiture
Voir Poésie/France et Le Courant Précieux
du précieux Vincent Voiture (1597-1648), Croturier qui fut autre chose qu’un simple littérateur de salon, celui de Madame de Rambouillet en l’occurrence, autre chose qu’un amuseur badin, qu’un courtisan à la cour des ‘grands’, les Condé, les Gaston d’Orléans, eut une carrière littéraire, tout autant que diplomatique, jalonnée de lettres, que le sujet en soit politique comme celles adressées à Monsieur ou en soit galant et pleine de double sens comme celle adressée à Mme de Saintot qu’il courtise.
En 1650, un de ses neveux, Martin Pinchesne publie, de manière posthume les Œuvres de M. de Voiture. Cette édition composée au trois quart de ses lettres, faisant de celles-ci une entreprise littéraire, et d’une centaine de poèmes courts connut un immense succès.
« Le décalage entre la manière dont Voiture semble avoir pratiqué l’écriture épistolaire de son vivant et ce qu’il advint de ses écrits après sa mort souligne l’ambivalence de ses lettres: en tant que lettres authentiques, échangées dans une sphère privée et rédigées dans un registre moyen, elles prennent la forme du discours familier, mais leur publication leur accorde un statut de texte littéraire et la réception du recueil consacre Voiture comme un écrivain. Ces lettres posent ainsi la question de la littérarité du discours épistolaire et des modalités selon lesquelles s’est formée la conception d’un «genre épistolaire» au cours du xviie siècle » (Sophie Rollin Les Lettres de Vincent Voiture : du discours familier au texte littéraire https://doi.org/10.4000/studifrancesi.7789).
Guez de Balzac
Épistolier satiriste, Guez de Balzac (1597-1654) joua un rôle important dans la stabilisation de la langue française. Malherbe le surnomma « le restaurateur de la langue française ». D’origine roturière - son père fut maire d’Angoulême, sa ville natale- Guez aura la faveur d’être ennobli par Louis XIII bien que, dédié au roi, son Prince (1631n’était pas un paradigme du panégyrique. Il fut l’amant de Théophile de Viau avec lequel il fit une partie de ses études (autres qu’anatomiques) à l’université de Leyde après un passage chez les jésuites.
Au début des années 1620, il est secrétaire de Jean-Louis de Nogaret (1554-1642), Duc d’Épernon, qui amiral de France fut un des mignons[3] de Henri III (†1589), puis secrétaire de son fils le Cardinal de La Valette. Ses premières Lettres paraissent en 1624 et lui valent tout de suite un grand succès. Surnommé « le grand épistolier », il fréquenta les grands écrivains de son temps au Salon de Rambouillet jouant les arbitres du bon goût en matière de style.
Acariâtre, d’esprit piquant, il se retira sur ses terres de Charente, en 1631 pour mener une vie de piété. Il légua tous ses biens aux œuvres charitables avant de mourir chez sa sœur à Angoulême, sa ville natale.
C’est de sa retraite, qu’il ne quitta qu’en 1636 pour très brièvement siéger à l’Académie Française dont il occupa un des tout premiers sièges, qu’il écrivit un Socrate Chétien[4] et la plupart de ses Lettres, adressées en autres à Descartes, à Valentin Conrart qui fut un des initiateurs de l’Académie Française et son premier secrétaire perpétuel, et à Jean Chapelain (†1674)[5]. Balzac est également l’auteur de poésies latines, de discours, de dissertations sur la littérature.
Paul Scarron
Paul Scarron (1610-1660), seigneur de Fougerest, Beauvais et La Rivière, né et mort à Paris, issu de la petite noblesse, fils d’un conseiller au Parlement de Paris, entre dans les ordres à 19 ans. Il arrive au Mans en 1632 et devient secrétaire de l'évêque en 1638, année où il est atteint d’une inflammation de la colonne vertébrale (spondylarthrite) qui le laisse paralysé de la nuque aux pieds. Il fera un usage constant d’opium pour atténuer ses douleurs et vivra désormais difforme, plié en deux dans une espèce de fauteuil en forme de jatte qu’il appelle un ‘cul-de-jatte’ ; ce terme désignera par la suite les personnes privées de l’usage de leur membres inférieurs.
« Scarron a joué un rôle décisif dans les destinées du genre burlesque en France. Son Recueil de quelques vers burlesques, paru en 1643, fut exactement à l'origine d'une immense vogue. Puis il publia Le Typhon (1644), première en date des épopées burlesques françaises…. Scarron, d'autre part, s'inspire du burlesque des récents Italiens, notamment de Bracciolini, de Tassoni et de Lalli. C'est là qu'il trouve ce goût de la dérision et de la parodie qui, de tradition en Italie, se développait à son aise dans le climat du baroque. Dérision des dieux antiques chez Bracciolini, parodie de l'Enéide chez Lalli. Les excellents esprits qui applaudissaient alors au « burlesque », Guez de Balzac, Saint-Amant, Sarasin, Ménage, auraient été fort étonnés si on leur eût soutenu qu'il était synonyme de grossièreté. C'est plus tard, à l'époque de la Fronde, que le burlesque se corrompit. Scarron fut le premier à manifester sa réprobation. Il fit appel aux « bons esprits » pour mettre un terme à cette mode en laquelle il voyait un fléau et abjura ce style « qui avait gâté tout le monde ».» (Encyclopédie Universalis).
Dans la veine de l’Énéide travestie de Giovanni Battista Lalli († 1637), autre maitre du burlesque, Scarron fait paraître de 1648 à 1652, en 7 livres, une parodie de l’Énéide, le Virgile Travesti qu’il a commencé à écrire en 1643. Sa poésie burlesque parodie les grands thèmes travestissant l’héroïsme en bouffonnerie, les aventures amoureuses en comédies comiques. Scarron y est tout aussi inspiré par le Cervantès de Don Quichotte qu’il le sera dans le Roman Comique, dont la première partie paraît en roman en 1651 et la seconde en 1657. Il n’aura pas le temps d’achever la troisième partie.
La structure du Roman Comique ne va pas sans évoquer le Décaméron (1349) de Boccace ( † 1375) puisque là aussi il s’agit d’un groupe de personnes, non plus dix amis réfugiés hors Florence à cause de la peste, mais d’une troupe de comédiens qui, arrivés au Mans, racontent chacun à leur tour leurs aventures ; narrations entre lesquels viennent s’imbriquer, à la fois des histoires arrivées à l’un ou l’autre des acteurs ou actrices mais racontées par un personnage autre que le narrateur, et des histoires espagnoles plus ou moins traduites ou adaptées. Si le ton de l’ensemble oscille entre le sentimental et l’héroïque, un personnage nain, Ragotin, sous les traits duquel l’auteur se peint, parcourt l’ouvrage avec des histoires comiques, burlesques et satiriques par lequel Scarron retrouve un ton qui lui est plus habituel.
Il revient Paris en 1652 et épouse la même année Mlle d'Aubigné, qui n’a pas 17 ans, petite fille du poète calviniste Agrippa d’Aubigné (1552-1630) et future Mme de Maintenon. Il parachève l’ouvrage un an plus tard. Il ouvre un salon dans le Marais que fréquente gens de lettres et nobles.
Il écrit des satires et des pièces inspirées du théâtre espagnol : Jodelet ou le Valet-maître, 1645 ; Dom Japhet d'Arménie, 1653 ; l'Écolier de Salamanque, 1654; ; Le Marquis Ridicule ou la Comtesse faite à la Hâte (1655) ; La Fausse Apparence,1657 ; Le Prince corsaire, 1658.
Toujours en 1652, il commence la rédaction de quatre Épîtres Chagrines qu’il poursuivra jusqu’à sa mort en 1660. Il s’agit pour chacune « d’épître colère », prenant chacune un ton différent en fonction du destinataire ; la première est dédiée à Charles Rousteau qu’il connut au Mans. Il s’y plaint du sort que Mazarin, Principal Ministre d’État en 1642 qui règne en maître à la fin de la Fronde (1652), aux gens de lettres. Méfiant, il s’est retiré sur ses terres de Touraine. La dernière est dédiée à Madame de Scudéry (France/ Le Roman) portant essentiellement sur ‘des affaires poétiques » comme la deuxième dédiée à Alphonse II d’Elbène (1580-1651), conseiller au parlement de Toulouse.
« Les sujets sont innombrables qui provoquent le ‘chagrin’ de Scarron et justifie les critiques véhéments qu’il adresse à ceux qui ont ‘échauffer sa bile. C’est dire que ces épîtres savent emprunter à la satire, thèmes et modes d’organisation, tout en instaurant un agréable climat de liberté » (Marcel Simon, Les Épîtres de Scarron in L’Épître en vers au XVIIe siècle. in Littératures Classiques Années 1993 N° 18 ».
« Ces épîtres en vers isométriques, toutes inspirées par un mouvement d’humeur chagrine, sont empreintes à la fois de formalisme et de liberté – Scarron invente là un genre, ce qui autorise une amplification de la souplesse de forme et de ton déjà remarquable dans les épîtres en vers de l’époque. Elles ont en outre en commun l’exhibition d’un ethos d’auteur malade et vieillissant, ainsi que l’évocation coléreuse des fâcheux. » (Anna Rolland, Le compliment en ses excès. Sur quelques passages de l’Épître chagrine au Maréchal d’Albret de Paul Scarron (1659) https://doi.org/10.4000/rhetorique.1499 )
Ses Nouvelles Tragi-Comiques paraissent de 1655 à 1657: La Précaution Inutile, Les Hypocrites, L’Adultère Innocent, Plus d’effets que de Paroles, Le Châtiment de L’Avarice , Histoire de Dom Juan d’Urbina Histoire de Mantigny, Gentilhomme Sicilie. Ces deux dernières nouvelles sont restées inachevées. Scarron ne se borne pas à traduire des nouvelles d’écrivain(e)s espagnoles comme La Précaution Inutile, traduction de la nouvelle de María de Zayas y Sotomayor (1590-1661, voir Roman /Espagne) Les Prévenus Trompés. Il y mêle des ajouts et un ton qui lui est propre. Plus que des traductions (surnommées à l’époque, les ‘belles infidèles’), il s’agit de transposition voire d’adaptation.
« Les Nouvelles tragi-comiques permettent de concevoir, mieux que la plupart des productions hispanisantes du XVIIème siècle, la capacité qu’un texte a de trahir son contexte d’origine et de signifier dans un contexte étranger nouveau. Cette « trahison créatrice », pour reprendre l’expression de Robert Escarpi [écrivain, critique contemporain], n’est pleinement possible et significative qu’en proportion directe de la plus grande ignorance, par le traducteur du contexte culturel initial du texte » (Scarron (Paul), Les Nouvelles tragi-comiques, édition critique par Roger Guichemerrep [compte-rendu] Revue belge de Philologie et d'Histoire Année 1991 69-3 pp. 743-744).
« Outre ses Nouvelles tragi-comiques (1655-1657), qui inspireront Molière, il se livre avec succès à une peinture savoureuse des comédiens de campagne (Roman comique, 1651 et 1657).» (Encyclopédie Larousse).
Il meurt à 50 ans. Il écrivit sa propre épitaphe qui est restée célèbre :
Celui qui cy maintenant dort/Fit plus de pitié que d'envie, /Et souffrit mille fois la mort/Avant que de perdre la vie./Passant, ne fais ici de bruit/Garde bien que tu ne l'éveilles:/Car voici la première nuit/Que le pauvre Scarron sommeille.
Madame de Sévigné
Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696), née à Paris à l’Hôtel Coulanges (Place Royale, actuelle Place des Vosges) et morte à Grignan (Drôme provençale), est issue de familles nobles bourguignonnes, les Rabutin et les Chantal du côté de son père, Celse-Bénigne, Baron de Chantal, dont la mère était Ste Jeanne de Chantal, fondatrice de l’Ordre de la Visitation (1625), et du côté de sa mère, les Coulanges dont le père, Philippe 1er de Coulanges, a été anobli en 1606 en achetant la charge de ‘’secrétaire du roi, maison et couronne de France’.
Son père meurt en 1627 « au champ d’honneur » en Île de Ré, et sa mère en 1633 alors qu’elle a sept ans. Toujours entourée et dorlotée, elle est élevée par sa famille maternelle, par ses grands-parents, puis par ses oncles dont l’abbé Christophe de Coulanges dit « Le Bien Bon » qui lui donnera une éducation solide et gèrera ses biens. Jusqu’en 1641, elle vécut chez lui à Livry où il avait son abbaye et où elle reviendra souvent seule ou avec sa fille. Le bon oncle ne lui donna pas moins pour professeurs que Chapelain et Ménage (voir Particularismes Nationaux/France/Une Langue Classique) ; Ménage à qui elle fit par lettre au moment de son départ, elle encore toute jeunette mais déjà séductrice, une vraie scène de …ménage. Et le pauvre Vadius, le pédant des Femmes Savantes, qui s’amourachait de toutes ses élèves de lui répondre : « Enfin ma colère éclate/Je veux l’oublier l’ingrate/Qui se moque de mes pleurs/L’orgueilleuse, la cruelle…La tigresse au cœur d’acier.. ». Cruelle, en effet, qui ne cessa de tyranniser celui qui se disait son martyr, elle se disant « sa vierge ».
Elle parut très jeune à la cour où elle fut recherchée pour son esprit. Il lui fut reproché un jour d’avoir employé en public le mot ’foutre’’. Elle répondit qu’elle avait simplement dit ‘f’ et passé outre.
Un Couple Dissolu
Nonobstant sa fortune considérable, plus gracieuse que jolie, elle eut nombre de prétendants. En 1644, à dix-huit ans, elle épouse, un parent du Cardinal de Retz, Henri de Sévigné (1623-1651), dit baron et qui se fait appeler marquis mais dont la famille d’origine bretonne, ne sera véritablement anoblie qu’en 1657 avec Renaud de Sévigné fait comte de Montmoron. Elle lui apporte en dot la fabuleuse somme de 100 000 livres (écus)[6].
« A 18 ans, à deux heures du matin, c'est la coutume, elle épouse, en l'église Saint Gervais, le baron coureur de jupons, Henri de Sévigné » (Saintsymphoriendelay, La Coquine Mme de Sévigné)
Ils vécurent leur premier temps de mariage en Bretagne au Château des Rochers-Sévigné (Ille-et-Vilaine) où naquit leur fille Françoise-Marguerite. On dit que leur mariage fut heureux, et l’on a dit aussi : « Il l'estimait et ne l'aimait point alors qu'elle l'aimait et ne l'estimait point ». Ils étaient de tempéraments opposés, elle, sensible, raffinée, ‘romantique’, mais sachant ’mener sa barque’ (financièrement, elle tient cela des Coulanges, et des Rabutin l’attrait pour les plaisirs mondains), lui fougueux, joueur, dépensier, coureur (en 1650[7], il ne résista pas aux charmes de Ninon de Lenclos). Sur un point, l’érotisme, ils durent bien s’entendre.
Le couple mena une vie plutôt dissipée, donna naissance en plus de leur fille Françoise-Marguerite de Sévigné (1646-1705), comtesse de Grignan, un fils, Charles de Sévigné (1648-1713) qui se dira aussi marquis. En février 1652, son mari meurt à 27 ans ; selon les sources, en duel pour sa maîtresse, Madame de Gondran (qui vint après Ninon) ou pour une querelle de jeu, avec le chevalier d’Albret, après avoir largement, sinon du moins, puisé dans la fortune de sa femme (fort probablement dans la dot qui lui était revenu)
Madame est veuve à vingt-six ans. « Elle pleura son mari correctement »( Gal Kirn). Quelle qu’ait pu être l’infidélité précoce d’Henri et le ressentiment qu’elle en éprouva, elle n’en ressentit certainement pas moins une certaine affection, une certaine tendresse pour son mari.
Dans sa lettre du 17 juin 1687, elle écrit :
« Je n'avais retenu de dates que l'année de ma naissance et celle de mon mariage ; mais sans augmenter le nombre, je m'en vais oublier celle où je suis née, et je mettrai à la place celle de mon veuvage, qui a été assez douce et assez heureuse, sans éclat et sans distinction ». Le décès de son mari qui ne semble pas avoir été d’une grande perte pour elle fit néanmoins que
« Mme de Sévigné se retira pendant trois ans [trois mois ‘seulement’ ; elle revint à Paris en 1652 selon G. Kirn] à la campagne, où son feu mari passa son enfance, près de Vitré en Bretagne. Elle remit de l’ordre dans sa fortune, grâce aux conseils du "Bien bon" ; et en 1654, elle revint à Paris, où elle fréquenta l’Hôtel de Rambouillet [le célèbre salon de ma marquise † 1665] et s’occupa de l’éducation de ses enfants. Puis, elle présenta sa fille à la cour et la maria en 1669 au comte de Grignan, deux fois veuf, et lieutenant général en Provence. Mme de Grignan dut, en 1671, rejoindre son mari. » (http://salon-litteraire.linternaute.com/fr/madame-de-sevigne/ content/1853259- lettres-de-madame-de-sevigne-resume.)
Entre la vie campagnard au Château des Rochers et la vie parisienne dans le nouveau quartier du Marais,
« La vie de dissipation reprend de plus belle. La marquise y participe de bon cœur, en figurante. Les propos lestes l'enchantent, les "prémices" de l'amour la grisent. "Elle reçoit avec joie tout ce qu'on lui dit de libre", note Bussy [Roger son petit-cousin Bussy-Rabutin]. Elle est si "guillerette" que le prince d'Harcourt lui interdit sa maison.» (Saintsymphorien delay).
Bussy-Rabutin
S’il est un homme qui compta dans sa vie, ce fut bien son petit-petit-cousin de huit ans son ainé, Roger Rabutin, Comte de Bussy (voir Poésie/ France). Il fit d’elle un premier portrait physique saisissant qu’il inséra en 1666 dans son roman à clé, Histoire Amoureuse des Gaules[8] :
«Elle aime généralement tous les hommes ; quelque âge ; quelque naissance et quelque mérite qu’ils aient, et de quelque profession qu’ils soient ; tout lui est bon ».
Et un second, d’elle bien moins flatteur en 1659, après une brouille d’amants qu’ils ne furent sans doute pas ( ?). Il la décrira et la décria ainsi : « Mme de Sévigné est inégale jusqu’aux prunelles des yeux. Elle a les yeux de différentes couleurs et les yeux étant les miroirs de l’âme… cette belle n’est amie que jusqu’à la Bourse. » Elle lui avait refusé un prêt.
Non seulement, il garda précieusement toute sa correspondance mais encore l’annota. Leur relation furent des plus proches avec une vraie jalousie réciproque selon les moments et querelles épistolaires d’amoureux. Est-elle allée au-delà d’une sincère et tendre affection en l’année 1653… ? A connaitre les deux personnages, on ne saurait en douter.
