
LA MUSIQUE BAROQUE 1600-1700
LA MUSIQUE VOCALE
INTRODUCTION
La Naissance de la Musique Baroque - L’Esthétique Baroque - Système Tonal - La Musique Baroque en Europe - Les Périodes - La Musique en Concerts - Leçons du Siècle
La Naissance de la Musique Baroque
Catherine Wagner : « L'art baroque, c'est d'abord l'art de ce qui bouge, de ce qui passe, de ce qui fuit. Il est l'art d'une époque qui préfère le reflet à la chose, qui aime les jeux de miroirs, l'ambigu, la métamorphose, le multiple, le contraste. Le baroque apparaît lorsque la musique cesse de transcrire ce qu'on pourrait appeler le repos de l'âme en harmonie, lorsqu'elle cesse même de vouloir le susciter par le moyen des sons pour tenter, au contraire, de traduire l'émoi, l'insatisfaction, l'agitation de l'âme par des mouvements harmoniques et mélodiques tourmentés, brisés, désagrégés. La beauté n'est plus la seule visée de la musique : c'est l'émotion. »
La période baroque en musique est dite celle de « l’âge de la basse continue » (Riemann). Pour fixer les idées, elle s’étend de 1600 à 1750. Ainsi, dans le style dit ancien ou antique, le Style Antico, la polyphonie se cantonne à la musique religieuse, tandis que dans son expression moderne, dans le Style Moderno, la polyphonie est réservée à l’écriture vocale de la musique profane mais soutenue par le continuo, un ensemble d’instruments qui, selon la technique dite de la basse continue, l’accompagne tout en improvisant sur la base d’une partie écrite de basse chiffrée[1]. En fait, les styles, antique et moderne de la période baroque correspondent au style dit le la Première Pratique tel qu’employé par un Giovanni Pierluigi da Palestrina (1525-1594) et à la Seconde Pratique tel qu’employé par un Claudio Monteverdi (1567-1643).
Exposée par Monteverdi dans son Cinquième Livres de Madrigaux, la Seconda Prattica ou Stile moderno vient en 1605 remettre en cause les règles de l’usage des consonances et de dissonances que Gioseffo Zarlino (1517-1590) avait établies en 1558 dans Le Istitutioni harmoniche (Les Institutions harmoniques ). Monteverdi ne fut pas le seul à marquer ses distances avec les codes de composition de la musique Renaissante tels que les concevaient des compositeurs comme Cypriano de Rore (1515-1565) ou Palestrina qui se fit le défenseur et l’illustrateur des thèses de la Contre-Réforme ; Thèses qui préconisaient aux musiciens de prendre moins de libertés dans la multiplication des voix, la prolifération des rythmes et la diversité des lignes mélodiques.
C’est en dehors du domaine religieux, que les musiciens durent explorer le champ de leurs expérimentations. L’usage de la monodie avec basse continue (basso ostinato) va être systématisé dans la musique profane. Les intervalles de seconde et septième qui font entendre une dissonance seront délibérément choisis pour permettre une plus large expression des voix instrumentales et humaines. Ce Stile nuovo dit aussi Style Rappresentativo s’inscrit en droite ligne des recherches qu’avait entreprises la Camarata Fiorantina dans le dernier quart du XVIème siècle à Florence, et que poursuivait à Rome Emilio de Cavalieri (c.1550-1602) qui créa en 1600 La Rappresentazione di Anima e di o. Ce "dramma per musica" dans le Style Représentatif-Récitatif, donné à la Chiesa Nuova di Roma, siège de l'Ordre des Oratoriens (oratorio) de Saint Philippe de Neri († 1595), considéré comme le premier des oratorios, n'est pas encore à proprement parler un opéra ; il en contient néanmoins en germe tout l'esprit avant l'Orféo de Monteverdi (1607). Avec ce Style Représentatif, l’expression des affects est mise en avant mais par une écriture musicale qui veut suivre le mouvement ‘naturel’ de la voix, ses inflexions, ses accentuations pour amener celle-ci à une parfaite déclamation. L’écriture musicale cherche des possibilités nouvelles de créer une situation qui engloberait tout à la fois l’expression affective, le récit dramatique et ce que l’on pourrait appeler le climat scénique. N’oublions pas que pour le Baroque et selon les règles de la rhétorique, la finalité de l’œuvre (écrite) est bien d’être incarnée autrement dit d’être déclamée. Sa mise sur papier avec la possibilité qui en découle de sa lecture silencieuse n’étant qu’une sauvegarde comme on le dit aujourd’hui pour des fichiers informatiques.
« Au niveau des principales villes de la péninsule, la densité associative tend à s’accroître : pour la période qui va du xvie au xviiie siècle, on connaît l’existence de 177 académies à Rome, 146 à Naples, 121 à Venise, 108 à Bologne, 69 à Florence, 63 à Sienne, 51 à Ferrare, 39 à Palerme, 37 à Padoue et 31 à Milan, » (Jean Boutier À Florence, « lettrés » et « académiciens, Sociabilités intellectuelles et identité urbaine au xviie siècle https://books.openedition.org/pup/45548? lang=fr)
L’Esthétique Baroque
« La réforme mélodramatique débouche sur un style qui affirme à tout instant : La musique est théâtre ; le monde entier est théâtre. Ce style s’inscrit dans l’esthétique baroque, univers du changement,, du mouvement et de la représentation. » (M.C Beltrando-Patier Histoire de la Musique, Bordas 2004 Pg. 379).
« Est baroque une œuvre musicale où l’effet de surprise, l’ornementation gratuite, le changement brusque et fréquent de caractère semblent prévaloir sur la progression rationnelle et intellectuelle. La chatoyance et le brillant d’une sonate de Corelli ; le pouvoir expressif, renforcé par la flexibilité des vocalises ou des ornements, d’une aria de Bach ; enfin le pittoresque et les effets imitatifs d’une pièce de clavecin de Couperin en seraient les garants. Le classicisme, toujours selon les termes musicologiques, survient après. Cette dénomination s’appuie sur des arguments esthétiquement justifiés : à cette époque comprise entre 1770 et 1830 environ correspond la systématisation des formes, un certain nombre de modèles régissant le discours musical. Est classique tel quatuor, telle symphonie répondant à un nombre de mouvements, eux-mêmes établis selon des canons éprouvés. Haydn, Mozart et Beethoven en sont les principaux représentants, auxquels on pourrait même joindre, dans bon nombre d’œuvres de leur jeunesse, Schubert et Mendelssohn. » (Jean-Christophe Maillard Le style musical français au XVIIe siècle : doutes et certitudes in Dix-septième siècle 2004/3 n° 224 https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2004-3)
Changement, rupture, mouvement, représentation, critères esthétiques qui ne sont pas propres à la musique baroque mais à l’art baroque de manière générale. Une autre de ses caractéristiques est l’intervention du contraste. Le grave et aigu auxquels correspondent le sombre et le clair, les accords mineurs et majeurs. Ce qui réunit tous ces critères, leur point commun est la tension ; comme en architecture et en sculpture, l’œuvre est toujours tendue, une tension interne l’habite. Elle ne dégage pas ce sentiment de calme, de quiétude de l’œuvre classique. Il ne faut pas oublier que l’art baroque en quelque domaine que ce soit est né du Maniérisme de l’Italie du XVIème siècle amorcé dès le sac de Rome en 1527. Il semblerait que ce soit les peintres qui, dans le deuxième quart du siècle, ont le plus rapidement montrésrapidement montrés les premiers signes de ce sentiment d’inquiétude par lequel on commence par définir le maniérisme, alors qu’ils avaient reçus du classicisme toutes ses leçons de composition.
Système Tonal
Une autre des nouveautés de la musique baroque est l’affirmation du mode tonal, autrement les modes majeur et mineur préalablement existant dans l’ancien système modal mais qui seront les seuls modes à être conservés. Jusqu’à la Renaissance, la musique modale est basée sur le système des modes : Une gamme est un ensemble des notes constituant une échelle musicale, échelle des intervalles (différences de hauteur, rapport entre les sons dits notes) entre ces notes. Cette échelle compose le mode de la gamme. Il est désigné par la note principale de base dite fondamentale ou tonique. La modalité emploie 4 modes soit 4 gammes définies par leur note fondamentale: ré, mi, fa, sol. Chaque mode se subdivise a) en authente (authentique) : à partir des fondamentales, on monte sur un octave l’équivalent d’intervalles de la gamme que nous appelons aujourd’hui gamme de do majeur, la teneur (dominante) est à la quinte de la fondamentale (tonique) ; b) en plagal : on déplace les quatre dernières notes en les plaçant en tête de la gamme. Exemple : l’authente de ré soit ré mi fa sol la si do ré (ambitus ou registre de ré à ré) devient la si do ré mi fa sol la, soit le plagal de ré (ambitus de la à la) où la teneur est à la tierce.
On obtient quatre modes d’authente et quatre modes de plagal soit 8 modes. La musique moderne à partir de la Renaissance ne reteindra à la fin de la polyphonie que le mode majeur et le mode mineur qui définissent le système tonal. En modal et en tonal, les gammes se différencient par la place qu’occupent les deux 1/2 tons. La gamme type majeure, non altérée, a pour fondamentale la note do. La gamme type mineure, non altérée, a pour fondamentale la note la. Chacune des 7 notes (degrés) de la gamme peut être la tonique (fondamentale) d’une gamme majeure ou mineure. Les altérations bémols et dièses, permettent de respecter les emplacements des intervalles de ½ ton, pour que la gamme soit majeure ou mineure.
La musique baroque va se complexifier par une Musica Poética, une théorie et une pratique d’expressions des passions qui associent les notes aux vertus et par une symbolique sonore. Le ré est associé à la foi, le mi à l’espérance, le la à l’amour etc. ; l’aigu exprime, le ciel, la montagne, le demi-ton la douleur, la souffrance, la rupture, le silence, la mort etc. (Ulrich Michel Guide Illustré de la Musique, Édit. Fayard 1990)
Musique Baroque en Europe
Dans le concert des nations, on ne saurait parler de couacs mais si toute la musique italienne et germanique est foncièrement baroque avec des compositeurs comme Dietrich Buxtehude (1637 –1707), en Allemagne du Nord, Arcangelo Corelli (1653 1713) en Italie, la France persistera dans sa « vocation » classique et le Ballet de cour fera longtemps obstacle à l’opéra malgré la volonté affirmée de faire admettre à l’auditoire français la musique italienne. L’Angleterre
Les formes les plus usuelles de l’art musical baroque sont sans exclusive mais particulièrement
- · Outre-Rhin : la cantate, l’oratorio,
- · Italie : le récitatif et l’aria et arioso, la sonate, la symphonie, le concerto et concerto grosso,
- · France : le motet, petit et grand (concertant), le ballet, la pastorale,
- · Outre-Manche : le mask, musique pour le virginal, pour le luth,
- · Péninsule ibérique : la zarzuella et la farsa (farce) , l’egloga (églogue, poème pastoral) et la comedia harmonica.
Les Périodes
Il n’y a pas de périodes bien distinctes dans la musique baroque au cours du siècle et demi de son histoire, sinon que dans la première moitié du XVIIème siècle, la musique polyphonique, fut-elle interprétée avec basse continue, n’en continuera pas moins de s’illustrer et que l’opéra poursuivra son développement jusqu’à en être la forme la plus éloquente. Dans la seconde moitié du siècle, la musique instrumentale va totalement s’épanouir même si déjà en 1592 était créée à Paris La Grande Bande des Vingt-Quatre Violons avec dessus, parties intermédiaires et basses, et qu’en Angleterre, en 1611, paraissait à Londres le premier recueil de musique pour virginal (tout instrument à clavier : clavecin, orgue de chambre, muselaar, virginal) marquant ainsi une date importante pour l’instrumentation.
La première moitié du XVIIIème siècle voit le plein épanouissement de la musique baroque avec les grands maîtres incontestés du Style, Johann Sebastien Bach (†1750) et fils, Georg Friedrich Haendel (1759), Antonio Vivaldi (1741), Domenico Scarlatti (1757), Georg Philipp Telemann (†1767).
Une des dernières manifestations du baroque en musique s’expiera sous la forme du Style Galant à partir des années 1730 jusqu’à ce qu’apparaisse la musique dite classique dans les années 1750 et qui occupera la seconde moitié du siècle. L’Art Classique (ne devrait-on pas étendre la désignation de Néo-Classicisme à tous les expressions artistiques de cette période) prendra le contre-pied du Baroque par un retour à un souci d’harmonie, d’équilibre, de clarté, au moment où paradoxalement, en littérature, Goethe faisant la jonction (Iphigénie en Tauride, Les Souffrances du Jeune Werther), le Sturm und Drang annonçait le Romantisme.
La Musique en Concerts
Le XVIIème siècle voit apparaître le concert. Jusque-là, les instrumentistes domestiques tout comme les compositeurs, qui eux en plus de jouer doivent composer sur commandes, au service d’un roi, d’un prince ou d’un duc et qui portent livrets, étaient chargés des tâches domestiques musicales comme faire danser, divertir lors d’un repas, de fêtes et de réceptions, au théâtre, à l’opéra, pour les sorties de la chasse, et à l’occasion des cérémonie religieuse, assumant ainsi une tâche accablante. C’est d’ailleurs à ces musiciens de divertissement que l’on doit l’Intermède. A l’origine, au XVème siècle, ils jouaient entre les services, pendant les entre mets (qui donna entremet). L’intermède finira par devenir un genre en lui-même ; qu’il soit dramatique, lyrique, chorégraphique ou musical, il s’intercalera dans les entre-actes dramatique ou lyriques et finira par donner naissance à l’Opera Buffa au XVIIIème siècle. Il arrivait parfois que le maitre de séant offre à ses inviter un « cadeau en musique », réunissant pour un bref moment musiciens avec ou sans chanteurs.
Ils existent parallèlement aux musiciens domestiques, des musiciens professionnels qui pour autant sans être au service d’un ‘grand’, sont attachés à une église ou à une ville. Ils sont (bien) payés en nature et en espèces. La bourgeoisie les fait venir pour les festivités corporatives et les fêtes familiales. Ils jouent des aubades, des danses, des chansons, tout un répertoire populaire et folklorique. Bien souvent disparu. Par ailleurs dans les familles de ‘bonne’ bourgeoisie, aussi bien que dans les familles nobles, on joue du luth, de l’épinette ou de la viole pour son plaisir personnel ou l’on fait jouer ou chanter un invité dont on sait les talents musicaux.
Dans la seconde moitié du XVI siècle étaient apparus en Angleterre les Whole Consorts et les Broken Consorts. Les premiers étaient des ensembles musicaux regroupant un même instrument, viole ou luth par exemple, les seconds réunissaient des instruments différents, mêlés. Ils jouaient des compositions de Thomas Morley ou de John Dowland. Au XVIIème siècle, pour la première fois des concerts publics vont être donnés. Dans l’acception figurée autant que littérale, ils vont être payants. Maffeo Barbarini (pape sous le nom Urbain VII en 1623) fait construire le Palais Barberini, Palazzo Barberini ai Giubbonari en 1627/28 par Carlo Maderno et Francesco Borromini, achevé en 1632/35 par Le Bernin ; une aile est consacrée au Teatro delle Quattro Fontane ; ce théâtre pouvant contenir 3000 places, inauguré en 1632 par le drame religieux de S. Landi Il Sant’Alessio sur un livret de Giulio Rospigliosi, non seulement va devenir le foyer de l’art lyrique à Rome mais pour la première fois instaurera le principe de l’entrée payante (https://journals.openedition.org/appareil/809#tocto1n1). Le premier concert sera donné, lui, au Théâtre de Venise en 1637.
D’autre sources (https://en.wikipedia.org/wiki/Tor_di_Nona) indiquent que Christine de Suède qui a abdiqué en 1654 et qui s’est installée définitivement à Rome dans le quartier (rioni) du Trastevere au Palais Corsini où elle s’entoure de poètes et de musiciens (Stradella, Corelli, A Scarlatti), d’artiste (Le Bernin), fait transformer en 1667, l’ancienne prison du quartier Tor di Nona qui hébergera la meilleure compagnie romaine. Et en janvier 1671, avec l’autorisation exceptionnelle du pape Clément X -jusque-là l’Église interdisait les représentations publiques théâtrales et d’opéras- elle fait ouvrir le Teatro Tordinon, le premier théâtre public de Rome. En janvier 1671, le Théâtre est inauguré avec l'opéra Scipione Affricano de Francesco Cavalli. En 1674, elle a créé l’Academia dell’Riario qui deviendra la fameuse l’Accademia dell’Arcadia (Académie des Arcades) fondée en 1690 par des poètes pleinement imprégnés de mythologie grecque et largement inspirés par l’Arcadia (1501) de Jacopo Sannazaro (†1530 , voir Renaissance Littérature/ Italie) et à laquelle ont appartenu seulement deux musiciens, Arcangelo Corelli ( 1653-1713) et Bernardo Pasquini (1637-1710).
Accademia dell’Arcadia fondée après sa mort en 1690 par les quatorze poètes qui l’entouraient (voir Littérature/ Poésie/Italie).
En France, en 1656, le premier concert payant aurait été donné au Palais-Royal. (É. Vuillermoz Histoire de la Musique, Fayard 1973 pg. 104).
« Dès la fin du XVIIème siècle, s’ouvrent des salles de concerts publiques où l’on peut entrer en acquittant le prix du billet ou par abonnement. Cette pratique permet à une nouvelle classe sociale-la bourgeoisie- de prendre une part plus active à la vie musicale » (D. Patier Histoire de la Musique Op. Cit. pg.541).
Ce nouvel auditoire portera plutôt son goût vers la virtuosité, les effets brillants.
La plupart des sources donnent, du moins pour la France, comme premier concert public payant celui du hautboïste, ami de Diderot, Danican Philidor (1681-1728) avec l’institution en 1725 de son Concert Spirituel. La nouveauté du Concert Spirituel était qu’il était ouvert à tous, autrement dit à toutes les classes sociales. Mais vu le nombre de place de certains opéras comme les opéras de Brunswick (Braunschweig) contenant 1200 places ou du Palais Barberini à Rome en contenant 3000, on peut supposer que même payant, il devait accueillir certes non pour des concerts mais pour des opéras un auditoire plus large que la seule noblesse. Les Concerts Spirituels, nommés ainsi en référence aux concerts de musique sacrée (spirituelle) qui auparavant étaient donnés à certains moments particuliers de l’année liturgique, ne dépendaient plus de l’Académie Royale de Musique (l’actuel Opéra). Ils étaient donnés au Palais des Tuileries dans la grande salle dite Salon des Suisses. Six mois avant sa démission de directeur des Concerts Spirituel, Philidor (1726-1795), compositeur et tout autant joueur d’échec créa les Concerts Français (1727–1733) qui seront donnés toujours aux Tuileries en hiver les samedis et dimanches matin. Les Concerts Italiens réunissaient eux toujours aux Tuileries mais les jeudis et samedis les compositeurs italiens, et les français qui avaient séjourné dans la péninsule. Ces représentations se poursuivront jusqu’en 1791.
Les Leçons du Siècle
Qu’aura apporté le XVIIème siècle à l’histoire de la musique européenne ? Quel héritage ses compositeurs laissent aux générations futures ?
A la fin du siècle, la polyphonie aura quasiment disparu au profit de la monodie et de sa ligne mélodique que soutient la basse continue. Dans le courant du siècle, elle aura été préservée pour l’écriture de motets et de messes en parallèles de messes de plain-chant. L’écriture contrapunctique restera présente chez certains compositeurs, notamment de musique religieuse comme chez Marc ‘Antonio Cesti (†1669) ou Orlando Gibbons (1583-1625), un maître du contrepoint, et sa théorisation ne sera pas abandonnée comme en témoigne le traité Sur Les Doubles Contrepoints de Christoph Bernhard (†1692) ou les écrits de Johann Theile (1646-1724 Nambourg, Saxe-Anhalt).
Nambourg (Saxe-Anhalt), Des sept modes de la période médiévale, seuls deux modes demeurent définitivement, le mode majeur (½ tons au troisième et septième intervalles, exp : gamme d’ut majeur) et le mode mineur (½ ton au deuxième et cinquième intervalle, exp : gamme de la mineur). Le système tonal avec sa note fondamentale, la tonique, autour de laquelle s’articulent la ligne mélodique et les accords est définitivement acquis au détriment du système modal à la tonalité (le centre tonal) instable. L’harmonie, à la fois science des accords qu’ils soient joués plaqués ou arpégés et qualité subjective de sons réunis pour être agréables à l’oreille, et dans leurs dissonances mêmes, devient la base de toute composition.
Les instruments et les instrumentistes comme cela s’était déjà affirmé aux siècles de la Renaissance (école du luth, du clavecin, improvisations à l’orgue) acquièrent une autonomie complète qui va donner naissance à de nouvelles formes qui seront petit-à-petit au cours du siècle stabilisées, le concerto et la symphonie, la suite et la sonate, en duo ou trio. Dans la musique vocale, le plain-chant dans le droit fil du développement de la monodie refait son apparition dans la messe. La cantate et l’oratorio, le grand et le petit motet à une seule ligne mélodique ne sont plus polyphoniques bien que pouvant être à plusieurs voix et à deux ou trois chœurs. L’opéra, enfant du siècle, pourrait être à lui seul avec ses arie et ses récitatifs, son lyrisme, ses castrats, son Buono Canto (Bon Chant) qui dérivera vers le Bel Canto (Beau Chant) au XIXème siècle, le grand représentant de cette nouvelle musique que l’on va qualifier de baroque à l’instar des autres arts.
Les concerts jusqu’alors réservées à la noblesse ou la grande bourgeoise, donnés en privés, deviennent ouverts aux publics et payant. Le XVIIIème siècle va porter avec des musiciens d’exceptions toutes ces innovations à leur plein épanouissement.
Notes
[1] Chiffres placés au-dessus de la note fondamentale de l’accord indiquant les intervalles des autres notes : 2 pour la seconde, trois pour la tierce, 4 pour la quarte, six pour la sixte.
LES PAYS
INTRODUCTION
La Musique Profane et La Musique de Scène - La Musique Religieuse
Musique Profane, L’Opéra
La musique baroque nait avec l’opéra. Selon l'Oxford English Dictionary, le mot italien ‘opéra’ qui signifie (travail) mais qui est aussi le pluriel de ‘opus’ a été utilisé pour la première fois dans le sens de «composition dans laquelle la poésie, la danse et la musique sont combinées » en 1639. Dans Recherches italiennes et françaises, ou Dictionnaire Contenant Outre les Mots Ordinaires une Quantité de Proverbes et de Phrases par Antoine Oudin Secrétaire Interprète de sa Majesté, A Paris chez Antoine de Sommaville MCXL (et non 1640), on peut lire page 544 :« opera, œuvre, journée de travail pièce en comédie » . Dans le Dictionnaire Italien et François mis en Lumière par Antoine Oudin [1595-1653)S ecrétaire Interprète du Roi Continué par Laurens Ferretti Romain Tome Premier A Lyon Chez Antoine Boudet MDCCIII, pg. ; 456, on peut lire : « Opera, œuvre, journée de travail : Opéra, pièce de théâtre, en Musique » A remarquer la majuscule dans le sens d’œuvre musicale ; De nos jours Opéra prend une majuscule pour désigner une compagnie d’opéra, par exemple Opéra de Paris.
Dans la seconde partie du XVIème siècle, la musique aussi bien que la poésie avaient porté leurs recherches sur le rapport de la parole et les sons musicaux. La Pléiade avait prôné une poésie « mesurée à l’antique » à savoir que les variations dans l’alternance des syllabes longues et des syllabes courtes déterminent le type de ver, sa métrique. La musique devait suivre une même alternance, la blanche devant correspondre à une syllabe longue, la note noire a une syllabe courte. En 1552, à la publication des Amours de Cassandre, Ronsard ajoutait un Supplément Musical permettant de mettre ses sonnets en musique. En 1571, Du Baïf fondé l’Académie de Musique et Poèsie dans le but évident de d’unir musique et poésie. Du Baïf eu aussi pour ambition d’allier cette musique mesurée à l’antique à la danse :les pas du danseur devant s’accordait à la scansion du vers mis ainsi en musique. Ce qui donnera naissance au Ballet de Cour. A Florence, La Camera Fiorentina menait des rechercher sur le parler-chanter, poursuivies à Rome avec l’Académie de Jacopo Peri (Daphné 1594) qui, avec des compositeurs comme Giulio Caccini (Euridice 1600), Emilio de' Cavalieri (La rappresentatione di anima e di corpo 1600) composaient au tournant du siècle les premières œuvres embryonnaires de l’opéra baroque. Tandis que Monteverdi à Mantoue, puis à Venise, conduisant dans le même axe ses propres recherches mettait en pratique dans ses œuvres scéniques sa Seconde Pratique autrement dit le Stile rappresentativo. A Venise, aussi, Giovanni Gabrielli († 1612) développait le Stile Concertato qui se caractérise par le partage en alternance, d’une mélodie généralement accompagnée d'une basse-continue (1587, recueil des Concerti). Il donna ainsi à la Basilique St Marc tout son éclat au Style Polychoral dans ses compostions à deux chœurs faisant jouer à la polyphonie tout son rôle spatial.
« Les pièces du premier recueil se distinguent surtout par la recherche du résultat sonore, de l’effet, qui doit alors primer sur la technique d’écriture. En cela, Giovanni se montre un réel précurseur de la musique baroque naissante. En revanche, les pièces du recueil posthume montrent les germes de la musique baroque moderne, telle qu’elle le sera représentée par Monteverdi, Schütz ou Cavalli » ( http://www.ars-classical.com/gabrieli-g-bio.html).
« Utilisant comme point de départ une facture polychorale, Gabrieli confia certaines parties, puis des chœurs tout entiers, aux instruments (il appela ses pièces instrumentales "canzones" et "sonates") dans des motets en plusieurs sections comme In ecclesiis benedicite Domino des Sacrae Symphoniae (1615) »
L’association de la parole poétique au son musical, la naissance du récitatif qui traduit par le chant les inflexions de la voix parlée et les sentiments, les affects qu’elle véhicule afin de conférer à la musique par une expressivité marquée la possibilité d’être, elle aussi, l’enjeu d’une traduction scénique, et le déploiement d’une musique qui ne peut être jouer que dans et par l’espace ont abouti à ce qui caractérise la musique baroque la mise en représentation, représentation effective sur scène et représentation ostensible des affects, des effets dramatiques. De la forme aboutie de l’opéra émerge le Buono Canto (dénommé ensuite Bel Canto), qui devient un des modes d’expressions par excellence du baroque en musique.
Si les innovations sur le parler-chanter de la Camerata Fiorentina à Florence et de Monteverdi à Mantoue puis à Venise ont incontestablement abouti à une forme embryonnaire de l’opéra, leurs recherches portaient essentiellement sur ce qui sera le récitatif, l’expression dramatique dans une concordance de la parole et du chant. Elles ne sont pas pour autant les seuls facteurs qui ont permis l’évolution du Dramma per Musica vers l’opéra tel que nous le connaissons aujourd’hui. Une place importante va de plus en plus être prise par ces nouveaux-venus que sont les ‘vrais’ librettistes dont le rôle par une écriture proprement dramatique (théâtrale) du livret sera au moins égal à ceux du compositeur et du scénographe. La scénographie tenant son importance de ce qu’elle faisait appel à une machinerie complexe (déjà présente dans les drames religieux des siècles antérieurs, descentes des anges etc.) autant qu’à un décor grandiose sera aussi un facteur essentiel en ce qu’il fournira à l’opéra le moyen d’être d’abord et avant tout un spectacle et un spectacle total devant satisfaire à l’esprit baroque d’un art total, autant visuel qu’auditif.
C’est dans la première partie du XVIIème siècle que va se faire cette évolution qui va amener des changements au plan théâtral et au plan vocal. Au niveau de l’écriture dramatique, le mélange des genres dans un partage des scènes comiques et dramatiques va devenir une des caractéristiques de la dramaturgie baroque, l’effet de contraste se retrouvant dans toutes les formes d’expressions baroques. A noter que c’est ce que de son côté, le Théâtre Elisabéthain, de manière toute indépendante, avait déjà pratiqué.
Au plan vocal, une nouvelle manière de chanter qui obéit à des règles strictes, le Bel Canto va naître. Cette technique sera particulièrement défendue par l’École de Rome. Par la suite, à partir du 19ème siècle, à l’époque romantique, le bien chanter sera plus entendu comme le beau chant, c’est-à-dire que les compositeurs chercheront à faire prévaloir la qualité de la voix sur l’expression musicale proprement dite. A notre époque, il faut rendre hommage à une cantatrice et musicologue comme Nella Anfuso qui perpétue, en dehors bien souvent des circuits officiels et des grandes scènes, cette pure tradition romaine du Bel Canto, qu’elle a su faire ressortir de l’oubli. Les registres vocaux vont s’enrichir. Il n’était pas demandé au chanteur et à la chanteuse, comme c’est le cas actuellement, d’avoir une voix homogène, un unique ambitus, une unique amplitude de voix. L’art vocal requérait de « modifier le timbre de sa voix, pour faire entendre des sons plus ou moins lugubres, plus ou moins éclatants; il [le chanteur] les voile, il les dilate; tantôt il les fait sortir avec force; tantôt il les affaiblit langoureusement. Enfin, il donne des sons mâles et assurés; des sons troublés et entrecoupés. Il fait faire valoir tous les moyens de la prononciation » (Boye 177). Voix de poitrine : La voix de ténor ancien voix du supérius de la teneur (du cantus firmus dans l’organum) se subdivise en voix de taille (ténor grave), voix de basse-taille (basse-chantante ou baryton-basse), haute-contre (ténor aigu, ténor léger, ténorino, propre au répertoire français), ; voix de tête (ou falsetto) : le sopraniste (contre-ténor soprano), l‘altiste (contre-ténor altiste comme parmi les chanteurs actuels Henri Ledroit, Jams Boman, Alfred Deller. La voix des castrati est suraigu, « claire et perçante ». Les rôles de femmes étaient tenus par des castrats. Le rôle de l’Orfeo de Monteverdi représenté en 1606 était tenu par un castrat.
Si le premier opéra baroque s’est caractérisé par une primauté donné au texte avec un rôle central donné à l’air strophique, le second opéra baroque dont Alessandro Scarlatti (1660-1725) a été dans le passage au XVIIIème siècle un de ses premiers et plus brillants compositeurs, se définit par la primauté donné au chant dans la formule qui lui est consacrée celle de l’opéra séria qui se compose d’une série de récitatifs faisant évoluer l’action et les aria da capo construites suivant la formule A-B-A’, A étant un premier exposé, B sa contradiction, A’ étant la reprise de A avec une totale liberté donné au chanteur pour lui permettre de mettre en valeur toutes ses capacités techniques et vocales par une ornementation improvisée.
La Musique Religieuse
La musique sacrée va maintenir des formes anciennes comme chez les catholiques, les messes (parodiques ou non), le chant-grégorien qui reviendra au goût du jour, le motet dont les premières expressions remonte à la période médiévale mais qui à Versailles se fera Petit ou Grand. Mais, avec la Réforme Protestante et le Concile de Trente qui s’en veut le pendant des nouvelles formes de musiques religieuses vont faire leur apparition mais toutes empreintes de la nouvelle esthétique, l’esthétique baroque. Le culte protestant, qui remplace la messe, introduit le choral luthérien correspondant à l’hymne catholique. L’oratorio et la cantata da chiesa et le psaume se retrouvent dans les deux confessions. Essentiellement, toutes pièces pour orgue, la fugue qui fait suite au ricercare qui reste d’actualité, la toccata, les variations et fantaisies sont des formes nouvelles de la musique instrumentale sacrée.
Dans la première moitié du siècle, nombre de musiciens vont encore composer dans le mode polyphonique ‘à la Palestrina’ dans le stile antico ; mais des musiciens comme C. Monteverdi vont introduire dans la musique d’église des innovations proprement baroques comme son stile concitato (agité), un des éléments du stile moderno. Plus avant, les musiciens écrivant pour la liturgie, les cérémonies religieuses (office des ténèbres…) ou événements de circonstances (requiem…) vont adopter le style baroque monodique avec basse continue et certains feront preuve d’une très grande liberté d’invention.
Le Maitre de Musique d’Église
« À la fois pédagogue, compositeur, chanteur et/ou instrumentiste, théoricien, il est chargé de tout ce qui concerne la bonne exécution de la musique durant les offices, conduisant le chœur d’enfants, les chantres du bas chœur, les instrumentistes (ceux de l’église, de la ville ou ceux de passage). Il participe à la rédaction des livres de plain chant, compose, copie messes et motets polyphoniques, rend des comptes au chapitre dont il dépend. » (Bernard Dompnier, Jean Duron https://www.brepols.net/ 2020)
ITALIE
LES CASTRATS - LES LIBRETTITES - LE BEL CANTO - L'OPÉRA A ROME - A VENISE - A NAPLES
Les Castrats
C’est à Naples au début du siècle que furent formés les premiers conservatoires de musiques qui avaient pour but de former les chanteurs et particulièrement les castrats dont Naples est le berceau.
« Chanteurs qui subissaient la castration avant la "mue" afin qu'ils conservent le registre aigu de leur voix. L'opération de la castration (ablation des glandes génitales) n'arrêtait pas la croissance qui se déroulait normalement mais le développement du larynx était, par contre, stoppé. Sous l'influence des chants d'eunuques, fort répandus dans le monde islamique, l'Espagne va favoriser le chant des castrats….[ La castration se faisait avant la puberté entre 10 et 12 ans.]
Au XVIe siècle, les femmes n'étant pas admises à chanter dans les églises, elles sont remplacées par des castrats. Les enfants sont recrutés entre 8 et 12 ans – avant la puberté – dans des familles pauvres rétribuées. La castration est effectuée en Italie, soutenue par les gens d'église.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, ces voix connaissent un très grand succès auprès du public, surtout en Italie, auprès du public amateur d'opéra. [Mais le VIIIème siècle n’en vit pas moins le déclin de ces chanteurs comme du Bel Canto à l’arrivée…sur scène des ténors et soprani romantiques] ».
C'est en 1770 que le pape Clément XIV interdit la castration et permit aux femmes de chanter dans les édifices religieux. Au XVIIIe siècle, le plus célèbre des castrats est Carlo Broschi dit Farinelli. Le dernier castrat Alessandro Moreschi est mort en 1922. Les castrats disparaissent définitivement au début du XXe siècle.
Il y a une dizaine d'années, dans les caves du Vatican, ont été retrouvés des disques en cire. Ces disques contenaient les enregistrements des interprétations d'Alessandro Moreschi qui a été le dernier castrat. C'est le seul témoignage enregistré (entre 1902 et 1904) existant au monde…. L'origine des castrats coïncide avec l'arrivée des Arabes en Espagne. En effet, dans la culture Nord-africaine et du Moyen-Orient, les Harems étaient gardés par des eunuques. A la différence des castrats, on opérait à l'ablation totale de leurs attributs sexuels mâles (pénis et testicules). Certains eunuques, mutilés avant la puberté, s'exercèrent au chant et furent remarqués par des ecclésiastiques de l'époque.
« Apparus officiellement en 1599 au Vatican, ils y chantaient probablement depuis plusieurs années. L'Église, qui trouve en eux une sorte d'idéal, leur attribue une place essentielle, sans se douter que c'est l'opéra naissant qui va s'attribuer les plus grandes voix. De Monteverdi à Haendel et à Vivaldi, les castrats deviennent les héros de l'opéra vénitien puis de l'opéra seria à travers l'Europe. » (Patrick Barbier Histoire des castrats, Édit Grasset 1989).
En italien, les castrats sont également dits ‘soprano evirato’
Vittori
Loreto Vittori (1604-1670 castrat à la chapelle papale, compositeur de quelques opéras et de trois oratorios et d’airs fort appréciés à l’époque, professeur également d’Antonio Cesti (1623-1669, castrat à la chapelle papale, compositeur de quelques opéras et de trois oratorios et d’airs fort appréciés à l’époque, professeur également d’Antonio Cesti (1623-1669
« Un des plus anciens (avec Marc’Antonio Pasqualini) castrats d’opéra, également compositeur, poète et librettiste. Vittori fut découvert dans le chœur de la cathédrale de Spolète par Maffeo Barberini (alors évêque de Spolète, mais bientôt pape Urbain VIII), qui en 1617 le présenta à Rome. En 1619, il était à Florence, participant à des représentations de drames musicaux (parmi lesquels La spozalizio di Medoro e Angelica de Peri et Gagliano» (https://operabaroque.fr/Vittori.htm).
Pasqualini
Le rôle d’Aristée était tenu par le castrat Marc'Antonio Pasqualini (1614-1691), entré au service du cardinal Antonio Barberini, seniore en 1629 et qui sera maitre de chapelle à la Sixtine en 1650 pendant neuf ans. Pasqualini fut un des plus célèbres castrats du XVIIème siècle.
Atto Melani
Atto Melani (1626-1714), né à Pistoia et mort à Paris, est le fils du carillonneur de la cathédrale de Pistoia et le frère cadet du compositeur Jacopo Melani ( † 1676 voir Opéra/ Italie). A 16 ans, il entre dans la chapelle musicale Mattias de Médicis comme castrat (soprano evitato). En 1644, il se perfectionne à Rome auprès de Luigi Rossi. Puis part pour Paris avec son frère Jacopo où il reste deux ans. Il y revient en 1646 et y restera trois ans s’attirant la sympathie de Mazarin. Il interprète entre autres le rôle d’Orféo dans l’opéra éponyme de de Luigi Rossi.
Dans les années cinquante, il voyage en Allemagne et en France où La Cardinal se sert toujours de lui comme agent secret. En 1661, Mazarin meurt, sans plus de protection, il retourne en Italie. Mais ayant trouvé auprès de Louis XIV un admirateur, il reviendra à plusieurs reprises à Versailles de 1679 à sa mort. (https://www.treccani.it/enciclopedia/melani_Enciclopedia-Italiana/).
Le Bel Canto
Le Bel Canto, le Beau Chant, est d’inspiration orientale de par sa pratique de l’ornementation improvisée. Les cours, les chapelles de la Renaissance appréciaient déjà ce chant orné. Les nouvelles formes de musique vocale, cantate, oratorio et opéra, ont mis en valeur la voix seule.
Cet art s’adresse autant à l’intellect qu’aux sens. Il est baroque par son souci de la diversité, du changement des couleurs, diversité du timbre et du registre. Le fait qu’il ait été désigné au départ comme « buon » et non « bel » comme par la suite, montre qu’il s’agissait dans l’esprit de ses maîtres d’intégrer d'abord et avant tout une bonne technique vocale. Il demande pour être pratiquer l’apprentissage difficile d’une haute technique permettant de passer rapidement du pianissimo au fortissimo, de nuancer avec aisance, de savoir lier (le légato) en passant d’une note à l’autre, porter la voix d’un intervalle à l’autre, phraser (le phrasé) en passant d’un dessin à l’autre, et encore savoir improviser (savoir improviser ne s’improvise pas) en ornementant la mélodie.
En 1614, le grand chanteur et musicien, Giulio Caccini (1551-1618), membres éminent de la Camaerata Fiorentina et dont le dramma per musica Euridice fut représenté en 1602 au Palais Pitti à Florence, dans ses Nuove Musich, ouvrage édité en 1614, pose les fondements de ce nouvel art lyrique, un chant capable d’exprimer (aussi) les ‘affettis’, les états d’âme.
Les Librettistes
On ne saurait ignorer l’importance voire le rôle parfois déterminant que les librettistes ont joué dans l’évolution du genre opéra. Les librettistes ne seront plus des poètes d’académie ou de salon mais de véritables artisans de la plume.
Le métier de librettiste apparut avec Faustini qui en a fait une véritable profession. Il travailla notamment à l’Egisto, premier grand succès de Cavalli (1602-1676) créé au San Cassiano en 1643.
Giacinto Andrea Cicognini
Giacinto Andrea Cicognini (1606 - 1650), né à Florence et probablement mort à Venise, a été diplômé de l’université de Pise en 1645 avant d’écrire son premier livret pour Celio, opéra de musique Sapiti et Baglioni. Il acquerra une grande réputation de dramaturge et de librettiste à Venise écrivant notamment pour Francesco Cavalli et Antonio Cesti.
