L'ÂGE BAROQUE
Écoles et Courants
Courants Musicaux
Courants Philosophiques
Rationalisme - Empirisme - Occasionnalisme - Matérialisme Mécaniste - Libertinisme
Le Rationalisme
Introduction
Depuis l’Antiquité grecque, la raison est apparue comme un mode de connaissance basée sur la logique, ou plus exactement sur une logique précise, celle d’une chose qui étant une chose ne peut être elle-même et son contraire. La raison repose sur le principe d’identité qui « trouve son origine dans la pensée qui se développe en Ionie du VIème siècle pour s’accomplir avec Platon et Aristote » ( Pierre Vidal-Naquet La raison grecque et la cité/ Persée/ Raison présente Année 1980 N°55 ). Aristote, maitre es logique, définit d’ailleurs l’homme comme « un animal doté de raison ». L’apparition de la raison est corolaire d’une nouvelle approche du monde, une approche que l’on peut déjà qualifiée de scientifique encore qu’elle se base sur l’observation avec le désir de comprendre comment fonctionne, que compose et comment s’explique avec ses causes et ses effets le monde.
Thalès de Milet (625/620-548/45) est un mathématicien, géomètre et philosophe. Parménide (Vème siècle av.j.c.), philosophe de la nature, développe une théorie sur le climat et déclare le premier que la terre est sphérique. Il appartient à l’École Pythagoricienne, fondée par Pythagore (580-495 av. J.-C.) d’où sortira la quadrivium, un des deux corpus avec le triumvir de l’enseignement scolastique : arithmétique, musique (arithmétique sensible), géométrie, enfin astronomie (géométrie sensible). Démocrite (460-367) est le premier philosophe matérialiste qui considère que l’univers est constitué d’atomes et de particules. Suivront dans sa lignée, Épicure (342-270) et le Latin Lucrèce (1er S. av. J.-C.). Ce dernier développa les conceptions atomistes de son maître Leucippe.
« L'attitude intellectuelle visant à placer la raison et les procédures rationnelles comme sources de la connaissance remonte à la Grèce antique quand sous le nom de logos (qui veut dire à l'origine discours), elle se détache de la pensée mythique et, à partir des sciences, donne naissance à la philosophie» (http://www.histophilo.com/rationalisme.php)
Qu’apporte le XVIIème siècle dans l’usage, la pratique de cette raison issue du ‘Miracle Grec’, au point que l’on va le nommer le ‘Siècle de la Raison’ autant que le celui de l’ ‘Âge Baroque’. La raison a supplanté le mythe, construction intellectuelle, récit imaginaire et les idées factices qui sont fruits de notre imagination. Dépassant les idées innées propres à notre conscience, les idées adventices provenant du monde, de mémoire ancestrale, offre une explication symbolique de la création du monde, des hommes et des dieux. C’est la raison qui, maintenant, va établir ce qui est vrai et ce qui ne l’est pas. Ce qui devient vrai n’est plus le résultat en l’âme de l’intervention divine (illumination, intellect agent). La raison va supplanter en tant que mode de connaissance l’illumination, révélation directe, intuitive des savoirs, de la Connaissance en général, de la Vérité. Dieu s’approche par une démarche discursive.
Ce primat donné à la raison, mode et approche de la Vérité, définit le Rationalisme. C’est sur elle que se fonde les trois types de raisonnement : la déduction qui, à partir d’un cas général, déduit un cas particulier ; l’induction qui en est l’inverse ; le raisonnement mathématique, ou « induction rigoureuse » selon le logicien Gobot, qui synthétise deux éléments en un seul (exemple de raisonnement mathématiques de base, il en existe plusieurs : 2+2=4).
« Le rationalisme est la doctrine qui pose la raison discursive comme seule source envisageable de toute connaissance réelle »
« Le rationalisme fonde la connaissance et l'action sur la raison et fait de cette dernière la seule voie d'accès possible à la vérité. Est rejeté a priori tout ce qui ne peut être démontré par la raison ou vérifié par l'expérience. Bien qu'il ne prétende ne s'autoriser que des évidences du savoir discursif, le rationalisme repose sur un acte de foi en la valeur exclusive d'un certain type de pensée, et sur le rejet de tous les autres modes d'approche du réel : sensibilité, imagination, intuition, mythe, religion ». (Dictionnaire Larousse)
Le rationalisme du XVIIème siècle sera par la suite appelé rationalisme classique ou encore rationalisme moderne en référence aux ‘temps modernes’ (de la Renaissance) pour le distinguer du rationalisme critique d’Emmanuel Kant (1724-1804) au XVIIIème siècle, du rationalisme pratique du philosophe des science et poète Gaston Bachelard (1884-1962). La dénomination de rationalisme continental sert à le distinguer de l’empirisme anglo-saxon.
Pour autant, Descartes va trouver en la notion d’infini cette idée qui nous sort de notre finitude. L’homme, être fini, « avide de perfection absolue » trouve en l’idée de l’infini, l’évidence de la nécessité (logique) de l’existence d’un être suprême.
«Par le nom de Dieu j’entends une substance infinie, éternelle, immuable, indépendante, toute connaissante, toute-puissante, et par laquelle moi-même, et toutes les autres choses qui sont (s’il est vrai qu’il y en ait qui existent) ont été créées et produites. Or, ces avantages sont si grands et si éminents, que plus attentivement je les considère, et moins je me persuade que l’idée que j’en ai puisse tirer son origine de moi seul. » (Troisième Méditation Métaphysique)
« Tout ce qui se peut savoir de Dieu peut être montré par des raisons qu'il n'est pas besoin de chercher ailleurs que dans nous-mêmes, et que notre esprit seul est capable de nous apporter ». (Préface aux Méditations Métaphysiques).

L’Honnète Homme
En 1630, L’Homme Honnête ou l’Art de Plaire à la Cour de Nicolas Faret (1596-1646), l’un des fondateurs de l’Académie Française pose par écrit les fondamentaux d’une nouvelle morale, d’un nouveau comportement social comme avait pu le faire un siècle auparavant Baldassare Castiglione avec Il Cortigiano. A la différence qu’il ne s’agit plus d’une référence, d’une révérence du petit noble au grand noble mais de l’affirmation d’une bourgeoisie qui s’affirme de par ses moeurs et ses valeurs. Plaire à la cour certes, c’est-à-dire au pouvoir, mais pour mieux asseoir celui-ci et la société qu’il gouverne dans l’équilibre (de ses jugements) la stabilité (de son économie), la modération (de ses mœurs). L’honnête homme est cultivé et divers dans son savoir ; Croyant, il est plutôt austère, protestant au moins d’esprit que fervent catholique, mais épris de culture classique (antique) ; Il aime la vie mais n’en jouit pas de trop. Il peut faire montre d’élan du cœur, de générosité mais jamais, l’on ne verra son poignet de chemise noirci par la fumée s’échappant par le bras de son habit tant était intense le foyer qui brûlait son cœur comme se décrivit un poète baroque... enflammé d’amour.
L’Empirisme
Définition
Le terme ‘empirisme’ vient du grec empeiria expérience. « 1.Théorie philosophique selon laquelle la connaissance que nous
avons des choses dérive de l'expérience.
2. Méthode reposant exclusivement sur l'expérience, sur les données et excluant les systèmes a priori » (Dictionnaire Larouss)
« L'empirisme désigne un ensemble de théories philosophiques qui font de l’expérience sensible l'origine de toute connaissance ou croyance et de tout plaisir esthétique. L'empirisme s'oppose en particulier à l'innéisme et plus généralement au rationalisme « nativiste » pour lesquels nous disposerions de connaissances, idées ou principes avant toute expérience. » (Wikipédia).
« L'empirisme est une doctrine philosophique qui considère que l'origine de toute connaissances humaines ne provient que de l'expérience sensible, de l'observation. Ainsi nos sens sont à la source de nos connaissances. De l'accumulation d'observations et de faits mesurables, on peut en extraire des lois générales par un raisonnement inductif allant du concret à l'abstrait. » (https://www.toupie.org/Dictionnaire/Empirisme.htm)
« En somme l’empirisme commence par l’enregistrement des faits évidents, la science dénonce ces évidences pour découvrir les lois cachées. Il n’y a de science que de ce qui est caché» (G. Bachelard : Le rationalisme appliqué PUF, 1970).
Le vrai père de l’empirisme par ses travaux scientifiques sur l’optique (lois de la vision, anatomie de l’œil), sur la lumière (réflexion et réfraction) et en astronomie (Miroir de l’Astronomie 1277) fut le franciscain Roger Bacon[1] (1214-1294) pour qui les sciences sont indispensables au « bien de l’âme » et à la connaissance de la vérité : « …les sciences les plus nobles et les plus utiles au théologien sont les mathématiques, la chimie, la linguistique [à noter la précocité], la physique, l’expérimentation ». Avec lui, l’Empirisme entre dans le champ philosophique comme nouvelle épistémologie.
Notes
[1] Ce scolastique visionnaire bien avant Vinci eu l’idée du bateau à vapeur, du chemin de fer, de la Montgolfière, du scaphandre, du télescopes. Voir Bas Moyen-Âge /13ème siècle/l’Ordre Franciscain.
L’Occasionalisme
La théorie de l’Occasionnalisme * a été développée au XVIIème siècle par les philosophes les Français Louis de La Forge (1632-1666), Géraud de Cordemoy (1626-2684) et le Flamand Arnold Geulincx (1624-1669). Elleva tenir une place importante dans le courant cartésien du siècle.
Elle soutient l’idée que Dieu est la cause de toute chose, la Cause Première. Toute chose, tout mouvement, toute pensée ne sont pas l’effet d’une cause selon un processus matérialiste d’interaction. Ils sont l’occasion pour Dieu de se manifester. Les occasionalistes ‘enchaînent’ sur l’idée cartésienne selon laquelle Dieu étant Cause Première, sa Création est permanente. D’instant en instant Dieu crée. Conception du continuum que l’on retrouve dans la conception cartésienne selon laquelle l’homme est un continuum de pensée qui lui confère son identité : Il est un être pensant en continu. Mais ces philosophes vont plus loin en affirmant qu’en fait, la Création est bien continue, mais qu’elle n’est pas pour autant un enchaînement de causes et d’effets. Dieu crée les causes et les effets qui ne sont que mouvements des corps et des pensées sans lien entre eux. C’est leur succession qui donne l’apparence, l’illusion qu’un mouvement puisse en créer , en provoquer un autre.
Le problème auquel vont se heurter les occasionalistes du XVIIème siècle sera celui d’expliquer pourquoi, du moins en ce qu’il nous apparaît, tel mouvement autrement dit telle cause produit le même mouvement autrement dit le même effet. C’est Malebranche (1638-1715) qui en apportera la solution en intégrant un certain déterminisme à l’occasionnalisme. Dieu est la Cause Première et sa volonté est parfaite et immuable. Donc, ce que Dieu a décidé une fois, il l’a décidé pour l’éternité. La Création est continue tout en étant paradoxalement toujours la même du moins en ses principes et lois universaux. Dieu crée chaque mouvement du corps ou de l’âme en ‘respectant’ l’ordre du monde qu’il a créé.
* Pour occasionalisme, les deux orthographes avec un ou deux ‘n’ sont admises.
Le Matérialisme Mécaniste
La place prise par la raison, par le raisonnement au détriment de la révélation comme mode d’accès à non seulement les savoirs mais aussi à la Connaissance, à la Vérité, amena au déploiement d’une conception basée sur la logique de la cause et de l’effet, autrement dit, au déploiement d’une conception mécaniste de l’univers. Descartes, tout en préservant à l’humain sa part de surnaturel en son âme immatérielle, ira jusqu’à parler d’animaux machines considérant l’animal comme une pure mécanique, leurs instincts n’étant en quelque sorte que des rouages. Hobbes développera une même thèse mécaniste.
Ce matérialisme mécaniste trouve aussi son origine dans les découvertes coperniciennes du siècle précédent et dans les études que ces philosophes scientifiques, les Descartes, Hobbes, Gassendi, Mersenne, consacreront à la lumière et/ou à l’optique. L’ensemble entraine un bouleversement radical de la conception qui était faite du cosmos qui devient l’univers. Il s’agit de « La substitution à la notion de Cosmos – unité fermée d'un ordre hiérarchique – de celle de l'Univers : ensemble ouvert lié par l'unité de ses lois » (A. Koyré Du Monde Clos à l’Univers Infini Gallimard 1988)
« La conception que développe Hobbes de l'homme s'inspire directement de la nouvelle physique issue de Galilée. L'homme est décrit comme une machine soumise au strict enchaînement des causes et des effets et ayant pour propriété naturelle le fait d'agir selon ses désirs. C'est ainsi au nom de la physique des corps que Hobbes va éliminer tout sentiment moral [au contraire d’Aristote qui conçoit la société comme fondée sur des valeurs morales]. L'anthropologie et la psychologie hobbesienne se construisent à partir du concept de puissance (power, également traduit par pouvoir), qu'il ne s'agit pas de comprendre en référence à la métaphysique d'Aristote mais en référence à la physique de Galilée. Hobbes imagine un état de nature où se déploient, de manière purement mécaniste, toutes les manifestations du désir de puissance de l'homme». (L'artificialisme politique de Thomas Hobbes)
Le philosophe et astronome Pierre Gassendi (1592-1665) qui reproche à Descartes autant qu’à Aristote leur innéisme et Marin Mersenne (1588-1648), philosophe et mathématicien surnommé « le secrétaire de L‘Europe Savante », ont été tous deux en étroites relations intellectuelles et épistolaires avec Hobbes et Descartes (qui se détestaient). Ils ont apporté une large contribution à une meilleure connaissance de ces courants nouveaux philosophiques.
Libertinisme
Libertinisme et Libertins
Le mot libertin vient du latin libertinus qui signifie ‘affranchi’ et désigne l’esclave libéré.
« Dans sa version d'origine, le libertin est celui qui remet en cause les dogmes établis, c'est un libre penseur dans la mesure où il est affranchi, en particulier, de la métaphysique et de l'éthique religieuse ; le sens qui prévaut de nos jours se réfère au libertin de mœurs, c'est-à-dire celui qui s'adonne aux plaisirs charnels avec une liberté qui dépasse les limites de la morale conventionnelle et de la sensualité bourgeoise normale, mais aussi, avec un certain raffinement cultivé. (Il serait souhaitable de ne pas confondre le « libertinisme », en tant que courant philosophique et littéraire, avec le « libertinage » qui désignerait plutôt un style de comportement relevant du sens deuxième du terme « libertin » (http://metisses.over-blog.com/ pages/Libertinisme_et_non_Libertinage-365431.html)
« C'est Crébillon fils (1707-1777) qui, le premier, a proposé une définition précise et fondé du même coup une typologie du libertinage qui allait connaître un grand succès : est libertin, pour lui, l'homme qui se sert de l'amour pour assurer le triomphe de sa fantaisie aux dépens de sa partenaire, qui érige l'inconstance en principe et qui, ne cherchant que le plaisir de ses sens et la satisfaction de sa vanité, n'accorde rien au sentiment dans l'entreprise de la conquête amoureuse. » (Encyclopédie Universalis)
Une définition qui pourrait convenir au donjuanisme. S’il faut distinguer le libertinisme et le libertinage, il est à noter que le terme de libertin désigne tout autant l’adepte de l’un comme de l’autre, et pour cause puisque bien souvent, il est l’adapte des deux. Sa liberté intellectuelle, sa liberté de penser, lui assure le droit à la liberté de mœurs puisqu’il ne tient pas compte des interdits religieux fondateurs jusqu’à la révolution de la morale sociale.