Les Madame de Sévigné
La Parisienne
Mme de Sévigné, coquette, précieuse, mondaine, brillante femme de cour, quel qu’ait pu être son amour de la nature qu’elle admirait, dont le spectacle lui procurait de fortes sensations, n’a jamais regardé ses gens de Basse-Normandie sans une certaine condescendance de la rage à l’apitoiement. A cause de la révolte des Bonnets Rouges à l’été 1675, qui l’empêche de se rendre aux Rochers, elle écrit à son proche ami le Duc de Chaulnes, gouverneur de Bretagne : «On dit qu'il y a cinq ou six cents bonnets bleus en Basse-Bretagne qui auraient bon besoin d'être pendus pour leur apprendre à parler», et encore, une fois arrivée sur ses terres : «Nos pauvres Bas-Bretons s'attroupent quarante, cinquante par les champs et dès qu'ils voient les soldats, ils se jettent à genoux et disent mea culpa : c'est le seul mot de français qu'ils sachent (...). On ne laisse pas de pendre ces pauvres Bas-Bretons ; ils demandent à boire et du tabac et qu'on les dépêche». Et plus que jamais parisienne aux champs, elle écrit en juillet des Rochers à son cousin Coulanges : « Vous savez qu'on fait les foins (...). Savez-vous ce que c'est que faner ? Il faut que je vous l'explique : faner est la plus jolie chose au monde, c'est retourner le foin en batifolant dans une prairie ; dès qu'on en sait tant on sait faner» (Citations du quotidien breton Le Télégramme article du 29/01/2012).
La Coquette
Revenue à Paris, après une courte période de deuil aux Rochers, la jeune veuve aura été de toutes les fêtes, sans se soucier de l’éducation de ses enfants. « C’est à cette époque-là qu’elle a ses plus grands succès ; sa maison est loin d’être austère et la cour de ses anciens adorateurs grossit de nouveaux éléments » et par la suite Nicolas Fouquet et le Prince de Conti. Les lettres de 1643 à 1662 couvre cette période d’une vie libre.
La Libertine
Lorsqu’on pense à Mme de Sévigné, on pense généralement à la figure de l’amour maternel qu’elle incarnait, d’une mère qui idolâtrait sa fille. On pense aussi à la femme cultivée, à la parole facile et brillante, gracieuse qui animait les salons, « qui vous revoyait votre plaisanterie en vous menant plus loin que vous ne croyiez », et dont pourrait dire précieuse sans porter lui porter le ridicule dont Molière-Corneille affubla les salonardes. On oublie bien trop souvent qu’elle fut une jeune femme grandement courtisée et qui sut de toujours résister aux avances qui lui étaient faites, si elle ne les faisaient pas elle-même[9]. Dans un billet qui lui adresse, Costar, l’archidiacre de l’évêque du Mans, lui écrit à propos d’un sac (de couchage) en poil d’ours qu’il lui prêta et qu’elle lui rendit : « ….J’appréhende dorénavant de la respecter un peu plus qu’il ne me serait commode et de n’avoir pas le cœur à mettre les pieds dedans tant que j’imaginerai d’y apercevoir les traces des vôtres, si bien faits, si adroits et si savants ».
La Vie Parisienne
Elle naquit et vécut dans le quartier chic de l’époque, le Marais, et ne le quitta jamais vraiment puisque de 1677 à 1694 , elle occupa l’Hôtel Carnavalet[10]. Elle mena une vie parisienne de son rang. Elle fréquenta les salons littéraires, visita les couvents, assista aussi bien aux sermons (à l’opposé du style parfois enflammé de Bossuet) du sérieux jésuite et célèbre prédicateur Louis Bourdaloue (†1704), qu’ aux spectacles royaux, aux comédies et tragédies comme celle d’Esther à Saint Cyr en 1689[11]. Elle aima circuler dans Paris, se rendre en février à la célèbre foire de St Germain.
Elle eut pour meilleur amie la puissante la Marquise de Lafayette, femme de plume comme elle. Comme La Fontaine, elle sera restée fidèle à Fouquet.
La Vie à La Campagne
Elle visita la Bourgogne et séjourna dans ses châteaux (Bourbilly, Chazeu). En Bretagne, au décès de son feu mari, elle se resta un temps au château des Rochers près de Vitré, où ce dernier avait passé son enfance, ne visitant que la Princesse de Tarente, Duchesse de Thouars Marie de La Tour d’Auvergne de La Trémoille à qui il arrivait de demeurer en son château médiéval de Vitré devenu propriété de la famille de La Trémoille en 1605 et qu’elle fit partiellement restaurer. Elle reviendra aux Rochers comme en septembre 1675 pour surveiller ses terres et pour faire des économies en "mangeant son blé sur pied" comme elle l’a écrit à Mlle de Grignan. La châtelaine se plaira au spectacle de la nature, chose rare chez les écrivains du siècle :
« Je suis venue ici achever les beaux jours et dire adieu aux feuilles…au lieu d’être vertes, elles sont aurores, et de tant de sorte d’aurore, que cela compose un brocart d’or riche et magnifique… » (Lettre de Livry novembre 1677).
Séjour et Fin des Jours à Grignan
Sa fille et ses trois petites filles viendront la visiter à Paris, entre autres de 1681 à 84 (année du mariage de son fils). Elle est aux Rochers dans la période qui suit son mariage, puis en 1671, 1675-76, 1680, 1684-85 et en 89-90 avant qu’elle ne rejoigne sa fille à Grignan pour y séjourner de 1689 à 91, où elle y était précédemment restée entre juillet 1672 et octobre 1673 et où elle ira finir ses jours de mai 1694 et avril 1696. Lors de ses séjours en Provence, elle aura partagé la vie familiale et sociale des Grignan et découvert la Provence. Et Marseille qui l’a « enchanté »
Françoise-Marguerite aura trois enfants dont Pauline, future marquise de Simiane qui jouera un rôle important dans la diffusion de la correspondance de sa grand-mère.
Atteinte de la variole (petite vérole), elle décède au Château de Grignan, où elle sera enterrée le 17 avril 1696 « munie de tous ses sacrements, âgée environ de nonante-six ans » (extraits des registres de l’église collégiale de saint Sauveur de Grignan). Elle est inhumée dans le caveau des Adhémar de la collégiale Saint-Sauveur. Elle sera exhumée en 1793 pour récupérer le plomb de son cercueil. « Son crâne sera envoyé à Paris pour être étudié ».
La Mère Idolâtre
On a pu qualifier d’idolâtrie ce qu’éprouvait Mme de Sévigné pour sa fille. Une irrésistible passion qu’elle reconnaît être « un empêchement à la dévotion » et « un obstacle au salut » (26 juin 1671).
« Nombreuses sont les lettres qui font écho à l’inquiétude spirituelle qu’engendre l’incapacité de préférer Dieu à une créature terrestre. De fait, le départ de Mme de Grignan pour la Provence révèle à la marquise non seulement l’intensité de la manière d’aimer maternelle, mais encore la gravité de sa faute à l’égard de Dieu. Les tourments qu’occasionnent chez l’épistolière la prise de conscience de l’impossibilité de placer le Créateur avant la créature, avoués avec une touchante simplicité, dressent de la marquise un portrait spirituel qui atteste une convergence remarquable entre d’une part, une réalité affective et psychologique – une tendresse maternelle passionnée – et d’autre part, un thème théologique bien attesté – celui de l’idolâtrie.
‘’Un peu de dévotion et d’amour de Dieu mettraient ce calme dans mon âme ; ce n’est qu’à cela seul que vous devez céder. (29 mai 1675 : I, 718)
‘’Fiez-vous un peu à moi, et me laissez-vous aimer jusqu’à ce que Dieu vous ôte un peu de mon cœur pour s’y mettre ; c’est à lui seul que vous céderez cette place. (5 juin 1675 : I, 723)’’ » (Cécile Lignereu, ouvroir-litt-arts.univ-grenoble-alpes.fr/revues/ reserve/172-les-mots-de-l-idolatrie-dans-les-lettres-de-mme-de-sevigne).
Tout au long de sa vie, Mme de sévigné vécut comme un profond tourment son déchirement entre l’amour de Dieu et l’amour humain, la dévotion et la passion, le Créateur et la créature. « Cette petite circonstance d’un cœur que l’on ôte au Créateur pour le donner à la créature, me donne quelquefois de grandes agitations. (décembre 1673).
« ‘’Ma fille, Dieu veut qu’il y ait dans la vie des temps difficiles à passer ; il faut tâcher de réparer, par la soumission à ses volontés, la sensibilité trop grande que l’on a pour ce qui n’est point lui. On ne saurait être plus coupable que je le suis sur cela. (novembre 1688)’. Égrenées tout au long de la correspondance, de telles confidences témoignent bien d’un point de rencontre entre une donnée psychologique (un amour maternel irrépressible) et un thème théologique adossée à toute une anthropologie (celle de l’incapacité de la volonté humaine à faire progresser vers l’amour de Dieu (On aura reconnu l’un des thèmes de prédilection de François de Sales) » (Cécile Lignereu).
« Je vivrai pour vous aimer, et j’abandonne ma vie à cette occupation, et à toute la joie et à toute la douleur, et à tous les agréments et à toutes les mortelles inquiétudes, et enfin à tous les sentiments que cette passion me pourra donner. (mai 1671).
« Relisez ces lettres, vous verrez que ce qui lui plait en Mme de Grignan, c’est sa propre beauté, son propre esprit, c’est elle-même, et que, plus se répand le bruit de son amour maternel, plus elle fait profession d’aimer sa fille … pas si mal inspiré le prêtre qui lui refusa la permission communion sous prétexte d’être trop occupée de Mme de Grignan» ( Gal Kirn)
« Une passion attentive, souvent marquée par un humour délicat, dont sa fille est l'objet et qui est à l'origine de cette foison de lettres si piquantes, si volubiles, témoignant à la fois d'une qualité de cœur et d'une intuition confondante, d'une ouverture d'esprit qui la démarque d'une classe plutôt futile et affadie par son pouvoir et son orgueil. Elle témoigne aussi d'une fraîcheur d'esprit qui confère aux termes de la passion, un grâce délicate, un attrait certain. Les Lettres de madame de Sévigné ne sont pas qu'un magnifique exemple, de "l'intelligence française" si largement développée au XVIIème siècle, elles sont un produit de la passion intériorisée, ornée de tous les attributs d'une société raffinée. Si elle flambe madame de Sévigné le fait avec une élégance rare » (J.J Lévêque., historien et critique d’art, La Folie des Lettres, 2009).
« Je suis chez notre Abbé [son oncle, Christophe de Coulanges, le Bien bon »], qui a depuis deux jours un petit dérèglement qui lui donne de l'émotion. Je n'en suis pas encore en peine, mais j'aimerais mieux qu'il se portât tout à fait bien. Mme de Coulanges et Mme Scarron me voulaient mener à Vincennes ; M. de La Rochefoucauld voulait que j'allasse chez lui entendre lire une comédie de Molière. Mais en vérité, j'ai tout refusé avec plaisir, et me voilà à mon devoir, avec la joie et la tristesse de vous écrire ; il y a longtemps en vérité que je vous écris ... »(Lettre du 1er mars 1672)
Le Sentiment Religieux
Le sentiment religieux était fort chez Mme de Sévigné et ses affinités avec le jansénisme sont révélées par ses relations qu’elle a entretenues avec les Solitaires et particulièrement Monsieur Nicole. Elle eut pour ami et prétendant à l’union (en 1684), prétention qu’appuya Mme de La Fayette, le très agréable Louis-Charles, deuxième Comte de Luynes, († 1690), fils de la charmante et non moins intrigante Duchesse de Chevreuse et qui, lui-même, vécut parmi ceux-ci à Port-Royal des Champs.
Ce déchirement entre l’amour pour le Créateur et l’amour pour la créature, entre la dévotion et la passion, on comprend aisément qu’il fut si vif en ce milieu tout à la fois si religieux et si galant dans lequel vivait Mme de Sévigné, déchirement auquel le roi trouva un terme par le mariage (secret). Et l’on pourrait comprendre ce partage du cœur chez Mme de Sévigné entre sa piété dont sa grand-mère, Jeanne de Chantal a pu lui donner l’exemple (?) et son désir de séduire, autant que d’être, en retour d’image, séduite, comprendre son ‘besoin de calme en son âme » et son besoin d’être distraire, au sens pascalien, par les flatteries que ses galants courtisans, tous rivaux jusqu’à la querelle, ne cessaient de lui faire tourbillonner autour de sa gracieuse personne. Mais l’on peut avoir quelque difficulté à comprendre qu’amour divin et amour humain ne puissent se réconcilier en l’amour maternel, si cet amour débordant ne relève pas d’autre chose, ne relève pas d’un amour plus répréhensible que l’amour de l’autre, l’amour de soi. Comment expliquer chez Mme de Sévigné, une telle valorisation, une telle sublimation de sa fille, aussi belle (la plus jolie fille du monde disait son cousin Rabutin) et aussi spirituelle fut-elle, si ce n’est à travers sa progéniture le prolongement, idéalisé, d’elle-même qu’elle perçoit ?
Les Lettres
Adressée à un cercle restreint d’amis qui s’empressaient de recopier ses lettres et les faisaient circuler, Mme de Sévigné entama sa correspondance bien avant 1671, en 1648 ; lettres qui étaient déjà appréciées de la cour. Déjà, elle y relatait les événements comme une gazette du jour ou un reportage quasi journalistique telles ses lettres quotidiennes au Marquis de Pomponne dans lesquelles elle l’informait des minutes du procès de Fouquet. Mais, c’est en cette année 1671, année du départ de sa fille pour Grignan où son mari a définitivement été missionné, qu’elle entreprend une correspondance régulière. Elle lui écrira deux à trois fois par semaine. Une de ses premières lettres, d’avril 1671, relate le suicide de François Vatel (Fritz Karl Watel), intendant, et non cuisinier, du Prince de Condé, qui, à l’occasion de la grande fête que le Prince fit en l’honneur de Louis XIV, mit fin à ses jours en se transperçant à l’épée de désespoir de ne pas voir arriver de Bretagne la criée… qui arriva quelques heures plus tard. « Ce n’est qu’au troisième coup qu’il tomba mort ».
Ses Lettres sont nourries de la vie de la cour, de ses intrigues, des faits et gestes du roi envers sa cour, bien sûr de l’Affaire Fouquet dont elle évoque longuement l’arrestation (par d’Artagnan), le procès, de la mort de Turenne en août 1675, de l’ Affaire des Poisons avec l’exécution de La Voisin en 1680 (pour ces deux épisodes voir Introduction Générale/France) et de sa vie amoureuse et sexuelle dont elle parle avec liberté. Ses lettres adressées à ses proches sont pour une grande partie envoyées plusieurs fois par semaine à sa fille pour la désennuyer de la vie provençale loin de l’éclat de Versailles. Elle s’épanche sur son amour maternel, lui fait part de toute la tristesse d’être loin d’elle, de ce que celle-ci ne lui écrive pas plus régulièrement quoique que le chagrin que sa fille éprouve à être loin de sa mère la réconforte quelque peu, préférant de savoir la peine de celle-ci à son silence. Dans sa lettre de juin 1671, peu de temps après l’installation de sa fille pour Grignan, elle lui écrira penser à elle « comme on devrait penser à Dieu, si l’on était véritablement touché de son amour ».
Le ton de ses lettres qu’elle signait la plupart du temps de ‘Chantal’ est intimiste, souvent celui de la confidence, lyrique jusque parfois au pathétique, souvent hypocoristique [12]. Elle s’y montre enjouée, expansive, fait preuve d’humour comme lorsqu’elle se rit de ses rhumatismes , et parfois d’humour noir. A propos du mariage de sa fille à Monsieur de Grignan, deux fois veuf, elle écrit à Bussy-Rabutin : « Toute ses femmes sont mortes pour laisser place à votre
cousine ». On a pu lui reprocher un penchant pour le sentimentalisme pour autant, elle se dit d’un esprit libertin.
« Je suis si libertine quand j’écris, disait-elle, que le premier tour que je prends règne tout du long de ma lettre.” Et c’est ainsi que privilégiant les saillies d’un beau naturel comme les improvisations électriques au détriment des règles convenues; méprisant les platitudes, les conventions, les “selles à tous chevaux” désignant ce que chacun peut dire tout le monde; capable d’étourdissants morceaux de bravoure mais insoucieuse d’élaborer une œuvre littéraire, cette spirituelle graphomane qui écrit vite, avec facilité, sans brouillon, et presque toujours sans prendre le temps de se relire, est devenue la plus grande épistolière française » (https://www.radiofrance.fr/franceculture/podcasts/la-boite-a-lettres/marquise-de-sevigne-a-louis-du-plessis-3088640).
Quelques lettres parurent en 1697 dans les Mémoires de son petit-petit-cousin Roger Bussy-Rabutin. Selon les sources, la première édition a lieu en 1696 ou, clandestine, comprenant 28 de ses Lettres en 1725. « En 1726, Pauline, Marquise de Simiane, sa petite-fille, décida de publier officiellement la correspondance de sa grand-mère, soit 614 lettres… » . Par contre, elle détruisit les lettres que sa mère, Françoise de Sévigné (†1705) avait adressées à sa grand-mère pour que ne soit pas connue les sentiments de sa mère. « Sur les 1.120 connues, 15 % proviennent des autographes, lesquels ont été détruits. Néanmoins, en 1873, un lot de manuscrits a été retrouvé chez un antiquaire. Il couvre environ la moitié des lettres adressées à Madame de Grignan » (Future Sciences, Madame de Sévigné, Biographie et œuvre).
Notes
[1] Une héroïde est un terme créé par le poète Colardeau (1732-1776) pour désigner une épître en vers composée sous le nom de quelque héros ou personnage fameux. Le terme dérive des Héroïdes d’Ovide (Wikipédia/Héroïde)
[2] Chez les Bussy-Rabutin-Chantal : En 1643, Roger de Bussy-Rabutin épouse Gabrielle de Toulongeon, fille de son cousin François II et petite-fille de Jeanne de Chantal par sa mère Françoise, elle-même tante de Marie de Rabutin-Chantal de Sévigné (voir entre autres : https://www.genealogie online.nl/fr/ noblesse-europeenne). Les sources donnent Madame de Sévigné comme la cousine ( sous-entendu germaine) de Roger. Leonor, le père de Roger, est le cousin germain de Christophe II, père de Celse-Bégnine, Roger est donc l’arrière-cousin de Celse-Bégnine qui est le père de Marie. Marie (1626-1696) est donc l’arrière-arrière-cousine ( au 3ème degré) de Roger (1618-1683) de huit ans son aîné. Elle est la cousine germaine de Gabrielle de Toulongeon, nièce de Celse-Bénigne par son père François II marié à Françoise.