« Cicognini a été l'une des figures les plus importantes du Dramma per Musica au XVIIe siècle, dans lequel il a fusionné des éléments des deux moules, dramatique que comique, et a parfois reçu des influences de la littérature espagnole du temps (Pedro Calderón de la Barca, Tirso de Molina). Ses deux œuvres les plus célèbres ont été Orontea et Jason, respectivement mis en musique par Pietro Antonio Cesti et Cavalli » (https://boowiki.info/art/dramaturges-italiens-du-xviie-siecle/giacinto-andrea-cicognini.html)
Giovanni Filippo Apolloni
Giovanni Filippo Apolloni (1635-1688), né et mort à Arezzo, sera en 1653 au service de Archiduc Ferdinand Charles d'Autriche à Insbruck et écrira pour les opéras de Cesti, Argia et Dori en 1655 et 1657. En 1659, il entre définitivement à Rome au service du cardinal Flavio Chigi. Les Chigi est une famille princière qui compta parmi ses membres le banquier Agostino Chigi qui fit construire le palais et les jardins de la Farnesina décorée notamment par Raphaël, Jules Romain Sebastiano del Piombo (voir Renaissance/ Trois Génies/ Raphaël) et qui mourut ruiné, et Fabio Chigi, oncle de Flavio, pape sous le nom d’Alexandre VII de 1655 à sa mort en 1667. Il appartint à l’ 'Académie des Percossi, (l’ Académie des Battus, Rossés ), un cercle littéraire de Florence, et écrivit notamment pour Bernardo Pasquini (Caïn et Abel 1671 ; Tirinto, La sincérité avec sincérité, 1672)
Apostolo Zeno
Apostolo Zeno (1668-1750) écrivit les livrets de la plupart des opéra du chanteur, violoncelliste Antonio Caldara (Venise 1670, Vienne 1736). « Il contribua à donner plus de gravité aux livrets d'où sera désormais banni le mélange des genres tragiques et comiques » (https://www.forumopera.com/v1 /metastase/operaseria.html).
« Critique, historien, rédacteur du Journal des écrivains italiens de 1710 à 1719, il succèda à Silvio Stampiglia (1664-1725) comme poète officiel de la cour de Vienne (1718-1729), y précédant Métastase. Passé à la postérité pour ses livrets d'opéras, Zeno méprisait quelque peu cette activité, et déclamait ses poèmes devant ses amis, peu soucieux des possibilités musicales de ses vers, fades et conventionnels. Il occupe néanmoins une place essentielle dans la « réforme » du livret entreprise par l'académie des Arcadiens à Rome ». (Encyclopédie Larousse/ A.Zeno)
« Sous l’impulsion de l’Accademia degli Animosi (fondée en 1691) et du librettiste Apostolo Zeno [1668-1750, son fondateur, Venise amorce alors la grande réforme de l’opera seria visant à libérer le livret des intermèdes comiques, à y rétablir un certain ordre moral, et affranchir les poètes de la tyrannie des chanteurs, imprésarios et scénographes » (Adèle Gornet, Philarmonie de Paris, https://pad.philharmoniedeparis.fr/la-musique-a-venise-de-1600-a-1750.aspx).
Métastase
Pietro Trapassi, dit Pietro Metastasio, (1698-1782) est considéré comme l'un des plus grands librettistes du XVIIIème siècle. Il imposera « au livret un retour à la tragédie antique, en essayant d'en tirer des exemples de vertu. Il codifie irrémédiablement le sujet de l'opéra seria, qui doit avoir un thème moral, ou moralisant, et une fin " morale ", c'est à dire heureuse ». (https://www.forumopera. com/v1/metastase/operaseria.html).
L’Opéra à Rome 1620
Introduction
En 1620 est amorcé le déclin de l’École Florentine qui s’était illustrée avec les compositeurs toujours en activité de la Camerata Fiorentina, notamment Giulio Caccini et Jacopo Peri puis avec un Marco da Gagliano qui composa en 1608 pour le Carnaval de Mantoue une autre Daphné sur le même livret de Rinucci que pour la Daphné de Peri en 1597. Ces deux derniers donnaient à Florence en 1619 devant le grand-duc Cosimo II La spozalizio di Medoro e Angelica (Le Mariage de Medoro et d’angelica), opéra qui reprenait un thème maintes et maintes fois traité par les peintres de la Renaisance et jusqu’au XVIIIème siècle, les amours de ces deux importants personnages du poème chevaleresque de l’Arioste, Orlando Furioso (1516-32).
A Rome, en 1600, Emilio de' Cavalieri qui avait fréquentait la Camerta Fiorentina, mais sans en être un membre des plus influents donna La rappresentatione di anima e di corpo. Stéfano Landi (1587-1639) avec sa Mort d’Orphée représentée en 1619 fait de Rome, malgré la censure papale qui oblige les représentations dans les cercles privés, la nouvelle place de l’opéra. Maffeo Barbarini, pape sous le nom Urbain VII en 1623 fait construire le Palais Barberini sur la place du même nom ( à ne pas confondre avec le Palazzo Barberini ai Giubbonari construit en 1627/28) par Carlo Maderno et Francesco Borromini, achevé en 1632/35 par Le Bernin ; une aille est consacrée au Teatro delle Quattro Fontane ; ce théâtre pouvant contenir 3000 places inauguré en 1632 par le drame religieux de S. Landi Il Sant’Alessio sur un livret de Giulio Rospigliosi, non seulement va devenir le foyer de l’art lyrique à Rome mais pour la première fois instaurera le principe de l’entrée payante (https://journals.openedition.org/appareil/809#tocto1n1). Le décor sera signé par Le Bernin (1598-1680). Avec les compositions de Stefano Landi († 1629) seront représentées celles de Marco Marazzoli ‘† 1662) jusqu’à la fin de la fastueuse époque du cardinal Francesco Barberini qui, de par l’élection en 1644 du Pape Innocent X qui lui est hostile, et compromis dans des tractations financières, devra fuir Rome avec toute sa famille et recevoir l’hospitalité de Mazarin en France. Il revient à Rome en 1644 où il meurt en 1679.
Giulio Rospigliosi
Giulio Rospigliosi, lettré et mécène, futur Clément IX en 1667 (après le Concile de Trente) collabora pour les livrets avec les meilleurs composteurs romains : S. Landi pour Il Sant’Alessio, L. Rossi pour Il Palazzo Incantato d’Atalante (Le Palais Encganté d’Atalante), M. Marazolli pour La Vita Umanaover il trionfo della Pietà (La Vie Humaine ou le Triomphe de la Piété ). On lui attribue les débuts de L’Opera Buffa (Opéra Bouffe, voir Genres/Opera) avec Chi soffre, speri (Qui Souffre, Espère) sur une et Dal Male Il Bene (Du Mal Vient le Bien) sur des musiques de Marazzoli. Ses sources d’inspiration sont Le Tasse et Calderon.
Stefano Landi
Stefano Landi (1587-1639), né et mort à Rome, fut chanteur et organiste à la Basilique Sainte-Marie-du-Trastevere, puis un temps maitre de Chapelle à Padoue, avant d’être au service des familles Borghese et Barberini. A partir de 1624, il termina sa carrière comme maître de chapelle l'église Santa Maria ai Monti à Rome
Auteur de neuf livres d’arias (voix seule et basse continue, ou air d’opéra) et de cantates[1] dont il est un des pionniers dans le Style Representatif de la Seconde Pratique, de madrigaux, de psaumes, de messes, il est surtout connu pour deux opéras : Il Sant’Alessio, drame sacré sur la vie (légendaire) de Saint Alexis de Rome de 1631>34 dont le rôle éponyme et celui de son épouse étaient tenus par deux castrats. Et La Morte d’Orfeo (La Mort d’Orphé), un opéra pastoral représenté en 1619 et dans lequel l’auteur ne s’est pas intéressé au premier épisode de la vie du héros, avec la descente aux enfers pour chercher Eurydice, mais au second, sa mort tragique de la main des Bacchantes.
Giovanni Carissimi et L’Oratorio
Giovanni ou Giacomo Carissimi (1605-1674) et né à Marino près de Rome où il mourra. Orphelin de père à 10 ans, il entre dans un orphelinat où l’on enseigne la musique. A 20 ans, il est organiste à la cathédrale San Lorenzo de Tivoli. En 1628, alors âgé de 23 ans, il occupe le poste de maitre de chapelle (maitre de chant et directeur de musique) de la cathédrale San Rufino d’Assise. Deux ans plus tard , il est maitre de chapelle à Saint Apollinaire à Rome., église rattachée au Collegium Germanicum et Hungaricum
Il aura été le plus important compositeur d’oratorio avec notamment Le sacrifice de Jephté de 1650. Le Stile Rappresentativo ‘déborda’ inévitablement sur la musique sacrée. L’oratorio en fut une de ses expressions. Drame religieux, à la différence de l’opéra, il n’est pas mis en scène si ce n’est de manière exceptionnelle ; c’est en quelque sorte une version concert d’un opéra. Le premier oratorio a avoir été représenté est en 1600 La rappresentatione di anima e di corpo d’ Emilio de' Cavalieri à l’oratoire (d’où le nom donné au genre) romain de S. Maria Vallicella fondé par Saint Philippe de Néri (1515-1595), fondateur de la Congrégation de l’Oratoire, canonisé en 1622.
Il occupera le poste jusqu’à sa mort en ayant eu de nombreux élèves dont notamment :
chez les Italiens A. Scarlatti (1660-1725), G.M. Bononcini (père de Giovanni †1747, voir XVIIème siècle),
chez les Allemands Chistoph Bernhard (†1692), élève également d’Heinrich Schütz (1585-1672), pour lequel il écrira à sa demande un motet pour ses funérailles, important théoricien de la musique allemande (Von den doppelten Contrapuncten, Sur Les Doubles Contrepoints) dont les traités reflètent l’esthétique de son maître, Kapellmestier à la cathédrale d’Hamburg,
Johann Caspar († 1693), aux œuvres diversifiées, très célèbre en son temps, qui eut pour élève Johann Pachelbel (1653-1706),
les compositeurs et organistes P.J. Baudrexel, maitre de chapelle et de cour en Bavière, Johann Caspar Kerll et J.P. Krieger,
le Français M.A. Charpentier,
Carissimi aura été avec Frescobaldi (maitre de Froberger) et avec le maitre incontesté du clavier, Bernardo Pasquini (1637-1704), le compositeur et organiste italien qui aura imprégné les organistes et compositeurs Allemagne du Sud.
Carissimi écrivit 17 oratorios, 12 messes, motets et cantates. Ses textes sont simples, accessibles voire teintés de naïveté sur une musique qui, elle, est raffinée avec emploi du madrigalisme (ou figuralisme[2]).
Luigi Rossi
Luigi Rossi (1598-1653), né à Torremaggiore (Les Pouilles) étudia à Naples avant de se rendre Rome en 1621 où il entre au service de la famille Borghèse. En 1623, il est organiste à Saint-Louis-des-Français. Ce n‘est qu’en 1641 qu’il entre au service du cardinal Barberini, à peine trois ans avant que celui-ci ne s’exile en France. Il compose pour lui Il Palazzo Incantato d’Atalante (Le Palais Enchanté d’Atalante). Il suit la famille Barberini dans son exil parisien. Certaines sources indiquent qu’il serait venu en France à l’invitation de Mazarin, souhaitant faire adopter la musique italienne aux Français. Il y donne au Palais Royal devant un Louis XIV à peine âgé de 9 ans, son Orfeo en 1647 dont le rôle d’Orfeo sera interprété par le castra Arro Melani. La mise en scène est du célèbre Torelli, les ballets furent confiés à Lully. Le rôle d’Aristée était tenu par le castrat Marc'Antonio Pasqualini (1614-1691), entré au service du cardinal Antonio Barberini, qui, seniore en 1629, sera maitre de chapelle à la Sixtine en 1650 pendant neuf ans. Pasqualini fut une des plus célèbres castrats du XVIIème siècle. Avec les débuts de la Fronde en 1648, Rossi regagne Rome.
L’arrivée à la cour de Versailles de Rossi en 1644 aura de grandes conséquences sur la musique française du siècle. Mazarin qui voulait faire adopter la musique italienne aura comme l’on dit ‘’réussi’ son coup. Les cantates romaines vont être interprétées par les musiciens français et leur influence se fera sentir jusque dans les compositions de Lully. Sa tragi-comédie Orfeo qui connut bien qu’en italien, un succès tel qu’elle fut représentée 5 fois la même année 47, ne manquera pas non plus d’inspirer les auteurs français et la scénographie grandiose de Torelli avec un chorégraphie de Giovanni Battista Baldi, marque le début des spectacles à grande machinerie avec de l’apparition du deus ex machina.
Rossi reste plutôt connu pour ses cantates da camera (profanes). Compositeurs de 345 cantates, « il en est considéré comme le maître et c’est lui que le genre va s’ouvrir au Bel Canto » (Dictionnaire de la Musique, Rossi, Édit. Ouest-France 1984). Il est également l’auteur d’oratorios.
Bernardo Pasquani
Bernardo Pasquani (1637-1710), né en Toscane et mort à Rome, est d’abord l’élève du compositeur, poète, librettiste et castrat de Vittori (voir Musique Vocale/Castrats). A 27 ans, il définitivement organiste de l’une des quatre basiliques majeures de Rome, Sainte-Marie-Majeure. Virtuose du clavier (clavecin et orgue), reconnu dans toute l’Europe, il est non seulement l’auteur d’œuvres pour le clavier : sonates, partira, toccata, mais également de quatorze (18 ?) opéras composés entre 1672 et 92 (L’Idalma1680, L’Ariana 1685) et de 16 oratorios, la moitié perdue, et d’une soixantaine de cantate. Il représente la fin de la période de l’opéra romain mais aussi celle de l’opéra italien dans son ensemble (M.C. Beltrando-Patier). Il fut membre en 1706 de l'Accademia dell'Arcadia (Académie des Arcades de Rome), académie littéraire fondée en 1690 par les poètes de l’entourage de Brigitte de Suède (†1689) pour promouvoir la beauté de la langue culturelle italienne (la florentine) et en fixer les règles.
Voir plus à Musique Instrumentale/Italie/Le Clavier
L’Opéra à Venise 1637
Introduction
Après être passé par Rome, c’est à Venise que le genre opéra va se métamorphoser. Après le Théâtre des Quatre Fontaines aménagé en 1632 dans une aile du Palais Barberini à Rome, le San Cassiano, ouvert en 1637, spécialement conçu pour les Dramma per Musica, est le deuxième théâtre en Italie à être ouvert au public et à l’entrée payante.
« Ce théâtre [public]ne pouvait vivre qu’à trois conditions : que la demande soit régulière, que son soutien financier soit assuré, et qu’il attire un public nombreux et de classes sociales diversifiées. La régularité de la demande était assurée par le calendrier vénitien avec la traditionnelle saison du Carnaval, attraction touristique vivante depuis au moins un siècle. Le soutien financier vint des familles patriciennes qui, pour des raisons commerciales aussi bien que culturelles, encouragèrent la construction de salles et participèrent aux frais de fonctionnement. Le remplissage des salles, objectif constant de tout entrepreneur culturel, fut garanti par l’adaptation du spectacle à la demande des spectateurs, fait majeur en ce qui concerne l’évolution des sujets, ainsi que celle des formes et des styles musicaux » (https://www.pedagogie.ac-aix-marseille.fr /upload/docs/application/pdf/201612/erismena_lopera_venitien.pdf.)
« Quatre nouveaux théâtres vont voir le jour à Venise entre 1637 et 1642. Ces salles de grande dimension réclament des mises en scènes spectaculaires dans lesquelles les « machines» de l’ingénieur Torelli vont faire merveille. Un nouveau spectacle, l’opéra-machine, va utiliser sans retenue les décors féériques, les palais en trompe-l’œil, les divinités descendant du ciel dans des chars spectaculaires au milieu du fracas d’orages et de tremblements de terre. L’opéra vénitien, qui apparaît comme un genre davantage théâtral que musical, trouve une illustration parfaite dans l’Egisto [1643] de Francesco Cavalli. Celui-ci composera d’ailleurs la plupart des ouvrages donnés au San Cassiano entre 1639 et 1645. » (https://www.opera-online.com/fr/items/works/legisto-cavalli-faustini-1643)
Le succès, immédiat et croissant, fut tel qu’il fallut répondre à la demande. Le librettiste Faustini et qui fut le premier à faire de librettiste une véritable profession, travailla à cet Egisto, premier grand succès de Cavalli ((1602-1676).
En 1640/41, Monterverdi donne son Il Ritorno d’Ulisse in patria. De 1637 à 1700, vont s’ouvrir 16 théâtres d’opéra. Le Théâtre de La Fenice (du phénix), l’opéra actuel de Venise, achevé en 1792, va supplanter le plus prestigieux des opéras de Venise, le San Benedetto qui, construit en 1755, fut dévasté par les flammes en 1773 et dû être reconstruit (à l’italienne, en fer-à-cheval). La Fenice est avec la Scala de Milan et le San-Carlo de Naples l'un des trois opéras des plus réputés d’Italie.
Le Teatro Olimpico à Vicence dont les plans ont été dessinés par Andrea Palladio et dont les travaux ont commencé en 1580, l’année de sa mort par son disciple Vincenzo Scamozzi, était consacré aux œuvres théâtrale et de nos jours aux concerts.
« À la fin du XVIIe siècle, l’opéra vénitien dérive vers un genre où priment les arias da capo [aria avec reprise du début mais ornementé] virtuoses dans lesquels brillent les chanteurs, au détriment du déroulement naturel de l’intrigue. Les maisons d’opéra fleurissent de plus en plus (on n’en comptera pas moins de 14 à la fin du XVIIIe) et se livrent une concurrence acharnée en invitant les castrats et les cantatrices les plus renommés pour des démonstrations de virtuosité et en proposant des productions grandioses. Sous l’impulsion de l’Accademia degli Animosi (fondée en 1691) et d’Apostolo Zeno [1668-1750, librettiste, critique], son fondateur, Venise amorce alors la grande réforme de l’opera seria [voir Formes et Genres et https://www.olyrix.com/decouvrir-opera/histoire-de-lopera/11/les-quinze-principaux-genres-doperas] visant à libérer le livret des intermèdes comiques, à y rétablir un certain ordre moral, et affranchir les poètes de la tyrannie des chanteurs, imprésarios et scénographes » (Adèle Gornet, Philarmonie de Paris, https://pad.philharmoniedeparis.fr/la-musique-a-venise-de-1600-a-1750.aspx).
Claudio Monteverdi
Monteverdi (1567-1643), né à Crémone en Lombardie, mort à Venise est l’aîné des cinq fils d’un père de médecin. Il a d’abord été formé par le polyphoniste Marc’Antonio Ingegneri (1592), élève de Cyprien de Rore (†1565), l’un des plus grands polyphoniste et madrigaliste de la Renaissance et a peut-être (?) était choriste à la Basilique Saint-Marc avec pour maître de chapelle Adrian Willaert (†1562), tous deux éminents représentants de l’École Franco-Flamande dans l’Italie du XVIème siècle.
Dès l’âge de 15 ans, il fait déjà montre d’une étonnante facilité d’écriture pour la voix avec Sacrae Cantiunculae (Chants sacrés). Ce que confirmèrent ses premiers madrigaux publiés un an plus tard en 1583. Il acquiert la notoriété un an plus tard avec ses Canzonette d’Amore et lui vaut d’entrer au service du duc Guillaume de Mantoue (†1587), puis de son fils Vincent Ier de Mantoue (†1612).
En 1595, il épouse la cantatrice Claudia Cattaneo et en 1602 il est nommé maitre de chapelle. On peut avancer au vu de sa production, qu’avant son départ pour Venise en 1613, il portera ses recherches au parler-chanter du Stile Rappresantativo qu’il dénommera la Seconde Pratique et qu’il appliquera essentiellement au madrigal. Ses livres de madrigaux de 1 à 5 sont composés à Mantoue entre 1587 et 1604. A Venise sont écrits le 6ème livre en 1614 (fort probablement bien commencé à Mantoue), le 7ème contenant le célèbre Lamento d'Arianna en 1619, et le 8ème, Madrigali guerrieri e amorosi, en 1638. Le 9ème, posthume, est publié à Venise en 1651.
En parallèle des travaux sur l’expression musicale en symbiose avec l’expression dramatique de la parole, Monteverdi défrichait lui aussi à Mantoue ce terrain nouveau de la basse continue (avec changement selon le chanteur) dans son 3ème livre des madrigaux de 1592, et du récitatif dans ses 4ème de 1603 et 5ème livre de madrigaux de 1604. Dans son 5ème Livre de Madrigaux, il exposera la Seconda Prattica ou Stile Moderno en remplacement de ce qu’il appelle la Prima Prattica qu’avait traité Gioseffo Zarlino (1517-1590) dans son traité Le Istitutioni Harmoniche (voir Vers la Monodie/ École Franco-Flamande/ Introduction). Première Pratique ou Prattica Antico qu’utilise son frère Giulio Cesare Monteverdi († 1630) dans sa préface aux Scherzi Musicali (Les Amusement Lyriques1607) qui développe celle brêve du 5ème Livre rédigée par son frère. Le terme désigne de manière générale le style d'écriture contrapuntique strict relevant de la polyphonie des XVème et XVIème siècles, de Johannes Ockeghem (†1497) à Adrien Willaert († 1562) et se réfère plus particulièrement au traité de Zarlino. Dans sa préface Giulio Cesare répond aux attaques qu’avait portées contre la Seconda Prattica ( ou Stile Moderno) Giovanni Maria Artusi († 1612), théoricien de la musique, conservateur réticent à toutes innovations musicales.
A cette Seconde Pratique ou Stile Rappresentativo dont il est l'innovateur du moins dans la dénomination, style qui veut mettre en expression musicale les émotions, Monteverdi associe son Stile Concitato (Style Agité) qui, par le frottement rapide de l'archet sur les cordes du violon amplifie la dramatisation de la scène. Il a aussi utilisé le Stile Concertato qui joue sur l'opposition des voix et instruments, style du début du baroque qui ne lui est pas propre.
« Monteverdi utilise le madrigal comme laboratoire pour ses innovations en matière d’écriture musicale. Ainsi, au fil de ses publications, on peut percevoir l’évolution de son style : depuis les premiers madrigaux polyphoniques, uniquement vocaux, on voit progressivement apparaître une basse continue dans le Livre V (1605), puis l’accompagnement instrumental prend de plus en plus d’ampleur à mesure que la monodie accompagnée s’impose, triomphante dans le Livre VIII (1638). » (https://pad.philharmoniedeparis.fr/0039773-biographie -claudio-monteverdi.aspx#).
Ses deux premiers opéras datent pour Orfeo, favola in musica, de 1607, et pour L'Arianna , tragedia in musica sur un livret de Rinucci, de 1608. Donné en 1607, sous l’égide de l’Accademia degli Invaghiti (L’Académie des Amoureux… de la musique) fondée en 1562 à Mantoue, son Orfeo (Orphée), fut un des premiers opéras à avoir été noté. Le rôle-titre, tenu par un castrat, développe un récitatif arrivé à maturité. Cette même année 1607, son épouse décède. L’Arianna est composé pour les noces du Duc de Francesco IV Gonzaga avec Marguerite de Savoie dont il ne reste que le célèbre Lamento.
Dédiées au pape Paul V, qui se contentera de l’en remercier, ses Vêpres Solennelles de 1610 dans lesquelles se conjuguent émotion et lyrisme, font entrer le Stile Moderno dans la musique sacrée.
Dès 1613 (arrivée à Venise) comme maître de Chapelle de St Marc, bien que n'abandonnant ni le madrigal et ni la musique sacrée –après les Vespro della Beata Vergine- fait suite notamment Selva Morale e Spirituale (Forêt Morale et Spirituelle, Venise 1640/41), Monteverdi va donner une place des plus importantes à l'écriture opérique. Plusieurs de ses manuscrits ont été perdus en 1630 lors du sac de Mantoue par les troupes impériales dans le cadre de la succession de Mantoue (Guerre de Trente Ans). Parmi, ses opéras Le Nozze di Teti e di Peleo (Les Noces de Thétis et Pélée, Mantoue 1617), Andromeda ( Andromède, Mantoue 1620), La Finta Pazza Licori ( La Fausse Folle Licori, Mantoue 1627 ), l’ Armida Abbandonata, ( Armide Abandonnée, d'après le poème du Tasse 1627). Proserpina Rapita (L'Enlèvement de Proserpine, Venise 1630), Adone (Adonis, Teatro San Cassiano1639), le Nozze de Enea con Lavinia (Noces d’Énée et de Lavinia Teatro San Cassiano1641).
Quant à ses opéras conservés, composés à Venise, ils sont relativement tardifs : Il ritorno d'Ulisse in patria, tragedia di lieto fine (Le Retour d'Ulysse dans sa Patrie, dont l'attribution n'est pas forcément certaine, au San Cassiano 1640/41) et L'Incoronazione di Poppea (Le Couronnement de Poppée, à l’église SS. Giovanni e Paolo, 1642) qui composé seulement un an après Ulisse est d’une tout autre manière, ne faisant plus intervenir des personnages mythologiques mais des êtres humains bien réels. « On peut dire qu’il y avait là quelque chose de Shakespearien « (M .C. Beltrando-Patier).
Sans doute son plus important madrigal Il combattimento di Tancredi e Clorinda (Le Combat de Tancrède et Clorinde, représenté en privé lors du carnaval de en 1624, est tiré d’un extrait de La Jérusalem Délivrée du Tasse. Cet œuvre que l’on a qualifié de Semi-opéra mais insérée dans son 8ème Livre des Madrigali guerrieri e amorosi, et écrit pour trois voix, un narrateur, les deux protagonistes, quatre viola da brazzo et une viola da gamba , un clavecin, outre qu’il apporte une dramatisation du madrigal est un plein accomplissement du Stile Rappresentàtivo auquel s’ajoute le Stile Agitato).
Sur Le Combat écrit comme « passe-temps de veillée d’un soir du carnaval » pour son protecteur et commanditaire Girolamo Mocenigo, Monteverdi écrivit lui-même :
« Après quelques madrigaux, les personnages arrivèrent en armures sur scène, et la musique démarra… La noblesse vénitienne au grand complet en fut bouleversée. Il ne me semble pas folie de considérer le Combattimento di Tancredi et Clorinda comme un sommet inapprochable et jamais approché du Lyrisme. »
En 1628, il a rencontré Henri Schürz revenu à Venise après y avoir suivi les leçons de Giovanni Gabrielli en 1609-12. Également compositeur de messes et d’intermèdes dont Melissa e Bradamante, Didon, Les Argonautes, Gli Amori di Diana e di Endimione, Monteverdi a été chanteur et joueur de viole. En 1632, il a été ordonné prêtre. En 1643, il est retourné une dernière fois à Mantoue, puis est revenu à Venise où il est mort sans doute d’une cirrhose ( ?).
« Il meurt le 29 novembre 1643, à l’hôpital public de Venise, après une semaine de fièvre pernicieuse. Il eut droit à des funérailles somptueuses, en présence du doge, des sénateurs, d’une foule de vénitiens, tandis que la maîtrise de Saint Marc n’accompagnait pas le service de ses chants, mais de ses larmes ».(http://www.ecoles.cfwb.be/argattidegamond/Cartablemusical/ Monteverdi/MonteverdiBio.htm)
Si Monteverdi a contribué largement à affirmer, à imposer l'opéra, pourtant, après l' École Florentine qu'avaient représenté notamment Jacopo Corsi († 1602), Jacopo Peri (†1633), Julio Caccini (†1618), puis Marco da Gagliano (†1643), c’est Rome qui va devenir avec Stefano Landini et l'ouverture d'un opéra de 3000 places en 1632, le centre de cette forme vocale et musicale que l'on va qualifier d'art total et que l'on définit comme "Ouvrage dramatique mis en musique, composé de récitatifs, d'airs, de chœurs avec accompagnement d'orchestre". L'École Napolitaine prendra naissance dans la seconde moitié du siècle avec Francesco Provenzale, Marc’Antonio Cesti et Alessandro Scarlatti.
Francesco Cavalli
Francesco Cavalli (1602-1676), né à Crema en Lombardie et mort à Venise, fils du musicien Caletti-Bruni, élève de Monteverdi, changera son nom pour prendre celui de son protecteur, Federico de Cavalli, podestà (gouverneur) de la ville.
Cavalli-Caletti-Bruni est chanteur à la basilique en 1616. En 1630, il épouse la veuve Maria Sozomeno. En 1639, il est nommé second organiste à St Marc, année au cours de laquelle est représenté son premier opéra Le Nozze di Teti e di Pelea. Il entame ainsi une production d’une trentaine d’opéras. Gli amori d’Appolo e di Dafne (1640), Didone (1641) connaissent également le succès mais c’est son Egisto (1643) qui lui donne la notoriété. Cavalli « composera d’ailleurs la plupart des ouvrages donnés au San Cassiano entre 1639 et 1645 ».
En 1646, Egiste est représenté au Théâtre du Petit-Bourbon à Paris. Eresmina Dramma per Musica donné en 1655 au Teatro San Apollinare le fait connaître en Europe ; Représenté dans de nombreuses villes de la péninsule, ce sera le premier opéra traduit en anglais et représenté en Angleterre en 1673 (https://operabaroque.fr/ CAVALLI_ERISMENA.htm). Il Giasone (Jason, 1649) reste son opéra le plus connu.
En 1660, Mazarin lui ayant commandé un Ercole Amante (Hercule amoureux) pour le mariage de Louis XIV avec Marie-Thérèse d’Autriche, 8ème fille de Philippe IV d’Espagne. Il se rend à Paris. La représentation devait avoir lieu dans la Salle des Machines du Palais des Tuileries, mais le palais n’étant pas encore achevé, l’opéra ne peut être donné. En compensation est donné son Xerse au Louvre, déjà composé en 1654. C’est Lully qui ayant écrit les intermèdes de ballet, à la place d’ailleurs des chœurs composés par Cavalli, reçoit les applaudissements. Ercole fut quand même représenté deux ans plus tard avec les mêmes ballets de Lully. Dépité, Cavalli de retour à Venise écrira : « Je suis revenu de France avec la résolution bien arrêtée de ne plus me mêler de compositions théâtrales ». Il ne tint heureusement pas paroles comme en témoignes ses derniers opéras dont Scipion l’Africain et Le Gand Pompée.
« Il revient à Cavalli d’avoir développé le Style Bel Canto où la mélodie ornementée s’imposait au récitatif expressif et d’avoir nettement distingué aria [grand air mélodique] et arioso [air et récitatif]».Il composera d’ailleurs la plupart des ouvrages donnés au San Cassiano entre 1639 et 1645. (Gérard Pernon, Dictionnaire de la Musique, Ouest-France 1984)
Cavalli, à l’exemple de son maître a toujours gardé le souci d’une vérité dramatique variant les allures selon les besoins de l’intrigue entre arias, récitatifs et ariosos qui font souvent le passage de l’un à l’autre. Il a assis les caractéristiques du genre et « Son style populaire, son écriture simple et ses intrigues riches en rebondissements, en épisodes comiques et en tableaux à machines séduisent le public ». Il a travaillé avec différents librettistes de qualité inégale. Il est aussi l’auteur de cantates.
Il a été avec Claudio Monteverdi et Marc’Antonio Cesti (1623-1669) l’un des trois grands compositeurs d’opéras à Venise. Il aura été le compositeur d’opéra le plus représenté dans toute l’Europe.
Antonio Stradella
Antonio Alessandro Boncompagno Stradella (1633-1682), né à Rome (?) fit ses études à Bologne et mourut à Gênes à l’âge de 38 ans assassiné.
S’il fut un très bon chanteur et un compositeur au talent reconnu, c’est sa vie amoureuse, plus que mouvementée qui effaça l’intérêt porté au musicien. Fuyant de villes en villes avec son amante, la noble Ortense Grimani, les hommes de mains envoyés par le mari trompé l’auraient retrouvé à Rome dans une église où il chantait. Mais les sbires subjugués par sa voix n’accomplirent pas leur mission. En 1677, toujours avec Ortense, il aurait dû fuir à Venise pour une affaire d’escroquerie. Puis, le couple partit pour Turin où il fut rattrapé. Antonio fut laissé pour mort et Ortense fut envoyée dans un couvent pour le reste de ses jours. La légende se poursuivrait avec un Antonio qui, remis de ses blessures, aurait séduit une de ses élèves, Francisca Lomelli et cette fois-ci aurait été occis pour de bon.
Maitre de l’aria da capo[3], il est donné comme le créateur ou l’un des créateurs du concerto grosso devançant dans la composition mais non dans l’édition des partitions son contemporain Arcangelo Corelli qui jouira d’une plus grande renommée.
Stradella écrivit 9 opéras, 6 oratorios, 4 musique d’églises, 14 motets, 200 cantates religieuses et profanes, 8 madrigaux, le temps passant, on ne se souvient de lui que comme le créateur du Concerto Grosso, devançant dans la composition mais non dans l’édition des partitions son contemporain Arcangelo Corelli qui jouira d’une plus grande renommée comme Alessandro Scarlatti pour l’opéra. Il inspira tant Haendel que l’on dit de ce dernier qu’il l’avait plagié.
Giovanni Legrenzi
Giovanni Legrenzi (1626-1690), né près de Bergame et mort à Venise, tint une place très importante dans la musique vénitienne du XVIIème siècle. Maître de chapelle de l'Accademia dello Spirito Santo (Académie du Saint-Esprit) à Ferrare de 1656 à 1665, il s’exile un temps à Paris pour des raisons inconnues en 1668. Il s’installe définitivement à Venise en 1671 où en 1685, il est maitre de la Capella Marciana de la Basilique St Marc, un chœur autant réputé que celui de la Sixtine. Il composa tout autant pour la musique vocale qu’instrumentale. Historiquement et musicalement, il se situe entre Giovanni Gabrieli († 1612) et Antonio Vivaldi (1678-1741) qui fut peut-être son élève comme Antonio Lotti (1667-1740).
Auteurs d’une vingtaine d’opéras (donnant lieu parfois à des représentations spectaculaires comme l’apparition d’une troupe d’éléphants), de cantates et d’oratorios dont le style est dit brillant, il apporta à la musique instrumentale la sonate en trio (deux violons, une voile de gambe), sonate auquel il donna trois mouvements. J.S. Bach et F. Haendel furent particulièrement attentifs à son œuvre sur le plan vocal.
L’importance de Legrenzi tient à son enseignement mais aussi aux nouveautés qu’il apporte.
« En 1667, il écrit les premières sonates à deux violons et basse, précédant Corelli, et créant un style de composition qui marquera toute la musique instrumentale européenne. Ces sonates sont les premières à être construites en trois mouvements, structure qui concurrencera celle en quatre mouvements et s'imposera. Son souci de l'orchestration se manifeste dans la réforme de l'orchestre de Saint-Marc (trente-quatre musiciens), mais surtout dans ses œuvres lyriques (dix-huit opéras, de Achille in Sciro, 1664, à Pertinace, 1684). La sûreté de l'écriture n'est pas moindre chez lui que la beauté des motifs mélodiques, dont les emprunts d'un Händel ou d'un Bach témoignent suffisamment. » (Philippe Beaussant Encyclopédie Universalis)
« Il est « l’un des compositeurs les plus importants et les plus influents de sa génération, jouant un rôle de premier plan dans le développement du nouveau style sacré concerté qui s’est imposé vers le milieu du XVIIme siècle dans le nord de l’Italie » (http://human-music.eu/project/giovanni-legrenzi-un-geant-du-baroque-italien/).
L’Opéra à Naples
Introduction
Au XVIIème siècle, sous les règnes de Philippe IV surnommé le Roi Planète (roi des Indes, du Portugal, des Deux-Siciles, souverain, en titre, des Pays-Bas) et de Charles II dit l’Ensorcelé possédant les mêmes titres que son père, Naples, la plus peuplée des villes de l’empire espagnol des Habsbourg, est gouvernée par des vice-rois. A la cour séjournent aussi bien au XVIème qu’au XVIIème siècle de grands noms de la philosophie, de la musique et des arts.
L'éruption du Vésuve en 1631 a été la plus importante depuis l’antiquité. Elle fera ne ‘que’ 4000 morts, une grande partie de la population ayant eu le temps de fuir la catastrophe. Mais en 1656, la peste venue de Sardaigne ravagera la moitié de la population, environ 250000 personnes
« Les débuts de l’opéra dans la capitale du vice-roi des Deux Siciles (1) avaient- eu lieu en septembre 1650, avec la représentation d’un ouvrage dont le livret, intitulé Didone, ovvero L’Incendio di Troia était le même que celui utilisé par Cavalli pour sa Didone, neuf ans auparavant. Le compositeur en est resté anonyme, tout comme celui du second opéra napolitain, dont le nom – Ergasto ou Egisto – sonne comme un autre clin d’œil à Cavalli » (Jean-Claude Brenac l Ciro, Xerse, l’Artemisia : Cavalli ou Provenzale ? https://operabaroque.fr/ Edito_Nov_10.htm).
On se demanda si leur compositeur, Francesco Provenzale ne s’était pas contenté d’adapter à la manière napolitaine les opéras du maitre vénitien.
En 1651 est donné à Naples Le Couronnement de Popée attribué à Monteverdi. Dans les fonds de la Bibliothèque du Conservatoire San Pietro de Maiella [Naples] est retrouvée en 1930 la version dite de Naples. « Pourtant, il est admis que cette partition n’est pas celle utilisée pour la représentation de 1651 » (idem). Venise est bien présente à Naples.
Ce développement de l’opéra amènera à la seconde moitié du siècle et pour un siècle durant à la création de ce que l’on appelle l’École Napolitaine de Musique. Cette école va regrouper les compositeurs napolitains d’opéra. Et ils vont dominer l’histoire européenne de l’opéra que le genre soit Séria, Semi- Séria ou Buffa (XVIIIème siècle). La plupart des castrats seront formés dans l’ancien Néapolis des romains, la Parthénope des Grecs, qui est alors la troisième ville du continent après Londres et Paris.
Si l’histoire de l’opéra napolitain ne commence effectivement qu’en 1720 avec pour la première génération entre autres Porpora (1686-1768), Leonardo Vinci (1690-1730), Leonardo Leo (1694-1744), Pergolèse (1710-1726), et pour la seconde génération Tommaso Traetta (1727-1779), Giovanni Paisiello (1740-1816), Domenico Cimarosa (1741-1801), les pionniers en seront au XVIIème siècle Francesco Provenzale (1632-1704) et Alessandro Scarlatti (1660-1725) qui, à la différence de leurs successeurs, ne pratiqueront pas encore « l’aria chantant, mélodique, dégagé de l’orchestre et théâtralisé qui sera la marque du 18ème napolitain » (Alain Goldfeil http://www.operanapolitain.com/lescompositeurset lesoeuvres.htm).
Le premier théâtre-opéra sera le San Carlo construit en 1737. Avec sa grande loge royale, il sera le plus somptueux et le plus grand du monde (2500 places). La ville comptera jusqu’à 44 salles au XVIIIème siècle.
La splendeur de l’opéra napolitain, qui a succédé à celle de Rome puis de Venise, s’éteindra quand commencera à briller les gloires de Vienne puis de Milan.
L’histoire de l’opéra napolitain aura toujours été marquée par les rivalités entre les compositeurs, les librettistes, l’œuvre devant être au service de la musique pour les uns, du texte pour les autres. Les chanteurs ne seront pas en reste, acquérant de plus en plus d’importance de par leur surprenante virtuosité, des opéras seront écrits spécifiquement pour eux.
A noter que si le Vatican avait absolument interdit la présence de femme sur scène - aucune ne chanta à Rome- Naples comme Venise s’autorisèrent à les faire monter sur scène.
Marc'Antonio Cesti L’Européen
Marc’Angelo Cesti (Pietro Cesti dit, 1623-1669), né à Arezzo et mort à Florence devient Marc ‘Antonio en entrant très jeune chez les franciscains avant qu’il ne soit relevé de ses vœux en 1659. Élève de Carissimi à Rome, chanteur, il est maître de chapelle du séminaire de Volterra. En 1652, il est nommé maître de chapelle de l'archiduc Ferdinand de Habsbourg (1608-1637-1657) à Innsbruck, poste qu'il cumulera de 1657 à 1662 avec celui de chantre à la chapelle Sixtine. En 1654, il remanie Cesare Amante la transforme en Cleopatra pour l'inauguration de la Komödienhaus[4]. Suivent Argia (1655)[5], opéra de style vénitien en l’honneur de Christine de Suède qui a abdiqué et s’est convertie au catholicisme en 1654, la représentation dura de 6 à 8h ; L'Orontea (1656) considéré par certains comme le plus populaire, La Dori Ovvero Lo Schiavo Regio (La Dori ou Esclave Royale) considéré par certains comme son chef-d’œuvre, La Magnanimita d'Alessandro (1662), Il Tito (1666) représenté à Venise un an plus tard. Nommé vice-maître de chapelle à la cour impériale de Vienne en 1666, il conserve cette charge jusqu'à sa mort en 1669 à Florence. En Juillet 1668, est donné pour le mariage de l’empereur Léopold 1er et l’Infante Marguerite-Thérèse d’Autriche, première fille de Philippe IV d’Espagne sa fête théâtrale Il Pomo d'oro, qui comporte pas moins de vingt-quatre décors principaux, quarante-huit rôles, soixante-sept scènes, sept ballets.
Cesti a fait la jonction entre l’opéra vénitien et la cantate romano napolitaine.