Si de nos jours le terme de ‘libertinage’ a une connotation sexuelle, si le libertin est toujours associé à des moeurs dissolus voire dépravés, c’est qu’il a toujours été associé à l’immoralisme, autrement dit qu’il a toujours désigné une déviance par rapport à la morale dominante du moment. En cela il est au moins logique que libertinage et tous ses dérivés est pour racine le mort liberté. Pour Calvin, au 16ième siècle, c’est déjà celui qui s’écarte de la bien pensance spirituelle ; Au 17ième siècle, sous la plume des jésuites, il est devenu l’impie, stoïcien donc athée. Le courant libertin n’est pas loin d’être libertaire. Autant que de libérer les moeurs, il tend à libérer la politique puisque le pouvoir du roi ne saurait être une émanation, un prolongement du pouvoir divin. Philosophiquement, s’il n’est pas encore dans les termes ‘matérialiste’le principal , il a été rationaliste avant l’heure. On peut dire que c’est ce courant de pensée qui , sans doute en corollaire avec la montée en puissance politique et économique de la bourgeoisie, est devenu après la Révolution (culturelle) Française, le courant de pensée dominant voire dominateur se cristallisant dans le dernier quart du 20ième siècle en une ‘pensée unique’ de plus en plus….moralisatrice.
John Wilmot, deuxième Comte de Rochester (1647-1680) fut de son vivant le porte drapeau de l’esprit libertin en Angleterre.
Courants Littéraires
Le Classicisme en Littérature
Voir Littérature/ Introduction. Le Classicisme Français
« On désigne communément par « Âge classique » français la période qui court de la fin du xvie au début du xviiie siècle, mais une telle expression peut prêter à confusion.
Le mot « classique » a en effet trois significations. La première et la plus évidente renvoie aux « Lettres classiques » et à l’enseignement des auteurs dits « classiques », c’est-à-dire aussi bien de l’Antiquité gréco-romaine que des Français considérés depuis le xviiie siècle comme classiques (Racine, Corneille, Molière, La Fontaine, Boileau…). Mais au xixe siècle, des gens de Lettres qui s’opposaient aux chevelus passionnés qu’on appelait alors les « romantiques » (en littérature et aussi en peinture et en musique) se sont revendiqués « classiques » au nom de la mesure et de la raison, et plus généralement, d’une esthétique en tous points opposée aux excès du romantisme. Le mot a donc pris un deuxième sens, en renvoyant précisément à une idée de l’esthétique du xviie siècle. Néanmoins, il faut le souligner, les écrivains du xviie siècle ainsi érigés en modèles d’ordre et de raison ne se considéraient pas, eux, comme « classiques » et n’employaient même pas le mot ». (Alain Viala, L'Âge classique et les Lumières PUF 2015).
Le terme ‘classicisme » vient du latin ‘classicus’ signifiant ‘ de première classe’. Le terme de ‘Classicisme’ n’est apparu qu’au XIXème siècle pour désigner « l’ensemble des caractères propres aux œuvres littéraires et artistiques de l’antiquité et du XVIIème siècle » (Le Dictionnaire Le Grand Robert). « Les autres littératures européennes réservent ce terme aux premiers auteurs classiques, c’est-à-dire les auteurs de l’Antiquité grecque qui ont servi ensuite de modèle à toute l’Europe » (https://courantslitteraires.wordpress.com/les-courants-litteraires/le-classicisme/).
En France, le classicisme littéraire qui apparaît dans la seconde moitié du XVIIe siècle et occupe tout le règne de Louis XIV, est une exception française dans une Europe vouée au baroque face auquel il réagit en opposant sobriété à excentricité, ordre à exubérance. Il concerne particulièrement les auteurs de la période 1660 à 1680. Période qui va de l’établissement progressif, non permanent, de la cour de Louis XIV au château de Versailles, toujours en travaux pendant 20 ans, jusqu’à son établissement définitif qui ferme la période des jeux, spectacles et plaisirs et ouvre la période qui jusqu’à sa mort en 1715 sera marqué du sceau d’une ferme religiosité sous l’influence de Madame de Maintenon.
L'esthétique classique est indissociablement liée à l’émergence de la monarchie absolue qui voulut établir dans sa gouvernance du pays un semblable principe d’ordre et de rationalité. La conjonction entre l'esthétique classique et l'existence d'un pouvoir centralisé, qui créa des structures propres à diffuser cette esthétique, a permis l'éclosion du phénomène particulier qu'est le classicisme français.: autorité royale mais aussi structuration de l’administration dont les bâtiments jouxtaient le palais, de l’économie par la réorganisation des manufactures (ateliers) privées en manufactures royales, et de la culture par la fondation des académies.
Ces auteurs du « Grand siècle » comme le nommé Voltaire sont bien sûr les auteurs de comédies et de tragédies, Molière, Racine, Corneille, et des écrivains tels que Boileau (1636-1717) et son Art Poétique, La Fontaine (1621-1695) et ses Fables, précédés par le poète de cour, poète officiel des rois, François de Malherbe (1555-1628) dont le souci de la rigueur formelle propre au classicisme ne va pas dans sa rupture avec les poètes de La Pléiade sans une certaine tendance à l'excès.
Le Baroque en Littérature
La première moitié du XVIIème siècle, correspondant à peu près au règne de Louis XIII, est dominé par cette expression exacerbée qui peut définir le baroque, notion inventée au XXème siècle. En France, deux auteurs des plus représentatifs de la littérature baroque sont le satiriste, Mathurin Régnier (1573-1613), opposant déclaré aux conceptions classiques de François de Malherbe (1555-1628), et l’auteur dramatique et poète Tristan L’Hermite (1601-1655) qui dans ses poèmes tend par ses métaphores et ses ‘pointes’ à rejoindre le courant précieux. On peut leur adjoindre l’ensemble des ‘libertins érudit’ tels les poètes Saint-Amant (1594-1661), Saint Évremont (1613-1703), Cyrano de Bergerac (1619-1655), le romancier Charles Sorel (1600-1674)…
En Italie, Marino Marini (1569-1625), qui vécut huit ans en France, est à l’origine du Marinisme, mouvement poétique qui, comme le Gongorisme en Espagne, fait prévaloir un style alambiqué, affecté. (voir Renaissance Littérature)
En Espagne, la parodie chevaleresque du Don Quichotte avait ouvert la voie à la littérature baroque au pays de son auteur mais aussi en Europe. Le poète Luis de Góngora (1561-1627) fera école avec son style amphigourique, à la syntaxe complexe, au vocabulaire emphatique, donnant naissance au Gongorisme ou Style Cultureno et au mouvement Culturanismo (Culturanisme) ; style auquel s’opposa le poète religieux, Fray Luis de León (1528-1591 Renaissance/Littérature/Poésie Ibérique).
En Allemagne, le classicisme désigné comme le « Classicisme de Weimar » couvre une période plus tardive qui va du voyage de Goethe en Italie en 1786 à la mort de Schiller en 1805. Au début di dernier quart du siècle, se sont installés à Weimar, outre Goethe et Schiller, Cristoph Martin Wieland, Johann Gottfried von Herder. Ce classicisme, inspiré à l’origine par les théories néoclassiques de l’archéologue Johann Joachim Winckelmann (1717-1768) n’en sera pas moins un compromis entre l’expression de la claire raison chère aux Lumières et la sensibilité (Empfindsamkeit) du cœur chers aux préromantiques, représentant des mouvements de l’Empfindsamkeit et du Sturm und Drang. En architecture, l’Allemagne du Nord, luthérienne ignorera l’emphase du Baroque qui se répandra par contre dans l’Allemagne du Sud.
En Angleterre, on considère qu’avec l’ouvrage de John Lily (1553-1606), L’Euphues (1581), commence en Angleterre le mouvement de l’euphuïsme que caractérise un style maniéré au langage précieux. Le poète Alexander Pope (1688-1744), traducteur d’Homère, qui n’adhère pas aux nouvelles formules littéraires et à l’esprit rebelle du siècle reste la référence du classicisme anglais. Dans L’Essai sur la Critique, il a exposé son esthétique qui, alliant qualités humaines et intellectuelles, est fondée sur la morale et la raison.
Le Courant Précieux et les Salons
La littérature baroque est en lien étroit avec la préciosié. L’esprit précieux apparaît en France dans les salons littéraires créés à l’initiative de dames de la haute noblesse qui se donnaient des surnoms. Le salon le plus couru dans la première moitié du siècle fut celui de Madame de Rambouillet qui se faisait appeler Arthénice. Elle tiendra salon de 1620 jusqu’à sa mort en 1665 en son Hôtel de Rambouillet. Ses deux filles prendront sa suite, mais le salon de Madame de Scudéry (1607-1601) deviendra au milieu du siècle le plus illustre. Dans son œuvre la plus connue, au succès retentissant, Le Grand Cyrus (1649-1653), roman interminable de plus de 13000 pages au style précieux et à l’esprit baroque, se mêlent amour, exotisme et combats.
Des études récentes remettent en cause l’existence même du courant précieux. Celui-ci serait désigné comme tel à partir de l’ouvrage de Louis de Roederer, paru en 1835, Mémoires pour servir à l'histoire de la société polie en France, dans lequel l’auteur oppose deux formes de préciosité, celle noble dans tous les sens du terme et celle dégradée issue de la bourgeoisie. Les dames de la noblesse étant réellement cultivées mais les bourgeoises ne se souciant que de leur toilettes et leurs manières, celles dont se moquera Molière. Les termes de précieux et de préciosité ne font pas partie du vocabulaire du siècle auquel on attribue ce courant.
(cf.https://fr.wikipedia.org/wiki/Les_Précieuses_ridicules#La_question_de_la_ « préciosité »)
Parlons plus de courant que de style, le style ne relevant du seul fait littéraire. Le courant précieux, qui englobe le style, véhicule une pensée émancipatrice bien éloignée de la caricature, comédie oblige, qu’en a faite Molière associant méchamment les précieuses à un ridicule que seul nous retiendrons. Lé préciosité s’attache à une précision, à une recherche d’un vocabulaire précis qui bien évidemment en ses débordements linguistiques peut prêter à sourire mais qui révèle pour autant un souci de la langue et du style. Cette comédie a eu de sa création à nos jours pour effet d’oblitérer de manière fâcheuse -les fâcheux n’étant pas toujours du côté opposé au bien pensant, J.B. Poquelin commença ainsi en 1659 sa carrière en ridiculisant les précieuses …mais non les précieux ( ?!) - d'oblitérer ce que ce réel mouvement des mœurs féminines pouvait avoir de dérangeant pour la bien pensance du moment.
A l’origine se trouve la réaction de certains nobles vis-à-vis des mœurs et des comportements à la cour du Vert Galant qu’ils jugeaient devenus par trop grossiers, manquant de raffinement, de délicatesse.La recherche d’un raffinement, d’une délicatesse dans les relations comme dans le langage dès le début du XVIIème siècle, verra s’ouvrir nombres de « Salons » où intelligentsia et gens « du monde» élaboreront de nouveaux usages, un style nouveau, un courant de pensée nouveau, ferraillant poétiquement, mettant en chanson le dernier poème à la mode, mais aussi festoyant, jouant à tous jeux de société, et folâtrant dans les champs à la belle saison.
Ces salons connaîtront un certain ralentissement d’intérêt au début du règne de Louis XIII puis retrouveront un regain d’intérêt avec la venue au pouvoir du Cardinal de Richelieu. La Marquise de Rambouillet ouvre en 1620 le salon qui restera dans les mémoires. C’est vers le milieu du siècle que les salons firent réellement floresse et que La Préciosité prit toute son ampleur et dans les lettres et dans la noblesse grande et moins grande. Aussi fait-on souvent débuté ce courant à ce moment du siècle. Le salon de Mlle de Scudéry (1654) qui à travers les générations est un des rares à avoir rivalisé avec celui de La Marquise de Rambouillet marquera l’aboutissement du courant précieux, voire sa décadence avec sa mièvre « carte du (pays imaginaire du) Tendre » que l’on trouve dans son roman de Clécie mais dont la paternité est revendiqué par l'abbé d'Aubignac. Carte qui nous décrit le parcours de la ville de Nouvelle-Amitié au pays de Tendre qui s’étend sur trois villes sur rivière, représentant les trois formes de tendresse que l’on peut éprouver : Tendre-sur-Inclination, Tendre-sur-Estime et Tendre-sur-Reconnaissance.
Dans ce mouvement qui porte une réelle revendication féministe, il faut compter avec
- Madeleine de Souvré, Marquise de Sablé (1599-1678) de par mariage, auteur de Maximes, qui avec sa compagne la Marquise de Saint Maur avec qui elle finira sa vie au janséniste couvent de Port-Royal des Champs, ouvrit Place Royale, actuelle Place des Vosges, également un salon que fréquenta l’auteur des plus célèbres des maximes, La Rochefoucauld.
- Madame de Scaron , épouse du romancier et homme d’esprit, qui de gouvernante des enfants de Louis XIV deviendra Madame de Maintenon.
- Mademoiselle de Montpensier.
- Madame de Sully.
Ne faut-il pas voir dans l’esprit de ces femmes ouvrant salon comme dans leur écrit une prise d’indépendance de la femme et du choix de son (objet du) désir vis-à-vis de l’homme ?
« Il existe quatre formes de la Préciosité:
- La Préciosité morale : droit pour la femme de disposer librement d'elle-même
- La Préciosité des manières : distinction inimitable, haine du pédant et du provincial.
- La Préciosité du langage : correction et pureté, pensée d'un tour original, métaphores, périphrases...
- La Préciosité du goût : mépris des Anciens, des bourgeois et des pédants, goût des questions psychologiques et morales. » ( référence égarée). »
Du point de vu stylistique, l’auteur précieux s’attache autant au vocabulaire qu’au style. Dans le premier, il recherche la précision du sens, l’originalité des mots avec le recours au néologisme, la multiplication de l’adverbe marquant toujours le superlatif. Au second, il lui demande d’apporter au lecteur un étonnement, une curiosité par l’emploi systématique de la métaphore, de l’hyperbole, de la périphrase, de la chute souvent mordante.
La Préciosité a pris dans la mouvance baroque des noms différents : euphuisme en Angleterre, gongorisme en Espagne, marinisme en Italie.
L’ Euphuisme
C’est sous le règne de la Reine Vierge qu’avec ces deux romans Euphues, The Anatomy of Wit (Euphuès, ou l’Anatomie de l’Esprit) en 1578 (1580 ?), puis en 1580 (1581 ?) avec Euphues ans His England (Euphues et son Angleterre), que le poète John Lely ou lylly (1554 - 1606) initie un courant qui s’étendra à toute l’Europe, devançant l’Italien Gian Batista Marino et son Adone de 1623, l’Espagnol Louis de GÏŒngora et ses Soledades de 1613 ou encore le poète de La belle Matineuse, le Français Vincent Voiture. Ce courant prendra tout naturellement le nom d’euphuisme en Angleterre et de précieux en France, de gongorisme ou de cultéranisme (selon Sotomayor) en Espagne, de marinisme ou de pétrarquisme en Italie. C’est d’ailleurs en Italie que les premiers signes avant coureurs de ce style nouveau s’étaient manifestés chez Boccace dans sa version du roman moyen-âgeux Filicolo (L'Amoureux de l'Amour), dans L'Arcadia (1504) de Jacopo Sannazzaro ou chez discrètement Le Tasse.
ευφυής en grec ancien signifie intelligent, ingénieux, doué, en fait brillant, esprit brillant, de là brillant causeur, puis par la suite celui qui cherche à épater par son savant parler autant que par son érudition, fut-elle un vernis de culture mais…d’aspect brillant. Un langage élégant, un vocabulaire sophistiqué exprimant une pensée subtile, au second degré, spirituelle dans le sens de conceptuelle que l’on retrouvera dans le conceptisme de l’Espagnol Alonzo Ledesma et les concetti du marinisme.
L’euphuiste avec le temps est passé du statut du jeune homme vif d’esprit à celui de pédant raseur.
