ÉCOLES ET COURANTS ARTISTIQUES
XVème SIÈCLE : Écoles d'Anjou - Écoles du Val de Loire - Écoles Provençales - Les Primitifs Flamands
XVIème SIÈCLE : Courants - Écoles de Fontainebleau - Écoles de Belgique - École d'Utrecht - Académies
LE XVème SIÈCLE
L’ École d'Anjou
La naissance du comté de l’Anjou remonte au 10ème siècle. Aubas Moyen-âge, il est au cœur de l’empire des Plantagenêt qui s’est étendu aussi sur les comtés du Maine et de Tours. En 1202, Philippe Auguste confisque les territoires de Jean-Sans-terre, roi d’Angleterre. En 1204, le comté est intégré au domaine royal.
Son petit-fils, Louis IX (St Louis †1270) confie le comté à son frère, le Roi de Naples et de Sicile, qui devient Comte d’Anjou sous le nom de Charles 1er. En 1360, Jean II le Bon érige le comté en duché et le donne en apanage (concession royale) à son deuxième fils, Louis (†1384) qui devient Louis1er d’Anjou. Son frère cadet Charles (1416) reçoit en apanage le duché de Berry et leur plus jeune frère Philippe le Hardi (†1404) sera duc de Bourgogne.
Le duché va plonger dans la tourmente de la Guerre de Cents Ans qui verra les troup
es anglaises inlassablement envahir, détenir et perdre des territoires du duché, jusqu’à la victoire française de la Bataille de Castillon en 1453 qui sonnera la fin des combats de la Guerre de Cent Ans.
Dans les premières décennies, le duché est exsangue économiquement et démographiquement. Le petit-fils de Louis 1er, le Bon Roi René (1409-1480), aux multiples titres, entre autres roi de Naples, comte de Provence et duc de Lorraine, devient Duc d’Anjou en 1434. Il va redonner vie au duché, notamment par une politique de grands travaux, la restauration et la rénovation de nombreux châteaux -de Baugé, de Plessis–Bourré, de Montsoreau , de Lude, de Plessis-Malacé)- développant ainsi une ambitieuse politique culturelle.
Amoureux des arts, il embellit ses résidences de Lorraine, de Provence (Aix, Avignon) et en Anjou, ses châteaux et pavillons de chasse où il fait dessiner des parcs. Il s’entoure de musiciens, de poètes et passe commande à des peintres–enlumineurs des ateliers parisiens qu’il fait venir en Pays de Loire.
Il aura soutenu durant la guerre, Charles VII qui reprendra Paris au Anglais en 1436 (voir Événements Majeurs).
L' École du Val de Loire
L’ Art de La Détente
L’Art de la Détente se répand sur les bords de Loire et dans le Centre de la France, au XVème siècle. Les historiens ont donné à ce mouvement, qui s’étendit sur un siècle, les noms d’Art du Val de Loire ou École de la Loire et usent à leur sujet des termes d’ «art ligérien» (de Loire), de «détente» ou, mieux, d’« art ligérien de la détente». Les sculptures aux formes souples dont des vierge, déhanchées comme celles de la statuaire parisienne, au caractère indolent, la tête penchée, mélancolique
Jean-Marie Guillouët, qui caractérise cet art par « la mesure des gestes, l’élégance des proportions, le raffinement des attitudes ou la douceur des formes », conteste pourtant qu’« une véritable cohérence stylistique soit mise en évidence et autorise à parler d’école.[1] »
Pour P. Francastel (opus cité), il trouve ses origines dans la peinture, celle des paysages des Frères Limbourg (Tome 1) et de Fouquet.
En sculpture, deux œuvres en sont particulièrement représentatives : le Tombeau des Carmes, gisant du Duc de Bretagne François II et de son épouse Marguerite de Foix (Cathédrale St Pierre et Saint Paul, Nantes) réalisé par Michel Colombe (1430-1515) ; et la Vierge à l’Enfant de l’Olivet (Louvre) exécutée par Guillaume Regnault, neveu et élève de M. Colombe.
On le retrouve en peinture dans le Couronnement de la Vierge du peintre Lombard, dit le Bourguignon (Ambrogio Stefani da Fossano, dit le, †1523), le Chanoine Présenté par St Jérôme (Musée d’Oxford) exécuté à Amiens, L’Adoration à l’Enfant, peint en Provence (Musée Calvet), La Piétà Parisienne (Louvre).
Ce style doux va se répandre en France et en Allemagne. Outre-rhin, les ateliers de sculptures se mettent à produire des madones au déhanchement caractéristique, appelées « belles madones » pour leur allure gracieuse, leur air doux, rêveur voire langoureux, s’adaptant ainsi à leur manière au doux (soft en anglais) Weicherstil, équivalent de L’Art de la Détente des bords de Loire. Son principal représentant est Veit Voss (1448 ?-1533 voir Outre-rhin/peinture) qui œuvre à Nuremberg.
Notes
[1] Citations et pour en savoir plus sur la sculpture en Val de Loire au XVème siècle : Jean-Marie Guillouët. La sculpture du Val de Loire au XVe siècle : une école introuvable? 303/art, recherche, création, 2003,<halshs-00564926>.
École de Tours
Au milieu du XVème siècle, la Guerre de Cent Ans une fois terminée dans les faits en 1453 par la victoire écrasante des Français à la Bataille de Castillon, la paix s’installe. Monté sur le trône en 1461, Charles VIII déplace la cour de Bourges à Tours sur ces bords de Loire où un demi-siècle plus tard vont commencé à s’élever les châteaux qui feront de la Touraine, le « Jardin de la France », et où naitront deux poètes qui deviendront amis, Joachim du Bellay et de deux ans son cadet, Pierre de Ronsard.
Alors qu’il fallait remonter au règne de Charles V (†1380) pour trouver des peintres français sur panneaux et murs comme Girard d’Orléans et son fils Jean (voir Tome 1), Tours va devenir un rayonnant centre artistique où vont être réalisés enluminures, peintures sur panneaux, sculptures et tapisseries. Ses plus illustres représentant vont être : Jean Colombe, Jean Fouquet , Jean Bourdichon et Jean Poyet.
École Provençale
« La Provence, voisine de l’Italie, n’a jamais vraiment profité des leçons du Quattrocento. Ce qui restait en Avignon de l’enseignement de Simone Martini n’était que Siennois et par conséquent aux trois quart gothique. Lorsqu’au milieu du XVème siècle la Provence prend conscience de son propre génie plastique aucun reflets de l’art italien ne se discerne dans ses chefs-d’œuvre, à peine surprend on quelques traits toscans dans les paysages de Froment… Tandis que vers 1500, [avec] la présence de nombreux peintres secondaires [italiens], on assiste à un métissage de l’art provençal et italien… A l’encontre de Fouquet, aucun des grands peintres provençaux n’a nourri sa vision des capitales nouveautés toscanes. La Provence à l’abri des malheurs de la guerre a accueilli de très nombreux peintres de toutes les régions de France, surtout du nord. Ceux-ci ont introduit l’esthétique gothique, française et flamande tout opposée à l’esthétique italienne. Les Grands chefs-d’œuvre [de Quarton, Froment] sont des interprétation de l’art du Nord réalisés dans un milieu provençal qui impose son sens d’une lumière décidée et d’un volume simplifié ». (Charles Sterling, L’Art du Val de Loire, Édit. Musées Nationaux, 1952).
« La manière provençale avait introduit d’autres caractères, en particulier une solennité de la composition et une simplification des formes…La production artistique napolitaine reflète certains échos de l’art de Jean Fouquet et du Maître de l’Annonciation d’Aix, mêlés à des imitations plus littérales de la peinture flamande connue par ses originaux (http://www.larousse.fr/encyclopedie/peinture/Antonello_de_Messin).
Ses principaux représentants en sont Enquerrand Quarton et Nicolas Froment
École d’Avignon
L’École d’Avignon s’ouvrira par un des chefs d’œuvre de la peinture du XVème siècle, le Couronnement de la Vierge : Puissance et équilibre de la composition, complexité du système de la coloration, luminosité méridionale, précision flamande, synthèse parfaitement maîtrisée. Ce tableau peint en 1452 par Enguerrand Quarton influencera fortement des maîtres régionaux de moindre importance: Retable de Boulbon, Piéta de Tarascon, Saint Jérôme en Oraison.
Les principaux représentants en sont Josse Lieferinxe et Nicola Dipre
Les Primitifs Flamands
S’il est convenu de désigner les peintres italiens des XIIIème et XIVème siècles sous le vocable de ‘primitifs’ que certains historiens de l'art intègrent dans une Pré-Renaissance Italienne, il est également convenu d'attribuer le même qualificatif, toujours dans le sens de 'premier', aux peintres flamands du XVème siècle, tout en affirmant par ailleurs que certains de ces peintres sont déjà renaissants dans le sens où cela s’entend pour le Quattrocento italien. Comme leurs confrères florentin, ils ont la même approche nouvelle d’une perspective qui n’est plus de dignité (grandeurs des personnages en fonction de leur importance sociale et/ou dans le sujet), mais linéaire, scientifique. Par ailleurs, ils apportent une nouvelle technique qui va modifier totalement l’art pictural en tant qu’ars (métier) mais aussi en tant que mode d’expression, celle de la technique à l’huile qui va s’imposer bon gré malgré à toute l’Europe, bon gré malgré car un artiste aussi important dans l’histoire de la Renaissance artistique que fut Michel-Ange, était de ceux qui considéraient que peindre à l’huile était une facilité dans la recherche des effets, dans le rendu et ne pouvait convenir qu’à des peintres au talent médiocre[1].
Les peintres flamands du XVème siècle dirigeaient ou appartenaient à des ateliers. Et les grandes villes comme Bruges, Louvain, Gand, Tournai pour ne citer que celles-là avaient toutes leur atelier de peinture qui formaient des écoles dont chacune se distinguaient de ceux des autres villes. Les œuvres attribuées au maître sont en fait des œuvres de collaboration, préparées, suivies, voire finalisées par ce dernier. Ces ateliers ne seront pas influencés comme ceux d’Italie par l’art et la pensée antique. Leurs thèmes seront toujours principalement religieux mais les préoccupations apparaitront bien humaines. L’homme reste au cœur du dispositif divin et l'artiste ne s’aventure pas dans une approche scientifique du monde et de sa représentation mathématique comme en Italie. Mais la condition humaine, l’existence au quotidien du bourgeois comme du paysan, loin de lui être étrangère tendra de plus en plus à devenir son sujet de prédilection en s’éloignant du thème religieux. Les peintres flamands n’ignorèrent pas l’Italie : Roger van der Weyden (Roger de la Pastoure 1400-1444), élève de Robert Campin (1378-1444), nommé maître en 1435 à Bruxelles, a pu se trouver à la cour du Duc de Ferrare en 1450 ou/et la même année, à Rome où il est avéré qu’il y était pour le jubilé. Il faudra quand même attendre 1517 pour que la culture antique pénètre les Pays-Bas avec la fondation à Louvain du Collège des Trois langues.
Plus que par l’architecture, c’est par la peinture et précisément avec Jan Van Eyck (1390-1141) que se manifestèrent les premiers signes de la Renaissance du Nord. Moins d’un quart de siècle après que Masaccio a décoré la Chapelle Brancacci (Église Santa Maria del Carmine, Florence), Jean van Eyck apporte autant de nouveautés picturales au plan artistique avec le retable de L’Agneau Mystique de 1432, qu’au plan technique par son emploi de l'huile dans la préparation des teintes, déjà parfois employée au Moyen-Âge mais qui de par sa renommée va se répandre et finir par prévaloir dans toute l'Europe jusqu’au milieu du XIXème siècle. C’est à Jan van Eyck et à Hans Memling (1435/40-1494) qu’étaient attribués tous les tableaux de cette période de la peinture flamande (voir ci-après Van der Weyden et le Maître de Flémalle) .
Note
[1] L'huile, généralement de lin, doit être chauffée avant usage. A cette époque et pour longtemps, chaque peintre garde jalousement le secret de sa préparation des teintes qui doit pouvoir permettre le rendu souhaité mais aussi assurer à celles-ci une grande stabilité. L’histoire montrera que le développement de la technique à l’huile, après la Flandre, à Venise, puis dans toute l'Europe, entraînera en deux siècles la disparition des techniques a tempera et a fresca. La raison en est double: non seulement d'un point de vue pictural pour la profondeur du rendu par la superposition des couches de glacis sur lesquels est déposé un vernis de finition pour supprimer les embus (mats), mais aussi pour des raisons pratiques de transport en corrélation avec l’usage de plus en plus répandu de la peinture sur une toile toujours préparée à l’enduit souple, et alors désolidarisée de son panneau de bois. La toile a le grand avantage de pouvoir être roulée.
La Première Renaissance
La Renaissance des XVème et XVIème siècles se définit brièvement comme un retour, une redécouverte une mise au goût du jour des paradigmes culturels et artistiques de l’Antiquité gréco-romaine. Un renouvèlement du savoir-faire artistique grecs et romains intégrés à une conception de l’art considéré comme l’expression du beau, comme recherche d’un idéal de la forme et particulièrement au travers de la figuration humaine, symbole en soi de ce nouvel humanisme, le questionnement essentiel d’une imitation ou d’un embellissement de la nature ; la notion même d’esthétique que les premiers traités sur la création artistique et sa finalité exposeront, la notion d’artiste, du créateur indépendant, tels sont les apports de la Renaissance Artistique que déjà manifesta Florence en la Première Renaissance du quattrocento.
On fait généralement commencer cette période dite de la Première Renaissance par l’élection du Pape Martin V au sortir du Vème Concile de Latran en 1417 ; élection qui mettait un terme au Grand Schisme. Ce schisme avait commencé quarante ans plus tôt, en 1378, à la mort du pape Grégoire XI qui avait quitté Avignon un an plus tôt. Les cardinaux français, soutenus par Charles V, élisaient un anti-pape qui maintenait alors ‘sa’ cour papale en Avignon, là où elle siégeait depuis 1318. Tandis que les romains élisaient un autre pape. Martin, élu de façon consensuelle par les grands dirigeants de l’Europe fut le premier pape à inviter de grands artistes comme le peintre courtois Gentile de Fabriano et à leur passer des commandes pour relever le prestige et l’autorité d’une Église sérieusement affaiblie non seulement par le schisme mais par le concile lui-même au cours duquel, les évêques avaient en vertu de la doctrine du conciliarisme (de concile) contestait l’autorité papale.
Mais en fait, la vraie nouveauté en matière artistique aussi bien qu’au plan culturel, viendra bien dans cette première moitié du XVème siècle de Florence.
LE XVIème SIÈCLE
Les Courants du XVIème Siècle
Le Classicisme
« Vasari datera tout naturellement l’âge nouveau [La Haute Renaissance] de l’apparition de Léonard de Vinci.
L’importance artistique de Léonard de Vinci fera oublier l’échec de la grande synthèse art-science. C’est par la séparation croissante et définitive du savoir scientifique et de l’activité artistique que se définira l’âge moderne. » (André Chastel, Dictionnaires des Peintres, Encyclopedia Universalis 2016).
Au XVIème siècle, alors que l’Europe commence tout juste à découvrir le nouveau langage artistique et les valeurs humanistes élaborés depuis près d’un siècle dans la péninsule italique, la Renaissance Italienne, au Cinquecento, atteint sa phase classique, que d’aucuns considèrent comme son apogée. Non que les innovations des artistes du Quattrocento n’aient pas été foncièrement classiques, elles sont bel et bien inspirées de toute l’antiquité dite classique, mais le premier quart du XVIème siècle est comme l’aboutissement de toutes ces nouvelles recherches et leur codification en une syntaxe que les grands architectes, peintres et sculpteurs font définitivement adopter. Raphaël en est l’exemple même qui fait quasiment coïncider sa période d’activité avec cette période de la Haute Renaissance. Et sa manière de peintre synthétise tous les acquis précédents.
Florence fut l’épicentre de la Première Renaissance au Quattrocento. Rome sera celui de la Renaissance Classique qui débute à la toute fin du XVème siècle et s’achève pour fixer les idées, au sac de Rome par la soldatesque de Charles-Quint en 1527. Deux artistes, Michel-Ange et Raphaël vont illustrer de leur génie ce moment relativement court mais un des plus brillants de l’histoire européenne de l’art, précédés qu’ils ont été par celui à qui d’aucuns accordent le rôle d’avoir ouvert cette Haute Renaissance, l’adulé Léonard de Vinci (1452-1519) qui, initiateur de cette période, a comme Albrecht Dürer en Allemagne, fait entrer définitivement l’Europe artistique dans les Temps Modernes. L’impétueux Michel-Ange (1475-1564) déjà maniériste, va survoler les trois domaines de la peinture, de la sculpture et de l’architecture, et « le divin » Raphaël (1483-1520), neveu et disciple de l’architecte maitre du classicisme de la Première Renaissance, Donato Bramante (†1514), va porter à son sommet en peinture comme en sculpture ce classicisme fait d’harmonie des couleurs, de clarté de la composition, d’équilibre des proportions.
Le Maniérisme
« Le terme de maniérisme apparaît pour la première fois chez l'historien Luigi Lanzi (1792) pour désigner le style qui règne dans la peinture italienne pendant la période s'étendant du sac de Rome (1527) à l'avènement des Carrache aux environs de 1600. L'adjectif «maniériste» est plus ancien et se rencontre d'abord chez un Français, Fréart de Chambray (1662). Ces deux termes dérivent du mot italien maniera (la «manière», le «style»). L'emploi de ces deux termes est alors nettement lié à une interprétation entièrement négative du style de cette époque perçu comme une exagération stylistique s'effectuant au détriment de l'imitation de la nature… Le maniérisme est né à Rome à la suite d’évènements qui ébranlèrent profondément les esprits : la Réforme protestante à partir de 1517, le Sac de Rome par les troupes de Charles Quint en 1527». (http://mba.caen.fr/sites/default/files/uploads/van_haarlem-venus_et_ adonis- xviie_siecle-caen-mba-2014.pdf d’après Les Mouvements dans la peinture, Larousse, 1999, Nadeije Laneyrie-Dagen)
Le Maniérisme prolonge donc la Renaissance Classique et occupe au moins jusqu’en 1580 le Cinquecento. Le passage de la période classique à la période maniériste n’est bien évidemment pas franche dans le temps. Il est apparu à Rome, mais aussi à Florence qui redeviendra après l’intermède de Rome le foyer culturel qu’il a été. Et le va-et-vient entre Florence et Rome de Michel-Ange, ce classique maniériste avant l’heure, est bien significatif et de cette interpénétration des deux styles et de l’effervescence artistique de ces deux cités dont l’une se voulait éternelle et l’autre intemporelle. Le maniérisme se fait déjà sentir chez certains artistes considérés comme classiques. Il est parfois désignée comme Renaissance Tardive. Mais certains historiens considèrent ce mouvement plus annonciateur du Baroque que phase finale de la Renaissance Classique. Le lien entre ces deux approches pourrait être fait par la figura serpentina de Michel-Ange (1475-1554) que le Greco (1541-1614) pourrait bien avoir assimilé dans son trait sinueux comparable à une flamme.