« Les cantates et les pages de musique religieuse de Cesti dénotent l'influence de l'école romaine, caractérisée par un contrepoint plutôt conservateur, tandis que ses opéras affichent le caractère davantage innovant de l'école vénitienne. Les lignes vocales solennelles et lyriques de ses cantates reflètent néanmoins le style du Bel canto qu'il contribue à introduire à l'opéra par le biais de la cantate. En cela comme dans son langage harmonique et dans sa mise en avant du chanteur et de l'aria, plutôt que du texte et du récitatif, il annonce les futures évolutions de l'opéra au xviiie siècle. » (https://www. universalis.fr/encyclopedie/antonio-pietro-cesti/)
Son premier opéra Alessandro vincitor di se stesso a été représenté à Venise en 1651, puis Cesare amante qui
« a donné la formule de cet opéra pan-italien où certains procédés de composition de Monteverdi et de Cavalli voisinent avec ceux de la cantate romano napolitaine… Effectivement, à partir de Cesti n’existe plus de diversité de styles, « l’opéra italien’’ et de manière mais une seule entité … Il s’agit de provoquer l’enthousiasme et le meilleur moyen est de ‘’ravir’’ l’auditeur par la beauté de la mélodie et l’attrait des voix. L’aria prédomine largement sur le récit au bénéfice de la musique mais au détriment de l’action et de la vérité dramatique » (M.C. Beltrando-Patier , H. Prumières ».
Cesti aura composé une centaine d'opéras, mais une quinzaine seulement nous sont parvenus. Il est certainement le premier des compositeurs italiens d’opéra à avoir fait carrière hors de la péninsule. Il devance en cela les maitres italiens qui s’installeront au XVIIème siècle dans les cours d’Europe qui ne manqueront pas eux de subir les influences de la musique locale (composition, orchestration, etc.) Par exemple, le faste et l’importance de la danse du ballet de Cour en France le populaire Singspiel allemand ne seront pas sans avoir marqué de leur tradition l’apport italien. En France, la Tragédie Lyrique sera un bel exemple du compromis franco-italien.
Francesco Provenzale
Francesco Provenzale (1632-1704), né et mort à Naples commença ses études musicales au Conservatoire Santa Maria della Pietà dei figlioli (devenu conservatoire de la Pietà dei Turchini) avant d’y être professeur en 1673 après l’avoir été en 1653 à celui de Santa Mario di Loreto. Très célèbre dans sa ville natale, il sera maître de chapelle de différentes paroisses et en 1680 maître honoraire de la chapelle royale. En 1684, la sœur d’Alessandro Scarlatti, mariée à un magistrat influent, intrigue pour que son frère de retour de Rome soit nommé maestro di camera en succession de l’organiste et compositeurs d’opéras Pietro Andrea Ziani et les chanteurs sont remplacés par des chantres romains. Selon certaines sources, Provenzale se serait vu contraint de démissionner (Rolande Candé, Encyclopédie Universalis/Scarlatti). Ce n’est seulement qu’en 1690 que Provenzale sera vice-maître de la chapelle royale chapelle, autrement dit assistant de Scarlatti qui en 1702 quittera la ville pour Florence et Rome et n’y revenir qu’en 1707 où il reprendra son poste jusqu’en 1717. Provenzale qui ne sera Maitre de Chapelle qu’en 1702 aura l’âge avançant perdu progressivement ses charges.
Provenzale a commencé à composer très jeune, dans la vingtaine d’année, ses premières pièces, Theseo, Il Ciro, Xerse et Artemisia. Plus tardif, l’opéra sacré La Felice D’avila Teresa Di Gesu de 1672 et La Stellidaura Vendicante (L’Étoile Vengée) de 1674.
Au total, sur une douzaine d’opéras moins de la moitié ont été conservés. Et bien que l’histoire l’ait oublié, il tient une place importante dans l’évolution de l’opéra, non seulement en tant que compositeur mais aussi et peut-être surtout comme le professeur ayant formé de nombreux musiciens de l’École Napolitaine dont il est considéré comme l’un des fondateurs.
Il a aussi composé des cantates et autres pièces religieuses comme Il martirio di San Gennaro (1663), La colomba ferita (1670) et La fenice d'Avila (1672).
Son lyrisme s’exprime dans de longues lignes mélodiques et des harmonies chromatiques. Son aria Lasciatemi Morir (Laissez-moi Mourir) de l’opéra Il schiavo di sua moglie (L’Esclave de sa Femme) en est une de ses plus belles illustrations dans l’expression de la douleur.
Alessandro Scarlatti
Alessandro Scarlatti (1660-1725), né à Palerme fait ses études à Rome à partir de l’âge de douze ans avec pour maître Bernardo Pasquini (1637-1704) qui maître claviériste, compositeur complet pour le clavier et la voix fut un professeur renommé, membre de l’Academia dell’Arcadia, académie littéraire fondée en 1690 par les poètes de l’entourage de Brigitte de Suède (†1689) pour promouvoir la beauté de la langue culturelle italienne (la florentine) et en fixer les règles. Marié en 1668, dès son retour de Rome, il succède à Andrea Ziani comme maître de chapelle à la cour de royale de Naples en 1684 à la place de Francesco Provenzale grâce à l’intervention d’un secrétaire de la cour avant d’une de ses sœurs Nomination qui fit scandale. Provenzale, alors maître honoraire, le poste devait revenir à
En 1679 avec son premier opéra L’Ettore Innocente, il entame une carrière au cours de laquelle, pendant les quarante années suivantes il composera pas moins de 115 opéras. A partir de 1700 avec Eraclea, représenté au Theatro San Bartolomeo, il ne va cesser d’occuper le devant de la scène lyrique. Et lors la seconde représentation qui a lieu à Parme, pour la première fois les ballets placés entre les actes sont en lien avec l’intrique de l’œuvre principale, alors que traditionnellement ils ne l’étaient pas.
« L’Operia Seria contient, dès cette époque, ce mélange de drame, de comédie, de farce, également répartis dans chaque acte, qui se perpétua durant tout le XVIIIème siècle. » (M.C. Beltrandi-Patier op. cit.) »
A noter que le mélange des genres préexistés dans les Favola in Musica au sein d’un même acte et que le Théâtre Élisabethain l’avait également pratiqué.
En 1702, il se rend à Florence où G.F Haendel qui, alors âgé d’une vingtaine d’années, invité par Gian Gastone de' Medici, fils du Grand-Duc de Toscane, effectue son déterminant tour d’Italie de trois ans (Florence, Rome, Naples) au cours duquel, rencontrant déjà le succès, il participera à Rome, au Palais Ottoboni, à une joute musicale qui l’opposera à Domenico, le fils le plus connu d’Alessandro. Ce dernier compose quatre opéras représentés au théâtre du prince Ferdinand III de Médicis, par la suite perdus et que le jeune Haendel a certainement entendus. En 1707 à Rome, il est nommé maestro di cappella du cardinal Pietro Ottoboni à Rome et est élu à l'Accademia dell’Arcadia (Académie des Arcades) fondée en 1690 par des poètes pleinement imprégnés de mythologie grecque et largement inspirés par l’Arcadia (1501) de Jacopo Sannazaro (†1530, voir Renaissance Littérature/ Italie) et à laquelle ont appartenu seulement deux autres musiciens Arcangelo Corelli ( 653-1713) et Bernardo Pasquini (1637-1710).
L’année suivante, en 1708, il est nommé au même poste à la basilique Santa Maria Maggiore à Rome. Il écrit pour le carnaval de Venise où il se rend pour l’occasion deux opéras Il trionfo della libertà et Il Mitridate Eupatore, une de ses œuvres maitresses. En 1709 (07 ?08 ?), de retour à Naples, il reprend son poste de maître de la chapelle royale, poste que Provenzale a occupé en son absence. A ses compositions pour l’opéra il ajoute messes, sérénades et cantates (au total 600 dont beaucoup sur commandes qui lui assuraient la subsistance de sa nombreuse famille). En 1716, il écrit une messe pour le pape Clément et achève son premier opera buffa, Il Trionfo Dell'onore. Il perd de son intérêt auprès du public napolitain alors qu’il reste très apprécié à Rome. Au Teatro Capranica de Rome sont représentés quelques-uns de ses plus beaux opéras, Telemaco (1718), Marco Attilio Regolò, (1719), La Griselda (1721). En 1721, il écrit la Messa di Santa Cecilia pour chœur et orchestre en l'honneur de Sainte Cécile pour le cardinal Francesco Acquaviva .
Sa dernière grande œuvre, Erminia Derenata, composée en 1723 pour le mariage du prince de Stigliano reste inachevée. Il se retire de la vie publique et meurt deux ans plus tard. Il eut pour élèves Johann Adolf Hasse (1699-1783).
Alors que ses opéras ont été produits dans de nombreux théâtres importants en Italie et à l'étranger, il était néanmoins continuellement sous pression pour l'argent, car il avait une famille nombreuse. Il a eu dix enfants, dont cinq sont nés à Naples, dont son célèbre fils Domenico.
« Scarlatti est connu pour son développement thématique et son harmonie chromatique, qu'il a utilisé avec une grande maîtrise et d'une manière qui anticipe le travail de compositeurs beaucoup plus tardifs, parmi lesquels W.A. Mozart et Franz Schubert. On se souvient surtout de lui pour ses opéras, dans lesquels il a établi la forme de l'ouverture italienne (c'est-à-dire l'ouverture d'opéra en trois sections, allegro-adagio-allegro), qui était un précurseur de la symphonie classique. (Encyclopedia Britannica)
« Il introduit réduit la structure musicale à l'alternance récitatif/aria da capo, met en vedette la virtuosité des chanteurs (et surtout celle des castrats) et favorise l'évolution du dramma per musica vers l’opera seria composé sur les livrets d'Apostolo Zeno et surtout de Pietro Metastasio, partisans d'une épuration inspirée par l'exemple des poètes classiques français » (Wiki/ Opéra)
« L’art de Sacarlatti n’appartient déjà plus au XVIIIème siècle : Malgré les dates [de compositions de ses opéras], le déploiement de l’écriture orchestrale, l’ampleur de l’aria, l’harmonie (l’usage de la fameuse sixte napolitaine), les vocalises brillantes et le figuralisme obligé sont des caractères propres au XVIIIème siècle et plus proche du style galant que du baroque italien. » (M.C Beltrando-Patier op. cit.)
Melani et l’Opéra-Comique
Jacopo Melani (1623-1676), né près de Florence à Pistoia et mort à Rome est le fils du carillonneur de la cathédrale de Pistoia qui aura sept enfants dont également Alessandro organiste et Atto, chanteur ( voir Castrats).
En 1644, il séjourne à Paris avec son frère Atto invité par le Cardinal Mazarin. En 1645/47, il est organiste à la cathédrale de Pistoia et entre au service du Prince Mattias de Médicis pour qui il va composer des musiques pour les fêtes de Pâques. En 1657, il est maitre de chapelle.
De 1667 à 72, il séjourne à Rome. Il revient à Pistoia et compose pour le théâtre de l’Accademia de’Sorgenti (l’Académie des Sources) de Florence plusieurs intermèdes.
« Il compose cinq partitions pour des opéras sur livrets de G.A. Moniglia montés par l'Accademia dei Immobili, dans leur théâtre la Pergola [actuel teatro alla Pergola via La Pergola construit pour cette academie] : Il potestà di Colognole (1657) [ou La Tancia pour l’inauguration du théâtre], Il pazzo per forza (1658), Il vecchio balordo (1659), Ercole in Tebe (1661), La vedova (composé en 1662). A Rome, il donna Il Girello (Palais Colonna, 1668) sur un livret de Filippo Acciaiuoli, une œuvre satirique contenant une critique de l'absolutisme, correspondant au renouvellement de l'esthétique de l'opéra comique romain, qui se poursuivra au XVIIIe siècle. Il compose plus tard Il ritorno d'Ulisse (1669) et Enea in Italia (1670), spectacles qui furent donnés durant le séjour hivernal de la cour des Médicis à Pise . » (Collegio Musicum Yale Universiry Vol. 14 Jacopo Melani Il potestà di Colognole James Leve,2005). Tous des opéras comiques auxquels on peut ajouter La Serva Mobile de 1660.
Sa festa teatrale, à la mise enscène grandiose et avec participation de la jeunesse florentine, Ercole in Tebe, un opera seria avec pour ténor Antonio Cesti, représenté en 1661 au théâtre de La Pergola pour le mariage de Cosimo III de Medici et de Marguerite Louise d’Orléans, influença probablement deux illustres compositeurs : Francesco Cavalli pour la composition de son Ercole Amante commandé en 1660 par Mazarin pour le mariage de Louis XIV et de Marie-Thérèse d’Autriche, 8ème fille de Philippe IV d’Espagne, représenté qu’en 1662 ; et Antonio Cesti pour sa fête théâtrale Il Pomo d’Oro de Cesti donné en 1668 pour le mariage de l’empereur Léopold 1er et Marguerite-Thérèse d’Autriche, première fille de Philippe IV d’Espagne, et qui comporte pas moins de vingt-quatre décors principaux, quarante-huit rôles, soixante-sept scènes, sept ballets.
« En 1667, il s’installa à Rome, où l’année suivante son Il Girello [1668], satire de l’absolutisme, fut représenté (avec un prologue de Stradella) au palais Colonna : son succès fut énorme et marqua le début d’une nouvelle période pour l’opéra-comique romain. (Guide de la Musique Baroque – Fayard) »
Au Palais Médicis à Florence sont donnés les opéras Il ritorno di Ulisse en 1669 perdu et Enea in Italia, en 1670. En 1674 , Tacere et amare est représenté au Teatro del Cocomero à Florence.
« Excellent créateur d'airs à la basse ostinato, bon contrepointiste et instrumentiste habile, il occupe l'une des premières places dans l'histoire du mélodrame italien et plus particulièrement de l'opéra-comique. » (Treccani réf. cit.)
L’Opéra-Comique
« Des éléments comiques se retrouvent, depuis les premières décennies du mélodrame, dans des œuvres sérieuses, comme L'Incoronazione di Poppea de C. Monteverdi et Il Giasone de P. F. Cavalli, et même dans des œuvres mystiques, comme S. Alessio de S. Landi… les vraies comédies musicales sont Qui souffre, espère de V. Mazzocchi et M. Marazzoli et Dal Male il Bene de A. M. Abbatini et Marazzoli ; mais le plus ancien exemple remarquable de véritable opéra-comique, un demi-siècle avant l'avènement de l'opéra-comique napolitain, est La Tancia overo ll Podestà di Cològnole de Iacopo Melani… Dans le livret de cet opéra, qui est du Dr. G. Andrea Moniglia, comme beaucoup d'autres mis en musique par Melani, il y a déjà des éléments plus caractéristiques de l'opéra-comique italien : le père (ou tuteur) vieux barbu et avare, la fille espiègle et amoureuse, le jeune vagabond, la vieille servante ou la nourrice, avec une certaine pincée d'amour encore dans le corps, le serviteur intelligent et le simple, etc. Les situations comiques sont intelligemment conçues et le style est vif et plein de vivacité ; le réalisme du discours est poussé jusqu'à faire parler certains personnages en langue vernaculaire florentine. La musique de M., série de récitatifs secs et d'airs à une ou plusieurs voix, adhère presque toujours à la poésie de Moniglia. » (Treccani réf. cit.)
Alessandro Melani
Alessandro Melani (1639-1703), comme son frère né à Pistoia et mort à Rome, sera maitre de chapelle à la cathédrale d’Orvieto puis de Ferrare. En 1667, il est maitre de chapelle à Rome à Ste Marie-Majeure et de 1672 à 1698 de St Louis-des-Français où il terminera sa carrière. Meilleur compositeur de la famille après son frère Jacopo, il se consacra essentiellement à la musique sacrée.
La Musique Vocale Religieuse
Giorgio Costantino Allegri
Giorgio Costantino Allegri (1582-1652), né et mort à Rome, commence très jeune une carrière de chanteur avant sa mue qu’il poursuit après pour devenir chantre puis maitre chœur d’abord dans les Marches (Italie Centrale) puis à la Chapelle Sixtine. Compositeur de motets, d’une messe, il reste dans l’histoire de la musique pour son Miserere (Miserer Mei, Deux), chanté à l’origine par des castrats et chanté encore chaque année à la Sixtine le vendredi de la Semaine Sainte (celle avant Pâques). Ce Miserere composé en 1638, qui comme tout Miserere composé sur un psaume implorant la pitié de Dieu (ici le 50, 51 dans la numérotation hébraïque), est un bel exemple de la survivance de la Prima Prattica ou Stile Antico des grandes heures de la polyphonie du siècle précédent. Écrit selon le schéma du faux-bourdon du XVIème siècle (à 3 ou 4 voix ajoutées en parallèle au cantus du ténor), il reprend l’emploi du style polychloral que Giovanni Gabrieli (†1612) avait mis en valeur avec deux chœurs. Le premier chœur à quatre voix chante la version originale du Miserere, l'autre chœur (à 5 voix) séparé spatialement, le commente en ornements. On retrouve l’indépendance des voix héritée de Palestrina (†1594).
La légende veut que Mozart, seulement âgé de quatorze ans, lors de son voyage à Rome en 1770 le retranscrit entièrement de mémoire après l’avoir entendu seulement une (ou deux fois selon les versions) pour satisfaire son père qui se plaignait qu’une si belle œuvre ne puisse être jouée qu’au Vatican ; le Vatican avait interdit la publication de la partition et sa diffusion.
« Felix Mendelssohn fit une autre transcription en 1831 et le prêtre Pietro Alfieri transcrivit les fioritures en 1840. L'édition avec fioritures jouée actuellement est un mélange de ces deux transcriptions. L'œuvre originale c'est perdue, mais le 'Miserere garde encore aujourd'hui le privilège d'être l'œuvre de la Renaissance la plus connue et la plus enregistrée. » (https://musiqueclassique.forumpro.fr/t1159-miserere-allegri).
Antonio Stradella
Bontempi Antonio Stradella (1633-1682), né à Bologne et mort à Gênes, écrivit 9 opéras, 6 oratorios, 4 musique d’églises, 14 motets, 200 cantates religieuses et profanes, 8 madrigaux. Bien que ses compositions sacrées lui donnent une place de choix dans le répertoire de la musique vocale religieuse Le temps passant, on ne se souvient de lui que comme le créateur du Concerto Grosso, devançant dans la composition mais non dans l’édition des partitions son contemporain Arcangelo Corelli qui jouira d’une plus grande renommée comme Alessandro Scarlatti pour l’opéra. Il inspira tant Haendel que l’on dit de ce dernier qu’il l’avait plagié. Voir aussi Musique Vocale/Opéra à Venise.
NOTES
[1] Cantate : texte religieux ou profane chanté à une ou plusieurs voix avec accompagnement (monodique), mais sans ressort dramatique comme dans l’oratorio.
[2] Madrigalisme : « moyens expressifs, harmoniques et mélodiques pour accentuer les sentiments, voire les passions, exprimés dans le texte poétique » (Encyclopédie Larousse). Plus particulièrement exploité au XVIème siècle, il prendra au XVIIème siècle la forme du figuralisme : « traduction musicale des images du texte par des moyens analogiques ; par exemple les idées de montée ou de descente par les mouvements mélodiques correspondants, les animaux par la description de leur démarche ou de leur cri, la majesté par des arpèges d'accords parfaits etc. » (ibidem)
[3] Aria da capo, aria avec reprise « à partir du début » selon la structure en trois parties ABA’. « Une première partie, A, expose un thème, suivi d’une seconde partie, B, qui doit établir un contraste affectif et vocal. La troisième partie, A’, est la reprise de la mélodie A, savamment ornementée. L’interprète se livre à des variations vocales pleines de virtuosité, destinées à faire briller tout son art de l’expressivité. C’est un moment d’improvisation permanente qui devait peu à peu indisposer les compositeurs trouvant que le castrat ou la prima donna prenait un peu trop d’importance par rapport à leurs partitions ». (Alain Duault, écrivain spécialisé dans la musique classique et particulièrement l’opéra).
[4] L'Opernhaus am Taschenberg (Opéra du Taschenberg), appelé aussi Klengel Opera du non de son architecte Wolf Caspar von Klengel construit à Dresde, capitale de la Saxe, de 1664 à 1667 est le premier opéra (Komödiehaus ). Pouvant accueillir jusqu'à 2000 personnes, c'était à l'époque l'un des plus grands opéras d'Europe. Il portait aussi le nom de Komödienhaus am Taschenberg (maison de la comédie au Taschenberg). 40 ans plus tard, il devient l’église de la cour. En 1751, après la consécration de l’actuelle cathédrale, il est transformé salle de sport. Il sera démoli en 1888.
[5] Argia :« Opéra dans le style vénitien. La représentation dura six à sept heures. Tous les chanteurs étaient italiens, appartenant à la troupe réunie par Ferdinand-Charles pour le nouveau théâtre qu’il avait fait construire. Sept d’entre eux étaient des castrats. Reprise à Rome en 1657, à Naples en 1667, au San Samuele de Venise et à Milan en 1669, à Sienne en 1670. » (https://operabaroque.fr/CESTI_ARGIA.htm).
Il Pomo d’Oro : « La représentation, longue de dix heures, s’étala sur deux soirées. L’opéra est célèbre par le faste inégalé de sa représentation, dans un théâtre de plein air, par le nombre des décors (24 décors principaux de Ludovico Burnacini), le nombre de rôles (quarante-huit), le nombre de scènes (soixante-sept !), l’effectif de l’orchestre, les sept ballets, les vingt-sept descentes du ciel de divinités ou figures allégoriques. Quelques arias furent composés par l’empereur Léopold lui-même » (https://operabaroque.fr/CESTI_POMO.htm).
FRANCE
INTRODUCTION - CHANSON EN FORME D'AIR ET AIR DE COUR - MUSIQUE DE SCÈNE
Introduction
France-Italie
Tout au long du XVIIème siècle et encore au-delà au XVIIIème siècle avec l’opposition des piccinistes et des gluckistes, des rousseauistes et des ramistes, la musique française sera tiraillée entre accepter l’influence de la musique italienne ou s’en défendre. François Couperin (1668-1734), prônera et pratiquera l’ « union des goûts », l’alliance de la vivacité italienne et de la pondération française. Quant à André Campra (1660-1744), il exprimera son goût pour l’une et l’autre de ses deux musiques mais dans des œuvres séparées.
La Seconda Prattica (ou Stile Rappresentativo), style qui veut mettre en expression musicale les émotions et dont C. Monteverdi (1567-1643 fut l'innovateur du moins dans la dénomination, n’eut aucune influence sur la musique française sous le règne de Henri IV et Louis XIII, et dût attendre officiellement 1652 et le compositeur de musique religieuse Henry Dumont (1610-1684) pour être officiellement admise. Officiellement car en 1627 un manuscrit de messes et de motets de Antoine Boësset (1587-1643), en montrait déjà son usage. Le bayonnais Pierre Nyert (1597-1686 voir Musique Vocale/ Art Vocal), valet de chambre de Louis XIII et bon luthiste, revenu de Rome en 1635, développa une synthèse de la chanson française et de la « manière » italienne. La musique italienne finit par arriver en France par Catherine de Médicis et Mazarin
« Entre Rome et Paris, « la galaxie Mazarin » favorisa l’essor du « baroque mazarinesque » en architecture et la constitution d’une troupe italienne de musiciens, librettistes, chanteurs et décorateurs1. La Finta Pazza vénitienne de F. Sacrati, l’Egisto de F. Cavalli, l’Orfeo de L. Rossi, les Nozze di Peleo e di Theti de C. Caproli, le Xerse de F. Cavalli, témoignent de l’importance des relations nouées, mais aussi de l’impact excessif, générateur d’impopularité » (Françoise Dartois-Lapeyre Le chant en langue étrangère et régionale dans l’opéra aux xviie et xviiie siècles in Le Chant, Acteur de l'Histoire, Presses Universitaires de Rennes 2020, P. 101).
En 1662 Ercole Amante de Francesco Cavalli (†1676) sera donné pour célébrer le mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche. Mais le Ballet de Cour avec son importance accordée au ballet restera l’obstacle majeur à l’implantation de l’opéra à l’italienne sous Louis XIV, lui-même, excellent danseur. Si l’opéra finit par s’imposer, ce sera par un compositeur italien qui créa l’opéra à la française.
« Mais à la mort de Mazarin, Lully fait interdire la représentation d’opéras italiens, et fait renvoyer dans leur pays, en 1666, les artistes ultramontains. La création de l’Académie Royale de Musique favorise, à partir de 1669, la naissance d’un opéra français, où s’affirme le style national. Après le décès du surintendant de la Musique, les musiciens italiens s’appuient sur la tradition conservée dans les milieux privilégiés pour trouver une place à l’Académie Royale de Musique » (idem).
Sous Louis XIV, compositeurs et public vont être partagés entre ceux qui veulent maintenir la musique française dans ses caractères nationaux et ceux qui se sentent attirés par une musique italienne plus ‘enlevée’. Cette opposition lui servit de dynamique. Le jeune Roi Soleil en est un des premiers et plus illustrent exemples. Il ne cacha pas son attachement au tout aussi jeune italien Giovanni Battista Lulli (1632-1687). S’il imposa par faveurs et privilèges celui qu’il appelait son « cher ami » et qui finit par régner en tyran sur la musique française pendant quelque vingt ans, c’est qu’en retour, ce musicien aux multiples talents, violoniste, danseur, chorégraphe et acteur (comique), de seulement six ans son aîné, adapta son tempérament latin au goût français et ses tragédies lyriques furent des modèles d’opéra à la française.[1]
Paolo Francesco Lorenzani (francisé en Laurenzain 1640-1713) qui, arrivé de Sicile à Paris dans la suite du Duc de Vivonne (frère de Mme de Montespan) connaitra les faveurs du roi et sera le grand représentant de la musique italienne à Versailles, ses compositions, très appréciées de la cour, feront de lui le grand rival du despotique Lully (†1687) qui ne souffrait aucune concurrence. En 1679, il sera envoyé par le roi en Italie pour recruter cinq castrats pour la Chapelle Royale.
Par ailleurs, la Déclaration des Quatre Articles de 1682 par Bossuet qui établissait les principes de l’Église gallicane entraina un conflit entre Louis XIV et le pape Innocent XI, et par voie de conséquence la défaveur de la musique italienne.
Les tenants d’une musique ou de l’autre iront jusqu’à un affrontement et se poursuivra au siècle suivant avec la Querelle des Bouffons qui opposera Rameau († 1764), partisan de la musique française, et Rousseau, partisan de la musique italienne. La querelle débute en 1752, lorsqu'une la troupe italienne dirigée par d'Eustachio Bambini, donne à l’Opéra l’intermezzo La serva padrona de Pergolèse et autres opera buffa.
Quelque 20 ans plus tard, une ultime querelle qui débutera 1776 pour durer quatre ans et opposera cette fois-ci les Gluckistes, partisans de la musique française incarnée paradoxalement par un allemand Christoph Willibald Gluck (1714-1787), aux Piccinnistes, partisans de la musique italienne représentée par Niccolò Vito Piccinni (1728-1800) nommé directeur artistique de l’Académie Royale de Musique en 1778 (Voir Formes et Genres/ Opéra). A rappeler que jusqu’au XIXème siècle l’Académie Royale de Musique (l’Opéraz) interdisait la représentation d’opéras en italien et que certains compositeurs comme Joseph Bodin de Boismortier (1689-1755), ou Michel Corette (1707-1795), auteurs des premiers concerti, seront de zélés défenseurs du goût italien.
François Couperin (1668-1734), un des chefs de file de l’école française du clavier prônera la « réunion des goûts » italiens et français. Louis-Nicolas Clérambault (1676-1749), maitre de la cantate en sera un des plus brillants exemples avec Nicolas Bernier (1664/65-1734), essentiellement compositeur de musique vocale (Grands Motets et Cantates). Quant à André Campra (1660-1744), il exprimera son goût pour l’une et l’autre de ses deux musiques mais dans des œuvres séparées.
L’Art Vocal
Il faudra attendre la fin du XVIIème siècle pour qu’une école de chant français voit le jour. Jusque–là, aucunes exigences particulières (ambitus précis, respiration, coloratures) n’étaient demandées aux chanteurs et chanteuses pour l’exécution des parties vocales religieuses et profanes. C’est le bayonnais Pierre Nyert (1597-1686)[2], valet de Louis XIII, bon luthiste, revenu de Rome en 1635 où il était allé parfaire son jeu, qui développa une synthèse de la chanson française et de la « manière » italienne. Ayant fréquenté les musiciens porteurs du nouvel opéra, particulièrement ceux du Palais Barberini[3], il sut retenir la leçon d’un chant plus près du naturel de la parole et de fait plus expressif. Il proposa un nouveau mode de chant non plus basé sur la déclamation emphatique des premiers temps de la tragédie [voir Littérature/ France/ Théâtre], une déclamation qui « modèle un récitatif lent et mesuré, exempt de toutes fioritures au déplaisir des cantatrices » et qui au théâtre serait proche de la déclamation de l’alexandrin racinien. Certains chanteurs comme le célèbre Beaumavielle (†1688) soutenaient des notes aigues qui allaient quasiment au cri. Ce que les italiens appelèrent « l’école du cri (urlo alla française), termes déjà appliqué aux comédiens français. Mais ce fut véritablement avec Marthe Le Rochois (1650-1728) que prit naissance une vraie école de chant dont tout le bénéfice allait aller aux interprètes de Campra et de Rameau. (Voir Dictionnaire de La Musique Direct. M. Vignal Édition Larousse 2004 page 179)
Chanson en Forme d’Air et L’Air de Cour
« Dans le répertoire profane français de la fin du XVIe siècle cohabitent deux grandes veines musicales : la chanson et l’air. Le type « chanson », alors en voie d’extinction progressive, correspond à des pièces composées « au long », dans la tradition du contrepoint continu dit « franco-flamand », souvent fait de mélismes (plusieurs notes pour peu de syllabes), avec une écriture polyphonique pouvant recourir à l’écriture en imitation, qui suppose l’entrée successive des voix et une diction non simultanée du texte. Le genre de l’air, strophique et répétitif, est caractérisé par un contrepoint majoritairement syllabique (une note par syllabe du texte) et homophone (les voix prononcent la même syllabe en même temps) ; ces derniers éléments caractérisent cependant déjà, dans une certaine mesure, la chanson dite « parisienne » de la première moitié du siècle (de même que le psaume huguenot), et se retrouvent dans le « voix de ville », l’air, l’air de cour et l’air « mesuré à l’antique » de la seconde moitié du siècle. » (Isabelle His La prosodie de l’air strophique et le problème de la Université de Poitiers – Criham - UR 15507 https://doi.org/10.4000/rhetorique.1368)
Au tournant de 1550, la Chanson Parisienne avait évolué. Quittant délibérément la forme polyphonique, elle privilégia l’homophonie pour devenir une Chanson (ou Air) en Forme d’Air, forme monodique qui plaçait la voix au supérius avec accompagnement. Les poètes de La Pléiade, épris de nouveauté avaient tout de suite fait leur cette nouvelle forme, et c’est Pierre de Ronsard qui, en parallèle de son recueil Les Amours de Cassandre, en avait formalisé les règles dans son Abrégé de l’Art Poétique Français, paru en 1552. Une des particularités de la Chanson en Forme d’Air était que tous les couplets étaient chantés sur le même thème musical.
Certains musicologues pensent que l’Air de Cour peut trouver son origine dans le Vaudeville chansonnette légère, sarcastique, qui moquait le temps présent. Le terme de Vaudeville peut provenir de voix de ville ou de Val-de-Vire (ou vaudevire, vallée de la Vire en Normandie) où dès le Moyen-âge sont apparues ces chansons populaires, souvent grivoises et/ou à boire.
« Le terme de voix de ville (que le langage convertit ensuite en vaul-de-ville avant de se cristalliser sur vaudeville) désigne des poèmes chantés dans les milieux lettrés des villes, sur des mélodies populaires préalablement policées…Ces vaudevilles obtinrent un succès d’enthousiasme… C’est sous le nom de voix-de-ville que l’on désignait les petits airs. Des airs d’apparence inoffensive qui provoquent pourtant une petite révolution dans le monde musical français.
Au grand dam des maîtres contrapuntistes chevillés aux « dialogues à huit pour double chœur » chers à Roland de Lassus (1532-1594)…Ces monodies-là « isolent une voix, généralement le dessus,… et réduisent les trois autres parties en accords pour un instrument à la mode, luth, guitare ou épinette ». Elles finissent par courir les villes et les campagnes, grâce notamment aux imprimeurs, tel l’atelier [Robert I]Ballard créé à Paris en 1551, ainsi qu’à leurs précieux auxiliaires, les colporteurs.
Lorsque Jehan Chardavoine publie son recueil de voix-de-ville, une autre expression désignant la même matière musicale fait déjà son chemin. Pour la première fois, Adrien Le Roy (vers 1520-1598) la dénomme airs de cour dans son Livre d’airs de cour miz sur le luth (1571). Au sortir de la Renaissance, les deux termes sont donc synonymes. L’appellation air de cour finit pourtant par s’imposer dans le cercle des influenceurs culturels. » (Michel Boesch Air de Cour, Le Poème Harmonique 2020 https://www.baroquiades.com/articles/ recording/1/airs-de-cour-dumestre-alpha)
Le Livre d’airs de cour miz sur le luth était consacré à des chansons accompagnées du luth mais pour voix seule (ce qui ne veut pas dire qu’une seule voix chante). Il conservait les caractéristiques de l’Air en Forme de Cour pour voix seule avec accompagnement, polyphonique ou non. La voix restait au supérius pour la clarté du texte (par rapport à l’accompagnement). Ce genre s’inscrivait dans le programme de l’Académie de Musique et de Poésie fondée la même année par un des fondateurs de La Pléiade, Antoine du Baïf. Le genre Air de Cour et ses publications vont se développer jusqu’au premier quart de XVIIème siècle puis disparaîtra.
L’air de Cour participe de cette tendance qui, comme en Italie s’est manifesté dans la seconde moitié de XVIème siècle, de vouloir simplifier l’écriture polyphonique voire s’en départir. Le nombre des voix est d’abord réduit à quatre ou cinq, puis le texte mis en valeur par une meilleure compréhension, une seule voix est maintenue, la voix supérieure. Les autres voix sont remplacées par une partie instrumentale, généralement de luth. Ce qui correspond en fait au recitativo secco dans lequel la voix est accompagnée d’un seul instrument qui constitue la basse continue, à la différence du recitativo accompagnato qui fait appel à l’ensemble instrumental en soutien ou en ornement de la voix ou de la basse
L’Air de Cour participe ainsi de la monodie avec accompagnement. Par son absence d’ambition de voir la musique « interpréter » le texte, il se distingue ainsi d’autres genres contemporains usant de la monodie comme le Style Représentatif (Monteverdi) en Italie ou ultérieurs tel le Lied en Allemagne. Sous l’influence italienne, au cours du XVIIème siècle, la partie vocale s’enrichira d’ornementation faisant de l’Air de Cour une musique savante. Après 1643, il disparaît aussi vite qu’il était apparu.
Si le luthiste Adrian Le Roy (1520-1598) ne fut sans doute pas le premier à avoir composé un Air de Cour, il est en tout cas le premier à en avoir retranscrit un dans l'un de ses recueils pour luth et voix, Livre d'Airs de cour miz sur le luth édité en 1571. De cette date, vont suivre en France comme en Flandres les compostions pour voix et luth.
Pierre Guédron (1570-1620), chanteur et maître de ballet, beau-père d’Antoine Boësset (1586-1673) qui lui succéda à la charge de surintendant de la musique du roi en fut l'un des meilleurs illustrateurs avec Gabriel Bataille (1575-1630), maître de musique de Marie de Médicis et d’Anne d’Autriche et Étienne Moulinié (1600 1669), maître de musique des états du Languedoc qui introduisit un prélude instrumental à l’Air de Cour.
La base chiffrée aura définitivement pris le dessus, la partition indiquant les accords et non plus comme dans la tablature la position des doigts.
Pierre Guédron
Pierre Guédron (1565-1620), né à Châteaudun (Orléanais) et mort à Paris, est mentionné pour la première fois comme hautecontre au service de Louis II de Lorraine, dit le cardinal de Guise. Après l’assassinat au château de Blois du cardinal en 1588, il entre à la Chapelle Royale.
En 1599, il est sous-maître (charge partagée par semestre avec un autre compositeur) des enfants de la Chambre du roi. Son gendre Antoine Boësset prendra sa succession en 1613 par dot, suite à son mariage avec sa fille .
En 1601, après la mort de Claude Le Jeune (†1600 voir Renaissance/Musique/France/École de Paris), il reprend la charge de compositeur de la Chambre du Roi qu’il cumule peu après avec celle de valet de la chambre du roi, nomination qui est toujours la marque de l’intérêt que le roi porte au personnage qu’il admet dans son entourage et à sa musique.
En 1608, paraît son premier Livre d’Airs. En 1612, il assume la pleine charge de maitre des enfants et celle d’intendant de la musique de La Chambre. Et l’année suivante achète celle de Surintendant. Il aura eu treize enfants dont cinq survivront qui seront anoblis.
Son œuvre, uniquement vocale et profane, suit à ses débuts la tradition de l’air-de-ville (vaudeville) et de l’air mesuré à l’antique (strophique) du siècle précédent. Mais
« Son style évolue ensuite à partir du livre de 1612, vers des airs plus libres, décrivant des passions plus nobles et dotés de réelles qualités mélodramatiques, qu’il emploie naturellement dans les ballets de cour auxquels il contribue. Dans ce style "de cour", le nombre de voix est variable au sein de la même pièce ; les contrastes dynamiques s’accentuent ; ses mélodies sont agréables et expressives. Ses derniers airs sont pour lui l’occasion de plus travailler sur la correspondance entre le mot et son accent musical, ce qui fera partie des préoccupations de ses continuateurs… Guédron publie 6 livres d’airs de cour polyphoniques (un premier livre non numéroté et les livres 1 à 5, le dernier posthume), qui totalisent environ 200 airs. Une part d’entre eux a été écrite pour les principaux ballets de cour montés à Paris dans les deux premières décennies du XVIIe siècle : Ballet sur la Naissance de Monseigneur le duc de Vendosme (1598), Ballet des Bacchantes (1608), Ballet du maître à danser (1609), Ballet de Monseigneur le duc de Vendosme (Ballet d’Alcine) (1610), Ballet de Madame où sont représentés les météores (1613), Ballet des Argonautes (1614), Ballet de Madame (du Triomphe de Minerve) (1615), Ballet de Monsieur le Prince de Condé (1615), Ballet du Roy ou Ballet de la Délivrance de Renaud (1617), Ballet des Princes (1618), Ballet de la Reyne représentant la Beauté et ses nymphes (1618), Ballet du Roy sur L’Adventure de Tancrède en la forest enchantée (1619).» (Wikipédia)
« Il est considéré comme le meilleur artisan de l’avènement de la musique monodique accompagnée en France. » (Centre de Musique Baroque de Versailles)
Étienne Moulinié
Étienne Moulinié (1579-1676), né à Laure-Minervois près de Carcassone, Aude) et mort à Carcassone (ou Narbonne ?), fils de cordonnier enrichi, entre à six ans à la maîtrise de la cathédrale de Narbonne. Ces maîtrises assuraient aux enfant une formation musicale complète à laquelle s’ajoutait l’étude des humanités, grec et latin) et les mathématiques, la musique ayant toujours était considérée jusqu’aux Temps Modernes, comme une science faisant partie intégrante du quadrivium, avec l’arithmétique, la géométrie et l’astronomie. Ce n’est qu’à la Renaissance que la musique sera considérée comme un art (aussi de divertissement) et sera associée aux arts (grammaire, dialectique et rhétorique) et intégrée au trivium.
Son jeune frère Antoine (1595-1655) qui a suivi l’évêque de Carcassonne à Paris en 1616, a pu entrer comme chantre dans la Chapelle Royale. Ayant su faire valoir autant sa bonne compagnie que ses talents, il est nommé valet de la chambre du roi. En 1621, il fait venir son frère aîné à la cour. Antoine mourra en tombant dans les escaliers le menant à sa cave. Selon les sources, ils auront fait venir leur père à Paris et lui auront obtenu une charge de valet du roi, ou /et aura été consul de son village.
En 1623, l’important éditeur de musique Pierre I Ballard publie deux de ses Airs de Cour dans une publication de différents compositeurs. Et en 1624 ses propres Airs de Cour avec tablature pour luth.
En 1627, Étienne est Maitre de Musique du frère de Louis XIII, Gaston d’Orléans, la charge la plus importante avec celle de Maitre de Chapelle. Il participe pleinement à la vie musicale et littéraire de son temps. N’aurait-il pas travaillé avec la Troupe de Molière ?
De 1624 à 1637, sept volumes d'airs de cour de lui sont publiés rencontrant un succès certains.
En 1632, sa femme meurt en couche et lui laisse une fille. Il se remariera 7 ans plus tard et aura huit enfants.
De 1634 à 1649, il compose pour de Mademoiselle de Montpensier, fille de Gaston d'Orléans dont il est Maître de Musique airs du ballet Les Quatre Monarchies Catholiques.