Le Marinisme
Gian Battista Marino (1569-1625), connu en France sous le nom du Cavalier Marin marque de son empreinte les lettres baroques italiennes. Sa renommée s’étendit dans toute l’Europe. Doué d’une aisance particulière, d’une facilité d’écriture et d’une vive imagination, il s’inscrit et illustre mieux que n’importe lequel de ses compatriotes le rejet de l’expression banale et la recherche de la meilleure façon d’exprimer de manière vive, incisive ce qu’il y a de plus singulier, de particulier sur ce dont on parle. C’est la recherche de l’argutezza avec son cortège de superlatifs, de termes rares, sa syntaxe emberlificotée, son usage de l’ellipse, de l’ambiguïté, de la métaphore dans un souci d’étonner, de surprendre agréablement. C’est le souci d’une pensée raffinée, du concetto, conception subtile des choses et des idées, Ainsi, il n’est plus question du soleil mais du « bourreau qui de la hache de ses rayons coupe le cou à l’ombre » ; Les fleuves deviennent « le sang bleu de la nature ». Ce qui ne va pas sans attirer l’ironie de nombre de détracteurs, surtout quand ce qui apparaît à leur yeux pour un artifice de langage, jeu vain de l’esprit aboutit aux léporeambi pour le coup véritables « exercices phoniques », « puzzles verbaux », « caprices poétiques inventés par Ludovico Leporeo (1582-1655) dans son ouvrage du même nom.
L’Accademia dell'Arcadia - L’Arcadie
Christine de Suède (1626-1689), reine de Suède à l’âge de 6 ans abdique à 28 ans après 8 ans de règne effectif. Convertie au catholicisme, elle s’établit à Rome définitivement en 1668, à 42 ans, et y mourra. Femme au caractère trempée, libre de mœurs, cultivée, portée aux arts et aux lettres, elle s’entoure d’œuvres d’art constituant un véritable musée et sa bibliothèques avec ses 5000 ouvrages n’est pas moins importante. Mécène et bienfaitrice, elle s’entoure également d’artistes, de musiciens d’écrivains reconnus qu’elle protège, soutient. Le Palais Corsini où elle s’est installée est un véritable foyer culturel ; Même un véritable bouillon culturel puisque ce sont (quatorze) des poètes, qui ont été familiers du palais qui fondent après sa mort, en 1690, l’Académie d’Arcadie, faisant de Jacopo Sannazzaro, auteur en 1504 du très célèbre roman Arcadia et initiateur du genre pastoral au 16ième siècle, leur père spirituel.
Tout un programme-titre puisqu’il renvoie à la région montagneuse de l’Arcadie, au centre du Péloponnèse, région retirée du monde que les poètes grecs avaient déjà chantée comme un monde à l’aube des temps. Un monde vierge et sauvage, d’avant l’histoire des hommes en quelque sorte, le pays d’origine, le pays hors du temps, le pays où l’on revient aussi dans les moments de crise de sa vie pour se ressourcer, pour retrouver une innocence perdue, pour laisser sa peine amoureuse, le déchirement d’avec l’être aimé librement s’exprimer, un monde imaginaire, transfiguré par la poésie, un monde aussi où l’imagination est reine. Telle sera l’Arcadie des poètes dont rêveront les poètes baroques qu’ils soient d’Italie ou d’ailleurs.
Le rayonnement culturel italienne sur l’Europe ne tient pas seulement au talent et au génie, de ses poètes, artistes, philosophes, souvent bien tout cela à la fois, mais également aux courants de pensée qu’ils ont initié, aux orientations qu’ils ont donné à la culture européenne par leur écoles et académies. Souvenons-nous par exemple du mouvement franciscain et des artistes qu’il emporta dans son sillage, de la Camerata Fiorentina et des conséquences de ses recherches sur l’évolution de la poésie et du théâtre qui donnèrent naissance à l’opéra, sans parler bien évidemment du courant humaniste dont les fondateurs philosophes et artistes qui ne sont restés les plus connus de nos jours comme un Jean de Ravenne, un Guarini ou un Le Filarete, un Masaccio.
C’est l’Italie qui lança ce goût nouveau pour les académies, cénacles où confluent tous les courants de pensées aussi bien que les domaines de recherche scientifique. Bien sûr, c’est le roi, le pouvoir qui choisit ceux que longtemps plus tard on nommera les ‘spécialistes’ ou les ‘experts’. Académie des Arts, des lettres, des sciences , de médecine, telles que celles créées en France sous Louis XIII et Louis XIV.
Mais les académies d’Arcadie ou les Arcadies se veulent marginales et prennent leur distance par rapport à ces lieux officiels de la culture. Elles se veulent pour employer un mot qui n’avait par cours à l’époque mais dont la chose était présente dans les esprits animés qu’ils étaient de l’idéal antique, démocratiques. Chacun des membres, d’ailleurs, y prend un pseudonyme, à connotation pastorale inévitablement, sans qu’un titre, une ascendance ne viennent créer quelque hiérarchie. Et le choix de ses membres se fait par cooptation.
Des arcadies se formèrent dans la péninsules et dans toutes l’Europe et certaines comme en Allemagne furent particulièrement actives et vivantes ; En France, le pouvoir centralisateur, sans pour autant une volonté délibérée, s’opposa ‘naturellement, à toute marginalité de la culture et si Arcadie il y eut se fut de manière moins ostensible que ses sœurs étrangères.
De quoi s’agissait-il en fait ? Quel (s) étai(en)t leur(s) but(s) ?
il s’agit en réaction au Sécentisme ( marinisme) « d’exterminer le mauvais goût » au nom de la raison, du sérieux, de la logique. » (Paul Arrighi, Littérature italienne - Que-sais-je ?).Ceva écrira en 1706 que « la poésie est un rêve fait en présence de la raison ». La voie est ouverte à la claire pensée du 18ième siècle. Les poètes antiques restent à l’honneur et particulièrement les Virgile et Théocrite ; Pétrarque aussi, mais un Pétrarque retrouvé. Sous le rutilement des ors des palais, c’est de bergers et debergères dont on parle, c’est de la vie champêtre à laquelle on aspire. Sentiment de la nature, sentiment amoureux, plaisir de la vie mais le tout avec tempérance comme ‘prescrit’ par Anacréon (5 s.a.c.), ce poète grec de la jouissance mesurée, du charme et de la légèreté .Pour la métrique on préfère le nouveau sonnet à l’ode de Pindare ou la canzone de Pétrarque.
Les acardias furent très fécondes, le pire et le meilleure se mélangent en une profuse production.
La Société Fructifère (Fruchtbringende Gesellschaft) ou de l’Ordre du Palmier (der Palmenorden),
La Guerre de Trente Ans entre la Ligue Catholique et l’Union Protestante commencée en 1620 par la Bataille de La Montagne Blanche, se soldera par un effondrement démographique Outre-Rhin avec quelque 7 millions de morts. Les esprits en seront profondément marqués.
La position géographique de la Silésie, située actuellement pour sa majeure partie au sud de la Pologne, et en partie au sud-est de l’Allemagne et au nord ouest de la Tchéquie, sera moins touchée par les désastres de cette guerre interminable. Elle maintiendra une vitalité culturelle qui donnera naissance à deux écoles littéraires dont l’influence se fera sentir sur l’ensemble des pays germanophones. La première aura pour chef de file Martin Opitz, originaire de Bunzlau, la seconde Hoffmann de Hoffmannswaldau né à Breslau (Wroclaw).
Sous leur impulsion, langue allemande va s’affirmer. Des académies littéraires vont s’ouvrir, toutes dans le but d’illustrer et de défendre la langue allemande. Poètes et romanciers vont se détacher du latin et de l’influence des autres pays comme la France, l’Italie ou les Pays-Bas. A l’affirmation et à l’autonomie de la langue suivront naturellement affirmation et originalité de la pensée.
Notamment, la Société Fructifère (Fruchtbringende Gesellschaft) ou de l’Ordre du Palmier (der Palmenorden), le palmier étant l’emblème du supérieur de l’ordre. Un cercle de lettrés et de philologues entourés d’aristocrates de la haute noblesse ouvrent en 1617 (bien avant les françaises) cette société, avec l’approbation du Prince Louis d'Anhalt-Köthen (L'Anhalt-Köthen est un état du N.E) au château duquel se dérouleront les séances. Cette société qui perdurera un demi-siècle est comparable aux Arcadies italiennes, si ce n’est qu’elle s’est instituée en un véritable ordre ; Les membres avaient également un pseudonyme, correspondant à une valeur distinctive. Opitz s’appelait le Couronné ; Gryphus, l’Immortel; Zesen, le bon Compositeur; Harsdörffer, l’Enjoué ; Et le Baron von Logau, maître de l’épigramme, le Diminuant (Verkleinernde), celui qui fait petit autrement dit qui fait court.
Il s’agissait d’abord et avant tout de préserver le Hoch-deutsch, le Haut Allemand, parlé de manière générale dans le centre (allemand supérieur) et dans le Sud y compris Suisse et l’Autriche (Moyen Allemand), distinct du Bas Allemand (Niedrig-deutsch), parlé dans le Nord, les Pays-Bas, la Belgique,; Ces deux zones linguistiques étant séparées par une ligne ouest-est qui irait de Düsseldorf à Berlin : Préserver le Haut Allemand de l’intrusion et de l’emploi de vocables étrangers, le Haut Allemand se devant ainsi de développer et d’affiner son vocabulaire afin de n’ avoir recours qu’à ses propres vocables pour exprimer concepts et idées. Développement et amélioration de la langue par le vocabulaire et de l’orthographe pour une expression plus précise, mais aussi de la grammaire pour une formulation plus claire.
L’Ordre des Bergers et des Fleurs de la Pegnitz. -Pegnesischer Hirten und Blumenorden.
Cette société fut fondée en 1644 à Pegnitz, ville de Bavière près de Bayreuth du nom de la rivière qui la traverse. Cette société est la seule des sociétés et académies baroques a être toujours en activité.Son fondateur est Georg Philipp Harsdörffer (1607-1658), le grand défenseur de la langue allemande au XVIIème siècle. Elle prend pour modèle la Société Fructifère. Ses membres se font appeler les Bergers de la Pegnitz. Son but est donc de soutenir (défendre) et d’améliorer (illustrer) la langue allemande.
Écoles de Silésie
La figure centrale de la première école de Silésie est l’honorable poète Martin Hopitz (1597-1639). Jusqu´au 17ème siècle la poésie allemande était sous l’emprise par la poésie contemporaine en latin. Opitz commença à écrire en s’inspirant de Pétrarque qu’il fit découvrir et qui devint pour les poètes germanophones l’exemple à suivre voire à imiter.
Son "Martini Opitii Buch von der Deutschen Poeterey " (Traité de la Poésie Allemande) (1624) pose les bases de la versification autant que de la prosodie. Notamment, il préconisa une métrique régulière du vers composé de iambes (pieds à deux syllabes dont une longue et une courte ; Le vers ïambique est constitué de pieds pairs iambiques) qui a la spécificité de mettre en évidence une cadence régulière, l’accentuation des temps forts par rapport aux temps faibles , et non plus des brèves et des longues en succession aléatoire.
Baron Friedrich von Logau, Paul Flemming , André Gryphius, André Tscherning, Enoch Glaeser, Henri Buchholz, Frédéric de Logau sont les principaux représentants de cette première école de de Silésie.
Christian Hoffmann de Hoffmannswaldau (1613-1679) initie la Seconde Ecole de Silésie.
Si d’une manière générale, il respecte les règles prescrites par M .Opitz, il n’hésite pas à tendre sa plume vers le Marinisme et bien d’autres sources européennes, italiennes, anglaises, françaises. Ne lui a-t-on pas reproché un style enflé qui ferait par trop pensé à Gian-Batista Guarini (1537-1612), l’auteur du mémorable il Pastor fido ? Et bien que soucieux d’un langage nouveau, loin du Alt Deusch Art, du vieil art allemand, de « son style cru » dit-il , et que sa poésie soit d’une légèreté, d’une sensualité bien étrangère à M. Optiz, dans son ouvrage paru l’année de sa mort, Traductions Allemandes et des Poésies, il n’en réaffirmera pas moins sa filiation au « père de la poésie allemande ».
Daniel-Gaspard de Lohenstein, Henri Muhlpfort et Christian Hallmann furent les fidèles disciples de Christian Hoffmann.
La Querelle des Anciens et des Modernes (Fin du Siècle)
La question posée dans La Querelle des Anciens et des Modernes est la question récurrente dans l’histoire des arts et des lettres de savoir si les auteurs, compositeurs, artistes doivent continuer à se référer dans le choix des formes et des genres à des modèles anciens dits classiques, qui ont fait leur preuve par leur pérennité de leur efficacité à exprimer de la meilleure façon les notions fondamentales du Beau, du Bien et du Vrai ou doivent-ils innover, forcément innover, trouver de nouveaux modes d’expression dans la forme et la langage propre à traduire, la sensibilité et les valeurs éthiques d’une époque, toujours nouvelles car émergeant de l’évolution des mentalités plongées dans l’Histoire. Tradition ou Modernité ?
Les canons, les styles, les formes, les genres qu’utilisèrent les Anciens devenus avec le temps des Classiques ont-ils une fois pour toutes donner les moyens aux créateurs d’atteindre à l’intemporalité du seul fait de leur pérennité?
Une autre question est sous-jacente à celle-ci : Cette référence constante aux formes culturelles antérieures n’-a-t-elle pas pour fonction d’endiguer les mouvements artistiques et littéraires dans un courant d’esprit qui ne saurait ainsi dériver vers une modernité perçue comme négative dans son non respect de la tradition, fondement, ciment même de la vie en société. La question touche au politique. Or dans la querelle des Anciens et des Modernes de la fin du XVIIème siècle, l’enjeu était aussi politique. Nous sommes sous un régime monarchique centralisé et il ne saurait y avoir d’arts et de lettres que reconnus par le roi au travers des (nouvelles) académies royales. Les Anciens seraient les garants de la stabilité du pouvoir, les Modernes ceux susceptibles de porter les esprits à plus de liberté de penser et d’agir.
La réponse n’est pas aussi évidente car si le politique intervient, l’Homme aussi en tant qu’il est le sujet et le projet premiers de la représentation artistique et de l’expression littéraire. La modernité qui épouse l’air du temps, suit courants et modes de la mentalité de son époque, toujours à la recherche d’un progrès sur sa précédente, ne tend-t-elle pas à asseoir, codifier de nouvelles règles morales et esthétiques, tandis que le Tradition, au-delà de la morale de l’instant, de l’actualité historique, de l’anecdotique aventure humaine, n’aspire-t-elle pas à exprimer l’Homme en son universalité ? La Modernité ne peint-elle pas « l’homme tel qu’il doit être » comme Racine en ses tragédies, et la Tradition ne peint-elle pas « l’homme tel qu’il est » (de tous temps) comme Corneille en les siennes ?
Cet affrontement de deux conceptions, en fait, de la société apparaît généralement quand après une cohabitation plus ou moins acceptée par les deux camps, la prépondérance d’une des deux parties se faisant plus prégnante, le conflit éclate. Si l’on tirait jusque là à fleuret moucheté, la rixe éclate. Si c’est bien sûr toujours les Modernes qui triomphent afin que comme dans un roman se poursuive l’Histoire. D’eux mêmes, ils finiront par s’installer dans un conformisme, un confort « classique » que l’on dit académisme, et leur pauvreté d’invention laissera émerger un retour aux formes anciennes, une redécouverte des chers maîtres du passé- qu’ils nous reviennent de l’Antiquité, du Bas ou du Haut Moyen-âge, de l’antépénultième siècle- pour devenir sources d’inspirations des nouveaux créateurs, alors modernes ou post-modernes comme si la modernité n’était jamais qu’une mode, un mode indispensable aux sociétés à leur adaptation à l’écoulement du temps.
Courants Religieux
La Spiritualité en Allemagne
Hormis celle de ses spiritualistes, la pensée protestante, si ce n’est à considérer que la foi que le réformé a en le Christ Sauveur est en soi une voie d’union à Dieu, n’a suscité aucun écrit dans la veine rhénane, n’a éveillé à aucune illumination. Quant à la pensée catholique, elle s’est forgée au travers des codes établis par la réforme tridentine que véhiculait l’enseignement jésuite.
Johannes Denck
De l’approfondissement de sa connaissance de la Bible et de l’Hébreu, Johannes Denck (1495/1500-1527) adopte une attitude sceptique sur la vérité qu’est censée révéler le Livre, là où lui ne voit plus que contradictions. Il se sent appeler à une révélation intérieure pour affermir une foi qui ne le dispense ni du péché ni de ses doutes.