Certains voient dans le Maniérisme le signe avant-coureur du Baroque plutôt qu’une ultime floraison de la Renaissance.
« C’est une façon de raffiner sur l’exemple des grands maîtres. Ce qui, chez eux, étaient encore naturel et spontanéité n’est plus qu’une ‘’manière’’ chez leurs imitateurs. Le geste de Michel-Ange avec sa figure serpentine, c’est là le début, la flamme du Gréco, l’idéalisation des choses en symboles, ce sont avant tout des ‘’manières’’ picturales». (A. Marvell, poète anglais †1678)
Mais le Maniérisme peut aussi être vu comme « L’art d’une élite, de visionnaires qui osent être agressifs et excentriques, qui ne visent point à une imitation de la nature mais bien au monde des Idées ». (Jules van Ackere, L’Europe de la Renaissance baroque et du Rococo, Édit.Meddens ,1969) Pg.113)
« Ce style expressif rompt avec les règles classiques de la Renaissance : l’harmonie, l'équilibre, la cohérence spatiale, le beau platonicien. »
« À la fin des années 1580, Cornelis [van Haarlem 1562-1638] adopte les poses contorsionnées et les musculatures en volume des tableaux de Spranger [Bartholomeus 1546-1611] gravés par Goltzius [Hendrik 155 !-1617], inversement le graveur copie les tableaux de Cornelis. Les nus de dos figurant au premier plan, presque systématiques dans ses œuvres de cette époque, rappellent à la fois les contorsions maniéristes des tableaux de Spranger mais aussi certains antiques et des figures allégoriques en vogue dans les tableaux italiens. » (Musée de Caen Ref.Cit.)
On peut donner du maniérisme, qui trouve son domaine de prédilection en peinture - le clair-obscur parfois associé au Ténébrisme d’un Tintoret est significatif à cet égard - une définition qui peut se révéler comme celle inversée du classicisme..
- la perte de clarté et de cohérence de l'image
- la multiplication des éléments et des plans
- une symbolique complexe qui se réfère à des domaines méconnus aujourd'hui (alchimie, art du blason, langage des fleurs, ...)
- le goût prononcé pour un érotisme esthétisant
- la déformation et la torsion des corps
- le goût des schémas sinueux, dont la "figure serpentine" en S
- la recherche du mouvement
- la modification des proportions des parties du corps
- les contrastes de tons acides et crus (https://www.edelo.net/italie/arts/maniere.htm)
Les Écoles
Écoles de Fontainebleau
Il faut distinguer deux écoles de Fontainebleau même si elles se développent toutes les deux dans le même siècle, le XVIième siècle et dans un même mouvement, La Renaissance Français.
A cette époque encore la cour de France ne s’est pas encore sédentarisée… à Versailles ; Les rois au fil des saisons, de leurs envies et par le souci de se montrer dans les différentes parties de leur royaume résidaient avec tout leur entourage, serviteurs et nobles dans leurs différents châteaux (Louvre, St Germain en Laye, Chambord, Blois..), emportant tout leur mobilier (meubles tentures murales, vaisselles etc.) ne laissant que l’intransportable, l’immobile immobilier.
La Première École
Lorsque François 1er quitte Chambord et les bord de Loire, clôturant ainsi la première phase de La Renaissance Française, il décide de résider en son Château de Fontainebleau et pour ce faire de le rénover et mettre au goût italien. S’ouvre alors la seconde phase de la Renaissance Française et la Première Ecole de Fontainebleau. A partir de 1530 Il y fait venir des artistes, peintres-sculpteurs de la péninsule italique, qui initieront les artistes français à leur style qui est déjà post-classique, maniériste, la Renaissance Française n’ayant pas connue de phase classique.
Ces italiens sont tout d’abord Le Rosso, puis Le Primatice et ensuite Nicolò dell'Abbate, l’architecte Jacopo Barozzi . Côté français, il y a des artistes comme le sculpteur Jean Goujon, les architectes, Pierre Lescot et Philibert Delorme à qui l’on doit l’escalier en fer à cheval ( dessiné par Serlio,1550), le peintre Antoine Caron,.
Cette école a donné des œuvres comme : Diane (de Poitiers) Chasseresse (anonyme, 1550), Le Portrait Équestre de François 1er (François Clouet,1540), Diane au Bain (François Clouet, 1570)
La Seconde École
C’est Henri IV qui en réunissant au château, qu’il fait à nouveau remanié et agrandir, des artistes, cette fois essentiellement originaires du nord de la France ou des Flandres, constitue la seconde école. Il y aura entre autres Martin Fréminet, Toussaint Dubreuil ou encore le Flamand Ambroise Dubois. Nous sommes fin du XVIième siècle début du XVIIième et toujours dans une phase maniériste. Le Primatice et dell’Abbate exercent encore une influence certaine sur les artistes de cette seconde période. Mais les modèles changent. On délaisse la mythologie pour les thèmes romanesques incarnés par les personnages du Tasse ou de l’Arioste, et l’esprit courtois remplace le bon vouloir des dieux de l’Olympe. Après la mort de Henri IV en 1610, l’école déclinera rapidement, vite supplantée par le baroque naissant
On doit à cette école des œuvres comme la célèbre Gabrielle d’Estrée au bain (anonyme, 1594). Hyante et Climène à leur toilette (Toussaint Dubreuil, autour de 1600).
École du Val de Loire
A son retour d’Italie d’où il a ramené des œuvres, notamment de Naples, Charles VIII ouvre à Amboise un grand atelier de décoration. Viennent y travailler nombres d’artistes italiens. Préfiguration de Fontainebleau. Mais la peinture française du premier quart de siècle reste encore dans le style gothique. Les influences italiennes en seront minimes, bien que Jean Fouquet (1420-1480), né à Tours et dont la valeur fut unanimement reconnu- Le Filarète le cite dans sont Traité d’Architecture (1465)- avait rapporté de son séjour en Italie (Florence ? Mantoue ?) toute la science nouvelle de l’espace et des volumes mise en place dans la perspective linéaire florentine. De quoi bouleverser la peinture française, mais il ne fit pas école.
En 1506, un petit tableau de Léonard de Vinci est admiré à la cour de Louis XII avant que le maître n’arrive à Amboise dix ans plus tard, déjà très affaibli. Au Clos Lucé (autrefois le Manoir du Cloux), Vinci (†1519) continue à travailler à La Joconde, commandée en 1506 et qu’il n’a pas donnée à son commanditaire mais a emporté toujours avec lui (voir Trois Génies/ Vinci). Pendant, les trois dernières années de sa vie, dans l’incapacité de tenir un pinceau mais seulement de pouvoir dessiner, il ne donne aucune œuvre remarquable en rapport de son génie. Son influence sera restreinte. Seuls deux peintres vont en capter les effets : Jean Clouet (1480/85-1541) a pu entre 1515 et 1519 le connaître et Jean Bourdichon (1457-1521), peintre-enlumineur qui a tant soit peu reçu de Vinci mais qui reste dans la tradition des enlumineurs de la période médiévale bien qu’avec une tendance plus naturaliste.
En juin 1518, le florentin Andrea del Sarto (†1530, voir Italie/Classicisme Florentin) arrive à la cour invité par François 1er. Il en repartira un an et demi plus tard. Il ne va peindre que quelques tableaux pour le roi : un portrait du dauphin et un Saint Jérôme, aujourd'hui perdus, et La Charité (Louvre) caractéristique de l’École Florentine par la perfection de sa composition (en triangle) ; ainsi que quelques tableaux au Château de Moimoitiers pour l’intendant Jacques de Beaune, baron de Semblançay[1] à Tours. Sans doute est-ce lui qui recommanda son élève Le Rosso à François 1er. Il rentre à Florence en octobre 1519 ; Vinci est mort en mai. Il dépensera dans l’achat d’une maison la somme d’argent que lui a donné le roi pour acheter des œuvres d’art. Il faudra attendre une bonne dizaine d’années pour que François 1er invitent d’autres peintres italiens de renom.
Les principaux représentants en sont Jean Clouet, Jean Cousin et Jean Perréal .
Note :
[1] Celui-là même que François 1er fit pendre au gibet de Montfaucon en 1527. Voir Architecture/Les Prémices/ Azay-le-Rideau
École de Peinture de Belgique: Bruxelles et Anvers
En 1496, pendant la Première Guerre d’Italie , Philippe 1er Le Beau, né à Bruges, fils de Maximilien 1er, petit-fils de Charles le Téméraire par sa mère Marie de Bourgogne, est reconnu roi consort de Castille et de León, par son mariage avec Jeanne de Castille (Jeanne La Folle, † 1555), fille d’Isabelle de Castille. En 1504, le couple s’installe à Bruxelles (Brabant). Mais à sa mort, deux ans plus tard, en 1506, sa sœur, Marguerite d’Autriche (ou de Bourgogne, † 1530) prend la régence de ce qui est devenue la Belgica et installe sa cour à Malines où elle élève son neveu, le futur Charles-Quint, né six ans plus tôt à Gand. Bruxelles et Anvers, situées dans le Brabant, vont devenir les deux grands centres économiques et culturels en place de Bruges et de Gand en Flandre. Anvers qui sera le centre de la peinture baroque au XVIIème siècle est au XVIème, la première ville du Nord où se fait sentir l’influence italienne dans la période du dernier quart du XVème et du premier quart du XVIème siècle, de Léonard de Vinci à Raphaël. Si Quentin Metsys, Peter Bruegel, Barend Van Orley et Jan Gossaert (dit Mabuse) ou encore Jacopo de' Barbari et Joachim Patinir, sont les plus connus des maitres, d’autres peintres de cette époque ont laissé leur nom dans l’histoire de la peinture belge. Tous œuvrèrent à Anvers et pour certains à la cour de Marguerite d’Autriche à Malines,
« Dès que dans les Flandres, la peinture se détache de l’enluminure, de la fresque et du vitrail, elle se tourne vers l’homme presque autant que vers Dieu, non pas vers l’être humain en tant que créature anonyme, aux idées et aux sentiments abstraits mais vers l’homme individuel avec sa personnalité… Dans le Nord, rarissimes sont les peintres de scènes religieuses, mythologiques ou de genre qui ne furent à la fois d’éminents portraitistes à telle enseigne que toute l’histoire de la civilisation flamande du XVème au XVIIIème siècle nous est raconté sans discontinuité dans une sorte de vaste galerie des ancêtres…Ces portraits sont autant de facettes qui reflètent fidèlement une société, une époque, une culture ». (Émile Langui, Portraits Flamands, Albin Michel 1969)
École d'Utrecht
L’École d’Utrecht par le biais de B. Manfredi apporta le clair-obscur dans les pays du Nord. En France après les peintres Simon Vouet ou Nicolas Régnier, son influence se fait sentir toujours sentir chez les Vernet père (†1789) et fils (†1836) ou chez Lacroix de Marseille (†1779). Le Caravagisme évolua en deux mouvements opposés : D’un côté, la poursuite du Ténébrisme avec pour meilleurs représentants les peintres espagnols du XVIIème siècle : Zurbaran, Ribera et Ribalta ; De l’autre, le Luminisme avec lequel la lumière ne s’affronte plus tant à l’obscurité qu’elle éclaire en un climat apaisé des scènes parfois de douce tranquillité comme dans les tableaux de Georges de La Tour (1593-1652) en France ou chez Gerrit van Honthorst (1590-1656), où les scènes sont dépourvues de la dureté du réalisme de ses confrères de l’École d’Utrecht.
L’École d’Utrecht et Le Ténébrisme
Jan Scorel (1495-1562) né près d’Utrecht, est un des tout premiers romanistes après Mabuse, qui œuvra dans cette ville pendant quarante ans et y mourra ? Les peintres de la région d’Utrecht, de retour de l’incontournable voyage en Italie, adoptèrent dans leur ensemble la technique du Caravaggio, au point de constituer de fait un mouvement d’école, l’École d’Utrecht, qui va se développer dans toute l’Europe au XVIIème siècle.
Le Ténébrisme est une manière picturale qui consiste à créer un effet contrasté de la lumière entre les zones claires et les zones sombres sans gradation de la luminosité. Le fond du tableau, l’arrière-plan, étant généralement obscur. C’est le peintre Caravage (1571-1610) qui en utilisant systématiquement cette technique pour la décoration de la Chapelle Contarelli à l’église Saint Louis des Français (1599-1600)) l’a portée au devant d’un courant qui allait faire école, bien qu’elle ait été déjà connue avant lui.
La technique du ténébrisme est une variante de celle du clair-obscur en ce qu’elle s’appuie toujours sur un effet de contraste lumineux mais le passage entre les parties claires et sombres se fait de façon abrupte et non par un assombrissement progressivement tandis que le sombre tend à l’éclaircissement. Ce passage direct de l’ombre à la lumière peut donner parfois un effet de halo autour des parties claires, notamment des sources de lumières vives comme la chandelle ou un foyer de brandons. La dominante de l’arrière plan dans le ténébrisme reste sombre, la lumière est réservée à certaines zones mettant en valeur visages, mains ou objets choisis par le peintre.
Le Sfumato est un clair-obscur très adouci. Voire très très adouci. C’est à de Vinci que l’on doit cette façon d’étaler, pourrait-on dire, la lumière, d’estomper les ombres. Le sfumato du peintre de La Vierge au Rocher est en parfait accord avec son souci de faire disparaître la touche comme s’il n’y avait aucune intervention de la main du peintre, de la main humaine. Cents fois sur la surface, il passait et repassait la marte sur la marte pour en effacer son passage.
Le ‘nocturne’, terme du 19ème siècle emprunté aux nocturnes de Chopin, est un tableau représentant un paysage ou un intérieur de nuit avec une faible lumière diffuse ou répartie artificiellement. Tandis que dans le ténébrisme, forme sombre, ténébreuse, du clair-obscur, la lumière n’est pas non plus diffuse mais les zones de clarté et d’obscurité, de forte pénombre sont nettement tranchées. Le Caravage a tant utilisé de manière systématique la technique du ténébrisme qu’on lui en attribue parfois la paternité. Le Tintoret est un autre peintre du XVIème siècle du Ténébrisme
Il est à noter que la technique de la peinture à l’huile qui consiste à passer couche sur couche un glacis à base d’huile et de médium favorise ces manières de peindre.
Outre Le Caravage et Vinci, les peintres, ayant usé de l’une ou de l’autre de ces manières sont entre autres Le Tintoret, Jacopo Bassano , El Greco, Zurbaran, Georges de La Tour, Rembrandt et les peintres d’Utrecht.
Les Académies
L'Académie Olympique
L'Académie Olympique de Vicence a été fondée en 1555 dans des buts scientifiques et littéraires. L'architecte Andrea Palladio (1508-1580), qui était membre de l'académie, obtint en 1579 de la ville l'autorisation de construire dans l'enceinte de la vielle prison( l'ancien Castello del Territorio) son Teatro Olimpico ( Théâtre Olympique). Commencé en 1580, année de sa mort, la construction sera poursuit par son fils Sille et achevée cinq ans plus tard.
L’Accademia degl'incamminati
Le nom qui restera attaché à la Haute Renaissance bolognaise sera celui des Carracci, les frères Annibal et Augustin fondant avec leur cousin Ludovico, une académie de dessin et peinture, l’Accademia degl'incamminati (des acheminés) en 1585. Ils travailleront au décor de différents palais avant de partir pour Rome en 1595 (voir Maniérisme Romain).
"Leur académie est à la racine du dépassement du maniérisme et de l’implantation du classicisme du 17e siècle…" (Rivages de Bohême/Annibal Carrache)
L'Accademia delle Arti del Disegno
L’Accademia delle Arti del Disegno, est fondée à Florence en 1562 par Vasari.
L'Accademia di San Luca
En 1588, Frederico Zuccaro (1544-1604) revient à Rome. En 1595, il est nommé, véritable consécration de sa carrière, Principal de l’Accademia di San Luca ; fondée en 1577, cette académie deviendra l’Académie des Beaux-Arts de Rome.
ÉCOLES ET COURANTS EN MUSIQUE
La Camerata Fiorantina - La Camerata de Jacopo Corsi - Cavalieri à Rome - Monteverdie à Mantoue
La Camerta Fiorentina
A tout début des années 1570, à Florence, des musiciens, des poètes, des lettrés, des hommes de théâtre se réunissent régulièrement au palais du Comte Bardi. Giovanni Bardi ou Giovanni de' Bardi, comte de Vernio (1534-1612), tout à la fois compositeur de madrigaux et de divertimenti, fut un brillant militaire aux côtés du Grand-Duc de Toscane, Cosme 1er de Médicis[1], tout en contribuant par ses écrits à la théorisation des idées nouvelles. La rencontre de ces artistes et hommes de plume, les amitiés qu’ils nouent, l’intérêt que chacun porte à découvrir et mieux comprendre les autres formes d’expression de ceux qui l’entoure et qui comme lui sont animés d’un esprit de nouveauté, aboutira à l’émergence d’un courant qui ira sans cesse s’amplifiant jusqu’à se répandre en Italie puis en Europe, le Baroque.
[1] A ne pas confondre avec Cosme l’Ancien (1389-1464) fondateur de la ‘dynastie’ des Médicis.