[3] Jean-Louis de Nogaret (1554-1642), né à Cazaux-Davès (Gers) et mort en disgrâce à Loche, amiral de France, gouverneur de Guyenne, qui participa au siège de la Rochelle (1627-28), fut le mignon du roi Henri III avant d’être son favori concomitamment avec le Duc Ann de Joyeuse. A partir de la Renaissance, le mignon était un serviteur de confiance du roi ; le favori étant celui à qui le roi accordait ses meilleurs grâces. Le rattachement de ces deux types de relations à des pratiques homosexuelles vient du sens péjoratif que huguenots aussi bien que ligueurs leur ont donné pendant les guerres de religion.
[4] On trouve dans la mystique chrétienne la notion de socratisme chrétien qu’avait annoncé l’Ordre des Chartreux au XIème siècle et qu’au siècle suivant St Bernard hissera au sommet de la mystique chrétienne, lui qui écrivait « Commence à te considérer toi-même, bien plus, finis par- là ! » ; alors que St Jean de La Croix écrira : « Après l'exercice de la connaissance de soi, la considération des créatures est le premier pas à faire dans le chemin spirituel, pour arriver à la connaissance de Dieu »...». Robert Ricard retrouve ce socratisme chrétien chez le poète de la Renaissance espagnole chez fray Luis de Léon qui traduisit le Cantique des Cantiques et chez qui « la connaissance de soi se rattache à la voie purgative, elle est en effet la base de l’humilité… la connaissance de soi peut sembler une étape sur la voie illuminative car elle est souvent due à une illumination intérieure » (Robert Ricard Le Socratisme chrétien en Espagne et au Portugal Bulletin hispanique Année 1949 51-4 pp. 407-422 Persée.fr)
[5] Jean Chapelain (1595-1674), auteur d’un poème La Pucelle, que l’histoire littéraire oublia bien vite, joua aux côtés de C. Perrault (†1703), l’auteur des contes et frère de Claude, l’architecte, un rôle déterminant au ‘petit-conseil’ créé par Colbert Surintendant des Bâtiments (parmi bien d’autres charges) « pour «examiner tout ce qui regarde les bâtiments, ‘’l’esprit et l’érudition’’, Petit Conseil qui deviendra en 1663 l’ Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. (Cf. Inès Murat Colbert, Fayard 1980, pg. 176 ‘A la Gloire du Roi’; Voltaire écrira de Chapelain : « Chapelain avait une littérature immense, et ce qui peut surprendre, c’est qu’il avait du goût et qu’il était un des critiques les plus éclairés » (cité par Irène Murat)
[6] Il faut 10 livres tournois pour 1 Louis d’or qui , créé en 1641, contient 6,19 g grammes d'or pur. 100 000 livres= 10000 louis= soit environ 62 kilos d’or ; au cours du jour environ 3 500 000 euros. Certaines sources indiquent une dot de 100000 écus. L’écu d’argent ou écu blanc ou louis d’argent, créé la même année, valait 3 livres tournois (or). 1 louis or valait donc 3,3 écus d’argent. Ce qui équivaudrait pour la dot à 33000 livres soit 3300 Louis or soit 23 kg d’or…
[7] En juillet 1650, dans sa première des lettres à Mlle de Longeville qui imprimées porteront le titre de La Muse Historique, Jean Loret évoque « une orgie nocturne que Mme de Sévigné offrit à La Duchesse de Chevreuse » (cité par Gal Kirn). Parmi les prétendants , outre l’amouraché Bussy-Rabutin, sortait du lot le Comte de Ludes, vers qui l’inclination de Mme de Sévigné était certaine. Elle écrira plus tard à sa fille : « Nous y avons été trois fois. Je ne veux pas vous cacher deux visites, il suffit que j’ai perdu la mémoire entière du passé… »
[8] « C’est alors l’usage dans certains salons que l’on fît des portraits, tantôt celui d’une autre personne, à titre de réciprocité, et tantôt le sien propre. Le genre est essentiellement faux. » (https://actualitte.com/article/82663/ ressources/la-rochefoucauld-portrait-de-lui-meme).
[9] Sur cette question et aussi sur la relation des deux Rabutin, Chantal et Bussy, voir Gal Kirn, université de Dresde, Madame de Sévigné Grande Coquette Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest Année 1932 40-3 pp. 506-535,https://www.persee.fr/doc/abpo_0003391x_1932_num_40_3_1704
[10] L’hôtel des Ligneris (dit Carnavalet), construit au milieu du XVIème siècle par Pierre Lescot est le plus ancien musée de Paris. Il est consacré à l’histoire de la ville. Il est situé au 23 rue de Madame de Sévigné.
[11] Mme de Sévigné était très appréciée à la cour, ses amitiés et ses fréquentations en sont témoignages, mais elle ne fut jamais marquise et n’appartint jamais au tout premier rang de la noblesse comme s’était le cas de sa meilleure amies, La Marquise de la Fayette. Pour cette représentation, Mme de Maintenon avait fait réservée une place à Mme de Coulanges et laissa Mme de Sévigné libre de son choix… elle se mit « au second rang avec Monsieur de Bagnols, derrière les duchesses…et devant c’était Mmes d’Auvergne, de Coislin, de Sully » (lettre de février 1689).
[12]Hypocoristique : « Terme qui exprime une intention caressante, affectueuse, notamment dans le langage des enfants ou ses imitations. Redoublement hypocoristique; usage, valeur hypocoristique d'un mot. Les procédés formels employés pour créer des termes hypocoristiques sont par exemple les suffixes dits « diminutifs » (fillette), le redoublement (chienchien, fifille), l'abrègement des prénoms (Mado, Alec), ou le choix de termes conventionnellement hypocoristiques ( mon petit poulet, mon chou) (Mounin1974) » (https://www.cnrtl.fr/)
Les Mémoires
France Outre-manche
Le Cardinal de Retz - Abbé de Choisy Owen Felltham - Francis Quarle - Edward Hyde - Edmond Ludlow - William Temple
France
Le Cardinal de Retz
Jean-François Paul de Gondi (1613-1679), né au Château de Montmirail et mort à Paris, est issu d’une famille florentine qui était arrivée en France dans le sillage de Catherine de Médicis. Elle eut en son sein un évêque de Langres, son frère aîné Pierre de Joigny (†1598) et un cardinal de Paris, son frère Henri (†1622). Son aïeul Albert de Gondi (11522-1602), premier duc (consort) de Retz, homme de confiance de la reine Catherine de Mdicis, probable instigateur de la St Barthélémy, joua un rôle important dans l’entourage proche des rois, de Henri II à Henri IV. Son père, Philippe-Emmanuel de Gondi était général des galères. Son précepteur fut Vincent de Paul.
Lui qui rêvait de gloire militaire, fut dirigé vers une carrière ecclésiastique au décès prématuré de son frère aîné Pierre de Joigny. En 1644, il est évêque in partibus ( titulaire sans diocèse) de Corinthe. Proche de la grande noblesse (princes de sang, pairs de France), du parti des dévots[1], coadjuteur de son oncle Jean-François de Gondi, premier archevêque de Paris, ambitieux autant qu’intrigant, il fut un ardent acteur de La Fronde Parlementaire (1648-50) à laquelle il chercha un chef et dû ‘se rabattre’ sur Armand de Bourbon, Prince de Conti, qui, en 1649 à la tête des troupes des parlementaires, cherchant à briser à la porte de Charenton le siège de la capitale installé par les troupes royalistes, fut battu par son propre frère aîné, le Grand Condé. Retz ne ménagea pas non ses efforts contre Mazarin durant la Fronde des Princes (1650-1653), toujours épaulé par le dynamique Grande Mademoiselle. Pour autant, il n’aura eu cesse de chercher un arrangement avec la reine qui sut lui procurer quelque reconnaissance, charge et honneurs. Ce qu’il arriva à faire par l’intermédiaire de sa maîtresse Charlotte de Lorraine, fille de la Duchesse de Chevreuse. Il devint le proche conseiller de Gaston d’Orléans, troisième fils de Henri IV.
En 1652, le pape le nomme enfin cardinal. Mais Mazarin le fait aussitôt jeté en prison. Évadé du château de Nantes en 1654, il gagne l’Espagne puis Rome, puis s’installe à Belle-Île-en-Mer que lui rachètera Nicolas Fouquet pour en faire une de ses places fortes selon son plan retrouvé derrière un miroir dans son château de St Mandé, visant au renversement du roi ; ce qui sera la cause de sa véritable perte et non sa célèbre fête à Vau-Le-Vicomte (août 1661).
A la mort de Mazarin en mars 1661, il doit renoncer à la pourpre cardinalesque pour pouvoir entrer en France en échange du substantiel bénéfice que lui rapporte l’abbaye de St Denis. Il s’installe dans son Château de Commercy dans la Meuse, voyage en Europe. Il limite bon gré malgré ses interventions aux relations entre Paris et Rome. Il prend une part actives aux conclaves de 1662, 1665, 1668, 1670. Puis se consacre à ses Mémoires. Il meurt en 1679, sans que jamais Louis XIV lui ait pardonné son action durant la Fronde.
Retz a laissé une importante correspondance et surtout ses Mémoires qu’il a rédigés entre 1670 et 75 et publiées en 1717. S’il s’agit de sa biographie jusqu’à l’âge de la quarantaine, avant son départ en exil, ce qu’il rapporte de ce qu’il a vécu est d’un très grand intérêt pour la connaissance de cette époque. Intrigues, portraits, souvent à charge, faits historiques qui sont par trop livrés à sa féconde imagination (n’écrivit-il pas : « L'expérience nous fait connaître que tout ce qui est incroyable n'est pas faux. »), jalonnent cette biographie, accompagnées des réflexions de l’auteur sur l’histoire.
Mais, c’est sans doute son style qui donne à l’œuvre son premier intérêt, qui, s’il révèle sa personnalité, en révèle les facettes par les nuances de style. Ironique ou désinvolte, mordant et insinuant, éloquent ou naturel, parodique, cultivant l’oxymore (parlant du « beau défaut » de Condé), jouant des antithèse, toujours dans une parfaite maîtrise, toujours avec la même aisance. Ses pages éblouissantes font oublier le petit homme noiraud, au physique ingrat, myope qu’il était.
La Rochefoucauld le dépeindra ainsi :
« Sa pente naturelle est l'oisiveté", "Il a...peu de piété, quelques apparences de religion", "il veut éblouir indifféremment tous ceux qui l'écoutent par des aventures extraordinaires, et souvent son imagination lui fournit plus que sa mémoire ».
Dans ses Historiettes, Tallemant des Réaux le dépeindra ainsi : « C’est, dit-il, un petit homme noir, qui ne voit que de fort près, mal fait, laid et maladroit de ses mains à toutes choses… Sa passion dominante, c’est l’ambition ; son humeur est étrangement inquiète, et la bile le tourmente presque toujours. »
Au sujet de ses portraits, Marc Hersant (professeur de Littérature française à la Sorbonne Nouvelle-Paris III. Grand prix de la biographie de l'Académie française pour son Saint-Simon) écrit :
« A cette perpétuelle « performance » qu’est le texte comme parade de l’esprit le plus brillant s’ajoute une impressionnante alternance de formats, de structures, d’angles d’attaque, de registres. Du portrait de cinq lignes aux grandes « pièces » des portraits de Condé ou de La Rochefoucauld, du festival syntaxique du portrait d’Anne d’Autriche au bref éloge simple et sérieux de la Palatine, du burlesque pur et simple des portraits de Beaufort et de Conti à la presque gravité de celui du premier président… le mémorialiste réussit l’exploit proprement inouï de ne jamais nous ennuyer tout au long de cette extravagante « série » d’une telle densité qu’on s’épuiserait à tenter de rendre compte de manière exhaustive de l’étourdissante prolifération de « procédés » qui en fait un des exemples classiques les plus représentatifs de la culture de l’esprit dans la société aristocratique d’Ancien Régime. »
(https://www.cairn.info/revue-l-information-litteraire-2006-1-page-30.htm)
« C’est alors l’usage dans certains salons que l’on fît des portraits, tantôt celui d’une autre personne, à titre de réciprocité, et tantôt le sien propre. Le genre est essentiellement faux. » (https://actualitte.com/article/82663/ ressources/la-rochefoucauld-portrait-de-lui-meme).
Abbé de Choisy
François-Timoléon de Choisy (1644-1724), né et mort à Paris, est issu de la petite noblesse. Son père était au service de Gaston d’Orléans. Sa mère, qui a de fortes ambitions pour lui, l’habille en fille et l’introduit dans l’entourage de Monsieur et du futur Cardinal Emmanuel Théodose de la Tour d’Auvergne d’un an son aîné dont il restera l’ami et qu’il suivra à Rome en 1676.
« De 18 à 22 ans, il étudie la philosophie et la théologie en Sorbonne et obtient en 1663 la charge d'abbé ainsi que les revenus temporels liés à l'abbaye de Saint-Seine en Bourgogne. Entre la mort de sa mère en 1669 et sa conversion en 1683, il mène une vie dissolue ».
« François-Timoléon de Choisy embrasse la carrière d’un «abbé de cour». Personnage truculent, aimant se travestir en femme, il évolue dans la haute société de l’époque. Il mènera une vie d’excentrique jusqu’à sa mort en 1724 » (Présentation du Journal Du Voyage De Siam Fait En 1685 & 1686 par M. l'abbé de Choisy Préface de Matthias Huber, Éditions Olizane 2006)
En 1667, il est à Venise où la passion du jeu le ruine. En 1676 à Rome, il fait la connaissance de l’évêque de Valence, Daniel de Cosnac ; c’est grâce à ce dernier qu’étant dans l’entourage du Prince de Conti, gouverneur du Languedoc, que la troupe de Molière put se produire en 1653 à Pézenas devant le prince et devenir '' les comédiens de S.A.S. le prince de Conti '‘.
En 1683 , une grave maladie qui engagea son pronostic vital, le pousse à la retraite pour un an au séminaire des Missions étrangères de Paris, société apostolique qui se consacre à l’évangélisation dans les pays d’Asie. Aussi en 1685-86, il suit Alexandre II, Marquis de Chaumont, premier ambassadeur de France au Siam. Il en tirera un Journal de voyage au Siam pour lequel il a fait un vrai travail d’ethnographe ; ouvrage qui sera un véritable best-seller à la fin du XVIIe siècle. Il est alors élu à l’Académie Française en 1687. « Le reste de son existence, partagé entre le séminaire des Missions étrangères et la rédaction de ses ouvrages, est sans incidents ni grand intérêt » (Le Chevr de Percefleur).
Auteur par ailleurs de livres d’histoire, de poésies et d’éloquence, de Pensées chrétiennes sur divers sujets de piété (1688), il reste connu pour ses Mémoires pour servir l'histoire de Louis XIV desquelles seront extraites les Mémoires de Madame la comtesse des Barres, à madame la marquise de Lambert (publiées sous le titre Mémoires de l’abbé de Choisy habillé en femme , (Mercure de France 1929).
« A l'âge de dix-huit ans, ayant perdu sa mère, dont il n'avait hérité que l'esprit, la voluptueuse mollesse, la beauté et les diamants, il essaya du costume viril; mais, sur le conseil de Mme de La Fayette, il reprit bientôt les jupes, les volants et les mouches…. Montausier l'ayant morigéné devant le Dauphin, un jour qu'il se pavanait à l'Opéra dans une robe blanche à fleurs d'or, ornée de parements de satin noir et d'une échelle de rubans couleur de rose, il prit le parti de se retirer en province sous le nom de Comtesse des Barres. Il acheta donc le château de Crépon, aux environs de Bourges, paraît-il, et devint une femme à la mode à qui les mamans confiaient leurs filles… Sur la fin de sa vie, obéissant à Mme de Lambert, il rédigea les mémoires qu'il aimait à raconter et qui faisaient le régal des roués de la Régence. Ce récit de sa jeunesse, unique dans notre littérature, appartenait aux Mémoires pour servir à l'histoire de Louis XIV… L'abbé d'Olivet, que Choisy avait reçu à l'Académie française, en publia à part la partie galante à Lausanne et Genève en 1742, et peut-être même avant, en 1733, soit trois livres sur cinq, tous trois fort atténués ou incomplets » ( Le Chevr de Percefleur, Membre Correspondant de l'Académie des Dames Notice in Mémoires De L'abbé De Choisy, Édition La Bibliothèque des Curieux, Pari 1920).
Il meurt à Paris à l’âge de 84 ans.
Outre-Manche
Owen Felltham
Owen Felltham (1602/09-1668) est né dans Suffolk. On ne sait quasiment rien de sa vie ; Dans sa jeunesse, il voyage en Flandres dont il publiera ses impressions en 1652 dans A Brief Character of the Low Countries.. Il a longtemps travaillé un comme aumônier ou secrétaire auprès du comte de Thomond. Il a passé passa la majeure partie de sa vie à Great Billing, dans le Northamptonshire ou dans la résidence londonienne du comte de Thomond. C’était un anglican strict et un royaliste qui alla jusqu'à qualifier Charles Ier de « Christ II ». Dans une ode, il attaqua Ben Jonson peu de temps avant la mort du dramaturge, mais le fils adoptif de celui-ci, T. Randolph, lui adressa néanmoins un poème d'éloge et devint son ami.
Il n’a que 23 ans quand, en 1623, il publie son principal ouvrage, un recueil de courts essais intitulé Resolves, Divine, Moral, and Political; ouvrage qui connut tout de suite un grand succès auprès d’un public populaire qui apprécié particulièrement le genre.. Il s’agit de 100 courts commentaires d’aphorismes sur les trois domaines qu’indiquent le titre : divin, éthique et politique,
Dans sa seconde édition de 1628, qui compte 100 autres ‘résolutions’, il fait montre de plus de tolérance notamment sur la question féminine dans une interrogation sincère qui dépasse les lieux communs et les idées admises. Dans l’édition de 1661, il ajoute A brief Character, 41 poèmes, de lettres et de divers écrits. Son essai le plus cité est How the Distempers of These Times Should Affect Wise Men (Comment Les Troubles de Notre Epoque Devraient Affecter Les Sages) .