En 1525, Denck reçoit le baptême d’un un anabaptiste de St Gall et devient le chef des anabaptistes de Nuremberg
Denck amarqué profondément les esprits de son temps. Sceptique éloigné de tout dogmatisme, Denck est de ceux qui, au sein de la Réforme, ont voulu introduire face au sectarisme une liberté de penDenck s’intègre au mouvement anabaptiste tout autant qu’à celui des spiritualistes en ce que pour lui, les sacrements comme le baptême ou l’eucharistie ne sont que marques d’une profession de foi qui engage celui qui les reçoit dans une démarche personnelle intérieure, seule voie de connaissance de la vérité divine. ser et de jugement qui le rattache à l’esprit humaniste. Celui qui a déclaré « là où est la foi, il n'y a pas de péché ; là où il n'y a pas de péché demeure la vertu divine ».
La Theologica Germanica
La Thelologica Germanica est un traité édité pour la première fois en 1518. . En 1528, parut une deuxième publication par les soins de Ludwig Haetzer avec l’avant-propos de Denck et sous le titre Théologie Allemande (Deutsch Theologia et non Germanica), attribué à Bertold Pürstinget (1465-1543 connu sous le nom de Pirtstinger ou Berthold de Chiemsee).
S’il n’y a pas eu simultanément en 1528 la réédition de la Thélogica Germanica et la première publication de la Deutsch Théologia, il semblerait qu’entre les sources une confusion ou une assimilation soit faite avec la Germanica et la Deutsch toutes deux écrites en allemand.
La Thélogica Germanica avec avant-propos de Denck eut un immense succès auprès des spiritualistes et anabaptistes et ultérieurement piétistes, en ce qu’elle s’enracinait dans la tradition rhénane. Le Christ est le chemin de la perfection qui passe par « le renoncement au péché et à l’égoïsme, pour en arriver à ce que, ultimement, la volonté Divine remplace la volonté humaine[. » (http://sources-spirituelles-et-mystiques.blogspot.fr/2010/08/hans-denck-la-theologica-germanica.html).
Quant à la Deutsch Théologia, vraisemblablement écrite par Pirtstinger, elle semble bien s’inscrire, ne serait-ce que par l’activité de son auteur, dans le droit fil de la lutte anti-luthérienne.
Quant à la Deutsch Théologia, vraisemblablement écrite par Pirtstinger, elle semble bien s’inscrire, ne serait-ce que par l’activité de son auteur, dans le droit fil de la lutte anti-luthérienne.
Sébastien Franck
Sébastien Franck (1499-1542), né en Bavière, ni grand penseur, ni grand érudit, ni simple compilateur, panthéiste (Dic. Alsacien), supranaturaliste, Koyré), s’est forgé à partir des emprunts divers qu’il fait, une pensée cohérente avec quelques lignes directrices et marquée profondément par la tolérance et le souci d’impartialité à l’image de son Dieu qui est « doux et sage», à l’opposé de la figure luthérienne.
« Sa religion se confond souvent avec la morale ; son ‘mysticisme ‘ est une métaphysique pensée plus que vécue. C’est de la philosophie, nullement de l’expérience…Il n’a jamais eu le sens du mystère, c’est pourquoi il préfère la Théologie Germanique à Maitre Eckart » (A.Koyré .)
Caspar Schwenckfeld
Caspar Schwenckfeld (1489/90-1561), né en Silésie,fortement influencé par Luther, comme son maître et contrairement à Sébastien Franck, adhérait à une conception de l’homme privé de toute liberté. Comme chez les autres spiritualistes, il reconnaissait fondamental la présence du « Christ en nous » mais ce Christ était un « Christ pour nous ». Seule, la grâce nous sauve et non quoi qu’on fasse, et quelles que soient nos œuvres. Rien que l’on puisse faire qui nous accorde le salut. Plus luthérien que Luther lui-même, mais qui avait rejeté le contenu de la Confession d’Augsbourg ( voir Réforme/Luther), il fut plus que tout autre un Schwärmer renié par le maître de Wittenberg. Il poussa plus loin son hérésie luthérienne en affirmant que les Martin Luther traitait de « Schwärmer » ceux qui étaient portés à la mystique ou à l’illuminisme. Le terme peut avoir plusieurs acceptions. On peut le traduire en français par ‘rêveur’, ‘enthousiaste’, ‘visionnaire’ ou encore ‘fanatique’[1]. Dans l’esprit de Luther, il pourrait avoir signifié ‘doux rêveur’ ou peut-être plutôt ‘doux dingue’ sinon ‘échauffé’.
Schwenckfeld élabora toute une théorie sur le Corps Céleste et la vraie Église.
Valentin Weigel
Valentin Wiegel (1533-1588), opposé à toute forme d’extériorisation de la vie religieuse, adhère avec Schwenckfeld à cette nécessité d’une conversion intérieure de l’homme qui est « résurrection de l’homme tel qu’il fut ab æterno en Dieu. » (A.Koyré)
Pour Weigel et les spiritualistes de son temps, est chrétien tous ceux qui ont la foi de quelle qu’origine qu’ils soient. De quelle que confession qu’ils soient, ils forment la Vraie Église, qui n’est pas l’Église extérieure des religions institutionnalisées.
Si c’est par la naissance en nous du Christ, Homme-Dieu de toute éternité, qui nous fait participer à la vie divine[1], c’est le moment de sa mort qui est le moment essentiel de notre conversion, de notre vie intérieure même, car cette mort est abandon, mort à soi-même. Le rapprochement avec la Gelassenheit eckartienne est inévitable.
Notes
[1] Cette notion de participation à la vie divine ne va pas sans rappeler la notion de théosis. La théosis a conservé dans la Tradition orthodoxe le sens de participation à la Vie divine. Pour la Tradition catholique, elle prend ‘seulement’ le sens du cheminement de l’âme vers le salut. Pour l'une comme pour l'autre de ces Traditions, le Fils incarné est le pivot de cette théosis qui est dans un cas comme dans l'autre une com(mune)-union de l'âme à Dieu. De même que Dieu s'est fait homme, Il fera de l'homme Dieu, non pas en essence (enosis) mais à Sa pleine image (théosis).
La Théosis, bien que très ancienne notion du christianisme empruntée à la pensée grecque, a toujours était gardée sous silence par l’Église car elle tend à minimiser son rôle d’intermédiaire par les œuvres et les sacrements.
La théorie de la connaissance[chez Weigel participe de l’innéisme, doctrine selon laquelle « idées ou structures mentales sont innées, c'est-à-dire présentes dès la naissance… idées primitives à partir desquelles notre esprit va connaître les choses. Mais il y adjoint la théorie des correspondances de Paracelse entre microcosme et macrocosme. L’homme-microcosme participe réellement au macrocosme Entre idées innées qui permettent la connaissance et correspondance des mondes, la connaissance se place comme connaissance de l’objet en tant que semblable à nous-mêmes.
France
Les Courants
La pensée religieuse sera traversée au cours du XVIIème siècle de divers courants auxquels pour chacun sont restés attachés des noms parmi les plus brillants de leur époque, le catholicisme avec Bossuet, le quiétisme français avec Fénelon, le jansénisme avec le Grand Arnauld, l’École Française avec Pierre Bérulle, le mouvement salésien avec St François de Sales, le fidéisme avec Pierre-Daniel Huet., les saint sulpiciens avec Jacques Olier...
Outre l’influence du néerlandais Cornelius Jansen (1585-1638) à l’origine du Jansénisme en France avec L'Abbé Saint Cyran, qui l'introduisit à Port-Royal, la spiritualité française puisera ses sources également dans deux courants géographiquement opposés, l’École Rhénane et le Carmel Déchaussé (réformé) de Ste Thérèse d’Avila ( voirRenaissance/Humanisme et religion/La Mystique en Espagne).
L’École Française
L’ensemble des propagateurs d’un essor du mouvement spirituel en France au XVIIème siècle est regroupé sous le terme d’École Française de Spiritualité. Sa mission est d’abord l'éducation de la foi. Chacun de ses maîtres aura sa méthode, son charisme, sa parole. Les principaux en sont Le Père Corton (1564-1626), Pierre Bérulle (1575-1629), Saint Cyran (1581-1643), Jean Eudes (1601-1680), Louis Bourdaloue (1632-1704), Louis-Marie Grignion de Montfort (1673-1716), nommé par Clément XI missionnaire apostolique, fondateur de plusieurs ordres et dont l’œuvre et sa célèbre prière Totus tuus (‘tout à vous’, utilisé parfois comme signature ecclésiastique) est vouée à Marie. Cette option pour la formation chrétienne va se traduire différemment chez les uns et chez les autres, mais elle accompagne les initiatives de plusieurs maîtres de l'École française.
L’école comme les autres missions françaises, La Congrégation de Jésus et Marie, ou Eudistes fondés en 1643 par saint Jean Eudes, La Congrégation de la Mission (Lazaristes) fondée la même année par st Vincent de Paule « diffèrent de celles des autres pays latins en ce qu'elles n'ont pas d'abord un objectif pénitentiel. Elles veulent présenter les rudiments de la foi dans les campagnes et lutter contre un des principaux maux de l'Église de France : l'ignorance de la population. Elles ont eu pour effet de susciter la créativité pour exprimer dans des dévotions et des images comme celle du Cœur de Jésus et de Marie les thèmes de l'École française » (Hermann Giguère, Le Contexte De La Spiritualité Française Au Xviie Siècle Québec 2014. http://carrefourkairos.net/msp/ france.htm)
« Dans son traité portant sur l’oraison, le jésuite espagnol Alphonse Rodriguez, bien connu dans la France du XVIIe siècle, distinguait l’oraison « commune & aisee » d’une autre « tres-particuliere, extraordinaire & privilegiee »â€¯en principe réservée aux « parfaits »… La première oraison correspond à cette méditation sur divers mystères (ou oraison dite « discursive ») réglée par Ignace de Loyola et développée notamment par Luis de la Puente et toute une tradition française. La seconde méthode, généralement critiquée, voire réprouvée (de l’élimination des alumbrados espagnols à la condamnation du quiétisme[1]) , absente des traités d’Ignace de Loyola, est cependant bien représentée dans la France du XVIIe siècle par de nombreuses personnalités entre autres, le capucin Benoît de Canfield, les oratoriens Bérulle, Condren ou Séguenot, les carmes Jean de Saint-Samson ou Laurent de la Résurrection, les jésuites Lallemant, Rigoleuc ou Surin, l’ursuline Marie de l’Incarnation, François Malaval » (Frédéric Cousinié , Images et contemplation dans le discours mystique du XVIIe siècle français Revues Dix-septième siècle Numéro 2006/1 (n° 230)
Notes
[1] Sur le Quiétisme Voir Religion/ Mystique/Espagne
Le Fidéisme
Le Fidéisme est un mouvement à l’origine duquel se trouve le théologien, académicien, Pierre-Daniel Huet (1630-1721). Evêque de Soissons puis d’Avranches, éminent apologiste des Écritures, grand érudit, critique littéraire qui pris parti pour les Anciens contre les Modernes, amateur d’art, Huet fréquenta le Salon de Mlle de Scudéry. Opposé au cartésianisme, il professait que les vérités naturelles et surnaturelles ne sont accessibles que par la révélation, dans une confiance (fides) totale en Dieu. Conception qui le rapprochait de Pascal pour qui « Dieu est sensible au cœur et non à la raison ». Cette doctrine sera reprise au XIXème siècle par les traditionalistes, l’abbé Félicité de Lamennais († 1854), entre autres, député de la Constituante et traducteur de L’Imitation selon Jésus-Christ (1er quart du 14ème siècle, voir BMA/ Mystique du Moyen-Âge Tardif/Mystique du Nord), et le contre-révolutionnaire, philosophe et homme politique, Joseph de Maistre (†1821) pour qui la Providence jouait un rôle permanent dans les affaires humaines..
« La raison se borne à observer et à classer les apparences ; seule la foi, illuminant l'intelligence (elle-même intuitive, donc distincte de la raison, qui est analytique), nous fait connaître le fond des choses, c'est-à-dire les réalités spirituelles » (Encyclopédie Universalis/ Fidéisme).
Port-Royal
A l’origine, l’abbaye de Port-Royal des Champs est une abbaye cistercienne fondée dans la vallée de Chevreuse en 1204. Au fil des siècles l’abbaye prendra de l’importance et n’aura de cesse d’accroître ses terres jusqu’à border le parc de Versailles, ce qui cause une dissension avec le roi pour le contrôle des sources. En 1602, alors qu’elle n’a que 16 ans, Jacqueline-Angélique Arnauld (1591- 1661) en devient l’abbesse et en 1608 entreprend une réforme stricte de la vie des sœurs à qui elle impose la clôture. Une réforme qui ne va pas sans rappeler celle de Ste Thérèse en 1562 au Couvent St Joseph d’Avila qui fonda alors en un retour strict à la règle du Carmel l’ordre Carmélites Déchaussées (en signe d’humilité). Les années 1620-30 sont les plus belles années de Port-Royal des Champs. En 1625, est acheté dans le Faubourg Saint-Jacques, par Angélique et sa mère Catherine Marion qui entrera dans les ordres avec le nom de Catherine de Sainte Félicité, le château de Clagny, construit par et pour l’architecte du Louvre de La Renaissance Pierre Lescot et légué à son neveu, aujourd’hui partie intégrante de l’Hôpital Cochin (maternité). Il s’agissait à ce moment-là d’évacuer les religieuses de Port-Royal des Champs qui subissaient une épidémie de paludisme causé par les marécages alentours et qui avait déjà fait de nombreuses victimes. Ce sera le couvent de Port-Royal de Paris qui sera fermé en 1790.
Les Jésuites
Au XVIIème siècle, les jésuites continuèrent de faire de l’enseignement le fer de lance de la Contre-Réforme. Les bases en sont : L’élève n’est jamais seul, toujours en activité, en émulation permanente, encadré par une discipline rigoureuse ; il a des devoirs et des examens (Maurice Tardif et Alain Bihan Le XVIIe siècle: Naissance de la pédagogie scolaire et de l’instruction du peuple XVIIème siècle Naissance de la pédagogie scolaire). Leur livre de référence est Les Exercices Spirituels du fondateur de l’ordre.
Admis en France à partir du Colloque de Poissy qui, en 1560 réunissait catholiques et calvinistes (Voir Renaissance Réforme/France), les jésuites furent chassés du royaume après la tentative d’assassinat Henri IV en 1594 par Jean Chatel qui, ancien élève du collège jésuites de Clermont, fit soupçonner ses professeurs d’avoir houri l’attentat. En 1757, la tentative d’assassinat de Damiens contre Louis XV aura les même conséquences. Procès leur est fait en 1761. « La Société de Jésus y est désormais proscrite, conformément aux avis de la majorité des Parlements, mais les anciens jésuites peuvent y rester ou y revenir, à condition d’y vivre en simples «particuliers », de s’y comporter « en bons et fidèles sujets » et d’être soumis à l’autorité spirituelle des évêques ». L’arrêt définitif de février 1762, déclare la nullité des vœux prononcés par les jésuites et ordonne le séquestre de leurs biens.
Ultramontains, soutenant Rome tout en soutenant la monarchie par un culte à St Louis, ils s’opposèrent aux gallicans comme aux jansénistes opposés à l’absolutisme royal. Les plus illustres représentant du siècle sont :
- - Père Richeome (1544-1625), surnommé le « Cicéron français ». Ses nombreux écrits porteront des coup durs aux Ligueurs, de la Ligue Catholique, adversaire des jésuites et qui,
en 1591, tinrent Paris contre les attaques des troupes d’Henri IV avec l’épique Journée des Farines au cours de laquelle une escouade de soldat du roi, déguisés en paysans
essayèrent de pénétrer dans la capitale en menant des charrettes de farines à la porte St Honoré. Mais la veille, le mouvement de la troupe avait amené les ligueurs à
fortifier la porte. - - Jacques Davy du Perron (1558-1618), à l’origine calviniste, converti au catholicisme en 1577, sera nommée évêque d’Évreux par Henri IV et recevra sa confession.