Ce courant, nouveau pour l’époque, porte la singularité de vouloir plus que jamais associer la parole et le chant en une expression unique. Pour cela, la partie musicale doit se simplifier, sortir de la polyphonie complexe. Dans l’esprit toujours humanisant de la Renaissance, ces nouveaux théoriciens, vont chercher dans les anciens traités grecs ce qui pourrait être un modèle du chant antique.
En 1592, Le Comte Bardi, qui contribua par ses écrits à la théorisation des idées nouvelles , déjà tombé en de disgrâce dix ans auprès de son frère Ferdinand Ier de Médicis, s’exila à Rome. Les portes de la Camerata de Florence, nommée ainsi en 1600 par le compositeur romain Cavalieri, se fermèrent. La Camerata ne marqua pas tant l’histoire musicale par les œuvres qu’elle produisit que par les théories qu’elle émit.
Les musiciens issus de cette camerata qui ont créé par la suite les œuvres les plus représentatives de cette camerata sont Jacopo Peri (1561-1633) et Giulio Caccini (1551-1618), tous deux par ailleurs madrigalistes.
- Peri crée en 1598 une favola in musica, Daphné, qui est déjà un prémisse du genre opéra . Son Euridice en 1600 est considéré par certains comme le premier opéra avant l’Orféo de Monteverdi de1607.
- Caccini qui a participé à l’Euridice, publie à partir de 1602 avec un Orféo, des airs accompagnés traduisant ce recitar cantando dont il est proprement à l’origine et qui doit exprimer les mouvements de l’âme par l’expressivité de la musique autant que par l’expression de la parole. Caccini ne se contente pas d’être un compositeur et un intellectuel aimant à spéculer sur l’Art Antique, il est aussi chanteur virtuose. Il ajoute ainsi à ses compositions dans un but expressif, une richesse d’ornementation d’une extraordinaire richesse.
La Camerata de Jacopo Corsi
Rival de Bardi, Jacopo Corsi (1561-1602) est riche mécène et un compositeur qui ‘dirigea’ la Camerata de Florence après le départ de Bardi pour Rome en 1592. Il collabora avec Jacopo Peri à la mise en musique du Dafné de l’auteur dramatique Ottavio Rinuccini. Cette favola in musica fut représentée pour la première fois en 1598 dans son Palais . En 1600, il sonnait du clavecin à la première représentation de l’ Euridice de Peri. Pendant cette période, la Camerata collabora aux fêtes organisées par E. Cavalieri.
Cavalieri à Rome
Né à Rome, Emilio de Cavalieri (1550-1602) est compositeur mais également organiste, chorégraphe et danseur. Dans le sillage du nouveau Grand Duc de Toscane, il se trouve en 1588 à Florence où il rencontre les membres de la camerata qui participent aux cérémonies et fêtes par le biais des Intermezzi qu’il est chargé d’organiser. Il semble avoir en quelque sorte hérité des recherches de la Camerata sans pour autant en avoir été membre. La Camerat fiorentina de Bardi se sera consacrée plus au madrigal et la Camerata de Corsi de réalisations dramatiques avec E.Cavalieri. Il crée dans ses années florentines plusieurs pastorales qui tendent vers l’opéra. De retour à Rome, il poursuit ses recherches et se targue par lettre d’être, lui et non J.Peri, « le véritable rénovateur du style grec…chanté» ( !? Si tant est soit-il qu’on ait jamais connu le ‘Grec chanté’ malgré toutes les vaines et sympathiques recherches de ses rivaux Florentins). Il créa en 1600 La rappresentazione di anima e di corp. Il est vrai une œuvre emblématique de ce style nouveau dit style représentatif, (style rappresentativo) qui bouleversa l’art lyrique et donna naissance au genre musical baroque par excellent, l’opéra.
En 1620, année de naissance du Baroque, Stefano Landini, avec sa Mort d’Orphée fera de Rome la place centrale de l’opéra.
Monteverdi à Mantoue
Avant de se rendre à Venise, Claudio Monteverdi, maître de musique de chambre à la cour de Mantoue, défrichait lui aussi ce terrain nouveau , la monodie (3ème livre des madrigaux, 1592), avec basse continue ( avec changement selon le chanteur) et récitatif (4ème livre des madrigaux, 1603 et 5ème livre 1605). Donnée en 1607, son Orphée développe un récitatif arrivé à maturité.
Écoles -Courants - Académies Littéraires
Les Grands Rhétoriqueurs - La Pléiade - L'École de Lyon - L'École de Valencienne -
COURANTS
Les Grands Rhéthoriqueurs
Les Grands Rhétoriqueurs relèvent d’une même poétique qui s’exercera sur période couvrant la fin du Moyen-âge (1460) jusqu’à l’époque baroque ( poètes du Siècle d’Or Hollandais) en passant par la Renaissance. De manière générale, leur style éloquent porte à l’emphase. Il use de l’allégorie à des fins morales. Ils pratiquent le vers en véritables artisans comme si la langue était est la cause et la fin de leur poétique : choix précis du vocabulaire, jeu des sonorités, jeu avec les mots et jeu de mots. Il peaufine, triture la langue.
- À la Cour de Bourgogne, s’illustrent Georges Chastellain (ca.1404/05?-1475) et Jean Lemaire de Belges (1473-1515?).
- À la Cour de France, s’illustrent Guillaume Crétin (vers 1460-1525), Jean Molinet (1435-1507), Pierre Gringore (1475-1539), Jean Marot (vers 1450-1526), père de Clément Marot, André de La Vigne (vers 1470-après 1515), Jean Bouchet (1476-1557), Michel d'Amboise (1504-1550);
- Aux Pays-Bas, les poètes qui peuvent représenter l’école de rhétoriqueurs sont Roemer Pieterszoon Visscher (1547-1620) auquel on rattache à une date plus avancée les poètes Pieter Corneliszoon Hooft (1581-1647), Gerbrand A. Bredero (1585-1618) et Joost van den Vondel (1587-1679) appartenant à la « Vielle Chambre » de rhétorique, la plus connue, L’Églantier à Amsterdam. Mais les Chambres de Rhétoriques des Pays-Bas n’avaient pas les mêmes objectifs, plus larges et plus sociaux (Voir Poésie/Pays-Bas).
Tous ces poètes se réclament d’Alain Chartier (1385/90-1430 ? voir Tome I Bas Moyen-Âge Volume 1/Poésie Lyrique)
« Le vers, ses nombres, ses coupes et ses rimes, ses assemblages en strophes et formes, est pour les Rhétoriqueurs l’objet de tous les soins. L’art de la poésie est pour eux le plus grand des arts, et l’essence de la poésie réside dans le vers. Etre poète, c’est être artisan, fabricant de vers, « facteur ». ( Jacques Roubaud in Impressions de France, Hatier 1991).
La Pléiade
Pour Joachim du Bellay et pour six autres poètes, Pierre Ronsard, Antoine Baïf, Pontus de Tyard, Étienne Jodelle (voir Théâtre), Jacques Peletier, Rémy Belleau, qui ont fondé en 1553, le mouvement ou l’école de La Pléiade, cette langue française non seulement doit pouvoir être parlée et écrite et lue par tous mais encore doit-elle par l’excellence de sa finesse, de sa subtilité, de sa richesse de vocabulaire exprimer au mieux tout ce qu’un poète, un écrivain doit vouloir exprimer. Et le moyen français tel qu’il est alors pratiqué est encore une langue trop rustre.Il est reconnu à l’heure actuelle que La Pléiade n’a jamais été un groupe constitué, plus un mouvement qu’une école.
L’École de Lyon
Le Lyon est à cette époque le premier centre financier du Royaume et l’un des trois grands foyers culturels de la Renaissance française avec Paris et Nérac. C’est une place d’édition et d’imprimerie renommée. Des ateliers d'imprimerie comme celui de Jean de Tournes ou de Sébastien Gryphe, d'une grande production, y ont atteint une qualité qui n'a rien à envier à ceux de Venise ou de Paris. Une vie culturelle intense est animée par les amis médecins, musicologues, lettrés de Symphorien Champier (c.1472- ca.1531), médecin de renom, doyen du Collège des Médecins de Lyon, qui participa activement à la fondation du Collège de la Trinité dont il fut le premier Principal. Ce sont Maurice Scève, Clément Marot, (voir Poésie/France) Bonaventure des Périers, Corneille Agrippa et les traducteurs Claude Seyssel et Jean Lascarys (voir Humanisme). Au sortir de la faculté de médecine de Montpellier, Rabelais qui vient de publier le premier volet de son burlesque roman de chevalerie, Pantagruel arrive dans la ville en 1532 pour exercer la médecine.
ÉCOLES
École de Valencienne
Le XVième siècle espagnol est marqué par le règne d’un roi renaissant avant l’heure pour son amour des arts et des lettres, Alphonse V dit le Magnanime (1394-1458), roi d'Aragon et de Valence, la ville ayant été rattachée à la couronne d’Aragon par le Traité de Cazola qui en 1179 répartissait entre l’Aragonais et la Castille, les terres (re)conquises aux musulmans.
Le royaume de Valence bénéficie alors d’une relative tranquillité en échappant aux conflits de succession que connaissent les autres royaumes de la péninsule. De grands talents littéraires vont émerger tout au long du siècle au point que cette riche période littéraire sera appelée le Siècle d’Or Valencien. Poètes et écrivains ont abandonné la langue provençale des troubadours qui étaient encore jusqu’à la fin du siècle précédent reçus à la Cour de Castille et d’Aragon. Ils se détachent petit à petit de l’influence italienne. A l’instar du poète Ausiàs March, ils emploieront dorénavant pour la prose comme pour le vers la langue castillane. C’est meilleurs représentants sont Jordi de Sant Jordi (†1424) qui est chronologiment parlant le premier représentant de l’École Valenciennoise, Ausiàs March (1397-1459), Juan de Mena (1411-1456), Joan Roís de Corella (1433/43-1497).
L’École Sévillane
Vers 1561, l'humaniste, poète et dramaturge Juan de Mal Lara (1524-1571) fonda une académie de poésie qui se poursuivra pendant près d'un siècle. Elle n’avait pas de règles fixes , ni non plus de lieux de réunion ; ce pouvait être la magnifique maison du poète sévillan Juan de Arguijo au décor peint par Francisco de Medina, comme celle du peintre Francisco de Pacheco (1564-1644). Juan de Mal Lara (1524-1571), Arguijo et Herrera (1534-1597), qui en fut une des figures les plus importantes, formèrent avec Rodrigo Caro (1573-1647) ce que l’on a appelé l’École Sévillane.
« Le sentiment patriotique caractérise l'école andalouse, tandis que le sentiment religieux imprègne le groupe castillan. » (https://www.universalis.fr/encyclopedie/fernando-de-herrera/)
ACADÉMIES
La Consistori del Gay Saber
La Consistori del Gay Saber est l’ académie poétique la plus ancienne de France et sans doute au monde. La Sobregaya Companhia Dels VII Trobadors de Tolosa (La Compagnie Très Gaie Des Sept Troubadours De Toulouse)a été crée en 1323 par sept troubadours Toulousains. Elle deviendra sous Louis XIV, l’Acadèmia dels Jòcs Florals (l’Académie des Jeux Floraux).
L’Académie Platonicienne
Cosme l’Ancie fonde à Florence en 1449 sur le modèle de l’Académie d’Athènes (383>86) fondée par Platon (428-347) , l’Académie Platonicienne ouverte aux nouvelles idées humanistes. Marsile Ficin, à qui Come confie la traduction d’auteurs grecs, en prendra la direction.
L’Accademia degli Infiammati
L’Accademia degli Infiammati (L'Académie des Brûlants), fondée en 1545 à Padoue, poursuivra son activité pendant seulement cinq ans.
L'Accademia degli Umidi
A Florence L'Accademia fiorentina d’abord Accademia degli Umidi (des Humides) est fondée dès 1540 sous Cosme 1er . Elle se perpétuera sur une trentaine d’années .
L’Académie de Musique et de Poésie
L’Académie de Musique et de Poésie est fondée par le poète Jean-Antoine de Baïf (1532-1589) en 1571, un des cofondateurs avec Pierre Ronsard de La Pléiade. L’académie fermera ses portes assez rapidement en 1584. Selon les préceptes de cette académie, la chanson strophique doit se calquer sur le sonnet, le couplet tenant la place de la strophe, et le vers en sera mesuré à l’exemple de la métrique en usage dans la poésie de l’Antiquité par les poètes grecs et latins, tel Pindare et Horace (Vol.2 / La Musique/ Vers La Mondodie/Intoduction, et La Chandon Française).
L’Académie de Naples
Homme de lettres et savant, Giovanni Pontano (1426-1503) fut le premier directeur et l’organisateur de l’Académie de Naples, académie humaniste de poésie, fondée en 1471 sur ordre du Duc de Calabre, le futur Alphonse II. Après sa mort, elle portera son nom, Accademia Pontaniana.
Courants Philosophiques
L'Humanisme
Introduction
L’humanisme de la Renaissance diffère de l’humanisme contemporain. Si le premier est ‘encore’ tout à la fois imprégné de foi en Dieu et de foi en l’homme, de religion et d’humanité, le second est l’aboutissement d’un développement constant de la notion d’individu au détriment de la religion ; l’humanisme au XXème siècle aura intégré une valeur laïque voire athée de la société qui place en son centre et face à lui-même, l’individu comme seul maître de son destin et de celui de la cité, sans plus aucune référence à une transcendance pour fonder ce destin mais sur une liberté ontologique. A cette nouvelle conception d’un humanisme ‘renforcé’ pour laquelle la notion de liberté est devenue fondamentale et fondatrice, le Siècle des Lumières lui a entre- temps apporté celle de tolérance. Et l’action Humanitaire, comme pratique socio-politique de l’humanisme moderne, son pragmatisme. La misemis en pratique de la notion de solidarité, des peuples et des individus entre eux tendant à dépasser les cadres nationaux, religieux, les clivages politiques dans la volonté d’un humanisme universel.
Une Nouvelle idée de La Religion
L’idée courante que l’on se fait de l’humanisme est naturellement celle de l’humanisme éclairé par les Lumières, l’humanisme de l’Encyclopédie qu’a rejoint l’humanisme universaliste des Droits de l’Homme, autrement dit un humanisme laïc, peu ou pas préoccupé de dieu et de théologie. Or l’humanisme des XVème et XVIème siècle est un humanisme chrétien, profondément concerné par les rapports entre les vérités de la raison et la Vérité révélée, et plus encore engagé dans une recherche de ces vérités et de cette Vérité par une approche nouvelle, philologique, des Écritures Saintes dans leurs versions les plus originelles. Mais encore en amont du christianisme,
le Retour à L'Antiquité
Si la Renaissance Humaniste des XVème et XVIème siècles, la troisième en Europe, après la ‘Carolingienne’ du IXème siècle et la ‘Courtoise’ du XIIème, peut se définir comme la redécouverte, l’étude et la transposition des œuvres des artistes et philosophes de l’antiquité grecque et latine, on peut aussi avancer qu’elle a commencé dans la seconde moitié du XIVème siècle quand Pétrarque s’inspirait des poètes latins retrouvés, et que Boccace faisait obtenir en 1360 à Florence une chaire au lettré grec, à Léonce Pilate[1], pour qu’il enseigne le grec. Natif de Calabre, (†1366), il avait étudié cette langue en Crète.
Ce mouvement de retour à la culture antique est plus une intensification et un changement d’orientation qu’une réelle redécouverte. Les philosophes grecs, notamment Aristote, n’ont jamais été ignorés des philosophes du Moyen-âge, ne serait-ce que par les traductions soit des philosophes arabes, qu’ils trouvèrent dans les bibliothèques d’une Andalousie reconquise, soit venant de Sicile
Une Nouvelle idée de L'Homme
L’homme prend pour guide la raison, sa propre raison. Car il sait, lui, que les Dieux de l’Olympe, aussi sont mortels ! Cette confiance en l’homme est une véritable foi en l’homme ; Elle fonde l’humanisme philosophique. Ainsi l’homme de la Renaissance va plus porter ses regards vers le monde, la nature qui l’entoure que lever les yeux au ciel. Il n’est pas encore athée, il n’est pas encore individualiste, mais il s’émancipe de Dieu, du Dieu de l’Église, celui de la Septante.
Humanisme et Raison
Pendant de la Renaissance, l’Humanisme n’est pas synonyme de rationalisme. Dans le cadre de l’humanisme Renaissant, les références nombreuses à la cabalecabbale, à l’hermétisme, à l’astrologie voire à la magie, qui ne font pas particulièrement appel à la raison raisonnante, et la mise en valeur du platonisme au détriment de l’aristotélisme, font que même si l’Homme prend une place extensive, l’humanisme ne rompt pas ses liens avec une pensée spirituelle pour adhérer d’emblée à une vision rationaliste du monde qui écarterait toute approche ésotérique, intuitive en un mot non cartésienne.
Notes
[1] Selon certaines sources, c'est à Padoue que les chemins de Boccace et de Pilate se serait croisés.
Florence :Naissance de l'Humanisme
Une des grands initiateurs à la culture grecque fut avec Chrysoloras, le grammairien Giovanni Malpaghin connu comme Giovanni da Ravenna (Jean de Ravenne , 1346-1417)[1]. Après avoir été le disciple de Pétrarque, il professe de rhétorique et l’éloquence à Padoue puis à Florence. Il sera le maître du Pogge (†1459, voir ci-après).
Nombreux auront été les lettrés, formés auprès de ces deux humanistes auprès de qui ils auront étudié les auteurs grecs dans le texte et qui feront connaitre ensuite la langue et la culture grecque.
D’autres érudits ramènent de leur voyage en Grèce ou plus exactement de Constantinople, les manuscrits de Xénophon, Plotin ou du poète Pindare, faisant ainsi en sens inverse le voyage qu’avait fait Léonce Pilate. Jean Argyropoulos (1395-1487) quitte lui, avant qu’elle ne tombe en 1453 aux mains des Ottomans, sa ville natale Constantinople où il enseignait le grec pour l’enseigner à la Villa Carregi à partir de 1462. La Villa Carregi est la troisième des grandes villas médicéennes. Là, siège alors l’Académie Platonicienne (Academia Neoplatonica) que Cosme l’Ancien a fondé en 1459 sur le modèle de l’Académie d’Athènes fondé par Platon ver 387 av.J.C.. Argyropoulos va grandement participer à familiariser les Italiens à la philosophie grecque non seulement par son enseignement mais aussi par ses nombreuses traductions.