« Certes, il n'a pas l'élégance de Bacon, qu'il imitait, et son style est souvent obscur et affecté ; mais la richesse de son imagination et la profondeur de sa réflexion lui confèrent un certain charme. Pour la bourgeoisie du XVIIe siècle, il apparaissait comme un philosophe et un guide providentiel, et sa popularité n'était surpassée que par celle du poète Francis Quarles. » (Hugh Chisholm World English Historical Dictionary)
Francis Quarle
Le poète Francis Quarle (1592-1644), né à Ramford dans l’Essex et mort à Londres était le fils d'un fonctionnaire subalterne de la cour d’Élisabeth 1ère et de Jacques 1er. La situation aisée de sa famille lui permet de faire ses études à Cambridge. Puis en 160, il 8 est formé en droit au Lincoln's Inn, l’un des quatre centres important de formation de juristes(Inn Chancery) à Londres. En 1613, il est échanson (qui contrôle et sert la boisson) de la Princess Élisabeth (1596-166é), la fille de Jacques 1er. Il épouse en 1618 Ursula Woodgate avec qui il aura dix-huit enfants. En 1620/29, il devint secrétaire de l'archevêque James Ussher en Irlande
En 1639/40, il est nommé chronologue de la ville, poste qu’avaient occupé avant lui les dramaturges de la période jacobéenne Ben Jonson et Thomas Middleton l'ont précédé. Il abandonne l’écriture. Pendant la Rébellion, il prend le parti des Cavaliers, fidèles partisans de Charles 1er et rédige trois pamphlets en 1644 pour soutenir la cause du roi. Il meurt dans une relative pauvreté.
Francis Quarle est surtout connu de son temps comme auteur d’emblèmes. Son livre d’emblèmes publié en 1634 s’intitule tout simplement Emblems. L’ouvrage ne fut pas apprécié des critiques et les estampes qui l’illustrait ont été qualifiées de grossières.
« Chaque emblème consiste en une paraphrase d'un passage de l'Écriture exprimée dans un langage fleuri et métaphorique, suivi par des passages des Pères de l'Église et se conclut avec une épigramme de quatre vers. » (https://fr.wikipedia.org/wiki/ Francis_Quarles)
« C’était un poète religieux connu pour ses Emblemes, le livre d'emblèmes le plus remarquable en Angleterre. » (Encyclopædia Britannica)
Edward Hyde
Edward Hyde, 1er Comte de Clarendon (1609-1674), né à Dinton dans le Wiltshire ( s.o.) et mort à Rouen, a été le beau-père du Duc d’York (futur Jacques II) par le mariage de sa fille (†1671) Ann en 1659. Il se rapprocha de Charles Ier par son souci de préserver l'Église anglicane et par une foi absolue dans une constitution traditionnelle. Il devint Chancelier de l’Échiquier en 1643 et Principal Conseiller du roi. Il sera fidèle à la royauté pendant les Guerres Civiles (1642-1651). À partir de 1645, en exil en France, il jouit de la confiance absolue du prétendant Charles [II] qui, lui, arrive en exil en France 1651. Avant même qu’il ne soit roi, le prétendant au trône en fera dès 1658, son lord-chancelier (Ministre de la Justice). Il sera fait Comte de Clarendon et de pair à la restauration (1660).
«« Débordé par le zèle anglican du Parlement, il ne peut faire prévaloir ses vues modérées. Mal vu des puritains et des royalistes, il doit s'enfuir en France après l'échec de la guerre de Hollande (1665) » (Encyclopédie Larousse).
Son attitude modérée envers Louis XIV lui fut reprochée et en 1667 une procédure d'impeachment l’écarte de son ministère « sous prétexte de corruption, de trahison et de vues despotiques »
« Le roi ([Charles 1er], importuné de sa vertu rigide ou des plaintes dont il est l'objet, le dépouille de toutes ses places, et le parlement le bannit à perpétuité. (Wikipédia)... …
« Type du monarchiste irréductible, Clarendon s'en est toujours tenu aux théories classiques du droit divin des rois et a personnellement combattu les théories de Hobbes sous le prétexte qu'elles détruisaient un fondement religieux essentiel de l'autorité ; il a aussi contribué à perpétuer la conception d'une religion d'État au service de l'ordre social et politique. (Ency.Univers.).
Il meurt à Rouen en 1674 en laissant History of the Rebellion and Civil Wars in England (Histoire de la rébellion, depuis 1641 jusqu'au rétablissement de Charles II), publiée en 1704 à La Haye.
«L ’analyse de Clarendon était une longue liste des fautes politiques commises par Charles Ier : « ruptures des Parlements, imprudentes & précipitées »[Hyde], exactions contre le peuple au temps « où la Prérogative Royale était à son plus haut point » [Hyde], après la dissolution du Parlement en 1629... Le jugement de Clarendon était sans appel : l’on gouvernait alors « contre les règles de la politique » [Hyde]. Il montra l’isolement du roi au milieu de la guerre civile, sa fragilité ; à la veille de convoquer le Parlement en novembre 1640, le roi était « inquiet et irrésolu » [Hyde],, « dans une très grande détresse, & ne sçavoit à quoi se déterminer [Hyde] » (Stéphane Haffemayer La mort de Charles Ier Stuart dans la culture politique française au xviie siècle in Penser les révolutions britanniques au XVIIe siècle de part et d'autre de la Manche P.U.F. 2012
En 1646, Clarendon avait commencé à écrire ce qui aurait pu être une réflexion sur les événements de la Grande Rébellion dont aurait pu profiter le roi fut-il emprisonné en 1648. Le roi décapité un an plus tard après un procès pour haute trahison, Clarendon, (par prudence ou jugeant inutile son entreprise, il orienta son manuscrit vers son autobiographie éditée en 1661.
Edmond Ludlow
Edmond Ludlow (ca.1617-1692), né dans le village de Maiden Bradley dans le Wiltshire (s.o.) et mort à Vevey (canton de Vaud) , fait ses études supérieures au Trinity College d'Oxford et à l'Inner Temple de Londres (un des quatre centres de formation de juristes. Puis, il s'engage dans l'armée parlementaire au début des guerres civiles. En 1646, après avoir combattu dans les troupes parlementaires contre les royalistes e, il siège au Long Parlement. En 1648. il est de ces juges des plus favorables à la condamnation (décapitation) du roi Charles qui aura lieu en 1649.
Alors que O. Cromwell s’était déjà tristement illustré en 1649 en Irlande par le sac de Drogheda qui fit 3 500 morts dont 800 femmes et enfants et le sac de Wexford qui fit 2 000 morts militaires et civils), Ludlow à la tête des troupes parlementaristes en tant que Lieutenant général de Cavalerie en finit entre 1651 et 1652 de réduire la royaliste en Irlande. Il entre au Commonwealth, le gouvernement de d’Olivier Cromwell, mais en 1652 lorsque Cromwell se fait élire Lord Protector et impose une gouvernance autoritaire, Ludlow s’oppose à lui pour avoir tragi l’idéal républicain. Après la mort de Cromwell en 1658, il joue un rôle important dans la période trouble de l’entre-deux règnes. Il doit s’enfuit en 1660. Il choisit Vevey en Suisse où il se consacrera à ses mémoires.
Ses mémoires, qui seront publiés à titre posthume 6 ans après sa mort relatent essentiellement les Guerres des Trois Royaumes qui de 1639 à 51, c’est-à-dire du début de la Guerre des Évêques à la fin de La Première Révolution (voir Introduction Générale/Événement Majeurs/Angleterre). « Elles fournissent des informations précieuses sur l'opposition républicaine à Cromwell et sur les luttes factionnelles de la période entre l'effondrement du Protectorat (mai 1659) et la restauration du roi Charles II (1660). » (Encyclopædia Britannica)
William Temple
Sir William Temple (1628-1699), né le 25 avril 1628 à Londres et mort à Moor Park dans le Surrey (s.e.), est le fils de Sir John Temple, avocat, membre du Parlement Irlandais durant la Première Révolution (1642-51). William fait ses études à Cambridge. A 19 ans, il séjourne pendant deux ans en France, voyage en Hollande et en Allemagne. DE retour en Angleterre, il épouse en 1654 Demoiselle Osborn, fille du Gouverneur de Guernesey, qu’il avait rencontré en France et qui deviendra une familière de la Princesse Mary (future reine Mary II. De ce mariage heureux naitre neuf enfants. Il est membre du Parlement Irlandais en 1660.
Pour sa connaissance de langues étrangères et son expérience dans les milieux étrangers, Charles II le nomme ambassadeur - plénipotentiaire du roi auprès des Cours. Il jouera un rôle important dans les négociations entre son pays, la Suède et la Hollande (Guerre Anglo-suèdoise) et la France (Guerre de Dévolution Succession d’Espagne) . Il participera activement aux Traités de Nimègue en 1678 (fin de la Guerre Franco-hollandaise). Il aura été proche de Charles 1er , de Charles II dont il aura été un temps principal conseile, de Jacques II et de Guillaume III d’Orange-Nassau. Il ne prit aucune part à la Glorieuse Révolution et s’en tint à l’écart refusant même des postes importants.
Son épouse meurt l’a même année que la reine Mary II en 1694. Sir William Temple, 1er baronet du nom, meurt cinq ans plus tard. Il est enterré à L’Abbaye de Westminster.
Ses Nouveaux Mémoires du Chevalier Guillaume Temple sont parus en 1692.
« Elles contiennent un détail intéressant et curieux des Intrigues de la Cour d'Angleterre, des Brigues [manœuvre pour obtenir un avantage, ‘magouille’] des différents partis depuis la Paix de Nimègues jusqu'à la retraite de l'auteur. Publiés avec une préfacepar le docteur Johathan Swift. » (Édition 1729) .
Homme politique ayant eu une réflexion sur le mode de gouvernement, on lui doit Remarques sur l'état des Provinces Unies (1697), Introduction à l'Histoire d'Angleterre (1695) et de lettres contenant une relation de ce qui s'est passé de plus considérable dans la Chrétienté depuis l'année 1665 jusqu'à celle de 1672
« Homme de lettres, poète et penseur politique, il a partagé avec nombre de ses contemporains l'ambition de définir la nature du gouvernement ; il a pris parti dans une querelle anglaise des Anciens et des Modernes en se rangeant dans le camp des admirateurs du passé (Upon Ancient and Modern Learning, 1692) et a produit, surtout après 1681, des œuvres historiques et littéraires dont la réputation a été grande : pendant une longue période du siècle suivant, elles ont été citées comme exemple d'un style particulièrement élégant et d'une langue remarquable. » (Encyclopédie Universalis)
Samuel Pepys
Samuel Pepys (1633-1703), né et mort à Londres, fils d’un tailleur et d’une blanchisseuse, fait des étude au le collège de grammaire de Huntingdon (Cambridgeshire). En1655, il entre à la fois au service de George Downing, Chancelier de l’Échiquier, et du cousin de son père d'Edward Montagu, devenu conseiller d'État sous le gouvernement Cromwell. Il se marie avec une franco-anglaise, Elizabeth de Saint-Michel. Dans la période trouble de 1659-60 où l’on pressent le retour de la royauté, Papys entame son diary pour noter quotidiennement les événements. Il tiendra son journal jusqu’à ce que des problèmes de vision l’empêchent en 1669 d’en assurer la rédaction.
Il accompagne son cousin Édouard en Hollande pour accompagner le futur Charles II dans son retour en Angleterre. Édouard en récompense sera fait Comte de Sandwich et fait nommer Pepys clerc des Actes au conseil de la Marine. En 1666, de retour d’un séjour en France et aux Pays-Bas dont la flotte pendant la Deuxième Guerre anglo-néerlandaise (1665-167) va avoir le dessus sur la flotte anglaise, sa femme décède.
En 1673, il devient premier Secrétaire du conseil de l'Amirauté et entre la même année au Parlement. Au moment du renouvellement de son mandat de député en 1679, il soupçonnait d’avoir été du ’ complot papiste’ qui l’année précédente était censé avoir été fomenté par les catholiques pour assassiner Charles II, alors qu’il s’agissait d’une fake-news hourdit par les anglicans pour discréditer les catholiques.
Un temps emprisonné, lavé de toute accusation grâce à sa belle-famille qui a enquêter de France, ,il accompagne duc et lord à l’étranger. De retour à Londres en 1684, le roi le nomme secrétaire du roi pour les affaires de l’Amirauté. En 1685, quand le Duc d’York avec qui il a collaboré pendant plus de 20 ans monte dur le trône sous le nom de Jacques II, il conserve sa charge et répond aux exigences de réformes qu’ordonne le nouveau roi.
Après l’exil du roi (Glorieuse Révolution) en 1688, Pepys perd son mandat en 1689 puis sa charge. Brièvement emprisonné en 1690pour fidélité au roi, il est libéré et cesse alors toute activité publique. En 1701, il va vivre dans la propriété de son premier commis, située dans la banlieue de Londres et meurt deux ans plus tard.
Ami des grands scientifiques, artistes et poètes, Newton, Vren, Dryden… « Pepys est devenu l'un des hommes les plus importants de son époque, devenant le premier secrétaire de l'Amirauté d'Angleterre et servant en son temps comme membre du Parlement, président de la Royal Society (dans laquelle il a placé son imprimatur sur la page de titre du plus grand ouvrage scientifique d'Angleterre, Philosophiae Naturalis Principia Mathematica de Sir Isaac Newton » (Encyclopedia Britannica)
Entre 27 et 36 ans, Pepys a écrit dans le système de sténographie de Thomas Shelton[2] un journal, resté célèbre, publié pour la première fois en 1825. Il y relate la vie de la classe supérieure de 1661 à 1669. Il donne le récit de son évasion après la Bataille de Wochester qui vit la victoire définitive de l’armée de Cromwell sur les troupes royalistes
« Pepys a la capacité de sélectionner le petit comme le grand essentiel qui transmet le sens de la vie ; et c'est probablement, après la Bible et la Vie de Samuel Johnson de James Boswell, le meilleur livre de chevet en langue anglaise. On peut l'ouvrir à n'importe quelle page et se perdre dans la vie du Londres de Charles II, et de cet homme vigoureux, curieux, travailleur et épris de plaisir) (Encyclopædia Britannica).
Notes
[1] La Compagnie du Saint-Sacrement, appelée aussi Parti des dévots est une société secrète qui s’inscrit dans le cadre de la Contre-Réforme dont les buts ne sont mis en œuvre en France que dans le premier quart du XVIIème siècle. Fondée en 1630 par Henri de Lévis, elle sera dissoute en 1666 sur ordre du roi. Sous des apparences très louables de missions de charité, elle traque en fait les protestants, et tous les dissidents à l’orthodoxie.
[2] Depuis l’antiquité, nombreuses fur les inventions de systèmes d’écritures rapide. Plusieurs systèmes furent inventés au XVIIème siècle, mais c’est celui de Shelton qui fut pour la première fois adopté par des auteurs et scientifiques (Newton). Sa ‘tachygraphie’ titre de son ouvrage, du grec ‘écriture véloce’ connut un grand succès et fut adapté pour plusieurs langues dont le latin.
MoralISTES et Portraitistes
La Morale - Les Portraits et Caractères - La Rochefoucauld - Saint Évremond - Gédéon Tallemant de Réaux - Jean de La Bruyère - Charles Du Fresny
La Morale
Ce genre nouveau, apparu en France dans la seconde moitié du XVIIème, n’a pas de dénomination propre. On ne peut parler de ce genre sans parler des auteurs qui l’illustrent. On parle des romanciers qui écrivent des romans, des poètes qui écrivent des poèmes, des dramaturges qui écrivent des drames, mais les moralistes n’écrivent, semble-t-il, rien qui porte le nom de leur genre d’écrits… On ne dit pas des moralistes qu’ils écrivent des morales ni des moralités. Les moralistes adoptent une même manière d’écrire, brève et discontinue, un même thème, les mœurs ou/et un type humain, le même point de vue de la subjectivité et l’adaptent au genre qu’ils ont choisi, Caractères, Maximes, Fables et autres Pensées. Pour autant, ses écrivains moralistes, mais non moralisateurs, peuvent être réunis au sein d’un mouvement, le moralisme et se retrouver dans une même volonté d’étudier , selon le mot du plus connu des moralistes, La Rochefoucauld, « l’anatomie de tous les replis du cœur ».
« Quelques ouvrages du xviie siècle ont, l’un après l’autre, défini un terrain de pensée et d’écriture. Trois traits le caractérisent : un territoire d’analyse, les « mœurs » humaines ; un point de vue particulier, et non systématique ; une forme brève, dispersée, discontinue. Dans la seconde moitié du xviie siècle, les Maximes de François de La Rochefoucauld (1664-1678) ont fourni un exemple décisif... Quelques années plus tard, Jean de La Bruyère, lorsqu’il publie ses Caractères (1688-1696), marque la spécificité de son entreprise en faisant écho à ces deux publications. À cette date, on peut considérer que le terrain des « moralistes » est définitivement constitué… Des ouvrages paraissent qui, renonçant à la fois à construire un discours cohérent et à s’appuyer sur une doctrine constituée, agencent dans un apparent désordre mais en les ressaisissant par la puissance d’une écriture singulière, des observations discontinues sur les manières de vivre et de parler des individus en société».(Bérengère Parmentier Le Siècle des moralistes, Seuil, 2000).
« Les moralistes du XVIIème siècle sont chrétiens. Leur réflexion morale s’exerce dans le cadre du christianisme, à côté d’une littérature de dévotion et de piété très importante. Comme les auteurs de spiritualité, des moralistes comme La Rochefoucauld et La Bruyère ne renoncent jamais à l’idée d’édifier le lecteur : il ne s’agit jamais de se contenter de plaire, mais toujours aussi d’enseigner … La forme de la réflexion morale peut se couleur dans différents modèles qui vont recevoir des noms très variés : essai, portrait, caractère, maxime, peinture, sentence, adage, etc. Mais ce qui caractérise toutes ces réflexions morales, quelle que soit la forme adoptée, c’est la brièveté et l’autonomie.» (Estelle Plaisant-Soler La figure du moraliste au XVIIème siècle, Académie de Versailles/Littérature d’idée/page des Lettres).
Les Fables de La Fontaine dans lesquelles, il nous demande à voir tel ou tel trait de caractères, tels ou tel travers de l’âme humaine dont nous devons tirer leçon de par la morale qui les termine, font de leur auteur un moralistes. (Voir Poésie/France).