Évêque de Sens en 1606. Sa dispute avec le huguenot Duplessis-Mornay (†1623) lui vaudra le bonnet de cardinal. Controversiste brillant, il s’est surtout distingué
dans la querelle du richerisme opposant l’ultramontain André Duval, biographe de Mme Acarie et le théologien gallican Edmond Richer (1559-1631) (voir Saint Cyran). - - Pierre Coton (1564-1626), confesseur du roi Henri IV à partir de 1604 auprès duquel il tentera d’obtenir le retour des jésuites dans le Royaume et confesseur
de Louis XIII jusqu’en 1617. - - Père Pierre Bourdaloue (1632-1704), de nature austère, connut le succès à la cour avec des sermons bien plus sobres que ceux de son ami Bossuet.
Adversaire du quiétisme, il n’en considérait pas moins le rôle important du Saint-Esprit dans la vie du fidèle. (voirLittérature/Le Sermon).
Autant les jésuites se sont opposés aux protestants, au plan théologique et doctrinal, autant plan de la spiritualité, de la voie intérieure, ils ont eu un regard plutôt favorable envers les jansénistes en ce qu’ils retrouvaient chez eux le quiétisme des molinosistes et discrètement ont soutenu Fénelon face à Bossuet et à la doxa catholique eu égard à la place qu’accordait le Cygne de Cambrai u Pur Amour dont Mme Guyon fut à sa manière une fervente propagatrice. Le prêtre juif Louis Lellament aura été le premier par l’ensemble de ses cours à effectuer une synthèse de la spiritualité ignacienne. Et le prêtre jésuite Jean-Pierre de Caussade (1675-1751) sera au siècle suivant un fervent propagateur de l'oraison de quiétude, fidèle en cela à la spiritualité ignacienne.
Le puritanisme est un courant religieux chrétien dont les adeptes voulurent aller au-delà de la réforme anglicane et expurger celle-ci de ce qu’il pouvait en rester des catholiques. A cela, ils aspiraient à une vie piété qui devait tenir autant d’importance que les œuvres. Il se rapprochèrent du calvinisme dès le milieu du XVIème siècle.
William Perkins (1558-1602), théologien, a été l’initiateur du puritanisme . « Un des thèmes majeurs de sa théologie est l'idée d'une double alliance passée entre Dieu et les hommes, une alliance de la loi, doublée d'une alliance de la foi, par lesquelles les hommes promettent à Dieu leur foi et leur obéissance. En échange de quoi Dieu promet aux hommes de leur donner la grâce, d'en faire son peuple et de les sauver. » (Wikipédia)
Le terme de puritanisme a pris au fil du temps le sens d’un « Rigorisme excessif en morale; fermeté extrême dans le respect de principes généralement liée à une manière de vivre austère et prude » (Lexicographe CNTRL).
« Le puritanisme, en voyant dans l'enrichissement le signe de l'élection, a contribué à la formation de la bourgeoisie capitaliste en Angleterre et à l'essor des régimes parlementaires. Développant par ailleurs la part faite au rôle de l'individu dans la vie religieuse, il est à l'origine du piétisme allemand et du méthodisme anglais » (Larousse/Puritanisme).
Jansénisme et Molinosisme
Cornelius Jansen (dit Jansénius 1585-1638), né Acquoy (Province de Gueldre) et mort à Ypres (Flandre espagnole), issu d’une famille aisée, fait ses études à l’université de Louvain où il adhère au ‘Baïanisme’ du professeur Michel de Bay[1]. En 1605/09 (voir St Cyran,), il vient à Paris pour étudier le grec et fait la connaissance de Jean du Vergier de Hauranne de quatre ans son aîné.. Leur intérêt pour St augustin et le désir d’un retour aux sources du christianisme les rapprochent. Ils vont s’installer à Bayonne d’où du Vergier est natif. De 1612 à 1617, Jansénius exercera son sacerdoce à Bayonne avant d’être nommé directeur du Collège de Hollande à Louvain[2].
En 1628, Jansen prononce le Discours de la Réformation de l'Homme Intérieur qui sera traduit par Robert Arnauld d'Andilly, l’aîné des frères Arnaud et publié en 1642. C’est par ce texte que découvriront Blaise et Jacqueline Pacal le Jansénisme (voir Pascal/Les Provinciales) en 1646.
« Prononcé à l’origine vers 1628 par Cornelius Jansénius, évêque d’Ypres et ami de l’abbé de Saint-Cyran, ce discours avait pour vocation d’établir la réforme d’un monastère de Bénédictins. Son dessein est d’une ambition rare : expliquer la corruption et le renouvellement de l’esprit humain en se fondant exclusivement sur la doctrine du docteur de la grâce, saint Augustin. Jansénius s’y engage à dévoiler la voie la plus courte pour recouvrer la pureté et la perfection des origines. La thèse centrale du Discours repose sur le principe de la chute : l’homme, originellement uni à Dieu, s’en est détourné par un mouvement de suffisance, le ramenant vers le néant d’où il fut tiré. Ce mouvement autodestructeur se cristallise autour des trois concupiscences qui engagent toute la postérité d’Adam. Suivant l’épître de saint Jean, Jansénius les décline en une triade redoutable : la concupiscence de la chair (la volupté), la concupiscence des yeux (la curiosité), et l’orgueil de la vie (la vaine gloire). » (https://manucius.com/discours-reformation-homme-interieur-cornelius-jansenius-1642/ Maison d’Édition)
En 1636, il est nommé évêque d’Ypres où il meurt deux ans plus tard victime de la peste.
L’œuvre de sa vie, Augustinus, Doctrine de Saint Augustin sur la Santé, la Maladie et la Médecine de l’Âme ne sera publié qu’en1640. Jansen y prône le respect de la conception augustinienne de la grâce qui prive le croyant de toute libre-arbitre[3]. La grâce est un pur don divin, indépendant de toute volonté humaine. Retour en fait à la doctrine luthérienne du Sola Gratia (la grâce seule) et plus en amont à l’opposition entre l’aristotélicien Thomas d’Aquin et l’augustinien Duns Scot (†1308) sur la détermination ou non de la volonté ( voir Bas Moyen-Âge/Ordre Franciscain/ Duns Scot/ Volonté et Liberté). La dispute entre l’évêque d’Hippone et Pélage (4ème siècle) est restée dans les annales de l’histoire du christianisme. Ce dernier minimisait indirectement le rôle de la grâce divine en proclamant la liberté du chrétien de vivre ou non dans le péché, de choisir le bien plutôt que le mal. Non seulement une telle doctrine s’oppose au catholicisme de la Contre-Réforme mais aussi au Molinosistes.
Le théologien espagnol Luis de Molina (†1600), diplômé de l’université de Coimbra (Portugal), entré dans la récente Compagnie de Jésus (1540) et qui deviendra un membre éminent de l’École de Salamanque, établit dans de Concordia liberi arbitrii cum gratiae donis (1588) un moyen terme, une « science moyenne » entre prédestination et libre-arbitre, qu’il emprunte à Pedro da Fonseca (†1599), qui l’enseignait à Coimbra et qu’il a lui-même définit comme « une connaissance, antérieure au décret divin de prédestination que Dieu aurait de l'usage que chacun fera des dons de grâce à lui accordés (Encyclopédie Universalis/Molinosisme). Dieu, omnipotent, créateur de la vie, reste maître de ses créatures, de leur destinée. Il accorde à tous une « grâce suffisante». Pour autant, l’homme reste libre de participer ou non à la ‘Justification’ par l’attrition (regretter pour soi d’avoir péché, crainte personnelle des conséquences) et la contrition (repentir d’avoir offenser Dieu). Il garde la liberté du bon usage de l’acte surnaturel.
« Le jansénisme est un augustinisme. Personne ne se déclare janséniste, pas même Jansénius. Le terme est une injure inventée par les adversaires de Jansénius. Il s’agit de transformer en sectaires ceux qui se présentent comme les vrais catholiques disciples de saint Augustin… Le jansénisme se situe d’emblée dans l’opposition dévote à la politique née de la raison d’État et défendue par Richelieu[4] ».
Le jansénisme se sera toujours opposé à la monarchie absolue, à Richelieu, et aura été favorable à un gallicanisme parlementaire. Cet opposition n’est pas sans attirer une catégorie de la population que le rigorisme inflexible dans la piété, les principes, et leur application janséniste, ne rebute pas « dans un climat aussi religieux que celui de ‘’ l’humanisme dévot’’ …
« La bourgeoisie des ‘’officiers’’, mécontente qu’on remette périodiquement en question la transmission des charges qu’elle a conscience d’avoir payées, et le peuple misérable, en constante rébellion contre ses exploiteurs, s’emparent immédiatement de toute divergence idéologique et la transforment, d’une manière confuse ou délibérée, en plate-forme d’opposition… Le jansénisme prend souvent sinon toujours, une signification oppositionnelle. Tel est du reste le sens- un des sens– de la lutte inexpiable que la Contre-Réforme plus ou moins associée au pouvoir central, et plus particulièrement les jésuites, mèneront contre les Solitaires de Port-Royal » (Marc Soriano Burlesque et langage populaire de 1647 à 1653 : sur deux poèmes de jeunesse des frères Perrault, Annales, 1969 24-4, https://www.persee.fr/doc/ahess_03952649_ 1969_num _24_4_422155.
Les grandes figures du jansénisme dont le cœur battait à l’abbaye de Port-Royal des Champs (Yvelines), fondée au XIIIème siècle dans la vallée de Chevreuse sont l’abbé de Saint de Cyran (†1643), la Famille Arnaud dont le Grand Arnauld (†1694), l’abbesse Angélique Arnaud (†1661) et son neveu Antoine de Maistre (†1658), premier des Solitaires de Port-Royal ; et bien sûr Blaise Pascal (1623-1662) et Jean Racine qui s’en défendit (cf. Jules Lemaître Jean Racine 1908) malgré la relation très étroite qui l’unissait à sa tante qui, orphelin, l’avait recueilli et qu’il visitait à Port-Royal, Agnès Racine, abbesse de 1690 à 99. Le peintre Philippe de Champaigne (†1674), sans être janséniste fut proche de Port-Royal. Il a peint entre autres les portraits de St Cyran et de Mère Angélique Arnauld. L’abbaye de Port-Royal de Paris fondée en 1566 est la fille de l’abbaye-mère (cistercienne 1204) . Une église janséniste fondée en 1794 à Utrecht est toujours ouverte.
Les Carmélites Déchaussées
A Paris, la première pierre du premier Carmel, le Carmel de l’Incarnation, est posée dans le prieuré Notre-Dame des Champs, faubourg Saint-Jacques. Mme Acarie procurant les financements nécessaires en empruntant des sommes considérables. En 1604, après un an de démarches Pierre Bérulle et Jean de Brétigny reviennent d’Espagne accompagnée de six carmélites d’Avila dont cinq ont vécu avec Ste Thérèse. Le premier carmel est fondé, Le Carmel de l’Incarnation de Paris dont l’abbesse est Anne de Jésus. Moins d’un an plus tard, un nouveau carmel, le Carmel St Joseph, doit être ouvert à Pontoise par Anne de Jésus (voir Mystique/Espagne) qui la même année en ouvre un autre à Dijon. Puis ce seront d’autres à Amiens, Rouen etc.. 74 carmels féminins ( pour les carmélites) et 67 couvents de Carmes (pour les carmes) réformés sont présents à la fin du XVIIe siècle, contre seulement 6 couvents de carmélites non réformée. Louise de Lavallière qui a été la maitresse du roi Soleil pendant 6 ans et Louise de France, la plus jeune des filles de Louis XV, se feront carmélites.
Le Labadisme
Jean Labadie (1610-1673), né à Bourg en Guyenne et mort à Altona (proche de Hambourg), a developpé une spiritualité aux accents millénaristes est proche du Dieu inaccessible et incommunicable que l’on trouve dans Le Chapelet Secret de Mère Angélique Arnauld (11ème attribut et 14ème attribut). Labadie exprime ce qu’il y a de janséniste dans le calvinisme et ce qu’il y a de calviniste dans le jansénisme. Des quarante articles de la Confession de foi de La Rochelle (Confessio Gallicana 1ère confession de foi des Églises calvinistes de France voir Renaissance/ Réforme/France), les jansénistes en reconnaissent trente.
Notes
[1] Le baïanisme est une doctrine théologique enseignée à l’université de Louvain par Michaël Baius (de Bay † 1589) qui se caractérise par une rapprochement vers la pensée protestante en ce qui concerne notamment le rôle de la prédestination (au paradis), et l’inefficacité du libre-arbitre (défendu par les jésuites) sans la grâce. Le péché est héréditaire. Rejet du dogme de l’Immaculée Conception (apparu au Moyen-Âge).
[2] Le Collège de Hollande s’ouvre en 1616 au sein de l’université de Louvain qui comptait déjà parmi ses collèges le Collège des Trois Langues (hébreu, latin et grec) créé en 1517 par des humanistes de l’entourage d’Érasme et qui inspira à Guillaume Budé et à son entourage humaniste la création en 1530 du Collège des Lecteurs Royaux( futur Collège de France) qui se voulait concurrencer la traditionaliste Université de Paris.
[3] Sur « Le système augustinien de la grâce : versions jansénienne et janséniste » voir Yuka Mochizuki Spiritualité de Port-Royal : grâce et pénitence in Dix-Septième Siècle 2010/3 n° 248 pages 479 à 489 https://www.cairn.info/revue-dix-septieme-siecle-2010-3-page-479.htm
[4] Citation et pour en savoir plus sur le jansénisme :Monique Cottret, professeur d’histoire moderne à l’université Paris X-Nanterre, thèse sur le jansénisme, https://philitt.fr/2016/06/21/monique-cottret-les-jansenistes-ont-ete-accuses-detre-des-protestants/)
Angleterre
Le Puritanisme
Le puritanisme est un courant religieux chrétien dont les adeptes voulurent aller au-delà de la réforme anglicane et expurger celle-ci de ce qu’il pouvait en rester des catholiques. A cela, ils aspiraient à une vie piété qui devait tenir autant d’importance que les œuvres. Il se rapprochèrent du calvinisme dès le milieu du XVIème siècle.
William Perkins (1558-1602), théologien, a été l’initiateur du puritanisme . « Un des thèmes majeurs de sa théologie est l'idée d'une double alliance passée entre Dieu et les hommes, une alliance de la loi, doublée d'une alliance de la foi, par lesquelles les hommes promettent à Dieu leur foi et leur obéissance. En échange de quoi Dieu promet aux hommes de leur donner la grâce, d'en faire son peuple et de les sauver. » (Wikipédia)
Le terme de puritanisme a pris au fil du temps le sens d’un « Rigorisme excessif en morale; fermeté extrême dans le respect de principes généralement liée à une manière de vivre austère et prude » (Lexicographe CNTRL).
« Le puritanisme, en voyant dans l'enrichissement le signe de l'élection, a contribué à la formation de la bourgeoisie capitaliste en Angleterre et à l'essor des régimes parlementaires. Développant par ailleurs la part faite au rôle de l'individu dans la vie religieuse, il est à l'origine du piétisme allemand et du méthodisme anglais » (Larousse/Puritanisme).
Quakers
La Société religieuse des Amis a été fondée par les disciples de George Fox (1624-1691). Ses membres qui sont surnommés les quakers (trembleurs)alors qu'ils s'apellent entre eux les ami(e)s sont dissidents de l'anglicanisme. ils ne prône aucun credo estimant que la religion est une affaire privée. Aussi, leurs pratiques et leurs croyances peuvent s'étaler sur un large registre qui n'entre pas nécessairement dans le cadre du christianisme. certains se disant non théistes.
Laïc, George Fox il commence à partir de 1648 à prêcher dans les lieux publics, dans les villes, les villages. Il est très écouté et un premier groupe d’ « Amis » dissidents anglicans que l’on appelle les The Valiant Sixty (Les Soixante Vaillants), commence à se former autour de lui. la Soxcciété des Amis sera formée ultérieurement. Soucieux des questions sociales et préoccupé par l'injustice, il n’hésite pas dans ses prêches à s’opposer à des décisions de justice qu’il estime inique. En 1650, il est arrêté au motif de blasphème et le juge se moque de son « exhortation à trembler pour le Seigneur» et qualifiera ceux qui l’entourent de Quakers, de Trembleurs.