En 1663, trois après la mort de son maître, Le Grand Monsieur, (son neveu frère de Louis XIV sera appelé simplement Monsieur pour les distinguer), il retourne dans son Occitanie natale. En 1666, il est nommé intendant et maître de la musique des États du Languedoc. Il aura auparavant dirigé les musiques funéraires de la reine Anne d’Autriche, épouse de feu Louis XIII (†1643) et du Prince de Conti, frère du Grand Condé, morts tous deux en cette même année 66. Il meurt à l’âge de 77 dans des conditions que l’on ignore.
Avec, Antoine Boësset (1587-1643)et son exact contemporain Guillaume Bouzignac (1587-1643), Moulinié fait partie de ses compositeurs de la première partie du XVIIème siècle qui tout en prolongeant l’École Parisienne ( La Chanson de Paris) de la Renaissance Française, introduisent avec leurs d’airs de cour (voix seul et luth), d’airs à boire et d’airs de ballet les composants de la musique baroque.
« Après Boesset, il est le premier à employer la basse continue (IIIe livre, 1635 ; puis Airs à quatre et cinq parties avec la basse continue, 1668). Il connaît l'art ultramontain et il a écrit des airs italiens ou bien en a transcrits. L'élément dramatique pénètre peu à peu, avec lui, dans la musique vocale française (Ballet du monde renversé, 1624 ; Ballet de Mademoiselle : les quatre monarchies chrétiennes, 1635 ; airs du Ballet du mariage de Pierre de Provence et de la belle Maguelonne, 1638). Sa Missa pro defunctis à cinq voix, 1636, elle témoigne de son attachement au style traditionnel sans continuo (cf. Du Caurroy) [comme ses pièces pour violes manifestent ce même attachement à la polyphonie]. En revanche, dans les Meslanges de sujets chrétiens, cantiques, litanies et motets de deux à cinq parties avec la basse continue (1658), il utilise les techniques nouvelles relativement peu connues alors en France, notamment la mélodie accompagnée et une écriture harmonique où prédominent le majeur et le mineur sur les anciens modes. » (Pierre-Paul Lacas https://www.universalis.fr/ encyclopedie/etienne-moulinie/)
Musique pour La Scène
Les Formes
Le Ballet de Cour
Le Ballet de Cour qui sera à l’origine au XVIIIème siècle de l’Opéra-Ballet, trouve son origine dans la mascherata italienne (de masqué, mascarade), danse costumée et pantomime entrant dans les parades du carnaval, qui prendra la forme d’un intermezzo (voir Angleterre/Mask), divertissement spectaculaire déjà en vogue sous Laurent de Médicis (†1492). Arrivé tardivement en France, sous Henri IV, la mascherata se transformera en Ballet de Cour. La mascherata était donnée pendant les entremets[4] d’un festin, dans un esprit festif de parade costumée.
On peut également rattacher le Ballet de Cour à la tentative d’Antoine du Baïf, fondateur en 1571 de l’Académie de Musique et Poésie, de relier la danse à la poésie mise en musique telle que « mesurée à l’antique », les notes de musique du sonnet aussi bien que les pas du danseur devant correspondre à la métrique du vers du sonnet en suivant l’alternance choisie des syllabses longues et des syllabes courtes.
C’est un spectacle total avant l’heure qu’offrait le Ballet de Cour, mêlant selon une intrique relâchée, divers genres : chant, danse, musique, comédie. A la cour, Le Ballet de Cour regroupe danseurs et musiciens pour donner un divertissement dans lequel les participants sont mis en valeur par leur entrée[5] avant de devenir spectateurs des autres entrées jusqu’au ballet final qui rassemble tous les participants.
« Les Ballets de Cour ne sont dansés que par des hommes, les rôles de femmes étaient tenus par des éphèbes masqués en costumes de femme. Parmi les danseurs : le roi et autres courtisans de haut rang. Ce sont au départ tous des amateurs. Les «baladins» de métier, premiers danseurs professionnels font peu à peu leur apparition pour les numéros de virtuosité (acrobaties, funambulisme...). En 1635, il y’a environ autant de professionnels que d’amateurs, et en 1670, les amateurs ont pratiquement complètement disparu. A noter que seules quelques femmes privilégiées dansent à l’époque » (Emmanuel Thiry, Histoire de la Danse 5).
Au XVIIème siècle, de manière plus élaborée, avec plus de continuité, plus de lien entre les ‘numéros’, ces spectacles iront en se complexifiant avec un accroissement des participants, des arguments dramatiques plus étoffés et l’apport de décors et de déguisements (momerie).
Balthasar de Beaujoyeulx (Baldassare de Belgiojoso, ca. 1535-1587 voir Renaissance/Musique/ École Parisienne), né en Lombardie suit en France en 1555 Charles Ier de Cossé[6], comte de Brissac, Marchal de France, commandant des troupes françaises en Piémont. Son œuvre la plus célèbre est Le Ballet Comique de la Royne faict aux noces de Monsieur le duc de Joyeuse et Madamoyselle de Vaudemont sa sœur [de Louise de Lorraine-Vaudémont, épouse d’Henri III] , par Baltasar de Beauioyeulx, valet de chambre du Roy, et de la Royne, sa mère ».Commandé par Henri III pour son favori, le ballet donné dans la grande salle du Petit-Bourbon (voir Littérature/Théâtre/France) dura 5 heures 1/2 et aura coûté 3 600 000 francs-or. Beaujoyeulx a collaboré avec Nicolas Fulleul pour le livret (publié l’année suivante), les musiciens Salmon et Beaulieu en ont écrit la musique et Jacques Patin a assumé le décor peint. Il l’avait fait précéder du Ballet des Polonais en 1573 donné en l’honneur des ambassadeurs polonais. Ces deux ballets marquent la naissance du Ballet de Cour.
Henri Le Bailly (158?-1637)[7] donnent en 1615 le Triomphe de Minerve au Petit-Hôtel de Bourbon[8] pour Marie de Médicis et sa fille Élisabeth âgée de 13 ans et qui allait se marier avec Philippe Iv d’Espagne. Certains historiens font de ce Triomphe de Minerve et le Ballet de Madame de Pierre Guédron (1570-1620) un même ballet, tandis que d’autres donnent le second pour avoir était créé en 1613 au Louvre. Pierre Guédron est le compositeur de plusieurs autres ballets comme le Ballet du Roy sur L’Adventure de Tancrède en la forest enchantée (1619) ou encore le Ballet du Roy ou Ballet de la Délivrance de Renaud (1617), Ballet des Argonautes (1614).
Ballets de 1600 à 1640 :
Ballet des 7 Fols et des 7 Sages (1602), Ballet de la Reine (1609), Ballet d'Alcine (1610), Ballet de Minerve (1615), Ballet de la Délivrance de Renaud (1617), Ballet des Aventures de Tancrède en la Forêt enchantée (1619).
Ballets de 1650 à 1699 :
Ballet de la Nuit (1653) : Ballet de la Raillerie (1659), La Pastorale d'Issy, , Ariane (1661), Ballet du Palais d'Alcine (1664), La Princesse d'Elide (1664), Le Bourgeois Gentilhomme (1670), Pomone (1671), Issé (1697).
La Pastorale
La Pastorale est contemporaine du Ballet de Cour. Ballet de Cour et Pastorale sont des genres très proches. Le Ballet de Cour prend une tournure pastorale quand il intègre des ballets champêtres comme dans le Ballet de l’Aventure de Minerve, livret d'Étienne Durand, poète de la Cour, en collaboration avec Malherbe, musique d'Anthoine Boesset, surintendant de la musique du Roi et de Pierre Guédron, scénographie de Francini avec ballet de pâtres, donné en 1615. Pour la première fois, les danseurs évoluent dans le décor. Les récitatifs y sont remplacés par des chœurs. « C'est un ballet à la signification politique. Minerve symbolise la Régente, Marie de Médicis, dont le gouvernement, les choix politique et le favori, le maréchal d'Ancre, étaient alors très fortement contestés. Le Ballet la montre triomphante et apportant l'Âge d'Or à la France. » (http://arsmagnalucis.free.fr/ballet-minerve1615.html). Ou encore, le Ballet de l’Aventure de Tancrède dans le Forêt Enchantée sur une musique de P. Guédron, commandé par Monsieur le Duc de Luynes et donné en 1619 dans la Grande Salle du Louvre. Le ballet et la Pastorale feront barrage pendant toute la première moitié du XVIIème siècle à l’opéra, nouveau genre apparu et très en vogue dans la période baroque en Italie (1600-1750).
La Pastorale n’ignorera pas pour autant le pays qui vit naître le baroque et l’opéra, puisque ses textes de prédilections seront italiens, notamment ceux de poètes comme Le Tasse (1544-1595) ou Guarini (1538-1612), notamment son Il pastor fido (le Berger Fidèle). Les auteurs français ne seront pas laissés de côté avec Honoré d’Urfé (1557-1625) dont l’Astrée (1602-1619) connut un immense succès et inspira nombre de poètes.
Ce n’est qu’à partir de la seconde moitié du siècle que la Pastoral sera entièrement musicale alors qu’elle ne l’était qu’accessoirement (ballets, chansons). Les Amours d’Apollon et de Daphné, livret et musique du poète libertin Charles Coypeau Sieur Dassoucy (1605-1679, pour la petite histoire amant de Cyrano de Bergerac) en est un exemple. Cette œuvre, donnée en 1650 dans les appartements du Cardinal Mazarin au Louvre, est considérée comme la première « comédie en musique » ou pour certains comme le premier opéra français. « L’œuvre fait alterner des passages déclamés et des airs chantés, mais sans récitatif. Elle mélange le burlesque et le sérieux, l’érotique et le tragique… Elle ne fut probablement pas représentée, et la musique est malheureusement perdue. » (https://operabaroque.fr/Assouci_Apollon.htm).
Selon le gazetier Théophraste Renaudot : « chanté au Louvre par la musique du roi …pour sa nouveauté et son agréable composition dans les appartements de son éminence été reçue de toute la compagnie avec beaucoup d’applaudissements ».
La Pastorale expose les codes du savoir-vivre et aussi du savoir-aimer. Elle aura pour concurrente la Tragi-comédie. Elle fait parfois appel à une participation musicale.
La Pastorale d’Issy donnée en 1659 à Issy dans la maison des champs (maison de campagne) d’un certain Monsieur de La Haye -dont on ne sait s’il était maître d’hôtel de la reine Anne d’Autriche ou selon Perrault, orfèvre - marque une date importante dans l’évolution de l’Air de Cour vers l’opéra …français. Le poète Pierre Perrin (1620-1675) qui en a écrit le ‘livret’, Robert Cambert (1627-1677) en ayant composé la musique, la qualifiera lui-même de « comédie musicale à la française ».
En 1671 pour l’inauguration du premier théâtre public de musique à Paris, Perrin et Cambert créent Pomone que l’on considère comme le premier opéra français.
La Comédie-Ballet
Ce genre de comédie, mêlant au texte chants, chorégraphie et musique a été inventé par Molière, Pierre Beauchamp (musique et chorégraphie) et Lully (la Courante) pour la pièce Les Fâcheux donné en août 1661 au Château de Vaux-Le-Vicomte lors de la célèbre fête donnée par Nicolas Fouchet en l’honneur du roi. Cette fête qui vit venir de toute l’Europe plus de 3000 invités sera une des raisons mais de loin non la principale qui entraina la disgrâce et l’emprisonnement à vie à la forteresse de Pignerol (Piémont) du Surintendant des Finances.
Contrairement au Ballet de Cour (ou Opéra-Ballet) et à la Pastorale, musique, chant et danse font partie intégrante de l’œuvre, sont étroitement mêlés à l’intrigue.
Comédie-Ballet de Molière, Pierre Beauchamp et Lully : Les Fâcheux (1661), Le Mariage Forcé (1664), L’Amour Médecin (1665), La Pastorale Comique (1667), Le Sicilien ou l’Amour Peintre (1667), Le Grand Divertissement/Georges Dandin (ou Le Mari Confondu,1668), Monsieur de Pourceaugnac (1669), Les Amants Magnifiques (1670), Le Bourgeois Gentilhomme (1670).
Comédie-Ballet de Molière, Pierre Beauchamp et Marc-Antoine Charpentier : Le Médecin malgré lui (1666), La Comtesse d'Escarbagnas (1671) Le Mariage forcé (repris en 1672), Les Fâcheux (reprise de 1672), Le Malade imaginaire (1673), Psyché (reprise de 1684), Le Dépit amoureux (1656, reprise de 1679).
L’Opéra Français ou Tragédie Lyrique
L’opéra à la française se compose d’une ouverture à la française (vif-lent-vif), d’une adresse (au « plus grand roi du monde ») en guise d’introduction avant l’intrigue au thème le plus souvent mythologique suivie de cinq actes, à la différence de l’opéra italien qui n’en contient que trois ; une partie instrumentale clos la représentation.. Autre différence d’avec l’opéra italien, l’importance des chœurs et la réduction des soli.
Les créateurs en sont Lully pour la musique et Philippe Quinault (1635-1686) pour les livrets. Lully voulant faire obstacle à l’opéra italien qui se répand à cette époque dans toute l’Europe, tient à créer un genre musical propre à la France, autrement dit propre à lui-même. Il s’inspire de la tradition française du Ballet de Cour auquel il mêle une dramaturgie qui fait intervenir tout un jeu complexe de ces machineries dont raffole Versailles. Lully veut en faire un grand spectacle, un opéra total où le livret en vers, le chant, la scénographie avec lumières, décors et machinerie sont mis sur le même plan.
Quasiment tous les grands compositeurs français des XVII et XVIII siècles s’adonneront à ce genre musical particulier à la France. Au XVIIème siècle : Marc-Antoine Charpentier (1664-1704), Marin Marais (1656-1728), Pascal Collasse (1649-1709) ; au XVIIIème siècle, notamment André Campra (1660-1744) qui avec Collasse introduisirent séparément l’Opéra-Ballet dont Les Indes Galantes de Jean-Philippe Rameau (1683-1764) sera un des plus bel exemples et autres, Desmarest, André Cardinal-Destouches, Jean-Marie Leclair.
La naissance officielle de l’opéra français est précisément datée au 28 juin 1669 par les lettres patentes de Louis XIV en faveur de Pierre Perrin, poète lyonnais. (https://operabaroque.fr/academie-royale-de-musique.htm).
« L’Abbé Perrin l’associa avec lui au privilège que le Roi lui avoit accordé en 1669 pour l’établissement des Opéra en France » (https://operabaroque.fr/CAMBERT.htm).
Pomone, opéra ou représentation en musique, Pastorale en cinq actes et un prologue, musique de Robert Cambert sur un livret de Pierre Perrin est considéré comme le premier « opera » français.
Après des déboires avec la police au motif de trouble à l’ordre public sur plainte du voisinage, présentée une première fois au public en mars 1671 à la salle du Jeu de Paume du Béquet ou de Bel-air, sise rue de Vaugirard, les auteurs la donnèrent ensuite à la Salle de La Bouteille ou Salle du Jeu de Paume de la Bouteille sise rue des Fossés de Nesles, aujourd’hui au 42 rue Mazarine. Le succès de ce que l’on considère être le premier opéra français fut immense. Mais pour dettes, Perrin fut jeté en prison et le roi le destitua de son privilège.
En 1672, Lully fonde l’Académie de Musique, communément appelé l’Opéra. En raison de difficultés juridiques, Il ne peut utiliser la Salle de la Bouteille et installe l’académie dans l’autre salle de jeu de paume, celle de Bel-Air dans l’actuelle rue de Vaugirard que Carlo Vigarani[9] transforme en théâtre. Il y représente Les Fêtes de l’Amour et de Bacchus, un pot-pourri d’extrait des comédies-ballets de Quinault et de Molière (Jean-Claude Brenac https://operabaroque.fr /academie-royale-de-musique.htm).
Quelque mois plus tard, en 1673, le roi assista à la « première » de « Cadmus et Hermione » composé par le maitre italien. Première tragédie en musique, l’œuvre est, elle aussi, considérée comme le premier opéra français (https://www.theatreinparis.com/fr/blog/histoire-de-l-opera-en-france). Le roi enchanté met la salle du Palais-Royal à sa disposition. Son Académie de Musique qu’il a crée un an plus tôt en rachetant à un abbé Perrin surendetté son privilège devient l’Académie (cette fois-ci) Royale de Musique. Lully s’implante à la place des comédiens de Molière qui y jouaient depuis 1662.
Pour en savoir plus sur la tragédie lyrique voir David LeMarrec Introduction à la tragédie lyrique , quels codes ? Quels buts ? :http://operacritiques.free.fr/css/index.php?2007/08/25/698-introduction-a-la-tragedie-lyrique-quels-codes-quel-but-tragedie-en-musique-explications-theories-lully-rameau-ecoles
L’Opéra-Ballet
L’Opéra-Ballet apparaît en 1695 avec la représentation de Les Saisons de Pascal Colasse (1649-1709) de 1695 et de L’Europe Galante en 1697 d’André Campra (1660-1744) sur un livret de La Mothe. Et le genre s’étendra sur tout le XVIIIème siècle. « Pour autant, hormis quelques rares fameux chefs-d’œuvre (Les Éléments, Les Fêtes Vénitiennes, Les Indes Galantes) les opéras-ballets sont ignorés »
Selon les sources, « Depuis la mort de Lully (1633-1687), la tragédie-lyrique s’essouffle et s’épuise. » (Emmanuel Thiry Histoiredeladanse7http://emmanuelthiry.chez-alice.fr/07_Opera_ballet.pdf.)
ou l’Opéra-Ballet « coexiste avec des Tragédies-Ballets toujours très prisées du public, mieux connues et avec les Comédies-Ballets, peu nombreuses et moins réussies qu’au siècle précédent.» (Françoise Dartois –Lapeyre L'opéra-ballet et la Cour de France Persée Dix-Huitième Siècle Année 1985 17 pp. 209-219).
« Genre lyrique pratiqué en France au 18e siècle et issu du ballet de cour. L'opéra-ballet est une pièce de divertissement composée le plus souvent d'un prologue et de plusieurs actes narrant une histoire simple. Les intermèdes dansés fournissent au récit, l'action nécessaire. Par rapport à la forme de la tragédie lyrique, l'opéra-ballet donne une place plus importance à la danse. La diversité des décors et des costumes qui changent à chaque "entrée" apporte une dynamique au récit. L'opéra-ballet reste néanmoins narratif et l'action dramatique peut, à l'occasion, revêtir la forme de véritables ballets pantomimes ». (https://www.musicmot.com/opera-definition.htm).
Selon Françoise Dartois–Lapeyre, auteur de thèse sur La Danse au temps de l’Opéra-Ballet (Paris I, 1983) de nombreuses pièces sont qualifiées à tort d’opéra-ballet alors qu’elles ne remplissent pas les conditions du genre et les auteurs des livrets, eux-mêmes, ne qualifiaient jamais leur œuvre ainsi mais leur donner les qualifiaient en fonction du sujet traité non du genre, pastorale s’il y avait des bergers, héroïques pour les héros de l’histoire ou des légendes. Elle retient la définition de Chamfort et La Mothe dans leur Dictionnaire Dramatique (Paris 1776) : « le ballet de cette nouvelle forme consiste en trois ou quatre entrées précédées d’un prologue et chacune des entrées forme des actions séparées avec un ou deux divertissements mêlés de chants et de danses ». Ce genre aurait gardé le nom de ballet parce que « le ballet de cour avait totalement disparu à la fin du 17ème siècle… Ce sont les critiques du 19ème siècle qui le baptisèrent a postériori d’opéra-ballet ».
Dans son Histoire de La Danse, Emmanuel Thiry écrit à propos du ballet de cour qui trouve, selon lui, son origine dans les momeries, formes théâtralisées des « intermèdes chantés, dansés, mimés, ou numéros d’acrobates, de jongleurs ou montreurs d’ours » qui prenaient places dans les entremets au cours des festins ( d’autres sources donnent la mascherata italienne) et dont Le ballet de cour en est l’aboutissement en transformant la momerie en véritable spectacle comportant une action dramatique: « Le ballet est un spectacle combinant essentiellement quatre arts: la danse , la poésie, la musique mais aussi la peinture. »
Si les machineries ont pris la place des jongleurs de foire, la frontière entre Ballet de cour et Opéra-ballet reste ténue, sinon que, hormis les quelques exceptionnelles réussites, les sujets sont plus légers et fera qualifier le genre de demi-caractère (entre grave et comique).
Robert Cambert
Robert Cambert (1627-1677), né à Paris et mort à Londres a été un organiste de renom en poste à l’église de Saint Honoré à Paris, Surintendant de la Musique de la Reine mère, Anne d’Autriche, selon Voltaire « intendant de douze violons de la reine-mère, qu’on appelait ‘’La musique de France ‘’ ».
Après le succès de La Pastorale d’Issy de 1659 et d’Ariane ou le Mariage de Bacchus de 1660, Cambert et son acolyte, Pierre Perrin, librettiste et écrivain fondent l’Académie de Musique et de Poésie en 1669 ( à ne pas confondre avec delle d’Antoine Du BaÏf fondée en 1571) avec l’assentiment de Colbert sans qui rien ne se faisait en politique, en économie comme en arts. Le privilège (représentation, édition) était de douze ans. En 1670, le Lieutenant de Police de Paris La Reynie pour qui Louis XIV venait de créer le poste pour que soit créée la première police française, donna l’ordre d’interdire que soit joué à la salle du Jeu de Paume du Béquet ou de Bel-air, sise rue de Vaugirard, la pastorale Pomone (nymphe des jardins), une pastorale en 5 actes écrite un an plus tôt par les mêmes auteurs. Perrin saisit l’occasion de l’inauguration du premier théâtre public de musique à Paris, la Salle du Jeu de Paume de la Bouteille sise rue des Fossés de Nesles (aujourd’hui au 42 rue Mazarine), pour faire créer créent Pomone.
En 1673, à la mort de Molière une partie de sa troupe qui dut quitter la salle du Palais Royal, Lully l’ayant obtenue du roi, s’installa à la Bouteille qui devint le Théâtre de Guénégaud (voir Théâtre/France/Salles). Le succès de la représentation que l’on considère être la première œuvre opérique française fut immense. St Évremond (voir France Littérature) écrivit : « C’est le premier opéra français qui ait … On voyait des machines avec surprises, les danses avec plaisir, on entendait le chant avec agrément et les paroles avec dégoût ». « En fait, en fait, malgré le désir des auteurs de concurrencer l’opéra italien, Pomone est encore une pastorale composée d’une ouverture, un prologue et 5 actes » (M.C.Beltrando-Patier op. cit.)
En 1672, voyant Perrin endetté[10] et un temps emprisonné pour pratiques frauduleuses (il vendit trois fois son privilège), dépité que le privilège soit en possession de Lully, Cambert s’exile à Londres où le Roi Charles II lui confie la charge de Surintendant de sa Musique, qu’il exerça jusqu’à sa mort en 1677. Il fonde avec Louis Grabu (son élève), maitre de musique du roi, la Royal Academic of Music. En 1674, il fait représenter son Ariane ou le Mariage de Bacchus mais cette fois-ci avec une musique de Grabu et en 1675 Pomone.
Pascal Colasse
Pascal Colasse (1649-1709), né à Reims et mort à Versailles, arrive à Paris avec sa famille à l’âge de deux ans en 1651. Il est enfant de chœur à l’église St Paul, nouvellement reconstruite par les Jésuites en 1629, une des rares églises baroques de Paris mais ne présentant pas la traditionnelle façade de l’église du Gesù (Rome 1571). Il fait ses études au célèbre Collège de Navarre fondé au début du XIVème siècle par Jeanne de Navarre, épouse du ‘tombeur’ des Templiers, Philippe Le Bel (1285-1305-1314), qui avait la particularité d’être ouvert à tous sans conditions de classe et où Henri III et le futur Henri IV firent leur études sur le même banc.
En 1669, il épouse la fille du dessinateur des décors, Bérain.
Dès 1677, Lully (1632-1687) qui l’a formé musicalement, le prend comme batteur de mesure à l’Opéra et devient son principal assistant entre autres pour la composition des parties des voix intermédiaires , le maître écrivant le dessus et la basse continue. Il lui succédera à la direction de l’Opéra en 1687. De 1683 à 1704, il est l'un des quatre sous-maîtres de la Chapelle Royale avec Richard de Lalande, l'Abbé Goupillet, l'abbé Minoret et reçus sur concours.
En 1696, il succède à Michel Lambert comme maître de musique et compositeur de la chambre, puis compositeur de la musique de la chapelle. En 1708, il abandonne fonctions à la chapelle, ne conservant que celles de la chambre qu'il conserve jusqu'à sa mort. Féru d’alchimie, sa recherche de la Pierre Philosophale (panacée universelle) l’amena à la ruine et à une demi- folie.
Considéré comme le créateur de l’Opéra-Ballet, il est le compositeur de Grands Motets Versaillais, qui seront joués à la chapelle de Versailles pendant plus de vingt ans, de quatre cantiques, d’un opéra et surtout de sept tragédies-lyriques (sans grand succès), toutes sur le modèle de son maître, et de trois ballets à entrées , les Saisons, (1695), La Naissance de Vénus (1696), Ballet de Villeneuve-Saint-Georges (1692). Il était reconnu de son temps comme un compositeur de talent.
Lully
Jean-Baptiste Lully (Giambatista Lulli 1632-1687), né à Florence, fils d’un meunier, arrive en France en 1645 dans la suite du Duc de Guise. Il n’a que 13 ans. Il apprend l’italien à la Duchesse de Montpensier, cousine du roi. En 1652, à 20 ans, il entre au service du roi, qui , seulement son aîné de 6 ans, lui donnera du « Mon cher Lully ». Il recevra de nombreuses gratifications royales et avec la richesse, la noblesse en 1681.
Lully se fera connaître à la cour d’abord comme violoniste, danseur et chorégraphe, acteur (comique) avant d’être compositeur d’opéra, et… chef d’orchestre et homme d’affaires. Il aura eu la réputation d’être un intriguant. Boileau l’aura traité de coquin et La Fontaine de paillard, ce qu’il n’en eut cure.
En 1659, son le Ballet de la Raillerie, dont deux airs son de Jean-Baptiste Boësset, est dansé par le roi qui incarna le Ris, le Bonheur, un Gentilhomme français ; Lully, un Poltron (https://operabaroque.fr/Lully_Raillerie.htm).
En la fructueuse année 1661, il se marie à la fille d’un musicien, Madeleine Lambert, devient Surintendant de la Musique de la Chambre Royale. Il participe avec l’air de la Courante à la musique de la première comédie-Ballet Les Fâcheux, avec texte de Molière et chorégraphie et musique du maitre de ballet et excellent danseur, Pierre Beauchamp (1631-1705)[11]. Il compose en cette période le Ballet des Saisons à neuf entrées que dansa le Roi soleil dans les décors de Carlo Vigarani (1625 – 1713) auquel fera appel en 1672 le compositeur pour l’aménagement en théâtre de la salle du jeu de Paume de Bel-Air pour l’installation de sa troupe après avoir acheté le privilège royal à Pierre Perrin la même année. En 1673, à la mort de Molière, le roi autorisera Lully à s’installer au Palais Royal chassant la troupe de celui-ci et lui accordera à son académie le privilège d’être reconnue royale.
Il sut faire apprécier du public français l’opéra italien en le … francisant : il emprunta les machineries du ballet de cour et fit travailler la déclamation à ses chanteurs et chanteuses en s’inspirant de la déclamation de la célèbre actrice Mademoiselle de Champmeslé[12]. Ses récitatifs sont plus proches de la déclamation que du chanter-parler et ses arias n’ont pas l’envolées brillantes de leur cousines italiennes. Pour les livrets, il fit appel le plus souvent à l’écrivain Philippe Quinault qui considérait ces commandes de livrets à thème mythologique comme des amusements sans grande importance par rapport à son œuvre de poète et d’auteur dramatique bien qu’il écrivit quasiment autant de livrets, une quinzaine, que de comédies, tragi-comédies et tragédies réunis. Lully aussi se ‘plaqua’ aux règles du théâtre classique Apporta un soin particulier au chœurs et à l’orchestration, et créa ‘l’ouverture à la française’( lent-rapide-lent) Le tout dans l’esprit du Grand Siècle : De la majesté et non de la pompe comme en fit la différence Bossuet. Ses opéras étaient à proprement parler sur le modèle des pastorales ou des tragédies lyriques.
Lors de l’exécution de son Te deum en 1687, battant la mesure, il se donna un coup sur le pied avec sa canne d’orchestre (un bâton pointu). Pour pouvoir continuer à danser, il refusa de se faire amputer la jambe, si bien que la gangrène se propagea dans tout son corps.
Sur un livret de Philippe Quinault, Cadmus et Hermione est la première Tragédie-Lyrique composée par Lully. Elle est créée en avril 1673 à la salle du jeu de paume du Béguet (Bel-Air). Le roi fit le déplacement au Faubourg St Germain pour y assister. Molière vient de mourir deux mois exactement auparavant.
Si Lully et Molière ont toujours entretenu de bons rapport professionnel depuis les Fâcheux de 1661 pour lequel Lully composa l'air de la Courante ( la musique du ballet étant de P. Beauchamp), les choses se gâtèrent quand en mars 1672 les lettres patentes du roi signifiaient l’interdiction « de faire chanter aucune pièce entière en France, soit en vers françois ou autres langues, sans la permission par écrit dudit sieur Lully, à peine de dix mille livres d'amende, et de confiscation des théâtres, machines, décorations, habits… » ( Eugène Despois et Paul Mesnard Molière œuvres Complètes Hachette 1873). La troupe de Molière se trouvait ainsi à la merci pour donner ses comédies-ballets d’une autorisation de celui qui en fut un des créateurs. Comme de plus le roi accordait un nouveau privilège qui le rendait propriétaire des pièces dont il écrivait la musique, Molière s’en tiendra à Marc-Antoine Charpentier pour la musique de ses comédies-Ballets à venir (voir Comédie-Ballet). En novembre 1672 fut quand même créé Les Fêtes de l'Amour et de Bacchus, rassemblant des extraits de diverses pièces : Le Bourgeois gentilhomme, Les Amants magnifiques, La Pastorale comique, ainsi que des ballets de la Fête de Versailles de 1668, sur un livret de Molière, Quinault et Périgny, une musique de Lully, des décors de Carlo et des ballets de Desbrosses. Œuvre par laquelle Lully inaugurait la nouvelle Académie royale de Musique, dans la salle du Jeu de Paume de Béquet, ou de Bel-Air, rue de Vaugirard. Sa méthode d’un brassage d’anciennes scènes envenima un peu plus les relations des deux Baptiste ; l’épisode fut appelé ‘’la Guerre des deux Baptiste’’, Jean-Baptiste Poquelin et Giovanni Battista Lulli.
Cette même année 1672, Louis XIV commanda la comédie-Ballet La Comtesse d'Escarbagnas pour le (re)mariage de Monsieur avec la Princesse Palatine et accorda à Molière l’autorisation d’employer danseurs et musiciens.
Alceste, tragédie lyrique, sur un livret de Philippe Quinault est le premier opéra à être donné en 1674 au Palais. Acis et Galatée, pastorale héroïque de 1686 donné au Château d’Anet. Le livret était de Jean Galbert de Campistron qui remplaça P. Quinault qui avait abandonné le théâtre. Jean-Galbert de Campistron (1656 – 1723) par ailleurs auteur de nombreuses tragédies et secrétaire général des galères, entrera à l’Académie Française en 1701. Toujours sur un livret de Campistron, Lully et Marin Marais donnèrent en 1693, Alcide, tragédie-Lyrique en 5 actes et prologue.
L’œuvre de celui qui régna en potentat sur la musique du Roi Soleil pendant plus de vingt ans ne survivra pas au siècle qu’il illustra. Elle s’éteignit avec le règne, un peu trop empesée, compassée, aux livrets plus ‘intellectuels’ comme on dirait de nos jours que dramatiques pour certains. Si « Lully a conservé le principe d’un récit sur basse continue prépondérant entrecoupé de quelques arie et scènes de divertissement » (M.C. Beltrando-Patier), il aura su faire évoluer son art de la pastorale à la tragédie aux derniers opéras (Amadis 1684, Roland, 85, Armide 86) tous sur des livrets de Quinault dans lesquels le personnage principal prend une dimension dramatique jusque là inégalée, emportés par folie ou la passion.
Paolo Francesco Lorenzani
Paolo Francesco Lorenzani (francisé en Laurenzain 1640-1713) qui, arrivé de Sicile à Paris dans la suite du Duc de Vivonne (frère de Mme de Montespan) pour qui il a déjà composé des musiques en tous les genres, aura la charge de Surintendant de la Musique de la Reine et connaître les faveurs du roi. Grand représentant de la musique italienne à Versailles, ses compositions, très appréciées de la cour, feront de lui le grand rival du despotique Lully (†1687) qui ne souffrait aucune concurrence. En 1679, il est envoyé par le roi en Italie pour recruter cinq castrats pour la Chapelle Royale
Outre la Déclaration des Quatre Articles de 1682 par Bossuet qui établissait les principes de l’Église gallicane entraina un conflit entre Louis XIV et le pape Innocent XI, et par voie de conséquence la défaveur de la musique italienne (et des italiens en général). La mort de la reine Marie-Thérèse en juillet 1683 (Colbert l’a précédé de quelques mois, ce qui n’est pas sans incidence quand on sait la place déterminante qu’il occupa dans les arts et la musique[13]) entraina la suppression du poste de surintendant, et son échec ( auquel Lully ne serait certainement pas étranger) la même année au concours de sous-maitre de la Chapelle Royale en remplacement d’Henry Du Mont, concours auquel échoua également M. A. Charpentier, obligea Lorenzani à se ‘rabattre’ sur des postes importants mais moins prestigieux, un temps au Théâtre des Italiens, un temps maitre de musique chez les Théatins, et à organiser ses propres concerts. Il finit par être oublié de la cour malgré la représentation par l'Académie Royale chez les Condé à Chantilly de son opéra dans le style français, Oronthée, qui redonnait quelques éclats à sa renommée. Ses 25 motets furent édités en 1693 par Christophe Ballard et dédiés au roi.
Celui qui fut appelé « l’admirable Romain » quitte en 1694 définitivement la France pour occuper un an plus tard et jusqu’à sa mort en 1713, le poste de maestro di cappella à la Cappella Giulia qui prépare les jeunes chanteurs les plus méritants à accéder à la maitrise de la Chapelle Sixtine. Ironie du sort (?) Lorenzani avait été formé à la Cappella Giulia du Vatican.par Oranzio Benevoli (1605-1672),essentiellement compositeur de musique sacrées avec u_ne grande maitrise de la polyphonie (une douzaine de messes à 12 ou 16 voix). En 1628, pour l’inauguration de la cathédrale de Salzbourg, Orazio Benevoli fit jouer une de ses messes pour plusieurs chœurs et orchestres à 53 parties (1605-1672).
On retient notamment de ses compositions lors de son séjour de 14 ans en France sa pastorale Nicandro e Fileno, livret de Philippe-Julien Mancini, duc de Nevers, neveu de feu le cardinal Mazarin, représentée à Fontainebleau en 1681 malgré les tentatives infructueuses de Lully pour qu’elle n’ait pas lieu, et en 1684 la Sérénade en forme d’opéra musique italienne de Lorenzi et musique française. De Richard de la Lalande, étoile montante qui fit incontestablement de l’ombre à Lorenzi[14] dans ses ambitions de retrouver la faveur royale. Ainsi que 20 Petits Motets, 3 Te deum, des Airs et Cantates à 1-2 voix, violon et basse continue. Avant sa venue en France, il avait composé à Messine plusieurs messes et oratorios, un Magnificat à 9 voix et basse continue, des litanies de la vierges à 4 voix et basse continue et un opéra Il Coloandro en 1677.
« Premier opéra en langue italienne représenté en France depuis l’Ercole amante de Francesco Cavalli pour le mariage du roi en 1660, Nicandro e Fileno est une courte pastorale. Il s’agit d’un genre scénique en trois actes qui situe son action dans parmi les bergers et dans les villages de campagne, contrairement à la « tragédie en musique », qui montre, en cinq actes émaillés de nombreuses scènes dansées, des dieux et déesses de la mythologie ou des héros de romans de chevalerie dans des intrigues où entrent en conflit, sur fond de jalousie, de vengeance ou de trahison, l’amour et diverses nobles vertus, jusqu’au dénouement le plus souvent tragique. Jean-Baptiste Lully avait conçu ce dernier genre, avec son librettiste Philippe Quinault, dans les années 1670, créant l’opéra en langue française et imposant un goût et un style uniques.» (François Filiatrault Nicandro e Fileno Une pastorale de Paolo Lorenzani https://www.boreades.com/ nicandro-e-fileno-une-pastorale-de-paolo-lorenzani/).
André Campra
André Campra (1660-1744), né à Aix et mort à Versailles, est le fils d’un chirurgien originaire de Turin. A quatorze ans, il reçoit une formation musicale à l’la cathédrale Saint-Sauveur. En 1681, il est maitre de chapelle à la cathédrale St Trophime d’Arles, puis deux ans plus tard à Saint Étienne à Toulouse. En 1694, il est maitre de Chapelle à Notre-Dame de Paris. En 1695, il collabore avec Pascal Collasse au Ballet des Saisons que d’aucuns considère comme une préfiguration de l’Opéra-Ballet. Campra en retient la leçon et compose deux ans plus tard, en 1697, sous le prénom de son frère Joseph, sur un livret d'Antoine Houdar de La Motte (†1731 écrivain qui tint une place importante dans les salons littéraires pour ses œuvres critiques), le premier opéra-ballet, L'Europe Galante représenté par l'Académie Royale de Musique au Palais Royal. Ce qui le fait dire créateur du genre. Suivent une tragédie-lyrique Vénus, Feste Galante en 1698 et en 1699 et d’une autre l’Opéra-Ballet Le Carnaval de Venise sur un livret de Jean-François Regnard (†1709), poète dramaturge qui a été considéré comme le meilleur acteur comique après Molière. Le vif succès que rencontre son Opéra-Ballet l’encourage à quitter en 1700 son poste de La Chapelle Notre-Dame et à se consacrer à l’opéra. La même année, il donne Hésione, Tragédie-Lyrique. Suivent la Tragédie-Lyrique, Tancrède en 1702 et un Opéra-Ballet, Les Fêtes Vénitiennes en 1710, qui seront repris plusieurs fois dans le siècle.
Compositeur célèbre sur la place de Paris, il est chef d’orchestre de l’Académie Royale de Musique, généralement appelée l’Opéra de Paris, donne des leçons au Duc de Chartres et au Régent (†1723) qui lui verse une pension et le nomme en 1722 sous-maître à la Chapelle Royale. En fait, c’est Michel-Richard Delalande (1657-1726), d’un âge avancé et à la suite de la mort de sa femme, qui a décidé de ne garder qu’un des quatre postes alors qu’il détenait les quatre. Aux côtés de Campra, les deux autres sous-maîtres sont Charles- Charles-Hubert Gervais (1671-1744), auteurs de Grand Motets Versaillais[15] et Nicolas Bernier (1664/65-1734), essentiellement compositeur de musique vocale (Grands Motets et Cantates), sans doute le musicien français qui a le mieux réussi la « réunion des goûts » italiens et français et participa activement au Grandes Nuits de Sceaux de la Princesse du Maine (voir Le Luth/ Robert de Visée)
Il va alors se consacrer à la musique religieuse et composer une trentaine de motets, une messe de requiem, des psaumes, ne créant plus qu’une seul opéra en 1735, Achille et Déidamie. La Fête de L’Isle-Adam de 1722 étant une œuvre de commande du Prince de Conti comme Le Lis et La Rose composé pour le mariage du Duc de Chartres qu’il insèrera dans son livres de cantates de 1728.
En 1730 il est inspecteur général de l'Académie royale de musique avec un salaire de 1500 livres, en remplacement de Destouches. Campra finira ses jours oublié dans un quasi anonymat, dans le dénuement certain.
Campra est un compositeur du XVIIIème siècle en tant que précurseur du Style Galant. Son œuvre religieuse se rapproche de celle de Richard de Lalande (1657-1726) par son caractère majestueux. Dans son œuvre profane, il a su faire montre d’une originalité qui ne fait pas de lui un compositeur tampon comblant un vide chronologique entre Lully et Rameau. Dans ses œuvres lyriques, il s’éloigne de l’opéra lullien empreint de grandeur et préfère plus de simplicité et plus d’un naturel qui se traduit par cette déclamation nouvelle basée sur la déclamation théâtrale [voir Littérature/ France/ Théâtre] et particulièrement sur la déclamation de l’alexandrin racinien pour « modeler un récitatif lent et mesuré, exempt de toutes fioritures au déplaisir des cantatrices » qu’a imposé à la fin du siècle l’école française. (Voir Musique Vocale/Art Vocal, et Dictionnaire de La Musique Direct. M. Vignal Édition Larousse 2004 page 179), que nous devons au bayonnais Pierre Nyert (1597-1686 voir Musique Vocale/ Art Vocal), valet de chambre de Louis XIII et bon luthiste, revenu de Rome en 1635, qui développa une synthèse de la chanson française et de la « manière » italienne, et à Marthe Le Rochois (1650-1728) qui donna véritablement naissance une vraie école de chant.