Parmi les plus illustres membres, élèves, qui fréquentent l’Académie, il y a Pierre et Laurent de Médicis, mais aussi le célèbre philosophe Marsile Ficin (1433-1499) qui en viendra à la diriger et l’historien des religions, Pic de La Mirandole (Giovanni Pico Della Mirandola, 1463-1494) qui orientera ses travaux vers les textes hébraïques.
Notes
[1] A ne pas confondre avec Giovanni Conversini, dit Giovanni di Conversino, ou Giovanni da Ravenna (1343-1408), historien, grammairien d’origine hongroise à la vie plutôt itinérante, Padoue, Ferrare, Urbino, Venise où il meurt. Il fut entre conseiller de Nicolas d’Este, marquis de Ferrare et de Francesco de Carrara, Seigneur de Padoue, Il rencontra Pétrarque à deux reprises. Il enseigna la grammaire. Eut pour élève Guarino da Verona. Il écrivit des traités de philosophie morale et sur la vie de cour à Ferrare.
Les Humanismes
L'Humanismes du Nord
Parmi le derniers scolastiques médiévaux Guillaume d’Occam (†1347) fit briller de ses derniers feux le nominalisme de St Thomas, et passant le gué des Temps Modernes, Jean de Gerson (†1429), nominaliste modéré, à qui certains attribuent l’Imitation selon Jésus Christ, participa activement au concile de Constantinople en combattant farouche de l’hérésie dont ses principales cibles étaient Jan Huss dont il obtient la condamnation, St Brigitte de Suède qui bien que morte un demi- siècle plus tôt était toujours poursuivie de son éréthisme et le panthéisme d’un David de Dinant mort en 1217.
Nicolas de Cuse
Né au début du XVème siècle, Nicolas de Cuse (Nicolas Krebs ou Krypfs[1],1401-1464), né en Rhénanie-Palatinat, opèra la transition entre Moyen-âge et Temps Modernes conservant l’apophatisme des Rhénans en la formule nouvelle de la Docte Ignorance, et en s’ouvrant aux idées platoniciennes de Marsile Ficin.
La corrélation de la Docte Ignorance avec l’apophatisme traditionnel néo-platonicien est évidente. Suivant le le Pseudo-Denys, Cuse affirme que c’est par le détachement même de nos modes intellectuels de connaissance, l’abandon de toutes notions, que nous pouvons être mis en présence de la lumière divine. que de Maître Eckart. En cet état mystique de non-connaissance, les contraires se résolvent (‘coincidentia oppositurum’), le bien et le mal, le vrai et le faux. De Cuse y incluera le maximum absolu et le minimum absolu.
« Il est impossible qu’une intelligence finie puisse s’assimiler aucune vérité précise. Le vrai n’est pas, en effet, une chose qui soit susceptible de plus et de moins ; il consiste essentiellement en quelque chose d’indivisible ; et ce quelque chose ne saurait être saisi par un être, si cet être n’est la vérité même (Docta Igniorantia)
Rodoplphus Agricola
Dans son œuvre majeure, De Inventione Dialectica libri tres (1479), Rodulphus Agricola (1443-1496), mit en place une nouvelle approche analytique qui veut s’inscrire dans le mode de raisonnement, d’argumentation de la tradition grecque. Son intention est de sortir des cadres de raisonnement de la scolastique. Il propose pour cela une une dialectique rhétoricisée : une façon d’agencer les raisonnements qui mêle dialectique (logique et investigation) et rhétorique (art oratoire et communication) et les unit en un nouvel ensemble. :La théorie scolastique est transformée en en un art pratique du raisonnement qui tient compt, du but que l’orateur se propose, de la nature du sujet et de l’auditoire concerné
Notes
[1] En allemand, Krebs et en patois mosellan Krypfs, signifie crevette (http://agora.qc.ca/dossiers/Nicolas_de_Cues)
Didier Érasme
Didier Érasme (1466/67/69 -1536/38 ), en opposition à l’humanisme paganisant qu’il dénonce dans son Ciceronianus[1], Érasme s’inscrit dans ce courant pré-réformateur de l’humanisme biblique qui pensait que le retour aux versions les plus originelles des textes sacrés et leur mise en parallèle avec les versions « officielles » de l’Église devait pourvoir suffire à montrer la nécessité d’une réforme du christianisme.
Son ouvrage majeur, sans doute le plus connu des ouvrages de la Renaissance, L'Éloge de La Folie, estune déclamation. La Folie déclame. Il faut l’imaginer, faisant son propre éloge avec tout l’art déclamatoire, emphatique et les gestes appropriés d’un comédien averti. Le ton est facétieux, le verbe caustique.
C’est à la Folie que les hommes doivent d’être heureux et joyeux et de ne pas sombrer dans l’ennui. L’homme habité par la folie jouit pleinement de la vie et de ses plaisirs et jette la raison par- dessus tête. C’est elle qui « conserve la jeunesse et met en fuite la vieillesse fâcheuse ».
Notes
[1] Pour nombre d'humanistes, Cicéron fut le modèle par excellence des latinistes. Il constituèrent un courant dont le meilleur représentant en Italie fut le cardinal Pietro Bembo et dans le Nord, le Flamand Christophe de Longueil,"mordu grave" de la Rome Classique et un des trois personnages de ce dialogue, dont se moque Érasme.
L'Humanisme en Angleterre
Le centre de l’humanisme anglais se trouve à Oxford dont les principaux représentants sont William Mountjoy[1] qui fut l’élève d’Érasme à Paris, l’helléniste William Grocyn qui aida Érasme à se perfectionner en grec, Thomas More chez qui Érasme, son proche ami dès 1499, séjourna par deux fois, et John Colet.
Notes
[1] William Blount, 4e baron Mountjoy (1478-1534) , home de confiance d’Henri VIII, il assura des charges et des missions d’importance… comme d’annoncer à Catherine d’Aragon dont il était le chambellan que son roi la répudiait.
Première Génération
John Colet
JJohn Colet (1467-1519) séjourna à Florence de 1493 à 1496. Retour en Angleterre, il enseigna le grec à Oxford. Théologien moraliste, il prônait un retour à l’enseignement de la Bible qui tout au long du mouvement humaniste sera lue, notamment par les hébraïsants, de manière critique, réflexive.
Thomas More
Thomas More (1478-1535) reste connu comme un des plus grands latinistes de la pensée anglaise. Son œuve majeure Utopia est à deux optiques de lecture. L’ouvrage peut être lu comme la rêverie d’un âge d’or perdu, que (re)découvre le voyageur : une île où l’homme naturel est foncièrement bon dans un avant-goût rousseauiste. C’est ainsi que la justice rendue est suffisamment impartiale qu’elle ne nécessite pas de défenseurs. La tolérance assure la paix sociale. Mais, quand même, la société est patriarcale et esclavagiste.
La seconde optique de lecture montre une volonté de réforme de la gouvernance des rois comme l’espérait More de la part d’Henry VIII, avant qu’il ne soit nommé Chancelier et ne se heurte à la réalité politique.
Utopia, terme inventé par More à partir du grec et du latin: ou- topos le non lieu, nulle part.
Seconde Génération :
Francis Bacon
Francis bacon (1561-1626), est considéré comme le père de l’empirisme[1]. Il développe et amplifie les thèses de son homonyme, le philosophe expérimentaliste du Moyen-Âge, Roger Bacon. (Cf. 1200/ La Scolastique/ L’Ordre Dominicain). En 1606, il écrit De Dignitate et Augmentis Scientiarum (de la Valeur et de l’Avancement de la Science), ouvrage dans lequel il trace le tableau de tous les domaines que les sciences peuvent embrasser et traite des rapports entre elles. C’est le début de l’épistémologie en ce que Bacon circonscrit le domaine général de la connaissance scientifique et fait de la science l’unique moyen pour acquérir un savoir vrai.
Notes
[1] «L’empirisme désigne un ensemble de théories philosophiques qui font de l'expérience sensible l'origine de toute connaissance ou croyance et de tout plaisir esthétique.» ( Art. Wikipédia)
« Par extension, on appelle "empirisme" toute méthode qui prétend ne s’appuyer que sur l’expérience, sur les données, sans recourir au raisonnement ou à la théorie. » ( http://www.toupie.org/Dictionnaire/Empirisme.htm).
L'Humanisme en France :
Deux étapes importantes marquent l’implantation définitive de l’humanisme en France :
La création en 1522 par François 1er de la « Librairie du Roi » (Bibliothèque de Fontainebleau) à partir du fond de « la « Librairie de Blois » de Louis XII, à l’instigation de son entourage d’humanistes dont Guillaume Budé et le cousin du poète Joachim du Bellay, l’influent cardinal Jean du Bellay, ambassadeur du roi. Cette bibliothèque sera transférée à Paris en 1567 lorsque Jacques Amyot sera nommé Maître de Librairie par François II[1]. Sous l’influence des mêmes, sera créé en 1530, le « Collège des Lecteurs Royaux », qui deviendra le Collège de France, toujours en activité.
Première Génération :
Lafèvre d'Étaples
Lefèvre (Jacobus Fabri Stapulensis 1450-1537), né à Étaples (Picardie), s’inscrit comme Érasme dans cette veine de l’humanisme chrétien qui prône un retour à une lecture au plus près des textes bibliques les plus anciens. Il est l’un des premiers à faire prévaloir la foi sur les œuvres.
Si dans un premier parcours, il s’attache à une relecture d’Aristote, la fréquentation des Florentins, ses travaux sur Nicolas de Cues sur lequel se spécialisera son élève Charles de Bouelle, ses commentaires et éditions de R. Lulle, du Pseudo-Denis, le feront se tourner vers le platonisme et vers une mystique contemplative orientée par le Lulle de La Contemplation de Dieu
Guillaume Budé
Guillaume Budé (1467-1540), éminent helléniste, appliqua l’approche philologique aux textes de droit et les débarrasse de leurs couches d’interprétations. « il a renouvelé largement l’interprétation des textes des historiens, des jurisconsultes de l’Antiquité et de Pline dont il étudie les manuscrits très altérés ». (http://classes.bnf.fr/dossitsm/b-bude.htm).
Dans De Literarum Recte et Commode Instituendo (1532), Budé réaffirme l’étude et la culture comme véritables voies vers la sagesse.
Seconde génération:
Pierre Ramus et La Réforme de l'Enseignement
Pierre de La Ramée (Petrus Ramus, 1515-1572), mit au point avec deux autres humanistes sa nouvelle méthode d’enseignement. « …La méthode de Ramus, dit M. Vallet de Viriville, peut- être définie ainsi : Mêler aux pratiques à peu prèsprés exclusives alors de la simple argumentation, la lecture et l’imitation des meilleursmeilleures écrivains de l’antiquité…Instituer le raisonnement (je dirais plutôt le jugement), le goût et la critique, là où régnait, presque sans partage, un aveugle emploi de la mémoire et un usage en quelque sorte mécanique de l’esprit. » (Gabriel Compayré http://www.inrp.fr/edition-electronique/lodel/dictionnaire-ferdinand- buisson/document.php?id=2957).)
Michel de Montaigne
Michel Eyquem (1533-1592), est plus un penseur qu’un philosophe en ce qu’il ne construit pas un système philosophique, en ce qu’il n’élève pas une architecture conceptuelle mais en ce que sa réflexion aborde des sujets divers, la politique, l’éducation, la religion. Célèbre pour ses 'Essais' , ce 'philosophe' sceptique pose un doute non sur les faits mais sur la certitude de leur valeur, laisse l’esprit en éveil lui évitant de s’enfermer dans les croyances et passions. Cet état de doute qui n’est pas indécision même ataraxie, notion commune aux sceptiques, aux épicuriens et aux stoïciens, qui peut se traduire par « absence de troubles », autrement dit qui mène à la quiétude.
L'Humanisme en Espagne
les humanistes italiens ou portugais ancien élève du Politien et autres Flamands arriveront à partir de la fin du siècle pour enseigner à la célèbre université de Salamanque. Là, seront étudiés les grands classiques. Le grec, le latin mais aussi l’hébreu et le chaldéen y seront enseignés.
Les humanistes espagnols resteront toujours fortement imprégnés de religion. Mais la pensée érasmienne joua un rôle fort important au point que l’on a parlé d’érasmisme pour l’humanisme espagnol. Juan Luis de Vivès fut un des esprits les plus marqué par l’auteur de l’Éloge de la Folie.
Juan de Valdès
Juan de Valdès (1499-1541) a été un humaniste, imprégné des idées d’Érasme qui fut son ami. De tendance spiritualiste (ou mystique), il a prôné une foi vivante de l’intérieur, sans recours à aucune manifestation ou soutien extérieur. Tolérant, il n’a prêché aucun ostracisme, a refusé les jugements comme les condamnations. Pour lui, tout est une affaire intérieure et pour chacun.
L’École de Salamanque et Le Droit Naturel
L’École de Salamanque est le nom qui a été donné par des économistes du XIXème siècle à des juristes universitaires salamantinssalmantins qui ont créé au XVIème siècle « un corps de doctrine sur le droit naturel, le droit international et la théorie monétaire. »(Histoire du Libéralisme, 2010, Contrepoint.org). Leur chef de file fut Francisco de Vitoria (1483-1546).
Avant d’être économistes, ces philosophes, encore appelés scolastiques de parpart leur attachement à la pensée aristotélicienne émise par St Thomas d’Aquin, étaient des juristes mais juristes non pas tant en ce qu’ils voulaient faire prévaloir le droit juridique, mais promouvoir la recherche d’une justice pour les peuples, une justice équitable basée non plus sur le droit divin ou temporel mais sur un droit que tout individu peut et doit revendiquer, le droit naturel, une notion fondamentale instaurée par l’école.
Francisco de Vitoria
Francisco de Vitoria (1483/86-1546) sur les traces de St Thomas d’Aquin introduisit les notions de loi de la nature et de droits naturels de l’homme en opposition à une conception théologique de la nature et de l’homme; notions qui s’inscrivent dans le droit fil de la pensée humaniste. Lui et les participants à l'école salamantine vont lier à ces notions une nouvelle économie basée sur la liberté d’échange et de circulation, sur le droit à l’enrichissement voire au prêt avec intérêt interdit depuis le deuxième Concile de Latran en 1139. Nouvelle conception de l’économie par les catholiques qui rejoint celles des protestants et des luthériens du Nord de l’Europe.
L'Humanisme en Politique
« Un autre humanisme va se développer au cours du XIVe et du XVe siècle, un humanisme politique que l’on appellera beaucoup plus tard « humanisme civique ». Leonardo Bruni[1], le grand humaniste florentin fait entrer l’humanisme dans la sphère politique" ( http://denis-collin.viabloga.com/news/reflexions-sur-l’humanisme). Léonardo Bruni dit d’Arétin, (1370-1444) était traducteur et historien, Chancelier de la Seigneurie de Florence; à ne pas confondre avec Pierre l’Arétin (1492-1556) dramaturge.
Jean-Dominique Campanella
Le socle de la pensée de Campanella (1568-1639),est subjectif, c’est « la certitude du moi », « l’autocertitude ». A la différence de Descartes pour qui le cogito d’où découle toutes les autres certitudes est un processus intellectuel (rationnel), pour Campanella, le processus est psychologique. Il s’agit d’une expérience psychique, intérieure. Pouvoir, savoir et volonté sont les trois activités fondamentales que le moi expérimente. Elles ont pour corollaires les trois vertus, puissance, sagesse, amour. S’il reste enfermé dans sa finitude, le moi sera soumis à la dualité : La puissance se heurtera à l’impuissance, la sagesse à la sottise et l’amour à la haine.
Dans son œuvre majeure, La Cité du Soleil, Campanella, reprenant l'idée d'Utopia de >Thomas More, décrit sa conception d'une société idéale, égalitaire, communautairste.
Machiavel
Nicolo Machiavelli (1467/69-1527), concitoyen de Savonarole, fut secrétaire des ‘nove delle milizie’ (des neuf milices). Chargé du recrutement et de la formation des membres de la milice en remplacement des troupes. Il constitua ainsi l'armée de métier de la brève république florentine,
Dans ses ouvrages ; L'art de La Guerre et Le Prince ou Les Principalités, Machiavel donne une image de l’homme qui par son apparente « inhumanité » s’écarte de la vision biblique.
Il énonce les principes d'un gouvernement fondé sur le réalisme politique et basé sur sa propre expérience de diplomate. Des principes tels que : · Pour vaincre la convoitise susciter la crainte ; Pour vaincre la crainte susciter l’amour; Jouer avec les passions et les émotions; Ne jamais dévoiler ses desseins. Dissimuler et intriguer; Avoir le courage du crime mais sous des apparences de vertu; Gouverner, c’est anticiper...
L'Humanisme Hébraïsant
Ce mouvement, qui s’étend sur les deux siècles de la Renaissance, ne fait pas de la raison le primat de la connaissance. Les chrétiens Francesco Zorzi, Johannes Reuchlin, Guillaume Postel et les juifs León Hebreo et Juda ben Yehiel vont partie de ce mouvement hébraïsant qui, avec Pic de la Mirandole en de chef de file de la cabalecabbale chrétienne[1], révèle sans constituer une école, l’intérêt porté par les humanistes à l’hébreu, à la culture hébraïque et à la Kabbale. Il montre comment celles-ci peuvent être en adéquation avec un humanisme qui plonge ses racines dans la tradition païenne antique, comment elles peuvent permettre un approfondissement de la compréhension des Saintes Écritures ou/et s’inscrire dans un mouvement d’émancipation universaliste, et s’intégrer à l’enseignement des arts libéraux.