The Dissenters
On regroupe sous le terme général de Dissidents (The Dissenders), les chrétiens anglais qui sont en dissidence avec l’Église Anglicane. Cela regroupe, les Presbytériens, les Puritains, les Quakers, les Latitudinariens, les Baptistes ( voir Religion/ Angleterre) et les Ranters. Plutôt pro-parlementaristes, si la période des Guerres Civiles Anglaises et de la République de Cromwell (1648-1660) leur a été favorable, avec la Restauration et la montée sur le trône du fils de Charles 1er, Charles II qui rétablit l’anglicanisme, leur sort le fut nettement moins Les Dissidents seront à nouveau persécutés. Et 1665 est établi le Code Clarendon contenant les lois pénales visant l’exclusion des dissidents. C’est environ 2000 non-conformistes (presbytériens, congrégationalistes, baptistes, quakers…) qui seront exclus de l’Église d’Angleterre. En 1688, au cours de La Glorieuse Révolution, ils prirent parti pour Marie II Stuart, fille de Jacques II et son époux Guillaume III d’Orange qui permirent aux dissidents de pratiquer leur culte.
Parmi les Dissidents, certains sont évangélistes comme les Quakers de George Fox ou les Methodists de John Wesley. Certains sont politiques comme les Levellers (Niveleurs ) qui se révoltent pour protester contre l’invasion de l’Irlande par les troupes de Cromwell en 1649 et les True Levellers (ou Diggers) qui prônent une refonte de la société par un égalitarisme favorable à un mode de vie agraire. Certains sont non-chrétiens comme les Ranters (les Râleurs).
L'origine du terme "Ranter" (râleur) semble provenir d'une brochure anonyme intitulée "Une justification de l'équipage fou". « Dans les années 1660, le terme s'est attaché à tout groupe qui promouvait la déviance théologique. Il est difficile de déterminer leur credo exact [1]» Le terme a une connotation péjorative et est employé par ceux qui le combattent.
Les Muggletonianists (Muggletoniens) qui s’en détachent avec Lodowicke Muggleton (1609–1698) rassemblent les idées des Quiétistes, de la Libre-Pensée et des Calvinistes pour ce qui est de la prédestination.
Notes : [1] Citation et sur les Ranters cf. McConville, B. (1995). Confessions of an American Ranter. Pennsylvania History: A Journal of Mid-Atlantic Studies, 62(2), 238-248.
Philadelphian Society
Le but de Jane Lead était de former une société regroupant tous les chrétiens véritablement régénérés, de quel qu’horizon qu’ils viennent, pour former l'Église visible du Christ sur terre en l’attente de la Parousie qui lui aurait été révélée pour l’an 1700. Elle n’ignorait pas les mouvements piétistes et chiliastes allemands de cette époque.
« Ces écrits restés d’abord obscurs finirent par attirer au groupe des philadelphes un adhérent enthousiaste, en la personne d’un jeune érudit d’Oxford, Francis Lee (1661-1719). Celui-ci se lia avec Jeanne Lead, se mit entièrement à son service, épousa une de ses fille, devenue veuve, et se fit le secrétaire de Jeanne qui, sur ces entrefaites, était devenue aveugle. » (https://fr.wikisource.org/wiki/Dictionnaire_de_théologie_ catholique /LEAD_ou_LEADE_Jeanne).
Si Leade a été l’initiatrice de la Philadelphian Society, c’est son gendre Francis Lee qui lui donna une structure. Il recruta de nouveaux membres en Angleterre et en Hollande. Au sein du groupe qui ne voulut pas se considérer comme une église et a toujours préféré être une société, le problème se posa de savoir quelle attitude avoir envers les églises constituées. Certains souhaitaient l’Ecclesiola in Ecclesia, chère au piétisme, d’autres comme Jeanne Lead souhait une séparation pure et simple.
« Le groupe partageait des convictions proches du panenthéisme, notamment la croyance en la présence de Dieu en toutes choses, et comportait une dimension non dualiste : ils croyaient également en la présence du Saint-Esprit dans chaque âme et en la possibilité d'atteindre l'illumination par une vie vertueuse et la recherche de la vérité à travers la sagesse divine (https://en.wikipedia.org/wiki/Jane_Lead#cite_ref-7).
Pays-Bas
L’Arminianisme
Sur l’Arminianisme et les Remonstrants voir aussi Renaissance/ Réforme./Convergences et Divergences.
Les Grands Électeurs du Palatinat, Frédéric II Le Sage († 1556), Othon-Henri († 1559) avaient favorisé le luthéranisme et Frédéric III Le Pieu († 1576) s’était converti au calvinisme en 1546 et, succédant à la tête du Nouveau Duché du Palatinat en 1559, fit du calvinisme, la religion officiel son duché. C’est sous son égide que fut publié en 1563 le Catéchisme de Heidelberg, un des trois textes fondamentaux du calvinisme avec La Confessio Belgica (1561) de Nicolas de Brès, profession de foi des Pays-Bas réformés, et les Canons de Dordrecht (Décision du Synode de Dordrecht 1619). Ces textes constituent Les Trois Formes d’Unité reconnue par le synode tenu dans la ville de Dordrecht en 1619 et qui réaffirme la doctrine calviniste.
En 1610, la Fraternité des Remonstrants, partisans des thèses de Jacob Arminius (Jakob Hermanszoon (1560-1609) avait remis aux États de Hollande et de Frise une Remonstrance qui contestait en cinq articles la doctrine calviniste et affirmait notamment la notion de libre-arbitre en contestant la persévérance des saints, la corruption totale ou dépravation totale ou incapacité totale. Cette réaffirmation porte essentiellement sur cinq points de la doctrine calviniste :
Ces cinq point sont :
- · la corruption totale ou dépravation totale ou incapacité totale : la créature est à a naissance vouée au péché.
- · l'élection inconditionnelle ou double prédestination : Dieu décide qui est sauvé et qui est perdu indépendamment de toute volonté humaine. (antiarianiste)
- · l'expiation limitée ou rédemption particulière : Le Chris mort sur la Croix n’a sauvé que les prédestinés au Salut.
- · la grâce irrésistible ou grâce efficace : Dieu décide qui il sauve et quelle que soit la résistance du pêcheur.
- · la persévérance des saints ou préservation des saints ou sécurité éternelle : tout personne élue et sauvée ne peut retomber dans le péché et cela sans
le secours de Dieu. (Antiarianiste)
Les principaux adversaires des arminianistes furent les Gomaristes qui avaient pour chef de file le théologien calviniste Franciscus Gomarus (1563-1641) qui, entre autres,
enseigna à l’académie protestante de Saumur de 1615 à1618.
Nadere Reformatie
De 1600 à 1750, le mouvement Nadere Reformatie (Plus de Réformes ou Réforme Ultérieure ou Seconde Réforme) apparu en 1600 en Hollande s’est prolongée qu’au milieu du XVIIIème siècle. Des réformés souhaitaient mettre en application leurs convictions religieuses dans la vie courante. Ce mouvement se rapproche du Puritanisme anglais.
« Les représentants de l'époque se sont efforcés d'élaborer les principes de la Réforme protestante dans la vie familiale, l'église et la société en équilibrant et en valorisant à la fois l'orthodoxie et la piété. En tant que tel, le Nadere Reformatie ressemble à d'autres expressions de l'ère réformée post-réforme, notamment le puritanisme anglais et le piétisme allemand»
D’ailleurs, un de ses chefs de file, l’initiateur du mouvement, Willem Teellinck (1579-1629) a vécu en Angleterre.
Jansénisme
Cornelius Jansen (dit Jansénius 1585-1638), né Acquoy (Province de Gueldre) et mort à Ypres (Flandre espagnole), est à l'origine du courant qui porte son nom.
Son intérêt pour St augustin et le désir d’un retour aux sources du christianisme le rapprocha de l'Abbé de St Cyran qui sera une personnalité des plus influentes de Port-Royal.
En 1628, Jansen prononce le Discours de la Réformation de l'Homme Intérieur qui sera traduit par Robert Arnauld d'Andilly, l’aîné des frères Arnaud et publié en 1642.
Ce texte que découvriront Blaise et Jacqueline Pacal est le premier "manifeste "du Jansénisme (voir Pascal/Les Provinciales).
« Ce discours avait pour vocation d’établir la réforme d’un monastère de Bénédictins. Son dessein est d’une ambition rare : expliquer la corruption et le renouvellement de l’esprit humain en se fondant exclusivement sur la doctrine du docteur de la grâce, saint Augustin. Jansénius s’y engage à dévoiler la voie la plus courte pour recouvrer la pureté et la perfection des origines. La thèse centrale du Discours repose sur le principe de la chute : l’homme, originellement uni à Dieu, s’en est détourné par un mouvement de suffisance, le ramenant vers le néant d’où il fut tiré. Ce mouvement autodestructeur se cristallise autour des trois concupiscences qui engagent toute la postérité d’Adam. Suivant l’épître de saint Jean, Jansénius les décline en une triade redoutable : la concupiscence de la chair (la volupté), la concupiscence des yeux (la curiosité), et l’orgueil de la vie (la vaine gloire). » (https://manucius.com/discours-reformation-homme-interieur-cornelius-jansenius-1642/ Maison d’Édition)
Dans son œuvre majeure Augustinus, Doctrine de Saint Augustin sur la Santé, la Maladie et la Médecine de l’Âme, qui ne sera publié qu’en1640. Jansen prône le respect de la conception augustinienne de la grâce qui prive le croyant de toute libre-arbitre[3]. La grâce est un pur don divin, indépendant de toute volonté humaine. Retour en fait à la doctrine luthérienne du Sola Gratia (la grâce seule) et plus en amont à l’opposition entre l’aristotélicien Thomas d’Aquin et l’augustinien Duns Scot (†1308) sur la détermination ou non de la volonté ( voir Bas Moyen-Âge/Ordre Franciscain/ Duns Scot/ Volonté et Liberté). La dispute entre l’évêque d’Hippone et Pélage (4ème siècle) est restée dans les annales de l’histoire du christianisme. Ce dernier minimisait indirectement le rôle de la grâce divine en proclamant la liberté du chrétien de vivre ou non dans le péché, de choisir le bien plutôt que le mal. Non seulement une telle doctrine s’oppose au catholicisme de la Contre-Réforme mais aussi au Molinosistes.
« Le jansénisme est un augustinisme. Personne ne se déclare janséniste, pas même Jansénius. Le terme est une injure inventée par les adversaires de Jansénius. Il s’agit de transformer en sectaires ceux qui se présentent comme les vrais catholiques disciples de saint Augustin… Le jansénisme se situe d’emblée dans l’opposition dévote à la politique née de la raison d’État et défendue par Richelieu».
En France, le jansénisme se sera toujours opposé à la monarchie absolue, à Richelieu, et aura été favorable à un gallicanisme parlementaire. Cet opposition n’est pas sans attirer une catégorie de la population que le rigorisme inflexible dans la piété, les principes, et leur application janséniste, ne rebute pas « dans un climat aussi religieux que celui de ‘’ l’humanisme dévot’’ …
« La bourgeoisie des ‘’officiers’’, mécontente qu’on remette périodiquement en question la transmission des charges qu’elle a conscience d’avoir payées, et le peuple misérable, en constante rébellion contre ses exploiteurs, s’emparent immédiatement de toute divergence idéologique et la transforment, d’une manière confuse ou délibérée, en plate-forme d’opposition… Le jansénisme prend souvent sinon toujours, une signification oppositionnelle. Tel est du reste le sens- un des sens– de la lutte inexpiable que la Contre-Réforme plus ou moins associée au pouvoir central, et plus particulièrement les jésuites, mèneront contre les Solitaires de Port-Royal » (Marc Soriano Burlesque et langage populaire de 1647 à 1653 : sur deux poèmes de jeunesse des frères Perrault, Annales, 1969 24-4, https://www.persee.fr/doc/ahess_03952649_ 1969_num _24_4_422155.
Les grandes figures du jansénisme dont le cœur battait à l’abbaye de Port-Royal des Champs (Yvelines), fondée au XIIIème siècle dans la vallée de Chevreuse sont l’abbé de Saint de Cyran (†1643), la Famille Arnaud dont le Grand Arnauld (†1694), l’abbesse Angélique Arnaud (†1661) et son neveu Antoine de Maistre (†1658), premier des Solitaires de Port-Royal ; et bien sûr Blaise Pascal (1623-1662) et Jean Racine qui s’en défendit (cf. Jules Lemaître Jean Racine 1908) malgré la relation très étroite qui l’unissait à sa tante qui, orphelin, l’avait recueilli et qu’il visitait à Port-Royal, Agnès Racine, abbesse de 1690 à 99. Le peintre Philippe de Champaigne (†1674), sans être janséniste fut proche de Port-Royal. Il a peint entre autres les portraits de St Cyran et de Mère Angélique Arnauld. L’abbaye de Port-Royal de Paris fondée en 1566 est la fille de l’abbaye-mère (cistercienne 1204) . Une église janséniste fondée en 1794 à Utrecht est toujours ouverte.
Baïanisme et Jansénisme
Le baïanisme est une doctrine théologique enseignée à l’université de Louvain par Michaël Baius (de Bay † 1589) qui se caractérise par une rapprochement vers la pensée protestante en ce qui concerne notamment le rôle de la prédestination (au paradis), et l’inefficacité du libre-arbitre (défendu par les jésuites) sans la grâce. Le péché est héréditaire. Rejet du dogme de l’Immaculée Conception (apparu au Moyen-Âge).
Selon tradition chrétienne depuis St Augustin (345-430), le fidèle ne pouvait obtenir le salut sans l’intervention divine qui lui octroyait la grâce. Concevant le salut comme le fait du libre-arbitre de l’homme, Pélage s’était opposé à l’évêque d’Hippone. Une dispute s’ouvrit qui, en passant au Moyen-Âge par Dunn Scot et St Thomas sur le rôle de la liberté et de la volonté, perdurait encore au XVIIème siècle. Le catholicisme ne remit jamais en cause la doctrine de son évêque, mais sous-l’effet de la Contre-Réforme dont les propagateurs furent les jésuites, la théorie du libre-arbitre avait pris le pas sur l’élection divine. Cela s’expliquait car les protestants avaient non seulement considérablement réduit le rôle intercesseur de l’Église, non seulement réduit le rôle des œuvres dans l’obtention du salut, mais avaient après Luther absolument privé de toute possibilité à l’homme d’intervenir dans son salut, justifié’ qu’il est dès sa naissance ; doublement prédestiné pour les calvinistes ou à l’Enfer) car soit ‘remis de ses péché voué au Paradis, soit irrévocablement condamné à l’enfer (les anabaptistes ne croient pas à l’enfer).
Si les réformés mettaient l’accent sur la seule grâce (sola gratia) et les jésuites sur le volontarisme, des théologiens établirent des doctrine à moyen-terme. Le Jésuite Luis de Molina (1536-1600) après Pedro de Fonseca, développa une ‘science moyenne’ selon laquelle l’homme reste libre de participer ou non par l’attrition (regretter pour soi d’avoir péché, crainte personnelle des conséquences) et la contrition (repentir d’avoir offenser Dieu) à la ‘Justification’ que lui accorde Dieu. Il garde la liberté du bon usage de l’acte surnaturel. de Bay et à sa suite Jansen et à leur suite les jansénistes français en revinrent à la tradition augustinienne des ‘’heureux élus’’. Pour autant, l’idée de de Bay que l’homme est incapable de ne pas pécher et qu’il tend au mal, de façon naturelle, revêt des accents fortement luthériens. Le mal est œuvre humaine et non divine. Il est le fruit de sa liberté. L’homme s’est tellement enfoncé dans le péché depuis la Chute que la Grâce ne doit pas être seulement ‘suffisante’ contrairement à ce que pensait Molina, elle doit être ‘efficace’ ; et elle n’est pas accordée à tous. La liberté de l’homme seulement lui permet d’accepter ce don en s’y prédisposant.
Notes :
[1]Le baïanisme est une doctrine théologique enseignée à l’université de Louvain par Michaël Baius (de Bay † 1589) qui se caractérise par une rapprochement vers la pensée protestante en ce qui concerne notamment le rôle de la prédestination (au paradis), et l’inefficacité du libre-arbitre (défendu par les jésuites) sans la grâce. Le péché est héréditaire. Rejet du dogme de l’Immaculée Conception (apparu au Moyen-Âge).
