FORMES ET GENRES
LA LITTÉRATURE
LITTÉRATURE
La Prose :Le Roman - Le Genre Pastoral -Le Conte de Fée -La Morale et Le Portrait - le Sermon
Le Vers : Gongorisme -Conceptualisme - Marinisme -Précieux
LA PROSE
Le Roman Picaresque
Le roman picaresque tire son nom du personnage principal du roman de Mateo Alemán (1547-1620), Guzmán de Alfarache (1599 et 1604), un picaro. Le picaro est de modeste voire très modeste condition. Il mène une vie que l’on qualifierait aujourd’hui de marginale, vivant d’expédients. C’est un antihéros, à l’opposé de la figure du chevalier de rang et/ou de caractère. On pourrait dire qu’il démocratise le roman.
Le roman picaresque relate les aventures de ce personnage qui narre ses propres aventures, le récit adoptant une construction en abîme ou en tiroir ou en poupées russes, les histoires s’imbriquant les unes dans les autres avec plus ou moins, et là et l’art du conteur, de fluidité.
Le créateur du Roman Picaresque est anonyme, à moins que ce ne soit Diego Hurtado de Mendoza, bibliophile ambassadeur de Charles Quint en Italie à qui l'on pourrait attribuer le premier roman du genre bien qu'il ne porte pas encore ce nom, La Vie de Lazarillo de Tormes, écrite vers 1553. Pour court qu'il soit, ce récit marque un tournant dans la littérature européenne. Le personnage éponyme en racontant sa vie conte ses propres aventures de picaro, de pauvre misérable qui vivant en marge de la société arrive à survivre grâce à sa débrouillardise. Il n’a pas d’attache véritable et sa vie désordonnée va au fil hasardeux du destin, de péripéties cocasses en péripéties coquines toutes interchangeables. Traversant ainsi la société, poussé par les évènements, le narrateur, autobiographe,fait une description de mœurs et de caractères sur un ton libre, souvent critique, parfois désinvolte, toujours sans fard et sans illusions. La version originale fut censurée et l’Inquisition en édita une version épurée qui connut nombres de traductions en Europe.
Parmi les picaro célèbres avec Guzmán d’Alfarache et Lazarillo de Tormes, notons El Buscón de Quevedo (1603-1608), Ruy Blas de Santillane de Lesage (1715), Jacques le Fataliste (Diderot (1765-84) et le Don Qichotte de Cerventes (1605-1615) qui bien qu’un hidalgo (petit noble, hobereau) était pauvre.
Ce genre fera école avec entre autres au 18ième siècle: Le Sage avec Le Diable Boiteux et Gil Blas de Santillane, Diderot avec Jacques le Fataliste et son Maître ou encore Daniel Defoe avec Heurs et Malheurs de la Fameuse Moll Flanders .
Le Genre Pastoral
Apparu au 16ième siècle avec sa ribambelle de bergers et bergères « bucolisant », pour la première fois sous la plume de Jacopo Sannazaro dans son poème Arcadie (1504), le genre pastoral a regroupé aussi bien des romans, des pièces de théâtre que des poèmes. Il se propage rapidement en Europe, se poursuit en littérature au 17ième siècle et se prolonge en des œuvres picturales telles que celle de Nicolas Poussin, 'les Bergers d’Arcadie' et ' In arcadia ego (moi, la mort)' en (deux versions 1630 et 1638), et dans celles d’autres peintres du 18ième français. Marie-Antoinette et ses amies joueront à jouer à cette vie bucolique dans la Bergerie du Parc de Versailles.
Le thème de l'Arcadie a été un des thèmes majeurs de la poésie et aussi du roman dans la littérature baroque du 17ème siècle. Des Académies d'Arcadies comme l’Accademia dell'Arcadia
et assimilées comme la Société Fructifère tiendront une place importantes dans le vie littéraire notamment en Italie et en Allemagne.
L’Astrée d’Honoré d’Urfé (1568-1625), paru en 12 livres entre 1602 et 1619 plus des augmentations posthumes, a connu un des plus grand succès du siècle et a inspiré de nombreux auteur.e.s du XVIIème siècle.