La musique d’André Campra est d’une délicatesse, d’un raffinement et d’une sensibilité que met en valeur son sens de l’orchestration, de la couleur orchestrale.
Après F. Couperin (†1734), il est favorable à cette « union des goûts » qui veut rapprocher musique italienne et musique française. Mais pour autant Campra exprime ses préférences pour l’un et l’autre de ces musiques de manières séparée. Son goût pour la première, c’est dans son petit opéra Orfeo nell inferi, situé à la fin de la tragédie lyrique Carnaval de Venise et dans les trois cantates des Fêtes Vénitiennes. Son goût pour l’art français, c’est plus dans ses tragédies-lyriques, genre hérité de Lully qui le manifeste comme dans Iphigénie en Tauride (1704), Alcine (1705), Hippodamie (1708) et Idoménée (1712).
Henry Desmarest
Henry Desmarest (ou Desmarest, Desmaretz (1661-1741) est né à Paris et mort à Lunéville en Lorraine. Son père, huissier au Châtelet, décède en 1669. Sa femme se remarie. Il est alors placé à la Chapelle des Pages du Roi où il a pour professeur Henri Dumont (1610-1684) et Pierre Robert (1618/22-1699), sous-maîtres de la Chapelle Royale avec Thomas Gobert (†1672) et Gabriel Expilly (1630-1690).
En 1677, il participe à l’opéra Isis de Lully (†1687) qu’il admire et qui lui servira de modèle pour ses opéras à venir. Il quitte les pages en 1778. En 1680, il est musicien ordinaire du Roy.
Un an après l’installation de la cour à Versailles, en 1683, à l’occasion du remembrement de la Chapelle Royale, faute de protecteur, il échoue au concours arbitré par le roi lui-même et organisé pour le poste de sous-maître de la Chapelle Royale en remplacement de Henry Du Mont nommé cette année-là surintendant pour être ensuite nommé maitre de musique de la Chambre Royale, et du départ de Pierre Robert. Les nouveaux quatre sous-maîtres sont Richard-Michel de Lalande, l'Abbé Goupillet, l'abbé Minoret et Pascal Collasse reçus sur concours.
Mais, pendant dix ans, en recevant les revenus d’un sous-maître sans l’être, il pourra composer des œuvres religieuses (des motets) en sous-main pour l'abbé Nicolas Goupillet (1650-1713), qui a remplacé de Lalande comme le quatrième sous-maître de la Chapelle, qui, la supercherie révélée par un Desmarest s’estimant sous rétribué, sera démis de son poste.
En 1688, il prend pour épouse Élisabeth Des Prés. Il entame alors une carrière à succès de compositeur d’opéras. Son premier opéra Endymion est donné en plusieurs jours dans les appartements royaux en 1686.
En 1693, il est maitre de chapelle au lycée des jésuites Louis-Le-grand et ensuite à leur maison professe de la rue St Antoine.
En 1697, sa femme morte un an auparavant, il s’engage à épouser Marie-Marguerite de Saint-Gobert, âgée de 19 ans avec qui il a un enfant. Le père de celle-ci, médecin de Gaston d'Orléans frère du roi (Jean-Marc Warszawski Desmarest Henri Musicologie.org 2011) ou fille du président du tribunal des impôts de la région de Senlis (présidial de l’élection de Senlis) (Guy Bourligeux/ Henry Desmarest par Michel Antoine Bulletin hispanique Année 1966 68-1-2 pp. 166-167) s’oppose à ce mariage à venir et intente un procès contre le compositeur pour rapt et séduction. Desmarest, condamné à mort par contumace et pendu en effigie en place de Grève. Les amants s’enfuient à Bruxelles à la cour de Maximilien Emmanuel de Bavière, gouverneur général des Pays-Bas, puis en 1700 à la cour de l'Électeur Palatin à Düsseldorf. Il épouse Marie-Marguerite en 1701. Sur recommandation du duc de Bourgogne, Desmarets obtient en 1701/03 du nouveau roi d’Espagne, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, un poste à la cour avec la charge de constituer une musique de chambre française. Ce dernier s’embarque en 1702 pour l’Italie (Guy Bourligeux).
Mais, sous la pression de la Princesse des Ursins, Camarera Mayor de Palacio (femme de chambre en chef du palais) de l’énergique Marie-Louise Gabrielle de Savoie, âgée de 14 ans, épouse de Philippe V qui n’a pas 20 ans, qui, placée là par Louis XIV, mais, elle amoureuse de la musique italienne les musiciens français vont être remplacés en 1703 par des musiciens italiens à la cour. Ainsi à son retour d’Italie, le roi ramènera de la péninsule des musiciens italiens qui feront triompher l’opéra italien en Espagne. Ce n’est qu’en 1706 durant la Guerre de Succession que Desmarest quitte l’Espagne, année d’une suite de déconvenues des troupes françaises et fuite de la reine à Burgos où la cour s’installe.
En 1706/07, sur recommandation, il obtient le poste de surintendant de la musique à la cour de Léopold I, duc de Lorraine à Nancy. Ce n’est qu’en 1720, qu’il recevra du Régent les lettres patentes de son retour en grâce. Un contrat de mariage français put être établi alors que les époux avaient déjà plus de 60 ans. Sa femme meurt en 1727. Il meurt à Lunéville en 1741 à l’âge de 80 ans.
Compositeur de musique sacrée (motets, te deum, une messe), de chansons (Meslanges de musique latine, française et italienne de 1726), Nouveau Recueil de Chansons de 1729 à 32), sa musique est essentiellement une musique de scène sur des livrets de Joseph-François Duché de Vancy (1668-1704), neveu de Madame de Montespan par son père le Duc de Vivonne, notamment dans les genres mis au goût du jour par Lully : Des tragédies lyriques dont Didon (1693), Circé (1694), Théagène et Cariclée (1695), Vénus et Adonis (1697), Iphigénie en Tauride (1704), Renaud ou la suite d'Armide (1722) ; des opéras-ballets dont Les Amours de Momus (1695), Les Fêtes galantes (1698) ; pastorales héroïques : Diane et Endymion ; auxquels viennent s’ajouter des divertissements, cantates, etc.
« Certainement, l’un des compositeurs des plus doués de sa génération, à qui l’on confia pas moins de six œuvres en cinq ans… Ses œuvres, la Circé, les Amours de Momus, et surtout Didon, et la magnifique Iphigénie en Tauride sont d’une profondeur expressive exceptionnelle. Desmarest possède le sens du drame et de la douleur et il donne dans des pages poignantes la mesure d’une sensibilité peu banale. » (Jean Duron Histoire de la Musique Bordas 2004, pg.454)
Anne Chabanceau de La Barre
Anne Chabanceau de La Barre (1628 -1688) , née et morte à Paris, fille du célèbre claviériste de Pierre III Chabanceau de La Barre (1592-1656), a été considérée comme la plus importante chanteuse française avant l'époque des tragédies lyriques. De renommée européenne, elle séjourne de 1652 à 1661 à la cour de la reine Marie-Christine de Suède, puis à La Haye, au Danemark et à la cour de Kassel. De retour en France, elle devint cantatrice de la Chambre du roi, avant d'être pensionnée.
La Musique Religieuse
Le Plain-Chant
L’écriture polyphonique apparue au début du Bas Moyen-âge a été lentement mais sûrement supplantée à partir du XVIème siècle par la monodie et le continuo. Cela entraina inévitablement au XVIIème siècle un retour à ce plain-chant de la période du haut Moyen-âge. L´Église gallicane qui se manifesta avec sa Déclaration des Quatre Articles par Bossuer en 1682. Adoptée par l’Assemblée Extraordinaire du Clergé, elle affirmait que le pape n’avait aucune supériorité sur le roi ( ancestrale rivalité des pouvoirs spirituels et temporels remontant à la réforme grégorienne de 1073) et le retour à un conciliarisme qui, au XVème siècle, avait mis à mal l’autorité papale au Concile de Bâle, à savoir que l’assemblée des évêques lors d’un concile avait autorité sur le pape. La Pragmatique Sanction de Bourges, ordonnance de Charles VII de 1438, qui prenait les mêmes dispositions est considérée comme l’acte de naissance du gallicanisme. Cette primauté donnée au pouvoir temporel est aussi celle du clergé de France qui, dès le premier quart du siècle, sous Louis XIII a commencé à mettre en place des réformes tridentines.
« À l’époque moderne, le plain-chant est communément désigné comme « chant de l’Église». La capacité de ce chant à identifier l’institution ecclésiale dépend notamment de son association allégorique à des mystères de la religion chrétienne. Chez les auteurs abordant le plain-chant dans une perspective apologétique ou spirituelle, celui-ci est étroitement lié au commerce que Dieu entretient avec les hommes…Une autre appréhension courante du plain-chant au XVIIe siècle consiste à en souligner l’aptitude à signifier ou à exciter les affections spirituelles des hommes…Relevant d’une lointaine méthode d’écriture, la mobilisation des autorités du passé pour attester les effets du chant servait aussi, dans le contexte de controverse confessionnelle entre catholiques et réformés régnant en France depuis la fin du XVIe siècle, comme argument en faveur des cérémonies de l’Église auxquelles le plain-chant était rattaché…Dans la France moderne, le plain-chant s’apparentait donc à une matière tant historique que spirituelle... À cet égard, la Dissertation sur le chant grégorien (1683) de Guillaume- Gabriel Nivers, musicien ayant fait imprimer plusieurs livres de chant ecclésiastique , contient une chronique richement documentée des hauts faits et des personnages illustres de l’histoire du chant ecclésiastique» (Xavier Bisaro Guide du plain-chant et du faux-bourdon du XVIIeme au XIXeme Centre de musique baroque de Versailles , 2017 http://philidor.cmbv.fr/Publications/)
En ce XVII siècle français particulièrement épris de religion, la musique d’église et sa musique vocale particulièrement auront donc tenu une place importante. Des compositeurs comme Henry Du Mont (Henry de Thier 1610-1684), G.G, Nivers, M. A. Charpentier (voir Musique Instrumentale/Clavier) ont développé une écriture de plain-chant dans le droit fil de ce mouvement néo-gallican.
« Le XVIIe a donné également à la musique religieuse française la curieuse formule des messes d'Henry Du Mont (1610-1684) qui font encore les beaux jours de nos paroisses provinciales parce qu'elles vulgarisent d'une façon aimable et facile une formule approximative de plain-chant modernisé accessible aux masses ignorantes qui entonnent le populaire Credo avec la foi touchante des «charbonniers» du chant grégorien. Ajoutons que du Mont a composé, d'autre part, de grands motets pour la chapelle du roi d'une écriture et d'un style beaucoup plus élevé ». (Émile Vuillermoz, Histoire de la Musique Arthème Fayard, 1973, p. 110)
Jehan Titelouze
Jehan Titelouze (1563 1633) qui appliqua les prescriptions de la Contre-Réforme dans une écriture plutôt sévère a laissé 4 messes perdues, les douze Hymnes de l'église pour toucher sur l'orgue avec les fugues et recherches (ricercare) sur leur plain-chant (Pierre Ballard 1623), et un Magnificat ou cantique de la Vierge pour toucher sur l’orgue suivant les huit tons de l’Eglise (Pierre Ballard 1626).
Les œuvres de François-Eustache Du Caurroy (1549 -1609), qui vécut dans la seconde moitié du XVIème siècle, seront jouées jusqu’en 1650.
Guillaume Gabriel Nivers
Guillaume Gabriel Nivers (1632-1714), théoricien de la musique et un réformateur du chant grégorien (qui tire son nom de Grégoire le Grand et non du pape Grégoire VII), publie en 1683 La Dissertation sur le chant grégorien « à la fois ouvrage polémique, témoignage vivant d'un praticien chevronné et guide pratique voire même spirituel à l'usage du compositeur/réviseur de plain-chant »
« À travers l’œuvre de Nivers, le chant grégorien acquiert le statut d’un langage musical et spirituel qui doit servir de fondement à toute composition de musique ecclésiastique. Une telle conception projette un éclairage nouveau sur le musicien et la musique religieuse et par-delà, sur la société catholique de l’époque de Louis XIV. » (Cécile Davy-Rigaux Guillaume-Gabriel Nivers, un art du chant grégorien sous le règne de Louis XIV,CNRS Sciences de la musique - Série Études 2004)
Marc Antoine Charpentier
Marc Antoine Charpentier (1643 – 1704) qui offre une musique sacrée solennelle « laisse une œuvre abondante (environ 550 compositions). Maître du contrepoint, ses compositions sacrées (petits motets et grands motets à double et triple chœurs) sont toutes aussi empreintes de dignité et de majesté que ses œuvres de scènes. »
Pour ces trois compositeurs voir Musique Instrumentale/ France
Notes
[1] Voir ci-après Musique de Scène / L’Opéra Français et La Tragédie Lyrique
[2] Sur les Nyert Valets de Chambre des rois, voir Mathieu da Vinha Les Nyert, exemple d'une ascension sociale dans la Maison du Roi au XVIIe siècle Dans Dix-septième siècle 2002/1 (n° 214), pages 15 à 34 https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2002-1-page-15.htm?try_download=1
[3] Maffeo Barbarini, pape sous le nom Urbain VII en 1623 fait construire le Palais Barberini, Palazzo Barberini ai Giubbonari en 1627/28 par Carlo Maderno et Francesco Borromini, achevé en 1632/35 par Le Bernin ; une aile est consacrée au Teatro delle Quattro Fontane ; ce théâtre pouvant contenir 3000 places, inauguré en 1632 par le drame religieux de S. Landi Il Sant’Alessio, livret de Giulio Rospigliosi, non seulement va devenir le foyer de l’art lyrique à Rome mais pour la première fois instaurera le principe de l’entrée payante (https://journals.openedition.org/ appareil/ 809#tocto1n1). Le premier concert sera donné,lui, en 1637 à Venise ;
[4] Au début du Bas-Moyen-âge, troubadours et jongleurs intervenaient entre les mets. Rapidement, ces entre-mets furent aussi l’occasion de déguster des plats pendant le divertissement. Ce n’est qu’au XVIIème siècle que ces entremets de plus en plus sucrés seront servis en fin de repas. La cuisine médiévale était épicée avec une base acide (verjus), les cuisiniers de la Renaissance seront portés sur le sucré (voir Introduction Générale).
[5] Pour le Ballet de Cour, on parle d’entrées et non actes. Certaines sources (https://www.musicmot.com/opera-definition.htm) réservent le terme d’entrée à l’Opéra-Ballet apparu au XVIIIème siècle.
[6] L’Encyclopedia Britannica le donne comme recommandé par le Maréchal de Brissac et « envoyé en France à la tête d’une bande de violons ».
[7] « Henry Le Bailly [Le Baillif, de Bailly] (158? - 1637) est un chanteur, compositeur, joueur de luth et de lyre actif sous le règne de Louis XIII. Il fut de 1622 à sa mort (1637) surintendant de la musique de la chambre du roi. » Pour en savoir plus sur ce compositeur : https://mediatheque-inzinzac-lochrist.net/author/view/id/38870
[8] Le Théâtre du Petit-Bourbon était l’aile restante du Palais Bourbon (Hôtel du Petit-Bourbon) en grande partie détruit par ordre royal en 1525. Cette aile restante (avec la chapelle), en fait une immense galerie appelée la ‘Grande Salle’, était utilisée pour les fêtes royales et les Ballets de Cour. En 1572 la reine Margot et le futur Henri IV s’y marièrent.
[9] Carlo Vigarani (Modène 1637-Paris 1713), arrivé en France avec son père architecte en 1659, et naturalisé en 1673. A partir de 1662, il est ingénieur en machineries de théâtre, architecte, décorateur et metteur en scène. « Sa renommée reste particulièrement attachée à son important travail de machinerie fourni pour Les Plaisirs de l'Île Enchantée, fête grandiose donnée en mai 1666 en l’honneur de Louise de La Vallière » au pavillon de chasse de son père dont les travaux d’aménagement n’ont commencé que depuis deux ans et qui ne deviendra résidence royale que 20 ans plus tard quand Louis XIV s’y installera définitivement avec sa cour.
[10] Les sources donnent généralement Pierre Perrin, souvent sans le dire abbé, comme mauvais gestionnaire, sans mentionner à en croire Voltaire (cité par https://operabaroque.fr/CAMBERT.htm ) : « En 1669, le même abbé Perrin et le même Cambert s’associèrent avec un marquis de Sourdéac, grand machiniste, qui n’était pas absolument fou, mais dont la raison était très-particulière, et qui se ruina dans cette entreprise ». Le ruiné aurait donc été le marquis et non l’abbé. Perrin fut arrêté pour escroquerie et l’on peut se demander si Cambert, mêlé à l’entreprise, ne prit pas la fuite de crainte de suites fâcheuses?? « À la suite de déboires avec deux escrocs (Alexandre de Rieux, marquis de Sourdéac [1620-1695] et le repris de justice Laurent Bersac, qui se disait sieur de Champeron), il est emprisonné pour dettes et finit par céder son privilège à Jean-Baptiste Lully [ en 1672]» (Wikipedia/ Pierre Perrin).
[11] Il fut découvert par la cour en 1648, dans le Ballet du Dérèglement des Passions où à 17 ans, il danse pas moins de quatre rôles, musique de François de Chancy, livret de François Bertaud. Il sera le maitre à danser du roi avec un entrainement de 2h/jour. « Le Roi-Soleil dansera au total dans 27 grands ballets de cour avant de tirer sa révérence en 1670 [ à 32 ans]» (https://plume-dhistoire.fr/louis-xiv-et-la-danse-expression-du-regne/).
[12] La tradition du Théâtre Français veut que l’on appelle toujours une actrice mademoiselle même s’il est mariée. Mlle de Champmeslé (Marie Desmares, 1642-1698), épouse du comédien Charles Chevillet dit sieur de Champmeslé, interprètera Bérénice, Athalie, Monime épouse de Mithridate, Iphigénie et Phèdre. Elle fit son entrée en 1669 au ‘Bourgogne’ en interprétant Hermione, après que racine ait trouvé dans ses bras une consolation à la perte de sa chère Mlle Du Parc, morte fort probablement des suite d’un avortement 1688 (voir Théâtre/Jean Racine).
[13] C’est à l’initiative de Colbert que fut créée en 1669 l’Académie d’Opéra future Académie de musique puis Académie Royale de Musique. Louis XIV accorda au poète et librettiste Pierre Perrin le privilège de représenter des opéras français financés par les entrées publiques, cette académie n’étant pas subventionnée. comme le seront Comédie-Française et le Théâtre des Italiens fondés en 1680 Elle le sera quand Lully rachetant à vil prix les lettres patentes de Perrin pourra faire par faveur du roi de son académie une académie royale.
[14] Pour en savoir plus : https://operabaroque.fr/wp-content/uploads/ 2016/08/ Lorenzani -a-la-cour-de-france.pdf
[15] Sur Charles-Hubert Gervais voir Jean-Paul Montagnier Charles-Hubert Gervais Grands Motets pour la Chapelle Royale https://static1.chateauversailles-spectacles.fr/files/2/25/62/@/28077826-grds-motets-de-gervais-073-livret-cd-121x118mm-bd.pdf
OUTRE-MANCHE
La Musique de Scène - La Musique Vocale Religieuse
La Musique de Scène
Introduction
Pendant une bonne partie du siècle, la musique vocale anglaise se révèlera sous différents aspects du Mask traditionnel aux premiers semi-opéras de H. Purcell (1659-1695) en passant par l’influence de l’opéra à la française. Durant la sombre période des Guerres Civiles du milieu du siècles et du Commonwealth qui s’en suivit, instauré par Olivier Cromwell (†1658), les puritains iront jusqu’à la destruction d’instruments de musique (G. Pernon Histoire de la Musique, Purcell Ouest-France 1884) en même temps qu’ils interdiront toutes représentations scéniques mais non les concerts ; décision qui sera en privé quelque peu détournée. Le retour de la monarchie en 1661 avec la montée sur le trône de Charles II, retour d’exil, et l’instauration de la Restauration, va libérer les mœurs. La Restauration, en littérature comme en musique, va se révéler très créatrice et large d’esprit, porteuse d’un élan nouveau. Les grands noms de la musique anglaise du XVIIème siècle resteront William Byrd (†1623), Orlando Gibbons (†1625), Christopher Gibbons (†1676, fils du précédent) ; Henry Purcell (†1695), John Blow (†1708).
Bien que son auteur, John Blow, lui ait donné le nom de ‘Mask pour Divertir le Roi’, son Vénus et Adonis, créé en 1682, qui fera partie de ses compositions qui lui auront assurées la gloire, est la première œuvre dramatique conservée avec un texte en anglais entièrement chanté sans dialogue parlé ni intermède de divertissement et de ce fait parfois considéré comme le premier opéra anglais. Mais plus généralement, c’est Dido and Æneas composé par H. Purcell en 1689 qui est considéré comme le premier opéra anglais, par ailleurs seul et unique opéra de ce compositeur. Mais encore, représenté à Rutland House en 1656, The Siege of Rhodes du poète et dramaturge William Davenant (1606-1668) sur une musique de Matthew Locke, avec Henry Cooke qui tint le rôle de Soliman, Henry Lawes qui composé la partie vocale et Charles Coleman et George Hudson les parties instrumentales, « est considéré comme le premier opéra anglais » (Encyclopedie Universalis/Henry-Cooke).
En ce qui concerne l’oratorio, il ne fera son apparition en Angleterre qu’au XVIIIème siècle avec F. Haendel (†1759) qui s’installe à Londres en 1712.
Le Mask
Le Mask, forme de spectacle total (musique, danses, chants), en quelque sorte Ballet-de-Cour ‘avant-l’heure’, apparu sous le règne d’Élisabeth 1ère, restera apprécié des Anglais tout au long du siècle. Traversant les règnes de Jacques 1er Stuart et de ses descendants Charles 1er (exécuté en 1649), Charles II, Jacques II, Marie II-Guillaume III, en s’éclipsant au milieu du siècle durant les Guerres Civiles et la République d’Olivier Cromwell, il va évoluer vers une forme plus dramatique.
« Très probablement originaires de rites religieux primitifs et de cérémonies folkloriques connues sous le nom de masques de déguisement ou de momie, [les maks] ont évolué en spectacles de cour élaborés… Au cours du XVIe siècle, le masque continental européen arriva dans l’Angleterre des Tudor… Des costumes magnifiques, des paysages spectaculaires avec des machines sophistiquées pour le déplacer sur et en dehors de la scène, et un vers riche en allégorique marquaient le masque anglais… Sous les Stuarts, le masque atteignit son zénith lorsque Ben Jonson devint poète de la cour. Il a doté la forme d'une grande force littéraire et sociale. En 1605, Jonson et le décorateur Inigo Jones produisirent le premier d'une série d'excellents masques, auxquels ils collaborèrent jusqu'en 1634 ». (Encyclopedia Britannica)
Parmi les créations qui masks qui ont marqué l’évolution du mask au cours du siècle, on peut retenir:
Lovers Made Men (1617), musique de Nicholas Lanier (1588-1668)[1], livret de B. Jonson
The Masque of Augurs en 1622, musique de Alfonso Ferrabosco et Nicholas Lanier, livret de Ben Jonson et décors d’Inigo Jones (1573-1652),
Cupid and Dearh de Matthew Locke et Ch. Gibbons, livret du poète James Shirley (†1666) donné en privé en 1653 chez l’ambassadeur du Portugal,
Venus et Adonis (1681-83) de Purcell sur un livret de John Blow.
Alfonso Ferrabosco Le Jeune
Le fils du madrigaliste bolonais Alfonso Ferrabosco dit l’Ancien qui vécut en Angleterre, Alfonso Ferrabosco II dit le jeune (1575-1628), né et mort en Angleterre, fait son éducation musicale à la cour et reste au service de la reine Élisabeth puis du roi Jacques 1er jusqu’à sa mort en 1628. Il composera entre 1605 et 22 la musique de huit masks avec des arguments de Ben Johnson (1572-1637) voir Littérature/ Anglaise/Théâtre) et des décors de l’architecte Inigo Jones (1573-1652 voir Architecture) qui en réalisera les mises en scène. Ferrabosco écrira aussi des danses (pavanes, allemandes) et fantaisies pour violes d’une grande maitrise technique, ainsi que des airs pour voix et luth publiés en 1609 sous le titre Lessons for 1, 2 and 3 Viols, premier livre de musique entièrement consacré à la viole.
L’Opéra à La Française
Robert Cambert
Robert Cambert (1627-1677 voir France/Musique Vocale), né à Paris et mort à Londres, élève du maître du clavecin Nicolas Chambon de La Chambonnières (1602-1672), fut Surintendant de la Musique de la reine Anne d’Autriche. Il a été le compositeur de la célèbre La Pastorale d’Issy de 1659, d’Ariane ou le Mariage de Bacchus de 1660 et de Pomone, le premier opéra français paru sur scène de 1671. Son librettiste l’abbé Pierre Perrin avait été le premier français à obtenir le privilège royal de représentations d’opéras et avait fondé l’Académie de Musique et de Poésie en 1669 (à ne pas confondre avec l’académie du même nom dite aussi Académie A.Du Baïf fondée en 1571 par ce dernier). Dépité que le privilège royal soit racheté à vil prix à Perrin, empêtré dans des déboires financiers, par Lully, Cambert va s’exiler à Londres. Le Roi Charles II lui confie alors la charge de Surintendant de sa Musique, charge qu’il exerça jusqu’à sa mort en 1677. Il fonde avec Louis Grabu (son élève ?) [2] la Royal Academic of Music. En 1674, il fait représenter son Ariane ou le Mariage de Bacchus mais cette fois-ci avec une musique de Grabu et en 1675 Pomone.
Louis Grabu
Louis Grabu (1665-1694), originaire de Catalogne, sans doute formé par Lully, connaissant les faveurs de l’aristocratie pour l’opéra français, se rend à Londres au début de la Restauration. En1666, il succède au luthiste, compositeur Nicolas Lanier (1588-1666) comme Master of the King's Musick de Charles II et prend donc la direction des Vingt-quatre Violons, puis des Douze Violons en 1667. En 1679, il séjourne en France pendant quatre ans puis revient à Londres.
Il a notamment composé Albion et Albianus, d’après John Dryden (1631-1700), et Maid’s Tragedy, de Francis Beaumont et John Fletcher (sur ces auteurs voir Littérature/ Angleterre/Théâtre). En 1694, il rentre définitivement à Paris où il loge chez Nicolas-Antoine Lebègue (1631-1702), titulaire des orgues de l’église Saint-Merry de 1664 à sa mort. On ne connaît pas la date de la mort de Grabu.
Les musiques de scène comme en composait Grabu étaient alors fort appréciées du public et donnaient lieu à des adaptations de pièces de théâtres, particulièrement de Shakespeare, entre autres La Tempête sur une musique de Pelham Humphrey (voir La Chanson).
Matthew Locke
Matthew Locke (1621-1677), né au sud-ouest de l’Angleterre dans la Devon, choriste à la cathédrale de Dexter, sa ville natale, s’exile à l’âge de 19 ans aux Pays-Bas de 1640 à 1651, date à laquelle il revient en Angleterre. Il compose en collaboration avec Christopher Gibbons, le fils d’Orlando Gibbons (1583-1625), la musique pour le Mask Cupid and Death du poète et dramaturge James Shirley mort en 1666 des suites de ses brûlures lors de l’incendie de St Paul qui détruisit le centre de Londres. Il participe à la composition du Siège de Rhodes qui passe pour être le premier opéra anglais.
Le Siège de Rhodes sur un texte du poète et dramaturge William Davenant (1606-1668)[3] a réuni pour sa musique cinq compositeurs : Henry Cooke, Matthew Locke et Henry Lawes, pour la partie vocale, de Charles Coleman et George Hudson pour la partie instrumentale. Sa première partie a été représentée en privée en 1656 dans la demeure de Davenant (ou selon les sources à Rutland House, demeure privée du futur Charles II). D’aucuns le considère comme le premier opéra anglais. (Encyclopedie Universalis). Durant la République de Cromwell, toutes représentations étant interdites et les théâtres ayant été fermés, Davenant put obtenir une autorisation spéciale en ayant donné à son œuvre le qualificatif de « musique récitative », les concerts de musique étant toujours autorisés.
Il composa la musique pour The Tempest, énième adaptation de la pièce de Shakespeare par le librettiste Thomas Shadwell représenté en 1674 avec « décors, machines, chants et danses ». Compositeur Ordinaire du Roi, il a également composé de la musique pour concerts et la musique du couronnement de Charles II. « Il reste célèbre pour ses fameux crescendos et decrescendos de la musique de scène de The Tempest » (G. Pernon Histoire de La Musique, Ouest-France 1984).
Henry Purcell
Henry Purcell (1659-1695), né et mort à Londres, est issu d’une famille de musicien. « Le père et l’oncle d’Henry sont tous deux choristes à la chapelle royale, et deviennent vite musiciens de la King’s Music, la bande de violons de Charles II, inspirée des violons du roi de Louis XIV » (Philarmonie de Paris, https://pad.philharmoniedeparis.fr/0035234-biographie-henry-purcell.aspx).
Orphelin de père à 5 ans, il est élevé par son oncle. Il a pour professeur, Henry Cooke (†1672) qui dirige à la Chapelle Royale dans laquelle il entre à 7 ans. Il apprend le luth et le violon, le clavier, et la composition auprès de John Blow. Dans ses années de formations, Purcell est d’une grande curiosité musicale. « Il étudie, recopie, arrange les œuvres des italiens Monteverdi et Carissimi, se tient au courant de la vie musicale française et des nouveautés de Lully, déchiffre les manuscrits rapportés par les voyageurs. Toutes ces découvertes l’amènent à se forger son propre style ». Et bien sûr, étudie aussi ses prédécesseurs de la Renaissance, W. Byrd, O. Gibbons, Th. Tallis.
En 1680, il épouse Frances Peters, D’abord organiste à l’Abbaye de Westminster en 1672, il l’est ensuite en 1682 à la Chapelle Royale. Il aura été le Compositeur Ordinaire du Roi sous les règnes de Charles II, Jacques II et Mary II-Guillaume III d’Orange. Avec l’arrivée sur le trône de Jacques II qui est catholique, Purcell qui, anglican, avait jusqu’alors été le compositeur d’un roi anglican, ne sera plus que "claveciniste du Roi". Cela lui permettra de collaborer épisodiquement avec le milieu du théâtre. Il écrit notamment la musique de Tyrannick Love de John Dryden. (https://www.symphozik.info/henry+purcell,118.html).
Purcell a écrit un seul opéra, Dido and Æneas en 1689 sur un livret de Nahum Tate, d'après la tragédie de celui_ci Brutus of Alba (ou The Enchanted Lovers, 1678), considéré par certains comme le premier opéra anglais, mais après Venus et Adonis composé par John Blow en 1682 pour un pensionnat de jeunes filles et portant le sous-titre de Mask pour Divertir le Roi qui est la première œuvre dramatique conservée avec un texte en anglais entièrement chanté sans dialogue parlé ni intermède de divertissement et de ce fait parfois considéré comme le premier opéra anglais.
Dans Dido and Æneas, ‘ intervention fréquente du chœur qui prédomine sur le récitatif ralentit l’action, lenteur que renforce un récit très arioso. Les arie retiennent, eux, particulièrement l’attention (M.C. Beltrando-Patier Histoire de la Musique, Bordas 2004 Pg.426). Ses autres opéras seront des semis-opéras Dioclesian (1690), King Arthur (1691), The Fairy Queen (1692), The Indian Queen (1693), Timons of Athens (1694), The Tempest (1695) Le semi-opéra est un genre qui découle du Mask avec des parties chantées et non chantées, des dialogues, des danses et un esprit de divertissement animé par des livrets pleins de fantaisie. L’aspect dramatique y tient très peu de place.
Dans les œuvres vocales de Purcell, on peut inscrire ses odes, des pièces de circonstances quelque peu équivalentes au motet français, dans lesquelles sont réunis chœurs, arie et symphonies. : Ode pour l’Anniversaire de la Reine Mary (1690), Musique pour les Funérailles de la Reine Mary (morte de la petite vérole=variole), Celebrate this Festival (1693), Ode à Sainte Cécile (Hail! Bright Cecilia 1692).
« Ses compositions associent aux formes traditionnelles de la musique anglaise divers éléments de la musique baroque française et italienne. L’influence française prédomine mais la contribution personnelle de Purcell réside surtout dans le style qu’il avait mis au point pour mettre en valeur les mots anglais en s’appuyant sur la rythmique et une certaine irrégularité, rompant avec les traditions polyphoniques de la Renaissance, mais toujours avec beaucoup de grâce et de facilité. Il possède avec Shakespeare le sens du merveilleux et du surnaturel, ce qui n’exclut pas truculence et humour. »
Il est également l’auteur d’anthems (pièce religieuse équivalent anglais du motet pour la Chapelle Royale, de pièces instrumentales pour clavier, pour consorts de violes, douze sonates publiées en 1683, de musique de scène (Music for a While pour Oedipus,), nombre de pièces instrumentales, des œuvres pour chœur, 42 duos et plus d'une centaine d'airs.
« La cause du décès de Purcell n’est pas très bien définie : une théorie affirme qu’il aurait attrapé froid en revenant tard du théâtre un soir, pour trouver que sa femme avait fermé la porte à clé… Forcé d’attendre dehors de longues heures, il aurait attrapé la mort. Une version plus vraisemblable est qu’il mourut de la tuberculose, ce qui est sous-entendu par les premiers mots de son testament : « Moi, Henry Purcell, de la Cité de Westminster, gentilhomme, dangereusement malade dans mon corps… » (https://www.symphozik.info/henry +purcell,118.html). Il est inhumé à Westminster Abbaye.
Sa Musique Vocale Religieuse
Purcell composa peu d’œuvres religieuses mais sa Music for the Funeral of Queen Mary reste parmi les plus connues et jouées du répertoire. A laquelle on peut ajouter "Remember not, Lord, our offences", (Full Anthem, anthem pour chœur) et deux psaumes de 1680 sur la base du psaume 130 ( le De Profondis).
La sonate arrive tardivement comme forme musicale à part entière dans le champ musical anglais. Ce sont des musiciens étrangers comme les violonistes Thomas Baltzar de Lübeck (1631-1663) attiré à Londres en 1655 où il mourra et l’italien Nicola Matteis ( 1650-1713), compositeur et violonistes, arrivé à Londres en 1672. Ils valoriseront aux yeux du public les qualités du violon jusqu’alors étiqueté instrument à faire danser (Dominique Patier Histoire de la Musique Bordas 2004 pg.577). Le premier ouvrit une brèche dans le goût de la gentry, le second connut un véritable succès avec ses concerts ; ce qui l’amena à publier quatre livres d’Ayres pour violon, entre 1676 et 1685. Purcell sera l’un des premiers à aborder le genre sonate et avec cet instrument.
Dans sa préface à son premier recueil de 12 Sonates en Trio de 1683 pour deux violons et basse continue, le jeune compositeur de 24 ans écrit s’être « efforcé d’imiter fidèlement les maîtres les plus fameux d’Italie. Ceci surtout afin de faire apprécier le sérieux et la gravité de cette sorte de musique à nos compatriotes dont l'humeur devrait commencer à être excédée de la frivole légèreté de nos voisins. ». Ces voisins n’étant autres que les Français, Charles II (1630-1685) manifestant un goût particulier pour la musique française. Pour rappel, Charles II dont la mère a été Henriette-Marie de France, fille benjamine d’Henri IV, et donc cousin germain de Louis IV, a passé plusieurs années en exil en France, notamment après la prise du pouvoir par O. Cromwell en 1651. Sa montée sur le trône en 1661 marqua le début de la Restauration.
Le second recueil de Purcell, composé vers 1680, mais publié en 1697, soit deux ans après sa mort, contient 10 sonates à quatre parties pour deux violons et basse continue, de la même veine, dont la 9ème, la célèbre Golden Sonata.
L’orgue tient dans son ouvre une place relativement peu importante bien qu’il ait été organiste à Westminster et à la Chapelle Royale et facteur d’orgue. Sa production se limite à quatre Voluntaries, « pièces d'orgues jouées avant ou après l'office religieux, mais qui n'en fait pas intégralement partie ». L’attribution de la Voluntary on the 100th Psalm Tune est partagée entre Purcell et J. Blow.
L’œuvre pour clavecin est mince : huit suites publiées en 1696 sous le titre A Choice Collection of Lessons for the harpsichord or spinet (épinette), et une cinquantaine de pièces diverses réparties dans divers recueils collectifs publiés de son vivant.
Pour la viole, il a composé vers 1680, quinze Fantaisies pour trois, quatre, cinq, six et sept violes, dernières brillantes œuvres pour cet instrument dont l’attrait commençait à s’amenuiser.
L’on a comparé Purcell à Haendel pour la noblesse et la fermeté et à Mozart pour sa facilité d’écriture. Avec Mozart mort lui aussi prématurément( à 35 ans),
« Il partage bien des qualités : fibre théâtrale (jusqu'à une certaine tendance à « théâtraliser » la musique religieuse), facilité apparente de l'écriture, sensibilité extrême, profondeur humaine, fécondité (sinon précocité) et cette capacité étonnante à réussir (enfin presque…) dans tous les genres abordés. La noblesse, la fraîcheur, la robustesse, l'humour, la fantaisie, la poésie, la tendresse, la sensualité, le sens du tragique, tout cela, la musique de Purcell nous l'offre avec une concision qui entretient sans cesse l'émotion. Mais ce qui rend l'œuvre de Purcell inaltérable, c'est la vérité profondément humaine des émotions qu'elle suscite. » (Michel Rusquet, Trois siècles de musique instrumentale Le xviie siècle baroque, Angleterre)
Le public anglais aura eu et a toujours un véritablement engouement pour la musique de celui qu’il a surnommé « l’Orphée britannique ».
La Musique Vocale Religieuse et Profane
La musique vocale religieuse reprend vie à la Restauration avec la reprise de l’office anglican. Pelham Humfrey (†1674) tiendra en ce domaine une place prépondérante avec ses Hymnes et ses Anthems. Il faudra que les Anglais attendent l’installation à Londres en 1712 de F. Haendel pour découvrir l’Oratorio.
Thomas Campion
Thomas Campion (ou Campain, 1567 - 1620), né et mort à Londres, poète lyrique et médecin, composa plus de cent chansons de luth et de la musique pour masks. Théoricien de la musique (traité sur le contrepoint) et de la littérature, ses premiers sonnets parurent en 1591 dans une édition de Astrophel et Stella de Philip Sidney (voir Littérature/Poésie). En 1595, paraissent ses Poemata (épigrammes en latin), en 1601 un First Book d’Aryes (paroles et musiques), un deuxième en 1613 et en 1617, un troisième et un quatrième. Dans ses chansons avec accompagnement pour luth, il fut des premiers compositeurs à faire appel au système des modes majeur et mineur plutôt qu’au système modal médiéval encore en usage.
Henry Lawes
Henry Lawes (1595-1662), né à Dinton (comté de Wiltshire sud-ouest ) et mort à Londres, est le fils de Thomas Lawes qui, musicien d'église, s'installe vers 1602 en tant que vicaire laïc à Salisbury (non loin de Bath et célèbre pour sa cathédrale) où naissent ses frères William (1602-1645), Thomas (1608 – 1666) et John (décédé en 1655). Henry et William, qui ont dû recevoir une premier formation musicale de leur père, ont pu être chantres dans le chœur de la cathédrale. Henry sera un chanteur renommé. Il est mentionné pour la premier fois à Londres en 1615 où il entre au service de John Egerton, comte de Bridgewater, pour enseigner la musique à ses filles.
En 1626, il est nommé « épistole » de la Chapelle Royale, puis (gentleman de la Chapelle Royale (lay clerk, chanteur adulte admis à chanter pour la cour) de la Chapelle Royale de Charles Ier avant de devenir musicien du roi pour les luths et les voix en 1631. En 1633, il est un des six contre-ténors de la Chapelle Royale lors du couronnement de Charles 1er.
Compositeur de musique de Masks, il compose celle de Comus de J. Milton en 1634, et avec son frère William, celle pour The Triumph of the Prince d'Amour en 1636 de William Davenant. En 1648, sont publiés Choice Psalmes put into Musick, pour 3 voix et basse continue, pièces écrites par lui et William.
En 1642, au début des Guerres Civiles, toutes ses charges lui sont enlevées. En 1656, malgré l’interdiction de représentations théâtres et lyriques durant la Grand Rébellion, ce que d’aucuns considèrent comme le premier opéra anglais, The Siege of Rhodes de W. Davenant a pu être créé à Rutland House, demeure privée du futur Charles II (selon les sources chez Davenant ?). Lawes a été un des cinq compositeurs à en écrire la musique avec Henry Cooke ( qui tint le rôle de Soliman) et Matthew Locke pour la partie vocale, et de Charles Coleman et George Hudson pour la partie instrumentale.