La Théosophie
Jacob Boehme (1575-1624), né et mort en Bohême, est dit gnostique et plus souvent théosophe. Mais non pas théosophe en référence à la théosophie de Mme Blatawsky († 1891 cofondatrice de la Société théosophique et théoricienne de la théosophie » moderne)
« Ce que nous entendons par réflexion théosophique n’a rien à voir avec la pseudo-religion moderne du même nom. Il s’agit d’une forme particulière de la spéculation religieuse, qui se caractérise par des traits constitutifs d’une méthode de pensée, que nous voyons particulièrement fleurir dans la tradition cabalistique du Zohar, et que nous pouvons isoler en Allemagne, du XVIe au XIXe siècles, de Valentin Weigel à Franz von Baader. » (Bernard Gorceix, La Mystique de Valentin Weigel, Thèse de Doctorat d’État 1971)
« La théosophie de Boehme est une théologie mystique. Elle s'articule sur un grand thème de la mystique chrétienne: la naissance de Dieu dans l'âme humaine, qui correspond à la seconde naissance de l'homme [thèmes cher aux Béguines]. Mais d'autre part, le théosophe décrit également la naissance de Dieu préalablement à la création d'Adam. Avant de s'engendrer dans les âmes humaines, Dieu naît dans une âme universelle que Boehme dit éternelle et qui se situe en fait entre l'Éternité parfaite et le temps de notre monde. Cette âme primordiale est émanée, alors que l'âme humaine est créée ». ((Pierre Deghaye , Revue Théosophie et Philosophie, N° 4, 1990, http://doi.org/10.5169/ seals-381429).
Cette âme primordiale fait rappel de l’Yliaster chez Paracelse, la materia ultima prima, création principielle du monde.
Jacob Boehme n’a pas laissé une filiation directe. Mais il ouvre pleinement cette voie que la profonde subjectivité de Valentin Wiegel avait entrouverte et que suivit tout le mouvement des Illuministes du XVIIème siècle représentés en Allemagne par Von Baader (1765-1841), théologien, théosophe, ésotériste, disciple de Boehme, en Suède, par Emanuel Swedenborg (1688-1772), et en France par Louis-Claude de Saint-Martin (1743-1803) qui donna son nom au martinisme, doctrine élaborée par son maître Martinez de Pasqually (1700 ?-1774). La pensée de Boehme s’est répandue d’abord en Russie et en Angleterre. Elle n’arrivera en France qu’au XVIIIème siècle par Saint-Martin après avoir rencontré n disciple de Boehme, Rodolphe Salzmann.
Allemagne
Les Luthériens
« Cornelius Martini, professeur de philosophie à partir de 1592 à Helmsted, haut lieu du luthérianisme, est considéré comme le fondateur en Allemagne d’une métaphysique autonome … Son cours de métaphysiques fut imprimé en 1603 sous le titre de Methaphysica Commentatio ». (Heinrich Schepers, Histoire de La Philosophie Gallimard 1973).
C. Martini (1586-1621), d’origine anversoise, fils d’un maître de digue, est un des plus importants représentants de la pensée luthérienne de son temps. iIl enseigna toute sa vie à l’université de Rostock. Aristotélicien, il s'est s’opposé à ces luthériens conservateurs qui dénonçaient l’influence de la philosophie dans la théologie, ainsi qu’au courant ramiste[1] qui défend la thèse de ‘la double vérité’, celle de la théologie et celle de la philosophie.
A la question que se posent les luthériens de savoir quelle place tient la Théologie Naturelle (connaissance de Dieu par l’expérience du monde), Martini va établir une stricte séparation entre métaphysique et théologie et considérer que « les choses sont la mesure de notre esprit et non de nos sens, rejetant ainsi toute science qui veut s’affranchir de la vérité de la création que nous avons sous les yeux ». Quoique cette vision idéaliste ne l’empêcha pas d’ouvrir la voie à l'enseignement des sciences naturelles dans les cursus universitaires.
Le luthéranisme s’est imposé dans le Nord et l’Est de l’Allemagne, en Prusse, État de Hanovre, Saxe, mais aussi dans le Sud-Ouest, le Danemark et la Suèdes. Des communautés luthériennes font s’établir en Angleterre et en France où en 1635, Hugo Grotius (voir Philosophie/Droit Naturel), légat permanent de Suède, s’ établit à Paris et fait du salon de l’ambassade une chapelle avec pour pasteur l’orientaliste suédois Jonas Hambraeus[2]. Chaque dimanche et tous les luthériens de Paris peuvent s’y rendre (Musée Protestant/ les Luthériens à Paris).
Jakob Martini (1570-1609), professeur de logique et de métaphysique à l’université de Wittenberg, a été un des principaux représentant du luthéranisme s’efforçant d’adapter la métaphysique postmédiévale au luthéranisme puis évolua vers une plus grande considération pour la théologie. Georg Gutke fut un luthérien innovateur.
Notes
[1] Courant issu de la pensée de Pierre de La Ramée (Petrus Ramus 1515-1572), calviniste, farouche antiaristotélicien, assassiné dans les jours suivant la Saint Barthélémy, auteur en 1536 de Ce que tout ce qu’avait dit Aristote est un tissu d’erreurs ; son enseignement connut un grand retentissement dans toute l’Europe. Il posa au centre du débat la notion d’objectivité, ce qui n’alla pas sans suite sur les théories cartésiennes.
[2] Jonas Hambræus, né en Suède en 1588 et mort à Paris en 1671/72 fut un éminent orientaliste qui enseigna l’hébreu, le syriaque, l’arabe, mais aussi le latin, le grec, l’allemand et le français. Il a été nommé professeur extraordinaire du roi es langues hébraïque, syriaque et au Collège de France par lettres patentes de Louis XIII.
Piétisme et les Pia desideria
Philipp Spener a très tôt été marqué par les conceptions du pasteur J. Ardnt (1555 -1621)qui, lui-même imprégné de la mystique de Bernard de Clairvaux (1090-1153) et de la spiritualité de l’École Rhénane du XIIIème siècle, a diffusé les conceptions mystiques du spirituel Valentin Wiegel (1533-1588) (voir Renaissance/ Réforme/ La Mystique/ Allemagne).
Pia Desideria est un ouvrage divisé en trois parties (https://www.promesses.org/le-pietisme/):
La première partie est un état des lieux plutôt sinistre de l’Église Luthérienne de son temps à laquelle il reproche de ne plus se référer qu’aux textes fondateurs (Confession d’Augsbourg, Articles de Smalkalde, Catéchisme d’Heidelberg, traités, Formule de Concorde) en s’éloignant des textes fondateur du christianisme et d’une approche subjective de la foi.
La deuxième partie engage un retour aux Évangiles et à l’exemplarité du Christ. Ce qui ne va pas sans rappeler l’exemplarisme christique, qui renvoie à la mystique médiévale à laquelle se sont référés des spiritualistes comme Caspar Schwenckfeld (1489-1561), Valentin Wiegel (1533-1588) ou encore e spirituel allemand Johannes Denck (1495/1500-1527) qui :« Personne ne peut vraiment connaître le Christ excepté celui qui le suit dans la vie. »
La troisième partie est un programme pragmatique de l’exercice de la foi :
- · Répandre la parole de Dieu ;
- · Remettre en usage l’ancienne forme apostolique des assemblées ;
- · Pratiquer le vrai christianisme : « notre cher Sauveur nous a bien recommandé l’amour comme vrai signe distinctif des disciples » ;
- · Se défier des controverses religieuses ;
- · Changer la formation des pasteurs : « des diplômes attestant non seulement leur savoir, mais une vie de piété. »
- · Veiller au contenu des prédications : « La chaire n’est pas l’endroit où l’on doit étaler son art avec magnificence. On doit prêcher la Parole du Seigneur
avec simplicité, mais avec force. »
La Rose-Croix
Christian Rosenkreutz ou Christian Rose-Croix ou C.R.C. est un personnage mythique, censé être le fondateur de la Rose-Croix. Il serait né en 1378 et mort en 1484. Le nom et les écrits d’Adam Haselmayer sont liés à l’édition en 1614 du premier Manifeste Rosicrucien intitulé Fama Fraternitatis Rosae Crucis. L’ouvrage qui relate la vie de Christian Rosenkreutz sera rapidement suivi de la Confession Fraternitatis. Il fut un fervent partisan des idées proposées par les Rose-Croix.
Sa mystique fortement marquée par les idées de Valentin Wiegel, de St Bernard, de J. Tauler (Théologie Rhénane) et de Thomas a Kempis (L’Imitation selon Jésus-Chrit. J. Arndt met l’accent sur la régénération de l’homme et la naissance en soi du Christ, reprenant là une longue tradition qui remonte aux Béguines du XIIIème siècle, en passant par les métaphysiciens Rhénans et la « conversion intérieure » de V. Wiegel. Il influença indéniablement le fondateur du Piétisme, l’Allemand Philipp Jacob Spener (1635-1705). Descartes chercha à les rencontrer.
Le projet rosicrucien était dans le but d’une fraternité universelle d’associer les découvertes empiriques des sciences, les théories de la nouvelles philosophie de la nature (rationalisme notamment) et la connaissance ésotérique. Opposé au ritualisme de l’Église, il promouvait « l’humilité, la justice, la vérité et la chasteté », la maîtrise du corps et la purification de l’âme.
« La Croix symbolise le corps, par la rencontre entre les quatre éléments, qui sont placés comme l'eau et l'air horizontalement, la terre et le feu verticalement. C'est au centre de la Croix, conçu comme un point d'équilibre parfait, que la Rose peut s'épanouir, symbole de la réalisation de sa propre essence et donc de sa perfection. La Rose sur la Croix est donc le symbole qui représente l'Homme, qui a réussi à exprimer et à réaliser son potentiel, en développant son essence spirituelle divine. Atteindre l’état de " Rose-Croix " signifie la pleine réalisation en soi de la Connaissance concernant la Croix (le corps) et la Rose (composante spirituelle) » (http://www.prieure-de-sion.com/16/les_ rosicruciens_855073.html).
Espagne
Molinosisme et Quiétisme
Le docteur en Théologie (1628-1696) est envoyé à Rome pour soutenir la béatification d’un prêtre local. En 1675 est publié Guia Espiritual, Defensa de la Contemplacion (Guide Spirituel, Défense de la Contemplation). Molinos y enseigne comment trouver la quiétude pour entrer en union avec Dieu. Cet ouvrage qui sera réédité plusieurs fois en quelques décennies est à l’origine du Quiétisme, courant qui fait de la quiétude, de la paix intérieure, le point d’entrer dans la vie divine.
Là, il délivre comme exercice la Prière du cœur, la prononciation ad libitum du nom de Jésus, l’équivalent d’un mantra hindou qui a pour but de fixer l’activité mentale et la faire se résorber. Chez les orthodoxes, elle est associée à l’hésychasme, prière plus accomplie, qui s’accompagne d’une position corporelle précise de la tête penchée sur le cœur et d’un contrôle de la respiration. Le but étant le même, celui de toute évacuation de pensée, un apaisement complet des activités corporelles et mentales et une résorption dans la paix silencieuse.
Cette pratique trouve son origine dans la « garde du cœur » et la « prière ininterrompue » des Pères d’Égypte, abbas (pères), retirés dans le désert pour mener au IIIème et IVème siècles une vie ascétique. Quiétisme et Hésychasme ont la même origine grecque.
La Philocalie des Pères neptiques recueille sur plus de dix siècles les textes des maîtres de cette recherche du silence par l’immobilité (selon l’étymologie grecque du terme).
« La Nepsis est un terme grec désignant un état de vigilance ou de sobriété acquis après une longue période d'ascèse et de purification. »
Son exercice trouve un fort écho dans le milieu de la curie et il est très suivi. En 1675 est publié Guia Espiritual, Defensa de la Contemplacion (Guide Spirituel, Défense de la Contemplation). Molinos y enseigne comment trouver la quiétude pour entrer en union avec Dieu. Cet ouvrage qui sera réédité plusieurs fois en quelques décennies est à l’origine du Quiétisme, courant qui fait de la quiétude, de la paix intérieure, le point d’entrer dans la vie divine. En France, Mme Guyon, que soutiendra l’évêque Fénelon, en sera la première représentante avec sa doctrine du Pur Amour. Quiétisme et Hésychasme ont la même origine grecque.
Cette démarche spirituelle met l’accent sur la dévotion, le « pur amour de Dieu ». Molinos puisa la notion de quiétude dans le traité Subida del Monte Sion (Ascension du Mont Sion) de Bernardino de Laredo (1482-1540) et chez le franciscain déchaussé Juan de los Angeles (c.1540-1609) (voir pour les deux Renaissance/ Espagne/Autour du Quiétisme). Il préconise la recherche du repos , de la quiétude de l’âme pour atteindre à l’union divine.
Cette démarche spirituelle s’écarte de tout intercession de l’Église, de l’exemplarité de saints, du salut par les œuvres puisqu’elle prône l’inactivité, ce que les jésuites furent les premiers à ne pas admettre. En 1685, toujours à Rome, il est arrêté et emprisonné. C’est l’Inquisition espagnole qui met à l’Index l’ouvrage qui avait quelque dix ans plus tôt susciter un réel intérêt chez nombre des membres du Vatican. La Sacrée Congrégation du Saint-Office, autrement dit l’Inquisition Romaine, condamne plusieurs des propositions de l’ouvrage. Déclaré hérétique, Molinos se voit contraint d’abjurer. Il passe ses onze dernières années de sa vie dans un couvent.
Miguel de Molinos (1628-1696) est considéré comme le fondateur du Quiétisme en tant que démarche spirituelle qui met l’accent sur la dévotion, le « pur amour de Dieu ». En France, Mme Guyon, que soutiendra l’évêque Fénelon, en sera la première représentante de cette doctrine du Pur Amour.
.Molinos puisa la notion de quiétude dans le traité Subida del Monte Sion (Ascension du Mont Sion) et chez le franciscain déchaussé Juan de los Angeles (c. 1540-1609). Il préconise la recherche du repos , de la quiétude, de l’âme pour atteindre à l’union divine.
Italie
Les prescriptions du Concile de Trente (1543-1565) furent rapidement mises en œuvre en Italie sans pour autant que le résultat fusse toujours à la hauteur de ce que l’Église en attendait.
C’est au siècle précédent que nombre d’ordres nouveaux et congrégations avaient été créés dont la Congrégation de la Compagnie de Jésus par Ignace de Loyola, l’Ordre des Capucins, branche de l’Ordre des Frères Mineurs par Mathieu Serafini de Baschi et la Congrégation de L’Oratoire par Philippe de Néri. Aucun grand courant religieux nouveau n’émergera dans la péninsule ni aucun grand théologien au cours du siècle si ce n’est Cesare Cremonini,
L'inquisition sévit toujours qui en 1600 fit monter Giordano Bruno sur le bûcher sur la place du Campo de’ Fiori à Rome.
Cesare Cremoni
Cesare Cremonini (1550-1631),
professeur de théologie à l'université de Padoue, qui est restée une place forte de la scolastique aristotélicienne, faisait partie des tenants d’une révélation divine indispensable à la connaissance de Dieu et à la preuve de l’immortalité de l’Âme. Sa pensée se réclamait de l’averroïsme, et donnait tout sa place à l’intellect agent actif dans la noétique.
« Rationaliste, il professe que la philosophie ne peut commencer par la théologie, qui n'est pas du ressort de la raison. On l'a accusé d'athéisme et, pour avoir dans ses discours pris parti pour les maîtres laïques, il eut maille à partir avec les Jésuites, qui avaient réussi à s'implanter à Venise ». [Padoue a plutôt été le foyer intellectuel, tandis que Venise était le foyer artistique (musique, peinture)].
La Mystique
France
La Querelle du Pur amour
La Querelle du Pur amour aura traversé tout le siècle et trouvé son acmé en 1697 à la parution des Explication des maximes des saints sur la vie intérieure par le Cygne de Cambrai qui entraina son conflit avec Bossuet.