León Hebreo
Yehuda Abravanel (1460-1521, León Hebreo, Léon l’Hébreu) rejette les aristotéliciens et le rationalisme d’un Maïmonide[1] mais de lui retient les leçons de Platon. Comme chez tous les humanistes platoniciens et qui n’ont pas oublié St Augustin, l’Amour tient une place essentielle dans ses écrits. C’est par l’amour et non l’intellect que l’homme s’approche du divin. La foi ne nécessite nullement le soutien de la raison. Hebreo
Notes
[1] Dans son ouvrage, Le Guides des Égarés (ou des Perplexes), Moïse Maïmonide (1135-1204), s'adresse aux juifs partagés entre la tradition rabbinique et les courants novateurs comme l'aristotélisme que véhiculent les penseurs de l’âge d'or musulman. Cet ouvrage est non seulement une référence majeure de la pensée juive du Moyen-âge mais, au-delà, il est encore considéré comme un ouvrage majeur de l'expression de la philosophie spirituelle. (Voir Tome 1)
Johannes Reuchlin
Johannes Reuchlin (1455-1522), né dans le Bade-Wurtemberg, défendit la religion juive et ses écrits qu’il estimait non antinomique au christianisme. Ses ouvrages présentent iune conciliation entre judaïsme et christianisme, foi et science. De Verbo Mirifico (Du Verbe Admirable, 1494)est particulièrement représentatif de son souci de syncrétisme entre hermétisme, cabale, christianisme et néoplatonisme
Guillaume Postel
Guillaume Postel (1510-1581) est considéré par certains comme le plus grand orientaliste de la Renaissance française. La Loi du livre du Coran, Mahomet et les Évangelistes, dans lequel les troubles qui nous assaillent sont à considérer est le premier commentaire du Coran dans le texte. La Clé des Choses Cachées et L’Exégèse du Candélabre Mystique dans le Tabernacle de Moïse, aux titres évocateurs, sont des écrits « qui appliquent l’herméneutique juive à la mission du roi de France ». Sa rencontre avec Mère Anne qui selon lui se serait réincarné a suscité des écrits mystiques …"Ses rêveries sur la future union de tous les humains, sur leur régénération par la mère Jeanne, sont exposées dans un langage tellement obscur qu’on ne peut les comprendre". Mère Jeanne serait cette sagesse incarnée et à sa mort, elle se serait réincarnée en lui. C’est à cette épisode de sa vie que Postel doit pour une bonne part sa réputation de « fol et docte Postel » auprès de ses confrères.
Juda ben Yehiel
Juda ben Yehiel (1422-1498) dit Messer Léon né en Vénétie, est représentatif sous la Première Renaissance, au travers de son enseignement du triumvir et de ses commentaires sur Aristote et Averroès, de cette interpénétration des cultures, hébraïque et scolastique qui tente « de concilier la philosophie aristotélicienne, dominante alors dans les communautés juives italiennes, et la philosophie néo-platonicienne d’inspiration kabbalistique) ». (https://c-est- quoi.com/fr/ definition/kabbale)
Humanisme et Arts Sacrés
A la Renaissance, particulièrement en seconde phase du XVIème siècle, les arts sacrés connurent un fort regain d’intérêts. Les forces obscures, occultes, cosmiques furent l’objet de nouvelles études et recherches pratiques. L’hermétisme d’un Marsile Ficin, le cabalisme d’un Pic de la Mirandole, le vitalisme d’un Giordano Bruno, l’interdépendance universelle d’un Paracelse, l’art du feu d’un Grosparmy, l’ésotérisme d’un Corneille Agrippa, le lullisme de Padoue ou des Chartreux de Vauvert (Paris) donnent au mouvement Renaissant toute sa richesse et sa complexité.
L'Alchimie
L’al-chimie de l’arabe al-kimiya est souvent considéré de nos jours comme une pratique sinon une science, qui conduira à la chimie moderne en ce qu’elle travaille sur les métaux et les sels en vue de leur transformation (transmutation). Ce n’est qu’au XVIIIème siècle qu’elle sera distinguée de la chimie.
L’alchimie apparaît en Égypte au début de notre ère. Elle apporte aux spéculations philosophico-cosmiques des hermétistes et des gnostiques une pratique et une ascèse baséebasées sur le travail du feu. Elle va orienter les connaissances sur la fusion et les alliage des métaux par le feu- jusqu’alors utilisées dans la métallurgique et l’orfèvrerie- vers la recherche d’une transmutation de ces métaux et des pierres précieuses à des fins de santé et d’harmonisation, corporelle, morale et spirituelle.
Raymond Lulle
Sans oublier les lulliens de Padoue ni les Chartreux de Vauvert (Paris), c’est par l’attention que Nicolas de Cues et Sibiuda (voir ci-avant R. Lulle et La Renaissance) portèrent à Raymond Lulle, que le Christianus Arabicus entre de plain-pied dans le mouvement Renaissant. L’élève de Lefèvre, Charles de Bouelles (1479-1553), écrivit une Vie de Lulle. Lefèvre d’Etaples, lui-même, participa grandement à ce regain d’intérêt pour le Majorquais dont Le Livre de la Contemplation en Dieu provoqua chez lui une véritable crise mystique. Et Lefèvre fera avec le concours.
Raymond Lulle tiendra sous la Renaissance une place importante dans le courant hermétiste animé par les lulliens de Pavie et les Chartreux du couvent de Vauvert qui était situé sur l’actuel emplacement du jardin du Luxembourg. Alors qu’il y a encore peu, il ne faisait aucun doute pour qui l’étudiait que Lulle avait été alchimiste tout comme R. Bacon et Arnaud de Villeneuve pour lesquels on ne remet pas en cause le fait qu’ils l’aient été, des lullistes modernes, hormis les lullistes anglais (voir sa correspondance avec le Roi Robert d’Écosse), ont remise en cause que Lulle ait été alchimiste. Chez Lulle, il s’agit de l’alchimie spirituelle dont une des étapes est l’alchimie médicale comme la pratiquait Arnaud de Villeneuve.
Cette alchimie recherche la fabrication d’un élixir de longue-vie à des fins médicales de guérison mais également afinà fin de prolonger la vie en permettant une régénération du corps physique. L’étape ultime est la découverte de la Pierre Philosophale que LulleLull assimile au Christ. Elle permet la régénération de l’homme au plan moral et la contemplation de « Dieu en sa splendeur ».
Lulle ne dissocia pas son hermétisme de l’art de la mémoire.
La combinatoire qu’il expose dans son Ars Magna se présente tout à la fois comme une calculette de la pensée qui met en correspondance des concepts et qui donne ainsi en résultat une pensée qu’il reste à développer, et comme un moyen mnémonique de la structure hiérarchique des intelligibles. Cette combinatoire est une résurgence de l’art de la mémoire cultivé par les rhéteurs classiques, qui auxau plus beaux temps de la scolastique n’alimenta aucun courant.
Grosparmy
Nicolas Grosparmy, Nicolas Valois et Pierre Vitecoq ont travaillé de concert au Grand Œuvre. Tous lesTout trois sont auteurs d’ouvrages hermétiques entre 1440 et 1450.
Entre 1444 et 1449, Nicolas de Gorsparmy[1], seigneur puis baron de Flers écrit les Lettres des Grands Secrets des Secrets (ou Trésor des Trésors). Selon M. Alfred de Caix, il s’agirait de la traduction du Clavis Majoris Sapientiae, que le chimiste français M.E. Chevreul (1786–1889) attribue à Artefius[2].
Grosparmy pratiquait l’alchimie assisté de Nicolas de Valois et de l’abbé Pierre Vicot (ou Vitecoq). « Ils « labouraient » à Flers et réalisaient le Grand Œuvre, l’an 1420 » (Fulcanelli, Les Demeures Philosophales Pg35).
Notes
[1] Alain Garric sur https://gw.geneanet.org/garric?lang=fr&n= de+grosparmy &oc =0&p=nicolas donne Grosparmy « né vers 1450 , marié vers 1480 » ( ?)
[2] Les philosophes musulmans, savants et médecins, Al-Ghazil, Avicennes, Averroès entre autres, vivant à l'époque de notre Bas Moyen-âge, n'ont pas ignoré l'alchimie voire l'ont pratiquée. L'un des plus célèbres alchimistes, musulman ou juif (?), Artéfius, qui vivait dans la première moitié du 12ème siècle a laissé d'importants ouvrages hermétiques que les alchimistes de la Renaissance et du 17ème siècle, dont Francis Bacon, compulseront. Le site Le Miroir alchimique semble attribuer la paternité de l'ouvrage à Grosparmy..
(https://le-miroir-alchimique.blogspot.fr/2011/02/nicolas-de-grosparmy-le-tresor-des.html).
A noter que Fulcanelli nous dit que Chevreul se fia aux fausses chronologies inscrites en marge des manuscrits de Grosparmy.
Giulio Camillo & l’Art de la Mémoire
L’art combinatoire de Lulle s’inscrit dans la longue tradition d’une science de la mémoire, de l’art mnésique. La mémoire s’inscrit dans et par les signes. Elle est, pourrait-on dire, la nourriture de la sémiotique. Au Moyen-âge, les signes de la mémoire prennent souvent formes d’allégories avec les représentations imagées, picturales ou sculpturales, qui en découlent. A la Renaissance, l’approche occulte, symbolique du monde nécessite une connaissance de son langage occulte, une connaissance des correspondances, une clé des mystères. De Ficin à Bacon en passant par Paracelse ou Agrippas, le besoin de comprendre, de mémoriser de manière encyclopédique, toutes ces connaissances et de les articuler replongera les humanistes dans cet art de la mémoire mais non plus sous sa forme de l’imagerie chrétienne mais de manière, dirions- nous, plus scientifique, sous la forme d’une méthode.
Éminent rhétoricien et ardent défenseur de Cicéron (contre Érasme), Giulio Camillo Delminio (1480-1544) fut très célèbre de son temps, non seulement pour son Théâtre de la Mémoire mais aussi comme commentateur du grandissime jeune rhéteur Hermogène de Tarse (2ème-3èmes.av. j.c.) et pour ses commentaires des Rimes de Pétrarque (†1374). . A Paris, en 1530, sans jamais pouvoir l’achever, il fit construire pour François 1er à qui il en réserva le secret du fonctionnement, son théâtre mnémonique.
Notes
Pour la disposition du Théâtre et en savoir plus voir B. Scheffer, l’Idea del Theatro dell’Eccelent M.Giulio Camillo (Florence, 1550 (Le Théâtre de la Mémoire), Édit. Allia 2007, traduction Eva Cantavenera et Bertrand Scheffer.
L’Hermétisme
L’hermétisme, qui est souvent synonyme d’occultisme, d’ésotérisme ou encore d’alchimie, tire son nom d’Hermès Trismégiste, Hermès Trois Fois Grand. La fonction Hermès Trismégiste est analogue à celle du dieu égyptien Thot que les grecs avaient assimilé à leur dieu ; Tous; Tout deux sont conducteurs des âmes. Dieu ou être déifié, on lui attribue traditionnellement l’invention des sciences (médecine, astrologie, alchimie).
En 1471, les publications des travaux de Marsile Ficin marquent le début du renouveau de l’hermétisme. Une publication de ce corpus hermétique par Lefèvre d’Étaples avec ses propres commentaires paraitra en France en 1505. La traduction en français des trois ouvrages paraîtra en 1549. En 1579, l’évêque François de Foix publiera une traduction en français du Pimandre.
Le fort regain d’intérêt pour la science hermétique prit à la Renaissance une orientation nouvelle ou plus exactement une de ses orientationsorientation prévalut, « celle centrée sur l’Un-Tout, la divinisation de l’esprit, les correspondances, l’alchimie mystique » (https://my-definitions.com /fr/definition/hermétisme.) Les œuvres d’Hermès Trismégiste sont vues et lues comme des préfigurations des doctrines chrétiennes « tant elles ont pénétré dans le secret de la divinité et semblent célébrer (les) dogmes chrétiens. » Pour Ficin « Mithra, Ormuzd, Ahriman ne sont que les trois principes que Platon nomme Dieu, esprit et âme. » (M. Gandillac in Hist. Philo. Ren. Op. Cit).
L’Astrologie
L’astrologie était déjà très vivante dans les siècles précédents. « Du quatorzième au seizième siècle, les universités ont même à côté d’astronomes proprement dits, des professeurs spéciaux qui sont chargés d’enseigner cette science mensongère… la plupart des papes ne font pas mystère de l’habitude qu’ils ont d’interroger les étoiles… aussi y avait-il infiniment plus d’astrologues en Italie que dans le reste de l’Europe, où on ne les trouve que dans certaines cours importantes.» (Jacob Burckhardt, La Civilisation de la Renaissance en Italie. Extrait de l’Encyclopédie de l’Agora).
L’HolismeL’Holysme
Théophraste Paracelse
Ce n’est pas chez les humanistes du Nord ni de Florence qu’il a lus, qu’il nourrit son sentiment de la nature. Pour ce philosophe naturaliste,
« la nature n’est ni un système de lois ni un système de corps régi par des lois. La nature, c’est cette force magique et vitale qui, sans cesse, crée, produit et lance dans le monde ses enfants… Pour Paracelse comme pour les Renaissants, la nature est magique parce ce que la magie est naturelle ».
L’univers comme l’homme a une part visible, le corps et une part invisible, l’âme, le Gestrin ou l’Astrum pour l’univers. Et de même, dans tout élément de la nature, vivant ou inerte, il existe une âme invisible. Cette âme de l’univers s’exprime par les positions planétaires.
Parcelse a mis au point une nouvelle médecine dite chimiatrie ou iatrochimie. Elle est basée sur deux idées ; Tout d’abord l’idée que l’organisme fonctionne selon des processus chimiques tels que la fermentation, la distillation, la vaporisation, processus que l’on retrouve dans le processus alchimique. Ensuite sur l’idée que la pathologie est la manifestation d’un déséquilibre entre l’homme et son environnement, entre le microcosme et le macrocosme.
La doctrine de Paracelse pourrait se résumer à la devise hermétique: « Omnia ab uno, et in unum omnia » («Tout vient d'un, et tout est dans un.».)
Corneille Agrippa
Comme pour tous les ésotéristes de son époque, la magie naturelle d’Agrippa de Nettesheim (1486-1535), repose sur la loi de similitude (un cerveau aide un cerveau, un œil de grenouille rend la vue claire au chassieux). Il sait les sympathies et les antipathies entre les plantes, les minéraux et les astres (la reine mère lui demanda de dresser le thème natal de son fils François 1er). Il adhère à la symbolique qui fait de l’un le symbole, selon les plans, de l’essence divine, de l’âme humaine, du soleil, de la pierre philosophale, du cœur, et dans les enfers, Lucifer.
Agrippa voit en l’homme « l’image » parfaite du cosmos et la « similitude » de Dieu lui-même.
Dans De Vasanitate Scientiarum , il dénonce toutes les sciences. Les savoirs n’aident pas au salut des âmes et ne permettent pas la connaissance divine, trop de sujets au relatifs et matière à dispute. Leur multiplicité est la preuve de leur impuissance. Il met au même plan les arts qui ne sont que sujets à idolâtrie, qu’illusion, vaine dépendance face à la misère du peuple.
il prône la diversité des cultes. Il reproche à la scolastique d’être devenue « un mélange de discours divins et de raisons philosophiques » et de s’empêtrer dans des distinctions oiseuses en accusant les successeurs de Duns Scot d’être des « trafiquants du Verbe ».
Les Courants Religieux
The Protestant Reformation
Introduction
Among Protestants (a generic term), there is not one Reformation but several: Lutheran, Calvinist, Radical, Anglican, and Huguenot. Among Catholics, there is a Counter-Reformation and reformist movements. The reforms will essentially revolve around three issues that will be the main points of contention between Catholics and Protestants:
- · the question of indulgences, chronologically the first that gave rise to the movement,
- · The question of salvation, with or without the intercession of the Church, will lead all the reformers to break away from Roman Catholicism.
- ·
The question of communion, the Last Supper among the Reformed, consisting for Catholics in a supernatural conversion of bread and empty things into the body and blood of Christ
(transubstantiation), for Lutherans, in a coexistence of earthly bread and wine and the body and blood of Christ (consubstantiation)
and for the Swiss Protestants, in a symbolic ritual.
Pastor and theologian André Gounelle considers that there are two reformations: The Lutheran reform which began in the years 1517-1519 in Germany with Martin Luther and the reform which began in Zurich by Ulrich Zwingli in the years 1519-1520, a reform which continued in Geneva and in France with John Calvin.
The Reformation in Germany
Lutheranism
The foundations of Protestantism are found in the Augsburg Confession written by Melanchthon and which the Lutherans presented in 1530 to Charles V at the Diet of Augsburg.
“- Sola gratia: Grace alone. Justification by faith, the true keystone of Protestantism, is the affirmation that only faith saves the Christian and will allow him to obtain Salvation.”
- Sola scriptura: Scripture alone: The Bible is the definitive revelation of God made present through the living word of preaching. The authority of Scripture, the formal principle of the Reformation, thus supplants the authority of the Church and rejects all ecclesiastical hierarchy. (http://www.publius-historicus.com/ reforme.htm).
"Lutheranism is defined by its writings, which are called the 'symbolic writings.' Luther is the author of three of them: two Catechisms written in 1529 and the Schmalkaldic Articles, which date from 1536; three others came from the pen of Melanchthon, the Augsburg Confession and its Apology written in 1530, and the treatise On the Power and Primacy of the Pope of 1536. To these must be added the Formula of Concord (1577-1580) which, after some rather lively theological debates, defined a consensus." (André Gournelle)
Martin Luther
For Martin Luther (1483-1546), "the best and infallible preparation for grace lies in God's eternal election and predestination" (Controversy of 1717)...man performs no virtuous act of his own accord in the natural order, and it is only by virtue of the scriptural promise, linked to the unique mediation of Christ, that true believers are saved by pure grace" (M. Gandillac). Like St. Augustine, he also spoke out against Manichaeism and Pelagianism. He also opposed Aristotle, "the most detestable enemy of grace" (quoted by M. de Gandillac, Opus cit.), whom he preferred to Plato and his theory of Forms.
Philippe Melanchthon
Philippe Schwartzerd Mélanchthon (1497-1560) played a central role in internal affairs such as the revision of the text of the Peace of Nuremberg.