Les notes fragmentaires, réflexion libres, autant dans leur formes que dans leur fond, que ses proches ont publiées sous le titre de Pensées par le hasard qui les fait surgir et les guide, par leur discontinuité due à l’édition qui s’accorde parfaitement à la défiance de leur auteur vis-à-vis de tout système rationnel[1] dans une écriture qui doit ouvrir à la foi font de Blaise Pascal un moraliste. ( voir Philosophie et Religion France) «Hasard donne les pensées, et hasard les ôte. Point d’art pour conserver ni acquérir. Pensée échappée, je la voulais écrire; j’écris au lieu qu’elle m’est échappée .» (B. Pascal, Pensées)
D’autres moralistes, auteurs de pensées n’ont pas laissé leur noms dans l’histoire littéraire française d’une époque dans laquelle « le trait d'esprit, le mot qui frappe ou parfois tue, la sentence, l'épigramme [étaient] les produits d'une [société] qui méprisait les imbéciles et les médiocres ». On peut citer parmi ces illustres inconnus :
L’Abbé d'Ailly auteur de Pensées diverses et la Marquise de Sablé plus connue comme salonnière que comme écrivaine, auteure de Maximes. Ces deux ouvrages publiés dans la même édition de 1678 ;
Étienne de Vernage (1652-1716), abbé à la paroisse Saint-Nicolas-des-Champs, auteur de Nouvelles Réflexions Morales et Politiques (1696) contenant nombre d’aphorismes moraux ;
Jean Domat (1625-1696), précepteur d’Antoine du Baïf et Ronsard, qui forma ‘la Brigade’, un groupe de poètes qui fonderont la Pléiade (voir Renaissance/Littérature/Poésie/France). On lui doit Pensées et Discours sur les passions de l'amour.
Le moins ignoré de ces célèbres inconnus est Charles Du Fresny, sur qui Montesquieu prit modèle pour ses Lettres Persanes (1720)..
D’autres auteurs, leurs contemporains, pour avoir écrit sur les mœurs et la morale, ne sont pas pour autant considérés comme des moralistes, leurs ouvrages relevant d’une structure parfaitement préétablie ; ainsi
du janséniste Pierre Nicole (1625-1695) et ses Essais de Morale (1671),
de Jacques Esprit (1611-1677) auquel La Rochefoucauld et Madame de La Sablière portèrent conseil pour son traité longuement réfléchi sur La Fausseté des Vertus Humaines,
René Descartes et son traité sur Les Passions de l'âme.
Les Portraits et Caractères
Un des plaisirs favoris dans les salons était le portrait. On faisait le portrait de l’une et de l’autre qui faisait le vôtre.
« C’est alors l’usage dans certains salons que l’on fît des portraits, tantôt celui d’une autre personne, à titre de réciprocité, et tantôt le sien propre. Le genre est essentiellement faux. » (https://actualitte.com/article/82663/ ressources/la-rochefoucauld-portrait-de-lui-meme).
Si La Bruyère est le plus connu des portraitistes, Mathurin Régnier n’a pas à envier le talent de l’auteur des Caractères quand il dresse dans Le Souper Ridicule le portrait de ce personnage ridicule, « chauve par derrière et chevelu par devant », convié à ce que l’on appellerait en référence à une célèbre pièce de théâtre contemporaine un « dîner de con » ou le portrait du Pédant, du Fâcheux ou encore de l’Entremetteuse.
Bussy de Rabutin Chantal a laissé un recueil collectif de portraits dédié à la Grande Mademoiselle Histoire Amoureuse des Gaules.
Anne Marie Louise Duchesse d'Orléans (1627-1693) a rassemblé en une série d’autoportraits et de portraits un Recueil des portraits et éloges en vers et en prose des seigneurs et dames les plus illustres de France dédiés à La Grande Mademoiselle, Henriette d'Orléans, Duchesse de Montpensier, fille du Grand Monsieur, auquel ont participé entre-autres Mme de Sévigné, Mme de La Fayette, La Rochefoucauld…
Et jusqu’au prédicateur Louis Boyrdaloue qui dépeignait dans ses sermons de subtils portraits que l’auditoire s’ingéniait à faire sortir de l’anonymat.
La Rochefoucauld
François VI, deuxième duc de La Rochefoucauld, Prince de Marcillac (1613-1680), né et mort à Paris, est issu d’une des plus anciennes familles de la noblesse française (an Mil), originaire de l’Anjou. Il est de le fils de François V (1588-1660 et non de François III). Marié à 15 ans à sa cousine Andrée de Vivonne, riche héritière de la baronnie de la Châtaigneraie (Vendée), il est mestre de camp (chef de régiment) un an plus tard en succession de son oncle. Sin père est alors gouverneur du Poitou.
Il entre très tôt dans les intrigues de la cour. Il est donné comme ayant comploté avec l’intrigante des intrigantes, la Duchesse de Chevreuse, une Rohan épouse du 1er Duc de Luynes (Dictionnaire mondial des littératures / Larousse ; sous la dir. de Pascal Mougin et Karen Haddad-Wotling). Il ne saurait s’agir de la Conspiration de Chalais qui eut lieu avec la complicité directe de Gaston d’Orléans en 1626 qui visait à l’assassinat de Richelieu. En 1626 avait 13 ans…
Il sera néanmoins de toutes les conspirations en vivant pour une bonne part sur ses terres. Pour autant exilé… ? A la mort de Richelieu en 1642, il revient à la cour. Fidèle des fidèles du princes des frondeurs, Le Grand Condé aux côtés de La Grande Mademoiselle (la fille de Grand Monsieur), il prend une part importante dans la fronde des Princes sous l’impulsion de sa maitresse la Duchesse de Longeville, sœur du chef de file de la révolte le Grand Condé. Lieutenant-Général des troupes rebelles, alors qu’il tente en 1652 de ravitailler la capitale assiégée par l’armée royale, il est grièvement blessé au visage lors d’une escarmouche au Faubourg St Antoine, là-même où La Grande Mademoiselle pour défendre la porte et venir au secours de Condé sur qui elle fonde de grands espoirs matrimoniaux a fait tirer au canon de la Bastille sur cette même armée royaliste. Autant que Le Grand Condé qui sera ‘pardonné, La Rochefoucauld sera nommé Maréchal de Cam en 1656.
A partir de 1658, il se retire sur ses terres de Charente et entreprend d’écrire ses Mémoires qui couvrent la période de la régence d’Anne d’Autriche (1643-1651) et qui nous enseignent plus sur lui et son entourage que sur la période elle-même. Publiées sans son accord en 1662, il est amené à les désavouer à cause du scandale qu’elles ont provoqué. Il les republiera en 1695.
En 1661, bénéficiant des faveurs du roi, il est fait chevalier de l’ Ordre du Saint-Esprit. Il fréquente assidument les salons, de Mlle de Scudéry et notamment celui de la Marquise de Sablée qui devient son amie. Il se lie d’une amitié indéfectible jusqu’à sa mort avec Mme de Sévigné (†1697).
En 1665 sont publiées ses Réflexions ou Sentences et Maximes Morales (Les Maximes), fortement influencées par l’ouvrage du jésuite espagnol Baltasar Gracián, l’Homme de Cour (1646) (Voir Roman/Espagne). Ce qui ressort de ces Réflexions et Sentences, c’est l’acuité de leur pertinence et la manière qu’il a de les formuler. Elles sont d’autant plus percutantes qu’elles sont lapidaires : « Un homme d'esprit serait bien embarrassé sans la compagnie des sots ». Maximes mordantes : « Si nous n’avions pas tant de défauts, nous ne prendrions pas tant de plaisir à en remarquer chez les autres. » ; acerbes : « De toutes les passions violentes, celle qui sied de moins mal aux femmes, c'est l'amour. »
Le Cardinal de Retz, qui n’appréciait pas du tout l’auteur des Maximes, qu’il jugeait « irrésolu » aura dit de lui « qu’il ne pouvait connaître que l’échec, car il était aussi peu doué pour l’accessoire que pour l’essentiel »… sauf peut-être dans le domaine de la séduction.
« L’engagement littéraire de La Rochefoucauld est directement lié à ses déceptions politiques et à sa vie mondaine. Son œuvre est incontestablement influencée par la mode des salons. C’est une littérature de salons : elle emprunte ses formes et ses thèmes aux préoccupations qui y régnaient, au jeux qui s’y déroulaient… Il adopte le genre de la maxime qui a pour but d’exprimer une vérité de façon concise, paradoxale, brillante. Il se sert de ce moule plaisant pour développer une morale profonde et lucide ». (https://www.espacefrancais.com/la-rochefoucauld)
A une époque où la noblesse se souciait particulièrement de dévotion, mais qui, tout à la fois se piquait de galanterie dans le jeu de la séduction qui animait les salons autant que les mots d’esprit, à une époque où l’intrigue politique et l’intrique amoureuse étaient affaires constantes de la cour, la vertu était cette main aux doigts écartés que le Tartuffe posait sur son visage pour ne pas voir ce sein qu’il demandait à Dorine à ce qu’elle lui cachât. Ce qui fit écrire à La Rochefoucauld que « nos vertus ne sont souvent que nos vices déguisés». Il dénonce l’hypocrisie, la tartufferie de son milieu.
Derrière cette lucidité impitoyable se cache une morale aux maximes, un idéal caché chez homme déçu voir dépité . Derrière la sévérité de jugement que transcrit un style rigoureux, épuré, sans fioritures, transparait le caractère aristocratique de l’auteur, élitiste certes mais qui, s’adressant à cette noblesse qui se soucie plus de brigues, de charges à obtenir, de cœur à conquérir, bien que lui-même fut dans ce tourbillon, appelle celle-ci à une réelle conduite vertueuse et chrétienne, élevée et digne, l’enjoint à l’humilité : « L’humilité est la véritable preuve des vertus chrétiennes, sans elle nous conservons tous nos défaits », à la sincérité car nous devons apprendre à nous connaître et apprendre à avouer nos fautes : « Les faux honnêtes gens sont ceux qui déguisent leurs défauts aux autres et à eux-mêmes ; les vrais honnêtes gens sont ceux qui les connaissent parfaitement et qui les confessent ». Ce que dressent a contrario au travers de ses maximes La Rochefoucauld, c’est un idéal, l’idéal de l’Honnête Homme.
Il peut être reproché à son style tout de brièveté, de concision qu’impose la maxime, de ne pas permettre d’exposer toute la complexité de l’âme humaine. Mais, ce style au scalpel qui dévoile « l’anatomie de tous les replis du cœur », selon son propre mot, ne se veut pas plonger dans les méandres de l’âme humaine comme le font au contraire un drame, un poème, un roman. Il met « un cœur à nu » à nous d’en entendre ses battements.
Saint-Evremond
Voir Philosophie/ Les Courants/ Les Libertins
Saint-Évremond (Charles Le Marquetel dit, 1614-1703), né à Saint-Denis-le-Gast et mort à Londres, est issu « d’une noble et ancienne maison de Normandie » (Silvestre, son premier biographe, préface des Œuvres Mêlées, édition 1705)
Il commence ses études au collège jésuite du Lycée de Clermont, rue St Jacques à Paris et les poursuit dans le Droit à Caen. Il s’engage dans la carrière des armes et fait partie de l’état-major du Prince de Condé. Il se distingue dans les guerres en Flandre et contre le St Empire. Durant les Frondes, il reste royaliste et devient maréchal en 1652.
Recherché des salons, dont celui de Ninon de Lenclos ((voir Introduction Générale/Les Salons/Les Courtisanes), pour son esprit, sa culture, sa libre parole et ses railleries, il tombe en disgrâce en 1661 pour avoir critiqué Mazarin dans une Lettre au Marquis de Créqui, mais fort probablement aussi à cause de ses mœurs. Il pourrait avoir eu une relation avec Cyrano de Bergerac. Il s’exile un temps en Hollande, puis se rend à Londres où en ce début de la Restauration (1660), il est accueilli favorablement par Charles II qui lui verse une pension. Il continue de fréquenter l’intelligentsia londonienne et de jouir comme à son habitude, en bon épicurien, des plaisir de la vie.
Lorsqu’en 1675, à 43 ans, Hortense Mancini, Duchesse de Mazarin, nièce du Cardinal († 1699 Chelsea), s’installe à Londres, il se fait son Pygmalion et l’aide à constituer un salon qui sera fréquenté par les gens de lettres comme le poète dramaturge, John Dryden (†1700), l’auteur des Voyages de Gullivers, Jonathan Swift (†1745). Hortense comme sa sœur Marie écriront leurs mémoires. Hortense dressera un portrait à charge de son époux le Duc Armand-Charles de La Porte de La Meilleraye (obligé par le Cardinal de prendre les armoiries des Mazarin), mais n’évoquera pas ses enfants ni sa vie de femme libre bisexuelle.
En 1689, Louis XIV lui permet de revenir en France, mais bien qu’il manifeste quelque nostalgie pour «le temps de la bonne Régence/Temps où régnait une heureuse abondance. » (régence de Marien de Médicis) comme il l’écrit dans un de ses poèmes, il choisit néanmoins de rester en Angleterre, attaché qu’il est à la Duchesse et aux faveurs accordées par le nouveau roi Guillaume III d’Orange, monté sur le trône en 1689. Il sera inhumé dans le Coin des Poètes à Westminster.
Pour Saint Évremond, comme chez les ‘libertinistes’, la religion tient soit de la superstition « ou bien tient d’une invention humaine politiquement établie pour gouverner les hommes ». Ça sent déjà sont Voltaire. Fuyant autant le superstitieux que l’impie, rejetant la débauche tout en étant porté à la satisfaction des plaisirs comme il se définissait lui-même, Saint Évremond incarne le libre-penseur, et son épicurisme, sa vie aux mœurs font de lui un libertin. Libre-penseur (‘libertin érudit’) sceptique, libertin impénitent, il annonce cet esprit nouveaux, moderne, qui brillera au Siècle des Lumières.
Si Saint Évremond n’a pas laissé de grands chefs-d’œuvre, c’est qu’il n’a jamais eu l’intention de se consacrer à une quelconque œuvre et encore moins d’en laisser quelques traces. Il n’a jamais fait profession d’écriture et ne se soucia jamais de faire publier qui fut de sa plume, en en laissant le soin à ses amis. Pourtant, de par l’originalité de sa pensée, « on faisait grand accueil à ses lettres, à ses poésies, à ses récits, à ses réflexions sur la littérature ou sur l'histoire, sur la morale ou sur la religion, auxquelles il donnait volontiers la forme de l'entretien, comme dans la célèbre Conversation du maréchal d'Hocquincourt avec le P. Canaye » (Encyclopédie Universalis). «Chef-d’œuvre d’esprit et de persiflages » selon le mot de Rémy de Gourmont. Une version manuscrite est parue anonymement (par S.D.S.E pour sieur de St Évremond) en 1687, insérée dans le Retour des Pièces Curieuses ou Bigarrures Curieuses chez Veuve Renoäuard, puis en 1693 dans la réédition des Œuvres Mêlées de Saint Évremond chez Barbin en 1693, puis dans l’édition posthume de ces mêmes œuvres en 1705 pour laquelle il avait accepté d’y tant soit peu participer. Son œuvre a circulé sous le manteau et n’a été recueillie en volume qu’après sa mort.
Sa Conversation du maréchal d'Hocquincourt avec le P. Canaye est un bon exemple de l’intérêt que là où il séjournait on faisait grand cas de ce qu’il exprimait que ce soit pour ses poèmes, ses critiques sur la littérature, sur la morale, sur ses poésies.
Hocquincourt, maréchal de France avait pris parti pour les espagnols contre le armées de Richelieu durant la Fronde et avait défendu La Rochelle où trouva ma mort ; le père Canay, jésuite, littérateur français avait fait ses études au Collège de Clermont et y fut professeur de l’auteur.
Ses Réflexions sur les divers génies du peuple romain (1663) inspira les théories de Montesquieu. Il est également l’auteur de petits ouvrages dans lequel il traite de sujets littéraires, sur des Livres espagnols, italiens et français (1668), Réflexions sur la tragédie ancienne et moderne (1672), Nos Comédies dans lequel il se montre critique à l’égard du nouveau théâtre. IL est également auteur de Dissertations.
Gédéon Tallemant des Réaux
Gédéon Tallemant (1619-1692), né à la Rochelle et mort à Paris, est le fils de Pierre Tallemant, riche banquier huguenot rochelais et de Marie de Rambouillet ajouta à son nom ‘des Réaux’ du nom des terres que sa famille possédait dans le Bourbonnais.
A 18 ans, pendant un an, il accompagne l’abbé de Retz en Italie avec son frère ainé François (qui, futur aumônier du roi rentrera à l’Académie en 1651). Son diplôme d’in utroque jure (droit civil et canon) en poche, son père lui achète la charge de Conseiller au Parlement.
Il fréquente le salon du conseiller-secrétaire du Roi, élu secrétaire perpétuel en 1634 de l’Académie Française dont il fut un des fondateurs la même année, Valentin Conrart (1603-1675) qui était un habitué du Salon Bleu de la Marquise de Rambouillet en son Hôtel de Rambouillet, situé rue St Thomas du Louvre (perpendiculaire à la rue St Honoré) à l’emplacement de l'actuel pavillon Turgot du Louvre. C’est fréquentant ce salon, qu’il trouve la matière de ce qu’il appellera ses Historiettes.
En 1634/50), il se marie à sa cousine germaine par sa mère Marie Rambouillet, Élisabeth de Rambouillet (1589-1649), fille de Nicolas I Seigneur de Rambouillet (1576-1664), secrétaire de la chambre des Finances, conseiller de Louis XIII, fermier-général, et l'un des hommes les plus riches du royaume[2] ; et sœur de Antoine de Rambouillet de La Sablière, financier et régisseur des domaines du roi, qui marie en 1654 Marguerite Hessein connue sous le nom de Mme de La Sablière (et Mme de Rambouillet), célèbre salonnière. » Elisabeth Rambouillet n’a que onze ans et demi quand son cousin la demanda : le mariage fut convenu, mais la célébration on fut différée pendant deux années. » (https://www.atramenta.net/lire/oeuvre4381-chapitre-81.html ). Le couple s’installe Rue des Fossés (Minutes et répertoires du notaire Thomas Le Semelier, 29 août 1663 - 20 avril 1694 (étude XVI) . Ce riche mariage le dispense d’assumer sa charge.
En 1660, Élisabeth se convertit au catholicisme. Leur fille sera des 200000 huguenots (calvinistes et zwingliens) qui refusant d’abjurer leur foi devront s’exiler. Et lui-même dut se convertir en 1684 pour ne pas avoir à subir un an plus tard subir les revers de Édit de Fontainebleau qui, révoquant l’Édit de Nantes promulgué en 1598 par Henri IV, interdit en France le culte calviniste et zwinglien. Malgré sa fortune, sa fin vie solitaire, faite de déchirement, sera sombre.
Les Historiettes
Parfait honnête homme, d’une grande culture, Tallement fut lui comme Montaigne et La Bruyère l’auteur d’un seul livre, un « un recueil de courtes biographies de ses contemporains » :Voiture, Guez de Balzac, Chapelain, Conrart, Scarron, Malherbe, La Fontaine, Pascal, Madeleine de Scudéry, Madeleine de Sablé, Marie de Sévigné pour ne citer que les plus connus. On peut aussi y lire sur Richelieu , sur le célèbre l’acteur Mondory, acteur principal de la Troupe Royale de l'Hôtel de Bourgogne puis directeur de son propre théâtre, le Théâtre du Marias, et sur Marion Delorme et Ninon de Lenclos.