Le Conte de Fée
L’origine des contes que l’on appelait fables ou légendes remonte à une antiquité très ancienne pour ne pas dire à la nuit des temps. Transmises oralement de générations en générations, ces histoires ont toutes une vocation d’édifier et font intervenir le fabuleux, le merveilleux, le magique qui traversaient les chansons de geste médiévales. Elles ont commencé à être transcrites au XVIIème siècle. Outre qu’ils s’inscrivent au sein d’un récit qui leur sert de cadre qui justifie qu’ils soient contés - structure dont Boccace est à l’origine avec le Décaméron (1349)- la particularité de ces contes, que l’on va appeler Conte de Fées pour en montrer d’emblée le surnaturel, est qu’ils sont censés s’adresser à un jeune auditoire. Les mies, grands-mères, nourrices, berçaient les enfants de ces récits aux commencements effrayants dans lesquels le héros, l’héroïne vivent des situations dramatiques défavorisé(e)s qu’ils et elles sont par un mauvais sort, la misère ou la méchanceté de leur entourage, toute forme de disgrâce, avant que par l’intervention d’une fée, d’une magie, d’un effet surnaturel, ils, elles ne surmontent leur lot d’épreuves et qu’ils et elles ne trouvent le bonheur, la reconnaissance de leur vraie valeur, de leur beauté, et que les méchant(e)s ne soient châtié(e)s.
Gianfrancesco Straparola (148 ?-155 ?), né à Caravaggio (province de Bergame, Lombardie), mort sans doute à Venise, est resté dans l’histoire des lettres comme l’initiateur du conte de fées avec ses Le piacevoli notti que l’on traduit par Les Nuits Facétieuses et les Nuits Agréables sans doute à cause de son comique extravagant, burlesque de ses histoires qui sont parfois grivoises souvent fantastiques.
« On retient souvent l’année 1690 comme date de naissance du conte de fées littéraire à la française … Cette année-là, en effet, Mme d’Aulnoy inséra une histoire merveilleuse, “L’Île de la Félicité”, dans un roman intitulé Histoire d’Hypolite, comte de Duglas. “L’Île de la félicité” donna le coup d’envoi d’une mode dont la première vague ne dura qu’une dizaine d’années, mais qui, saisie comme un phénomène de longue durée, se prolongea pendant environ un siècle, jusqu’à la veille de la Révolution française.» (Tony Gheeraert , Université de Rouen Naissance d’un genre improbable : “le conte de fées littéraire français” https://merveilles.hypotheses. org/a-propos).
Pour autant et de manière occasionnelle,« La mode du conte de fées est en réalité bien antérieure à la date de 1690 en réalité, cette vogue précéda de plusieurs décennies le passage à la publication. L’un des premiers témoignages nous en est fourni par une lettre de Mme de Sévigné :« MadamedeCoulanges, qui m’est venue faire ici une fort honnête visite …voulut bien nous faire part des contes avec quoi l’on amuse les dames de Versailles: cela s’appelle les mitonner. Elle nous mitonna donc, et nous parla d’une île verte où l’on élevait une princesse plus belle que le jour (lettre du 6 août 1677) »
(Le Siècle des Merveilles, https://merveilles.hypotheses.org/111).
A la fin du XVIIème siècle, le Conte, genre réservé aux femmes, n’avait comme nous dirions aujourd’hui pas bonne presse et leurs auteures très peu appréciées comme écrivaines si tant est qu’on les ait considérées comme telles. Elles passaient pour avoir mauvais goût, pour développer des histoires puériles dans un style précieux[1].
Notes
[1] Sur le conte au XVIIème siècle voir également Raymonde Robert L'infantilisation du conte merveilleux au XVIIe siècle Littératures classiques Année 1991 n°14 pp. 33-46 https://www.persee.fr/issue/licla_ 0992-5279_1991_num_14_1
La Morale et Le Portrait
Ce genre nouveau, apparu en France dans la seconde moitié du XVIIème, n’a pas de dénomination propre. On ne peut parler de ce genre sans parler des auteurs qui l’illustrent. On parle des romanciers qui écrivent des romans, des poètes qui écrivent des poèmes, des dramaturges qui écrivent des drames, mais les moralistes n’écrivent, semble-t-il, rien qui porte le nom de leur genre d’écrits… On ne dit pas des moralistes qu’ils écrivent des morales ni des moralités. Les moralistes adoptent une même manière d’écrire, brève et discontinue, un même thème, les mœurs ou/et un type humain, le même point de vue de la subjectivité et l’adaptent au genre qu’ils ont choisi, Caractères, Maximes, Fables et autres Pensées. Pour autant, ses écrivains moralistes, mais non moralisateurs, peuvent être réunis au sein d’un mouvement, le moralisme et se retrouver dans une même volonté d’étudier , selon le mot du plus connu des moralistes, La Rochefoucauld, « l’anatomie de tous les replis du cœur ».