In 1530, he once again represented Luther at the Diet of Augsburg, where he read the famous Augsburg Confession. He collaborated closely with Luther, notably on Luther's translation of the Old Testament, which was published in 1534. He had to face the diatribes of the most ardent Lutherans (Gnesio-Lutherans) who criticized him for the compromises he had made, in their view, in an excessive spirit of conciliation; particularly during the Leipzig Interim (see Doctrinal Controversies).
La Réformation en Suisse
Alors qu’en Suisse alémanique, la réforme naquit de contestataires locaux, Zwingli à Zurich, Œcolompade à Bâle, ce sont des étrangers, le français Guillaume Farel et Jean Calvin puis Théodore de Bèze qui à Berne, qui à Genève, qui, en Suisse Romande, introduisirent les idées réformatrices.
Ulrich Zwingli
Au cours de la Dispute de Zurich, en 1523, dont l’objet est de savoir qu’elle est l’autorité suprême en matière religieuse,Hulrych Zwingli (1484-1531)énonce ses 67 Schlussreden (conclusions), entre autres sur la prééminence de la Bible, le rôle primordial de Jésus-Christ sur la voie du salut, mais aussi insiste sur le célibat des prêtres.
Certains de ses disciples comme Conrad Grebel et Félix Manz (voir Anabaptisme) vont se détacher de lui. Ceux-ci avaient déjà considéré que leur maître avait été trop lent dans le remplacement de la messe par le culte. Ils le jugent encore trop modéré, notamment sur la question du baptême et sur la primauté à donner au Nouveau Testament sur l’Ancien. Se rapprochant des idées radicales de l’allemand Thomas Münzer et s’inspirant de ses écrits, Grebel et Manz seront à l’origine du développement de l’Anabaptisme apparu originellement chez les taborites de Bohême, « aile gauche du mouvement hussite» (M.de Gandillac).
Jean Cauvin Le Calvinisme
Jean Cauvin (Calvin, 1509-1564) publie en latin, en 1535 une première édition de L'Institution de la Religion Chrétienne, une défense de la foi réformée, tout à la fois exposé théologique et synthèse des idées protestantes. qui sera la référence première du Calvinisme.
En 1536, Calvin, réticent au départ, est quand même fait pasteur, devra exercer les fonctions de sa mission (sacrements, service du culte) et fera de la ville de Génève, capitale d’un protestantisme suisse à qui il donna non seulement les fondements de l'organisation des églises appelées à leur début presbytériennes mais également les bases d'une orthodoxie doctrinale.
En 1537, La Confession de Foi écrite par Farel et Calvin, consiste en 21 articles sur l’organisation de l’Église, la foi, la prévalence de l’Écriture, l’intercession salvatrice de Jésus-Christ, l’eucharistie, le baptême, le mariage, l’excommunication, l’adhésion volontaire à la communauté des fidèles qui oblige chacun d’eux à signer cette confession.
En 1541, Calvin est rappelé à Genève où ses Ordonnances Ecclésiastiques, approuvées par le Conseil de la ville, constituent le socle des fonctions de l’Église Calviniste.
Le calvinisme reprend et renforce l’idée de Zwingli sur la prédestination. Zwingli ayant au début de sa démarche plutôt mis l’accent sur la providence, la prédestination n’en étant en quelque sorte que la conséquence. Pour Calvin, rien ne se fait sans que Dieu ne le veuille. Non seulement, Il choisit les élus mais également les réprouvés. Pour autant que l’homme ne se croit pas autorisé à sortir de toute conduite morale ni oser défier la justice humaine, les magistrats étant les bras de la justice divine.
Comme tous les protestants, les calvinistes rejettent le culte de Marie et le culte des saints.
Théodore de Bèze
En 1575, à la mort de H. Bullinger qui avait succédé à Zwingli à Zürich, Dieudonné (Théodore en grec) de Bèze (1519-1616) devient le chef de file incontesté du calvinisme en Europe.
Certains exégètes ont affirmaé que de Bèze trahissait la pensée originelle de Calvin et lui substituait « une théologie déductive, logique, rationaliste… une ‘scolastique réformée».
Pierre Viret
Pierre Viret (1511-1571) aura sans doute été le plus brillant orateur de la réforme, improvisant ses prêches. Il adopte la position de Zwingli sur l’eucharistie : « La cène est une commémoration de la mort du Christ, son sens est purement symbolique ».
Comme tous les autres protestantismes, il accorde une prévalence indiscutable de la foi et de la bible sur les œuvres, écarte aussi tout nécessité d’intercession d’une Église, institutionnelle et hiérarchisée, et rejette au profit du culte, la messe qui a pour (‘inadmissible’) raison d’être la transsubstantiation du pain et du vin en le Corps du Christ. Mais il se distingue du luthéranisme pour lequel il y a consubstantiation des espèces et du Corps du Christ, en faisant, à l’instar de la doctrine de Zwingli, de l’eucharistie une commémoration symbolique de la Cène. L’esprit du Christ insufflant directement l’âme du fidèle.
La Réforme en Alsace
Réforme Pacifique
Introduction
Bucer, Capiton, Zell et Hédion sont les quatre grandes figures de la Réforme strasbourgeoise. Zell et Hédion ont eu une action plus locale. Bucer et Capiton ont participé aux différentes disputes et concordes qui ont émaillé la Réforme dans la première moitié du XVIème siècle.
Mais le premier à avoir introduit les idées de la réforme en Alsace est l’humaniste luthérien Nicolas Gerbel (1485-1560), qui eut Mélanchthon pour élève.
Terre d’asile, l’Alsace accueillera les anabaptistes venus de Suisse et les huguenots pourchassés en France. L’Église Réformée Alsacienne est multitudiniste, c’est-à-dire qu’au contraire des Églises confessantes, elle n’exige aucune profession de foi de ses fidèles. Elle est ouverte à toute personne cherchant Dieu. En tant qu’Église multitudiniste, elle accorde le baptême aux enfants. Comme pour les autres églises réformées, les sacrements n’y sont pas observés pour leur efficience mais comme promesse de Dieu. Comme pour les calvinistes, le magistrat joue un rôle en étroite collaboration avec le prédicateur
Matthieu Zell
A partir de 1522, Matthieu Zell (1477-1548), venant de Fribourg, curé de la première paroisse de la Cathédrale de Strasbourg, parvient à imposer un prêche luthérien malgré sa condamnation par les autorités ecclésiastiques mais soutenu par la population, ce qui met la ville en effervescence.
En 1523, accusé d’hérésie, il se défend en publiant une apologie, défense et illustration de la cause réformée qui fera date avec ses premiers prêches luthériens dans l’histoire de la réforme alsacienne.
En 1524, l’activisme de son ami W. Capiton, qui est arrivé dans la ville un an plus tôt, en même temps que M. Bucer, et sa positionpositon sociale, font que Zell doit lui concéder sa place de chef de file.
Wolfgang Capiton
Wolfgang Fabricius Köpfel dit Capiton (1478-1541), se sera engagé activement tout au long de sa vie dans l’établissement de l’Église Réformée, notamment en participant à la rédaction de la Tétrapolitaine ( écrite par Bucer mais dont, sans doute, il aura écrit l’article délicat sur l’eucharistie), requête remise à la Diète d’Augsbourg, en 1530,
Plutôt conciliant au début avec les anabaptistes radicaux, accueillant Michel Servet en 1531, c’est en 1534 avec le Royaume de Münster, qu’il prendra ses distances vis-à-vis d’eux. Wolfgang Capiton fait parti de ces réformés modérés, formés à l’humanisme, soucieux de conciliation.
Martin Bucer
Martin Bucer (1491-1551) est une figure centrale de la Réforma pacifiste en alsace. . Il s'est élevé Bcontre la réforme radicale des anabaptistes dans deux ouvrages Apologia (1526) et Getreue Warnung der Prediger des Evangelij zu Straβburg (Fidèle Avertissement du Prédicateur Évangélique de Strasbourg, 1527). . Les réfugiés anabaptistes venus entre autres des Pays-Bas et d’Allemagne y sont les plus radicaux. De starure européenne, il a tenté de concilier Zwingli à Zürich et Luther à Wittenberg avec l’appui de Mélanchthon.
Bucer répond alors favorablement à l’invitation de l’archevêque de Canterburry, où la réforme Anglicane s’affirme. Il s’installe rapidement avec sa famille à Cambridge. Il est alors sollicitéest sollicité pour donner plus que son avis sur la nouvelle organisation de l’Église Anglicane. Le réformé Bucer s’occupe alors entre autres de l’ordination qui confère à l’officiant le pouvoir de sacrement et le pouvoir de transsubstantiation chez les catholiques mais aussi chez les anglicans (et les orthodoxes) . Il est alors est sollicité pour donner plus que son avis sur la nouvelle organisation de l’Église Anglicane. Le réformé Bucer s’occupe alors entre autres de l’ordination qui confère à l’officiant le pouvoir de sacrement et le pouvoir de transsubstantiation chez les catholiques mais aussi chez les anglicans (et les orthodoxes).
Réforme Radicale
Très rapidement la Réforme va prendre chez certains réformés une tournure radicale à l’origine de laquelle se trouvent les anabaptistes, mais aussi les gnésio-luthériens, luthériens intransigeants. Certains réformés suisses vont se radicaliser en prenant leur distance vis-à-vis des réformés modérés comme Zwingli, Mélanchthon et Bucer.
Les Réformes en Europe
France - Angleterre - Écosse - Pays-Bas- Italie
France
Les Calvinistes Français
Les Réformés français adopteront en grande partie les calvinisme. En 1559 s'est tenu se tient le premier synode des réformés français. Appelés réfractaires ou récalcitrants, ils seront appellés péjorativement huguenots à partir de 1530 mais se désigneront d'eux-mêmes sous ce nom au début de la 1ère Guerre de Religions en 1662.
« Les huguenots français, à partir des années 1540, reconnaissent en Calvin]sans équivoque leur chef spirituel. Le catéchisme genevois, Instruction et Confession de la foi dont on use en l'Église de Genève version définitive 1545 [Abrégé de L’Institution de la religion chrétienne de 1536] est adopté de facto par de nombreuses communautés protestantes, de la Picardie à la Provence. Calvin entretient avec elles des correspondances suivies ». ( Michel Duchei, https://www.clio.fr bibliotheque/ calvin_et_le _calvinisme.asp).
Le Concordat de Bologne et Le Gallicanisme 1516
En 1516, un an après son arrivée sur le trône, François 1er par le Concordat de Bologne, soumet l’Église de France à l’autorité royale. Il faut remonter à la Querelle des Investiture pour retrouver cette confrontation entre pouvoir spirituel et pouvoir temporel quant au droit d’investiture. Cette querelle dans le cadre de la Réforme Grégorienne avait vu s’affronter, en 1074, le pape Grégoire IV l’empereur du St Empire et le roi de France Le pape avait obtenu un compromis pour la nomination des prélats (voir Tome 1/An MIL), : le pouvoir temporel les nommait, le pouvoir spirituel les investissait. Avec ce concordat, le roi de France reprenait la main mise sur ‘son’ clergé.
Déjà Charles VII en proclament en 1438 la Pragmatique Sanction (Décret Souverain) de Bourges avait entamé l’autorité papale sur les évêques en remettant à la charge royale l’administration des diocèses et abbayes. Véritable naissance du gallicanisme, la Pragmatique Sanction retirait au pape le droit de nommer les évêques et abbés qui étaient désormais respectivement élus par les chanoines et les moines. Le Concordat de Bologne de 1516 ira plus loin en remettant leur nomination entre les mains du roi.
Les Ultramontains, essentiellement représentés par les jansénistes au XVIIème siècle et par Lamennais au XIXème siècle, s’opposeront à ce mouvement d’autonomie en défendant l’autorité qui a son siège au-delà des monts (alpins), d’où leur noms, et en soutenant la prévalence du pape en matière de foi et d’administration sur tous les diocèses et conciles.
Le Concordat de Bologne sera révoqué par l’Assemblée Constituante de 1790.
En 1521, Lefèvre fonde le Cénacle de Meaux, foyer réformiste d'humanistes évangélistes qui prônent un retour à Église originelle et la prédication des Écritures dans les paroisses. Sa traduction en français du Nouveau Testament à partir de la Vulgate achevée en 1524, distribuée gratuitement à la population de Meaux.
« De là, les commencements de plusieurs Églises. Cette influence fut si grande que c'était en France une locution proverbiale, dans la première moitié du seizième siècle, de désigner tous les adversaires de Rome sous le nom d'hérétiques de Meaux.»
Sous François, l’Affaire des Placards (de placarder : afficher) éclate en octobre 1534- Des protestants affichent dans différents lieux de France et jusque sur la porte de la chambre du roi, à Amboise, des placards écrits par un disciple de Zwingli, Antoine Marcourt- La Répression des Vaudois ,habitants du village de Mérindol (Vaucluse), en 1540 sont deux étapes de la répression des récalcitrants ' à l'autorité papale. La répression s’accentue à la montée sur le trône, en 1547, du fils ainé de François 1er, Henri II ; répression qu’il poursuivra jusqu’à sa mort en 1559. L’Édit de Chateaubriand, qu’il promulgue en 1551 est un véritable édit de la censure, un contrôle strict sur tout ce qui s’imprime et particulièrement sur tous les écrits calviniste. La répression culminera pendant les Guerres de Religions, en 1572 avec le massacre de la Saint Barthélémy.
Marguerite de Navarre (1492-1549), sœur de François 1er, épouse en seconde noce, en 1527, Henri 1er d’Albret. acquise aux idées de la Réforme aura accueilli à sa cour de Nérac en Navarre aussi bien Lefèvre d'Étaples qui y mourra, que Calvin et Clément Marot.
En 1571, Théodore de Bèze, successeur de Calvin à Genève présidera le Synode National de La Rochelle d’où sortira la Confession de La Rochelle. Équivalente en quelque sorte de la Confession d’Augsbourg de 1530, elle reprend les 40 articles de Paris, cette fois non teintée de luthéranisme mais directement insufflée par le calvinisme. Théodore de Bèze la signe pour la Suisse, Jeanne d’Albret pour le Béarn et pour la France, l’amiral Gaspard de Coligny qui sera assassiné en 1572 à la St Barthélémy.
Les Guerres de Religions
De 1662 à 1668 vont s'échelonner en France huit conflits opposants catholiques royalistes aux huguenots qui aboutiront en 1589 à la montée sur le trône, après avoir été converti au catholicisme, le roi Henri III de Navarre, prince héritier de France, neveu de François 1er par sa mère. Il prend le nom d' Henri IV et ouvre la dynastie des Bourbon en mettant fin de la dynastie des Valois.
Angleterre
La réforme anglicane commence véritablement avec le divorce en 1534 d’Henri VIII (1491-1547) d’avec Catherine d’Aragon, fille de Ferdinand II d’Aragon et d’Isabelle de Castille, tante par sa sœur Jeanne La Folle de Charles Quint. Ce divorce sera celui aussi d’avec l’Église Romaine. En 1529, le roi convoque alors ce que l’on a appelé « Le Parlement de la Réforme ».
En 1536, par l’Acte de Suprématie, Henry VIII devient chef suprême de l’Église Anglicane. Le pape l'excommunie. Il conservera dans sa réforme, une fois devenu chef de l’Église Anglicane, les principes fondamentaux du christianisme romain.
.En 1559, l 'Acte de Suprématie et d’Uniformité fait suite à l'Acte de Suprématie de 1536. Il marque définitivement la politique de la reine Élisabeth 1ère; appelé 'Règlement Élisabéthain', il marque la rupture définitivement d'avec l'Église de Rome et crée les bases de la religion anglicane.
« Il s’agissait d’établir une Église nationale, tout en conservant pour l’essentiel les articles de la foi catholique exception faite, bien entendu, de la suprématie spirituelle du pape sur l’Église d’Angleterre… L’Église anglicane reconnaît pour chef, à la place du pape, le souverain temporel qui peut, de ce fait, faire élire par les chapitres les évêques de son choix. Le dogme, l’administration et la discipline du clergé demeurent cependant sous la direction des évêques et des archevêques, tandis que l’archevêque de Cantorbéry, primat du Royaume-Uni, couronne le souverain. Si l’Église anglicane a fait siens nombre des dogmes de Calvin, elle a en effet conservé, comme le catholicisme. »(Cécile Guérin-Bargues, Le Parlement de la Réforme et la Naissance de l’Église d’Angleterre, Jus Politicum n°16 http://juspoliticum.com/article/Le-Parlement-de-la-Reforme-et-la-naissance-de-l-Eglise-d-Angleterre-1104.html.)
Écosse
En Écosse, s'affrontaient les catholiques soutenus par la France et les nobles protestants soutenus par l'Angleterre. Alors que la réforme luthérienne y était implantée dès 1525, John Knox (1505-1572), de retour en Écosse en 1559, introduisit le calvinisme. En 1560, Fox fait voter par le parlement d’Édimbourg, une confession de foi calviniste qui supplante le luthéranisme.
Son livre de liturgie, The Book of Common Order est totalement d'inspiration calviniste. Il fonde l'Église Presbytérienne d'Écosse. Les presbyters sont en Écosse l’équivalant des pasteurs.
Pays-Bas
En Belgique (à l’époque Belgique-Pays-Bas-Luxembourg-Flandres) l’opposition à l’Église romaine est aussi, voire surtout, une opposition au roi d’Espagne, Philippe II, fils de Charles Quint, et à la domination espagnole. Cette contestation se manifeste par le soulèvement des Gueux au milieu du XVIème siècle et par la révolte menée par Guillaume d’Orange dit le Taciturne pourtant représentant du pouvoir royal en tant que Stathouder.
En 1579, il proclame par l’Union d’Utrecht, l’autonomie des Provinces-Unies, sept provinces du Nord sur les dix-sept provinces qui constituaient la Belgique ou Pays-Bas Espagnols, sous domination espagnole. Une autonomie de fait qui sera officiellement entériner aux Traites de Westphalie en 1648. Les calvinistes et les arminiens (ou arminianiste, partisant d'Arminius, plus toléléra,ts que les calvinistes) auront joué un rôle déterminant dans cette indépendance des Provinces-Unies.