En 1648, Choice Psalmes put into Musick, pour 3 voix et basse continue, contiennent des pièces écrites par lui et son frère William. En 1660 à l’instauration de la Restauration, il retrouve ses charges et en 1661 il compose l'hymne Zadok the Priest, qui est chanté à l'occasion du couronnement de Charles II.
Il composa plus de 400 chansons sur des poèmes de ses contemporains comme Richard Lovelace, Thomas Carew ou encore John Suckling, Le stile recitativo (rappresentativo) est y particulièrement valorisé avec une discontinuité rythmique et des changements de cadences affirmés. Une grande partie en est publiée entre 1653-55-58 dans d'Ayres and Dialogues pour 1 à 3 voix et basse continue.
Il est considéré comme annonciateur de H. Purcell pour avoir su le premier adapter sa musique au rythme de la langue de Shakespeare. Preuve de sa renommée, il est enterré dans le cloître de l’Abbaye de Westminster.
Les Gibbons
Williams Gibbons (c. 1540–1595), maire de chapelle d’Oxford et de Cambridge, ouvre la tradition musicale de la famille qui couvre les règnes d’Élisbeth 1ère, de Jacques 1er, de Charles 1er et Charles II. Ses fils, Elis (1573-1603) et Edward, furent des compositeurs reconnus de leur temps. Mais c’est avec son troisième fils Orlando puis avec son petit-fils Christopher que la famille entre dans l’histoire de la musique anglaise.
Edward (1568-1650) est maitre de Chapelle du King’s Collège de Cambridge avant d’être organiste à la Chapelle royale en 1604.
Orlando (1583-1625) est organiste à l’Abbaye de Westminster en 1623. Connu pour ses pièces pour clavier, notamment des fantasy, des gaillardes et des pavanes, maître du contrepoint, à l’écriture complexe, il composa aussi des pièces pour la liturgie. Il innove avec « deux nouvelles formes chorales, le Full Anthem [anthem, équivalent du motet, de style choral] entièrement polyphonique et le Verse Anthem [avec soli et instruments], chanté selon le principe des versets alternés, où les versets impairs, chantés par la schola grégorienne, restent en plain-chant (purement monodique) ou en style de faux-Bourdon [faburden, improvisation de deux ou trois voix rajoutée à la principale] tandis que les versets pairs sont chantés par le chœur en style polyphonique élaboré » (Wikipédia/ Orlando Gibbons).
Christopher Gibbons (1605-1676), formé par son père, a pu très jeune entrer à la Chapelle Royale (?). Après la mort d’Orlando en 1625, la famille par vivre chez l’oncle Edward à Exeter dans le Devon. Christopher qui, resté un fidèle royaliste tout au long de la parenthèse Cromwell (1643-1660), est l’un des rares musiciens à ne pas s’être exilés pendant cette période. Il reçoit à la Restauration les faveurs de la cour de Charles II. Il est nommé Gentleman (charge royale autorisant à jouer pour la cour).Organiste de la Chapelle Royale, son rôle sera important comme compositeurs et comme professeur. Il succède à ses parents comme défenseurs et rénovateur de la musique anglaise traditionnelle remontant à la période élisabéthaine. Il aura été entre autres le professeur de J. Blow et de H. Purcell.
Henry Cooke
Henry Cooke (1615/16-1672) était chantre à la Chapelle Royal quand éclata la première guerre civile appelée La Grande Rébellion (1642 > 1651). S’engageant alors dans l'armée royaliste, il sera élevé au grade de capitaine. A la Restauration, il est fait gentilhomme et revient à la Chapelle royale comme basse (Encyclopédie Larousse) et Maître des Enfants. Il a pour élèves John Blow, Henry Purcell et Pelham Humfrey qui lui succédera comme maître des enfants à la Chapelle royale et qui épousera sa fille Katherine. Certains disent que « Cooke est mort de chagrin parce que Pelham jouait mieux du luth que lui » (Dictionnaire d'Oxford de biographie nationale 2004 https://www.westminster-abbey.org/fr/abbey-commemorations/ commemorations/henry-cooke).
Cooke aura introduit les instruments à cordes à la Chapelle Royale et la musique instrumentale dans le service religieux (Encyclopedia Britannica). Trois de ses hymnes ont été chantés lors du couronnement de Charles II en 1661. Il a également écrit de la musique pour des œuvres du poète et dramaturge Sir William D'Avenant et le chroniqueur John Evelyn[4] l'a qualifié de meilleur chanteur, à la manière italienne, d'Angleterre.
On lui doit une trentaine d'anthems, des odes, des hymnes, des airs, ainsi que des intermèdes musicaux pour le théâtre. En 1666, il participa avec M. Locke, C. Coleman et G.Hudson et H. Lawes à la musique du Sièges de Rodes de William Davenant. Il interpréta le rôle de Soliman. En 1669, il se retire à Hampton Court, résidence royale au sud-ouest de Londres construite par en 1518 par le cardinal et conseiller d’Henry VIII Thomas Wolsey (†1530, disgracié, mort d’épuisement en route pour la Tour de Londres).
Pelham Humfrey
Pelham Humfrey (Humphrey, Humphrys 1647/48-1674), élève de Henry Cooke à la Chapelle Royale, a été envoyé à 17 ans en France où il fut l’élève de Lully lors de son séjour à Paris de 1664 à 1667 (https://operabaroque.fr/Locke_Tempest.htm), et en Italie pour parfaire son chant. De retour à Londres en 1667, il prend les fonctions de luthiste du roi, gentilhomme et Master of the Children (chef des chœurs) de la Chapelle Royale en succession de Cooke. Avec Thomas Purcell (ca.1630-1682), frère d’Henry, il partage le privilège de compositeur ordinaire pour les violons de Sa Majesté (Oxford Dictionary of National Biography)
Mort prématurément à 27 ans, alors tout jeune et très prometteur compositeur, Humphrey a ouvert une nouvelle période de la musique anglaise résolument tournée vers les apports du style représentatif. Il a mis un soin particulier dans ses Chansons à refléter le sentiment et l'accentuation des textes dans la musique. Il sera l'un des maîtres anglais du style monodique. Outre The Tempest, il a également écrit de la musique de scène pour des pièces de William Wycherly et John Dryden. Humphrey reste surtout célèbre pour ses anthems et ses pièces sacrées pour voix seule.
« Il produit de nombreuses œuvres raffinées, en particulier des anthems. Dans ses pièces pour voix seule et basse continue, il s'efforce de traduire dans la musique les sentiments et les accents des textes, devenant ainsi l'un des maîtres anglais du style monodique. Humfrey compose également de la musique d'accompagnement pour des drames de William Wycherly et de John Dryden ainsi que pour La Tempête de Shakespeare. Nombre de ses chansons figurent dans des recueils publiés par John Playford. Pelham Humfrey meurt le 14 juillet 1674, à Windsor, dans le Berkshire. » (https://www.universalis.fr/ encyclopedie/pelham-humfrey/).
« Il a produit de nombreuses belles œuvres, en particulier des hymnes. Dans ses chansons solo avec continuo, il fait preuve d'un grand soin à refléter le sentiment et l'accentuation des textes dans la musique et fut l'un des maîtres anglais du style monodique. Il a également écrit de la musique de scène pour des pièces de William Wycherly et John Dryden et pour The Tempest de Shakespeare. Plusieurs de ses chansons figurent dans les recueils publiés par John Playford. » (idem)
John Blow
John Blow (1649-1708), né dans Nottinghamshire et mort à Londres, commence à étudier la musique dans sa ville natale de Newark, mais dès l'âge de onze ans, il intègre le chœur de la Chapelle Royale dirigée par Henry Cooke. Élève de l’organiste Christopher Gibbons (1615-1676), fils du maitre du virginal Orlando Gibbon (1583-1625) il obtiendra ensuite le poste d’organiste à l’Abbaye de Westminster en 1668 alors qu’il n’a pas vingt ans. L’année suivante, il est un des musiciens du roi pour le virginal. Blow devient en 1674 Gentlemen de la Chapelle Royale (chantre adulte pour un répertoire essentiellement religieux) et à la mort de Pelham Humfrey en 1674 devient maitre de chœur des enfants, poste qu’il assumera jusqu’à sa mort.
En 1677, il est organiste de la Chapelle Royale. La même année, il est le premier à recevoir un doctorat en musique, Lambeth Degree. Des sources donnent Henry Purcell comme son élève à partir de 1682, mais en 1679, ce dernier, qui a été précédemment l’élève de C. Gibbons, a succédé à Blow au poste d’organiste à l’Abbaye de Westminster. A la mort de Purcell en 1695, il réintègrera son poste.
En 1687, il devint maître des enfants de Saint-Paul, poste qu'il occupera jusqu’en 1703. En 1699, il est nommé premier compositeur de la Chapelle Royale.
Blow était chargé de composer des musiques pour l’office anglican et des musiques profanes.
« Il a donné le meilleur de lui-même dans l'écriture des anthems dans un style d'accord simple ou contrapuntique avec des mélodies d'une grande force et douceur développées sur le Ground Bass [ostinato] » (Virginia Gorlinski Encyclopædia Britannica/ John Blow)
Son œuvre est essentiellement religieuse mais son Mask pour Divertir le Roi, Vénus et Adonis, créé en 1682, fera partie de ses compositions qui lui ont assurées la gloire. C’est la première œuvre dramatique conservée avec un texte en anglais entièrement chantée, sans dialogue parlé ni intermèdes de divertissement.
Notes
[1] N. Lanier, tout à la fois compositeur, chanteur, luthiste et peintre séjourna à partir de 1625 plusieurs fois en Italie avec mission d’acheter des peintures pour la collection royale. Outre de ramener une bonne partie de la collection des ducs de Mantoue, il introduisit en Angleterre la Secunda Prattica (monodie et le récitatif) après avoir écouté les œuvres de Monteverdi et ses contemporains.
[2] Louis Grabu succède en 1666 à N. Lanier comme maitre de musique de Charles II et prend donc la direction des Vingt-quatre Violons, puis des Douze Violons en 1667. En 1679, il séjourne en France pendant quatre ans puis revient à Londres. Il composa Albion et Albianus, d’après John Dryden, et Maid’s Tragedy, de Francis Beaumont et John Fletcher (sur ces auteurs voir Littérature/Angleterre/Théâtre). En 1694, il rentre définitivement en France.
[3] D’Avenant, également théologien, serait pour certains le fils naturel de Shakespeare ( ou sans doute plus probablement son filleul ?) et d’une tenancière de taverne d’Oxford. Il est en tout cas officiellement le fils de John Davenant, viticulteur, propriétaire d’une taverne à Oxford et qui fut maire de cette ville à la fin de sa vie. Il protégea Milton sous la Restauration comme celui-ci l’avait protégé sous la République de Cromwell. Voir Littérature/Théâtre/ Angleterre.
[4] Wikipedia : « John Evelyn (né le 31 octobre 1620 à Wottondans le Durrey et mort le 27 février 1706 à Londres) est un écrivain, paysagiste et mémorialiste anglais qui entretint une correspondance suivie avec Samuel Pepys [1633-1703 mémorialiste]. Son journal constitue un témoignage précieux sur les arts, la culture et la politique d XVIIème siècle: il fut témoin de l'exécution de Charles 1er [1649] et du trépas d’Oliver Cromwell [†1658], de la grande peste de Londres 1665] et du grand incendie de Londres [1666].
ESPAGNE
Tonos Humanos - Musique de Scène - Musique Vocale Religieuse
Tonos Humanos
Au XVIIème siècle, apparaissent dans la musique espagnole les fameux tonos humanos ou tonadas, ces ‘tons humains’ qualifiés de la sorte en opposition aux tonos divinos qui désignent la musique sacrée, tous deux à 2,3 ou 4 voix. Les tonos humanos relèvent d’un répertoire profane, inspiré des musiques populaires. Tono humano peut d’ailleurs se traduire par chanson populaire, un des principaux genres des musiques espagnole et portugaise. Les deux formes principales de ces chants populaires qui ne sont pas des chants folkloriques sont le Villancico, le chant de Noël, et le Solo Tono, chant strophique (coplas) avec refrain (estribillo). « A la fin du XVIIe siècle, certains tonos avaient commencé à inclure des sections récitatives et aria, comme la cantada, forme espagnole de la cantate, devenue connue vers 1700. »
« Le Libro de tonos humanos Madrid 1656 (Biblioteca Nacional, M-1262) est le cancionero ibérique le plus important du XVIIe siècle avec plus de 200 chansons, presque toutes des romances avec estribillo à 4 voix » (Musica vocal profana en el Madrid de Felipe IV: El Libro de Tonos Humanos (1656) Oxford University Press Vol 86 N°3 2005)
Juan Arañés (†1649)
Juan Arañés (1580-1649), né à Barcelone (?) et mort probablement à La Seu d'Urgell (Catalogne) fait ses études à célèbre université d’Alcala de Henares, puis « après avoir reçu la tonsure ecclésiastique, il se rend à Rome où il apparaît comme maître de chapelle et aumônier du duc de Pastrana, Ruy Gómez de Silva y Mendoza (1585-1626), ambassadeur du roi catholique près le Saint-Siège ».
En 1624, il publie son Libro segundo de tonos y villancicos qui offre un échantillon de l'influence des manières et des utilisations du chittarrone (grand luth à longues cordes d’où son long manche).
A la mort du duc, il obtient le poste de maître de chapelle de la cathédrale de La Seo de Urgell entre 1627 et 1634, et en 1649-1650. Il va alors se consacrer à ma musique religieuse avec des pièces polyphoniques.
« La particularité de ses Tons pour voix et guitare réside dans sa similitude avec les paramètres formels d'auteurs tels que José Marín (1618-1699), célèbre compositeur de tons humains, dont Arañés peut être considéré comme le prédécesseur le plus direct » (base de la biographie Roberto Quirós Rosado, Real Academia de la Historia).
Le premier livre a été perdu. Le second livre contient 12 pièces pour 1, 2 et 3 voix, des tons humains et des chants de Noël , la dernière pièce étant une chaconne pour quatre voix, A la vida bona, qui est référencée dans les œuvres de Cervantes. La collection est connue pour son accompagnement de guitare en notation italienne.
Son œuvre se place dans la veine traditionnelle du cancionero.
Manuel Machado
Manuel Machado (c. 1590–1646), né à Lisbonne et mort à Madrid, entre très jeune à la Chapelle de la Cathédrale de sa ville natale où il étudie aux côtés du maître de Chapelle Duarte Lobo (†1646), compositeur resté fidèle à l’antico pratica, la polyphonie du siècle précédent d’un Palestrina ou d’un Tomás Luis de Victoria (1548-1611), le plus célèbre polyphoniste espagnol de la Renaissance.
Machado a vécu dans la période de L’Union Ibérique durant laquelle de 1580 à 1640, Espagne et Portugal ne formaient qu’un seul royaume, colonies comprises sous les règnes des Philippe II, III et IV. Jean IV de Portugal, dit Jean le Restaurateur (†1646) redonnera son indépendance au Portugal.
En 1610, Machado se rend à Madrid et entre à la Chapelle Royale comme harpiste où son père Lope Machado occupait déjà le poste.
En 1639, il devient musicien de Philippe IV d'Espagne, et en 1642, il est remercié pour ses bons et loyaux services.
Auteur de musique sacrée, il reste connu surtout pour ses cantigas (chansons monophoniques médiévales profanes, paroles galiciennes-portugaises). La plupart de ses compositions ont disparu dans le tremblement de terre de Lisbonne en 1755. On a pu conserver certaines de ses pièces dans le Cancionero de la Sablonara constitué par le Comte Palatin de Neubourg durant son séjour à la cour d'Espagne entre 1624 et 1625. Pour l’anecdote, le comte, qui le reçut, fit monter le peintre Pierre-Paul Rubens dans son carrosse alors que celui-ci était pris dans une émeute. Le peintre exerça dans le royaume plusieurs missions diplomatiques et fut anobli par Philippe IV.
Dans son Cancionero de la Sablonara, contenant Dos estrellas le siguen et Folia (1625), Machado reprend ce qui est un des plus grands succès de la musique baroque et qui inspira plus de 150 compositeurs de l‘air des Folies d’Espagne, danse apparue au XVème siècle au Portugal.
Air des Folies d’Espagne
A l’origine, air très simple d’origine populaire, l’air se répandit rapidement dans tout le royaume au XVIème siècle. Gil Vincente (v1465-1537), père du théâtre portugais et musicien, est un des tous premiers à mentionner cet air, la Folia, un amusement débridé de paysans chantant et dansant sur ce thème.
« Il s’agit d’une danse portugaise, très bruyante, dans laquelle de nombreuses figures sont exécutées au son de tambourins et autres instruments. (…) Le bruit est si intense et le rythme si rapide que les danseurs semblent avoir perdu l’esprit, raison pour laquelle ils donnèrent à cette danse le nom de Folia. » (Sebastián de Covarrubias y Orozco l611)
Juan del Vado y Gomez (1625–1691)
Juan del Vado y Gómez de la Cruz (vers 1625-1691), né et mort à Madrid, est issu d’une famille de musiciens de la cour royale.
« Son grand-père paternel Bernabé, décédé en 1632, jouait de la « trompette bâtarde espagnole » et son père Felipe fut cornet et violoniste de la Chapelle Royale pendant 26 ans. Son grand-père et ses oncles maternels étaient également musiciens à la cour. (http://www.musicadehispania.net/2013/05/juan-del-vado-ca-1625-1691.html : Enciclopedia de Música hispana )
Après avoir appris le violon dans l’école de danse de la cour, il entre en 1647 dans la chapelle musicale du duc de Nájera. En 1650, il entre comme violoniste à la Chapelle Royale en succédant à son père, poste qu’il n’obtiendra officiellement qu’en 1655. L’année suivante, en 1561, il y est également organiste. En 1662, il en est harpiste. En 1667, il entre comme violoniste à la chapelle de la reine Marie-Anne d'Autriche, épouse de Philippe IV.
La même année, il se marie et a un fils qui sera médecin du roi. Sa santé faiblissant, il ne garde que le poste de violoniste jusqu’à sa mort en 1691.
Il aura composé selon son testament 96 villancicos de navidad (chants de Noël) et Tonos Humanos a solo con acompañamiento, la musique de six œuvres scéniques, quatre œuvres pour orgue, deux Lamentations et 24 messes de pupitre (lutrin). Il laisse aussi un cahier manuscrit de règles d’accompagnement que reprendra José de Torres (1670-1738) dans Reglas generales para acompañar órgano, clavicordio o arpa (Règles Générales d’Accompagnement) de 1702
Dans le prologue d'un livre sur des canons et messes , il est dit qu’ "on sort les papiers volants "[1] pour multiplier les chœurs et l'accompagnement et ainsi atteindre plus de solennité. Par exemple dans les messes de Madrid à 5 ou 6 voix élargies à Ávila sous forme parodique à 8 voix (messe parodique= messe intégrant des parties de messes ou pièces déjà existantes). (Université de Valadolid UVA Doc https://uvadoc.uva.es/handle/10324/59124)
Frei Manuel Correia
Frei Manuel Correia (ou Correa) (vers 1600 – 1653) né à Lisbonne et mort à Saragosse, est le fils d'un instrumentiste de la capela ducale de Vila Viçosa, au Portugal où il entre comme chanteur à 16 ans.
Après avoir étudié auprès du maitre de chapelle, le polyphoniste portugais Filipe de Magalhães, il se rend à Madrid. Il sera ensuite organiste à la cathédrale de Saragosse jusqu’à sa mort.
Il composa de nombreux motets, de Tonos Humanos et de Villacicos (chants de Noël), recueillis dans El libro des tonos humanos en 1655.
José Marin
José Marín (1619-1699) était harpiste, guitariste et compositeur connu pour ses chansons profanes, humanos tonos.
« On ne connaît pas sa formation. En 1644, il entra au Couvent Royal de l'Incarnación à Madrid comme ténor. Il était prêtre et chantre de la Capilla Real sous Felipe IV et Carlos II jusqu'en juin 1649, date où il se rend à Rome. Il retourne en Espagne vers 1654. Sa carrière a ensuite été marquée par des scandales et des meurtres. Il a été condamné à la prison ; selon certaines sources, il a été torturé en compagnie du dramaturge Juan Bautista Diamante. Selon d'autres sources il s'est échappé et a retrouvé la respectabilité en retournant au couvent de l'Incarnacion et au service duquel il est resté pendant 14 ans et où il aurait composé une soixantaine de Humanos tonos, dont beaucoup sont représentatifs de sa vie erratique et criminelle. » (https://musiqueclassique.forumpro.fr/t8810-jose-marin-1619-1699).
Il laisse environ 60 tonos à 1 voix et guitare ou basse continue, 2 tonos à 2 voix et basse continue, 2 tonos sacrés à 1 voix et basse continue. "Corazon que en prison" se réfère probablement à son propre emprisonnement.
Musique de Scène
La Zarzuella
La Zarzuela est une pièce de théâtre mêlée de chants et de danses et dont le magique n’est pas étranger aux sujets. Le thème est toujours mythologique. Elle est devenue le genre lyrique national, non un opéra mais l’équivalent du Singspiel allemand ou du Ballet de Cour français, du Mask anglais. Le genre évoluera au cours du siècle et se rapprochera de l’Opéra-Comique français et de l’Opéra-Buffa apparu à Naples au XVIIIème siècle. Il faudra attendre le XIXème siècle pour que la Zarzuela entame son déclin.
« Seules les femmes, au sein des troupes théâtrales, étaient formées au chant, tandis que les chantres de la chapelle royale dédaignaient la scène.» (Vincent Dumestre luthiste, guitariste et chef d'orchestre https://lepoemeharmonique.fr/spectacle/coronis/).
Le terme de zarzuela a pour étymologie zarza, la ronce. Le genre tient son nom de ce que les spectacles et les fêtes royales étaient souvent donnés au « palais de la zarzuerla (Palais des ronces ou de la ronceraie), un pavillon de chasse et de loisirs construit à Madrid en 1634, sous Philippe IV » (https://www.musicologie.org/sites/ z/zarzuela.html).
La première œuvre lyrique espagnole du genre que nous connaissions est La Gloria de Niquea, représentée en 1622 à Aranjuez par la reine et ses dames pour le 17e anniversaire de Philippe IV.
Mais Juan Hidalgo de Polanco (1614-1685), harpiste et claveciniste à la Real Capilla (la chapelle royale ), le plus important des musiciens de la seconde moitié du siècle, est connu comme le premier compositeur de zarzuelas. Ses zarzuelas étaient représentées devant Philippe IV (†1665) qui les appréciait fortement. En 1675, Pedro Calderon écrivit les paroles de son El Jardin de Falerina.
Au vue des dates de composition, la zarzuela que d’aucuns nomment l’’opéra espagnol’, quoiqu’elle soit plus proche du Singspiel ou du Ballet de Cour, est plutôt apparue dans la seconde moitié du siècle que dans la première moitié. Elle aurait fait obstacle à l’arrivée de l’opéra italien dans la péninsule. Mais selon Jean Duron « les créations [de zarzuelas] furent le plus souvent confiées aux compositeurs italiens résidant à Madrid ( ?) ou aux maîtres de la chapelle royale » (Histoire de la Musique Bordas 2004 pg.469). Et un compositeur comme Sebastián Durón (1660-1716) a su faire évoluer la zarzula traditionnelle en adoptant certaines formes opériques des musiques française et italienne comme avec sa Corinis, poème harmonique, qui tout en préservant les personnages mythologiques propre à la zarzuela est pour la première fois entièrement chantée.
A noter que Zarzuela, écrit parfois Zarsuela, est un autre classique ibérique mais dans un tout autre registre, celui de l’art culinaire catalan, un plat à base de poissons, de moules, de gambas, agrémenté du ‘picada’ (amandes, ail, persil), et du ‘sofrido’ (sauce préparée avec des oignons, du safran , du piment doux, du coulis de tomate et l’eau de cuisson des moules) .
Les formes populaires, zarzuella, commedia harmonica, vont longtemps faire obstacle à l’entrée d’œuvres vocales entièrement et uniquement chantées, autrement dit l’opéra tel que nous l’entendons.
La Gloria de Niquea
L’œuvre est extraite du roman chevaleresque Amadis de Grèce de Feliciano de Silva[2] (1491-1554), auteur prolixe, le premier à avoir écrit en Espagne un Roman de Chevalerie, Lisurate de Grecia (Amadis de Gaula, 1514) auquel, face au succès, il donna des suites : Amadis de Grèce (1530), Florisel de Nicée (1532) et Sir Rogel de Grèce, qui narrent tous les aventures chevaleresques du neveu ou du fils d’Amadis de Gaule (Voir Renaissance/Littérature/Espagne/Récits et Aventures). Son adaptateur en est le poète baroque on ne peut plus excentrique Juan de Tassis y Peralta, deuxième comte de Villamediana, connu le plus souvent comme Comte de Villamediana. Né à Lisbonne en 1581, mort à Madrid en 1622, il aurait mis le feu à son palais pour pouvoir prendre dans ses bras la reine dont il était éperdument amoureux. Mais« Pendant le festival d'Aranjuez (15 mai 1622), et après La gloria de Niquea, La Toison d'or (v.) de Lope fut jouée ; A la fin du premier acte de cette dernière pièce, le théâtre prit feu et Villamediana porta la reine, Doña Isabel de Borbón, dans ses bras. Quelques mois plus tard, Villamediana mourut poignardé, selon les chansons de l'époque, par impulsion souveraine ». (J. M. Pandolfi https://www.criticadelibros.com/sin-clasificar/la-gloria-de-niquea-juan-de-tassis-y-peralta/)
« Le jeune roi Felipe IV -qui est monté sur le trône un an auparavant à la mort de son père Felipe III- célèbre ses 17 ans en grandes pompes. Tous les jours se succèdent comédies, ballets, mascarades dans un théâtre de bois construit spécialement pour l’occasion dans les jardins du palais.Pour l’une de ces représentations, sa femme, la reine Elisabeth (Isabel de Borbón pour les Espagnols) -la fille aînée de feu le roi de France Henri IV et de Marie de Médicis et sœur de Louis XIII-, a commandé une pièce au comte de Villamediana (Juan de Tassis y Peralta), un poète espagnol du cercle de la jeune femme férue d’arts, de lettres et de théâtre. Intitulée «La Gloria de Niquea» (la Gloire de la Victoire[ou Gloire de Nicée]) et composée d’une suite de tableaux, elle accorde autant d’importance à l’art scénique et aux décors qu’au texte. Sous la scène, caché par les planches, se tient un orchestre de six violes, trois flutes et un luth» (Dominique Bonnet parismatch.com/Royal-Blog/ octobre 2021)
« La comédie [La gloria de Niquea] se compose de trois parties : 1) Un prologue allégorique ; 2) Une louange suivie d'un chœur de nymphes, et 3) Un épisode qui lui donne son nom, et qui représente "la gloire de Niquea, délivrée des charmes d'Anaxtárax, son frère, par Amadis de Grèce", en deux actes » (Idem)
« La gloria de Niquea peut être considéré comme le premier opéra espagnol, en 1622, quand cet intitulé n’existait pas encore et quand seule l’Italie s’adonnait à ce genre lyrique alors naissant. » (Pierre-René Serna, La Zarzuela baroque, Bleu Nuit éd., 2019, in Webtheatre La zarzuela baroque novembre 2019 »
« La première œuvre lyrique espagnole référencée comme telle, est La gloria de Niquea, dont la musique est perdue, représentée en 1622 à Aranjuez, par la reine et ses suivantes, pour le 7e anniversaire de Philp IV. » (https://www.musicologie.org/sites/z/zarzuela.html)
Pour rappel :
« La jungle sans amour est le titre du premier opéra créé en Espagne, composé par Bernardo Monanni, secrétaire de l'ambassade, en collaboration avec Filippo Piccini [3]. Pastorale Égloga en sept scènes avec musique composite pour un texte de Félix Lope de Vega. La musique est perdue et seul son texte est conservé. C'est une innovation pour la musique scénique en Espagne avec l'introduction du stile récitatif, puisqu'il n'était pas connu auparavant. Bien que le nouveau style n'avait aucune signification et n'était pas consacré. »(https://es.wikipedia.org/wiki/La_selva_sin_amor).
‘La Pourpre de la Rose’ (1659), et ‘La Jalousie même de l'Air Tue’, sont les deux premiers opéra joués dans le monde hispanique, dans une étroite collaboration entre Calderón de la Barca et Juan Hidalgo de Polanco. La première œuvre a porté l'intitulé espagnol « ópera » est La guerra de los gigantes, de Sebastián Durón (1660-1716), représentée pour la premier fois en 1701 à l'occasion de l'annonce du mariage de Philippe V d'Espagne et de María Luisa Gabriela de Savoie.
Juan Hidalgo de Polanco
Juan Hidalgo de Polanco (1614-1685), né et mort àMadrid, était le fils de l'altiste Antonio Hidalgo et de Francisca de Polanco, fille du luthier Juan de Polanco, également spécialiste de la création d'altos et de guitares pour la cour de Madrid.
En 1631, à 17 ans, il est harpiste et clavicordiste à la Real Capilla de Philippe IV et de la Chambre de la Maison de Bourgogne du roi (le Comté de Bourgogne, Franche-Comté, est espagnole jusqu’en 1648). Poste qu’il occupera jusqu’à sa mort en 1688. Juan de Navas, entré comme harpiste en 1669 à la Chapelle Royale, deviendra le remplacera. Hidalgo va devenir l'un des principaux musiciens de la cour où il a grandi et où il était considéré comme un membre de la famille royale. Il recevra la charge de notaire du Saint-Office de l'Inquisition, et à la fin des années 1650, il sera Maître de la Chambre Royale de l'Alcázar.
En 1658, il écrit en collaboration avec Cristóbal Galán (ca. 1625-1684), compositeur de musique sacrée et de villancicos, la musique de Triunfos de amor y fortuna (Triomphes d'amour et de fortune ) Fête Royale présentée à Leurs Majestés au Colisée du Buen Retiro pour l'heureuse naissance du prince Felipe Prósper ; les dialogues poético-musicaux de personnages mythologiques et allégoriques (El Amor, Fortuna, Diana ? Venus, La Felicidad…) sont du dramaturge Antonio de Solís y Rivadeneira (1610-1690).
« En 1658 il met en musique l'œuvre d'Antonio de Solis Triunfos de amor y fortuna ( Triomphes d'amour et de fortune ), créée le 27 février de la même année. Il met aussi en musique tout un ensemble de livrets de Pedro Calderón de la Barca, collaboration qui commence au moins en 1653 avec Fortunas de Andrómeda y Perseo ; et qui se poursuivra, notamment avec El laurel de Apolo (« Le Laurier d'Apollon »), l'une parmi les premières œuvres musicales à être désignée comme étant une Zarzueala [?] ». (Wikipédia/ Hidalgo de Polanco).
El laurel de Apolo est publié en 1630. Mais sa mise en musique par Palanco date 1657 car cette zarzuela est créée pour fête la naissance du fils de Philippe IV, Felipe Próspero,
« A l'occasion de la Paix des Pyrénées [1659] et du mariage de l'Infante Marie-Thérèse d'Autriche —fille de Felipe IV— avec le roi Louis XIV de France, [1660] la Couronne espagnole a voulu imiter les productions d'opéra italiennes [si la musique est d’influence italienne, Polanco y a ajouté des seguidillas et des chansons populaires dansantes avec des refrains] qui étaient jouées à la cour de France, et pour cette raison, pour les festivités, il parraina la mise en scène de deux représentations dans lesquelles le texte entier devait être chanté : d'une part, ‘La Pourpre de la Rose’ (1659), où la fable de Vénus et Adonis a fait des émules, et d'autre part ‘La Jalousie même de l'Air Tue’, autour du mythe de Céphale et de Procris. Les deux opéras, les premiers joués dans le monde hispanique, sont le résultat de l'étroite collaboration entre Calderón de la Barca -le poète le plus célèbre de la cour de Felipe IV- et Juan Hidalgo -le compositeur le plus apprécié » (https://es.wikipedia.org/wiki/ Celos_aun_del_aire_matan).
« L’argument se base sur le mythe de Céphale et Procris , que Calderón tira du Livre VII des Métamorphoses du poète latin Ovide. C’est une histoire de passions amoureuses et d’ambiance pastorale et comique, qui a pour idée principale de sublimer l’amour mutuel face aux problèmes qu’entraînent la jalousie. Hidalgo, compositeur doté d’un grand sens théâtral, a composé une musique d’influence italienne en y ajoutant des aspects purement hispaniques (seguidillas et des chansons populaires dansantes avec des refrains). C’est un opéra en trois actes, avec des nombreuses trames parallèles à la trame principale, où les personnages (dieux, héros et scélérats) jouent leurs péripéties dans deux espaces (le ciel et la Terre). » (http://www.spainisculture.com/fr/obras_culturales/celos_aun_del_aire_matan.html)
Commandée avec La Púrpura de la Rosa (La Pourpre de la Rose), La Jalousie même de l'Air Tue (Celos aun del aire matan) est une « Fiesta grande, sur un livret en trois actes de Pedro Calderon de la Barca (1600 – 1681), représenté au Buen Retiro de Madrid, le 5 décembre 1660, à l’occasion du mariage de Louis XIV et Marie-Thérèse.
« C’est le premier opéra espagnol conservé [dans son intégralité]». (https://operabaroque.fr/ Hidalgo_Celos.htm).
« La plus ancienne partition connue à ce jour entièrement conservée d’un opéra espagnol (bien que l’intitulé « opéra » n’existait pas à cette époque, aussi bien en Espagne qu’en Italie)» (https://fr.wikipedia.org/wiki/ Juan_Hidalgo_de_Polanco).
A noter que le mot ‘opera’ en italien dans le sens de comédie en musique et non plus seulement dans le sens de journée de travail, apparaît pour la première fois en 1639 dans Recherches italiennes et françaises de Antoine Oudin (voir Musique Vocale/Opéra/ Introduction).
Cette œuvre marque le début d’un nouveau genre dans la musique espagnole
« dans lequel l'amour et les sens étaient exaltés surtout, en le basant sur un thème mythologique intrinsèquement lié aux autres arts, tant la poésie que la peinture ; ainsi, l'héritage pictural de Velázquez ou de Véronèse a été considéré comme fondamental, avec des œuvres pour ce genre théâtral-musical… [Juan Hidalgo] a créé une œuvre lyrique jamais vue auparavant en Espagne, à partir de laquelle a été promus une musique théâtrale capable d’intégrer à la fois des éléments de la favola in musica italienne (instrumentation, thèmes d'opéra, danses ou récitatifs approfondis de l'école vénitienne qui a émergé avec Monteverdi et l'école romaine) et ceux de la musique hispanique traditionnelle (mètres lyriques, rythmes, tons humains).» (https://dbe.rah.es/biografias/12005/juan-hidalgo-de-polanco). Certaines sources parlent d’opéra espagnol.
Juan Hidalgo continuera de collaborer avec Calderón et d’autres dramaturges avec notamment l’important dramaturge (400 comédies) et romancier (dont Le Diable Boiteux ) Luís Vélez de Guevara (1579-1644), et avec le poète (poèmes humoristiques) et dramaturge (comédies mythologiques) Salazar y Torres (1636-1675).
« Juan Hidalgo de Polanco a répondu avec ses œuvres théâtrales au besoin d'une consommation continue du spectacle dramatique de la Cour de Felipe IV et de Carlos II, à travers des compositions complexes et sensuelles chargées de contenus emblématiques et moralisateurs du plus pur ‘théâtre de cour’. » (https://dbe.rah.es/biografias/12005/juan-hidalgo-de-polanco)
Hidalgo a aussi composé de nombreux villancicos, chansons populaires dont la tradition remonte au Moyen-âge, à l’origine profanes puis intégrées à la liturgie chantées pour célébrer Noël, ainsi que des autos sacramentales, qui à partir du XVIème siècle furent des mises en représentation dramatique de la nativité et à l’occasion de la Fête-Dieu (60 jours après Pâques) une forme de célébration de l’eucharistie (du corpus christi).
Juan de Navas
Juan Francisco Gómez de Navas y Sagastiberri (ou Nabas 1640-1719), né à Calatayud (province de Saragosse) et mort à Madrid, est issu d’une famille de musicien dont il reçoit sa première formation musicale. A 22 ans, en 1669, il entre à la Real Capilla de Cámara » (la musique de chambre de la Chapelle Royale) et en sera titulaire de 1688, année de la mort de Juan Hidalgo qu’il remplace, jusqu’à sa mort.
« Le 23 octobre 1686 il signe, en tant que maître de la Chapelle royale, un rapport d'examen de quatre enfants chanteurs de son école » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Juan_de_Navas)
De Navas semble ne plus être en poste à partir de 1691 : «Le 23 septembre 1691, sa bonne réputation l'ayant aidé, Sebastián Durón est admis comme organiste et maître de chapelle à la prestigieuse Real Capilla (« chapelle royale »), à Madrid, à la cour du roi Charles II d'Espagne. Il restera en poste pendant dix ans » (https://fr.wikipedia.org/wiki/ Sebastián Durón).
Juan de Navas ne serait donc resté que 5 ans à la direction de la Chapelle Royale ? A noter qu’en 1706, Durón devra s’exiler pour avoir soutenu les Habsbourg contre les Bourbon pendant la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714).
De 1669 à 1701, Les documents ne permettent pas de savoir quant à l’activité et les œuvres, s’il s’agit de lui ou de son père Juan Gómez de Navas, leur nom étant écourté, quoique le père se consacra plus à la musique religieuse et le fils à la musique profane. Entre 1702 et 1709, le prénom de Francisco est bien précisé.
Sa production représente une trentaine d’œuvres pas toutes conservées. A la mort de Juan Hidalgo Polanco en 1688, il sera avec Sebastián Durón (†1716) avec qui il lui est arrivé de collaborer, le principal compositeur de musiques de scène.
Parmi les œuvres que l’on peut retenir en premier, on peut noter :
En 1687 les zarzuelas Venir el amor al mundo (L'Avènement de l'amour dans le monde), Duelos de ingenio y fortuna (L'Affrontement entre la ruse et le destin), livret de Francisco Bances Candamo, (1662-1704) qui, d’une abondante production deviendra le dramaturge officiel du roi Charles II. ;
· En 1688, Amor es esclavitud (L'amour est un esclavage), livret de Manuel Vidal y Salvador (†1698) aux sujets à la fois thèmes religieux, historiques et mythologiques ;
· En 1692, Amor industria, zarzuela y poder, livret de Lorenzo de las Llamosas ( 1665-1715 ?), écrivain né à Lima, arrivé en Espagne en 1691, auteur de trois livres de théâtre en prose et trois en vers ; il participa aux guerres de l’Espagne contre la France ;
· En 1687 Las Bélides (mythologie : les filles du roi d’Éypte Belos), et Apolo y Dafne (certaines sources donnent la création en 1706)
· En 1698-99 ; Destinos vencen finezas (Le Destin l'emporte sur l'astuce), première œuvre publiée par une l'imprimerie madrilène, celle de l’organiste et théoricien, Maître de Chapelle et Chef du chœur des Enfants (Colegio de Niños Cantorcicos), José de Torres (1670-1738).
Entre 1696 et 1699, de Navas et Durón donnent Júpiter y Yoo et Los cielos premian desdenes (Le Cieux Récompensent le Destin) livrets de Marcos de Lanuza (1650-1708), fils d’écrivain, homme de loi qui occupa de haute fonctions, auteur aussi de zarzuelas
Apolo y Dafne (1696 ?) est une zarzuela mythologique en trois actes dont Navas a composé le deuxième acte. C’est sans doute la plus importante des zarzuelas de cette période. « Apolo y Dafne est une zarzuela ambitieuse, longue et entièrement chantée, qui relie l'œuvre à Coronis, une autre zarzuela entièrement chantée mise en musique par Sebastián Durón.
de Navas sera le premier à placer la guitare en accompagnement.
Sebastián Durón
Sebastián Durón (1660-1716), né à Brihuega (Castille-La Manche) et mort à Cambo-Les-Bains (Pays-Basque), porta le même prénom que son père qui, sacristain de l’église, mourut quand il avait 8 ans. On ne sait rien de sa formation musicale sinon qu’il l’a peut-être reçue en tout premier lieu dans cette église.
En 1679, il est mentionné comme élève de l’organiste titulaire en 1672 de la cathédrale de la Seo (San Salvador) de Saragosse, Andrés de Sola (1634-1696), un professeur renommé qui forma aussi les organistes Jerónimo Latorre, Pedro Borobia, Joaquín Redonet, Miguel Soriano. En 1680, il remporte le concours du second organiste de la cathédrale de Séville où déjà installé depuis cinq ans, il enseignait la musique.