« La question que pose Fénelon est la suivante : l'homme – précisons qu'il s'agit ici de l'homme mû par la grâce, non de la nature (déchue) laissée à elle-même – est-il capable d'un amour de Dieu qui soit entièrement désintéressé et qui réciproque la parfaite gratuité de l'amour divin pour l'homme ? [1]»
La querelle oppose les catholiques comme Fénelon qui répondent par l’affirmative aux Jansénistes comme La Rochefoucauld selon qui « nous ne pouvons rien aimer que par rapport à nous » (Maxime 81, édition de 1678) ».
Son exposé doctrinal se veut d’autant moins une spéculation philosophique personnelle qu’il s’appuie sur les Pères de l’Église, St Bernard, St Thomas et sur Miguel de Molinos (12628-1696), à l’origine du Quiétisme. Il reprend des auteurs antérieurs qui comme « saint François de Sales et son Traité de l’amour de Dieu (1616), avaient exposé semblable définition, à laquelle il fut initié par Mme Guyon » ; mais aussi sur Jean-Pierre Camus, évêque de Belley, ami et disciple de François de Sales et par qui on peut faire commencer en début du siècle cette querelle. Fénelon écrira de lui à Bossuet :
« M. Le Camus, évêque de Belley, fut accusé depuis l'an 1639 jusqu'en 1642, d'enseigner l'illusion sous le nom du pur amour. On assurait qu'il voulait faire oublier le paradis et l'enfer, étouffer l'espérance et la crainte, enfin saper les fondements de la religion » (Gabriel Joppin, Une Querelle Autour De L'Amour Pur, Jean-Pierre Camus, Évêque De Belley, Beauchêne Éditeur, 1938)
Ce désintéressement s’accompagne d’un « anéantissement du moi en Dieu ». Ce « moi haïssable » pascalien doit s’abandonner à une passive indifférence à soi, se dépossédé de cette « volonté qui nous veut être et être heureux ».
« La volonté ne peut accéder au terme, contre nature, du pur amour, où tout entière elle s’anéantit et s’abandonne à Dieu…qu’au prix d’un sacrifice de l’espérance dans le salut et d’un acquiescement résolu au désespoir terrible et affreux que provoque en elle le sentiment certain d’une damnation éternelle. Telle est ce qu’on appelait à l’époque la « supposition impossible », et qui donne à la doctrine de l’amour pur de Dieu, chez Fénelon, sa formulation définitive : « On dit : “Mon Dieu, si par impossible vous me vouliez condamner aux peines éternelles de l’enfer, sans perdre votre amour, je ne vous en aimerais pas moins” » (Explication des maximes des saints, article X) ».
Bossuet, Malebranche et autres s’opposeront vivement à cette doctrine, très proche du Quiétisme (voir Renaissance. Mystique/Espagne/Autour du Quiétisme) qui ébranle les fondamentaux de la foi chrétienne. Bossuet s’y oppose en prônant qu’une volonté, œuvre de Dieu, est vouée au bonheur. C’est cette volonté du bonheur qui nous pousse à chercher le Salut. Elle agit « à la manière d’un instinct qui agit ‘’en nous sans nous’ », selon la formule de Bossuet . En second lieu, Bossuet reproche à cette doctrine du Pur amour de dissocier en Dieu son essence et sa bonté.
« Essence et libéralité communicative sont aussi inséparables en Dieu que le sont, en l’homme, volonté et désir du bonheur. La fin que Dieu poursuit dans la distribution de sa grâce n’est autre que notre bonheur : ‘’Dieu, écrit Bossuet, est la nature la plus parfaite, et dès là aussi la plus libérale et la plus communicative’’ ».
Si la Querelle du Pur Amour trouve son origine chez les mystiques espagnols du siècle précédent, elle prend fin en 1699 par la condamnation papale de l’ouvrage de Fénelon dès sa parution.
Les Torrents Spirituels de Madame Guyon seront une des achevées des expressions les plus achevé du Pur Amour (Voir La Mystique).
Notes
[1] Citations et pour en savoir plus : Michel Terestchenko
La Querelle du Pur Amour, résumé de Le bonheur et l'utile in Histoire raisonnée de la philosophie morale et politique. La Découverte, Paris, 2001, p. 388-400.
Quiétisme en France
En 1688, l'Évêque Fénelon rencontre la mystique Madame Guyon qui fréquentait l’entourage de Mme de Maintenon. Elle développait un quiétisme atténué (voir ci-dessus Espagne/ Le Quiétisme) en ce sens qu’il ne rendait pas le corps irresponsable des fautes qu’il pouvait commettre quand l’âme, détachée de lui, était en union à Dieu. Le quiétisme avait été condamné en 1687 comme hérétique, car il dispensait l’âme dans sa recherche mystique de tout réflexion sur Dieu, ses attributs, sa personne divine, autrement dit de toutes
Bossuet, Malebranche et autres s’opposeront vivement à cette doctrine, très proche du Quiétisme qui ébranle les fondamentaux de la foi chrétienne. Bossuet s’y oppose en prônant qu’une volonté, œuvre de Dieu, est vouée au bonheur. C’est cette volonté du bonheur qui nous pousse à chercher le Salut. Par contre, les Jésuites eurent un regard plutôt favorable envers les jansénistes en ce qu’ils retrouvaient chez eux le quiétisme des molinosistes et discrètement soutinrent Fénelon face à Bossuet en ce que l' Cygne de Cambrai adhérait à la doctrine molinosiste du Pur amour par l'intermédiaire de Mme Guyon.
La Mystique en Espagne
Isabel de la Cruz et Les Alumbrados
Ce courant des alumbrados (illuminés) se manifeste séparément dans plusieurs capitales de provinces. Mais c’est à Tolède où la spiritualité qui de longue date est colorée de soufisme, que la franciscaine Isabel de la Cruz (fin XVème ?-mi XVI ?), converso (juive convertie)née à Guadalajara, en est l’initiatrice>.Les alumbrados sont parfois rapprochés des libertins qui s’opposèrent à Calvin à Genève à la même époque, de par leur rapport à la sexualité.S’inscrivant dans la tradition d’une mystique nuptiale, ils considéraient l’amour humain comme une préfiguration de l’union au Bien-Aiméa.
« Ils disent que l'amour de Dieu dans l'homme est Dieu. (...) Ils affirment que l'extase ou l'illumination conduit à une telle perfection que les hommes ne peuvent plus pécher, ni mortellement ni vénalement ; cette illumination libère et libère quelqu'un de toute autorité »(R. Vaneigen).
Autourdu QuiÉtisme Quiétisme
Au centre de la mystique de Bernardino de Laredo (1482-1540), précurseur du Quiétisme se trouve « l’oraison sous la forme de la quiétude. » (Ricard Robert). (1482-1540)
La démarche spirituelle de Laredo se décompose ainsi en trois phases : la pratique de la vertu (purification des sens et examen des connaissance), la méditation sur la Passion, «intériorisation unique de la tradition médiévale tardive de visualisation imaginative de la Passion. » [.»[ce qui peut faire penser à l’un des Exercices de Loyola], et la contemplation comme le « no pensar nada qui à l'origine a attiré l'attention de Teresa d'Avila. »» ( Jessica A. Boon). Ce qui ne va pas sans renvoyer à la mystique de St Jean et à la similitude du titre de sa Subita del Monte Carmelo avec celle écrite quelque cinquante auparavant par Laredo, la Subita del Monte Sion.
Miguel de Molinos
Miguel de Molinos (1628-1696) Miguel de Molinos (1628-1696) est considéré comme le fondateur du Quiétisme en tant que démarche spirituelle qui met l’accent sur la dévotion, le « pur amour de Dieu ». Molinos puisa la notion de quiétude dans le traité Subida del Monte Sion (Ascension du Mont Sion) et chez le franciscain déchaussé Juan de los Angeles (c. 1540-1609). Il préconise la recherche du repos , de la quiétude, de l’âme pour atteindre à l’union divine. L’une des pratiques est la Prière du Cœur, répétition ad libitum du nom de Jésus (mantra) qu’il n’est autre que l’Hésychasme orthodoxe à la différence que cette dernière, plus accomplie, l’accompagne d’une position corporelle précise de la tête penchéepenchées sur le cœur et d’un contrôle de la respiration. Le but étant le même de toute évacuation de pensée.
Juan de los Angeles
La spiritualité de Juan Martinez (ca.1540-1609) s’inscrit dans la tradition franciscaine de la voie du cœur que soutient un ascétisme fait de pénitence et d’humilité pour atteindre à ce pur amour divin qui seul libère. Doté d’une qualité de pénétration psychologique au moins aussi profonde que celle de Jeanjean de La Croix, il explore le cheminement de la vie intérieure mais sans avoir connu les expériences mystiques de son contemporain et contrairement à lui en mettant en avant le rôle de volonté et non la passivité de l’âme.
Il préconise quatre typestype d’exercices sur la voie du Salut : une communion affectivement avec le Christ de la Passion, la communion passive par l’eucharistie, faire appel, invoquer, susciter la présence divine par la volonté mai aussi l’amour qui nous porte vers lui et enfin l’aspiration profonde et dévotionnelle qui ouvre l’âme à la venue divine qui seule opère quand l’âme est passive.
Luis de León
Luis de León (1528-1591)fut un des meilleurs représentant de l’humanisme Renaissant en ce qu’il sut concilia le didactisme d’une pensée scolastique nourrie de la Théologie Rhénane et un lyrisme poétique imprégné d’Horace et de Virgile. Son œuvre maitresse De los nombres de Cristo en la Sacrada Escritura (1583>85>87) développe sous la forme du dialogue platonicien quatorze noms donnésdonné à Dieu dans la Bible. Il fut ‘l éditeur de Ste Thérèse et un traducteur du Cantique des Cantiques.
Pierre d'Alcántara
Son œuvre majeure est son traité sur l’oraison, Tratado de oracion y meditacion, dans lequel on retrouve pour l’oraison deux des trois voies dyonisiennes traditionnelles, la purgative et l’illuminative. La troisième étant la vois unitive. Jean de Gerson les a exposé dans sa Montagne de la Contemplation écrite en 1397. Ces thèmes de méditations sont ceux que l’on retrouve dansdan la spiritualité espagnole de bernardin de Loredo à Ste Thérèse en passant par Loyola sur la condition humaine, la Passion. Sa pratique de l’oraison qui s’inspire de Franscisco Osuna, premier guide spirituel de Ste Thérèse, se développe en « préparation, lecture, méditation, action de grâce, offrande et demande ».
Fondateur de l’Ordre des Frères Mineurs Déchaussés , ami de Ste Thérèse, il l'aura toujours soutenue dans sa réforme du Carmel.
Sainte Thérèse d'Avila
TérésaTérèsa Dávila (1516-1582) Si l’importance que revêtira Ste Térèsa Dávila (1516-1582) dans la mystique chrétiennechrétien tient évidemment à son élévation spirituelle, l’enseignement ,qu’elle propose de l’oraison contemplative est le fruit direct dedes ses états d’union mais s’inspire aussi de la pratique sur l’oraison que le quiétisme de Bernardo Laredo a exposé dans son Subito del Monte Sion qu’elle a lu et parfois critiqué. Elle n’a pas ignoré non plus l’enseignement de celui qu’elle rencontra en 1560, qui la soutiendra dans sa réforme du Carmel et qui avalisera ses expériences mystiques Pierre d'Alcantara.
Visions, transverbération et extase sont les moments forts de la vie intérieure de Thérèse.
Les visons de Thérèse sont de trois ordres : corporelle, la vision est comme réelle ; extérieure à elle, imaginaire, la vision est comme une sorte d’hallucination visuelle ; intellectuelle, la vision est sans image et se traduit par le ressenti d’une présence : « Elle voit Dieu non des yeux du corps mais par une sorte d’intuition indubitable et profonde, elle le sent à côté d’elle, elle lui parle ».
Ste Thérèse ne connut pas comme St François, Catherine de Sienne ou Marie-Madeleine Piazzi ou encore plus près de nous le Padre Pio, la stigmatisation mais la transverbération (de transverberare=transpercer ). Lors de son autopsie, on put voir au cœur une sorte de blessure.
L’oraison d’union ou de contemplation commence par la fruition des « goûts divins », par immiscions de Dieu dans l’âme, puis vient l’extase, le ravissement, que Thérèse décrit comme « un rapide enlèvement de l’esprit dont l’impétuosité est telle que l’esprit semble se séparer du corps. La personne est incapable de dire si son âme habite ou non son corps ».
Saint Jean de La Croix
On retrouve dans la mystique de Juan de Yepes (1542-1591) la traditionnelle voie dionysienne : purgative, illuminative et unitive, qui a traversé tout le Moyen-âge.
L’on trouve également dans sa mystique, le socratisme chrétien qu’avait annoncé l’Ordre des Chartreux au XIème siècle et qu’au siècle suivant St Bernard hissera au sommet de la mystique chrétienne, lui qui écrivait « Commence à te considérer toi-même, bien plus, finis par- là ! » ; alors que St Jean écrira :
« Après l'exercice de la connaissance de soi, la considération des créatures est le premier pas à faire dans le chemin spirituel, pour arriver à la connaissance de Dieu.»
Dans La Montée du Carmel, composé de trois livres, St Jean pose les bases de son chemin spirituel, ce chemin est celui de la ‘Nuit Obscure’. Dans La Nuit Obscure, La Noce Oscura, St Jean traite de l’aspect passif de la nuit. C’est la nuit de l’esprit dans laquelle l’âme est en contemplation. « L’âme n’offre que son libre consentement à ce que Dieu opère en elle. » L’âme s’est purifiée et cette purification l’ala disposée à recevoir les grâces. Mais Dieu seul peut la préparer ultimement à son union à Lui.
La Mystique en Italie
Catherine de Gênes
Catherine Fieschi (1447-1510), ne fut pas connue de son temps. Ce sont ses écrits qui la feront connaître, notamment en France où, au siècle suivant, elle aura une grande influence sur le courant mystique autour de Pierre Bérulle, St Vincent de Paul et Charles de Condren.
Son entourage de fidèles proches, formant la Fraternité du Divin Amour, a recueilli ses paroles et noté ses expériences mystiques qui connaissent une première publication en 1551 sous le titre Vie Admirable et Doctrine Sainte. Des Dialogues feront suite.
« Pendant vingt-trois ans, il lui fut impossible de prendre autre chose que la Sainte Communion; elle buvait seulement chaque jour un verre d'eau mêlée de vinaigre et de sel, pour modérer le feu qui la dévorait, et, malgré cette abstinence, elle jouissait d'une forte santé ». A ce jour, son corps est resté incorruptible.
Catherine de Ricci
Alessandra Lucrezia Romola de Ricci (1522-1590) vivra tout sa vie au couvent du Prato, habitée par les grâces, les visions et les extases, entourée de phénomène miraculeux comme le changement de son cœur en un cœur nouveau.
En cette même année 1542, elle connut le mariage mystique. Il s’agit des vraies noces mystiques comme les connut Catherine de Sienne († 1380) et St Thérèse d’Avila. Cette union est à entendre en son sens étroit d’union nuptiale, union à la présence divine et non pas seulement dans le sens large de fiançailles, relation en laquelle le Christ apporte sa parole, son réconfort et son soutien. Le Bien-aimé lui remet l’anneau d’union nuptiale. Et comme Catherine de Sienne, elle reçut en consécration des noces les stigmates.
Marie Madeleine Pazzi
La vie de Sainte Marie-Madeleine Pazzi (Maria Maddalena de Pazzi,1566-1607) aura té une vie de privation et de mortification. Elle ne mangeait que du pain et ne se nourrissait vraiment que le dimanche. Sa vie aura été une vie de douleurs, de dévotion et d’acclamation de l’amour de Lui seul. Mort à 41 ans, son corps est resté momifié.
Au sortir d’une grave maladie au cours de laquelle on la crut perdue, elle entra en une extase qui durera quarante jours. Elle était souvent atteinte de douleurs et d’asthénie « En 1584, elle reçoit les stigmates mais selon sa prière, ceux-ci ne seront pas visibles. »
Courants Artistiques