Tallemant avait un sens aigu de l’observation et un don pour la description concise et efficace .A propos du Cardinal de Retz : de Retz. « C’est, dit-il, un petit homme noir, qui ne voit que de fort près, mal fait, laid et maladroit de ses mains à toutes choses… Sa passion dominante, c’est l’ambition ; son humeur est étrangement inquiète, et la bile le tourmente presque toujours. »
« Dans cet ouvrage qu’il remaniera jusqu’en 1659, Tallemant mêle des anecdotes souvent crues à des observations très pertinentes mais féroces sur les mœurs parisiennes du règne de Louis XIII et du début du règne de Louis XIV… on a parlé à leur propos de Madame de Sévigné pour ‘’ la qualité de la narration’’ et de Saint-Simon pour ‘’l’ampleur du témoignage sur son temps’’ (Musée Protestant, notice/gedeon-tallemant-des-reaux).
Ces Historiettes sont un apport incontournable pour connaître l’histoire de la littérature française du XVIIe siècle.
Jean de La Bruyère
Jean de La Bruyère (1646-1696), né près de Dourdan, mort à Versailles, est issu d’une famille bourgeoise relativement modeste dont le père était fonctionnaire à la mairie de Paris et la mère fille d’un procureur. A 20 ans, il est licencié en droit de l’université d’Orléans. En 1673, grâce à l’héritage de son oncle, il achète la charge de Trésorier Général ( Comptable Public) à Caen, charge qui automatiquement lui confère le titre le plus bas de la noblesse, écuyer. Il ne séjournera jamais à Caen.
Il vend sa charge et devient précepteur chez le marquis de Soyecourt, un poste qui se révèlera un véritable ascenseur social. En 1684, à 38 ans, par l’entremise de Bossuet, il est précepteur du jeune Louis III de Bourbon-Condé, futur Prince de Condé, petit-fils du Grand Condé et de Louise-Françoise de Bourbon dite Mlle de Nantes, fille de Louis XIV et de Mlle de Montespan. Louis et Louise se marient un an plus tard en 1685 sur ordre du roi. Après la mort du Grand Condé en 1686, La Bruyère restera dans la Maison Condé à la place subalterne de « gentilhomme ordinaire de Monsieur le Duc ». Il se lie d’amitié avec Boileau qui l’estime pour son savoir et son mérite.
En 1688, alors qu’il est âgé de 42 ans, paraissent les Caractères de Théophraste traduits du grec avec Les Caractères et les Mœurs de ce Siècle. La première partie est consacrée à la traduction des Caractères du philosophe de l’antiquité grecque et sont la source d’inspiration de la seconde partie de l’ouvrage commencée dès 1670, deux fois plus volumineuse, Caractères et Mœurs qui ne porte aucun nom d’auteur. Au fil des éditions, le nombre de caractères augmenta très sensiblement : 4e édition de 1689 plus de trois cent cinquante caractères inédits ; 5ème de 1690 plus de cent-cinquante ; 6ème de 1691 et 7ème de 1692 quatre-vingts chacune ; 8ème de 1693 plus de quarante.
La Bruyère est élu à l’académie Française en 1693 après un premier échec. Dans son discours d’entrée, il prend parti pour les Anciens (Bossuet, La Fontaine, Racine, Boileau) au grand dam des Modernes ( Thomas Corneille, Fontenelle, Guez de Balzac… voir Introduction/Particularismes Nationaux/ Querelle des Anciens et des Modernes), les uns et les autres s’enflammant dans leur gazette Le Mercure Galant (voir La Gazette).
Resté célibataire et peu fortuné, il meurt d’apoplexie (AVC) à Versailles en mai 1696 laissant inachevés des Dialogues sur le Quiétisme dans lesquels il se révèle comme Bossuet un adversaire résolu des quiétistes Fénelon et de Mme Guyon. Comme Montaigne et Charles Perrault, La Bruyère fut l’homme d’un seul livre.
- « 1ème édition (1688 ) : Beaucoup de maximes et peu de développements, excepté le portrait de Louis XIV (X, 35) ; peu d'allusions à l'actualité, une morale souvent peu approfondie, et un pessimisme encore assez peu marqué. Les attaques sont générales, (sauf contre Le Mercure Galant), et La Bruyère semble plus préoccupé de style que de morale.
- 4ème édition (1689): Les portraits, presque inexistants dans la première [édition], deviennent plus nombreux – une cinquantaine ; cependant la maxime demeure prédominante, en particulier dans le chapitre Du Cœur, où La Bruyère s'inspire le plus de La Rochefoucauld. Cependant la peinture devient plus détaillée, plus expressive, plus concrète. Les sujets abordés sont plus variés,
- 5ème édition (169à): ci, La Bruyère montre son visage mélancolique et sombre. Pour la première fois il aborde le thème de la famille, où ne règne nulle affection véritable, où l'argent corrompt tous les sentiments. Le monde est le lieu de l'illusion ; la société, loin d'améliorer l'homme, n'est qu'un garde-fou factice et trompeur.
- 6ème édition (1691) : Les portraits deviennent nombreux, et particulièrement réussis : Giton et Phédon… la réflexion s'approfondit. La Bruyère s'étonne plus encore qu'il ne s'indigne : l'homme lui apparaît comme un mystère, qu'il cherche à comprendre plus qu'à condamner. Le thème de la raison apparaît pour la première fois de façon massive,
- 7ème édition (1692): Moins de portraits, plus de réflexions et de maximes … Son pessimisme devient plus radical encore…la plupart approfondissent le thème du mensonge et du faux-semblant,[avec]« des Esprits forts » La Bruyère part en campagne contre les libertins, au moment où des découvertes scientifiques pouvaient apparaître comme une menace pour la religion, au moment aussi où, le Roi ayant sombré dans la dévotion, les faux dévots se multipliaient.
- 8ème édition (1694) : « Son Discours [à l’Académie] est publié, et il le joint en 1694 à sa 8ème édition avec une préface violemment hostile aux Modernes. Il condamne la futilité des occupations humaines, l'éclat trompeur des biens matériels, l'aliénation causée par l'argent. Il rejette les comportements factices et l'hypocrisie, préférant même les libertins, qui osent être eux-mêmes, aux faux dévots qui contrefont la religion »[3].
Outre des Caractères de Théophraste, La Bruyère, s’inspire de Le Courtisan (Il Cortigiano) de Baldassare Castiglione de 1637.
« Chez La Bruyère comme chez Castiglione, la morale mondaine n'est que la traduction pragmatique, concrète, d'une conception philosophique de l'individu ; mais si, chez l'Italien de la Renaissance, l'idéal est atteignable, et l'homme perfectible, cette espérance, à la fin du XVIIème siècle a laissé place au pessimisme et à la désillusion ».
La Bruyère a-t-il lu L’Homme de Cour (Oraculo Manual ) de Baltasar Gracián (1601-1658), publié en Espagne en 1647 et édité à Paris en 1684, ouvrage qui connut un très grand succès ?
Le décor des Caractères est urbain dans lequel se dessine en toile de fond le portrait de l’Honnête Homme (voir Particularismes Nationaux/France) qui, vertueux, fait preuve de qualités morales allant de pair avec le sens de la mesure dans ses actes et ses propos, de droiture et qui, cultivé, n’en est pas moins modeste.
« L’auteur apparaît à la fois comme un moraliste dont le but affiché est de rendre les hommes sages, et comme un philosophe « qui consume sa vie à observer les hommes et qui use de ses esprits pour en démêler les vices et le ridicule » (https://www.espacefrancais.com/la-bruyere-les-caracteres/)
« Il dénonce l’attitude des hommes qui se produiraient dans le monde comme dans un théâtre, et seraient dès lors les personnages d’une immense pièce. Tout n’est que posture, jeu de dupes et superficialité. Les hommes joueraient un rôle dans ce grand théâtre qu’est le monde ».
« Le monde entier est un théâtre, et tous, hommes et femmes, n’en sont que les acteurs. Chacun y joue successivement les
différents rôles d’un drame en sept âges » (Caractères).
Charles Du Fresny
Charles Du Fresny sieur de la Rivière (1648-1724), né et mort à Paris a été le garçon de la chambre de Louis XIV qui au vu de son talent pour le dessin le nomma dessinateur des jardins royaux. Il « inventa les jardins à l’anglaise et ce “avant même que les Anglais eux-mêmes ne s’en fussent avisés“ » (Jean Vic réédition 1921). Le roi lui accorda aussi le privilège de la manufacture royale de glaces de miroirs, future Compagnie de Saint-Gobain, charge que Du Fresny abandonna bien vite estimant le milieu trop cruel où le malheur des uns fait le bonheur des autres.
Musicien amateur, chansonnier, auteur de nombreuses comédies, il publia en 1699 Amusements sérieux et comiques. L’auteur fait visiter Partis à un Siamois et lui fait découvrir la vie parisienne : le Palais (de Justice), l'Opéra, les Promenades (celles des demi-mondaines), le Mariage, l'Université, la Faculté de médecine, le jeu, un cercle bourgeois. « Je suppose donc que mon Siamois tombe des nues, et qu'il se trouve dans le milieu de cette Cité vaste et tumultueuse, où le repos et le silence ont peine à régner pendant la nuit même ; d'abord le chaos bruyant de la rue Saint-Honoré l'étourdit et l'épouvante, la tête lui tourne. » (3ème amusement). Montesquieu s’en inspirera pour ses Lettres Persanes (1720).
Notes
[1] « La discontinuité imposée par la publication posthume d’un écrit inachevé s’accorde ainsi avec un propos apologétique paradoxal, fondé sur la défiance à l’égard de toute organisation systématique du discours » (E. Plaisant-Soler).
[2] En 1634, il s’établit dans un hôtel particulier, rue d’Aboukir, qui devient l’Hôtel de Rambouillet ou Hôtel Clairambault ( à ne pas confondre avec celui de la Marquise de Rambouillet, l’Hôtel Pisan, ni avec celui de la rue St Honoré premier hôtel du Marquis de Rambouillet. Sa belle-fille Mme de La Sablière y tiendra salon avant que son époux Nicolas II. Nicolas I fera construite aux portes de la capitale (pour l’époque, aujourd’hui rue Neuve-des-Petits-Champs12ème arr.) entre 1633 et 1635, une folie (maison de plaisance aux abords de la ville), La Folie Rambouillet qui avec son parc devient un lieu de promenade de la haute société où Mme de La Sablière tiendra également salon.
[3] Citations et pour en savoir plus sur Les Caractères : https://philo-lettres.fr/old/litterature_francaise/La_bruyere.htm
Le Sermon
France Portugal
France
Sermon Homélie Prédication
Généralement, le sermon est appelée homélie dans l’Église catholique et dans l’Église juive (homélie synagogale) et plutôt prédication dans les Églises protestantes. Le sermon catholique est traditionnellement divisé en quatre parties : le texte, soit une phrase des Écritures qui donne le thème, l’exorde qui est en deux parties : l’ave maria prononcé par l’assistance et l’exorde proprement dit qui expose le sujet et ses divisions et occupe la partie centrale dans laquelle le sujet est développé en deux (thèse, antithèse), ou en trois points (qui donnent un effet d’accumulation des arguments), et enfin la péroraison d’où se dégage la conclusion la morale.
Le sermon est traditionnellement divisé en quatre parties : le texte, une phrase des Écritures qui donne le thème l’exorde, en deux partie, l’ave maria prononcé par l’assistance et l’exorde proprement dit qui expose le sujet et ses divisions la partie centrale dans laquelle le sujet est développé en deux, thèse, antithèse, ou en trois points qui donnent un effet d’accumulation des arguments ; enfin la péroraison d’où se dégage la conclusion la morale.
Bossuet
Jean-Bénigne Bossuet (1627-1704), surnommé ‘l’Aigle de Meaux’, ville dont il était l’évêque, né à Dijon et mort à Paris, est issu d’une famille de magistrats du côté paternel et maternel. Son père était avocat puis substitut du procureur général du Parlement de Bourgogne, avant d’être nommé conseiller au Parlement de Metz en 1638. A 15 ans, son père l’envoie faire ses études à l’ancien et fameux Collège de Navarre[1] où il est formé à la théologie et à la Philosophie.
Bossuet va mener dans sa jeunesse une vie mondaine, fréquentant les salons en cela introduit par son cousin François Bossuet, conseiller financier du roi qui, très fortuné, suivra Nicolas Fouquet dans sa chute en 1661. Nommé à 21 ans , en 1648, sous-diacre à Langres, son mode de vie change totalement. La conversion est d’autant forte, qu’elle l’entraine à écrire ses deux premiers ouvrages religieux, Méditation sur la brièveté de la vie et Méditation sur la félicité des saints.
En 1652, il est nommé archidiacre à Sarrebourg (Rhénanie) et obtient la même année son doctorat de théologie. En 1654, il est fait archidiacre de Metz, ville moitié catholique, moitié protestante. Il y passera 7 ans en controverse permanente avec les chefs protestants sans non plus épargner les juifs. Période de formation durant laquelle Bossuet va acquérir toute son expérience de la prédication et de la polémique.
Son prêche en sa ville devant Anne d’Autriche en 1657 lui vaut de devenir Conseiller et Prédicateur du Roi. La même année, sur les conseils de Saint Vincent de Paule († 1660), fondateur de plusieurs congrégations, une des figures majeures de la spiritualité française au XVIIème siècle, il amorce sa venue dans la capitale. Il commence à prêcher régulièrement devant la cour à la Chapelle Royale. Son célèbre sermon « Sur les devoirs des rois » date de 1662.
En 1664, son père, veuf, ancien conseiller au Parlement de la ville, ordonné prêtre, devient chanoine de la cathédrale et lui-même devient doyen du chapitre de la cathédrale. En 1670, il est fait évêque de Condom (Gers). L’année suivante, il est choisi comme précepteur du Grand Dauphin, Louis de France, alors âgé de10 ans, et reçoit les bénéfices du prieuré du Plessis-Grimoult (Calvados). Il restera en poste jusqu’en 1680, année du mariage de son élève avec Marie-Anne-Christine-Victoire de Bavière qui mourra 10 ans plus tard. Pour le dauphin il a écrit Traité de la connaissance de Dieu et de soi-même dans la veine cartésienne mais donc la « connaissance de son moi-même évoque le socratisme chrétien.
Cette décennie a été l’objet pour lui d’une grande activité intellectuelle approfondissant son savoir dans tous les domaines, fréquentant philosophes et de scientifiques. Il en ressort publié en 1681 son Discours sur l'histoire universelle, profonde analyse à partir d’une lecture littérale de la Bible et attentive des historiens de l’antiquité des mouvements de l’histoire au travers de la constitution et de l’effondrement des grands empires dans la perspective du dessein divin. Cette même année 81, il est fait évêque de Meaux d’où lui viendra le surnom de ‘L’Aigle de Meaux’. Il en assumera pleinement la charge.
A l’achèvement de cette période, il est nommé aumônier de la dauphine Marie-Anne de Bavière (†1690). Il vit à la cour et loge dans l »hôtel particulier qu’il sait fait construire face au palais, là où édifiés par les personnage importants de la cour, les nouveaux hôtels constituent le nouveau Versailles. Dans le cadre de son épiscopat, il rédige le Catéchisme de Meaux (1687) et adresse aux religieuses des Méditations sur l'Évangile et les Élévations sur les Mystères. Son Histoire des variations des Églises protestantes de 1688 qui montre à quel point il n’a pas oublié son opposition aux protestants de Metz, sera doublé de ses Avertissements aux protestants sur les lettres du ministre Jurieu contre l'Histoire des variations (1689–1691) en réponse à la réponse du Préservatif contre le changement de religion (1680) du protestant Pierre Jurieu, membre de l’Académie de Sedan, rivale de l’Académie de Saumur, les deux importants centres de formations des pasteurs. Selon V. Hugo, il n’aurait rien fait contre la persécution des protestants dans son diocèse après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685.
A la mort de la dauphine, il est aumônier de la seconde dauphine, mariée en 1697 avec Louis II de France, dit le Petit-Dauphin, fils du Grand Dauphin. Ils sont les parents de Louis XV.
La même année, il est nommé Conseiller d’État. La parution des Maximes des saints de l’archevêque de Cambrai, Fénelon († 1715), va briser la sincère amitié qu’il porte à son ami de 24 ans plus jeune. Le ‘Cygne de Cambray’ y défend le cheminement vers la tranquillité intérieure que prône Mme Guyon (voir Spiritualité/France/ Quiétisme) dans ses Torrents Spirituels (1682) simplement ‘piquée’. La doctrine du ‘pur amour’ que cette mystique que d’aucuns de par son tempérament exalté, pensent qu’elle est tout piquée, a découvert chez l’initiateur du Quiétisme, Miguel de Molinos (1628-1696) ne convient pas du tout à au prélat car il mène à une séparation pur et simple d’avec l’appareil l’Église, à une dispense de la hiérarchie ecclésiastique.
En 1704, Bossuet à 74 ans. Il assume toujours sa fonction d’évêque de Meaux prononce ses sermons et rédige sa dernière œuvre Explication de la prophétie d’Isaïe sur l’enfantement de la Vierge. Il meurt en avril dans d’atroces souffrances provoquées par des calculs rénaux. Il est enterré dans la cathédrale de Meaux.
Les Sermons
Bossuet n’écrivait jamais ses sermons. Il lisait le texte de référence du sermon du jour, prenait quelques notes et en chaire improvisait. Il en fait plus de 500 (on avance jusqu’à 3000 ?) et environs deux cents de ces notes d’avant le sermons, de vagues fils du discours, ont pu être récupérées.
Ses oraisons, restent un modèle de la langue française classique. On retient notamment celui de Henriette de France (†1669), dernière fille d’Henri IV, mariée à Charles 1er Stuart ; celui de leur fille Henriette d’Angleterre (1644-1670), mariée à Monsieur et donc cousine et belle-sœur du roi , au cours duquel il prononça son célèbre « Madame se meurt, Madame est morte »; celui de Marie Thérèse d’Autriche (†1683), première épouse de Louis XIV.
Il a été le premier prédicateur à avoir réformé l’éloquence, à la débarrasser de ses références païennes comme il pouvait advenir encore à St François de Sales de le faire.