Guy de Brès
Guy de Brès (1522/23-1567), né à Mons, séjourna en Suisse. Il prêcha dans la région wallonne et fonda des églises comme à Amiens. Il joua un rôle essentiel dans l'introduction des idées de la Réforme au Pays-Bas. Son ‘désirent viure selon la pureté de l’Euangile de nostre-Seigneur Jésus-Christ’ (1562) est entièrement d'inspiration calviniste.
Menno Simons
Sur Menno Simons voir L’Anabaptisme/ Menno Simons
Italie
Les populations des péninsules, l’italique et l’ibérique, fortement attachées à l’Église romaine, furent moins attirées par la Réforme, d'autant que la Contre-Réforme s'y exerça de manière plus vive avec la répression de toute forme d'hérésie et que l’Inquisition, notamment en Espagne, participa grandement à endiguer le courant réformateur. Les réformés furent nombreux à s’exiler vers les régions voisines.
Juan des Valdès
Juan des Valdès (1499-1541), né en Espagne, s'installe à 30 ans au Royame de Naples, Vice-royauté espagnole. Il y mourra. Il a fait partie des réformistes catholiques de la première phase de la Réforme Catholique. De tendance spiritualiste (ou mystique), Valdès prône une foi vivante de l’intérieur sans recours à aucune manifestation ou soutien extérieur. Tolérant, il ne prêche aucun ostracisme, refuse les jugements comme les condamnations. Pour lui, tout est une affaire intérieure et pour chacun.
La Réforme Radicale
Thomas Münster - L'Anabaptisme - les Frères Suisses - les Mennonites - Huttérites et Hussistes - L'Antitrinitarisme
Thomas Münzer
Thomas Münzer (ou Müntzer,1489-1525), né en Rhénanie, adresse à Prague en 1521, à la mouvance hussite, une imprécation prophétique dans laquelle il vilipende les luthériens qui « défigurent la foi » (M.de Gandillac). Là rien encore de révolutionnaire, mais son mysticisme millénariste, faisant intervenir « la colère divine », se fait sentir. C’est la rupture avec Luther.
En 1523, en poste à Allstedt (Saxe-Anhalt, Allemagne centre), il écrit la première liturgie entièrement en allemand, l'Ordre du service des églises allemandes. Les psaumes chantés y tiennent une place centrale.
Il franchit le pas vers la lutte armée dans la Très Bien Fondée Apologie, écrit dans lequel il stigmatise puissants et riches, oppresseurs et accapareurs des biens. Il attise la révolte qui gronde dans les campagnes, portée par une ardeur millénariste de la croyance en un recours providentiel.
En 1524, avec La Ligue des Fidèles de la mouvance anabaptiste, il s’engage dans La Guerre des Paysans. « A Mülhausen, Thomas Münzer et ses disciples instaurent une sorte de théocratie populaire et participent, eux aussi, à la guerre des paysans, instaurant une violence spécifique, une violence «habitée. » ((Klim Sanguine, L’histoire et mon Comptoir 2012/08/thomas-munzer-et-la-guerre-des-paysans.html)
Münzer n’a jamais dissocié la réforme religieuse de la réforme sociale, dusse celle-ci passer par la violence. Les écrits de Münzer auront influencé les réformés anabaptistes suisses Conrad Grebel et Félix Mantz.
L'Anabaptisme
Les termes Wiedertäufer (à nouveau baptisé) pour l’allemand et Wederdooper pour le néerlandais, anabaptism(e) pour l’anglais et le français ont toujours étaient rejetés par les anabaptistes eux-mêmes comme désignation négative voire dégradante, formulée par leurs adversairesLe refus de donner le baptême aux enfants est aussi parfois désigné sous le terme de antipédobaptisme, . Depuis l’empereur Justinien, rebaptiser est avec l’antitrinitarisme, une hérésie condamnant à l’exécution capitale. L’anabaptisme et l’antitrinitarisme ne doivent pas être confondus.
Leur réappropriation de la parole évangélique se heurta à une réprobation ferme de l’Église les condamnant au silence. En réaction, ils affirmèrent que le sacerdoce était affaire du laïque dont la vie de piétée donnait l’exemple. Exit le clergé fourvoyé dans la possession de bien temporels. Ils revenaient à la Cène originelle du pain et du vin, proclamaient que l’eucharistie n’est efficiente que pour celui qui est prêt à recevoir le corps de Christ et donner tous les sacrements.
L’anabaptisme trouve des points d’émergence (ou de résurgence) dans des lieux différents. En Saxe, vers 1521, où les disciples de Thomas Münzter participèrent sous son impulsion à la Guerre des Paysans de 1524 ; En Suisse, où les disciples de Zwingli, Conrad Grebel et Félix Mantz, jugeant leur maître trop lent dans ses réformes prirent des positions plus radicales jusqu’au nouveau baptême des adultes par Grebel en 1525.
Nul ne saurait vivre en dehors du Royaume de Dieu ou choisir d’y entrer ou pas par le baptême. Les anabaptistes font sauter une bombe atomique dans la pensée chrétienne par leur refus de donner le baptême aux enfants et de ne le donner qu’aux adultes ayant prononcé leur profession de foi. Pour eux, l’acte du baptême doit être librement et sciemment souhaité. A noter que dans les premiers temps du christianisme le baptême se faisait par immersion à quasiment l’âge adulte.
« Les anabaptistes refusent de voir dans le péché originel une totale corruption de la nature. [ils] discernent au cœur de l’homme une divine étincelle » (M.de Gandillac).
Les anabaptistes fondent donc des Églises confessantes et non mulitudinistes[1] contrairement à la plupart des Églises réformés, notamment luthériennes et calvinistes.
Notes
[1] Henri Pero : « La force de notre Église protestante unie de France est qu’elle rassemble des chrétiens qui ont des façons de croire extrêmement variées, voire parfois assez opposées. Nous appelons ce type d’Église « multitudiniste » par opposition aux Églises confessantes, rassemblées autour d’une même confession de foi. » (https://www.evangile-et-
liberte.net/2016/05/une-eglise-de-multitude/). Ces églises ne demandent pas de proclamation de la foi à leurs adhérents.
L'Anabaptisme et Les Frères de Suisse
Conrad Grebel (1498-1526), était un pacifiste qui rejetait l’usage de la violence. Considéré comme le père de l’anabaptisme, sa courte vie -il meurt à 30 ans- aura eu un impact considérable sur l’avancée de la Réforme.
En 1525, s’éleva dans la région de Zurich, un mouvement radical qui voulait imposer
« un renouvellement fondamental de l’Église et de la société de promouvoir l’autonomie de chaque paroisse, le choix du pasteur par les paroissiens, la réorganisation de la dîme, la suppression des prébendes et des images, la célébration de la Cène. L’issue malheureuse des paysans allemands [La Guerre des Paysans] qui véhiculaient des revendications semblables et la résistance des autorités de Zurich empêchèrent la percée du mouvement. Alors un certain nombre de ses adeptes rejoignirent le petit groupe de Zurich animé par Grebel et Manz. » (Marc Lienhard, ‘Le temps des confessions (1530-1620): Histoire du chrisnisme’, Édit Desclée 1992, T.8, Pg 124)
En 1527, les disciples de ces derniers qui se sont installés au nord de la Suisse et en Alsace se réunissent dans le village de Schleitheim à la frontière allemande, au nord de Zurich. De cette réunion ressort la Confession de Schleitheim qui expose les fondements de l’anabaptisme des Frères Suisses. Cette confession fut rédigée pour grande partie par Michael Sattler (1495-1527), un des tout premiers chefs de file des anabaptistes suisses, qui mourut torturé et brulé.
La Confession de Schleitheim contient (à partir de plusieurs sources) les points suivants :
- · Le baptême (interdit aux enfants) ;
- · L’excommunication (à la troisième remontrance… et après la rupture du pain) ;
- · La communion (la rupture du pain par les seuls baptisés) ;
- · La séparation du diable (d’avec toutes les instances religieuses et civiles en désobéissance et rébellion aux commandements de Dieu c.i.e aussi bien protestants que catholiques) ;
- · La résistance au diable (incluant ses armes et armures) ;
- · Le rôle des pasteurs (conduire la prière, enseigner, veiller à la discipline)
- · La non-résistance (aucun usage de la violence en quelle circonstance que ce soit à l’exemple du Christ) - le serment (aucun serment ne doit être pris, interdiction de jurer).
Anabaptistes d’Alsace
Michel Hoffman Hoffman arrive aussi à Strasbourg en cette même année 1529 (peut-être en 1530 ?). Avant son arrivée à Strasbourg, « Hoffmann s’était déjà rallié à une conception symbolique de la Cène et prêchait l’imminence de la Parousie.» (Marc Lienhard ‘Le temps des confessions (1530-1620): Histoire du christianisme’ Édit Desclée 1992, T.8, Pg 127). Il adhère à l’anabaptisme strasbourgeois et se fait rebaptiser. Et sous la même influence que S. Franck, son prêche se fait apocalyptique et sa pensée prend une tournure messianique fortement influencée par Joachim de Flore (M. Lienhard). Il adopte des positions extrêmes en prêchant un anabaptisme millénariste mais pacifiste. Il part prêcher au Pays-Bas et en Allemagne du Nord et en Scandinavie. Ses idées millénaristes marqueront les esprits des anabaptistes de Münster qui prendront par la force le contrôle de la ville en 1534 en vue de fonder un royaume théocratique (voir Royaume de Münster).
L’Alsace accueillit les anabaptistes de l’Allemagne du Sud et de Suisse. Connus sous le nom de mennonites, ils firent condamnés en 1536 Melchior Hoffman pour ses prêches millénaristes. Jacob Amman y créera la communauté Amish en 1693.
La Guerre des Paysans
La Guerre des Paysans et avec Le Royaume de Münster l'épisode le plus violent de la Réforme razdicale. On l’appelle aussi le Soulèvement de l’Homme Ordinaire (ou Commun = gemeiner Mann) et La Révolte des Rustauds en Alsace.
La Guerre des Paysans partit d’Allemagne du Sud en 1524 et gagna la Suisse, le Tyrol et l’Alsace. Guerre des Paysans et Le Royaume de Munster représentent deux épisodes les plus violents de la réforme radicale. Dans les revendications exposées dans Les Douze Articles de Memmingen, on ne trouve pas l’exposé d’une nouvelle théologie mais des revendications concrètes, sociales et religieuses : Égalité des droits, abolition des privilèges, choix du pasteur, appropriation des terres ecclésiastiques, diminution de la dîme.
En mai 1525, les révoltés sont défaits à la bataille de Frankenhausen (quelque 7000 morts). Thomas Münzer est arrêté. Malgré ses rétractations, il est condamné, torturé et décapité.
Le Royaume de Münster : Une Aventure Millénariste
Jean de Leyde J(an Bockelszoon 1509-1536) serait venu prêcher à Münster sur les instances de son maître, Jan Matthijs (1500-1534) originaire de Harlem, disciple dissident de l’anabaptiste chiliastique Melchior Hofmann dont il s’était détaché pour prendre des positions plus radicales, voire belliqueuses sur l’urgence de fonder une communauté gouvernée par le ministère et non plus par le pouvoir laïc. Leyde souleva un enthousisme messianique. Avec Jan Matthijs, il convinct Bernhard Rothmann (14945- 1535) prêcheur dissident à la cathédrale de fonder d’instaurer la théocratie impliquant l'Institution d'une communauté des biens, tout or et argent dans une seule caisse municipale, la confiscations des biens des expulsés (catholiques et protestants récalcitrants), exécutions sommaires…
A partir de février 1534, des émeutes permettent aux anabaptistes d’obtenir un statut légal et font fuir les luthériens. D’autres anabaptistes arrivent de diverses régions de Belgique (Belgique et Pays-Bas à l’époque). Matthijs est tué au cours d’une escarmouche aux remparts de la ville. De Leyde prend sa place à la tête du mouvement. Il est élu « Roi des Derniers Jours ». Franz von Waldeck, prince-évêque de la ville est chassé. Il l’a fait assiéger avec l’appui des troupes des princes protestants allemands. 6000 soldats sont recrutés et le bombardement de la ville commence en mai. Les 3000 révoltés qui ont renforcé les fortifications résistent. Mais la population affamée et peu aguerrie au combat se rend, Jean de Leyde en tête qui sera mis au bûcher la même année.
Menno Simons et Les Mennonites des Pays-Bas
Menno Simons (1496-1561), représente la seconde période, pacifique, de l'anabaptisme, après celle violente de Münzer et des révoltes paysannes. Simons prêcha de manière itinérante des Pays-Bas à la Suisse en passant par l’Allemagne, Alsace incluse. Son sens de l’organisation et du regroupement des communautés, sa rigueur sur la tenue des assemblées, la place centrale qu’il donna au ministre du culte, ont fait que les communautés où il séjourna gardèrent définitivement la structure qui leur avait mis en place. Les autres communautés adoptèrent aussi le même modèle au point que le terme de mennonites finira par désignés la quasi totalités des communautés anabaptistes, toutes devenues pacifistes.
Une des particularités des mennonites d’Hollande est d’avoir instauré le lavement des pieds deux fois par an au moment de la prise du repas en commun en rappel de la Cène. Les mennonites suisses pratiqueront la Cène une seule fois par an et ne pratiqueront pas le lavement des pieds.
Hussites et Huttérites en Moravie
Hussites : C’est en Bohême du Sud que prit naissance le mouvement hussite initié par Jan Hus (1369-1415). Le mouvement se scinda rapidement en d’eux, les utraquistes qui pratiquaient la communion sous les deux espèces, et les taborites qui, plus extrémistes, prêchaient déjà la communauté de biens, l’abolition de tous les privilèges, le refus de l’autorité de Rome, l’anabaptisme (M.Gandillac), mais aussi, de par les tristes expériences antérieures, la non-violence.
En 1436, les utraquistes se rallient aux catholiques tout en gardant le privilège de la communion sous les deux espèces.
En 1457, une nouvelle Église, l’Unité des Frères selon la Loi du Christ, que l’on désigne aussi comme les Frères Tchèques, rompt avec les utraquistes et Rome. Elle élit son clergé. Au XVIème siècle, elle se tournera un temps vers Bucer et la réforme luthérienne d’Alsace, puis vers le Calvinisme de Suisse, tout en gardant son indépendance.
Quant au Frères Moraves, mouvement indépendant des hussites, se serait Pierre ChelĨický (1390 ?-1460 ?) qui en serait à l’origine. Disciple de Jan Huss, il condamnait les privilèges seigneuriaux auxquels devaient être substitués la loi des évangiles, prônait le pacifisme et une vie retirée du monde en ayant renoncé à la propriété personnelle (http://www.universalis.fr/encyclopedie/freres-moraves/). Ce qui semble fortement assimiler ces Frères Moraves du XVème siècle aux taborites, leurs contemporains.
Huttérites :Dans le Tyrol du Sud, les huttérites se groupent autour de leur chef de file Jacob Hutter (1500-1536) dès le début des années 1520. Ils instaurent des règles de vie qui leurs étaient propres et les distinguaient des autres communautés anabaptistes, emprunteront une fois arrivés en Moravie, aux taborites leur mode de vie communautaire.
La vie communautaire est entendue au sens littéral : tous les biens sont mis en commun et la vie se déroule en commun comme dans les toutes premières communautés chrétiennes des temps évangélique. Les huttérites s’opposent à toute forme de violence et rejette l’usage de la légitime défense.
Leur mode de vie, uniquement agraire, leurs us et coutumes, le maintien de leur langue, mettront les Huttérites toujours à part de la société qui les entoure ; ce qui les a obligé à émigrer en Roumanie, en Russie, puis aux USA et enfin au Canada. Les huttérites subsistent toujours et ont conservé leur façon de vivre, leur mode vestimentaire, la langue de leurs ancêtres. Ils vivent en colonies, chacune constituée de 120 personnes disposés en 13 familles.
L'Antitrinitarisme
Pour la tradition chrétienne, catholiques et réformés confondus, Dieu, au-delà de ses hypostases, est Un en son essence. Un seul Dieu en trois personnes consubstantielles, de même essence (ousia), tel que l’a proclamé le Concile de Nicée (Symbole de Nicée, 325)en réaction aux arianistes et aux sabelliens.
L’Unitarisme considère que Dieu est UN mais refuse sa ‘déclinaison’ en trois hypostases. Stricto sensu, les unitaristes ne sont pas hérétiques selon à quel degré l’on considèrent leur doctrine. Leur conception d’un Dieu Un n’est pas théologiquement formellement opposée à celle du Dieu unique de la tradition chrétienne issue du Concile de Nicée. Mais implicitement, cette unitarisme rejette tout forme d’’expression’ de l’Un en trois personnes.
L’antitrinitarisme, lui, rejette explicitement la notion des trois hypostases, celles du Père, du Fils et du Saint Esprit. Il considère le Christ comme ‘au mieux’ un prophète non comme une incarnation divine, non comme « vrai Dieu de Dieu ».
L’antitrinitarisme se manifesta particulièrement à l’Ouest des Carpates (Bohême-Moravie, Hongrie). On trouve des anabaptistes antitrinitaires aussi chez les anabaptistes rhénans et les humanistes chrétiens italiens. Thomas Münzer, Melchior Hoffman étaient antitrinitaires. Certains anabaptistes Suisses, Allemands du Sud et Rhénans auraient été antitrinitaires.
En Pologne, l’antitrinitarisme fut représenté par L’Ecclasia Minor.
Michel Servet (1509/11 ?- 1553)reste la figure martyre de la Réforme et la figure de proue de la liberté de conscience sous la Renaissance. Il a suscité en ce sens une importante bibliographie.
« Servet est émanatiste. Dieu confère l’être, l’essence et l’individualité à tout ce qui existe ; il est le fondement de toutes choses, l’unité fondamentale de l’univers et de ses éléments. De là, l’opposition raisonnée et irréductible de Servet au dogme de la Trinité, qu’il appelle ‘Cerbère à trois têtes’[1]». ( Jean Meyhoffer, présentation du Livre de Roland H. Bainton, Michel Servet hérétique et martyr).