Un des plaisirs favoris dans les salons était le portrait. On faisait le portrait de l’une et de l’autre qui faisait le vôtre.
« C’est alors l’usage dans certains salons que l’on fît des portraits, tantôt celui d’une autre personne, à titre de réciprocité, et tantôt le sien propre. Le genre est essentiellement faux. » (https://actualitte.com/article/82663/ ressources/la-rochefoucauld-portrait-de-lui-meme).
Si La Bruyère est le plus connu des portraitistes, Mathurin Régnier n’a pas à envier le talent de l’auteur des Caractères quand il dresse le portrait du Pédant, du Fâcheux ou encore de l’Entremetteuse.
Bussy de Rabutin Chantal a laissé un recueil collectif de portraits dédié à la Grande Mademoiselle, 'Histoire Amoureuse des Gaules'.
L'Épitre
L’épître est un genre littéraire qui remonte à l’Antiquité. En 43 av. J.C., Ovide écrit Epistulae heroidum (Lettres du Héros) que, sur un ton licencieux, des déesses de la mythologie sont censées avoir écrites[1]. Horace publie en 19 Av. J.C. un recueil de 21 héroïdes en hexamètres. Avec les Épîtres de Paul et celles de Jean, le genre prend le sens de traité édifiant.
Il revêtira par la suite celui d’une lettre (d’un courrier) qui s’inscrit dans une correspondance réelle entre deux personnes vivantes ou d’une correspondance imaginaire entre deux personnages fictifs.
Au XVIème siècle, le poète officiel de François 1er, Clément Marot (1496-1544) remet en valeur l’épître. Qu’elle soit adressée au Roi pour la demande d’argent auquel le roi répondit par un don de 50 écus qui n’était jamais que le remboursement de sa dette en vers le poète, ou qu’elle soit sous la forme d’une héroïde (tragédie en vers en forme d’épître) comme l’Épître à Maguelonne que l’on trouve avec dix autres épitres dans l’Adolescence Clémentine de Joachim Du Bellay (1522-1560), l’épître est une forme littéraire par laquelle son auteur peut s’exprimer sur des modes différents, badin ou amoureux tout en engageant une recherche littéraire.
Comme le roman, le genre épistolaire peut relever de la fiction, correspondance fictive entre des personnages fictifs ou d’un personnage réel, l’auteur, à un personnage qu’il crée sous sa plume. Mais le roman lui aussi peut-être épistolaire.
L’histoire retient surtout du genre épistolaire, Les Lettres de Madame de Sévigné à sa fille et à son petit-cousin Roger de Bussy-Rabutin (1618-1693, voir Poésie/France)[2]. Lettres qui connurent un vif succès de son vivant mais ne furent publiées qu’après sa mort en 1725 et 26 pour les premières éditions. Mais le genre épistolaire n’attendit pas 1671 et la première des Lettres de Marie de Rabutin-Chantal (1626-1696) à sa fille la Comtesse de Grignan pour acquérir … ses lettres de noblesse. Les Épîtres à Mme de La Sablière de Jean de la Fontaine (1621-1695), L’Épître Chagrine à Mlle de La Charce de la poétesse Antoinette Des Houlières (1634-1694), l’Épistre Chagrine à Mlle de Scudéry de Paul Scarron (1610-1660, premier mari de Mme de Maintenon) avaient déjà illustrées le genre.