Au plan littéraire, il lègue aux lettres françaises ses Sermons et ses Oraisons. Cet homme impétueux, d’esprit gallican, qui fut protégé de Saint Vincent de Paul, précepteur du Grand Dauphin avant de faire figure de chef de l’église en France, s’inscrit dans le large mouvement de la réforme de la prédication française à laquelle ont participé
- - Pierre Bérulle (1629) et ses Prêtres de l’Oratoire qui se cantonneront à un prêche d’inspiration patristique et particulièrement à l’un d’entre eux, St Augustin. un retour
aux Pères de l’Église comme référents ; - - Le jésuite Claude de Lingendes, célèbre prédicateur, auteur des Sermons sur tous les Évangiles de Carêmes (1666) qui délivrera lui un prêche aux accents sévères, mordants,
tout empreints de logique, d’ exigence morale et sa rigueur ; - - Le janséniste Saint–Cyran (1581-1643) pour la sobriété de sa foi, le dépouillement du propos ;
- - Louis Bourdaloue (1632-1704), « roi des prédicateurs, prédicateur des rois » pour la solidité doctrinale du discours, sa logique serrée.
Bossuet qui préconisait de faire la différence entre la pompe et la majesté, porta l’art oratoire à son excellence en ayant su trouver un parfait équilibre entre sa fougue naturelle, la rigueur d’une argumentation qu’impose le prédicat, la nécessité d’être clair et simple pour être mieux entendu.
Ses oraisons funèbres comme celle de Madame , d’Henriette d’Angleterre, sont en fait des sermons dont la vie du défunt telle qu’il la retrace se veut pour l’édification de l’auditeur l’illustration de vertus chrétiennes, la preuve du bien-fondé d’une morale qui mène au salut.
Saint Vincent de Paul, qui forma au cours ses Conférences de St Lazare, nombre de prédicateurs et parmi eux Bossuet, souhaitait formé non des orateurs mais des prédicateurs par une « petite méthode » loin des effets oratoires et des préciosités qui avaient occupé le prêche au début du siècle. Il souhaitait une prédication simple, issue du cœur, chaleureuse. Bossuet s’y tiendra et en donnera illustration dans Panégyrique de St Paul (1659) et dans Sermon sur le Parole de Dieu (1661) :
« Ne cherchons pas de vains ornements à ce Dieu qui rejette tout l’éclat du monde. Si notre simplicité déplait aux superbes, qu’ils sachent que nous voulons leur déplaire, que Jésus dédaigne le faste insolent, et qu’il ne peut être connu que de humbles ». (Panégyrique de St Paul)
Son éloquence va évoluer. A la fougue, à l’éloquence imagée, puisées chez le romain Tertullien(160-220) ( les cadavres de Jérusalem «exhalant de leurs corps pourris le venin, la peste, la mort »), il va substituer arrivant à Paris de Metz, en 1659, la simplicité, le dépouillement, la sincérité enseignés par François de Sales. Les trois points fort de ses sermons sont :
- ·
son absolue fidélité aux Écritures qu’ils citent en permanence. Il trouve ce style qui portera son nom à la postérité, un style qui trouve son équilibre entre
une certaine luxuriance (qui correspond à son tempérament) et des accents de grandeur. N’a-t-il pas dit qu’il ne fallait pas confondre pompe et majesté. Rigueur, clarté,
logique qui n’excluent en rien un vrai, authentique lyrisme. Éloquence qui trouvera son plein aboutissement dans ses sermons et qui se sera appuyée sur une
référence constante aux Écritures ; - · sa connaissance qu’il a acquise du cœur humain au long des confessions ;
- · une argumentation simple et pourtant rigoureuse de son sujet, sans digressions inutiles.
«La beauté poétique des images, le relief de l'expression, le rythme et la musicalité donnent à sa phrase, ordinairement ample et symétrique, une incomparable grandeur, où l'ordre demeure toujours expressif et dynamique. Son registre est limité : Bossuet n'a pas la violence dramatique et concise d'un Pascal ; mais, dans sa ligne, il est inégalable et demeure l'un des sommets du classicisme français… Il est tentant de mettre au premier rang ses Sermons, à cause de leur liberté de forme et de lyrisme… Quant aux Oraisons funèbres, elles sont bien plus que des manifestations d'éloquence. Ces pièces, où chaque mot est pesé, ont une portée politique dont les éditions critiques nous permettent de nous rendre compte. La beauté de la forme ne doit pas nous faire oublier l'habileté avec laquelle Bossuet sut y utiliser une solide documentation historique, voilant sous des allusions discrètes et précises les points délicats, la révolte du Grand Condé ou les malheurs conjugaux de la reine Marie-Thérèse. À cet égard, Bossuet est un maître dont toute son époque reconnut la suprématie » (Encyclopédie Larousse, Jacques Bénigne Bossuet).
Louis Bourdaloue
Louis Bourdaloue (1632-1704), né à Bourges et mort à Paris, est le fils d’un avocat dont l’éloquence était réputée. A 16 ans , il entre dans la Compagnie de Jésus. Après des études de théologie et de rhétorique, il est ordonné prêtre en 1660 et enseigne. En 1669, appelé à Paris, ses dons de prédicateur sont vite remarqués au point qu’il prêche à l’Avent et au Carême devant le roi et la reine ; ce qui fera régulièrement tous les deux ans jusqu’en 1693. Très proche de Bossuet, il est apprécié de Mme de Sévigné qui le mentionne plusieurs fois dans ses Lettres.
Il meurt à l’âge de 71 ans.
Le plus connu des prédicateurs jésuites, qui faisait figure de sage, Bourdaloue délivrait des sermons extrêmement longs qu’il apprenait par cœur. Il les déclamait dans un flot incessant de manière théâtrale, les yeux souvent clos. Il attire non par des dons oratoires qu’il n’a pas – ces mouvements incessants des bras ne sont pas des effets de manche- mais par la finesse de ses analyses, la subtilité des portraits qu’il dépeint et que l’on s’ingénie à faire sortir de l’anonymat. Sa logique est abrupte, son argumentation charpentée. Doit-on voir là le rigorisme du jésuite à la différence de la verve fluide du catholique romain Bossuet ?
Surnommé à la cour, le « roi des prédicateurs, prédicateur des rois », on a considéré son style comme le plus parfait. Il ne faisait pas appel à l’émotion ni à une logique précise.
Portugal
Antonio Vieira
Antόnio Vieira (1608-1697), né à Lisbonne et mort à Salvador de Bahia (Brésil), est le fils d’un greffier qu’il suivra à 6 ans, en 1614, à Salvador de Bahia. Il suit des études au collège jésuite de la ville et commence son noviciat en 1623 en désobéissant à son père.
Lorsque les Hollandais occupent la partie nord du pays, en 1630, il se réfugie dans les terres et y trouve sa vocation de missionnaire. Il poursuit néanmoins sa formation de théologien et son ordination se fera en 1634 à Bahia. Il va lutter contre l’esclavage et prendra la défense des juifs ; deux attitudes qui lui attirent des rancœurs et l’incitent à revenir au Portugal en 1641 un an après que le pays a recouvré son indépendance ; pour autant l’Espagne s’y opposera par une guerre qui durera jusqu’au Traité de Lisbonne en 1668.
Faisant partie de la délégation brésilienne chargée d’approuver la montée sur le trône de Jacques IV de Bragance, il est distingué par celui-ci qui sera mettre à profit ses talents d’orateur quand il s’agira de défendre les intérêts du Portugal lors des négociation préparatoires au Traité de Westphalie qui, réunissant les grandes nations européennes, mettra fin en 1648 à la Guerre de Trente Ans. Une amitié certaine liera le roi et Vieira.
Malgré le succès de sa participation à l’élaboration du traité, il se heurte à l’Inquisition à cause de sa tolérance envers les juifs et les nouveaux chrétiens qu’il manifeste dans ses sermons. Pour les juifs, il demande à ce que ceux chassés d’Espagne soient accueillis par le Portugal. Il revient au Brésil entre 1652/53. Il va pouvoir enfin évangéliser et protéger les Indiens mais maintenant ses positions favorables à l’égard des indigènes pour lesquels il écrit six catéchismes en langues vernaculaires. les colons, furieux, le réexpédient en Europe et l’'Inquisition lui intente en 1663 son procès qui durera jusqu’en 1667.
Vieira se rend à1669 à Rome où rencontrant la même admiration pour ses sermons qu’à Lisbonne, il y séjourne pendant six et obtient l’indulgence du pape Alexandre VII . Il revient en 1675 au Portugal et se retire de la vie publique. En 1681, à 73 ans, il retourne définitivement au Brésil. Il va consacrer ses dernières années à peaufiner ses 204 sermons qui publiés en 15 volumes trouveront un écho dans toutes l’Europe. Il rédige un ensemble de prophéties, Clavis Prophetarum (Clé Prophétique). Il meurt à l’âge de 89 ans.
A son esprit de tolérance va venir se greffer une pensée millénariste empruntée au courant sébastianiste. Un courant né du prophète cordonnier Gonçalo Annes Bandarra (1500-1556) qui dans ses Trovas, des quatrains messianiques, prophétise le retour futur du roi Sébastien 1er mort ou disparu (?) au Maroc en 1578 à Ksar El Kébir lors de la Bataille des Trois Rois qui s’acheva sur une victoire éclatante des Maures. Sebastian devint une figure légendaire voire mythique prenant la forme d’un héros providentiel qui sortirait le Portugal de sa tourmente et en ferait un royaume universel. L’Inquisition accusa le millénarisme de Bandarra au prétexte que ses Trova contenaient des relents judaïques. Ce sébastianisme millénariste est relativement ancré dans l’imaginaire portugais et un poète comme Fernando Pessoa (†1934) n'y aura pas été insensible.
Vieira a cru en une intervention divine imminente qu’annonçait selon lui l’histoire tourmentée du Portugal. Il a cru en à la résurrection de Jacques IV († 1656) et à l’avènement du ‘Cinquième Empire’, empire universel gouverné par le Portugal dans la lumière du St Esprit. La Quinto Imperio do Mundo ( Le Cinquième Empire du monde ) est daté de 1665.
Très grand prédicateur d’une superbe éloquence, Vieira a écrit des sermons qui ont été qualifiés de « monument de la littérature portugaise » dont il est la figure centrale pour le XVIIème siècle. D’une surprenante acuité intellectuelle, il remet tout en cause et soulève des problèmes philosophiques et théologiques qui font vaciller le socle des idées admises de son temps. Il sera condamné par l’Inquisition et enfermé pour sa publication de Voz sagrada politica rethorica e metrica (La Voix Sacrée, La politique, la Rhétorique et la Métrique) publié en 1748).
Ses sermons sont écrits dans le style conceptiste (gongorisme) dans lequel le travail avec les concepts est des plus importants. « Marqué par le goût de son époque, il est obsédé par la cadence binaire et toujours attentif aux échos verbaux qui peuvent être des indications divines. Prédicateur passionné, son ton est parfois apocalyptique se permettant d’apostropher Dieu » (Encyclopédie Universalis).
Parmi ses sermons les plus connus, on cite le Sermon dit de saint Antoine aux poissons, le Sermon pour le succès des armes du Portugal contre la Hollande, le Sermon de la Sexagésime.
Arte de Furtar (Art de Dérober) qui sera offert à João (Jean) IV a été attribué à Vieira jusqu’en 1940 , date à laquelle on a définitivement attribué l’ouvrage au prédicateur jésuite de renom, Manuel da Costa (1661-1667). Il ne s’agit d’y enseigner les meilleures façons de voler, mais de recenser les formes nombreuses du vol et de confondre les différentes sortes de voleurs pour l’édification des lecteurs et pour que le roi puisse leur infliger un châtiment mérité. C’est un ouvrage qui s’inscrit dans la lignée des ouvrages didactiques publiés dans la première moitié du siècle au Portugal tels L'Art de la navigation (1606), L'Art du chant grégorien (1618), L'Art de la prière (1630) et, L'Art de régner (1643).
Notes
[1] Le Collège de Navarre fondé en 1304 par Jeanne 1ère de Navarre à l’emplacement des anciens bâtiments de l’École polytechnique (Montagne Ste Geneviève) sera fermé sous la Révolution.
Les Mercures et La Gazette
France Angleterre
Les Mercures - Donneau de Visé - La Gazette - Le Journal des Savans - The London Gazette - The Athenian Mercury
Théophraste Renaudot - La Nouvelle Revue des Lettres
France
Introduction
Les premières manifestations journalistiques sont au XVIème siècle des feuillets volants, manuscrits appelés ‘Nouvelles à la Main’, qui circulaient souvent sous le manteau. Elles traitaient, sans être des pamphlets, de sujets d’actualité de manière plutôt contestataire ou rapportaient ragots et manigances des cours. A ces nouvelles écrites faisaient concurrence les « nouvellistes de bouches » qui dans les lieux publics les plus fréquentés diffusaient à voix haute tout ce qu’il avait pu glaner d’histoires secrètes du ‘beau monde’ ou manigances politiques. A proprement dit, les gazettes et gazetiers professionnels apparaissent dès le début du XVIIème siècle. Le terme de gazette vient de la monnaie vénitienne de petite valeur qui représentait une pie (gaza) et avec laquelle les vénitiens achetaient leur… gazette.
« Les "gazettes", apparues en Europe dès 1605, se développent d'abord en Allemagne, puis dans les Provinces-Unies (c'est-à-dire les Pays-Bas), en Angleterre, avant d'atteindre la France ». (https://www.franceculture.fr/histoire/du-gazetier-au-fact-checker-la-fabrique-du-mot-journaliste)
Les gazettes contenaient de 4 à 8 pages et paraissaient de manière hebdomadaire. Elles informaient leurs lecteurs des faits récents de la vie politique, littéraire et artistique. Leurs rédacteurs furent appelés à la fin du XVIIIème siècle les ‘’gazetiers’’.
La formule de la gazette qui se répandit en Europe au cours du XVIIème siècle connut ses grands moments au XVIIIème siècle. (Voir Littérature/Genre / Diffusion et idées /XVIIème et XVIIIème siècles).
Les Mercures
Le Mercure François
En 1611, les frères Richer[1] avaient fait paraître un périodique, mais un périodique annuel, Le Mercure François (ou la Suitte de l'histoire de la paix commençant l'an 1605 pour suite du Septénaire du D. Cayer, et finissant au sacre du très grand Roy de France et de Navarre Louis XIII) à vocation plus historique que littéraire ou scientifique. En 1611, une première édition rassemble les Mercure parus depuis 1605. Dans la préface, Richer écrit : « Je te donne dans ce livre les choses les plus remarquables [...], lesquelles mon messager (que j'appelle Mercure françois) m'a apporté des quatre parties du monde, en diverses langues ».
Le Père Joseph prédicateur (†1638), capucin, qui sera l’artisan de l’érection en 1622 de La Congrégation pour la Foi à vocation missionnaire, éminence grise de Richelieu dirigera Le Mercure François de 1624 à 1638 dans une orientation pour la Contre-Réforme très marquée.
La Gazette
De 1638 à 1644, en en reprenant la publication, Théophraste Renaudot (1586-1653), médecin ordinaire du roi, père du journalisme français et créateur de la publicité, en assumera la diffusion. Par ailleurs Théophraste Renaudot fonde le Bureau d'Adresse en 1629 et deux ans plus tard La Gazette ; journal hebdomadaire, c’est la première gazette parue en France. Passées les vicissitudes de la Fronde, La Gazette put poursuivre sa parution, grâce à son fils qui bien qu’en ayant hérité du monopole ne put empêcher la publication d’autre gazettes.
Le Mercure Galant
Donneau de Visé (1638-1710) fait paraître en 1672, Le Mercure Galant qui relate les événement de la cour (mariage, décès, nominations, concerts etc.). Ce Mercure aux volumes épais devient mensuel cinq ans plus tard et s’oriente aussi vers la mode et les chroniques amoureuses et ajoute de la publicité dans ses pages. Il publie régulièrement les poèmes des écrivains de renom et en fait la critique souvent flatteuses Il tient une place certaine dans le milieu littéraire..
Dix ans après sa création, avec la collaboration de Thomas Corneille, il publie des pièces de vers, des récits à épisode, autrement dit des feuilletons qui se suivent d'un numéro l'autre. Le succès notamment auprès des dames amènent les deux associés a y faire rentre des articles sur la mode et de la…publicité. Il prend parti pour Quinault contre Racine dans La Querelle des Bouffons. Il devient en 1710 quand Dufresny en est le nouveau directeur, il prend le titre de Nouveau Mercure auquel collabore Fontenelle. En 1724, il prend définitivement le nom de Mercure de France auquel Marivaux collaborera après avoir lancé un éphémère Spectateur Français à l'instar du périodique l'anglais The Spectator.
Pour la petite histoire, de Visé mena une vie dissolue avec la comédienne dont elle interprétait les pièces Armande-Grésin-Élisabeth Béjart, dite Mademoiselle Molière (1638?-1700), née on ne sait où et morte à Paris, peut-être sœur benjamine de Madeleine Béjart mais plus probablement sa fille.
« Le Mercure galant joue un rôle non négligeable dans la querelle des Anciens et des Modernes : il ouvre ses colonnes à Fontenelle et tente d'empêcher l'élection à l'Académie française de La Bruyère… Prenant parti pour Quinault contre Racine, il encourage en toutes occasions la préférence de ses lecteurs pour les mondanités et la galanterie… en 1724, Le Mercure galant (qui était devenu Le Nouveau Mercure) prend le titre de Mercure de France. Il ne disparaîtra qu'en 1832. » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/le-mercure-galant/)
Cessé d'être publié en 1832, Mais après des disparitions, des refondations, des changements d’éditeur, il finira par devenir une maison d’éditions à part entière en commençant à publier des livres en 1893. En 1958, Les Éditions Gallimard en deviennent propriétaires. Il existe actuellement une Maison d'Edition consacrée au livre érotique Le Mercure Galant.
Le Journal des Savans
Le Journal des Sçavans qui deviendra Le Journal des Savans en 1791 paraît pour la première fois en 1665 sous l’instigation de Colbert. Sa publication reprend en 1816 après son interruption en 1792 avec son nom définitif de Journal des Savants. Il continue toujours de paraître son éditeur étant L’Académie des Sciences et Belles-Lettres.
Périodique scientifique et littéraire, son but est de rendre publique des notices biographiques, les dernières découvertes scientifiques et les dernières publications littéraires.
« Les privilèges des journaux nationaux interdisaient en fait l’existence de périodiques en province. Renaudot et ses successeurs autorisèrent des imprimeurs à réimprimer les gazettes : on compta 38 de ces rééditions de 1631 à 1752, dont certaines contenaient quelques nouvelles ou annonces locales originales. Le Mercure fut aussi réimprimé en province ».
A savoir que depuis François 1er, toute sorte de publication, littéraire, musicale, scientifique, philosophique était soumise à autorisation royale, le roi accordant le privilège d’édition à certains imprimeurs désignés par lui. Façon pour l pouvoir royal de contrôler tout ce qui pouvait être lu.