En 1685, le poste de maitre chapelle à El Burgo de Osma (Castille-León) lui est confié sur recommandation de son maitre de chapelle à Séville, le tolédan Alonso Xuárez (1640-1696), professeur de renom qui a laissé un important catalogue d’œuvres religieuses. Mais un an plus tard, c’est à la cathédrale Saint Antonin de Palencia (Castille-León) qu’il occupe le même poste.
En 1691, il obtient les postes d’organiste et maître de chapelle à la Real Capilla de Charles II (†1700).
« Le 23 octobre 1686 [Juan de Navas] signe, en tant que maître de la Chapelle royale, un rapport d'examen de quatre enfants chanteurs de son école » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Juan_de_Navas) qui ne serait resté que 5 ans maitre de la chapelle royale… ?
« Sebastián Duron fut organiste dans diverses cathédrales, et maître de chapelle à Las Palmas, avant de prendre un poste à la chapelle royale en 1691, où il devint maestro di capilla en 1702. » (https://operabaroque.fr/Duron.htm)
En 1706, il est forcé à l’exil pour avoir pris parti pour les Habsbourg en pleine Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714). Il suit à Bayonne, Marie-Anne de Neubourg, reine d’Espagne de par son mariage avec Charles II.
Il peut revenir en Espagne à la fin de la guerre et reçoit des commandes de la noblesse madrilène, entre autres du Comte de Salvatierra pour qui il compose sur un livret anonyme un éloge à la monarchie absolue, La guerra de los gigantes, représenté pour la premier fois en 1701 à l'occasion de l'annonce du mariage de Philippe V d'Espagne et de María Luisa Gabriela de Savoie. ‘Opéra’ mythologique dans la tradition des zarzuelas mythologiques dans lequel Hermès incarne Philiphe V Bourbon, le nouveau roi d’Espagne, Jupiter son grand-père, Louis XIV et Minerve celle qui sera la nouvelle reine d’Espagne.
« Il s'agirait de la première œuvre espagnole qui porte l'intitulé espagnol « ópera » ; en tenant bien compte qu'à cette époque le mot « ópera » (ou en français « opéra ») non seulement n'a pas nécessairement le même sens qui lui sera prêté au cours des siècles suivants, et jusqu'à nos jours mêmes, mais qu'il ne sert pas non plus encore, à l'époque dont il est ici question, à se distinguer du terme « zarzuela »[» (Pierre-René Serna, Guide de la Zarzuela : La zarzuela de Z à A, éd. Bleu Nuit, Paris, 2012, https://fr.wikipedia.org/wiki/ Sebastián _ Durón).
A noter que Celos aun del aire matan (La Jalousie même de l’Air Tue) composé en en 1660 par Juan Hidalgo (1614-1685), sur un livret du grand dramaturge baroque espagnol, Pedro Calderón de la Barca (1600-1681) « est la plus ancienne partition connue à ce jour entièrement conservée d’un opéra espagnol (bien que l’intitulé « opéra » n’existait pas à cette époque, aussi bien en Espagne qu’en Italie) » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Juan_Hidalgo_de_Polanco).
A noter également que le mot ‘opera’ en italien dans le sens de comédie en musique et non plus seulement dans le sens de journée de travail, apparaît pour la première fois en 1639 dans Recherches italiennes et françaises de Antoine Oudin (voir Musique Vocale/Opéra/ Introduction).
Après être revenu à Bayonne l’année précédente, Durón meurt en 1617 de la tuberculose à Cambo-Les-Bains connue comme ville thermale depuis le Moyen-âge. Avant et après l’auteur de Cyrano de Bergerac, de nombreuses célébrités y ont séjourné. On peut citer Napoléon III et l'Impératrice Eugénie, Hemingway, Stravinsky, Coco Chanel ou encore Pablo Picasso qui y peint en 1918.Les Baigneuses(celles avec vue sur le phare).
Avant la montée sur le trône de Philippe V, les compositions de Durón obéissent à la forme bien espagnole de la zarzuela. Avec la montée sur le trône du nouveau roi d’Espagne en 1700, Philippe V, petit-fils de Louis XIV, son écriture va évoluer adoptant les nouvelles tendances de la musique française introduites par les musiciens français cour de Madrid en 1705, jouent du Lully. En 1703, Philippe V avait d’ailleurs donné à Henry Desmarest (1661-1741) un poste à la cour avec la charge de constituer une musique de chambre française. Mais cette influence française fut de courte durée. La Princesse des Ursins, amoureuse de la musique italienne, placée par Louis XIV comme Camarera Mayor de Palacio (femme de chambre en chef du palais) de l’énergique Marie-Louise Gabrielle de Savoie, âgée de 14 ans, épouse de Philippe V qui n’a pas 20 ans, va faire remplacer en les musiciens français par des musiciens italiens. Philippe V qui était partie en 1702 reprendre mains sur ces terres de Naples (Guy Bourligeux) ramènera des musiciens italiens qui feront triompher l’opéra italien en Espagne.
Cette influence d’une musique étrangère qui sera venue « perturber » la tradition musical hispanique, aura été vécue comme une forme de déclin de cette dernière. Aussi, plus que tout autres compositeurs de cette période, Durón a fait figure de musicien de transition à l’image du passage de la monarchie des Habsbourg à la monarchie des Bourbon. Et son œuvre a été controversée. Peu de ses compositions furent de ce fait republiées.
« Bien que compositeur de musique sacrée conservatrice, Sebastián fut l’un des premiers en Espagne à incorporer des airs da capo dans des zarzuelas (1696-1713). Pour cette raison, ainsi que pour son écriture de cordes virtuose, on l’accusa par écrit d’exercer une influence corruptrice. » (Dir. Juie Ann Sadie, professeur à l’université Rochester de N.Y., Guide de la musique baroque, Fayard 1995)
Mais d’aucuns considèrent au contraire que « Durón a réalisé une synthèse sans précédent de diverses textures, formes et styles musicaux qui incarnent le summum de la musique théâtrale espagnole de la période baroque. » (Acuna, Maria Virgina Politics and foreign influence in the development of Spanish court theatrical music with a study of composer Sebastián Duron (1660-1716), The University of British Columbia 2010).
Durón a su faire évoluer la zarzula traditionnelle en adoptant certaines formes opériques des musiques française et italienne comme avec sa Corinis, représentée entre 1701 et 1706 devant le jeune roi Philippe V, tout en préservant les personnages mythologiques propre à la zarzuela est pour la première fois entièrement chantée.
« Certes, Coronis, aussi éloignée de la tragédie en musique française que de l’opéra italien, émane d’un théâtre musical propre à l’Espagne des Habsbourg, largement méconnu aujourd’hui malgré la renaissance de l’opéra baroque. La variété des influences n’en est pas moins prodigieuse. On entend ici des chœurs fastueux ; des lamenti poignants à la mode italienne ; des tonadas, chansons populaires typiques du théâtre espagnol ; de grands airs annonçant l’opera seria ; des coplas, ou couplets, qui avec leurs refrains égayent le dialogue. Tout un univers propice au mélange des registres, dans une action où le burlesque répond au tragique. Mais le plus remarquable tient à une distribution entièrement féminine ou presque, partagée entre sept sopranos incarnant aussi bien l’héroïne qu’Apollon ou Neptune, et un ténor jouant le vieux devin Protée. Reflet d’une Espagne où seules les femmes, au sein des troupes théâtrales, étaient formées au chant, tandis que les chantres de la chapelle royale dédaignaient la scène.» (Vincent Dumestre luthiste, guitariste et chef d'orchestre https://lepoemeharmonique.fr/spectacle/coronis/).
On peut retenir aussi parmi ses autres zarzuelas :
1697, Muerte en Amor es la Ausencia comédie en trois actes livret de José Benavides ;
1698, Selva Encantada de Amor zarzuela en deux actes ;
1699 , Apolo y Dafne en trois actes deuxième de Juan Navas, et Jupiter y Yoo ;
1711, Veneo en de Amor la Embidia zarzuela en deux actes livret de Zamora ou Cañizares et Las Nuevas Armas de amor zarzula armónica en deux actes – livret de Cañizares .
El imposible mayor en amor le vence amor (La plus grande impossibilité en amour est surmontée par l'amour , vers 1700), qui lui a longtemps été attribuée est en fait, selon de récentes recherches, de José de Torres (1670-1738), organiste et théoricien (de Reglas generales para acompañar órgano, clavicordio o arpa (Règles génarales d’Accompagnement 1702) , maître de chapelle et Chef du chœur des Enfants (Colegio de Niños Cantorcicos[4]), fondateur de la première imprimerie musicale en Espagne Imprenta de Música qu’il crée en 1703.
Durón est également l’auteur d’un important catalogue de musique sacrée, messes, litanies, offices funèbres, villancicos (chants de Noël), Miserere, Lamentation.
Antonio de Literes
Antonio de Literes (Antoni Lliteres 1673-1747), né à Majorque et mort à Madrid, prendra dans la première partie du siècle suivant la place de Durón comme principal compositeur de zarzuelas. Entré à 15 ans dans le Chœur des Enfants de la Chapelle Royale (El Real Colegio de Niños Cantores), il sera successivement en 1693 un des violoncellistes puis le premier violoncelle et enfin maître de la Chapelle. D’aucuns le considère comme le plus brillant compositeurs de zarzuelas. (Voir Siècle des Lumières/Musique/Espagne)
Musique Vocale Religieuse
Si au cours du XVIIème siècle, l’Espagne n’a pas donné au monde musical des compositeurs de musique religieuse aussi prestigieux que ceux qu’elle avait donné à la Renaissance tels Tomás Luis de Victoria, Cristobal de Moralès, Francisco Guerero ou encore Nicolas Gombert, elle n’en a pas moins vu naître des compositeurs qui, sans être de l’envergure et de la renommée des peintres et écrivains de ce Siècle d’Or, ne manquèrent pas de talent.
Sebastian Aguilera de Heredia
Sebastian Aguilera de Heredia (1561-1627), né et mort à Saragosse, est organiste à la cathédrale de Huesca de 1585 à 1603, puis, tient les orgues de la Cathédrale Saint-Sauveur de Saragosse.
De son temps il était reconnu surtout pour son œuvre vocale notamment, publié en 1618, pour son Canticum Beatissimae Virginis Deiparae Mariae, qui réunit 4 cycles de Magnificat dans les 8 tons à 5 voix (versets impairs), 6 voix (versets impairs), 8 voix (versets impairs), 4 voix (versets pairs) ; Magnificat à 8 voix (2 choeurs) des 1er, 3e, 6e et 8e tons publié la même année.
Mais aujourd’hui, il reste connu pour ses compositions instrumentales. Voir Musique Instrumentale/ Espagne
Carlos Patiño
Carlos Patiño (1600-1675), né à Cuenca (Carsille-La Manche) et mort à Madrid, est d’abord en 1612 enfant de chœur à la cathédrale de Séville. Il est l’élève d’Alonso Lobo (†1617) qui, élève de Francisco Guerrero (†1599), assista et remplaça à l’occasion ce dernier au poste de Maitre de la Chapelle Royale. Marié en 1622, il se fait prêtre en 1625 à la mort de sa femme. En 1623, il est Maitre de Chapelle de la cathédrale madrilène.
En 1628, il est maestro de la Capilla du Real Monasterio de la Encarnación de Madrid, où il succède à Gabriel Díaz Bessón (1590-1638). En 1634, il succède à Mateo Romero (Mathieu Rosmarin en français), né à Liège, comme maestro de la Capilla Flamenca, le premier a occuper ce poste en étant né en Espagne.
Pour rappel, la Capilla Flamenca (la Chapelle Flamande) était la chapelle de la cour composée des musiciens flamands (12 trompettistes et un timbalier) que Charles de Habsbourg amena avec lui en Espagne en 1515 avant qu’il ne monte sur le trône en 1516 sous le nom de Charles 1er et ne soit empereur du St Empire trois ans plus tard. Enrichie de chanteurs et d’un organiste, la chapelle avait son siège au palais royal et assumait essentiellement la musique liturgique. En 1637, elle fusionna avec la chapelle royale de Philippe IV, et Patiño restera le seul maître de chapelle.
En 1660, sa demande de retraite fut refusée, mais on lui octroya deux assistants. Compositeur essentiellement d’œuvres sacrées polychorales (sur le mode vénitien) dont nombres ont disparu lors du fameux tremblement de terre de Lisbonne de 1755 qui fit entre 50 000 et 70 000 morts sur les 275 000 habitants que comptait la capitale du Portugal .
Sa musique de scène pour El Nuevo Olimpo de 1648, une œuvre festive dédiée à la reine Mariana à l'occasion de son quatorzième anniversaire, écrite par le poète et dramaturge Gabriel Bocángel y Unzueta (1603-1658), a également été perdue. Patiño a également composé des pièces profanes de circonstance dont certaines qui avaient été envoyées dans la Nouvelle Espagne ont pu être conservées.
Son œuvre reste dans la veine polyphonique de Francisco Guerero et d’Alonso Lobo.
« Ses pièces de dévotion basées sur des poèmes en castillan sont de deux sortes : tonos humanos, d’inspiration profane, et tonos divinos (ou villancicos). La plupart sont à quatre voix chantées et basse continue. Ce qui frappe d’entrée, c’est l’absence de voix graves : trois sopranos, un alto, un ténor, pas de basse. La structure de ces pièces est toujours la même : une forme strophique où alternent refrains et couplets. Le refrain se caractérise par un rythme syncopé qui est la signature de Patiño. Remarquable est la relation intime de la musique avec les affects exprimés par le texte poétique. Ces pièces de dévotion présentent un versant inhabituel de la musique religieuse du XVIIIᵉ siècle espagnol, dont on connait surtout les grandes compositions polyphoniques. » (Cécile Glaenzer, musicologue, https://www.resmusica.com/2023/04/30/carlos-patino-la-devotion-au-siecle-dor-espagnol-la-grande-chapelle-lauda/).
Mateo Romero
Mateo Romero (1575-1647) « est né Mathieu Rosmarin à Liège, en Belgique, vers 1575. En raison de la mort prématurée de ses parents, comme beaucoup d'autres enfants de la Hollande espagnole, il fut emmené à Madrid en 1585 pour servir d'enfant de chœur à la cour. Entre 1586 et 1593, sa tutelle et son éducation en Espagne furent assurées par ses compatriotes George de La Hèle et Philippe Rogier. Déjà à ce stade, il a dû démontrer le talent exceptionnel de ses compagnons qui lui a valu le curieux surnom de Master Captain ou Captain. »
Son nom fut castillanisé en 1594. En 1598, il obtint le poste de maître de chapelle à la cour de Philippe III d'Espagne. Philippe IV, à qui il enseigna la composition et la viole de gambe, le confirma comme professeur en 1621 et il resta à ce poste jusqu'en 1634, année où il prit sa retraite, remplacé par Carlos Patiño. Il semble qu'à partir de cette date, sa santé se détériorant fortement, comme l'indique son testament, il est peu probable qu'il soit resté actif. Il meurt le 10 mai 1647 et il est enterré dans l'église des Prémontrés de Madrid.
Il avait été nommé notaire de l'Ordre de la Toison d'Or en 1621 et chapelain des nouveaux rois de Tolède en 1624 (après avoir accordé la « nature castillane » en 1623), nominations qui avaient souvent un caractère honorifique et dans le seul but d'augmenter les revenus et le prestige social du bénéficiaire. De plus, son ordination sacerdotale en 1605 lui avait permis d'obtenir des « pensions » grâce aux fonds de différents diocèses. Ayant accumulé une grosse fortune, Romero a été considéré par divers auteurs comme un individu matérialiste avide de fortune, qui a géré sa carrière – politique et musicale – de manière autoritaire. Ceci expliquerait sa discorde évidente avec Carlos Patiño, qui lui succéda dans l'enseignement de la chapelle après sa retraite en 1634.
En 1638, le duc Juan de Braganza, l'un des mélomanes les plus remarquables de l'époque, l’invita à visiter sa cour au Portugal pendant plusieurs mois. Selon certains, il fut envoyé par Philippe IV pour sonder les éventuelles intentions du duc de voir le Portugal devenir indépendant de l'Espagne. Si tel avait été le cas, ses efforts auraient été vains, puisque l'on sait que le duc allait diriger la rébellion de 1640 et accéder au trône du Portugal sous le nom de Jean IV.
Romero était l'un des musiciens les plus appréciés de son époque. Sa carrière musicale se situe à la frontière entre la Renaissance et l’Âge Baroque. Bien qu'il soit extérieur à l'école polyphonique franco-flamande, il joua un rôle important dans l'introduction en Espagne du « style moderne » de la musique italienne.
La plupart partie de son œuvre, a été détruite lors du tremblement de terre de Lisbonne en 1755.Mateo Romero a composé à la fois de la musique profane (chants et pièces pour guitare) et des œuvres sacrées en latin (messes, psaumes et autres). Il accompagnait lui-même à la guitare ses nombreux chants de Noël (villancicos, pièces polyphoniques à texte sacré) et tonos (pièces polyphoniques à texte profane). Il est le plus représenté des compositeurs dans le célèbre Cancionero de Sablonara, une compilation des meilleures mélodies chantées à la cour de Madrid vers 1625. » (http://i3campus.co/Contenidos/wikipedia/content/a/mateo_romero.html).
Romero a composé en musique sacrée 11 messes, 3 Magnificat, des psaumes, des motets. Son style peut s’interpréter comme « une « réinterprétation baroque de la musique de la Renaissance’’(Judith Etzion). Il s’agit donc d’œuvres qui, à première vue, se conforment au format du XVIe siècle, mais montrent une représentation permanente des « effets » du texte et un usage plus audacieux de la dissonance ».
« Étant donné que la majorité des œuvres des contemporains flamands de Capitán à la chapelle royale espagnole n'ont pas survécu, et que celles qui subsistent ont été peu transcrites et étudiées, on ignore dans quelle mesure son style diffère du leur.Il apparaît cependant qu'il fait preuve d'une ingéniosité particulière dans le traitement des chœurs antiphonaires dans les œuvres polychorales, d'une approche plus audacieuse de la dissonance et d'une représentation musicale très expressive des textes latins. Ses œuvres latines sont apparemment devenues un modèle stylistique pour de nombreux compositeurs espagnols des générations suivantes. Capitán introduit de nouvelles idées stylistiques dans ses œuvres de style ancien et, inversement, conserve des caractéristiques traditionnelles dans ses œuvres, principalement polychorales, de style nouveau. De plus, il incorpore parfois des idiomes populaires associés à la musique profane espagnole et aux villancicos. » (Judith Etzion Polyphonie Latine Dans Le Baroque Espagnol Précoce: Suggestions Pour Les Critères Stylistiques, Université Bar-Ilan, Israël, Anuario Comédie musicale, 2001 : http://anuariomusical.revistas.csic.es )
En musique profane, Romero a composé 9 villancicos, 3 canciones, folias, romances… et deux musiques de scène :
La Gloria de Niquea (La Gloire de Nicée) sur des paroles de Juan de Tassis, comte de Villamediana, œuvre à fond mythologique « ouvrirait la voie à l'apparition dans la dernière décennie des années vingt de ce qui est considéré comme le premier opéra espagnol : La Jungle sans amour de Lope de Vega. »
« La Jungle est composé par Bernardo Monanni, secrétaire de l'ambassade, en collaboration avec Filippo Piccinini. Pastorale Égloga en sept scènes avec musique composite pour un texte de Félix Lope de Vega. La musique est perdue et seul son texte est conservé. » (https://es.wikipedia.org/ wiki/La_selva_sin_amor). Voir La Zarzuela
Dans cette œuvre [La Gloria] à l'inspiration mythologique, « Villamediana met l'accent sur l'avènement de Philippe IV comme un nouvel Apollon qui instaurera l'âge d'or », dans le style des intermèdes florentins tels que la Pellegrina de 1589 en l'honneur des Médicis. Cette œuvre allait préparer le terrain pour la parution, dans la dernière décennie des années 1520, de ce qui est considéré comme le premier opéra espagnol : La Forêt sans amour de Lope de Vega. » (https://es.wikipedia.org/wiki/ Mateo_Romero#Obra)
Cura que en la vecindad, une œuvre satirique anticléricale de L. de Góngora écrite en 1602, mais que Góngora dirigea à l’encontre de son voisin de la rue Santo Niño Jesús à Madrid, Lope de Vega, ordonné prêtre en 1614, mais qui étalait au grand jour ses frasques amoureuses avec ses actrices.
Miguel de Irízar y Domenzain
Miguel de Irízar y Domenzain (1635–1684), natif de la Navarre et mort à Ségovie, fut d’abord enfant de chœur à León et Tolède. En 1657, il est nommé maestro de capilla à Vitoria, puis en 1671 nommé à la cathédrale de Ségovie poste qu’il garde pendant treize ans, jusqu’à sa mort dans cette ville.
Compositeur de messes, de motets, de lamentations, de tonos divinos (des villancicos). Il laisse une importante correspondance écrite entre 1663 et 84, conservée à la cathédrale de Ségovie, précieuse pour la connaissance de la vie musicale de cette époque, échanges d’œuvres entre musiciens, des commandes des cathédrales, partitions expédiées au Nouveau Monde…
Notes
[1] Les ‘feuilles volantes’ auxquelles il est fait allusion peuvent faire référence à ses Feuilles Volantes appelées pliegos de ciego, des feuilles volantes vendues par les aveugles dans les rues, mais aussi appelées literatura de cordel car épinglées dans les boutiques des marchands de cordes. La plus ancienne feuille volante a été publiée entre 1506 et dans la ville de Saragosse. « Il semble que la première modalité de ces bandes dessinées ait été les Hallelujahs, des feuilles avec des dessins et des vers faisant allusion à Jésus-Christ qui ont été livrées aux églises le dimanche de Pâques. En fait, la plupart des alléluias ou feuilles de ficelle avaient une fonction religieuse ou moralisatrice. » (voir Renaissance/Littérature Poésie Péninsule Ibérique/Romanceros)
[2] Sur la vie et l’œuvre de da Silva voir : http://www.lllf.uam.es/ ~fmarcos/informes/BNArgentina/catalogo/silvafel.htm
[3] « Luthiste et théorbiste bolonais. Il travailla, avec son père Leonardo Maria et ses frères Alessandro et Girolamo, à la cour des Este à Ferrare jusqu’en 1597. Il passa au service du cardinal Aldobrandini, à Ferrare, puis à Rome, jusqu’en 1607/1608. En 1608/1609, de passage à Turin, il s’installa à la cour du duc de Savoie jusqu’en 1612, où il pourrait avoir travaillé avec Sigismondo d’India qui fut maître de chapelle à la cour de Savoie en avril 1611. Il quitta l’Italie en 1613 pour l’Espagne, où il fut employé comme joueur de théorbe à la Chapelle royale. En fait, il fut surtout actif comme musicien de chambre et maître de viole du futur roi Philippe IV. Son influence grandit lorsque ce dernier fut appelé à régner, et il contribua à introduire en Espagne la monodie florentine, à l’occasion de la mise en musique de La Selva sin amor, de Lope de Vega ». (https://operabaroque.fr/Piccinini.htm)
[4] El Real Colegio de Niños Cantores était une institution qui comme La Real Capilla jouait un rôle important dans la vie musicale. Non seulement, elle formait au chant les jeunes enfants pré-pubère recrutés pour fournir les voix aigües à al Real Capilla, mais leur assurait une formation musicale solide qui leur permettait par la suite soit de poursuivre leur carrière comme chanteurs (ténors, basses), soir de postuler à des postes d’instrumentistes, organistes ou encore de professeur. Le passage au collège était la garantie d’avoir reçu une formation musicale et instrumentale approfondie.
OUTRE-RHIN
Musique de Scène du Nord -
La Musique de Scène du Nord
Introduction
La période baroque Outre-Rhin verra éclore parmi les plus grands génies de la musique européenne, Bach (1685-1750) et Haendel (1685-1759). La production vocale baroque y sera des plus florissantes avec l'épanouissement de formes comme le choral, la cantate, l'oratorio. Cependant, la manifestation de musique scénique affichera un retard considérable voire même devra attendre la période Classique de la seconde moitié du XVIIème siècle non seulement pour rattraper ce retard mais lui faire atteindre les sommets du genre avec Christoph Willibald von Gluck (1714-1787), Wolfgang Amadeus Mozart ( 1756-1791), Georg Friedrich Haendel (1685-1759) qui fera carrière en Angleterre, Georg Philipp Telemann (1681-1767) et Johann Adolf Hasse (1699-1783), sans oublier l’importance des librettiste Pietro Metastasio (1698-1782) pour les opéras de Hasse et de compositeur italiens dont Nicola Porpora, et Lorenzo Da Ponte pour les opéras de Mozart.
« Comment expliquer le retard considérable, le plus important d’Europe- de l’Allemagne en matière de musique dramatique » (MC Beltrando-Patier opus cit.). La raison invoquée est souvent la Guerre de Trente Ans (1618-48) qui, certes a dévasté l’Allemagne. On invoque également une absence de tradition vocale mais la tradition ancienne des Minnesangers, des chansons populaires comme le lied et l’apparition dès le début de la Réforme du Choral, chant liturgique en langue vernaculaire, pourraient contredire cette explication. Ce serait plutôt cette même Réforme qui en son austérité pourrait expliquer cette émergence tardive de la musique de scène. La dramaturgie s'exprime, elle, dans les cérémonies religieuses protestantes, par une musique sacrée sans être liturgique avec ses chorals, ses oratorios, ses cantates et ses Passions. Mais Grands Électeurs, Princes et Ducs n’ont point souhaité se priver de ce genre nouveau apparu en Italie. Aussi, c’est aux compositeurs italiens aussi bien pour la musique dramatique que pour la musique instrumentale, auxquels ils vont faire appel en un premier temps. La musique qui domine dans les différentes cours est italienne.
La première œuvre que l’on pourrait qualifier de premier opéra allemand est la pastorale Dafné (perdue), composée en 1627 par H Schütz (https://classicagenda.fr/le-semperoper-de-dresde/ ) ; une adaptation due au poète allemand Martin Opitz (1597-1639, voir Littérature/Poésie/Allemagne) du livret éponyme qu’Ottavio Rinuccini (†1621 voir Italie/Opéra) qui écrivit autrefois pour Jacopo Peri (1561-1633) et Jacopo Corsi (1561-1602), anciens membres de la Camerata Fiorentina qui furent les précurseurs du récitatif avec à Mantoue C. Monteverdi.
Cette Daphné, représentée dans la salle des festins du château Hartenfels, près de Torgau, en Saxe, le 13 avril 1627, à l’occasion du mariage de la princesse Sophie-Eléonore de Saxe avec Georges II de Hesse-Darmstad, est d’Heinrich Schütz qui fut le premier musicien allemand à se rendre en Italie où il a été l’élève du maitre su Style Polychoral, le vénitien Giovanni Gabrieli. Elle reste une œuvre expérimentale et n’ouvre pas une voie nouvelle, une expression nouvelle de la voix. Ses deux autres musiques de scènes, deux ballets, Orphée et Euridice (1638) et Paris et Héléne sont noyées dans son immense production d’œuvres vocales sacrées, psaumes, chants spirituels et chants funèbres (trauerlieder) et aussi profane (madrigaux).
A noter que Seelewig ou Das Geistliche Waldgedicht oder Freudenspiel genant Seelewig ( Le Poème de la forêt sacrée ou pièce de réjouissance appelée Seelewig ) de l’organiste et théoricien Sigmund Theophil Staden (1607-1685), représenté en 1644 pour ses parties parlées tient plus de la forme Singspiel à venir que de l’opéra proprement dit.
L’opéra à l’italienne va dominer les scènes lyriques Outre-Rhin. Ce qui n’ira pas sans la désapprobation de la bourgeoisie qui voyait là un obstacle à la création d’un genre proprement germanique. D’autre part, l’influence de l’opéra à la française se fit également sentir ne serait-ce que par les ouvertures à la française comme dans le Coesus de Keiser de 1710 ou Die drey Töchter Cecrops de Wolfgang Franck. Johann Sigismund Kusser (1660-1727) qui fut élève de Lully mais aussi de Agostino Steffani (Vénétie 1654- Francfort-sur-le-Main 1728) fit connaître à Hambourg, ville impériale autonome autant d’œuvres françaises qu’italiennes. Sa pastorale Erindo, Schäefferspiel (mot à mot jeu de bergers) de 1694 est la synthèse de ces deux sources.
Selon M.C. Beltrando-Patier (Histoire de la Musique, Art Vocal 1680-1800), le plus ancien opéra allemand connu est Die drey Töchter [sœurs] Cecrops de Wolfgang Franck (1644-1710 ?) présenté à Ansbach en 1679 avec pour sous-titre Singspiel, œuvre proche de celles de Johann Valentin Meder.
Théâtre Klengel de Dresde
A Dresde, capitale de la Saxe, les premières représentations d’opéra se tenaient à la Residenz jusqu à ce que soit ouvert en1667 le Théâtre Klengel (Komödiehaus ). En tant qu’édifice, l'Opernhaus am Taschenberg (Opéra du Taschenberg), appelé aussi Klengel Opera du nom de son architecte Wolf Caspar von Klengel. Construit de 1664 à 1667, ce premier opéra pouvait accueillir jusqu'à 2000 personnes ; c'était à l'époque l'un des plus grands opéras d'Europe. Il portait aussi le nom de Komödienhaus am Taschenberg (maison de la comédie au Taschenberg). Quelque 40 ans plus tard, entre 1709 et 1719, le Klengel devint l’église de la cour catholique suite à la conversion d’Auguste le Fort (1694-1733) au catholicisme.
En 1751, après la consécration de l’actuelle cathédrale, il est transformé en salle de sport. Il sera démoli en 1888. Pour son inauguration en 1667 sera représenté Teseo. En 1671, est donné la Dafné de Bontempi Giuseppe Peranda (1626- 1675), compositeur et chanteur (castrat ?) arrivé en 1656 à Dresde où il mourra. En 1686, « date officielle de fondation de l’opéra italien à Dresde » (https://classicagenda.fr/le-semperoper-de-dresde/, à ne pas confondre avec le Semperoper l’actuel opéra de la ville 1878> 1980) est représenté Alarico, re de' Goti de Carlo Francesco Pollarolo (1653-1723), alors maître de chapelle à la cathédrale de Brescia, et auteur de 73 opéras. Pallavicino sera nommé camerae ac teatralis musicae praefectus et mourra à Dresde trois ans plus tard.
Les Italiens
Giovanni Andrea Angelini Bontempi
Giovanni Andrea Angelini Bontempi (1624-1705), né et mort à Pérouse (Ombrie) étudie d’abord avec « Sozio Sozi, supérieur de l'Oratorio dei Filippini, à Perugia (Pérouges). En 1635, il continue ses études à Rome, sous la protection de Cesare Bontempi, un aristocrate, dont il prend le nom. Il est élève de Virilio Mazzocchi. Il gagne la protection du cardinal Francesco Barberini. En 1643, il est chantre de la chapelle de Saint-Marc de Venise. » (https://www.musicologie.org/Biographies/b/bontempi_giovanni.html).
Selon les sources, l’Électeur George 1er de Saxe le fait venir à Dresde en 1650/51 comme chanteur, compositeur et vice-maître de chapelle avec Vincenzo Albrici (1631-1687) sous la direction de Heinrich Schütz. En 1662, il crée Il Paride, le premier opéra (en 5 actes et 39 scènes) italien donné à Dresde à la Cour de l’Électeur de Saxe, Jean-Georges 1er de Saxe et donne la même année son oratorio Leben und Martyrium des Heiligen Emiliano. Il est à noter que la Saxe et de manière plus générale l’Allemagne du Nord sont luthériennes et leurs ducs, princes et Grands Électeurs n’hésiteront pas à faire venir des musiciens italiens catholiques qui composeront et interprèteront des pièces dans la chaude veine italianisante pour un public fut-il aristocratique et censé être plutôt austère ; l’austérité étant un des fondements moraux du luthéranisme.
En 1664, nommé décorateur et maître des machines au théâtre, et inspecteur de la « Maison de Comédies », il met en veille ses activités de musiciens. Deux ans plus tard, il publie à Dresde son traité Historien des durchlauchtigsten Hauses Sachsen (Histoires de la plus illustre Maison de Saxe).
En 1671, Bontempi crée en collaboration avec Giuseppe Peranda une Dafné, opéra italien sur un texte allemand, et en 1673, toujours en collaboration avec Peranda, l’opéra Jupiter und Jo. En 1680, à la mort de l'Électeur, il s’installe près de Perugia, à Brufa où il mourra en 1705. Il chante et compose pour S Maria Maggiore, à Spello. En 1682, il en est le maître de chapelle.
En 1695, il publie Historia Musica, En 1697, il entre à l’Accademia degli Insensati (L’Académie des Insensés) de Pérouse, académie littéraire fondée en 1561 dans le but de « commenter les œuvres de Pétrarque et de raisonner sur des "certitudes spirituelles", "au-delà de la barrière des sens" » (d’où son nom).
Pendant ces 25 ans passés à Brufa et Pérouse, il se sera essentiellement consacré à des écrits théoriques sur la musique :Tractus in quo demonstrantur occultae convenientiae sonorum systematis participati (1690, Bologne) et Historia musica, nella quale si ha piena cognitione della teorica e della practica antica della musica harmonica segondo la doctrina de' Greci (Pérouse, 1695), la première histoire de la musique connue. Il avait également publié à Dresde en 1660 Nova quatuor vocibus componendi methodus (Nouvelle méthode de composition pour les voix, par laquelle on ignore complètement l'art de la musique peut commencer à composer).
On retient de ses compositions trois opéra: Il Paride (opéra en cinq actes 1662, Dresde), Musikalisches Schauspiel von der Dafne (opéra 1672, Dresde) et Jupiter und Jo (opéra 1673, Dresde en collaboration avec Marco Giuseppe Peranda) ; un oratotio Leben und Martyrium des Heiligen Emiliano (1662 Dresde)
Giuseppe Peranda
Giuseppe Peranda (1626-1675), né à Macerata dans Les Marches et mort à Dresde, a été avec Giovanni Andrea Angelini Bontempi, l’un des premiers sinon le premier compositeur italien à se rendre en Allemagne. Chanteur, peut-être castrat, après avoir chanté pendant plusieurs années à Rome, il est à Dresde dès 1651 où il chante à la chapelle de Johann Georg II qui succèdera à son père l’Électeur de Saxe, Johann Georg 1er en 1656. Après un retour de deux ans en Italie, il revient à Dresde en 1661. Nommé vice maître de chapelle, il prend en 1663, la succession de Vincenzo Albrici (1631- Prague1687 comme maitre de chapelle (maître de musique). Après la mort de H.Schütz, en 1672, il est promu de nouveau au poste de Hofkapellmeister, poste qu’il n’occupait plus depuis son départ pour la Tchéquie et l’Italie. Il meurt à Dresde en 1675.
« Après la mort de Jean-Georges II, son fils Jean-Georges III (1680-1691) renvoie tous les musiciens italiens ainsi que quelques musiciens allemands dans le but de libérer des fonds pour le financement de l’armée (la question confessionnelle devait également jouer un rôle primordial : en effet élevé en partie à la Cour de Copenhague Jean-Georges III avait reçu une éducation protestante très stricte et faisait preuve de peu de tolérance à l’égard du catholicisme contrairement à son père). Il privilégie donc dans un premier temps la représentation militaire comme mode de représentation du pouvoir au détriment de l’opéra…jusqu’à sa déception face au manque de reconnaissance de l’Empereur pour l’engagement de l’Électorat de Saxe dans la guerre contre l’Empire Ottoman en 1683. Deux ans plus tard il reprend le modèle de représentation de son père, c’est-à-dire l’opéra italien » (Anne-Lise Dupuis https://classicagenda.fr/le-semperoper-de-dresde/).
En 1685, Johann-Georg III lors d’un séjour à Venise invite Carlo Pallavicino (1640-1688) à Dresde. L’année suivante, en 1686, « date officielle de fondation de l’opéra italien à Dresde » (https://classicagenda.fr/le-semperoper-de-dresde/, à ne pas confondre avec le Semperoper l’actuel opéra de la ville 1878> 1980) est représenté Alarico, re de' Goti de Carlo Francesco Pollarolo (1653-1723), alors maître de chapelle à la cathédrale de Brescia, et auteur de 73 opéras. Pallavicino sera nommé camerae ac teatralis musicae praefectus et mourra à Dresde trois ans plus tard.
Pour son inauguration en 1671, aurait été créée la Dafné de Bontempi Giuseppe Peranda (1626- 1675), compositeur et chanteur (castrat ?) arrivé en 1656 à Dresde où il mourra.
De ses œuvres, outre celles en collaboration avec Bontempi, on peut retenir : 1668 : Markus-Passion (Historia des Leidens und Sterbens unseres Herren Jesu Christi, 1668) et Il sacrificio di Jefte (1675, perdu)
Les Autochtones
Nicolaus Adam Strunk
Nicolaus Adam Strunk (1640-1700), né à Brunswick et mort à Dresde, organiste mais surtout violoniste a composé aussi bien pour la musique de scène que pour la musique instrumentale.
Il étudie l’orgue avec son père Delphin Strunk, organiste à la l’église Saint-Magnus à Brunswick. Puis, il a une première formation de violoniste à Lubeck avec le violoniste Nathanael Schnittelbach (1633-1667). Il poursuit ses études à l'université de Helmstadt.
« En 1660, Il obtient le poste de premier violon et de Konzertmeister à la cour du prince de Lunebourg Christian-Ludwig de Brunswick à Celle [Basse-Saxe, résidence princière de la principauté de la maison Brunswick-Lunebourg, les Guelfes (Welf) du Moyen-âge]» (https://www.musicologie.org/Biographies/s/Strungk_ nicolaus_adam.html)
« En 1660, il est violoniste pour la chapelle de la salle d'audience de Wolfenbuttel.[Basse-Saxe] » (https://musicianbio. org/tag/ 1640/)
« Entre novembre 1661 et juin 1662, il séjourne à Vienne, où il joue selon Mattheson [1681-1764 compositeur et théoricien], au violon et au clavier, devant l'empereur Leopold 1er »
Pour rappel, vers 1593, le compositeur italianisant et théoricien, lutjérien, Michael Prætorius (1571-1621 devenait le secrétaire du duc Henri-Jules à la cour de Wolfenbüttel, où il était aussi organiste, et en 1604 Kapellmeister .
Strunk se lie d’amitié avec le compositeur violoniste et cornetiste Johann Heinrich Schmelzer (1623-1680). En 1665, il était chambriste au service du prince Johann Friedrich à Hanovre. Il se marie la même année et aura six filles et cinq fils.
« Les cours de Braunschweig-Wolfenbüttel, Celle et Hannover étant étroitement liées, il est possible que Strungk ait servi dans l'une ou l'autre à l'occasion. Le 7 janvier 1674, il reçoit, peut-être pour ces services, un canonicat au couvent de la Vierge Marie (Stiftes Beatae Mariae Virginis) de Einbeck.À Hannover, il a vu l'opéra Oronte de Cestri et L'Antigona delusa da Alceste de Pietro Andrea Ziani. » (https://www.musicologie.org/Biographies/s/Strungk_ nicolaus_adam.html)
En 1679, il est nommé directeur de la Hamburger Ratsmusik (directeur de la Musique du Conseil Municipal).
Entre 1683 et 86, il est à Rome où il aurait rencontré le violoniste et compositeur Arcangelo Corelli (1653-1713) ; puis à Vienne. Période pendant laquelle il compose deux ricercare et sept capricciosi.
En 1688, il succède à Christian Ritter comme maître de chapelle adjoint et organiste à Dresde où en 1692/93 il succéda à Christoph Bernhard (1628-1692) comme maître de chapelle.
« A peu près à la même époque, il fut autorisé à fonder un Opéra à Leipzig : il l’inaugura en 1693 avec son Alceste. Encouragé par le succès de cette entreprise, et soucieux d’échapper aux tensions opposant musiciens allemands et italiens à Dresde, Strungk démissionna de son poste et s’installa à Leipzig en 1696 ». (Guide de la musique baroque – Fayard)
En 1696, il s'installe définitivement à Leipzig où il est directeur de l’opéra. Comme à Hambourg, il continue de composer des opéras. Il en aura composé en tout 18 dont les opéras dont Esther, Sémiramis et Alceste.
Il meurt de fièvre à l’âge de 60ans.
A partir de 1680, à l'ouverture de l'Opéra de Hambourg, le Gänsemarktoper qui doit son nom d’être situé près du marché aux oies, il aura composé entre autres trois Singspiel : Alceste, Doris, oder Der königliche Sclave (Doris, ou l’Esclave Royale) et Die liebreiche, durch Tugend und Schönheit erhöhete Esther (Esther, la bienveillante, élevée par la vertu et la beauté), Néro, Atalanta, oder Die verirrten Liebhaber, Jupiter und Alcmena. Il composa également des oratorios, des sonates, des capriccisi, des arie…
« Bien que Strungk soit surtout connu comme compositeur d’opéra, ses œuvres instrumentales étaient encore plus adaptées à ses techniques de composition… Ses lignes mélodiques et son contrepoint pourraient être qualifiées comme étant strictes manquant de flexibilité. » (https://musicianbio.org/tag/1640/)
Sa quatrième fille, Dorothea Christine Lachs, poétesse écrivit des livret pour Georg Philipp Telemann (1581-1667).