La Mystique
La Spiritualité en Allemagne
Hormis celle de ses spiritualistes, la pensée protestante, si ce n’est à considérer que la foi que le réformé a en le Christ Sauveur est en soi une voie d’union à Dieu, n’a suscité aucun écrit dans la veine rhénane, n’a éveillé à aucune illumination. Quant à la pensée catholique, elle s’est forgée au travers des codes établis par la réforme tridentine que véhiculait l’enseignement jésuite.
Johannes Denck
De l’approfondissement de sa connaissance de la Bible et de l’Hébreu, Johannes Denck (1495/1500-1527) adopte une attitude sceptique sur la vérité qu’est censée révéler le Livre, là où lui ne voit plus que contradictions. Il se sent appeler à une révélation intérieure pour affermir une foi qui ne le dispense ni du péché ni de ses doutes.
En 1525, Denck reçoit le baptême d’un un anabaptiste de St Gall et devient le chef des anabaptistes de Nuremberg
Denck amarqué profondément les esprits de son temps. Sceptique éloigné de tout dogmatisme, Denck est de ceux qui, au sein de la Réforme, ont voulu introduire face au sectarisme une liberté de penDenck s’intègre au mouvement anabaptiste tout autant qu’à celui des spiritualistes en ce que pour lui, les sacrements comme le baptême ou l’eucharistie ne sont que marques d’une profession de foi qui engage celui qui les reçoit dans une démarche personnelle intérieure, seule voie de connaissance de la vérité divine. ser et de jugement qui le rattache à l’esprit humaniste. Celui qui a déclaré « là où est la foi, il n'y a pas de péché ; là où il n'y a pas de péché demeure la vertu divine ».
La Theologica Germanica
La Thelologica Germanica est un traité édité pour la première fois en 1518. . En 1528, parut une deuxième publication par les soins de Ludwig Haetzer avec l’avant-propos de Denck et sous le titre Théologie Allemande (Deutsch Theologia et non Germanica), attribué à Bertold Pürstinget (1465-1543 connu sous le nom de Pirtstinger ou Berthold de Chiemsee).
S’il n’y a pas eu simultanément en 1528 la réédition de la Thélogica Germanica et la première publication de la Deutsch Théologia, il semblerait qu’entre les sources une confusion ou une assimilation soit faite avec la Germanica et la Deutsch toutes deux écrites en allemand.
La Thélogica Germanica avec avant-propos de Denck eut un immense succès auprès des spiritualistes et anabaptistes et ultérieurement piétistes, en ce qu’elle s’enracinait dans la tradition rhénane. Le Christ est le chemin de la perfection qui passe par « le renoncement au péché et à l’égoïsme, pour en arriver à ce que, ultimement, la volonté Divine remplace la volonté humaine[. » (http://sources-spirituelles-et-mystiques.blogspot.fr/2010/08/hans-denck-la-theologica-germanica.html).
Quant à la Deutsch Théologia, vraisemblablement écrite par Pirtstinger, elle semble bien s’inscrire, ne serait-ce que par l’activité de son auteur, dans le droit fil de la lutte anti-luthérienne.
Quant à la Deutsch Théologia, vraisemblablement écrite par Pirtstinger, elle semble bien s’inscrire, ne serait-ce que par l’activité de son auteur, dans le droit fil de la lutte anti-luthérienne.
Sébastien Franck
Sébastien Franck (1499-1542), né en Bavière, ni grand penseur, ni grand érudit, ni simple compilateur, panthéiste (Dic. Alsacien), supranaturaliste, Koyré), s’est forgé à partir des emprunts divers qu’il fait, une pensée cohérente avec quelques lignes directrices et marquée profondément par la tolérance et le souci d’impartialité à l’image de son Dieu qui est « doux et sage», à l’opposé de la figure luthérienne.
« Sa religion se confond souvent avec la morale ; son ‘mysticisme ‘ est une métaphysique pensée plus que vécue. C’est de la philosophie, nullement de l’expérience…Il n’a jamais eu le sens du mystère, c’est pourquoi il préfère la Théologie Germanique à Maitre Eckart » (A.Koyré .)
Caspar Schwenckfeld
Caspar Schwenckfeld (1489/90-1561), né en Silésie,fortement influencé par Luther, comme son maître et contrairement à Sébastien Franck, adhérait à une conception de l’homme privé de toute liberté. Comme chez les autres spiritualistes, il reconnaissait fondamental la présence du « Christ en nous » mais ce Christ était un « Christ pour nous ». Seule, la grâce nous sauve et non quoi qu’on fasse, et quelles que soient nos œuvres. Rien que l’on puisse faire qui nous accorde le salut. Plus luthérien que Luther lui-même, mais qui avait rejeté le contenu de la Confession d’Augsbourg ( voir Réforme/Luther), il fut plus que tout autre un Schwärmer renié par le maître de Wittenberg. Il poussa plus loin son hérésie luthérienne en affirmant que les Martin Luther traitait de « Schwärmer » ceux qui étaient portés à la mystique ou à l’illuminisme. Le terme peut avoir plusieurs acceptions. On peut le traduire en français par ‘rêveur’, ‘enthousiaste’, ‘visionnaire’ ou encore ‘fanatique’[1]. Dans l’esprit de Luther, il pourrait avoir signifié ‘doux rêveur’ ou peut-être plutôt ‘doux dingue’ sinon ‘échauffé’.
Schwenckfeld élabora toute une théorie sur le Corps Céleste et la vraie Église.
Valentin Weigel
Valentin Wiegel (1533-1588), opposé à toute forme d’extériorisation de la vie religieuse, adhère avec Schwenckfeld à cette nécessité d’une conversion intérieure de l’homme qui est « résurrection de l’homme tel qu’il fut ab æterno en Dieu. » (A.Koyré)
Pour Weigel et les spiritualistes de son temps, est chrétien tous ceux qui ont la foi de quelle qu’origine qu’ils soient. De quelle que confession qu’ils soient, ils forment la Vraie Église, qui n’est pas l’Église extérieure des religions institutionnalisées.
Si c’est par la naissance en nous du Christ, Homme-Dieu de toute éternité, qui nous fait participer à la vie divine[1], c’est le moment de sa mort qui est le moment essentiel de notre conversion, de notre vie intérieure même, car cette mort est abandon, mort à soi-même. Le rapprochement avec la Gelassenheit eckartienne est inévitable.
Notes
[1] Cette notion de participation à la vie divine ne va pas sans rappeler la notion de théosis. La théosis a conservé dans la Tradition orthodoxe le sens de participation à la Vie divine. Pour la Tradition catholique, elle prend ‘seulement’ le sens du cheminement de l’âme vers le salut. Pour l'une comme pour l'autre de ces Traditions, le Fils incarné est le pivot de cette théosis qui est dans un cas comme dans l'autre une com(mune)-union de l'âme à Dieu. De même que Dieu s'est fait homme, Il fera de l'homme Dieu, non pas en essence (enosis) mais à Sa pleine image (théosis).
La Théosis, bien que très ancienne notion du christianisme empruntée à la pensée grecque, a toujours était gardée sous silence par l’Église car elle tend à minimiser son rôle d’intermédiaire par les œuvres et les sacrements.
La théorie de la connaissance[chez Weigel participe de l’innéisme, doctrine selon laquelle « idées ou structures mentales sont innées, c'est-à-dire présentes dès la naissance… idées primitives à partir desquelles notre esprit va connaître les choses. Mais il y adjoint la théorie des correspondances de Paracelse entre microcosme et macrocosme. L’homme-microcosme participe réellement au macrocosme Entre idées innées qui permettent la connaissance et correspondance des mondes, la connaissance se place comme connaissance de l’objet en tant que semblable à nous-mêmes.
La Mystique en Espagne
Isabel de la Cruz et Les Alumbrados
Ce courant des alumbrados (illuminés) se manifeste séparément dans plusieurs capitales de provinces. Mais c’est à Tolède où la spiritualité qui de longue date est colorée de soufisme, que la franciscaine Isabel de la Cruz (fin XVème ?-mi XVI ?), converso (juive convertie)née à Guadalajara, en est l’initiatrice>.Les alumbrados sont parfois rapprochés des libertins qui s’opposèrent à Calvin à Genève à la même époque, de par leur rapport à la sexualité.S’inscrivant dans la tradition d’une mystique nuptiale, ils considéraient l’amour humain comme une préfiguration de l’union au Bien-Aiméa.
« Ils disent que l'amour de Dieu dans l'homme est Dieu. (...) Ils affirment que l'extase ou l'illumination conduit à une telle perfection que les hommes ne peuvent plus pécher, ni mortellement ni vénalement ; cette illumination libère et libère quelqu'un de toute autorité »(R. Vaneigen).
Autour du QuiÉtisme Quiétisme
Au centre de la mystique de Bernardino de Laredo (1482-1540), précurseur du Quiétisme se trouve « l’oraison sous la forme de la quiétude. » (Ricard Robert). (1482-1540)
La démarche spirituelle de Laredo se décompose ainsi en trois phases : la pratique de la vertu (purification des sens et examen des connaissance), la méditation sur la Passion, «intériorisation unique de la tradition médiévale tardive de visualisation imaginative de la Passion. » [.»[ce qui peut faire penser à l’un des Exercices de Loyola], et la contemplation comme le « no pensar nada qui à l'origine a attiré l'attention de Teresa d'Avila. »» ( Jessica A. Boon). Ce qui ne va pas sans renvoyer à la mystique de St Jean et à la similitude du titre de sa Subita del Monte Carmelo avec celle écrite quelque cinquante auparavant par Laredo, la Subita del Monte Sion.
Miguel de Molinos
Miguel de Molinos (1628-1696) Miguel de Molinos (1628-1696) est considéré comme le fondateur du Quiétisme en tant que démarche spirituelle qui met l’accent sur la dévotion, le « pur amour de Dieu ». Molinos puisa la notion de quiétude dans le traité Subida del Monte Sion (Ascension du Mont Sion) et chez le franciscain déchaussé Juan de los Angeles (c. 1540-1609). Il préconise la recherche du repos , de la quiétude, de l’âme pour atteindre à l’union divine. L’une des pratiques est la Prière du Cœur, répétition ad libitum du nom de Jésus (mantra) qu’il n’est autre que l’Hésychasme orthodoxe à la différence que cette dernière, plus accomplie, l’accompagne d’une position corporelle précise de la tête penchéepenchées sur le cœur et d’un contrôle de la respiration. Le but étant le même de toute évacuation de pensée.
Juan de los Angeles
La spiritualité de Juan Martinez (ca.1540-1609) s’inscrit dans la tradition franciscaine de la voie du cœur que soutient un ascétisme fait de pénitence et d’humilité pour atteindre à ce pur amour divin qui seul libère. Doté d’une qualité de pénétration psychologique au moins aussi profonde que celle de Jeanjean de La Croix, il explore le cheminement de la vie intérieure mais sans avoir connu les expériences mystiques de son contemporain et contrairement à lui en mettant en avant le rôle de volonté et non la passivité de l’âme.
Il préconise quatre typestype d’exercices sur la voie du Salut : une communion affectivement avec le Christ de la Passion, la communion passive par l’eucharistie, faire appel, invoquer, susciter la présence divine par la volonté mai aussi l’amour qui nous porte vers lui et enfin l’aspiration profonde et dévotionnelle qui ouvre l’âme à la venue divine qui seule opère quand l’âme est passive.
Luis de León
Luis de León (1528-1591)fut un des meilleurs représentant de l’humanisme Renaissant en ce qu’il sut concilia le didactisme d’une pensée scolastique nourrie de la Théologie Rhénane et un lyrisme poétique imprégné d’Horace et de Virgile. Son œuvre maitresse De los nombres de Cristo en la Sacrada Escritura (1583>85>87) développe sous la forme du dialogue platonicien quatorze noms donnésdonné à Dieu dans la Bible. Il fut ‘l éditeur de Ste Thérèse et un traducteur du Cantique des Cantiques.
Pierre d'Alcántara
Son œuvre majeure est son traité sur l’oraison, Tratado de oracion y meditacion, dans lequel on retrouve pour l’oraison deux des trois voies dyonisiennes traditionnelles, la purgative et l’illuminative. La troisième étant la vois unitive. Jean de Gerson les a exposé dans sa Montagne de la Contemplation écrite en 1397. Ces thèmes de méditations sont ceux que l’on retrouve dansdan la spiritualité espagnole de bernardin de Loredo à Ste Thérèse en passant par Loyola sur la condition humaine, la Passion. Sa pratique de l’oraison qui s’inspire de Franscisco Osuna, premier guide spirituel de Ste Thérèse, se développe en « préparation, lecture, méditation, action de grâce, offrande et demande ».
Fondateur de l’Ordre des Frères Mineurs Déchaussés , ami de Ste Thérèse, il l'aura toujours soutenue dans sa réforme du Carmel.
Sainte Thérèse d'Avila
TérésaTérèsa Dávila (1516-1582) Si l’importance que revêtira Ste Térèsa Dávila (1516-1582) dans la mystique chrétiennechrétien tient évidemment à son élévation spirituelle, l’enseignement ,qu’elle propose de l’oraison contemplative est le fruit direct dedes ses états d’union mais s’inspire aussi de la pratique sur l’oraison que le quiétisme de Bernardo Laredo a exposé dans son Subito del Monte Sion qu’elle a lu et parfois critiqué. Elle n’a pas ignoré non plus l’enseignement de celui qu’elle rencontra en 1560, qui la soutiendra dans sa réforme du Carmel et qui avalisera ses expériences mystiques Pierre d'Alcantara.
Visions, transverbération et extase sont les moments forts de la vie intérieure de Thérèse.
Les visons de Thérèse sont de trois ordres : corporelle, la vision est comme réelle ; extérieure à elle, imaginaire, la vision est comme une sorte d’hallucination visuelle ; intellectuelle, la vision est sans image et se traduit par le ressenti d’une présence : « Elle voit Dieu non des yeux du corps mais par une sorte d’intuition indubitable et profonde, elle le sent à côté d’elle, elle lui parle ».
Ste Thérèse ne connut pas comme St François, Catherine de Sienne ou Marie-Madeleine Piazzi ou encore plus près de nous le Padre Pio, la stigmatisation mais la transverbération (de transverberare=transpercer ). Lors de son autopsie, on put voir au cœur une sorte de blessure.
L’oraison d’union ou de contemplation commence par la fruition des « goûts divins », par immiscions de Dieu dans l’âme, puis vient l’extase, le ravissement, que Thérèse décrit comme « un rapide enlèvement de l’esprit dont l’impétuosité est telle que l’esprit semble se séparer du corps. La personne est incapable de dire si son âme habite ou non son corps ».
Saint Jean de La Croix
On retrouve dans la mystique de Juan de Yepes (1542-1591) la traditionnelle voie dionysienne : purgative, illuminative et unitive, qui a traversé tout le Moyen-âge.
L’on trouve également dans sa mystique, le socratisme chrétien qu’avait annoncé l’Ordre des Chartreux au XIème siècle et qu’au siècle suivant St Bernard hissera au sommet de la mystique chrétienne, lui qui écrivait « Commence à te considérer toi-même, bien plus, finis par- là ! » ; alors que St Jean écrira :
« Après l'exercice de la connaissance de soi, la considération des créatures est le premier pas à faire dans le chemin spirituel, pour arriver à la connaissance de Dieu.»
Dans La Montée du Carmel, composé de trois livres, St Jean pose les bases de son chemin spirituel, ce chemin est celui de la ‘Nuit Obscure’. Dans La Nuit Obscure, La Noce Oscura, St Jean traite de l’aspect passif de la nuit. C’est la nuit de l’esprit dans laquelle l’âme est en contemplation. « L’âme n’offre que son libre consentement à ce que Dieu opère en elle. » L’âme s’est purifiée et cette purification l’ala disposée à recevoir les grâces. Mais Dieu seul peut la préparer ultimement à son union à Lui.
La Mystique en Italie
Catherine de Gênes
Catherine Fieschi (1447-1510), ne fut pas connue de son temps. Ce sont ses écrits qui la feront connaître, notamment en France où, au siècle suivant, elle aura une grande influence sur le courant mystique autour de Pierre Bérulle, St Vincent de Paul et Charles de Condren.
Son entourage de fidèles proches, formant la Fraternité du Divin Amour, a recueilli ses paroles et noté ses expériences mystiques qui connaissent une première publication en 1551 sous le titre Vie Admirable et Doctrine Sainte. Des Dialogues feront suite.
« Pendant vingt-trois ans, il lui fut impossible de prendre autre chose que la Sainte Communion; elle buvait seulement chaque jour un verre d'eau mêlée de vinaigre et de sel, pour modérer le feu qui la dévorait, et, malgré cette abstinence, elle jouissait d'une forte santé ». A ce jour, son corps est resté incorruptible.
Catherine de Ricci
Alessandra Lucrezia Romola de Ricci (1522-1590) vivra tout sa vie au couvent du Prato, habitée par les grâces, les visions et les extases, entourée de phénomène miraculeux comme le changement de son cœur en un cœur nouveau.
En cette même année 1542, elle connut le mariage mystique. Il s’agit des vraies noces mystiques comme les connut Catherine de Sienne († 1380) et St Thérèse d’Avila. Cette union est à entendre en son sens étroit d’union nuptiale, union à la présence divine et non pas seulement dans le sens large de fiançailles, relation en laquelle le Christ apporte sa parole, son réconfort et son soutien. Le Bien-aimé lui remet l’anneau d’union nuptiale. Et comme Catherine de Sienne, elle reçut en consécration des noces les stigmates.
Marie Madeleine Pazzi
La vie de Sainte Marie-Madeleine Pazzi (Maria Maddalena de Pazzi,1566-1607) aura té une vie de privation et de mortification. Elle ne mangeait que du pain et ne se nourrissait vraiment que le dimanche. Sa vie aura été une vie de douleurs, de dévotion et d’acclamation de l’amour de Lui seul. Mort à 41 ans, son corps est resté momifié.
Au sortir d’une grave maladie au cours de laquelle on la crut perdue, elle entra en une extase qui durera quarante jours. Elle était souvent atteinte de douleurs et d’asthénie « En 1584, elle reçoit les stigmates mais selon sa prière, ceux-ci ne seront pas visibles. »