En France, le rôle des gazetiers qui étaient tout à fait déconsidéré par l’intelligentsia restait modeste en ce qu’il consistait à faire part d’informations dans la plus stricte neutralité sans prendre parti dans un quelconque combat littéraire ou scientifique, ce que se réservait l’édition. C’était aussi le cas en Angleterre où la presse était mise sous un contrôle sévère qui interdisait par exemple la publication de nouvelles de l’étranger. Il fallut attendre la Glorieuse Révolution de 1688 qui renversa Jacques II pour que The licensing act cesse d’être en vigueur… Mais au XVIIIème siècle la presse anglaise méritera d’être appelée par Edmund Burke[important homme politique Irlandais]en 1787 le quatrième pouvoir[2]». En Allemagne, le contrôle ne fut pas moins sévère.
« Les partis en lutte utilisèrent plus volontiers pour leur propagande les libelles et autres feuilles volantes que les journaux. La paix retrouvée en 1648 permit bien la création de nombreuses feuilles périodiques dans la plupart des petits et grands États de l’Empire : on comptait 57 titres en 1701…
« La plupart de ces gazettes étaient imprimées en Hollande où elles jouissaient d’une liberté refusée aux publications indigènes. On leur donnait le nom générique de Gazettes de Hollande : la plus importante fut la Gazette de Leyde. Si l’on excepte quelques épisodiques poursuites, elles se diffusaient sans difficulté en France, par la poste. La plus célèbre de ces feuilles fut Les Nouvelles de la République des Lettres publiée à Amsterdam par Pierre Bayle de 1684 à 1687 : elle avait adopté la formule du Journal des Savants : elle eut de nombreux successeurs. »(Pierre Albert opus cit.)
Théophraste Renaudot
Théophraste Renaudot (1586-1653), né à Loudun (au nord de Poitiers, Centre-Ouest) et mort à Paris, est issu de la petite bourgeoisie protestante. Il commence par faire des études de médecine à la faculté de Montpellier qu’il termine en 1606 avec son diplôme. Puis, il voyage en Italie et en Allemagne.
Son visage sera resté marqué par les séquelles des fistules purulentes (écrouelles) qu’il a contractées à 16 ans.
En 1608, il s’installe et se marie à Loudun. En 1610, il fait la connaissance de l’acétique Père Joseph prédicateur (†1638), capucin. Celui qui sera l’artisan de l’érection en 1622 de La Congrégation pour la Foi à vocation missionnaire, éminence grise de Richelieu, qui dirigera de 1624 à 1638 le Mercure François à l’orientation Contre-Réforme très marquée.
Sensibilisé par Le Père Joseph à la condition des pauvres et à la dureté de la misère qui fait des ravages dans le royaume, Renaudot publie en 1612 Sur la Condition des Pauvres qu’il adresse à la régente, Marie de Médicis ; ce qui lui vaut d’obtenir le brevet de « médecin ordinaire du roi ». Il est présenté à Richelieu qui comme plus tard Mazarin, le soutiendra toujours. En 1614, il devient « Commissaire Général des Pauvres du Royaume ».
En 1625/26, il se convertit au catholicisme. En 1629, il ouvre sur l’Île de La Cité, le Bureau d'Adresses et de Rencontres , premier bureau d’embauche, dans lequel on pouvait faire inscrire les offres et les demandes d’emploi. Et cinq ans plus tard, une ordonnance obligea les chômeurs à s’y inscrire, devenant ainsi la première Agence Nationale pour l’Emploi. Mais sa publication, Feuille du Bureau d’adresses, aura parution irrégulière[3]. Aux offres et demandes d’emploi vint s’ajouter les offres de services et de locations et même des propositions de voyages à frais partagés (pour 3 sous !) : c'est le premier journal d'annonces. Et Renaudot ouvre à la même adresse du Grand Coq un dispensaire où la gratuité des soins pour les pauvres est assurée par les honoraires versés par les autres.
En 1631, il lance La Gazette, et soutenu par Richelieu qui, voyant là un moyen de communication favorable à sa politique, lui accorde en 1635 le monopole avec droit de succession. Ce qui évince les Nouvelles ordinaires de divers endroits de son concurrent Jean Epstein qui s’était empressé les faire paraître la même année 31.
La Gazette alimentée de multiples sources tant françaises qu’étrangères connut rapidement une large diffusion. L’actualité la plus importante fut de 1618 à 1648, celle de la Guerre de 30 Ans. Jean Epstein en était devenu l’un des pourvoyeurs. En 1634, un supplément, Extraordinaires, développait de manière plus circonstanciée les principaux événements. En 1638, à la mort du Père Joseph, il lui succède pendant cinq ans à la tête du Mercure François qui continue de répertorier les événements important de l'année.
En 1640-41, Louis XIII l'autorise à fonder une école de médecine, à produire des médicaments et à ouvrir des consultations médicales. En 1642, Richelieu mort, le Bureau d’Adresses est fermé, ainsi que son bureau d’assistance publique et tous ses titres et privilèges en matière médicale lui sont retirés à l'instigation de la faculté de médecine de Paris. S’y tenaient des conférences faisant la promotion de méthodes nouvelles de traitements des maladies. Mais il a pu entre-temps, en 1637, dans les mêmes locaux ouvrir un Mont de Piété (le prêt sur gage est apparu en Europe au 12ème siècle, en France en Avignon, cité papale). Toutes les sources ne l’indiquent pas comme l’ayant transformé en salle-des-ventes.
Bien que ses fils poursuivirent son travail, la Fronde se chargea d’émietter de plus en plus son influence et de permettre la parution de publications concurrentes. Nommé à la fin de sa vie Historiographe du Roi, il meurt à l’âge de 67 ans.
La Nouvelle Revue des Lettres
En 1684, le philosophe Pierre Bayle († Amsterdam 1706 voir Dictionnaires) va commencer à publier avec succès à Amsterdam, ville de la tolérance par excellence depuis la Renaissance, La Nouvelle République des Lettres, une revue littéraire et philosophique qui rend compte de livres parus dans toute l’Europe. Son Dictionnaire historique et critique paru en 1697 préfigure l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert publiée de 1751 à 1772.
Angleterre
Henry Muddiman (1629-1692) publie sous la Restauration en 1665 la première gazette publiée en Angleterre, The London Gazette. Parue sans interruption depuis, elle est devenue le Journal Offciel du Royaume-Uni. Muddiman, instituteur de formation, était directeur du Parliamentary Intelligencer et du Mercurius Publicus, la publication du Parlement Croupion appelé ainsi après l’exclusion en 1648 des élus du Long Parlement opposés aux partisans de Cromwell (voir Événements Majeurs Angleterre).
Pendant cette période des Guerres Civiles 1648-1653), la famille royale s’était réfugiée momentanément à Oxford et Muddiman avait commencé à donner des informations sur la cour et les événements avec la Oxford Gazette. Cette gazette, en fait une Nouvelle à la Main était réservée aux abonnés qui la recevaient par courrier postal.
La première vraie gazette, imprimée et vendue en périodique est sans étonnement un nouveau Mercure, The Athenian Mercury publié en 1691 par John Dunton (1659-1732), libraire et par ailleurs écrivain, beau-frère du poète arminianiste Samuel Wesley (1662-1735). Cette publication ne traitait pas de l’actualité mais avait un projet culturel, abordant des sujets de philosophie, d’histoire, de science, de société (comme le mariage) auxquels participaient les lecteurs par l’envoi de questions auxquelles il était répondu dans le journal. Ses rédacteurs étaient les trois membres de la Athenian Society , à savoir un prêtre, un philosophe et un mathématicien. Ce Mercure n’aura une vie que de six ans. Ses numéros furent réunis dans The Athenian Oracle. Il faudra attendre 1711 pour que paraisse le premier numéro du fameux Spectator de Joseph Addison et Richard Steele.
Notes
[1] Pour en savoir plus sur les Mercure : Marion Brétéché, Dinah Ribard, Qu’est-ce que les mercures au temps du Mercure galant ? Dans Dix-septième siècle 2016/1 (n°270), PUF.
[2] Citation et pour en savoir plus sur la presse des XVIIème et XVIIIème siècles cf. Pierre Albert Histoire de La Presse, Que Sais-Je ? 2018, Chap. II : Les progrès et la diversification de la presse aux xviie et xviiie siècles.
[3] Sur cette publication, voir : https://dictionnaire-journaux.gazettes18e.fr/ journal/0457-feuille-du-bureau-dadresse
Les Dictionnaires Français
Au XVIIème siècle sont publiés en France plusieurs dictionnaires. Deux auteurs sont particulièrement à retenir pour leur rôle important dans le milieu littéraire de leur temps, Gilles Ménage Antoine Furetière. Pierre Bayle, quant à lui, ajoutera à son œuvre de lexicographe celle d'un philosophe.
Gilles Ménage
Gilles Ménage (1613-1692), polygraphe, philologue, grammairien et lexicographe, a construit une œuvre littéraire et linguistique du plus grand intérêt pour l'histoire de la langue française. Il exerça une très grande influence sur la formation de la langue française comme en témoigne son premier ouvrage La Requeste des Dictionnaires (1649) qui s’oppose au « travaux d’embellissement de la langue française », que commençait d’entreprendre avec son dictionnaire l’Académie Française (1ère parution en 1694) qui lui ferma définitivement ses portes. Mais il fut reçu à l’Accademia della Crusca en 1654. En 1685, il publia Le Origini Della Lingua Italiana. Porté à l’érudition, doté d’une grande mémoire, il est l’auteur parmi une œuvre considérable des Origines de la Langue Française (1650) des Observations Sur La Langue Française (1672-1676) ; Dictionnaire étymologique ou Origines de la langue françoise de Gilles Ménage (Paris, 1694) Voir aussi
Antoine Furetière
Antoine Furetière (1619-1688), né et mort à Paris, poète et romancier, membre de l’Académie Française en 1682 qui a laissé une roman satire, Le Roman Bourgeois (1666), reste surtout connu pour son Essai d’un dictionnaire universel (Amsterdam, 1687) et son Dictionnaire Universel ( La Haye et Rotterdam, 1690) qui lui attira l’animosité de ses confrères académiciens et qu’il ne put voir publié dans son intégralité de son vivant. Il n’en demeure pas moins un outil de référence toujours d’actualité, connu sous le nom du ‘Furetière’.
Autres Dictionnaires :
· Thresor de la langue françoyse, tant ancienne que moderne de Jean Nicot, Paris, 1606
· le Trésor de Recherches de Pierre Borel qui, paru en 1665, qui deviendra sans cesser d’être publié depuis, le Dictionnaire Étymologique de l’Ancien Français, connu sous le nom du ‘Borel’.
· Le Grand Dictionnaire Historique de Louis Moréri (ou Le mélange curieux de l'histoire sainte et profane, Lyon 1674. Dictionnaire consacré aux noms propres.
Ce n’est pas en fait le premier dictionnaire consacré aux noms propres puisqu’il fait suite au Dictionarium propriorum nominum du médecin et érudit
Charles Estienne (1504-1564), également auteur d’un Dictionnaire Historique, Géographique et Poétique publié à Paris en 1553.- · Dictionnaire françois de Pierre Richelet, Genève, 1680
- ·
Le Dictionnaire de l'Académie françoise dédié au Roy, Paris, 1694, première édition du dictionnaire de l’Académie Française de 1694qui « peut être comprise comme
la première manifestation linguistique du pouvoir qui s’interroge sur l’image à donner à la langue française dont le choix se porte sur la langue commune. » - · Le Dictionnaire des Arts et des Sciences de Thomas Corneille, Paris, 1694
- · Barré (Louis), Complément du Dictionnaire de l’Académie française, 1842 » (Classiques Garnier Dictionnaires de l'Académie française (XVIIe-XXe s.)
Pierre Bayle
Pierre Bayle (1647-1706), né près de Pamiers en Ariège et mort à Rotterdam, est fils d’un pasteur qui lui enseigne les humanités avant qu’il n’entame ses études à l’Académie Protestante de Puylaurens (Tarn), anciennement sise entre 1598 et 1629 dans le bastion protestant qu’était Montauban, à l’époque fleurissaient dans les vallées du Tarn, de la Garonne et de l'Aveyron de nombreuses académie protestantes.
En 1669, à 22 ans, il se convertit au catholicisme et entre au Collège Jésuite de Toulouse. Deux ans plus tard, il revient au protestantisme et, devenu relaps (retombé dans l’hérésie), il doit s’exiler. Il choisit Genève où il étudie la théologie et découvre Descartes. Il devient précepteur Il revient en France clandestinement. Il est précepteur à Rouen en 1674 où il se lie avec le théologien protestant Jacques Basnage qui va lui conseiller de présenter sa candidature à l’académie protestante de Sedan, une des académies réformées des plus réputées avec l’académie de Sedan. Jacques Basnage (1653-1723), né à Rouen et mort à La Haye, fin diplomate, a joué un rôle important dans différentes négociations internationales (France-Provinces-Unies-Angleterre-Espagne) et a écrit parmi une production importante, une histoire de la Réforme.
En 1676, Bayle qui se cache sous le nom de Bêle, est à Paris où il est à nouveau précepteur. Il réussit son concours à l’académie et grâce à l’appui du calviniste pamphlétaire, auteur de nombreux traités, Pierre Jurieu (†1713), y enseigne la philosophie et l’histoire. Préfigurant la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685, l’académie de Sedan est fermée en 1681 sur ordre de Louis XIV. Bayle part pour la Hollande et trouve une place d’enseignant à l’École Illustre de Rotterdam, fondée cette même année 1681 pour « servir de passerelle entre l'école latine (école érasmienne) et une université d'éducation à part entière, telle que l’université de Leyde la plus ancienne des Pays-Bas, fondée en 1575 par Guillaume 1er d’Orange alors Stathouder au service de l’Espagne[1]. Basnage le rejoindra en 1685 à la Révocation de l’Édit de Nantes avant de s’installer à La Haye où il mourra.
En 1682, Bayle publie sa célèbre Lettre sur la comète, rééditée en 1683 sous le titre de Pensées Diverses sur la Comète ; Addition et une Continuation fera suite.
En 1686, il crée le premier périodique de critique littéraire les Nouvelles de la République des Lettres, traitant de sujets littéraires, historiques, philosophiques et scientifiques et dont il fut le principal rédacteur pendant trois ans ; Connaissant plusieurs périodes d’interruption, la publication qui se fit toujours à Amsterdam pour éviter la censure se poursuivit néanmoins jusqu’en 1718 proposant des analyses d’ouvrages, des extraits d’œuvres.
La même année, un an après la mort en prison de son frère Jacob, il publie Commentaire philosophique sur ces paroles de Jésus-Christ : « Contrains-les d’entrer », un plaidoyer en faveur de la tolérance envers tous les cultes et même les athées « où [il] prouve par plusieurs raisons démonstratives qu'il n'y a rien de plus abominable de faire des conversions par la contrainte ».
Un an plus tard parait un commentaire sur deux lettres de St Augustin. Pierre Jurieu (1637-1713), pasteur réformé qui enseigna à l’Acaddémie Protestante de Sedan, jusque-là l’avait soutenu, s’indigne de sa tolérance et de son exhortation dans son Avis important aux réfugiés adressés aux protestants qu’il prie de s’en remettre à l’autorité politique. Lui et ses pairs obtiennent que Bayle abandonne sa chaire à Rotterdam. Jurieu est démocrate avant l’heure, donnant la primauté au peuple sur le pouvoir royal alors que Bayle est un royaliste. Jurieu qui prend parti pour Guillaume III d’Orange, stathouder des provinces de Unies le dénonce au Consistoire et auprès de Guillaume III. L’intervention du philosophe de l’harmonie universelle, Anthony Ashley-Cooper, Comte de Shaftesbury († 1713) auprès de Guillaume d’Orange nouveau roi d’Angleterre, lui évite tout poursuite. A cette époque le conflit était permanent entre les loyalistes, fidèles à la monarchie représentée par les successifs princes d’Orange et le États-généraux représentant du peuple. République à partir de 1581, les Provinces-Unies deviendront une monarchie en 1815 sous le nom de Royaume des Pays-Bas.
En 1697, Bayle publie son œuvre majeure le Dictionaire Historique et Critique, véritable Encyclopédie des Lumières avant l’heure.
« Établi à Rotterdam, Bayle était au cœur du débat intellectuel en Europe en raison de son œuvre comme éditeur, comme auteur et aussi en tant que correspondant prolifique. Conçu à l'origine comme une réplique aux erreurs du Grand dictionaire historique de Louis Moréri, son Dictionaire historique et critique en est venu à représenter un travail exemplaire de méthodologie critique. L'auteur a laborieusement compilé, comparé, interrogé, recherchant toujours un certain degré de certitude historique, même dans les cas difficiles. Le Dictionaire de Bayle a été appelé l' "Arsenal des Lumières", pillé et réédité tout au long du XVIIIème siècle tant par les croyants que par les sceptiques qui trouvèrent de quoi accumuler, dans les notes sibyllines de l'œuvre, des munitions pour leur argumentation philosophique. En plus des huit éditions françaises publiées en l'espace de cinquante ans, le Dictionaire a été traduit en anglais (deux versions : 1709 et 1734-1741) et en allemand (1741-1744) » (University of Chicago, The Artfl Project, Dictionnaire Bayle, artfl.atilf.fr/).
Bayle va continuer à travailler à l’amélioration de son dictionnaire jusqu’à ce qu’atteint par la tuberculose, il meure en 1706 à l’âge de 59 ans à Rotterdam où ayant passé 25 ans de sa vie, il est resté une figure célèbre.
Le fond de sa philosophie est celle d’un sceptique pour qui la vérité n’est jamais que relative et toujours sujette à l’erreur. Sa tolérance se nourrit de ce scepticisme qui le porte plus au questionnement, à la discussion qu’à l’affirmation d’une vérité inconditionnelle, ce qui ne l’aura pas empêcher d’être un fervent chrétien. Peu de temps avant sa mort, il aura écrit « Je meurs de la mort du philosophe chrétien, persuadé et pénétré des bontés et de la miséricorde de Dieu »6 (cité par Jean-Pierre Jossua in Pierre Bayle précurseur des théologies modernes de la liberté religieuse , Revue des sciences religieuses,1995).
Notes
[1] Dans les Pays-Bas, les Écoles Illustres, créées au XVIème siècles étaient des écoles préparatoires à l’université diffusant une anciennement classiques. Elles recevaient généralement les élèves ayant suivi les cours des Écoles Érasmiennes ou École Latines qui ouvertes par des protestants, délivrent un enseignement basé sur la connaissance du latin, « sur la lecture des Classiques et de quelques auteurs médiévaux. Les élèves apprennent les principes de l'Ars Dictaminis, pour apprendre à écrire des lettres officielles. »