Notes
[1] Une héroïde est un terme créé par le poète Colardeau (1732-1776) pour désigner une épître en vers composée sous le nom de quelque héros ou personnage fameux. Le terme dérive des Héroïdes d’Ovide (Wikipédia/Héroïde)
[2] Chez les Bussy-Rabutin-Chantal : En 1643, Roger de Bussy-Rabutin épouse Gabrielle de Toulongeon, fille de son cousin François II et petite-fille de Jeanne de Chantal par sa mère Françoise, elle-même tante de Marie de Rabutin-Chantal de Sévigné (voir entre autres : https://www.genealogie online.nl/fr/ noblesse-europeenne). Les sources donnent Madame de Sévigné comme la cousine ( sous-entendu germaine) de Roger. Leonor, le père de Roger, est le cousin germain de Christophe II, père de Celse-Bégnine, Roger est donc l’arrière-cousin de Celse-Bégnine qui est le père de Marie. Marie (1626-1696) est donc l’arrière-arrière-cousine ( au 3ème degré) de Roger (1618-1683) de huit ans son aîné. Elle est la cousine germaine de Gabrielle de Toulongeon, nièce de Celse-Bénigne par son père François II marié à Françoise.
Sermon Homélie Prédication
Généralement, le sermon est appelé homélie dans l’Église catholique et dans l’Église juive (homélie synagogale) et plutôt prédication dans les Églises protestantes. Le sermon catholique est traditionnellement divisé en quatre parties : le texte, soit une phrase des Écritures qui donne le thème, l’exorde qui est en deux parties : l’ave maria prononcé par l’assistance et l’exorde proprement dit qui expose le sujet et ses divisions et occupe la partie centrale dans laquelle le sujet est développé en deux (thèse, antithèse), ou en trois points (qui donnent un effet d’accumulation des arguments), et enfin la péroraison d’où se dégage la conclusion la morale.
LE VERS
Gongorisme -Conceptualisme - Marinisme - Euphisme
La poésie baroque est abstraite, plus souvent attachée à la forme qu’au fond, à la rhétorique qu’à la sensibilité. En Italie, Giambattista Marino, le Chevalier Marin pour les Français (†1625), en Angleterre, le poète Milton (†1674) ou encore aux Pays-Bas, Joost van den Vondel (†1679) participent d’un genre et l’autre.
La Préciosité a pris dans la mouvance baroque des noms différents : euphuisme en Angleterre, gongorisme et conceptualisme en Espagne, marinisme en Italie.
Le Cultisme ou Cultéranisme (culteranismo) ou gongorisme, courant poétique on ne peut plus baroque, use de la métaphore, de la pointe (trait d’esprit), du jeu de mots, tandis que le Conceptisme de Lesdesma, en usant tout autant de la métaphore, s’ingénie à la litote voulant donner le plus de profondeur à ce qui est dit dans un minimum d’expression. Francisco de Quevedo (1580-1645), Baltasar Gracián y Morales (1601-1658) seront en Espagne les deux plus illustres représentant du Conceptisme
Les meilleurs représentant du genre en poésie sont : En Italie, Giambattista Marino (le Chevalier Marin pour les Français, †1625) avec le Marisnisme ) , en Angleterre des poètes John Lyly (1553-1606) et Milton (†1674) avec l'Euphisme , en Espagne e Luis de Góngora ( G1561-1627) avec le Gongorisme, Alonzo de Ledesma (1552-1623), Francisco de Quevedo (1580-1645) et Baltasar Gracián (1601-1658) le Conceptisme ou Cultéranisme et Sotomayor (1583-1610) avec son manifeste 'Libro de erudición poética (1611)', aux Pays-Bas, Joost van den Vondel (†1679),
En France, la poésie précieuse deVincent Voiture (1597-1648) et de Tristan L'Hermite (1601-1655) de par son usage de la pointe, ce trait d’esprit qui offre de l’inattendu en donnant à un mot son double sensrapproche du conceptisme et du gongorisme et du concetto du Cavalier Marin.
Le Concepttisme ou Cultéranisme d' Alonso de Ledesma est proche du Concetto du Cavalier Marin, le concetto étant dans son sens premier une pensée recherchée, mais dont le sens s'est élargi à une « pensées plus ingénieuse que vraie, des traits d’esprit hors de propos. Le Larousse donne :« Traits d'esprit trop recherchés ». C’est le souci d’une pensée raffinée, d'une conception subtile des choses et des idées, Ainsi, il n’est plus question du soleil mais du « bourreau qui de la hache de ses rayons coupe le cou à l’ombre » et Les fleuves deviennent « le sang bleu de la nature ».