Johann Wolgang Franck
Johann Wolgang Franck (1655-1710 ?), né en Bavière à Unterschwaningen et mort à Londres,
« servit à la cour du margrave d'Ansbach de 1665 à 1679 (ou de 1673 à 1678). Il composa un corpus considérable de musique sacrée pour la chapelle de la cour et, en 1677, fut nommé aumônier de la cour. En janvier 1679, il fut contraint de fuir après avoir assassiné l'un des musiciens de la chapelle et blessé sa femme dans un accès de jalousie. [Marié en 1666, le couple se réfugie avec elle à Hambourg]. Déjà connu comme compositeur d'opéras, dont Die drey Töchter des Cecrops (le premier opéra allemand existant avec partition complète), il trouva asile à Hambourg et devint directeur musical du Tam Gänsemarkt. Kapellmeister à la cathédrale de Hambourg de 1682 à 1686. À Hambourg, il a produit 14 opéras. »(https://hymnary.org/tune/komm_seele_franck?extended=true)
En 1679, il fut accusé d’avoir par jalousie blessé sa femme et tué un musicien de la cour. Il se réfugia dans la ville impériale autonome de Hambourg, où il fut tout de suite nommé directeur du Theater am Gänsemarkt. De 1682 à 1686, il est également directeur de la musique de la cathédrale luthérienne.
Entre 1679 et 1688, il aura produit 17 opéras dont quatre sont particulièrement à retenir : Unvergleichliche Andromeda (L’Incomparable Andromède 1675), Die verlibte Fo’bus (Fœbus amoureux 1678), Die drey Töchter Cecrops(Les Trois sœurs Cecrops) présenté à Ansbach en 1679 comme Singspiel et Dokletian en 1682. Outre ses opéras, il a aussi composé plusieurs livres de chants sacrés,
En 1690, il abandonne sa femme et ses dix enfants et part pour Londres où il séjourne jusqu’en 1702. Avec Robert King, il organise une série de concerts pour voix et instruments et écrits des chansons profanes pour The Gentleman's Journal (1692-1694).
Le lieu et la date de sa mort restent inconnus. (https://www.encyclopedia.com/ arts/dictionaries-thesauruses-pictures-and-press-releases/franck-johann-wolfgang).
Johann Theile
Johann Theile (1646-1724), né et mort à Nambourg (Saxe-Anhalt), élève tardif de H. Schütz, a été organiste à Lübeck et professeur de musique reconnu. Il aura eu J. Mattheson pour élève. Il séjourne de 1671 à 1673 à Lübeck où il se lie avec l’organiste et compositeur Dieterich Buxtehude (1637-1707) qui à son tour viendra régulièrement à Hambourg, non loin. Entre 1673 et 1678, il est au service du Prince-évêque luthérien du Schleswig-Holstein-Gottorp, Christian-Albert de Holstein-Gottorp comme chef d’orchestre puis au service de son fils, Christian Ier de Saxe-Mersebourg à Naumbourg. Conseiller musical de Maurice-Guillaume de Saxe à Zeitz, à partir de 1694 jusqu’à la mort du duc en 1718, date à laquelle il revient dans sa ville natale et y meurt six ans plus tard.
Outre des œuvres vocales religieuses (psaumes, messes, Passions), il aura composé des opéras dont son opéra de demi-caractère Adam et Eve qui lui ouvre les portes de l’Oper am Gänsemarkt (Près du Marché aux Oies) de la ville impériale autonome de Hambourg qu’il inaugure et qui sera la plus importante scène lytique de son ouverture en 1678 à 1738 avec l’opéra de Dresde.
Reinhard Keiser
Reinhard Keiser (1674-1739) de né à Teuchern (Saxe-Anhalt) et mort à Hambourg est le fils d’un organiste. A onze ans, il suit les cours à Leipzig de l’organiste Johann Kuhnau auquel succèdera J.S. Bach. En 1691, arrivé à Brunswick (Braunschweig), à la cour Rodolphe-Auguste, Duc de Brunswick-Lunebourg et Prince de Wolfenbüttel (Basse-Saxe). Il donne son opéra Procris und Cephalus dans l’opéra qui pouvait contenir jusqu’à 1200 places. Son Basilius est donné la même année à Hambourg. Dans ce même opéra de Braunschweig, Pirro e Demetrio de Alessandro Scarlatti (1660-1725) est créé en 1694 en même temps qu’à Naples.
Trois ans plus tard, Keiser devient compositeur de chambre du duc. En 1697, il devient chef d’orchestre du Oper an Gänsemarkt (qui doit son nom d’être situé près du marché aux oies), de la ville autonome de Hambourg qui, ville impériale autonome, était alors avec Lübeck la plus importante ville de la Ligue Hanséatique et un grand centre financier Hambourg, protestante en 1529, une des plus importantes villes de la Ligue Hanséatique maritime dont Lübeck proche est la capitale, était alors un important centre financier. En 1558, s’y était ouverte la première banque allemande. En 1618, elle est rattachée à l’empire et en 1758, pour la petite histoire, est créé le hamburger.
Keiser composa de la musique d’église, des cantates, oratorios mais aussi des sérénades et pièces instrumentales. En 1718, Keiser va quitter pour trois ans Hambourg et pérégrinera de Stuttgart à Copenhague. Mais revenu à Hambourg en 1721, Telemann lui a ravi la vedette. La troupe qu’il dirige se produira soit à Hambourg soit à Copenhague. Celle-ci dissoute en 1727, Keiser dont les opéras sont passés de mode, prend en 1728 la place de Johann Mattheson (1681-1764) devenu sourd comme directeur de la musique de la cathédrale de Hambourg où il meurt en 1739 en ayant consacré ses dernières années la composition de musiques religieuses.
Johann Meder et le Singspiel
Johan Valentin Meder (1649-1719), né en Thuringe et mort à Riga, chanteur, organiste et compositeur, va mener une vie itinérante de musicien et chanteur. Sa réputation de chanteur lui valut d’être employé dans plusieurs cours, dont en 1671 celle de Gotha, résidence des ducs de Saxe-Gotha depuis 1640, et en 1673 par la ville impériale autonome de Hambourg. Il pérégrine ainsi de Brême à Hambourg, de Copenhague à Lübeck qui, capitale de la Ligue Hanséatique , domine le commerce maritime de Baltique, de Cassel à Reval (Tallinn, Estonie) où en 1680, il est cantor (maitre de chant dans professeur dans le lycée. Il sera ensuite jusqu’à sa mort organiste à Riga.
Organiste de renom, compositeur de motets, cantates, il a plus de 130 œuvres sacrées à son actif. « Dans sa Passion selon Saint-Matthieu (1700), il écrit les parties consacrées à Jésus dans le style arioso, originalité remarquable qui inspirera Bach pour ses Passions ». Mais on retient de lui essentiellement qu’il a été le premier compositeur de Singspiele Anciens qui ont été créés à Dantzig entre 1680 et 1700. On lui doit Die befreite Andromeda (L'Andromède libérée 1688), Die weider vereheliethe Coeli (Les Coeli remariés 1698) et surtout avant eux Die beständige Argenia (L'Argenia inébranlable 1680), en cinq actes, prologue et épilogue avec sinfonie en ouverture.
« Les premiers Singspiele (pluriel allemand, ou Singspiels en français) furent probablement des traductions allemandes d'opéra-comique français de la fin du XVIIe siècle et de ballad operas anglais de la même époque. Ces divertissements populaires étaient souvent le fait de troupes itinérantes plutôt que de compagnies établies dans les centres métropolitains » (https://fr.wikipedia.org/wiki/Singspiel)
Il semblerait néanmoins que la Die drey Töchter Cecrops de Wolfgang Franck (1644-1710 ?) présentée à Ansbach en 1679 avec pour sous-titre Singspiel et Die beständige Argenia nous donne des premiers Singspiele, une autre compréhension que des traductions et des plus ou moins imitations de genres étrangers. S’ils ont en commun une tournure populaire des chansons, ils n’en ont pas moins une structure savante qui leur est propre, tout en empruntant à l’ouverture à la française et à la sinfonia italienne.
L’évolution du Singspiel usant du parler et du chanter (et non de parler-chanter) l’amena à se rapprocher par la suite de l’opéra-comique français, notamment par Johann Adam Hiller (1728-1804) que d’aucuns considèrent comme le créateur du genre. Hiller emprunta ses sujets à l’opérette française. L’apogée du Singspiel sera atteint par la Flûte Enchantée de Mozart de 1791 avec un premier essai avec Bastien et Bastienne en 1768 (Mozart a 12 ans) et en sa forme accomplie avec L’Enlèvement au Sérail en 1782.
La Musique de Scène du Sud
Si en matière d’opéra, les foyers les plus importants se situèrent dans l’Allemagne luthérienne du Nord avec Dresde, capitale de la Saxe, Hanovre, capitale de l’Électorat Brunswick-Lunebourg,Brunswick, capitale du Duché de Brunswick-Lunebourg, et Hambourg, ville impériale autonome, le Sud, catholique, avec la Bavière à Munich et l’Autriche à Vienne et Salzbourg, n’en constituèrent pas moins de sérieux rivaux.
Musique à la Cour de Bavière
La Bavière
La Bavière, duché du Saint Empire depuis le XIIème siècle, fut scindée en différents duchés au fil des successions. L’empereur Louis IV (†1347) la réunifia un temps ; puis elle fut à nouveau divisée jusqu’à ce qu’Albert IV le Sage (†1503), duc de la Bavière-Munichoise, puisse la réunifier à nouveau faute d’héritiers dans les autres provinces bavaroises. Les successeurs d'Albert se sont farouchement opposés comme les empereurs Habsbourg à la Réforme. En 1623, en remerciement du soutien à l’empire de la Bavière, Ferdinand II élève le duc Maximilien au titre de Grand-Électeur. En 1681, le Grand Dauphin, Louis de France (†1711) épouse Marie-Anne de Bavière (1660-1690). Le frère de celle-ci, Maximilien II s’alliera contre l’empire à la France pendant la Guerre de Succession d’Espagne (1701-1714).
Agostino Steffani
Agostino Steffani (1654-1705) né à Castelfranco ( Vénétie) et mort à Frankfort/Main, après des études à Padoue, est chantre à la Basilique St Marc quand à l’âge de 13 ans l’Électeur de Bavière, Ferdinand Marie de Wittelsbach (†1679), le ramène à Munich. Il y restera jusqu’en 1688. Après des séjours à Rome pour parfaire ses études, en France où il joue du clavecin devant Louis XIV, il occupe un poste d’organiste à Munich tout en menant des missions diplomatiques pour le prince.
Ordonné prêtre en 1680, trois ans plus tard, il est fait abbé du monastère de Lepsing et en tire la mense. Il composera ses premiers motets sacrés Sacer Janus en 1685.En 1681, il donne son premier opéra, Marco Aurelio, imprégné selon les sources soit de la tragédie-Lyrique à la française de Lully dont il a certainement le souvenir d’auditions à Versailles (Wikipédia), soit de l’art italien (M.C Beltrando-Patier). Cette même année, il est promu chef d’orchestre. Suivront Solone en 1685, Audacia e rispetto, Prerogative d'amore, en 1686, Servio Tulio (pour le mariage de Maximilien-Emmanuel de Bavière), Alarico en 1687, et Niobe, regina di Tebe en 1688.
En 1688, il est remercié et part pour la cour du Grand-Électeur de Hanovre, Ernest-Auguste, prince de Calenberg, duc de munich -le duc régnant à Brunswick étant son cousin Rodolphe-August , prince de Brunswick-Wolfenbüttel,duc de Brunswick-Lunebourg. Le fils d’Ernest-Auguste, Georg-Ludwig, qui lui succède en 1698, montera sur le trône d’Angleterre en 1714 sous le nom de George 1er. Sa mère, Sophie de Hanovre (Sophie de Bohême), épouse d’Ernest-Auguste, en tant que cinquième fille d’Élisabeth Stuart et de l'électeur Frédéric V du Palatinat, était héritière présomptive du trône d’Angleterre et d’Écosse de par l'Acte d'Établissement du Parlement Anglais qui établissait en 1701 dans l’une de ses clauses, l’exclusion de toute prétention au trône pour un catholique, visant de fait le prince Jacques François Édouard Stuart, fils de Jacques II qui fut évincé du trône en 1688 par le Glorieuse Révolution. George 1er ouvre la dynastie des Hanovre d’Angleterre qui s’éteindra avec la reine Victoria (†1901). Son fils Édouard VII ouvrira la dynastie des Hanovre-Saxe-Cobourg-et-Gotha que le roi Georges V fera appelée Windsor.
En 1703, Steffani est appelé à Düsseldorf par le prince palatin Jean-Guillaume de Neubourg-Wittelsbach, qui le nomme président du conseil spirituel puis en fait son conseiller secret (espion). En 1709, il y est vicaire apostolique pour la Haute et Basse Saxe tout en demeurant à Hanovre où le philosophe Leibnitz (1646-1716) était bibliothécaire à partir de 1676 jusqu’à sa mort. C’est à l’initiative de Steffani que l’Électeur de Hanovre, Georg Ludwig (futur George 1er), invitera à sa cour Fréderic Haendel en 1710.
En 1722, il décida de retourner en Italie, plus précisément à Padoue, où il ne demeura que pendant trois ans, jusqu’au moment où il fut rappelé à Hanovre sur un ordre de Rome.
En 1727, un an avant sa mort, Steffani compose sa dernière œuvre, un Stabat Mater par lequel on le connait, et l’Académie de Musique Vocale de Londres (future Academy of Ancient Music) en fait son président. Sa santé faiblissant,
« il décida de rentrer en Italie pour y finir ses jours en paix. Il fit une halte à Francfort-sur-le-Main dans l’intention de vendre quelques-uns de ses biens (livres et objets d’art) et ce fut là qu’il mourut victime d’une attaque d’apoplexie, le 12 février 1728. (https://operabaroque.fr/Steffani.htm)
C’est à Hanovre que Steffani a développé son goût français tel qu’on peut l’entendre dans le Rival Concordi, La Libertà Contenta et Tassilione, son chef-d’œuvre qu’il nomme « tragédie en musique en cinq actes ». Cette influence française se traduit par l’adoption de l’ouverture à la Française, les danses, le quatuor. Sur sa vingtaine d’opéras outre Marco Aurelio de 1681, à retenir notamment Enrico Leone de 1689, Arminio de 1707. Ses opéras eurent une influence certaine sur Bach, Telemann et Händel, L’attribution de ses compositions de musiques sacrées reste controversée. Mais il reste apprécié pour « ses nombreux Duetti da Camera (Duos de Chambre) sous forme de cantate - suivant, avec une distinction mélodique et structurelle considérable, les modèles de Luigi Rossi, Giacomo Carissimi et Alessandro Stradella - qui remportèrent Steffani une réputation européenne ; plus de 100 d'entre eux sont connus » (Encyclopedia Britannica art /cantata-music).
Bien que son œuvre soit peu inscrite au répertoire (enregistrement en 2013 du Stabat Mater par la mezzo-soprano Cecilia Bartoli), Steffani était reconnu de son temps comme un compositeur d’une grande qualité d’écriture.
« La prodigieuse musique de Steffani –surtout ses opéras et ses duos– exercèrent une influence considérable sur des auteurs du niveau de Keiser, Haendel, Bononcini ou Telemann, dont il aurait pu partager la gloire s’il avait consacré plus de temps à sa vraie profession, la musique. » ((https://operabaroque.fr/Steffani.htm)
Musique à La Cour d’Autriche
« Avec le XVIIème siècle, l'influence de la musique italienne devint prépondérante en Autriche, en particulier dans les domaines de l'opéra et de l'oratorio. Lors de son accession au trône impérial (1619), Ferdinand II fit venir de Graz à Vienne sa chapelle musicale, déjà fortement italianisée sous la direction de Giovanni Priuli (v. 1580-1629). La tendance se poursuivit sous Ferdinand III, Léopold Ier et Joseph Ier, respectivement empereurs de 1637 à 1657, de 1657 à 1705 et de 1705 à 1711. Ces souverains furent eux-mêmes compositeurs… En matière d'opéra, l'Egisto de Cavalli fut représenté à Vienne en 1642. Antonio Cesti, après avoir travaillé à Innsbruck, fut maître de chapelle de Léopold Ier, pour le mariage duquel il composa Il Pomo d'oro (1667). Antonio Draghi (1635-1700), qui régna pendant trente ans en maître absolu sur la musique à la cour de Vienne, et Francesco Conti (1682-1732) moururent l'un et l'autre dans la capitale autrichienne. »(https://www.larousse.fr/encyclopedie/musdico/la_musique_dans_le_domaine_autrichien/165974)
Antonio Pietro Cesti
En 1652, Antonio Pietro Cesti (1623-1669 voir Opéra /Italie) est nommé maître de chapelle de l'archiduc Ferdinand à Innsbruck, poste qu'il cumulera de 1657 à 1662 avec celui de chantre à la chapelle Sixtine. En 1654, il remanie Cesare Amante la transforme en Cleopatra pour l'inauguration de la Komödienhaus.
Suivent L'Argia (1655), L'Orontea (1656), La Dori (1657), La Magnanimita d'Alessandro (1662), Il Tito (1666) représenté à Venise un an plus tard. Nommé vice-maître de chapelle à la cour impériale de Vienne en 1666, il conserve cette charge jusqu'à sa mort en 1669 à Florence. En Juillet 1668, est donné pour le mariage de l’empereur Léopold 1er et l’Infante Marguerite-Thérèse d’Autriche, première fille de Philippe IV d’Espagne, sa fête théâtrale Il Pomo d'oro, qui comporte pas moins de vingt-quatre décors principaux, quarante-huit rôles, soixante-sept scènes, sept ballets.
Antonio Draghi
Antonio Draghi (1634-1700), né à Rimini (Émilie-Romagne) et mort à Vienne, est documenté en 1645 comme chanteur à onze ans à la basilique Saint-Antoine de Padoue jusqu’en 1651, son poste changeant suivant l’évolution du registre de sa voix jusqu’à chanteur basse.
En 1658, il arrive comme à Vienne où il y restera jusqu’à sa mort. Il entame une carrière de librettiste pour des compositeurs comme Antonio Bertal ou Giuseppe Tricarico. Antonio Bertali (Vérone 1605-Vienne 1669), arrivé à Vienne dès 1622, maitre de chapelle de Ferdinand III en 1649. En 1688, Draghi est maitre de la Chapelle Impériale et en 1682 maitre de chapelle de la cour, le poste le plus élevé dans la hiérarchie des musiciens de cour.
Pendant trente ans, Draghi aura dominé la production musicale viennoise. Il aura composé par moins de 170 opéras dont le premier aura été La Mascherata (La Mascarade)[1] en 1666.
Antonio Bertali
Antonio Bertali (1605- 1669), né à Vérone et mort à Vienne, arrive à Vienne dès 1622, fort probablement par l’entremise de son professeur à Vérone Stéfano Bernardi (1577-1637) qui sera lui même maitre de chapelle à la cathédrale de Salzbourg et introduira en Autriche le stile concertato, tout en composant de la musique religieuse dans le style ancien polyphonique d’un Palestrina.
En 1649, Bertali est maitre de chapelle de Ferdinand III en 1649, après avoir été au service de Ferdinand II. Il sera le compositeur italien qui implantera fermement la tradition de l’opéra italien en Autriche avec une douzaine d’opéras. Son œuvre comprend aussi des oratorios quelques cantates et de la musique instrumentale en grande partie perdue.
Voir aussi Musique Instrumentale/Italie.
Giuseppe Tricarico
Giuseppe Tricarico (1623-1697), né et mort dans les Pouilles à Gallipoli (près de Lecce, ville célèbre pour son architecture baroque), est issu de famille noble. Il étudie la musique à Naples, puis vit à Rome dans les années 40 où écrit un traité sur la musique dédié au duc Charles de Montenero (commune située au nord de Rome, célèbre pour son sanctuaire médiéval, Notre-Dame de Montenero), et publie de la musique d’église( en grande partie perdu), notamment son Concentus ecclesiastici pour deux à quatre voix (1649). De 1654 à 1659, il occupe le poste maitre de chapelle à l’Accademia della Spirito Santo à Ferrare. Giovanni Legrenzi (1626-1690) lui succède en 1656 jusqu’en 1662.
En 1656, Tricarico entre avec son frère Antonio au service de l’empereur et y reste jusqu’en 1662. Il a peut-être été maitre de chapelle de l'impératrice douairière Elonora (1660?-63). Remplacé par Pietro Andrea Ziani. il revient dans sa ville natale et se consacre à l’enseignement jusqu’à sa mort.
Il composa des opéras dont L'Oronie (Venise en 1660), L'Almonte (Vienne 1661), des oratorios dont La gara della Misericordia e Giustizia di Dio (Vienne, 1661), Adamo ed Eva (Naples ? 1663), le Concentus ecclesiastici, liber auartus pour 2 à 4 voix de 1649, une messe à 8 voix et plusieurs motets, madrigaux et cantates.
Pietro Andrea Ziani
Pietro Andrea Ziani (1616-1684), né à Venise et mort à Naples, oncle de Marc’Antoni Ziani, organiste et compositeur d’opéras, maître de chapelle à la cour royale de Naples (A. Scarlatti lui succèdera en 1684). Son premier opéra, La guerriera spartana, fut représenté au Teatro San Apollinare de Venise en 1654.
En 1662, il est à Innsbruck, puis à Vienne de1663 à 1667, et à Dresde de 1667 à 1669. Il retourne ensuite à Venise où il succède à Francesco Cavalli (1602-1676) au poste de premier organiste à la Basilique San Marco. Dix ans plus tard, il s’install edéfinitivement à Naples, où il intègre le Conservatorio San Onofrio. Bénéficiant de divers postes à la cour, il peut faire représenter plusieurs de ses opéras vénitiens et viennois. (Guide de la Musique baroque – Fayard)
Parmi ses opéras, dans le style vénitien, en un premier temps celui de Cavalli puis en un second dans le style napolitain de Cesti (voir Italie/Opéra), on retient La ricreazione burlesca (1663), L'invidia conculcata della virtù, merito, virtù, merito, valore di Leopoldo imperatore (1664), Cloridea (1665), Circe (1665), L'Elice (1666), La Galatea (1667), Semiramide (1670), Attila (1672).En musique sacré, on peut retenir 24 (1640), 3 messes dont une messe à 8 voix et violons (1672), 13 Laudes sacrés à 5 voix et 3 instruments, op 6 (1660) et 1 Magnificat à 6 voix et instruments, 1Stabat Mater, auxquels j’ajoute hymnes, psaumes, lamentations et sonates d’église qui se rapprochent de Giovanni Legrenzi.
« Ses livrets contiennent des éléments qui sont à la fois graves et drôles et prennent rarement des sujets héroïques ou historiques, qui commencent à être plus fréquents vers la fin du siècle. Les oratorios de Ziani ont des caractéristiques similaires à celles des œuvres idoines, mais dans ceux-ci il dénote davantage l'accent sur l'ampleur des éléments musicaux, tels que l'utilisation du contrepoint. Ses sonates d'église sont similaires à celes de Giovanni Legrenzi et Massimiliano Neri. Elles sont en trois ou quatre mouvements, commencent par une fugue et finit par une gigue fuguée.» (https://musiqueclassique.forumpro.fr/t10293-pietro-andrea-ziani).
Marc'Antonio Ziani
Marc'Antonio Ziani (1653-1715), né à Venise et mort à Vienne, est le neveu de Pietro Andrea qui le forme. Avec son premier opéra, Alessandro magno in Sidone, donné en 1679 au Teatro Santi Giovanni e Paolo de Venise, il entame une production d’opéras qui va s’étaler tout au long des années 80. De 1686 à 1691, il est maitre de chapelle au service de Carlo III Ferdinando Gonzaga (1665>1708), dernier duc de Mantoue et de Montferrat. Dans les années 1690, Ziani est reconnu comme un des plus brillants compositeurs d’opéras.
En 1700, il est vice Hofkapellmeister de l’empereur Léopold 1er de Habsbourg (†1705) à Vienne. Il compose des opéras pour le Hoftheater et le Teatro Favorita ainsi que des oratorios (qui mettent en évidence sa maitrise du contrepoint, ainsi que des Tombeaux. En 1712, Charles VI, empereur de 1711 à 1740, le nomme Hofkapellmeister, poste qu’il conserve jusqu’à sa mort.
« Aucune œuvre purement instrumentale n’a survécu, mais ses opéras et oratorios contiennent de nombreux épisodes pour cordes (violon, violoncelle, viole et luth) et vents (basson, trombone et chalumeau) solistes ainsi que de nombreuses et substantielles ritournelles pour ensemble juxtaposant cordes et vents. » (Guide de la Musique baroque – Fayard)
La Musique Vocale Religieuse
Heinrich Schütz
Heinrich Schütz (1585-1672), né à (Bad-)Köstritz en Thuringe (Allemagne centre) d’un père hôtelier aisé, ayant manifesté des talents précoces, est envoyé très jeune à Cassel, résidence du Landgrave de Hesse-Cassel, foyer calviniste, qui sera un refuge pour les huguenots après la Révocation de l’Édit de Nantes en 1685.
En 1609, il est envoyé pour trois ans en Italie et devient l’élève à Venise d’un des précurseurs de la musique baroque, Giovanni Gabrieli († 1612), organiste et compositeur principal à St Marc, maitre du Style Polychoral dont Schütz préservera l’influence dans ses œuvres à venir et de qui il reçut l’enseignement du contrepoint. Il compose ses premiers madrigaux en 1611.
Retour en Allemagne, organiste, il est nommé en 1615/17 maitre de chapelle à la cour de Dresde, capitale de l’Électorat de Saxe, poste qu’il occupera jusqu’à sa mort pendant quelque 50 ans. Si ses œuvres pour orgues ont disparu - à l’époque l’improvisation jouait encore comme à la Renaissance un rôle prépondérant[2] - il n’en a pas moins eu une influence certaine sur les générations d’organistes qui lui ont succédé.
Outre des psaumes, il compose notamment en 1619 (année de son mariage) ou en 1623, son oratorio Histoire de la Résurrection dans lequel il introduit pour la première fois le Style Récitatif. En 1627, il compose son seul et unique opéra, Dafné, dans une synthèse italo-germanique, et qui fait de lui le premier compositeur allemand du genre.
Dafné est une adaptation due au poète allemand Martin Opitz (1597-639, voir Littérature/Poésie/Allemagne) du livret éponyme qu’Ottavio Rinuccini (†1621 voir Italie/Opéra). L’œuvre représentée dans la salle des festins du château Hartenfels, près de Torgau, en Saxe, le 13 avril 1627, à l’occasion du mariage de la princesse Sophie-Eléonore de Saxe avec Georges II de Hesse-Darmstad, reste une œuvre expérimentale et n’ouvre pas une voie nouvelle, une expression nouvelle de la voix. Il composa en 1634 deux pièces dramatiques avec musique et danse, Comoedia de raptu Orithiae et Comoedia de Harpyriarum profligatione dont il ne reste que la canzonetta swv278. Ainsi que deux Ballets : Orphée et Euridice sur un livret August Buchner (1591- 1661) professeur de poésie et de rhétorique à l’université de Wittenberg, et membre de la Compagnie Fructifère (voir Poésie/Outre-Rhin). L’œuvre fut représentée en 1638 lors du mariage du prince héritier Jean-Georges (II) de Saxe ; et en 1650, à Dresde à la cour de Jean-Georges Ier († 1656) Paris et Héléne pour les mariages de ses deux fils Maurice et Christian. Deux ballets qui sont noyés dans son immense production d’œuvres vocales sacrées, psaumes, chants spirituels et chants funèbres (trauerlieder) et aussi profane (madrigaux).
Il retourne à Venise en 1626/28. Il y rencontre Monteverdi qui s’y est installé en 1613, et compose son Premier Livre de Symphonies Sacrées. On y découvre un
« Schütz moderne et subjectif intensément, au point d'être confondu avec le chef de file du temps, Claudio Monteverdi. C'est d'ailleurs à Venise, sous la dictée, si l'on peut dire, du musicien de l'Orfeo que le Sagittarius[3] compose ce premier livre de Symphonies sacrées, édité en 1629. Sur des textes à la théâtralité évidente, le luthérien austère découvre que l'on peut " interpréter " les Écritures sans en transgresser le sens, bref, que dans la perspective nouvelle de l'oratorio, de la cantate expressive et du style concertato, la musique non seulement devient porteuse du mot, mais sait aussi " parler " par elle-même, par le jeu des rythmes, des accents, des silences. (Roger Tellart Symphonies sacrées Le Monde 0ct. 1985).
Retour à Dresde, il compose dans la tradition polyphonique le Requiem en 1636, les Petits Concerts Spirituels (1636-39), son oratorio Les Sept paroles Paroles du Christ en Croix (1645), un Deuxième Livre des Symphonies Sacrées (1647-50), le Geistliche Chormusik de 1648, les Passions selon Saint Luc, Saint Jean et Saint Matthieu de 1653 avec les
« chœurs de foule (les turbae) stylisés jusqu’à l’épure et toujours ce captivant néo-grégorien pour la narration de l’Évangéliste : la réflexion de l’Archicantor tourne ici à l’ascèse mystique ; loin de la rayonnante Histoire de la Nativité qui, à peu près à la même époque, transpose au culte luthérien la leçon de l’oratorio romain (Carissimi, Luigi Rossi), toujours portée par un subtil désir d’Italie et une irrépressible jeunesse » Roger Tellart https://www.concert classic.com/article/portrait-baroque-heinrich-schutz-le-precurseur).
En 1666, en 1664, son Oratorio de Noël et en 1671 son Deutsch Magnificat, dernière illustration du double chœur (style polychoral) à la vénitienne.
Il effectue plusieurs voyages au Danemark (1633-1635, 1641) pour fuir les ravages que la Guerre de Trente Ans (1618-1648) cause dans la Saxe, l’état luthérien le plus puissant (L’Autriche et la Bavière sont restées catholiques) et dans toute l’Allemagne[4], et compose pour le roi.
« Schütz est bouleversé par le dénuement de ses musiciens dont la trésorerie ducale a oublié de payer les gages. Réduit quasiment au chômage technique, il fuit par trois fois les misères de la guerre, invité par le roi de Danemark, allié à la maison de Saxe par le jeu des mariages. » (Roger Tellart https://www.concertclassic.com/article/portrait-baroque-heinrich-schutz-le-precurseur).
Alors que, la Hofkapelle (chapelle de Cour) de Dresde ne disposait plus que de 10 instrumentistes et chanteurs (Anne-Lise Dupuis https://classicagenda.fr/le-semperoper-de-dresde/), en 1637, Schütz crée sa propre chapelle et recrute musiciens et chanteurs notamment des castrats. Il nomme Giovanni Andrea Bontempi (1624-1705) Kapellmeister. Bontempi crée en 1662 son opéra Il Paride représenté à la Cour de l’Électeur de Saxe, Jean-Georges II de Saxe, premier opéra italien représenté à Dresde voire en Allemagne.
Compositeur essentiellement de musique sacrée: concerts spirituels, cantates, Cantiones sacrae (1625), madrigaux trois Passions (Mathieu 1664- Luc 66- Jean 68), un Magnificat (1671) Schütz va dominer toute la production musicale Outre-Rhin durant le siècle avec l’autre grand organiste de l’époque Dietrich Buxtehude (1637-1707). Comme Schütz, ce dernier fut essentiellement un compositeur de musique vocale religieuse. Si les œuvres de jeunesse de Schütz laissent libre court à l’exubérance italienne, les œuvres de la maturité font montre de plus en plus de retenue, sans être austère. On attribue cette évolution au climat dépressif que provoque la Guerre de Trente Ans. L’innovation de Schütz est d’avoir su composer une musique qui sortait du cadre austère de la mentalité protestante. Bien que lui-même calviniste, il sut introduire dans la musique germanique, ce que la musique italienne peut avoir d’expressif tout en lui gardant son intériorité spirituelle. Si Schütz a ouvert cette longue lignée des musiciens allemands jusqu’à Bach, ce dernier pour autant et étonnamment en ignora complètement l’œuvre.
La Musique de Schütz a longtemps souffert du caractère d’austérité qu’on lui attribuait. Pourtant, nourri de la leçon expressive italienne, et en même temps ardent témoin de la foi protestante, il a ouvert une période historique de l’école allemande en apportant lui une nouvelle sensibilité introduisant dans l’oratorio, la cantate et même à l’opéra le style récitatif.
D’autre, Schütz composa des madrigaux et des opéras en langue allemande. Il faut y voir là, en s’écartant de la langue italienne, la même intention que chez les poètes contemporains tels Georg Philipp Harsdörffer (1607-1658) ou Philippe von Zesen (1619-1689), une façon de manifester une conscience identitaire nationale ; un enjeu d’importance au moment où commençait à s’affirmer au-delà de la multiplicité des états germaniques et dans le contexte d’une naissance des nations, le sentiment d’une identité germanique. Il est à noter que les princes, ducs et Grands Électeurs commanditaires des œuvres décidaient de la langue dans laquelle elles devaient être écrites et de ce fait favoriser ou non cet élan identitaire. Les désaccords qui ont pu intervenir ente Schütz et l’Électeur de Saxe, prince luthérien le plus puissant du Saint Empire, sont à cet égard significatifs.
Schütz meurt à l’âge avancé de 87 ans.
Christoph Bernhard
Christoph Bernhard (1628-1692), né à Kołobrzeg en Poméranie et mort à Dresde, entame vers 1648 une carrière de chanteur alto à la cour de Dresde de l’Électeur de Saxe Jean-Georges Ier, après avoir été l’élève à Dantzig de Paul Siefert (1585-1666), organiste et théoricien réputé en son temps qui fut l’élève du célèbre Hollandais Jan Pieterszoon Sweelinck (1562-1621), maitre du clavier de l’école hollandaise. A Dantzig, il aurait également étudié le droit et la théologie. Il se perfectionne auprès de Heinrich Schütz (1585-1627) dont il aura été un des meilleurs élèves.
En 1650, il séjourne un an à Rome où il rencontre Giacomo Carissimi, maître de chapelle du Collegium Germanicum (collège des séminaristes germanophone). Revenu à Dresde, il obtient le poste de vice-maître de chapelle qu’il garde jusqu’en 1664. Il part étudier au Danemark pendant près d’une année avec Fontana. En 1656, le nouvel Grand Électeur, Johann Georg II, amateur de musique italienne, l’envoie pour plusieurs mois en Italie. Il en revient avec des musiciens italiens. Il se marie en 1659.
En 1663, suite à des dissensions entre musiciens allemands et italiens qu’il ne tolère pas, il part pour Hambourg où il succède (officiellement au début de 64) à Thomas Selle au poste de Kantor à la Johannesschule et maître de chapelle (directeur de la musique).
En 1670, Heinrich Schütz lui commande un motet pour ses propres funérailles, Cantabiles mihi erant justificationes tuae. En 1674, Johann Georg II, le rappelle à Dresde, comme précepteur de ses deux petits-fils. Il reprend alors son poste de vice maître de chapelle.
En 1680, Johann Georg III, nouvel Électeur pour des raisons qui seraient économiques (ou manque de goût pour la musique italienne ?) renvoie les musiciens italiens. Bernhard est nommé maître de chapelle (directeur de la musique) et responsable de la bibliothèque musicale. Postes qu'il garde jusqu'à sa mort.
Compositeur principalement d'œuvres vocales sacrées en allemand et en latin, auteur de chansons, de trois messes, de pièces vocales à 1,2, 3 ou 4 avec violon, alto et basse continue, Bernhard reste surtout connu pour ses traités théoriques qui seront lus en Europe tout au long du siècle: Von den doppelten Contrapuncten (Les doubles contrepoints), Ausführlicher Bericht vom Gebrauch der Con- und Dissonantien, Tractatus compositionis augmentatus (Traité de composition d'après Heinrich Schütz) le plus connu et Von der Singekunst oder -manier (L'art et la manière du chant).
Johann Wolgang Frank
Johann Wolgang Franck (1655-1710), né Unterschwaningen en Bavière et mort à Londres, « servit à la cour du margrave d'Ansbach de 1665 à 1679 (ou de 1673 à 1678). Il composa un corpus considérable de musique sacrée pour la chapelle de la cour et, en 1677, fut nommé aumônier de la cour. (https://hymnary.org/tune/komm_seelefranck ?extended=true).
Voir Outre-Rhin/Musique de Scène
Notes
[1] La mascherata italienne (de masqué, mascarade), danse costumée et pantomime entrant dans les parades du carnaval prendra la forme d’un intermezzo (voir Angleterre/Mask), divertissement spectaculaire déjà en vogue sous Laurent de Médicis (†1492). Arrivé tardivement en France, sous Henri IV, la mascherata se transformera en Ballet de Cour. La mascherata était donnée pendant les entremets[1] d’un festin, dans un esprit festif de parade costumée.
[2] Au XVIème siècle, dans l’Allemagne luthérienne, le développement de la basse continue pour accompagner tout du long les différentes parties vocales laisse place à l’improvisation qui va permettre à l’instrumentiste de ‘s’individualiser’ en créant un répertoire de formes nouvelles, notamment, et à l’orgue, toccata, ricercare, variations.
[3] « Son surnom ”le Sagittaire” est un jeu de mot sur son nom ; le terme latin ”sagittarius”, qui signifie « l’archer », évoque en effet le nom de l’auberge familiale « Zum Schützen » (à l’Archer) » (https://www.symphozik.info/heinrich+schutz,134.html).
[4] Allemagne va perdre durant cette guerre près des deux tiers de sa population. Nombre de chapelles musicales ne pourront survivre faute de moyens financiers.
INDEX DE LA MUSIQUE VOCALE
Italie
Profane :
Rome : Emilio de Cavalieri
Giovanni Carissimi 1605- 1674
Stefano Landi 1587-1639
Luigi Rossi 1598-1653
Bernardo Pasquini 1637-1710
Venise : Claudio Monteverdi 1567-1643
Pietro Cavalli (Pier Francesco Caletti-Brundit 1602 –1676
Pietro Andrea Ziani 1616-1684
Giovanni Legrenzi 1626-1690
Naples : Francesco Provenzale 1632-1704
Alessandro Scarlatti 1660-1725
Pietro (Marc’Antonio) Cesti 1623-1669
Florence : Jacopo Melani 1623-1676
Religieuse :
Gregorio Allegri (Gregorio Costantino)1582-1652
Antonio Stradella Bontempi 1633-1683
Luigi Rossi 1598-1653
France
Musique de Scène :
Etienne Moulinié 1579 -1669
Pierre Guédron 1570-1620
Henri Le Bailly 1587-1673
Robert Cambert 1627-1677
Pierre Beauchamp 1631-1705
Giambatista Lully 1632-1687
Paolo Francesco Lorenzant (Laurenzain) 1640-1713
Pascal Colasse 1649l -1709
André Campra 1660-1744
Henri Desmarest 1664-1741
Musique Religieuse :
Jean Titelouze 1563-1633
François-Eustache Du Caurroy 1549 -1609
Henri Dumont 1610-1684
Guillaume Gabriel Nivers 1632-1714
Angleterre
Mask :
Thomas Campian (ou Campion) 1567-1620
Benjamin Jonson 1572-1637
Nicolas Lannier 1588-1658
Henry Lawes 1596-1662
Christopher Gibbons 1615-1676
Matthiew Locke 1621-1677
Henry Purcell 1658 -1695
Alonso Ferrabosco le Jeune 1578-1628
Les Français : Robert Cambert 1627-1677
Louis Grabu 1665-1694
Arye:
Thomas Campian (ou Campion) 1567-1620
Henry Lawes 1596-1662
Profane et Religieuse :
Pelham Humfrey 1647/48-1674
Thomas Campian (ou Campion) 1567-1620
Henry Cooke (1615/16-1672
John Blow 1649-1708
Espagne : le
Tonos Humanos ( Canson) :
Juan Arañés †1649
Manuel Machado c. 1590–1646
Juan del Vado y Gomez 1625–1691
Manuel Correia ca. 1600 – 1653
Zarzuela :
Juan Hidalgo Polanco 1614-1685
Juan de Navas (Francisco Gomez) 1640-1617 Sebastián Durón1660-1716
Antonio de Literes 1673-1747
Musique religieuse :
Carlos Patiño 1600-1675
Mateo Romero 1575-1647
Miguel de Irízar y Domenzain 1635–1684 (Segovia)
Gerónimo Aniceto Baylón † 1694 (Villancicos)
Gracián Babán 1620-1675 (Valencienne)
Portugal :
Musique religieuse:
Manuel Rodrigues Coelho ca.1555-1635
Duarte Lobo 1565? –1646
Filipe de Magalhães 1563-1652
João Lourenço Rebelo 1610-1665
Diego Dias Melgas 1638-1700
Manuel Cardoso 1566-1650